The Project Gutenberg eBook ofGaston Darboux: Biographie, Bibliographie analytique des écrits

The Project Gutenberg eBook ofGaston Darboux: Biographie, Bibliographie analytique des écritsThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Gaston Darboux: Biographie, Bibliographie analytique des écritsAuthor: Ernest LebonRelease date: March 11, 2013 [eBook #42310]Most recently updated: October 23, 2024Language: FrenchCredits: Produced by Laura Wisewell, Hans Pieterse and the OnlineDistributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (Theoriginal copy of this book was generously made availablefor scanning by the Department of Mathematics at theUniversity of Glasgow.)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK GASTON DARBOUX: BIOGRAPHIE, BIBLIOGRAPHIE ANALYTIQUE DES ÉCRITS ***

This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.

Title: Gaston Darboux: Biographie, Bibliographie analytique des écritsAuthor: Ernest LebonRelease date: March 11, 2013 [eBook #42310]Most recently updated: October 23, 2024Language: FrenchCredits: Produced by Laura Wisewell, Hans Pieterse and the OnlineDistributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (Theoriginal copy of this book was generously made availablefor scanning by the Department of Mathematics at theUniversity of Glasgow.)

Title: Gaston Darboux: Biographie, Bibliographie analytique des écrits

Author: Ernest Lebon

Author: Ernest Lebon

Release date: March 11, 2013 [eBook #42310]Most recently updated: October 23, 2024

Language: French

Credits: Produced by Laura Wisewell, Hans Pieterse and the OnlineDistributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (Theoriginal copy of this book was generously made availablefor scanning by the Department of Mathematics at theUniversity of Glasgow.)

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Note de transcription:L'orthographe originale a été conservée et n'a pas été harmonisée. Seules quelques erreurs typographiques évidentes ont été corrigées.

Note de transcription:

L'orthographe originale a été conservée et n'a pas été harmonisée. Seules quelques erreurs typographiques évidentes ont été corrigées.

GASTON DARBOUX

PRINCIPAUX OUVRAGES DE M. ERNEST LEBON.

Chez M. Gauthier-Villars, Quai des Grands-Augustins, 55, Paris.

Histoire abrégée de l'Astronomie.Petit in-8, en caractères elzévirs, titre en deux couleurs, avec 16 portraits et 1 Carte du Ciel; 1899 (Ouvrage couronné par l'Académie Française).

8 fr.

Théorie et Application des Sections homothétiques de deux quadriques.Grand in-8, avec 9 figures; 1884.

2 fr.

Savants du Jour:Biographie, Bibliographie analytique des Écrits.Grand in-8 (28-18), papier de Hollande, avec un portrait en héliogravure (Collection honorée d'une Souscription de l'Académie des Sciences):

Henri Poincaré, 1 vol. deVIII-80 p., 1erJuillet 1909.

7 fr.

Chez MM. Delalain Frères, Boulevard Saint-Germain, 115, Paris.

Traité de Géométrie Descriptive(comprenant laGéométrie Cotée). 2 vol. grand in-8.

IerVolume.Classe de Mathématiques, 286 épures dans le texte; 3eéd., 1901.

5 fr.

IIeVolume.Classe de Mathématiques spéciales, 199 épures dans le texte, 1 Atlas in-8 de 14 planches in-4 gravées; 1882.

12 fr.

Table de Caractéristiques relatives à la base 2310 des Facteurs Premiers d'un nombre inférieur à 30030.Gr. in-8, 12 pages de texte, 20 Tableaux; 1906 (Ouvrage honoré d'une Subvention de l'Association Française pour l'Avancement des Sciences).

1 fr. 50.

Portrait de M. G. DarbouxPhot. Valéry.

Phot. Valéry.

SAVANTS DU JOUR

BIOGRAPHIE,BIBLIOGRAPHIE ANALYTIQUE DES ÉCRITS,

PAR

Ernest LEBON,

Agrégé de l'Université,Lauréat de l'Académie Française,Correspondant de l'Académie royale des Sciences de Lisbonneet de la Société royale des Sciences de Liége,Membre honoraire de l'Académie de Metz.

