Chapter 4

Hors de prix!

= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?

Les internautes ont tendance à penser que c'est un droit d'obtenir tout gratuitement. Non! Le droit d'auteur doit être respecté.

[FR] Bakayoko Bourahima (Abidjan)

#Documentaliste à l'ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée)

L'ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan assure la formation des statisticiens pour les pays africains d'expression française. Cette formation est délivrée à travers quatre filières distinctes, conçues en fonction du niveau de recrutement des élèves: la filière ISE (ingénieurs statisticiens économistes), la filière ITS (ingénieurs des travaux statistiques), la filière AD (adjoints techniques) et la filière AT (agents techniques). A ce jour, l'ENSEA est le seul établissement de formation statistique en Afrique au Sud du Sahara qui délivre simultanément ces quatre types de formation à tous les pays francophones de la région. L'ENSEA propose par ailleurs des actions de recyclage et de perfectionnement destinées aux cadres des administrations publiques et privées, et développe progressivement des programmes d'étude et de recherche.

[Entretien 12/07/2000 // Entretien 16/01/2001]

*Entretien du 12 juillet 2000

= Pouvez-vous présenter le site web de l'ENSEA?

Notre école a un site web depuis un peu plus d'un an. Le site a été créé à la faveur d'un colloque international sur les "Enquêtes et systèmes d'information" organisé par l'école en avril 1999. La conception et la maintenance du site ont été assurées par un coopérant français, enseignant d'informatique. Le site est actuellement hébergé par l'agence locale du Syfed (du réseau Refer de l'AUPELF-UREF - Agence universitaire de la francophonie). Le site a connu quelques difficultés de mise à jour, en raison des nombreuses occupations pédagogiques et techniques du webmestre. A ce propos, mon service, celui de la bibliothèque, a eu récemment des séances de travail avec l'équipe informatique pour discuter de l'implication de la bibliothèque dans l'animation du site. Et le service de la bibliothèque travaille aussi à deux projets d'intégration du web pour améliorer ses prestations.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je suis le responsable du service de la bibliothèque. A ce titre, je m'occupe donc de la gestion de l'information scientifique et technique et de la diffusion des travaux publiés par l'école.

Mon activité professionnelle liée à l'internet, comme je le signalais plus haut, est plus au stade de projet. En fait, j'espère à la rentrée prochaine pouvoir mettre à la disposition de mes usagers un accès internet pour l'interrogation de bases de données. Par ailleurs, j'ai en projet de réaliser et de mettre sur l'intranet et sur le web un certain nombre de services documentaires (base de données thématique, informations bibliographiques, service de références bibliographiques, bulletin analytique des meilleurs travaux d'étudiants…) Il s'agit donc pour la bibliothèque, si j'obtiens les financements nécessaires pour ces projets, d'utiliser pleinement l'internet pour donner à notre école une plus grand rayonnement et de renforcer sa plate-forme de communication avec tous les partenaires possibles.

= Comment voyez-vous l'avenir?

En intégrant cet outil au plan de développement de la bibliothèque, j'espère améliorer la qualité et élargir la gamme de l'information scientifique et technique mise à la disposition des étudiants, des enseignants et des chercheurs, tout en étendant considérablement l'offre des services de la bibliothèque.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

J'avoue que ce débat suscite en moi quelques inquiétudes quant à mes attentes légitimes vis à vis de l'internet. J'estime que, par rapport à ma vision professionnelle, le grand espoir qu'apporte l'internet à l'Afrique, c'est de lui permettre de profiter pleinement et à moindre coût du "brain trust" mondial et de réduire sa marginalisation économique, technologique et culturelle.

La légitimité des droits d'auteur ne devra donc pas faire perdre de vue la nécessité de prendre en compte les besoins et les contraintes particulières des pays moins nantis. Autrement, dans ce domaine plus qu'ailleurs, on aboutira fatalement et très vite sûrement à une situation de marginalisation et de fronde, comme celle qui oppose actuellement les autorités sanitaires d'Afrique du Sud à certaines grandes firmes pharmaceutiques, au sujet des licences des thérapies contre le Sida.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Je pense que l'évolution vers un internet multilingue ne peut être qu'une source réelle d'enrichissement culturel et scientifique sur la toile. Pour nous les Africains francophones, le diktat de l'anglais sur la toile représente pour la masse un double handicap d'accès aux ressources du réseau. Il y a d'abord le problème de l'alphabétisation qui est loin d'être résolu et que l'internet va poser avec beaucoup plus d'acuité, ensuite se pose le problème de la maîtrise d'une seconde langue étrangère et son adéquation à l'environnement culturel. En somme, à défaut de multilinguisme, l'internet va nous imposer une seconde colonisation linguistique avec toutes les contraintes que cela suppose. Ce qui n'est pas rien quand on sait que nos systèmes éducatifs ont déjà beaucoup de mal à optimiser leurs performances en raison, selon certains spécialistes, des contraintes de l'utilisation du français comme langue de formation de base. Il est donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires pour les formations de base, pour "désenclaver" l'école en Afrique et l'impliquer au mieux dans la valorisation des ressources humaines.

Comment faire? Je pense qu'il n y a pas de chance pour nous de faire prévaloir une quelconque exception culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout à fait grégaire. Il faut donc que les différents blocs linguistiques s'investissent beaucoup plus dans la promotion de leur accès à la toile, sans oublier leurs différentes spécificités internes.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Mon meilleur souvenir lié à l'internet, c'est quand j'ai pu tirer d'embarras un de mes amis, thésard en médecine, qui n'arrivait pas à boucler sa bibliographie sur un sujet sur lequel il n'y avait pratiquement aucune référence au plan local.

= Et votre pire souvenir?

Les méls indésirables, tous ces trucs bidons qu'on peut vous faire suivre, avec cinq correspondants ou plus qui vous envoient le même message.

Note: Une version partielle de cet entretien a été également publiée dans E-Doc, une rubrique d'Internet Actu.

*Entretien du 16 janvier 2001

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, nous utilisons encore beaucoup de papier dans l'administration et notre fonds documentaire est exclusivement "papier". Nous comptons bien y intégrer des supports multimédia, dès que les moyens nous le permettront. Le service informatique pense déjà à une numérisation partielle du fonds documentaire, mais bon, le problème ici c'est que les idées vont nettement plus vite que les moyens.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Pour ce qui est de l'Afrique en général, je pense que le papier a encore de beaux jours devant lui. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir le développement très marginal du multimédia surtout dans les institutions productrices de papier (les administrations) et dans les institutions où, comme on dit ici, on "fait papier" (les écoles). Par ailleurs, il faut compter aussi avec la lente évolution des usages. Je me rappelle que, pour les travaux de rédaction de ma thèse, après avoir stocké un certain nombre d'articles en ligne sur mon ordinateur, j'ai jugé plus pratique pour moi de les imprimer intégralement pour pouvoir les exploiter. J'ai donc eu l'impression de mieux bosser en grattant du papier, habitude oblige.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Je constate que c'est aujourd'hui une réalité. Il faut voir pour la suite comment cela se développera et quelles en seront surtout les incidences sur la production, la diffusion et la consommation du livre. A coup sûr cela va entraîner de profonds bouleversements dans l'industrie du livre, dans les métiers liés au livre, dans l'écriture, dans la lecture, etc.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Il y a encore un peu de fantasme autour de ce mot. Quand j'ai fait connaissance avec ce mot (utilisé par Jean-Claude Guédon et Nicholas Négroponte), il m'avait d'abord laissé l'illusion d'un espace extra-terrestre où les ordinateurs et leurs utilisateurs se transportaient pour échanger des données et communiquer. Depuis que je navigue moi-même, je me rends compte qu'il s'agit tout simplement d'un espace virtuel traduisant le cadre de communication qui rassemble les internautes à travers le monde.

