P.

Oreillese dit proverbialement en ces phrases: Un chien hargneux a toûjours les oreilles déchirées, pour dire que les gens quérelleux sont sujets à être battus. On dit que les murs ont desoreilles, pour dire qu'on a beauparler secretement & à l'oreille, il y a toûjours quelque espion qui écoute, &c.On dit qu'un homme se fait tirer l'oreille, pour faire quelque chose, quand il la fait à regret, ce qui se dit par allusion à une coûtume qu'avoient les Romains d'amener par l'oreille en justice, ceux qui ne vouloient pas y venir rendre témoignage d'une action qu'ils avoient vûë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'oreille, afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs témoignages dans Plaute, Virgile, & Horace, &c.OREILLÉ.ée.adj.terme de Blason qui se dit des dauphins, lorsque leursoreillessont d'un émail different de leurs corps; on le dit aussi des grandes coquilles, quand elles ont desoreillesaussi d'émail different.ORGUE.s. f.& autrefoismasculin. C'est le plus grand & le plus harmonieux de tous les instrumens de Musique qui est particuliérement eu usage dans les Eglises, pour célébrer l'Office Divin avec plus de solemnité. On fait pourtant dans les maisons particuliéres quelquesorguesportatives, qu'on nomme cabinets d'orgues, mais dans les Eglises, on appelle buffet d'orguescette construction de menuiserie qui enferme toute la machine. Le grand Buffet sert pour le grand jeu, qu'on appelle le grand corps, & le petit buffet pour le petit jeu qu'on nomme lepositif. Ce mot vient du Latinorganum.L'orgueest composée de plusieurs tuyaux qui reçoivent le vent de gros soufflets, lequel est distribué par un sommier & par le moyen de plusieurs registres, qui ouvrent & ferment les ouvertures de ces tuyaux; & il y entre selon qu'on appuye les doigts sur les differentes touches du clavier.On appelle accompagnement en l'orgueles divers jeux qu'on touche pour accompagner le Dessus, comme sont le bourdon, la montre, la flûte, le prestant, &c. Ceux de la grandeorguesont differents de ceux du positif.La plûpart des piéces qui composent l'orguesont expliquées à leur ordre alphabetique: on dira seulement ici que lechassisest une des principales piéces de l'orgue, parce qu'on enchasse dedans l'ais du sommier sur lequel on pose les tuyaux; on applique sur la table du sommier des tringles d'épaisseur de membrure, qu'on appelleBarreaux, éloignées les unes des autres de deux doigts, pour faire place à 48.Raynuresoucransougraveures, sur lesquelles on met deschappesou des ais qui les couvrent, & dans l'intervalle vuide de cesRaynures, on fait entrer des Régles planettes & mobiles en forme de lattes, qu'on nommeRegistres, on perce ces trois piéces vis à vis l'une de l'autre, pour donner passage au vent dans les tuyaux, lesquels on applique sur le plus haut de ces trous, & cet assemblage s'appelle lesommierde l'orgue. On appelle lesecretde l'orgueune layette ou quaisse, où est reçû & réservé le vent de la souflerie, pour le distribuer par les sous-papes au sommier qui est derriére. Vitruve nomme lesommier canon musical.On appelle letamis, la piéce de bois percée, à travers laquelle passent les tuyaux de l'orgue, & qui les tient en état.L'orgue a deux ou trois & quelquefois quatre ou cinq claviers, dans les grands Buffets: ils sont divisez en plusieurs touches ou marches, comme ceux de l'Epinette & du clavessin. Chaque octave doit avoir 13. marches, &le clavier harmonique parfait en doit avoir 19. Uneorguea pour le moins 2000. tuyaux tant dans le grand Buffet que dans le positif, & elle a jusqu'à 8. octaves d'étenduë depuis le tuyau de 32. pieds jusqu'à celui d'un demi-pied. Ces tuyaux sont de bois, d'étain, ou de plomb. Il y a des tuyaux à anche & des tuyaux ouverts & d'autres bouchez, où on remarque que le tuyau bouché descend deux fois plus bas que celui qui est deux fois plus long, & qui est ouvert, parce que l'air qui y entre, & qui en sort, a deux fois autant de chemin à faire. Les tuyaux à cheminée sont ceux qui ont un petit tuyau soûdé au bout d'en haut d'un plus grand.Les simples jeux de l'orguesont, la montre, le premier & le second bourdon, le prestant & la doublette, le flageolet, & le nazard, la flutte d'allemand, la tierce, la fourniture, la grosse cimbale, la seconde cimbale, le cornet, le larigot, la trompette, le clairon, le cromorne, la régale ou la voix humaine, la pédale, la trompette & la flûte de pédale, sans compter le tremblant qui n'est qu'une modification des jeux.De ces jeux on en fait plusieurs composez, qu'on varie en une infinité de façons. On appelle le plein jeu de l'orguecelui qui est composé de la montre, du bourdon, du 16. & du 8. pieds, du prestant & de la doublette, de la fourniture & de la tierce. Les facteurs d'orguey ajoûtent d'autres jeux, ou en retranchent suivant leur different genie, ou la dépense qu'on y veut faire.On appelle letemperament de l'orgueune diminution du ton majeur d'un comma, dont on augmente le ton mineur par une espece d'équation pour les rendre plus justes. L'inventionde l'orgueest fort ancienne: Vitruve en décrit une dans son dixiéme livre. L'Empereur Julien a fait une Epigramme à sa loüange. Saint Jerôme fait mention d'uneorguequi avoit 12. souflets, dont la layette étoit faite de deux peaux d'Elephant, & on l'entendoit de mille pas: il dit qu'il y en avoit une en Jerusalem qu'on entendoit du Mont des Olives.On appelle aussiorguele lieu de l'Eglise où sont lesorgues. Il est allé auxorguesentendre le Sermon. Ce mot vient du Latinorganum. Salomon de Caux dit que le premier Auteur qui a écrit de l'orgueest Heron Alexandrin dans ses Pneumatiques. Le Pere Mersenne a fait une ample description de l'orgueaussi bien que Salomon de Caux. Le Begue a fait imprimer plusieurs piéces d'orgue, qui font voir comme on en peut mêler les jeux agréablement.Orguesen termes de guerre est une machine composée de plusieurs gros canons de mousquet, attachez ensemble, dont on se sert pour défendre les brêches & autres lieux qu'on attaque, parce qu'on tire par leur moyen plusieurs coups tout à la fois.Orguesest aussi une espece de herse, avec laquelle on ferme les portes des Villes attaquées: ce sont plusieurs grosses piéces de bois qu'on laisse tomber d'en haut, & qui ne sont point attachées l'une à l'autre par aucune traverse, comme sont les herses ordinaires, ou Sarrasines.Orguesen termes de Marine sont des trous & ouvertures qui passent au travers du bordage d'un Vaisseau le long des tillacs ou des sabords qui servent de goutiéres pour l'écoulement des eaux: on les appelle autrementdalots.ORIFLAME.s. f.les Anciens le faisoientmasculin. Etendart de l'Abbaye de Saint Denys. Quelques-uns ont dit qu'elle étoit semée de flammes d'or, d'où elle avoit pris son nom. Elle differoit de la Banniére de France qui étoit d'un velours violet ou bleu celeste à deux endroits semez de fleurs de lys d'or plus plein que vuide. Elle étoit aussi differente en la forme, parce que celle de France étoit toute quarrée sans aucunes découpures par le bas, non plus que les autres banniéres, au lieu que l'Oriflame étoit attachée au bout d'une lance en guise de gonfanon, qui d'abord étoit pendu sur le tombeau de Saint Denys, & ne servoit que pour l'Abbaye. Il étoit mis entre les mains de son Avoüé qui étoit le Comte de Vexin, pour défendre les biens de l'Eglise & du Monastére, c'étoit une espece delabarumou de gonfanon, ou de banniére comme en avoient toutes les autres Eglises, qui étoit fait de rouge & de soye de couleur de feu qu'on nommoitcendalousamit vermeil, qui avoit trois queuës, ou fanons, & étoit entouré de houppes de soye verde, &c.P.PEAGE.s. m.Il s'est dit autrefois en général de toutes sortes d'impôts, qui se payoient sur les marchandises, qu'on transportoit d'un lieu à un autre: maintenant il se dit d'un Droit qu'on prend sur les voitures des marchandises pour l'entretien des grands chemins. La plûpart des Seigneurs s'attribuent des droits depéagesur leurs terres, sous prétexte d'entretenir les chemins, les ponts & chaussées. Anciennementceux qui tenoient ce droit, devoient rendre les chemins seurs, & répondre des vols faits aux passans. Cela s'observe encore en quelques endroits d'Angleterre & d'Italie, où il y a des gardes qu'on appellestationnaires, établis pour la seureté des Marchands, & entre autres à Terracine sur le chemin de Rome à Naples. Anciennement si un homme étoit détroussé en chemin public & entre deux soleils, le Seigneur Haut-Justicier qui levoit lepéage, étoit obligé de le rembourser. Il y a une Ordonnance de mille cinq cens septante portant abolition de touspéagesétablis depuis cent ans sur la riviére de Loire. La plûpart despéagessont de pures usurpations. L'Ordonnance de 1552. enjoint aux Seigneurs qui ont droit depéage, d'entretenir les ponts & passages. Lepéageest appellé de divers noms dans les Coûtumes & les Ordonnances. On le nommeBarrageaux entrées des Bourgs & des Villes,Pontenageaux passages des ponts,BilleteouBrunchiereaux passages de campagne, où on a mis pour signal un petit billot de bois attaché à une branche, on l'appelle quelquefoiscoûtumeou droit établi sans titre, quelquefoisprevôtéou menu droit casuel, & quelquefoistravers, qui est un droit qui ne se paye que sur la frontiére. Ce mot vient depaagium, abregé depassagiumselon Vossius cité par Ménage: d'autres disent depedagiumqu'on trouve aussi chez les Auteurs Latins. Borel le dérive depagusoupais.PEAGER.s. m.Fermier du péage, qui exige & fait payer ce droit. LesPéagersdoivent mettre des billetes, des tableaux & pancartes en lieu éminent, pour faire connoître les droits qui sont dûs.PEAUTREs. m.le gouvernail d'un vaisseau. On dit proverbialement à des importuns qu'on veut chasser loin de soy: Allez aupeautre: Je l'ay bien envoyé aupeautre, je l'ay bien envoyé promener.PEAUTRÉen termes de Blason se dit de la queuë des poissons, lorsqu'elle est d'autre couleur que le corps, parce qu'elle est en effet le gouvernail des poissons: Il portoit d'argent au dauphin versé de sable, allumé, barbé &peautréd'or.PEIGNE.s. m.petit instrument qui sert à décrasser & à nettoyer la tête, à arranger les cheveux, & à les tenir proprement. Il est fait d'un morceau de bois, d'ivoire, de corne, ou d'écaille de tortuë, divisé en plusieurs dents, ou petites ouvertures qui donnent passage aux cheveux. Lespeignesfont la principale garniture d'une toilette, d'une trousse, un étuy, une brosse àpeignes: les Dames se coiffent avec lespeignes: Les Courtisans fanfarons ont toûjours unpeigneà la main. Les Tyrans ont eu aussi despeignesde fer, pour tourmenter les Martyrs en leur déchirant la peau: Les grosses dents d'unpeignes'appellent lesoreilles. Ce mot vient du Latinpectem.Peignese dit aussi de l'instrument avec lequel on carde, on démêle la laine, la bourre, la soye. Unpeignede Cardeur est un morceau de bois chargé d'une infinité de petites pointes recourbées de fil de fer.Peignede Tisserand est une espece de chassis, ou treillis qui a un grand nombre de petites divisions ou ouvertures, dans chacune desquelles on passe les fils de la chaîne qui doit former la longueur de la piéce de la toile, oude l'étoffe: elles servent à les soûtenir, & à laisser passer la navette qui porte les fils qui doivent être en travers. Lespeignesde velours ont soixante ou quatre-vingt portées.Peignede jable se dit chez les Tonneliers des morceaux de douve amenuisez par un bout, & qui entrent à force dans les cerceaux pour réparer un jable rompu.Peignesen termes de Manége sont des gratelles farineuses qui viennent aux paturons du cheval, & qui font hérisser le poil sur la couronne.Peignese dit figurément en choses morales: Il faut donner encore un coup depeigneà cet ouvrage; pour dire, il le faut revoir pour le polir davantage. On dit aussi qu'un Satirique a donné un coup depeigneà quelqu'un; pour dire qu'il en a fait quelque description maligne, qu'il l'a rendu ridicule.Peignede Venus, est une plante medicinale, que les Medecins appellentpecten Veneris, & autrementscandix, qui est ainsi nommée, parce qu'elle a plusieurs cornets disposez comme unpeigneà peigner le lin. Sa tige est haute d'un demi pied, ses feüilles semblables aux pastenates sauvages, ou à la camomille. Elle jette plusieurs petits bouquets de fleurs blanches & menuës à la cime de ses branches, d'où sortent plusieurs petits becs ou aiguilles séparées les unes des autres, & disposées comme unpeignede Cardeur.On dit proverbialement d'un homme qui est en mauvaise humeur, ou en colere, qu'il tueroit volontiers un Mercier pour unpeigne.PEIGNER.v. act.décrasser sa tête, démêler, ou arranger ses cheveux avec un peigne: LesCourtisans sont toûjours bien peignez & bien frisez; c'est l'épithete ordinaire que donne Homere à tous ses Grecs.Peignersignifie figurément rendre bien propre & bien ajusté: Cet ouvrage est bienpeigné, on y a mis la derniére main, il est fort poli & orné: Voilà un jardin bienpeigné, dont on a grand soin, il est fort propre & fort net.On dit aussi en contre-sens que deux Harengeres se sontpeignées, quand elles se sont prises aux cheveux, décoiffées, égratignées. On dit aussi que le chat apeignéle chien, quand il lui a donné quelques coups de griffes.PEIGNÉ.