NOTES:

NOTES:[1]On sait de combien de noms glorieux la Pologne a enrichi le calendrier et le martyrologe de l'Église. Rome accorda à l'ordre des Trinitaires, (Frères de la Rédemption), destiné à racheter les chrétiens tombés en esclavage chez les infidèles, le privilège exclusif pour ce pays de porter une ceinture rouge sur leur habit blanc, en mémoire des nombreux martyrs qu'il fournit, principalement dans les établissements rapprochés des frontières, tels que celui de Kamieniec-Podolski.[2]On se souvient encore en Angleterre du costume hongrois porté par le prince Nicolas Esterhazy au couronnement de George IV, d'une valeur de plusieurs millions de florins.[3]Lorsque les meurtriers de S. Stanislas, évêque de Cracovie, furent jugés, on défendit à leurs descendants de porter dans leur habillement, durant un certain nombre de générations, l'amaranthe, couleur nationale.[4]Jadis les primats, les évêques, les prélats, s'associaient à la Polonaise et y occupaient le premier rang durant son premier parcours.Les convenances ne permettaient pas qu'on leur enlève la dame en les relayant; on attendait pour cela qu'ayant achevé le tour de la salle, ils la ramènent à sa place avant de s'en séparer. Les dignitaires de l'Église demeuraient alors simples spectateurs, pendant que la promenade se continuait sous leurs yeux. Dans les derniers temps, quand les délicatesses du savoir-vivre propres à ces mœurs toutes particulières s'effacèrent, sous l'influence des contacts sociaux trop fréquents avec les autres nations, quand une plus grande réserve fut imposée au clergé dans tous les pays, les personnages ecclésiastiques s'abstinrent de participer à la danse nationale et même de paraître aux bals qu'elle commençait.[5]L'une d'elles, celle enfamajeur, est restée particulièrement célèbre. Elle a été publiée avec une vignette qui représente l'auteur se brûlant la cervelle d'un coup de pistolet, commentaire romanesque qu'on a longtemps pris à tort pour un fait véritable.[6]Au trésor des princes Radziwiłł, dans l'ordinal de Nieswirz, on voyait aux temps de sa splendeur douze harnachements incrustes de pierres fines, chacun d'une autre couleur. On y voyait aussi les douze apôtres, de grandeur naturelle, en argent massif. Ce luxe n'étonne point lorsqu'on songe que cette famille, descendante du dernier grand pontife de la Lithuanie, (auquel furent donnés en propriété, quand il embrassa le christianisme, tous les bois et toutes les terres qui avaient été consacrées au culte des dieux païens), possédait encore 800,000 serfs vers la fin du dernier siècle, quoique ses richesses fussent déjà considérablement diminuées. Une pièce non moins curieuse du trésor dont nous parlons et qui subsiste encore, est un tableau représentant Saint Jean-Baptiste entouré d'une banderole avec cet exergue latine:Au nom du Seigneur, Jean, tu seras vainqueur. Il a été trouvé parJeanSobieski lui-même, après la victoire qu'il remporta sous les murs de Vienne, dans la tente du grand visir Kara-Mustapha et fut donné après sa mort par sa veuve, Marie d'Arquien, à un prince Radziwiłł, avec une inscription de sa main qui indique son origine et le don qu'elle en fait. L'autographe, muni du sceau royal, se trouve sur le revers même de la toile. En 1843, celle-ci se trouvait encore à Werki, près Wilna, entre les mains du Prince Louis Wittgenstein qui avait épousé la fille du Prince Dominique Radziwiłł, seule héritière de ses immenses biens.[7]À la suite de la guerre de 1830, le PceRoman Sanguszko fut condamné à être soldat à perpétuité en Sibérie. En revoyant le décret, l'empereur Nicolas ajouta de sa main: «où il sera conduit les chaînes aux pieds».—Sa santé étant gravement atteinte, la famille fit des démarches à la cour et reçut pour réponse que si sa mère, la PsseEustache, venait se jeter aux pieds de l'empereur, elle obtiendrait la grâce de son fils. Longtemps la princesse s'y refusa. L'état de son fils empirant toujours, elle partit. Arrivée à St. Pétersbourg, les pourparlers commencèrent sur la manière dont s'accomplirait sa génuflexion. On proposa d'abord les formes les plus humiliantes que la princesse rejetait les unes après les autres, prête à retourner chez elle. Enfin, il fut convenu qu'elle demanderait et recevrait une audience de l'impératrice, que l'empereur viendrait et que là, sans autres témoins, la princesse implorerait à genoux la grâce de son enfant. Quand elle fut chez l'impératrice, l'empereur entra... voyant que la princesse ne bougeait pas, l'impératrice crut qu'elle ne le reconnaissait point et se leva... La princesse se leva et debout attendit... l'empereur la regarda, traversa lentement le salon... et sortit!... L'impératrice hors d'elle saisit les mains de la princesse, en s'écriant: «Vous avez perdu une occasion unique!..»—La princesse raconta plus tard que ses genoux étaient devenus de marbre et, qu'en songeant aux milliers de Polonais qui souffraient plus encore que son fils, elle fut plutôt morte que de les plier. Elle n'obtint aucune grâce, mais les siècles entoureront d'une auréole la mémoire sacrée de cette matrone polonaise aux antiques vertus.[8]Un général russe était chargé de faire exécuter on ne sait plus quelles mesures vexatoires à l'entour du couvent des dominicaines, à Kamieniec, en Podolie. La prieure fut obligée de le voir pour tâcher d'obtenir quelqu'adoucissement à ces rigueurs. Appartenant à une des plus antiques familles de la Lithuanie, elle était encore d'une grande beauté et d'une suavité de manières vraiment fascinante. Le général la vit derrière la grille du parloir et causa longtemps avec elle. Le lendemain il lui fit accorder tout ce qu'elle avait demandé, (sans la prévenir qu'un an après son successeur n'en tiendrait aucun compte), et ordonna à ses soldats de planter un jeune peuplier devant ses fenêtres; personne ne devina ce que pouvait signifier cette fantaisie. Bien des années après, la mère Rose, si bien nommée pour le doux parfum qu'exhalait son âme, le regardait encore avec complaisance; il lui rappelait que le général russe avait trouvé moyen de lui rendre un éternel hommage, en faisant dire à cet arbre qui indiquait sa cellule:To polka.[9]Le Prince Troubetzkoy, revenu des mines de Sibérie où il avait passé vingt ans et n'avait rien perdu de sa fière imprudence, fit mettre sur ses cartes de visite (aussitôt confisquées):Pierre Troubetzkoy, né Prince Troubetzkoy.[10]Il faut observer que malgré la constante réserve et la profonde dissimulation que leur commande la position de leur pays, à elles, dépositaires de tant de sentiments, de tant d'incidents, de tant de faits, de tant de secrets, qui à la moindre indiscrétion menaceraient quelqu'un de la déportation et des mines de la Sibérie, jamais on ne rencontre chez les Polonaises cette insincérité de tous les instants, ce mensonge perpétuel qui distingue d'autres femmes slaves. Celles-ci, non contentes de pratiquer la non-vérité, se sont faites une seconde nature de la contre-vérité, qu'impose un despotisme dont dépendent toutes les sources de la vie, tout le brillant de son échaffaudage; despotisme d'autant plus implacable sous ses formes mielleuses que, se sachant réduit à régner par la terreur, il consent à être trompé en étant adulé, à être caressé sans amour, bercé sans tendresse, enivré d'un vin frelaté, sans se soucier si le cœur est épanoui quand les lèvres rient, si l'âme est heureuse quand la bouche le proclame, si elle ne hait pas celui auquel les yeux jettent leurs plus séduisantes invites. Pour ces femmes, le besoin de lafaveurcommande la duplicité, comme une condition première, essentielle, inévitable,sine qua non, de tout ce qui fait le bien-être de la vie, le charme et l'éclat d'une destinée; le mensonge leur devient par conséquent une nécessité vitale, un besoin impérieux auquel il faut satisfaire sur l'heure, à tout prix. Dans ces conditions, il ne saurait jamais se transformer en un art, toute la ruse du sauvage captif voulant profiter de son maître, non s'en affranchir, ne pouvant se comparer avec le savoir-faire habile et ingénieux du diplomate et du vaincu. Aussi, pour s'entretenir la main, ces femmes, à quelque rang qu'elles appartiennent, femmes de cour ou de quatorzièmetchin, ne disent-elles jamais, au grand jamais, un mot de pure et simple vérité. Demandez-leur s'il est jour à minuit, elles répondrontoui, pour voir si elles ont su faire croire l'incroyable. Le mensonge, qui répugne à la nature humaine, étant devenu un ingrédient inévitable de leurs rapports sociaux, a fini par gagner pour elles on ne sait quel charme malsain, comme celui de l'assa fœtidaque les hommes au palais blasé du siècle dernier portaient en bonbonnière. Elles ont comme un goût plus sapide sur la langue sitôt qu'elles se figurent avoir induit en erreur quelque naïf, avoir persuadé quelque bonne âme du contraire de qui a été, de ce qui est, de ce qui sera.—Or, pour autant de Polonaises qu'on ait pu connaître, jamais on n'a rencontré une vraie menteuse. Elles savent faire de la dissimulation un art; elles savent même le ranger parmi les beaux-arts, car lorsqu'on en a surpris le secret, on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, du sentiment généreux qui la dicta ou de la délicatesse de ses procédés. Mais, quelqu'inimaginable finesse qu'elles mettent à ne pas laisser comprendre qu'elles savent ce qu'elles prétendent ignorer, qu'elles ont aperçu ce qu'elles veulent n'avoir point vu, on ne peut jamais les accuser d'avoir manqué de franchise, surtout au détriment de qui que ce soit. Elles ont toujours dit vrai; tant pis pour ceux qui ne les devinaient pas. Elles sont bien assez habiles pour échapper à tout essai scrutateur, sans recourir au masque qui trahit la vérité et tue l'honneur. Toute l'adresse avec laquelle une Polonaise dérobe ce qu'elle veut cacher du secret d'autrui ou du sien, l'impénétrabilité dont elle recouvre le fond de ses sentiments, le dernier mot de ceux que lui inspirent les autres, ce qu'elle pense de tout et de tous, ce qu'elle compte faire et faire faire dans un cas et un moment donné, ne l'empêchent jamais d'être, non seulement sincère, mais ouverte, disant à chacun avec grâce, abandon et empressement, tout ce qui l'intéresse de savoir quand cela ne fait tort à personne. L'habitude de vivre au sein du danger, de manier le danger, de se jouer du danger au milieu duquel elle a grandi depuis qu'elle est au monde, donne à son imperturbable discrétion comme un instinct de salut pour tous. Il lui serait impossible de faire du mal par une parole irréfléchie, passionnée ou encolérée, même à un ennemi, tant sa pensée est naturellement tournée vers le devoir d'aider et de secourir. Ensuite, elle est trop pieuse, trop civilisée, elle a surtout trop de tact, pour pousser la dissimulation au-delà du nécessaire.—Entre elle et les autres femmes slaves il y a la différence de la vaincue à l'esclave. La vaincue étant fière se respecte elle-même sous ses déguisements; l'esclave n'a plus souvent qu'une âme d'esclave. Elle ne sait plus ni dissimuler sans mentir, ni mépriser celui qui l'obligerait à mentir; elle le craint! Et ici, la crainte du seigneur est le commencement de la bassesse.[11]Ce mot fut prononcé devant une personne de notre connaissance.[12]Dédicace deModeste Mignon.[13]L'habitude où l'on était autrefois de boire dans leur propre soulier la santé des femmes qu'on voulait fêter, est une des traditions les plus originales de la galanterie enthousiaste des Polonais.[14]Mémoires d'outre-tombe, 1ervol.—Incantation.[15]Idem, 3evol.—Atala.[16]Dans l'impossibilité de citer des poèmes trop longs ou des fragments trop courts, nous ajouterons ici pour les belles compatriotes de Chopin quelques strophes d'un ton familier, qu'elles disent intraduisibles, mais peignant d'une touche fine et sentie le caractère général de celles qui habitent ces régions moyennes, où se concentrent les rayons épars du type national; si non les plus éclatants, du moins les plus vrais.Bo i cóż to tam za żywośćMłodych Polek i uroda!Tam wstyd szczery, tam poczciwość,Tam po Bogu dusza mloda!................................................................................Myśl ich cicho w życiu świeci,Pełne życia, jak nadzieje;Lubią pieśni, tańce, dzieci,Wiosne, kwiaty, stare dzieje....Gdy wesołe, istne trzpiotki,I wiewiórki i szczebiotki!Lecz gdy w smutku myśl zagrzebie,Wówczas Polka taka rzewna,Iż uwierzysz, że jéj krewnaNajsmutniejsza z gwiazd na niebie!Choć człek duszy jéj nie zbadał,W koło serca tak tam prawo,Tak rozkosznie i tak łzawo,Jakbyś grzechy wyspowiadał.A gdy uśmiech łzę pokryje,I dla ciebie serce bije:To cię dojmie tak do żywa,Iż to cudne, cudne dziwa,Że się serce nie rozplynie,Że od szczęścia człek nie zginie!Zda sie, że to żyjesz społemZ rajskiém dzieckiém, czy z aniołem.Lecz to szczęście nie tak tanie,Przeboleje dusza młoda;Jednak lat i łez nie szkoda,Boć raz w życiu to kochanie!A jak ci się która poda,Z całej duszy i statecznie,To już twoją będzie wiecznie,I w ład pójdzie ci z nią życie,Bo twéj duszy nie wyziębi.Ona sercem pojmie skrycie,Co myśl wieku dżwiga w gtębi;Co się w czasie zrywa, waży,To w rumieńcu na jéj twarzy,Jak w zwierciedle sie odbije,Bo w tém łonie przyszłość żyje![17]LeNocturne en mi mineur(œuvre 72) nous rend quelque chose des impressions subtiles, raffinées, alambiquées, que Chopin reproduisait avec une sorte de prédilection passionnée. Nous ne nous refusons pas le plaisir de faire connaître à celles qui les comprendront, les vers que ce morceau inspira à la belle CsseCielecka, née CsseBnińska:Kolysze zwolna, jakby falą morza,Nóty dzwięcznemi, pelnemi uroku.Rozjaśnia blaskiem jakby życia zorza,Którą witamy czasem ze łzą w oku.Dalej uderza nas walki przeczucie;Ton coraz glośniéj rozlega się w górę.Pelen, ponury, objawia w swéj nócieŚwiatlośé ukrytą za posępną chmurę.Stróny tak silne, jakby kute w stali,Żalosnym jękiem, w duszy naszej dzwonią:Mówią o bòlu, co nam serce pali,Lecz co zostawia duszę nieskażoną!...Póżniéj, podobny do woni wspomnieniaZnów zakolysac czasem nas powraca.Z urokiem igra; kolyszac cierpienia,Swoim promykiem jeszcze nas ozlaca.Nareszcie, jako cicha na dnie woda,Spokój glęboki z nurt toni się wznosi,Jak serce, które o nic już nie prosi,Lecz kwiatów życia, szkoda... mówi... szkoda!...[18]Le Polonais conserve dans son formulaire de politesse une forte empreinte des habitudes hyperboliques du langage oriental. Les titres detrès puissantettrès éclairé Seigneur, (Jasnie Wielmożny, Jasnie Oswiecony Pan), sont encore de rigueur. On se donne constamment dans la conversation celui deBienfaiteur(Dobrodzij), et le salut d'usage entre hommes ou d'homme à femme est:je tombe à vos pieds(padam do nóg). Celui du peuple est d'une solennité et d'une simplicité antiques:Gloire à Dieu(Slawa Bohu).[19]Heine, Salon.Chopin.