XXVLA LIGUE DES RATS.Une souris craignoit un chatQui dès longtemps la guettoit au passage.Que faire en cet état? Elle, prudente et sage,Consulte son voisin: c’étoit un maître rat,Dont la rateuse seigneurieS’étoit logée en bonne hôtellerie,Et qui cent fois s’étoit vanté, dit-on,De ne craindre ni chat, ni chatte,Ni coup de dent, ni coup de patte.Dame souris, lui dit ce fanfaron,Ma foi, quoi que je fasse,Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace:Mais assemblons tous les rats d’alentour,Je lui pourrai jouer d’un mauvais tour.La souris fait une humble révérence,Et le rat court en diligenceA l’office, qu’on nomme autrement la dépense,Où maints rats assemblésFaisoient, aux frais de l’hôte, une entière bombance.Il arrive, les sens troublés,Et tous les poumons essoufflés.Qu’avez-vous donc? lui dit un de ces rats; parlez.En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage,C’est qu’il faut promptement secourir la souris;Car RominagrobisFait en tous lieux un étrange carnage.Ce chat, le plus diable des chats,S’il manque de souris, voudra manger des rats.Chacun dit: Il est vrai. Sus! sus! courons aux armes!Quelques rates[83], dit-on, répandirent des larmes.N’importe, rien n’arrête un si noble projet:Chacun se met en équipage;Chacun met dans son sac un morceau de fromage;Chacun promet enfin de risquer le paquet.Ils alloient tous comme à la fête,L’esprit content, le cœur joyeux.Cependant le chat, plus fin qu’eux,Tenoit déjà la souris par la tête.Ils s’avancèrent à grands pas,Pour secourir leur bonne amie:Mais le chat, qui n’en démord pas,Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie.A ce bruit, nos très-prudents rats,Craignant mauvaise destinée,Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,Une retraite fortunée.Chaque rat rentre dans son trou;Et si quelqu’un en sort, gare encor le matou.
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Une souris craignoit un chatQui dès longtemps la guettoit au passage.Que faire en cet état? Elle, prudente et sage,Consulte son voisin: c’étoit un maître rat,Dont la rateuse seigneurieS’étoit logée en bonne hôtellerie,Et qui cent fois s’étoit vanté, dit-on,De ne craindre ni chat, ni chatte,Ni coup de dent, ni coup de patte.Dame souris, lui dit ce fanfaron,Ma foi, quoi que je fasse,Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace:Mais assemblons tous les rats d’alentour,Je lui pourrai jouer d’un mauvais tour.La souris fait une humble révérence,Et le rat court en diligenceA l’office, qu’on nomme autrement la dépense,Où maints rats assemblésFaisoient, aux frais de l’hôte, une entière bombance.Il arrive, les sens troublés,Et tous les poumons essoufflés.Qu’avez-vous donc? lui dit un de ces rats; parlez.En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage,C’est qu’il faut promptement secourir la souris;Car RominagrobisFait en tous lieux un étrange carnage.Ce chat, le plus diable des chats,S’il manque de souris, voudra manger des rats.Chacun dit: Il est vrai. Sus! sus! courons aux armes!Quelques rates[83], dit-on, répandirent des larmes.N’importe, rien n’arrête un si noble projet:Chacun se met en équipage;Chacun met dans son sac un morceau de fromage;Chacun promet enfin de risquer le paquet.Ils alloient tous comme à la fête,L’esprit content, le cœur joyeux.Cependant le chat, plus fin qu’eux,Tenoit déjà la souris par la tête.Ils s’avancèrent à grands pas,Pour secourir leur bonne amie:Mais le chat, qui n’en démord pas,Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie.A ce bruit, nos très-prudents rats,Craignant mauvaise destinée,Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,Une retraite fortunée.Chaque rat rentre dans son trou;Et si quelqu’un en sort, gare encor le matou.
Une souris craignoit un chatQui dès longtemps la guettoit au passage.Que faire en cet état? Elle, prudente et sage,Consulte son voisin: c’étoit un maître rat,Dont la rateuse seigneurieS’étoit logée en bonne hôtellerie,Et qui cent fois s’étoit vanté, dit-on,De ne craindre ni chat, ni chatte,Ni coup de dent, ni coup de patte.Dame souris, lui dit ce fanfaron,Ma foi, quoi que je fasse,Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace:Mais assemblons tous les rats d’alentour,Je lui pourrai jouer d’un mauvais tour.La souris fait une humble révérence,Et le rat court en diligenceA l’office, qu’on nomme autrement la dépense,Où maints rats assemblésFaisoient, aux frais de l’hôte, une entière bombance.Il arrive, les sens troublés,Et tous les poumons essoufflés.Qu’avez-vous donc? lui dit un de ces rats; parlez.En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage,C’est qu’il faut promptement secourir la souris;Car RominagrobisFait en tous lieux un étrange carnage.Ce chat, le plus diable des chats,S’il manque de souris, voudra manger des rats.Chacun dit: Il est vrai. Sus! sus! courons aux armes!Quelques rates[83], dit-on, répandirent des larmes.N’importe, rien n’arrête un si noble projet:Chacun se met en équipage;Chacun met dans son sac un morceau de fromage;Chacun promet enfin de risquer le paquet.Ils alloient tous comme à la fête,L’esprit content, le cœur joyeux.Cependant le chat, plus fin qu’eux,Tenoit déjà la souris par la tête.Ils s’avancèrent à grands pas,Pour secourir leur bonne amie:Mais le chat, qui n’en démord pas,Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie.A ce bruit, nos très-prudents rats,Craignant mauvaise destinée,Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,Une retraite fortunée.Chaque rat rentre dans son trou;Et si quelqu’un en sort, gare encor le matou.