Logo de l'éditeur: 'ΑΕΙ Ο ΘΕΟΣ ΓΕΩΜΕΤΡΕΙ'

PARIS,

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE,Quai des Grands-Augustins, 55.

10Janvier1910.

(Tous droits réservés.)

SECTION I.—BIOGRAPHIE.

SECTION II.—ANALYSE MATHÉMATIQUE.

SECTION III.—GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE.

SECTION IV.—MÉCANIQUE ANALYTIQUE. MÉCANIQUE CÉLESTE ET PHYSIQUE MATHÉMATIQUE.

SECTION V.—MATHÉMATIQUES SUPÉRIEURES.

SECTION VI.—HISTOIRE DES SCIENCES.

SECTION VII.—PUBLICATIONS DIVERSES.

ABRÉVIATIONS.A A I AArchives de l'Association Internationale des Académies.Paris, G.-V., in-4.A MActa Mathematica.Journal fondé et rédigé parG. Mittag-Leffler. Berlin, Stockholm; Paris, Hn., in-4.A M P GArchiv der Mathematik und Physik, Geg. 1841 durchJ. A. Grunert, Her. vonE. Lampe,... Leipzig, B. G. T., gr. in-8.A S A P PAnnaes scientificos de Academia polytechnica do Porto, publicados sob a direcção deF. Gomes Teixeira.Coïmbre, gr. in-8.A N S E NArchives Néerlandaises des Sciences exactes et naturelles, La Haye,M. Nijhoff, gr. in-8.A S E NAnnales scientifiques de l'École Normale supérieure.Paris, G.-V., in-4.B ABulletin astronomique publié par l'Observatoire de Paris.Président de la Commission de rédaction:H. Poincaré. Paris, G.-V., gr. in-8.B A M SBulletin of the American mathematical Society.Lancaster, PA., and New York, theMacmillanSociety, 2ds., in-8.B D BBörsenblatt für den Deutschen Buchhandel.Redakteur:Max Evers. Leipzig, in-4.B M I PBulletin administratif du Ministère de l'Instruction publique.Paris, I. N., in-8.B S MBulletin des Sciences mathématiques, fondé en 1870 parGaston Darboux, publié parGaston Darboux,Émile PicardetJules Tannery. De 1870 à la fin de 1884, le titre futBulletin des Sciences mathématiques et astronomiques. Paris, G.-V., gr. in-8.B S M FBulletin de la Société mathématique de France.Paris, G. V., gr. in-8.B S PBulletin de la Société philomathique de Paris.Paris, S., de 1864 à 1888, in-8; ensuite gr. in-8.C E St LCongress of Arts and Science, Universal Exposition, Saint Louis, 1904.Boston and New York,Houghton, v. I, 1905, large 8vo.C M CIn MemoriamDominici CheliniCollectanea mathematica, nunc primum edita cura e studioL. CremonaetE. Beltrami. Neapoli, Pisis, sumptibusUlrici Hoepli, 1881, gr. in-8.C M DCours de MécaniqueparM. Despeyrous. Paris, Hn., t. I, 1884; t. II, 1886, gr. in-8.C M FČasopis pro pěstování matematiky a fysiky, redigu jíK. Petr,Boh.Kučera. Praze,B. Stýbla, gr. in-8.C RComptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences.Paris, G.-V., in-4.E C CAffaireDreyfus. La Revision du Procès de Rennes. Enquête de la Chambre criminelle de la Cour de Cassation, 5 mars-19 novembre 1904. Paris. Ligue des Droits de l'Homme, 1908, 1909, gr. in-8.IL'Institut.Journal universel des Sciences et des Sociétés savantes en France et à l'Étranger. Première section jusqu'à la fin de 1872. Nouvelle série à partir de 1873. Paris, in-4.I FInstitut de France.Paris, F.-D., in-4.I ML'Intermédiaire des Mathématiciensfondé en 1894 parC.-A. LaisantetÉmile Lemoine. Paris, G.-V., in-8.J F MJahrbuch über die Fortschritte der Mathematik.Beg. vonCarl Ohrtmann. Her. vonEmil Lampe. Berlin,Georg Reimer, gr. in-8.J LJournal de Mathématiques pures et appliquéesfondé parJ. Liouville, rédigé parCamille Jordan. Paris, G.