ée.part. pass. & adj.On dit de la lainepeignée, du chamvrepeigné, lorsqu'ils ont passé par les mains des Cardeurs, ou qu'ils ont eu quelque autre préparation pour les nettoyer.PEIGNIER.s. m.Marchand & Artisan qui vend, ou qui fait des peignes.PEIGNOIR.s. m.linge qu'on met sur ses épaules tandis qu'on est à sa toilette, qu'on se peigne: Les femmes en deshabiller ont de beauxpeignoirsà dentelles.PEIGNURES.s. f. pl.cheveux qui tombent quand on se peigne: Les perruques ne se faisoient autrefois que depeignures.PELLICAN.s. m.oiseau aquatique qui approche de la forme d'un heron, dont le cry ressemble au braire de l'âne, d'où vient que les Grecs l'ont appelléonocrotalos. On tient qu'il aime si fort ses petits, qu'il meurt pour eux, & se déchire l'estomach pour les nourrir. On en dit plusieurs fables, & onen fait l'hieroglyphe de l'amour paternelle.Pellicanest un vaisseau de Chymie fait ordinairement de verre avec des anses creuses & percées, qui sert à faire plusieurs distillations des liqueurs par circulation; & à les réduire dans leurs plus petites parties.Pellicanest aussi un ferrement dont se servent les Chirurgiens pour arracher des dents.Pellicanest aussi un nom qu'on donne à une ancienne piéce d'artillerie, qui est un quart de coulevrine portant six livres de boulet. VoyezHanzelet.PENDULE.s. m.poids attaché à une corde, ou à une verge de fer, lequel étant agité une fois, fait plusieurs vibrations jusqu'à ce qu'il se soit remis en repos. Les vibrations dupendulecontiennent un espace de temps parfaitement égal. Unpendulede trois pieds huit lignes & demie marque les secondes, & en Musique la mesure égale ou binaire. Galilée a le premier écrit & fait des observations sur le mouvement dupendule. On a trouvé par le moyen dupendulequ'un corps pesant en tombant, parcourt en une seconde de temps, un espace de quinze pieds & un pouce, mesure de Paris. On se peut servir dupendulecomme d'une mesure invariable & universelle pour les lieux les plus éloignez & les siécles les plus reculez, par le moyen d'une vibration qu'on aura trouvée être précisément d'une seconde de temps selon le mouvement du Soleil: car si par exemple on trouve que le pied horaire (c'est ainsi que Monsieur Huggens appelle la troisiéme partie de cependuleà secondes) étant comparé au pied de Paris, soit, comme il est en effet, en proportion de 864. à881. il sera aisé de faire la réduction de toutes les autres mesures du monde à ces mêmes pieds par le calcul. Mouton Chanoine de Lion a fait aussi un beau traitéde mensura posteris transmittenda, sur le même principe.PENDULE.s. f.est une horloge de nouvelle invention qu'on fait avec unpendulequi en régle le mouvement égal par le moyen d'une ligne cycloïde, qu'on dit être inventée par M. Huggens, qui a fait un trés-beau Volumede horologio oscillatorioimprimé en 1673.PENESouPESNESen termes de mer se dit des bouchons d'étouppe attachez à un manche, qui servent aux calfateurs à goudronner un vaisseau, & le suifver & brayer.PENNAGE.s. m.Terme de Fauconnerie. Tout ce qui couvre le corps de l'oiseau de proye.Pennageblond, roux, noir, baglé, fleuri, turturin, cendré, &c. Selon les diverses couleurs que les oiseaux portent en leur robbe. L'oiseau a quatre sortes depennage: 1. leduvetqui est comme la chemise de l'oiseau proche sa chair; 2. laplume menuëqui couvre tout son corps; 3. lesvanneauxqui sont les grandes plumes de la premiére jointure des aîles; 4. lespennesqui s'étendent jusqu'à lapennedu bout de l'aîle qu'on appelle lecerceau.PENNESouPANNES,terme de Fauconnerie. Sont les longues plumes des aîles, celles de la queuë s'appellentbalay. Les pennes croisées sont une marque de la bonté de l'oiseau. Toutes lespennesdes aîles ont leurs noms, une, deux, trois, quatre, cinq, lesrameaux& lecerceau; les pennes dubalaypareillement, le milieu, la deux, la trois, &c. Les oiseaux ont 12.pennesà la queuë. Ce mot vient depenna.Pennesse dit aussi des petites plumes qu'onmet au bout d'une fléche, ou d'un matras pour les faire aller droit, d'où est venu le mot de trait bienempenné, & un matrasdesempenné. Lespennesse faisoient avec des plumes d'oye ou de gruë.Penne,ouPennache,en termes de Blason se dit des plumes d'oiseau qu'on met sur le Chapeau pour orner la tête, quand on les peint sur des écus: De Marolles porte d'azur à l'épée d'argent; la garde en haut d'or, accôtée de deuxpennesoupennachesadossées du second, c'est à dire, d'or.Penneen termes de Marine est le point, ou le coin des voiles Latines, ou à tiers point.PENNON.s. m.Etendart à longue queuë, qui appartenoit autrefois à un simple Gentilhomme: c'est proprement un guidon à mettre sur une tente. Il est opposé à banniére qui étoit quarrée: car quand on faisoit quelqu'un Banneret, la cérémonie étoit de couper la queuë de sonpennon, d'où est venu un ancien Proverbe: Faire depennonbanniére; pour dire, passer à une nouvelle dignité. Il y a encore à Lion des Compagnies des quartiers qu'on appellePennonages, & leurs Chefs s'appellent CapitainesPennons. Ce mot vient du LatinPannus, parce que ces banniéres étoient autrefois faites de drap, ou d'autre riche étoffe, qui étoient comprises sous le même genre.Pennongénéalogique, est en termes de Blason un écu rempli de diverses alliances des Maisons desquelles un Gentilhomme est descendu, qui sert à faire ses preuves de noblesse. Il comprend les armes du pere & de la mere, ayeul & ayeule, bisayeul & bisayeule: il est composé de huit, de seize, de trente-deux quartiers, &c. sur quoi on dresse l'Arbre généalogique.PIED.s. m.Partie double de l'animal, qui lui sert à se soûtenir & à marcher. L'homme & les oiseaux n'ont que deuxpieds. La plûpart des animaux terrestres ont quatrepieds. La plûpart des insectes ont centpieds, c'est à dire, un grand nombre. Les serpens n'ont point depieds, ils rampent sur la terre. Les Marchands font accroire que les oiseaux de Paradis n'ont point depieds, ce sont eux qui les coupent.Les écrevisses ont douzepieds. Les araignées, les mittes, les polypes ont huitpieds. Les mouches, les sauterelles, les papillons ont sixpieds. Les singes, les loups, la marmote marchent sur lespiedsde derriére.En Autourserie on dit lepiedd'un vautour & d'un éprevier, au lieu qu'en Fauconnerie on dit la main de l'oiseau, du faucon.Pieden tant qu'il appartient à l'homme, se marie avec plusieurs mots en diverses significations. On dit, lâcher lepied, pour dire, reculer, se défendre mal; gagner aupied, pour dire, prendre la fuite. On dit aussi qu'on ne peut mettre unpieddevant l'autre, pour dire, être foible, ne pouvoir marcher. On dit, mettrepiedà terre, pour dire, descendre de cheval; avoir lepiedà l'étrier, pour dire, être prêt à partir. On dit aussi, trouverpied, prendrepied: Il y apiedlà, lors qu'on trouve le fonds de la riviére, & qu'il n'est pas besoin d'y nager. On dit aussi, examiner un homme depuis lespiedsjusqu'à la tête, l'armer depieden cap. On dit aussi, qu'il sent lepiedde Messager, pour dire qu'il pue; & on appellepiedspourris, ceux qui ont toûjours lespiedsdans l'eau, comme ceux qui conduisent les trains de bois flotté. On dit qu'un homme a lepiedmarin, pour dire qu'il supporte aisément la fatigue de la mer, qu'il ne s'y trouve point mal. Onappellepiedplat un rustre, un paysan qui a des souliers tout unis. Prendre aupiedlevé, c'est à dire, sur le champ, sans delai. Avoir lepiedbot, c'est un nom général qu'on donne à unpiedestropié ou mal tourné, soit qu'il soit tourné en dedans, ce que les Latins appellentvarus; soit qu'il soit tourné en dehors, ce que les mêmes appellentvalgus. Avoir des cors auxpieds, c'est à dire, des calus ou des durillons. Porter lepieden avant, tourner bien lepied, attendre depiedferme. Un appartement de plainpied; & au figuré un galand de plainpied.Piedfourchése dit des animaux qui ont lepiedfendu en deux seulement, comme les bœufs, les cochons, les moutons, les chévres, &c. Les Hebreux n'osoient manger la chair que des animaux qui avoient lepied fourché, & qui ruminoient. LePied fourché, est aussi une ferme d'un impôt qu'on léve aux portes de quelques Villes sur les animaux aupied fourchéqui s'y consomment. La ferme duPied fourchéest differente de celle duPied rond. On appelle despiedsde cochon assaisonnez desbas de soye. On appellepetits piedsla volaille, le menu gibier. Les Ecrivains appellent une écriture menuë & mal faite, despiedsde mouche.Piedde cheval, c'est la partie de la jambe depuis la Couronne jusqu'au bas de la corne. Lepiedgauche s'appelle lepieddu montoir, & le droit, lepiedhors du montoir. On dit qu'un cheval a lepiedgras, quand il a la corne foible & mince, lors qu'il est difficile à ferrer; qu'il a lepiedusé, qu'il a lepiedmauvais, qu'il a lepieddérobé, lors qu'il a peu de corne, ou qu'il l'a usée pour avoir marchépied nud, c'est à dire, déferré; qu'il a lepiedcomble, lors que sa soleest arrondie par dessous, & qu'il a besoin d'un fer vouté.Piedneufse dit d'un cheval à qui la corne est revenuë, aprés que le sabot lui est tombé, auquel cas il ne vaut rien que pour le labour. Le petitpiedest un os spongieux renfermé dans le milieu du sabot, & qui a toute la forme dupied. On dit aussi, remettre un cheval sur le bonpied, galoper sur le bonpied, quand on le fait aller uniment & sur les mêmespiedsqu'il a commencé de partir. On dit aussi, parer lepiedd'un cheval, pour dire, enlever la corne du cheval avec un boutoir autant qu'il est nécessaire pour le bien ferrer.Piedse dit aussi des plantes & des arbres: Il a tant depiedsd'œüillets, tant depiedsd'anemones: Il a tant depiedsd'arbres fruitiers dans ce jardin, tant depiedsd'arbres dans cette forest. On appellepiedscorniers les gros arbres qui sont dans les encoignures des ventes qui se font dans les forêts, & qui se marquent par le Garde-marteau.Piedcornier, se dit aussi des longues piéces de bois qui sont aux encoignures des pans de charpente. On le dit aussi des quatre principales piéces qui font l'assemblage du bateau d'un carosse, qui soûtiennent l'imperiale, & où on attache les mains, où on passe les soûpentes.Piedse dit aussi des choses tout à fait inanimées. Lepieddes Alpes, d'une montagne, d'un rocher. Lepiedd'une escabelle, d'une table, d'un bahut: lepiedd'un clavessin, d'un buffet, d'une platine: lepiedd'une lunette, d'un graphometre, sur lequel on pose sa genoüillére pour faire des observations. On appelle aussi lepiedd'une dentelle une petite dentelle qu'on coud à une plus grande pour la faire mieux paroître. On dit aussiqu'un homme a le nez fait enpiedde marmite, quand il l'a retroussé.Pieden termes d'Architecture se dit premiérement des murs. Lepiedde la muraille, c'est l'escarpe: On a percé le fossé, on est aupiedde la muraille: On a sappé ce bastion par lepied; ce qui se dit aussi au figuré d'un raisonnement dont on a détruit le principe. On dit à la Paulme: Chasse aupied, on entend du mur.Piedse dit aussi d'un talus, d'un penchant qu'on donne à des ouvrages pour les soûtenir, & particuliérement quand ils sont de terre: Ce rampart n'a pas assez depied, de talus, il s'éboulera. On dit aussi qu'il faut donner dupiedà une échelle, l'éloigner de la muraille pour y monter sûrement.On dit en Jurisprudence: Lepiedsaisit le chef, c'est à dire, l'édifice suit la nature du sol, sur lequel on le peut élever tant qu'on veut.Piedde fief en Jurisprudence feodale, se dit d'un fief dépecé & démembré, dont il est fort parlé en la Coûtume de Touraine.Piedse dit aussi en parlant de ce qui est debout: Il a fallu être surpiedtoute la nuit pour veiller ce malade, ou à cause de cette allarme: Soyez surpieddemain dés cinq heures, pour dire, Levez-vous matin: Il se leva enpiedspour haranguer.On dit d'un Courtisan, qu'il est obligé de faire lepiedde gruë, pour dire, qu'il faut qu'il se tienne toûjours debout; qu'il fait lepiedderriére, quand il fait la reverence, & burlesquement qu'il faut qu'il fasse lepiedde veau, quand il est obligé d'aller saluer quelque Puissant. On dit aussi, qu'il n'a pas mis lepieddans une maison,pour dire, qu'il n'y est point entré depuis un tel temps. On dit de celui qui s'opiniâtre à demeurer dans un logis, qu'il n'en veut sortir que lespiedsdevant, c'est à dire, étant mort.On dit en ce sens & en termes de Guerre, mettre une armée, des troupes surpied, pour dire, les lever & les entretenir. Un Capitaine, un Lieutenant enpied, c'est à dire, qui subsiste, qui n'est point réformé. On dit aussi des Compagnies, des Régimens de gens depied, pour dire, de l'Infanterie. On appelle aussi un Valet depied, celui qui sert & qui suit àpiedle Roy & les Princes.On dit en termes de Marine, que des marchandises sont enpied, pour dire qu'elles sont encore en nature, & qu'un Marchand les peut revendiquer en payant les frais du sauvement. On dit aussi qu'un vieux Château, un bâtiment sont encore surpied, pour dire qu'ils subsistent, qu'ils ne sont point abattus.Piedde Roy est une mesure contenant douze pouces, ou cent quarante quatre lignes. Unpiedquarré est la même mesure en longueur & en largeur, qui fait cent quarante quatre pouces de superficie. Unpiedcube est la même mesure selon les trois dimensions. Lepiedcube a huit cent quarante-quatre pouces cubes. Lepieddes anciens Romains avoit quatre palmes, & on l'appelloitpiedRomain, oupieddu Capitole. LepiedRhenan, ou lepiedde Leyden, est celui qui sert de mesure à tout le Septentrion: sa proportion avec lepiedRomain est comme de 950. à 1000. Voyez Casimir Polonois, qui dans sa Pyrotechnie a fait la réduction aupiedRhenan de tous les autrespiedsdes plus fameuses Villes de l'Europe.Pieden termes de Poësie Grecque & Latine est la mesure des vers. Un vers hexametre a sixpieds, un pentametre en a cinq. Lespiedssont composez de deux syllabes, comme le spondée & l'iambe, ou de trois, comme le dactyle & l'anapeste.Piedsignifie aussi mesure de proportion. Toutes les moyennes d'or se réglent pour leur poids & leur valeur sur lepiedde l'écu sol, à proportion de son titre: On a fait cette contribution sur lepiedde vingt mille écus: On l'a payé sur lepiedde cent écus de gages: Sur cepied-là il lui faut cent francs: Les Rentes se constituënt sur lepieddu denier 20. On dit aussi, réduire une figure au petitpied, pour dire, faire la copie d'un grand tableau en petit avec les mêmes proportions; ce qui se fait avec le chassis, le parallelogramme, ou le singe.Pieden termes de Teinturiers se dit des premiéres couleurs qu'on donne aux étoffes teintes en grand & bon teint, pour en recevoir aprés d'autres qui ayent plus d'éclat ou de durée. Ainsi on dit que les Teinturiers du bon teint doivent donner aux étoffes unpiednecessaire de pastel, de garence ou de cochenille, devant que de les envoyer aux Teinturiers du petit teint; & ils sont obligez de laisser à la tête de la piéce une rosette de chaque sorte depieddu bon teint qu'ils luy auront donné.Piedse dit figurément en plusieurs choses morales. On dit, mettre ses injures, ses ressentimens aupieddu Crucifix, pour dire, les oublier, les pardonner pour l'amour de Dieu. On dit au contraire, mettre quelqu'un sous sespieds, pour dire, le ravaler & le mépriser. On dit, se jetter auxpiedsde quelqu'un, pour dire, implorer sa grace, sa misericorde. On dit qu'unhomme, est auxpiedsde la Cour, pour dire, qu'il est dans le Parquet de l'Audience. On dit, qu'un homme est à la Cour sur le bonpied, pour dire, en crédit, en fortune; qu'on le va voir sur lepiedde bel esprit, de sçavant. On dit aussi qu'on s'est réduit au petitpied, pour dire, qu'on a retranché son train, diminué sa dépense. On dit prendre les choses aupiedde la lettre, pour dire, à la rigueur & sans vouloir souffrir d'interpretation.Piedse dit aussi en ces composez,d'arrache-pied, àclochepied,marchepied,trepied,chevrepied,pied leger, drap depied, tapis depiedqui sont expliquez à leur ordre.APIED,adverbial, se dit en ces phrases: êtreà pied, c'est-à-dire, n'avoir ni cheval, ni carrosse: être venu de sonpied. On dit aussi qu'on a mis quelqu'unà pied, quand on luy a fait vendre son équipage. On dit qu'il fait bon d'allerà piedquand on tient son cheval par la bride; qu'un cavalier qui n'a pas soin de son cheval, mérite d'allerà pied. On dit aussi, passerà pied sec; allerpied à pied, avancer peu à peu une affaire, accroître petit à petit sa fortune. Ou dit à la Guerre, gagner le terrainpied à piedlorsqu'on attaque une place dans les formes, qu'on fait des approches par trenchées.Piedse dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit qu'un homme a trouvé chaussure à sonpied, pour dire, qu'il a trouvé une chose qui luy est fort convenable, ou au contraire quelqu'un qui luy résiste en face, qui se défend bien contre luy. On dit qu'il est déferré des quatrepieds, quand il a été si bien repoussé & contredit qu'il ne sçait plus que dire, ni que faire. On dit qu'un homme a bonpied, bon œïl, pour dire, qu'il se porte bien, & qu'il est fort vigilant,qu'il entend bien ses interêts; qu'il tientpiedà boule, qu'il est assidu à son travail; qu'il ne se mouche pas dupied, pour dire qu'il est fin & difficile à surprendre; qu'il tirerapied, ou aîle d'une affaire, pour dire qu'il en aura l'avantage de quelque façon qu'elle tourne; & qu'il le trouve toûjours sur sespieds, pour dire, qu'il subsiste, quelque changement d'affaires qui arrive. On dit qu'il s'est tiré une grande épine dupied, lorsqu'il a surmonté quelque grande difficulté, qu'il s'est tiré d'une grande inquiétude; & on dit de celuy qui est ruïné, qui n'a plus moyen de faire le fanfaron, qu'il ne sçait plus sur quelpieddanser, qu'il est obligé d'aller à beaupiedsans lance. On dit de celuy qui est joyeux du succés de quelque affaire, qu'il croit tenir Dieu par lespieds. On dit qu'un homme a eu unpiedde nez, quand il a été trompé dans ses esperances. On dit qu'il a mis le pied dans la vigne du Seigneur, pour dire honnêtement qu'il a trop beu. Un Sergent dit que la vache a bonpied, lorsqu'une