Modes.ORFÈVRERIE,Nous ne savons trop pourquoi le caprice est toujours plus disposé à accueillir les modes étrangères que les modes françaises. Il semble qu'un mérite, aux yeux de l'élégance parisienne, soit d'arriver d'outre-mer. L'orfèvrerie, par exemple, dont nous nous occupons aujourd'hui, justifie tout à fait cette observation.Cependant, l'orfèvrerie anglaise, dont la mode a rapproché toutes ses créations, est traitée comme dessins et comme travail avec une grande négligence, et peu de goût. En général, les formes sont lourdes et ne reproduisent guère que la ressemblance dénaturée des formes françaises, que Thomas Germain, Claude Balin, Marteau et Debèche ciselaient et rétreignaient au dix-huitième siècle avec une grande perfection. Les Anglais ont compris assez mal ce genre d'une richesse artistique; chez eux, presque toujours, la richesse est lourde et massive; le caprice n'est pas motivé, et les ornements manquent de goût.En France, nous avons pour modèles les maîtres du dix-huitième siècle, et pour artistes des dessinateurs et des sculpteurs qui, s'ils s'éloignent des précédents, ne peuvent que perfectionner en faisant de l'innovation.Pourquoi donc, lorsque nous avons les éléments d'une supériorité certaine, les artistes français acceptent-ils une rivalité qui devrait les blesser?Il y a peut-être un point fondamental, étranger à l'orfèvrerie elle-même: c'est une question de luxe. Les grandes fortunes manquent en France, et celles qui restent font peu de dépenses. Un bel ouvrage ne serait pas acheté; on ne cite guère que les tables royales pour lesquelles, depuis longues années, nos grands orfèvres aient fait de beaux ouvrages. Aussi le bronze étant bien plus à la portée des fortunes moyennes, ou des idées reçues, a-t-il fait de grands progrès depuis plusieurs années. L'habileté d'une maison intelligente a, pour ainsi dire, opéré une révolution, en travaillant le bronze avec une finesse merveilleuse, sans augmenter les prix accepté pour les ouvrages d'une exécution relâchée, qui laissent beaucoup à désirer.La ciselure était portée, au seizième siècle, à sa plus grande perfection, et l'exécution des figures ronde-bosse, par le repoussé, était regardée comme une des grandes difficultés de l'art. Ce genre de travail, presque négligé de nos jours, vient de nous être rendu par M. Morel, dont les ouvrages peuvent rivaliser avec les ouvrages anciens.M. Morel, par un procédé fort simple, pour lequel il a obtenu un brevet d'invention, est parvenu à incruster un métal dans un autre métal avec toute la perfection des plus belles incrustations du seizième siècle, même dans les détails les plus fins. Les modèles que nous avons sous les yeux nous semblent des chefs-d'oeuvre de justesse et de dessin. L'artiste a appelé à son aide tout ce qui pouvait contribuer à la magnificence et à l'élégance de son oeuvre --des formes pittoresques, des ligures habilement groupées, des massifs de fleurs disposées en guirlandes gracieuses; le détail est en même temps artistique et coquet. C'est une richesse pompeuse qui donne l'idée d'une conception large. L'or et l'argent heureusement alliés impriment à l'ensemble une physionomie toute particulière, et ce procédé nous parait destiné à un grand succès.Ce système, appliqué à l'orfèvrerie en général, sera d'un effet magnifique en services complets. Nous nous proposons de suivre avec attention les progrès de cette industrie savante; nous signalerons les premiers ouvrages importants que nous donnera l'industrie parisienne. L'innovation a cela de bon, qu'elle fait naître des innovateurs. L'invention est mère de l'invention.RÉBUS.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:Requiescant in pace.RÉBUS D'UN AVARE.L'explication à la prochaine livraison.
Nous ne savons trop pourquoi le caprice est toujours plus disposé à accueillir les modes étrangères que les modes françaises. Il semble qu'un mérite, aux yeux de l'élégance parisienne, soit d'arriver d'outre-mer. L'orfèvrerie, par exemple, dont nous nous occupons aujourd'hui, justifie tout à fait cette observation.
Cependant, l'orfèvrerie anglaise, dont la mode a rapproché toutes ses créations, est traitée comme dessins et comme travail avec une grande négligence, et peu de goût. En général, les formes sont lourdes et ne reproduisent guère que la ressemblance dénaturée des formes françaises, que Thomas Germain, Claude Balin, Marteau et Debèche ciselaient et rétreignaient au dix-huitième siècle avec une grande perfection. Les Anglais ont compris assez mal ce genre d'une richesse artistique; chez eux, presque toujours, la richesse est lourde et massive; le caprice n'est pas motivé, et les ornements manquent de goût.
En France, nous avons pour modèles les maîtres du dix-huitième siècle, et pour artistes des dessinateurs et des sculpteurs qui, s'ils s'éloignent des précédents, ne peuvent que perfectionner en faisant de l'innovation.
Pourquoi donc, lorsque nous avons les éléments d'une supériorité certaine, les artistes français acceptent-ils une rivalité qui devrait les blesser?
Il y a peut-être un point fondamental, étranger à l'orfèvrerie elle-même: c'est une question de luxe. Les grandes fortunes manquent en France, et celles qui restent font peu de dépenses. Un bel ouvrage ne serait pas acheté; on ne cite guère que les tables royales pour lesquelles, depuis longues années, nos grands orfèvres aient fait de beaux ouvrages. Aussi le bronze étant bien plus à la portée des fortunes moyennes, ou des idées reçues, a-t-il fait de grands progrès depuis plusieurs années. L'habileté d'une maison intelligente a, pour ainsi dire, opéré une révolution, en travaillant le bronze avec une finesse merveilleuse, sans augmenter les prix accepté pour les ouvrages d'une exécution relâchée, qui laissent beaucoup à désirer.
La ciselure était portée, au seizième siècle, à sa plus grande perfection, et l'exécution des figures ronde-bosse, par le repoussé, était regardée comme une des grandes difficultés de l'art. Ce genre de travail, presque négligé de nos jours, vient de nous être rendu par M. Morel, dont les ouvrages peuvent rivaliser avec les ouvrages anciens.
M. Morel, par un procédé fort simple, pour lequel il a obtenu un brevet d'invention, est parvenu à incruster un métal dans un autre métal avec toute la perfection des plus belles incrustations du seizième siècle, même dans les détails les plus fins. Les modèles que nous avons sous les yeux nous semblent des chefs-d'oeuvre de justesse et de dessin. L'artiste a appelé à son aide tout ce qui pouvait contribuer à la magnificence et à l'élégance de son oeuvre --des formes pittoresques, des ligures habilement groupées, des massifs de fleurs disposées en guirlandes gracieuses; le détail est en même temps artistique et coquet. C'est une richesse pompeuse qui donne l'idée d'une conception large. L'or et l'argent heureusement alliés impriment à l'ensemble une physionomie toute particulière, et ce procédé nous parait destiné à un grand succès.
Ce système, appliqué à l'orfèvrerie en général, sera d'un effet magnifique en services complets. Nous nous proposons de suivre avec attention les progrès de cette industrie savante; nous signalerons les premiers ouvrages importants que nous donnera l'industrie parisienne. L'innovation a cela de bon, qu'elle fait naître des innovateurs. L'invention est mère de l'invention.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:
Requiescant in pace.
L'explication à la prochaine livraison.