-V., in-4.J SJournal des Savants.Paris, H., in-4.J S TJornal de Sciencias mathematicas e astronomicaspublicado pelo DrGomes Teixeira. Coïmbre, gr. in-8.L C DLiterarisches Centralblatt für Deutschland.Beg. vonFredrich Barncke. Her. vonEdward Barncke. Leipzig,E. Avenarius, in-4.L C KLeçons de Cinématiqueprofessées à la Sorbonne parGabriel Kœnigs. Paris, Hn., 1897, gr. in-8.L T S DLeçons sur la Théorie générale des surfaces et les Applications géométriques du Calcul infinitésimal, professées à la Sorbonne parGaston Darboux. Paris, G.-V., 1887-1896, 4 v. gr. in-8.M AMathematische Annalen, Beg. 1868 durchAlfred ClebschundCarl Neumann. Her. vonFelix Klein,... Leipzig, B. G. T., gr. in-8.M A SMémoires de l'Académie des Sciences de l'Institut de France.Paris, G.-V., in-4.M G GThe mathematical Gazetteedited byW.-J. Greenstreet. London,George Bell, in-8.M G M NMitteilungen zur Geschichte der Medizin und der Naturwissenschaften.Her. vonS. GüntherundK. Sudhoff. Hamburg, Voss, in-4.M M PMonatshefte für Mathematik und Physik.Her. vonG. v. Escherich,F. MertensundW. Wirtinger. Wien,J. Eisenstein, gr. in-8.MsMathesis.Recueil mathématique publié parP. MansionetJ. Neuberg. Gand,Ad. Hoste; Paris., G.-V., gr. in-8.M S A SMémoires présentés par divers Savants à l'Académie des Sciences de l'Institut de France.Paris, I. N., in-4.M S S BMémoires de la Société des Sciences physiques et naturelles de Bordeaux.Paris, G.-V.; Bordeaux, gr. in-8.NNature.London and New York, in-4.N A MNouvelles Annales de Mathématiques, fondées en 1842 parGéronoetTerquem, dirigées parC.-A. Laisant,C. BourletetR. Bricard. Paris, G.-V., in-8.N A WNieuw Archief voor Wiskundeonder redactie vanJ. C. Kluyver,D. J. KortewegenP. H. Schoute. Amsterdam,DelsmanenNolthenius, gr. in-8.N T MNyt Tidsskrift for Matematik, Redigeret ofC. JuelogV. Trier. Kobenhavn,Jul. Gjellerup, in-8.P L M SProceedings of the London Mathematical Society.London,F. Hodgson, in-8 jusqu'en 1903, gr. in-8 à partir de 1904.P M LPeriodico di Matematica per l'Insegnamento secondario, diretto dal Prof.Giulio Lazzeri. Livorno,R. Giusti, gr. in-8.R I ERevue internationale de l'Enseignementpubliée par la Société de l'Enseignement supérieur. Rédacteur en chef:François Picavet. Paris, 20, rue Soufflot, gr. in-8.R MLa Revue du Mois.Directeur:Émile Borel. Paris,H. Le Soudier, gr. in-8.R M MRevue de Métaphysique et de Morale: Secrétaire de la rédaction: M.Xavier Léon. Paris, A. C., gr. in-8.R ORevue générale des Sciences pures et appliquées.Directeur:Louis Olivier. Paris, in-4.R P A BRapport sur les Progrès les plus récents de l'Analyse mathématiqueparJ. Bertrand. Paris, Impr. Impér., 1867, gr. in-8.R P G CRapport sur les Progrès de la GéométrieparM. Chasles. Paris, I. N., 1870, gr. in-8.R RRevue scientifique. Revue rose.Directeur de la rédaction:Ch. Moureu. Paris, 41bis, rue de Châteaudun, in-4.S S A SSociété de secours des Amis des Sciences. Compte rendu des Exercices.Paris, G.-V., in-16 jésus.U P RAcadémie de Paris. Conseil général des Facultés ou Conseil de l'Université de Paris, à partir de 1895-1896.Rapports sur les travaux et les actes des Établissements d'Enseignement supérieur pendant l'année scolaire...Paris, gr. in-8.Z M PZeitschrift für Mathematik und Physik.Her. vonO. SchlömilchundM. Cantor. Leipzig, B. G. T., gr. in-8.aa.aargang.Afd.Afdeling.Abt.Abteilung.Bd.Band.Beg.Begründet.d. R.dritte Reihe.f.fascicule.Geg.Gegründet.Ht.Heft.Her.Herausgegeben.J.Jahrgang.Lit.Literaturberichte.n.note.n. s.nouvelle série,new series.R.Ročnick.S.Seite.s.série,series.A. C.Armand Colin.A. M.A. Marty.B. G. T.B. G. Teubner.D.Delagrave.F.-D.Firmin-Didot.G.-V.Gauthier-Villars.H.Hachette et Cie.H. L.H. Laurens.Hn.A. Hermann; Hermann et Fils.I. N.Imprimerie nationale.S.A la Sorbonne.

GASTON DARBOUX

GASTON DARBOUX

SECTION I.BIOGRAPHIE.NOTICE SUR M. GASTON DARBOUX.M.Jean-GastonDarboux, aîné des deux fils d'un commerçant en mercerie, naquit à Nîmes le 13 août 1842, dans une maison qui avait été autrefois une chapelle de la cathédrale. Son père, de santé délicate, mourut en 1849. C'était un homme instruit. Il laissait quelques livres qui firent les délices de l'enfance et de la jeunesse de son fils aîné. Sa mère prit avec courage la suite des affaires. Elle plaça ses deux enfants dans une institution voisine de sa demeure, puis, en 1853, au lycée de Nîmes. A cette époque le régime scolaire était plus sévère qu'aujourd'hui: les deux frères, demi-pensionnaires, entraient au lycée dès 6hdu matin et n'en sortaient qu'à 8hdu soir. MmeDarboux, douée d'une intelligence peu commune, voyant que ses fils avaient d'heureuses dispositions pour les travaux intellectuels, mit leur avenir au-dessus de tout: au lieu de les associer à son commerce, elle leur permit de continuer leurs études quand ils eurent pris le baccalauréat ès sciences.

M.Jean-GastonDarboux, aîné des deux fils d'un commerçant en mercerie, naquit à Nîmes le 13 août 1842, dans une maison qui avait été autrefois une chapelle de la cathédrale. Son père, de santé délicate, mourut en 1849. C'était un homme instruit. Il laissait quelques livres qui firent les délices de l'enfance et de la jeunesse de son fils aîné. Sa mère prit avec courage la suite des affaires. Elle plaça ses deux enfants dans une institution voisine de sa demeure, puis, en 1853, au lycée de Nîmes. A cette époque le régime scolaire était plus sévère qu'aujourd'hui: les deux frères, demi-pensionnaires, entraient au lycée dès 6hdu matin et n'en sortaient qu'à 8hdu soir. MmeDarboux, douée d'une intelligence peu commune, voyant que ses fils avaient d'heureuses dispositions pour les travaux intellectuels, mit leur avenir au-dessus de tout: au lieu de les associer à son commerce, elle leur permit de continuer leurs études quand ils eurent pris le baccalauréat ès sciences.

En octobre 1859, M.Darbouxentra dans la classe de Mathématiques spéciales du lycée de Montpellier. Le professeur, Charles Berger, exposait clairement les matières de son cours, s'occupait de ses élèves pendant les veillées, conduisait les meilleurs d'entre eux à la bibliothèque où il leur faisait lire des Ouvrages de hautes Mathématiques. Après une seule année de travail, M.Darbouxse présenta, surtout pour faire plaisir à son professeur, aux examens du concours d'admission à l'École Polytechnique;déclaré admissible, il ne voulut pas subir l'examen du second degré, car il avait déjà le désir d'entrer dans l'enseignement. Il suivit de nouveau le cours de Charles Berger et eut le rare bonheur, en octobre 1861, d'être admis premier à la fois à l'École Polytechnique et à l'École Normale supérieure dans la section des Sciences. Fidèle à son idée de devenir professeur, M.Darbouxchoisit l'École Normale.

