Chapter 9

Tout comme aujourd'hui j'évolue dans un "espace social" (socialspace) qui est un réseau de normes sociales, d'expectations et de lois, demain, j'évoluerai aussi dans un cyberespace composé d'informations sur lesquelles je pourrai me baser (parfois), qui limiteront mon activité (parfois), qui me réjouiront (souvent, j'espère) et qui me décevront (j'en suis sûr).

= Et la société de l'information?

Une société de l'information est une société dans laquelle la majorité des gens a conscience de l'importance de cette information en tant que produit de base, et y attache donc tout naturellement du prix. Au cours de l'histoire, il s'est toujours trouvé des gens qui ont compris combien cette information était importante, afin de servir leurs propres intérêts. Mais quand la société, dans sa majorité, commence à travailler avec et sur l'information en tant que telle, cette société peut être dénommée société de l'information. Ceci peut sembler une définition tournant un peu en rond ou vide de sens, mais je vous parie que, pour chaque société, les anthropologues sont capables de déterminer quel est le pourcentage de la société occupé au traitement de l'information en tant que produit de base. Dans les premières sociétés, ils trouveront uniquement des professeurs, des conseillers de dirigeants et des sages. Dans les sociétés suivantes, ils trouveront des bibliothécaires, des experts à la retraite exerçant une activité de consultants, etc.

Les différentes étapes de la communication de l'information - d'abord verbale, puis écrite, puis imprimée, puis électronique - ont chaque fois élargi (dans le temps et dans l'espace) le champ de propagation de cette information, en rendant de ce fait de moins en moins nécessaire le réapprentissage et la répétition de certaines tâches difficiles. Dans une société de l'information très évoluée, je suppose, il devrait être possible de formuler votre objectif, et les services d'information (à la fois les agents du cyberespace et les experts humains) oeuvreraient ensemble pour vous donner les moyens de réaliser cet objectif, ou bien se chargeraient de le réaliser pour vous, et réduiraient le plus possible votre charge de travail en la limitant au travail vraiment nouveau ou au travail nécessitant vraiment d'être refait à partir de documents rassemblés pour vous dans cette intention.

[FR] Christiane Jadelot (Nancy)

#Ingénieur d'études à l'INaLF (Institut national de la langue française)

Laboratoire du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), l'INaLF a pour mission de développer des programmes de recherche sur la langue française, tout particulièrement son lexique. Les données, traitées par des systèmes informatiques spécifiques et originaux, constamment enrichies et renouvelées, portent sur tous les registres du français: langue littéraire (du 14e au 20e siècle), langue courante (écrite, parlée), langue scientifique et technique (terminologies), et régionalismes. Ces données, qui constituent un matériau d'étude considérable, sont progressivement mises à la disposition de tous ceux que la langue française intéresse (enseignants et chercheurs, mais aussi industriels, secteur tertiaire et grand public), soit par des publications, soit par la consultation de banques et bases de données.

Le domaine de compétence de Christiane Jadelot est la lexicographie informatisée. Elle est actuellement chargée de la mise en ligne de la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1932-1935).

[Entretien 08/06/1998 // Entretien 10/08/1999]

*Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique du site web de l'INaLF?

Les premières pages sur l'INaLF ont été mises sur l'internet au milieu de l'année 1996, à la demande de Robert Martin, directeur de l'INaLF. Je peux en parler, car j'ai participé à la mise sous internet de ces pages, avec des outils qui ne sont pas comparables à ceux que l'on utilise aujourd'hui. J'ai en effet travaillé avec des outils sous Unix, qui n'étaient pas très faciles d'utilisation. Nous avions peu d'expérience de la chose, à l'époque, et les pages étaient très verbeuses. Mais la direction a senti la nécessité urgente de nous faire connaître par l'internet, que beaucoup d'autres entreprises utilisaient déjà pour promouvoir leurs produits. Nous sommes en effet "Unité de recherche et de service" et nous avons donc à trouver des clients pour nos produits informatisés, le plus connu d'entre eux étant la base textuelle Frantext. Il me semble que la base Frantext était déjà sur internet (depuis début 1995, ndlr), ainsi qu'une maquette du tome 14 du TLF (Trésor de la langue francaise, dictionnaire en 16 volumes publié par le CNRS entre 1971 et 1994, et dont le 14e volume a été consultable en ligne pendant quelque temps, ndlr). Il était donc nécessaire de faire connaître l'ensemble de l'INaLF par ce moyen. Cela correspondait à une demande générale.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

J'ai commencé à utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s'appelait Mosaic. J'ai alors découvert un outil précieux pour progresser dans mes connaissances en informatique, linguistique, littérature… Tous les domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai surtout apprécié les logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de connexion à distance. J'avais à cette époque des problèmes avec un logiciel qui s'appelait Paradox et des polices de caractères inadaptées à ce que je voulais faire. J'ai tenté ma chance et posé la question dans un groupe de News approprié. J'ai reçu des réponses du monde entier, comme si chacun était soucieux de trouver une solution à mon problème! Je n'étais pas habituée à ce type de solidarité. Les habitudes en France sont plutôt de travailler avec des cloisons étanches.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je pense qu'il faut équiper de plus en plus de laboratoires avec du matériel de pointe, qui permette d'utiliser tous ces médias. Nous avons des projets en direction des lycées et des chercheurs. Le ministère de l'Education nationale a promis de câbler tous les établissements, c'est plus qu'une nécessité nationale. J'ai vu à la télévision une petite école dans un village faisant l'expérience de l'internet. Les élèves correspondaient avec des écoles de tous les pays, ceci ne peut être qu'une expérience enrichissante, bien sûr sous le contrôle des adultes formés pour cela. Voilà ma petite expérience. Je me suis équipée maintenant à domicile dans un but plus ludique, en espérant convaincre ma fille d'utiliser au mieux tous ces outils.

*Entretien du 10 août 1999

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

L'INaLF est au coeur des problèmes de droits d'auteur et d'éditeur avec sa base de textes Frantext. Il me semble que les règles devraient s'assouplir, car pour le moment cette base a un accès restreint, ce qui est dommageable pour sa diffusion et la diffusion de la langue française en général.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Personnellement je n'ai pas d'état d'âme par rapport à l'usage de la langue anglaise. On doit la prendre comme un banal outil de communication. Cela dit, les sites doivent proposer un accès par l'anglais et par la langue du pays d'origine.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Mon meilleur souvenir est celui évoqué en 1998, lorsque, pour mon problème de polices de caractères, qui était très local, j'ai reçu des réponses du monde entier!

= Et votre pire souvenir?

Celui d'avoir envoyé un courrier électronique à une personne qui n'était pas destinataire. Ce mode de communication doit être utilisé avec prudence parfois. Il va plus vite que la pensée elle-même, et peut être utilisé de manière très perverse, après coup, par le destinataire.

[EN] Christiane Jadelot (Nancy, France)

#Researcher at the INALF (Institut national de la langue française - NationalInstitute of the French Language)

The purpose of the INaLF — part of the France's National Centre for Scientific Research (Centre national de la recherche scientifique, CNRS) — is to design research programmes on the French language, particularly its vocabulary. The INaLF's constantly expanding and revised data, processed by special computer systems, deal with all aspects of the French language: literary discourse (14th-20th centuries), everyday language (written and spoken), scientific and technical language (terminologies), and regional languages. This data, which is an very important study resource, is made available to people interested in the French language (teachers and researchers, business people, the service sector and the general public) through publications and databases.

