«Nous avons dit qu'à la suite du testament du prince de Talleyrand se trouvait une sorte de manifeste, dans lequel le célèbre diplomate exposait les principes qui l'avaient guidé dans sa vie politique, et exprimait sa manière de voir à l'égard de certains événements.«Voici, d'après les renseignements que nous avons recueillis, ce que contient en substance cette déclaration, qui porte la date de 1836, et qui, conformément au vœu du testateur, a été lue à la famille et à ses amis assemblés.«Le prince déclare qu'avant tout et à tout, il a préféré les vrais intérêts de la France.«S'expliquant sur la part qu'il a prise à la rentrée des Bourbons en 1814, il dit que, dans son opinion,les Bourbons ne remontaient pas sur le trône en vertu d'un droit héréditaire et préexistant, et il donne même à entendre que ses conseils et ses avis ne leur manquèrent pas pour les éclairer sur leur vraie position, et sur la conduite qu'ils devaient tenir en conséquence.«Il repousse le reproche d'avoir trahi Napoléon: s'il l'a abandonné, c'est lorsqu'il reconnut qu'il ne pouvait plus confondre, comme il l'avait fait jusqu'alors, la France et l'Empereur dans une même affection; ce ne fut pas sans un vif sentiment de douleur, car il lui devait à peu près toute sa fortune; il engage ses héritiers à ne jamais l'oublier, à le répéter à leurs enfants, et ceux-ci à ceux qui naîtront d'eux, afin, dit-il, que si quelque jour un homme du nom de Bonaparte se trouvait dans le besoin, ils s'empressassent de lui donner aide, secours et assistance.«Répondant à ceux qui lui reprochent d'avoir servi successivement tous les gouvernements, il déclare qu'il ne s'en est fait aucun scrupule, et qu'il a agi ainsi, guidé par cette pensée que, dans quelque situation que fût un pays, il y avait toujours moyen de lui faire du bien, et que c'était à opérer ce bien que devait s'appliquer un homme d'État.»
«Nous avons dit qu'à la suite du testament du prince de Talleyrand se trouvait une sorte de manifeste, dans lequel le célèbre diplomate exposait les principes qui l'avaient guidé dans sa vie politique, et exprimait sa manière de voir à l'égard de certains événements.
«Voici, d'après les renseignements que nous avons recueillis, ce que contient en substance cette déclaration, qui porte la date de 1836, et qui, conformément au vœu du testateur, a été lue à la famille et à ses amis assemblés.
«Le prince déclare qu'avant tout et à tout, il a préféré les vrais intérêts de la France.
«S'expliquant sur la part qu'il a prise à la rentrée des Bourbons en 1814, il dit que, dans son opinion,les Bourbons ne remontaient pas sur le trône en vertu d'un droit héréditaire et préexistant, et il donne même à entendre que ses conseils et ses avis ne leur manquèrent pas pour les éclairer sur leur vraie position, et sur la conduite qu'ils devaient tenir en conséquence.
«Il repousse le reproche d'avoir trahi Napoléon: s'il l'a abandonné, c'est lorsqu'il reconnut qu'il ne pouvait plus confondre, comme il l'avait fait jusqu'alors, la France et l'Empereur dans une même affection; ce ne fut pas sans un vif sentiment de douleur, car il lui devait à peu près toute sa fortune; il engage ses héritiers à ne jamais l'oublier, à le répéter à leurs enfants, et ceux-ci à ceux qui naîtront d'eux, afin, dit-il, que si quelque jour un homme du nom de Bonaparte se trouvait dans le besoin, ils s'empressassent de lui donner aide, secours et assistance.
«Répondant à ceux qui lui reprochent d'avoir servi successivement tous les gouvernements, il déclare qu'il ne s'en est fait aucun scrupule, et qu'il a agi ainsi, guidé par cette pensée que, dans quelque situation que fût un pays, il y avait toujours moyen de lui faire du bien, et que c'était à opérer ce bien que devait s'appliquer un homme d'État.»
A supposer que le testament, dont il est parlé ici, existe, c'est un fait très-curieux; et le témoignage de reconnaissance offert à la famille de Bonaparte est d'autant plus honorable que Talleyrand ne pouvait alors avoir en vue aucune idée de récompense.
Quant à l'apologie qu'il présente pour avoir servi toutes les dynasties et toutes les causes, elle ne peut pas s'appliquer à un pays où les hommes publics ont le pouvoir, n'étant plus au gouvernement, de renverser un mauvais gouvernement, comme ils ont, étant au pouvoir, les moyens de faire prospérer un bon gouvernement.
Je terminerai par l'appréciation d'un de mes amis de France, qui a ainsi résumé plusieurs de mes propres observations: «Enfin, chez M. de Talleyrand, l'aménité et la raison remplaçaient le cœur et la conscience. Avec bien des défauts qui ont terni sa réputation, il avait toutes les qualités qui devaient faire prospérer son ambition. Ses talents, qu'il a employés constamment pour son propre avantage, il les a employés presque aussi constamment pour le bien public. Beaucoup attaqué et peu défendu par ses contemporains, il n'en restera pas moins pour la postérité un des hommes les plus aimables de son temps et un des citoyens les plus illustres de son pays.»
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