[20]Sur Paganini, après sa mort.[21]MmeSand.Lucrezia Floriani.[22]L'auteur deJulie et Adolphe(roman imité de la Nouvelle Héloise et qui eut beaucoup de vogue à sa publication), le général K. qui, âgé de plus de quatre-vingts ans, vivait encore dans une campagne du gouvernement de la Volhynie à l'époque de notre séjour dans ces contrées, avait fait, conformément à la coutume dont nous parlons, construire son cercueil qui, depuis trente ans, était toujours posé à côté de la porte de sa chambre.[23]On ne saurait reprocher au polonais de manquer d'harmonie et d'être dépourvu d'attrait musical. Ce n'est pas la fréquence des consonnes qui constitue toujours et absolument la dureté d'une langue, mais le mode de leur association; on pourrait même dire que quelques-unes n'ont un coloris terne et froid, que par l'absence de sons bien déterminés et fortement marqués. C'est la rencontre désagréable et disharmonieuse de consonnes hétérogènes, qui blesse péniblement les habitudes d'une oreille délicate et cultivée; c'est le retour répété de certaines consonnes bien accouplées qui ombre, rhythme le langage, lui donne de la vigueur, la prépondérance des voyelles ne produisant qu'une sorte de teinte claire et pâle qui demande à être relevée par des rembrunissements. Les langues slaves emploient, il est vrai, beaucoup de consonnes, mais en général avec des rapprochements sonores, quelquefois flatteurs à l'ouïe, presque jamais tout à fait discordants, même alors qu'il sont plus frappants que mélodieux. La qualité de leurs sons est riche, pleine et très nuancée; ils ne restent point resserrés dans une sorte de médium étroit, mais s'étendent dans un registre considérable par la variété des intonations qu'on leur applique, tantôt basses, tantôt hautes. Plus on avance vers l'orient, et plus ce trait philologique s'accentue; on le rencontre dans les langues sémitiques: en chinois, le même mot prend un sens totalement différent, selon le diapason sur lequel on le prononce. Le Ł slave, cette lettre presque impossible à prononcer à ceux qui ne l'ont pas appris dès leur enfance, n'a rien de sec. Elle donne à l'ouïe l'impression que produit sur nos doigts un épais velours de laine, rude et souple à la fois. La réunion des consonnes clapotantes étant rare en polonais, les assonances très aisément multipliées, cette comparaison pourrait s'appliquer à l'ensemble de l'effet qu'il produit sur l'oreille des étrangers. On y rencontre beaucoup de mots imitant le bruit propre aux objets qu'ils désignent. Les répétitions réitérées duch(haspiré), dusz(chen français), durz, ducz, si effrayants à un œil profane et dont le timbre n'a pour la plupart rien de barbare, (ils se prononcent à peu près commegeaiettche), facilitent ces minologies. Le motdzwięk,son, (lisezdzwienque), en offre un exemple assez caractéristique; il paraîtrait difficile de mieux reproduire la sensation que la résonance d'un diapason fait éprouver à l'oreille.—Entre les consonnes accumulées dans des groupes qui produisent des tons très divers, tantôt métalliques, tantôt bourdonnants, sifflants ou grondants, il s'entremêle des diphthongues nombreuses et des voyelles qui deviennent souvent quelque peu nasales, l'aet l'eétant prononcés commeonetinlorsqu'ils sont accompagnés d'une cédille:ą,ę. À côté duc(tse) qu'on dit avec une grande mollesse, quelquefoisć(tsic), lesaccentué,ś, est presque gazouillé. Leza trois sons; on croirait l'accord d'un ton. Leż(iais), lez(zed) et leź(zied). L'yforme une voyelle d'un son étouffé,eu, que nous ne saurions pas plus reproduire en français que celui duł; aussi bien que lui, elle donne un chatoyant ineffable à la langue.—Ces éléments fins et déliés permettent aux femmes de prendre dans leurs discours un accent chantant ou traînant, qu'elles transportent d'ordinaire aux autres langues, où le charme, devenant défaut, déroute au lieu de plaire. Que de choses, que de personnes qui, à peine transportées dans un milieu dont l'air ambiant, le courant de pensées diverses, ne comportent pas un genre de grâce, d'expression, d'attrait, ce qui en elles était fascinant et irrésistible devient choquant et agaçant, uniquement parce que ces mêmes séductions sont placées sous le rayon d'un autre éclairage; parce que les ombres y perdant leurs profondeurs, les reflets lumineux n'ont plus leur éclat et leurs signifiances. En parlant leur langue, les Polonaises ont encore l'habitude de faire succéder à des espèces de récitatifs et de thrénodies improvisées, lorsque les sujets qui les occupent sont sérieux et mélancoliques, un petit parler gras et zézayant comme celui des enfants. Est-ce pour garder et manifester les privilèges de leur suzeraineté féminine, au moment même où elles ont condescendu à être graves comme des sénateurs, de bon conseil comme le ministre d'un règne précédent et sage, profondes comme un vieux théologien, subtiles comme un métaphysicien allemand? Mais, pour peu que la Polonaise soit en veine de gaieté, en train de laisser luire les feux de ses charmes, de laisser s'exhaler les parfums de son esprit, comme la fleur qui penche son calice sous le chaud rayon d'un soleil de printemps pour répandre dans les airs ses senteurs, on dirait son âme que tout mortel voudrait aspirer et imboire comme une bouffée de félicité arrivée des régions du paradis... elle ne semble plus se donner la peine d'articuler ses mots, comme les humbles habitants de cette vallée de larmes. Elle se met à rossignoler; les phrases deviennent des roulades qui montent aux plus haut de la gamme d'un soprano enchanteur, ou bien les périodes se balancent en trilles qu'on dirait le tremblement d'une goutte de rosée; triomphes charmants, hésitation plus charmantes encore, entrecoupées de petits rires perlés, de petits cris interjectifs! Puis viennent de petits points d'orgues dans les notes sublimes du registre de la voix, lesquels descendent rapidement par on ne sait quelle succession chromatique de demi-tons et quarts de ton, pour s'arrêter sur une note grave et poursuivre des modulations infinies, brusqués, originales, qui dépaysent l'oreille inaccoutumée à ce gentil ramage, qu'une légère teinte d'ironie revêt par moments d'un faux-air de moquerie narquoise particulier au chant de certains oiseaux. Comme les Vénitiennes, les Polonaises aiment àzinzibuleret, des diastèmes piquants, des azophies imprévues, des nuances charmantes, se trouvent tout naturellement mêlés à cette caqueterie mignonne qui fait tomber les paroles de leurs lèvres, tantôt comme une poignée de perles qui s'éparpillent et résonnent sur une vasque d'argent, tantôt comme des étincelles qu'elles regardent curieusement briller et s'éteindre, à moins que l'une d'elles n'aille s'ensevelir dans un cœur qu'elle peut dévorer et dessécher s'il ne possède point le secret de la réaction; qu'elle peut allumer comme une haute flamme d'héroïsme et de gloire, comme un phare bienfaisant dans les tempêtes de la vie. En tout cas, quelqu'emploi qu'elles en fassent, la langue polonaise est dans la bouche des femmes bien plus douce et plus caressante que dans celle des hommes.—Quand eux ils se piquent de la parler avec élégance, ils lui impriment une sonorité mâle qui semble pouvoir s'adapter très énergiquement aux mouvements de l'éloquence, autrefois si cultivée en Pologne. La poésie puise dans ces matériaux si nombreux et variés, une diversité de rhythmes et de prosodies; une abondance de rimes et de consonances, qui lui rendent possible de suivre, musicalement en quelque sorte, le coloris des sentiments et des scènes qu'elle dépeint, non seulement en courtes onomatopées, mais durant de longues tirades.—On a comparé avec raison l'analogie du polonais et du russe, à celle qui existe entre le latin et l'italien. En effet, la langue russe est plus mélismatique, plus alanguie, plus soupirée. Son cadencement est particulièrement approprié au chant, si bien que ses belles poésies, celles de Zukowski et de Pouschkine, paraissent renfermer une mélodie toute dessinée par le mètre des vers. Il semble qu'on n'ait qu'à dégager unariosoou un douxcantabilede certaines stances, telles que leChâle noir, leTalismann, et bien d'autres.—L'ancien slavon, qui est la langue de l'Église d'Orient, a un tout autre caractère. Une grande majesté y prédomine; plus gutturale que les autres idiomes qui en découlent, elle est sévère et monotone avec grandeur, comme les peintures byzantines conservées dans le culte auquel elle est incorporée. Elle a bien la physionomie d'une langue sacrée qui n'a servi qu'à un seul sentiment, qui n'a point été modulée, façonnée, énervée, par de profanes passions, ni aplatie et réduite à de mesquines proportions par de vulgaires besoins.[24]Lucrezia Floriani.[25]Lucrezia Floriani.[26]Nous nous plaisons à citer ici quelques lignes du CteCharles Zaluski, orientaliste et diplomate distingué au service de l'Autriche, petit fils du PceOginski, auteur de la polonaise dont nous avons parlé plus haut et mentionné la vignette étrange. D'entre beaucoup de compatriotes de Chopin, le CteZaluski, musicien éminent, sut peut-être le mieux saisir le sens, l'esprit, l'âme, de ses œuvres.—Dans un intéressant article sur Chopin, que publia une Revue littéraire de Vienne,Die Dioskuren, II. Band, ce diplomate, qui est un poète élégant en même temps qu'un orientaliste distingué, dit:Kein Werk des Meisters ist aber geeigneter, einen Einblick in den erstaunlichen Reichthum seiner Gedanken zu gewähren, als seine Präludien. Diese zarten, oft ganz kleinen Vorspiele sind so stimmungsvoll, dass es kaum möglich ist, beim Anhören derselben sich der herandringenden poetischen Anregungen zu erwehren. An und für sich bestimmt, musikalische Intentionen mehr auszudeuten als auszuführen, zaubern sie lebhafte Bilder hervor, oder so zu sagen selbstentstandene Gedichte, die dem Herzensdrang entsprechenden Gefühlen Ausdruck zu geben suchen. Bewegt, leidenschaftlich, zuletzt so wehmüthig ruhig ist das Prälude in Fis-moll, dass man unwillkürlich daran einen deutlichen Gedanken knüpft, indem man sagt:Es rauschen die Föhren in herbstlicher Nacht,Am Meer die Wogen erbrausen,Doch wildere Stürme mit böserer MachtIm Herzen der Sterblichen hausen.Denn ruht wohl die See bald und seufzet kein Ast,Das Herz, ach! muss grollen und klagen.Bis dass ein Glöcklein es mahnet zur RastUnd jetzo es aufhört zu schlagen!Zwei reizende Gegenstücke erinnern an eine Theokritische Landschaft, an einen rieselnden Bach und Hirtenflötentöne. Der Absicht, die Rollen unter beide Hände zweifach zu vertheilen, entsprang die doppelte Darstellung, deren Analogien und Contraste in fast mikroskopischen Verhältnissen wunderbar erscheinen. Sie erinnern an jene wundervollen Gebilde der Natur, die im kleinsten Raum eine so erstaunliche Zahlenmenge aufweisen. Man zähle nur die Noten des zuerst erwähnten Vorspieles; ihre Zahl beträgt gegen fünfzehnhundert; die kaum eine Minute ausfüllen.—Anderswo rollen Orgeltöne im weiten Domesraum, oder es erzittern im fahlen Mondlichte Friedhofsklagetöne, während Irrlichter geisterhaft vorbeihuschen. Dort wandelt der Sänger am Meeresufer und der Athemzug des bewegten Elementes umweht ihn mit unbekannten Stimmungen aus fernen Welten.Es fehlt nicht an traditionellen Auslegungen mancher Schöpfungen Chopin's. Wer denkt da nicht gleich an das Prälude in Es-dur, das an einem stürmischen Tage auf den Balearen entstand. Gleichmässig und immer wiederkehrend fallen bei Sonnenschein Regentropfen herab; dann verfinstert sich der Himmel und ein Gewitter durchbraust die Natur. Nun ist es vorübergezogen und wieder lacht die Sonne; doch die Regentropfen fallen noch immer!...[27]Lettres d'un voyageur.[28]André.[29]Lettres d'un voyageur.[30]Spiridion.[31]Lettres d'un voyageur.[32]Lucrezia Floriani.[33]Lucrezia Floriani.[34]Lucrezia Floriani.[35]Lucrezia Floriani.[36]Depuis plusieurs années, les compositions de Chopin étaient très répandues et très goûtées en Angleterre. Les meilleurs virtuoses les exécutaient fréquemment. Nous trouvons dans une brochure publiée à ce moment à Londres, chez M. Wessel et Stappleton, sous le titreAn Essay on the works of F. Chopin, quelques lignes tracées avec justesse. L'épigraphe de cette petite brochure est ingénieusement choisie; l'on ne pouvait mieux appliquer qu'à Chopin les deux vers de Shelley: (Peter Bell the third)He was a mighty poet—andA subtle-souled psychologist.L'auteur des pages que nous mentionnons parle avec enthousiasme de cet «originative genius untrammeled by conventionalities, unfettered by pedantry;...» de ces: «outpourings of an unwordly and tristful soul, those musical floods of tears and gushes of pure joyfulness,—those exquisite embodiments of fugitive thoughts,—those infinitesimal delicacies», qui donnent tant de prix aux plus petits croquis de Chopin. L'auteur anglais dit plus loin: «One thing is certain, viz: to play with proper feeling and correct execution thePréludesandStudiesof Chopin, is to be neither more nor less than a finished pianist and moreover, to comprehend them thoroughly, to give a life and a tongue to their infinite and most eloquent subtleties of expression, involves the necessity of being in no less a degree a poet than a pianist, a thinker than a musician. Commonplace is instinctively avoided in all the works of Chopin; a stale cadence or a trite progression, a hum-drum subject or a hackneyed sequence, a vulgar twist of the melody or a worn out passage, a meagre harmony or an unskilful counterpoint, may in vain be looked for throughout the entire range of his compositions, the prevailing characteristics of which are, a feeling as uncommon as beautiful, a treatment as original as felicitous, a melody and a harmony as new, fresh, vigorous and striking, as they are utterly unexpected and out of the ordinary track. In taking up one of the works of Chopin you are entering, as it were, a fairy land, untrodden by human footsteps, a path hitherto unfrequented but by the great composer himself; a faith and a devotion,a desire to appreciate, and a determination to understand, are absolutely necessary, to do it anything like adequate justice....... Chopin in hisPolonaisesand in hisMazoureshas aimed at those characteristics which distinguish the national music of his country so markedly from that of all others, that quaint idiosyncrasy, that identical wildness and fantasticality, that delicious mingling of the sad and the cheerful, which invariably and forcibly individualize the music of those northern countries, whose language delights in combination of consonants........»[37]Schiller,Die Ideale.[38]Bocage, un des acteurs les plus renommés du temps de MmeDorval, était dans l'art dramatique un des brillants représentants du romantisme échevelé et, à ce titre, il fut pendant quelque temps très bien vu à Nohant.