Christiane Jadelot is an expert in computerized lexicography. She is currently in charge of putting the eighth version of the Dictionnaire de l'Académie française (Dictionary of the French Academy) (1932-1935) online.

[Interview 08/06/1998 // Interview 10/08/1999]

*Interview of June 8, 1998 (original interview in French)

= What is the history of the INaLF website?

At the request of Robert Martin, the head of INaLF, our first pages were posted on the Internet in mid-1996. I helped set up these web pages with tools that cannot be compared to the ones we have nowadays. I was working with tools on Unix, which were not very easy to use. We had little practical experience then, and the pages were very cluttered. But the INaLF thought it was very important to make ourselves known through the Internet, which many firms were already using to sell their products. As we are a "research and services" organization, we have to find customers for our computer products, the best known being the text database Frantext. I think Frantext was already on the Internet (since early 1995), and there was also a draft version of volume 14 of the TLF (Trésor de la langue française). So we had to publicize INaLF activities in this way. It met a general need.

= How did using of the Internet change your professional life?

I began to really use it in 1994, with a browser called Mosaic. I found it a very useful way of improving my knowledge of computers, linguistics, literature… everything. I was finding the best and the worst, but as a discerning user, I had to sort it all out and make choices. I particularly liked the software for e-mail, file transfers and dial-up connections. At that time I had problems with a programme called Paradox and character sets that I couldn't use. I tried my luck and threw out a question in a specialist news group. I got answers from all over the world. Everyone seemed to want to solve my problem! I wasn't used to this kind of support. The French are more used to working alone, without reaching out.

= What do you see the future?

I think we have to equip more and more laboratories with high-tech hardware and software so we can use all these new media. We have got projects for schools and research centers. The French education ministry has promised to give all schools cable line access, which is a pressing national need. I saw a TV programme about a small rural primary school's experience of the Internet. The pupils were communicating by e-mail with schools all over the world. This is very enriching, especially when supervised by specially-trained teachers. So that is how I see the Internet. Now I am equipped at home, more for fun, and I hope to convince my daughter to use all these tools to the fullest.

*Interview of August 10, 1999 (original interview in French)

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

With its text database Frantext, the INaLF is greatly affected by problems of copyright and publisher's rights. I think the rules should be more flexible. At the moment, use of the database is restricted, which reduces its influence and the spread of French in general.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Personally I have no problem about the use of English, which has to be regarded as a shared communication tool. But websites should offer access both in English and in the language of their country of origin.

= What is your best experience with the Internet?

It was the one I recalled in 1998, when I got responses from all over the world to my very trivial question about type-faces.

= And your worst experience?

When I sent an email to someone by mistake. Sometimes this communication tool has to be used carefully. It goes faster than the human brain and can then be used by the recipient in a very ugly way.

[FR] Gérard Jean-François (Caen)

#Directeur du centre de ressources informatiques de l'Université de Caen

Directeur du centre de ressources informatiques de l'Université de Caen (CRIUC), Gérard Jean-François est chargé de l'exploitation et du développement des technologies de la communication pour la recherche et la pédagogie.

*Entretien du 13 mars 2001

= Pouvez-vous décrire l'activité de votre organisme?

L'Université de Caen Basse-Normandie compte 24.000 étudiants. Elle est unique, donc pluridisciplinaire pour la région. De ce fait, elle est répartie sur une douzaine de sites. Les activités principales sont évidemment l'enseignement et la recherche.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Mon activité professionnelle consiste à effectuer la veille technologique et à mettre en place les moyens nécessaires à l'activité de l'établissement. Ces moyens sont essentiellement le réseau de communication, les serveurs et les équipements individuels. Sur ces équipements sont mis en place les services (messageries, bases de données, visioconférence…) nécessaires aux utilisateurs (étudiants, enseignants/chercheurs, personnels techniques et administratifs).

= Et votre activité liée à l'internet?

Par rapport à internet, je me dois de fournir l'accès internet à l'ensemble de l'établissement mais également de rendre visible l'établissement sur internet, ceci dans le strict respect de la législation en appliquant toutes les mesures de sécurité qui incombent à mon rôle de responsable sécurité du système informatique.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Pour l'avenir, les évolutions suivantes se précisent à l'horizon :

- les développements techniques pour la prise en compte des différents médias,

- la "démocratisation" de l'internet, qui amènera la mise en place de réseaux professionnels,

- la multiplication des problèmes de sécurité liés à la dématérialisation de l'information.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Pour mon activité professionnelle, j'utilise encore le papier pour travailler hors de mon bureau, de même que pour des livres autres que techniques. En effet, si des documents techniques (qui sont des bases de données) sont facilement consultables sous forme électronique, il n'en est pas de même pour des ouvrages de fond. Au sujet de la presse, il est hors de question de la supprimer pour la lecture, mais pour l'archivage oui.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

La réponse est oui mais les usages changeront.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Le livre électronique, c'est quoi? Le livre électronique tel qu'il existe actuellement est une base de données documentaires qui permet si on le souhaite de télécharger le contenu et ensuite de l'éditer. Les écrans étant ce qu'ils sont et ce qu'ils resteront longtemps, on ne peut pas espérer lire n'importe où et n'importe quand un texte de quelque difficulté qu'il soit. Pour des documents ne comportant que des images, cela peut en être autrement.

= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?

A mon avis, il n'y a pas de débat. Si on met quelque chose sur le web, c'est-à-dire ouvert à tout le monde, cela signifie qu'on l'offre gratuitement à tout le monde. Si on veut en faire du commerce, les moyens existent pour sécuriser les accès et les copies, il faut tout simplement les mettre en oeuvre. A l'heure actuelle (et c'est peut-être une bonne chose) on n'a que deux alternatives, ou bien on met ses créations dans un tiroir et on vend, ou bien on offre.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et mal-voyants?

Les progrès techniques concernant les réseaux devraient permettre de mettre sur le web davantages de documents sonores. Une piste qui peut avoir de l'avenir: prendre les textes des pages web et les synthétiser sous forme sonore sur son propre PC.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Le cyberspace peut être considéré comme l'ensemble des informations qui sont accessibles sans aucune restriction sur le réseau internet.

= Et la société de l'information?

Il n'y a pas de société de l'information particulière. De tout temps, elle a toujours existé. Ce qu'il faut noter, c'est son évolution continue. Gutenberg l'a fait évoluer, de même internet.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

La remarque faite par un internaute d'Outre-Atlantique qui, ayant examiné une photo, nous a averti qu'elle était à l'envers.

= Et votre pire souvenir?

Pas vraiment de mauvais souvenirs, simplement une amertume envers les mauvais usages qui en sont faits.

