= En quoi consiste Global Reach?
Promouvoir un site est aussi important que de le créer, sinon plus. On doit être préparé à utiliser au moins autant de temps et d'argent à promouvoir son site qu'on en a passé à l'origine à le créer. Le programme Global Reach permet de promouvoir un site dans des pays non anglophones, afin d'atteindre une clientèle plus large… et davantage de ventes. Une société a de nombreuses bonnes raisons de considérer sérieusement le marché international. Global Reach est pour elle le moyen d'étendre son site web à de nombreux pays, de le présenter à des visiteurs en ligne dans leur propre langue, et d'atteindre le réseau de commerce en ligne présent dans ces pays.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme?
Il y a très peu d'Américains des Etats-Unis qui sont intéressés de communiquer dans plusieurs langues. Pour la plupart, ils pensent encore que le monde entier parle anglais. Par contre, ici en Europe (j'écris de France), les pays sont petits, si bien que, depuis des siècles, une perspective internationale est nécessaire.
*Entretien du 23 juillet 1999 (entretien original en anglais)
= Quelles sont vos suggestions pour le développement d'un site web multilingue?
Une fois que la page d'accueil d'un site est disponible en plusieurs langues, l'étape suivante est le développement du contenu dans chaque langue. Un webmestre notera quelles langues attirent plus de visiteurs (et donc plus de ventes) que d'autres. Ce seront donc dans ces langues que débutera une campagne de promotion multilingue sur le web. Parallèlement, il est toujours bon de continuer à augmenter le nombre de langues dans lesquelles un site web est disponible. Au début, seule la page d'accueil traduite en plusieurs langues suffit, mais ensuite il est souhaitable de développer un véritable secteur pour chaque langue.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Le fait de travailler avec des centaines de personnes tout en évitant la pression. Cela rend la vie vraiment agréable.
= Et votre pire souvenir?
J'ai plusieurs fois mis en place un forum en ligne, et plusieurs individus animés de mauvaises intentions ont commencé à envoyer des messages injurieux à l'ensemble du forum. Ces messages ont atteint des centaines de personnes qui ont à leur tour répondu par des messages injurieux, avec un effet boule de neige. Je me rappelle m'être réveillé un matin avec plus de 4.000 messages à télécharger. Quelle pagaille!
[FR] Pierre-Noël Favennec (Paris & Lannion, Bretagne)
#Expert à la direction scientifique de France Télécom R&D et directeur de la collection technique et scientifique des télécommunications
Ingénieur, Pierre-Noël Favennec est expert-coordinateur à la direction scientifique de France Télécom R&D pour les télécommunications optiques et hertziennes (mobiles). Directeur de la collection technique et scientifique des télécommunications (CTST), il est l'auteur de deux livres scientifiques, Implantation ionique pour la microélectronique et l'optique (Masson, Paris, 1993) et Technologies pour les composants à semiconducteurs (Masson, Paris, 1998). Il est membre du comité consultatif pour la recherche et le développement de la technologie pour la région Bretagne.
*Entretien du 12 février 2001
= Pouvez-vous décrire l'activité de France Télécom R&D?
France Télécom R&D est le centre de recherche et développement de France Télécom. Ce centre de R&D de près de 4.000 ingénieurs et chercheurs est basé à Issy-les-Moulineaux, Lannion, Rennes, Caen, Grenoble et Belfort. Il a en charge toutes les études utiles pour France Télécom, études allant du court terme jusqu'au long terme et touchant aux télécommunications (usages, services, réseaux et technologies). La mobilité, l'internet et l'international sont les grands axes d'activités.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis expert-coordinateur à la direction scientifique de France Télécom R&D (FTR&D) pour les télécommunications optiques et hertziennes: maîtrise d'ouvrage des recherches amont relevant de mon domaine d'expertise (télécoms optiques et radio), coordination, orientation, animation, financement…
J'assure également la direction de la collection technique et scientifique des télécommunications. La collection est publiée sous l'égide FTR&D. Elle réunit des ouvrages rédigés en langue française par des spécialistes de centres de recherches, de l'université et de l'industrie des télécommunications. La collection comprend principalement des livres traitant des sciences et technologies de base utiles aux télécommunications modernes, des réseaux et services. Les ouvrages se situent au niveau de l'enseignement de 3e cycle. La collection contient aussi des ouvrages sur des aspects économiques, sociaux, juridiques et politiques des télécommunications. Ils s'adressent aux ingénieurs et scientifiques soucieux de l'impact socio-économique de leurs réalisations et aussi aux gestionnaires et décideurs politiques… Leur qualité technique et scientifique est garantie par un comité scientifique composé d'experts des différents domaines couvrant les sciences et les technologies des télécommunications. Plusieurs éditeurs collaborent à l'édition des ouvrages labellisés par la collection (Masson, Dunod, Eyrolles, La Documentation française, Hermès, Springer et Presses polytechniques universitaires romandes).
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Je n'ai pas d'activité spécifique liée à l'internet mais, France Télécom étant la net-compagnie, toutes nos activités sont concernées par l'utilisation, la mise en place des réseaux ou le futur de l'internet. La collection édite de plus en plus d'ouvrages dont le sujet touche directement ou indirectement l'internet (par exemple Des télécoms à l'internet: économie d'une mutation, d'Etienne Turpin, Eyrolles, 2000).
= Comment voyez-vous l'avenir?
Le mariage des télécommunications et de l'informatique font de l'internet une technologie extrêmement puissante et très riche d'avenir. Mais l'internet n'est qu'une technologie, puissante certes, qui vient s'ajouter à celles existantes; elle ne les remplace pas, elle apporte autre chose: de l'information potentielle supplémentaire, de la communication virtuelle où il n'y a plus de distance, un accès potentiel à de la culture venant de partout…
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Le papier est de plus en plus utilisé. Personnellement je suis de plus en plus inondé de paperasses:
- avec l'e-mail, les collègues n'hésitent plus à envoyer de gros fichiers qu'il faut ensuite imprimer pour lecture;
- la lecture est plus agréable sur papier;
- les fichiers reçus peuvent n'être que des projets et on peut recevoir "n" épreuves successives que l'on imprime nécessairement;
- on imprime les mèls pour les lire tranquillement plus tard ou parce que c'est plus agréable de les lire sur papier.
Etc. Il y a beaucoup de raisons pour utiliser toujours plus de papier.
= L'imprimé a-t-il encore de beaux jours devant lui?
Les livres "d'études", comme ceux de notre collection, ont une durée de vie longue et ne seront pas remplacés par un e-book, sauf si ce livre n'est utilisé que pour une étude particulière et pour un temps court (quelques semaines). Les livres à durée de vie courte tels que les romans, journaux, magazines peuvent effectivement être un jour remplacés par des e-books. Les livres scolaires pourront être (seront) sur e-book. Les encyclopédies volumineuses dont la consultation n'est qu'épisodique seront sur le web.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Si l'invention du livre-papier avait été faite après celle du e-book, nous l'aurions tous trouvé géniale. Mais un e-book a un avenir prometteur si on peut télécharger suffisamment d'ouvrages, si la lecture est aussi agréable que sur le papier, s'il est léger (comme un livre), s'il est pliable (comme un journal), s'il n'est pas cher (comme un livre de poche)… En d'autres mots, l'e-book a un avenir s'il est un livre, si le hard fait croire que l'on a du papier imprimé… Techniquement, c'est possible, aussi j'y crois. Au niveau technologique, cela exigera encore quelques efforts (chimie, électronique, physique…). Les avantages sont le volume réduit, le téléchargement et le document personnalisé en lecture.
