[Image]Pendant la foire d’Aurillac.
Le cas de Vermenouze, le cas de Rames, provoquant sur leur ville natale, à laquelle ils furent constants, le regard des poètes et des savants, voilà qui fournirait d’amples arguments en faveur de la décentralisation.
Mais la Jordanne et la Cère, bien reposées, sont impatientes de repartir, ensemble désormais, pour baigner Laroquebrou, dont l’église, dans sa vétusté, vaut que l’on se mette à la portière du chemin de fer; car, le train,de nouveau, va suivre le tracé de la rivière, s’engouffrer dans ces gorges épiques de la Cère où, du compartiment, l’on assiste à un déroulement de nature, d’eau, de roches, d’arbres aux chaotiques conflits, dans la solitude de ces défilés étranglés, où l’on ne se plaint plus de la lenteur du train, grâce à laquelle se prolonge l’adieu à la Cère et à la Jordanne, et se renouvellent les impressions de furieuse beauté du Pas de Compaing et du Pas de la Cère, de la reine des vallées...
[Image]Vallée de la Cère.—A Thiézac.
[Image]L’Allier à Alleyras.
Patois d’Auvergne.—Arsène Vermenouze; comment le capiscol fait ses vers.—Pierrou, l’enfant d’Ytrac.—Le Sabbat.—Les Rochers.—La fin du patois.
[Image]
Lepatois d’Auvergne (il faudrait dire les patois, avec tant de différences d’un village à l’autre), le patois d’Auvergne,—dialecte roman, dérivé du latin avec des éléments celtiques et germaniques,—n’était guère que parlé jusqu’à présent. Le patois vulgaire dédaigné pour le latin, le roman provençal, le français, n’offrait que peu de monuments écrits: encore cela ne pouvait-il constituer une littérature: des essais de vers, parfois, d’un abbé, d’un magistrat, d’un instituteur lettrés,—unehonnête distraction, rien de plus,—quelques chants, quelques bourrées se perpétuant aux lèvres des pâtres, formaient tout le trésor de ce «latin du pauvre», comme caractérise le patois M. Lintilhac.
Cependant, l’Auvergne fournit des troubadours; mais ils usèrent de la plus savoureuse langue d’oc, et le Midi les revendique: notre Pierre Rogiers, aux amours contrariées; Gaucelin Faydit, le fameux moine de Montaudon, licencieux et dissolu, qui «laissait Dieu pourle lard, la chair», sans peur du scandale; le dauphin d’Auvergne, avec toute une cour, aiguisant la satire contre son adversaire, l’évêque de Clermont,—recueillant, nourrissant, habillant, faisant agréer à sa sœur, comme poète servant, le famélique Peyre d’Alvernhe, gracieux et héroïque, qui, entre de tendres cansos à sa dame, compose de belliqueux sirventes; et les poétesses dona Castellosa et Claire d’Anduze, celle qui déplorait «de ne pouvoir ôter son corps» pour le donner à l’amant qui avait son cœur.
[Image]Combraille.—L’église d’Évaux.
Il faut donc toucher à nos jours pour compter un poète, un vrai poète patois, qui se soit servi du langage populaire (rustique, à ce point, on l’a remarqué, que les motspeintre,musicien,poèten’y existent pas); patois vivant, et pourtant à peu près inédit, de sorte que, pour l’écrire, il a fallu, tant bien que mal, lui bâcler une orthographe, d’abord: sous la poussée du mouvement félibréen, une école auvergnate s’est groupée autour du capiscol Arsène Vermenouze; désormais nous possédons un livre, un beau livre durable, en patois:Flour de Brousso.
«Arsène Vermenouze est, comme le dépeint M. Lintilhac, un quadragénaire sec, osseux, nerveux, basané, aux tempes et àla crête, comme on dit là-bas, déjà poudrées à frimas, avec, dans ses petits yeux, une flamme fixe, et, dominant noblement le tout, un grand diable de nez à l’hidalgo, flaireur et inquiétant. Il est de la race hardie de ces émigrants auvergnats du pays de Crandelle qui, depuis au moins cinq siècles bien vérifiés, par les nuits d’été, poussant devant eux mulets et bardeaux d’Auvergne, dévalaient des monts du Cantal vers ceux des Pyrénées, s’orientant sur les étoiles laiteuses duchemin de Saint-Jacques, que les conteurs espagnols appelaient naguère lechemin des Français. Lui aussi, il a suivi lechemin des Français, vers le pays des pistoles, dans sa prime jeunesse, comme les camarades, et, revenu à temps, comme la plupart d’entre eux, avec le gousset suffisamment garni depesetas, il a pris pignon et magasin sur rue, juste en face de la maison où vint s’exiler et gémir ce Maynard qui était, au dire de Malherbe, «l’homme de France qui faisait le mieux les vers». Le hasard est galant homme.»
[Image]Près du Mont-Dore.—Rochefort.
Vermenouze est négociant à Aurillac: «Il fait les liquides.»
Après ces années en Espagne, il est revenu s’établir ici, distillateur, dans la paisible rue d’Aurinques, aux portails de pierre sculptée, au silence de cloître, que troublent seuls ses commis, en tapant sur les tonneaux, ou quelque marbrier voisin, taillant la pierre d’une tombe. Ilsemble tout à ses affaires, des semaines, des mois, lorsque, une vesprée d’automne, le nomade qui est en lui se réveille. Il décroche l’un de ses fusils, siffle l’un de sesbleus(le braque d’Auvergne), laisse la boutique à ses associés, disparaît, s’enfonce dans les bruyères vierges, vers les mamelons incultes de Saint-Saury-la-Bastide, de Saint-Hilaire-les-Bessonies, et, quelques jours après, revient, des plumes de milan à sa casquette, qu’il remplace par une calotte de chambre très bourgeoise; et, tandis que la vieille servante sourde vide les carnassières lourdes de perdreaux (car notre chasseur réussit les doublés très bien), il s’installe devant du papier, écrit les vers qu’il rapporte de mémoire, et se remet à son commerce...
[Image]Vallée de la Veyre.—Saint-Saturnin.
Dans cette vaste pièce, au plafond traversé d’énormes poutres, d’une vieille maison où, dans les angles, luisent des yeux de rapaces empaillés, devant une truite rose et des perdreaux dorés, arrosés d’une pauque de franc limagne, j’ai entendu Vermenouze dire ses vers, et j’étais ravi; une autre fois, à Vic-sur-Cère, à l’hôtel du Pont, dans une salle dont les fenêtres s’ouvraient sur la montagne, par un soir ardent d’été...et je fus ému; plus tard, à l’occasion d’une fête, sur les marches du Palais de justice d’Aurillac, devant la foule enthousiaste, et je fus enthousiasmé...
[Image]Pendant les vendanges.
Désormais, il ne se passa point d’années où je n’allasse relancer Vermenouze, dont il ne me restait que des bribes ou les morceaux publiés dans lesPoètes d’Auvergne, de Bancharel, avec préface de Louis Farges, ou dans les journaux de là-bas; cependant, tous l’incitaient: sa production devint plus régulière, plus nombreuse; Monseigneur Géraud, poète lui-même, l’abbé Courchinoux, auteur de la joliePousco d’or, arrivaient à la rescousse; force fut bien à Vermenouze de livrer ses vers...
Arsène Vermenouze les a rassemblés, ces vers, jusqu’à présent épars dans les journaux d’Aurillac, où, seuls, hormis la clientèle locale, de rarespatoisantsavertis pouvaient s’en régaler.
Nous commencions à désespérer de la publication de ce volume à quoi, depuis tant d’années, nous avons, de tous nos efforts, excité l’auteur; et l’effort n’a pas été mince, j’affirme, pour battre la modestie farouche de notre ami qui opposait une résistance auprès de laquelle celle de Vercingétorix aux armes de César ne fut qu’un simulacre de défense; mais Vercingétorix eut César pour le commenter!
Ah! oui, que Vermenouze nous a fait languir! Mais enfin, nous le tenons. Qu’il avait tort de craindre! Pour moi, je ne suis pas du tout inquiet de l’aventure pour l’œuvre que le barde cantalien hésita si longtemps à laisser dévaler de la montagne! Comme nos robustes émigrants du massif central qui, gardant si marqués le pli d’origine, les traits énergiques et tenaces de la race,font partout leur trou, et ne rentrent au pays qu’aprèsavoir réussi, ainsi le livre de Vermenouze se fera sa place dans les bibliothèques choisies où les livres restent; et le nom de l’écrivain va lui retourner enrenom, et du meilleur! Car le sauvagin qui monte de ces fleurs dubroussier, de cetteFleur de bruyèred’Auvergne, la senteur poignante de terroir qui s’exhale de ces pages, n’échappera à personne.
[Image]Vallée de la Veyre.—Saint-Amant-Tallende.
Aussi ne suis-je pas sans orgueil de l’apparition de ces poèmes: «Je pourrai traverser le village la têtequilléedroit, et piquer une plume au chapeau pour aller, ce soir, au café», se réjouit un chasseur de Vermenouze, lorsqu’ildescendquelque bonne pièce, dont s’enfle sa gibecière! Eh bien! de moi non plus, l’on ne se rira pas. J’ai fait belle chasse aussi, quand j’ai levé ce gibier fameux, qui ne se rencontre pas souvent sous le canon du fusil: un poète!
[Image]Thiers.—Trou de Sailhens.