[FR] Jean-Paul (Paris)

#Webmestre des cotres furtifs, un site hypermédia qui raconte des histoires en 3D

Webmestre des cotres furtifs, Jean-Paul - qui a choisi son prénom comme pseudonyme - s'est toujours intéressé à l'écriture, imprimée ou chantée, avant de centrer son intérêt sur les nouvelles formes qu'annoncent le numérique et la technique de l'hyperlien, l'architecture par liens, le système des correspondances dans un réseau où sinon les parfums du moins "les couleurs et les sons se répondent"… Depuis 1999, il anime des soirées publiques sur le thème de l'hypertexte à La Maroquinerie (Paris). En 2000, il fait partie de la grande aventure du Samarkande: www.thewebsoap.net, un feuilleton hypermédia collectif de onze auteurs diffusé en direct sur la toile.

Les cotres furtifs (un cotre est un bateau à voile) ont commencé à émettre le 20 octobre 1998. "L'image et le son font partie intégrante de chaque récit, avec un système d'échos de l'un à l'autre, mais le parti-pris est de laisser la priorité aux mots." Ils en sont à leur version 2, offrant "deux entrées sur deux histoires qui se croisent comme le ruban de Möbius". La version 3 est en vue, "consacrée à un avatar de Clément Ader".

[Entretien 05/08/1999 // Entretien 25/06/2000 // Entretien 03/12/2000 //Entretien 03/06/2001]

*Entretien du 5 août 1999

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'internet va me permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de disques, éditeurs, distributeurs… Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tête (et ailleurs) et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est plus verte…

Pour s'en tenir à la cyber-littérature, ou littérature numérique ou comme on voudra l'appeler, son avenir est tracé par sa technologie même : il est maintenant impossible à un(e) auteur(e) seul(e) de manier à la fois les mots, leur apparence mouvante et leur sonorité. Maîtriser aussi bien Director, Photoshop et Cubase, pour ne citer que les plus connus, c'était possible il y a dix ans, avec les versions 1. Ça ne l'est plus. Dès demain (matin), il faudra savoir déléguer les compétences, trouver des partenaires financiers aux reins autrement solides que Gallimard, voir du côté d'Hachette-Matra, Warner, Pentagone, Hollywood.

Au mieux, le statut du… écrivaste ? multimédiaste ? sera celui du vidéaste, du metteur en scène, du directeur de produit : c'est lui qui écope des palmes d'or à Cannes, mais il n'aurait jamais pu les décrocher seul. Soeur jumelle (et non pas clone) du cinématographe, la cyber-littérature (= la vidéo + le lien) sera une industrie, avec quelques artisans isolés dans la périphérie off-off (aux droits d'auteur négatifs, donc).

= Qu'est-ce exactement qu'un cotre?

Il est ainsi appelé parce qu'il semble couper l'eau : "Cotre, Cutter, s.m. Petit bâtiment de guerre à un mât, fin dans ses formes de l'arrière, fortement épaulé & portant bien la voile (…). Les navires de cette sorte, très bien gréés & voilés pour le plus près et pour louvoyer, peuvent, en outre, naviguer avec avantage vent arrière (…). Un côtre porte environ 6 à 8 bouches à feu." (Bonnefoux et Pâris, Dictionnaire de la marine à voile)

Les cotres (héritiers des bateaux rapides des côtes de la Manche et de la mer du Nord) remontent donc très bien au vent. Souvent survoilés, rapides et maniables, les cotres étaient un élément important des flottes de guerre. Pour les mêmes raisons, ils furent avec les lougres les bateaux préférés des pirates, contrebandiers et… postiers maritimes (facteurs, en somme…).

"Aujourd'hui que la terre est plate et les mers dessalées, il est temps que nos cotres se faufilent entre les 6 milliards d'étoiles que nous sommes (bientôt 6,5). Et que de cotre à cotre se tissent nos liens." (Le cotre courant)

= Vous préférez signer de votre prénom, plutôt que de l'habituel prénom et nom de famille. Pour quelle raison?

Ce qui me motive, c'est que tout est à faire, sur la toile. A part le CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) et le Pentagone (qui vont s'en faire une autre, de toile, limitée à leur désir), personne ne sait exactement ce qu'elle nous offre. On peut donc travailler librement en acceptant avec vraisemblance l'idée que tout est ouvert. Utiliser le plus largement, le plus vite possible cet espace d'autant plus illimité qu'il est intérieur, le temps que nous rattrape et nous double le vol rapace des bannières étoilées de 0 et de 1.

Mais si c'est pour répéter les mêmes gestes qu'avant, à quoi bon?

Or cette histoire du nom (directement liée au problème du droit d'auteur) renvoie au pilier fondamental, tabou, de notre globe: la propriété privée. Rien que ça: en quelques siècles, on nous a réduit à un nom, un seul, d'autant plus "propre" maintenant qu'il a été nettoyé de toute humanité et réduit à un code-barre SS (Sécu Soc) (sécurité sociale, ndlr). Ce n'est pas un phénomène naturel : c'est un choix de civilisation, voulu par les gestionnaires, car comment faire fonctionner une société moderne, comment obtenir que soit rendu à César ce qu'il s'approprie, si on laissait chaque individu modifier son apparence administrative plusieurs fois dans sa vie, passant de "Casse-cou des Patins (à roulettes)" à "Le 68tard qui fume sous la véranda" après avoir été "Mob dans les virages" (alors que vous savez comme moi qu'un programme simple suffirait pour "gérer" ça)? "La nature humaine est foncièrement mauvaise et tous les maffieux en abuseraient. Mais nous sommes là pour vous protéger, protéger votre identité." (Le Pentagone) Et le premier acte d'affirmation du plus démuni, celui dont les papiers ne sont jamais en règle, c'est d'abord de tagger son nom sur les affiches signées "© Grande Marque".

Aux cotres, nous essayons furtivement autre chose.

Nous existons, nous avons une adresse. Nous savons qu'il est difficile de se parler dans l'anonymat ou le collectivisme, alors nous gardons certains points de repère: il y a le facteur temps, il y a le facteur humain, et chez les cotres, il y a le cotre facteur, qui répond souvent au nom de Jean-Paul. Un prénom qui n'est pas un nom propre puisque justement le propre d'un nom est qu'il ne nous est pas propre: c'est celui d'une dynastie, d'une série de pères déposée chez notaires.

Pas question de renier nos ancêtres: ils ont fait le monde que nous appelons réalité. Mais nous levons la toile pour un autre rêve. Et nous lançons nos cotres dans toutes les directions, pour les contacts.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Nous ne nous sentons pas concernés.

a) - S'il s'agit de "respect", c'est une question de morale et d'élégance, qui n'est pas suceptible de débat: sur la toile comme ailleurs, on cite ses sources. Total respect. Pour la plupart d'entre nous.

b) - S'il s'agit de "droit d'auteur", on est dans le domaine juridique, instable par essence. Le "droit" d'auteur est une notion récente — que les Français attribuent à Beaumarchais, homme d'ombres, d'affaires, trafiquant d'armes et grand auteur. L'apparition du numérique, et donc du clonage (qui pose un autre problème que celui de la copie, résolu depuis longtemps), oblige à reconsidérer cette notion.

c) - S'il s'agit de "droitS d'auteur" (au pluriel, donc), on est dans la sphère de l'économie, dont la logique est connue: concurrence et rétention: devenir le premier de la classe, empêcher les autres de le devenir. Et pas vu, pas pris.

