Bulletin bibliographique.

Depuis ce temps. M. Combalot s'est voué tout entier à la prédication et aux retraites ecclésiastiques. Si Combalot est un véritable orateur: il a toute la fougue, toute l'impétuosité d'un tribun. Sa parole est animée et brûlante; ses images sont belliqueuses et pleines d'actualité. Il y a, dans sa physionomie bilieuse et fortement caractérisée, le cachet d'une indomptable fermeté. La manière de ce prédicateur n'est pas cependant exempte de tout reproche: il est quelquefois incorrect: ses comparaisons sont parfois triviales et ses métaphores heurtées. Un logicien sévère pourrait aussi lui demander plus de suite dans ses raisonnements. Souvent un mot réveille en lui une idée soudaine, qu'il saisit au passage, et il semble alors rompre, pour la suivre, le plan qu'il s'était tracé d'abord. On suit l'improvisation dans ses discours, mais, malgré ces défauts, à cause de ces défauts peut-être. M. Combalot domine son auditoire et le remue profondément.M. Combalot.Le talent du M. Lacordaire a beaucoup d'analogie avec celui de M. Combalot: sa puissance d'entraînement est la même, il a ses qualités brillantes et quelques-uns de ses défauts. Il s'écarte moins de son sujet, ou, pour parler plus juste, il y revient souvent. L'éloquence de M. Lacordaire se compose surtout d'élans enthousiastes qui enlèvent les jeunes imaginations. On n'a pas encore oublié le sermon qu'il prêcha à Notre-Dame le 15 janvier 1841. Comme il avait exalté les gloires de la France! comme il avait attiré à lui tous ceux qui se sentaient au coeur quelque fierté nationale! S'il suffisait, pour être un orateur parfait, d'exercer sur son auditoire...... influence toute-puissante, M. Lacordaire serait le premier des orateurs: mais, malheureusement, le moment qui suit n'est pas aussi favorable que celui pendant lequel on l'écoute. Ainsi, dans ce sermon dont nous venons de faire mention, et qu'il prêcha avec son froc de dominicain, beaucoup d'auditeurs parfaitement disposés en sa faveur furent frappés de son exagération.M. Lacordaire.M. Lacordaire était avocat avant d'être prêtre. Il est né à Recey-Sur-Ource (Côte-d'Or), et peut avoir aujourd'hui 41 ans, il eut, à ce qu'il dit lui-même, une enfance turbulente, et ses idées, au sortir du collège, n'annonçaient guère un futur prédicateur. Au grand chagrin de sa pieuse mère, il déclarait, à qui voulait l'entendre, que Dieu était une chimère, et le catholicisme une sottise. Son droit terminé, il vint faire son stage à Paris et travailla chez un avocat. Deux ans après, c'est-à-dire en 1824, le jeune athée, subitement converti, était entré au séminaire de Saint-Sulpice. Il ne se proposait rien moins, à cette époque, que d'aller en Amérique convertir les peuplades sauvages, et respirer, loin de cette Europe décrépite, l'air pur du Nouveau-Monde. M. de Lamennais, dont les ouvrages avaient beaucoup contribué à sa conversion, l'en dissuada, et pour donner carrière à son insatiable activité l'attacha depuis à l'Avenir, dont il fut un des principaux rédacteurs.Le journal tomba. M. Lacordaire accompagna à Rome M. de Lamennais et le quitta brusquement. Il publia bientôt une rétractation, où il déclarait qu'il n'avait jamais adhéré parconvictionaux doctrines de M. de Lamennais, qu'il n'avait fait que céder parlassitudeaux sollicitations qui lui étaient faites en s'associant à son oeuvre.C'est à dater de cette époque que la réputation de M. Lacordaire, comme orateur, a commencé. Elle grandit en peu de temps. On lui proposa de prêcher le Carême à Notre-Dame en 1835, mais à condition qu'il soumettrait à M. Affre, alors vicaire-général, le plan de ses sermons. On redoutait la fougue et les idées démocratiques du jeune prédicateur. Cependant on ne put si bien faire, que ses discours ne portassent l'empreinte du catholicisme libéral et un peu révolutionnaire de l'Avenir. Il y était question de souveraineté du peuple et d'idées analogues qui ne devaient pas flatter beaucoup un légitimiste inflexible comme M. de Quélen. Un auteur assure avoir vu l'archevêque s'agiter sur son siège pendant que l'orateur développait devant lui ses théories nationales. Aussi n'est-il pas étonnant que, malgré le succès qu'il avait obtenu dans cette station du Carême, on l'engageât à faire un voyage à Rome. Il en revint l'année suivante et prêcha encore à Notre-Dame; comme on trouvait que son style et ses idées n'étaient guère amendés, on lui conseilla un nouveau voyage. On assure que ce fut alors que M. Lacordaire, pour s'affranchir de la censure épiscopale, résolut d'entrer dans l'ordre de Saint-Dominique, dont il prit l'habit en juin 1840.La figure maigre et allongée de M. Lacordaire s'anime, quand il parle, d'une expression enthousiaste et poétique. C'est un homme à imagination ardente, dont les opinions peuvent changer; mais on sent que sa parole exprime la conviction.