= Et la société de l'information?

La société de l'informatique et de l'internet.

[FR] Marie-Aude Bourson (Lyon)

#Créatrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy, sites littéraires destinés aux nouveaux auteurs

*Entretien du 27 décembre 2000

= Pouvez-vous vous présenter?

Marie-Aude Bourson, 24 ans le 17 janvier 2001 ;o), vit à Lyon. Licence de sciences économiques et gestion développeur internet. Ecrivain amateur ;o) J'ai créé en septembre 1999 le site littéraire de la Grenouille Bleue, dans le but de créer un jour une véritable maison d'édition dédiée aux jeunes auteurs francophones. Il n'y a aucun organisme derrière le nouveau site Gloupsy.com (continuation de la Grenouille Bleue): il s'agit d'un site géré à titre perso ;o)

= Pouvez-vous décrire la Grenouille Bleue et Gloupsy?

Grenouille Bleue: création le 3 septembre 1999. 1.950 lecteurs au 21 décembre 2000. Objectif: faire connaître de jeunes auteurs francophones, pour la plupart amateurs. Chaque semaine, une nouvelle complète est envoyée par e-mail aux abonnés de la lettre. Les lecteurs ont ensuite la possibilité de donner leurs impressions sur un forum dédié. Egalement, des jeux d'écriture ainsi qu'un atelier permettent aux auteurs de "s'entraîner" ou découvrir l'écriture. Un annuaire recense les sites littéraires. Un agenda permet de connaître les différentes manifestations littéraires. 18 décembre 2000: fermeture du site pour problème de marque.

Janvier 2001: ouverture d'un nouveau site, Gloupsy.com, qui fonctionnera selon le même principe que la Grenouille Bleue, mais avec plus de "services" pour les jeunes auteurs ;o) Le but étant de mettre en place une véritable plate-forme pour "lancer" les auteurs.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je suis chargée du développement de sites web. La littérature et l'écriture sont des passions. En vivre serait un rêve ;o)

= Comment voyez-vous l'avenir?

Pour Gloupsy: en faire un jour une véritable maison d'édition avec impression papier des auteurs découverts. Pour internet : une concentration des sites commerciaux mais une explosion des sites persos qui seront regroupés par communautés d'intérêt.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Je n'aime lire un roman que sur papier! On ne remplacera jamais un bon vieux bouquin par un écran tout froid qui vous coupe votre lecture à cause d'une panne de pile. Par contre, je lis la presse quotidienne presque uniquement sur le web.

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Le support papier devrait être plus rationnalisé: tout ce qui est d'ordre administratif devrait s'informatiser d'ici quelques années. Par contre, côté littérature, je pense qu'on ne pourra remplacer le livre papier: facile à transporter, objet d'échange, lien affectif, collection… Le livre électronique sera plus utile pour des documentations techniques ou encore les livres scolaires.

= Que pensez-vous des débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?

Ces débats sont nécessaires car il s'agit là d'une véritable question de fond. Il est évident que toute création portée sur support électronique est copiable. Malgré toutes les protections techniques qui seront inventées, il y aura toujours un petit malin qui découvrira la clef pour copier le fichier. Aussi, je ne crois pas qu'on puisse réellement protéger une oeuvre sur internet, qu'il s'agisse d'un texte, d'une image ou d'une application. D'autre part, on assiste à une réelle "révolution" dans le domaine informatique: l'avènement du logiciel libre qui marque un changement dans les mentalités et qui s'étend au monde de l'internet. Celui-ci se traduit à tous les niveaux: côté développeur de logiciels et côté utilisateur. Les utilisateurs sont de plus en plus réticents à payer un logiciel ou de l'info qu'ils peuvent trouver gratuitement ailleurs.

Le modèle économique est donc en train de changer: on ne paiera plus l'outil mais le service… Malheureusement, ce système n'est valable que pour les logiciels. Aussi, comment l'appliquer aux créations littéraires ou artistiques? Seuls les droits moraux peuvent pour l'instant être reconnus (incrustation d'un copyright sur les images, copyright moins évident pour les textes).

Conclusion : on ne peut pour l'instant que se reposer sur l'honnêteté de l'homme… fragile, donc :o(

Une expérience intéressante existe concernant la littérature: le lyber. Il s'agit de présenter une oeuvre en lecture complète sur le web. Libre ensuite au lecteur d'acheter l'ouvrage papier qui pourra rémunérer l'auteur. On part du principe que le lecteur voudra conserver chez lui une trace de sa lecture s'il l'a jugée vraiment digne d'intérêt. C'est ainsi un bon moyen d'éliminer les oeuvres de mauvaise qualité.

Pour ma part, je proposerais une solution intermédiaire: proposer à la lecture sur le web le tiers du livre. Pour lire la suite, le lecteur commande l'ouvrage papier. Car je crains qu'un lecteur ne veuille pas forcément acheter un ouvrage qu'il a déjà lu entièrement… et l'auteur perd ainsi une partie de sa rémunération, ce qui est dommage et n'encourage pas à la création littéraire.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?

La Grenouille Bleue avait une partie destinée aux malvoyants: il suffit de créer des pages sans images ni tableau. Uniquement du texte, et une structure de site plus simple qui va droit à l'info. Ainsi les logiciels de reconnaissance/lecture de pages web sont très efficaces. Il faut donc sensibiliser les webmestres.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Un espace d'expression, de liberté et d'échanges où tout peut aller très (trop) vite.

= Et la société de l'information?

Une société où l'information circule très vite (trop peut-être), et où chaque acteur se doit de rester toujours informé s'il ne veut pas s'exclure. L'information elle-même devient une véritable valeur monnayable.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

La rencontre avec des personnes qui sont devenues de vrais amis et que je fréquente dans la "vie réelle" ;o)

= Et votre pire souvenir?

Pas vraiment de pire souvenir mais un ras-le-bol répété contre les lenteurs du web et les déconnexions intempestives :o(

[FR] Lucie de Boutiny (Paris)

#Ecrivain papier et pixel. Auteur de NON, roman multimédia publié en feuilleton sur le web

Outre ses activités d'écrivain et l'animation de son site de cyberlittérature,Lucie de Boutiny a participé en mai 2001 à la fondation de E-critures, uneassociation d'artistes multimédia créée en collaboration avec Gérard Dalmon etXavier Malbreil.

*Entretien du 17 juin 2000

= Pouvez-vous décrire votre site?

Mon site comprend diverses petites expériences de création hyperlittéraire dont NON, un roman visuel publié en feuilleton sur le web, depuis septembre 1997, dans l'e-revue d'art contemporain française, Synesthésie.

Pour faire sérieux, disons que NON prolonge les expériences du roman post-moderne (récits tout en digression, polysémie avec jeux sur les registres - naturaliste, mélo, comique… - et les niveaux de langues, etc.). Cette hyperstylisation permet à la narration des développements inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une navigation dans des récits multiples et multimédia, car l'écrit à l'écran s'apparente à un jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde.

Quant au sujet: NON est un roman comique qui fait la satire de la vie quotidienne d'un couple de jeunes cadres supposés dynamiques. Bien qu'appartenant à l'élite high-tech d'une industrie florissante, Monsieur et Madame sont les jouets de la dite révolution numérique. Madame, après quelques années de bons et loyaux services d'audit expatriée dans les pays asiatiques, vient d'être licenciée. A longueur de journées inactives, elle se pâme d'extase devant une sitcom sirupeuse et dépense sans compter l'argent du ménage dans des achats compulsifs en ligne. Monsieur fait semblant d'aimer son travail de vendeur de bases de données en ligne. Il cherche un sens à sa vie d'homme blanc supposé appartenir à une élite sociale: ses attentes sont calquées sur les valeurs diffusées par la publicité omniprésente. Les personnages sont des bons produits. Les images et le style graphique qui accompagnent leur petite vie conventionnelle ne se privent pas de détourner nombre de vrais bandeaux publicitaires et autres icônes qui font l'apologie d'une vie bien encadrée par une société de contrôle.

