E.EAU.s. f.C'est le troisiéme des quatre anciens Elemens, qui est froid & humide par sa nature: ce nom se donne à tous les corps clairs & liquides qui coulent sur la terre, commeeaude mer, de riviére, de fontaine, d'étangs, de sources, de cîternes, de puits. Cela est clair commeeaude roche. Thalés soûtenoit que l'eauétoit le principe de tous les corps, & cette opinion a été renouvellée en nos jours parRobert Flud, qui en a fait un sistême compris en plusieurs volumes. Ce mot est dérivé du Latinaqua, d'où on a fait premiérementaiguë, témoinaiguës mortes,aiguë perse,aiguë belette; en suite on a ditayve&ayau, qu'on dit encore en quelques lieux, dont enfin on a faiteau. Borel dit que ce mot vient du vieux gauloisavenouavon, qui signifioit autrefois riviere, d'où sont venus les noms des VillesGandavum,Genabum, & autres.On dit en général aller pareau, pour dire naviger, voyager sur la mer, sur les lacs, & sur les rivieres. Passer l'eau, c'est à dire, de l'autre côté de la riviere. Leseauxsont débordées, sont cruës.On dit qu'une chose ne sent que l'eau, quand elle n'a ni sel, ni saveur. Jeûner au pain & à l'eau. On a observé que l'eaud'une fontaine est d'un autre poids à sa source qu'à quelque distance de là, & qu'aprés son dégel elle est d'un autre poids qu'elle n'étoit auparavant. Une pinte d'eaudu Gange est plus legere d'une once, que quelque autreeauque ce soit: le Mogol n'en boit point d'autre, en quelque lieu qu'il se trouve.Eauen particulier se dit de la pluye. Ce nuage épais nous menace d'eau; il tombe de l'eau; une ondée d'eau.L'Ecriture distingue leseauxqui sont au dessus du Firmament, & celles qui sont au dessous; ici le Firmament est pris pour l'air. L'Esprit de Dieu étoit porté sur leseaux.Eau,en termes de Théologie, se dit premiérement de celle avec laquelle on baptise. Le pécheur est régénéré par leseauxdu Baptême, par leseauxde la grace.Eaubenîte, est uneeauqui se fait dans l'Eglise avec certaines priéres, exorcismes, & cérémonies; on la prend à l'entrée & au sortir de l'Eglise. L'eaubenîte de Pâques est celle qu'on préparoit autrefois, seulement pour baptiser les enfans. Celle de la Pentecôte & celle qu'on fait tous les Dimanches sert pour la dévotion, pour effacer les péchez veniels, chasser les démons, préserver du tonnerre, &c.On appelle aussieaubenîte, cette cérémonie & ces priéres qui se font les Dimanches avant la grande Messe pour benir l'eau, comme voilà l'eaubenîte qui sonne.Dans le Livre des Nombres il est fait mention d'uneeau, qui servoit à éprouver si une femme étoit adultere. Chez nos Anciens on faisoit la preuve des crimes par l'immersion du corps, oudu bras dans de l'eauchaude, ou dans de l'eaufroide avec plusieurs cérémonies Ecclesiastiques; ce qui a encore lieu chez plusieurs Nations. Voyez Preuve.En dévotion il y a de l'eaude S. Clair qui guérit du mal des yeux, de l'eaude sainte Geneviefve qui guérit la fiévre. Chez les Payens on appelloit l'eaulustrale, uneeauqu'ils préparoient avec plusieurs cérémonies à leur mode.Eauen termes de Physique, se dit aussi des humiditez qui sortent des corps, comme de l'urine & de la sueur. Il est allé faire de l'eau, lâcher de l'eau, un filet d'eau; il ne peut tenir soneau. Cette course, cet accés de fiévre l'a mis tout eneau. On le dit aussi de l'eauqui est enfermée dans quelque bube ou vessie, ou entre cuir & chair qui forme l'hydropisie. Il a vuidé quantité d'eaux. Il lui est tombé deseauxsur les jambes; ce qui se dit plus ordinairement des chevaux, quand il leur tombe de mauvaises humeurs sur le boulet & le paturon. On dit fondre eneau, pour dire pleurer abondamment.En termes de Marine on dit faire de l'eau, pour dire faire aiguade, faire ses provisions d'eaudouce au milieu d'un voyage de long cours. Ce Navire faiteau, c'est à dire, que l'eauentre dans le Navire par quelque ouverture, ou voye d'eau. Ce Vaisseau tire tant d'eau, pour dire enfonce dans l'eaude tant de pieds. Il faut attendre le vif de l'eau, ou la hauteeau, pour dire la pleine marée: on dit au contraire basseeau, oueaumorte dans le reflus, lors que la marée est basse, & que la mer refoule. Leseauxvives régnent trois jours devant & trois jours après la nouvelle ou pleine Lune. Leseauxmortes viennent aprés les six jours qu'ont occupé leseauxvives. Ce Vaisseau alloit à fleur d'eau, c'est à dire, n'avoit guéres de bordhors de l'eau. Ce Navire étoit percé à l'eau, c'est à dire, dans les œuvres vives, ou qui plongent dans l'eau. On dit aussi qu'un Navire est sur l'eaud'un autre, pour dire qu'il suit son cours, son sillage. On dit aussi mettre un Navire à l'eau, le pousser à l'eau, quand du chantier où il étoit pour le bâtir ou le radouber on le pousse dans la mer. Des courans d'eau, ce sont des mouvemens d'eauimpetueux, qui se trouvent le long des côtes ou détroits, & qui naissent de leurs sinuositez. Le courant de l'eau, ou le fil de l'eause dit seulement de l'endroit des riviéres où l'eauest la plus forte. On appelle aussi chef d'eaula haute marée, & dans la bonasse on dit que l'eauest platte & courtoise.On dit en termes d'hydrauliques conduire leseaux, pour dire les enfoncer dans des tuyaux ou canaux & élever leseauxpar des machines, comme par des pompes qui l'élevent par aspiration jusqu'à trente-deux pieds, ou par compression en pressant l'eaupour l'élever si haut qu'on veut, parce que l'eaune se condense jamais. Faire un jet d'eau, c'est élever l'eau& la faire jaillir en l'air. Un boüillon d'eau, est celui qui ne s'éleve guéres au dessus du tuyau. Une chute d'eauou cascade. Une nappe d'eause dit, quand l'eaus'étend comme une nappe sur une pierre d'où elle tombe. Un Soleil d'eau, quand les jets se distribuent en rayons. Une verge d'eau, quand il y a grand nombre de tuyaux prés l'un de l'autre qui jettent de l'eauensemble. Un berceau d'eau, quand il y a des jets d'eauà droit & à gauche qui se courbent en arc par dessus la tête. Un rond d'eau, un réservoir d'eau, ou un regard, un pouce d'eau.Bernard Palissi,Jacques Buffon,Serlio&le théatre d'Agriculture, ont écrit de l'art de conduire leseaux, de trouver des sources & des fontaines.En Medecine on appelleeauxcordiales, certains remédes qui confortent le cœur.Eauxminerales, celles qui servent de reméde, & qui ont contracté quelque vertu en passant à travers des mineraux, comme alun, vitriol, soulfre. Leseauxde Bourbon, de Forges, de Spa, de Pougues; & on dit absolument il est allé auxeaux, on lui a donné leseaux.Eaupanée,eaubattuë, est celle où on a mis tremper du pain, ou qu'on a battuë, pour lui ôter sa crudité.Eauferrée, celle où on a atteint une bille d'acier rougie au feu. On dit aussi saigner le pied en l'eau.Les Apothicaires font aussi deseauxcephaliques, ophthalmiques, thoraciques, stomachiques, hepatiques, spleniques, nephretiques, hysteriques, arthritiques, & autres contre plusieurs maladies, que l'on peut voir dans la Framboisiere & les dispensaires.En termes de chymie on appelle aussieaux, les sucs qui se tirent par la distillation ou avec la force du feu, commeeaude senteur, de rose, de fleur d'orange, de naphte.Eaud'ange,eaude plantin.Eauforte, oueauardente ou caustique, c'est de l'eauqui se fait par la distillation du vitriol seul, ou avec alun & salpêtre, qui est la base ordinaire deseauxfortes, ou avec d'autres sels mêlez ensemble, elle sert à graver & dissout tous les métaux: à la réserve de l'or, on l'appelle en Latinaqua stygia.Eauphilosophique, oudes deux champions, est celle qui se fait avec du salpêtre & du sel armoniac.Eauseconde, est l'eauforte qui a déja servi à la dissolution de quelques métaux, qui par ce moyen a perdu une partie de sa force.Eaurégaleou dedépart, c'est de l'eauforte dans laquelle on a ajoûté en la faisant du sel commun, du sel gemme, ou du sel armoniac, laquelle ence cas dissout l'or sans toucher aux autres métaux; toutes ceseauxs'appellent aussimenstruësoudissolvantes.Eaude la Reine de Hongrie, est une distillation qui se fait au bain de sable, des fleurs de romarin, mondées de leur calices sans aucune partie de l'herbe, dans de l'esprit de vin bien rectifié; on l'appelle ainsi à cause du merveilleux effet, qu'en ressentit une Reine de Hongrie à l'âge de 72. ans.Eauimperiale, c'est de l'eaudistillée de noix muscade, écorce de citron, cloux de girofle, feüilles de laurier, d'hyssope, de thim, de marjolaine, de sauge, de romarin, de lavende, des fleurs d'orange, &c.Eaustiptique, est celle qui est faite avec une dissolution de vitriol.Eaudevie, c'est du vin qu'on fait distiller dans un matras au bain marie, ou à petit feu de flamme, & qu'on réduit environ à la sixiéme partie, le reste est une flegme insipide: on fait passer le col du matras en serpentant dans un tonneau d'eaufroide, pour le refroidir plûtôt; quand cetteeaude vie est distillée encore une fois & réduite à la septiéme partie, on a de l'esprit de vin, lequel étant derechef distillé, donne de l'esprit de vin rectifié.Eaugommée, c'est celle qui se fait en y laissant tremper de la gomme arabique enfermée dans un morceau de linge: les femmes en font aussi pour gommer leurs cheveux, en y laissant tremper des pepins de coin.Eaudeblanc d'œuf, c'est de l'eauqui se fait en foüettant bien le blanc d'œuf, ou bien en le faisant abreuver par une éponge plusieurs fois, & l'épreignant aussi-tôt, puis la faisant couler par le papier gris, c'est uneeaujaunâtre qui est la plus fine de toutes les colles.Les Limonadiers font aussi deseaux, pour chatoüiller le goût, deseauxde cerise, de groseille, de frangipane, qui sont deseauxsuccrées & parfumées où on a mis des groseilles, des cerises, des parfums.Eau,se dit aussi du suc de quelque fruit que ce soit: cette poire est de bonneeau.En termes de Joüailliers on appelleeaul'éclat des perles & des diamans, qu'on suppose être faits d'eau. Cette perle est de belleeau: l'eaude ce diamant est trouble. Donner l'eauà un drap, c'est le lustrer, le calandrer. On dit aussi des cuirs quand ils sont à la tannerie, qu'on leur donne plusieurseauxpour les préparer.En Astronomie on appelle un signe celeste, le verseur d'eauqui est l'onziéme à compter d'Aries.Eaux,se dit au plurier en ces phrases: le grand Maître deseaux& forêts prend la qualité d'Enquêteur & de Réformateur deseaux& forêts. Les maîtrises particuliéres deseaux& forêts, la réformation générale deseaux& forêts, ce sont des Officiers, ou des Jurisdictions qui jugent des causes concernant leseaux& les forêts. Intendant deseaux, celui qui a soin de faire aller leseauxdes Maisons Royales.Eau,se dit proverbialement en ces phrases. Un Medecin d'eaudouce, c'est à dire un mal-habile Medecin qui n'a pour reméde que de l'eaudouce. On dit qu'un homme a mis de l'eaudans son vin, pour dire qu'il est revenu de son emportement. Ses desseins vont à vau l'eau, pour dire ne réüssissent pas. L'eaului en vient à la bouche, pour dire cela lui donne l'envie d'en tâter. On dit d'un homme qui fait beaucoup de complimens ou de promesses, sur lesquelles il ne faut pas faire grand fondement, que c'est de l'eaubenîte de Cour, parce qu'on n'est point chiche de belles promesses à la Cour, non plus que d'eau benîteà l'Eglise. On dit d'un homme dont le mérite n'est point connu, qu'il faut qu'il fasse voir de soneau, pour dire qu'il fasse voir ce qu'il sçait faire. On appelle des gens de delà l'eau, des gens grossiers & mal instruits des nouvelles & des affaires du temps. Leseauxsont basses, pour dire qu'on n'a point de fonds, point d'argent en bourse. Suer sang &eau, pour dire faire un effort, ou un travail extraordinaire pour parvenir à quelque chose. On appelle un beuveur d'eau, un homme froid & incapable de grandes affaires. On dit faire venir l'eauau moulin, pour dire faire venir du profit, de l'argent à la maison. Nager en grandeeau, pour dire être en fortune, dans les grands emplois: il est heureux comme le poisson dans l'eau, pour dire il est en son élevement où il se plaît, ou il est bien.Revenir sur l'eau, se dit d'un homme qu'on croyoit abîmé, & qui rétablit ses affaires, & r'entre dans le négoce. On dit aussi rompre l'eauà quelqu'un, pour dire apporter quelque obstacle à sa fortune, à ses affaires, ce qui se dit au propre des chevaux, qu'on oblige à boire à plusieurs reprises. On dit qu'un valet est allé à la bonneeau, pour dire qu'il est trop long-temps à revenir d'un message. Laisser courir l'eau, pour dire ne se pas soucier comment vont les affaires. Battre l'eau, pour dire travailler inutilement. On dit encore, tant va la cruche à l'eauqu'enfin elle se brise, pour dire qu'à la fin on périt dans les dangers, où on s'expose trop souvent. Nager entre deuxeaux, c'est à dire, être incertain quel parti ou opinion on doit suivre. Pêcher eneautrouble, c'est à dire, profiter du desordre du temps, du mauvais état d'une famille. On dit encore d'un hommemalheureux, qu'il se noyeroit dans un verre d'eau, d'un avare, qu'il ne donneroit pas un verre d'eau, qu'il ne donne rien du tout; d'un mélancolique & méchant, que c'est uneeaudormante, qu'il n'y a point d'eaupire que celle qui dort; d'un homme inutile, qu'il ne gagne pas l'eauqu'il boit.Porter de l'eauà la mer, c'est à dire, donner à quelqu'un des choses dont il n'a déja que trop. C'est une goute d'eaudans une mer, c'est à dire, que ce qu'on met dans quelque chose ne la fait pas paroître davantage. Il n'y fera que de l'eautoute claire, pour dire qu'il ne réüssira pas en telle affaire. On dit de deux gemeaux, qu'ils se ressemblent comme deux goutes d'eau; de deux personnes qui se haïssent, que c'est le feu & l'eau; d'une affaire qui n'a point réüssi, tout s'en est allé eneaude boudin, ou à vau l'eau; d'un homme niais & innocent, qu'il ne sçait pas l'eautroubler. Tenir le bec en l'eau, c'est à dire, amuser long-temps une personne sans lui tenir ce qu'on lui fait esperer. On dit aussi d'un homme officieux, qu'il se mettroit dans l'eaujusqu'au cou pour servir ses amis; d'un homme qui se noye, que l'eauest entrée dans ses souliers par le collet de son pourpoint. On dit des enfans, qu'il les faut garder de feu & d'eau, jusqu'à sept ans. On dit encore ce crime est si grand, que toute l'eaude la mer ne suffiroit pas pour le laver; & au contraire il fait aussi peu de scrupule de cela, que de boire un verre d'eau. On dit aussi si on l'envoyoit à la riviere il ne trouveroit point d'eau, pour dire qu'il ne pourroit pas trouver les choses les plus communes. On dit aussi il passera bien de l'eausous les ponts entre ci & là, pour dire cela n'arrivera de long-temps. On dit aussi gare l'eaulà bas, quand on veut jetter par les fenêtres quoi que ce soit.Eaubenîtier, termes d'Orfévres, ils nomment ainsi les vaisseaux d'argent qu'ils préparent pour mettre de l'eau benîte: ils doivent être contre-marquez au corps, au collet de pied & goupillon; à l'égard de la gorge, creux ou panache, quarré de pied ou anse, ils sont seulement marquez du poinçon du maître.Ebe.s. f.terme de Marine, c'est le reflus de la mer, la basse marée ou l'eau morte, lors