VLE RENARD ET LE BOUC.Capitaine renard alloit de compagnieAvec son ami bouc des plus haut encornés:Celui-ci ne voyoit pas plus loin que son nez;L’autre étoit passé maître en fait de tromperie.La soif les obligea de descendre en un puits:Là, chacun d’eux se désaltère.Après qu’abondamment tous deux en eurent pris,Le renard dit au bouc: Que ferons-nous, compère?Ce n’est pas tout de boire, il faut sortir d’ici.Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi;Mets-les contre le mur: le long de ton échineJe grimperai premièrement,Puis, sur tes cornes m’élevant,A l’aide de cette machine,De ce lieu-ci je sortirai,Après quoi je t’en tirerai.—Par ma barbe, dit l’autre, il est bon; et je loueLes gens bien sensés comme toi.Je n’aurois jamais, quant à moi,Trouvé ce secret, je l’avoue.Le renard sort du puits, laisse son compagnon,Et vous lui fait un beau sermonPour l’exhorter à patience.Si le ciel t’eût, dit-il, donné par excellenceAutant de jugement que de barbe au menton,Tu n’aurois pas, à la légère,Descendu dans ce puits. Or, adieu; j’en suis hors.Tâche de t’en tirer, et fais tous tes efforts;Car, pour moi, j’ai certaine affaireQui ne me permet pas d’arrêter en chemin.En toute chose il faut considérer la fin.
V
Capitaine renard alloit de compagnieAvec son ami bouc des plus haut encornés:Celui-ci ne voyoit pas plus loin que son nez;L’autre étoit passé maître en fait de tromperie.La soif les obligea de descendre en un puits:Là, chacun d’eux se désaltère.Après qu’abondamment tous deux en eurent pris,Le renard dit au bouc: Que ferons-nous, compère?Ce n’est pas tout de boire, il faut sortir d’ici.Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi;Mets-les contre le mur: le long de ton échineJe grimperai premièrement,Puis, sur tes cornes m’élevant,A l’aide de cette machine,De ce lieu-ci je sortirai,Après quoi je t’en tirerai.—Par ma barbe, dit l’autre, il est bon; et je loueLes gens bien sensés comme toi.Je n’aurois jamais, quant à moi,Trouvé ce secret, je l’avoue.Le renard sort du puits, laisse son compagnon,Et vous lui fait un beau sermonPour l’exhorter à patience.Si le ciel t’eût, dit-il, donné par excellenceAutant de jugement que de barbe au menton,Tu n’aurois pas, à la légère,Descendu dans ce puits. Or, adieu; j’en suis hors.Tâche de t’en tirer, et fais tous tes efforts;Car, pour moi, j’ai certaine affaireQui ne me permet pas d’arrêter en chemin.En toute chose il faut considérer la fin.
Capitaine renard alloit de compagnieAvec son ami bouc des plus haut encornés:Celui-ci ne voyoit pas plus loin que son nez;L’autre étoit passé maître en fait de tromperie.La soif les obligea de descendre en un puits:Là, chacun d’eux se désaltère.Après qu’abondamment tous deux en eurent pris,Le renard dit au bouc: Que ferons-nous, compère?Ce n’est pas tout de boire, il faut sortir d’ici.Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi;Mets-les contre le mur: le long de ton échineJe grimperai premièrement,Puis, sur tes cornes m’élevant,A l’aide de cette machine,De ce lieu-ci je sortirai,Après quoi je t’en tirerai.—Par ma barbe, dit l’autre, il est bon; et je loueLes gens bien sensés comme toi.Je n’aurois jamais, quant à moi,Trouvé ce secret, je l’avoue.Le renard sort du puits, laisse son compagnon,Et vous lui fait un beau sermonPour l’exhorter à patience.Si le ciel t’eût, dit-il, donné par excellenceAutant de jugement que de barbe au menton,Tu n’aurois pas, à la légère,Descendu dans ce puits. Or, adieu; j’en suis hors.Tâche de t’en tirer, et fais tous tes efforts;Car, pour moi, j’ai certaine affaireQui ne me permet pas d’arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin.