Chapter 5

Comment par le moyen de floripes les françoys furent logez et saulvez et congneuz par elle et arraisonnez et les reliques monstrees devant eulx et aultres matieres.Le .ix. chapitre.Floripes la courtoise après qu'elle eut bien escouté secretement tout le debat devant dit. elle vint hors de sa chambre et salua son pere et demanda qui sont ces chevaliers assiz cy apart. L'admiral respondit et dist Ma fille ilz sont natifz de france. lesquelz m'ont dit parolles de grant importance plaines de reproches. et m'ont vituperé et offendu grandement plus que je ne vous sçauroye dire. quel conseil me donnez vous que je doy faire d'eulx. La fille dist. Je vous diray mon pere que vous ferez d'eulx: c'est que sans gueire tarder vous leur facés les testes copper et oster les mains et ardoir en ung feu dehors vostre cité. car ilz ont deservy. Ma fille dist l'admiral vous avez bien dit et ainsy sera il fait. alez en la chartre et me amenez les aultres. Mon pere dist la fille il est temps de disner. et se vous voulés commencer a faire justice vous ne pourrés menger qu'il ne soit midy passé. car ceste fille ne queroit aultre chose sinon occasion par belles parolles consonantes a la voulenté de son pere pour mettre les françoys ensemble avec ceulx qui desja estoient prisonniers. et puis dist a son pere: Donnez moy ces françoys je les feray garder et après vostre disner vous en ferés justice et seront voz gens ensemble. A laquelle l'admiral va consentir. et fut content que sa fille les eust en garde. toutesfois. Sortibrant qui sçavoit bien la mutabilité des femmes et l'inconstance va dire a ballam. Sire admiral ce n'est chose convenable que sur ce fait vous doiez fier en femme a cause de leur mutabilité. et vous en avez beaucoup ouy dire de exemples et congneu la verité comment plusieurs ont esté deceuz par femmes. Moult fort fut mal content Floripes des parolles de Sortibrant et dist. Filz de putain et traistre desloyal parjure se je ne pensoye estre plus oultre blasmee de me prendre a toy je te donneroye tel sur le visaige que le sang aval en viendroit habondamment. Et après ces parolles l'admiral fut content de ce debat. et sur ce elle print les françoys et les mena en sa chambre sans arrester. En alant par la voye le duc Naymes va dire. Helas dieu de paradis roy de gloire eternelle quel est celuy qui jamais veit plus belle dame en sa vie. Moult bien seroit inspiré de la grace de dieu celluy qu'elle auroit en son couraige en amour. Rolant en fut mal content et dist a Naymes quelz cent mille diables vous font parler d'amours. il est bien temps de dire telle chose. Le duc Naymes dist ainsi. Sire Rolant ne vous desplaise point. Car une fois je fus amoureux. La fille leur dist qu'ilz n'estoient point assemblez pour pladoyer l'ung contre l'autre. Et aussi tost qu'ilz furent dedens la chambre la fille fist tresbien serrer les portes. et tantost Rolant et Olivier se vont congnoistre. et se vont baiser et acoller de franc cueur en plorant moult tendrement. et les aultres semblablement. et dist Rolant. Helas Olivier mon feal compaignon comment vous va despuis que je ne vous veis. Tresbien dist Olivier. Et demanderent l'ung a l'autre de leurs faitz des pays des seigneurs et des nouvelles presentes. Vous pouvez penser jasoit ce qu'ilz se trouvassent entre ces pers de france s'ilz ne sçavoient ilz riens l'ung de l'autre tant qu'ilz se soient trouvez ensemble en bon point moyennant floripes qui fit grant secours a crestienté quant par elle et moyennant sa discrecion les capitaines de la foy crestienne tant qu'il touche l'excercite de bataille a destruire les mescreans se sont trouvez ensemble a seureté qui estoient en la main premierement venuz de leurs ennemys mortelz. Mais c'est grant science de obvier a la volenté de femme quant par effect elle mist son entente a une chose qui son cueur directement tyra et ne regarda point la fin de son intencion sinon seulement qu'elle la puisse terminer. Il ne chailloit a floripes sinon qu'elle peust avoir aulcunement nouvelles certaines de guy de bourgoigne auquel elle avoit donné son cueur. et estoit bien contente de soy faire crestienne pour l'amour de luy. Ceste fille quant elle veit ces barons ensemble elle leur dist. Seigneurs je vueil que tous vous me promettés la foy de loyaulté que vous m'ayderés de ce que je vous demanderay et loyallement envers moy vous porterés. Tresvolentiers respondit le duc naymes et aussi vous nous asseurés que nous serons ceans a seureté sans nous doubter de homme vivant. Elle en fut contente et eulx contens et promettirent fidelité l'ung a l'autre. Cecy estre fait la fille vint au duc naymes pour sçavoir quel il estoit et luy demanda son nom. Le duc luy dist. Ma dame je suis appellé naymes de bavieres homme et conseillier prochain de l'empereur redoubté. Helas ce dist la fille. par vous est vostre roy dolent. Après vint a richard et luy demanda comment on l'appelloit. Il luy respondit. Ma dame je suis richard de normandie. La fille luy respondit. Mahommet te mauldie: tu mys a mort une foys corsuble mon oncle. mais pour l'amour des aultres compaignons tu n'auras aultre dangier. Floripes après vint a rolant et luy demanda quel est ton nom. Je suis nomme roland dist il filz au duc millon et suis nepveu a charles filz de sa propre seur. tantost la fille luy cria mercy et se getta a ses piedz et roland doulcement la leva. Après la fille leur dist. Vous sçavez que m'avés promis. Je vous diray mon intencion. Il est vray que j'ayme ung chevalier de france sur tous ceulx du monde qui se nomme guy de bourgoigne duquel j'aurois volentiers nouvelles. Roland dist. Je vous jure mon chief qu'il est devant voz yeulx que entre vous et luy n'a pas quatre piez mesurez. Seigneurs dist floripes je vous prie que je le congnoisse et qu'on le me donne car de luy est mon plaisir. roland va dire. Sire gui de bourgoigne venés a la pucelle recepvez la joyeusement. Guy de bourgoigne va dire. A dieu ne plaise que je preigne femme que ne me soit donnee de par charles l'empereur. Quant floripes l'entendit le sens eut tout mué et jura mahon son dieu que s'il contredisoit a la prendre qu'elle les feroit trestous mourir. Roland enhorta guy qu'il deust faire sa volenté. Et sur ce il s'avança et firent convenance. Et dist la fille. Le dieu des crestiens en puisse avoir louenge. Car j'ay devant mes yeulx le plusgrant desir que jamais fut desiré de mon cueur. pour luy je croiray en jhesucrist et me feray baptiser et puis s'approcha de luy pour luy traicter ung petit le desir de son cueur et ne l'osa baiser en la bouche sinon es joues et au menton pour cause qu'elle estoit payenne Adonc floripes joyeusement et par grant amour s'en vin avec ung escrin et si l'ovrit devant les barons et estendit ung beau drap de soye et desploya les reliques dont j'ay parlé dessus et y avoit de la glorieuse couronne de quoy jhesucrist fut couronné a sa passion. les saintz cloux dont il fut percé piez et mains Et dit a rolant veez icy le tresor que vous avez tant desiré. Quant les françoys furent ainsi devant les reliques de joye ilz vont tous plourer. l'ung après l'autre les vont baiser a genoulz moult humblement et puis furent retournez comme par avant estoyent poseez.

Le .ix. chapitre.

Floripes la courtoise après qu'elle eut bien escouté secretement tout le debat devant dit. elle vint hors de sa chambre et salua son pere et demanda qui sont ces chevaliers assiz cy apart. L'admiral respondit et dist Ma fille ilz sont natifz de france. lesquelz m'ont dit parolles de grant importance plaines de reproches. et m'ont vituperé et offendu grandement plus que je ne vous sçauroye dire. quel conseil me donnez vous que je doy faire d'eulx. La fille dist. Je vous diray mon pere que vous ferez d'eulx: c'est que sans gueire tarder vous leur facés les testes copper et oster les mains et ardoir en ung feu dehors vostre cité. car ilz ont deservy. Ma fille dist l'admiral vous avez bien dit et ainsy sera il fait. alez en la chartre et me amenez les aultres. Mon pere dist la fille il est temps de disner. et se vous voulés commencer a faire justice vous ne pourrés menger qu'il ne soit midy passé. car ceste fille ne queroit aultre chose sinon occasion par belles parolles consonantes a la voulenté de son pere pour mettre les françoys ensemble avec ceulx qui desja estoient prisonniers. et puis dist a son pere: Donnez moy ces françoys je les feray garder et après vostre disner vous en ferés justice et seront voz gens ensemble. A laquelle l'admiral va consentir. et fut content que sa fille les eust en garde. toutesfois. Sortibrant qui sçavoit bien la mutabilité des femmes et l'inconstance va dire a ballam. Sire admiral ce n'est chose convenable que sur ce fait vous doiez fier en femme a cause de leur mutabilité. et vous en avez beaucoup ouy dire de exemples et congneu la verité comment plusieurs ont esté deceuz par femmes. Moult fort fut mal content Floripes des parolles de Sortibrant et dist. Filz de putain et traistre desloyal parjure se je ne pensoye estre plus oultre blasmee de me prendre a toy je te donneroye tel sur le visaige que le sang aval en viendroit habondamment. Et après ces parolles l'admiral fut content de ce debat. et sur ce elle print les françoys et les mena en sa chambre sans arrester. En alant par la voye le duc Naymes va dire. Helas dieu de paradis roy de gloire eternelle quel est celuy qui jamais veit plus belle dame en sa vie. Moult bien seroit inspiré de la grace de dieu celluy qu'elle auroit en son couraige en amour. Rolant en fut mal content et dist a Naymes quelz cent mille diables vous font parler d'amours. il est bien temps de dire telle chose. Le duc Naymes dist ainsi. Sire Rolant ne vous desplaise point. Car une fois je fus amoureux. La fille leur dist qu'ilz n'estoient point assemblez pour pladoyer l'ung contre l'autre. Et aussi tost qu'ilz furent dedens la chambre la fille fist tresbien serrer les portes. et tantost Rolant et Olivier se vont congnoistre. et se vont baiser et acoller de franc cueur en plorant moult tendrement. et les aultres semblablement. et dist Rolant. Helas Olivier mon feal compaignon comment vous va despuis que je ne vous veis. Tresbien dist Olivier. Et demanderent l'ung a l'autre de leurs faitz des pays des seigneurs et des nouvelles presentes. Vous pouvez penser jasoit ce qu'ilz se trouvassent entre ces pers de france s'ilz ne sçavoient ilz riens l'ung de l'autre tant qu'ilz se soient trouvez ensemble en bon point moyennant floripes qui fit grant secours a crestienté quant par elle et moyennant sa discrecion les capitaines de la foy crestienne tant qu'il touche l'excercite de bataille a destruire les mescreans se sont trouvez ensemble a seureté qui estoient en la main premierement venuz de leurs ennemys mortelz. Mais c'est grant science de obvier a la volenté de femme quant par effect elle mist son entente a une chose qui son cueur directement tyra et ne regarda point la fin de son intencion sinon seulement qu'elle la puisse terminer. Il ne chailloit a floripes sinon qu'elle peust avoir aulcunement nouvelles certaines de guy de bourgoigne auquel elle avoit donné son cueur. et estoit bien contente de soy faire crestienne pour l'amour de luy. Ceste fille quant elle veit ces barons ensemble elle leur dist. Seigneurs je vueil que tous vous me promettés la foy de loyaulté que vous m'ayderés de ce que je vous demanderay et loyallement envers moy vous porterés. Tresvolentiers respondit le duc naymes et aussi vous nous asseurés que nous serons ceans a seureté sans nous doubter de homme vivant. Elle en fut contente et eulx contens et promettirent fidelité l'ung a l'autre. Cecy estre fait la fille vint au duc naymes pour sçavoir quel il estoit et luy demanda son nom. Le duc luy dist. Ma dame je suis appellé naymes de bavieres homme et conseillier prochain de l'empereur redoubté. Helas ce dist la fille. par vous est vostre roy dolent. Après vint a richard et luy demanda comment on l'appelloit. Il luy respondit. Ma dame je suis richard de normandie. La fille luy respondit. Mahommet te mauldie: tu mys a mort une foys corsuble mon oncle. mais pour l'amour des aultres compaignons tu n'auras aultre dangier. Floripes après vint a rolant et luy demanda quel est ton nom. Je suis nomme roland dist il filz au duc millon et suis nepveu a charles filz de sa propre seur. tantost la fille luy cria mercy et se getta a ses piedz et roland doulcement la leva. Après la fille leur dist. Vous sçavez que m'avés promis. Je vous diray mon intencion. Il est vray que j'ayme ung chevalier de france sur tous ceulx du monde qui se nomme guy de bourgoigne duquel j'aurois volentiers nouvelles. Roland dist. Je vous jure mon chief qu'il est devant voz yeulx que entre vous et luy n'a pas quatre piez mesurez. Seigneurs dist floripes je vous prie que je le congnoisse et qu'on le me donne car de luy est mon plaisir. roland va dire. Sire gui de bourgoigne venés a la pucelle recepvez la joyeusement. Guy de bourgoigne va dire. A dieu ne plaise que je preigne femme que ne me soit donnee de par charles l'empereur. Quant floripes l'entendit le sens eut tout mué et jura mahon son dieu que s'il contredisoit a la prendre qu'elle les feroit trestous mourir. Roland enhorta guy qu'il deust faire sa volenté. Et sur ce il s'avança et firent convenance. Et dist la fille. Le dieu des crestiens en puisse avoir louenge. Car j'ay devant mes yeulx le plusgrant desir que jamais fut desiré de mon cueur. pour luy je croiray en jhesucrist et me feray baptiser et puis s'approcha de luy pour luy traicter ung petit le desir de son cueur et ne l'osa baiser en la bouche sinon es joues et au menton pour cause qu'elle estoit payenne Adonc floripes joyeusement et par grant amour s'en vin avec ung escrin et si l'ovrit devant les barons et estendit ung beau drap de soye et desploya les reliques dont j'ay parlé dessus et y avoit de la glorieuse couronne de quoy jhesucrist fut couronné a sa passion. les saintz cloux dont il fut percé piez et mains Et dit a rolant veez icy le tresor que vous avez tant desiré. Quant les françoys furent ainsi devant les reliques de joye ilz vont tous plourer. l'ung après l'autre les vont baiser a genoulz moult humblement et puis furent retournez comme par avant estoyent poseez.

Comment lucafar nepveu de l'admiral violantement entra en la chambre et après fut mys a mort par le duc naymesLe .x. chapitre.Ballant l'admiral estant courroucé luy estant a table ung payen moult fier et orgueilleux especial amy de l'admiral qui se disoit Lucafar de bendas dist a l'admiral affectueusement. Sire admiral est ce vray ce que j'ay ouy dire que fierabras vostre filz soit prins le meilleur chevalier qui jamais fut au monde. L'admiral dist. Par ma loy je ne le vous celleray my ung françois l'a conquist lequel mahon mauldie Brullant de mommiere y fit grant deffence et le roy de sulye: et firent bon portement tant qu'ilz nous amenerent cincq des gloutons de france hommes de charles qui sont en chartre et puis de present nous en avons sept autres qui sont venuz pour messagiers de la partie dudit charles lesquelz m'ont moult fort blasmé et vituperé grandement vituperans la loy et mesprisans mes dieux. Floripes ma fille les conduit en prison. Sire dist lucafar vous faictes grant follie les femmes pour peu de fait sont changeez de fait et de pensement: toutesfois pour conduyre le fait plus seurement s'il vous plaist je m'en iray a eulx et sçauray qu'ilz sont et qu'ilz veullent dire. Allez dist l'admiral vous dittes tresbien et faictes retourner ma fille avec vous. Sur ce Lucafar moult orguilleux remply d'une grant fierté vint a la chambre ou estoit la fille et les françoys et sans demander a ouvrir la porte il leva le pié destre et tellement frappa la porte que les gons et serrueres allerent par terre. Quant floripes le vit elle fut toute esperdue. Et tantost demanda rolant et dist. Noble chevalier je suis mal contente de la violance et semblablement de la grande injure qu'on m'a faicte. c'est celluy qu'on me garde pour mary oultre ma volenté je vous requiers en tant que vous me vouldriez faire plaisir que vous pensez de venger cestuy deshoneur: car je me plains sans trop faire mal semblant Rolant dist ne vous doubtez de riens: car avant qu'il parte de ceans il congnoistra qu'il a mal fait. et vous prometz que jamais n'acheta serrure du pris de celle qu'il a rompue devant vous Sur cecy lucafar entra leans et regarda les françoys tous armez sans ce qu'il se doubtast riens d'eulx et vint premierement au duc naymes qui estoit desarmé et nue la teste. et sans aultre deliberacion print par la barbe ledit Naymes et le tyra a soy si rebellement que a peu qu'il ne le versa a plat a terre. et puis luy dist dont es tu viellart ne le me cele mye. Le duc naymes respondit. Pepin je suis de baviere et est mien le pays et suis homme de charlemaigne conseillier especial. et tous ces barons qui sont cy en presence sont tous contes et grans seigneurs et sommes venus denoncer ung messaige a l'admiral de la part dudit charles l'empereur redoubté. et pour la cause que nous n'avons party a son intencion il nous a fait prisonniers ceans. toutesfois ostez la main de dessus moy. car vous m'avés assez tenu. et soies seur que je ne te diray pas encores du tout mon intencion Le payen respondit j'en suis bien content. ta folie te soit pardonnee. mais je te demande par ta loyaulté quelz gens sont ilz en france et de quelle entreprinse. et de quelz jeux sçavent ilz user. que font ilz en vostre royaulme. En verité dist le duc naymes quant le roy a disné celluy qui veult s'en va esbatre la ou luy plaist. les aultres vont a cheval jouer. les aultres es prés chanter et faire bonne chiere aux tables aux eschas. et aux aultres jeux plaisans. Et au matin chascun va ouyr messe voulentiers a l'heure qu'elle se dit. et sont bien charitables pour donner aux povres de Jhesuchrist largement et coustumierement. Puis après quant ilz viennent en la bataille ilz sont fiers et hardis. et ne sont pas tantost vaincus. Veez la qu'on fait en france et au pays des crestiens. Lucafar commença a rire. et dist par mon dieu mahon viellart et assoty que vous estes. vous parlés bien follement il n'est riens de vostre fait. ne ne sont françoys de nulle valleur s'ilz ne sçaivent les gros charbons souffler en verité ce dist le bon duc Naymes jamais je n'en ouy parler. Le payen respondit. Je vous en apprendray tantost la maniere et approcha le duc au près d'ung gros feu. en allant oultre Rolant luy fist signe qu'il fist bon portement. Tantost lucafar print le plus gros tison qui fust au feu et le souffla si asprement que le feu en volla abondamment et puis dist a Naymes qu'il luy failloit souffler. Le duc print le tison et congneut bien la maniere que le payen se vouloit farcer de luy. et s'aprocha de luy et soufla le tison si fort et si trespuissamment que après que il fut bien esprins la flamme vint au visaige du payen par telle maniere qu'il eust toute la barbe bruslee. Quant le payen veit le le fait a peu qu'il ne perdit le sens. Le duc Naymes a tout le tison le frappa tellement par le col qu'il luy rompit les os le attaignant si tresfort et si virilement que les yeulx de la teste luy fist voller a terre et luy dist. Faulce creature que tu es dieu te mauldie. tu me cuidas n'ya pas gueires bien faire muser a tes folies. Rolant luy dist. Par ma foy sire vous sçavez bien jouer benoist soit le bras qui a donné ce coup. Seigneurs dist Naymes je luy ay fait entendre sa folie. vous ne m'en devez pas blasmer. vous avez bien veu qu'il se truffoit de moy. Floripes la courtoise moult joyeuse vint au près du duc Naymes. et luy dist. Certes vous estes digne d'estre honnoré. je regarde que Lucafar n'a plus cure de jouer a vous au près du feu il a son aise: je le vois qu'il ne se remue et congnois que jamais il n'aura fain de moy espouser: car a force me vouloit avoir et mon pere m'eust donnee a luy mais je l'eusse fait a peine d'estre chappellee et a ville mort devant tous estre livree.

Le .x. chapitre.

Ballant l'admiral estant courroucé luy estant a table ung payen moult fier et orgueilleux especial amy de l'admiral qui se disoit Lucafar de bendas dist a l'admiral affectueusement. Sire admiral est ce vray ce que j'ay ouy dire que fierabras vostre filz soit prins le meilleur chevalier qui jamais fut au monde. L'admiral dist. Par ma loy je ne le vous celleray my ung françois l'a conquist lequel mahon mauldie Brullant de mommiere y fit grant deffence et le roy de sulye: et firent bon portement tant qu'ilz nous amenerent cincq des gloutons de france hommes de charles qui sont en chartre et puis de present nous en avons sept autres qui sont venuz pour messagiers de la partie dudit charles lesquelz m'ont moult fort blasmé et vituperé grandement vituperans la loy et mesprisans mes dieux. Floripes ma fille les conduit en prison. Sire dist lucafar vous faictes grant follie les femmes pour peu de fait sont changeez de fait et de pensement: toutesfois pour conduyre le fait plus seurement s'il vous plaist je m'en iray a eulx et sçauray qu'ilz sont et qu'ilz veullent dire. Allez dist l'admiral vous dittes tresbien et faictes retourner ma fille avec vous. Sur ce Lucafar moult orguilleux remply d'une grant fierté vint a la chambre ou estoit la fille et les françoys et sans demander a ouvrir la porte il leva le pié destre et tellement frappa la porte que les gons et serrueres allerent par terre. Quant floripes le vit elle fut toute esperdue. Et tantost demanda rolant et dist. Noble chevalier je suis mal contente de la violance et semblablement de la grande injure qu'on m'a faicte. c'est celluy qu'on me garde pour mary oultre ma volenté je vous requiers en tant que vous me vouldriez faire plaisir que vous pensez de venger cestuy deshoneur: car je me plains sans trop faire mal semblant Rolant dist ne vous doubtez de riens: car avant qu'il parte de ceans il congnoistra qu'il a mal fait. et vous prometz que jamais n'acheta serrure du pris de celle qu'il a rompue devant vous Sur cecy lucafar entra leans et regarda les françoys tous armez sans ce qu'il se doubtast riens d'eulx et vint premierement au duc naymes qui estoit desarmé et nue la teste. et sans aultre deliberacion print par la barbe ledit Naymes et le tyra a soy si rebellement que a peu qu'il ne le versa a plat a terre. et puis luy dist dont es tu viellart ne le me cele mye. Le duc naymes respondit. Pepin je suis de baviere et est mien le pays et suis homme de charlemaigne conseillier especial. et tous ces barons qui sont cy en presence sont tous contes et grans seigneurs et sommes venus denoncer ung messaige a l'admiral de la part dudit charles l'empereur redoubté. et pour la cause que nous n'avons party a son intencion il nous a fait prisonniers ceans. toutesfois ostez la main de dessus moy. car vous m'avés assez tenu. et soies seur que je ne te diray pas encores du tout mon intencion Le payen respondit j'en suis bien content. ta folie te soit pardonnee. mais je te demande par ta loyaulté quelz gens sont ilz en france et de quelle entreprinse. et de quelz jeux sçavent ilz user. que font ilz en vostre royaulme. En verité dist le duc naymes quant le roy a disné celluy qui veult s'en va esbatre la ou luy plaist. les aultres vont a cheval jouer. les aultres es prés chanter et faire bonne chiere aux tables aux eschas. et aux aultres jeux plaisans. Et au matin chascun va ouyr messe voulentiers a l'heure qu'elle se dit. et sont bien charitables pour donner aux povres de Jhesuchrist largement et coustumierement. Puis après quant ilz viennent en la bataille ilz sont fiers et hardis. et ne sont pas tantost vaincus. Veez la qu'on fait en france et au pays des crestiens. Lucafar commença a rire. et dist par mon dieu mahon viellart et assoty que vous estes. vous parlés bien follement il n'est riens de vostre fait. ne ne sont françoys de nulle valleur s'ilz ne sçaivent les gros charbons souffler en verité ce dist le bon duc Naymes jamais je n'en ouy parler. Le payen respondit. Je vous en apprendray tantost la maniere et approcha le duc au près d'ung gros feu. en allant oultre Rolant luy fist signe qu'il fist bon portement. Tantost lucafar print le plus gros tison qui fust au feu et le souffla si asprement que le feu en volla abondamment et puis dist a Naymes qu'il luy failloit souffler. Le duc print le tison et congneut bien la maniere que le payen se vouloit farcer de luy. et s'aprocha de luy et soufla le tison si fort et si trespuissamment que après que il fut bien esprins la flamme vint au visaige du payen par telle maniere qu'il eust toute la barbe bruslee. Quant le payen veit le le fait a peu qu'il ne perdit le sens. Le duc Naymes a tout le tison le frappa tellement par le col qu'il luy rompit les os le attaignant si tresfort et si virilement que les yeulx de la teste luy fist voller a terre et luy dist. Faulce creature que tu es dieu te mauldie. tu me cuidas n'ya pas gueires bien faire muser a tes folies. Rolant luy dist. Par ma foy sire vous sçavez bien jouer benoist soit le bras qui a donné ce coup. Seigneurs dist Naymes je luy ay fait entendre sa folie. vous ne m'en devez pas blasmer. vous avez bien veu qu'il se truffoit de moy. Floripes la courtoise moult joyeuse vint au près du duc Naymes. et luy dist. Certes vous estes digne d'estre honnoré. je regarde que Lucafar n'a plus cure de jouer a vous au près du feu il a son aise: je le vois qu'il ne se remue et congnois que jamais il n'aura fain de moy espouser: car a force me vouloit avoir et mon pere m'eust donnee a luy mais je l'eusse fait a peine d'estre chappellee et a ville mort devant tous estre livree.