[1]On sait de combien de noms glorieux la Pologne a enrichi le calendrier et le martyrologe de l'Église. Rome accorda à l'ordre des Trinitaires, (Frères de la Rédemption), destiné à racheter les chrétiens tombés en esclavage chez les infidèles, le privilège exclusif pour ce pays de porter une ceinture rouge sur leur habit blanc, en mémoire des nombreux martyrs qu'il fournit, principalement dans les établissements rapprochés des frontières, tels que celui de Kamieniec-Podolski.

[1]On sait de combien de noms glorieux la Pologne a enrichi le calendrier et le martyrologe de l'Église. Rome accorda à l'ordre des Trinitaires, (Frères de la Rédemption), destiné à racheter les chrétiens tombés en esclavage chez les infidèles, le privilège exclusif pour ce pays de porter une ceinture rouge sur leur habit blanc, en mémoire des nombreux martyrs qu'il fournit, principalement dans les établissements rapprochés des frontières, tels que celui de Kamieniec-Podolski.

[2]On se souvient encore en Angleterre du costume hongrois porté par le prince Nicolas Esterhazy au couronnement de George IV, d'une valeur de plusieurs millions de florins.

[2]On se souvient encore en Angleterre du costume hongrois porté par le prince Nicolas Esterhazy au couronnement de George IV, d'une valeur de plusieurs millions de florins.

[3]Lorsque les meurtriers de S. Stanislas, évêque de Cracovie, furent jugés, on défendit à leurs descendants de porter dans leur habillement, durant un certain nombre de générations, l'amaranthe, couleur nationale.

[3]Lorsque les meurtriers de S. Stanislas, évêque de Cracovie, furent jugés, on défendit à leurs descendants de porter dans leur habillement, durant un certain nombre de générations, l'amaranthe, couleur nationale.

[4]Jadis les primats, les évêques, les prélats, s'associaient à la Polonaise et y occupaient le premier rang durant son premier parcours.Les convenances ne permettaient pas qu'on leur enlève la dame en les relayant; on attendait pour cela qu'ayant achevé le tour de la salle, ils la ramènent à sa place avant de s'en séparer. Les dignitaires de l'Église demeuraient alors simples spectateurs, pendant que la promenade se continuait sous leurs yeux. Dans les derniers temps, quand les délicatesses du savoir-vivre propres à ces mœurs toutes particulières s'effacèrent, sous l'influence des contacts sociaux trop fréquents avec les autres nations, quand une plus grande réserve fut imposée au clergé dans tous les pays, les personnages ecclésiastiques s'abstinrent de participer à la danse nationale et même de paraître aux bals qu'elle commençait.

[4]Jadis les primats, les évêques, les prélats, s'associaient à la Polonaise et y occupaient le premier rang durant son premier parcours.

Les convenances ne permettaient pas qu'on leur enlève la dame en les relayant; on attendait pour cela qu'ayant achevé le tour de la salle, ils la ramènent à sa place avant de s'en séparer. Les dignitaires de l'Église demeuraient alors simples spectateurs, pendant que la promenade se continuait sous leurs yeux. Dans les derniers temps, quand les délicatesses du savoir-vivre propres à ces mœurs toutes particulières s'effacèrent, sous l'influence des contacts sociaux trop fréquents avec les autres nations, quand une plus grande réserve fut imposée au clergé dans tous les pays, les personnages ecclésiastiques s'abstinrent de participer à la danse nationale et même de paraître aux bals qu'elle commençait.

[5]L'une d'elles, celle enfamajeur, est restée particulièrement célèbre. Elle a été publiée avec une vignette qui représente l'auteur se brûlant la cervelle d'un coup de pistolet, commentaire romanesque qu'on a longtemps pris à tort pour un fait véritable.

[5]L'une d'elles, celle enfamajeur, est restée particulièrement célèbre. Elle a été publiée avec une vignette qui représente l'auteur se brûlant la cervelle d'un coup de pistolet, commentaire romanesque qu'on a longtemps pris à tort pour un fait véritable.