que la mer refoule & s'en retourne. Il est opposé au flot & au montant; on l'appelle autrementjussant.ELECTUAIRE.s. m.terme de Pharmacie, c'est un médicament composé de poudres, ou d'autres drogues incorporées avec du miel & du sucre; il est ainsi nommé à cause que les parties qui le composent doivent être curieusement choisies, il est de consistance moyenne entre les opiates, les lenitifs & les confections; il y en a deux sortes, les mols sont en consistance d'opiate, & se font de trois onces de poudre sur une livre de miel écumé; les solides se font en forme de tablettes, où on met trois onces de poudre sur une livre de sucre clarifié, dissous en quelque liqueur & cuit en suite en perfection: sous les especes d'électuaireson met le mithridate, la theriaque, la confection Hamec, celle d'Akermes, le catolicon, le diaprunum, diaphœnicum, diacartami, diatragagant, &c. qui sont expliquez à leur ordre.L'hierepicre de Galien, est mise aussi au rang desélectuaires; il y a unélectuairede citron qu'on nomme deGuy de Cauliac, fameux Chirurgien, qui l'a mis le premier en vogue, la benedicte de Nicolas, & autres.ELIXIR.s. m.terme de Medecine, c'est une liqueur spiritueuse destinée à des usages internes, contenant la plus pure substance des mixtes choisis,qu'on lui a communiquée par infusion & maceration. Les esprits tirez des vegetaux, ou leurs eaux spiritueuses sont d'ordinaire la base deselixirs, & les menstruës dont on se sert pour dissoudre & retenir la vraye essence des médicamens, qui entrent dans leur composition. L'esprit de vin est l'elixir, le menstruë, le plus commode de tous. L'elixirapproche beaucoup de la nature des teintures.Elixirdepropriété, est un reméde inventé par Paracelse, composé d'esprits de soulfre, d'aloës, de myrrhe, de safran, &c. dissous par un puissant dissolvant nomméalkaest. Crollius veut que cetelixirsoit le baume des Anciens, & contienne toutes les vertus du baume naturel.Elixir,terme de chymie, c'est la substance la plus subtile interne & specifique de chaque corps, qui en est comme l'essence. Les charlatans abusent beaucoup de ce nom, & le donnent à plusieurs simples extraits pour vendre plus cher leurs drogues: on l'appelle autrementquinte-essence. Ménage tient que ce mot vient de l'Arabeelexir, qui signifie proprement fraction, à cause que l'elixira la force de rompre les maladies, & de rompre les métaux en les dissolvant: d'autres le dérivent avec plus d'apparence de l'Arabealechstro, qui signifie une extraction artificielle de quelque essence: d'autres veulent qu'il vienne du Grecelayon, &syro, comme une extraction d'huiles, qui est la partie essencielle des mixtes: d'autres enfin du verbe Grecalexeo, à cause du grand secours qu'on reçoit deselixirs. D'autres appellentelicsir, une prétenduë poudre qui convertit les métaux en or, qu'on appelle poudre de projection.EOLIPILE.s. f.Terme des Hydraulyques. C'est une petite boule de fer ou de cuivre, ayant une queuë où il y a un fort petit trou pour la charger: on la chauffe pour rarefier l'air qui estdedans, & puis on la jette dans l'eau. Il y en entre autant qu'il faut pour remplir le vuide que laisse l'air condensé par la froideur de l'eau; & quand cette boule est derechef mise au feu, il en sort du vent, avec une impetuosité & une durée qui surprennent. On la nomme autrement poire à feu. C'est par la comparaison de ceséolipiles, que Descartes explique admirablement bien la cause naturelle des vents.EPACTE.s. f.Terme de comput Ecclesiastique, c'est la difference de l'année Lunaire, qui n'est que de 354. jours d'avec l'année Solaire, qui est de 365. jours. Cette difference fait que les nouvelles Lunes reculent tous les ans d'onze jours. On trouve l'âge de la Lune en ajoûtant l'épactede l'année au nombre des jours du mois où on est, & au nombre des mois écoulez depuis celui de Mars. En observant aussi de retrancher trente jours quand ces trois sommes ajoûtées vont au-delà. Le cicle desEpactesest de dix-neuf ans, répondant au nombre d'or, ou cicle Lunaire, aprés lequel toutes les Lunations reviennent au même jour.Eparer.v. n.Terme de manége, qui se dit d'un cheval qui détache des ruades, & qui nouë l'aiguillette; un cheval doit s'éparerde toute force à l'air des cabrioles.Epanorthose.s. f.Terme de Réthorique, c'est une figure, par laquelle on corrige, ou on révoque ingenieusement ce qu'on avoit auparavant allegué.EPHEMEREadj.Terme de Medecine, qui ne dure qu'un jour, il se dit en cette phrase, fiévreEphemere. La fiévreEphemeredes Anglois est une espéce de peste.Ephemere.En termes de Botanique, est une flambe sauvage, ses feüilles sont semblables àcelles du lis, quoi que plus menuës, sa tige pareillement. Sa fleur est blanche & amére, sa graine est tendre, sa racine est grosse d'un doigt, longue, astringeante & odorante. Mathiole dit que l'Ephemeronde Dioscoride est lecolchicum, qui est un poison croissant au païs de Colchos, il est si dangereux qu'il fait mourir en moins d'un jour ceux qui en mangent, ce qui lui a donné ce nom d'Ephemere, & il ajoûte que ce n'est autre chose qu'un oignon blanc, que les Apothicaires appellenthermodactylus.Ephemere,est aussi un petit animal qui ne vit que cinq heures, pendant lesquelles il naît, il étend ses membres, il paroît jeune, il change deux fois sa peau, il fait des œufs, jette des semences, vieillit & meurt. Aristote en a fait la description, & l'a ainsi nommé, parce qu'il ne dure qu'un jour. Il paroît vers la Saint Jean, c'est un insecte volant, qui naît à six heures aprés midi, & meurt à onze heures. Il est vrai toutefois qu'avant que d'avoir pris cette figure, il a vécu trois ans sous celle d'un verd au bord de l'eau, dans la vase, ou dans des trous qu'il y a creusé lui-même; il s'en trouve de deux ou trois pouces. Les pescheurs s'en servent pour appâter leurs hameçons. On a observé dans quelques-uns de ces insectes jusqu'à 7000. yeux semez par tout le corps, ils ne s'accouplent point, la femelle jette ses œufs, & le mâle les rend feconds en les couvrant de sa semence. Il ne prend aucun aliment depuis qu'il est changé, & il ne change que pour se multiplier. Aldrovandus, Jonston, & Clusius en ont écrit, mais bien plus incertainement que Swammerdam, qui en a fait les dissections & les observations avec le microscope. Il en est aussi parlé dans le recueil de Thevenot.Ephemerides.s. f. plur.Terme d'Astronomie,ce sont des Tables calculées par des Astronomes, qui marquent l'état du Ciel tous les jours à midi, c'est à dire, le lieu où à midi se trouvent toutes les Planettes, & ce sont des Tables qui servent à dresser les horoscopes, ou themes celestes. LesEphemeridesd'Origan, de Kepler, d'Argolus, de Joannes Heckerus, &c. Jean Dominique Cassini a fait desEphemeridesdes Astres de Medicis, ou des satellites de Jupiter, qui servent à la découverte des longitudes.Ephialtes.VoyezIncube.EQUATION.s. f.Terme d'Astronomie, qui se dit de la maniére de réduire le temps ou les mouvemens inégaux du Soleil, à un temps ou à un mouvement égal & moyen. Le jour astronomique se compte depuis le départ du soleil d'un Méridien jusqu'à ce qu'il y retourne le jour suivant, c'est ce qu'on appelle le jour & le mouvement égal; mais parce que cependant le Soleil avance dans l'Eccliptique tantôt plus, tantôt moins à nôtre égard, selon qu'il est apogée, & perigée, & parce que les arcs de l'Ecliptique sont aussi inégaux à nôtre égard, à cause de l'obliquité de la sphere; c'est ce qui rend les jours inégaux. Il a donc fallu que les Astronomes, qui ont besoin d'un jour égal pour faire leurs supputations, trouvassent ce mouvement, ou temps moyen, & c'est ce qu'on appelleéquation, par laquelle on trouve 59. minutes & huit secondes qu'il faut ajoûter au vrai jour égal, pour faire ce moyen mouvement journalier. Jean Baptiste Morin a fait un beau traité deséquationsen son Livre des longitudes. Monsieur Huggens a donné une Table exacte de l'équationdes jours, pour régler les mouvemens des horloges à pendules, où on void combien ces horloges doivent avancer ou reculer en chaque jour de l'année, à cause de l'irrégularitédu mouvement du Soleil & de l'obliquité de l'Eccliptique.Equation,en termes d'Algebre est la réduction de deux nombres heterogenes, ou de diverse nature à une même nature en valeur, pour les rendre égaux. L'équationse dit aussi de la connoissance juste de la partie qu'il faut ajoûter à deux nombres differens, pour les mettre dans l'égalité. La science deséquationsest la principale partie de l'algebre. L'équationse marque ainsi.ECHELLE.s. f.Instrument qui sert à monter; il est composé de deux perches ou piéces de bois longues & legéres, traversées de pied en pied de menus bâtons qu'on nommeéchelons, sur lesquels on met les pieds l'un aprés l'autre pour monter. Jacob vit uneéchellepar où les Anges descendoient & montoient du Ciel en terre. Les soldats, les voleurs se servent d'échellespour surprendre les Villes, pour entrer dans les maisons par les fenêtres, par dessus les murs. Les Maçons se servent d'échellespour monter sur les échaffauts.On fait aussi deséchellesde corde, de soye, qui se plient & qui sont portatives; on en fait aussi de brisées. Il y en a aussi de doubles, qui sont étenduës par le pied, qui servent aux Peintres. Il y en a d'autres pour la guerre qu'on transporte sur des rouës, & qui sont de diverses constructions, dont on void les figures dans la pyrotecnie de Hanselet.Echelle,se dit aussi d'un méchant escalier qui est tout droit. Les escaliers de la Halle sont des échelles, sont droits comme deséchelles.Echelle,se prend quelquefois pour le gibet, à cause qu'on monte avec uneéchelleceux qu'on pend à une potence; ainsi on dit celui-là a étécondamné à assister à l'execution, à avoir le foüet au pied de l'échelle: il a été long-temps sur l'échelleavant que d'être jetté. On coupe souvent des bourses au pied de l'échelle.Echelle,se dit aussi d'un rang de nœuds de Ruban, que les femmes mettent par ornement le long de leur busque, à cause que cela ressemble à uneéchelle. Cette Dame avoit uneéchellede rubans de satin bleu.Echelle.En termes d'Architecture & de Géographie, se dit d'une ligne divisée en parties égales, qui sert de mesure commune à toutes les parties d'un bâtiment, à la description des cartes topographiques. Pour sçavoir combien cet étage a de haut, il en faut prendre avec un compas la mesure sur l'échelle. On en use de même pour sçavoir combien il y a de lieuës, entre deux Villes marquées sur une carte.Echelle,ou bâton de Jacob, en termes de Marine est un instrument en croix divisé en semblables parties égales, qui a été décrit ci-devant au mot d'Arbalête.Echelle,est aussi un nom qu'on donne sur la Méditerranée, ou mer du Levant aux Villes de commerce. La France a ses Consuls, ses Magasins, ses Bureaux en toutes leséchellesdu Levant, aussi bien que la plûpart des autres Nations, à Smirne, à Said, à Alep, au Caire, &c. On appelle aussi ces places des Ports & Etapes. Ce mot vient d'escale, vieux terme de marine, qui signifieport de mer; qu'on trouve sur sa route, où on entre par occasion pour acheter quelques vivres, pour éviter la tempête ou les ennemis.Echellecampanale, est une régle qu'ont les fondeurs pour proportionner la longueur, largeur, & épaisseur d'une cloche à son poids, & pareillement celle de son batail pour lui faire rendreun certain son, ils ont fait cetteéchellepar une longue experience, plûtôt que par une voye géometrique; elle est cependant curieuse, & on la trouve au sixiéme Livre de la Pyrotecnie de Biringuccio, & dans le Pere Mersenne; on l'appelle aussiBrochette,Bâton,Régle, &Diapason.Echelle,est aussi un instrument de musique assez grossier, composé de douze bâtons enfilez ensemble & separez l'un de l'autre par des grains de chapelet; ils vont toûjours en diminuant depuis le grand qui a dix pouces jusqu'au plus petit qui en a trois, leur figure peut être ronde ou quarrée, ou en forme de prisme, ou de parallellepipede; on en jouë avec un petit bâton, dont une des extrêmitez est tournée en boule; quand cet instrument est bien touché, il rend une symphonie assez agréable.On dit proverbialement qu'il faut tirer l'échelleaprés quelqu'un, pour dire qu'il n'y a rien à faire aprés lui, qu'il a épuisé la matiére, qu'il a appris tout ce qu'on en pouvoit sçavoir. On dit aussi qu'on punit comme voleurs, ceux qui tiennent le pied de l'échelle.Echeler,v. act.Vieux mot, au lieu duquel on dit à presentescalader.Echelette.s. f.espéce de petiteéchellequ'on attache sur le bast d'une bête de somme pour y accrocher de la viande, du foin, de la paille, &c.Echelier.s. m.Est une piéce de bois traversée de longues & grosses chevilles, qui sert à monter au haut des gruës, des engins, & des estrapades, on l'appelle aussiRancher.Echelon,s. m.petite piéce de bois qui traverse l'échelle: cetteéchelleavoit trente échelons.Echelon,se dit figurément en choses morales. La qualité d'Avocat est unéchelonpourmonter à celle de Conseiller, de Maître des Requêtes. Il est monté d'unéchelon, d'un degré, il est avancé d'autant.ECROU.s. m.piéce de bois, ou de fer, ou d'autre métail qui a un trou, relatif à la grosseur d'une vis, & qui sert à la serrer, ou à la retenir quand on la fait entrer dedans. Il faut que les vis de ce lit ayent été changées, elles ne peuvent entrer dans leursécrous.En Mathematique on appelle le clou de l'alhidade l'écrou, ou le chevalet.Ecrou.Est aussi l'acte d'emprisonnement d'une personne écrit sur le Registre de la geole. Il faut attacher sonécrouà la Requête d'élargissement, quand on est recommandé pour plusieurs affaires, ce sont autant d'écrous, quand on déclare un emprisonnement injurieux, tortionaire & déraisonnable, on ordonne que l'écrousera rayé & biffé. On disoit autrefoisécrouë.Ecroüe.s. f.chez le Roi se dit des rolles ou états de la dépense de sa maison, qui se mettent dans des peaux de parchemin qu'on coud & qu'on attache les unes aux autres, dont on fait de gros rouleaux qui sont signez & arrêtez au Bureau par les Maîtres & Controlleurs de la maison du Roi. On le dit aussi des rolles que les Receveurs des tailles, ou des amendes baillent aux Sergens pour en faire le recouvrement, qui sont appellezécrouësdans plusieurs Edits.On void dans la Chambre des Comptes uneécrouëdu Parlement tenu sous Louïs Hutin, qui contient la liste des Conseillers du Conseil étroit, des Maîtres des Requêtes, & autres Officiers.Ecroüe,en plusieurs Coûtumes se dit de la déclaration, dénombrement & aveu d'heritages cottiers que le sujet donne à son Seigneur. Enl'Edit de l'établissement de l'Echiquier de Normandie, on appelleécrouësles écritures qui contiennent les faits & raisons des parties; où il est dit aussi que les Sergens doivent bailler leurs exploits parécrouës, c'est à dire, par écrit. Borel estime que ce mot vient d'écrit, ouécrire, parce qu'on a appellé aussiécrouëune quittance en faveur de celui qui a manié les finances; & on dit baillerécrouëà un Receveur de sa recepte, pour dire souder son compte.Ecroüer.v. act.Charger un Geolier de la personne d'un prisonnier, en écrivant sur son registre par l'Officier qui l'arrête la cause pour laquelle il est emprisonné, & par quelle autorité, ou Ordonnance; il est défendu sévérement aux Geoliers de détenir qui que ce soit sans êtreécroüé. Cujas estime que ce mot vient du GrecEncrouo, c'est à dire,injicio: & Ragueau au contraire deEccroueinqui signifieextendere,liberare;missum facere.Ecroüé,ée.part. pass. & adj.Ecroüelles.s. f. pl.Terme de Medecine, ce sont des tumeurs sanguines faites aux parties glanduleuses, comme aux mammelles, aux aisselles & aux aînes. Elles sont presque toûjours enveloppées dans une membrane propre, engendrées de pituite gypsée, grosse & visqueuse. Lors qu'il s'y mêle de l'humeur mélancolique, elles s'échauffent & deviennent malignes, & font un ulcére corrosif & chancreux, qui ronge la substance des glandes; & quand cette humeur court par le corps, elle altére & pourrit les os où elle s'assied, alors c'est une maladie incurable par Art. Les Latins l'appellentscrophulædu motscropha, qui signifie une truye, & les Grecschoiradesdu mot Grecchoirosqui signifie un pourceau, parce que les pourceaux sont sujets à avoir ces tumeurssous la gorge, & ceux qui mangent de leur chair y ont aussi plus de disposition. Le Roi de France a le don de guerir desécroüelles, en touchant les malades.Ecroüi.adj.Est un terme de monnoye qui se dit des piéces durcies à la sortie du moulin, & qu'il faut faire recuire.Ecroulement,s. m.Eboulement de terres, d'édifices qui ne sont pas soûtenus.Ecrouler,v. n.Vieux mot qui signifie s'ébouler. Aprés une vingtaine de volées de canon, tout le bastion s'écroula.Ecrouter.v. act.Oter la croûte du pain, le couper mal proprement. On dégoûte les gens quand on écroute le pain.Ecrouté.