Cette résolution, qui lui avait été inspirée par son goût pour l'enseignement, eut alors un grand retentissement dont J.-J. Weiss s'est fait l'écho dans leJournal des Débats[1]. Auparavant l'immense majorité des élèves qui étaient à la fois reçus aux deux Écoles, dans un bon rang, entraient à l'École Polytechnique. M.Darbouxa donné un exemple qui a été suivi immédiatement; il a été le premier d'une série qui contient des noms tels que ceux de Didon, de Paul Appell, d'Émile Picard et de bien d'autres qui, comme lui, ont opté pour l'École Normale. Sa mère vint elle-même le présenter à Pasteur, directeur des études scientifiques. Comme il est naturel, celui-ci approuva tout à fait la résolution prise par elle et par son fils. Bientôt après, en parlant de ce choix, Désiré Nisard, directeur de l'École, écrivait, dans une Lettre[2]adressée au ministre de l'Instruction publique, cette phrase que MmeDarboux aimait à répéter à son fils: «C'est, dans nos annales domestiques, le premier exemple d'une conquête de ce genre.»

M.Darbouxeut en outre la satisfaction d'être autorisé par le ministre à suivre, en dehors de l'École Normale, les cours qui lui plairaient. Il profita de cette faveur pour assister aux leçons que Joseph Bertrand, son maître de conférences à l'École, professait au Collège de France sur la Physique Mathématique. Ce fut l'origine de l'amitié de ce géomètre pour M.Darboux, qui, plus tard, conquit aussi l'estime et la bienveillance d'autres savants, notamment de Bouquet, de Briot, de Chasles et de Serret.

Pendant ses trois années de séjour à l'École Normale, M.Darbouxse livra, dans ses loisirs, à l'étude approfondie des belles questions géométriques qu'avaient résolues Monge, Gauss, Poncelet, Dupin, Lamé, Jacobi; il fit même, sur la théorie des surfaces orthogonales, un travail que Serret présenta à l'Académie des Sciences le 1eraoût 1864 et dont le résumé fut inséré auxComptes rendus. Bientôt après, le 20 septembre 1864, M.Darbouxétait reçu premier au concours d'agrégation des Sciences mathématiques. Pour lui, Pasteur fit alors créer une place de préparateur agrégé de Mathématiques à l'École Normale, car il voulait lui permettre de poursuivre des recherches si bien commencées. M.Darbouxeut ainsi le temps de composer,sur les surfaces orthogonales, une thèse où il donnait beaucoup de résultats nouveaux et qu'il soutint brillamment en Sorbonne le 14 juillet 1866. Ses juges, Chasles, Serret, Bouquet, le félicitèrent hautement en le déclarant docteur ès sciences mathématiques.

En 1866-1867, M.Darbouxfut pris par Joseph Bertrand comme remplaçant pour son cours de Physique mathématique au Collège de France, et, en octobre 1867, Bouquet le fit nommer son suppléant dans la chaire de Mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand. Du 10 septembre 1868 au 26 septembre 1872, M.Darbouxfut titulaire de cette chaire. Bien que cette période ait été la plus chargée de sa vie professorale, c'est l'une de celles où il fit, en Analyse et en Géométrie, un grand nombre d'importantes recherches dont les résultats attirèrent l'attention des savants français et étrangers. Parmi les publications de cette période, il faut en citer deux, parues en 1870: d'abord des NotesSur les équations aux dérivées partielles du second ordre, qui ont ouvert une voie nouvelle dans cette difficile théorie et dont la plus complète a été reproduite par M. Paul Mansion dans un Ouvrage publié en 1892; ensuite un long MémoireSur une classe remarquable de courbes et de surfaces algébriques et sur la théorie des imaginaires, qui contient soit le développement, soit le germe de plusieurs méthodes intéressantes.

Le 1eroctobre 1872, M.Darbouxquitta définitivement l'enseignement secondaire pour remplir les fonctions de maître de conférences de Mathématiques à l'École Normale supérieure. Dès lors il se consacra, avec un zèle soutenu, à la tâche si belle qui lui était confiée. Bersot, directeur de l'École, appréciant ses efforts, lui témoignait son estime et sa confiance en le consultant volontiers sur les questions relatives à la Section des Sciences. Les résultats de ce zèle et de ces efforts ont été ainsi appréciés, en 1895[3], par M. Jules Tannery: «Je ne veux pas parler de ceux qui sont trop près de nous. Comment ne pas rappeler pourtant que la Section mathématique de l'École a brillé d'un éclat incomparable pendant que M.Darbouxla dirigeait.»

Le 24 janvier 1873, M.Darbouxfut désigné pour suppléer Liouville dans sa chaire de Mécanique rationnelle à la Sorbonne. Mais à ses débuts il se trouvait en présence de cinq ou six auditeurs seulement: les élèves de l'École Normale avaient déserté le cours que Liouville, âgé et malade, ne faisait que très irrégulièrement, et auquel Briot suppléait dans ses conférences à l'École. Dès l'année suivante, ces derniers reprirent le chemin de la Sorbonne, et M.Darbouxeut la satisfaction d'avoir des auditeurs aptes à suivre un enseignement qu'il avait dû établir sur des bases nouvelles. Parmi eux, il convient de citer MM. Paul Appell et Émile Picard, aujourd'hui ses collègues à l'Institut. On retrouve dans ses Mémoires et dans les Notes qu'il a insérées à la fin duCours de Mécaniquede Despeyrous quelques-uns des points nouveaux qu'il a développés en Sorbonne de 1873 à 1878.

La chaire de Géométrie supérieure à la Faculté des Sciences de Parisavait été créée en 1846 pour que Chasles y développât les résultats de ses nombreuses recherches ainsi que les théories de ses devanciers. Mais plusieurs des questions que traitait ce géomètre ne tardèrent pas à être enseignées dans les lycées. Aussi M.Darboux, succédant, le 28 décembre 1880, à Chasles, dont il avait été le suppléant pendant 2 ans, dût-il donner au cours une physionomie tout autre. Par ses remarquables travaux analytiques et géométriques, il s'était merveilleusement préparé à inaugurer une ère nouvelle dans l'enseignement de la Géométrie supérieure à la Sorbonne: c'est pourquoi, depuis une trentaine d'années, cet enseignement s'est tellement modifié que la chaire occupée par M.Darbouxparaîtrait mieux dénommée si elle s'appelait chaire deGéométrie infinitésimale.

M.Darbouxpossède les qualités d'organisateur à un degré aussi élevé que celles de professeur. Il l'a révélé dans les hautes et délicates fonctions de doyen de la Faculté des Sciences de Paris, auxquelles il fut nommé, sur la proposition de ses collègues, par le ministre de l'Instruction publique, le 12 novembre 1889. Mais, désireux de prendre un repos qu'il avait bien mérité, M.Darbouxdemanda à être relevé de ses fonctions avant l'expiration de son cinquième mandat: il fut nommé doyen honoraire le 4 mars 1903. Le vif regret causé par cette démission fut exprimé, dans les Rapports relatifs à l'Enseignement supérieur pendant l'année scolaire 1902-1903, par M. L. Liard, vice-recteur de l'Académie de Paris, président du Conseil de l'Université de Paris, et par M. P. Appell, successeur de M.Darbouxau décanat.

Au nom de M. L. Liard, le rapporteur, M. Ch. Lyon-Caen, a écrit: «M.Darbouxa, avec un zèle infatigable et l'intelligence la plus éclairée, contribué au développement considérable qu'a reçu dans les dernières années la Faculté des Sciences, et à l'organisation de l'Université de Paris reconstituée. Son nom aura une place d'honneur dans l'histoire de la Faculté des Sciences et dans celle de l'Université.»

Et M. P. Appell, plus explicite, a parlé en ces termes: «La Faculté adresse à M.Darbouxtous ses remercîments pour l'activité incessante, pour l'intelligence vive et pratique, avec laquelle il a toujours défendu ses intérêts, étendu son enseignement et accru son influence; la comparaison de l'affiche des cours de 1888 et du budget de cette époque avec le tableau de l'enseignement et du budget actuels montrent combien l'administration de M.Darbouxa été féconde. Jamais, d'ailleurs, aucun de nos doyens ne s'était trouvé en présence d'une œuvre aussi considérable à accomplir tant dans le domaine matériel que dans le domaine de l'enseignement: reconstruction de la Sorbonne; constructions, agrandissements et créations de laboratoires; organisation du P. C. N.; créations de chaires et de maîtrises de conférences nouvelles.»

