IIIZOMPETTELA GRENOUILLE VERTE

Il faut savoir entendre les conseils de l’Automne et se rendre aux lieux où il tient le plus somptueusement ses assises. De longs ans, ce fut, — pour moi, — en un coin de la forêt landaise que n’avait pas encore saccagé la stupidité de quelques nouveaux riches… Il y avait là, aux temps lointains dont je parle et dont nous sépare un affreux abîme de boue et de sang, il y avait là, dès la fin de septembre, une douceur de vivre perpétuellement exaltée par le prodigieux concert d’odeurs, de couleurs et de sons dont se veut accompagné le prince Automne aux lieux où il passe.

Le prince Automne, comme il est dit dans un conte gascon recueilli par J.-F. Bladé. Appellation qui est, me semble-t-il, une vraie trouvaille de poète. Faites résonner avec soin dans votre esprit et votre cœur l’harmonie de ces syllabes, et dites-moi si vous n’imaginez pas tout de suite un adolescent royal, plein de mélancolie et de langueur, qui passe sur un fastueux tapis de feuilles mortes ?

Donc, ce n’était pas encore la guerre, et la France n’y pensait pas plus que chacun de nous ne pense à sa propre mort dans l’ordinaire des jours… Un matin, Paris se réveilla sous une vilaine brume, terne, rougeâtre, tragique, une brume à couper au couteau, et qu’on eût effectivement coupée et tailladée comme pour la rendre sanglante… Depuis huit jours, je mourais d’envie de partir et j’inventais cent mille motifs de ne le point faire. Bénie fut la brume qui fit brusquement la balance pencher dans le sens que je souhaitais, sans oser me l’avouer à moi-même !…


Back to IndexNext