chose saisie est suffisante pour payer les frais d'un procés, ou que la partie qui poursuit, est riche. On dit lorsqu'on attend une chose promise qui ne vient point, qu'elle n'a point depieds. On dit d'un grand criminel, qu'on l'a amenépieds& poings liez, & qu'on l'a emmenépiedchaussé, l'autre nud, pour dire, en diligence, sans luy donner le loisir de s'habiller. Sa partie luy tient lepiedsur la gorge, pour dire, luy propose des conditions fort déraisonnables. On dit de ceux qu'on fait partir brusquement: Beuvez un coup, & haut lepied. On dit de celuy qui cause beaucoup, qu'il a lespiedschauds. On dit d'une personne gaye, qu'elle a toûjours unpieden l'air; & d'un vieillard, qu'il a déja unpieddans la fosse. On dit qu'un homme qui a quelquegrand sujet de tristesse, qu'il séche surpied, qu'il voudroit être centpiedssous terre. On dit d'un miserable qui n'a point de bien, que c'est unpiedd'escaut, qu'il a lespiedspoudreux. On dit aussi qu'un homme fait rage de sespiedstortus: Chercher cinqpiedsà un mouton où il n'y en a que quatre: Chercher àpied& à cheval. On dit aussi: Jamais coup depiedde jument ne fit mal au cheval: pour dire, qu'un homme ne se doit point fâcher des injures, ou des maux que luy font les femmes. On dit, aller dupiedcomme un chat maigre, comme un Basque. On dit, aller où le Roi va àpied, pour dire, aller à ses nécessitez. On appelle populairement un pendu, un Evêque des champs qui donne la benediction avec lespieds.Piedd'aloüette, fleur qu'on appelle en Latinconsolida regalis. Il y en a de plusieurs couleurs, de violettes, de gris-de-lin, de rouges, de blanches & de bleuës, il y en a aussi de pennachées. Elle fleurit aux mois de Juillet & d'Août.Piedde biche, est la barre de fer qui sert à fermer les portes cocheres, qui se divise par un bout en deux crampons qui entrent dans les ferrures de la porte, & qui est par l'autre bout scellée dans la muraille.Piedde chat, fleur dont on fait des sirops & des conserves pour les poulmoniques.Piedde cheval, herbe, en Latintussilago. VoyezPas d'asne.Piedde chévre est le composé de deux petits fers mobiles en charniéres, dont l'un se peut mouvoir d'un côté, & non pas de l'autre; c'est une piéce qui sert à faire la détente des horloges.Piedde chévre est aussi une pince dont on se sert à remuër les pierres & les fardeaux, qui a un bec aigu, courbé & refendu.Piedestal.s. m.C'est la partie basse de la colomne sur laquelle pose son fust. Il est composé de trois parties, de sa base, de son dé, & de sa corniche, qui ont differentes mesures suivant les divers ordres. On l'appelle aussistilobate, quelquefoispatin.Pieddroit, terme d'Architecture, est le jambage d'une porte ou d'une fenêtre, les parements de pierre de taille qui sont des deux côtez d'une porte, où les gons de la porte sont fichez, où on attache la menuiserie des fenêtres. On le dit aussi des jambages des cheminées: Lespiedsdroits des fenêtres doivent être embrasez & refeuïllez au moins de deux pouces, afin que la menuiserie puisse joindre contre les murs.Pieddegriffonest un instrument de Chirurgie, qui est de fer avec deux crochets, qui sert dans les accouchemens difficiles, à tirer la tête de l'enfant demeurée dans le ventre de la mere.Piedde liévre se dit de ce qui sert aux Ecrivains à frotter & lisser leur papier, c'est en effet, un vraypiedde liévre.Piedde liévre est aussi une herbe qui croît parmi les bleds qu'on appelle autrementbenoîte,galliotouressize, en Latinlagopusoupes leporinus.Silvaticusla prend pour lacaryophylata, ainsi nommée, parce qu'elle sent le girofle. C'est aussi le nom d'un oiseau ainsi appellé, parce qu'il a lespiedsvelus comme un liévre.Piedde lion, oupatte de lionest une plante qui croît parmi les bleds & les champs, qui porte une tige haute d'un bon palme, qui a quelques concavitez, d'où elle jette plusieurs aîles, portant à sa cime deux ou trois grains dans des gousses en forme de cices. Ses fleurs sont rouges, & semblables à celles d'anemones; ses feüilles ressemblent à celles des choux, mais elles sont chiquetéescomme celles de pavot; sa racine est noire & faite comme une rave, mais toute bossuë & pleine de durillons, en Latinleontopetalon. Il y a une espéce depied de lionqui a la feüille comme la maulve; mais elle est plus dure & plus retirée, compartie en huit angles fort apparents, & dentelée tout à l'entour, si bien qu'en l'ouvrant & l'étendant elle est faite comme une étoile. Sa fleur est pâle, de pareille figure, & petite: elle naît au haut de ses tiges qui ont demi coudée, ce qui l'a fait appeller en Latinstellaria,alchimilla,pes, oupata leonis.Piedd'oiseau, autre plante appellée en Latinornithopodium.Piedoucheest un petitpiedestalqu'on met sous un buste, ou une petite figure, dans un cabinet, dans une gallerie. Il est ordinairement de marbre, on en fait quelques-uns de bois.Piedd'oye est une plante qu'on nomme en Latinpes anserinus,tota bona.Piedde veau, autre herbe, en Latinarum.Piedde geline, herbe. VoyezFumeterre.PHOSPHORE,s. m.C'est une pierre qu'on appelle autrementpierre de Boulogne, qui imbibe la lumiére étant exposée au Soleil, & qui étant bien enveloppée, la conserve pour rendre en un lieu obscur aussi long-temps qu'elle a demeuré à la recevoir. Elle est trés-claire, & pesante, & semblable au plâtre; elle contient beaucoup de sel & de cendres caustiques. Elle soûtient une forte calcination: elle est transparente comme le talc qu'on appellele miroir des ânes; mais elle se réduit plûtôt en brins qu'en lames. On l'appellepierre de Boulogne, à cause qu'on la trouve prés de Boulogne la Grasse dans le mont Paterna qui en est à quatre milles. Il y en a aussi quantité dans l'Embrunois. On pile cette pierre en poussiere trés menuë, on en fait de petits gâteaux en la paîtrissantavec de l'eau commune & du blanc d'œuf; on la laisse secher à l'ombre, & puis on la calcine dans un fourneau de reverbere. Si on en fait des crucifix, aprés qu'ils auront été exposez le jour au soleil, ils rendront la nuit une trés-grande lumiére.On a vû depuis quelque temps d'autresphosphoresartificiels faits avec des compositions, &c.R.RAMADAN.Terme de Relations. C'est ainsi qu'on appelle le Carême des Mahometans, pendant lequel ils jeûnent tout le jour avec tant de superstition, qu'ils n'oseroient laver leur bouche, non pas même avaler leur salive. Les hommes peuvent se baigner, pourvû qu'ils ne mettent point la tête dans l'eau, de peur qu'il n'y en entre quelque goutte par la bouche ou par les oreilles; mais les femmes ne le peuvent pas, de peur de prendre l'eau par en bas. En récompense ils font bonne chere la nuit, & dépensent plus en ce mois qu'en six autres.RAMBERGE.s. f.Terme de Marine, vaisseau Anglois en forme de patache, qui sert à faire la premiére garde à l'entrée d'un port où elle est entretenuë, & à aller faire la découverte, étant legére, & plus petite que les autres. Il y a pourtant des Auteurs qui parlent desRambergesd'Angleterre comme des plus gros vaisseaux qu'on mette en mer en ce païs-là.RAT.s. m.Petit Animal nuisible, que quelques-uns mettent au rang de la vermine, lequel se fourre dans les trous des maisons, & ronge les grains & les hardes. Esope a fait une fable duRatde ville & duRatde village. Il y a desRatsdegrenier qui vivent du grain; & desRatsd'eau, qui vivent de poisson, & qui habitent le long des étangs; l'un s'appellemus, l'autre,mus aquaticus. On confond dans le langage ordinaire les souris & lesRats, quoi que ce soient des espéces differentes. Il y a des souris de campagne qu'on appellerattes rousses. LesRatsd'Egypte ont le poil dur & picquant, comme le herisson. Les Naturalistes distinguent lesRatsen plusieurs espéces, qui sont bien differentes selon les païs. LesRatsde Pont sont blancs, & ont le dessus de la queuë fort noir, elle n'a qu'un doigt de long: ils sont gros comme des escurieux: Mathiole croit que c'est la même chose que l'hermine. LesRatsLassiques sont blancs & cendrez, ils ont le ventre blanc, & sont plus grands que les hermines; c'est ce qu'on appelle en Blason menu vair, & chez les Foureurs petit gris. LesRatsde Nuremberg sont gros comme fouïnes, & ont le poil semblable à celuy du liévre; ils ont la queuë courte, & n'ont point d'oreilles, mais seulement deux trous qui leur en tiennent lieu. LesRatsde Hongrie tirent sur le verd, & ressemblent aux bellettes, mais ils ne sont gueres plus gros que des souris. LesRatsd'Inde ont le poil presque semblable aux marmottes, à la réserve qu'il est mêlé de plusieurs poils blancs, qui le font paroître argenté: ils ont la tête longue, le museau long, & les oreilles fort petites, ils sont gros comme des chats, mais ils ont les pieds plus petits, & le poil plus rude: on les appelle aussiRatsde Pharaon, ouRamadous; & quelques Auteurs tiennent que c'est une espéce d'Icneumon. On met aussi les Marmottes au rang desRats: car on les nomme en Latinmus montanus. Quelques-uns mettent aussi l'escurieu au rang desRats, parce qu'il ressemble extrêmement auRat Pontique; & pareillement les loirs ou glirons qui sont des espéces de marmottes, qu'on appellemus Alpinus, & pareillement les chauve-souris qu'on appellemus pennaticus. Les mulots passent aussi pour une espéce deRatscachez en terre,mus silvaticusoucampestris. Il y a dans les villes de l'Indostan desRatssi gros & si affamez, qu'ils attaquent même les hommes, lorsqu'ils sont dans leur lit. Ce mot vient de l'AllemandRatsignifiant la même chose.On appelle ironiquementRatde cave, un Commis des Aides qui va visiter & marquer les tonneaux des Cabaretiers, pour en faire payer le Gros & Huitiéme.On appelle de l'Arsenic, de la mort auxRats, & généralement toute sorte de poison; & on dit d'une femme qui a empoisonné son mary, qu'elle luy a donné de la mort auxRats.On dit des méchans Auteurs, qu'ils ont à craindre les Beurrieures & lesRats.En termes de Manége on appelle un cheval, queuë deRat, quand sa queuë est dégarnie de poil; on appelle aussi queuë deRat, des calus qui viennent aux jambes de derriére plus bas que le jarret.En terme de Marine on appelle queuë deRat, le cordage qui est plus gros par le bout d'en haut que par celuy d'en bas; ainsi on dit des escoutes à queuë deRat, des couëts à queuë deRat, quand ils sont attachez avec des cordes.Rat, est aussi un nom que donnent les calfateurs à une espéce de ponton composé de bordages ou de planches, qui leur sert à donner le radoub au vaisseau.Rat, est aussi un nom qu'on donne aux courants d'eau, ou aux contremarées, qui sont des mouvemens d'eaux contraires & fort dangereux,qu'on trouve sur tout dans les canaux où les mers sont serrées, comme dans le détroit de Magellan.Quelques Ouvriers appellentRatsles trous de filiéres qui servent à dégrossir l'or, l'argent, le leton, & à le réduire en fils déliez.Rat, se dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit, que la montagne est accouchée d'unRat, pour dire, qu'il est venu un petit effet d'une grande attente. On dit du reste de quelque chose endommagée: Voilà ce que lesRatsn'ont pas mangé. On dit d'un homme qui paye mal, ou en petites parties, & en donnant des hardes & de mauvais effets, qu'il paye en chats & enRats. On dit aussi d'un logis étroit, obscur & sale, que c'est un nid àRats. On dit d'un homme pauvre, qu'il est gueux comme unRatd'Eglise. On dit aussi: A bon chat bonrat, en parlant de celuy qui se sçait bien défendre, quand on l'attaque. On dit, que des gens sont heureux commeratsen paille, lorsqu'ils ont abondance de vivres, & qu'ils les mangent en repos. On dit aussi qu'une arme a pris un rat, lorsque le chien s'est abattu, & que l'arme n'a pas pris feu: on le dit aussi de celuy qui a manqué son coup en quelque autre sorte d'affaires. On dit d'une personne de fort petite taille, qu'elle n'est pas plus haute qu'unrat.RATE.s. f.Terme d'Anatomie, partie du corps des Animaux située en l'hypocondre gauche à l'opposite du foye. Sa partie cave est tournée vers le foye & le ventricule, & la gibbeuse vers les extrêmitez des épines des côtes. Elle est de figure longue & quadrangulaire, & ressemble à une langue de bœuf. Hippocrate la compare à la plante du pied d'un homme. Sa chair est comme du sang caillé, rare & lâche comme uneéponge, propre pour recevoir & boire les grosses humeurs du foye. Galien dit, que l'usage de larateest de nettoyer le sang feculent, & d'attirer l'humeur mélancolique; & pour cela quelques-uns l'ont appelléefaux foye, & d'autresl'organe du ris; d'où vient qu'on dit de ceux qui se réjouïssent, qu'ils s'épanouïssent larate. Laraten'est autre chose qu'un tissu de veines, d'artéres & de fibres nerveuses entrelacées ensemble, & ce tissu qui fait sa substance, est ce qu'on appelle leparenchyme de la rate; il est recouvert d'une membrane composée aussi de fibres nerveuses capable de constriction & de dilatation: sa membrane vient du peritoine, & ses veines du rameau splenique; & il y a un petit nerf inseré, qui vient de la sixiéme conjugaison du cerveau. C'est une maxime que la plus granderateest toûjours pire que la plus petite: car quand elle s'enfle, elle rend toûjours le corps mal composé. On dit qu'on ôte larateaux Couriers du Grand Seigneur, afin qu'ils courent mieux; mais c'est une fable, car un homme ne sçauroit vivre sansrate, quoi qu'on ait vû des chiens vivre quelque temps aprés qu'on la leur avoit ôtée. Les Animaux qui ont peu de sang limoneux, n'ont point derate.L'Empereur Trajan appelloit le Fisc laratede l'Empire, parce que plus larates'enfle, plus le reste du corps diminuë; ainsi plus le Fisc s'enrichit, plus le Peuple s'appauvrit.On dit proverbialement & ironiquement à ceux qui tiennent quelque discours ridicule & peu vray-semblable: Vous avez bon foye, Dieu vous sauve larate.RATELEUX.euse.adje.Qui est sujet aux maux derate, aux opilations derate: Lesrateleuxont le corps livide & plombé: lesrateleuxsont ceux qui ont larateenflée contre nature, ou qui l'ont endurcie de longue main, de sorte qu'on y apperçoit déja une tumeur skirrheuse. On les appelle autrementspleniques.RATEPENNADE.s. f.Oiseau nocturne, chauve-souri. En Latinmus pennatus,vespertilio.RESINE.s. f.Gomme, suc gras & visqueux qui coule des pins ou sapins, & de quelques autres arbres, qui s'enflamme aisément, & dont on fait de la poix & autres drogues. On mêle lapoix resinedans les flambeaux. Le mastic est laresinedu lentisque. Le camphre est une espéce deresine. La meilleure de toutes lesresinesest la terebenthine qui doit être blanche & claire, tirant un peu sur le pers; & aprés, celle du lentisque, du pin & du sapin, & enfin celle de la pesse. Le cyprés produit aussi uneresineliquide qui a les mêmes proprietez que les autres. Pline distingue seulement deux sortes deresine, la liquide & la seiche. Laresineseiche se tire des pommes de pin, de sapin & de la pesse, on l'appelle proprement poixresine. La meilleure est celle qui est odorante & transparente, qui n'est ni seiche, ni humide, & qui ressemble à la cire. On fait cuire, seicher & brûler lesresinespour en tirer de la suye, comme on fait de l'encens, ou pour en faire de la colophone qu'on appelleresine frite.RESINEUX.euse.adje.Bois qui produit de laresine. Dans les montagnes on fait des flambeaux d'une branche de pin & d'autres boisresineux.RETINE.s. f.Terme d'Optique & d'Anatomie. C'est une des tuniques de l'œïl, qu'on met la cinquiéme en ordre, & qu'on appelle aussiretiformeoureticulaire, parce qu'elle est faite en forme de rets. Elle naît de la substancemoëlleuse du nerf optique dilaté, c'est pourquoi elle est molle & blanche, & ressemble à de la cervelle délayée, ou à du papier huilé, & elle a la transparence de la corne des lanternes. C'est en cette partie que se fait la vision, ou l'impression des images, des objets, par le moyen des rayons de lumiére qui partent de chaque point de l'objet, qui se brisent dans le crystallin, & se vont peindre au fond de l'œïl sur laretine. On fait desretinesde papier huilé, ou d'une glace dépolie dans des yeux artificiels qui montrent clairement & sensiblement, comment se fait l'action de la vûë, & tournent en ridicule l'opinion de plusieurs Anciens qui croyoient qu'elle se faisoit par émission de rayons.RETROGRADATION.s. f.Terme d'Astronomie, action par laquelle on marche, ou on se meut en arriére. On ne le dit guere que des planettes: Laretrogradationde Mars & de Saturne.RETROGRADE.adj. m. & f.Qui marche en arriére, à reculons, ce qu'on compte à rebours: Le mouvement des écrevisses estretrograde. Quand au lieu de dire, 1, 2, 3, 4. on dit 4, 3, 2, 1. on appelle cela un ordre retrograde. Il y a des versretrogradesoù on trouve les mêmes mots en les lisant à rebours, commeRoma tibi subitò motibus ibit amor: on les appelle aussirecurrents, &reciproques. Il y en a plusieurs exemples dans Pasquier.Retrograde,en termes d'Astronomie, se dit d'un mouvement apparent des planettes, quand elles semblent reculer au lieu d'avancer. On les appelle directes, quand elles vont selon l'ordre, la suite & la succession des signes, comme d'AriesenTaurus, deTaurusenGemini, &c. comme lorsqu'elles vont du perigéeen l'apogée; & au contraire quand elles vont de l'apogée au perigée, elles sontretrogrades, & paroissent aller contre la succession des signes, deGeminienTaurus, deTaurusenAries, &c. la raison de ce phénomene est expliquée dans la Théorie des planettes de Quepler & d'autres Astronomes.RETROGRADER.v. n.marcher ou se mouvoir en arriére, faire une chose à rebours, contre l'ordre naturel. Les planettes semblentretrograderaprés qu'elles ont été stationaires: la Lune & le Soleil ne retrogradent jamais: Les faiseurs d'acrostiches tâchent de trouver les mêmes mots, soit qu'on les lise de droit fil, ou enretrogradant: Cet écolier va enretrogradant, au lieu de monter de Cinquiéme en Quatriéme, il l'a fallu remettre en Sixiéme: Ceux qui font paroître de grands efforts de mémoire disent plusieurs mots ou nombres enretrogradantcontre l'ordre naturel.RHINOCEROS.s. m.Bête farouche à quatre pieds, ainsi nommée à cause d'une corne qui lui sort du nez. Pline dit que c'est l'ennemi de l'Elephant, qu'il s'aiguise la corne, quand il veut le combattre, tâchant de le frapper au ventre où il a la peau la plus tendre. Du Bartas a fait une belle description de ce combat qu'on tient fabuleux. LeRhinocerosest de la longueur de l'Elephant, mais il a les jambes plus courtes, & les ongles des pieds fendus. Pausanias asseure qu'il a deux cornes, l'une fort grande sortant du nez, l'autre petite, mais trés-forte qui pousse en haut; & quelques-uns disent que ces cornes ne sont point arrêtées, mais s'agitent de part & d'autre, & que quand il entre en colere, elles deviennent si roides & si dures, qu'elles déracinent un tronc d'arbre, quand elles le heurtentde front. Festus croit que c'étoit un bœuf d'Egypte, quoi qu'il ait la tête & le museau d'un cochon. On le chasse pour avoir sa peau qui est trés-dure & trés-forte, étant toute couverte d'écailles, & épaisse de quatre doigts; on en fait des cottes d'armes, des boucliers & des socs de charruë.On appelle proverbialement, un nez derhinoceros, un homme qui a un nez gros & éminent. Les Latins ont dit d'un homme fin & rusé, qu'il avoir un nez derhinoceros.ROUVRE.s. m.C'est la seconde espece de chêne qui est moins haut que les autres, qui a le tronc & le branchage tortu, creux & fort dur, qui a l'écorce rabotteuse, & la feüille un peu moindre que le vray chêne. Il a un gland gros, long & mince, ayant une longue queuë, & fort agréable au bêtail. Il y a trois sortes de chêne. Le chêne ordinaire, lerouvre, & le chêne verd.Rouvrevient du Latinrobur.ROY.s. m.souverain, maître absolu. C'est la qualité qu'on donne à Dieu qui est le Roy, le souverain Créateur du Ciel & de la Terre, leRoy des Rois. On donne à J. C. sur la terre la qualité de Roy des Juifs.Roysignifie aussi Monarque qui commande seul & souverainement à une région de la terre. Les Grecs appelloient leRoyde Perse le Grand Roy. Les Europeans regardent le Roy de France comme leRoyle plus grand & le plus puissant de l'Europe: on l'appelle leRoytrés-Chrêtien: LeRoyLouïs XIV. est le plus grandRoyqui ait été depuis l'établissement de la Monarchie. LeRoyd'Espagne est appellé leRoyCatholique. LeRoydes Romains, est un Prince désigné Empereur, qui est une espece de Coadjuteur à l'Empire. On a aussi appelléRoyle Seigneur d'Yvetot.Roy,se dit aussi des personnes qui sont de vaines images ou representations duRoy: comme celui qu'on fait au jour desRoisqu'on nomme le Roy de la féve, c'est celui qui a trouvé la féve au gâteau dans sa part: On va faire lesRois, crier, LeRoy boit, en un tel lieu; pour dire, y faire la cérémonie de cette réjouïssance. On la célébre en l'honneur de la fête desRoisou de l'Epiphanie, & c'est pourtant une imitation des Saturnales des Payens. On appelleRoy, celui qui doit payer pour tous les autres un repas qu'on a joüé, & on dit alors qu'on a fait unRoy. On appelle aussi leRoydu bal celui qui en fait les frais, & qui danse la premiére courante. UnRoyde théatre, est unRoyen representation, ou unRoyqui laisse toute son autorité entre les mains de ses Ministres.Roy,se dit aussi entre les Animaux de celui qui est le plus excellent en leur espece. Le Lion est appellé leRoydes Animaux à cause de son courage. Le Phenix est leRoydes Oiseaux à cause de sa rareté, qui est encore plus grande qu'on ne pense. Le Basilic est appellé leRoydes Serpens, à cause qu'il tuë de ses regards, à ce que disent les Naturalistes qui ne l'ont jamais vû. Les Abeilles ont aussi leurRoyqu'on dit être femelle & sans aiguillon.Roy,se dit aussi de ce qui est excellent en chaque chose, de ce qu'on veut loüer: Cet homme a milles bonnes qualitez, c'est leRoydes hommes: Voilà un manger deRoy, un plaisir deRoy, pour dire excellent: Quand ce seroit pour leRoy, il ne seroit pas plus chaud, il ne seroit pas meilleur: C'est un homme qui a un cœur deRoy, qui est vaillant, liberal, magnifique, qui fait une dépense deRoy, qui traite enRoy, c'est à dire, fort bien.Roy,se dit aussi au jeu des Cartes, des quatre premiéres peintures, & on appelle ironiquement un jeu de cartes, le livre desRois. Aux Eschecs leRoyest la principale piéce du jeu à qui il faut donner échec & mat pour gagner. On dit aussi qu'aux Echecs les foûs sont les plus prés desRois; pour montrer qu'il n'est pas nouveau que les foûs ayent souvent l'oreille duRoy, la faveur duRoy.Pied deRoy, poulce deRoy, c'est la mesure publique des longueurs, sur laquelle on étalonne les autres. Le pied deRoya douze pouces, le pouce deRoya 12. lignes, ou grains d'orge. VoyezPied.Roy,se dit aussi en plusieurs phrases qui regardent la personne ou le service duRoy. On appelle Maison duRoy, non pas seulement son Palais, mais tous ses Officiers qui servent à sa Cour, & qui sont couchez sur l'Etat. A la guerre on appelle, la Maison duRoy, tous les gens de guerre qui servent à sa garde, tant cavalerie qu'infanterie. En général on dit, aller servir leRoy, pour dire, s'enroller, prendre parti dans ses troupes. La Justice s'exerce sous le nom & l'autorité duRoy, sous les ordres duRoy, de par leRoy. Tous les Officiers Royaux de Judicature s'appellent Conseillers duRoy, même les Notaires & les Secrétaires. On dit que les choses saisies sont mises sous la main duRoy& de Justice. Les Edits & Déclarations duRoy, Arrêt du Conseil d'Etat duRoy, donné leRoyétant en son Conseil. On appelle dans les Prisons le pain duRoy, celui qui est pris sur le fonds des amendes, que leRoydonne pour la subsistance des Prisonniers qui n'ont pas le moyen de se nourrir. On n'entend dans les réjouïssances que des cris de Vive leRoy. On appelle dans un siége lequartier duRoy, celui où est campé le Général. On appelle dans les grandes maisons, ou dans les hôtelleries, la Chambre duRoy, celle où il a couché une fois en allant par païs.Roy,se dit figurément en Morale. Un Stoïque dit que le sage est sonRoy, pour dire qu'il est maître de ses passions.Roy,s'est dit aussi autrefois de celui qui étoit le superieur, le premier, ou le Juge en quelque Corps & Compagnie. Ainsi on appelloit leRoydes Merciers, celui qui avoit l'œil sur les poids, aûnes & mesures des Marchands: leRoydes Barbiers, celui qui avoit droit de visite sur les autres: leRoydes Arbalêtriers, celui qui étoit le premier des Maîtres. On trouve des Lettres Patentes du Roy Charles VI. de l'an 1411. qui portent, qu'il a reçû la supplication desRois, Connêtable & Maîtres de la Confrairie des 60. Arbalêtriers de Paris. Il y avoit aussi unRoyde la Basoche pour les Clercs. UnRoydes Arpenteurs, &c. Il y a encore maintenant unRoydes Violons, qui est le Chef de la Maîtrise. Aux Jeux floraux on appelloit leRoydes Poëtes celui qui avoit emporté le prix, & qui l'année suivante jugeoit des poësies des autres. Il y a eu aussi un grand Officier à la Cour qu'on nommoitRoydes Ribauds. Il est expliqué àRibaud.LeRoyd'armes étoit autrefois un Officier fort considérable dans les armées & dans les grandes cérémonies. Il commandoit aux Herauts, il présidoit à leur chapitre, & avoit Jurisdiction sur les armoiries. Quelques-uns disent que ce fut Clovis qui institua ces sortes d'Officiers, & les baptiza du nom de son cri, S. Denys mont-joye; d'autres disent que ce fut Dagobert. La Colombiere prétend que ce fut le Roy Robert, & que le premier qui eut cette Charge, fut unnommé Robert Dauphin, noble & vaillant Chevalier. Charlemagne les appella compagnons desRois, & les reçût entre ses principaux Conseillers. Leur établissement en cette Charge se faisoit avec de grandes cérémonies, qui parce qu'elles sont curieuses, seront ici rapportées. Celui qui étoit élû par le Chapitre des Herauts, étoit presenté au Roy, qui lui donnoit des habits royaux d'écarlate fourrez de menu vair, qu'il lui faisoit vêtir par ses Valets de chambre: en suite il étoit conduit par le Connêtable & plusieurs Chevaliers, & tous les Herauts & poursuivans d'armes deux à deux, jusqu'au lieu où le Roy devoit entendre la Messe: là on le plaçoit devant l'autel dans une chaise sur un tapis velu, ayant à ses deux lez ou côtez des Chevaliers qui portoient les honneurs, comme la couronne, la cotte d'armes & l'épée. Le Roy arrivé lui faisoit faire serment sur les Evangiles, & lui donnoit le cri de Mont-joyeSaint Denys, avec plusieurs articles concernans ses fonctions: en suite le Roy le faisoit Chevalier, en lui donnant l'épée qu'il lui faisoit ceindre par le Connêtable, & le Roy lui mettoit sa cotte d'armes, lui accrochoit à la poitrine le blason émaillé des Armes de France, & lui mettoit la couronne sur la tête. Puis leRoyd'armes étoit assis dans la chaise du Roy vis à vis de lui pendant le service; & le Roy le faisoit dîner au bas bout de sa table, & servir par ses mêmes Officiers. Il lui faisoit un grand present dans une couppe d'or, & en suite il étoit reconduit en son hôtel avec la couronne sur la tête & la cotte d'armes sur l'habit royal par deux Maréchaux de France & plusieurs Chevaliers en grande cérémonie. Voyez dans Louvan Geliot plusieurs autres particularitez.LeRoyd'armesMont-joyea l'avantage de tenir le premier rang sur les autresRoisd'armes des Marches ou Provinces, lesquels avoient sous eux chacun deux Herauts & deux Poursuivans, qui composoient un College, dont le Chapitre se tenoit à Paris en l'Eglise du petit S. Antoine. Il est distingué des autres par sa cotte d'armes de velours violet cramoisi, ornée devant & derriere de trois grandes fleurs de lis en broderie d'or, surmontées & couvertes d'une couronne royale frangée & galonnée d'or: sur la manche droite trois fleurs de lis, & le nom & titre deMont-joyeécrit en broderie d'or; &Roy d'armes de Francesur la gauche. Anciennement il portoit sur sa poitrine un camayeu ou émail de crystal rechaussé d'or, garni & bordé de pierreries fines, où étoient peintes les armes du Roy: à present il porte un cordon large, d'où pend une médaille d'or avec l'effigie du Roy. Son bonnet est une toque de velours noir avec un cordon d'or semé de deux rangs de perles, & des touffes ou aigrettes de heron, il porte à la main droite un sceptre couvert de velours violet semé de fleurs de lis d'or en broderie, orné au bout d'une fleur de lis massive, chargée d'une couronne royale de même. Favin dit que la cotte d'armes desRoisd'armes de Province étoit appellétunique; ayant les manches courtes & arrondies par en bas, sur lesquelles étoient marquez les noms de leurs Provinces.LesRois d'armesont eu divers noms en divers lieux. Celui duRoy d'armesde France s'appelloitMont-Joye S. Denys. Celui de l'Empereur est appelléArche-Roy, qui est créé par l'Empereur aprés que le Marquis du S. Empire le lui a nommé. Celui du Roy d'Espagne s'appelleToison d'or, à cause de l'Ordre de la Toison dont leRoy d'Espagne est le Chef. Jean de S. Remy fut le premier Roy d'armes sous le nom de Toison d'or, qui a laissé un Traité de l'an 1463. où il rapporte les Ordonnances faites par les anciens Ducs de Bourgogne sur les Armoiries.En Angleterre il y a troisRois d'armes, nommezJarretiére,Clarence&Norroy. En Ecosse il est appelléLeon.Ils prennent aussi leurs noms des Ordres de Chevalerie, dont ils sontRois d'armes, comme celui duRoyLouïs XI.Mont S. Michel; celui des Ducs d'Orleans,Porc Epic; celui d'Anjou,Croissant; celui de Bretagne,Hermine, &c.Maintenant lesRois d'armessont bien déchûs de leur ancienne élevation & autorité. Le Grand Ecuyer prétend que la qualité deRoy d'armesest comme annexée à sa Charge, il en fait plusieurs fonctions, & en prétend les plus beaux droits. En la Cour des Ducs de Normandie lesRois d'armess'appelloientDucs d'armes.Roy,se dit proverbialement en ces phrases: Un Dieu, unRoy, une Loy. On dit aussi souhait deRoy, fils & fille. On dit d'un homme de bonne maison, qu'il est noble comme leRoy. Et on dit pour affirmer une chose: Cela est vray, ou leRoyn'est pas noble. On dit de celui qui a obtenu une chose qu'il souhaitoit fort: Maintenant leRoyn'est pas son cousin. On dit en parlant des choses qui sont hors d'usage: Cela étoit bon du temps duRoyGuillemot. On dit d'une assemblée tumultueuse: C'est la Cour duRoyPeto où chacun est maître. Voyez l'origine de ce proverbe àMaistre.On dit à table quand on prend du sel avec les doigts: J'ay vû leRoy. On appelle, joüer auRoydépoüillé, quand plusieurs personnes sont aprés quelqu'un pour le piller, le ruïner, pour en tirer chacun sa piéce. On dit aller où leRoyva à pied, pour dire à ses nécessitez. On dit, Qui aura de beaux chevaux, si ce n'est leRoy? quand on s'étonne de voir un homme riche bien meublé. On dit, Qui mange la vache duRoy, à cent ans de là en paye les os; pour dire que celui qui a manié les deniers duRoy, qui a fraudé les droits duRoy, en est recherché tôt ou tard. Pour se mocquer de celui qui dit absolument, Je le veux; on répond, Et leRoydit, Nous voulons. On dit d'un opiniâtre qui s'est placé quelque part, qu'il n'en sortiroit pas pour leRoy. On dit, au Royaume des aveugles les borgnes sontRois, pour dire que ceux qui ont moins de défauts, sont les plus estimables. On dit encore: Nous verrons cela avant qu'il soit trois fois lesRois; pour dire, dans quelque temps d'ici.