M.Darbouxeut encore l'occasion de s'occuper d'affaires administratives comme membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique, dont il fit presque toujours partie depuis 1888. Le 4 juillet 1908, il fut nommé vice-président de ce Conseil et bientôt après membre de sa Commission permanente. Grâce au renom qu'il s'est acquis comme savant et administrateur, il est devenu membre ou président d'un grand nombre de Commissions universitaires, de divers Bureaux scientifiques de l'État, de Conseils d'Observatoires nationaux, d'institutions officielles ou privées.

Après avoir eu la vive satisfaction de voir ses recherches favorablement appréciées par les savants, M.Darbouxeut la joie d'être élu, le 3 mars 1884, membre de l'Académie des Sciences, dans la Section de Géométrie. On peut se rendre compte de l'importance et de la variété des travaux qui lui ont valu cet honneur si recherché en parcourant le Rapport que M. Camille Jordan lut en public peu de temps après. Plus tard, le 21 mai 1900, en élevant M.Darbouxaux fonctions de Secrétaire perpétuel pour les Sciences mathématiques, ses collègues de l'Académie lui accordaient la plus haute des marques d'estime et de confiance dont ils puissent disposer. A cette nouvelle satisfaction éprouvée par M.Darbouxse joignirent de profonds regrets qu'il a exprimés publiquement en de nobles termes, le 16 décembre 1901, dans un Éloge historique dont voici le début: «Appelé pour la première fois à prendre la parole dans cette enceinte, je crois remplir un devoir en vous présentant d'abord l'éloge d'un homme que j'ai beaucoup aimé et profondément admiré, mon illustre maître Joseph Bertrand.» En choisissant M.Darbouxcomme Secrétaire perpétuel, l'Académie des Sciences a été bien inspirée. Ce savant marche sur les traces de son spirituel devancier: comme lui, dans des Éloges et Notices historiques, il expose en un style élevé la vie et l'œuvre d'Académiciens décédés; comme lui, en présentant les pièces de la correspondance, il donne d'intéressantes explications que les Membres de l'Académie et le public écoutent toujours avec le plus vif plaisir.

Outre qu'il fait partie de l'Institut de France, M.Darbouxest membre à divers titres de 21 Académies royales ou impériales, docteurhonoris causâdes Universités de Cambridge, Christiania et Heidelberg, membre honoraire de l'Université de Kasan et de 11 Sociétés scientifiques étrangères.

Le présent Opuscule contient la liste, le plus souvent avec des analyses, de toutes les publications mathématiques de M.Darboux; il suffit donc, dans cette Notice, d'indiquer les principaux caractères des recherches de ce géomètre. M.Darbouxa généralisé des questions dont des cas particuliers avaient seuls été abordés. Il a su établir des rapprochements entre des théories dont on n'avait pas encore aperçu les points communs. Il afait faire de sensibles progrès à la solution de problèmes qui se rencontrent en Analyse et en Physique mathématique. Dans un important Ouvrage sur la Géométrie infinitésimale, dont les quatre Volumes ont été publiés de 1887 à 1896, il a exposé non seulement les travaux de ses devanciers, mais encore ses recherches personnelles qui auraient pu donner naissance à un grand nombre de Mémoires originaux. A côté d'une exposition très complète des travaux des anciens géomètres sur les surfaces minima, il faut remarquer des théories entièrement nouvelles: celles, par exemple, de l'équation de Laplace, de la déformation infiniment petite et des 12 surfaces, des systèmes conjugués, des mouvements relatifs; une exposition originale des principes de la Dynamique, une solution aussi complète qu'il est possible de la donner actuellement du problème de la représentation sphérique, etc. Il a aussi semé dans son travail un grand nombre de remarques qui paraissent contenir le germe de futures découvertes. Enfin, il ne néglige jamais de présenter les considérations géométriques auxquelles conduit l'Analyse, ni celles qui permettent d'écrire avec le plus de simplicité les équations qu'exige la solution algébrique d'un problème. Avec le même soin et la même compétence, M.Darbouxa commencé en 1898,Sur les systèmes orthogonaux et les coordonnées curvilignes, la publication d'un Ouvrage qui complète le précédent et dont on souhaite vivement voir apparaître la suite. Il serait superflu de rappeler que les deux théories précédentes ont toujours fait l'objet de ses recherches favorites.