= Quelles sont vos suggestions pour un véritable multilinguisme sur le web?
Les recherches sur la traduction automatique devraient permettre une traduction automatique dans les langues souhaitées, mais avec des applications pour toutes les langues et non les seules dominantes (ex: diffusion de documents en japonais, si l'émetteur est de langue japonaise, et lecture en breton, si le récepteur est de langue bretonne…). Il y a donc beaucoup de travaux à faire dans la direction de la traduction automatique et écrite de toutes les langues.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Des études sont faites en Californie, et sûrement ailleurs, pour l'utilisation de l'informatique et des télécoms (donc le web) par les malvoyants. Je connais trop mal le sujet pour avoir un avis.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est un monde où je suis relié par l'image et le son et sans fil avec qui je veux, quand je veux et où je veux, où j'ai accès à toutes les documentations et informations souhaitées, et dans lequel ma vie est facilitée par les agents intelligents et les objets communicants.
= Et la société de l'information?
Une société dans laquelle tout membre de cette société a accès immédiatement à toutes les informations souhaitées.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Les premiers méls.
= Et votre pire souvenir?
Le temps passé à la réception d'images.
[FR] Gérard Fourestier (Nice)
#Créateur de Rubriques à Bac, bases de données destinées aux étudiants du premier cycle universitaire
Oeuvre de Gérard Fourestier, professeur de français et diplômé en science politique, Rubriques à Bac (RaBac) propose deux bases de données (accessibles par souscription, avec version démo en accès libre) à destination des étudiants du Bac au Deug et de leurs professeurs, et à tous ceux que le sujet intéresse. ELLIT (Éléments de littérature) est une base de données sur la littérature française du 12e siècle à nos jours regroupant plus de 350 articles liés entre eux par 8.500 liens, ainsi qu'un répertoire de 450 auteurs (y compris en sciences et philosophie) qui ont joué un rôle majeur dans la formation de cette littérature. RELINTER (Relations internationales depuis 1945) propose plus de 2.000 liens sur l'évolution de la situation du monde contemporain de la deuxième guerre mondiale à nos jours. Gérard Fourestier est aussi l'auteur de Bac-L (baccalauréat section lettres), un site en accès libre lancé en juin 2001 dans le prolongement d'ELLIT.
[Entretien 09/10/2000 // Entretien 03/05/2001]
*Entretien du 9 octobre 2000
= Pouvez-vous décrire Rubriques à Bac?
Rubriques à Bac est une branche des activités du GRIMM (Groupe de recherche et d'information sur le multimédia), un groupement associatif de personnes physiques et morales qui pratiquent la recherche et l'information sur l'informatique, le multimédia et la communication.
Cependant, les perspectives ouvertes par une fréquentation du site en progression rapide, et compte tenu de la mission que j'ai assignée aux recettes de cette activité, à savoir la réalisation de projets éducatifs en Afrique, Rubriques à Bac se constituera prochainement en entité juridique propre.
= En quoi consiste le site web?
Le site de Rubriques à Bac a été créé il y a deux ans pour répondre au besoin de trouver sur le net, en un lieu unique, l'essentiel, suffisamment détaillé et abordable par le grand public, dans le but:
a) de se forger avant tout une culture tout en préparant à des examens probatoires à des études de lettres - c'est la raison d'ELLIT (Eléments de littérature), base de données en littérature française;
b) de comprendre le monde dans lequel nous vivons en en connaissant les tenants et les aboutissants, d'où RELINTER (Relations internationales).
J'ai développé ces deux matières car elles correspondent à des études que j'ai, entre autres, faites en leur temps, et parce qu'il se trouve que, depuis une dizaine d'années, j'exerce des fonctions de professeur dans l'enseignement public (18 établissements de la 6e aux Terminales de toutes sections et de tous types d'établissements). Faute de temps, je n'ai pu réaliser que ces deux thèmes, mais je ne désespère pas de développer aussi d'autres sujets qui font partie de ma panoplie universitaire et d'autodidacte curieux de tout comme la philosophie, l'analyse sociétale, l'analyse sémantique ou encore l'écologie, et que je tiens "au chaud dans mes cartons". Ceci étant, je suis à l'affût de toutes autres idées, venant d'ailleurs, pour ne me réserver alors que la supervision du contenu mis en forme, la dernière main dans la réalisation informatique et la gestion en tant que site spécialisé.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Pour l'instant et faute de mieux, en raison de mon âge, la cinquantaine, et non de mes compétences, je m'occupe de mes élèves en les préparant à leurs examens tout en leur donnant envie d'être utiles, ne serait-ce que pour eux-mêmes et en leur apportant le sens des responsabilités, en un mot un message humaniste. J'aime ce métier car, pour moi, le savoir, ça se donne, et le maître, comme en boudhisme, ne peut avoir qu'un seul but: que son élève le dépasse. En outre, alors que j'ai eu dans le passé d'importantes fonctions de fondé de pouvoir, et que j'ai dirigé pour mon compte quelques entreprises, je suis maître à bord dans mes classes et j'organise mon travail comme je l'entends. C'est pour moi essentiel.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Comme je l'ai laissé entendre tout à l'heure, mon initiative à propos d'internet n'est pas directement liée à mes fonctions de professeur. J'ai simplement voulu répondre à un besoin plus général et non pas étroitement scolaire, voire universitaire. Débarrassé des contraintes du programme, puisque j'agis en mon nom et pour mon compte et non "es-qualité", mais tout en en donnant la matière grise qui me paraît indispensable pour mieux faire une tête qu'à la bien remplir, je laisse à d'autres le soin de ne préparer qu'à l'examen. Pour répondre plus précisément, peut-être, à votre question, mon activité liée à internet consiste tout d'abord à en sélectionner les outils, puis à savoir les manier pour la mise en ligne de mes travaux et, comme tout a un coût et doit avoir une certaine rentabilité, organiser le commercial qui permette de dégager les recettes indispensables; sans parler du butinage indispensable pour la recherche d'informations qui seront ensuite traitées.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je le vois en Afrique, là où je suis certainement plus utile, par égard à ce que je m'estime redevable en tant que nanti et parce que je suis aussi spécialiste de ce que l'on nomme les bouts de ficelles. Pour des raisons particulières, aux conséquences coûteuses pour mes finances, je n'ai pu mener à bien cette année mon projet d'un centre culturel au Sénégal au profit d'une communauté de villages en Casamance. Mais je ne désespère pas!
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Oui, mais beaucoup moins qu'avant!
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Un plus, mais il faudra encore du temps et, pour l'instant, le prix, comme pour la "voiture propre", n'est pas très attractif. Ceci dit, j'accepte qu'on m'en offre un, j'en ferai la pub :-) Quoi qu'il en soit, si la chose devait prendre de l'ampleur, j'ai sous la main, si je puis dire (dans des cartons), une petite fortune de toutes sortes en "produits Gutenberg" Avis aux collectionneurs qui, comme chacun sait, sont pour le progrès!…. et pour cause!
= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?
Les mesures de respect: oui, mais de protection: non! Et, quoi qu'il en sera, que cela n'aboutisse pas à freiner la création, tant il est vrai que chaque auteur en a digéré d'autres.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
Je suis de langue française. J'ai appris l'allemand, l'anglais, l'arabe, mais je suis encore loin du compte quand je surfe dans tous les coins de la planète. Il serait dommage que les plus nombreux ou les plus puissants soient les seuls qui "s'affichent" et, pour ce qui est des logiciels de traduction, il y a encore largement à faire. Je ne sais quoi suggérer au juste sinon, pour l'instant, de connaître suffisament d'anglais et de créer beaucoup plus encore en français.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Ils ont aussi droit de cité dans le cyberspace à la république des lettres et à la démocratie du savoir et, bien qu'ils soient encore loin de nos technologies, n'oublions pas les dizaines de millions d'aveugles et de malvoyants du sud.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Un espace sans odeurs mais pour tous les goûts.
= Et la société de l'information?
Un espace où l'esprit d'examen et le sens critique sont particulièrement de mise.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Quand j'ai sorti mon premier ordinateur de son emballage.
= Et votre pire souvenir?
Cet été, à la plage: mes ordinateurs étaient en panne :-)
*Entretien du 3 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
La routine d'un travail de plus en plus prenant et qui, faute de vivre une vie tranquille en m'attelant à des entreprises pour le moins accaparantes, me laisse peu de temps à me prélasser sur le sable.
Alors, quand je le peux et pour respirer autre chose, je m'évade vers d'autres horizons si le prix du billet me le permet, ne serait-ce que pour retrouver ma compagne qui enseigne à l'étranger, dans son pays, et qui, comme bien d'autres, se demande pourquoi je ne me range pas bien sagement dans la carrière.
Comme je vous le disais il y a déjà quelque temps, je suis professeur mais j'ai fait bien d'autres choses dans ma vie professionnelle, et je ne peux m'empêcher de suivre autant que je le peux ce qui me passionne - et j'ai bien peur que tout me passionne - passant le plus clair de mon temps à découvrir ce que je ne sais pas encore.
Faute d'avoir une famille dont il faudrait que je m'occupe quotidiennement là où je vis en France, je peux consacrer le temps que je veux à développer mes projets… et la seule écriture sur mon clavier m'occupe déjà pas mal. Mais tout n'est pas vain et je peux me vanter en toute modestie :-) et sans ego démesuré que ce que j'entreprends me procure la satisfaction de le voir grandir sans le devoir à personne.
Rubriques à Bac est le prototype de ce genre de phénomène chez moi et, précisément pour parler du net, je constate tous les jours que ce que j'y fais est utile, si j'en juge d'après la fréquentation presque frénétique du site. Il est vrai que, les échéances s'approchant, il est bien normal que le nombre des visites s'accroisse à deux mois du Bac ou des examens d'une manière générale; cela relève du bouche à oreilles - bien sûr avec un travail de marketing derrière - mais au bout du compte cela paye. Ceci dit je ne suis pas riche, loin de là, et ce n'est peut être pas le moment. Pour l'heure, ce qui rentre, quand ce n'est pas réinvesti, va dans ce que j'ai décidé de faire en Afrique.
A ce propos, je vous avais dit combien j'étais comme aimanté par ce continent et en particulier par le Sénégal où je me suis découvert de nombreuses attaches au point que, si Dieu le veut - mais il est grand et miséricordieux :-), je me suis proposé en personne pour concourir à un projet social, éducatif et de développement. En partenariat avec quelques-uns de mes amis indigènes, j'ai mis au point un système d'organisation qui permette, par contrat, la réalisation de projets individuels où chacun, par synergie, à la manière d'une tontine - pour faire court, apporte ce qu'il a de savoir-faire et de "pouvoir le faire" pour l'édification d'une maison commune ouverte à la réunion d'humains qui cherchent le bonheur dans la solidarité. Cela prend plus de temps que prévu mais ça avance, puique nous voilà déjà avec un toît là-bas et que, dans quelques mois, un jeune Sénégalais qui n'a pas envie de vider les poubelles chez nous va pouvoir, grâce à Rubriques à Bac, venir en Europe quelques mois, recevoir une formation dans le domaine de l'informatique, la stratégie d'organisation et repartir en Casamance avec un ordinateur pour la création d'un relais internet (un nom de domaine est déjà déposé) au bénéfice de la population locale pour m'aider à assurer ma disponibilité en dispense de cours et de savoir-faire en élaboration de projets d'intérêt local.
J'enrage que les choses n'aillent pas plus vite, oh… pas pour moi! mais bien pour eux, quand on sait de quoi, comment et où vivent ces gens-là. Tiers-mondiste? Oui, quelque part et sans illumination ou parti-pris idéologique, lucide simplement sur ce que j'ai à faire et… dois le faire parce que il y a une demande de savoirs en face et que le savoir-faire dont ils ont besoin souvent en procède ou y contribue… n'en déplaise à l'un des mots fameux de Figaro dans la réplique célèbre que lui fait dire Beaumarchais. :-)
Tout cela peut paraître presque simplet, mais qu'en ai-je à faire de ce que l'on pourrait penser, je ne cherche pas de médailles…ça déséquilibre les funambules! :=) En revanche je recherche toujours des sponsors qui pourraient faire que les choses aillent plus vite et je renouvelle mon appel; pourquoi pas pour plusieurs ordinateurs dont un au moins qui soit portable? Neufs ou "d'occase" et qui marchent avec modem de connection, le tout gratos bien sûr, car je n'ai toujours pas les moyens de tout faire!… et j'ai même déjà fort à faire pour me sortir de ce que l'on nomme un revers de fortune. Moyennant - pourquoi pas - de la pub à finalité culturelle via Rubriques à Bac, et sans que ça me prive du fruit de mon travail ou le dénature pour le transformer en banal produit marchand.
Et puisque voilà la chose dite, et pour ne pas passer éventuellement pour un bonimenteur, je tiens, à qui voudrait faire le geste qu'ils attendent, les statistiques de fréquentation du site de Rubriques à Bac pour continuer plus vite l'aventure africaine.
[FR] Pierre François Gagnon (Montréal)
#Fondateur d'Editel, pionnier de l'édition littéraire francophone en ligne
Pierre François Gagnon, éditeur en ligne québécois, vit dans l'agglomération montréalaise depuis plus de vingt ans. Ardent défenseur de la langue française, il est un des pionniers de l'internet littéraire francophone. Dès avril 1995, il crée Editel, le premier site web d'auto-édition collective de langue française, devenu ensuite un site de cyberédition non commerciale en partenariat avec les auteurs maison.
*Entretien du 14 juillet 2000
= En quoi Editel est-il pionnier?