Sony est éditeur de CD (audio et Rom) parce que ça rapporte. Et il fabrique des graveurs (qui permettent de cloner ses propres CD, comme ceux de la concurrence) parce que ça rapporte. Philips faisait de même, jusqu'au jour où il a vendu sa division Polygram (que les lois de l'économie lui permettront de racheter le cas échéant).

"Il ne suffit pas d'être grand pour être performant, mais, dans un monde financier totalement mondialisé, ça aide. Surtout si on a l'ambition de jouer les premiers rôles." (Hervé Babonneau, Ouest-France du 6 août 1999). "Drôle d'ambition" dit le cotre carré. Jurassic Games et tyrannosaures plus ou moins rex.

Bien que tangent à la sphère économique (il faut payer le nom de domaine, et l'abonnement au serveur), notre cotre-espace ne s'y réduit pas, notre esprit n'est pas celui de la concurrence. Notre site est en téléchargement libre, et nous téléchargeons les sites que nous trouvons créatifs.

C'est normal de cloner une oeuvre d'autrui pour en faire cadeau; c'est partager.Ce qui est dégueulasse, c'est de vendre ce clone.

La fonction des juristes est de donner raison aux puissances du jour: hier guillotine pour les faiseuses d'anges, aujourd'hui remboursement des avortements par la Sécu (sécurité sociale, ndlr) (en France, pas en Pologne).

Copyright ou droit d'auteur, vision européenne ou vision américaine, qui va l'emporter? Le principe de propriété privée. La propriété tabou de ceux qui ont les moyens de la faire garder. Par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) par exemple, chargée de régler la question des "droits" partout dans le monde (même virtuel) et, espèrent-ils, pour toujours.

Ceux dont la maison est sur le tracé d'une future autoroute savent le prix réel d'un tabou.

Alors les droits des auteurs, créateurs, inventeurs…

Mais si Orson Welles s'est fait bouffer par les studios, Kubrick s'est méthodiquement rendu indépendant des mêmes. Peu importe la loi que se fera tailler sur mesure Onc' Picsou. Les petits mammifères ont bouffé les tyrannosaures, avec le temps. Et les anciens rois, qui tenaient pourtant leur pouvoir des dieux, nous leur avons coupé la tête. En moins de temps.

"Maxim's pour un temps / Le reste jambon-beurre et kir / Pour tenir Juliette"(Rimes féminines, CD MT 104, Le Rideau Bouge)

= Quelles solutions pratiques suggérez-vous?

"Donner un sens plus pur aux mots de la tribu", disait S. Mallarmé. Et quand les cartes bancaires auront gagné (dans trois ans, paraît-il), inventer d'autres cartes vers un autre cap de Bonne-Espérance pour aller voir monter "du fond de l'horizon des étoiles nouvelles", comme J.M. 2 Heredia.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Votre livre (vraiment bon. Et utile. Gagne à chaque relecture. Adresses précieuses) fait le tour de la question: "Tôt ou tard, la répartition des langues sur le web correspondra à leur répartition sur la planète". En fonction du dynamisme de ceux qui les parlent.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Le vertige qui nous a pris à la réception du premier message… venant du Canada. 10.000 (?) ans après les Inuits, des cotres venaient de découvrir l'Amérique!

= Et votre pire souvenir?

Tout ce sommeil en retard…

*Entretien du 25 juin 2000

= Les possibilités offertes par l'hyperlien ont-elles changé votre mode d'écriture?

La navigation par hyperliens se fait en rayon (j'ai un centre d'intérêt et je clique méthodiquement sur tous les liens qui s'y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic, à mesure qu'ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sûr, les deux sont possibles avec l'imprimé. Mais la différence saute aux yeux: feuilleter n'est pas cliquer. L'internet n'a donc pas changé ma vie, mais mon rapport à l'écriture. On n'écrit pas de la même manière pour un site que pour un scénario, une pièce de théâtre, etc…

En fait, ce n'est pas sur la toile, c'est dans le premier Mac que j'ai découvert l'hypermédia à travers l'auto-apprentissage d'Hypercard. Je me souviens encore de la stupeur dans laquelle j'ai été plongé, durant le mois qu'a duré mon apprentissage des notions de boutons, liens, navigation par analogies, par images, par objets. L'idée qu'un simple clic sur une zone de l'écran permettait d'ouvrir un éventail de piles de cartes dont chacune pouvait offrir de nouveaux boutons dont chacun ouvrait un nouvel éventail dont… bref l'apprentissage de tout ce qui aujourd'hui sur la toile est d'une banalité de base, cela m'a fait l'effet d'un coup de foudre (il paraît que Steve Jobs et son équipe eurent le même choc lorsqu'ils découvrirent l'ancêtre du Mac dans les laboratoires de Rank Xerox).

Depuis, j'écris (compose, mets en page, en scène) directement à l'écran. L'état "imprimé" de mon travail n'est pas le stade final, le but ; mais une forme parmi d'autres, qui privilégie la linéarité et l'image, et qui exclut le son et les images animées.

J'ai cru un certain temps que le CD-Rom était le but à atteindre, la forme la plus achevée de ces nouveaux outils extraordinaires.

Mais le CD-Rom, c'est encore la galaxie Gutenberg. Il fixe, fige (et permet de vendre) l'état, le dispositif, la version d'un travail à l'instant T. Il est ainsi soumis aux mêmes contraintes. Tout comme l'arrivée de l'écriture avait appauvri la culture orale (l'aède-musicien-comédien-metteur-en-scène remplacé par l'écrivain immobile), la technologie de l'imprimerie a "plombé" l'écriture, induisant rapidement l'idée qu'il y a une version finale, ©, TM & intouchable. Masquant ainsi la nécessité technique ("On ne va pas refaire un tirage juste pour changer un §!…, à moins que les commerciaux l'exigent, bien sûr"), sous la théorie de la forme parfaite, celle de l'ultime brouillon, publiable. C'est Valéry parlant de la forme achevée des vers de Racine, c'est Flaubert dans son gueuloir. A l'opposé de maître Frenhofer qui modifia jusqu'à la mort son Chef-d'oeuvre inconnu (dans l'incompréhension générale); à l'opposé de je ne sais plus quel peintre qui allait au Louvre avec sa mallette pour retoucher ses tableaux.

C'est finalement dans la publication en ligne (l'entoilage?) que j'ai trouvé la mobilité, la fluidité que je cherchais. Le maître mot y est "chantier en cours", sans palissades. Accouchement permanent, à vue, comme le monde sous nos yeux. Provisoire, comme la vie qui tâtonne, se cherche, se déprend, se reprend.

Avec évidemment le risque souligné par les gutenbergs, les orphelins de la civilisation du livre: plus rien n'est sûr. Il n'y a plus de source fiable, elles sont trop nombreuses, et il devient difficile de distinguer un clerc d'un gourou. Mais c'est un problème qui concerne le contrôle de l'information. Pas la transmission des émotions.