L'ensemble de ces deux Ouvrages constitue une histoire documentée de la Géométrie infinitésimale pendant leXIXesiècle. M.Darbouxa tracé les grandes lignes de cette histoire dans la Conférence qu'il a faite au Congrès des mathématiciens tenu à Rome en avril 1908. Quelques années avant, au Congrès d'Arts et de Science tenu à Saint-Louis en septembre 1904, il avait lu une étude approfondie sur le développement de toute la Géométrie moderne. De plus, il a fourni de précieux matériaux à l'histoire des Sciences en analysant un grand nombre d'Ouvrages variés, en composant quelques Éloges et Notices historiques et plusieurs Discours qu'il a lus dans de solennelles cérémonies où il représentait l'Institut, le Gouvernement ou l'Université de Paris. Tous ces écrits donnent à M.Darbouxune place importante dans le monde des lettres.

De taille élevée, d'aspect sévère et froid, M.Darbouxintimide ceux qui l'abordent pour la première fois. Heureusement cette impression s'efface vite après quelques minutes d'entretien. On reconnaît alors qu'il est bienveillant et que sous une écorce rude il cache un cœur généreux. Il a plusieurs fois donné des preuves de ces deux qualités, notamment depuis une dizaine d'années comme président de la Société de secours des Amis des Sciences. Sa conversation, qui roule sur les sujets les plus divers, est à lafois instructive et attrayante. Il reconnaît que ses professeurs de Mathématiques ont découvert, éveillé et entretenu son goût pour la Géométrie et il répète leurs noms avec émotion et plaisir. Il s'efforce de juger sans parti pris et avec équité les questions qui lui sont soumises. Lorsqu'il préside une commission, il a une confiance absolue en ses collègues et il les défend s'ils sont attaqués. A quelqu'un qui lui avait écrit qu'on avait cherché à surprendre la bonne foi du président, il répondit: «Soyez persuadé, Monsieur, qu'aucun des membres de la commission n'est capable de chercher à abuser de la confiance de ses collègues». Dans toutes les circonstances de la vie, M.Darbouxprocède avec méthode; il ne faut donc pas être surpris de retrouver cette qualité lorsqu'il développe le programme de son cours et qu'il écrit sur le tableau les équations dans l'ordre où elles se présentent. Très consciencieux par nature, il ne laisse inachevé aucun raisonnement et expose à ses auditeurs des leçons toujours soigneusement préparées. Il existe dans sa bibliothèque une preuve irréfutable de ce dernier fait: elle consiste en une douzaine de gros cahiers reliés, où l'on peut trouver, clairement écrits par lui-même, les développements des cours qu'il professa en Physique mathématique, en Mécanique analytique et en Géométrie infinitésimale. Ces précieux manuscrits renferment des méthodes et des remarques qu'il n'a pas publiées, mais dont on pourra plus tard tirer profit, car son intention est de les donner à l'Institut. M.Darbouxest resté simple et modeste, bien qu'il soit arrivé à une situation très élevée. Il importe de faire remarquer qu'il la doit seulement à ses efforts et à son talent: aucun de ses ascendants n'a occupé de position même modeste, dans le monde de la science, de l'administration ou de la politique; si des savants l'ont protégé au début de sa carrière et lui ont ouvert les portes de la gloire, c'est qu'ils avaient vu dans ses travaux des points de nature à faire progresser la Science et reconnu en lui des qualités de premier ordre.

Désiré Nisard ne s'était pas trompé lorsque, dans sa Lettre[4]au ministre de l'Instruction publique, il signalait M. Darboux comme «un jeune homme du plus rare savoir et de la plus haute espérance».

E. L.


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