C’est un septième centenaire et c’est celui de Roger Bacon, qui inventa la poudre, bien d’autres choses et qui fut un grand esprit. Beaucoup de personnes, peu familières avec l’érudition, le confondent volontiers avec François Bacon ; elles ont tort assurément, mais c’est peut-être pardonnable, car les deux Bacon, également anglais, furent également de grands physiciens, de grands philosophes et pratiquèrent avec une égale ferveur et un égal génie la méthode expérimentale. Roger Bacon mourut à la fin duXIIIesiècle. On se représente généralement ces temps comme purement théologiques ou purement artistiques et littéraires. C’est une erreur. La science y a son rôle, elle y a ses laboratoires et déjà ses maîtres et déjà sa tradition : Roger Bacon parle quelque part de son maître ès-expériences, un certain Pierre de Maricourt, dont on ne sait rien. Mais Pierre de Maricourt avait eu sans doute un maître lui aussi : la loi de constance intellectuelle exige qu’il n’y ait pas eu de lacune dans la conception philosophique du monde. Il y eut toujours des savants, parce qu’il y eut toujours des hommes intelligents, des hommes qui ne se satisfaisaient pas de l’apparence des choses, des hommes qui voulaient savoir, savoir toujours davantage. Dès que l’on dit science, on dit opposition avec les forces religieuses. Roger Bacon en éprouva la puissance stupide et passa beaucoup d’années en prison. Le pape, au nom de Dieu, s’opposait à ce que l’on interrogeât la nature : qui sait ce qu’elle allait répondre ? Roger était pourtant moine, et moine franciscain, mais il croyait cependant que le monde avait été donné à l’homme comme champ d’expériences et d’investigation. Aussi passa-t-il toutes ses années de liberté à chercher et il trouva du moins le principe de tant d’inventions modernes qu’il faut le ranger, en tant qu’homme de science, parmi les modernes : c’est un esprit contemporain.