Comment par le conseil de floripes les françoys deslogerent l'admiral de son palaix moult fort a grant bataille. et comment par enchantement une seinture fut prinse a la fille et qu'il en futLe .xi. chapitre.Or fut floripes saige et eut consideracion que lucafar qui estoit mort estoit bien aimé de l'admiral et va dire aux françois. Seigneurs sachez de verité que mon pere aime plus cestuy homme que personne vivant Il l'attend pour venir en son manger et ne sera aise jusques a ce qu'il soit retourné et se d'aventure il congnoist le fait et vous estes ceans encombrez et assailliz tout l'or du monde ne vous racheteroit pas que vous ne soyez mortz: pourquoy je vous conseille que vous soyez armez et mys en point. prenez voz abillemens voz heaulmes et voz escuz car gens qui sont armez sont fort redoubtez des autres je ne veulx pas que vous demourez ceans enserrez. Quant vous serez au palaix ou l'admiral se tient faictes tellement que soyez maistres et seigneurs du lieu et vous serez bien logez La fille avoir ce dit furent tous contens et moult prestement eurent mys leurs armes et leurs espees seinctes et deux a deux issirent de leans et vont hardiment comme lyons robustement comme loupz affamez et en tel point que qui les doit attendre il doit avoir grant paour. et vont saillir dehors a l'eure que le soleil estoit ja mucé comme entre nuyt et jour. et fut tout premier en la voye rolant et les autres après moult bien refroichis pour batailler. Tous ces payens et sarrazins ilz trouverent au palais et a haulte voix rolant crya a ses compaignons que chascun se monstrast tel qu'il estoit lesquelz n'ont point failly Rolant frappa corsuble mortellement Olivier mist a mort le roy coldroyé. il n'y eut celluy qui ne fist grant diligence Le soupper qui estoit tresbien appareillé tantost fut par terre versé et perdu. couppes d'or et d'argent volerent et sonnerent par leans. et sarrazins vont par terre occiz et desmembrés les autres sont saillis par les fenestres qui furent trouvez les ung mors. les autres espaullez et jambes rompues. L'admiral tout enragé se mist en fuite contre une fenestre et a deux piedz et saulta a parfont des fossez. Rolant alloit après qui l'avoit bien au cueur et le cuida frapper et attaignit le mabre de la fenestre par telle maniere que son espee entra dedans ung pié. Compains dist olivier L'admiral vous est il eschappé Ouy certes dist rolant dont je suis mal content. Toutesfois ilz firent tel portement qu'ilz furent seigneurs de la maistresse tour du chasteau et palais. et puis fermerent les portes et furent tous seurement. et n'y eut dangier fors qu'ilz ne povoyent avoir a manger. Estre passé ung bien peu de temps L'admiral estoit aux fossez moult esperdu et qui ne l'eust tiré de leans jamais n'en fust party. et commença a crier a ses gens qu'ilz venissent a luy pour le tirer de leans. Brullant de mommiere et Sortibrant de connimbres le misrent hors. et puis dist Sortibrant. Sire admiral croyés moy une autre foys. tousjours en la queue d'ung viel chien vous tenez. L'admiral respondit. Je vous prie ne me decriez plus. car je le suis assés. je me vengeray bien de tout avant que deux moys soyent passez. faictes sonner l'assault pour assaillyr la tour. Sortibrant dit il est raison que vostre voulenté soit faicte mais la nuyt s'approuche. a mon advis le meilleur sera d'attrendre a demain que vostre exercite sera assemblé pour besoigner plus seurement L'admiral en fut content et va dire a grant desplaisance. Ha beau Lucafar jamais ne me verras. j'ay perdu ma joye. O françoys maulditz soyez vous. vous le m'avez osté. mais par mahon mon dieu a qui j'ay donné ma vie demain sera mis le siege devant la tour et ne me osteray jamais pour mal temps qu'il face ne pour chose qui soit que la tour ne soit prinse et les murs mis par terre. et feray les françois traisner a mes chevaulx. puis feray ardoir Floripes la putain en ung feu publicquement. et je suis bien seur qu'ilz se rendront. car ilz n'ont pas a vivre pour quatre jours. et d'aultre part bien sçay qu'ilz ne pourront avoir secours de nully qui soit. car nous tenons le fort passaige de mantrible. et ilz ne pourront avoir secours de nully se ce n'est par dessus le pont et d'aultre part Charles ne sçaura nulles nouvelles de ses barons et ne sçaura s'ilz sont mors ou vifz. ou en liberté ou en subjection. et sur ce ilz firent conclusion et s'en vont jusques a lendemain. Le lendemain au matin l'admiral manda tous ses subjectz et delibera tenir le siege et le jura tenir jusques a sept ans a venir. Pour lors vindrent tant de payens en celle contree que leurs logis tenoyent quatre lieues d'espace. vous povez penser le dangier ou estoient les françoys qui n'estoient que .xii. et n'avoyent aultre conduite sinon estre leans assiegés en grant peril et famine. toutesfois ces sarrazins firent grant devoir pour entrer leans mais ilz ne les sceurent rien grever. L'admiral appella Marpin l'enchanteur et luy dist. Marpin par la barbe que je porte au menton se tu pouvoyes faire qu'on peust embler le seincture que Floripes porte je te donneray de mon or et de mon argent grandement et seroyes mon tresgrant amy. car se je la povoye avoir je suis seur que les françoys seroyent tantost mors et ne me pourroyent grever. Celle ceinture est de telle vertu que tant qu'elle durera dedans la tour ne y aura famine. Sire dist le larron laissés venir le vespre et je vous jure que demain avant que le soleil soit levé je vous delivreray la servitute. et sur ce quant il fut bien vespre secretement s'en entra es fosses qui estoient plains de eaue et passa oultre. et puis quant il fut au pié de la tour a ses engins subtilz legierement monta aux fenestres. et entra en la tour et aluma de la chandelle. Et puis vint en la chambre de floripes et la trouva fermee. mais a faulces parolles dyaboliques il l'ouvrit. Et quant il fut dedans il va veoir les barons tous endormis. Et fist ses enchantemens que pour riens ne se peussent esveiller. et puis vint a floripes et cercha tant secretement qu'il peult la seinture. et fist tant qu'il la trouva puis la seignyt entour de luy. Cecy estre fait regarda la fille toute nue qui estoit moult belle et moult blanche. et fut incliné a dormir avec elle. et tellement qu'il l'accola toute nue par les flans. laquelle subitement s'esveilla et commença moult fort a crier ses puceiles et les barons. pourquoy ses filles y vindrent tantost toutes espoventez. et quant elles veirent Marpin le larron ainsy noir comme meure la plus hardie de toutes se mist a fuyr. Sur ce Guy de bourgoigne qui ouit la voix de floripes hastivement l'espee en la main s'en vint a elle et l'escria qu'elle ne se doubtast de riens. toutesfois il vint bien a point. car le larron eust vergnoignee la fille s'il ne fust. mais aussi tost que le larron l'ouyt il saillit hors du lict a grant haste. et Guy de bourgoigne le rencontra et luy donna si grant coup qu'il le fendit par le millieu et fut couppee la seinture et la chandelle estaincte. Les aultres barons vindrent la. puis quant il veirent la besoigne ilz misrent celluy larron tout mort en la mer. et le dommaige qui y fut c'estoit de la sainture tant noble qu'il portoit qui fut perdue dont floripes ploura tresaprement en disant. Mes seigneurs la perte de la sainture jamais ne sera retrouvee. toutesfois les barons a belles parolles l'ont reconfortee par maniere que tous furent contens.

Le .xi. chapitre.

Or fut floripes saige et eut consideracion que lucafar qui estoit mort estoit bien aimé de l'admiral et va dire aux françois. Seigneurs sachez de verité que mon pere aime plus cestuy homme que personne vivant Il l'attend pour venir en son manger et ne sera aise jusques a ce qu'il soit retourné et se d'aventure il congnoist le fait et vous estes ceans encombrez et assailliz tout l'or du monde ne vous racheteroit pas que vous ne soyez mortz: pourquoy je vous conseille que vous soyez armez et mys en point. prenez voz abillemens voz heaulmes et voz escuz car gens qui sont armez sont fort redoubtez des autres je ne veulx pas que vous demourez ceans enserrez. Quant vous serez au palaix ou l'admiral se tient faictes tellement que soyez maistres et seigneurs du lieu et vous serez bien logez La fille avoir ce dit furent tous contens et moult prestement eurent mys leurs armes et leurs espees seinctes et deux a deux issirent de leans et vont hardiment comme lyons robustement comme loupz affamez et en tel point que qui les doit attendre il doit avoir grant paour. et vont saillir dehors a l'eure que le soleil estoit ja mucé comme entre nuyt et jour. et fut tout premier en la voye rolant et les autres après moult bien refroichis pour batailler. Tous ces payens et sarrazins ilz trouverent au palais et a haulte voix rolant crya a ses compaignons que chascun se monstrast tel qu'il estoit lesquelz n'ont point failly Rolant frappa corsuble mortellement Olivier mist a mort le roy coldroyé. il n'y eut celluy qui ne fist grant diligence Le soupper qui estoit tresbien appareillé tantost fut par terre versé et perdu. couppes d'or et d'argent volerent et sonnerent par leans. et sarrazins vont par terre occiz et desmembrés les autres sont saillis par les fenestres qui furent trouvez les ung mors. les autres espaullez et jambes rompues. L'admiral tout enragé se mist en fuite contre une fenestre et a deux piedz et saulta a parfont des fossez. Rolant alloit après qui l'avoit bien au cueur et le cuida frapper et attaignit le mabre de la fenestre par telle maniere que son espee entra dedans ung pié. Compains dist olivier L'admiral vous est il eschappé Ouy certes dist rolant dont je suis mal content. Toutesfois ilz firent tel portement qu'ilz furent seigneurs de la maistresse tour du chasteau et palais. et puis fermerent les portes et furent tous seurement. et n'y eut dangier fors qu'ilz ne povoyent avoir a manger. Estre passé ung bien peu de temps L'admiral estoit aux fossez moult esperdu et qui ne l'eust tiré de leans jamais n'en fust party. et commença a crier a ses gens qu'ilz venissent a luy pour le tirer de leans. Brullant de mommiere et Sortibrant de connimbres le misrent hors. et puis dist Sortibrant. Sire admiral croyés moy une autre foys. tousjours en la queue d'ung viel chien vous tenez. L'admiral respondit. Je vous prie ne me decriez plus. car je le suis assés. je me vengeray bien de tout avant que deux moys soyent passez. faictes sonner l'assault pour assaillyr la tour. Sortibrant dit il est raison que vostre voulenté soit faicte mais la nuyt s'approuche. a mon advis le meilleur sera d'attrendre a demain que vostre exercite sera assemblé pour besoigner plus seurement L'admiral en fut content et va dire a grant desplaisance. Ha beau Lucafar jamais ne me verras. j'ay perdu ma joye. O françoys maulditz soyez vous. vous le m'avez osté. mais par mahon mon dieu a qui j'ay donné ma vie demain sera mis le siege devant la tour et ne me osteray jamais pour mal temps qu'il face ne pour chose qui soit que la tour ne soit prinse et les murs mis par terre. et feray les françois traisner a mes chevaulx. puis feray ardoir Floripes la putain en ung feu publicquement. et je suis bien seur qu'ilz se rendront. car ilz n'ont pas a vivre pour quatre jours. et d'aultre part bien sçay qu'ilz ne pourront avoir secours de nully qui soit. car nous tenons le fort passaige de mantrible. et ilz ne pourront avoir secours de nully se ce n'est par dessus le pont et d'aultre part Charles ne sçaura nulles nouvelles de ses barons et ne sçaura s'ilz sont mors ou vifz. ou en liberté ou en subjection. et sur ce ilz firent conclusion et s'en vont jusques a lendemain. Le lendemain au matin l'admiral manda tous ses subjectz et delibera tenir le siege et le jura tenir jusques a sept ans a venir. Pour lors vindrent tant de payens en celle contree que leurs logis tenoyent quatre lieues d'espace. vous povez penser le dangier ou estoient les françoys qui n'estoient que .xii. et n'avoyent aultre conduite sinon estre leans assiegés en grant peril et famine. toutesfois ces sarrazins firent grant devoir pour entrer leans mais ilz ne les sceurent rien grever. L'admiral appella Marpin l'enchanteur et luy dist. Marpin par la barbe que je porte au menton se tu pouvoyes faire qu'on peust embler le seincture que Floripes porte je te donneray de mon or et de mon argent grandement et seroyes mon tresgrant amy. car se je la povoye avoir je suis seur que les françoys seroyent tantost mors et ne me pourroyent grever. Celle ceinture est de telle vertu que tant qu'elle durera dedans la tour ne y aura famine. Sire dist le larron laissés venir le vespre et je vous jure que demain avant que le soleil soit levé je vous delivreray la servitute. et sur ce quant il fut bien vespre secretement s'en entra es fosses qui estoient plains de eaue et passa oultre. et puis quant il fut au pié de la tour a ses engins subtilz legierement monta aux fenestres. et entra en la tour et aluma de la chandelle. Et puis vint en la chambre de floripes et la trouva fermee. mais a faulces parolles dyaboliques il l'ouvrit. Et quant il fut dedans il va veoir les barons tous endormis. Et fist ses enchantemens que pour riens ne se peussent esveiller. et puis vint a floripes et cercha tant secretement qu'il peult la seinture. et fist tant qu'il la trouva puis la seignyt entour de luy. Cecy estre fait regarda la fille toute nue qui estoit moult belle et moult blanche. et fut incliné a dormir avec elle. et tellement qu'il l'accola toute nue par les flans. laquelle subitement s'esveilla et commença moult fort a crier ses puceiles et les barons. pourquoy ses filles y vindrent tantost toutes espoventez. et quant elles veirent Marpin le larron ainsy noir comme meure la plus hardie de toutes se mist a fuyr. Sur ce Guy de bourgoigne qui ouit la voix de floripes hastivement l'espee en la main s'en vint a elle et l'escria qu'elle ne se doubtast de riens. toutesfois il vint bien a point. car le larron eust vergnoignee la fille s'il ne fust. mais aussi tost que le larron l'ouyt il saillit hors du lict a grant haste. et Guy de bourgoigne le rencontra et luy donna si grant coup qu'il le fendit par le millieu et fut couppee la seinture et la chandelle estaincte. Les aultres barons vindrent la. puis quant il veirent la besoigne ilz misrent celluy larron tout mort en la mer. et le dommaige qui y fut c'estoit de la sainture tant noble qu'il portoit qui fut perdue dont floripes ploura tresaprement en disant. Mes seigneurs la perte de la sainture jamais ne sera retrouvee. toutesfois les barons a belles parolles l'ont reconfortee par maniere que tous furent contens.

