LES SOUHAITS[48].

VILES SOUHAITS[48].Il estauMogol des folletsQui font office de valets,Tiennent la maison propre, ont soin de l’équipage,Et quelquefois du jardinage.Si vous touchez à leur ouvrage,Vous gâtez tout. Un d’eux près du Gange autrefoisCultivoit le jardin d’un assez bon bourgeois.Il travailloit sans bruit, avoit beaucoup d’adresse,Aimoitle maître et la maîtresse,Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphyrs,Peuple ami du démon, l’assistoient dans sa tâche!Le follet, de sa part, travaillant sans relâche,Combloit ses hôtes de plaisirs.Pour plus de marques de son zèle,Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté,Nonobstant la légèretéA ses pareils si naturelle:Mais ses confrères les espritsFirent tant, que le chef de cette république,Par caprice ou par politique,Le changea bientôt de logis.Ordre lui vient d’aller au fond de la NorwégePrendre le soin d’une maisonEn tout temps couverte de neige;Et d’Indou qu’il étoit, on vous le fait Lapon.Avant que de partir, l’esprit dit à ses hôtes:On m’oblige de vous quitter;Je ne sais pas pour quelles fautes:Mais enfin il le faut. Je ne puis m’arrêterQu’un temps fort court, un mois, peut-être une semaine:Employez-la; formez trois souhaits: car je ne puisRendre trois souhaits accomplis;Trois, sans plus. Souhaiter, ce n’est pas une peineÉtrange et nouvelle aux humains.Ceux-ci, pour premier vœu demandent l’abondance;Et l’Abondance à pleines mainsVerse en leurs coffres la finance,En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins:Tout en crève. Comment ranger cette chevanche?Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut!Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.Les voleurs contre eux complotèrent;Les grands seigneurs leur empruntèrent;Le prince les taxa. Voilà les pauvres gensMalheureux par trop de fortune.Otez-nous de ces biens l’affluence importune,Dirent-ils l’un et l’autre: heureux les indigents!La pauvreté vaut mieux qu’une telle richesse.Retirez-vous, trésors, fuyez; et toi, déesse,Mère du bon esprit, compagne du repos,O Médiocrité, reviens vite! A ces motsLa Médiocrité revient. On lui fait place:Avec elle ils rentrent en grâce,Au bout de deux souhaits, étant aussi chanceuxQu’ils étoient, et que sont tous ceuxQui souhaitent toujours et perdent en chimèresLe temps qu’ils feraient mieux de mettre à leurs affaires:Le follet en rit avec eux.Pour profiter de sa largesse,Quand il voulut partir et qu’il fut sur le point,Ils demandèrent la sagesse:C’est un trésor qui n’embarrasse point.