ée.part. & adj.Ecrüe.adj.c'est une épithete qu'on donne aux soyes & aux toiles qui n'ont jamais été moüillées. Il est défendu aux tapissiers de doubler les tapisseries de toilesécrües, parce qu'elles se retirent. Les belles étoffes se font de soye cuitte, & les petites de soyecruëouécruë. Il est sévérement défendu de mêler la soye cuitte avec la soyeécruë. On dit aussi du filécru.F.FANONs. m.le devant d'un bœuf, d'un taureau. Rampale dans ses Idiles a dit,la peau d'un gras fanon lui bat sur les genoux. Les Latins l'appellentPaleare.Fanonen termes de manége se dit d'un gros toupet de poil ou de crin, qui vient au derriére du Boulet de plusieurs chevaux. Les chevaux de carrosse ont souvent de grosfanons.Fanon,se dit aussi des barbes de Baleine, quipendent des deux côtez de la gueule de ce monstre: le cent pesant defanonsde Baleine a été réglé par Arrêt du Conseil à 67l. 10. sols: c'est ce qui sert à mettre dans le corps de juppe des femmes & à plusieurs sortes d'ouvrages, où on a besoin d'une matiére pliante & qui fasse ressort.Fanonen termes de marine est un racourcissement du point d'une voile & particuliérement de celle d'Artimon, lors qu'on la trousse & ramasse avec des garcettes, pour prendre moins de vent. Cesfanonssont des bouts de corde divisez en plusieurs articles ou marticles attachez aux grandes voiles, qui les embrassent & serrent quand il est de besoin.Fanonen termes d'Eglises signifie un manipule ou ornement sacerdotal, que les Prêtres, les Diacres & soûdiacres mettent au bras gauche en officiant: il est fait en forme de petite étole. Voyezmanipuleoù on a fait voir que c'étoit autrefois une espéce de mouchoir blanc, comme témoigne Durandus: son primitif estPannus, dont les Allemans ont faitfanus, parce qu'ils changent ordinairement le p. en f.Fanonse dit aussi des deux pendants, qui sont au derriére de la Mître d'un Evêque, & aussi du bonnet ou de la Couronne de l'Empereur.Fanon,en termes de blason est un large brasselet fait à la maniére dufanonde Prêtre pendant du bras droit, au lieu que celui du Prêtre pend du bras gauche: c'étoit autrefois une manche pendante qu'on portoit prés du poignet sur tout en Allemagne d'où ce nom nous est venu, parce que les Allemans appellentfanenune piéce de linge ou d'étoffe, & quelquefois une banniére, on l'appelle autrementDextrochere.Fanonse prend aussi quelquefois pourgonfanon, voyezgonfanon; & en ce sens Borel le dérive dugrecphaino,appareo, parce qu'on le void de loin étant au bout d'une pique.FAUCONs. m.Oiseau de leurre, qui a le plus beau vol & qui est le plus noble & le plus estimé entre les oiseaux de proye, c'est pourquoi il donne le nom à lafauconnerie, il a les pieds jaunes, la tête noire, & est semé sur le dos de plusieurs taches. Le bonfaucona la tête ronde, le bec court & gros, le col long, les épaules larges, les pennes des aîles subtiles & déliées, les cuisses longues, les jambes courtes, les pieds, ou mains longs, larges & grands: il y a desfauconsriviereux, d'autres champêtres propres à voler sur les riviéres ou les campagnes, en Latinfalco,triorches,buteo, & en généralaccipiter, qui est le nom de la meilleure espéce, qui l'a donné aux autres.Fauconpelerin, est celui qui vient des païs lointains, dont on ne trouve point l'aire, qui est pris depuis le mois d'Octobre jusqu'en Janvier.Faucongentil, de passage, qui vient des païs circonvoisins, le plus aisé à dresser, qui est pris en Août ou en Septembre; ce mot vient deGentilis.Fauconniais, qui n'a jamais été à soi qui est pris au nid, ou dans le roc quand il est fort petit, on l'appelle aussifauconRoyal, parce qu'on l'éleve facilement.Fauconsor, c'est un faucon qui a encore son premier plumage, les pennes du premier an.Fauconhagard, c'est à dire,fier&bisarrecelui qui n'est plus sor quand on le prend, qui a mué ou changé de plumes, on l'appelle aussifaucon de repaire.Fauconantanaireouantenaire, qui est pris au printemps avant la muë.Fauconmuéen main d'homme se dit simplement dufaucon mué; quand il est mué des champs& puis pris au passage il se ditardoisé,madréoufleuri, hors de connoissance, & vieilfaucon.Faucontagarot, c'est un oiseau fort long & flouet, d'une espéce particuliére, on l'apporte du côté d'Egypte.FauconTartaret, qui vient de Tartarie, c'est un grand oiseau dit dehaute maille, appellé des Turcsfaucon sahin.FauconsBalarins, qui viennent de Hongrie sont desfauconscommuns petits, de pennage brun avec la tête noire.Fauconfamilleux, c'est un faucon famelic, ou sujet à la faim.LeFaucon montanierest brun & hardi, & se doit entretenir entre gras & maigre.Le FauconThunisien, qui vient de Thunis, nommé autrementalphanetdealpha, parce que les Grecs le mettent au premier rang des faucons. Il y a desfauconsqu'on appelle du Perou, & autrementneblies, qui volent plus haut que les autres, qui ont des serres fortes & une couleur tirant sur le noir.Le gerfaut, le sacre, le lanier sont des espéces defaucons.Faucon.Terme d'artillerie espéce de Canon qui a trois pouces de diamêtre & qui porte une livre & demie de balle.Fauconneaus. m.piéce d'artillerie, qui tient le sixiéme rang entre les Canons, qui a six à sept pieds de long, & deux pouces de diamêtre, dont la balle pese environ une livre & demie, mais selon Hanzelet c'est une huitiéme de coulevrine qui a 35. calibres de long, qui tire deux livres & demie de fer avec deux livres de poudre, & le bâtard à 30. calibres, tire trois livres de fer avec autant de poudre.Fauconneauchez les maçons, est la piéce debois la plus haute d'un engin à élever des fardeaux, elle porte les deux poulies par où passent les cables.Fauconneries. f.l'art de dresser, d'affaiter, de gouverner, d'apprivoiser & d'assûrer les oiseaux de proye, Desparon a bien écrit de lafauconnerie.Fauconneriese dit aussi de l'équipage de la chasse, qui se fait avec les oiseaux. Ce Prince aime lafauconnerie, il a beaucoup d'Officiers defauconnerie. Lafauconneriedu Roi est en tel endroit.Fauconniers. m.affaiteur, ou apprivoiseur d'oiseaux, celui qui dresse & qui gouverne, ou qui a le soin des oiseaux de proye, des gants defauconnier. Le grand Seigneur entretient ordinairement six millefauconniers& le moins qu'il en ait eu c'est trois mille.On appelle chez le Roi le grandfauconnier, l'officier qui a soin de toute sa fauconnerie.On dit en termes de manége, monter à cheval enfauconnier, pour dire monter du pied droit.Fauconnieres. f.poche ou bourse de fauconnier.On appelle aussifauconniéreune espéce de Bissac de cuir ou double gibeciére qu'on porte à cheval & qu'on met des deux côtez de l'arçon de la selle, où on serre les menuës hardes nécessaires pour un voyage.FEU.s. m.Element chaud & sec, qui entre en la composition de tous les corps naturels, & sur tout de ceux qui sont animez. Les anciens ont crû qu'il y avoit unfeuélementaire dans le concave de la Lune, ce qui est une pure vision établie sans fondement. Lefeun'est autre chose qu'une matiére fort subtile & violemmentagitée. Lefeuest le plus violent de tous les acides. Dans les forges on n'employe que dufeude Charbon, dans les Verreries que dufeude bois sec; dans les Chambres on allume dufeuclair, dufeude fagot quand on veut prendre l'air dufeu, une poignée defeu. Les pauvres font dufeude tourbes & de mottes. Les volcans sont de grands gouffres defeu, des feux soûterrains qui sortent de temps en temps. On fait dufeuavec des pierres, avec un fuzil. Aux Indes Orientales on en fait en frottant deux morceaux de bois de Candou l'un contre l'autre. Aux Occidentales avec un autre bois qu'on appelleTicaca, qui ressemble à la canelle & qui sert de fuzil. Mathiole dit que les Anciens avant l'invention de l'Acier, tiroient le feu d'un bois dur, frotté avec un bois tendre & spongieux, tel que le bois de la vigne sauvage.Feu,en termes de Chymie, se dit des degrez de la chaleur, qui servent à en faire les operations. Ainsi les Chymistes appellentfeude digestion, le fumier qu'ils nomment autrement ventre de Cheval, dont la chaleur est telle qu'on ne sçauroit tenir la main dans le milieu d'un grand tas de fumier échauffé, ni souffrir dans la main une verge de fer qu'on y aura introduite & tenuë quelques momens. Le secondfeuest celui du bain vaporeux, du Bain marie, du Bain de cendre, du Bain de sable, du Bain de limaille & autres qui sont expliquez à Bain. Le troisiéme est lefeuordinaire qu'on applique sous le Vaisseau. Le quatriémefeuest lefeude Lampe qui est moderé & égal, qu'on peut augmenter par la grosseur & le nombre des méches qu'on allume, c'est celui qui sert aux Emailleurs. Le cinquiéme est lefeude Roüe qu'on allume en rond autour d'un Creuset,qu'on approche peu à peu autour du vaisseau également & pour l'échauffer. Le sixiémefeuest nommé de suppression, qui se donne lorsque non seulement on environne le vaisseau, mais aussi lors qu'on le couvre tout à fait de charbons allumez, dont on augmente la force suivant le besoin. Le septiémefeu, est celui de Reverbere clos, qui se fait dans un fourneau, où non seulement il frappe le vaisseau, mais encore il le refléchit & le refrappe par dessus & tout autour: il y a encorefeude Reverbere ouvert, qui se fait dans un fourneau qui n'a point de couverture. Le huitiémefeuest le feu de flame ou de fusion, qui se fait pour la fusion & calcination des Métaux & Mineraux, on l'appelle aussi feu d'atteinte. Le neuviémefeuest celui des grandes Verreries, qui sert à vitrifier les Cendres des plantes, les sables & les caillous, qui est plus violent que tous les autres.Ondit mesurer lefeu, donner lefeupar degrez, pour dire le donner plus ou moins violent, en ouvrant ou fermant les registres ou trous du fourneau, & on l'appelle alors unfeugradué.Oncroit aussi en Chymie qu'il y a unfeucentral qui cuit & produit les métaux & les mineraux qu'on nomme l'Archée. On dit aussi qu'on éprouve les métaux par lefeu, qu'il faut qu'ils souffrent lefeu, pour dire la coupelle: en d'autres occasions on dit qu'il faut qu'ils passent par lefeu, sur lefeu, pour les purger du mauvais air.Ona vû ces derniéres années quelques Charlatans à Paris qui ont mangé dufeu, qui ont marché sur lefeu, qui ont lavé leurs mains de plomb fondu; ce qui n'est pas un secret nouveau, puis qu'Ambroise Paré dit avoir éprouvélui-même, qu'aprés avoir lavé ses mains de son urine, ou bien avec de l'unguentum aureum, on les peut laver seurement de plomb fondu. Il dit aussi qu'il fit distiller du lard fondu avec une pelle rouge sur ses mains, aprés les avoir lavées avec dujus d'oignon.Feu,signifie aussi incendie, embrasement. Lefeua pris à la maison, à la cheminée. On sonne le tocsin, on crie aufeuquand lefeuest quelque part. Une petite bluette, une étincelle defeucause souvent une grande incendie. Il a fallu abattre ce corps de logis à cause que lefeugagnoit.Feuxd'artifice oufeuxde joïe, sont desfeuxfaits artistement avec de la poudre à Canon, qu'on tire dans les réjouïssances publiques, ou dans les régals magnifiques. Ils sont composez de fusées volantes, saucissons, petards, lances à feu, pots à feu, girandoles, &c. Et accompagnez pour l'ornement de plusieurs figures & devises. On fait à la gréve unfeude joïe la veille de la Saint Jean, on en fait aux naissances, entrées & mariages des Rois, dont les compositions se trouvent dans les pyrotecnies deHanzelet,Vanoccio,Malthus, & sur tout deCasimir simieirowies Polonnois, qui en a fait un excellent Livre in folio. On dit aussi au figuré qu'un homme fait desfeuxde joïe dans son cœur, quand il se réjouït secrettement dans son ame de quelque chose qui est arrivée.Feu,se dit souvent en termes de guerre. On voyoit lesfeuxde l'Armée, c'est à dire, lesfeuxqu'on allume la nuit dans un Camp. Les Armes àfeusont celles qu'on charge de poudre, comme pistolets, mousquets, fusils, carabines, canons, grenades, bombes & carcasses, on les appelle quelquefois bâtons àfeu. On dit desVilles prises d'assaut, qu'on y a mis tout àfeu & à sang. Lefeude la place, c'est le flanc, ou la partie de la courtine où aboutit la ligne de défense, d'où on a faitfeupour défendre la face du Bastion opposé: la meilleure façon de fortifier est celle qui donne plus defeu, en cet Assaut la courtine étoit toute enfeu, il falut soûtenir, essuyer le feu de cette demi-lune. Cette trenchée étoit en filée, exposée aufeude la place.Onappellefeu gregeoisunfeud'artifice qui brûle dans l'eau, qu'on dit avoir été inventé par Callinicus, vers l'an de grace 660. comme remarque le P. Petault fondé sur l'autorité de Nicetas & de Zonare: ce fut par son moyen que l'Empereur Constantin Pogonat ou Barbu défit les Agarennes ou Sarrasins qui le tenoient assiégé à Constantinople. Il est inextinguible, si ce n'est avec du sable, du vinaigre, ou des cuirs verds. Mais d'autres soûtiennent qu'il est plus ancien, & qu'il fut inventé par Marcus Gracchus: en effet il y a quelques Auteurs qui font mention que les Grecs & les Romains s'en sont servis dans leurs guerres, pour attaquer & défendre les Places & les Vaisseaux.On dit d'un homme brave & intrépide qu'il ne craint point lefeu, qu'il va aufeucomme à la nopce.Feu,signifie quelquefois simplement la lumiére d'une bougie, d'une chandelle, d'un flambeau. Dans