Comment les barons furent affligez en celle tour avec floripes et ses pucelles qui souffroyent grant fain. et comment les dieux par eulx furent confondus.Le .xii. chapitre.Quant le jour apparut et l'admiral ne veit point retourner Marpin l'enchanteur il fut fort esbahy et manda Brullant. Sortibrant et ses plus feaulx. et leur demanda conseil qu'il devoit faire veu que Marpin n'estoit point retourné. Sortibrant va dire sire admiral sachez que le larron est mort puis qu'il n'est venu. mais je conseille que vous facez sonner vos trompettez et assembler vos gens pour assaillir la tour a tous engins mortelz. et ainsi que Sortibrant dist il fut fait. et vindrent tous ces sarrazins a grande puissance pour destruire la tour et confondre les crestiens. et a frondes et aultres engins ilz leurs gectoyent cailloux et dartz envenimez. mais la mercy dieu les françoys n'en doubtoyent riens. Après qu'il eurent continué assez. le pain le vin et tous vivres vont faillir aux barons et pucelles par telle maniere qu'ilz n'avoient que menger. dont de dueil les pucelles qui estoient moult belles et plaines de compassion furent toutes desolees et entre les aultres la noble floripes. laquelle estoit moult desplaisante de la necessité des françoys d'elle et de ses damoiselles plusieursfois se pasma et cheut a terre comme morte. Guy de bourgoigne son espoux qui va venir moult doulcement la leva et reconforta de son povoir et dist a ses compaignons. Mes freres et seigneurs vous voyez la necessité que nous soustenons. car il ya desja troys jours passez que nous n'avons mengé de pain. et plus mal content je suis pour ces damoiselles que pour moy et je vous dy bien que je ne pourroye plus endurer que ne facions aultrement. car soyez seur que j'aymeroye mieulx mettre mon corps a estre blessé et navré mortellement que je ne feroye estre ceans enclos en ceste melancolie. pourquoy je dy que nous allons dehors pour avoir des vivres. et mieulx nous vault mourir a honneur que vivre a honte. Tous les françoys furent de l'oppinion de guy. Sur ce floripes va dire Mes seigneurs je congnois que vostre dieu est de petite puissance quant il ne vous donne aide ne confort. et je vous dy bien que se vous eussiez autant adoré les nostres ilz vous eussent pourveuz de menger et de boire. Avant qu'elle eust finee sa parolle rolant respondit et dist. Ma damoiselle je vous prie que vous monstrez les dieux dont vous nous parlez. et s'ilz ont la puissance que vous nous dictes qu'ilz nous puissent donner a boire et a menger et qu'ilz facent tant que la puissance de france vienne icy pour nous secourir nous y croirons tous sans varier. La pucelle leur dist. Tantost vous les verrez et moult prestement après qu'elle eut les clefz les barons va conduire par dessoubz terre. et leur monstra les dieux des sarrazins qui estoient en lieu noble precieux et riche. et la estoient en grande majesté. Apolin et Talvagant le dieu margot et Jupin et plusieurs aultres qui estoient tous massifz de fin or d'arabie. aournez de plusieurs joyaulx avec baume et encens odorant et plusieurs aultres tresors estoyent la assemblez. Guy de bourgoigne va dire quant il veit tant grant tresor oultre son gré. Sire dieu qui eut peu croyre que en cestuy lieu eust eu tant grant richesse assemblee. Or pleust a dieu que Richard de normandie tint maintenant Jupin en sa cité de rouan. car il en acompliroit l'eglise de la sainte trinité et le roy charles tint les aultres dieux il en feroit l'eglise de romme qui est gastee et des aultres il feroit les hommes resjouyr. multiplier et mettre en point. Floripes respondit. Sire Guy vous parlez villainement des dieux criez leur mercy et les adorez affin que ilz soient enclinez a vous faire confort Guy luy dist. je ne le sçauroye prier ma damoiselle. car je regarde que ilz ont les yeulx tous endormis. et vous verrez qu'ilz ne pourront ouyr ne veoir. Et ce disant a tout son espee frappa Jupin et ogier le dannoys ferit sur margot. et les firent cheoir a terre et desrompirent moult fierement. Pourquoy rolant dist a la fille. En verité je regarde que vous avez des dieux qui ne valent riens. de tous ceulx qui sont a terre je n'en voy pas ung remuer ne faire semblant de eulx relever. A celle heure floripes les eut en despit et creut en dieu jhesucrist en disant ainsy. Je voy sire rolant que vous dictes la pure verité. mais se jamais g'y croy je vueil que mon corps vienne a malle fin et de bon cueur je requier a celluy dieu qui fut né de mere vierge. duquel vous m'avez informé qu'il vous envoye secours de france. et que nous trouvons maniere d'avoir a menger pour nostre necessité rapaiser.

Le .xii. chapitre.

Quant le jour apparut et l'admiral ne veit point retourner Marpin l'enchanteur il fut fort esbahy et manda Brullant. Sortibrant et ses plus feaulx. et leur demanda conseil qu'il devoit faire veu que Marpin n'estoit point retourné. Sortibrant va dire sire admiral sachez que le larron est mort puis qu'il n'est venu. mais je conseille que vous facez sonner vos trompettez et assembler vos gens pour assaillir la tour a tous engins mortelz. et ainsi que Sortibrant dist il fut fait. et vindrent tous ces sarrazins a grande puissance pour destruire la tour et confondre les crestiens. et a frondes et aultres engins ilz leurs gectoyent cailloux et dartz envenimez. mais la mercy dieu les françoys n'en doubtoyent riens. Après qu'il eurent continué assez. le pain le vin et tous vivres vont faillir aux barons et pucelles par telle maniere qu'ilz n'avoient que menger. dont de dueil les pucelles qui estoient moult belles et plaines de compassion furent toutes desolees et entre les aultres la noble floripes. laquelle estoit moult desplaisante de la necessité des françoys d'elle et de ses damoiselles plusieursfois se pasma et cheut a terre comme morte. Guy de bourgoigne son espoux qui va venir moult doulcement la leva et reconforta de son povoir et dist a ses compaignons. Mes freres et seigneurs vous voyez la necessité que nous soustenons. car il ya desja troys jours passez que nous n'avons mengé de pain. et plus mal content je suis pour ces damoiselles que pour moy et je vous dy bien que je ne pourroye plus endurer que ne facions aultrement. car soyez seur que j'aymeroye mieulx mettre mon corps a estre blessé et navré mortellement que je ne feroye estre ceans enclos en ceste melancolie. pourquoy je dy que nous allons dehors pour avoir des vivres. et mieulx nous vault mourir a honneur que vivre a honte. Tous les françoys furent de l'oppinion de guy. Sur ce floripes va dire Mes seigneurs je congnois que vostre dieu est de petite puissance quant il ne vous donne aide ne confort. et je vous dy bien que se vous eussiez autant adoré les nostres ilz vous eussent pourveuz de menger et de boire. Avant qu'elle eust finee sa parolle rolant respondit et dist. Ma damoiselle je vous prie que vous monstrez les dieux dont vous nous parlez. et s'ilz ont la puissance que vous nous dictes qu'ilz nous puissent donner a boire et a menger et qu'ilz facent tant que la puissance de france vienne icy pour nous secourir nous y croirons tous sans varier. La pucelle leur dist. Tantost vous les verrez et moult prestement après qu'elle eut les clefz les barons va conduire par dessoubz terre. et leur monstra les dieux des sarrazins qui estoient en lieu noble precieux et riche. et la estoient en grande majesté. Apolin et Talvagant le dieu margot et Jupin et plusieurs aultres qui estoient tous massifz de fin or d'arabie. aournez de plusieurs joyaulx avec baume et encens odorant et plusieurs aultres tresors estoyent la assemblez. Guy de bourgoigne va dire quant il veit tant grant tresor oultre son gré. Sire dieu qui eut peu croyre que en cestuy lieu eust eu tant grant richesse assemblee. Or pleust a dieu que Richard de normandie tint maintenant Jupin en sa cité de rouan. car il en acompliroit l'eglise de la sainte trinité et le roy charles tint les aultres dieux il en feroit l'eglise de romme qui est gastee et des aultres il feroit les hommes resjouyr. multiplier et mettre en point. Floripes respondit. Sire Guy vous parlez villainement des dieux criez leur mercy et les adorez affin que ilz soient enclinez a vous faire confort Guy luy dist. je ne le sçauroye prier ma damoiselle. car je regarde que ilz ont les yeulx tous endormis. et vous verrez qu'ilz ne pourront ouyr ne veoir. Et ce disant a tout son espee frappa Jupin et ogier le dannoys ferit sur margot. et les firent cheoir a terre et desrompirent moult fierement. Pourquoy rolant dist a la fille. En verité je regarde que vous avez des dieux qui ne valent riens. de tous ceulx qui sont a terre je n'en voy pas ung remuer ne faire semblant de eulx relever. A celle heure floripes les eut en despit et creut en dieu jhesucrist en disant ainsy. Je voy sire rolant que vous dictes la pure verité. mais se jamais g'y croy je vueil que mon corps vienne a malle fin et de bon cueur je requier a celluy dieu qui fut né de mere vierge. duquel vous m'avez informé qu'il vous envoye secours de france. et que nous trouvons maniere d'avoir a menger pour nostre necessité rapaiser.