= Plus généralement, en quoi consiste exactement votre activité d'écrivain?

Je viens du papier (publication régulière de nouvelles classées "X" en recueil collectif - Edition Blanche, La Bartavelle, La Musardine… - et un petit roman urbain, N'importawaque, aux éditions Fleuve Noir). Mes "conseillers littéraires", des amis qui n'ont pas ressenti le vent de liberté qui souffle sur le web, aimeraient que j'y reste, engluée dans la pâte à papier. Appliquant le principe de demi désobéissance, je fais des allers-retours papier-pixel. L'avenir nous dira si j'ai perdu mon temps ou si un nouveau genre littéraire hypermédia va naître.

L'un des projets qui me tient le plus à coeur s'appelle "Mes vrais petits secrets et les secrets de tous mes amis". Il s'agit d'une borne interactive ludique et j'espère un peu dérangeante. Les frères Simonnet - l'un vidéaste-compositeur, l'autre ingénieur - ont à résoudre des problèmes techniques, et il nous faut surtout trouver des moyens de financement qui complètent la sympathique bourse reçue par la SCAM (Société civile des auteurs multimédia). Avec le multimédia, nous sommes donc tributaires d'une organisation proche de l'industrie du spectacle, même si les projets peuvent se développer en interne, avec les moyens d'un "home studio".

D'une manière générale, mon humble expérience d'apprentie auteur m'a révélé qu'il n'y a pas de différence entre écrire de la fiction pour le papier ou le pixel: cela demande une concentration maximale, un isolement à la limite désespéré, une patience obsessionnelle dans le travail millimétrique avec la phrase, et bien entendu, en plus de la volonté de faire, il faut avoir quelque chose à dire! Mais avec le multimédia, le texte est ensuite mis en scène comme s'il n'était qu'un scénario. Et, si à la base, il n'y a pas un vrai travail sur le langage des mots, tout le graphisme et les astuces interactives qu'on peut y mettre fera gadget. Par ailleurs, le support modifie l'appréhension du texte, et même, il faut le souligner, change l'oeuvre originale. Et cela ne signifie pas: "the medium is the message" - je vous épargne le millionième commentaire sur cette citation. Il n'y a pas non plus dégradation de la littérature mais déplacement…

Par exemple un concert live de jazz ,écouté dans les arènes de Cimiez, n'est plus le même une fois enregistré, donc compressé, puis écouté dans une voiture qui file sur l'autoroute. Et pourtant, le mélomane se satisfait du formatage car ce qui compte est: "j'ai besoin de musique, je veux l'entendre maintenant". Notre rapport à la littérature évolue dans ce sens: il y aura de plus en plus d'adaptations, de formats, de supports, de versions, mais aussi différents prix pour une même oeuvre littéraire, etc. Comme pour la musique aujourd'hui, il nous faut être de plus en plus instruits et riches pour posséder les bonnes versions.

= Les possibilités offertes par l'hypertexte ont-elles changé votre mode d'écriture?

a) Ce qui a changé: l'ordinateur connecté

Ce qui a changé: le bonheur d'écrire autrement, car ce qu'il se passe, depuis l'avènement d'ordinateurs multimédias, relativement peu coûteux, connectés au web, est qu'un certain nombre d'artistes éclairés par la fée électricité ont besoin d'être illuminés. Quelles que soient leurs confessions d'origine (arts visuels, littérature, poésie sonore, expérimentale…), elles/ils utilisent le média numérique comme un outil de création dont il faut découvrir les possibles. Le net étant évolutif, les artistes proposent le plus souvent des tentatives, c'est curieux, des works in progress, c'est opiniâtre, ou des pièces plus ambitieuses qui se construisent dans le temps, en fonction de l'amélioration du web (sa fluidité, sa résolution d'images, etc.). Ainsi le cyberartiste propose souvent des actualisations et des versions O.x. Voilà qui est intéressant et qui nous sort du marché. Pour l'anecdote: NON roman est diffusé gratuitement en épisodes par Synesthésie, une revue d'art contemporain, et a été plusieurs fois remanié au niveau de sa présentation. Pour toutes ces oeuvres, il n'y a pas de légitimité ou de caution "Art", et pourtant il y a déjà une quarantaine d'années d'expérimentation… Les observateurs les plus technophobes ne peuvent plus nier qu'il existe des créations informatiques, et que le raz-de-marée bleu pixel est irréversible.

b) Alors que faire avec l'HTX (HyperText Literature)?

Alors que faire, et comment, tout d'abord, appeler les e-arts visionnaires émergents qui utilisent le web - je m'en tiens là pour n'évoquer que ce que je connais concrètement.

(Nota Bene: le classique de demain est toujours visionnaire. Et ce n'est pas par un trait de génie, n'abusons pas de ce gros mot; un écrivain traditionnel peut s'adonner à l'écriture multimédia par lassitude de ce qu'est devenu le livre papier.)

Mais alors, l'HTX - la littérature HyperTeXtuelle- qui place l'écrit sur un ordinateur conçu par l'industrie du loisir planétaire, doit-elle être labelisée Netart? Littérature numérique? Qu'importent les appellations contrôlées, ce qui est irréversible est que cette redécouverte de la littérature, par exemple, s'inscrit dans un contexte industriel dominé par une économie sauvage (du logiciel libre au modèle de la start-up), par la guerre des monopoles (quel format pour le livre électronique = qui va remporter le marché, etc.). Conséquences: le cyberartiste le plus autiste ne crée pas hors du monde réel et sa production, il me semble pour l'instant, répond à la prolifération des images, la communication marchande, bref à des thèmes socio-contemporains. Cela est une généralité, certes, mais on peut observer qu'on assiste à un renouveau de l'engagement de fond et de forme, car fatalement, nous finissons, quelle que soit notre irrécupérable indépendance d'esprit, par rejoindre quelques collectifs d'internautes (via des listes de discussions, forums…) pour défendre un certain usage arty qui pourrait être des technologies numériques.

c) Le marché littéraire producteur d'ennui

Et là, sur ce territoire vierge à conquérir, on se sent libre d'inventer autre chose, on le doit puisqu'il n'y a pas vraiment de modèles ni références, et de toutes les façons, on nous somme de nous justifier! Et revenons à nos petits papiers: de quand datent les derniers débats littéraires: 1948, Qu'est-ce que la littérature? 1956, L'ère du soupçon? Merci Sartre et Sarraute. Et après quoi, fin 70, siècle XX? Ben, merci Deleuze et Lyotard. Depuis le rhizome, le post-modernisme, et le féminisme appliqué à la littérature qu'il ne faut pas oublier une fois de plus, rien sinon qu'aujourd'hui, de nombreux artistes ni brimés ni frustrés mais lucides, ayant un certain sens de l'histoire des arts littéraires, plastiques ou sonores, adoptent les nouveaux médias. Certains diront que c'est par une séduction mode, une fascination pour les technologies, allons bon. Personnellement, je dirais que c'est par ennui - ennui que le livre papier ait perdu sa magie, ennui que l'art tourne en rond dans les musées et les institutions, par exemple. Certes, ce désenchantement qui faisait très fin de siècle est une dégénérescence de pays riches où le "spectacle" a atteint les cimes du simulacre devant notre indifférence involontairement complice. Il faut bien réagir au moment où le déluge numérique se répand: ainsi, pour certains, connecter la littérature à la machine, c'est essayer de court-circuiter les institutions culturelles et le marché.