En fait, tout le monde et son père savent ou devraient savoir que le premier site d'édition en ligne commercial fut Cylibris (fondé par Olivier Gainon en août 1996, ndlr), précédé de loin lui-même, au printemps de 1995, par nul autre qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du domaine, bien que nous fûmes confinés à l'action symbolique collective, faute d'avoir les moyens de déboucher jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable, bien qu'il n'existe toujours pas de support de lecture "grand public" qui soit crédible pour la publication payante de livres numériques. Nous l'attendons toujours dans le courant de l'an 2000!
= En quoi consiste exactement votre activité?
Nous sommes actuellement trois mousquetaires (Pierre François Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr) à développer le contenu original et inédit du webzine littéraire qui continuera de servir de façade d'animation gratuite, offerte personnellement par les auteurs maison à leur lectorat, à d'éventuelles activités d'édition en ligne payantes, dès que possible au point de vue technico-financier. Est-il encore réaliste de rêver à la démocratie économique?
= Comment voyez-vous l'avenir?
Tout ce que j'espère de mieux pour le petit éditeur indépendant issu, comme Editel, directement du net et qui cherche à y émerger enfin, c'est que les nouveaux supports de lecture, ouverts et compatibles grâce au standard OeB (Open eBook), s'imposeront d'emblée comme des objets usuels indispensables, c'est-à-dire multifonctionnels et ultramobiles, intégrant à la fois l'informatique, l'électronique grand public et les télécommunications, et pas plus dispendieux qu'une console de jeux vidéo: le concept d'origine d'un Marc Poret chez General Magic en 1994, poignardé dans le dos par cet avorton de Newton d'Apple!
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le web doit ouvrir toute grande pour les auteurs une nouvelle fenêtre d'exploitation de leurs droits exclusifs, et j'ose croire qu'est concevable une solution de chiffrement qui soit étanche, non propriétaire, mais transparente et sans douleur pour l'utilisateur final.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je pense que, si les diverses langues de la planète vont occuper chacune le net en proportion de leur poids démographique respectif, la nécessité d'une langue véhiculaire unique se fera sentir comme jamais auparavant, ce qui ne fera qu'assurer davantage encore la suprématie planétaire de l'anglais, ne serait-ce que du fait qu'il a été adopté définitivement par l'Inde et la Chine. Or la marche de l'histoire n'est pas plus comprimable dans le dé à coudre d'une quelconque équation mathématique que le marché des options en bourse!
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La découverte de quelques amitiés affinitaires, indéfectibles, m'enchante encore, tandis que l'étroitesse de vision, le scepticisme négatif qu'affichait la vaste majorité des auteurs de science-fiction et de fantastique vis-à-vis du caractère pourtant immanent et inéluctable de ce qui n'est après tout qu'un fantasme à la Star Trek, qui hante depuis longtemps l'imaginaire collectif, soit l'e-book tout communicant qui tienne dans le creux de la paume, ne cesse pas de m'étonner et de me laisser pantois rétrospectivement.
= Une conclusion?
Je dirai, pour conclure, que je me trouve vraiment fait pour être "éditeur en ligne, poète et essayiste, et peut-être même un jour, romancier"! Fait à noter, c'est curieusement de la part des poètes, toujours visionnaires quand ils sont authentiques, que le concept de livre numérique a reçu le meilleur accueil!
[FR] Olivier Gainon (Paris)
#Fondateur et gérant de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne
Créé en août 1996 à Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris, livre) utilise l'internet et le numérique pour s'affranchir des contraintes liées à l'économie traditionnelle du livre. L'éditeur peut ainsi se consacrer à la découverte et à la promotion de nouveaux auteurs littéraires francophones, et à la publication de leurs premières oeuvres (romans, poésie, théâtre, policier, science-fiction, fantastique, etc.). Si CyLibris est avant tout un tremplin pour les nouveaux talents, les auteurs confirmés y ont aussi leur place (voir à ce sujet l'entretien avec Emmanuel Ménard, directeur des publications, qui expose en détail la procédure éditoriale de Cylibris).
Vendus uniquement sur le web (avec des extraits en téléchargement libre au format texte), les livres (52 titres en juin 2001) sont imprimés à la commande et envoyés directement au client, ce qui permet d'éviter le stock et les intermédiaires. Le site web procure des informations pratiques à destination des auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit à un éditeur, ce que doit comporter un contrat d'édition, comment protéger ses manuscrits, etc. Depuis le printemps 2000, CyLibris est membre du Syndicat national de l'édition (SNE).
Par ailleurs, l'équipe de CyLibris lance en mai 1999 une lettre d'information électronique sur le monde de l'édition francophone. Souvent humoristique et décapante, la lettre, d'abord mensuelle, paraît deux fois par mois à compter de février 2000. Elle change de nom en février 2001 pour devenir Edition-actu. Depuis ses débuts, son objectif n'est pas tant de promouvoir les livres de l'éditeur que de présenter l'actualité du livre tous azimuts.
*Entretien du 23 décembre 2000
= Quelle est l'activité de CyLibris?
CyLibris a été créé d'abord comme une maison d'édition spécialisée sur un créneau particulier de l'édition et mal couvert à notre sens par les autres éditeurs: la publication de premières oeuvres, donc d'auteurs débutants. Nous nous intéressons finalement à la littérature qui ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non seulement les premières oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en décalage avec la mouvance et les modes littéraires dominantes.
Ce qui est rassurant, c'est que nous avons déjà eu quelques succès éditoriaux (grand prix de la Société des gens de lettres (SGDL) en 1999 pour La Toile de Jean-Pierre Balpe, prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jérôme Olinon en 2000, etc.).
Ce positionnement de "défricheur" est en soi original dans le monde de l'édition, mais c'est surtout son mode de fonctionnement qui fait de CyLibris un éditeur atypique. Créé dès 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu contourner les contraintes de l'édition traditionnelle grâce à deux innovations: la vente directe par l'intermédiaire d'un site de commerce sur internet, et le couplage de cette vente avec une impression numérique en "flux tendu".
Cela permettait de contourner les deux barrières traditionnelles dans l'édition: les coûts d'impression (et de stockage), et les contraintes de distribution. Notre système gérait donc des flux physiques: commande reçue par internet - impression du livre commandé - envoi par la poste. Je précise que nous sous-traitons l'impression à des imprimeurs numériques, ce qui nous permet de vendre des livres de qualité équivalente à celle de l'offset, et à un prix comparable. Notre système n'est ni plus cher, ni de moindre qualité, il obéit à une économie différente, qui, à notre sens, devrait se généraliser à terme.
Aujourd'hui, CyLibris développe une activité de distribution de "livres numériques", c'est-à-dire de fichiers téléchargeables. Nous n'avons pas lancé cette activité au départ car il nous semblait que les outils de sécurisation (c'est-à-dire permettant une réelle prise en charge des droits d'auteur) n'existaient pas il y a quatre ans. Les technologies évoluent, et nous sommes en train de tester plusieurs technologies pour lancer une réelle activité de livres numériques en 2001.
Nous quittons donc notre métier d'éditeur pur pour nous intéresser de plus en plus aux technologies autour du livre sur internet. Bien entendu, nous pensons à faire bénéficier d'autres éditeurs de ce savoir-faire que nous sommes en train d'acquérir.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis le créateur et le gérant de CyLibris. Je décrirais donc mon activité comme double. D'une part celle d'un éditeur traditionnel dans la sélection des manuscrits et leur retravail (je m'occupe directement de la collection science-fiction), mais également le choix des maquettes, les relations avec les prestataires, etc.