Comment les pers de france saillirent hors de la tour et grant bataille firent en la quelle ilz rencontrerent vingt sommiers chargés de viandes.Le .xiii. chapitre.Quant floripes eut finee sa parolle elle cheut tout pasmee de dueil et d'angoisse. dont guy de bourgoigne ploura moult asprement pour l'amour d'elle. Sur ce olivier le couraigeux vint devant eulx et dist. Mes seigneurs je vous dy et vous jure par le dieu qui souffrit mort pour les humains j'aymeroye mieulx que mon corps fust esquartelé et bouté en pieces que je deusse plus souffrir ceste prison que je ne me combate aux payens vivement. et semblablement dist rolant Pourquoy sans autre deliberacion ilz vont seindre leurs escuz et se misrent en grant point et avalerent les pontz et monterent a cheval d'ung tresferme couraige. et après que tous furent devant celle tour de mabre rolant dist aux aultres. Sire naymes et vous ogier il fault que l'ung de vous demeure pour garder la place que au retour nous puissions entrer seurement. Le duc naymes ne peust prendre pacience qu'il ne respondist ainsy. Sire rolant ne pensez pas que je soye si malheureux de personne et de lignaige que ja on me reproche que je soye vostre portier. je n'en feray rien. et je se suis vieil si fais je bien tourner mon cheval. je suis endurcy de nerfz. et si ay le cueur asseuré. et vueil estre assez hardy pour frapper sur mes ennemis quant temps en sera n'en doubtez riens. Rolant respondit. Sire vous dictes bien vous viendrez avec nous Tierry ou geoffroy l'ung des deux demoura. mais il n'estoit point de leur plaisir de demourer leans enclos toutesfois a la requeste de rolant tierry demoura avec geoffroy qui fermerent les portes seurement après que les aultres barons furent dehors. lesquelz a tout chascun son espee seinte et espieu en sa main se vont monstrer hors du chasteau esbatans. L'admiral par une fenestre congneut bien les françoys pourquoy hastivement fist venir brulant a luy. sortibrant et aultres. ausquelz il dist Mes barons et subjectz les françoys sont saillis dehors. et me semble qu'ilz veullent batailler. s'ilz ne sont tous occis j'en seray mal content. pourquoy faictes sonner voz corps pour assembler voz gens c'est trop tardé. et aussi tost qu'il l'eut fait grant multitude de sarrazins furent assemblez et vindrent assallir les françoys. mais Rolant qui tint durandal en sa main avec ses compaignons vint sur ces sarrazins par telle fureur que en petit d'espase plus de cent furent occis. Car dolent estoit celluy qui se mettoit devant eulx pour secourir aux payens. Lors vint clarion qui estoit nepveu de l'admiral a .xv. mille combatans et sachez qu'il n'y avoit en espaigne sarrazin plus redoubté que luy Quant les barons le veirent venir. rolant va escrier gerard ogier et guy. O nobles chavaliers en l'onneur de dieu chascun face son devoir par telle maniere que a ceste foys moyen victoire obtenue nous puissions aux pucelles pourveoir a menger Cecy estre dit rolant piqua son cheval et s'en vint a tout durandal et frappa ung payen qui se disoit Rampin si trespuissamment qu'il luy fendit la teste dont ceulx qui estoient presens furent esbahis. et de celle heure les sarrazins doubterent si fort rolant que personne ne se osoit mettre devant luy s'il ne pensoit mourir. Gerard de mondidier valerreux va dire. Mes freres et seigneurs qui vouldra avoir après plaisir et estre honnoré. il est temps qu'il se monstre et n'est pas mestier que entre nous en soit congneu ung seul desloyal. car souvent pour ung meschant quelque valeureux est en dangier. pourquoy a ceste parolle tous ces barons furent plus fervens qu'ilz n'avoient esté. affin que chascun se monstrast comme il devoit estre. Et après que la bataille fust finee pour celluy jour par le plaisir de dieu les barons vont trouver près de la tour dessusdicte ung grant adventure. c'est qu'ilz vont passer par devant ung chasteau et veirent .xx. muletz sommiers chargez de vivres ou il y avoit pain. vin. venoison et des aultres biens assez. et les conduisoit ung payen de margote aux dessusditz sarrazins. mais incontinent les conduiseurs des sarrazins et de leurs vivres furent tantost avec eulx occis par les barons. et le duc naymes et guillaume l'estoc les conduirent. et Rolant et les aultres vindrent devant pour faire place sur esperance de les faire mener en la tour. en laquelle chose ne se fist pas sans dangier et grant peine.

Le .xiii. chapitre.

Quant floripes eut finee sa parolle elle cheut tout pasmee de dueil et d'angoisse. dont guy de bourgoigne ploura moult asprement pour l'amour d'elle. Sur ce olivier le couraigeux vint devant eulx et dist. Mes seigneurs je vous dy et vous jure par le dieu qui souffrit mort pour les humains j'aymeroye mieulx que mon corps fust esquartelé et bouté en pieces que je deusse plus souffrir ceste prison que je ne me combate aux payens vivement. et semblablement dist rolant Pourquoy sans autre deliberacion ilz vont seindre leurs escuz et se misrent en grant point et avalerent les pontz et monterent a cheval d'ung tresferme couraige. et après que tous furent devant celle tour de mabre rolant dist aux aultres. Sire naymes et vous ogier il fault que l'ung de vous demeure pour garder la place que au retour nous puissions entrer seurement. Le duc naymes ne peust prendre pacience qu'il ne respondist ainsy. Sire rolant ne pensez pas que je soye si malheureux de personne et de lignaige que ja on me reproche que je soye vostre portier. je n'en feray rien. et je se suis vieil si fais je bien tourner mon cheval. je suis endurcy de nerfz. et si ay le cueur asseuré. et vueil estre assez hardy pour frapper sur mes ennemis quant temps en sera n'en doubtez riens. Rolant respondit. Sire vous dictes bien vous viendrez avec nous Tierry ou geoffroy l'ung des deux demoura. mais il n'estoit point de leur plaisir de demourer leans enclos toutesfois a la requeste de rolant tierry demoura avec geoffroy qui fermerent les portes seurement après que les aultres barons furent dehors. lesquelz a tout chascun son espee seinte et espieu en sa main se vont monstrer hors du chasteau esbatans. L'admiral par une fenestre congneut bien les françoys pourquoy hastivement fist venir brulant a luy. sortibrant et aultres. ausquelz il dist Mes barons et subjectz les françoys sont saillis dehors. et me semble qu'ilz veullent batailler. s'ilz ne sont tous occis j'en seray mal content. pourquoy faictes sonner voz corps pour assembler voz gens c'est trop tardé. et aussi tost qu'il l'eut fait grant multitude de sarrazins furent assemblez et vindrent assallir les françoys. mais Rolant qui tint durandal en sa main avec ses compaignons vint sur ces sarrazins par telle fureur que en petit d'espase plus de cent furent occis. Car dolent estoit celluy qui se mettoit devant eulx pour secourir aux payens. Lors vint clarion qui estoit nepveu de l'admiral a .xv. mille combatans et sachez qu'il n'y avoit en espaigne sarrazin plus redoubté que luy Quant les barons le veirent venir. rolant va escrier gerard ogier et guy. O nobles chavaliers en l'onneur de dieu chascun face son devoir par telle maniere que a ceste foys moyen victoire obtenue nous puissions aux pucelles pourveoir a menger Cecy estre dit rolant piqua son cheval et s'en vint a tout durandal et frappa ung payen qui se disoit Rampin si trespuissamment qu'il luy fendit la teste dont ceulx qui estoient presens furent esbahis. et de celle heure les sarrazins doubterent si fort rolant que personne ne se osoit mettre devant luy s'il ne pensoit mourir. Gerard de mondidier valerreux va dire. Mes freres et seigneurs qui vouldra avoir après plaisir et estre honnoré. il est temps qu'il se monstre et n'est pas mestier que entre nous en soit congneu ung seul desloyal. car souvent pour ung meschant quelque valeureux est en dangier. pourquoy a ceste parolle tous ces barons furent plus fervens qu'ilz n'avoient esté. affin que chascun se monstrast comme il devoit estre. Et après que la bataille fust finee pour celluy jour par le plaisir de dieu les barons vont trouver près de la tour dessusdicte ung grant adventure. c'est qu'ilz vont passer par devant ung chasteau et veirent .xx. muletz sommiers chargez de vivres ou il y avoit pain. vin. venoison et des aultres biens assez. et les conduisoit ung payen de margote aux dessusditz sarrazins. mais incontinent les conduiseurs des sarrazins et de leurs vivres furent tantost avec eulx occis par les barons. et le duc naymes et guillaume l'estoc les conduirent. et Rolant et les aultres vindrent devant pour faire place sur esperance de les faire mener en la tour. en laquelle chose ne se fist pas sans dangier et grant peine.

Comment guy fut prins des sarrazins et interrogué de l'admiral et les plaintes de la belle floripes fist pour luy et aultres matieres.Le .xiiii. chapitre.Comme j'ay dit devant les barons de france ainsi qu'ilz s'en aloient a leur repaire et qu'ilz emmenoient les sommiers dessus nommez tant grant abondance de gensdarmes vindrent de la part du roy clarion que ce fust merveilles qui se vont rencontrer moult asprement et par tel endroit que le duc basin y fut mort et aulbery son filz. car tantost qu'il veit son pere mourir. incontinent il se getta dessus et y demoura. Et encores ce ne fut pas le plus fort. car le noble guy de bourgoigne après qu'il fut menassé du roy clarion il s'avança pour le frapper. et luy vint si mal a droit que des payens son cheval fut occis dessoubz luy. et subitement fut environné de plus de cent chevaliers sarrazins qui le prindrent et luy osterent son heaulme de la teste et puis luy benderent les yeulx tellement qu'il n'y veoit riens. et a tout ses mains liees derriere son dos le vont pourmenant et quant guy se veit ainsi estre detenu a haulte voix commença a crier. o vray dieu jesus qui m'as fait et formé ou vois je maintenant mal fortuné jesus conforte moy. O noble charlemaigne monseigneur et mon oncle jamais ne me verrez. Le roy clarion luy dist. Bel amy riens ne te vault le crier ne le braire. a l'admiral d'espaigne tout vif je te rendray aujourd'uy qui te gardera demain tu seras pendu. mais vous povez penser comment les autres pers de france ses compaignons furent mal contens et fort dolens quant ilz veirent le conte guy ainsy estre prisonnier. toutesfois ilz firent grande bataille avant qu'ilz fussent contrains d'entrer en la tour. et si tost qu'ilz furent descenduz et les portes barrees chascun se ferma a menger. Et sur ce floripes tantost s'en vint a Rolant et luy dist. Sire rolant je vous requiers que vous me dictes ou est guy de bourgoigne mon mari a venir. Je sçay bien que quant vous alastes dehors qu'il ala avec vous pourquoy entre les autres vous le me devez rendre. jamais n'auray le cueur joyeulx que je ne saiche ou il est. Rolant dist. Ha floripes dame courtoise ne vous fiez en luy. car certes vous l'avez perdu. jamais ne le verrez les payens l'ont emmené malgré nous et ne sçavons qu'on en fera floripes oyant ces parolles de dueil et d'angoisse cheut a terre toute pasmee plus de quatre fois comme morte. mais rolant qui pour elle ploura assez souventesfois la releva Et quant elle fut levee elle commença a crier a haulte voix. O barons de france par celluy dieu qui fist le ciel et la terre se je n'ay guy de bourgoigne a qui je doy estre espousee je rendray ceste tour avant qu'il soit passé demain. O sainte vierge marie je devoye a luy estre mariee et pour l'amour de luy estre crestienne. Helas noz amours nous ont bien tost failly. Helas malheureuse suis quant ceste douleur m'a fait oblier l'amour de quoy j'estoye pleine Rolant ne peut veoir la douleur de ceste fille mais luy promist pour la resjouyr que dedans deux jours elle verroit guy a son plaisir: et sachés dist il que j'ameroye mieulx estre desmembré qu'il ne se fist aultrement de guy de bourgoigne qu'il ne soit rendu ou sa mort soit vengee. et toutesfois ma dame le dueil et les pleurs que vous menez ne le vous peuvent rendre. il ya troys jours que nous n'avons mangé: j'ay pourchassé des vivres pour nous et pour ces pucelles lesquelles vous veez et aussi la pitié: prenons pacience de ce petit et soyons contens d'entretenir la vie car vous sçavez qu'on ne peult conquester les sommiers dessusditz a cause de la tribulacion de guy de bourgoigne. Après que rolant eut ce dit les barons et les damoiselles rendirent graces a dieu de tout et furent repeuz souffisamment en louant dieu devotement. Or parlons de guy de bourgoigne qui fut mené devant l'admiral moult fut perturbé descouloré et changé de face tant pour la cause qu'il y avoit ja troys jours passez qu'il n'avoit mangé de pain: et d'aultre part du dangier ou il se sentoit d'estre en la main de ses ennemys et la devant l'admiral fut despoillé de ses armes. Lors apparut son beau corps et bien membré et luy demanda l'admiral son nom et qu'il estoit. Le baron respondit. Admiral ne te doubte point que je ne te die verité. Je suis appellé Guy de bourgoigne subject a la couronne de france et cousin a rolant le valeureux qui est homme qu'on doit bien doubter Ballam dist je te congnoys assez il ya plus de sept moys que ma fille t'a en amours moult grande dont il me desplaist fort. et sçay bien qu'elle t'ayme plus que homme vivant. et moyennant ses amours j'ay perdu de mes hommes plusieurs et de grant façon et suis mys hors de ma tour le chief de force de tout mon pays. Mais se tout ne m'est rendu tu seras esquartelé en bref temps et desmembré. Et plus oultre je te commande que tu me dies la verité: qui sont ceulx qui sont en la tour enfermez desquelz avon esté assaillis avec toy si dangereusement. Guy dist voulentiers le te diray. soye seur que rolant le valeureux y est. olivier son compaignon. le courageux tierry duc d'ardaine Richard de normandie. gerat de mondidier. naymes de baviere et basin de gennevoys que vous avez occis et je suis l'autre que vous tenez en prison. mais au plaisir de dieu et a l'aide de charles il vous sera chier vendu L'admiral fut tresmal content des menasses de guy. pourquoy ung sarrazin moult fier haulça le poing et donna sur le visaige a guy par maniere que le sang en vint abondamment. et a ce coup fut guy alumé d'ire. et pour estre esquartelé en l'eure il ne se peut tenir qu'il ne print celluy sarrazin par les cheveulx a l'une des mains et de l'autre luy donna si bon sur le gros os du col par derriere qu'il le luy rompit. et sans tirer jamais ne pié ne main il cheut mort devant l'admiral. L'admiral fut si tresmal content de ce coup qu'il cuida yssir hors du sens non tant pour la mort du payen comme pour sa mesprisance faicte devant luy. et cria a haulte voix qu'on le print. et aussi tost les sarrazins le vindrent tant batre qu'il ne sçavoit ou il estoit et l'eussent occis se l'admiral n'eust dit qu'on ne le mist point a mort.

