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AU TRÈS PROFOND ET TRÈS ILLUMINÉ DOM ORTUINUS GRATIUS, THÉOLOGIEN, POÈTE, ORATEUR A COLOGNE, SON SEIGNEUR ET PROFESSEUR TRÈS OBSERVÉ, JOHANNES SCHNARHOLTZ, PROCHAINEMENT LICENCIÉ, OFFRE DES SALUTATIONS EXUBÉRANTES AVEC LA PLUS ENTIÈRE SOUMISSION AUX COMMANDEMENTS DE LUI.

Cordialissime et profundissime Dom Ortuinus, moi Johannes Schnarholtz, prochainement Licencié en Théologie, dans l'inclyte Université de Tubingue, je veux entretenir familièrement Votre Dignité. Néanmoins, je crains que cela ne soit irrévérencieux, car vous êtes si docte et si magnifiquement réputé dans Cologne que nul n'oserait approcher de Votre Dignité, sans faire de soi-même, au préalable, un examen rigoureux. En effet, il est écrit :Ami, comment êtes-vous entré, n'ayant point de veste nuptiale?Mais, humble, vous savez l'art de vous humilier suivant le dit de l'Écriture :Sera exalté qui s'abaisse, abaissé qui s'exalte.Donc je veux mettre bas toute pudeur et causer hardiment à Votre Domination, sauve néanmoins la révérence qu'on vous doit.

J'ai, naguère, ouï prêcher certain Maître de Paris devant une assistance nombreuse, pour la fête de l'Ascension. Il prit pour texte :Dieu monta au ciel avec joie.Il fit un riche sermon que vantèrent les auditeurs illacrymés, lesquels cette prédication améliora beaucoup. Dans le second point du discours, il interpola deux conclusions très magistrales et subtiles. Voici la première : Quand le Seigneur monta vers le firmament, ses mains tendues au ciel, Notre-Dame, béate Vierge, et les Apostoles se tinrent debout et clamèrent, avec une si grande jubilation qu'elle fut à l'enrouement, afin de réaliser la prophétie :Ils ont clamé tant que leur voix est rauque devenue.Il prouva que leur clameur fut un cri d'allégresse, inhérent à la Foi catholique. Témoin cette parole du Seigneur dans l'Évangile :Amen, amen, je dis à vous : Si les hommes ferment la bouche, les pierres jetteront des cris.Donc, ils ont tous vociféré d'un grand amour et d'un zèle éperdu. Mais par-dessus tous, le bienheureux Petrus, dont la voix claironnait comme le bronze d'un tuba. C'est le mot de David :Cet indigent poussa des cris.Néanmoins, la Vierge béate ne s'égosilla point. Dans son cœur, elle magnifiait le Très-Haut, n'ignorant pas que tout cela était dans l'ordre, suivant l'Annonciation de l'Ange Gabriel. Et, quand les Apôtres eurent ainsi dévotement et joyeusement beuglé, vint un Ange du Ciel qui leur dit : « Hommes galiléens, qui stationnez en ce lieu et poussez votre clam en regardant au ciel, Jésus, ce Jésus transfiguré dans la gloire, descendra itérativement vers vous ainsi qu'il est monté. Cela pour que soit accompli ce verset des Écritures, disant :Les justes ont hurlé, mais le Seigneur a leur voix entendue.»

La deuxième conclusion fut plus magistrale encore. Le Fils de l'Homme voulut avoir sa passion, sa sépulture et sa résurrection dans Hierusalem, qui est le nombril de la Terre, afin que tout pays fût prévenu de sa résurrection et que nul gentil ne pût comme excuse à son hérésie alléguer : « Je ne savais point que le Seigneur fût revenu d'entre les morts. » Parce que, de tous côtés, le milieu se fait apercevoir, nul incrédule ne possède le moindre asile de justification touchant ce lieu où Jésus-Christusmonta vers le Ciel, puisque ce lieu est le centre même, le nombril de la Terre. Là, une cloche que tout le monde entend est suspendue. Or, quand elle tinte, elle éparpille un son formidable pour le Jugement dernier ou l'Ascension de Jésus Notre-Seigneur. Quand elle tinte, les sourds eux-mêmes en perçoivent l'appel.

De cette conclusion il déduisit force corollaires dans le goût de Paris. Mais, quand il eut achevé son homélie, un Maître d'Erfurth voulut faire de la contradiction ; cependant il demeura bouche bée. Vous plaît-il m'indiquer les auteurs qui traitent de cette matière? je me donnerai leurs écrits.

Donné à Bule chez Beatus Rhenanus qui est votre ami.


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