d) L'écrit réconcilié avec l'écran

La lucidité nous a donc ouvert les yeux sur quoi: un écran. Dans ce rectangle lumineux des lettres. Depuis l'archaïque minitel si décevant en matière de création télématique, c'est bien la première fois que, via le web, dans une civilisation de l'image, l'on voit de l'écrit partout présent 24 h /24, 7 jours /7. Je suis d'avis que si l'on réconcilie le texte avec l'image, l'écrit avec l'écran, le verbe se fera plus éloquent, le goût pour la langue plus raffiné et communément partagé. Faudra-t-il s'en justifier encore longtemps devant les éditeurs en papier mâché qui ont des idées de parchemin fripé? Faut-il les consoler en leur précisant que la fabrique de littérature numérique emprunte les recettes de la littérature traditionnelle (y compris celle écrite avec la voix, ou transmise sur des tablettes, voire enregistrée sur des papyrus, etc.) et pas seulement. Bref, il serait temps de rafraîchir cette bonne vieille littérature franco-française en phase d'épuisement. Ce n'est pas si grave, notre patrimoine nous sauve mais voilà la drôle de "mission" dont il convient de "acquitter"; ceci dit, les sermons, les positions qui risquent de se sanctifier en postures, les bonnes résolutions moralisantes, je m'en tape, mais pour le coup, j'y cède -, ou alors il faut s'arrêter de se plaindre de la désacralisation du livre comme vecteur de la connaissance et de la culture, de la désertion des lecteurs, de l'illettrisme rampant, de la tristesse désuète si austère du peuple des écrivains, de leur isolement subi, de la pauvreté des moyens financiers qu'on leur accorde, et cela face à une industrialisation concentrationnaire de l'édition qui assomme le livre à coups de pilon, etc.

e) Techno-hyper-écrivain, c'est quoi?

Alors qui sommes-nous? Les hyperécrivains de demain (comment les nommer?) seront peut-être les plasticiens qui utilisent le mot comme matière, les écrivains sensibles aux sonorités de l'image, à la mobilité des mots vus autant que lus, à l'objet texte, des graphistes qui ont le droit de faire de l'art, etc. Et ceux d'après-demain, ceux de la génération numérique innée, ne se poseront plus la question de savoir d'où tu parles, de quelle discipline artistique tu proviens, et quel est ton combat, camarade, comme ils disent.

A moindre frais donc, sans compétences informatiques d'ingénieur diplômé (si l'on compare l'exigeante programmation que demandaient les machines des années 70), l'apprenti techno-auteur peut aujourd'hui cumuler les casquettes de créateur producteur diffuseur… C'est inouï, planétaire, du jamais vu. Personnellement, par manque de mégalomanie ou par flemme (je n'ai jamais fait de mailing list de ma vie ni rédigé des lettres d'information ni envoyé d'autres types de faire-part aux e-communautés concernées, etc.), je préfère me soumettre à l'organisation affective du réseau qui me met en lien, ce qui est l'occasion de faire des rencontres, sympas. Cela pour dire que nous ne sommes pas forcément esclaves de toutes les libertés qu'offre la machine.

Mais si les écrivains français classiques en sont encore à se demander s'ils ne préfèrent pas le petit carnet Clairefontaine, le Bic ou le Mont-Blanc fétiche, et un usage modéré du traitement de texte, plutôt que l'ordinateur connecté, voire l'installation, c'est que l'HTX (littérature hypertextuelle, ndlr) nécessite un travail d'accouchement visuel qui n'est pas la vocation originaire de l'écrivain papier. En plus des préoccupations du langage (syntaxe, registre, ton, style, histoire…), le techno-écrivain - collons-lui ce label pour le différencier - doit aussi maîtriser la syntaxe informatique et participer à l'invention de codes graphiques car lire sur un écran est aussi regarder. De plus, regarder n'est pas forcément contempler, soit rester passif car, par idéologie empreinte dans l'interface même de tout ordinateur connecté ou du CD-Rom (bientôt le DVD pour tous en attendant le reste), il y a cette contrainte de l'interactivité.

Ce genre de création multimédia et hypertextuelle pose une série de questions:

1/ Peut-on lire sur écran de l'écrit qui ne soit pas mis en scène? L'environnement visuel contribue-t-il à enrichir vraiment le propos d'une fiction narrative?

2/ Est-ce que le techno-écrivain doit être l'auteur de la mise en écran de ses écrits pour ne pas être dépossédé de ses intentions? Doit-il produire lui-même ses images? Doit-il en mettre? Quel est leur statut par rapport au texte? Si un graphiste compose des images, y aura-t-il collaboration ou trahison?

3/ L'apprentissage des logiciels d'images, de divers langages informatiques, des limites et des possibilités du support choisi, ne peut être que non théorique, empirique. Est-ce une perte de temps pour celui qui crée le fond de la fiction? Et si l'auteur du texte ne réalise pas lui-même la mise en scène numérique, quels types de document doit-il remettre au réalisateur multimédia? En plus du texte, il devra concevoir un scénario non-linéaire, interactif, une arborescence hypernarrative, un story board visuel, des notes d'intention esthétique? Quel est son statut d'auteur dès lors: il devient scénariste?

4/ L'HTX (littérature hypertextuelle, ndlr) qui passe par le savoir-faire technologique rapproche donc le techno-écrivain du scénariste, du BD dessinateur, du plasticien, du réalisateur de cinéma, quelles en sont les conséquences au niveau éditorial? Faut-il prévoir un budget de production en amont? Qui est l'auteur multimédia? Qu'en est-il des droits d'auteur? Va-t-on conserver le copyright à la française? L'HTX sera publiée par des éditeurs papier ayant un département multimédia? De nouveaux éditeurs vont émerger et ils feront un métier proche de la production? Est-ce que nous n'allons pas assister à un nouveau type d'oeuvre collective? Bientôt le sampling littéraire protégé par le copyleft?

5/ Revenons à des questions de création: l'écran change la perception du texte, peut imposer une vitesse de lecture, un environnement graphique frôle souvent le piège décoratif. Résultat: la liberté imaginaire du lecteur serait dominée par la machine et son joli petit écran fascinant le temps d'une mode permise par quelques javatrucs ou par quelques logiciels Flash bientôt obsolètes? Nous savons que la machine séduit, alors comment la trans-former pour qu'elle nous émerveille sans artifices faciles? On le sait: le multimédia, livré à la guerre économique des monopoles, produit des oeuvres instables mais l'intérêt arty n'en est pas moins solide!

6/ Qu'en est-il du "montage" hypertextuel? Pour aller vite, disons que la lecture sur écran impose d'écrire un livre ouvert à de nombreuses propositions hypertextuelles? N'est-ce pas un gadget hyperaliénant, cette prétendue interactivité? Est-ce que le cyberécrivain n'accorde pas trop de temps et d'énergie à stimuler une collaboration interactive avec le lecteur? Le lecteur n'aurait-il pas tendance à se perdre dans les intertextes et les possibles narratifs? Voici le danger: l'hypertexte peut se transformer en "hypotexte". Souvent, on peut observer que le lecteur novice clique de lien en lien pour encadrer son territoire de lecture. Et lorsqu'il revient en arrière, il se perd et perd son envie de lire sur écran. Mais n'est-ce pas par manque d'habitude culturelle? Il faut donc réapprendre à écrire et à lire sur écran. Quant aux questions de structure de récit ouverte, rien de nouveau car qu'est-ce qu'un roman non-linéaire sinon les Essais de Montaigne? Et même la didactique démonstration balzacienne? Le mémorable hypertexte proustien?… pour ne citer que des classiques.

f) Changeons d'écran

Et voici le changement que j'attends: arrêter de considérer les livres électroniques comme le stade ultime post-Gutenberg. Le e-book retro-éclairé pour l'instant a la mémoire courte: il peut accueillir par exemple dix livres contenant essentiellement du texte mais pas une seule oeuvre multimédia riche en son et images, etc.