[6]Au trésor des princes Radziwiłł, dans l'ordinal de Nieswirz, on voyait aux temps de sa splendeur douze harnachements incrustes de pierres fines, chacun d'une autre couleur. On y voyait aussi les douze apôtres, de grandeur naturelle, en argent massif. Ce luxe n'étonne point lorsqu'on songe que cette famille, descendante du dernier grand pontife de la Lithuanie, (auquel furent donnés en propriété, quand il embrassa le christianisme, tous les bois et toutes les terres qui avaient été consacrées au culte des dieux païens), possédait encore 800,000 serfs vers la fin du dernier siècle, quoique ses richesses fussent déjà considérablement diminuées. Une pièce non moins curieuse du trésor dont nous parlons et qui subsiste encore, est un tableau représentant Saint Jean-Baptiste entouré d'une banderole avec cet exergue latine:Au nom du Seigneur, Jean, tu seras vainqueur. Il a été trouvé parJeanSobieski lui-même, après la victoire qu'il remporta sous les murs de Vienne, dans la tente du grand visir Kara-Mustapha et fut donné après sa mort par sa veuve, Marie d'Arquien, à un prince Radziwiłł, avec une inscription de sa main qui indique son origine et le don qu'elle en fait. L'autographe, muni du sceau royal, se trouve sur le revers même de la toile. En 1843, celle-ci se trouvait encore à Werki, près Wilna, entre les mains du Prince Louis Wittgenstein qui avait épousé la fille du Prince Dominique Radziwiłł, seule héritière de ses immenses biens.

[6]Au trésor des princes Radziwiłł, dans l'ordinal de Nieswirz, on voyait aux temps de sa splendeur douze harnachements incrustes de pierres fines, chacun d'une autre couleur. On y voyait aussi les douze apôtres, de grandeur naturelle, en argent massif. Ce luxe n'étonne point lorsqu'on songe que cette famille, descendante du dernier grand pontife de la Lithuanie, (auquel furent donnés en propriété, quand il embrassa le christianisme, tous les bois et toutes les terres qui avaient été consacrées au culte des dieux païens), possédait encore 800,000 serfs vers la fin du dernier siècle, quoique ses richesses fussent déjà considérablement diminuées. Une pièce non moins curieuse du trésor dont nous parlons et qui subsiste encore, est un tableau représentant Saint Jean-Baptiste entouré d'une banderole avec cet exergue latine:Au nom du Seigneur, Jean, tu seras vainqueur. Il a été trouvé parJeanSobieski lui-même, après la victoire qu'il remporta sous les murs de Vienne, dans la tente du grand visir Kara-Mustapha et fut donné après sa mort par sa veuve, Marie d'Arquien, à un prince Radziwiłł, avec une inscription de sa main qui indique son origine et le don qu'elle en fait. L'autographe, muni du sceau royal, se trouve sur le revers même de la toile. En 1843, celle-ci se trouvait encore à Werki, près Wilna, entre les mains du Prince Louis Wittgenstein qui avait épousé la fille du Prince Dominique Radziwiłł, seule héritière de ses immenses biens.

[7]À la suite de la guerre de 1830, le PceRoman Sanguszko fut condamné à être soldat à perpétuité en Sibérie. En revoyant le décret, l'empereur Nicolas ajouta de sa main: «où il sera conduit les chaînes aux pieds».—Sa santé étant gravement atteinte, la famille fit des démarches à la cour et reçut pour réponse que si sa mère, la PsseEustache, venait se jeter aux pieds de l'empereur, elle obtiendrait la grâce de son fils. Longtemps la princesse s'y refusa. L'état de son fils empirant toujours, elle partit. Arrivée à St. Pétersbourg, les pourparlers commencèrent sur la manière dont s'accomplirait sa génuflexion. On proposa d'abord les formes les plus humiliantes que la princesse rejetait les unes après les autres, prête à retourner chez elle. Enfin, il fut convenu qu'elle demanderait et recevrait une audience de l'impératrice, que l'empereur viendrait et que là, sans autres témoins, la princesse implorerait à genoux la grâce de son enfant. Quand elle fut chez l'impératrice, l'empereur entra... voyant que la princesse ne bougeait pas, l'impératrice crut qu'elle ne le reconnaissait point et se leva... La princesse se leva et debout attendit... l'empereur la regarda, traversa lentement le salon... et sortit!... L'impératrice hors d'elle saisit les mains de la princesse, en s'écriant: «Vous avez perdu une occasion unique!..»—La princesse raconta plus tard que ses genoux étaient devenus de marbre et, qu'en songeant aux milliers de Polonais qui souffraient plus encore que son fils, elle fut plutôt morte que de les plier. Elle n'obtint aucune grâce, mais les siècles entoureront d'une auréole la mémoire sacrée de cette matrone polonaise aux antiques vertus.

[7]À la suite de la guerre de 1830, le PceRoman Sanguszko fut condamné à être soldat à perpétuité en Sibérie. En revoyant le décret, l'empereur Nicolas ajouta de sa main: «où il sera conduit les chaînes aux pieds».—Sa santé étant gravement atteinte, la famille fit des démarches à la cour et reçut pour réponse que si sa mère, la PsseEustache, venait se jeter aux pieds de l'empereur, elle obtiendrait la grâce de son fils. Longtemps la princesse s'y refusa. L'état de son fils empirant toujours, elle partit. Arrivée à St. Pétersbourg, les pourparlers commencèrent sur la manière dont s'accomplirait sa génuflexion. On proposa d'abord les formes les plus humiliantes que la princesse rejetait les unes après les autres, prête à retourner chez elle. Enfin, il fut convenu qu'elle demanderait et recevrait une audience de l'impératrice, que l'empereur viendrait et que là, sans autres témoins, la princesse implorerait à genoux la grâce de son enfant. Quand elle fut chez l'impératrice, l'empereur entra... voyant que la princesse ne bougeait pas, l'impératrice crut qu'elle ne le reconnaissait point et se leva... La princesse se leva et debout attendit... l'empereur la regarda, traversa lentement le salon... et sortit!... L'impératrice hors d'elle saisit les mains de la princesse, en s'écriant: «Vous avez perdu une occasion unique!..»—La princesse raconta plus tard que ses genoux étaient devenus de marbre et, qu'en songeant aux milliers de Polonais qui souffraient plus encore que son fils, elle fut plutôt morte que de les plier. Elle n'obtint aucune grâce, mais les siècles entoureront d'une auréole la mémoire sacrée de cette matrone polonaise aux antiques vertus.

[8]Un général russe était chargé de faire exécuter on ne sait plus quelles mesures vexatoires à l'entour du couvent des dominicaines, à Kamieniec, en Podolie. La prieure fut obligée de le voir pour tâcher d'obtenir quelqu'adoucissement à ces rigueurs. Appartenant à une des plus antiques familles de la Lithuanie, elle était encore d'une grande beauté et d'une suavité de manières vraiment fascinante. Le général la vit derrière la grille du parloir et causa longtemps avec elle. Le lendemain il lui fit accorder tout ce qu'elle avait demandé, (sans la prévenir qu'un an après son successeur n'en tiendrait aucun compte), et ordonna à ses soldats de planter un jeune peuplier devant ses fenêtres; personne ne devina ce que pouvait signifier cette fantaisie. Bien des années après, la mère Rose, si bien nommée pour le doux parfum qu'exhalait son âme, le regardait encore avec complaisance; il lui rappelait que le général russe avait trouvé moyen de lui rendre un éternel hommage, en faisant dire à cet arbre qui indiquait sa cellule:To polka.

[8]Un général russe était chargé de faire exécuter on ne sait plus quelles mesures vexatoires à l'entour du couvent des dominicaines, à Kamieniec, en Podolie. La prieure fut obligée de le voir pour tâcher d'obtenir quelqu'adoucissement à ces rigueurs. Appartenant à une des plus antiques familles de la Lithuanie, elle était encore d'une grande beauté et d'une suavité de manières vraiment fascinante. Le général la vit derrière la grille du parloir et causa longtemps avec elle. Le lendemain il lui fit accorder tout ce qu'elle avait demandé, (sans la prévenir qu'un an après son successeur n'en tiendrait aucun compte), et ordonna à ses soldats de planter un jeune peuplier devant ses fenêtres; personne ne devina ce que pouvait signifier cette fantaisie. Bien des années après, la mère Rose, si bien nommée pour le doux parfum qu'exhalait son âme, le regardait encore avec complaisance; il lui rappelait que le général russe avait trouvé moyen de lui rendre un éternel hommage, en faisant dire à cet arbre qui indiquait sa cellule:To polka.

[9]Le Prince Troubetzkoy, revenu des mines de Sibérie où il avait passé vingt ans et n'avait rien perdu de sa fière imprudence, fit mettre sur ses cartes de visite (aussitôt confisquées):Pierre Troubetzkoy, né Prince Troubetzkoy.

[9]Le Prince Troubetzkoy, revenu des mines de Sibérie où il avait passé vingt ans et n'avait rien perdu de sa fière imprudence, fit mettre sur ses cartes de visite (aussitôt confisquées):Pierre Troubetzkoy, né Prince Troubetzkoy.

[10]Il faut observer que malgré la constante réserve et la profonde dissimulation que leur commande la position de leur pays, à elles, dépositaires de tant de sentiments, de tant d'incidents, de tant de faits, de tant de secrets, qui à la moindre indiscrétion menaceraient quelqu'un de la déportation et des mines de la Sibérie, jamais on ne rencontre chez les Polonaises cette insincérité de tous les instants, ce mensonge perpétuel qui distingue d'autres femmes slaves. Celles-ci, non contentes de pratiquer la non-vérité, se sont faites une seconde nature de la contre-vérité, qu'impose un despotisme dont dépendent toutes les sources de la vie, tout le brillant de son échaffaudage; despotisme d'autant plus implacable sous ses formes mielleuses que, se sachant réduit à régner par la terreur, il consent à être trompé en étant adulé, à être caressé sans amour, bercé sans tendresse, enivré d'un vin frelaté, sans se soucier si le cœur est épanoui quand les lèvres rient, si l'âme est heureuse quand la bouche le proclame, si elle ne hait pas celui auquel les yeux jettent leurs plus séduisantes invites. Pour ces femmes, le besoin de lafaveurcommande la duplicité, comme une condition première, essentielle, inévitable,sine qua non, de tout ce qui fait le bien-être de la vie, le charme et l'éclat d'une destinée; le mensonge leur devient par conséquent une nécessité vitale, un besoin impérieux auquel il faut satisfaire sur l'heure, à tout prix. Dans ces conditions, il ne saurait jamais se transformer en un art, toute la ruse du sauvage captif voulant profiter de son maître, non s'en affranchir, ne pouvant se comparer avec le savoir-faire habile et ingénieux du diplomate et du vaincu. Aussi, pour s'entretenir la main, ces femmes, à quelque rang qu'elles appartiennent, femmes de cour ou de quatorzièmetchin, ne disent-elles jamais, au grand jamais, un mot de pure et simple vérité. Demandez-leur s'il est jour à minuit, elles répondrontoui, pour voir si elles ont su faire croire l'incroyable. Le mensonge, qui répugne à la nature humaine, étant devenu un ingrédient inévitable de leurs rapports sociaux, a fini par gagner pour elles on ne sait quel charme malsain, comme celui de l'assa fœtidaque les hommes au palais blasé du siècle dernier portaient en bonbonnière. Elles ont comme un goût plus sapide sur la langue sitôt qu'elles se figurent avoir induit en erreur quelque naïf, avoir persuadé quelque bonne âme du contraire de qui a été, de ce qui est, de ce qui sera.—Or, pour autant de Polonaises qu'on ait pu connaître, jamais on n'a rencontré une vraie menteuse. Elles savent faire de la dissimulation un art; elles savent même le ranger parmi les beaux-arts, car lorsqu'on en a surpris le secret, on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, du sentiment généreux qui la dicta ou de la délicatesse de ses procédés. Mais, quelqu'inimaginable finesse qu'elles mettent à ne pas laisser comprendre qu'elles savent ce qu'elles prétendent ignorer, qu'elles ont aperçu ce qu'elles veulent n'avoir point vu, on ne peut jamais les accuser d'avoir manqué de franchise, surtout au détriment de qui que ce soit. Elles ont toujours dit vrai; tant pis pour ceux qui ne les devinaient pas. Elles sont bien assez habiles pour échapper à tout essai scrutateur, sans recourir au masque qui trahit la vérité et tue l'honneur. Toute l'adresse avec laquelle une Polonaise dérobe ce qu'elle veut cacher du secret d'autrui ou du sien, l'impénétrabilité dont elle recouvre le fond de ses sentiments, le dernier mot de ceux que lui inspirent les autres, ce qu'elle pense de tout et de tous, ce qu'elle compte faire et faire faire dans un cas et un moment donné, ne l'empêchent jamais d'être, non seulement sincère, mais ouverte, disant à chacun avec grâce, abandon et empressement, tout ce qui l'intéresse de savoir quand cela ne fait tort à personne. L'habitude de vivre au sein du danger, de manier le danger, de se jouer du danger au milieu duquel elle a grandi depuis qu'elle est au monde, donne à son imperturbable discrétion comme un instinct de salut pour tous. Il lui serait impossible de faire du mal par une parole irréfléchie, passionnée ou encolérée, même à un ennemi, tant sa pensée est naturellement tournée vers le devoir d'aider et de secourir. Ensuite, elle est trop pieuse, trop civilisée, elle a surtout trop de tact, pour pousser la dissimulation au-delà du nécessaire.—Entre elle et les autres femmes slaves il y a la différence de la vaincue à l'esclave. La vaincue étant fière se respecte elle-même sous ses déguisements; l'esclave n'a plus souvent qu'une âme d'esclave. Elle ne sait plus ni dissimuler sans mentir, ni mépriser celui qui l'obligerait à mentir; elle le craint! Et ici, la crainte du seigneur est le commencement de la bassesse.