Bref, pour répondre à votre question: oui, l'hypermédia a changé mon "écriture". Et c'est sur la toile mouvante que je trouve plaisir et sens à participer au site des cotres. A rouler mon hyper-caillou de facteur Sisyphe dans le grand fleuve de l'hyper.

= D'autres remarques à ajouter?

Le réseau dominant est celui de l'e-bizz : information, données, rationalité, ca$h. Illusionisme. C'est la marge, l'ourlet de la toile qui m'intéresse, l'enchantement, la magie : "Achète-moi, je ne vaux rien puisque l'amour n'a pas de prix" (Léo Ferré). Et il n'y a évidemment aucun avenir professionnel dans la gratuité.

Il faudrait aussi revenir en détail sur la question de la "lecture" sur un écran. Ce sera (peut-être) pour les prochains épisodes de notre grand hyper-feuilleton: Nasdaq & boutons.

*Entretien du 3 décembre 2000

= Comment se portent les cotres furtifs?

Les cotres roulent doucement sous la lune. Ils contemplent les constellations de la Toile, en attendant leur prochain décollage, dans la version 3.

= Quoi de neuf à titre personnel?

A titre personnel, je participe à un jeu de rôles hypermédia dont l'avenir me paraît prometteur, parce qu'il est en rapport étroit avec les lois de fonctionnement du "cyberespace": www.thewebsoap.net. Cette @dresse renvoie à une constellation de sites centrés chacun sur un individu. Ils communiquent et interagissent par leur boîte à lettres, ouverte au public. L'internaute a ainsi accès à plusieurs portes d'entrée dans l'histoire. La nouveauté du feuilleton est qu'il se déroule en "temps réel" (ce qui est impossible dans le monde de l'imprimé; quant aux séries télé, elles aussi sont cantonnées à la forme de l'épisode à horaire fixe).

Les personnages correspondent quotidiennement, en quasi-direct, ce qui instaure pour les auteurs un rapport presque journalistique à leur imaginaire et à leur écriture. L'internaute suit, à son propre rythme, libre de s'intéresser ou non à l'intégralité des différentes intrigues (amours, galères, showbiz, ombres maléfiques, mystères et rebondissements) ou à l'ensemble de tous les personnages. C'est avant tout cette fluidité générale (apparente! c'est en fait un sacré travail!) qui m'a fait y participer. Elle permet de garder le côté impro-jazz que j'aime dans la mise en net.

= Quoi de neuf pour la création en ligne?

Elle sera de plus en plus collective, donc chère. Or le public n'existe pas encore, ni donc les droits d'auteurs. La question centrale pour les "créateurs en ligne" sera alors celle du mécénat ou, plus généralement, des subventions. Jusqu'à ce qu'une masse critique de public se soit constituée, que ses goûts culturels se soient affirmés au point qu'il soit prêt à payer (sous la forme de péages ou de DVD). Alors les créateurs en ligne pourront affiner leurs propres recherches.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Je lis autant d'imprimés qu'avant. La lecture sur écran s'y est rajoutée. D'où des problèmes de temps: ces machines qui sont censées travailler à notre place contribuent en fait à nous bouffer le temps libre qu'elles nous ont dégagé.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Ses jours sont encore longs avant que la lecture sur écran présente la même souplesse que celle d'un livre ou d'un magazine que l'on peut lire n'importe où, dans la position que l'on veut, et ranger, rouler, plier, déchirer facilement (allez envelopper les pelures de pomme de terre dans un 15 pouces!).

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Il a fallu inventer la hache de pierre avant de construire la Tour Eiffel. Le but des dinosaures industriels qui s'entretuent pour imposer leur format de livre électronique est de détourner vers eux la partie rentable du contenu des bibliothèques (rebaptisé "information"). Ils travaillent aussi pour nous, en contribuant à banaliser l'usage de l'hyperlien.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?

L'ordinateur qui parle et obéit à la voix de son vis-à-vis?

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Un lieu isotrope en expansion pour l'instant infinie. Un modèle de la vision que nous avons aujourd'hui de l'univers. Jusqu'à l'invention du clic, le savoir humain était senti comme un espace newtonien, avec deux repères absolus: le temps (linéaire: un début, une fin) et l'espace (les trois dimensions du temple, du rouleau, du volumen). Le cyberespace obéit aux lois de l'hypertexte. Deux temps simultanés: le temps taxé (par le fournisseur d'accès ou par les impératifs de productivité, égrené par l'antique chrono), et le temps aboli, qui fait passer d'un lien à l'autre, d'un lieu à l'autre à la vitesse de l'électron, dans l'illusion du déplacement instantané.

Quant aux repères, quiconque a lancé une recherche dans cet espace sait qu'il doit lui-même les définir pour l'occasion, et se les imposer (sous peine de se disperser, de se dissoudre), pour échapper au vertige de la vitesse. A cause de cette "vitesse de la pensée", nous trouvons dans cet espace un "modèle" de notre cerveau. "Ça tourne dans ma tête", à travers 10, 20, etc… synapses à la fois, comme un fureteur archivant la toile. Bref les lois du cyberespace sont celles du rêve et de l'imagination.

*Entretien du 3 juin 2001

= Comment définissez-vous la société de l'information?

Plus, plus vite. Mais les données ne sont pas l'information. Il faut les liens, c'est-à-dire le temps. Plus d'évènements, plus d'écrans pour les couvrir. Plus vite: l'évènement du jour est liquide. Effacé, recouvert par la vaguelette du lendemain, la vague du jour d'après, la houle de la semaine, le tsunami du mois. Cycles aussi "naturels" que les marées estivales du Loch Ness. Pas "effacé", d'ailleurs, l'évènement d'hier (qui n'est pas "tous les évènements d'hier"): déjà archivé, dans des bases de données (INA (Institut national de l'audiovisuel), Gallica, INSEE…), qui donnent l'illusion d'être exhaustives, facilement accessibles et momentanément gratuites.

Mais les données ne donnent rien par elles-même. S'informer, c'est lier entre elles des données, éliminer celles qui ne sont pas pertinentes (quitte à revenir sur ces choix plus tard), se trouver ainsi obligé de chercher d'autres données qui corroborent ou infirment les précédentes… L'information naît du temps passé à tisser les liens. Or le temps nous est mesuré, au quartz près. Productique ou temps libre, nous passons de plus en plus de temps à raccrocher au nez de spammeurs qui nous interrompent pour nous revendre nos désirs (dont nous informons les bases de données qui les leur vendent). Ce qui est intéressant dans ce bonneteau est que les infos que nous fournissons sur nous-mêmes, nous les truquons suffisamment pour que les commerciaux n'arrivent pas à en tirer les lois du succès: Survivor II est un bide, après le succès de la version I. De cette incertitude viennent les trous dans le filet qui laissent parvenir jusqu'à nous certaines infos.

Bref la "société de l'information", c'est le jeu des regards dans le tableau de de La Tour: "La diseuse de bonne aventure". Le jeune homme qui se fait dépouiller en est conscient, et complice. Il a visiblement les moyens de s'offrir les flatteries des trois jolies filles tout en exigeant de la vieille diseuse qu'elle lui rende l'une de ces piécettes dont il a pris la précaution de gonfler ostensiblement la bourse qu'on lui coupe.