D'autre part, une activité internet très forte qui vise à optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre une stratégie de partenariat permettant à CyLibris d'obtenir la visibilité qui lui fait parfois défaut.
Enfin, je représente CyLibris au sein du SNE (Syndicat national de l'édition).
= Comment voyez-vous l'avenir?
CyLibris est aujourd'hui une petite structure. Elle a trouvé sa place dans l'édition, mais est encore d'une économie fragile sur internet. Notre objectif est de la rendre pérenne et rentable et nous nous y employons. Je pense que les choses changent et j'espère qu'en 2002 nous aurons doublé notre taille et que nous serons proche de l'équilibre.
Mon avenir personnel sur internet est cependant légèrement distinct de celui de CyLibris, au sens où même si CyLibris disparaît, je resterai actif sur l'internet à l'avenir, cela ne fait pas de doute pour moi. Sous quelle forme et pour faire quoi? On verra bien…
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, pour lire des textes, etc. Cela dit, je lis de plus en plus sur écran, mais dans un cadre professionnel (par exemple les lettres d'information auxquelles je suis abonné, etc.), dès que l'on parle de lecture-plaisir (roman, détente, etc.), je ne lis pas sur écran, j'imprime (si ce n'est pas déjà le cas), et je lis sur papier.
Je me rends également compte que j'ai du mal à lire sur écran un document long et complexe. Bref, je lis des informations brèves et ponctuelles, mais pas véritablement des dossiers complexes.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Tout dépend de quoi l'on parle. Le papier comme support simple de document écrit est un peu limité: texte et image simplement / pas d'évolution en temps réel / reproduction complexe / etc. L'électronique offre beaucoup plus d'avantages.
En revanche, sur les aspects plus "pratiques" ("la valeur d'usage"), le papier reste aujourd'hui imbattable: peu cher, léger, on peut le plier, le déchirer, le tordre, le laisser tomber, il peut en plus être physiquement agréable, esthétiquement beau, etc. Sans même parler du confort de lecture qui, pour moi aujourd'hui, donne un grand avantage au papier…
Bref, tout cela pour dire que je pense que le papier va décroître dans son utilisation à terme - mais que ce sera un processus long, et plutôt une question de génération, quand nos enfants n'auront plus la même relation que nous pouvons avoir avec le papier…
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je ne crois pas trop à un objet qui a des inconvénients clairs par rapport à un livre papier (prix / fragilité / aspect / confort visuel / etc.), et des avantages qui me semblent minimes (taille des caractères évolutifs / plusieurs livres dans un même appareil / rétro-éclairage de l'écran / etc.).
De même, je vois mal le positionnement d'un appareil exclusivement dédié à la lecture, alors que nous avons les ordinateurs portables d'un côté, les téléphones mobiles de l'autre et les assistants personnels (dont les pocket PC) sur le troisième front.
Bref, autant je crois qu'à terme la lecture sur écran sera généralisée, autant je ne suis pas certain que cela se fera par l'intermédiaire de ces objets. On verra si on en parle encore dans un an, mais je peux me tromper - et j'espère me tromper, comme éditeur sur internet, CyLibris bénéficierait forcément d'un développement de ce type d'appareil.
= Quelles solutions pratiques suggérez-vous pour le respect du droit d'auteur sur le web?
Il faut distinguer deux aspects: le droit d'auteur et l'application de ce droit.
Pour moi, il ne fait aucun doute que le droit d'auteur s'applique sur internet (peu de gens le contestent désormais d'ailleurs), ce qui signifie que ce n'est pas parce qu'une création est mise en libre disponibilité sur le réseau que n'importe qui peut venir la copier, la commercialiser, etc. Et là, on touche surtout à de la pédagogie: je crois que les internautes ne sont pas sensibilisés à ces questions et qu'une première démarche pédagogique peut permettre de régler un certain nombre de problèmes. Autre démarche, il me semble nécessaire pour les auteurs d'indiquer les droits qu'ils laissent à une oeuvre en libre accès sur internet: si je peux télécharger une création visuelle sur un site, il vaut mieux que l'auteur indique, par exemple, s'il laisse la libre réutilisation de cette image du moment que ce n'est pas une démarche commerciale et sous réserve que son nom soit cité, s'il est contre toute réutilisation de cette image, etc. Là, tout est possible. A mon sens, sur trop de sites, on trouve des créations librement téléchargeables, et rien n'indique ce que l'on peut faire ou non avec.
La vraie difficulté aujourd'hui réside dans l'application du droit d'auteur dans un contexte international face à des actes de piratages manifestes (c'est-à-dire la réutilisation à des fins commerciales de l'oeuvre d'un ou plusieurs artistes sans que ces derniers ne perçoivent quoi que ce soit). Et là, ce sera forcément plus lent parce qu'il faut définir des modes de coopération internationale, s'entendre sur des règles et mettre en place des procédures judiciaires adéquates. C'est un processus lent qui prendra plusieurs années, mais je suis optimiste.
Finalement, tout cela est assez classique: pédagogie d'un côté, réglementation de l'autre.
= Quelles solutions pratiques suggérez-vous pour une meilleure répartition des langues sur le web?
Première étape: le respect des particularismes au niveau technique. Il faut que le réseau respecte les lettres accentuées, les lettres spécifiques, etc. Je crois très important que les futurs protocoles de transmission permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce qui n'est pas forcément simple (dans les futures évolutions de l'HTML, ou des protocoles IP, etc.). Donc, il faut que chacun puisse se sentir à l'aise avec l'internet et que ce ne soit pas simplement réservé à des (plus ou moins) anglophones. Il est anormal aujourd'hui que la transmission d'accents puisse poser problème dans les courriers électroniques. La première démarche me semble donc une démarche technique.
Si on arrive à faire cela, le reste en découle: la représentation des langues se fera en fonction du nombre de connectés, et il faudra envisager à terme des moteurs de recherche multilingues.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Pas de définition particulièrement. Pour moi, c'est plutôt un concept pour nos auteurs de science-fiction.
= Et la société de l'information?
Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la mise en réseau de notre société, au sens où, à terme, beaucoup des objets quotidiens seront connectés au Réseau (avec un grand R, qui sera lui-même composé de dizaines de réseaux différents). Bref, c'est une nouvelle manière de vivre et, à terme, certainement une nouvelle société. S'agit-il d'une société de "l'information", je n'en suis pas certain. Faut-il que nous définissions collectivement ce que nous voulons dans cette société, cela me semble urgent, et c'est un débat qui concerne tout le monde, pas uniquement les "connectés"? Bref, sur quelles valeurs de société fonder notre action future? Voilà un vrai débat.
J'en profite d'ailleurs pour faire un peu de pub pour un auteur CyLibris: La Toile de Jean-Pierre Balpe me semble aujourd'hui la meilleure illustration de ce débat. La société qu'il décrit au travers de ce roman est à mon sens la plus probable à court terme (l'action se passe en 2015). Est-ce cela que nous voulons? Est-ce ce type d'organisation? Peut-être, mais mon souci, c'est que ce choix soit conscient et non subi.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La première fois que des étudiants dans une école d'ingénieurs m'ont montré le web. C'était en 1992, et j'ai trouvé cela génial. D'où la création de CyLibris en 1996 (j'ai quand même mis quatre ans).