les Villes policées il est défendu de marcher la nuit sansfeu, sans flambeau & sans lanterne. On demande dufeupour cacheter une lettre. Les fermes du Roi s'adjugent au premierfeu, au secondfeu, c'est à dire, à l'extinction de la premiére ou seconde bougie qu'on allume pendant les Enchéres. Il est défendu de pêcher, de chasser aufeu, c'est à dire, la nuit avec de la lumiére.Feu,en termes de Marine signifie le fanal ou lanterne, qui est sur la pouppe des Vaisseaux pour servir de guide la nuit. L'Amiral porte quatrefeux, fanal de quatrefeux. Le Vice-Amiral, le Contre-Amiral, & chef d'Escadre en portent chacuntrois, les autres Vaisseaux n'en portent qu'un; lefeusert aussi de signal pour régler la route, la voilure & la manœuvre: on le met en divers endroits & aux haubans de divers mats, suivant qu'il a été concerté entre les Officiers. On dit des grands vaisseaux qu'ils ne craignent que la terre & lefeu, un Corsaire qui craint la corde s'il est pris, met lefeuaux poudres & fait sauter le Vaisseau. On appelle aussifeux, ces fanaux qui sont allumez sur le haut d'une tour, sur la côte ou à l'entrée des Ports & des Riviéres pour éclairer & guider pendant la nuit les vaisseaux dans leur route.Feu,signifie quelquefois la cheminée. Il y a tant defeuxen cette maison, c'est à dire, tant de chambres àfeuou à cheminées, quelquefois il se dit dufeuactuel qu'on entretient dans un âtre. Il me faut 20. voïes de bois par an, car j'ai toûjours deuxfeuxjour & nuit; quelquefois il se dit des utenciles qui servent à attiser, détiser, entretenir & souffler lefeu, comme grille, pelle, pincettes, tenailles, soufflet. Unfeugarni d'argent.Feu.Se dit quelquefois aussi d'un ménage, de toute une famille, il y a tant defeuxen cette Paroisse. Le beaupere & son gendre ne font qu'unfeu, c'est à dire, vivent ensemble, ne font qu'un ménage: ce mot vient du latinfocus.Feu.En termes de Théologie, se dit desfeuximmateriels dont Dieu se sert pour punir les méchans. Lesfeuxd'Enfer, & du Purgatoiresont desfeuxinextinguibles qui brûlent les malheureux sans les consumer. Le monde doit périr par un deluge defeu. Sodome & Gomorre furent punis par lefeudu Ciel: ils avoient fait des crimes qui méritoient lefeu. Dieu apparut à Moïse sous la figure d'unfeuardent en un buisson, le S. Esprit descendit sur les Apôtres en langue defeu. Le Camp des Israëlites étoit guidé par une colonne defeu. Les Hebreux conservoient unfeusacré dans le Temple. Les Payens ont adoré lefeu. Les Vestales gardoient lefeusacré des Romains. Les Perses ont encore desfeuxqui brûlent depuis plus de mille ans sur des montagnes.Feu.Se dit aussi des Astres & des Méteores. Les Poëtes appellent tous les Astres lesfeuxdu firmament, lesfeuxde la nuit, des globes defeu. La Lune est un des moindresfeuxdu Ciel, lesfeuxfollets ou ardens sont des exhalaisons qui s'enflamment. On dit que le Ciel est tout enfeu, pour dire qu'il tonne & éclaire beaucoup. On appelle sur la mer lefeusaint Elme, certainsfeuxvolans autour des mâts & des manœuvres, & de la cage, causez apparemment par quelques exhalaisons qui restent aprés une tempête & qui en présagent la fin. Les Mariniers les appellent saint Nicolas, sainte Claire, sainte Helene. Les Italienshermo, les Castillanssan Elmo, les AnciensCastor&Pollux: quand il n'en paroît qu'un on l'appellefurolleouhelene, ce qu'on tient de mauvais présage, quand il en paroît deux les Mariniers s'en réjouïssent & les saluent avec leurs sifflets.Feu.Se dit aussi en Médecine & en Chirurgie. Lefeusaint Antoine étoit autrefois une maladie fort dangereuse. Lefeuvolage est une espece de dartre qui s'enflamme & qui vient sur tout au visage.On ôte le vin aux malades de crainte de mettre lefeudans une playe, d'augmenter lefeude la fiévre. L'Arsenic met lefeudans la bouche, dans les entrailles. Il y a des playes qui ne se guérissent qu'avec lefeu. Lefeuactuel est un bouton defeu, un fer chaud. Unfeupotentiel est celui qui est enfermé dans les remédes caustiques comme les cauteres, & en quelques minéraux ou plantes corrosives. On dit aussi donner lefeuà un Cheval, quand on lui applique un bouton ou un couteau defeupour le guérir du farcin ou de quelques autres maladies.Feu.Se dit en termes de Lapidaires, de l'éclat, de la vivacité de quelque corps, de la lumiére qu'il jette ou qu'il refléchit. Un Diamant fin jette bien dufeu, de l'éclat. L'Escarboucle est une pierre imaginaire qu'on dit jetter assez defeupour éclairer une chambre. Des yeux vifs & brillans jettent dufeu. Les vers luisans, la pierre de Boulogne, le phosphore la nuit jettent dufeu. On appelle couleur defeuun rouge vif & foncé qui a l'éclat dufeu.Feu.Se dit aussi de certains poils roux qui viennent autour des yeux des petits Chiens, qui les font beaucoup estimer par ceux qui en sont curieux.Feu.Se dit figurément en choses spirituelles & morales de la vivacité de l'esprit, de l'ardeur des passions. Cet Avocat a bien dufeu, c'est un esprit tout defeu. Ce Poëte n'a point de genie, il n'eut jamais defeu. Lefeubrille par tout dans ses écrits. Il a l'ame échauffée d'un beaufeu, d'un noblefeu.On dit d'un homme en colere qu'il a les yeux tout enfeu, que lefeului a monté au visage, qu'il jettefeu & flammes, qu'il lui faut laisser jetter sonfeu. On dit aussi d'un homme amoureuxqu'il brûle d'un beaufeu, qu'il nourrit unfeudiscret, unfeucaché sous la cendre, unfeuqui le devore. La bonne morale veut qu'on éteigne lefeude la concupiscence. On dit aussi brûler d'unfeudivin, d'unfeuceleste, d'un amour divin. On dit en ce sens qu'il faut laisser passer lefeude la jeunesse, ses emportemens. Lefeuse dit aussi du courage. On a du mal à soûtenir le premierfeu, la premiére impetuosité des François.Feu.Se dit aussi des troubles, des séditions. Pendant les Guerres des Huguenots tout le Royaume étoit enfeu. Des Prédicateurs séditieux mettoient lefeupar tout, le Roi a éteint enfin lefeude la sédition. Quand on use en ces occasions de remédes violens, on dit qu'il y faut appliquer le fer & lefeu.On dit au lansquenet que le premier Roi qui viendra ferafeu, pour dire qu'il fera gagner ou perdre quelque coup notable.Feu.Se dit proverbialement en ces phrases. Unfeuà rôtir un bœuf, c'est un grandfeude reculée. On dit aussi il n'estfeuque de gros bois. On dit des débauchez qu'ils font grande chere & bonfeu. On dit aussi qu'un homme a mis lefeuà la cheminée, pour dire qu'il a mangé des viandes trop salées & trop épicées, & qu'il s'est mis le gosier, le palais enfeu. On dit aussi c'est unfeude paille, d'une émotion qui ne dure pas long-temps, d'une entreprise qu'on n'achevera point. On dit aussi faire dufeuviolet pour dire faire quelque chose avec vigueur, ou éclat, à cause que lefeude bois vert qui est le plus violent tire sur le violet. On dit encore le bois tortu fait lefeudroit. On dit d'un homme qui s'enfuit fort vîte, qu'il court comme s'il avoit lefeuau cul. On dit de deux personnes ennemies qui ne se sçauroient souffrir,que c'est lefeu& l'eau. On dit aussi dites-lui cela & vous allez chauffer au coin de sonfeu, pour dire allez lui reprocher cela en face. On dit d'une maison qu'on trouve en desordre, qu'il n'y a ni pot aufeu, ni écuelles lavées. On dit d'un homme fort pauvre qu'il n'a nifeuni lieu, quand il n'a aucune retraite, aucune demeure assurée. On dit de celui qui n'a point voyagé, ni n'a point vû le grand monde, qu'il n'a jamais bougé du coin de sonfeu. On dit faire mourir quelqu'un à petitfeu, pour dire le faire languir dans une longue attente d'une chose dont il a besoin. On dit que lefeune va point sans fumée, pour dire qu'il paroît toujours quelque signe au dehors d'une violente passion qu'on a dans l'ame, & qu'il y a toûjours quelque chose de vrai de ce qu'on dit publiquement. On dit encore mettre les fers aufeu, en parlant d'une affaire, pour dire commencer à la remuer, ou s'y appliquer vigoureusement. On dit aussi, que lefeuest à une marchandise, pour dire, qu'il y a presse à l'acheter qu'on y court comme aufeu. On dit mettre lefeuaux étouppes, mettre lefeuaux poudres, jetter de l'huile sur lefeu, mettre lefeusous le ventre à quelqu'un: pour dire l'exciter, l'encourager à faire quelque action, à laquelle il étoit déja porté d'ailleurs, animer sa colére, sa passion. On dit, qu'un homme se mettroit aufeupour son ami, pour dire qu'il est prêt de le servir dans les choses les plus difficiles; & qu'il mettroit sa main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il est trés-assuré: ce proverbe se dit par allusion à une coûtume qu'on avoit autrefois, de se purger d'une accusation par l'attouchement du fer chaud. Cunegonde femme de l'Empereur Henri de Baviére se purgea du soupçon que son mari avoit contreelle, en marchant les pieds nuds sur 12 socs de charruë ardens.Feu.Feuë. Subst. terme indéclinable dont on se sert en parlant des défunts, dont la mémoire est encore assez récente. LefeuRoi se dit du Roi dernier mort; la feuë Reine.Feumon pere, mon oncle. Les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurierfurenten parlant de deux personnes conjointes & décedées, ce qui marque que ce mot vient defuit& defuerunt, néanmoins, Ménage prétend avec quelque apparence qu'il vient defunctus, au lieu defato functus.S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionnaire de l'Academie, le Lecteur n'en doit pas être surpris, puisque c'est le même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est écrite de sa main peut faire foi. Ce mot qui apparemment se fera distinguer des autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui lui est fait de n'avoir pas voulu communiquer ses lumiéres à la compagnie, puis qu'il n'en a pas été chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir.Fiefs. m.Terre, Seigneurie, ou droits qu'un Seigneur dominant donne à un vassal à la charge de foi & hommage avec quelques redevances. Les fiefs n'étoient point connus dans le droit Romain, mais ils sont établis dans toutes les Coûtumes de France, & plusieurs tiennent qu'ils sont venus des Lombards. Pasquier soûtient le contraire & prouve par un passage d'Aimoin qu'ils étoient en usage en France dés le temps de Clovis. On possede enfiefnon seulement des heritages, mais des droits incorporels, comme dîmes, champarts & autres redevances & même des Offices & dignitez. Ce mot est dérivé selon quelques-uns defœduscomme venant d'un traité & d'une Alliance faite avec le Seigneur; lesautres defides, à cause de la foi qu'on est obligé de porter & de garder à celui dont on releve; Bodin tient que le motfedumlatin vient par la contraction de ces lettres initiales,fidelis ero domino vero meo, qui est une ancienne formule de la foi & hommage; Nicod tient qu'il vient defeloAllemand signifiant la même chose; d'autres defodenqui signifienourrir, ou du saxonfeodqui signifiestipendium, lefiefétant une espéce de prébende pour vivre; on a commencé de se servir de ce mot sous Charles le Gros. Fiefdominantest celui à qui on doit foi & hommage;fiefservant, celui qui releve d'un autrefief, ou qui n'a sous soi que des rotures.Unfief en nuesseou deHautbert, est celui qui reléve de la Couronne nuëment & immédiatement, ce qu'on appelle aussi denud à nud, qui tient du Roi sa Seigneurie en pleinfief, ce qu'on appelle aussi fiefchevel. Fiefnoble, est celui qui est tenu en plein hommage, ou en pairie, ou en plein lige, où il y a Justice, Maison ou Château notable, motte, fossez ou autres signes de noblesse & d'ancienneté, on appelle les autresfiefsruraux & non nobles qu'on appelle quelquefoisfiefs restraintsouabregez. On a appelé aussifiefs roturiers, des mairies, &fiefs boursiersouboursaux, desfiefsacquis de bourse roturiére qu'on appelle en plusieurs lieuxcoûtumiére; les portions defiefqui appartiennent aux aînez s'appellent aussiBourseauxen la Coûtume du grand perche. Franc fief, cette épithete est donnée auxfiefs, parce qu'ils ne doivent être tenus que par des personnes franches & nobles de race ou annoblies, qui sont franches libres & exemptes de tailles, aides & subsides, & on appellefrancs fiefs & nouveaux acquets, la taxe qu'on fait tous les 30 ou 40 ans sur les roturiers, les Eglises, lesCommunautez & gens de main morte pour lesfiefsqu'ils tiennent, ou qu'ils ont acquis de nouveau, qui ne sont point amortis, afin qu'ils ne soient point obligez d'en vuider leurs mains; cette taxe se fait sur le pied du revenu de six années à l'égard desfiefsqui sont tenus du Roi nuëment, & de trois ans à l'égard de ceux qui n'en relevent qu'enarriére fief.Pied de fiefest un fief dépecé & démembré dont il est fait souvent mention en la Coûtume de Tours.Fief dedangerest celui dont on ne peut prendre possession qu'aprés avoir fait la foi & hommage, & qu'on ne peut aliener sans le congé du Seigneur, autrement il est confisqué.Il y a desfiefsà vie, d'autres qu'on appellefiefs mortsqui sont des heritages tenus à rente seche, qui ne portent point de profit de cens, ni de rente fonciére. On dit, qu'un Seigneur de son domaine fait sonfiefquand de son pleinfiefil en donne une partie à un vassal pour en faire unarriére fief, & au contraire, que de sonfiefil fait son domaine, quand il y réünit unarriére fief, ou quand il le retire par puissance defief. Il y a aussi desfiefsen régale, ou des fiefs de dignité comme étoit autrefois la charge de Connêtable que le Roi donnoit enfief, & dont on lui faisoit foi & hommage.Fiefen l'air, c'est unfiefqui n'a point de Château ou principal manoir où les tenanciers soient obligez de venir faire les devoirs & payer les droits.Profit defief, se dit des droits Seigneuriaux, comme quints & requints, rachats, laods & ventes qui se payent à chaque mutation des heritages oufiefsservans quand lefiefest ouvert ou vacant. On dit aussi qu'un Seigneur peut se joüer de sonfief, pour dire le démembrer.Puissance defief, est un droit Seigneurial qui donne pouvoir à un Seigneur de retirer & de prendre un heritage dépendant de lui, pour le même prix qu'il est vendu à un étranger, & non lignager de celui qui vend, ou du vassal.Commise defief, c'est la dénégation que fait un vassal de tenir unfiefde son Seigneur, ce qui en emporte confiscation, d'où est venu ce proverbe quifiefnie, oufiefrogne, perd son fief.Arriérefief, est unfiefrelevant d'un autrefief, lequel en a encore un autre au-dessus de lui.Fieffer.v. act.donner enfiefune terre, un droit à la charge de foi & hommage, & de quelque redevance.Fieffé, ée.part.un Officier, un Sergentfieffé, sont ceux qui dépendent d'unfief. Il y a quantité d'Officesfieffez& hereditaires. On a appellé Tailleurfieffé, celui qui tenoit en foi & hommage du Roi le pouvoir de tailler les monnoyes de France. On dit aussi par injure & exaggeration, un coquinfieffé, une coquettefieffée, de ceux qui font profession d'être malhonnêtes gens ou qui sont galantes de profession.FOYERs. m.l'âtre de la cheminée d'une chambre où on fait le feu. Les Penates des anciens étoient appellez les Dieux desfoyers. Ce mot vient du latinfoculare. Ménage.