Le .xiiii. chapitre.

Comme j'ay dit devant les barons de france ainsi qu'ilz s'en aloient a leur repaire et qu'ilz emmenoient les sommiers dessus nommez tant grant abondance de gensdarmes vindrent de la part du roy clarion que ce fust merveilles qui se vont rencontrer moult asprement et par tel endroit que le duc basin y fut mort et aulbery son filz. car tantost qu'il veit son pere mourir. incontinent il se getta dessus et y demoura. Et encores ce ne fut pas le plus fort. car le noble guy de bourgoigne après qu'il fut menassé du roy clarion il s'avança pour le frapper. et luy vint si mal a droit que des payens son cheval fut occis dessoubz luy. et subitement fut environné de plus de cent chevaliers sarrazins qui le prindrent et luy osterent son heaulme de la teste et puis luy benderent les yeulx tellement qu'il n'y veoit riens. et a tout ses mains liees derriere son dos le vont pourmenant et quant guy se veit ainsi estre detenu a haulte voix commença a crier. o vray dieu jesus qui m'as fait et formé ou vois je maintenant mal fortuné jesus conforte moy. O noble charlemaigne monseigneur et mon oncle jamais ne me verrez. Le roy clarion luy dist. Bel amy riens ne te vault le crier ne le braire. a l'admiral d'espaigne tout vif je te rendray aujourd'uy qui te gardera demain tu seras pendu. mais vous povez penser comment les autres pers de france ses compaignons furent mal contens et fort dolens quant ilz veirent le conte guy ainsy estre prisonnier. toutesfois ilz firent grande bataille avant qu'ilz fussent contrains d'entrer en la tour. et si tost qu'ilz furent descenduz et les portes barrees chascun se ferma a menger. Et sur ce floripes tantost s'en vint a Rolant et luy dist. Sire rolant je vous requiers que vous me dictes ou est guy de bourgoigne mon mari a venir. Je sçay bien que quant vous alastes dehors qu'il ala avec vous pourquoy entre les autres vous le me devez rendre. jamais n'auray le cueur joyeulx que je ne saiche ou il est. Rolant dist. Ha floripes dame courtoise ne vous fiez en luy. car certes vous l'avez perdu. jamais ne le verrez les payens l'ont emmené malgré nous et ne sçavons qu'on en fera floripes oyant ces parolles de dueil et d'angoisse cheut a terre toute pasmee plus de quatre fois comme morte. mais rolant qui pour elle ploura assez souventesfois la releva Et quant elle fut levee elle commença a crier a haulte voix. O barons de france par celluy dieu qui fist le ciel et la terre se je n'ay guy de bourgoigne a qui je doy estre espousee je rendray ceste tour avant qu'il soit passé demain. O sainte vierge marie je devoye a luy estre mariee et pour l'amour de luy estre crestienne. Helas noz amours nous ont bien tost failly. Helas malheureuse suis quant ceste douleur m'a fait oblier l'amour de quoy j'estoye pleine Rolant ne peut veoir la douleur de ceste fille mais luy promist pour la resjouyr que dedans deux jours elle verroit guy a son plaisir: et sachés dist il que j'ameroye mieulx estre desmembré qu'il ne se fist aultrement de guy de bourgoigne qu'il ne soit rendu ou sa mort soit vengee. et toutesfois ma dame le dueil et les pleurs que vous menez ne le vous peuvent rendre. il ya troys jours que nous n'avons mangé: j'ay pourchassé des vivres pour nous et pour ces pucelles lesquelles vous veez et aussi la pitié: prenons pacience de ce petit et soyons contens d'entretenir la vie car vous sçavez qu'on ne peult conquester les sommiers dessusditz a cause de la tribulacion de guy de bourgoigne. Après que rolant eut ce dit les barons et les damoiselles rendirent graces a dieu de tout et furent repeuz souffisamment en louant dieu devotement. Or parlons de guy de bourgoigne qui fut mené devant l'admiral moult fut perturbé descouloré et changé de face tant pour la cause qu'il y avoit ja troys jours passez qu'il n'avoit mangé de pain: et d'aultre part du dangier ou il se sentoit d'estre en la main de ses ennemys et la devant l'admiral fut despoillé de ses armes. Lors apparut son beau corps et bien membré et luy demanda l'admiral son nom et qu'il estoit. Le baron respondit. Admiral ne te doubte point que je ne te die verité. Je suis appellé Guy de bourgoigne subject a la couronne de france et cousin a rolant le valeureux qui est homme qu'on doit bien doubter Ballam dist je te congnoys assez il ya plus de sept moys que ma fille t'a en amours moult grande dont il me desplaist fort. et sçay bien qu'elle t'ayme plus que homme vivant. et moyennant ses amours j'ay perdu de mes hommes plusieurs et de grant façon et suis mys hors de ma tour le chief de force de tout mon pays. Mais se tout ne m'est rendu tu seras esquartelé en bref temps et desmembré. Et plus oultre je te commande que tu me dies la verité: qui sont ceulx qui sont en la tour enfermez desquelz avon esté assaillis avec toy si dangereusement. Guy dist voulentiers le te diray. soye seur que rolant le valeureux y est. olivier son compaignon. le courageux tierry duc d'ardaine Richard de normandie. gerat de mondidier. naymes de baviere et basin de gennevoys que vous avez occis et je suis l'autre que vous tenez en prison. mais au plaisir de dieu et a l'aide de charles il vous sera chier vendu L'admiral fut tresmal content des menasses de guy. pourquoy ung sarrazin moult fier haulça le poing et donna sur le visaige a guy par maniere que le sang en vint abondamment. et a ce coup fut guy alumé d'ire. et pour estre esquartelé en l'eure il ne se peut tenir qu'il ne print celluy sarrazin par les cheveulx a l'une des mains et de l'autre luy donna si bon sur le gros os du col par derriere qu'il le luy rompit. et sans tirer jamais ne pié ne main il cheut mort devant l'admiral. L'admiral fut si tresmal content de ce coup qu'il cuida yssir hors du sens non tant pour la mort du payen comme pour sa mesprisance faicte devant luy. et cria a haulte voix qu'on le print. et aussi tost les sarrazins le vindrent tant batre qu'il ne sçavoit ou il estoit et l'eussent occis se l'admiral n'eust dit qu'on ne le mist point a mort.