Oreillese dit proverbialement en ces phrases: Un chien hargneux a toûjours les oreilles déchirées, pour dire que les gens quérelleux sont sujets à être battus. On dit que les murs ont desoreilles, pour dire qu'on a beauparler secretement & à l'oreille, il y a toûjours quelque espion qui écoute, &c.

On dit qu'un homme se fait tirer l'oreille, pour faire quelque chose, quand il la fait à regret, ce qui se dit par allusion à une coûtume qu'avoient les Romains d'amener par l'oreille en justice, ceux qui ne vouloient pas y venir rendre témoignage d'une action qu'ils avoient vûë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'oreille, afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs témoignages dans Plaute, Virgile, & Horace, &c.

OREILLÉ.ée.adj.terme de Blason qui se dit des dauphins, lorsque leursoreillessont d'un émail different de leurs corps; on le dit aussi des grandes coquilles, quand elles ont desoreillesaussi d'émail different.

ORGUE.s. f.& autrefoismasculin. C'est le plus grand & le plus harmonieux de tous les instrumens de Musique qui est particuliérement eu usage dans les Eglises, pour célébrer l'Office Divin avec plus de solemnité. On fait pourtant dans les maisons particuliéres quelquesorguesportatives, qu'on nomme cabinets d'orgues, mais dans les Eglises, on appelle buffet d'orguescette construction de menuiserie qui enferme toute la machine. Le grand Buffet sert pour le grand jeu, qu'on appelle le grand corps, & le petit buffet pour le petit jeu qu'on nomme lepositif. Ce mot vient du Latinorganum.

L'orgueest composée de plusieurs tuyaux qui reçoivent le vent de gros soufflets, lequel est distribué par un sommier & par le moyen de plusieurs registres, qui ouvrent & ferment les ouvertures de ces tuyaux; & il y entre selon qu'on appuye les doigts sur les differentes touches du clavier.

On appelle accompagnement en l'orgueles divers jeux qu'on touche pour accompagner le Dessus, comme sont le bourdon, la montre, la flûte, le prestant, &c. Ceux de la grandeorguesont differents de ceux du positif.

La plûpart des piéces qui composent l'orguesont expliquées à leur ordre alphabetique: on dira seulement ici que lechassisest une des principales piéces de l'orgue, parce qu'on enchasse dedans l'ais du sommier sur lequel on pose les tuyaux; on applique sur la table du sommier des tringles d'épaisseur de membrure, qu'on appelleBarreaux, éloignées les unes des autres de deux doigts, pour faire place à 48.Raynuresoucransougraveures, sur lesquelles on met deschappesou des ais qui les couvrent, & dans l'intervalle vuide de cesRaynures, on fait entrer des Régles planettes & mobiles en forme de lattes, qu'on nommeRegistres, on perce ces trois piéces vis à vis l'une de l'autre, pour donner passage au vent dans les tuyaux, lesquels on applique sur le plus haut de ces trous, & cet assemblage s'appelle lesommierde l'orgue. On appelle lesecretde l'orgueune layette ou quaisse, où est reçû & réservé le vent de la souflerie, pour le distribuer par les sous-papes au sommier qui est derriére. Vitruve nomme lesommier canon musical.

On appelle letamis, la piéce de bois percée, à travers laquelle passent les tuyaux de l'orgue, & qui les tient en état.

L'orgue a deux ou trois & quelquefois quatre ou cinq claviers, dans les grands Buffets: ils sont divisez en plusieurs touches ou marches, comme ceux de l'Epinette & du clavessin. Chaque octave doit avoir 13. marches, &le clavier harmonique parfait en doit avoir 19. Uneorguea pour le moins 2000. tuyaux tant dans le grand Buffet que dans le positif, & elle a jusqu'à 8. octaves d'étenduë depuis le tuyau de 32. pieds jusqu'à celui d'un demi-pied. Ces tuyaux sont de bois, d'étain, ou de plomb. Il y a des tuyaux à anche & des tuyaux ouverts & d'autres bouchez, où on remarque que le tuyau bouché descend deux fois plus bas que celui qui est deux fois plus long, & qui est ouvert, parce que l'air qui y entre, & qui en sort, a deux fois autant de chemin à faire. Les tuyaux à cheminée sont ceux qui ont un petit tuyau soûdé au bout d'en haut d'un plus grand.

Les simples jeux de l'orguesont, la montre, le premier & le second bourdon, le prestant & la doublette, le flageolet, & le nazard, la flutte d'allemand, la tierce, la fourniture, la grosse cimbale, la seconde cimbale, le cornet, le larigot, la trompette, le clairon, le cromorne, la régale ou la voix humaine, la pédale, la trompette & la flûte de pédale, sans compter le tremblant qui n'est qu'une modification des jeux.

De ces jeux on en fait plusieurs composez, qu'on varie en une infinité de façons. On appelle le plein jeu de l'orguecelui qui est composé de la montre, du bourdon, du 16. & du 8. pieds, du prestant & de la doublette, de la fourniture & de la tierce. Les facteurs d'orguey ajoûtent d'autres jeux, ou en retranchent suivant leur different genie, ou la dépense qu'on y veut faire.

On appelle letemperament de l'orgueune diminution du ton majeur d'un comma, dont on augmente le ton mineur par une espece d'équation pour les rendre plus justes. L'inventionde l'orgueest fort ancienne: Vitruve en décrit une dans son dixiéme livre. L'Empereur Julien a fait une Epigramme à sa loüange. Saint Jerôme fait mention d'uneorguequi avoit 12. souflets, dont la layette étoit faite de deux peaux d'Elephant, & on l'entendoit de mille pas: il dit qu'il y en avoit une en Jerusalem qu'on entendoit du Mont des Olives.

On appelle aussiorguele lieu de l'Eglise où sont lesorgues. Il est allé auxorguesentendre le Sermon. Ce mot vient du Latinorganum. Salomon de Caux dit que le premier Auteur qui a écrit de l'orgueest Heron Alexandrin dans ses Pneumatiques. Le Pere Mersenne a fait une ample description de l'orgueaussi bien que Salomon de Caux. Le Begue a fait imprimer plusieurs piéces d'orgue, qui font voir comme on en peut mêler les jeux agréablement.

Orguesen termes de guerre est une machine composée de plusieurs gros canons de mousquet, attachez ensemble, dont on se sert pour défendre les brêches & autres lieux qu'on attaque, parce qu'on tire par leur moyen plusieurs coups tout à la fois.

Orguesest aussi une espece de herse, avec laquelle on ferme les portes des Villes attaquées: ce sont plusieurs grosses piéces de bois qu'on laisse tomber d'en haut, & qui ne sont point attachées l'une à l'autre par aucune traverse, comme sont les herses ordinaires, ou Sarrasines.

Orguesen termes de Marine sont des trous & ouvertures qui passent au travers du bordage d'un Vaisseau le long des tillacs ou des sabords qui servent de goutiéres pour l'écoulement des eaux: on les appelle autrementdalots.

ORIFLAME.s. f.les Anciens le faisoientmasculin. Etendart de l'Abbaye de Saint Denys. Quelques-uns ont dit qu'elle étoit semée de flammes d'or, d'où elle avoit pris son nom. Elle differoit de la Banniére de France qui étoit d'un velours violet ou bleu celeste à deux endroits semez de fleurs de lys d'or plus plein que vuide. Elle étoit aussi differente en la forme, parce que celle de France étoit toute quarrée sans aucunes découpures par le bas, non plus que les autres banniéres, au lieu que l'Oriflame étoit attachée au bout d'une lance en guise de gonfanon, qui d'abord étoit pendu sur le tombeau de Saint Denys, & ne servoit que pour l'Abbaye. Il étoit mis entre les mains de son Avoüé qui étoit le Comte de Vexin, pour défendre les biens de l'Eglise & du Monastére, c'étoit une espece delabarumou de gonfanon, ou de banniére comme en avoient toutes les autres Eglises, qui étoit fait de rouge & de soye de couleur de feu qu'on nommoitcendalousamit vermeil, qui avoit trois queuës, ou fanons, & étoit entouré de houppes de soye verde, &c.

PEAGE.s. m.Il s'est dit autrefois en général de toutes sortes d'impôts, qui se payoient sur les marchandises, qu'on transportoit d'un lieu à un autre: maintenant il se dit d'un Droit qu'on prend sur les voitures des marchandises pour l'entretien des grands chemins. La plûpart des Seigneurs s'attribuent des droits depéagesur leurs terres, sous prétexte d'entretenir les chemins, les ponts & chaussées. Anciennementceux qui tenoient ce droit, devoient rendre les chemins seurs, & répondre des vols faits aux passans. Cela s'observe encore en quelques endroits d'Angleterre & d'Italie, où il y a des gardes qu'on appellestationnaires, établis pour la seureté des Marchands, & entre autres à Terracine sur le chemin de Rome à Naples. Anciennement si un homme étoit détroussé en chemin public & entre deux soleils, le Seigneur Haut-Justicier qui levoit lepéage, étoit obligé de le rembourser. Il y a une Ordonnance de mille cinq cens septante portant abolition de touspéagesétablis depuis cent ans sur la riviére de Loire. La plûpart despéagessont de pures usurpations. L'Ordonnance de 1552. enjoint aux Seigneurs qui ont droit depéage, d'entretenir les ponts & passages. Lepéageest appellé de divers noms dans les Coûtumes & les Ordonnances. On le nommeBarrageaux entrées des Bourgs & des Villes,Pontenageaux passages des ponts,BilleteouBrunchiereaux passages de campagne, où on a mis pour signal un petit billot de bois attaché à une branche, on l'appelle quelquefoiscoûtumeou droit établi sans titre, quelquefoisprevôtéou menu droit casuel, & quelquefoistravers, qui est un droit qui ne se paye que sur la frontiére. Ce mot vient depaagium, abregé depassagiumselon Vossius cité par Ménage: d'autres disent depedagiumqu'on trouve aussi chez les Auteurs Latins. Borel le dérive depagusoupais.

PEAGER.s. m.Fermier du péage, qui exige & fait payer ce droit. LesPéagersdoivent mettre des billetes, des tableaux & pancartes en lieu éminent, pour faire connoître les droits qui sont dûs.

PEAUTREs. m.le gouvernail d'un vaisseau. On dit proverbialement à des importuns qu'on veut chasser loin de soy: Allez aupeautre: Je l'ay bien envoyé aupeautre, je l'ay bien envoyé promener.

PEAUTRÉen termes de Blason se dit de la queuë des poissons, lorsqu'elle est d'autre couleur que le corps, parce qu'elle est en effet le gouvernail des poissons: Il portoit d'argent au dauphin versé de sable, allumé, barbé &peautréd'or.

PEIGNE.s. m.petit instrument qui sert à décrasser & à nettoyer la tête, à arranger les cheveux, & à les tenir proprement. Il est fait d'un morceau de bois, d'ivoire, de corne, ou d'écaille de tortuë, divisé en plusieurs dents, ou petites ouvertures qui donnent passage aux cheveux. Lespeignesfont la principale garniture d'une toilette, d'une trousse, un étuy, une brosse àpeignes: les Dames se coiffent avec lespeignes: Les Courtisans fanfarons ont toûjours unpeigneà la main. Les Tyrans ont eu aussi despeignesde fer, pour tourmenter les Martyrs en leur déchirant la peau: Les grosses dents d'unpeignes'appellent lesoreilles. Ce mot vient du Latinpectem.

Peignese dit aussi de l'instrument avec lequel on carde, on démêle la laine, la bourre, la soye. Unpeignede Cardeur est un morceau de bois chargé d'une infinité de petites pointes recourbées de fil de fer.

Peignede Tisserand est une espece de chassis, ou treillis qui a un grand nombre de petites divisions ou ouvertures, dans chacune desquelles on passe les fils de la chaîne qui doit former la longueur de la piéce de la toile, oude l'étoffe: elles servent à les soûtenir, & à laisser passer la navette qui porte les fils qui doivent être en travers. Lespeignesde velours ont soixante ou quatre-vingt portées.

Peignede jable se dit chez les Tonneliers des morceaux de douve amenuisez par un bout, & qui entrent à force dans les cerceaux pour réparer un jable rompu.

Peignesen termes de Manége sont des gratelles farineuses qui viennent aux paturons du cheval, & qui font hérisser le poil sur la couronne.

Peignese dit figurément en choses morales: Il faut donner encore un coup depeigneà cet ouvrage; pour dire, il le faut revoir pour le polir davantage. On dit aussi qu'un Satirique a donné un coup depeigneà quelqu'un; pour dire qu'il en a fait quelque description maligne, qu'il l'a rendu ridicule.

Peignede Venus, est une plante medicinale, que les Medecins appellentpecten Veneris, & autrementscandix, qui est ainsi nommée, parce qu'elle a plusieurs cornets disposez comme unpeigneà peigner le lin. Sa tige est haute d'un demi pied, ses feüilles semblables aux pastenates sauvages, ou à la camomille. Elle jette plusieurs petits bouquets de fleurs blanches & menuës à la cime de ses branches, d'où sortent plusieurs petits becs ou aiguilles séparées les unes des autres, & disposées comme unpeignede Cardeur.

On dit proverbialement d'un homme qui est en mauvaise humeur, ou en colere, qu'il tueroit volontiers un Mercier pour unpeigne.

PEIGNER.v. act.décrasser sa tête, démêler, ou arranger ses cheveux avec un peigne: LesCourtisans sont toûjours bien peignez & bien frisez; c'est l'épithete ordinaire que donne Homere à tous ses Grecs.

Peignersignifie figurément rendre bien propre & bien ajusté: Cet ouvrage est bienpeigné, on y a mis la derniére main, il est fort poli & orné: Voilà un jardin bienpeigné, dont on a grand soin, il est fort propre & fort net.

On dit aussi en contre-sens que deux Harengeres se sontpeignées, quand elles se sont prises aux cheveux, décoiffées, égratignées. On dit aussi que le chat apeignéle chien, quand il lui a donné quelques coups de griffes.

PEIGNÉ.ée.part. pass. & adj.On dit de la lainepeignée, du chamvrepeigné, lorsqu'ils ont passé par les mains des Cardeurs, ou qu'ils ont eu quelque autre préparation pour les nettoyer.

PEIGNIER.s. m.Marchand & Artisan qui vend, ou qui fait des peignes.

PEIGNOIR.s. m.linge qu'on met sur ses épaules tandis qu'on est à sa toilette, qu'on se peigne: Les femmes en deshabiller ont de beauxpeignoirsà dentelles.

PEIGNURES.s. f. pl.cheveux qui tombent quand on se peigne: Les perruques ne se faisoient autrefois que depeignures.

PELLICAN.s. m.oiseau aquatique qui approche de la forme d'un heron, dont le cry ressemble au braire de l'âne, d'où vient que les Grecs l'ont appelléonocrotalos. On tient qu'il aime si fort ses petits, qu'il meurt pour eux, & se déchire l'estomach pour les nourrir. On en dit plusieurs fables, & onen fait l'hieroglyphe de l'amour paternelle.

Pellicanest un vaisseau de Chymie fait ordinairement de verre avec des anses creuses & percées, qui sert à faire plusieurs distillations des liqueurs par circulation; & à les réduire dans leurs plus petites parties.

Pellicanest aussi un ferrement dont se servent les Chirurgiens pour arracher des dents.

Pellicanest aussi un nom qu'on donne à une ancienne piéce d'artillerie, qui est un quart de coulevrine portant six livres de boulet. VoyezHanzelet.

PENDULE.s. m.poids attaché à une corde, ou à une verge de fer, lequel étant agité une fois, fait plusieurs vibrations jusqu'à ce qu'il se soit remis en repos. Les vibrations dupendulecontiennent un espace de temps parfaitement égal. Unpendulede trois pieds huit lignes & demie marque les secondes, & en Musique la mesure égale ou binaire. Galilée a le premier écrit & fait des observations sur le mouvement dupendule. On a trouvé par le moyen dupendulequ'un corps pesant en tombant, parcourt en une seconde de temps, un espace de quinze pieds & un pouce, mesure de Paris. On se peut servir dupendulecomme d'une mesure invariable & universelle pour les lieux les plus éloignez & les siécles les plus reculez, par le moyen d'une vibration qu'on aura trouvée être précisément d'une seconde de temps selon le mouvement du Soleil: car si par exemple on trouve que le pied horaire (c'est ainsi que Monsieur Huggens appelle la troisiéme partie de cependuleà secondes) étant comparé au pied de Paris, soit, comme il est en effet, en proportion de 864. à881. il sera aisé de faire la réduction de toutes les autres mesures du monde à ces mêmes pieds par le calcul. Mouton Chanoine de Lion a fait aussi un beau traitéde mensura posteris transmittenda, sur le même principe.

PENDULE.s. f.est une horloge de nouvelle invention qu'on fait avec unpendulequi en régle le mouvement égal par le moyen d'une ligne cycloïde, qu'on dit être inventée par M. Huggens, qui a fait un trés-beau Volumede horologio oscillatorioimprimé en 1673.

PENESouPESNESen termes de mer se dit des bouchons d'étouppe attachez à un manche, qui servent aux calfateurs à goudronner un vaisseau, & le suifver & brayer.

PENNAGE.s. m.Terme de Fauconnerie. Tout ce qui couvre le corps de l'oiseau de proye.Pennageblond, roux, noir, baglé, fleuri, turturin, cendré, &c. Selon les diverses couleurs que les oiseaux portent en leur robbe. L'oiseau a quatre sortes depennage: 1. leduvetqui est comme la chemise de l'oiseau proche sa chair; 2. laplume menuëqui couvre tout son corps; 3. lesvanneauxqui sont les grandes plumes de la premiére jointure des aîles; 4. lespennesqui s'étendent jusqu'à lapennedu bout de l'aîle qu'on appelle lecerceau.

PENNESouPANNES,terme de Fauconnerie. Sont les longues plumes des aîles, celles de la queuë s'appellentbalay. Les pennes croisées sont une marque de la bonté de l'oiseau. Toutes lespennesdes aîles ont leurs noms, une, deux, trois, quatre, cinq, lesrameaux& lecerceau; les pennes dubalaypareillement, le milieu, la deux, la trois, &c. Les oiseaux ont 12.pennesà la queuë. Ce mot vient depenna.

Pennesse dit aussi des petites plumes qu'onmet au bout d'une fléche, ou d'un matras pour les faire aller droit, d'où est venu le mot de trait bienempenné, & un matrasdesempenné. Lespennesse faisoient avec des plumes d'oye ou de gruë.

Penne,ouPennache,en termes de Blason se dit des plumes d'oiseau qu'on met sur le Chapeau pour orner la tête, quand on les peint sur des écus: De Marolles porte d'azur à l'épée d'argent; la garde en haut d'or, accôtée de deuxpennesoupennachesadossées du second, c'est à dire, d'or.

Penneen termes de Marine est le point, ou le coin des voiles Latines, ou à tiers point.

PENNON.s. m.Etendart à longue queuë, qui appartenoit autrefois à un simple Gentilhomme: c'est proprement un guidon à mettre sur une tente. Il est opposé à banniére qui étoit quarrée: car quand on faisoit quelqu'un Banneret, la cérémonie étoit de couper la queuë de sonpennon, d'où est venu un ancien Proverbe: Faire depennonbanniére; pour dire, passer à une nouvelle dignité. Il y a encore à Lion des Compagnies des quartiers qu'on appellePennonages, & leurs Chefs s'appellent CapitainesPennons. Ce mot vient du LatinPannus, parce que ces banniéres étoient autrefois faites de drap, ou d'autre riche étoffe, qui étoient comprises sous le même genre.

Pennongénéalogique, est en termes de Blason un écu rempli de diverses alliances des Maisons desquelles un Gentilhomme est descendu, qui sert à faire ses preuves de noblesse. Il comprend les armes du pere & de la mere, ayeul & ayeule, bisayeul & bisayeule: il est composé de huit, de seize, de trente-deux quartiers, &c. sur quoi on dresse l'Arbre généalogique.

PIED.s. m.Partie double de l'animal, qui lui sert à se soûtenir & à marcher. L'homme & les oiseaux n'ont que deuxpieds. La plûpart des animaux terrestres ont quatrepieds. La plûpart des insectes ont centpieds, c'est à dire, un grand nombre. Les serpens n'ont point depieds, ils rampent sur la terre. Les Marchands font accroire que les oiseaux de Paradis n'ont point depieds, ce sont eux qui les coupent.

Les écrevisses ont douzepieds. Les araignées, les mittes, les polypes ont huitpieds. Les mouches, les sauterelles, les papillons ont sixpieds. Les singes, les loups, la marmote marchent sur lespiedsde derriére.

En Autourserie on dit lepiedd'un vautour & d'un éprevier, au lieu qu'en Fauconnerie on dit la main de l'oiseau, du faucon.

Pieden tant qu'il appartient à l'homme, se marie avec plusieurs mots en diverses significations. On dit, lâcher lepied, pour dire, reculer, se défendre mal; gagner aupied, pour dire, prendre la fuite. On dit aussi qu'on ne peut mettre unpieddevant l'autre, pour dire, être foible, ne pouvoir marcher. On dit, mettrepiedà terre, pour dire, descendre de cheval; avoir lepiedà l'étrier, pour dire, être prêt à partir. On dit aussi, trouverpied, prendrepied: Il y apiedlà, lors qu'on trouve le fonds de la riviére, & qu'il n'est pas besoin d'y nager. On dit aussi, examiner un homme depuis lespiedsjusqu'à la tête, l'armer depieden cap. On dit aussi, qu'il sent lepiedde Messager, pour dire qu'il pue; & on appellepiedspourris, ceux qui ont toûjours lespiedsdans l'eau, comme ceux qui conduisent les trains de bois flotté. On dit qu'un homme a lepiedmarin, pour dire qu'il supporte aisément la fatigue de la mer, qu'il ne s'y trouve point mal. Onappellepiedplat un rustre, un paysan qui a des souliers tout unis. Prendre aupiedlevé, c'est à dire, sur le champ, sans delai. Avoir lepiedbot, c'est un nom général qu'on donne à unpiedestropié ou mal tourné, soit qu'il soit tourné en dedans, ce que les Latins appellentvarus; soit qu'il soit tourné en dehors, ce que les mêmes appellentvalgus. Avoir des cors auxpieds, c'est à dire, des calus ou des durillons. Porter lepieden avant, tourner bien lepied, attendre depiedferme. Un appartement de plainpied; & au figuré un galand de plainpied.

Piedfourchése dit des animaux qui ont lepiedfendu en deux seulement, comme les bœufs, les cochons, les moutons, les chévres, &c. Les Hebreux n'osoient manger la chair que des animaux qui avoient lepied fourché, & qui ruminoient. LePied fourché, est aussi une ferme d'un impôt qu'on léve aux portes de quelques Villes sur les animaux aupied fourchéqui s'y consomment. La ferme duPied fourchéest differente de celle duPied rond. On appelle despiedsde cochon assaisonnez desbas de soye. On appellepetits piedsla volaille, le menu gibier. Les Ecrivains appellent une écriture menuë & mal faite, despiedsde mouche.

Piedde cheval, c'est la partie de la jambe depuis la Couronne jusqu'au bas de la corne. Lepiedgauche s'appelle lepieddu montoir, & le droit, lepiedhors du montoir. On dit qu'un cheval a lepiedgras, quand il a la corne foible & mince, lors qu'il est difficile à ferrer; qu'il a lepiedusé, qu'il a lepiedmauvais, qu'il a lepieddérobé, lors qu'il a peu de corne, ou qu'il l'a usée pour avoir marchépied nud, c'est à dire, déferré; qu'il a lepiedcomble, lors que sa soleest arrondie par dessous, & qu'il a besoin d'un fer vouté.

Piedneufse dit d'un cheval à qui la corne est revenuë, aprés que le sabot lui est tombé, auquel cas il ne vaut rien que pour le labour. Le petitpiedest un os spongieux renfermé dans le milieu du sabot, & qui a toute la forme dupied. On dit aussi, remettre un cheval sur le bonpied, galoper sur le bonpied, quand on le fait aller uniment & sur les mêmespiedsqu'il a commencé de partir. On dit aussi, parer lepiedd'un cheval, pour dire, enlever la corne du cheval avec un boutoir autant qu'il est nécessaire pour le bien ferrer.

Piedse dit aussi des plantes & des arbres: Il a tant depiedsd'œüillets, tant depiedsd'anemones: Il a tant depiedsd'arbres fruitiers dans ce jardin, tant depiedsd'arbres dans cette forest. On appellepiedscorniers les gros arbres qui sont dans les encoignures des ventes qui se font dans les forêts, & qui se marquent par le Garde-marteau.Piedcornier, se dit aussi des longues piéces de bois qui sont aux encoignures des pans de charpente. On le dit aussi des quatre principales piéces qui font l'assemblage du bateau d'un carosse, qui soûtiennent l'imperiale, & où on attache les mains, où on passe les soûpentes.

Piedse dit aussi des choses tout à fait inanimées. Lepieddes Alpes, d'une montagne, d'un rocher. Lepiedd'une escabelle, d'une table, d'un bahut: lepiedd'un clavessin, d'un buffet, d'une platine: lepiedd'une lunette, d'un graphometre, sur lequel on pose sa genoüillére pour faire des observations. On appelle aussi lepiedd'une dentelle une petite dentelle qu'on coud à une plus grande pour la faire mieux paroître. On dit aussiqu'un homme a le nez fait enpiedde marmite, quand il l'a retroussé.

Pieden termes d'Architecture se dit premiérement des murs. Lepiedde la muraille, c'est l'escarpe: On a percé le fossé, on est aupiedde la muraille: On a sappé ce bastion par lepied; ce qui se dit aussi au figuré d'un raisonnement dont on a détruit le principe. On dit à la Paulme: Chasse aupied, on entend du mur.

Piedse dit aussi d'un talus, d'un penchant qu'on donne à des ouvrages pour les soûtenir, & particuliérement quand ils sont de terre: Ce rampart n'a pas assez depied, de talus, il s'éboulera. On dit aussi qu'il faut donner dupiedà une échelle, l'éloigner de la muraille pour y monter sûrement.

On dit en Jurisprudence: Lepiedsaisit le chef, c'est à dire, l'édifice suit la nature du sol, sur lequel on le peut élever tant qu'on veut.

Piedde fief en Jurisprudence feodale, se dit d'un fief dépecé & démembré, dont il est fort parlé en la Coûtume de Touraine.

Piedse dit aussi en parlant de ce qui est debout: Il a fallu être surpiedtoute la nuit pour veiller ce malade, ou à cause de cette allarme: Soyez surpieddemain dés cinq heures, pour dire, Levez-vous matin: Il se leva enpiedspour haranguer.

On dit d'un Courtisan, qu'il est obligé de faire lepiedde gruë, pour dire, qu'il faut qu'il se tienne toûjours debout; qu'il fait lepiedderriére, quand il fait la reverence, & burlesquement qu'il faut qu'il fasse lepiedde veau, quand il est obligé d'aller saluer quelque Puissant. On dit aussi, qu'il n'a pas mis lepieddans une maison,pour dire, qu'il n'y est point entré depuis un tel temps. On dit de celui qui s'opiniâtre à demeurer dans un logis, qu'il n'en veut sortir que lespiedsdevant, c'est à dire, étant mort.

On dit en ce sens & en termes de Guerre, mettre une armée, des troupes surpied, pour dire, les lever & les entretenir. Un Capitaine, un Lieutenant enpied, c'est à dire, qui subsiste, qui n'est point réformé. On dit aussi des Compagnies, des Régimens de gens depied, pour dire, de l'Infanterie. On appelle aussi un Valet depied, celui qui sert & qui suit àpiedle Roy & les Princes.

On dit en termes de Marine, que des marchandises sont enpied, pour dire qu'elles sont encore en nature, & qu'un Marchand les peut revendiquer en payant les frais du sauvement. On dit aussi qu'un vieux Château, un bâtiment sont encore surpied, pour dire qu'ils subsistent, qu'ils ne sont point abattus.

Piedde Roy est une mesure contenant douze pouces, ou cent quarante quatre lignes. Unpiedquarré est la même mesure en longueur & en largeur, qui fait cent quarante quatre pouces de superficie. Unpiedcube est la même mesure selon les trois dimensions. Lepiedcube a huit cent quarante-quatre pouces cubes. Lepieddes anciens Romains avoit quatre palmes, & on l'appelloitpiedRomain, oupieddu Capitole. LepiedRhenan, ou lepiedde Leyden, est celui qui sert de mesure à tout le Septentrion: sa proportion avec lepiedRomain est comme de 950. à 1000. Voyez Casimir Polonois, qui dans sa Pyrotechnie a fait la réduction aupiedRhenan de tous les autrespiedsdes plus fameuses Villes de l'Europe.

Pieden termes de Poësie Grecque & Latine est la mesure des vers. Un vers hexametre a sixpieds, un pentametre en a cinq. Lespiedssont composez de deux syllabes, comme le spondée & l'iambe, ou de trois, comme le dactyle & l'anapeste.

Piedsignifie aussi mesure de proportion. Toutes les moyennes d'or se réglent pour leur poids & leur valeur sur lepiedde l'écu sol, à proportion de son titre: On a fait cette contribution sur lepiedde vingt mille écus: On l'a payé sur lepiedde cent écus de gages: Sur cepied-là il lui faut cent francs: Les Rentes se constituënt sur lepieddu denier 20. On dit aussi, réduire une figure au petitpied, pour dire, faire la copie d'un grand tableau en petit avec les mêmes proportions; ce qui se fait avec le chassis, le parallelogramme, ou le singe.

Pieden termes de Teinturiers se dit des premiéres couleurs qu'on donne aux étoffes teintes en grand & bon teint, pour en recevoir aprés d'autres qui ayent plus d'éclat ou de durée. Ainsi on dit que les Teinturiers du bon teint doivent donner aux étoffes unpiednecessaire de pastel, de garence ou de cochenille, devant que de les envoyer aux Teinturiers du petit teint; & ils sont obligez de laisser à la tête de la piéce une rosette de chaque sorte depieddu bon teint qu'ils luy auront donné.

Piedse dit figurément en plusieurs choses morales. On dit, mettre ses injures, ses ressentimens aupieddu Crucifix, pour dire, les oublier, les pardonner pour l'amour de Dieu. On dit au contraire, mettre quelqu'un sous sespieds, pour dire, le ravaler & le mépriser. On dit, se jetter auxpiedsde quelqu'un, pour dire, implorer sa grace, sa misericorde. On dit qu'unhomme, est auxpiedsde la Cour, pour dire, qu'il est dans le Parquet de l'Audience. On dit, qu'un homme est à la Cour sur le bonpied, pour dire, en crédit, en fortune; qu'on le va voir sur lepiedde bel esprit, de sçavant. On dit aussi qu'on s'est réduit au petitpied, pour dire, qu'on a retranché son train, diminué sa dépense. On dit prendre les choses aupiedde la lettre, pour dire, à la rigueur & sans vouloir souffrir d'interpretation.

Piedse dit aussi en ces composez,d'arrache-pied, àclochepied,marchepied,trepied,chevrepied,pied leger, drap depied, tapis depiedqui sont expliquez à leur ordre.

APIED,adverbial, se dit en ces phrases: êtreà pied, c'est-à-dire, n'avoir ni cheval, ni carrosse: être venu de sonpied. On dit aussi qu'on a mis quelqu'unà pied, quand on luy a fait vendre son équipage. On dit qu'il fait bon d'allerà piedquand on tient son cheval par la bride; qu'un cavalier qui n'a pas soin de son cheval, mérite d'allerà pied. On dit aussi, passerà pied sec; allerpied à pied, avancer peu à peu une affaire, accroître petit à petit sa fortune. Ou dit à la Guerre, gagner le terrainpied à piedlorsqu'on attaque une place dans les formes, qu'on fait des approches par trenchées.

Piedse dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit qu'un homme a trouvé chaussure à sonpied, pour dire, qu'il a trouvé une chose qui luy est fort convenable, ou au contraire quelqu'un qui luy résiste en face, qui se défend bien contre luy. On dit qu'il est déferré des quatrepieds, quand il a été si bien repoussé & contredit qu'il ne sçait plus que dire, ni que faire. On dit qu'un homme a bonpied, bon œïl, pour dire, qu'il se porte bien, & qu'il est fort vigilant,qu'il entend bien ses interêts; qu'il tientpiedà boule, qu'il est assidu à son travail; qu'il ne se mouche pas dupied, pour dire qu'il est fin & difficile à surprendre; qu'il tirerapied, ou aîle d'une affaire, pour dire qu'il en aura l'avantage de quelque façon qu'elle tourne; & qu'il le trouve toûjours sur sespieds, pour dire, qu'il subsiste, quelque changement d'affaires qui arrive. On dit qu'il s'est tiré une grande épine dupied, lorsqu'il a surmonté quelque grande difficulté, qu'il s'est tiré d'une grande inquiétude; & on dit de celuy qui est ruïné, qui n'a plus moyen de faire le fanfaron, qu'il ne sçait plus sur quelpieddanser, qu'il est obligé d'aller à beaupiedsans lance. On dit de celuy qui est joyeux du succés de quelque affaire, qu'il croit tenir Dieu par lespieds. On dit qu'un homme a eu unpiedde nez, quand il a été trompé dans ses esperances. On dit qu'il a mis le pied dans la vigne du Seigneur, pour dire honnêtement qu'il a trop beu. Un Sergent dit que la vache a bonpied, lorsqu'une chose saisie est suffisante pour payer les frais d'un procés, ou que la partie qui poursuit, est riche. On dit lorsqu'on attend une chose promise qui ne vient point, qu'elle n'a point depieds. On dit d'un grand criminel, qu'on l'a amenépieds& poings liez, & qu'on l'a emmenépiedchaussé, l'autre nud, pour dire, en diligence, sans luy donner le loisir de s'habiller. Sa partie luy tient lepiedsur la gorge, pour dire, luy propose des conditions fort déraisonnables. On dit de ceux qu'on fait partir brusquement: Beuvez un coup, & haut lepied. On dit de celuy qui cause beaucoup, qu'il a lespiedschauds. On dit d'une personne gaye, qu'elle a toûjours unpieden l'air; & d'un vieillard, qu'il a déja unpieddans la fosse. On dit qu'un homme qui a quelquegrand sujet de tristesse, qu'il séche surpied, qu'il voudroit être centpiedssous terre. On dit d'un miserable qui n'a point de bien, que c'est unpiedd'escaut, qu'il a lespiedspoudreux. On dit aussi qu'un homme fait rage de sespiedstortus: Chercher cinqpiedsà un mouton où il n'y en a que quatre: Chercher àpied& à cheval. On dit aussi: Jamais coup depiedde jument ne fit mal au cheval: pour dire, qu'un homme ne se doit point fâcher des injures, ou des maux que luy font les femmes. On dit, aller dupiedcomme un chat maigre, comme un Basque. On dit, aller où le Roi va àpied, pour dire, aller à ses nécessitez. On appelle populairement un pendu, un Evêque des champs qui donne la benediction avec lespieds.