Donc ce que l'on attend pour commencer: l'écran souple comme feuille de papier légère, transportable, pliable, autonome, rechargeable, accueillant tout ce que le web propose (du savoir, de l'information, des créations…) et cela dans un format universel avec une résolution sonore et d'image acceptable. Dès lors nous pourrons nous repaître d'oeuvres multimédias sur les terrasses de café, alanguis sur un canapé, au bord d'une rivière, à l'ombre des cerisiers en fleurs…

= Comment voyez-vous l'avenir?

Comme tous ceux qui ont surfé avec des modems de 14.4 Ko sur le navigateur Mosaic et son interface en carton-pâte, je suis déçue par le fait que l'esprit libertaire ait cédé le pas aux activités libérales décérébrantes. Les frères ennemis devraient se donner la main comme lors des premiers jours car le net à son origine n'a jamais été un repaire de "has been" mélancoliques, mais rien ne peut résister à la force d'inertie de l'argent. C'était en effet prévu dans le scénario, des stratégies utopistes avaient été mises en place mais je crains qu'internet ne soit plus aux mains d'internautes comme c'était le cas. L'intelligence collective virtuelle pourtant se défend bien dans divers forums ou listes de discussions, et ça, à défaut d'être souvent efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait aimé profiter de ce nouveau média, notamment de communication, pour sortir de cette tarte à la crème qu'on se reçoit chaque jour, merci à la société du spectacle, et ne pas répéter les erreurs de la télévision qui n'est, du point de vue de l'art, jamais devenue un média de création ambitieux.

Sinon, les écrivains français, c'est historique, sont dans la majorité technophobes… Les institutions culturelles et les universitaires lettrés en revanche soutiennent les démarches hyperlittéraires à force de colloques et publications diverses. Du côté des plasticiens, je suis encore plus rassurée, il est acquis que l'art en ligne existe.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un web véritablement mutilingue?

Puisque la France s'inscrit dans une tradition d'interventionnisme de la puissance publique (l'Etat, les collectivités locales…) en matière de culture, nos institutions devraient financer des logiciels de traduction simultanée - ils seront opérants bientôt…-, et plus simplement, donner des aides à la traduction, et cela dans le cadre d'une stratégie de développement de la francophonie. Les acteurs culturels sur le web, par exemple, auraient plus de facilité pour présenter leur site en plusieurs langues. Les chiffres de septembre 2000 montrent que 51% des utilisateurs sont anglo-saxons, et 78% des sites aussi. Les chiffres de cette prépondérance baissent à mesure qu'augmentent le nombre des internautes de par le monde… L'anglais va devenir la deuxième langue mondiale après la langue natale, mais il y aura d'autres. Un exemple: personnellement, à l'âge de 4 ans, je parlais trois langues alors que je ne savais ni lire ni écrire. Pour parler une langue, il peut suffire d'avoir la chance de l'écouter. On peut espérer que le cosmopolitisme traverse toutes les classes sociales en raison, par exemple, de l'Union européenne, du nomadisme des travailleurs, de la facilité de déplacement à l'étranger des étudiants, de la présence des chaînes TV et sites étrangers, etc.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Le délire SF du type: "bienvenue dans la 3e dimension, payez-vous du sexe, des voyages et des vies virtuels" a toujours existé. La méditation, l'ésotérisme, les religions y pourvoient, etc. Maintenant, on est dans le cyberspace… Un exemple: dans l'industrie, la recherche.

= Et la société de l'information?

Je préférerais parler de "communautés de l'information"… Nous sommes plutôt dans une société de la communication et de la commutation. Il est très discutable de savoir si nos discussions sont de meilleure qualité et si nous serions plus savants… Etre informé n'est pas être cultivé. Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

En 1997 ou 1998, j'ai eu droit aux honneurs de la censure. L'une de mes nouvelles mises en ligne, aujourd'hui publiée honorablement sur support papier, était censurée par mon hébergeur. Il était inexact que ma petite histoire noire quoique teintée d'humour était un hommage rendu à un tueur en série pédophile, et cela bien que ce soit en effet le sujet. Mais voilà, par un matin gris acier, on apprit que quelques fournisseurs de services en ligne avaient été embarqués au commissariat de police le plus proche. Ils étaient tenus pour responsables du contenu des dizaines de milliers sites qu'ils hébergent! Et fatalement quelques-uns étaient suspects d'invitation à la haine raciale, au non-respect de la personne, etc. Ma petite nouvelle n'en faisait évidemment pas partie mais j'étais très amusée du fait qu'un "robot trieur", le genre de nettoyeur informatique qui obéit aux ordres des censeurs, ait attenté, par erreur, à ma liberté d'expression.

= Et votre pire souvenir?

Il s'agit d'une vraie anecdote virtuelle: un soir, je reçois un mail sous pseudonyme m'annonçant que NON, mon roman hypermédia, avait été éradiqué de la planète net. Immédiatement, je me connecte sur mon site. Rien. Je me débranche, ouvre mon disque dur à la recherche de NON. Rien. Je cherche mes disques de sauvegarde. Volatilisés. Cinq ans de travail broyés par la masse des pixels!… Et c'est à ce moment là que je me suis réveillée… Le mauvais rêve!

[FR] Anne-Cécile Brandenbourger (Bruxelles)

#Auteur de La malédiction du parasol, hyper-roman publié aux éditions 00h00.com

La malédiction du parasol a d'abord eu pour nom: Apparitions inquiétantes. La version originale s'est développée sous forme de feuilleton pendant deux ans sur le site d'Anacoluthe. Il s'agit d'"une longue histoire à lire dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises pensées et de plaisirs ambigus…" Une histoire qui trouve son aboutissement en étant publiée le le 8 février 2000 aux éditions 00h00.com, en tant que premier titre de la collection 2003, consacrée aux nouvelles écritures numériques.

Suite à son succès, le 25 août 2000, le roman est réédité en version imprimée aux éditions "Florent Massot présente", avec une couverture en 3D. Pour marquer l'événement, même si le texte n'a pas changé, un nouveau titre est donné au livre.

La malédiction du parasol est "un cyber-polar fait de récits hypertextuels imbriqués en gigogne, lit-on sur le site de 00h00. Entre personnages de feuilleton américain et intrigue policière, le lecteur est - hypertextuellement - mené par le bout du nez dans cette saga aux allures borgésiennes. (…) C'est une histoire de meurtre et une enquête policière; des textes écrits court et montés serrés; une balade dans l'imaginaire des séries télé; une déstructuration (organisée) du récit dans une transposition littéraire du zapping; et par conséquent, des sensations de lecture radicalement neuves. (A noter que la version 'papier' adaptée de cette narration hypertextuelle restitue presque exactement le rythme et le nerf de l'écran.)"

*Entretien du 5 juin 2000

= Les possibilités offertes par l'hypertexte ont-elles changé votre mode d'écriture?

Les possibilités offertes par l'hypertexte m'ont permis de développer et de donner libre cours à des tendances que j'avais déjà auparavant. J'ai toujours adoré écrire et lire des textes éclatés et inclassables (comme par exemple La vie mode d'emploi de Perec ou Si par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino) et l'hypermédia m'a donné l'occasion de me plonger dans ces formes narratives en toute liberté. Car pour créer des histoires non linéaires et des réseaux de textes qui s'imbriquent les uns dans les autres, l'hypertexte est évidemment plus approprié que le papier.