Comment les payens eurent proposé de pendre guy. et puis les crestiens le secoururent puissamment.Le .xv. chapitre.Après que guy de bourgoigne fut bien lié estroictement l'admiral fist venir brullant de mommiere. Et sortibrant et leur dist. je vous prie que me donnez conseil que je doy faire de cestuy prisonnier qui m'a fait telle vergoigne et mesprisance comme vous veez et savez. Sire dist sortibrant je vous conseilleray tresbien se vous me voulez croire. Vous ferez lever unes fourches près des fossez de la tour en laquelle sont les prisonniers de france et y ferez demain pendre par le col cestuy prisonnier. et faictes que vous ayez en lieu secret près des dictes fourches dix mille turcz bien armez et grant point. et je suis seur que ces françoys sont si hardis et desmesurez que quant ilz verront pendre leur compaignon qu'ilz viendront dehors pour le secourir. et voz gens qui seront mucez la au près viendront sur eulx pourquoy vous les aurez tous et bien seurement pour en faire du tout a vostre plaisir. Cestuy conseil fut approuvé par l'admiral estre bon et en fut bien content. pourquoy sans aultre deliberacion avoir les fourches furent faictes comme devant avoit esté dit. et bien près de celluy lieu avoit ung petit boys et fit secretement mettre en grant point vingt mille combatans et les commanda estre gouvernez par le roy clarion et les aultres capitaines et puis l'admiral fist mener guy a trente sarrazins contre les fourches. lesquelz ne cesserent point de fraper sur son corps de gros bastons qui du tout luy perçoient la chair et desrompoient les os bien amerement. vous povez pencer en quel estat estoit son corps quant on le desrompoit ainsi villainement quant il avoit les mains lyees derriere son dos moult estroictement quant il sentoit une grosse corde parmy son col quant il avoit les yeulx bendez et ne veoit riens ne ne sçavoit ou il alloit. Cecy pensant crya a haulte voix. O redempteur et mon dieu du quel je suis en peine et vois mourir maulvaisement pour le merite de ta sainte passion prens mon ame en ta garde car le corps prent sa fin. et ainsi que j'ay mestier de ton aide vueille moy conseiller et aider. O nobles barons de france me verrez vous jamais. ne me viendrez vous point secourir. se vous me laissez pendre ce vous sera grant vergoigne. O rolant beau cousin souviengne vous de moy ou jamais ne me verrez vif. Cecy disant piteusement Rolant estoit en une fenestre et regarda oultre une petite roche et veit les fourches levees pourquoy tout commeu il vint a ses compaignons et leur dist. Messeigneurs je me esmerveille bien que veulent dire les fourches que j'ay veues sur les fossez je ne sçay pas a quel propos ce a esté fait. Quant les aultres veirent le fait naymes leur dist que sans faultes elles estoient faictes pour pendre guy. Cecy disant ilz le vont veoir tout despoillé allant contre les fourches. et congneut bien que s'il n'avoit secours qu'il seroit pendu. Quant floripes ouyt pladoier ces barons: elle s'en vint a eulx pour sçavoir que c'estoit. et puis quant elle veit les fourches dressees et guy son amy et espoux advenir ainsi pour mener vitupereusement vous povez penser en quel estat elle estoit reduyte et commença a cryer. O nobles chevaliers laisserez vous pendre guy vostre compaignon devant vous et devant voz ieulx. ne vous fiez point que s'il meurt par celluy dieu qui m'a faicte et formee je me laisseray cheoir aval ces fenestres et mourray en desperation. et puis s'en vint devant rolant enclinee des deux genoulz. et luy va baiser les piedz bien humblement en disant. Sire rolant en l'onneur de dieu je te veulx prier qu'il te plaise de prendre peine pour devoir mon amy secourir aultrement je suys femme perdue. pensés de vous armer: et je vois faire aprester voz chevaulx. car le temps est tant brief que au plaisir de dieu soyez vous a temps et heure. Avant que floripes parlast guieres Rolant a ses compaignons se vont armer hastivement et seindre leurs espees et leurs escus et vont hors de la tour et monterent tous a cheval. puis saillirent dehors et devant qu'ilz se missent a chevaucher Rolant va dire. Seigneurs a ceste heure gist nostre mort ou nostre vie tellement que se nous n'avons bonne conduyte et loyalle. jamais nous ne retournerons. Nous ne sommes que dix et les payens sont de multitude innumerable et de grant force a merveilles. en l'onneur de dieu je vous prie et requiers que tousjours nous nous tenons ensemble et que l'ung soit garde de l'aultre et le plus que faire se pourra: car se nous sommes divisez nous serons prins et penduz et d'autre part que se l'ung de nous tombe a terre que des autres soit levé ne pour mort ne pour vie qu'il ne soit abandonné. ne ne faille l'ung a l'autre et je seray celluy qui vous meneray ensemble au plaisir de dieu. car je vous jure ma vie que tant que je pourray tenir en ma main durandal ne que j'auray sang en mon corps ne vie vous aurés en moy ung bon garent. et pareillement ont dit les autres Floripes dist mes seigneurs vous pourrez trop demourer et s'en va en sa chambre et ouvrit son coffret ou estoit la couronne de jhesucrist et moult reveramment la baiserent et la poserent sur leurs testes pourquoy de couraige ilz ne doubterent riens la puissance des payens et vont dehors. puis floripes et ses damoiselles vont relever le pont et fermer la tour. Les nobles pers de france s'en vont bellement en bonne ordonnance contre les fourches aval les prés. et les payens estoient dessoubz les fourches et montoyent guy de bourgoigne qui avoit les yeulx bendez et les poingz liez. et si avoit une grosse corde autour du col. Cecy voyant rolant hasta son cheval et les autres après. et commença a crier aux payens. Ha traistres mastins il ne sera pas comme vous pensez. vous avez commencé telle chose. dont vous vous verrez mal contens. De cestuy bruit qui fut fait impetueusement les plus hardis des trente qui tenoyent guy se mirent a fouyr. et furent si hastivement poursuyvis que les vingt furent occis. Sur cecy ceulx qui estoient aux boys vindrent dehors faisant grant bruit. et tout premier cornifer merveilleux payen sur ung moreau de grant façon et commença a crier. Ha françoys desmesurez venés vous secourir le pendu de l'admiral. vous avez fait folle entreprinse. car avec luy tous penduz vous serez. Quant rolant ouyt le payen il fut moult courroucé et tint durandal. et vint contre luy comme ung loup enragé. toutesfois le payen frappa sur son escu moult dangereusement. mais après qu'il se fut recouvré il attaignit le payen si puissamment qu'il luy fendit la teste jusques au corps bien avant. Après qu'il fut mort rolant s'en vint courir jusques aux fourches et puis desbenda et deslya guy de bourgoigne et luy dist qu'il se tint près de luy jusques il fust armé. et après que rolant eut occis ung autre payen. Guy estant en l'asseurance dudit rolant et des autres pers de france il s'arma incontinent des armes de celluy payen moyennant ses compaignons et monta sur son cheval. mais ce ne fut pas sans grant peine et merveilleuse deffence qu'ilz firent. car tous ses sarrazins qui estoient au boys vindrent sur les barons de france. avecques ce ilz leur firent beaucoup d'inconveniens Toutesfois a l'aide de dieu ilz furent de si trebon gouvernement. et si entier couraige. de si merveilleuse deffence et si grant puissance que pour celle heure ilz misdrent tant de ces sarrazins a mort que la place en estoit toute encombree et estoyent tous empeschez d'aler oultre. entre lesquelz fist merveilles Guy de bourgoigne: car après qu'il fut armé par la conversacion de ses compaignons il fit grant portement en disant aux payens. O traistres mastins je vous monstreray ceste journee que je suis eschappé de voz mains. Et par ainsi combatans firent retourner les sarrazins ung grant trait d'arc. Cecy faisant d'aultre part plus de dix mille sarrazins estoient appareillés pour leur empescher le passage qu'ilz ne se peussent retraire. Pourquoy roland tenant durandal en sa main voyant cecy appella tous ses compaignons et leur dist. Seigneurs il ne nous est pas besoing de reculer. mais nous est necessité d'avancer pour nostre conservacion. se nous povons gaigner le pont nous ne doubtons riens. et bonnement nous pourrons saulver. Sire roland dist guy de bourgoigne vous sçavez que en la tour n'a riens a menger. et se nous estions dedens nous ne sçaurions que faire sinon bailler. et je vous jure sur ma vie que j'aymeroye mieulx que mon corps fust playé dangereusement en combatant sur ces payens que de mourir de fain leans et sans dangier. et s'il est le vouloir de dieu que nous devons mourir en cestuy jour tout soit fait a son plaisir et nous prendrons en gré comme bons et loyaulx chevaliers de dieu. Tous les aultres barons furent de son oppinion et vont avoir grant propos d'eulx porter vaillamment Eulx estans en ce propos de ce porter vaillamment comme dit est. Floripes fut la en une fenestre de la tour et veit Guy de bourgoigne son amy dont elle estoit moult joyeuse et luy cria a haulte voix qu'il luy pleust de la venir baiser en disant que se elle vivoit pour la promesse des barons que son pere l'admiral seroit une fois en son dangier. Pourquoy ogier le dannoys va dire. Seigneurs chevaliers avez vous ouy la pucelle comme elle parle noblement dont elle est bien digne que on face beaucoup pour elle. et sachez que se nous n'y retournons je ne seray pas a mon aise. Sans plus aultre langaige faire les françoys s'en vont contre les sarrazins hastivement desquelz rolant estoit tousjours le premier et faisoit grant bruyt et desconfite des payens qui le evitoyent et s'enfuyoyent devant luy comme l'oyseau devant l'esprevier. Guy de bourgoigne vint de course courir contre ung payen moult fier et orgueilleux qui se nommoit Rampier et l'attaignit si durement au hault de la teste qu'il fendit jusques au millieu du corps. pourquoy quant roland veit son grant portement il luy dist guy beau cousin j'ay bien veu comment vous avez menassé le payen. et avez fait par maniere que floripes vous doit bien aymer et tenir chier.

Le .xv. chapitre.

Après que guy de bourgoigne fut bien lié estroictement l'admiral fist venir brullant de mommiere. Et sortibrant et leur dist. je vous prie que me donnez conseil que je doy faire de cestuy prisonnier qui m'a fait telle vergoigne et mesprisance comme vous veez et savez. Sire dist sortibrant je vous conseilleray tresbien se vous me voulez croire. Vous ferez lever unes fourches près des fossez de la tour en laquelle sont les prisonniers de france et y ferez demain pendre par le col cestuy prisonnier. et faictes que vous ayez en lieu secret près des dictes fourches dix mille turcz bien armez et grant point. et je suis seur que ces françoys sont si hardis et desmesurez que quant ilz verront pendre leur compaignon qu'ilz viendront dehors pour le secourir. et voz gens qui seront mucez la au près viendront sur eulx pourquoy vous les aurez tous et bien seurement pour en faire du tout a vostre plaisir. Cestuy conseil fut approuvé par l'admiral estre bon et en fut bien content. pourquoy sans aultre deliberacion avoir les fourches furent faictes comme devant avoit esté dit. et bien près de celluy lieu avoit ung petit boys et fit secretement mettre en grant point vingt mille combatans et les commanda estre gouvernez par le roy clarion et les aultres capitaines et puis l'admiral fist mener guy a trente sarrazins contre les fourches. lesquelz ne cesserent point de fraper sur son corps de gros bastons qui du tout luy perçoient la chair et desrompoient les os bien amerement. vous povez pencer en quel estat estoit son corps quant on le desrompoit ainsi villainement quant il avoit les mains lyees derriere son dos moult estroictement quant il sentoit une grosse corde parmy son col quant il avoit les yeulx bendez et ne veoit riens ne ne sçavoit ou il alloit. Cecy pensant crya a haulte voix. O redempteur et mon dieu du quel je suis en peine et vois mourir maulvaisement pour le merite de ta sainte passion prens mon ame en ta garde car le corps prent sa fin. et ainsi que j'ay mestier de ton aide vueille moy conseiller et aider. O nobles barons de france me verrez vous jamais. ne me viendrez vous point secourir. se vous me laissez pendre ce vous sera grant vergoigne. O rolant beau cousin souviengne vous de moy ou jamais ne me verrez vif. Cecy disant piteusement Rolant estoit en une fenestre et regarda oultre une petite roche et veit les fourches levees pourquoy tout commeu il vint a ses compaignons et leur dist. Messeigneurs je me esmerveille bien que veulent dire les fourches que j'ay veues sur les fossez je ne sçay pas a quel propos ce a esté fait. Quant les aultres veirent le fait naymes leur dist que sans faultes elles estoient faictes pour pendre guy. Cecy disant ilz le vont veoir tout despoillé allant contre les fourches. et congneut bien que s'il n'avoit secours qu'il seroit pendu. Quant floripes ouyt pladoier ces barons: elle s'en vint a eulx pour sçavoir que c'estoit. et puis quant elle veit les fourches dressees et guy son amy et espoux advenir ainsi pour mener vitupereusement vous povez penser en quel estat elle estoit reduyte et commença a cryer. O nobles chevaliers laisserez vous pendre guy vostre compaignon devant vous et devant voz ieulx. ne vous fiez point que s'il meurt par celluy dieu qui m'a faicte et formee je me laisseray cheoir aval ces fenestres et mourray en desperation. et puis s'en vint devant rolant enclinee des deux genoulz. et luy va baiser les piedz bien humblement en disant. Sire rolant en l'onneur de dieu je te veulx prier qu'il te plaise de prendre peine pour devoir mon amy secourir aultrement je suys femme perdue. pensés de vous armer: et je vois faire aprester voz chevaulx. car le temps est tant brief que au plaisir de dieu soyez vous a temps et heure. Avant que floripes parlast guieres Rolant a ses compaignons se vont armer hastivement et seindre leurs espees et leurs escus et vont hors de la tour et monterent tous a cheval. puis saillirent dehors et devant qu'ilz se missent a chevaucher Rolant va dire. Seigneurs a ceste heure gist nostre mort ou nostre vie tellement que se nous n'avons bonne conduyte et loyalle. jamais nous ne retournerons. Nous ne sommes que dix et les payens sont de multitude innumerable et de grant force a merveilles. en l'onneur de dieu je vous prie et requiers que tousjours nous nous tenons ensemble et que l'ung soit garde de l'aultre et le plus que faire se pourra: car se nous sommes divisez nous serons prins et penduz et d'autre part que se l'ung de nous tombe a terre que des autres soit levé ne pour mort ne pour vie qu'il ne soit abandonné. ne ne faille l'ung a l'autre et je seray celluy qui vous meneray ensemble au plaisir de dieu. car je vous jure ma vie que tant que je pourray tenir en ma main durandal ne que j'auray sang en mon corps ne vie vous aurés en moy ung bon garent. et pareillement ont dit les autres Floripes dist mes seigneurs vous pourrez trop demourer et s'en va en sa chambre et ouvrit son coffret ou estoit la couronne de jhesucrist et moult reveramment la baiserent et la poserent sur leurs testes pourquoy de couraige ilz ne doubterent riens la puissance des payens et vont dehors. puis floripes et ses damoiselles vont relever le pont et fermer la tour. Les nobles pers de france s'en vont bellement en bonne ordonnance contre les fourches aval les prés. et les payens estoient dessoubz les fourches et montoyent guy de bourgoigne qui avoit les yeulx bendez et les poingz liez. et si avoit une grosse corde autour du col. Cecy voyant rolant hasta son cheval et les autres après. et commença a crier aux payens. Ha traistres mastins il ne sera pas comme vous pensez. vous avez commencé telle chose. dont vous vous verrez mal contens. De cestuy bruit qui fut fait impetueusement les plus hardis des trente qui tenoyent guy se mirent a fouyr. et furent si hastivement poursuyvis que les vingt furent occis. Sur cecy ceulx qui estoient aux boys vindrent dehors faisant grant bruit. et tout premier cornifer merveilleux payen sur ung moreau de grant façon et commença a crier. Ha françoys desmesurez venés vous secourir le pendu de l'admiral. vous avez fait folle entreprinse. car avec luy tous penduz vous serez. Quant rolant ouyt le payen il fut moult courroucé et tint durandal. et vint contre luy comme ung loup enragé. toutesfois le payen frappa sur son escu moult dangereusement. mais après qu'il se fut recouvré il attaignit le payen si puissamment qu'il luy fendit la teste jusques au corps bien avant. Après qu'il fut mort rolant s'en vint courir jusques aux fourches et puis desbenda et deslya guy de bourgoigne et luy dist qu'il se tint près de luy jusques il fust armé. et après que rolant eut occis ung autre payen. Guy estant en l'asseurance dudit rolant et des autres pers de france il s'arma incontinent des armes de celluy payen moyennant ses compaignons et monta sur son cheval. mais ce ne fut pas sans grant peine et merveilleuse deffence qu'ilz firent. car tous ses sarrazins qui estoient au boys vindrent sur les barons de france. avecques ce ilz leur firent beaucoup d'inconveniens Toutesfois a l'aide de dieu ilz furent de si trebon gouvernement. et si entier couraige. de si merveilleuse deffence et si grant puissance que pour celle heure ilz misdrent tant de ces sarrazins a mort que la place en estoit toute encombree et estoyent tous empeschez d'aler oultre. entre lesquelz fist merveilles Guy de bourgoigne: car après qu'il fut armé par la conversacion de ses compaignons il fit grant portement en disant aux payens. O traistres mastins je vous monstreray ceste journee que je suis eschappé de voz mains. Et par ainsi combatans firent retourner les sarrazins ung grant trait d'arc. Cecy faisant d'aultre part plus de dix mille sarrazins estoient appareillés pour leur empescher le passage qu'ilz ne se peussent retraire. Pourquoy roland tenant durandal en sa main voyant cecy appella tous ses compaignons et leur dist. Seigneurs il ne nous est pas besoing de reculer. mais nous est necessité d'avancer pour nostre conservacion. se nous povons gaigner le pont nous ne doubtons riens. et bonnement nous pourrons saulver. Sire roland dist guy de bourgoigne vous sçavez que en la tour n'a riens a menger. et se nous estions dedens nous ne sçaurions que faire sinon bailler. et je vous jure sur ma vie que j'aymeroye mieulx que mon corps fust playé dangereusement en combatant sur ces payens que de mourir de fain leans et sans dangier. et s'il est le vouloir de dieu que nous devons mourir en cestuy jour tout soit fait a son plaisir et nous prendrons en gré comme bons et loyaulx chevaliers de dieu. Tous les aultres barons furent de son oppinion et vont avoir grant propos d'eulx porter vaillamment Eulx estans en ce propos de ce porter vaillamment comme dit est. Floripes fut la en une fenestre de la tour et veit Guy de bourgoigne son amy dont elle estoit moult joyeuse et luy cria a haulte voix qu'il luy pleust de la venir baiser en disant que se elle vivoit pour la promesse des barons que son pere l'admiral seroit une fois en son dangier. Pourquoy ogier le dannoys va dire. Seigneurs chevaliers avez vous ouy la pucelle comme elle parle noblement dont elle est bien digne que on face beaucoup pour elle. et sachez que se nous n'y retournons je ne seray pas a mon aise. Sans plus aultre langaige faire les françoys s'en vont contre les sarrazins hastivement desquelz rolant estoit tousjours le premier et faisoit grant bruyt et desconfite des payens qui le evitoyent et s'enfuyoyent devant luy comme l'oyseau devant l'esprevier. Guy de bourgoigne vint de course courir contre ung payen moult fier et orgueilleux qui se nommoit Rampier et l'attaignit si durement au hault de la teste qu'il fendit jusques au millieu du corps. pourquoy quant roland veit son grant portement il luy dist guy beau cousin j'ay bien veu comment vous avez menassé le payen. et avez fait par maniere que floripes vous doit bien aymer et tenir chier.

