FABLE XX.* Le Chat et le Moineau.

Myson fut connu dans la GrècePar son amour pour la sagesse;Pauvre, libre, content, sans soins, sans embarras,Il vivait dans les bois, seul, méditant sans cesse,Et parfois riant aux éclats.Un jour deux Grecs vinrent lui dire:De ta gaîté, Myson, nous sommes tous surpris:Tu vis seul; comment peux-tu rire?Vraiment, répondit-il, voilà pourquoi je ris.

Myson fut connu dans la Grèce

Par son amour pour la sagesse;

Pauvre, libre, content, sans soins, sans embarras,

Il vivait dans les bois, seul, méditant sans cesse,

Et parfois riant aux éclats.

Un jour deux Grecs vinrent lui dire:

De ta gaîté, Myson, nous sommes tous surpris:

Tu vis seul; comment peux-tu rire?

Vraiment, répondit-il, voilà pourquoi je ris.

La prudence est bonne de soi;Mais la pousser trop loin est une duperie:L'exemple suivant en fait foi.Des moineaux habitaient dans une métairie.Un beau champ de millet, voisin de la maison,Leur donnait du grain à foison.Ces moineaux dans le champ passaient toute leur vieOccupés de gruger les épis de millet.Le vieux chat du logis les guettait d'ordinaire,Tournait et retournait; mais il avait beau faire;Sitôt qu'il paraissait, la bande s'envolait.Comment les attraper? Notre vieux chat y songe,Médite, fouille en son cerveau,Et trouve un tour tout neuf. Il va tremper dans l'eauSa patte dont il fait éponge.Dans du millet en grain aussitôt il la plonge;Le grain s'attache tout autour.Alors à cloche-pied, sans bruit, par un détour,Il va gagner le champ, s'y coucheLa patte en l'air et sur le dos,Ne bougeant non plus qu'une souche.Sa patte ressemblait à l'épi le plus gros;L'oiseau s'y méprenait, il approchait sans crainte,Venait pour becqueter, de l'autre patte: Crac!Voilà mon oiseau dans le sac.Il en prit vingt par cette feinte.Un moineau s'apperçoit du piége scélérat,Et prudemment fuit la machine;Mais dès ce jour il s'imagineQue chaque épi de grain était patte de chat.Au fond de son trou solitaireIl se retire, et plus n'en sort,Supporte la faim, la misère,Et meurt pour éviter la mort.

La prudence est bonne de soi;

Mais la pousser trop loin est une duperie:

L'exemple suivant en fait foi.

Des moineaux habitaient dans une métairie.

Un beau champ de millet, voisin de la maison,

Leur donnait du grain à foison.

Ces moineaux dans le champ passaient toute leur vie

Occupés de gruger les épis de millet.

Le vieux chat du logis les guettait d'ordinaire,

Tournait et retournait; mais il avait beau faire;

Sitôt qu'il paraissait, la bande s'envolait.

Comment les attraper? Notre vieux chat y songe,

Médite, fouille en son cerveau,

Et trouve un tour tout neuf. Il va tremper dans l'eau

Sa patte dont il fait éponge.

Dans du millet en grain aussitôt il la plonge;

Le grain s'attache tout autour.

Alors à cloche-pied, sans bruit, par un détour,

Il va gagner le champ, s'y couche

La patte en l'air et sur le dos,

Ne bougeant non plus qu'une souche.

Sa patte ressemblait à l'épi le plus gros;

L'oiseau s'y méprenait, il approchait sans crainte,

Venait pour becqueter, de l'autre patte: Crac!

Voilà mon oiseau dans le sac.

Il en prit vingt par cette feinte.

Un moineau s'apperçoit du piége scélérat,

Et prudemment fuit la machine;

Mais dès ce jour il s'imagine

Que chaque épi de grain était patte de chat.

Au fond de son trou solitaire

Il se retire, et plus n'en sort,

Supporte la faim, la misère,

Et meurt pour éviter la mort.

Un roi de Perse certain jourChassait avec toute sa cour;Il eut soif, et dans cette plaineOn ne trouvait point de fontaine.Près de là seulement était un grand jardinRempli de beaux cédrats, d'oranges, de raisin:A Dieu ne plaise que j'en mange:Dit le roi, ce jardin courrait trop de danger;Si je me permettais d'y cueillir une orange,Mes visirs aussitôt mangeraient le verger.