= Et votre pire souvenir?
La disparition progressive de CyLibris dans certains moteurs de recherche parce que, soit nous ne voulions pas payer, soit des accords d'exclusivité avaient été signés avec des libraires en ligne et que nous étions déréférencés brutalement (passer de la première page à la cinquième page est une forme de déréférencement brutal). Bref, aujourd'hui plus rien ne me trouble et on a appris à vivre avec ce genre de phénomène. Il n'empêche qu'une structure comme CyLibris qui se créerait juste aujourd'hui aurait les pires difficultés pour être visible sur internet.
[FR] Jacques Gauchey (San Francisco)
#Spécialiste en industrie des technologies de l'information, "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe, journaliste
Jacques Gauchey est l'auteur de La vallée du risque - Silicon Valley, paru fin 1990 chez Plon. Son métier - "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe - est très lié à ses relations personnelles. En 1993, grâce au réseau qu'il a constitué de part et d'autre de l'Atlantique, il crée la société G.a Communications, qui aide les sociétés américaines spécialisées en technologies de l'information à définir et mettre en place leur politique européenne, particulièrement en matière de stratégie, de partenariat et de visibilité.
Ses activités dans le domaine des nouvelles technologies sont multiples: directeur du Multimedia Development Group (MDG) en 1996-1997; responsable du International Group du MDG de 1994 à 1996, avec des activités allant de la conférence M3 du MDG (1994) à la publication des éditions 1995 et 1996 du guide Going Global: Multimedia Marketing & Distribution; président de manifestions telles que les "only-for-CEOs IT conferences"; ETRE (en Europe) et ATRE (en Asie) (1990, 1991 et 1992), le "World Multimedia: A Mosaic of Markets" du MDG (San Francisco, 1994), Multimedia Live! (San Francisco, 1995), le séminaire des AI (Artificial Intelligence) Soft International Partners (Tokyo, 1996), etc. Il préside régulièrement des groupes de travail en industrie des technologies de l'information.
Entre 1985 et 1992, Jacques Gauchey a été le correspondant de la côte ouest des Etats-Unis pour La Tribune, quotidien parisien économique, financier et boursier. Auparavant, il a travaillé pour Le Figaro et Le Point.
*Entretien du 31 juillet 1999
= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?
Complètement. Le monde entier est sur mon écran d'ordinateur. Chaque individu a maintenant accès à une base de données globale. A cet individu d'apprendre à y naviguer ou de s'y noyer.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Mes clients sont tous maintenant des sociétés internet. Mes outils de travail sont ou seront bientôt tous liés à l'internet que ce soit mon téléphone mobile, mon PDA (personal digital assistant) et mon PC.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le droit d'auteur dans son contexte traditionnel n'existe plus. Les auteurs ont besoin de s'adapter à un nouveau paradigme, celui de la liberté totale du flot de l'information. Le contenu original est comme une empreinte digitale: il est incopiable. Il survivra et prospérera donc.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
La technologie résoudra le problème éventuellement. Et que le meilleur gagne. L'internet a vraiment décollé aux Etats-Unis à cause d'un concept révolutionnaire: une langue unique - l'anglais. Le mouvement "politically correct" pour l'enseignement obligatoire multi-linguistique dans les écoles américaines et le respect des différentes sous-cultures est un désastre pour l'avenir de ce pays (comme il l'est déjà en Europe). Aux individus de décider, chez eux, s'ils veulent apprendre une autre langue.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
J'ai publié quelques numéros d'une lettre d'information en anglais gratuite il y a quatre ans sur internet. Une dizaine de lecteurs par numéro jusqu'au jour (en janvier 1996) où l'édition électronique de Wired Magazine créa un lien. En une semaine j'ai eu une centaine de courriers électroniques - y compris de lecteurs francais de mon livre La vallée du risque - Silicon Valley, contents de me retrouver.
= Et votre pire souvenir?
L'internet est un médium et comme tout médium un facteur d'éclatement du pire. La fusillade d'Atlanta fin juillet 1999 par un "day trader". La pornographie. La vente libre des armes en ligne. Les mails non sollicités.
[EN] Jacques Gauchey (San Franscico)
#Specialist in the information technology industry, "facilitator" between theUnited States and Europe, and journalist
Created in 1993, Jacques Gauchey's consultancy G.a Communications assists start-up Internet and IT (information technology) companies in building their European strategies, partnerships, and visibility. To fulfill its clients' international business development needs, G.a Communications maintains a close-knit network of competences worldwide.
Jacques Gauchey was a director of the Multimedia Development Group (MDG) in 1996-97. He led MDG's International Group from 1994 to 1996, with projects ranging from MDG's M3 conference (1994) to publishing the 1995 and 1996 editions of the guide Going Global: Multimedia Marketing & Distribution.
He was a moderator at such events as the European ETRE & Asian ATRE only-for-CEOs IT conferences (1990, '91 & '92), MDG's "World Multimedia: A Mosaic of Markets" (San Francisco, 1994), Multimedia Live! (San Francisco, 1995), the A.I. (Artificial Intelligence) Soft International Partners seminar (Tokyo, 1996), etc. He moderates focus groups for the IT industry.
From 1985 to 1992, he was the West Coast correspondent for La Tribune, a Paris business daily. He worked previously for Le Figaro and Le Point.
*Interview of July 31, 1999 (original interview in French)
= How did using the Internet change your professional life?
Totally. The whole world is on my computer screen. Everyone now has access to a global database. They have to learn to navigate their way through it or get drowned.
= How do you see the future?
All my clients now are Internet companies. All my working tools (my mobile phone, my PDA and my PC) are or will soon be linked to the Internet.
= What do you think of the debate about copyright on the Web?
Copyright in its traditional context doesn't exist any more. Authors have to get used to a new situation: the total freedom of the flow of information. The original content is like a fingerprint: it can't be copied. So it will survive and flourish.
= How do you see the growth of a multilingual Web?
Technology may solve the problem. May the best one win. The Internet really took off in the US because of a revolutionary concept: only one language — English. The "politically correct" movement for mandatory multilingual teaching in US schools and respect for the various subcultures is a disaster for the future of this country (as it already is in Europe). Individuals have to decide at home if they want to learn another language.
= What is your best experience with the Internet?
Four years ago I published a few issues of a free English newsletter on the Internet. It had about 10 readers per issue until the day (in January 1996) when the electronic version of Wired Magazine created a link to it. In one week I got about 100 e-mails, some from French readers of my book La vallée du risque - Silicon Valley (published by Plon, Paris, at the end of 1990), who were happy to find me again.
= And your worst experience?
The Internet is a medium and, like any medium, can be lead to evil. The shooting spree by a day trader in Atlanta in July 1999. Pornography. The unrestricted online sale of guns. Junk mail.
[FR] Raymond Godefroy (Valognes, Normandie)
#Ecrivain-paysan, publie son recueil Fables pour les années 2000 sur le web avant de le publier sur papier
Né en 1923 dans une famille rurale d'Octeville-l'Avenel (Cotentin, Normandie),Raymond Godefroy obtient en 1938 son brevet d'ajusteur mécanicien à l'Ecolepratique de Cherbourg. Il parcourt ensuite pendant seize ans tout le nord duCotentin en tant que conducteur d'une entreprise de battage.
