FABLE XXII.* Le Coq Fanfaron.

Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,Sans songer seulement à demander sa route,Aller de chûte en chûte, et, se traînant ainsi,Faire un tiers du chemin jusqu'à près de midi;Voir sur sa tête alors amasser les nuages,Dans un sable mouvant précipiter ses pas,Courir, en essuyant orages sur orages,Vers un but incertain où l'on n'arrive pas;Détrompé vers le soir, chercher une retraite,Arriver haletant, se coucher, s'endormir,On appelle cela naître, vivre, et mourir.La volonté de Dieu soit faite!

Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,

Sans songer seulement à demander sa route,

Aller de chûte en chûte, et, se traînant ainsi,

Faire un tiers du chemin jusqu'à près de midi;

Voir sur sa tête alors amasser les nuages,

Dans un sable mouvant précipiter ses pas,

Courir, en essuyant orages sur orages,

Vers un but incertain où l'on n'arrive pas;

Détrompé vers le soir, chercher une retraite,

Arriver haletant, se coucher, s'endormir,

On appelle cela naître, vivre, et mourir.

La volonté de Dieu soit faite!

Il fait bon battre un glorieux:Des revers qu'il éprouve il est toujours joyeux,Toujours sa vanité trouve dans sa défaiteUn moyen d'être satisfaite.Un coq, sans force et sans talent,Jouissait, on ne sait comment,D'une certaine renommée.Cela se voit, dit-on, chez la gent empluméeEt chez d'autres encore. Insolent comme un sot,Notre coq traita mal un poulet de mérite.La jeunesse aisément s'irrite;Le poulet offensé le provoque aussitôt,Et le cou tout gonflé sur lui se précipite.Dans l'instant le coq orgueilleuxEst battu, déplumé, reçoit mainte blessure;Et, si l'on n'eût fini ce combat dangereux,Sa mort terminait l'aventure.Quand le poulet fut loin, le coq, en s'épluchant,Disait: Cet enfant-là m'a montré du courage;J'ai beaucoup ménagé son âge,Mais de lui je suis fort content.Un coq, vieux et cassé, témoin de cette histoire,La répandit et s'en moqua.Notre fanfaron l'attaqua,Croyant facilement remporter la victoire.Le brave vétéran, de lui trop mal connu,En quatre coups de bec lui partage la crête,Le dépouille en entier des pieds jusqu'à la tête,Et le laisse là presque nu.Alors notre coq, sans se plaindre,Dit: C'est un bon vieillard, j'en ai bien peu souffert:Mais je le trouve encore vert;Et, dans son jeune temps, il devait être à craindre.

Il fait bon battre un glorieux:

Des revers qu'il éprouve il est toujours joyeux,

Toujours sa vanité trouve dans sa défaite

Un moyen d'être satisfaite.

Un coq, sans force et sans talent,

Jouissait, on ne sait comment,

D'une certaine renommée.

Cela se voit, dit-on, chez la gent emplumée

Et chez d'autres encore. Insolent comme un sot,

Notre coq traita mal un poulet de mérite.

La jeunesse aisément s'irrite;

Le poulet offensé le provoque aussitôt,

Et le cou tout gonflé sur lui se précipite.

Dans l'instant le coq orgueilleux

Est battu, déplumé, reçoit mainte blessure;

Et, si l'on n'eût fini ce combat dangereux,

Sa mort terminait l'aventure.

Quand le poulet fut loin, le coq, en s'épluchant,

Disait: Cet enfant-là m'a montré du courage;

J'ai beaucoup ménagé son âge,

Mais de lui je suis fort content.

Un coq, vieux et cassé, témoin de cette histoire,

La répandit et s'en moqua.

Notre fanfaron l'attaqua,

Croyant facilement remporter la victoire.

Le brave vétéran, de lui trop mal connu,

En quatre coups de bec lui partage la crête,

Le dépouille en entier des pieds jusqu'à la tête,

Et le laisse là presque nu.

Alors notre coq, sans se plaindre,

Dit: C'est un bon vieillard, j'en ai bien peu souffert:

Mais je le trouve encore vert;

Et, dans son jeune temps, il devait être à craindre.

FIN DU QUATRIÈME LIVRE.


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