Comment les pers de france devanditz furent despourveuz de vivres. et puis restaurez. et puis assiegez et combatus par les payens.Le .xvi. chapitre.Quant floripes la courtoise estant avec ses damoiselles en la tour veit les barons de france estre asseurez devant le chasteau elle leur cria haultement. Seigneurs je vous prie que vous aiez souvenance de recouvrer des vivres devant que vous entrez ceans affin que n'en ayons necessité mortelle Olivier et Roland entendirent bien la pucelle qui dirent qu'elle avoit bien parlé et assez a temps. Car se nous entrons au chasteau nous n'en pourrons pas partir a nostre aise. et sur ce tous ces barons d'ung couraige vont contre ces sarrazins et les desrompirent tellement qu'ilz vuiderent la place et les firent reculer moult loing Et ainsi qu'ilz retournoyent contre la tour une bonne adventure leur advint. car vingt sommiers vont passer par la lesquelz estoyent chargez de vin. de blé. de pain. de chair abondamment et tantost tous ceulz qui les menoyent furent occis et mis a mort. Puis s'efforcerent de les mener prestement et conduire tant qu'ilz furent en la tour. et en passant ilz vont trouver basin qui estoit mort comme j'ay dit dessus. et l'emporterent en la tour avec eux et furent leans a seureté. car incontinent leverent les pontz et fermerent les portes bien seurement. et eurent assés a manger pour deux moys ou plus. Vous povez penser se l'admiral estoit joyeulx quant il vit guy qui avoit esté en sa subjection. et estoit adonc avec ses compaignons. et aussi quant il sceut qu'ilz estoyent fournis de vivres tant abondamment Pourquoy tresmal content il va convoquer tout son conseil. et demanda brullant de mommiere Sortibrant de connimbres et de ses familiers et leur dist. Mes barons vous sçavez que ces françoys nous ont tresmal gouvernez. Ilz ont la tour garnie de blé. de vin et d'aultres viandes. et se d'aventure il vient a sçavoir a roy Charles nous serons empeschez. car il les viendra secourir. et ne luy pourrons faire resistance continuelle pour sa puissance qui est tant grande vous le sçavez. dont je suis en grant pensement et melancolie que nous pourrons faire A cecy Sortibrant respond et dist. Sire admiral je conseille que chascun soit armé et en grant point pour asseoir engins pour assaillir et rompre la tour. et puis qu'on face sonner et tromper mille corcz impetueusement. et quant les françois les ourront de paour ilz seront espoventez. pourquoy a noz volentez nous pourrons entrer dedans. Brullant de mommiere luy dist. Sortibrant mon amy vous parlés d'une grant folie. ne croyez point que les françoys qui sont leans soyent de si foible condicion que vous les espoventés a sonner cors. certes vous ne les aurez point pour menasser et vous diray la raison. La fleur des barons de france est leans les plus puissans et les plus nobles. Rolant y est qui est si puissant et si courageux que personne ne se ferme a luy qu'il ne mette a mort. Le conte Olivier sçavez riens de sa grant fierté qui conquist le roy fierabras le plus puissant de tous les payens. et je vous jure mahom qu'il est en leur compaignie. car je l'ay bien ouy dire. Après y est le conte de mondidier Gerard qui nous a fait grant dommaige. Aussi y est Tierry duc d'ardaine et ung viellart qui nous a occis et estranglé de noz gens plus de mille qui se nomme Naymes duc de baviere. Semblablement guy de bourgoigne qu'ilz nous ont osté quant on le menoit pendre. et d'aultres y sont que je n'ay pas nommez. Il n'en ya. que .xi. car l'ung a esté occis. et vous sçavez qu'ilz sont tous de grande resistance. Rolant le nepveu de charles a le corps si fier qu'il ne doubte homme vivant ne coup ne trait qu'on luy donne. et ne doubtés point que s'ilz estoient tous telz comme luy en ce chasteau. ilz nous mettroient hors de ce royaulme ou nous y feroient mourir. et je croy que leur dieu veille pour eulx. car moult il les a gardez. les nostres dieux sont malheureux. car long temps a qu'ilz ne nous ont riens aidé. De la parolle de brullant fut moult courroucé l'admiral et luy dist. Vous avez tresmal et follement parlé et cecy disant il frappa de son baston. mais le roy sortibrant le luy osta en disant. Sire admiral laissez vostre courroux et pensons d'assaillir ceste tour et faisons que ces françoys desloyaulx soyent vaincuz et decoupez. Et ainsi comme il fut dit l'admiral fit venir trompettes et clerons et autres engins a tromper et faire bruit tellement que tant de sarrazins furent la assemblez qu'ilz tenoient une lieue a la ronde. Après l'admiral fist venir ung ingenieux enchanteur qui s'appelloit Marbou qui fit deux engins a couvertes seures et gardoient que ceulx qui estoient dessoubz ne pouvoient estre gastez des françoys. Et moyennant ces engins ilz conqueterent les premieres gardes du chasteau. pourquoy les françoys furieux comme lions vindrent aux portes de la tour et les pucelles aussy toutes armees lesquelles avec les barons firent grant devoir car celluy qui estoit frappé par elles estoit bien terrible s'il ne cheoit mort par terre. car elles estoient en hault et gettoient grosses pierres dars de fer et autres engins mortelz desquelz ilz firent resistance continuelle

Le .xvi. chapitre.

Quant floripes la courtoise estant avec ses damoiselles en la tour veit les barons de france estre asseurez devant le chasteau elle leur cria haultement. Seigneurs je vous prie que vous aiez souvenance de recouvrer des vivres devant que vous entrez ceans affin que n'en ayons necessité mortelle Olivier et Roland entendirent bien la pucelle qui dirent qu'elle avoit bien parlé et assez a temps. Car se nous entrons au chasteau nous n'en pourrons pas partir a nostre aise. et sur ce tous ces barons d'ung couraige vont contre ces sarrazins et les desrompirent tellement qu'ilz vuiderent la place et les firent reculer moult loing Et ainsi qu'ilz retournoyent contre la tour une bonne adventure leur advint. car vingt sommiers vont passer par la lesquelz estoyent chargez de vin. de blé. de pain. de chair abondamment et tantost tous ceulz qui les menoyent furent occis et mis a mort. Puis s'efforcerent de les mener prestement et conduire tant qu'ilz furent en la tour. et en passant ilz vont trouver basin qui estoit mort comme j'ay dit dessus. et l'emporterent en la tour avec eux et furent leans a seureté. car incontinent leverent les pontz et fermerent les portes bien seurement. et eurent assés a manger pour deux moys ou plus. Vous povez penser se l'admiral estoit joyeulx quant il vit guy qui avoit esté en sa subjection. et estoit adonc avec ses compaignons. et aussi quant il sceut qu'ilz estoyent fournis de vivres tant abondamment Pourquoy tresmal content il va convoquer tout son conseil. et demanda brullant de mommiere Sortibrant de connimbres et de ses familiers et leur dist. Mes barons vous sçavez que ces françoys nous ont tresmal gouvernez. Ilz ont la tour garnie de blé. de vin et d'aultres viandes. et se d'aventure il vient a sçavoir a roy Charles nous serons empeschez. car il les viendra secourir. et ne luy pourrons faire resistance continuelle pour sa puissance qui est tant grande vous le sçavez. dont je suis en grant pensement et melancolie que nous pourrons faire A cecy Sortibrant respond et dist. Sire admiral je conseille que chascun soit armé et en grant point pour asseoir engins pour assaillir et rompre la tour. et puis qu'on face sonner et tromper mille corcz impetueusement. et quant les françois les ourront de paour ilz seront espoventez. pourquoy a noz volentez nous pourrons entrer dedans. Brullant de mommiere luy dist. Sortibrant mon amy vous parlés d'une grant folie. ne croyez point que les françoys qui sont leans soyent de si foible condicion que vous les espoventés a sonner cors. certes vous ne les aurez point pour menasser et vous diray la raison. La fleur des barons de france est leans les plus puissans et les plus nobles. Rolant y est qui est si puissant et si courageux que personne ne se ferme a luy qu'il ne mette a mort. Le conte Olivier sçavez riens de sa grant fierté qui conquist le roy fierabras le plus puissant de tous les payens. et je vous jure mahom qu'il est en leur compaignie. car je l'ay bien ouy dire. Après y est le conte de mondidier Gerard qui nous a fait grant dommaige. Aussi y est Tierry duc d'ardaine et ung viellart qui nous a occis et estranglé de noz gens plus de mille qui se nomme Naymes duc de baviere. Semblablement guy de bourgoigne qu'ilz nous ont osté quant on le menoit pendre. et d'aultres y sont que je n'ay pas nommez. Il n'en ya. que .xi. car l'ung a esté occis. et vous sçavez qu'ilz sont tous de grande resistance. Rolant le nepveu de charles a le corps si fier qu'il ne doubte homme vivant ne coup ne trait qu'on luy donne. et ne doubtés point que s'ilz estoient tous telz comme luy en ce chasteau. ilz nous mettroient hors de ce royaulme ou nous y feroient mourir. et je croy que leur dieu veille pour eulx. car moult il les a gardez. les nostres dieux sont malheureux. car long temps a qu'ilz ne nous ont riens aidé. De la parolle de brullant fut moult courroucé l'admiral et luy dist. Vous avez tresmal et follement parlé et cecy disant il frappa de son baston. mais le roy sortibrant le luy osta en disant. Sire admiral laissez vostre courroux et pensons d'assaillir ceste tour et faisons que ces françoys desloyaulx soyent vaincuz et decoupez. Et ainsi comme il fut dit l'admiral fit venir trompettes et clerons et autres engins a tromper et faire bruit tellement que tant de sarrazins furent la assemblez qu'ilz tenoient une lieue a la ronde. Après l'admiral fist venir ung ingenieux enchanteur qui s'appelloit Marbou qui fit deux engins a couvertes seures et gardoient que ceulx qui estoient dessoubz ne pouvoient estre gastez des françoys. Et moyennant ces engins ilz conqueterent les premieres gardes du chasteau. pourquoy les françoys furieux comme lions vindrent aux portes de la tour et les pucelles aussy toutes armees lesquelles avec les barons firent grant devoir car celluy qui estoit frappé par elles estoit bien terrible s'il ne cheoit mort par terre. car elles estoient en hault et gettoient grosses pierres dars de fer et autres engins mortelz desquelz ilz firent resistance continuelle


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