C’est, il y a quelques années, par une pluie à éteindre des volcans; et les nôtres n’en ont plus besoin! Les parapluies d’une foule énorme, compacte, massée devant le Palais de justice d’Aurillac ne faisaient qu’une tente, une immense champignonnière, du square, des avenues, jusqu’au fond de la place; un concours monstre de cabrettes avait attiré cettemultitude, qui patientait, dans l’attente d’une éclaircie! Au café voisin, où, les messieurs du jury, nous espérions, je faisais et défaisais sans fin la première phrase de mon allocution présidentielle: «Mes chers compatriotes!...»
[Image]Vue générale de Billom.
Enfin, la fête s’ouvrit à travers les averses.
Discours habituel: «Mes chers compatriotes...»
Et puis, noscabrettaïrescommencèrent d’exécuter bourrées, montagnardes et regrets.
Ah! nous en fîmes un content de la cabrette!
Mais quelle affaire tout d’un coup!
Le ministre qui arrive...
Le ministre qui, fini d’inaugurer les kilomètres de voie ferrée et l’exposition organisée pour la circonstance, honorait de son passage le festival des cabrettes!
—«Quelques mots de bienvenue, me pousse-t-on; il faut...»
Je m’exécute: «Nos cabrettaïres, monsieur le Ministre, nos cabrettaïres...Si vous saviez, monsieur le Ministre... Ces pauvres airs de chez nous, ce qu’ils nous rappellent!»
Et, comme je ne me rappelai plus très bien, en improvisant, ce qu’ils nous rappelaient, les airs de chez nous, je simplifiai: «Ce qu’ils nous rappellent? Retournez-vous, monsieur le Ministre, et regardez...»
Convaincu, de mon plus grand geste, j’indiquais, en face de nous, le puy de Courny, qui n’en pouvait mais! le puy de Courny, la montagne, l’Auvergne, quoi!
Oui, mais dans la brume les monts avaient fondu comme des pains de sucre. Et l’on ne pouvait guère discerner. Et monsieur le Ministre, au bord des marches, en se retournant, manquait dégringoler,—depuis il est tombé sans que j’y sois pour rien!
C’est à cet incident, vous en souvenez-vous, Vermenouze, que notre conversation débuta; sur un programme, je crois, que l’on remit au ministre, aux autorités, au comité, s’alignaient des vers auxquels j’allais ne prêter aucune attention, un à-propos, pensais-je; ils étaient en patois, je lus avec curiosité; et quelle surprise de tout ce talent, soudain! Je m’inquiétais, quel était ce Vermenouze; et c’était vous...
[Image]A Billom.—Le tambour de ville.
Pour connaître l’homme et le poète, il suffit de lire:Où et comment fait ses vers le capiscol, pour qui chasser et chanter ne font qu’un...
Chasseur de bêtes, de paysages, de types, qu’il ajuste du même œil, et voustombeaussi sûrement de son fusil ou de son crayon, fourrant les uns dans son carnier, couchant les autres sur son calepin! Étonnez-vous ensuite du fumet de ces vers où la naturecolle, pour ainsi m’exprimer, comme le sang figé avec poils et plumes au havre-sac, comme une pâte de boue, d’herbe, de chaume aux bottes, aux guêtres...
[Image]Environs de Billom.—L’étang du Fayet.
Ah! tout ce qu’ils nous rappellent, ces vers, regardez, lecteurs, suis-je tenté de crier comme au ministre.
Hélas! la traduction pour qui n’entend pas le patois est comme la brume, tout à l’heure sur la montagne, pour le ministre...; elle empêche un peu...
Mais que l’on tâche, que l’on s’obstine quelques instants... et l’on apercevra bientôt les contours, et bientôt les replis secrets d’une Auvergne ignorée des buveurs des stations thermales, une Auvergne la vraie, dont les solitudes ne sont hantées que de la silhouette primitive du vacher, de cloches de troupeaux libres dans les pacages, d’un vol de milan, vers les sommets qui fouillent le ciel de leurs cimes fourchues, comme des taureaux de leurs cornes furieuses...
Lamartine écrivit de Mistral qu’il avait fait de la Provence un livre. Toutes proportions gardées, Vermenouze a fait de l’Auvergne un livre aussi. Voulez-vous vous risquer? Vermenouze vous enseignera les chemins.
Vous n’avez qu’à feuilleterFlour de Brousso!
[Image]Château de Saint-Julien de Coppel.
Avec Vermenouze, vous irez boire l’écuelle de lait frais fumant, au buron, blotti comme un nid dans le tilleul, sur les plateaux d’estive, vers les crêtes déchiquetées... Vous parcourrez la lande sans fin, hérissée comme râble de sanglier, les châtaigneraies où l’arbre magnifique, avec son feuillage étalé, fait la roue au soleil, comme un paon. Vous traverserez les bois noirs, aux géants décapités, incendiés par la foudre. Vous ferez aboyer leslobritsdes sombres villages, des hameaux de basalte perdus, écrasés de neige la moitié de l’année. Vous ferez connaissance avec leurs frustes habitants, bouviers aux sabots pointus, vieilles en boborel, à la face usée et fendillée, avec la légendaire quenouille, ou le sempiternel tricot aux mains, gardant quelques oies, une vache rouge ou jaune. Et vous assisterez à de formidables ripailles, jambes de cochon, poitrines farcies, paquets de tripes que l’on se flanque sous le gileten vidant combien de poinçons de Limagne ou d’Entraygues!