Je crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon écriture de plus en plus intuitive. Plus "intérieure" aussi peut-être, plus proche des associations d'idées et des mouvements désordonnés qui caractérisent la pensée lorsqu'elle se laisse aller à la rêverie. Cela s'explique par la nature de la navigation hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu'on écrit peut être un lien, une porte qui s'ouvre sur une histoire.

= Deux portraits de l'auteur

- sur le site d'Anacoluthe,

- sur le site des éditions 00h00.com.

[FR] Alain Bron (Paris)

#Consultant en systèmes d'information et écrivain. L'internet est un des personnages de son roman Sanguine sur toile.

Après des études d'ingénieur en France et aux États-Unis et un poste de directeur de grands projets chez Bull, Alain Bron est maintenant consultant en systèmes d'information chez EdF/GdF (Electricité de France / Gaz de France).

Son deuxième roman, Sanguine sur toile (1999), est disponible en version imprimée aux éditions du Choucas et en version numérique (format PDF) aux éditions 00h00.com. Il a reçu le Prix du Lions Club International 2000.

Alain Bron est également l'auteur d'un autre roman, Concert pour Asmodée (publié en 1998 aux éditions La Mirandole), et de plusieurs essais socio-économiques, dont La démocratie de la solitude (avec Laurent Maruani, 1997) et La gourmandise du tapir (avec Vincent de Gaulejac, 1996), parus chez DDB (Desclée de Brouwer).

*Entretien du 29 novembre 1999

= Quel est le thème de votre roman Sanguine sur toile?

La "toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araignée. "Sanguine" évoque le dessin et la mort brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre? Sanguine sur toile évoque l'histoire singulière d'un internaute pris dans la tourmente de son propre ordinateur, manipulé à distance par un très mystérieux correspondant qui n'a que vengeance en tête.

J'ai voulu emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise, univers qui s'entrelacent, s'échappent, puis se rejoignent dans la fulgurance des logiciels. Le lecteur est ainsi invité à prendre l'enquête à son propre compte pour tenter de démêler les fils tressés par la seule passion. Pour percer le mystère, il devra répondre à de multiples questions. Le monde au bout des doigts, l'internaute n'est-il pas pour autant l'être le plus seul au monde? Compétitivité oblige, jusqu'où l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans la violence? La peinture tend-elle à reproduire le monde ou bien à en créer un autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer.

= Quelle est la place de l'internet dans ce roman?

Dans le roman, internet est un personnage en soi. Plutôt que de le décrire dans sa complexité technique, le réseau est montré comme un être tantôt menaçant, tantôt prévenant, maniant parfois l'humour. N'oublions pas que l'écran d'ordinateur joue son double rôle: il montre et il cache. C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du début à la fin. Dans ce jeu, le grand gagnant est bien sûr celui ou celle qui sait s'affranchir de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et l'intelligence au-dessus de tout.

= Quel est le thème du dossier: Internet: anges et démons!, dont vous êtes à l'origine?

La revue Cultures en mouvement, à laquelle je participe périodiquement, m'a demandé en avril 1999 de diriger un dossier spécial sur la cyberculture. J'ai donc réuni les spécialistes de disciplines très différentes comme un économiste, un sociologue, un psychiatre, un artiste, un responsable d'association,… pour parler d'internet. Nous sommes vite tombés d'accord sur un point essentiel: internet apporte le meilleur comme le pire. Nous avons donc appelé le dossier: Internet: anges et démons! L'ensemble des articles a été publié dans le magazine et dans le même temps nous avons ouvert un site hébergé alors sur place-internet.com. Des articles dans la presse ont salué ce site qui parle d'internet sans frénésie et avec un recul salutaire.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

J'ai passé une vingtaine d'années chez Bull. Là, j'ai participé à toutes les aventures de l'ordinateur et des télécommunications, j'ai été représentant des industries informatiques à l'ISO(Organisation internationale de normalisation), et chairman du groupe réseaux du consortium X/Open. J'ai connu aussi les tout débuts d'internet avec mes collègues de Honeywell aux Etats-Unis (fin 1978). Je suis actuellement consultant en systèmes d'information chez EdF/GdF où je m'occupe de la bonne marche des grands projets informatiques dans ces entreprises et dans leurs filiales internationales. Et j'écris. J'écris depuis mon adolescence. Des nouvelles (plus d'une centaine), des essais psycho-sociologiques (La gourmandise du tapir et La démocratie de la solitude), des articles et des romans. C'est à la fois un besoin et un plaisir jubilatoire.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?

Comme je suis tombé dans la marmite tout jeune, je n'ai pas l'impression d'avoir été affecté par le phénomène. J'ai un recul suffisant pour reconnaître les erreurs que j'ai pu commettre avec cet outil et pour prévenir de son usage en évitant le syndrome de l'ancien combattant.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Ce qui importe avec internet, c'est la valeur ajoutée de l'humain sur le système. Internet ne viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation, la prise de risque ou l'intelligence du coeur. Internet accélère simplement les processus de décision et réduit l'incertitude par l'information apportée. Encore faut-il laisser le temps au temps, laisser mûrir les idées, apporter une touche indispensable d'humanité dans les rapports. Pour moi, la finalité d'internet est la rencontre et non la multiplication des échanges électroniques.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Je considère aujourd'hui le web comme un domaine public. Cela veut dire que la notion de droit d'auteur sur ce média disparaît de facto: tout le monde peut reproduire tout le monde. La création s'expose donc à la copie immédiate si les copyrights ne sont pas déposés dans les formes usuelles et si les oeuvres sont exposées sans procédures de revenus. Une solution est de faire payer l'accès à l'information, mais cela ne garantit absolument pas la copie ultérieure. Pour les romans, je préfère de toute façon la forme papier.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Il y aura encore pendant longtemps l'usage de langues différentes et tant mieux pour le droit à la différence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une langue au détriment des autres, donc l'aplanissement culturel.

Je pense que des services en ligne vont petit à petit se créer pour pallier cette difficulté. Tout d'abord, des traducteurs pourront traduire et commenter des textes à la demande, et surtout les sites de grande fréquentation vont investir dans des versions en langues différentes, comme le fait l'industrie audiovisuelle.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

A la suite de la parution de mon deuxième roman, Sanguine sur toile, j'ai reçu un message d'un ami que j'avais perdu de vue depuis plus de vingt ans. Il s'était reconnu dans un personnage du livre. Nous nous sommes revus récemment autour d'une bouteille de Saint-Joseph et nous avons pu échanger des souvenirs et fomenter des projets…

= Et votre pire souvenir?

Virus, chaînes du "bonheur", sollicitations commerciales, sites fascistes, informations non contrôlées, se développent en ce moment à très grande échelle. Je me pose sérieusement la question: "Quel bébé ai-je bien pu contribuer à faire naître?"

[EN] Alain Bron (Paris)

#Information systems consultant and writer. The Internet is one of the "characters" of his novel Sanguine sur toile (Sanguine on the Web).

After studying engineering in France and the US and a job as head of major projects at Bull, Alain Bron is now an information systems consultant at EdF/GdF (Electricité de France / Gaz de France).

His second novel, Sanguine sur toile (Sanguine on the Web), is available inprint from Editions du Choucas (published in 1999) and in PDF format fromEditions 00h00.com (published in 2000). It won the Lions Club InternationalPrize in 2000.