Piedd'aloüette, fleur qu'on appelle en Latinconsolida regalis. Il y en a de plusieurs couleurs, de violettes, de gris-de-lin, de rouges, de blanches & de bleuës, il y en a aussi de pennachées. Elle fleurit aux mois de Juillet & d'Août.

Piedde biche, est la barre de fer qui sert à fermer les portes cocheres, qui se divise par un bout en deux crampons qui entrent dans les ferrures de la porte, & qui est par l'autre bout scellée dans la muraille.

Piedde chat, fleur dont on fait des sirops & des conserves pour les poulmoniques.

Piedde cheval, herbe, en Latintussilago. VoyezPas d'asne.

Piedde chévre est le composé de deux petits fers mobiles en charniéres, dont l'un se peut mouvoir d'un côté, & non pas de l'autre; c'est une piéce qui sert à faire la détente des horloges.

Piedde chévre est aussi une pince dont on se sert à remuër les pierres & les fardeaux, qui a un bec aigu, courbé & refendu.

Piedestal.s. m.C'est la partie basse de la colomne sur laquelle pose son fust. Il est composé de trois parties, de sa base, de son dé, & de sa corniche, qui ont differentes mesures suivant les divers ordres. On l'appelle aussistilobate, quelquefoispatin.

Pieddroit, terme d'Architecture, est le jambage d'une porte ou d'une fenêtre, les parements de pierre de taille qui sont des deux côtez d'une porte, où les gons de la porte sont fichez, où on attache la menuiserie des fenêtres. On le dit aussi des jambages des cheminées: Lespiedsdroits des fenêtres doivent être embrasez & refeuïllez au moins de deux pouces, afin que la menuiserie puisse joindre contre les murs.

Pieddegriffonest un instrument de Chirurgie, qui est de fer avec deux crochets, qui sert dans les accouchemens difficiles, à tirer la tête de l'enfant demeurée dans le ventre de la mere.

Piedde liévre se dit de ce qui sert aux Ecrivains à frotter & lisser leur papier, c'est en effet, un vraypiedde liévre.

Piedde liévre est aussi une herbe qui croît parmi les bleds qu'on appelle autrementbenoîte,galliotouressize, en Latinlagopusoupes leporinus.Silvaticusla prend pour lacaryophylata, ainsi nommée, parce qu'elle sent le girofle. C'est aussi le nom d'un oiseau ainsi appellé, parce qu'il a lespiedsvelus comme un liévre.

Piedde lion, oupatte de lionest une plante qui croît parmi les bleds & les champs, qui porte une tige haute d'un bon palme, qui a quelques concavitez, d'où elle jette plusieurs aîles, portant à sa cime deux ou trois grains dans des gousses en forme de cices. Ses fleurs sont rouges, & semblables à celles d'anemones; ses feüilles ressemblent à celles des choux, mais elles sont chiquetéescomme celles de pavot; sa racine est noire & faite comme une rave, mais toute bossuë & pleine de durillons, en Latinleontopetalon. Il y a une espéce depied de lionqui a la feüille comme la maulve; mais elle est plus dure & plus retirée, compartie en huit angles fort apparents, & dentelée tout à l'entour, si bien qu'en l'ouvrant & l'étendant elle est faite comme une étoile. Sa fleur est pâle, de pareille figure, & petite: elle naît au haut de ses tiges qui ont demi coudée, ce qui l'a fait appeller en Latinstellaria,alchimilla,pes, oupata leonis.

Piedd'oiseau, autre plante appellée en Latinornithopodium.

Piedoucheest un petitpiedestalqu'on met sous un buste, ou une petite figure, dans un cabinet, dans une gallerie. Il est ordinairement de marbre, on en fait quelques-uns de bois.

Piedd'oye est une plante qu'on nomme en Latinpes anserinus,tota bona.

Piedde veau, autre herbe, en Latinarum.

Piedde geline, herbe. VoyezFumeterre.

PHOSPHORE,s. m.C'est une pierre qu'on appelle autrementpierre de Boulogne, qui imbibe la lumiére étant exposée au Soleil, & qui étant bien enveloppée, la conserve pour rendre en un lieu obscur aussi long-temps qu'elle a demeuré à la recevoir. Elle est trés-claire, & pesante, & semblable au plâtre; elle contient beaucoup de sel & de cendres caustiques. Elle soûtient une forte calcination: elle est transparente comme le talc qu'on appellele miroir des ânes; mais elle se réduit plûtôt en brins qu'en lames. On l'appellepierre de Boulogne, à cause qu'on la trouve prés de Boulogne la Grasse dans le mont Paterna qui en est à quatre milles. Il y en a aussi quantité dans l'Embrunois. On pile cette pierre en poussiere trés menuë, on en fait de petits gâteaux en la paîtrissantavec de l'eau commune & du blanc d'œuf; on la laisse secher à l'ombre, & puis on la calcine dans un fourneau de reverbere. Si on en fait des crucifix, aprés qu'ils auront été exposez le jour au soleil, ils rendront la nuit une trés-grande lumiére.

On a vû depuis quelque temps d'autresphosphoresartificiels faits avec des compositions, &c.

RAMADAN.Terme de Relations. C'est ainsi qu'on appelle le Carême des Mahometans, pendant lequel ils jeûnent tout le jour avec tant de superstition, qu'ils n'oseroient laver leur bouche, non pas même avaler leur salive. Les hommes peuvent se baigner, pourvû qu'ils ne mettent point la tête dans l'eau, de peur qu'il n'y en entre quelque goutte par la bouche ou par les oreilles; mais les femmes ne le peuvent pas, de peur de prendre l'eau par en bas. En récompense ils font bonne chere la nuit, & dépensent plus en ce mois qu'en six autres.

RAMBERGE.s. f.Terme de Marine, vaisseau Anglois en forme de patache, qui sert à faire la premiére garde à l'entrée d'un port où elle est entretenuë, & à aller faire la découverte, étant legére, & plus petite que les autres. Il y a pourtant des Auteurs qui parlent desRambergesd'Angleterre comme des plus gros vaisseaux qu'on mette en mer en ce païs-là.

RAT.s. m.Petit Animal nuisible, que quelques-uns mettent au rang de la vermine, lequel se fourre dans les trous des maisons, & ronge les grains & les hardes. Esope a fait une fable duRatde ville & duRatde village. Il y a desRatsdegrenier qui vivent du grain; & desRatsd'eau, qui vivent de poisson, & qui habitent le long des étangs; l'un s'appellemus, l'autre,mus aquaticus. On confond dans le langage ordinaire les souris & lesRats, quoi que ce soient des espéces differentes. Il y a des souris de campagne qu'on appellerattes rousses. LesRatsd'Egypte ont le poil dur & picquant, comme le herisson. Les Naturalistes distinguent lesRatsen plusieurs espéces, qui sont bien differentes selon les païs. LesRatsde Pont sont blancs, & ont le dessus de la queuë fort noir, elle n'a qu'un doigt de long: ils sont gros comme des escurieux: Mathiole croit que c'est la même chose que l'hermine. LesRatsLassiques sont blancs & cendrez, ils ont le ventre blanc, & sont plus grands que les hermines; c'est ce qu'on appelle en Blason menu vair, & chez les Foureurs petit gris. LesRatsde Nuremberg sont gros comme fouïnes, & ont le poil semblable à celuy du liévre; ils ont la queuë courte, & n'ont point d'oreilles, mais seulement deux trous qui leur en tiennent lieu. LesRatsde Hongrie tirent sur le verd, & ressemblent aux bellettes, mais ils ne sont gueres plus gros que des souris. LesRatsd'Inde ont le poil presque semblable aux marmottes, à la réserve qu'il est mêlé de plusieurs poils blancs, qui le font paroître argenté: ils ont la tête longue, le museau long, & les oreilles fort petites, ils sont gros comme des chats, mais ils ont les pieds plus petits, & le poil plus rude: on les appelle aussiRatsde Pharaon, ouRamadous; & quelques Auteurs tiennent que c'est une espéce d'Icneumon. On met aussi les Marmottes au rang desRats: car on les nomme en Latinmus montanus. Quelques-uns mettent aussi l'escurieu au rang desRats, parce qu'il ressemble extrêmement auRat Pontique; & pareillement les loirs ou glirons qui sont des espéces de marmottes, qu'on appellemus Alpinus, & pareillement les chauve-souris qu'on appellemus pennaticus. Les mulots passent aussi pour une espéce deRatscachez en terre,mus silvaticusoucampestris. Il y a dans les villes de l'Indostan desRatssi gros & si affamez, qu'ils attaquent même les hommes, lorsqu'ils sont dans leur lit. Ce mot vient de l'AllemandRatsignifiant la même chose.

On appelle ironiquementRatde cave, un Commis des Aides qui va visiter & marquer les tonneaux des Cabaretiers, pour en faire payer le Gros & Huitiéme.

On appelle de l'Arsenic, de la mort auxRats, & généralement toute sorte de poison; & on dit d'une femme qui a empoisonné son mary, qu'elle luy a donné de la mort auxRats.

On dit des méchans Auteurs, qu'ils ont à craindre les Beurrieures & lesRats.

En termes de Manége on appelle un cheval, queuë deRat, quand sa queuë est dégarnie de poil; on appelle aussi queuë deRat, des calus qui viennent aux jambes de derriére plus bas que le jarret.

En terme de Marine on appelle queuë deRat, le cordage qui est plus gros par le bout d'en haut que par celuy d'en bas; ainsi on dit des escoutes à queuë deRat, des couëts à queuë deRat, quand ils sont attachez avec des cordes.

Rat, est aussi un nom que donnent les calfateurs à une espéce de ponton composé de bordages ou de planches, qui leur sert à donner le radoub au vaisseau.

Rat, est aussi un nom qu'on donne aux courants d'eau, ou aux contremarées, qui sont des mouvemens d'eaux contraires & fort dangereux,qu'on trouve sur tout dans les canaux où les mers sont serrées, comme dans le détroit de Magellan.

Quelques Ouvriers appellentRatsles trous de filiéres qui servent à dégrossir l'or, l'argent, le leton, & à le réduire en fils déliez.

Rat, se dit proverbialement en plusieurs phrases. On dit, que la montagne est accouchée d'unRat, pour dire, qu'il est venu un petit effet d'une grande attente. On dit du reste de quelque chose endommagée: Voilà ce que lesRatsn'ont pas mangé. On dit d'un homme qui paye mal, ou en petites parties, & en donnant des hardes & de mauvais effets, qu'il paye en chats & enRats. On dit aussi d'un logis étroit, obscur & sale, que c'est un nid àRats. On dit d'un homme pauvre, qu'il est gueux comme unRatd'Eglise. On dit aussi: A bon chat bonrat, en parlant de celuy qui se sçait bien défendre, quand on l'attaque. On dit, que des gens sont heureux commeratsen paille, lorsqu'ils ont abondance de vivres, & qu'ils les mangent en repos. On dit aussi qu'une arme a pris un rat, lorsque le chien s'est abattu, & que l'arme n'a pas pris feu: on le dit aussi de celuy qui a manqué son coup en quelque autre sorte d'affaires. On dit d'une personne de fort petite taille, qu'elle n'est pas plus haute qu'unrat.

RATE.s. f.Terme d'Anatomie, partie du corps des Animaux située en l'hypocondre gauche à l'opposite du foye. Sa partie cave est tournée vers le foye & le ventricule, & la gibbeuse vers les extrêmitez des épines des côtes. Elle est de figure longue & quadrangulaire, & ressemble à une langue de bœuf. Hippocrate la compare à la plante du pied d'un homme. Sa chair est comme du sang caillé, rare & lâche comme uneéponge, propre pour recevoir & boire les grosses humeurs du foye. Galien dit, que l'usage de larateest de nettoyer le sang feculent, & d'attirer l'humeur mélancolique; & pour cela quelques-uns l'ont appelléefaux foye, & d'autresl'organe du ris; d'où vient qu'on dit de ceux qui se réjouïssent, qu'ils s'épanouïssent larate. Laraten'est autre chose qu'un tissu de veines, d'artéres & de fibres nerveuses entrelacées ensemble, & ce tissu qui fait sa substance, est ce qu'on appelle leparenchyme de la rate; il est recouvert d'une membrane composée aussi de fibres nerveuses capable de constriction & de dilatation: sa membrane vient du peritoine, & ses veines du rameau splenique; & il y a un petit nerf inseré, qui vient de la sixiéme conjugaison du cerveau. C'est une maxime que la plus granderateest toûjours pire que la plus petite: car quand elle s'enfle, elle rend toûjours le corps mal composé. On dit qu'on ôte larateaux Couriers du Grand Seigneur, afin qu'ils courent mieux; mais c'est une fable, car un homme ne sçauroit vivre sansrate, quoi qu'on ait vû des chiens vivre quelque temps aprés qu'on la leur avoit ôtée. Les Animaux qui ont peu de sang limoneux, n'ont point derate.

L'Empereur Trajan appelloit le Fisc laratede l'Empire, parce que plus larates'enfle, plus le reste du corps diminuë; ainsi plus le Fisc s'enrichit, plus le Peuple s'appauvrit.

On dit proverbialement & ironiquement à ceux qui tiennent quelque discours ridicule & peu vray-semblable: Vous avez bon foye, Dieu vous sauve larate.

RATELEUX.euse.adje.Qui est sujet aux maux derate, aux opilations derate: Lesrateleuxont le corps livide & plombé: lesrateleuxsont ceux qui ont larateenflée contre nature, ou qui l'ont endurcie de longue main, de sorte qu'on y apperçoit déja une tumeur skirrheuse. On les appelle autrementspleniques.

RATEPENNADE.s. f.Oiseau nocturne, chauve-souri. En Latinmus pennatus,vespertilio.

RESINE.s. f.Gomme, suc gras & visqueux qui coule des pins ou sapins, & de quelques autres arbres, qui s'enflamme aisément, & dont on fait de la poix & autres drogues. On mêle lapoix resinedans les flambeaux. Le mastic est laresinedu lentisque. Le camphre est une espéce deresine. La meilleure de toutes lesresinesest la terebenthine qui doit être blanche & claire, tirant un peu sur le pers; & aprés, celle du lentisque, du pin & du sapin, & enfin celle de la pesse. Le cyprés produit aussi uneresineliquide qui a les mêmes proprietez que les autres. Pline distingue seulement deux sortes deresine, la liquide & la seiche. Laresineseiche se tire des pommes de pin, de sapin & de la pesse, on l'appelle proprement poixresine. La meilleure est celle qui est odorante & transparente, qui n'est ni seiche, ni humide, & qui ressemble à la cire. On fait cuire, seicher & brûler lesresinespour en tirer de la suye, comme on fait de l'encens, ou pour en faire de la colophone qu'on appelleresine frite.

RESINEUX.euse.adje.Bois qui produit de laresine. Dans les montagnes on fait des flambeaux d'une branche de pin & d'autres boisresineux.

RETINE.s. f.Terme d'Optique & d'Anatomie. C'est une des tuniques de l'œïl, qu'on met la cinquiéme en ordre, & qu'on appelle aussiretiformeoureticulaire, parce qu'elle est faite en forme de rets. Elle naît de la substancemoëlleuse du nerf optique dilaté, c'est pourquoi elle est molle & blanche, & ressemble à de la cervelle délayée, ou à du papier huilé, & elle a la transparence de la corne des lanternes. C'est en cette partie que se fait la vision, ou l'impression des images, des objets, par le moyen des rayons de lumiére qui partent de chaque point de l'objet, qui se brisent dans le crystallin, & se vont peindre au fond de l'œïl sur laretine. On fait desretinesde papier huilé, ou d'une glace dépolie dans des yeux artificiels qui montrent clairement & sensiblement, comment se fait l'action de la vûë, & tournent en ridicule l'opinion de plusieurs Anciens qui croyoient qu'elle se faisoit par émission de rayons.