Le sol s’ébranle jusqu’aux faîtes des monts?
Rassurez-vous, ce n’est pas un tremblement de terre,—rien que la bourrée, que virent nos montagnards, hardi-là, tant que la fumée du vin dure; tant que le cabrettaïre aura du souffle pour gonfler l’outre de sa cabrette, les danseurs auront des jambes pour danser et le cabrettaïre aura du souffle, tant que la servante remplira son verre ainsi!
Mais ne nous attardons pas; çà et là, que de physionomies pittoresques,authentiques, le pisteur, le pêcheur, le garde, le terrible garde aux contraventions suspendues sur tout ce monde de braconniers de la forêt et de la rivière, et monsieur le curé et ses menettes, et le «gratteur de chats», etc., etc. Et le chien, le veau, le porc, l’âne, et même des conseillers municipaux, voire des préfets, figurent dans la galerie, ou, plutôt, y jouent des rôles principaux; car il y a du fabuliste dans ce paysagiste qui évoque les personnages si bien dans leur atmosphère, d’un relief solide, d’une justesse, d’une verve!
[Image]Entre Billom et Ambert.—Saint-Dier-la-Faye.
Enfin, quelle saveur mystérieuse, indéfinissable, quelle séduction, disait Balzac, que celle de ce patois, de notre patois, le patois! si bourru et si fin, si âpre et si doux!
Le patois!
Pauvre patois que nous pleurions déjà, que nous voyions trop enseveli sous tant d’alluvions, par tant d’infiltrations du siècle...
Et voici qu’on nous le montre debout encore, ferme et dense comme le roc, et pas si décrépit et pas si ruineux!
Et voici que—des vagues conglomérats—au moindre coup de pic, au premier coup de plume, affleure toujours le pur filon de la lave auvergnate, ô Vermenouze!
Le patois se meurt, a-t-on crié...
Vive le patois, répliquent le poète deFlour de Brousse, et la vaillante pléiade deLo Cobreto, qui veut pousser la sienne, chanter son air, aussi, dans le concert félibréen...
Le patois se meurt, pourtant, il vit!
Comment douter?lorsque Vermenouze en fait sortir et s’épanouir ces fleurs si drues et si vivaces!
[Image]Olliergues.
Car, en effet, c’est à l’heure où tout se ligue contre lui, où il semble que la fin du siècle entraîne, dans son tourbillon irrésistible, tous vestiges du passé, que le patois, silencieux jusque-là, se lève et chante...
Lueurs d’aurore ou feux du couchant, tressaillements de vie ou sursauts d’agonie?...
Pour moi, je n’hésite pas...
Oui, le patois vit... avec Vermenouze...
Mais il se meurt quand même...
Il expire un peu, à chaque minute qui s’écoule...
Quelque fidèles que soient les émigrants au patois de leur village, ils ne sauraient le conserver intégral: leurs fils, nés loin du pays, le comprennent encore, mais ne le parlent plus, et ceux qui viennent ensuite ne le comprennent même pas...
Voici le livre,Flour de Brousso, les poésies de Vermenouze illustrées par Marty et Tourdes; lisons quelques pages, cela, plus que des commentaires, initiera à l’originalité du poète patois.
[Image]Vallée de la Dore.—Gorge près de Vertolaye.
Écoutez, où et comment fait ses vers notre homme, promucapiscolpar les félibres:
«Je ne porte pas toujours, quand je reviens de chasser,—lièvre,perdreau ou bécasse;—mais si je ne trouve rien autre sur les cimes et dans les pentes,—j’y cueille au moins force vers,—à pleines mains et par douzaines,—des vers de bruyère, qui sentent le sauvagin,—(et cela n’empêche pas de tuer la bécassine).—Et de cette façon, le soir, quand je m’en retourne, moulu,—si je n’ai pas le carnier plein, j’ai le cerveau garni.—Tant que mon chien le long d’un petit chaume, d’un champ de genêts,—flaire lesronciers, et s’approche ou s’écarte,—moi, qui d’ailleurs jamais ne le perds de l’œil,—je travaille en même temps des pieds et du cerveau.—J’étudie là les rochers caverneux d’après nature;—j’écoute la chanson des geais, des petites alouettes à huppe,—et le grand livre du bon Dieu,—qui a pour pages les bois, les prés, les ruisseaux, le ciel,—s’ouvre tout entier devant moi.