EAU.s. f.C'est le troisiéme des quatre anciens Elemens, qui est froid & humide par sa nature: ce nom se donne à tous les corps clairs & liquides qui coulent sur la terre, commeeaude mer, de riviére, de fontaine, d'étangs, de sources, de cîternes, de puits. Cela est clair commeeaude roche. Thalés soûtenoit que l'eauétoit le principe de tous les corps, & cette opinion a été renouvellée en nos jours parRobert Flud, qui en a fait un sistême compris en plusieurs volumes. Ce mot est dérivé du Latinaqua, d'où on a fait premiérementaiguë, témoinaiguës mortes,aiguë perse,aiguë belette; en suite on a ditayve&ayau, qu'on dit encore en quelques lieux, dont enfin on a faiteau. Borel dit que ce mot vient du vieux gauloisavenouavon, qui signifioit autrefois riviere, d'où sont venus les noms des VillesGandavum,Genabum, & autres.
On dit en général aller pareau, pour dire naviger, voyager sur la mer, sur les lacs, & sur les rivieres. Passer l'eau, c'est à dire, de l'autre côté de la riviere. Leseauxsont débordées, sont cruës.
On dit qu'une chose ne sent que l'eau, quand elle n'a ni sel, ni saveur. Jeûner au pain & à l'eau. On a observé que l'eaud'une fontaine est d'un autre poids à sa source qu'à quelque distance de là, & qu'aprés son dégel elle est d'un autre poids qu'elle n'étoit auparavant. Une pinte d'eaudu Gange est plus legere d'une once, que quelque autreeauque ce soit: le Mogol n'en boit point d'autre, en quelque lieu qu'il se trouve.
Eauen particulier se dit de la pluye. Ce nuage épais nous menace d'eau; il tombe de l'eau; une ondée d'eau.
L'Ecriture distingue leseauxqui sont au dessus du Firmament, & celles qui sont au dessous; ici le Firmament est pris pour l'air. L'Esprit de Dieu étoit porté sur leseaux.
Eau,en termes de Théologie, se dit premiérement de celle avec laquelle on baptise. Le pécheur est régénéré par leseauxdu Baptême, par leseauxde la grace.
Eaubenîte, est uneeauqui se fait dans l'Eglise avec certaines priéres, exorcismes, & cérémonies; on la prend à l'entrée & au sortir de l'Eglise. L'eaubenîte de Pâques est celle qu'on préparoit autrefois, seulement pour baptiser les enfans. Celle de la Pentecôte & celle qu'on fait tous les Dimanches sert pour la dévotion, pour effacer les péchez veniels, chasser les démons, préserver du tonnerre, &c.
On appelle aussieaubenîte, cette cérémonie & ces priéres qui se font les Dimanches avant la grande Messe pour benir l'eau, comme voilà l'eaubenîte qui sonne.
Dans le Livre des Nombres il est fait mention d'uneeau, qui servoit à éprouver si une femme étoit adultere. Chez nos Anciens on faisoit la preuve des crimes par l'immersion du corps, oudu bras dans de l'eauchaude, ou dans de l'eaufroide avec plusieurs cérémonies Ecclesiastiques; ce qui a encore lieu chez plusieurs Nations. Voyez Preuve.
En dévotion il y a de l'eaude S. Clair qui guérit du mal des yeux, de l'eaude sainte Geneviefve qui guérit la fiévre. Chez les Payens on appelloit l'eaulustrale, uneeauqu'ils préparoient avec plusieurs cérémonies à leur mode.
Eauen termes de Physique, se dit aussi des humiditez qui sortent des corps, comme de l'urine & de la sueur. Il est allé faire de l'eau, lâcher de l'eau, un filet d'eau; il ne peut tenir soneau. Cette course, cet accés de fiévre l'a mis tout eneau. On le dit aussi de l'eauqui est enfermée dans quelque bube ou vessie, ou entre cuir & chair qui forme l'hydropisie. Il a vuidé quantité d'eaux. Il lui est tombé deseauxsur les jambes; ce qui se dit plus ordinairement des chevaux, quand il leur tombe de mauvaises humeurs sur le boulet & le paturon. On dit fondre eneau, pour dire pleurer abondamment.
En termes de Marine on dit faire de l'eau, pour dire faire aiguade, faire ses provisions d'eaudouce au milieu d'un voyage de long cours. Ce Navire faiteau, c'est à dire, que l'eauentre dans le Navire par quelque ouverture, ou voye d'eau. Ce Vaisseau tire tant d'eau, pour dire enfonce dans l'eaude tant de pieds. Il faut attendre le vif de l'eau, ou la hauteeau, pour dire la pleine marée: on dit au contraire basseeau, oueaumorte dans le reflus, lors que la marée est basse, & que la mer refoule. Leseauxvives régnent trois jours devant & trois jours après la nouvelle ou pleine Lune. Leseauxmortes viennent aprés les six jours qu'ont occupé leseauxvives. Ce Vaisseau alloit à fleur d'eau, c'est à dire, n'avoit guéres de bordhors de l'eau. Ce Navire étoit percé à l'eau, c'est à dire, dans les œuvres vives, ou qui plongent dans l'eau. On dit aussi qu'un Navire est sur l'eaud'un autre, pour dire qu'il suit son cours, son sillage. On dit aussi mettre un Navire à l'eau, le pousser à l'eau, quand du chantier où il étoit pour le bâtir ou le radouber on le pousse dans la mer. Des courans d'eau, ce sont des mouvemens d'eauimpetueux, qui se trouvent le long des côtes ou détroits, & qui naissent de leurs sinuositez. Le courant de l'eau, ou le fil de l'eause dit seulement de l'endroit des riviéres où l'eauest la plus forte. On appelle aussi chef d'eaula haute marée, & dans la bonasse on dit que l'eauest platte & courtoise.
On dit en termes d'hydrauliques conduire leseaux, pour dire les enfoncer dans des tuyaux ou canaux & élever leseauxpar des machines, comme par des pompes qui l'élevent par aspiration jusqu'à trente-deux pieds, ou par compression en pressant l'eaupour l'élever si haut qu'on veut, parce que l'eaune se condense jamais. Faire un jet d'eau, c'est élever l'eau& la faire jaillir en l'air. Un boüillon d'eau, est celui qui ne s'éleve guéres au dessus du tuyau. Une chute d'eauou cascade. Une nappe d'eause dit, quand l'eaus'étend comme une nappe sur une pierre d'où elle tombe. Un Soleil d'eau, quand les jets se distribuent en rayons. Une verge d'eau, quand il y a grand nombre de tuyaux prés l'un de l'autre qui jettent de l'eauensemble. Un berceau d'eau, quand il y a des jets d'eauà droit & à gauche qui se courbent en arc par dessus la tête. Un rond d'eau, un réservoir d'eau, ou un regard, un pouce d'eau.Bernard Palissi,Jacques Buffon,Serlio&le théatre d'Agriculture, ont écrit de l'art de conduire leseaux, de trouver des sources & des fontaines.
En Medecine on appelleeauxcordiales, certains remédes qui confortent le cœur.Eauxminerales, celles qui servent de reméde, & qui ont contracté quelque vertu en passant à travers des mineraux, comme alun, vitriol, soulfre. Leseauxde Bourbon, de Forges, de Spa, de Pougues; & on dit absolument il est allé auxeaux, on lui a donné leseaux.Eaupanée,eaubattuë, est celle où on a mis tremper du pain, ou qu'on a battuë, pour lui ôter sa crudité.Eauferrée, celle où on a atteint une bille d'acier rougie au feu. On dit aussi saigner le pied en l'eau.
Les Apothicaires font aussi deseauxcephaliques, ophthalmiques, thoraciques, stomachiques, hepatiques, spleniques, nephretiques, hysteriques, arthritiques, & autres contre plusieurs maladies, que l'on peut voir dans la Framboisiere & les dispensaires.
En termes de chymie on appelle aussieaux, les sucs qui se tirent par la distillation ou avec la force du feu, commeeaude senteur, de rose, de fleur d'orange, de naphte.Eaud'ange,eaude plantin.
Eauforte, oueauardente ou caustique, c'est de l'eauqui se fait par la distillation du vitriol seul, ou avec alun & salpêtre, qui est la base ordinaire deseauxfortes, ou avec d'autres sels mêlez ensemble, elle sert à graver & dissout tous les métaux: à la réserve de l'or, on l'appelle en Latinaqua stygia.
Eauphilosophique, oudes deux champions, est celle qui se fait avec du salpêtre & du sel armoniac.
Eauseconde, est l'eauforte qui a déja servi à la dissolution de quelques métaux, qui par ce moyen a perdu une partie de sa force.
Eaurégaleou dedépart, c'est de l'eauforte dans laquelle on a ajoûté en la faisant du sel commun, du sel gemme, ou du sel armoniac, laquelle ence cas dissout l'or sans toucher aux autres métaux; toutes ceseauxs'appellent aussimenstruësoudissolvantes.
Eaude la Reine de Hongrie, est une distillation qui se fait au bain de sable, des fleurs de romarin, mondées de leur calices sans aucune partie de l'herbe, dans de l'esprit de vin bien rectifié; on l'appelle ainsi à cause du merveilleux effet, qu'en ressentit une Reine de Hongrie à l'âge de 72. ans.
Eauimperiale, c'est de l'eaudistillée de noix muscade, écorce de citron, cloux de girofle, feüilles de laurier, d'hyssope, de thim, de marjolaine, de sauge, de romarin, de lavende, des fleurs d'orange, &c.
Eaustiptique, est celle qui est faite avec une dissolution de vitriol.
Eaudevie, c'est du vin qu'on fait distiller dans un matras au bain marie, ou à petit feu de flamme, & qu'on réduit environ à la sixiéme partie, le reste est une flegme insipide: on fait passer le col du matras en serpentant dans un tonneau d'eaufroide, pour le refroidir plûtôt; quand cetteeaude vie est distillée encore une fois & réduite à la septiéme partie, on a de l'esprit de vin, lequel étant derechef distillé, donne de l'esprit de vin rectifié.
Eaugommée, c'est celle qui se fait en y laissant tremper de la gomme arabique enfermée dans un morceau de linge: les femmes en font aussi pour gommer leurs cheveux, en y laissant tremper des pepins de coin.
Eaudeblanc d'œuf, c'est de l'eauqui se fait en foüettant bien le blanc d'œuf, ou bien en le faisant abreuver par une éponge plusieurs fois, & l'épreignant aussi-tôt, puis la faisant couler par le papier gris, c'est uneeaujaunâtre qui est la plus fine de toutes les colles.
Les Limonadiers font aussi deseaux, pour chatoüiller le goût, deseauxde cerise, de groseille, de frangipane, qui sont deseauxsuccrées & parfumées où on a mis des groseilles, des cerises, des parfums.
Eau,se dit aussi du suc de quelque fruit que ce soit: cette poire est de bonneeau.
En termes de Joüailliers on appelleeaul'éclat des perles & des diamans, qu'on suppose être faits d'eau. Cette perle est de belleeau: l'eaude ce diamant est trouble. Donner l'eauà un drap, c'est le lustrer, le calandrer. On dit aussi des cuirs quand ils sont à la tannerie, qu'on leur donne plusieurseauxpour les préparer.
En Astronomie on appelle un signe celeste, le verseur d'eauqui est l'onziéme à compter d'Aries.
Eaux,se dit au plurier en ces phrases: le grand Maître deseaux& forêts prend la qualité d'Enquêteur & de Réformateur deseaux& forêts. Les maîtrises particuliéres deseaux& forêts, la réformation générale deseaux& forêts, ce sont des Officiers, ou des Jurisdictions qui jugent des causes concernant leseaux& les forêts. Intendant deseaux, celui qui a soin de faire aller leseauxdes Maisons Royales.
Eau,se dit proverbialement en ces phrases. Un Medecin d'eaudouce, c'est à dire un mal-habile Medecin qui n'a pour reméde que de l'eaudouce. On dit qu'un homme a mis de l'eaudans son vin, pour dire qu'il est revenu de son emportement. Ses desseins vont à vau l'eau, pour dire ne réüssissent pas. L'eaului en vient à la bouche, pour dire cela lui donne l'envie d'en tâter. On dit d'un homme qui fait beaucoup de complimens ou de promesses, sur lesquelles il ne faut pas faire grand fondement, que c'est de l'eaubenîte de Cour, parce qu'on n'est point chiche de belles promesses à la Cour, non plus que d'eau benîteà l'Eglise. On dit d'un homme dont le mérite n'est point connu, qu'il faut qu'il fasse voir de soneau, pour dire qu'il fasse voir ce qu'il sçait faire. On appelle des gens de delà l'eau, des gens grossiers & mal instruits des nouvelles & des affaires du temps. Leseauxsont basses, pour dire qu'on n'a point de fonds, point d'argent en bourse. Suer sang &eau, pour dire faire un effort, ou un travail extraordinaire pour parvenir à quelque chose. On appelle un beuveur d'eau, un homme froid & incapable de grandes affaires. On dit faire venir l'eauau moulin, pour dire faire venir du profit, de l'argent à la maison. Nager en grandeeau, pour dire être en fortune, dans les grands emplois: il est heureux comme le poisson dans l'eau, pour dire il est en son élevement où il se plaît, ou il est bien.
Revenir sur l'eau, se dit d'un homme qu'on croyoit abîmé, & qui rétablit ses affaires, & r'entre dans le négoce. On dit aussi rompre l'eauà quelqu'un, pour dire apporter quelque obstacle à sa fortune, à ses affaires, ce qui se dit au propre des chevaux, qu'on oblige à boire à plusieurs reprises. On dit qu'un valet est allé à la bonneeau, pour dire qu'il est trop long-temps à revenir d'un message. Laisser courir l'eau, pour dire ne se pas soucier comment vont les affaires. Battre l'eau, pour dire travailler inutilement. On dit encore, tant va la cruche à l'eauqu'enfin elle se brise, pour dire qu'à la fin on périt dans les dangers, où on s'expose trop souvent. Nager entre deuxeaux, c'est à dire, être incertain quel parti ou opinion on doit suivre. Pêcher eneautrouble, c'est à dire, profiter du desordre du temps, du mauvais état d'une famille. On dit encore d'un hommemalheureux, qu'il se noyeroit dans un verre d'eau, d'un avare, qu'il ne donneroit pas un verre d'eau, qu'il ne donne rien du tout; d'un mélancolique & méchant, que c'est uneeaudormante, qu'il n'y a point d'eaupire que celle qui dort; d'un homme inutile, qu'il ne gagne pas l'eauqu'il boit.
Porter de l'eauà la mer, c'est à dire, donner à quelqu'un des choses dont il n'a déja que trop. C'est une goute d'eaudans une mer, c'est à dire, que ce qu'on met dans quelque chose ne la fait pas paroître davantage. Il n'y fera que de l'eautoute claire, pour dire qu'il ne réüssira pas en telle affaire. On dit de deux gemeaux, qu'ils se ressemblent comme deux goutes d'eau; de deux personnes qui se haïssent, que c'est le feu & l'eau; d'une affaire qui n'a point réüssi, tout s'en est allé eneaude boudin, ou à vau l'eau; d'un homme niais & innocent, qu'il ne sçait pas l'eautroubler. Tenir le bec en l'eau, c'est à dire, amuser long-temps une personne sans lui tenir ce qu'on lui fait esperer. On dit aussi d'un homme officieux, qu'il se mettroit dans l'eaujusqu'au cou pour servir ses amis; d'un homme qui se noye, que l'eauest entrée dans ses souliers par le collet de son pourpoint. On dit des enfans, qu'il les faut garder de feu & d'eau, jusqu'à sept ans. On dit encore ce crime est si grand, que toute l'eaude la mer ne suffiroit pas pour le laver; & au contraire il fait aussi peu de scrupule de cela, que de boire un verre d'eau. On dit aussi si on l'envoyoit à la riviere il ne trouveroit point d'eau, pour dire qu'il ne pourroit pas trouver les choses les plus communes. On dit aussi il passera bien de l'eausous les ponts entre ci & là, pour dire cela n'arrivera de long-temps. On dit aussi gare l'eaulà bas, quand on veut jetter par les fenêtres quoi que ce soit.
Eaubenîtier, termes d'Orfévres, ils nomment ainsi les vaisseaux d'argent qu'ils préparent pour mettre de l'eau benîte: ils doivent être contre-marquez au corps, au collet de pied & goupillon; à l'égard de la gorge, creux ou panache, quarré de pied ou anse, ils sont seulement marquez du poinçon du maître.