[10]Il faut observer que malgré la constante réserve et la profonde dissimulation que leur commande la position de leur pays, à elles, dépositaires de tant de sentiments, de tant d'incidents, de tant de faits, de tant de secrets, qui à la moindre indiscrétion menaceraient quelqu'un de la déportation et des mines de la Sibérie, jamais on ne rencontre chez les Polonaises cette insincérité de tous les instants, ce mensonge perpétuel qui distingue d'autres femmes slaves. Celles-ci, non contentes de pratiquer la non-vérité, se sont faites une seconde nature de la contre-vérité, qu'impose un despotisme dont dépendent toutes les sources de la vie, tout le brillant de son échaffaudage; despotisme d'autant plus implacable sous ses formes mielleuses que, se sachant réduit à régner par la terreur, il consent à être trompé en étant adulé, à être caressé sans amour, bercé sans tendresse, enivré d'un vin frelaté, sans se soucier si le cœur est épanoui quand les lèvres rient, si l'âme est heureuse quand la bouche le proclame, si elle ne hait pas celui auquel les yeux jettent leurs plus séduisantes invites. Pour ces femmes, le besoin de lafaveurcommande la duplicité, comme une condition première, essentielle, inévitable,sine qua non, de tout ce qui fait le bien-être de la vie, le charme et l'éclat d'une destinée; le mensonge leur devient par conséquent une nécessité vitale, un besoin impérieux auquel il faut satisfaire sur l'heure, à tout prix. Dans ces conditions, il ne saurait jamais se transformer en un art, toute la ruse du sauvage captif voulant profiter de son maître, non s'en affranchir, ne pouvant se comparer avec le savoir-faire habile et ingénieux du diplomate et du vaincu. Aussi, pour s'entretenir la main, ces femmes, à quelque rang qu'elles appartiennent, femmes de cour ou de quatorzièmetchin, ne disent-elles jamais, au grand jamais, un mot de pure et simple vérité. Demandez-leur s'il est jour à minuit, elles répondrontoui, pour voir si elles ont su faire croire l'incroyable. Le mensonge, qui répugne à la nature humaine, étant devenu un ingrédient inévitable de leurs rapports sociaux, a fini par gagner pour elles on ne sait quel charme malsain, comme celui de l'assa fœtidaque les hommes au palais blasé du siècle dernier portaient en bonbonnière. Elles ont comme un goût plus sapide sur la langue sitôt qu'elles se figurent avoir induit en erreur quelque naïf, avoir persuadé quelque bonne âme du contraire de qui a été, de ce qui est, de ce qui sera.—Or, pour autant de Polonaises qu'on ait pu connaître, jamais on n'a rencontré une vraie menteuse. Elles savent faire de la dissimulation un art; elles savent même le ranger parmi les beaux-arts, car lorsqu'on en a surpris le secret, on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, du sentiment généreux qui la dicta ou de la délicatesse de ses procédés. Mais, quelqu'inimaginable finesse qu'elles mettent à ne pas laisser comprendre qu'elles savent ce qu'elles prétendent ignorer, qu'elles ont aperçu ce qu'elles veulent n'avoir point vu, on ne peut jamais les accuser d'avoir manqué de franchise, surtout au détriment de qui que ce soit. Elles ont toujours dit vrai; tant pis pour ceux qui ne les devinaient pas. Elles sont bien assez habiles pour échapper à tout essai scrutateur, sans recourir au masque qui trahit la vérité et tue l'honneur. Toute l'adresse avec laquelle une Polonaise dérobe ce qu'elle veut cacher du secret d'autrui ou du sien, l'impénétrabilité dont elle recouvre le fond de ses sentiments, le dernier mot de ceux que lui inspirent les autres, ce qu'elle pense de tout et de tous, ce qu'elle compte faire et faire faire dans un cas et un moment donné, ne l'empêchent jamais d'être, non seulement sincère, mais ouverte, disant à chacun avec grâce, abandon et empressement, tout ce qui l'intéresse de savoir quand cela ne fait tort à personne. L'habitude de vivre au sein du danger, de manier le danger, de se jouer du danger au milieu duquel elle a grandi depuis qu'elle est au monde, donne à son imperturbable discrétion comme un instinct de salut pour tous. Il lui serait impossible de faire du mal par une parole irréfléchie, passionnée ou encolérée, même à un ennemi, tant sa pensée est naturellement tournée vers le devoir d'aider et de secourir. Ensuite, elle est trop pieuse, trop civilisée, elle a surtout trop de tact, pour pousser la dissimulation au-delà du nécessaire.—Entre elle et les autres femmes slaves il y a la différence de la vaincue à l'esclave. La vaincue étant fière se respecte elle-même sous ses déguisements; l'esclave n'a plus souvent qu'une âme d'esclave. Elle ne sait plus ni dissimuler sans mentir, ni mépriser celui qui l'obligerait à mentir; elle le craint! Et ici, la crainte du seigneur est le commencement de la bassesse.

[11]Ce mot fut prononcé devant une personne de notre connaissance.

[11]Ce mot fut prononcé devant une personne de notre connaissance.

[12]Dédicace deModeste Mignon.

[12]Dédicace deModeste Mignon.

[13]L'habitude où l'on était autrefois de boire dans leur propre soulier la santé des femmes qu'on voulait fêter, est une des traditions les plus originales de la galanterie enthousiaste des Polonais.

[13]L'habitude où l'on était autrefois de boire dans leur propre soulier la santé des femmes qu'on voulait fêter, est une des traditions les plus originales de la galanterie enthousiaste des Polonais.

[14]Mémoires d'outre-tombe, 1ervol.—Incantation.

[14]Mémoires d'outre-tombe, 1ervol.—Incantation.

[15]Idem, 3evol.—Atala.

[15]Idem, 3evol.—Atala.

[16]Dans l'impossibilité de citer des poèmes trop longs ou des fragments trop courts, nous ajouterons ici pour les belles compatriotes de Chopin quelques strophes d'un ton familier, qu'elles disent intraduisibles, mais peignant d'une touche fine et sentie le caractère général de celles qui habitent ces régions moyennes, où se concentrent les rayons épars du type national; si non les plus éclatants, du moins les plus vrais.Bo i cóż to tam za żywośćMłodych Polek i uroda!Tam wstyd szczery, tam poczciwość,Tam po Bogu dusza mloda!................................................................................Myśl ich cicho w życiu świeci,Pełne życia, jak nadzieje;Lubią pieśni, tańce, dzieci,Wiosne, kwiaty, stare dzieje....Gdy wesołe, istne trzpiotki,I wiewiórki i szczebiotki!Lecz gdy w smutku myśl zagrzebie,Wówczas Polka taka rzewna,Iż uwierzysz, że jéj krewnaNajsmutniejsza z gwiazd na niebie!Choć człek duszy jéj nie zbadał,W koło serca tak tam prawo,Tak rozkosznie i tak łzawo,Jakbyś grzechy wyspowiadał.A gdy uśmiech łzę pokryje,I dla ciebie serce bije:To cię dojmie tak do żywa,Iż to cudne, cudne dziwa,Że się serce nie rozplynie,Że od szczęścia człek nie zginie!Zda sie, że to żyjesz społemZ rajskiém dzieckiém, czy z aniołem.Lecz to szczęście nie tak tanie,Przeboleje dusza młoda;Jednak lat i łez nie szkoda,Boć raz w życiu to kochanie!A jak ci się która poda,Z całej duszy i statecznie,To już twoją będzie wiecznie,I w ład pójdzie ci z nią życie,Bo twéj duszy nie wyziębi.Ona sercem pojmie skrycie,Co myśl wieku dżwiga w gtębi;Co się w czasie zrywa, waży,To w rumieńcu na jéj twarzy,Jak w zwierciedle sie odbije,Bo w tém łonie przyszłość żyje!

[16]Dans l'impossibilité de citer des poèmes trop longs ou des fragments trop courts, nous ajouterons ici pour les belles compatriotes de Chopin quelques strophes d'un ton familier, qu'elles disent intraduisibles, mais peignant d'une touche fine et sentie le caractère général de celles qui habitent ces régions moyennes, où se concentrent les rayons épars du type national; si non les plus éclatants, du moins les plus vrais.

Bo i cóż to tam za żywośćMłodych Polek i uroda!Tam wstyd szczery, tam poczciwość,Tam po Bogu dusza mloda!

................................................................................

Myśl ich cicho w życiu świeci,Pełne życia, jak nadzieje;Lubią pieśni, tańce, dzieci,Wiosne, kwiaty, stare dzieje....Gdy wesołe, istne trzpiotki,I wiewiórki i szczebiotki!Lecz gdy w smutku myśl zagrzebie,Wówczas Polka taka rzewna,Iż uwierzysz, że jéj krewnaNajsmutniejsza z gwiazd na niebie!Choć człek duszy jéj nie zbadał,W koło serca tak tam prawo,Tak rozkosznie i tak łzawo,Jakbyś grzechy wyspowiadał.