«—C’est surtout au mois de mars que je me remue,—et que je rabote des vers, que j’en dégrossis et que j’en scie!—Alors, le gibier, qui sent fondre la neige,—le pluvier doré, le vanneau,—et le roi des longs-becs, la jolie bécasse,—tout cela vient, tout cela passe.—Aujourd’hui, tenez, je me trouve au milieu de Pont-Bernard:—le gibier y est clairsemé,—mais ça ne fait rien, j’ai étrennédéjà,—et je vais vous raconter ma journée,—qui est encore loin d’être finie.
.....................
«—Pont-Bernard, je ne sais pas pourquoi il s’appelle ainsi:—c’est la lande la plus fameuse de Saint-Paul;—elle n’est pas bien large, mais elle est longue,—et c’était, dans le temps, tellement plein de boue, tellement marécageux, tellement si mou,—que vous y seriez bien entré jusqu’au cou.—Aujourd’hui pour aujourd’hui, elle n’est plus ce qu’elle était,—mais j’ai toujours cru, et même je le crois encore,—que le premier Bernard qui y passa,—et de son nom la baptisa,—cela ne pouvait être guère qu’un chétif bernard-pêcheur.
[Image]Près d’Ambert.—La Forie.
«—Mais chut, chut! mon chien, Tom, qui cheminait au trot,—vient de s’immobiliser comme un roc, comme une souche, comme une barre.—Je m’en approche: Beau! Tom. J’entends: tchiarro, tchiarro!—et je vois un oiseau gris, qui file tant qu’il peut.—Je le fais rouler à terre du premier coup.—C’est une bécassine, et même grosse et replète,—presque autant qu’une lombarde.—Je la fourre au fond du carnier,—avec une autre couple que j’ai déjàmise en ordre,—et j’ouvre mon fusil vitement, et puis je le charge,—car Tom allonge à nouveau le «manche»—et s’arrêtedans une flaque, au bord du ruisseau:—Ah! pauvre homme! quelle émotion!—J’ai passé devant Tom et je fais: Brou! rien ne se lève: Beau! Tom, dis-je de nouveau, tu arrêtes quelque fantôme?—Mais Tom demeure là, plus roide que jamais.—Je crie: Brou! tant que je peux; alors cependant—un petit oisillon me part à me toucher les pieds; je me retourne,—car il m’est parti derrière, et vitement je le tire,—mais rien ne tombe, l’oiseau qui semble un papillon,—et qui n’est pas plus gros qu’un poussin, quand il sort de l’œuf,—est tellement léger que le vent l’emporte,—comme de l’herbe sèche ou quelque feuille morte,—et il s’en va, il s’en va, lesourdou,—un oiseau gras comme un lardon,—le meilleur, le plus fin! Je jure que tout en fume,—car j’ai la mauvaise habitude,—quand je manque ainsi quelque pièce,—de jurer comme un charretier.
[Image]A Fournols, dans le Livradois.
«Heureusement, dans le ruisseau, d’une cavité de la berge,—un beaugirleeffrayé se lève et fait: Couan, couan!—Moi, plusabonheuré, je le tue d’un seul coup: pan!—Il tombe à mes pieds comme un copeau.—Allons! ça ne marche pas trop mal;—nous pourrons quiller la tête, si nous passons par Saint-Paul.
«—Et, tenez! vous ne voyez pas, là-bas, ce monticule,—coiffé d’arbustes minces?—c’est une «bouleaunière».—Allons-y faire un tour: quelquefois on ne sait pas...
«Déjà, mon brave Tom y chemine à grands pas.—Le genévrier qui pique, et qui est toujours vert, y pousse,—avec force touffes de bruyère,—et de fougère sèche et rousse,—toute fanée par l’hiver.—Et, dites donc! qu’est-ce qu’il a, Tom? il se retourne en travers,—et s’immobilise à nouveau pire qu’aucune souche!—Allons! un autre arrêt. Moi, j’en ai l’eau à la bouche,—car d’ici, je sais ce que c’est—que m’arrête ainsi mon vieux chien.—J’arrive à petits pas: pla, pla! Tout apeurée,—une bécasse part; je la tire... je l’ai manquée!...—Elle m’a pris un mauvais petit bouleau devant,—gros comme un poignet, même peut-être pasautant,—mais c’en a bien été assez; c’en a bien été de trop!—Je m’arracherais tous les boutons de la veste,—et même tous les poils de la tête.—Mille pétards d’écu! nom d’un sabbat!—un gibier comme ça, dire que je l’ai manqué!...
[Image]Aux environs d’Ambert.
«—Par bonheur, je sais où elle est: j’ai vu la remise.—Elle est au milieu de cette terre en pâture,—là-bas, à côté de ce pied de houx:—Tom ici!—Demeure derrière, un peu.—Cette fois, il nous la fautempocher.—La bécasse, en effet, à découvert, sans arbre,—me part comme un chiffon, et le pauvre long-bec,—vous pouvez penser qu’il ne va pas loin.