Ebe.s. f.terme de Marine, c'est le reflus de la mer, la basse marée ou l'eau morte, lors que la mer refoule & s'en retourne. Il est opposé au flot & au montant; on l'appelle autrementjussant.
ELECTUAIRE.s. m.terme de Pharmacie, c'est un médicament composé de poudres, ou d'autres drogues incorporées avec du miel & du sucre; il est ainsi nommé à cause que les parties qui le composent doivent être curieusement choisies, il est de consistance moyenne entre les opiates, les lenitifs & les confections; il y en a deux sortes, les mols sont en consistance d'opiate, & se font de trois onces de poudre sur une livre de miel écumé; les solides se font en forme de tablettes, où on met trois onces de poudre sur une livre de sucre clarifié, dissous en quelque liqueur & cuit en suite en perfection: sous les especes d'électuaireson met le mithridate, la theriaque, la confection Hamec, celle d'Akermes, le catolicon, le diaprunum, diaphœnicum, diacartami, diatragagant, &c. qui sont expliquez à leur ordre.
L'hierepicre de Galien, est mise aussi au rang desélectuaires; il y a unélectuairede citron qu'on nomme deGuy de Cauliac, fameux Chirurgien, qui l'a mis le premier en vogue, la benedicte de Nicolas, & autres.
ELIXIR.s. m.terme de Medecine, c'est une liqueur spiritueuse destinée à des usages internes, contenant la plus pure substance des mixtes choisis,qu'on lui a communiquée par infusion & maceration. Les esprits tirez des vegetaux, ou leurs eaux spiritueuses sont d'ordinaire la base deselixirs, & les menstruës dont on se sert pour dissoudre & retenir la vraye essence des médicamens, qui entrent dans leur composition. L'esprit de vin est l'elixir, le menstruë, le plus commode de tous. L'elixirapproche beaucoup de la nature des teintures.
Elixirdepropriété, est un reméde inventé par Paracelse, composé d'esprits de soulfre, d'aloës, de myrrhe, de safran, &c. dissous par un puissant dissolvant nomméalkaest. Crollius veut que cetelixirsoit le baume des Anciens, & contienne toutes les vertus du baume naturel.
Elixir,terme de chymie, c'est la substance la plus subtile interne & specifique de chaque corps, qui en est comme l'essence. Les charlatans abusent beaucoup de ce nom, & le donnent à plusieurs simples extraits pour vendre plus cher leurs drogues: on l'appelle autrementquinte-essence. Ménage tient que ce mot vient de l'Arabeelexir, qui signifie proprement fraction, à cause que l'elixira la force de rompre les maladies, & de rompre les métaux en les dissolvant: d'autres le dérivent avec plus d'apparence de l'Arabealechstro, qui signifie une extraction artificielle de quelque essence: d'autres veulent qu'il vienne du Grecelayon, &syro, comme une extraction d'huiles, qui est la partie essencielle des mixtes: d'autres enfin du verbe Grecalexeo, à cause du grand secours qu'on reçoit deselixirs. D'autres appellentelicsir, une prétenduë poudre qui convertit les métaux en or, qu'on appelle poudre de projection.
EOLIPILE.s. f.Terme des Hydraulyques. C'est une petite boule de fer ou de cuivre, ayant une queuë où il y a un fort petit trou pour la charger: on la chauffe pour rarefier l'air qui estdedans, & puis on la jette dans l'eau. Il y en entre autant qu'il faut pour remplir le vuide que laisse l'air condensé par la froideur de l'eau; & quand cette boule est derechef mise au feu, il en sort du vent, avec une impetuosité & une durée qui surprennent. On la nomme autrement poire à feu. C'est par la comparaison de ceséolipiles, que Descartes explique admirablement bien la cause naturelle des vents.
EPACTE.s. f.Terme de comput Ecclesiastique, c'est la difference de l'année Lunaire, qui n'est que de 354. jours d'avec l'année Solaire, qui est de 365. jours. Cette difference fait que les nouvelles Lunes reculent tous les ans d'onze jours. On trouve l'âge de la Lune en ajoûtant l'épactede l'année au nombre des jours du mois où on est, & au nombre des mois écoulez depuis celui de Mars. En observant aussi de retrancher trente jours quand ces trois sommes ajoûtées vont au-delà. Le cicle desEpactesest de dix-neuf ans, répondant au nombre d'or, ou cicle Lunaire, aprés lequel toutes les Lunations reviennent au même jour.
Eparer.v. n.Terme de manége, qui se dit d'un cheval qui détache des ruades, & qui nouë l'aiguillette; un cheval doit s'éparerde toute force à l'air des cabrioles.
Epanorthose.s. f.Terme de Réthorique, c'est une figure, par laquelle on corrige, ou on révoque ingenieusement ce qu'on avoit auparavant allegué.
EPHEMEREadj.Terme de Medecine, qui ne dure qu'un jour, il se dit en cette phrase, fiévreEphemere. La fiévreEphemeredes Anglois est une espéce de peste.
Ephemere.En termes de Botanique, est une flambe sauvage, ses feüilles sont semblables àcelles du lis, quoi que plus menuës, sa tige pareillement. Sa fleur est blanche & amére, sa graine est tendre, sa racine est grosse d'un doigt, longue, astringeante & odorante. Mathiole dit que l'Ephemeronde Dioscoride est lecolchicum, qui est un poison croissant au païs de Colchos, il est si dangereux qu'il fait mourir en moins d'un jour ceux qui en mangent, ce qui lui a donné ce nom d'Ephemere, & il ajoûte que ce n'est autre chose qu'un oignon blanc, que les Apothicaires appellenthermodactylus.
Ephemere,est aussi un petit animal qui ne vit que cinq heures, pendant lesquelles il naît, il étend ses membres, il paroît jeune, il change deux fois sa peau, il fait des œufs, jette des semences, vieillit & meurt. Aristote en a fait la description, & l'a ainsi nommé, parce qu'il ne dure qu'un jour. Il paroît vers la Saint Jean, c'est un insecte volant, qui naît à six heures aprés midi, & meurt à onze heures. Il est vrai toutefois qu'avant que d'avoir pris cette figure, il a vécu trois ans sous celle d'un verd au bord de l'eau, dans la vase, ou dans des trous qu'il y a creusé lui-même; il s'en trouve de deux ou trois pouces. Les pescheurs s'en servent pour appâter leurs hameçons. On a observé dans quelques-uns de ces insectes jusqu'à 7000. yeux semez par tout le corps, ils ne s'accouplent point, la femelle jette ses œufs, & le mâle les rend feconds en les couvrant de sa semence. Il ne prend aucun aliment depuis qu'il est changé, & il ne change que pour se multiplier. Aldrovandus, Jonston, & Clusius en ont écrit, mais bien plus incertainement que Swammerdam, qui en a fait les dissections & les observations avec le microscope. Il en est aussi parlé dans le recueil de Thevenot.
Ephemerides.s. f. plur.Terme d'Astronomie,ce sont des Tables calculées par des Astronomes, qui marquent l'état du Ciel tous les jours à midi, c'est à dire, le lieu où à midi se trouvent toutes les Planettes, & ce sont des Tables qui servent à dresser les horoscopes, ou themes celestes. LesEphemeridesd'Origan, de Kepler, d'Argolus, de Joannes Heckerus, &c. Jean Dominique Cassini a fait desEphemeridesdes Astres de Medicis, ou des satellites de Jupiter, qui servent à la découverte des longitudes.
Ephialtes.VoyezIncube.
EQUATION.s. f.Terme d'Astronomie, qui se dit de la maniére de réduire le temps ou les mouvemens inégaux du Soleil, à un temps ou à un mouvement égal & moyen. Le jour astronomique se compte depuis le départ du soleil d'un Méridien jusqu'à ce qu'il y retourne le jour suivant, c'est ce qu'on appelle le jour & le mouvement égal; mais parce que cependant le Soleil avance dans l'Eccliptique tantôt plus, tantôt moins à nôtre égard, selon qu'il est apogée, & perigée, & parce que les arcs de l'Ecliptique sont aussi inégaux à nôtre égard, à cause de l'obliquité de la sphere; c'est ce qui rend les jours inégaux. Il a donc fallu que les Astronomes, qui ont besoin d'un jour égal pour faire leurs supputations, trouvassent ce mouvement, ou temps moyen, & c'est ce qu'on appelleéquation, par laquelle on trouve 59. minutes & huit secondes qu'il faut ajoûter au vrai jour égal, pour faire ce moyen mouvement journalier. Jean Baptiste Morin a fait un beau traité deséquationsen son Livre des longitudes. Monsieur Huggens a donné une Table exacte de l'équationdes jours, pour régler les mouvemens des horloges à pendules, où on void combien ces horloges doivent avancer ou reculer en chaque jour de l'année, à cause de l'irrégularitédu mouvement du Soleil & de l'obliquité de l'Eccliptique.
Equation,en termes d'Algebre est la réduction de deux nombres heterogenes, ou de diverse nature à une même nature en valeur, pour les rendre égaux. L'équationse dit aussi de la connoissance juste de la partie qu'il faut ajoûter à deux nombres differens, pour les mettre dans l'égalité. La science deséquationsest la principale partie de l'algebre. L'équationse marque ainsi.
ECHELLE.s. f.Instrument qui sert à monter; il est composé de deux perches ou piéces de bois longues & legéres, traversées de pied en pied de menus bâtons qu'on nommeéchelons, sur lesquels on met les pieds l'un aprés l'autre pour monter. Jacob vit uneéchellepar où les Anges descendoient & montoient du Ciel en terre. Les soldats, les voleurs se servent d'échellespour surprendre les Villes, pour entrer dans les maisons par les fenêtres, par dessus les murs. Les Maçons se servent d'échellespour monter sur les échaffauts.
On fait aussi deséchellesde corde, de soye, qui se plient & qui sont portatives; on en fait aussi de brisées. Il y en a aussi de doubles, qui sont étenduës par le pied, qui servent aux Peintres. Il y en a d'autres pour la guerre qu'on transporte sur des rouës, & qui sont de diverses constructions, dont on void les figures dans la pyrotecnie de Hanselet.
Echelle,se dit aussi d'un méchant escalier qui est tout droit. Les escaliers de la Halle sont des échelles, sont droits comme deséchelles.
Echelle,se prend quelquefois pour le gibet, à cause qu'on monte avec uneéchelleceux qu'on pend à une potence; ainsi on dit celui-là a étécondamné à assister à l'execution, à avoir le foüet au pied de l'échelle: il a été long-temps sur l'échelleavant que d'être jetté. On coupe souvent des bourses au pied de l'échelle.
Echelle,se dit aussi d'un rang de nœuds de Ruban, que les femmes mettent par ornement le long de leur busque, à cause que cela ressemble à uneéchelle. Cette Dame avoit uneéchellede rubans de satin bleu.
Echelle.En termes d'Architecture & de Géographie, se dit d'une ligne divisée en parties égales, qui sert de mesure commune à toutes les parties d'un bâtiment, à la description des cartes topographiques. Pour sçavoir combien cet étage a de haut, il en faut prendre avec un compas la mesure sur l'échelle. On en use de même pour sçavoir combien il y a de lieuës, entre deux Villes marquées sur une carte.
Echelle,ou bâton de Jacob, en termes de Marine est un instrument en croix divisé en semblables parties égales, qui a été décrit ci-devant au mot d'Arbalête.
Echelle,est aussi un nom qu'on donne sur la Méditerranée, ou mer du Levant aux Villes de commerce. La France a ses Consuls, ses Magasins, ses Bureaux en toutes leséchellesdu Levant, aussi bien que la plûpart des autres Nations, à Smirne, à Said, à Alep, au Caire, &c. On appelle aussi ces places des Ports & Etapes. Ce mot vient d'escale, vieux terme de marine, qui signifieport de mer; qu'on trouve sur sa route, où on entre par occasion pour acheter quelques vivres, pour éviter la tempête ou les ennemis.
Echellecampanale, est une régle qu'ont les fondeurs pour proportionner la longueur, largeur, & épaisseur d'une cloche à son poids, & pareillement celle de son batail pour lui faire rendreun certain son, ils ont fait cetteéchellepar une longue experience, plûtôt que par une voye géometrique; elle est cependant curieuse, & on la trouve au sixiéme Livre de la Pyrotecnie de Biringuccio, & dans le Pere Mersenne; on l'appelle aussiBrochette,Bâton,Régle, &Diapason.
Echelle,est aussi un instrument de musique assez grossier, composé de douze bâtons enfilez ensemble & separez l'un de l'autre par des grains de chapelet; ils vont toûjours en diminuant depuis le grand qui a dix pouces jusqu'au plus petit qui en a trois, leur figure peut être ronde ou quarrée, ou en forme de prisme, ou de parallellepipede; on en jouë avec un petit bâton, dont une des extrêmitez est tournée en boule; quand cet instrument est bien touché, il rend une symphonie assez agréable.
On dit proverbialement qu'il faut tirer l'échelleaprés quelqu'un, pour dire qu'il n'y a rien à faire aprés lui, qu'il a épuisé la matiére, qu'il a appris tout ce qu'on en pouvoit sçavoir. On dit aussi qu'on punit comme voleurs, ceux qui tiennent le pied de l'échelle.
Echeler,v. act.Vieux mot, au lieu duquel on dit à presentescalader.
Echelette.s. f.espéce de petiteéchellequ'on attache sur le bast d'une bête de somme pour y accrocher de la viande, du foin, de la paille, &c.
Echelier.s. m.Est une piéce de bois traversée de longues & grosses chevilles, qui sert à monter au haut des gruës, des engins, & des estrapades, on l'appelle aussiRancher.
Echelon,s. m.petite piéce de bois qui traverse l'échelle: cetteéchelleavoit trente échelons.
Echelon,se dit figurément en choses morales. La qualité d'Avocat est unéchelonpourmonter à celle de Conseiller, de Maître des Requêtes. Il est monté d'unéchelon, d'un degré, il est avancé d'autant.
ECROU.s. m.piéce de bois, ou de fer, ou d'autre métail qui a un trou, relatif à la grosseur d'une vis, & qui sert à la serrer, ou à la retenir quand on la fait entrer dedans. Il faut que les vis de ce lit ayent été changées, elles ne peuvent entrer dans leursécrous.
En Mathematique on appelle le clou de l'alhidade l'écrou, ou le chevalet.
Ecrou.Est aussi l'acte d'emprisonnement d'une personne écrit sur le Registre de la geole. Il faut attacher sonécrouà la Requête d'élargissement, quand on est recommandé pour plusieurs affaires, ce sont autant d'écrous, quand on déclare un emprisonnement injurieux, tortionaire & déraisonnable, on ordonne que l'écrousera rayé & biffé. On disoit autrefoisécrouë.
Ecroüe.s. f.chez le Roi se dit des rolles ou états de la dépense de sa maison, qui se mettent dans des peaux de parchemin qu'on coud & qu'on attache les unes aux autres, dont on fait de gros rouleaux qui sont signez & arrêtez au Bureau par les Maîtres & Controlleurs de la maison du Roi. On le dit aussi des rolles que les Receveurs des tailles, ou des amendes baillent aux Sergens pour en faire le recouvrement, qui sont appellezécrouësdans plusieurs Edits.
On void dans la Chambre des Comptes uneécrouëdu Parlement tenu sous Louïs Hutin, qui contient la liste des Conseillers du Conseil étroit, des Maîtres des Requêtes, & autres Officiers.
Ecroüe,en plusieurs Coûtumes se dit de la déclaration, dénombrement & aveu d'heritages cottiers que le sujet donne à son Seigneur. Enl'Edit de l'établissement de l'Echiquier de Normandie, on appelleécrouësles écritures qui contiennent les faits & raisons des parties; où il est dit aussi que les Sergens doivent bailler leurs exploits parécrouës, c'est à dire, par écrit. Borel estime que ce mot vient d'écrit, ouécrire, parce qu'on a appellé aussiécrouëune quittance en faveur de celui qui a manié les finances; & on dit baillerécrouëà un Receveur de sa recepte, pour dire souder son compte.