Alain Bron wrote another novel, Concert pour Asmodée (Concert for Asmodée) (published in 1998 by Editions La Mirandole), and a collection of psycho-sociological essays, notably La démocracie de la solitude (The Democracy of Solitude) (with Laurent Maruani, 1997) and La gourmandise du tapir (The Greed of the Tapir) (with Vincent de Gaulejac, 1996), both published by DDB (Desclée de Brauwer).

*Interview of November 29, 1999 (original interview in French)

= Can you tell us a bit about your novel Sanguine sur toile?

In French, "toile" means the Web as well as the canvas of a painting, and "sanguine" is the red chalk of a drawing as well as one of the adjectives derived from blood (sang). But would a love of colours justify a murder? Sanguine sur toile is the strange story of an Internet surfer caught up in an upheaval inside his own computer, which is being remotely operated by a very mysterious person whose only aim is revenge.

I wanted to take the reader into the worlds of painting and enterprise, which intermingle, escaping and meeting up again in the dazzle of software. The reader is invited to try to untangle for himself the threads twisted by passion alone. To penetrate the mystery, he will have to answer many questions. Even with the world at his fingertips, isn't the Internet surfer the loneliest person in the world?

In view of the competition, what's the greatest degree of violence possible in an enterprise these days? Does painting tend to reflect the world or does it create another one? I also wanted to show that images are not that peaceful. You can use them to take action, even to kill.

= What part does the Internet play in your novel?

Internet is a character in itself. Instead of being described in its technical complexity, it's depicted as a character that can be either threatening, kind or amusing. Remember the computer screen has a dual role — displaying as well as concealing. This ambivalence is the theme throughout. In such a game, the big winner is of course the one who knows how to free himself from the machine's grip and put humanism and intelligence before all else.

= Can you also tell us about your issue: Internet: anges et démons! (TheInternet: Angels and Devils!)?

Cultures en mouvement (Cultures in Movement), a magazine I sometimes write for, asked me in April 1999 to guest-edit a special issue on cyberculture. I brought together specialists from very different fields — an economist, a sociologist, a psychiatrist, an artist, the head of an association — to talk about the Internet. We quickly agreed that the Internet brings out the best as well as the worst. So we called the special issue Internet: anges et démons! (The Internet: Angels and Devils!). The articles were published in the magazine at the same time as we opened a site with the same name hosted by place-internet.com. The media praised the site, which presents the Internet calmly and with a healthy reserve.

= What exactly is your professional activity?

I spent about 20 years at Bull. There I was involved in all the adventures of computer and telecommunications development. I represented the computer industry at ISO (International Organization for Standardization) and chaired the network group of the X/Open consortium. I also took part in the very beginning of the Internet with my colleagues of Honeywell in the US in late 1978. I'm now an information systems consultant at EdF/ GdF (Electricité de France / Gaz de France), where I keep the main computer projects of these firms and their foreign subsdiaries running smoothly. And I write. I've writing since I was a teenager. Short stories (about 100), psycho-sociological essays, articles and novels. It's an inner need as well as a very great pleasure.

= How did using the Internet change your professional life?

As I fell into computers when I was very young, I don't think I was affected by the Internet. I can look at it with enough distance to recognize the mistakes I made with it and to warn about its misuse, while avoiding veteran's fatigue and burn-out.

= How do you see the future?

The important thing about the Internet is the human value that's added to it. The Internet can never be shrewd about a situation, take a risk or replace the intelligence of the heart. The Internet simply speeds up the decision-making process and reduces uncertainty by providing information. We still have to leave time to time, let ideas mature and bring an essential touch of humanity to a relationship. For me, the aim of the Internet is meeting people, not increasing the number of electronic exchanges.

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

I regard the Web today as a public domain. That means in practice the notion of copyright on it disappears: everyone can copy everyone else. Anything original risks being copied at once if copyrights are not formally registered or if works are available without payment facilities. A solution is to make people pay for information, but this is no watertight guarantee against it being copied. Anyway, with novels, I prefer them in paper form.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Different languages will still be used for a long time to come and this is healthy for the right to be different. The risk is of course an invasion of one language to the detriment of others, and with it the risk of cultural standardization. I think online services will gradually emerge to get around this problem. First, translators will be able to translate and comment on texts by request, but mainly sites with a large audience will provide different language versions, just as the audiovisual industry does now.

= What is your best experience with the Internet?

After my second novel, Sanguine sur toile, was published, I got a message from a friend I'd lost touch with more than 20 years ago. He recognized himself as one of the book's characters. We saw each other again recently over a good bottle of wine and swapped memories and discussed our plans.

= And your worst experience?

Viruses, "happiness" chain letters, business soliciting, extreme right-wing sites and unverified information are spreading very quickly these days. I'm seriously asking myself: "What kind of baby did I help to bring into the world?"

[ES] Alain Bron (Paris)

#Consultor en sistemas de información y escritor. Internet es uno de los personajes de su novela Sanguine sur toile (Sanguínea sobre la Red).

Tras estudios de ingeniería en Francia y en los Estados Unidos, y un cargo de director de grandes proyectos en Bull, Alain Bron es ahora consultor en sistemas de información en EdF/GdF (Electricité de France / Gaz de France).

Su segunda novela, Sanguine sur toile (Sanguínea sobre la Red) está disponible en versión impresa en la editorial Le Choucas (publicada en 1999) y en versión digital (formato PDF) en la editorial 00h00 (publicada en 2000). Recibió el Premio del Lions Club nternacional 2000.

Alain Bron es el autor de una otra novela, Concert pour Asmodée (Concierto para Asmodée) (publicada en 1998 en la editorial La Mirandole), y de ensayos socio-económicos, particularmente La démocracie de la solitude (La democracia de la soledad) (con Laurent Maruani, 1997) y La Gourmandise du tapir (La gula del tapir) (con Vincent de Gaulejac, 1996), publicados por DDB (Desclée de Brouwer).

*Entrevista del 29 de noviembre de 1999 (entrevista original en francés)

= ¿Podría Ud. presentar su novela Sanguine sur toile?

En francés, la palabra "toile" significa la tela del pintor, y a su vez, se la llama también así a la Red (la telaraña electrónica). La palabra "sanguine" se refiere a la técnica de dibujo (hecho con un lápiz rojo) y al mismo tiempo quiere decir "sanguíneo" (de sangre), una muerte brutal. ¿Pero justificaría el amor de los colores el asesinato? Sanguine sur toile evoca la historia singular de un internauta atrapado en la tormenta de su propia computadora, manipulada a distancia por un correspondiente muy misterioso que piensa solamente en vengarse.

Quise llevar al lector en los universos de la pintura y de la empresa, universos que se entrelazan, se escapan, después se juntan en la fulgurancia de los programas. El lector es así invitado a tomar la investigación por su propia cuenta para intentar desenredar los hilos complicados sólo por la pasión. Para penetrar en el misterio, tendrá que contestar a múltiples preguntas. Con el mundo en la punta de los dedos, ¿y por consecuencia, no es el internauta la persona más sola del mundo? Debido a la competencia de hoy en día, ¿hasta dónde puede ir la empresa en la violencia? ¿Tiende la pintura a reproducir un mundo o a crear otro? En fín, quise mostrar que las imágenes no son tan sensatas. Se pueden utilisar para actuar, incluso para matar. ¿Cuál es el papel de Internet en esta novela?

En la novela, Internet es un personaje en sí mismo. En lugar de describirlo en su complejidad técnica, la Red es mostrada como un ser a veces amenazador, otras veces esmerado, a veces manejando el humor. No olvidemos que la pantalla de la computadora juega su doble papel: muestra y oculta. Es esta ambivalencia que hace la intriga del principio al fín. En este juego, el gran ganador es el/la que sabe liberarse de la influencia del instrumento para poner el humanismo y la inteligencia sobre todo.

= ¿Podría Ud. describir su expediente: Internet: anges et démons! (Internet: ángeles y demonios!)?

La revista Cultures en mouvement (Culturas en Movimiento), en la cual participo periódicamente, me solicitó en abril de 1999 de dirigir un expediente especial sobre la cibercultura. Por lo tanto reuní a especialistas de disciplinas muy diversas como un economista, un sociólogo, un psiquiatra, un artista, un responsable de asociación, etc. para hablar de Internet. Nos pusimos de acuerdo rápidamente sobre un punto esencial: Internet trae lo mejor, como lo peor. Es la razón por la cual llamamos al expediente: Internet: anges et démons! (Internet: ángeles y demonios!) La totalidad de artículos fue publicada en la revista y al mismo tiempo abrimos un sitio alojado sobre place-internet.com. Los artículos en la prensa aclamaron este sitio que habla de Internet sin frenesí y con un retroceso saludable.

= ¿Podría Ud. presentar su actividad profesional?

Trabajé alrededor de 20 años en la empresa Bull. Allí participé en todas las aventuras de la informática y de las telecomunicaciones. Fui el representante de los industrias informáticas en la ISO (Organización Internacional de Normalización), y presidente del grupo redes del consorcio X/Open. Conocí también los primeros pasos de Internet con mis colegas de Honeywell en los Estados Unidos (fin 1978). Actualmente soy consultor en sistemas de información en EdF/ GdF (Electricité de France / Gaz de France) y me encargo de importantes proyectos informáticos en estas empresas y sus sucursales internacionales. Y escribo. Escribo desde mi adolescencia. Cuentos (más de una centena), ensayos psicó-sociológicos, artículos y novelas. Es a la vez una necesidad y un placer del que gozo muchísimo.

= ¿Cuáles son los cambios obtenidos por Internet en su vida profesional?

Como caí dentro desde muy joven, no tengo la impresión de haber sido afectado por el fenómeno. Sé cuándo dar un paso atrás para reconocer los errores que pude haber cometido con este instrumento y para prevenir de su mal uso evitando el síndrome del ex-combatiente.

= ¿Cómo ve Ud. el futuro?

Lo que importa con Internet, es el valor añadido del ser humano sobre el sistema. Internet nunca vendrá a compensar la clarividencia de una situación, la toma de riesgo o la inteligencia del corazón. Internet solamente acelera los procesos de decisión y reduce la incertidumbre por la información aportada. Pero se tiene que dejar el tiempo al tiempo, dejar madurar las ideas, dar un toque indispensable de humanidad en las relaciones. Para mí, la finalidad de Internet es el encuentro, y no la multiplicación de los intercambios electrónicos.

= ¿Qué piensa Ud. de los debates con respecto a los derechos de autor en la Red?

Considero hoy la Red como un dominio público. Eso significa que la noción de derecho de autor desaparece de hecho: todos podemos reproducir lo de todos. La creación se expone por consecuencia a la copia inmediata si los derechos de copiado no están presentados en las formas usuales y si las obras están expuestas sin las formalidades de ingresos. Una solución es de hacer pagar el acceso a la información, pero eso no garantiza en absoluto la copia ulterior. Para las novelas, de todos modos me gustan más en la forma impresa.

= ¿Cómo ve Ud. la evolución hacia un Internet multilingüe?

Habrá todavía y durante mucho tiempo el uso de lenguas diferentes y qué mejor, por el derecho a la diferencia. El riesgo es por supuesto la invasión de una lengua en perjuicio de otras, y por lo tanto la nivelación cultural al detrimento de las otras.

Pienso que poco a poco servicios en línea van a crearse para paliar esta dificuldad. Antes que nada, algunos traductores podrán traducir y comentar textos según la petición, y sobre todo los sitios más frecuentados van a invertir en versiones en lenguas diversas, como lo hace la industria audiovisual.

= ¿Cuál es su mejor recuerdo relacionado con Internet?

Después de la publicación de mi segunda novela Sanguine sur toile, recibí un mensage de un amigo que había perdido de vista desde hace más de veinte años. Se había reconocido en un personaje del libro. Nos vimos de nuevo recientemente, y con una botella de vino pudimos intercambiar algunos recuerdos y promover unos proyectos…

= ¿Y su peor recuerdo?

Virus, cadenas de "felicidad", peticiones comerciales, sitios fascistas, informaciones no controladas se desarollan en este momento a gran escala. Con seriedad me hago la pregunta: "¿Para qué bebé pude contribuir a lograr su nacimiento?"

[FR] Patrice Cailleaud (Paris)

#Membre fondateur et directeur de la communication de HandiCaPZéro

*Entretien du 22 janvier 2001

= Pouvez-vous décrire l'activité de HandiCaPZéro?

Permettre à la personne déficiente visuelle d'aborder de façon autonome sa vie quotidienne en lui facilitant les accès à l'information, à la consommation, à la citoyenneté. Porter cette aspiration et la conduire jusqu'à ce qu'elle trouve sa légitimité auprès des acteurs de la vie socio-économique et de l'opinion publique.

= Pouvez-vous décrire votre site web?

Réflexions, conceptions, tests ont longtemps été à l'étude pour donner aux internautes aveugles et malvoyants un véritable outil doté d'informations pragmatiques. Depuis le 15 septembre 2000, tous les services de l'association dans des domaines comme les loisirs, la télé, la communication, la santé sont accessibles sur le site www.handicapzero.org. Plus de barrage pour les internautes aveugles: quel que soit le type de périphérique employé (synthèse vocale, plage braille), la navigation se fait sans obstacle. Par exemple, les images et illustrations qui abondent sur la toile et rendent les sites inaccessibles à cette population sont légendées. Plus d'illisibilité pour les internautes malvoyants: pour la première fois sur le web, le site dispose, dès la page d'accueil, d'une interface "confort de lecture" qui permet, en fonction de son potentiel visuel, de choisir la couleur de l'écran, la taille et la couleur de la police. Les pages vues à l'écran sont également imprimables selon le format défini.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Convaincre les décideurs socio-économiques de prendre en compte les besoins spécifiques des usagers, clients et citoyens déficients visuels. Mettre en oeuvre les dispositifs d'accessibilité.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

J'ai participé à la conception éditoriale et graphique du site. Aujourd'hui, mon rôle consiste à développer de nouveaux services accessibles pour le site.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Internet n'est pas entré dans la majorité des foyers des personnes déficientes visuelles. A cela, trois principales raisons:

- l'âge du public concerné, qui se situe au delà de la soixantaine (pour 70% du public);

- le coût trop élevé pour une acquisition personnelle d'un matériel spécialisé;

- le nombre trop restreint de sites accessibles de façon autonome.

L'avenir de l'accès à l'information pour les personnes aveugles devrait passer par le web. Ce support, à condition d'une responsabilité des développeurs de sites sous l'impulsion d'une autorité qui commence à légiférer, donne un accès instantané à une information actuelle au contraire des supports braille ou caractères agrandis qui nécessitent des délais et des coûts d'adaptation, de transcription et fabrication.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

L'essentiel de l'activité de HandiCaPZéro aujourd'hui reste l'impression de documents papier braille et caractères agrandis. La majorité du public auquel s'adresse l'association n'est pas encore internaute.

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Non, au contraire. L'internet dope les ventes de livres, comme celles des disques, quoiqu'en disent les éditeurs regroupés en association de défense de leurs intérêts. Par ailleurs, les imprimantes des micro-ordinateurs, classiques ou braille, n'ont jamais été autant sollicitées depuis l'accès au web.


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