A gdy uśmiech łzę pokryje,I dla ciebie serce bije:To cię dojmie tak do żywa,Iż to cudne, cudne dziwa,Że się serce nie rozplynie,Że od szczęścia człek nie zginie!Zda sie, że to żyjesz społemZ rajskiém dzieckiém, czy z aniołem.Lecz to szczęście nie tak tanie,Przeboleje dusza młoda;Jednak lat i łez nie szkoda,Boć raz w życiu to kochanie!A jak ci się która poda,Z całej duszy i statecznie,To już twoją będzie wiecznie,I w ład pójdzie ci z nią życie,Bo twéj duszy nie wyziębi.Ona sercem pojmie skrycie,Co myśl wieku dżwiga w gtębi;Co się w czasie zrywa, waży,To w rumieńcu na jéj twarzy,Jak w zwierciedle sie odbije,Bo w tém łonie przyszłość żyje!

[17]LeNocturne en mi mineur(œuvre 72) nous rend quelque chose des impressions subtiles, raffinées, alambiquées, que Chopin reproduisait avec une sorte de prédilection passionnée. Nous ne nous refusons pas le plaisir de faire connaître à celles qui les comprendront, les vers que ce morceau inspira à la belle CsseCielecka, née CsseBnińska:Kolysze zwolna, jakby falą morza,Nóty dzwięcznemi, pelnemi uroku.Rozjaśnia blaskiem jakby życia zorza,Którą witamy czasem ze łzą w oku.Dalej uderza nas walki przeczucie;Ton coraz glośniéj rozlega się w górę.Pelen, ponury, objawia w swéj nócieŚwiatlośé ukrytą za posępną chmurę.Stróny tak silne, jakby kute w stali,Żalosnym jękiem, w duszy naszej dzwonią:Mówią o bòlu, co nam serce pali,Lecz co zostawia duszę nieskażoną!...Póżniéj, podobny do woni wspomnieniaZnów zakolysac czasem nas powraca.Z urokiem igra; kolyszac cierpienia,Swoim promykiem jeszcze nas ozlaca.Nareszcie, jako cicha na dnie woda,Spokój glęboki z nurt toni się wznosi,Jak serce, które o nic już nie prosi,Lecz kwiatów życia, szkoda... mówi... szkoda!...

[17]LeNocturne en mi mineur(œuvre 72) nous rend quelque chose des impressions subtiles, raffinées, alambiquées, que Chopin reproduisait avec une sorte de prédilection passionnée. Nous ne nous refusons pas le plaisir de faire connaître à celles qui les comprendront, les vers que ce morceau inspira à la belle CsseCielecka, née CsseBnińska:

Kolysze zwolna, jakby falą morza,Nóty dzwięcznemi, pelnemi uroku.Rozjaśnia blaskiem jakby życia zorza,Którą witamy czasem ze łzą w oku.Dalej uderza nas walki przeczucie;Ton coraz glośniéj rozlega się w górę.Pelen, ponury, objawia w swéj nócieŚwiatlośé ukrytą za posępną chmurę.Stróny tak silne, jakby kute w stali,Żalosnym jękiem, w duszy naszej dzwonią:Mówią o bòlu, co nam serce pali,Lecz co zostawia duszę nieskażoną!...Póżniéj, podobny do woni wspomnieniaZnów zakolysac czasem nas powraca.Z urokiem igra; kolyszac cierpienia,Swoim promykiem jeszcze nas ozlaca.Nareszcie, jako cicha na dnie woda,Spokój glęboki z nurt toni się wznosi,Jak serce, które o nic już nie prosi,Lecz kwiatów życia, szkoda... mówi... szkoda!...

[18]Le Polonais conserve dans son formulaire de politesse une forte empreinte des habitudes hyperboliques du langage oriental. Les titres detrès puissantettrès éclairé Seigneur, (Jasnie Wielmożny, Jasnie Oswiecony Pan), sont encore de rigueur. On se donne constamment dans la conversation celui deBienfaiteur(Dobrodzij), et le salut d'usage entre hommes ou d'homme à femme est:je tombe à vos pieds(padam do nóg). Celui du peuple est d'une solennité et d'une simplicité antiques:Gloire à Dieu(Slawa Bohu).

[18]Le Polonais conserve dans son formulaire de politesse une forte empreinte des habitudes hyperboliques du langage oriental. Les titres detrès puissantettrès éclairé Seigneur, (Jasnie Wielmożny, Jasnie Oswiecony Pan), sont encore de rigueur. On se donne constamment dans la conversation celui deBienfaiteur(Dobrodzij), et le salut d'usage entre hommes ou d'homme à femme est:je tombe à vos pieds(padam do nóg). Celui du peuple est d'une solennité et d'une simplicité antiques:Gloire à Dieu(Slawa Bohu).

[19]Heine, Salon.Chopin.

[19]Heine, Salon.Chopin.

[20]Sur Paganini, après sa mort.

[20]Sur Paganini, après sa mort.

[21]MmeSand.Lucrezia Floriani.

[21]MmeSand.Lucrezia Floriani.

[22]L'auteur deJulie et Adolphe(roman imité de la Nouvelle Héloise et qui eut beaucoup de vogue à sa publication), le général K. qui, âgé de plus de quatre-vingts ans, vivait encore dans une campagne du gouvernement de la Volhynie à l'époque de notre séjour dans ces contrées, avait fait, conformément à la coutume dont nous parlons, construire son cercueil qui, depuis trente ans, était toujours posé à côté de la porte de sa chambre.

[22]L'auteur deJulie et Adolphe(roman imité de la Nouvelle Héloise et qui eut beaucoup de vogue à sa publication), le général K. qui, âgé de plus de quatre-vingts ans, vivait encore dans une campagne du gouvernement de la Volhynie à l'époque de notre séjour dans ces contrées, avait fait, conformément à la coutume dont nous parlons, construire son cercueil qui, depuis trente ans, était toujours posé à côté de la porte de sa chambre.

[23]On ne saurait reprocher au polonais de manquer d'harmonie et d'être dépourvu d'attrait musical. Ce n'est pas la fréquence des consonnes qui constitue toujours et absolument la dureté d'une langue, mais le mode de leur association; on pourrait même dire que quelques-unes n'ont un coloris terne et froid, que par l'absence de sons bien déterminés et fortement marqués. C'est la rencontre désagréable et disharmonieuse de consonnes hétérogènes, qui blesse péniblement les habitudes d'une oreille délicate et cultivée; c'est le retour répété de certaines consonnes bien accouplées qui ombre, rhythme le langage, lui donne de la vigueur, la prépondérance des voyelles ne produisant qu'une sorte de teinte claire et pâle qui demande à être relevée par des rembrunissements. Les langues slaves emploient, il est vrai, beaucoup de consonnes, mais en général avec des rapprochements sonores, quelquefois flatteurs à l'ouïe, presque jamais tout à fait discordants, même alors qu'il sont plus frappants que mélodieux. La qualité de leurs sons est riche, pleine et très nuancée; ils ne restent point resserrés dans une sorte de médium étroit, mais s'étendent dans un registre considérable par la variété des intonations qu'on leur applique, tantôt basses, tantôt hautes. Plus on avance vers l'orient, et plus ce trait philologique s'accentue; on le rencontre dans les langues sémitiques: en chinois, le même mot prend un sens totalement différent, selon le diapason sur lequel on le prononce. Le Ł slave, cette lettre presque impossible à prononcer à ceux qui ne l'ont pas appris dès leur enfance, n'a rien de sec. Elle donne à l'ouïe l'impression que produit sur nos doigts un épais velours de laine, rude et souple à la fois. La réunion des consonnes clapotantes étant rare en polonais, les assonances très aisément multipliées, cette comparaison pourrait s'appliquer à l'ensemble de l'effet qu'il produit sur l'oreille des étrangers. On y rencontre beaucoup de mots imitant le bruit propre aux objets qu'ils désignent. Les répétitions réitérées duch(haspiré), dusz(chen français), durz, ducz, si effrayants à un œil profane et dont le timbre n'a pour la plupart rien de barbare, (ils se prononcent à peu près commegeaiettche), facilitent ces minologies. Le motdzwięk,son, (lisezdzwienque), en offre un exemple assez caractéristique; il paraîtrait difficile de mieux reproduire la sensation que la résonance d'un diapason fait éprouver à l'oreille.—Entre les consonnes accumulées dans des groupes qui produisent des tons très divers, tantôt métalliques, tantôt bourdonnants, sifflants ou grondants, il s'entremêle des diphthongues nombreuses et des voyelles qui deviennent souvent quelque peu nasales, l'aet l'eétant prononcés commeonetinlorsqu'ils sont accompagnés d'une cédille:ą,ę. À côté duc(tse) qu'on dit avec une grande mollesse, quelquefoisć(tsic), lesaccentué,ś, est presque gazouillé. Leza trois sons; on croirait l'accord d'un ton. Leż(iais), lez(zed) et leź(zied). L'yforme une voyelle d'un son étouffé,eu, que nous ne saurions pas plus reproduire en français que celui duł; aussi bien que lui, elle donne un chatoyant ineffable à la langue.—Ces éléments fins et déliés permettent aux femmes de prendre dans leurs discours un accent chantant ou traînant, qu'elles transportent d'ordinaire aux autres langues, où le charme, devenant défaut, déroute au lieu de plaire. Que de choses, que de personnes qui, à peine transportées dans un milieu dont l'air ambiant, le courant de pensées diverses, ne comportent pas un genre de grâce, d'expression, d'attrait, ce qui en elles était fascinant et irrésistible devient choquant et agaçant, uniquement parce que ces mêmes séductions sont placées sous le rayon d'un autre éclairage; parce que les ombres y perdant leurs profondeurs, les reflets lumineux n'ont plus leur éclat et leurs signifiances. En parlant leur langue, les Polonaises ont encore l'habitude de faire succéder à des espèces de récitatifs et de thrénodies improvisées, lorsque les sujets qui les occupent sont sérieux et mélancoliques, un petit parler gras et zézayant comme celui des enfants. Est-ce pour garder et manifester les privilèges de leur suzeraineté féminine, au moment même où elles ont condescendu à être graves comme des sénateurs, de bon conseil comme le ministre d'un règne précédent et sage, profondes comme un vieux théologien, subtiles comme un métaphysicien allemand? Mais, pour peu que la Polonaise soit en veine de gaieté, en train de laisser luire les feux de ses charmes, de laisser s'exhaler les parfums de son esprit, comme la fleur qui penche son calice sous le chaud rayon d'un soleil de printemps pour répandre dans les airs ses senteurs, on dirait son âme que tout mortel voudrait aspirer et imboire comme une bouffée de félicité arrivée des régions du paradis... elle ne semble plus se donner la peine d'articuler ses mots, comme les humbles habitants de cette vallée de larmes. Elle se met à rossignoler; les phrases deviennent des roulades qui montent aux plus haut de la gamme d'un soprano enchanteur, ou bien les périodes se balancent en trilles qu'on dirait le tremblement d'une goutte de rosée; triomphes charmants, hésitation plus charmantes encore, entrecoupées de petits rires perlés, de petits cris interjectifs! Puis viennent de petits points d'orgues dans les notes sublimes du registre de la voix, lesquels descendent rapidement par on ne sait quelle succession chromatique de demi-tons et quarts de ton, pour s'arrêter sur une note grave et poursuivre des modulations infinies, brusqués, originales, qui dépaysent l'oreille inaccoutumée à ce gentil ramage, qu'une légère teinte d'ironie revêt par moments d'un faux-air de moquerie narquoise particulier au chant de certains oiseaux. Comme les Vénitiennes, les Polonaises aiment àzinzibuleret, des diastèmes piquants, des azophies imprévues, des nuances charmantes, se trouvent tout naturellement mêlés à cette caqueterie mignonne qui fait tomber les paroles de leurs lèvres, tantôt comme une poignée de perles qui s'éparpillent et résonnent sur une vasque d'argent, tantôt comme des étincelles qu'elles regardent curieusement briller et s'éteindre, à moins que l'une d'elles n'aille s'ensevelir dans un cœur qu'elle peut dévorer et dessécher s'il ne possède point le secret de la réaction; qu'elle peut allumer comme une haute flamme d'héroïsme et de gloire, comme un phare bienfaisant dans les tempêtes de la vie. En tout cas, quelqu'emploi qu'elles en fassent, la langue polonaise est dans la bouche des femmes bien plus douce et plus caressante que dans celle des hommes.—Quand eux ils se piquent de la parler avec élégance, ils lui impriment une sonorité mâle qui semble pouvoir s'adapter très énergiquement aux mouvements de l'éloquence, autrefois si cultivée en Pologne. La poésie puise dans ces matériaux si nombreux et variés, une diversité de rhythmes et de prosodies; une abondance de rimes et de consonances, qui lui rendent possible de suivre, musicalement en quelque sorte, le coloris des sentiments et des scènes qu'elle dépeint, non seulement en courtes onomatopées, mais durant de longues tirades.—On a comparé avec raison l'analogie du polonais et du russe, à celle qui existe entre le latin et l'italien. En effet, la langue russe est plus mélismatique, plus alanguie, plus soupirée. Son cadencement est particulièrement approprié au chant, si bien que ses belles poésies, celles de Zukowski et de Pouschkine, paraissent renfermer une mélodie toute dessinée par le mètre des vers. Il semble qu'on n'ait qu'à dégager unariosoou un douxcantabilede certaines stances, telles que leChâle noir, leTalismann, et bien d'autres.—L'ancien slavon, qui est la langue de l'Église d'Orient, a un tout autre caractère. Une grande majesté y prédomine; plus gutturale que les autres idiomes qui en découlent, elle est sévère et monotone avec grandeur, comme les peintures byzantines conservées dans le culte auquel elle est incorporée. Elle a bien la physionomie d'une langue sacrée qui n'a servi qu'à un seul sentiment, qui n'a point été modulée, façonnée, énervée, par de profanes passions, ni aplatie et réduite à de mesquines proportions par de vulgaires besoins.