RETROGRADATION.s. f.Terme d'Astronomie, action par laquelle on marche, ou on se meut en arriére. On ne le dit guere que des planettes: Laretrogradationde Mars & de Saturne.

RETROGRADE.adj. m. & f.Qui marche en arriére, à reculons, ce qu'on compte à rebours: Le mouvement des écrevisses estretrograde. Quand au lieu de dire, 1, 2, 3, 4. on dit 4, 3, 2, 1. on appelle cela un ordre retrograde. Il y a des versretrogradesoù on trouve les mêmes mots en les lisant à rebours, commeRoma tibi subitò motibus ibit amor: on les appelle aussirecurrents, &reciproques. Il y en a plusieurs exemples dans Pasquier.

Retrograde,en termes d'Astronomie, se dit d'un mouvement apparent des planettes, quand elles semblent reculer au lieu d'avancer. On les appelle directes, quand elles vont selon l'ordre, la suite & la succession des signes, comme d'AriesenTaurus, deTaurusenGemini, &c. comme lorsqu'elles vont du perigéeen l'apogée; & au contraire quand elles vont de l'apogée au perigée, elles sontretrogrades, & paroissent aller contre la succession des signes, deGeminienTaurus, deTaurusenAries, &c. la raison de ce phénomene est expliquée dans la Théorie des planettes de Quepler & d'autres Astronomes.

RETROGRADER.v. n.marcher ou se mouvoir en arriére, faire une chose à rebours, contre l'ordre naturel. Les planettes semblentretrograderaprés qu'elles ont été stationaires: la Lune & le Soleil ne retrogradent jamais: Les faiseurs d'acrostiches tâchent de trouver les mêmes mots, soit qu'on les lise de droit fil, ou enretrogradant: Cet écolier va enretrogradant, au lieu de monter de Cinquiéme en Quatriéme, il l'a fallu remettre en Sixiéme: Ceux qui font paroître de grands efforts de mémoire disent plusieurs mots ou nombres enretrogradantcontre l'ordre naturel.

RHINOCEROS.s. m.Bête farouche à quatre pieds, ainsi nommée à cause d'une corne qui lui sort du nez. Pline dit que c'est l'ennemi de l'Elephant, qu'il s'aiguise la corne, quand il veut le combattre, tâchant de le frapper au ventre où il a la peau la plus tendre. Du Bartas a fait une belle description de ce combat qu'on tient fabuleux. LeRhinocerosest de la longueur de l'Elephant, mais il a les jambes plus courtes, & les ongles des pieds fendus. Pausanias asseure qu'il a deux cornes, l'une fort grande sortant du nez, l'autre petite, mais trés-forte qui pousse en haut; & quelques-uns disent que ces cornes ne sont point arrêtées, mais s'agitent de part & d'autre, & que quand il entre en colere, elles deviennent si roides & si dures, qu'elles déracinent un tronc d'arbre, quand elles le heurtentde front. Festus croit que c'étoit un bœuf d'Egypte, quoi qu'il ait la tête & le museau d'un cochon. On le chasse pour avoir sa peau qui est trés-dure & trés-forte, étant toute couverte d'écailles, & épaisse de quatre doigts; on en fait des cottes d'armes, des boucliers & des socs de charruë.

On appelle proverbialement, un nez derhinoceros, un homme qui a un nez gros & éminent. Les Latins ont dit d'un homme fin & rusé, qu'il avoir un nez derhinoceros.

ROUVRE.s. m.C'est la seconde espece de chêne qui est moins haut que les autres, qui a le tronc & le branchage tortu, creux & fort dur, qui a l'écorce rabotteuse, & la feüille un peu moindre que le vray chêne. Il a un gland gros, long & mince, ayant une longue queuë, & fort agréable au bêtail. Il y a trois sortes de chêne. Le chêne ordinaire, lerouvre, & le chêne verd.Rouvrevient du Latinrobur.

ROY.s. m.souverain, maître absolu. C'est la qualité qu'on donne à Dieu qui est le Roy, le souverain Créateur du Ciel & de la Terre, leRoy des Rois. On donne à J. C. sur la terre la qualité de Roy des Juifs.

Roysignifie aussi Monarque qui commande seul & souverainement à une région de la terre. Les Grecs appelloient leRoyde Perse le Grand Roy. Les Europeans regardent le Roy de France comme leRoyle plus grand & le plus puissant de l'Europe: on l'appelle leRoytrés-Chrêtien: LeRoyLouïs XIV. est le plus grandRoyqui ait été depuis l'établissement de la Monarchie. LeRoyd'Espagne est appellé leRoyCatholique. LeRoydes Romains, est un Prince désigné Empereur, qui est une espece de Coadjuteur à l'Empire. On a aussi appelléRoyle Seigneur d'Yvetot.

Roy,se dit aussi des personnes qui sont de vaines images ou representations duRoy: comme celui qu'on fait au jour desRoisqu'on nomme le Roy de la féve, c'est celui qui a trouvé la féve au gâteau dans sa part: On va faire lesRois, crier, LeRoy boit, en un tel lieu; pour dire, y faire la cérémonie de cette réjouïssance. On la célébre en l'honneur de la fête desRoisou de l'Epiphanie, & c'est pourtant une imitation des Saturnales des Payens. On appelleRoy, celui qui doit payer pour tous les autres un repas qu'on a joüé, & on dit alors qu'on a fait unRoy. On appelle aussi leRoydu bal celui qui en fait les frais, & qui danse la premiére courante. UnRoyde théatre, est unRoyen representation, ou unRoyqui laisse toute son autorité entre les mains de ses Ministres.

Roy,se dit aussi entre les Animaux de celui qui est le plus excellent en leur espece. Le Lion est appellé leRoydes Animaux à cause de son courage. Le Phenix est leRoydes Oiseaux à cause de sa rareté, qui est encore plus grande qu'on ne pense. Le Basilic est appellé leRoydes Serpens, à cause qu'il tuë de ses regards, à ce que disent les Naturalistes qui ne l'ont jamais vû. Les Abeilles ont aussi leurRoyqu'on dit être femelle & sans aiguillon.

Roy,se dit aussi de ce qui est excellent en chaque chose, de ce qu'on veut loüer: Cet homme a milles bonnes qualitez, c'est leRoydes hommes: Voilà un manger deRoy, un plaisir deRoy, pour dire excellent: Quand ce seroit pour leRoy, il ne seroit pas plus chaud, il ne seroit pas meilleur: C'est un homme qui a un cœur deRoy, qui est vaillant, liberal, magnifique, qui fait une dépense deRoy, qui traite enRoy, c'est à dire, fort bien.

Roy,se dit aussi au jeu des Cartes, des quatre premiéres peintures, & on appelle ironiquement un jeu de cartes, le livre desRois. Aux Eschecs leRoyest la principale piéce du jeu à qui il faut donner échec & mat pour gagner. On dit aussi qu'aux Echecs les foûs sont les plus prés desRois; pour montrer qu'il n'est pas nouveau que les foûs ayent souvent l'oreille duRoy, la faveur duRoy.

Pied deRoy, poulce deRoy, c'est la mesure publique des longueurs, sur laquelle on étalonne les autres. Le pied deRoya douze pouces, le pouce deRoya 12. lignes, ou grains d'orge. VoyezPied.

Roy,se dit aussi en plusieurs phrases qui regardent la personne ou le service duRoy. On appelle Maison duRoy, non pas seulement son Palais, mais tous ses Officiers qui servent à sa Cour, & qui sont couchez sur l'Etat. A la guerre on appelle, la Maison duRoy, tous les gens de guerre qui servent à sa garde, tant cavalerie qu'infanterie. En général on dit, aller servir leRoy, pour dire, s'enroller, prendre parti dans ses troupes. La Justice s'exerce sous le nom & l'autorité duRoy, sous les ordres duRoy, de par leRoy. Tous les Officiers Royaux de Judicature s'appellent Conseillers duRoy, même les Notaires & les Secrétaires. On dit que les choses saisies sont mises sous la main duRoy& de Justice. Les Edits & Déclarations duRoy, Arrêt du Conseil d'Etat duRoy, donné leRoyétant en son Conseil. On appelle dans les Prisons le pain duRoy, celui qui est pris sur le fonds des amendes, que leRoydonne pour la subsistance des Prisonniers qui n'ont pas le moyen de se nourrir. On n'entend dans les réjouïssances que des cris de Vive leRoy. On appelle dans un siége lequartier duRoy, celui où est campé le Général. On appelle dans les grandes maisons, ou dans les hôtelleries, la Chambre duRoy, celle où il a couché une fois en allant par païs.

Roy,se dit figurément en Morale. Un Stoïque dit que le sage est sonRoy, pour dire qu'il est maître de ses passions.

Roy,s'est dit aussi autrefois de celui qui étoit le superieur, le premier, ou le Juge en quelque Corps & Compagnie. Ainsi on appelloit leRoydes Merciers, celui qui avoit l'œil sur les poids, aûnes & mesures des Marchands: leRoydes Barbiers, celui qui avoit droit de visite sur les autres: leRoydes Arbalêtriers, celui qui étoit le premier des Maîtres. On trouve des Lettres Patentes du Roy Charles VI. de l'an 1411. qui portent, qu'il a reçû la supplication desRois, Connêtable & Maîtres de la Confrairie des 60. Arbalêtriers de Paris. Il y avoit aussi unRoyde la Basoche pour les Clercs. UnRoydes Arpenteurs, &c. Il y a encore maintenant unRoydes Violons, qui est le Chef de la Maîtrise. Aux Jeux floraux on appelloit leRoydes Poëtes celui qui avoit emporté le prix, & qui l'année suivante jugeoit des poësies des autres. Il y a eu aussi un grand Officier à la Cour qu'on nommoitRoydes Ribauds. Il est expliqué àRibaud.

LeRoyd'armes étoit autrefois un Officier fort considérable dans les armées & dans les grandes cérémonies. Il commandoit aux Herauts, il présidoit à leur chapitre, & avoit Jurisdiction sur les armoiries. Quelques-uns disent que ce fut Clovis qui institua ces sortes d'Officiers, & les baptiza du nom de son cri, S. Denys mont-joye; d'autres disent que ce fut Dagobert. La Colombiere prétend que ce fut le Roy Robert, & que le premier qui eut cette Charge, fut unnommé Robert Dauphin, noble & vaillant Chevalier. Charlemagne les appella compagnons desRois, & les reçût entre ses principaux Conseillers. Leur établissement en cette Charge se faisoit avec de grandes cérémonies, qui parce qu'elles sont curieuses, seront ici rapportées. Celui qui étoit élû par le Chapitre des Herauts, étoit presenté au Roy, qui lui donnoit des habits royaux d'écarlate fourrez de menu vair, qu'il lui faisoit vêtir par ses Valets de chambre: en suite il étoit conduit par le Connêtable & plusieurs Chevaliers, & tous les Herauts & poursuivans d'armes deux à deux, jusqu'au lieu où le Roy devoit entendre la Messe: là on le plaçoit devant l'autel dans une chaise sur un tapis velu, ayant à ses deux lez ou côtez des Chevaliers qui portoient les honneurs, comme la couronne, la cotte d'armes & l'épée. Le Roy arrivé lui faisoit faire serment sur les Evangiles, & lui donnoit le cri de Mont-joyeSaint Denys, avec plusieurs articles concernans ses fonctions: en suite le Roy le faisoit Chevalier, en lui donnant l'épée qu'il lui faisoit ceindre par le Connêtable, & le Roy lui mettoit sa cotte d'armes, lui accrochoit à la poitrine le blason émaillé des Armes de France, & lui mettoit la couronne sur la tête. Puis leRoyd'armes étoit assis dans la chaise du Roy vis à vis de lui pendant le service; & le Roy le faisoit dîner au bas bout de sa table, & servir par ses mêmes Officiers. Il lui faisoit un grand present dans une couppe d'or, & en suite il étoit reconduit en son hôtel avec la couronne sur la tête & la cotte d'armes sur l'habit royal par deux Maréchaux de France & plusieurs Chevaliers en grande cérémonie. Voyez dans Louvan Geliot plusieurs autres particularitez.

LeRoyd'armesMont-joyea l'avantage de tenir le premier rang sur les autresRoisd'armes des Marches ou Provinces, lesquels avoient sous eux chacun deux Herauts & deux Poursuivans, qui composoient un College, dont le Chapitre se tenoit à Paris en l'Eglise du petit S. Antoine. Il est distingué des autres par sa cotte d'armes de velours violet cramoisi, ornée devant & derriere de trois grandes fleurs de lis en broderie d'or, surmontées & couvertes d'une couronne royale frangée & galonnée d'or: sur la manche droite trois fleurs de lis, & le nom & titre deMont-joyeécrit en broderie d'or; &Roy d'armes de Francesur la gauche. Anciennement il portoit sur sa poitrine un camayeu ou émail de crystal rechaussé d'or, garni & bordé de pierreries fines, où étoient peintes les armes du Roy: à present il porte un cordon large, d'où pend une médaille d'or avec l'effigie du Roy. Son bonnet est une toque de velours noir avec un cordon d'or semé de deux rangs de perles, & des touffes ou aigrettes de heron, il porte à la main droite un sceptre couvert de velours violet semé de fleurs de lis d'or en broderie, orné au bout d'une fleur de lis massive, chargée d'une couronne royale de même. Favin dit que la cotte d'armes desRoisd'armes de Province étoit appellétunique; ayant les manches courtes & arrondies par en bas, sur lesquelles étoient marquez les noms de leurs Provinces.

LesRois d'armesont eu divers noms en divers lieux. Celui duRoy d'armesde France s'appelloitMont-Joye S. Denys. Celui de l'Empereur est appelléArche-Roy, qui est créé par l'Empereur aprés que le Marquis du S. Empire le lui a nommé. Celui du Roy d'Espagne s'appelleToison d'or, à cause de l'Ordre de la Toison dont leRoy d'Espagne est le Chef. Jean de S. Remy fut le premier Roy d'armes sous le nom de Toison d'or, qui a laissé un Traité de l'an 1463. où il rapporte les Ordonnances faites par les anciens Ducs de Bourgogne sur les Armoiries.

En Angleterre il y a troisRois d'armes, nommezJarretiére,Clarence&Norroy. En Ecosse il est appelléLeon.

Ils prennent aussi leurs noms des Ordres de Chevalerie, dont ils sontRois d'armes, comme celui duRoyLouïs XI.Mont S. Michel; celui des Ducs d'Orleans,Porc Epic; celui d'Anjou,Croissant; celui de Bretagne,Hermine, &c.

Maintenant lesRois d'armessont bien déchûs de leur ancienne élevation & autorité. Le Grand Ecuyer prétend que la qualité deRoy d'armesest comme annexée à sa Charge, il en fait plusieurs fonctions, & en prétend les plus beaux droits. En la Cour des Ducs de Normandie lesRois d'armess'appelloientDucs d'armes.

Roy,se dit proverbialement en ces phrases: Un Dieu, unRoy, une Loy. On dit aussi souhait deRoy, fils & fille. On dit d'un homme de bonne maison, qu'il est noble comme leRoy. Et on dit pour affirmer une chose: Cela est vray, ou leRoyn'est pas noble. On dit de celui qui a obtenu une chose qu'il souhaitoit fort: Maintenant leRoyn'est pas son cousin. On dit en parlant des choses qui sont hors d'usage: Cela étoit bon du temps duRoyGuillemot. On dit d'une assemblée tumultueuse: C'est la Cour duRoyPeto où chacun est maître. Voyez l'origine de ce proverbe àMaistre.On dit à table quand on prend du sel avec les doigts: J'ay vû leRoy. On appelle, joüer auRoydépoüillé, quand plusieurs personnes sont aprés quelqu'un pour le piller, le ruïner, pour en tirer chacun sa piéce. On dit aller où leRoyva à pied, pour dire à ses nécessitez. On dit, Qui aura de beaux chevaux, si ce n'est leRoy? quand on s'étonne de voir un homme riche bien meublé. On dit, Qui mange la vache duRoy, à cent ans de là en paye les os; pour dire que celui qui a manié les deniers duRoy, qui a fraudé les droits duRoy, en est recherché tôt ou tard. Pour se mocquer de celui qui dit absolument, Je le veux; on répond, Et leRoydit, Nous voulons. On dit d'un opiniâtre qui s'est placé quelque part, qu'il n'en sortiroit pas pour leRoy. On dit, au Royaume des aveugles les borgnes sontRois, pour dire que ceux qui ont moins de défauts, sont les plus estimables. On dit encore: Nous verrons cela avant qu'il soit trois fois lesRois; pour dire, dans quelque temps d'ici.


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