[Image]Près d’Arlanc.—Route de la Chaise-Dieu.
«—Mais avant de retourner barboter dans les prés d’Auze,—nous ferons, sur cette crête, si vous voulez, une halte;—regardons le pays qui se voit, d’ici...—Sur la droite, ce vieil étang,—c’est l’étang délabré de M. de la Serre.—J’ai Prentegarde à la main gauche,—et, devant moi, là-haut, dans le ciel bleu et clair,—de grands puys blancs comme l’écume de la mer:—c’est le Griounel, le Col-de-Cabre,—le Puy-Mary, fourchu, qui, diriez-vous, se cabre,—allonge le cou, sous sa crinière de neige,—et, comme un fier cheval, hennit dans le ciel.—Le surplus du pays, bruyère et lande le remplissent,—avec des flaques, çà et là, qui reluisent,—et, le long des pentes, sur les crêtes, éparpillés,—quelques bouleaux maigres et de rousses broussailles.—Des pins, tous pareils, tous de même hauteur—(l’on dirait des carrés de soldats en bataille),—et déployés comme le velours d’un tapis,—mettent leur tache verte au milieu de la brousse grise.
«—De gazon, nulle part: cette terre est pauvre.—Personne ne la défriche; jamais personne ne la laboure;—elle ne reçoit pas de fumier, par an, une pleine civière;—aussi vous n’y voyez pas un simple écobuage,—pas un petit pré comme la main, pas un chaume;—et quelque bergère à la longue quenouille,—d’oùsort la laine noire ou blanche d’unmonel,—seule y garde son troupeau.
«—Eh bien (vous ne le croiriez pas!), ce pays farouche—me plaît plus qu’un autre, aujourd’hui que je me fais sur l’âge:—c’est là que mon père aimé (devant Dieu soit),—quand j’étais petit, bien souvent me prenait:—Lui chassait, et moi, je le suivais.—(D’y penser mon œil s’obscurcit d’une larme!)—Et plus tard, quand je pus à mon tour prendre un fusil,—c’est là que j’ai fait mes premiers coups heureux,—et que j’ai tué mes premierssourdous;—même, je crois bien que le bon Dieu me prédestine,—à y démolir ma dernière bécasse.
[Image]Pénitents à la processionde Saint-Anthème.
«J’en suis, de ce pays: ce n’est pas loin de Saint-Paul,—que fume la cheminée de notre vieille maison.—Sans ce puy, là-bas, sans le Puy-de-Cossouire,—qui la cache, d’ici, presque, nous pourrions la voir.—Le cœur, en devenant vieux, s’attendrit; aujourd’hui,—je sens, dans le mien, naître et croître une racine—qui m’attache, toujours plus forte et plus solide,—à notre Auvergne bénie,—à la terre où les miens, ceux de mon sang,—dorment leur dernier somme.
..........
«Maintenant, nous allons partager, si vous vous en sentez l’envie,—un morceau de saucisse froide,—que nous arroserons d’une pauque de vin:—ce n’est pas une fameuse invite.—Mais un chasseur de mon âge—ne peut pas trop se charger de victuailles:—le fusil et les munitions,—(c’est déjà assez embarrassant).—Après, nous boirons quelques gouttelettes—d’une eau-de-vie que j’ai, vieille à s’en lécher les lèvres,—et nous ferons une trouée droit devant,—pour aller faire le bois d’Amon,—en passant par le Trou des Salamandres:
«O Trou qui, dans la bruyère et l’herbe sèche des marais, te caches,—où canes et canards etgirles, bien des fois,—vont se mettre à l’abri du vent;—fossé traître, qu’au pied d’un monticule l’on trouve,—replié comme une couleuvre,—que de bêtes ont barboté au fond de la maigre flaque d’eau;—et quede sarcelles, par paires,—sont tombées là, sous le plomb des fusils doubles!—Si tu avais tout le gibier qui, dans ton eau dormante, est mort,—tu en déborderais!—mais aujourd’hui le fosséenest vide; c’est fâcheux:—nous n’yétourdironspas de canard sauvage!
[Image]Les accessoires de la Passionà la procession de Saint-Anthème.
«En ce moment les grenouilles y frayent,—et même les crapauds, par monceaux.—Et tout cela, mêlé, patauge dans la vase.—L’eau croupie en est pleine, jusqu’au ras.—Vous pouvez les voir, là, par grappes, par bouquets,—les uns sur les autres, à cheval!—Ah!goudots, mes amis, si vous craignez le crapaud,—et si vous ne voulez pas l’héberger chez vous,—n’achetez jamais la grenouille écorchée;—demandez-la toujours vêtue de sa peau;—méfiez-vous du premier coup d’œil;—car legoudot, vous le savez, est un peupêche-lune,—et vous pourriez vous tromper sur le compte de beaucoup (de grenouilles).