[23]On ne saurait reprocher au polonais de manquer d'harmonie et d'être dépourvu d'attrait musical. Ce n'est pas la fréquence des consonnes qui constitue toujours et absolument la dureté d'une langue, mais le mode de leur association; on pourrait même dire que quelques-unes n'ont un coloris terne et froid, que par l'absence de sons bien déterminés et fortement marqués. C'est la rencontre désagréable et disharmonieuse de consonnes hétérogènes, qui blesse péniblement les habitudes d'une oreille délicate et cultivée; c'est le retour répété de certaines consonnes bien accouplées qui ombre, rhythme le langage, lui donne de la vigueur, la prépondérance des voyelles ne produisant qu'une sorte de teinte claire et pâle qui demande à être relevée par des rembrunissements. Les langues slaves emploient, il est vrai, beaucoup de consonnes, mais en général avec des rapprochements sonores, quelquefois flatteurs à l'ouïe, presque jamais tout à fait discordants, même alors qu'il sont plus frappants que mélodieux. La qualité de leurs sons est riche, pleine et très nuancée; ils ne restent point resserrés dans une sorte de médium étroit, mais s'étendent dans un registre considérable par la variété des intonations qu'on leur applique, tantôt basses, tantôt hautes. Plus on avance vers l'orient, et plus ce trait philologique s'accentue; on le rencontre dans les langues sémitiques: en chinois, le même mot prend un sens totalement différent, selon le diapason sur lequel on le prononce. Le Ł slave, cette lettre presque impossible à prononcer à ceux qui ne l'ont pas appris dès leur enfance, n'a rien de sec. Elle donne à l'ouïe l'impression que produit sur nos doigts un épais velours de laine, rude et souple à la fois. La réunion des consonnes clapotantes étant rare en polonais, les assonances très aisément multipliées, cette comparaison pourrait s'appliquer à l'ensemble de l'effet qu'il produit sur l'oreille des étrangers. On y rencontre beaucoup de mots imitant le bruit propre aux objets qu'ils désignent. Les répétitions réitérées duch(haspiré), dusz(chen français), durz, ducz, si effrayants à un œil profane et dont le timbre n'a pour la plupart rien de barbare, (ils se prononcent à peu près commegeaiettche), facilitent ces minologies. Le motdzwięk,son, (lisezdzwienque), en offre un exemple assez caractéristique; il paraîtrait difficile de mieux reproduire la sensation que la résonance d'un diapason fait éprouver à l'oreille.—Entre les consonnes accumulées dans des groupes qui produisent des tons très divers, tantôt métalliques, tantôt bourdonnants, sifflants ou grondants, il s'entremêle des diphthongues nombreuses et des voyelles qui deviennent souvent quelque peu nasales, l'aet l'eétant prononcés commeonetinlorsqu'ils sont accompagnés d'une cédille:ą,ę. À côté duc(tse) qu'on dit avec une grande mollesse, quelquefoisć(tsic), lesaccentué,ś, est presque gazouillé. Leza trois sons; on croirait l'accord d'un ton. Leż(iais), lez(zed) et leź(zied). L'yforme une voyelle d'un son étouffé,eu, que nous ne saurions pas plus reproduire en français que celui duł; aussi bien que lui, elle donne un chatoyant ineffable à la langue.—Ces éléments fins et déliés permettent aux femmes de prendre dans leurs discours un accent chantant ou traînant, qu'elles transportent d'ordinaire aux autres langues, où le charme, devenant défaut, déroute au lieu de plaire. Que de choses, que de personnes qui, à peine transportées dans un milieu dont l'air ambiant, le courant de pensées diverses, ne comportent pas un genre de grâce, d'expression, d'attrait, ce qui en elles était fascinant et irrésistible devient choquant et agaçant, uniquement parce que ces mêmes séductions sont placées sous le rayon d'un autre éclairage; parce que les ombres y perdant leurs profondeurs, les reflets lumineux n'ont plus leur éclat et leurs signifiances. En parlant leur langue, les Polonaises ont encore l'habitude de faire succéder à des espèces de récitatifs et de thrénodies improvisées, lorsque les sujets qui les occupent sont sérieux et mélancoliques, un petit parler gras et zézayant comme celui des enfants. Est-ce pour garder et manifester les privilèges de leur suzeraineté féminine, au moment même où elles ont condescendu à être graves comme des sénateurs, de bon conseil comme le ministre d'un règne précédent et sage, profondes comme un vieux théologien, subtiles comme un métaphysicien allemand? Mais, pour peu que la Polonaise soit en veine de gaieté, en train de laisser luire les feux de ses charmes, de laisser s'exhaler les parfums de son esprit, comme la fleur qui penche son calice sous le chaud rayon d'un soleil de printemps pour répandre dans les airs ses senteurs, on dirait son âme que tout mortel voudrait aspirer et imboire comme une bouffée de félicité arrivée des régions du paradis... elle ne semble plus se donner la peine d'articuler ses mots, comme les humbles habitants de cette vallée de larmes. Elle se met à rossignoler; les phrases deviennent des roulades qui montent aux plus haut de la gamme d'un soprano enchanteur, ou bien les périodes se balancent en trilles qu'on dirait le tremblement d'une goutte de rosée; triomphes charmants, hésitation plus charmantes encore, entrecoupées de petits rires perlés, de petits cris interjectifs! Puis viennent de petits points d'orgues dans les notes sublimes du registre de la voix, lesquels descendent rapidement par on ne sait quelle succession chromatique de demi-tons et quarts de ton, pour s'arrêter sur une note grave et poursuivre des modulations infinies, brusqués, originales, qui dépaysent l'oreille inaccoutumée à ce gentil ramage, qu'une légère teinte d'ironie revêt par moments d'un faux-air de moquerie narquoise particulier au chant de certains oiseaux. Comme les Vénitiennes, les Polonaises aiment àzinzibuleret, des diastèmes piquants, des azophies imprévues, des nuances charmantes, se trouvent tout naturellement mêlés à cette caqueterie mignonne qui fait tomber les paroles de leurs lèvres, tantôt comme une poignée de perles qui s'éparpillent et résonnent sur une vasque d'argent, tantôt comme des étincelles qu'elles regardent curieusement briller et s'éteindre, à moins que l'une d'elles n'aille s'ensevelir dans un cœur qu'elle peut dévorer et dessécher s'il ne possède point le secret de la réaction; qu'elle peut allumer comme une haute flamme d'héroïsme et de gloire, comme un phare bienfaisant dans les tempêtes de la vie. En tout cas, quelqu'emploi qu'elles en fassent, la langue polonaise est dans la bouche des femmes bien plus douce et plus caressante que dans celle des hommes.—Quand eux ils se piquent de la parler avec élégance, ils lui impriment une sonorité mâle qui semble pouvoir s'adapter très énergiquement aux mouvements de l'éloquence, autrefois si cultivée en Pologne. La poésie puise dans ces matériaux si nombreux et variés, une diversité de rhythmes et de prosodies; une abondance de rimes et de consonances, qui lui rendent possible de suivre, musicalement en quelque sorte, le coloris des sentiments et des scènes qu'elle dépeint, non seulement en courtes onomatopées, mais durant de longues tirades.—On a comparé avec raison l'analogie du polonais et du russe, à celle qui existe entre le latin et l'italien. En effet, la langue russe est plus mélismatique, plus alanguie, plus soupirée. Son cadencement est particulièrement approprié au chant, si bien que ses belles poésies, celles de Zukowski et de Pouschkine, paraissent renfermer une mélodie toute dessinée par le mètre des vers. Il semble qu'on n'ait qu'à dégager unariosoou un douxcantabilede certaines stances, telles que leChâle noir, leTalismann, et bien d'autres.—L'ancien slavon, qui est la langue de l'Église d'Orient, a un tout autre caractère. Une grande majesté y prédomine; plus gutturale que les autres idiomes qui en découlent, elle est sévère et monotone avec grandeur, comme les peintures byzantines conservées dans le culte auquel elle est incorporée. Elle a bien la physionomie d'une langue sacrée qui n'a servi qu'à un seul sentiment, qui n'a point été modulée, façonnée, énervée, par de profanes passions, ni aplatie et réduite à de mesquines proportions par de vulgaires besoins.

[24]Lucrezia Floriani.

[24]Lucrezia Floriani.

[25]Lucrezia Floriani.

[25]Lucrezia Floriani.