Ecroüer.v. act.Charger un Geolier de la personne d'un prisonnier, en écrivant sur son registre par l'Officier qui l'arrête la cause pour laquelle il est emprisonné, & par quelle autorité, ou Ordonnance; il est défendu sévérement aux Geoliers de détenir qui que ce soit sans êtreécroüé. Cujas estime que ce mot vient du GrecEncrouo, c'est à dire,injicio: & Ragueau au contraire deEccroueinqui signifieextendere,liberare;missum facere.
Ecroüé,ée.part. pass. & adj.
Ecroüelles.s. f. pl.Terme de Medecine, ce sont des tumeurs sanguines faites aux parties glanduleuses, comme aux mammelles, aux aisselles & aux aînes. Elles sont presque toûjours enveloppées dans une membrane propre, engendrées de pituite gypsée, grosse & visqueuse. Lors qu'il s'y mêle de l'humeur mélancolique, elles s'échauffent & deviennent malignes, & font un ulcére corrosif & chancreux, qui ronge la substance des glandes; & quand cette humeur court par le corps, elle altére & pourrit les os où elle s'assied, alors c'est une maladie incurable par Art. Les Latins l'appellentscrophulædu motscropha, qui signifie une truye, & les Grecschoiradesdu mot Grecchoirosqui signifie un pourceau, parce que les pourceaux sont sujets à avoir ces tumeurssous la gorge, & ceux qui mangent de leur chair y ont aussi plus de disposition. Le Roi de France a le don de guerir desécroüelles, en touchant les malades.
Ecroüi.adj.Est un terme de monnoye qui se dit des piéces durcies à la sortie du moulin, & qu'il faut faire recuire.
Ecroulement,s. m.Eboulement de terres, d'édifices qui ne sont pas soûtenus.
Ecrouler,v. n.Vieux mot qui signifie s'ébouler. Aprés une vingtaine de volées de canon, tout le bastion s'écroula.
Ecrouter.v. act.Oter la croûte du pain, le couper mal proprement. On dégoûte les gens quand on écroute le pain.
Ecrouté.ée.part. & adj.
Ecrüe.adj.c'est une épithete qu'on donne aux soyes & aux toiles qui n'ont jamais été moüillées. Il est défendu aux tapissiers de doubler les tapisseries de toilesécrües, parce qu'elles se retirent. Les belles étoffes se font de soye cuitte, & les petites de soyecruëouécruë. Il est sévérement défendu de mêler la soye cuitte avec la soyeécruë. On dit aussi du filécru.
FANONs. m.le devant d'un bœuf, d'un taureau. Rampale dans ses Idiles a dit,la peau d'un gras fanon lui bat sur les genoux. Les Latins l'appellentPaleare.
Fanonen termes de manége se dit d'un gros toupet de poil ou de crin, qui vient au derriére du Boulet de plusieurs chevaux. Les chevaux de carrosse ont souvent de grosfanons.
Fanon,se dit aussi des barbes de Baleine, quipendent des deux côtez de la gueule de ce monstre: le cent pesant defanonsde Baleine a été réglé par Arrêt du Conseil à 67l. 10. sols: c'est ce qui sert à mettre dans le corps de juppe des femmes & à plusieurs sortes d'ouvrages, où on a besoin d'une matiére pliante & qui fasse ressort.
Fanonen termes de marine est un racourcissement du point d'une voile & particuliérement de celle d'Artimon, lors qu'on la trousse & ramasse avec des garcettes, pour prendre moins de vent. Cesfanonssont des bouts de corde divisez en plusieurs articles ou marticles attachez aux grandes voiles, qui les embrassent & serrent quand il est de besoin.
Fanonen termes d'Eglises signifie un manipule ou ornement sacerdotal, que les Prêtres, les Diacres & soûdiacres mettent au bras gauche en officiant: il est fait en forme de petite étole. Voyezmanipuleoù on a fait voir que c'étoit autrefois une espéce de mouchoir blanc, comme témoigne Durandus: son primitif estPannus, dont les Allemans ont faitfanus, parce qu'ils changent ordinairement le p. en f.
Fanonse dit aussi des deux pendants, qui sont au derriére de la Mître d'un Evêque, & aussi du bonnet ou de la Couronne de l'Empereur.
Fanon,en termes de blason est un large brasselet fait à la maniére dufanonde Prêtre pendant du bras droit, au lieu que celui du Prêtre pend du bras gauche: c'étoit autrefois une manche pendante qu'on portoit prés du poignet sur tout en Allemagne d'où ce nom nous est venu, parce que les Allemans appellentfanenune piéce de linge ou d'étoffe, & quelquefois une banniére, on l'appelle autrementDextrochere.
Fanonse prend aussi quelquefois pourgonfanon, voyezgonfanon; & en ce sens Borel le dérive dugrecphaino,appareo, parce qu'on le void de loin étant au bout d'une pique.
FAUCONs. m.Oiseau de leurre, qui a le plus beau vol & qui est le plus noble & le plus estimé entre les oiseaux de proye, c'est pourquoi il donne le nom à lafauconnerie, il a les pieds jaunes, la tête noire, & est semé sur le dos de plusieurs taches. Le bonfaucona la tête ronde, le bec court & gros, le col long, les épaules larges, les pennes des aîles subtiles & déliées, les cuisses longues, les jambes courtes, les pieds, ou mains longs, larges & grands: il y a desfauconsriviereux, d'autres champêtres propres à voler sur les riviéres ou les campagnes, en Latinfalco,triorches,buteo, & en généralaccipiter, qui est le nom de la meilleure espéce, qui l'a donné aux autres.
Fauconpelerin, est celui qui vient des païs lointains, dont on ne trouve point l'aire, qui est pris depuis le mois d'Octobre jusqu'en Janvier.
Faucongentil, de passage, qui vient des païs circonvoisins, le plus aisé à dresser, qui est pris en Août ou en Septembre; ce mot vient deGentilis.
Fauconniais, qui n'a jamais été à soi qui est pris au nid, ou dans le roc quand il est fort petit, on l'appelle aussifauconRoyal, parce qu'on l'éleve facilement.
Fauconsor, c'est un faucon qui a encore son premier plumage, les pennes du premier an.
Fauconhagard, c'est à dire,fier&bisarrecelui qui n'est plus sor quand on le prend, qui a mué ou changé de plumes, on l'appelle aussifaucon de repaire.
Fauconantanaireouantenaire, qui est pris au printemps avant la muë.
Fauconmuéen main d'homme se dit simplement dufaucon mué; quand il est mué des champs& puis pris au passage il se ditardoisé,madréoufleuri, hors de connoissance, & vieilfaucon.
Faucontagarot, c'est un oiseau fort long & flouet, d'une espéce particuliére, on l'apporte du côté d'Egypte.
FauconTartaret, qui vient de Tartarie, c'est un grand oiseau dit dehaute maille, appellé des Turcsfaucon sahin.
FauconsBalarins, qui viennent de Hongrie sont desfauconscommuns petits, de pennage brun avec la tête noire.
Fauconfamilleux, c'est un faucon famelic, ou sujet à la faim.
LeFaucon montanierest brun & hardi, & se doit entretenir entre gras & maigre.
Le FauconThunisien, qui vient de Thunis, nommé autrementalphanetdealpha, parce que les Grecs le mettent au premier rang des faucons. Il y a desfauconsqu'on appelle du Perou, & autrementneblies, qui volent plus haut que les autres, qui ont des serres fortes & une couleur tirant sur le noir.
Le gerfaut, le sacre, le lanier sont des espéces defaucons.
Faucon.Terme d'artillerie espéce de Canon qui a trois pouces de diamêtre & qui porte une livre & demie de balle.
Fauconneaus. m.piéce d'artillerie, qui tient le sixiéme rang entre les Canons, qui a six à sept pieds de long, & deux pouces de diamêtre, dont la balle pese environ une livre & demie, mais selon Hanzelet c'est une huitiéme de coulevrine qui a 35. calibres de long, qui tire deux livres & demie de fer avec deux livres de poudre, & le bâtard à 30. calibres, tire trois livres de fer avec autant de poudre.
Fauconneauchez les maçons, est la piéce debois la plus haute d'un engin à élever des fardeaux, elle porte les deux poulies par où passent les cables.
Fauconneries. f.l'art de dresser, d'affaiter, de gouverner, d'apprivoiser & d'assûrer les oiseaux de proye, Desparon a bien écrit de lafauconnerie.
Fauconneriese dit aussi de l'équipage de la chasse, qui se fait avec les oiseaux. Ce Prince aime lafauconnerie, il a beaucoup d'Officiers defauconnerie. Lafauconneriedu Roi est en tel endroit.
Fauconniers. m.affaiteur, ou apprivoiseur d'oiseaux, celui qui dresse & qui gouverne, ou qui a le soin des oiseaux de proye, des gants defauconnier. Le grand Seigneur entretient ordinairement six millefauconniers& le moins qu'il en ait eu c'est trois mille.
On appelle chez le Roi le grandfauconnier, l'officier qui a soin de toute sa fauconnerie.
On dit en termes de manége, monter à cheval enfauconnier, pour dire monter du pied droit.
Fauconnieres. f.poche ou bourse de fauconnier.
On appelle aussifauconniéreune espéce de Bissac de cuir ou double gibeciére qu'on porte à cheval & qu'on met des deux côtez de l'arçon de la selle, où on serre les menuës hardes nécessaires pour un voyage.
FEU.s. m.Element chaud & sec, qui entre en la composition de tous les corps naturels, & sur tout de ceux qui sont animez. Les anciens ont crû qu'il y avoit unfeuélementaire dans le concave de la Lune, ce qui est une pure vision établie sans fondement. Lefeun'est autre chose qu'une matiére fort subtile & violemmentagitée. Lefeuest le plus violent de tous les acides. Dans les forges on n'employe que dufeude Charbon, dans les Verreries que dufeude bois sec; dans les Chambres on allume dufeuclair, dufeude fagot quand on veut prendre l'air dufeu, une poignée defeu. Les pauvres font dufeude tourbes & de mottes. Les volcans sont de grands gouffres defeu, des feux soûterrains qui sortent de temps en temps. On fait dufeuavec des pierres, avec un fuzil. Aux Indes Orientales on en fait en frottant deux morceaux de bois de Candou l'un contre l'autre. Aux Occidentales avec un autre bois qu'on appelleTicaca, qui ressemble à la canelle & qui sert de fuzil. Mathiole dit que les Anciens avant l'invention de l'Acier, tiroient le feu d'un bois dur, frotté avec un bois tendre & spongieux, tel que le bois de la vigne sauvage.
Feu,en termes de Chymie, se dit des degrez de la chaleur, qui servent à en faire les operations. Ainsi les Chymistes appellentfeude digestion, le fumier qu'ils nomment autrement ventre de Cheval, dont la chaleur est telle qu'on ne sçauroit tenir la main dans le milieu d'un grand tas de fumier échauffé, ni souffrir dans la main une verge de fer qu'on y aura introduite & tenuë quelques momens. Le secondfeuest celui du bain vaporeux, du Bain marie, du Bain de cendre, du Bain de sable, du Bain de limaille & autres qui sont expliquez à Bain. Le troisiéme est lefeuordinaire qu'on applique sous le Vaisseau. Le quatriémefeuest lefeude Lampe qui est moderé & égal, qu'on peut augmenter par la grosseur & le nombre des méches qu'on allume, c'est celui qui sert aux Emailleurs. Le cinquiéme est lefeude Roüe qu'on allume en rond autour d'un Creuset,qu'on approche peu à peu autour du vaisseau également & pour l'échauffer. Le sixiémefeuest nommé de suppression, qui se donne lorsque non seulement on environne le vaisseau, mais aussi lors qu'on le couvre tout à fait de charbons allumez, dont on augmente la force suivant le besoin. Le septiémefeu, est celui de Reverbere clos, qui se fait dans un fourneau, où non seulement il frappe le vaisseau, mais encore il le refléchit & le refrappe par dessus & tout autour: il y a encorefeude Reverbere ouvert, qui se fait dans un fourneau qui n'a point de couverture. Le huitiémefeuest le feu de flame ou de fusion, qui se fait pour la fusion & calcination des Métaux & Mineraux, on l'appelle aussi feu d'atteinte. Le neuviémefeuest celui des grandes Verreries, qui sert à vitrifier les Cendres des plantes, les sables & les caillous, qui est plus violent que tous les autres.
Ondit mesurer lefeu, donner lefeupar degrez, pour dire le donner plus ou moins violent, en ouvrant ou fermant les registres ou trous du fourneau, & on l'appelle alors unfeugradué.
Oncroit aussi en Chymie qu'il y a unfeucentral qui cuit & produit les métaux & les mineraux qu'on nomme l'Archée. On dit aussi qu'on éprouve les métaux par lefeu, qu'il faut qu'ils souffrent lefeu, pour dire la coupelle: en d'autres occasions on dit qu'il faut qu'ils passent par lefeu, sur lefeu, pour les purger du mauvais air.
Ona vû ces derniéres années quelques Charlatans à Paris qui ont mangé dufeu, qui ont marché sur lefeu, qui ont lavé leurs mains de plomb fondu; ce qui n'est pas un secret nouveau, puis qu'Ambroise Paré dit avoir éprouvélui-même, qu'aprés avoir lavé ses mains de son urine, ou bien avec de l'unguentum aureum, on les peut laver seurement de plomb fondu. Il dit aussi qu'il fit distiller du lard fondu avec une pelle rouge sur ses mains, aprés les avoir lavées avec dujus d'oignon.
Feu,signifie aussi incendie, embrasement. Lefeua pris à la maison, à la cheminée. On sonne le tocsin, on crie aufeuquand lefeuest quelque part. Une petite bluette, une étincelle defeucause souvent une grande incendie. Il a fallu abattre ce corps de logis à cause que lefeugagnoit.
Feuxd'artifice oufeuxde joïe, sont desfeuxfaits artistement avec de la poudre à Canon, qu'on tire dans les réjouïssances publiques, ou dans les régals magnifiques. Ils sont composez de fusées volantes, saucissons, petards, lances à feu, pots à feu, girandoles, &c. Et accompagnez pour l'ornement de plusieurs figures & devises. On fait à la gréve unfeude joïe la veille de la Saint Jean, on en fait aux naissances, entrées & mariages des Rois, dont les compositions se trouvent dans les pyrotecnies deHanzelet,Vanoccio,Malthus, & sur tout deCasimir simieirowies Polonnois, qui en a fait un excellent Livre in folio. On dit aussi au figuré qu'un homme fait desfeuxde joïe dans son cœur, quand il se réjouït secrettement dans son ame de quelque chose qui est arrivée.
Feu,se dit souvent en termes de guerre. On voyoit lesfeuxde l'Armée, c'est à dire, lesfeuxqu'on allume la nuit dans un Camp. Les Armes àfeusont celles qu'on charge de poudre, comme pistolets, mousquets, fusils, carabines, canons, grenades, bombes & carcasses, on les appelle quelquefois bâtons àfeu. On dit desVilles prises d'assaut, qu'on y a mis tout àfeu & à sang. Lefeude la place, c'est le flanc, ou la partie de la courtine où aboutit la ligne de défense, d'où on a faitfeupour défendre la face du Bastion opposé: la meilleure façon de fortifier est celle qui donne plus defeu, en cet Assaut la courtine étoit toute enfeu, il falut soûtenir, essuyer le feu de cette demi-lune. Cette trenchée étoit en filée, exposée aufeude la place.
Onappellefeu gregeoisunfeud'artifice qui brûle dans l'eau, qu'on dit avoir été inventé par Callinicus, vers l'an de grace 660. comme remarque le P. Petault fondé sur l'autorité de Nicetas & de Zonare: ce fut par son moyen que l'Empereur Constantin Pogonat ou Barbu défit les Agarennes ou Sarrasins qui le tenoient assiégé à Constantinople. Il est inextinguible, si ce n'est avec du sable, du vinaigre, ou des cuirs verds. Mais d'autres soûtiennent qu'il est plus ancien, & qu'il fut inventé par Marcus Gracchus: en effet il y a quelques Auteurs qui font mention que les Grecs & les Romains s'en sont servis dans leurs guerres, pour attaquer & défendre les Places & les Vaisseaux.
On dit d'un homme brave & intrépide qu'il ne craint point lefeu, qu'il va aufeucomme à la nopce.
