LE BERGER ET LA MER.

IILE BERGER ET LA MER.Du rapport d’un troupeau, dont il vivoit sans soins,Se contenta longtemps un voisin d’Amphitrite;Si sa fortune étoit petite,Elle étoit sûre tout au moins.A la fin, les trésors déchargés sur la plageLe tentèrent si bien, qu’il vendit son troupeau,Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau.Cet argent périt par naufrage.Son maître fut réduit à garder les brebis,Non plus berger en chef comme il étoit jadis,Quand ses propres moutons paissoient sur le rivage:Celui qui s’étoit vu Corydon ou TircisFut Pierrot, et rien davantage.Au bout de quelque temps il fit quelques profits,Racheta des bêtes à laine;Et comme un jour les vents, retenant leur haleine,Laissoient paisiblement aborder les vaisseaux:Vous voulez de l’argent, ô mesdames les Eaux,Dit-il; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre:Ma foi, vous n’aurez pas le nôtre.Ceci n’est pas un conte à plaisir inventé.Je me sers de la véritéPour montrer, par expérience,Qu’un sou, quand il est assuré,Vaut mieux que cinq en espérance;Qu’il se faut contenter de sa condition;Qu’aux conseils de la mer et de l’ambitionNous devons fermer les oreilles.Pour un qui s’en louera, dix mille s’en plaindront.La mer promet monts et merveilles:Fiez-vous-y; les vents et les voleurs viendront.

II

Du rapport d’un troupeau, dont il vivoit sans soins,Se contenta longtemps un voisin d’Amphitrite;Si sa fortune étoit petite,Elle étoit sûre tout au moins.A la fin, les trésors déchargés sur la plageLe tentèrent si bien, qu’il vendit son troupeau,Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau.Cet argent périt par naufrage.Son maître fut réduit à garder les brebis,Non plus berger en chef comme il étoit jadis,Quand ses propres moutons paissoient sur le rivage:Celui qui s’étoit vu Corydon ou TircisFut Pierrot, et rien davantage.Au bout de quelque temps il fit quelques profits,Racheta des bêtes à laine;Et comme un jour les vents, retenant leur haleine,Laissoient paisiblement aborder les vaisseaux:Vous voulez de l’argent, ô mesdames les Eaux,Dit-il; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre:Ma foi, vous n’aurez pas le nôtre.Ceci n’est pas un conte à plaisir inventé.Je me sers de la véritéPour montrer, par expérience,Qu’un sou, quand il est assuré,Vaut mieux que cinq en espérance;Qu’il se faut contenter de sa condition;Qu’aux conseils de la mer et de l’ambitionNous devons fermer les oreilles.Pour un qui s’en louera, dix mille s’en plaindront.La mer promet monts et merveilles:Fiez-vous-y; les vents et les voleurs viendront.

Du rapport d’un troupeau, dont il vivoit sans soins,Se contenta longtemps un voisin d’Amphitrite;Si sa fortune étoit petite,Elle étoit sûre tout au moins.A la fin, les trésors déchargés sur la plageLe tentèrent si bien, qu’il vendit son troupeau,Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau.Cet argent périt par naufrage.Son maître fut réduit à garder les brebis,Non plus berger en chef comme il étoit jadis,Quand ses propres moutons paissoient sur le rivage:Celui qui s’étoit vu Corydon ou TircisFut Pierrot, et rien davantage.Au bout de quelque temps il fit quelques profits,Racheta des bêtes à laine;Et comme un jour les vents, retenant leur haleine,Laissoient paisiblement aborder les vaisseaux:Vous voulez de l’argent, ô mesdames les Eaux,Dit-il; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre:Ma foi, vous n’aurez pas le nôtre.

Ceci n’est pas un conte à plaisir inventé.Je me sers de la véritéPour montrer, par expérience,Qu’un sou, quand il est assuré,Vaut mieux que cinq en espérance;Qu’il se faut contenter de sa condition;Qu’aux conseils de la mer et de l’ambitionNous devons fermer les oreilles.Pour un qui s’en louera, dix mille s’en plaindront.La mer promet monts et merveilles:Fiez-vous-y; les vents et les voleurs viendront.


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