[26]Nous nous plaisons à citer ici quelques lignes du CteCharles Zaluski, orientaliste et diplomate distingué au service de l'Autriche, petit fils du PceOginski, auteur de la polonaise dont nous avons parlé plus haut et mentionné la vignette étrange. D'entre beaucoup de compatriotes de Chopin, le CteZaluski, musicien éminent, sut peut-être le mieux saisir le sens, l'esprit, l'âme, de ses œuvres.—Dans un intéressant article sur Chopin, que publia une Revue littéraire de Vienne,Die Dioskuren, II. Band, ce diplomate, qui est un poète élégant en même temps qu'un orientaliste distingué, dit:Kein Werk des Meisters ist aber geeigneter, einen Einblick in den erstaunlichen Reichthum seiner Gedanken zu gewähren, als seine Präludien. Diese zarten, oft ganz kleinen Vorspiele sind so stimmungsvoll, dass es kaum möglich ist, beim Anhören derselben sich der herandringenden poetischen Anregungen zu erwehren. An und für sich bestimmt, musikalische Intentionen mehr auszudeuten als auszuführen, zaubern sie lebhafte Bilder hervor, oder so zu sagen selbstentstandene Gedichte, die dem Herzensdrang entsprechenden Gefühlen Ausdruck zu geben suchen. Bewegt, leidenschaftlich, zuletzt so wehmüthig ruhig ist das Prälude in Fis-moll, dass man unwillkürlich daran einen deutlichen Gedanken knüpft, indem man sagt:Es rauschen die Föhren in herbstlicher Nacht,Am Meer die Wogen erbrausen,Doch wildere Stürme mit böserer MachtIm Herzen der Sterblichen hausen.Denn ruht wohl die See bald und seufzet kein Ast,Das Herz, ach! muss grollen und klagen.Bis dass ein Glöcklein es mahnet zur RastUnd jetzo es aufhört zu schlagen!Zwei reizende Gegenstücke erinnern an eine Theokritische Landschaft, an einen rieselnden Bach und Hirtenflötentöne. Der Absicht, die Rollen unter beide Hände zweifach zu vertheilen, entsprang die doppelte Darstellung, deren Analogien und Contraste in fast mikroskopischen Verhältnissen wunderbar erscheinen. Sie erinnern an jene wundervollen Gebilde der Natur, die im kleinsten Raum eine so erstaunliche Zahlenmenge aufweisen. Man zähle nur die Noten des zuerst erwähnten Vorspieles; ihre Zahl beträgt gegen fünfzehnhundert; die kaum eine Minute ausfüllen.—Anderswo rollen Orgeltöne im weiten Domesraum, oder es erzittern im fahlen Mondlichte Friedhofsklagetöne, während Irrlichter geisterhaft vorbeihuschen. Dort wandelt der Sänger am Meeresufer und der Athemzug des bewegten Elementes umweht ihn mit unbekannten Stimmungen aus fernen Welten.Es fehlt nicht an traditionellen Auslegungen mancher Schöpfungen Chopin's. Wer denkt da nicht gleich an das Prälude in Es-dur, das an einem stürmischen Tage auf den Balearen entstand. Gleichmässig und immer wiederkehrend fallen bei Sonnenschein Regentropfen herab; dann verfinstert sich der Himmel und ein Gewitter durchbraust die Natur. Nun ist es vorübergezogen und wieder lacht die Sonne; doch die Regentropfen fallen noch immer!...

[26]Nous nous plaisons à citer ici quelques lignes du CteCharles Zaluski, orientaliste et diplomate distingué au service de l'Autriche, petit fils du PceOginski, auteur de la polonaise dont nous avons parlé plus haut et mentionné la vignette étrange. D'entre beaucoup de compatriotes de Chopin, le CteZaluski, musicien éminent, sut peut-être le mieux saisir le sens, l'esprit, l'âme, de ses œuvres.—Dans un intéressant article sur Chopin, que publia une Revue littéraire de Vienne,Die Dioskuren, II. Band, ce diplomate, qui est un poète élégant en même temps qu'un orientaliste distingué, dit:

Kein Werk des Meisters ist aber geeigneter, einen Einblick in den erstaunlichen Reichthum seiner Gedanken zu gewähren, als seine Präludien. Diese zarten, oft ganz kleinen Vorspiele sind so stimmungsvoll, dass es kaum möglich ist, beim Anhören derselben sich der herandringenden poetischen Anregungen zu erwehren. An und für sich bestimmt, musikalische Intentionen mehr auszudeuten als auszuführen, zaubern sie lebhafte Bilder hervor, oder so zu sagen selbstentstandene Gedichte, die dem Herzensdrang entsprechenden Gefühlen Ausdruck zu geben suchen. Bewegt, leidenschaftlich, zuletzt so wehmüthig ruhig ist das Prälude in Fis-moll, dass man unwillkürlich daran einen deutlichen Gedanken knüpft, indem man sagt:

Es rauschen die Föhren in herbstlicher Nacht,Am Meer die Wogen erbrausen,Doch wildere Stürme mit böserer MachtIm Herzen der Sterblichen hausen.

Denn ruht wohl die See bald und seufzet kein Ast,Das Herz, ach! muss grollen und klagen.Bis dass ein Glöcklein es mahnet zur RastUnd jetzo es aufhört zu schlagen!

Zwei reizende Gegenstücke erinnern an eine Theokritische Landschaft, an einen rieselnden Bach und Hirtenflötentöne. Der Absicht, die Rollen unter beide Hände zweifach zu vertheilen, entsprang die doppelte Darstellung, deren Analogien und Contraste in fast mikroskopischen Verhältnissen wunderbar erscheinen. Sie erinnern an jene wundervollen Gebilde der Natur, die im kleinsten Raum eine so erstaunliche Zahlenmenge aufweisen. Man zähle nur die Noten des zuerst erwähnten Vorspieles; ihre Zahl beträgt gegen fünfzehnhundert; die kaum eine Minute ausfüllen.—Anderswo rollen Orgeltöne im weiten Domesraum, oder es erzittern im fahlen Mondlichte Friedhofsklagetöne, während Irrlichter geisterhaft vorbeihuschen. Dort wandelt der Sänger am Meeresufer und der Athemzug des bewegten Elementes umweht ihn mit unbekannten Stimmungen aus fernen Welten.

Es fehlt nicht an traditionellen Auslegungen mancher Schöpfungen Chopin's. Wer denkt da nicht gleich an das Prälude in Es-dur, das an einem stürmischen Tage auf den Balearen entstand. Gleichmässig und immer wiederkehrend fallen bei Sonnenschein Regentropfen herab; dann verfinstert sich der Himmel und ein Gewitter durchbraust die Natur. Nun ist es vorübergezogen und wieder lacht die Sonne; doch die Regentropfen fallen noch immer!...

[27]Lettres d'un voyageur.

[27]Lettres d'un voyageur.

[28]André.

[28]André.

[29]Lettres d'un voyageur.

[29]Lettres d'un voyageur.

[30]Spiridion.

[30]Spiridion.

[31]Lettres d'un voyageur.

[31]Lettres d'un voyageur.

[32]Lucrezia Floriani.

[32]Lucrezia Floriani.

[33]Lucrezia Floriani.

[33]Lucrezia Floriani.

[34]Lucrezia Floriani.

[34]Lucrezia Floriani.

[35]Lucrezia Floriani.

[35]Lucrezia Floriani.

[36]Depuis plusieurs années, les compositions de Chopin étaient très répandues et très goûtées en Angleterre. Les meilleurs virtuoses les exécutaient fréquemment. Nous trouvons dans une brochure publiée à ce moment à Londres, chez M. Wessel et Stappleton, sous le titreAn Essay on the works of F. Chopin, quelques lignes tracées avec justesse. L'épigraphe de cette petite brochure est ingénieusement choisie; l'on ne pouvait mieux appliquer qu'à Chopin les deux vers de Shelley: (Peter Bell the third)He was a mighty poet—andA subtle-souled psychologist.L'auteur des pages que nous mentionnons parle avec enthousiasme de cet «originative genius untrammeled by conventionalities, unfettered by pedantry;...» de ces: «outpourings of an unwordly and tristful soul, those musical floods of tears and gushes of pure joyfulness,—those exquisite embodiments of fugitive thoughts,—those infinitesimal delicacies», qui donnent tant de prix aux plus petits croquis de Chopin. L'auteur anglais dit plus loin: «One thing is certain, viz: to play with proper feeling and correct execution thePréludesandStudiesof Chopin, is to be neither more nor less than a finished pianist and moreover, to comprehend them thoroughly, to give a life and a tongue to their infinite and most eloquent subtleties of expression, involves the necessity of being in no less a degree a poet than a pianist, a thinker than a musician. Commonplace is instinctively avoided in all the works of Chopin; a stale cadence or a trite progression, a hum-drum subject or a hackneyed sequence, a vulgar twist of the melody or a worn out passage, a meagre harmony or an unskilful counterpoint, may in vain be looked for throughout the entire range of his compositions, the prevailing characteristics of which are, a feeling as uncommon as beautiful, a treatment as original as felicitous, a melody and a harmony as new, fresh, vigorous and striking, as they are utterly unexpected and out of the ordinary track. In taking up one of the works of Chopin you are entering, as it were, a fairy land, untrodden by human footsteps, a path hitherto unfrequented but by the great composer himself; a faith and a devotion,a desire to appreciate, and a determination to understand, are absolutely necessary, to do it anything like adequate justice....... Chopin in hisPolonaisesand in hisMazoureshas aimed at those characteristics which distinguish the national music of his country so markedly from that of all others, that quaint idiosyncrasy, that identical wildness and fantasticality, that delicious mingling of the sad and the cheerful, which invariably and forcibly individualize the music of those northern countries, whose language delights in combination of consonants........»

[36]Depuis plusieurs années, les compositions de Chopin étaient très répandues et très goûtées en Angleterre. Les meilleurs virtuoses les exécutaient fréquemment. Nous trouvons dans une brochure publiée à ce moment à Londres, chez M. Wessel et Stappleton, sous le titreAn Essay on the works of F. Chopin, quelques lignes tracées avec justesse. L'épigraphe de cette petite brochure est ingénieusement choisie; l'on ne pouvait mieux appliquer qu'à Chopin les deux vers de Shelley: (Peter Bell the third)

He was a mighty poet—andA subtle-souled psychologist.

L'auteur des pages que nous mentionnons parle avec enthousiasme de cet «originative genius untrammeled by conventionalities, unfettered by pedantry;...» de ces: «outpourings of an unwordly and tristful soul, those musical floods of tears and gushes of pure joyfulness,—those exquisite embodiments of fugitive thoughts,—those infinitesimal delicacies», qui donnent tant de prix aux plus petits croquis de Chopin. L'auteur anglais dit plus loin: «One thing is certain, viz: to play with proper feeling and correct execution thePréludesandStudiesof Chopin, is to be neither more nor less than a finished pianist and moreover, to comprehend them thoroughly, to give a life and a tongue to their infinite and most eloquent subtleties of expression, involves the necessity of being in no less a degree a poet than a pianist, a thinker than a musician. Commonplace is instinctively avoided in all the works of Chopin; a stale cadence or a trite progression, a hum-drum subject or a hackneyed sequence, a vulgar twist of the melody or a worn out passage, a meagre harmony or an unskilful counterpoint, may in vain be looked for throughout the entire range of his compositions, the prevailing characteristics of which are, a feeling as uncommon as beautiful, a treatment as original as felicitous, a melody and a harmony as new, fresh, vigorous and striking, as they are utterly unexpected and out of the ordinary track. In taking up one of the works of Chopin you are entering, as it were, a fairy land, untrodden by human footsteps, a path hitherto unfrequented but by the great composer himself; a faith and a devotion,a desire to appreciate, and a determination to understand, are absolutely necessary, to do it anything like adequate justice....... Chopin in hisPolonaisesand in hisMazoureshas aimed at those characteristics which distinguish the national music of his country so markedly from that of all others, that quaint idiosyncrasy, that identical wildness and fantasticality, that delicious mingling of the sad and the cheerful, which invariably and forcibly individualize the music of those northern countries, whose language delights in combination of consonants........»

[37]Schiller,Die Ideale.

[37]Schiller,Die Ideale.

[38]Bocage, un des acteurs les plus renommés du temps de MmeDorval, était dans l'art dramatique un des brillants représentants du romantisme échevelé et, à ce titre, il fut pendant quelque temps très bien vu à Nohant.

[38]Bocage, un des acteurs les plus renommés du temps de MmeDorval, était dans l'art dramatique un des brillants représentants du romantisme échevelé et, à ce titre, il fut pendant quelque temps très bien vu à Nohant.


Back to IndexNext