Feu,signifie quelquefois simplement la lumiére d'une bougie, d'une chandelle, d'un flambeau. Dans les Villes policées il est défendu de marcher la nuit sansfeu, sans flambeau & sans lanterne. On demande dufeupour cacheter une lettre. Les fermes du Roi s'adjugent au premierfeu, au secondfeu, c'est à dire, à l'extinction de la premiére ou seconde bougie qu'on allume pendant les Enchéres. Il est défendu de pêcher, de chasser aufeu, c'est à dire, la nuit avec de la lumiére.
Feu,en termes de Marine signifie le fanal ou lanterne, qui est sur la pouppe des Vaisseaux pour servir de guide la nuit. L'Amiral porte quatrefeux, fanal de quatrefeux. Le Vice-Amiral, le Contre-Amiral, & chef d'Escadre en portent chacuntrois, les autres Vaisseaux n'en portent qu'un; lefeusert aussi de signal pour régler la route, la voilure & la manœuvre: on le met en divers endroits & aux haubans de divers mats, suivant qu'il a été concerté entre les Officiers. On dit des grands vaisseaux qu'ils ne craignent que la terre & lefeu, un Corsaire qui craint la corde s'il est pris, met lefeuaux poudres & fait sauter le Vaisseau. On appelle aussifeux, ces fanaux qui sont allumez sur le haut d'une tour, sur la côte ou à l'entrée des Ports & des Riviéres pour éclairer & guider pendant la nuit les vaisseaux dans leur route.
Feu,signifie quelquefois la cheminée. Il y a tant defeuxen cette maison, c'est à dire, tant de chambres àfeuou à cheminées, quelquefois il se dit dufeuactuel qu'on entretient dans un âtre. Il me faut 20. voïes de bois par an, car j'ai toûjours deuxfeuxjour & nuit; quelquefois il se dit des utenciles qui servent à attiser, détiser, entretenir & souffler lefeu, comme grille, pelle, pincettes, tenailles, soufflet. Unfeugarni d'argent.
Feu.Se dit quelquefois aussi d'un ménage, de toute une famille, il y a tant defeuxen cette Paroisse. Le beaupere & son gendre ne font qu'unfeu, c'est à dire, vivent ensemble, ne font qu'un ménage: ce mot vient du latinfocus.
Feu.En termes de Théologie, se dit desfeuximmateriels dont Dieu se sert pour punir les méchans. Lesfeuxd'Enfer, & du Purgatoiresont desfeuxinextinguibles qui brûlent les malheureux sans les consumer. Le monde doit périr par un deluge defeu. Sodome & Gomorre furent punis par lefeudu Ciel: ils avoient fait des crimes qui méritoient lefeu. Dieu apparut à Moïse sous la figure d'unfeuardent en un buisson, le S. Esprit descendit sur les Apôtres en langue defeu. Le Camp des Israëlites étoit guidé par une colonne defeu. Les Hebreux conservoient unfeusacré dans le Temple. Les Payens ont adoré lefeu. Les Vestales gardoient lefeusacré des Romains. Les Perses ont encore desfeuxqui brûlent depuis plus de mille ans sur des montagnes.
Feu.Se dit aussi des Astres & des Méteores. Les Poëtes appellent tous les Astres lesfeuxdu firmament, lesfeuxde la nuit, des globes defeu. La Lune est un des moindresfeuxdu Ciel, lesfeuxfollets ou ardens sont des exhalaisons qui s'enflamment. On dit que le Ciel est tout enfeu, pour dire qu'il tonne & éclaire beaucoup. On appelle sur la mer lefeusaint Elme, certainsfeuxvolans autour des mâts & des manœuvres, & de la cage, causez apparemment par quelques exhalaisons qui restent aprés une tempête & qui en présagent la fin. Les Mariniers les appellent saint Nicolas, sainte Claire, sainte Helene. Les Italienshermo, les Castillanssan Elmo, les AnciensCastor&Pollux: quand il n'en paroît qu'un on l'appellefurolleouhelene, ce qu'on tient de mauvais présage, quand il en paroît deux les Mariniers s'en réjouïssent & les saluent avec leurs sifflets.
Feu.Se dit aussi en Médecine & en Chirurgie. Lefeusaint Antoine étoit autrefois une maladie fort dangereuse. Lefeuvolage est une espece de dartre qui s'enflamme & qui vient sur tout au visage.On ôte le vin aux malades de crainte de mettre lefeudans une playe, d'augmenter lefeude la fiévre. L'Arsenic met lefeudans la bouche, dans les entrailles. Il y a des playes qui ne se guérissent qu'avec lefeu. Lefeuactuel est un bouton defeu, un fer chaud. Unfeupotentiel est celui qui est enfermé dans les remédes caustiques comme les cauteres, & en quelques minéraux ou plantes corrosives. On dit aussi donner lefeuà un Cheval, quand on lui applique un bouton ou un couteau defeupour le guérir du farcin ou de quelques autres maladies.
Feu.Se dit en termes de Lapidaires, de l'éclat, de la vivacité de quelque corps, de la lumiére qu'il jette ou qu'il refléchit. Un Diamant fin jette bien dufeu, de l'éclat. L'Escarboucle est une pierre imaginaire qu'on dit jetter assez defeupour éclairer une chambre. Des yeux vifs & brillans jettent dufeu. Les vers luisans, la pierre de Boulogne, le phosphore la nuit jettent dufeu. On appelle couleur defeuun rouge vif & foncé qui a l'éclat dufeu.
Feu.Se dit aussi de certains poils roux qui viennent autour des yeux des petits Chiens, qui les font beaucoup estimer par ceux qui en sont curieux.
Feu.Se dit figurément en choses spirituelles & morales de la vivacité de l'esprit, de l'ardeur des passions. Cet Avocat a bien dufeu, c'est un esprit tout defeu. Ce Poëte n'a point de genie, il n'eut jamais defeu. Lefeubrille par tout dans ses écrits. Il a l'ame échauffée d'un beaufeu, d'un noblefeu.
On dit d'un homme en colere qu'il a les yeux tout enfeu, que lefeului a monté au visage, qu'il jettefeu & flammes, qu'il lui faut laisser jetter sonfeu. On dit aussi d'un homme amoureuxqu'il brûle d'un beaufeu, qu'il nourrit unfeudiscret, unfeucaché sous la cendre, unfeuqui le devore. La bonne morale veut qu'on éteigne lefeude la concupiscence. On dit aussi brûler d'unfeudivin, d'unfeuceleste, d'un amour divin. On dit en ce sens qu'il faut laisser passer lefeude la jeunesse, ses emportemens. Lefeuse dit aussi du courage. On a du mal à soûtenir le premierfeu, la premiére impetuosité des François.
Feu.Se dit aussi des troubles, des séditions. Pendant les Guerres des Huguenots tout le Royaume étoit enfeu. Des Prédicateurs séditieux mettoient lefeupar tout, le Roi a éteint enfin lefeude la sédition. Quand on use en ces occasions de remédes violens, on dit qu'il y faut appliquer le fer & lefeu.
On dit au lansquenet que le premier Roi qui viendra ferafeu, pour dire qu'il fera gagner ou perdre quelque coup notable.
Feu.Se dit proverbialement en ces phrases. Unfeuà rôtir un bœuf, c'est un grandfeude reculée. On dit aussi il n'estfeuque de gros bois. On dit des débauchez qu'ils font grande chere & bonfeu. On dit aussi qu'un homme a mis lefeuà la cheminée, pour dire qu'il a mangé des viandes trop salées & trop épicées, & qu'il s'est mis le gosier, le palais enfeu. On dit aussi c'est unfeude paille, d'une émotion qui ne dure pas long-temps, d'une entreprise qu'on n'achevera point. On dit aussi faire dufeuviolet pour dire faire quelque chose avec vigueur, ou éclat, à cause que lefeude bois vert qui est le plus violent tire sur le violet. On dit encore le bois tortu fait lefeudroit. On dit d'un homme qui s'enfuit fort vîte, qu'il court comme s'il avoit lefeuau cul. On dit de deux personnes ennemies qui ne se sçauroient souffrir,que c'est lefeu& l'eau. On dit aussi dites-lui cela & vous allez chauffer au coin de sonfeu, pour dire allez lui reprocher cela en face. On dit d'une maison qu'on trouve en desordre, qu'il n'y a ni pot aufeu, ni écuelles lavées. On dit d'un homme fort pauvre qu'il n'a nifeuni lieu, quand il n'a aucune retraite, aucune demeure assurée. On dit de celui qui n'a point voyagé, ni n'a point vû le grand monde, qu'il n'a jamais bougé du coin de sonfeu. On dit faire mourir quelqu'un à petitfeu, pour dire le faire languir dans une longue attente d'une chose dont il a besoin. On dit que lefeune va point sans fumée, pour dire qu'il paroît toujours quelque signe au dehors d'une violente passion qu'on a dans l'ame, & qu'il y a toûjours quelque chose de vrai de ce qu'on dit publiquement. On dit encore mettre les fers aufeu, en parlant d'une affaire, pour dire commencer à la remuer, ou s'y appliquer vigoureusement. On dit aussi, que lefeuest à une marchandise, pour dire, qu'il y a presse à l'acheter qu'on y court comme aufeu. On dit mettre lefeuaux étouppes, mettre lefeuaux poudres, jetter de l'huile sur lefeu, mettre lefeusous le ventre à quelqu'un: pour dire l'exciter, l'encourager à faire quelque action, à laquelle il étoit déja porté d'ailleurs, animer sa colére, sa passion. On dit, qu'un homme se mettroit aufeupour son ami, pour dire qu'il est prêt de le servir dans les choses les plus difficiles; & qu'il mettroit sa main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il est trés-assuré: ce proverbe se dit par allusion à une coûtume qu'on avoit autrefois, de se purger d'une accusation par l'attouchement du fer chaud. Cunegonde femme de l'Empereur Henri de Baviére se purgea du soupçon que son mari avoit contreelle, en marchant les pieds nuds sur 12 socs de charruë ardens.
Feu.Feuë. Subst. terme indéclinable dont on se sert en parlant des défunts, dont la mémoire est encore assez récente. LefeuRoi se dit du Roi dernier mort; la feuë Reine.Feumon pere, mon oncle. Les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurierfurenten parlant de deux personnes conjointes & décedées, ce qui marque que ce mot vient defuit& defuerunt, néanmoins, Ménage prétend avec quelque apparence qu'il vient defunctus, au lieu defato functus.
S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionnaire de l'Academie, le Lecteur n'en doit pas être surpris, puisque c'est le même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est écrite de sa main peut faire foi. Ce mot qui apparemment se fera distinguer des autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui lui est fait de n'avoir pas voulu communiquer ses lumiéres à la compagnie, puis qu'il n'en a pas été chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir.
Fiefs. m.Terre, Seigneurie, ou droits qu'un Seigneur dominant donne à un vassal à la charge de foi & hommage avec quelques redevances. Les fiefs n'étoient point connus dans le droit Romain, mais ils sont établis dans toutes les Coûtumes de France, & plusieurs tiennent qu'ils sont venus des Lombards. Pasquier soûtient le contraire & prouve par un passage d'Aimoin qu'ils étoient en usage en France dés le temps de Clovis. On possede enfiefnon seulement des heritages, mais des droits incorporels, comme dîmes, champarts & autres redevances & même des Offices & dignitez. Ce mot est dérivé selon quelques-uns defœduscomme venant d'un traité & d'une Alliance faite avec le Seigneur; lesautres defides, à cause de la foi qu'on est obligé de porter & de garder à celui dont on releve; Bodin tient que le motfedumlatin vient par la contraction de ces lettres initiales,fidelis ero domino vero meo, qui est une ancienne formule de la foi & hommage; Nicod tient qu'il vient defeloAllemand signifiant la même chose; d'autres defodenqui signifienourrir, ou du saxonfeodqui signifiestipendium, lefiefétant une espéce de prébende pour vivre; on a commencé de se servir de ce mot sous Charles le Gros. Fiefdominantest celui à qui on doit foi & hommage;fiefservant, celui qui releve d'un autrefief, ou qui n'a sous soi que des rotures.
Unfief en nuesseou deHautbert, est celui qui reléve de la Couronne nuëment & immédiatement, ce qu'on appelle aussi denud à nud, qui tient du Roi sa Seigneurie en pleinfief, ce qu'on appelle aussi fiefchevel. Fiefnoble, est celui qui est tenu en plein hommage, ou en pairie, ou en plein lige, où il y a Justice, Maison ou Château notable, motte, fossez ou autres signes de noblesse & d'ancienneté, on appelle les autresfiefsruraux & non nobles qu'on appelle quelquefoisfiefs restraintsouabregez. On a appelé aussifiefs roturiers, des mairies, &fiefs boursiersouboursaux, desfiefsacquis de bourse roturiére qu'on appelle en plusieurs lieuxcoûtumiére; les portions defiefqui appartiennent aux aînez s'appellent aussiBourseauxen la Coûtume du grand perche. Franc fief, cette épithete est donnée auxfiefs, parce qu'ils ne doivent être tenus que par des personnes franches & nobles de race ou annoblies, qui sont franches libres & exemptes de tailles, aides & subsides, & on appellefrancs fiefs & nouveaux acquets, la taxe qu'on fait tous les 30 ou 40 ans sur les roturiers, les Eglises, lesCommunautez & gens de main morte pour lesfiefsqu'ils tiennent, ou qu'ils ont acquis de nouveau, qui ne sont point amortis, afin qu'ils ne soient point obligez d'en vuider leurs mains; cette taxe se fait sur le pied du revenu de six années à l'égard desfiefsqui sont tenus du Roi nuëment, & de trois ans à l'égard de ceux qui n'en relevent qu'enarriére fief.Pied de fiefest un fief dépecé & démembré dont il est fait souvent mention en la Coûtume de Tours.
Fief dedangerest celui dont on ne peut prendre possession qu'aprés avoir fait la foi & hommage, & qu'on ne peut aliener sans le congé du Seigneur, autrement il est confisqué.
Il y a desfiefsà vie, d'autres qu'on appellefiefs mortsqui sont des heritages tenus à rente seche, qui ne portent point de profit de cens, ni de rente fonciére. On dit, qu'un Seigneur de son domaine fait sonfiefquand de son pleinfiefil en donne une partie à un vassal pour en faire unarriére fief, & au contraire, que de sonfiefil fait son domaine, quand il y réünit unarriére fief, ou quand il le retire par puissance defief. Il y a aussi desfiefsen régale, ou des fiefs de dignité comme étoit autrefois la charge de Connêtable que le Roi donnoit enfief, & dont on lui faisoit foi & hommage.
Fiefen l'air, c'est unfiefqui n'a point de Château ou principal manoir où les tenanciers soient obligez de venir faire les devoirs & payer les droits.
Profit defief, se dit des droits Seigneuriaux, comme quints & requints, rachats, laods & ventes qui se payent à chaque mutation des heritages oufiefsservans quand lefiefest ouvert ou vacant. On dit aussi qu'un Seigneur peut se joüer de sonfief, pour dire le démembrer.
Puissance defief, est un droit Seigneurial qui donne pouvoir à un Seigneur de retirer & de prendre un heritage dépendant de lui, pour le même prix qu'il est vendu à un étranger, & non lignager de celui qui vend, ou du vassal.
Commise defief, c'est la dénégation que fait un vassal de tenir unfiefde son Seigneur, ce qui en emporte confiscation, d'où est venu ce proverbe quifiefnie, oufiefrogne, perd son fief.
Arriérefief, est unfiefrelevant d'un autrefief, lequel en a encore un autre au-dessus de lui.
Fieffer.v. act.donner enfiefune terre, un droit à la charge de foi & hommage, & de quelque redevance.
Fieffé, ée.part.un Officier, un Sergentfieffé, sont ceux qui dépendent d'unfief. Il y a quantité d'Officesfieffez& hereditaires. On a appellé Tailleurfieffé, celui qui tenoit en foi & hommage du Roi le pouvoir de tailler les monnoyes de France. On dit aussi par injure & exaggeration, un coquinfieffé, une coquettefieffée, de ceux qui font profession d'être malhonnêtes gens ou qui sont galantes de profession.
FOYERs. m.l'âtre de la cheminée d'une chambre où on fait le feu. Les Penates des anciens étoient appellez les Dieux desfoyers. Ce mot vient du latinfoculare. Ménage.