«Mais c’est assez bavarder: Tom s’ennuie. Filons—vers le bois d’Amon, qui n’est pas loin.—Dans ce bois (plutôt cette succession de halliers),—les jeunes pousses de chêne, dans la bruyère enchevêtrées,—entravent le chasseur, et, le cinglant,—viennent lui caresser le mourre quelquefois.—Pour y passer, il faut se courber autant que l’on peut,—et il faut, dans lesroncierset la fougère haute,—bien souvent cheminer sur les mains.—Si vous avez un fusil court, un fusil-bécassier,—par hasard, vous y pourrez atteindre la bête;—mais la moitié du temps,vous n’ouïrez qu’un bruit d’aile:—Pla! pla... L’hiver pourtant, quand il fait froid, et quand il gèle,—au bord d’un ruisselet, qui divise le bois,—vous tirerez, plus commodes, une bécasse ou deux.—Aujourd’hui, ce n’est pas le moment: sortons; le temps menace;—l’heure est venue, à mon avis, d’achever notre chasse;—même, je crois qu’il n’est pas trop tôt.
[Image]Ferrières et Merdognedans la vallée de l’Alagnon.
«Le ciel, qui était si bleu, maintenant est nuageux; il pleut.—La brume, sur la lande, est déjà descendue.—Un vol d’oiseaux, rangés en longue file,—s’en va, là-bas, vers Peire-Levade.—L’on entend siffler quelque pluvier perdu,—et la voix d’un bouvier, par la brume caché,—et qui laboure en amont,par-delà la lande,—envoie, jusqu’à moi, les notes de la «Grande».—Le soleil blanchâtre, noyé dans le ciel gris,—semble un charbon qui, dans la cendre, s’éteint...—Un train passe à Jalès, dans une heure d’ici;—prenons doucettement le chemin de la gare.—Notre temps, nous ne l’avons pas, je crois, gaspillé:—nous avons fait deux cents vers, sans nous en être aperçu;—et quand nous arriverons à Aurillac, la cuisinière—peut préparer la cocotte, la broche et le porte-poêle;—même, demain, si nous allons prendre un verre chez «Cantuel»,—nous aurons le droit de mettre une plume au chapeau!»
[Image]Le château de Murols.
Voici, maintenant, un véritable poème épique, où Pierre, l’enfant d’Ytrac, a trouvé son Homère, pour redire ses hauts faits, encore que les plus pacifiques du monde; par la force créatrice du poète, les humbles et simples personnages de ce combat singulier à qui fauchera le plus vite et le mieux,—dispute de force fréquente au village,—s’égalent à de mémorables héros, aux plus vaillants champions de l’histoire, aux Argonautes naviguantvers la Toison d’or, à des conquistadors fabuleux, aux figures les plus hardies et les plus chevaleresques des littératures:
[Image]L’église de Murat et le rocher de Bonnevie.
«Bertrand de Lacapelle et Piorrounel d’Ytrac—passaient tous deux pour de rudes faucheurs.—Des hommes de ce poil, aujourd’hui nous n’en n’avons plus guère:—c’étaient descadetsqui savaient tondre un pré.—Bertrand, maigre, mais fort, dur et sec comme un os,—rien que d’un coup de poing faisait voler une planche en éclats.—L’autre, gros et carré, était plus petit;—mais personne nefaisait méprisde Piorrounel:—(ce sont les moutons petits qui ont la meilleure laine).—Mettez-vous dans la tête qu’un beau jour, qu’il était à Glane,—il attrapa un poinçon de deuxbastestout plein,—le souleva en l’air, et but à la régalade!—Il vous aurait mieux valu supporter, sur le sommet du crâne,—un coup degourdin, et même un bon coup de maillet,—que de recevoir un atout de Piorrou.—Voyez-vous, pour la force, il était pire qu’un taureau.
[Image]Mont-Dore.—Cascade de la Vernière.
«—Eh bien! donc, à la sortie de la première messe,—un dimanche matin, Bertrand rencontra Piorrou.—(Il alla à Ytrac exprès): Eh! bonjour! bouvier petit,—fit-il. Pour raconter la fête dans son entier,—il faut dire que Piorrou, plus jeune que Bertrand,—n’était que bouvier en troisième; l’autre était bouvier chef.—Mais, par malheur, Piorrou vit, ou crut voir,—que Bertrand, en parlant, s’était mis à rire.—Il en fut vexé et contrarié:—Oui, je suis bouvier petit, fit-il, mais pourtant,—tout bouvier petit que je suis, je ne te crains pas; écoute,—Bertrand je ne t’ai jamais craint,l’ase me fouto.—Je te tiendrai tête partout, pour ce que tu voudras:—pour moissonner, pour labourer, pour faucher large et ras,—pour bien brandir un fléau, pour bien affûter le tranchant d’une faux,—pour remuer la paille,—je suis ton maître, Bertrand, et je te le prouverai!