[EN] Jean-Paul (Paris)

#Webmaster of cotres furtifs (Furtive Cutter Ships), a website that tells stories in 3D

The cotres furtifs was launched on October 20, 1998, after they had become a group. Following a break to show solidarity with the Altern web server (which fell foul of the inadequate French laws about the Internet), they are now offering two parts and preparing a third. The aim is to tell stories in 3D and explore how a 'link' opens the way for 'hyperwriting,' which is a set of characters, sounds and animations. It gives priority to words.

Jean-Paul is a writer and a musician. In June 1998, he wrote: "The Internet allows me to do without intermediaries, such as record companies, publishers and distributors. Most of all, it allows me to crystallize what I have in my head (and elsewhere): the print medium (desktop-publishing, in fact) only allows me to partly do that. Then the intermediaries will take over and I'll have to look somewhere else, a place where the grass is greener…"

[Interview 05/08/1999 // Interview 25/06/2000]

*Interview of August 5, 1999 (original interview in French)

= How do you see the future of cyber-literature?

The future of cyber-literature, techno-literature or whatever you want to call it, is set by the technology itself. It's now impossible for an author to handle all by himself the words and their movement and sound. A decade ago, you could know well each of Director, Photoshop or Cubase (to cite just the better-known software), using the first version of each. That's not possible any more. Now we have to know how to delegate, find more solid financial partners than Gallimard, and look in the direction of Hachette-Matra, Warner, the Pentagon and Hollywood.

At best, the status of the, what… hack? multimedia director? will be the one of video director, film director, the manager of the product. He or she's the one who receives the golden palms at Cannes, but who would never have been able to earn them just on their own. As twin sister (not a clone) of the cinematograph, cyber-literature (video + the link) will be an industry, with a few isolated craftsmen on the outer edge (and therefore with below-zero copyright).

= What exactly is a cutter?

It is called that because it seems to cut through the water. It's sturdy little naval vessel with a single mast. Cutters were an important part of naval fleets because they were quick and easy to operate. They were the favourite boats of pirates, smugglers and… maritime postal workers.

"Now that the earth is flat and the seas desalinated, it's time for our cutters to thread their way through the 6 billion (soon six and a half billion) stars that we are. And for them all to link up with each other." (The running cutter) Why do you use just your first name, instead of your full name?

My reasoning is that, on the Web, there's everything to be done. Except for CERN (European Center for Particule Research) and the Pentagon (which are going to make another web, designed just for their own use), nobody knows what exactly it offers us. So we can work freely while believing that probably everything is open. And use this unlimited, internal space as widely and quickly as possible before the rapacious star-spangled banners of 0 and 1 catch up with and overtake us.

But if it's just a matter of repeating the same things as before, what's the point?

This business of using a surname (directly linked to the copyright problem) takes us back to basics, to the central untouchable principle of our planet: private property. Within the space of a few centuries, we have been reduced to a name, just one name, all the "cleaner" because it has been stripped of all humanity and reduced to a social security barcode. It's not something natural, but a choice of the society, desired by managers. How could we run a modern society and give back to Caesar his due if each of us could change our administrative identity several times in our lives, from "Daredevil on Rollers" to "Motorcycle on the Curves" and then "Hippy Smoking on the Verandah" (you know, like me, that a simple software programme could easily take care of all this)? "Human nature is basically evil and all criminals take advantage of that. But we're here to protect you and your identity." (The Pentagon) And the first thing a down-and-out person does to assert themselves, someone whose papers are never in order, is to scribble their name on a billboard advertising some big commercial product.

On our site, we discreetly try something else.

We exist, we have an address. We know it's hard to speak to each other in anonymity or in a group, so we keep a few landmarks — the time factor, the human factor, and for the cutters, the cutter mailman, who happens to be Jean-Paul. A first name that is not really one's own name because the thing about a name is that it isn't ours, it's a name passed down by a dynasty, from a string of legally-registered names of our male ancestors.

But we're not rejecting our ancestors. They created our world, what we call reality. But we build up the Web to create another dream. And we launch our cutters in all directions, to make contacts.

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

We don't feel involved.

a) If it means "respect", it's a matter of morality and style, so there's nothing to discuss. On the Web, as elsewhere, we quote our sources. Complete respect. For most of us.

b) If it means "copyright", we're on legal ground, which is by nature shaky. Copyright is a recent notion the French attribute to Beaumarchais, a business man with a dark side, an arms dealer and great writer. The advent of digitization, and therefore cloning (which raises a different problem to the one of copying, which was solved long ago), forces us to reconsider this notion.

c) If it means "author's rights" (in the plural), we're in the economic field, where we know what the attitude is: competition, withholding information, being top of the class and stopping others from getting there.

Sony publishes CD (audio and ROM) because it earns them good money. And it makes CD-engravers (which enable you to clone its own CDs, as well as those of its rivals) because it earns them more good money. Philips was doing the same thing until it sold its Polygram division (which, according to the rules of economics, it could buy back if it wanted).

"It's not enough to be big to be successful but, in a totally globalized financial world, it helps." (Hervé Babonneau, Ouest-France (French daily newspaper), August 6, 1999). "A funny aim", says the sturdy cutter. Jurassic Games and tyrannosaurus more or less rex.

Although it's marginally economic (we have to pay for a domain name and a subscription to the server), our cutter-space isn't limited to that and we don't have a competitive attitude. Our site can be freely downloaded, and we download sites we think are creative.

It's normal to clone someone else's work and give it away as a gift. It's a way to share. What's disgusting is to sell a clone.

The job of legal experts is to prove the authorities right: yesterday it was the guillotine for backstreet abortionists, today the social security reimburses the cost of abortions (in France, though not in Poland).

Copyright or author's rights, a European vision or a US one, which will prevail? The sacred principle of private property. The property of those who have the means to keep it. Through the World Trade Organization (WTO), for example, which is in charge of settling "rights" issues anywhere in the world (even the virtual world) and, they hope, permanently.

If your house is the path of a future highway, you know the real price of something untouchable.

So the rights of authors, creators, inventors…

Orson Welles was gobbled up by the big studios, but Kubrick carefully stayed independent of them. The law made to measure by Uncle Picsou matters little. Over time, small mammals have eaten tyrannosaurs. And we've cut off the heads of kings, who supposedly drew their power from the gods. And we did that more quickly.

"To give a purer meaning to the words of the tribe", Stéphane Mallarmé wrote. And when the credit cards have won (apparently in three years time), we must invent other ways to take us to another Cape of Good Hope, where we can watch "new stars rise from the distant horizon", like J.M. de Heredia.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Your book (which is really good and useful — I get something out of it every time I read it, and it has good addresses too) deals with this whole subject: "Sooner or later the presence of languages on the Web will reflect their strength around the world." Depending on the energy of those who speak them.

= What is your best experience with the Internet?

How light-headed we felt when we received our first message… coming fromCanada. 10.000 (?) years after the Inuits, our cutters had just discoveredAmerica!

= And your worst experience?

All the sleep I'm missing…

*Interview of June 25, 2000 (original interview in French - partial translation)

= How did using the hyperlink change your writing?