VI

Il estauMogol des folletsQui font office de valets,Tiennent la maison propre, ont soin de l’équipage,Et quelquefois du jardinage.Si vous touchez à leur ouvrage,Vous gâtez tout. Un d’eux près du Gange autrefoisCultivoit le jardin d’un assez bon bourgeois.Il travailloit sans bruit, avoit beaucoup d’adresse,Aimoitle maître et la maîtresse,Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphyrs,Peuple ami du démon, l’assistoient dans sa tâche!Le follet, de sa part, travaillant sans relâche,Combloit ses hôtes de plaisirs.Pour plus de marques de son zèle,Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté,Nonobstant la légèretéA ses pareils si naturelle:Mais ses confrères les espritsFirent tant, que le chef de cette république,Par caprice ou par politique,Le changea bientôt de logis.Ordre lui vient d’aller au fond de la NorwégePrendre le soin d’une maisonEn tout temps couverte de neige;Et d’Indou qu’il étoit, on vous le fait Lapon.Avant que de partir, l’esprit dit à ses hôtes:On m’oblige de vous quitter;Je ne sais pas pour quelles fautes:Mais enfin il le faut. Je ne puis m’arrêterQu’un temps fort court, un mois, peut-être une semaine:Employez-la; formez trois souhaits: car je ne puisRendre trois souhaits accomplis;Trois, sans plus. Souhaiter, ce n’est pas une peineÉtrange et nouvelle aux humains.Ceux-ci, pour premier vœu demandent l’abondance;Et l’Abondance à pleines mainsVerse en leurs coffres la finance,En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins:Tout en crève. Comment ranger cette chevanche?Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut!Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.Les voleurs contre eux complotèrent;Les grands seigneurs leur empruntèrent;Le prince les taxa. Voilà les pauvres gensMalheureux par trop de fortune.Otez-nous de ces biens l’affluence importune,Dirent-ils l’un et l’autre: heureux les indigents!La pauvreté vaut mieux qu’une telle richesse.Retirez-vous, trésors, fuyez; et toi, déesse,Mère du bon esprit, compagne du repos,O Médiocrité, reviens vite! A ces motsLa Médiocrité revient. On lui fait place:Avec elle ils rentrent en grâce,Au bout de deux souhaits, étant aussi chanceuxQu’ils étoient, et que sont tous ceuxQui souhaitent toujours et perdent en chimèresLe temps qu’ils feraient mieux de mettre à leurs affaires:Le follet en rit avec eux.Pour profiter de sa largesse,Quand il voulut partir et qu’il fut sur le point,Ils demandèrent la sagesse:C’est un trésor qui n’embarrasse point.

Il estauMogol des folletsQui font office de valets,Tiennent la maison propre, ont soin de l’équipage,Et quelquefois du jardinage.Si vous touchez à leur ouvrage,Vous gâtez tout. Un d’eux près du Gange autrefoisCultivoit le jardin d’un assez bon bourgeois.Il travailloit sans bruit, avoit beaucoup d’adresse,Aimoitle maître et la maîtresse,Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphyrs,Peuple ami du démon, l’assistoient dans sa tâche!Le follet, de sa part, travaillant sans relâche,Combloit ses hôtes de plaisirs.Pour plus de marques de son zèle,Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté,Nonobstant la légèretéA ses pareils si naturelle:Mais ses confrères les espritsFirent tant, que le chef de cette république,Par caprice ou par politique,Le changea bientôt de logis.Ordre lui vient d’aller au fond de la NorwégePrendre le soin d’une maisonEn tout temps couverte de neige;Et d’Indou qu’il étoit, on vous le fait Lapon.Avant que de partir, l’esprit dit à ses hôtes:On m’oblige de vous quitter;Je ne sais pas pour quelles fautes:Mais enfin il le faut. Je ne puis m’arrêterQu’un temps fort court, un mois, peut-être une semaine:Employez-la; formez trois souhaits: car je ne puisRendre trois souhaits accomplis;Trois, sans plus. Souhaiter, ce n’est pas une peineÉtrange et nouvelle aux humains.Ceux-ci, pour premier vœu demandent l’abondance;Et l’Abondance à pleines mainsVerse en leurs coffres la finance,En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins:Tout en crève. Comment ranger cette chevanche?Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut!Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.Les voleurs contre eux complotèrent;Les grands seigneurs leur empruntèrent;Le prince les taxa. Voilà les pauvres gensMalheureux par trop de fortune.Otez-nous de ces biens l’affluence importune,Dirent-ils l’un et l’autre: heureux les indigents!La pauvreté vaut mieux qu’une telle richesse.Retirez-vous, trésors, fuyez; et toi, déesse,Mère du bon esprit, compagne du repos,O Médiocrité, reviens vite! A ces motsLa Médiocrité revient. On lui fait place:Avec elle ils rentrent en grâce,Au bout de deux souhaits, étant aussi chanceuxQu’ils étoient, et que sont tous ceuxQui souhaitent toujours et perdent en chimèresLe temps qu’ils feraient mieux de mettre à leurs affaires:Le follet en rit avec eux.Pour profiter de sa largesse,Quand il voulut partir et qu’il fut sur le point,Ils demandèrent la sagesse:C’est un trésor qui n’embarrasse point.


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