«—Ah bah! fait Bertrand, la paille, à la bonne heure!—métier de moissonneur, métier de mangeur de châtaignes!—mais pour faucher, Pierrou, je te plaindrais, pauvre,—si je te prenais devant, au milieu d’un grand pré,—tu couperais l’herbe haut, et tu ne ferais pas une belle jonchée!
BOURRÉES D’AUVERGNEBourrées d’Auvergne notées spécialement pour cet ouvragepar M. Marcelin MORANGE.—PER BIEN LA DANSA..—PASSEN SUR LA PLANCHETTO..—LO BOUOLE, LO MARIANNO..—SE SABIAS, FILLETTOS..—PARA LOU LOUP..—YEOU N’AI CIN SOS.
Bourrées d’Auvergne notées spécialement pour cet ouvragepar M. Marcelin MORANGE.
PER BIEN LA DANSA[Musique]
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PASSEN SUR LA PLANCHETTO[Musique]
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LO BOUOLE, LO MARIANNO[Musique]
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SE SABIAS, FILLETTOS[Musique]
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PARA LOU LOUP[Musique]
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YEOU N’AI CIN SOS[Musique]
[Musique]
«—Pierre d’Ytrac, qui n’avait pas du sang de citrouille,—quand il entendit cela mit la crête rouge;—il secoua sa chevelure, jeta son chapeau:—Tiens, dit-il, tu as mépris de moi parce que tu es grand:—Eh bien, tout grand que tu es, je me moque de ta taille.—Nous nous y mesurerons tous deux, à la faux!—Je suis d’Ytrac, et tu sauras que d’Ytrac, mille noms!—ceux-là qui en sont ne passent pas pour des pleutres.—Je te parie un beau rôti, une poitrine de veau,—que nous nous ferons servir farcie et toute chaude,—et trois litres de vin pour chacun.
[Image]Le Capucin et le Sancy vus du plateau de Bozat.
«Cela me plaît!—fit l’autre, un rôti surtout: j’aime mieux ça.—Je n’ai trouvé nulle part, en fait de victuailles,—rien comme un bon rôti, avec du vieux fromage.—Chez Frédéric, on nous en servira de bon,—et même du «limousin», de celui qu’on garde dans le fût bouché d’une cheville.—Maintenant, du moment que tu fais lecrâneur,—je te dirai Pierrounel, que pour tenir ce pari,—je me réserve quelque chose: je me réserve le droit—de choisir le moment, de choisir le lieu.—Il ne me suffit pas d’un petit pré. Pour faire à ma manière,—je veux une prairie, et même je la veux tout entière.—Toi, tu choisirais Foulan; mais moi, qui n’ai pas peur,—je veux quelque chose de mieux: je choisis Espinassol!—D’un côté c’est uni, que cela fait plaisir à voir:—c’est là qu’il faudra suer de l’huile de coude!—L’étui à aiguiser sur la cuisse, etla faux au poing,—c’est là, Piorrounel, que je t’attends demain.—Nous descendrons d’un bout à l’autre de la prairie,—(Elle est longue, par ma foi! nous en avons pour un bon moment.)—Nous partirons tous deux ensemble, de front,—Et nous ferons à celui qui le premier achèvera sa jonchée.—Je connais Espinassol, je sais que le fermier—se montrera content et fier de cette affaire.—Que diable! nous lui ferons du bon travail pour rien;—je crois même qu’à deux, nous lui entomberonsbien pour trois.—A ce point qu’il devrait nous payer notre peine.—Moi, je ne voudrais pas d’argent; mais je prendrais bien une étrenne;—je prendrais bien que sa fille (elle est jolie pour de bon),—pour payer mon travail, me fît un baiser.—Il faut le lui proposer; si la petite se pique,—me regarde de travers et fait trop la revêche,—tant pis! moi, je n’en aurai que meilleur appétit,—pourdescendreplus tard la poitrine de veau et le rôti!—Eh bien! donc, à demain matin; c’est compris, Pierre?
[Image]La Bourboule.
«—C’est compris, Bertrand; demain, passe me chercher,—nous arriverons ensemble à la prairie, et nous verrons—qui est celui qui a les brasfrancset de bons reins.
«—Le lendemain matin, comme pointait le jour,—l’Angélus au clocher d’Ytrac sonnait.—En ce temps-là, Ytrac avait encore un clocher:—il n’est pas aussi riche aujourd’hui, il n’a qu’un pigeonnier,—avec une mauvaise toiture en forme de calotte.—Pourtant, ce buron, cette baraquette,—c’est le pied de l’ancien clocher: c’en est un débris,—et cela rappelle un grand champignon à grosse jambe.—Je dis donc que Branleau, le sacristain d’alors,—sonnait l’Angélus (même il le sonnerait encore,—si la mort ne l’avaitsonnélui-même à son tour),—comme Pierre et Bertrand, levés avant le jour,—passaient tous deux au pont de Lacarrière.