Un roi de Perse certain jour

Chassait avec toute sa cour;

Il eut soif, et dans cette plaine

On ne trouvait point de fontaine.

Près de là seulement était un grand jardin

Rempli de beaux cédrats, d'oranges, de raisin:

A Dieu ne plaise que j'en mange:

Dit le roi, ce jardin courrait trop de danger;

Si je me permettais d'y cueillir une orange,

Mes visirs aussitôt mangeraient le verger.

Une linotte avait un filsQu'elle adorait selon l'usage;C'était l'unique fruit du plus doux mariage,Et le plus beau linot qui fût dans le pays.Sa mère en était folle, et tous les témoignagesQue peuvent inventer la tendresse et l'amourÉtaient pour cet enfant épuisés chaque jour.Notre jeune linot, fier de ces avantages,Se croyait un phénix, prenait l'air suffisant,Tranchait du petit importantAvec les oiseaux de son âge:Persiflait la mésange ou bien le roitelet,Donnait à chacun son paquet,Et se faisait haïr de tout le voisinage.Sa mère lui disait: Mon cher fils, soit plus sage,Plus modeste sur-tout. Hélas! je conçois bienLes dons, les qualités, qui furent ton partage;Mais feignons de n'en savoir rien,Pour qu'on les aime davantage.A tout cela notre linotRépondait par quelque bon mot;La mère en gémissait dans le fond de son ame.Un vieux merle, ami de la dame,Lui dit: Laissez aller votre fils au grand bois,Je vous réponds qu'avant un moisIl sera sans défauts. Vous jugez des alarmesDe la mère, qui pleure et frémit du danger;Mais le jeune linot brûlait de voyager,Il partit donc malgré les larmes.A peine est-il dans la forêt,Que notre petit personnageDu pivert entend le ramage,Et se moque de son fausset.Le pivert, qui prit mal cette plaisanterie,Vient à bons coups de bec plumer le persifleur;Et, deux jours après, une pieLe dégoûte à jamais du métier de railleur.Il lui restait encor la vanité secrèteDe se croire excellent chanteur;Le rossignol et la fauvetteLe guérirent de son erreur.Bref, il retourna, chez sa mère,Doux, poli, modeste et charmant.Ainsi l'adversité fit, dans un seul moment,Ce que tant de leçons n'avaient jamais pu faire.

Une linotte avait un fils

Qu'elle adorait selon l'usage;

C'était l'unique fruit du plus doux mariage,

Et le plus beau linot qui fût dans le pays.

Sa mère en était folle, et tous les témoignages

Que peuvent inventer la tendresse et l'amour

Étaient pour cet enfant épuisés chaque jour.

Notre jeune linot, fier de ces avantages,

Se croyait un phénix, prenait l'air suffisant,

Tranchait du petit important

Avec les oiseaux de son âge:

Persiflait la mésange ou bien le roitelet,

Donnait à chacun son paquet,

Et se faisait haïr de tout le voisinage.

Sa mère lui disait: Mon cher fils, soit plus sage,

Plus modeste sur-tout. Hélas! je conçois bien

Les dons, les qualités, qui furent ton partage;

Mais feignons de n'en savoir rien,

Pour qu'on les aime davantage.

A tout cela notre linot

Répondait par quelque bon mot;

La mère en gémissait dans le fond de son ame.

Un vieux merle, ami de la dame,

Lui dit: Laissez aller votre fils au grand bois,

Je vous réponds qu'avant un mois

Il sera sans défauts. Vous jugez des alarmes

De la mère, qui pleure et frémit du danger;

Mais le jeune linot brûlait de voyager,

Il partit donc malgré les larmes.

A peine est-il dans la forêt,

Que notre petit personnage

Du pivert entend le ramage,

Et se moque de son fausset.

Le pivert, qui prit mal cette plaisanterie,

Vient à bons coups de bec plumer le persifleur;

Et, deux jours après, une pie

Le dégoûte à jamais du métier de railleur.

Il lui restait encor la vanité secrète

De se croire excellent chanteur;

Le rossignol et la fauvette

Le guérirent de son erreur.

Bref, il retourna, chez sa mère,

Doux, poli, modeste et charmant.

Ainsi l'adversité fit, dans un seul moment,

Ce que tant de leçons n'avaient jamais pu faire.

FIN DU LIVRE SECOND.


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