Surfing the Web is like radiating in all directions (I'm interested in something and I click on all the links on a home page) or like jumping around (from one click to another, as the links appear). You can do this in the written media, of course. But the difference is striking. So the Internet didn't change my life, but it did change how I write. You don't write the same way for a website as you do for a script or a play.

But it wasn't exactly the Internet that changed my writing, it was the first model of the Mac. I discovered it when I was teaching myself Hypercard. I still remember how astonished I was during my month of learning about buttons and links and about surfing by association, objects and images. Being able, by just clicking on part of the screen, to open piles of cards, with each card offering new buttons and each button opening onto a new series of them. In short, learning everything about the Web that today seems really routine was a revelation for me. I hear Steve Jobs and his team had the same kind of shock when they discovered the forerunner of the Mac in the laboratories of Rank Xerox.

Since then I've been writing directly on the screen. I use a paper print-out only occasionally, to help me fix up an article, or to give somebody who doesn't like screens a rough idea, something immediate. It's only an approximation, because print forces us into a linear relationship: the words scroll out page by page most of the time. But when you have links, you've got a different relationship to time and space in your imagination. And for me, it's a great opportunity to use this reading/writing interplay, whereas leafing through a book gives only a suggestion of it — a vague one because a book isn't meant for that.

[FR] Anne-Bénédicte Joly (Antony, région parisienne)

#Ecrivain auto-éditant ses oeuvres et utilisant le web pour les faire connaître

[Entretien 18/06/2000 // Entretien 22/11/2000 // Entretien 06/05/2001]

*Entretien du 18 juin 2000

= En quoi consiste votre site web?

Mon site (mis en ligne le 17 avril 2000) a plusieurs objectifs: présenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-édités) à travers des fiches signalétiques (dont le format est identique à celui que l'on trouve dans la base de données Electre) et des extraits choisis, présenter mon parcours (de professeur de lettres et d'écrivain), permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilité de laisser des impressions sur un livre d'or, guider le lecteur à travers des liens vers des sites littéraires.

= Quel avantage voyez-vous à utiliser l'internet?

Je suis écrivain. Créer un site internet me permet d'élargir le cercle de mes lecteurs en incitant les internautes à découvrir mes écrits. Internet est également un moyen pour élargir la diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une politique de liens, j'espère susciter des contacts de plus en plus nombreux.

= Pourquoi ce choix d'auto-éditer vos oeuvres?

Après avoir rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons d'édition et ne souhaitant pas opter pour des éditions à compte d'auteur, j'ai choisi, parce que l'on écrit avant tout pour être lu (!), d'avoir recours à l'auto-édition. Je suis donc un écrivain-éditeur et j'assume l'intégralité des étapes de la chaîne littéraire, depuis l'écriture jusqu'à la commercialisation, en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le dépôt légal et la diffusion de mes livres. Mes livres sont en règle générale édités à 250 exemplaires et je parviens systématiquement à couvrir mes frais fixes.

= A l'heure de l'internet, pensez-vous que les auteurs aient encore besoin des éditeurs?

Je pense qu'internet est avant tout un média plus rapide et plus universel que d'autres, mais je suis convaincue que le livre "papier" a encore, pour des lecteurs amoureux de l'objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la problématique réside davantage dans la qualité de certains éditeurs, pour ne pas dire la frilosité, devant les coûts liés à la fabrication d'un livre, qui préfèrent éditer des livres "vendeurs" plutot que de décider de prendre le risque avec certains écrits ou certains auteurs moins connus ou inconnus.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Encore une fois internet devra me permettre d'aller à la rencontre de lecteurs (d'internautes) que je n'aurai pas l'occasion en temps ordinaire de côtoyer. Je pense à des pays francophones tels que le Canada qui semble réserver une place importante à la littérature francaise. Je suis déja référencée dans des annuaires et des moteurs de recherche anglo-saxons, et en passe de définir des accords d'échange de liens avec des sites universitaires et littéraires canadiens.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Le respect du droit d'auteur, c'est la survie de la création. Le web, de par son universalité et la grande facilité avec laquelle quiconque peut s'approprier ou copier ce qu'il souhaite, constitue à n'en pas douter une limite à la diffusion de toute création. Je suis réticente à l'idée de placer mes textes en exhaustivité sur la toile car je crains les copies et plagiats. Je pense qu'il serait sans doute astucieux de présenter par exemple les premiers chapitres d'un livre ou un extrait puis d'inciter le lecteur à acquérir l'ouvrage sous forme papier ou sous forme électronique grâce à une gestion sécurisée des moyens de paiement.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Je crois que, par nature, la langue devra être universelle et l'anglais semble le mieux placé pour gagner cette bataille. Cependant, les auteurs francophones devront défendre la langue sur le net. Nous pourrions fort bien envisager, pour un livre écrit en français, de prévoir un synopsis de type quatrième de couverture en deux langues: français et anglais. Ainsi les lecteurs étrangers prendront connaissance des grandes lignes du livre et sauront faire les efforts nécessaires pour le lire dans une langue étrangère à la leur. S'agissant de littérature ou de belles lettres, il paraît réaliste de défendre un bastion linguistique.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Le franchissement de la barre des 200 visiteurs sur mon site.

= Et votre pire souvenir?

Je n'en ai pas encore…

*Entretien du 22 novembre 2000

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Mon site a considérablement évolué: ajout des caractéristiques de mon nouveau roman (Singulière), création d'une rubrique "Vu dans les médias" à partir de chaque fiche de livres concernés, création d'une page "Mise à jour" recensant les modifications apportées au site, et aussi de nombreux nouveaux liens vers des sites littéraires. J'ai mis en ligne la version 2 de mon site le 3 septembre 2000.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Oui, je dois avouer que le passage par l'écrit m'est encore nécessaire. Comme tout écrivain je conserve et souhaite conserver une relation privilégiée avec l'écrit, la plume, le crissement du stylo sur une feuille blanche. Par ailleurs, je note, je rature, je corrige, je développe… bref mes premières phases de création passent encore systématiquement par le papier avant la phase de saisie de mes textes. Par ailleurs, j'entretiens une relation sentimentale avec l'objet "livre".

= Le papier a-il encore de beaux jours devant lui?

Je pense que le support papier a encore beaucoup de beaux et longs jours devant lui. Ne serait-ce que pour des raisons de contacts affectifs avec l'objet livre, mais aussi de par la faible montée en puissance (actuelle) des solutions électroniques. Je pense que l'informatique est un moyen performant et totalement nécessaire pour fabriquer des livres mais je suis une fervente défenseur du plaisir de tenir un livre dans sa main, de l'emporter partout avec soi, de l'annoter, de le prêter, de le reprendre, de le feuilleter, de glisser page 38 mon marque-page préféré… J'aime cette relation privilégiée que le lecteur noue avec un livre. J'aime voir vivre l'objet… Pour toutes ces raisons, non seulement je pense que le livre a encore de beaux jours devant lui, mais au fond, je le souhaite de tout coeur!