Marié en 1953 - son épouse est également de souche paysanne - il fait valoir à partir de cette année-là le domaine de la Cour de Lestre. A partir de 1966, il y pratique l'agrobiologie, une forme de culture pour laquelle il ne cessera de militer. Partageant ses loisirs entre la mécanique et l'écriture, il dépose plusieurs brevets de machines agricoles et il écrit de nombreux articles dans la revue Agriculture et vie. Il s'oriente ensuite vers la fiction, sous forme de contes et nouvelles.
Raymond Godefroy est membre de l'Association internationale des écrivains paysans (AIEP), fondée en 1972 dans le but de rassembler et promouvoir les auteurs servant la pensée paysanne. A sa retraite, il déménage à Valognes, et l'exploitation du domaine de la Cour de Lestre est reprise par son fils Pierre.
[Entretien 23/12/1999 // Entretien 26/01/2001]
*Entretien du 23 décembre 1999
= Pouvez-vous vous présenter?
Je suis né dans le Nord Cotentin de vieille souche paysanne. Je suis âgé de 77 ans. J'ai quitté l'école primaire à 12 ans avec le certificat d'études et, trois ans plus tard, l'Ecole pratique de Cherbourg avec un brevet d'ajusteur mécanicien. Je suis rentré à la ferme paternelle pour pratiquer l'agriculture avec mes parents. Je me suis marié à 30 ans. Six enfants sont nés de ce mariage. J'ai pratiqué l'agrobiologie sur cette ferme pendant 17 ans en militant pour cette agriculture nouvelle. J'ai écrit des articles sur ce sujet, puis des contes et des nouvelles du genre fantastique, enfin à 70 ans mes premiers poèmes et fables.
= Comment vous est venu le désir d'écrire?
Mon désir d'écrire s'est manifesté très tard dans la vie et très lentement. J'ai publié mes premiers articles dans Agriculture et vie entre 40 et 50 ans, découvrant là une façon de m'exprimer différente de la parole, qui m'obligeait à affiner ma pensée pour transmettre un message clair et agréable à lire.
Pour attirer l'attention des lecteurs j'ai inventé des histoires courtes à morale écologique mais aussi fantastique. Ainsi sont nées toutes ces histoires publiées ensuite sous le titre de Contes écologiques et fantastiques (Caen, Editions Charles Corlet, 1988 - réédités en 1995 à la suite des Extravagantes histoires de Graundaru, ndlr).
A 60 ans j'ai souffert d'une crise aiguë de polyarthrite. Ne pouvant plus travailler ni me déplacer, j'ai écrit le Couguard et d'autres nouvelles, publiées sous le titre: Trois histoires étranges (Marigny, Editions Paoland, 1995, ndlr) (prix Octave Mirebeau 1997). La même année sont parues Les extravagantes histoires du Graundaru (Marigny, Editions Paoland, 1995, ndlr).
Mais il me restait quelque chose d'inassouvi: la poésie. Tous les essais s'étaient soldés par un échec, blocage au deuxième vers et pas d'inspiration sauf des banalités, je n'étais pas mûr pour le faire. Puis un jour - j'avais alors 70 ans - grattant un plafond, travail ingrat, j'eus subitement une inspiration, c'est ainsi qu'est né Les fleurs de mon jardin (poème qui n'est pas encore publié, ndlr). D'autres ont suivi presque dans interruption. C'est après l'avoir écrite que j'ai découvert que Les peupliers et le saule pleureur était une fable. Les autres ont été voulues. Ainsi sont nées Fables pour l'an 2000, entre septembre 1996 et avril 1999.
= Pourquoi des fables? Pourquoi l'an 2000?
Je m'explique dans la préface de mon recueil:
"Trois siècles après le grand La Fontaine, que peut-on ajouter à une oeuvre aussi pleine de nuances et de richesse psychologique?
Si depuis tous les temps, la nature humaine est restée toujours la même, par contre la connaissance et la vision du monde ont beaucoup changé. Et le rôle des fables est de révéler aux hommes, un peu comme un miroir fantastique, cette image d'eux-mêmes que leurs habitudes journalières dissimulent à leur vue. La fable permet aussi d'aborder les problèmes de société, comme de courtes comédies très proches de la nature. Mais depuis peu les hommes ont acquis un immense pouvoir: celui de détruire le monde, soit d'une façon violente, soit petit à petit en l'empoisonnant et le surexploitant.
Arrivés en l'an 2000, après plus de cinq siècles d'humanisme rationnel et scientifique cherchant à faire reculer le mystère, voilà qu'ils découvrent (…) qu'ils n'en viendraient jamais à bout et qu'il fait partie de leur propre nature. (…) Le prochain millénaire sera-t-il celui de la révélation mystique comme certains l'ont prédit? Ou bien, la violence destructrice l'emportant, le monde pourrait-il être détruit par les hommes eux-mêmes?
C'est peu probable, si chacun peut s'exprimer sans provoquer d'intransigeantes réactions et qu'enfin arrivés à la tolérance, les fabulistes puissent à leur manière - sans être rejetés comme des moralistes démodés - contribuer à travers l'humour, à une meilleure connaissance les uns des autres. N'oublions pas que La Fontaine a reçu les honneurs du Roi, qu'il n'avait pourtant pas plus ménagé que les autres dans le personnage du Lion.
Les éditeurs ont aussi leur rôle à jouer afin que la culture soit la plus diversifiée possible, pour repousser le mythe de la culture unique et mondiale qui nous menace.
Le troisième millénaire c'est demain. C'est une page blanche dont le début est déjà écrit, mais où le présent n'étant toujours qu'un court passage entre deux infinis, rend si difficile la réflexion humaine."
= Avez-vous une fable préférée?
Ma fable préférée est Les borgnes. Puis viennent La République des grenouilles et Les animaux malades de la violence. Mais à chacun de retirer la conclusion qui lui convient à chacune des fables, car toute opinion est respectable. Seul est intolérable de vouloir l'imposer aux autres d'une façon contrainte ou détournée.
= Que représente l'internet pour vous?
Internet représente pour moi un formidable outil de communication qui nous affranchit des intermédiaires, des barrages doctrinaires et des intérêts des médias en place. Soumis aux mêmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connaître, acquerront peu à peu cette conscience du collectif, d'appartenir à un même monde fragile pour y vivre en harmonie sans le détruire.
Internet est absolument comme la langue d'Esope, la meilleure et la pire des choses, selon l'usage qu'on en fait, et j'espère qu'il ne permettra de m'affranchir en partie de l'édition et de la distribution traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d'une crise d'intolérance pour entrer à reculons dans le prochain millénaire (voir à ce sujet la fable Le poète et l'éditeur, ndlr).
= Quel est votre meilleur souvenir de l'année 1999?
La démonstration faite par vous de la possibilité de publier les Fables pour l'an 2000 sur internet (publiées sur le site des éditions du Choucas en décembre 1999, avec un design de Nicolas Pewny, ndlr). Mes meilleurs instants de bonheur sont aussi ceux qui naissent après avoir terminé l'écriture d'une fable ou d'un poème.