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Le livre électronique est avant tout un moyen pratique d'atteindre différemment une certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers des techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument technologique. C'est aussi sans doute le moyen de diffusion actuel le plus universel (dès lors que l'on peut se promener sur la toile!) qui puisse repousser à ce point les limites de distances. Par rapport à mes remarques précédentes, je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l'on peut retirer d'une lecture sur un écran d'un roman de Proust. Découvrir la vie des personnages à coups de souris à molette ou de descente d'ascenseur ne me tente guère. Ce support, s'il possède à l'évidence comme avantage la disponibilité de toute oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop importants. Ceci étant, sans se cantonner à une position durablement ancrée dans un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir ses lettres de noblesse. Pour faire un lien avec votre question suivante, comment intéresser les personnes malvoyantes à un tel support?

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?

Je pense que nous devrions voir apparaître des sites disposant de modes d'emplois ou de guides de découverte sonores. L'idéal serait de pouvoir guider un internaute malvoyant, depuis la mise en route des navigateurs (pour taper l'adresse du site ciblé), jusqu'à l'arrivée sur un site. Sur un site équipé, un assistant guide l'internaute en lui exposant les fonctionnalités du site. L'accès aux rubriques se fait via des codes alphanumériques (sur le même principe que les serveurs téléphoniques à fréquence vocale). Le code d'accès à la rubrique est possible grâce à un clavier adapté (touche possédant des caractères braille). Puis l'assistant propose des choix: téléchargement des rubriques pour éditions sur imprimante braille ou lecture de la rubrique sous forme d'extraits sonores. Il faudra se montrer vigilants face au temps de chargement du son. Puis, pour favoriser les échanges, prévoir la possibilité de déposer des témoignages vocaux (voire des images via des webcams) sur le serveur du site.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Le domaine virtuel créé par la mise en relation de plusieurs ordinateurs communiquant et échangeant entre eux.

= Et la société de l'information?

Permettre l'accès au plus grand nombre de la plus grande quantité d'information possible tout en garantissant la partialité de l'information et en fournissant les clefs de compréhension nécessaires à sa bonne utilisation.

*Entretien du 6 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Mon site internet n'a cessé de subir des évolutions et améliorations. En voici les principaux points classés sous forme de rubriques:

1) Home page - Accueil: Mon site vient de souffler sa première bougie (le 17 avril 2001). Le cap des 4.000 visiteurs a été franchi. Mise en ligne (nouvelle charte de couleurs, nouvelle navigation…) de la version 3 en janvier 2001. Insertion d'une citation. Insertion d'un espace nouveautés (affichage tournant).

2) Livres: Ajout des couvertures scannées de mes livres. Création d'une page spécifique (Textes ailleurs) recensant les autres sites littéraires publiant certains de mes textes. Ajout des présentations audio de mes livres. Pages à chargement automatique depuis les fiches signalétiques de mes ouvrages.

3) Bon de commande: Ajout des référencements de librairies en ligne proposant mes livres à la vente et offrant un moyen de paiement sécurisé.

4) Parcours: Ajout d'une biographie. Ajout de photos. Ajout d'une séquence audio (reprise de la biographie).

5) Médias: Parution de la dédicace de l'auteur sur le site "La Radio du Livre" (Radio France).

6) Liens: Création de nombreux liens littéraires. A ce jour, j'ai créé un échange réel avec plus de 100 liens actifs.

Comme vous pouvez le constater, j'ai été très active ces derniers temps sur ce nouveau vecteur qu'est l'internet. J'ai beaucoup échangé avec des internautes (e-mail, messages sur le livre d'or, rencontres…). Je confirme mes précédents propos: si l'internet et le livre électronique ne remplaceront pas le support livre, je reste convaincue que disposer d'un tel réseau de communication est un avantage pour des auteurs moins (ou pas) connus.

Par ailleurs, et comme vous l'avez également sans doute remarqué, certains éditeurs on line tendent à se comporter comme de véritables éditeurs en intégrant des risques éditoriaux comme le faisaient au début du siècle dernier certains éditeurs classiques.

Les techniques modernes (édition numérique, e-book…) sont accessibles, n'exigent pas (ou de moins en moins) de moyens financiers importants et peuvent donc être au service de ces éditeurs. Ils jouent aujourd'hui le rôle de découvreur de talents. Il est à ma connaissance absolument inimaginable de demander à des éditeurs traditionnels d'éditer un livre en cinquante exemplaires. L'édition numérique offre cette possibilité, avec en plus réédition à la demande, presque à l'unité.

En résumé, je souhaite que l'objet livre continue de vivre longtemps et je suis ravie que des techniques (internet, édition numérique, e-book…) offrent à des auteurs des moyens de communication leur permettant d'avoir accès à de plus en plus de lecteurs.

Pour illustrer mes propos: j'ai tissé des relations lecteur-auteur avec une internaute résidant en Belgique. Cette dernière m'a adressé un bon de commande pour deux de mes ouvrages. Depuis lors nous communiquons régulièrement et échangeons bien volontiers sur le thème de la lecture et de l'écriture. Sans internet, sans cette technique, sans le travail que je réalise sur ces nouveaux médias, il m'aurait été impossible (ou tout le moins hautement improbable) de la rencontrer. C'est en cela que je considère que ces outils modernes offrent un élargissement sans fin à la vision créatrice et aux échanges.

C'est sur ce mot que je souhaiterais conclure: l'échange. Grace à internet, j'échange des idées et je vis une expérience tellement enrichissante. Enfin, comme je vous l'avais également dit, le travail que je réalise avec l'association culturelle littéraire que j'ai créée avec mon époux (Editions de l'Avenue) est formidable.

[EN] Brian King

#Director of the WorldWide Language Institute, who initiated NetGlos (TheMultilingual Glossary of Internet Terminology)

One of the WorldWide Language Institute's projects is NetGlos (The Multilingual Glossary of Internet Terminology), which is currently being compiled from 1995 as a voluntary, collaborative project by a number of translators and other professionals. Versions for the following languages are being prepared: Chinese, Croatian, English, Dutch/Flemish, French, German, Greek, Hebrew, Italian, Maori, Norwegian, Portuguese, and Spanish.

*Interview of September 15, 1998

= How did using the Internet change the life of your organization?

Our main service is providing language instruction via the Web. Our company is in the unique position of having come into existence because of the Internet!

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Although English is still the most important language used on the Web, and the Internet in general, I believe that multilingualism is an inevitable part of the future direction of cyberspace.

Here are some of the important developments that I see as making a multilingualWeb become a reality:

1. Popularization of information technology

Computer technology has traditionally been the sole domain of a "techie" elite, fluent in both complex programming languages and in English — the universal language of science and technology. Computers were never designed to handle writing systems that couldn't be translated into ASCII (American standard code for information interchange). There wasn't much room for anything other than the 26 letters of the English alphabet in a coding system that originally couldn't even recognize acute accents and umlauts — not to mention nonalphabetic systems like Chinese.

But tradition has been turned upside down. Technology has been popularized. GUIs (graphical user interfaces) like Windows and Macintosh have hastened the process (and indeed it's no secret that it was Microsoft's marketing strategy to use their operating system to make computers easy to use for the average person). These days this ease of use has spread beyond the PC to the virtual, networked space of the Internet, so that now nonprogrammers can even insert Java applets into their webpages without understanding a single line of code.


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