= Et votre pire souvenir?
Mon pire souvenir est celui de ma post-réanimation après un pontage coronarien en juillet.
= Quels sont vos souhaits pour l'an 2000 et les années suivantes?
Une meilleure tolérance et une plus grande pluralité des cultures.
*Entretien du 26 janvier 2001
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
J'ai rencontré le président du Centre régional des lettres de Basse-Normandie, qui s'est vivement intéressé aux Fables pour les années 2000. Il a proposé une aide de la région Basse-Normandie pour une édition imprimée sous forme de recueil. Le travail est très avancé et la publication pourrait avoir lieu au printemps.
= Pourquoi avoir modifié le titre, devenu Fables pour les années 2000 au lieu deFables de l'an 2000?
Tout simplement parce que, les ayant écrites avant l'an 2000, je pensais qu'elles seraient publiées avant le changement de millénaire, et que maintenant en voilà pour mille ans avant le prochain. Cela donne le vertige au-delà de toute imagination.
= Avez-vous quelque chose à ajouter à vos propos de 1999 relatifs à l'internet?
Non. Sauf qu'il serait indispensable pour moi d'y être raccordé le plus vite possible pour mes besoins en documentation et aussi pour la communication.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Non, pas du tout! Le papier est un support qui va subsister encore très longtemps et qui garde certains avantages. Il est cependant gourmand en matière première, le bois. Les autres supports sont complémentaires, et présentent des avantages, surtout pour la circulation et la reproduction à longue distance.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je ne l'ai pas encore utilisé. Je pense qu'il a cependant beaucoup d'intérêt. Il économise le papier. Je l'imagine dans les bibliothèques pour la lecture au public. L'usage et le temps nous apporteront une réponse, mais l'informatique n'a pas fini de nous étonner.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est un moyen pour supprimer l'espace.
= Et la société de l'information ?
La société de l'information est un moyen de satisfaire l'appétit de connaissances et de curiosité qu'ont les hommes de par le monde.
[FR] Muriel Goiran (Rhône-Alpes)
#Libraire à la librairie Decitre
En région Rhône-Alpes, les huit librairies Decitre sont particulièrement dynamiques dans le domaine des nouvelles technologies et de l'internet. Decitre propose aussi une librairie en ligne de 430.000 titres.
*Entretien du 8 juin 1998
= Que représente l'internet pour vous?
C'est pour l'instant juste un moyen de communication de plus (mail) avec nos clients des magasins et nos clients bibliothèques et centres de documentation. Nous avons découvert son importance en organisant DOCForum, le premier forum de la documentation et de l'édition spécialisée, qui s'est tenu à Lyon en novembre 1997 (la prochaine édition est fixée en novembre 1999). Il nous est apparu clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied dans le Net.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Internet est très important pour notre avenir. Nous allons mettre en ligne notre base de 400.000 livres français à partir de fin juillet 1998, et elle sera en accès gratuit pour des recherches bibliographiques (l'achat des livres sera payant bien sûr!). Ce ne sera pas une n-ième édition de la base de Planète Livre, mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur internet.
[FR] Marcel Grangier (Berne)
#Responsable de la section française des services linguistiques centraux de l'Administration fédérale suisse
[Entretien 14/01/1999 // Entretien 25/01/2000]
*Entretien du 14 janvier 1999
= Quel est l'apport de l'internet dans un service de traduction?
Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible: au-delà de tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique, consultation de la presse électronique, activités de services au profit de la profession des traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inépuisable d'informations dans ce que j'appellerais le "secteur non structuré" de la toile. Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site comportant de l'information organisée ne fournit de réponse à un problème de traduction, les moteurs de recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chaînon manquant quelque part sur le réseau.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
Le multilinguisme sur internet peut être considéré comme une fatalité heureuse et surtout irréversible. C'est dans cette optique qu'il convient de creuser la tombe des rabat-joie dont le seul discours est de se plaindre d'une suprématie de l'anglais. Cette suprématie n'est pas un mal en soi, dans la mesure où elle résulte de réalités essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n'est pas de "lutter contre l'anglais" et encore moins de s'en tenir à des jérémiades, mais de multiplier les sites en d'autres langues. Notons qu'en qualité de service de traduction, nous préconisons également le multilinguisme des sites eux-mêmes.
La multiplication des langues présentes sur internet est inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges multiculturels. Pour que ces échanges prennent place dans un environnement optimal, il convient encore de développer les outils qui amélioreront la compatibilité. La gestion complète des diacritiques ne constitue qu'un exemple de ce qui peut encore être entrepris.
*Entretien du 25 janvier 2000
= En quoi consiste votre site web?
Conçu d'abord comme un service intranet, notre site web se veut au service d'abord des traducteurs opérant en Suisse, qui souvent travaillent sur la même matière que les traducteurs de l'administration fédérale, mais également, par certaines rubriques, au service de n'importe quel autre traducteur où qu'il se trouve. Les dictionnaires électroniques ne sont qu'une partie de l'ensemble, et d'autres secteurs documentaires ont trait à l'administration, au droit, à la langue française, etc., sans parler des informations générales. Le site abrite par ailleurs les pages de la CST (Conférence des services de traduction des états européens).
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis responsable de la section française des services linguistiques centraux (SLC-f) de la Chancellerie fédérale suisse, c'est-à-dire en charge des questions organisationnelles de la traduction pour l'ensemble des services linguistiques du gouvernement suisse.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le problème est réel même si la solution n'est pas évidente. On peut toutefois regretter que la lutte contre ce genre de fraude finira par justifier, avec d'autres dérives, une "police du WWW" malheureusement bien éloignée de l'esprit dans lequel la toile a été créée.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Nous y sommes, à l'internet multilingue: reste à le consolider et à veiller à l'égalité des chances d'accès, ce qui prendra probablement un peu plus de temps.
[EN] Marcel Grangier (Bern)
#Head of the French Section of the Swiss Federal Government's Central LinguisticServices
[Interview 14/01/1999 // Interview 25/01/2000]
*Interview of January 14, 1999 (original interview in French)
= How did using the Internet change your professional life?
To work without the Internet is simply impossible now. Apart from all the tools used (e-mail, the electronic press, services for translators), the Internet is for us a vital and endless source of information in what I'd call the "non-structured sector" of the Web. For example, when the answer to a translation problem can't be found on websites presenting information in an organized way, in most cases search engines allow us to find the missing link somewhere on the network.
= How do you see the growth of a multilingual Web?
We can see multilingualism on the Internet as a happy and irreversible inevitability. So we have to laugh at the doomsayers who only complain about the supremacy of English. Such supremacy isn't wrong in itself, because it's mainly based on statistics (more PCs per inhabitant, more people speaking English, etc.). The answer isn't to "fight English," much less whine about it, but to build more sites in other languages. As a translation service, we also recommend that websites be multilingual.
= How do you see the future?
The increasing number of languages on the Internet is inevitable and can only boost multicultural exchanges. For this to happen in the best possible circumstances, we still need to develop tools to improve compatibility. Fully coping with accents and other characters is only one example of what can be done.