(M. de Ravignan.)M. de Ravignan a une manière plus posée et plus réfléchie que M. Lacordaire. Il se tient aussi plus en garde contre tout ce qui pourrait donner à la prédication un caractère politique. C'est là le motif qui l'a fait probablement substituer à ce dernier pour les prédications de Notre-Dame. Il suit une marche rigoureusement logique. Malgré la science dont il brille, il ne transporte cependant point son auditoire; on sent comme quelque chose de factice dans la chaleur de son débit et dans la vivacité calculée de son geste.Où est né M. de Ravignan? les biographes ne sont pas d'accord sur ce point. Les uns le font naître à Paris, les autres à Bordeaux ou dans les environs. La dernière opinion nous paraît la plus vraisemblable.En 1816, époque à laquelle il fut nommé conseiller-auditeur, M. de Ravignan pouvait avoir vingt-trois ans. Sept ans après, il entra dans la magistrature et occupa avec distinction pendant dix-huit mois la place de substitut du procureur du roi près le tribunal de la Seine. Il renonça au monde, disposa de sa fortune en faveur de ses héritiers naturels et entra au séminaire de Saint-Sulpice, qu'il quitta bientôt pour entrer à Montrouge dans la maison des jésuites. On assure que M. de Ravignan fut tonsuré par M. Frayssinous, que l'on venait de sacrer évêque, et qui, prévoyant dès lors sa gloire future, dit en s'adressant à ceux qui l'entouraient: «Voilà celui qui doit me succéder dans l'oeuvre des conférences.»Après avoir passé plusieurs années à étudier les Pères de l'Église et à s'instruire dans la science des prédicateurs. M. de Ravignan fut nommé pour prêcher le Carême à Notre-Dame. Ce fut le 12 février 1837 qu'il y ouvrit sa première conférence. Il les a continuées depuis avec un succès dont rien n'annonce le déclin. Prêchant presque toujours sur des matières qui ont rapport au dogme, M. de Ravignan a peu excité la critique des journaux.Une prédication à Saint-Roch.M. Coeur n'est pas avocat. Sa vocation semble l'avoir porté d'abord vers le professorat et l'état ecclésiastique. Après avoir achevé ses études, qui furent brillantes, il fut quelque temps régent de rhétorique et deM. Coeur.philosophie dans un petit séminaire de province. Puis, il vint à Paris en 1827 pour suivre les cours publics professés par les hommes célèbres qui ont abandonné depuis les triomphes pacifiques de la Sorbonne et du Collège de France pour une scène plus orageuse. Il y passa deux ans et alla ensuite passer quelque temps dans la solitude de la Chartreuse pour se préparer à recevoir la prêtrise, qui lui fut conférée en juin 1829. Il venait d'atteindre sa vingt-quatrième année.La réputation de M. Coeur a commencé en province, lors des prédications qu'il fit à Lyon en 1833, et plus tard à Nantes et à Bordeaux. Paris devait appeler à lui un talent déjà si distingué, et la Sorbonne a rendu justice à M. Coeur en le nommant à remplir à la Faculté de Théologie la chaire d'éloquence sacrée.M. Coeur a une figure assez commune, un geste lourd et un timbre de voix un peu voilé. Il manque de ces qualités extérieures qui concourent à faire un orateur. Mais sa parole est d'une lucidité admirable. On lui sait gré de tous les efforts qu'on n'est pas obligé de faire pour saisir sa pensée. Sa manière est savante et philosophique; il excelle à exprimer de ces vérités que tout le monde sait, mais que personne n'avait encore exprimées. Son style est abondant et fleuri.--un peu trop fleuri peut-être; mais c'est là un défaut dont il aurait tort de se corriger tout à fait. Ce qui serait de la recherche dans tout autre semble naturel en lui et il y a tel passage de ses cours et de ses sermons qui rappelle les plus, charmantes page» de Bernardin de Saint-Pierre.M. Coeur n'a pas encore dit son dernier mot comme prédicateur. Mais tout annonce qu'il s'élèvera avant qu'il soit de la réputation de MM. Lacordaire et de Ravignan, à moins qu'il ne soit absorbé complètement par l'enseignement de la Sorbonne.Bulletin bibliographique.Histoire des États-Généraux et des institutions représentatives en France depuis l'origine de la monarchie jusqu'en1789; parA.-C. Thibaudeau, auteur desMémoires sur la Conventionet deL'Histoire du Consulat et de l'Empire. 2 vol. in-8. Paris, 1843. Paulin, 15 fr.«Les États-Généraux ont eu, dit M. Thibaudeau, une influence immense sur les destinées de la nation Française. Dépositaires de ses pouvoirs, ils l'ont éclairée sur ses intérêts et sur ses besoins; ils lui ont révélé et enseigné ses droits, ils ont mis à découvert les abus criants du pouvoir, les plaies profondes de la société; ce sont eux qui en ont indiqué et réclamé les réformes et les remèdes. Ils ont contribué à former l'opinion, à créer un esprit public. De temps en temps ils ont secoué et réveillé la royauté par l'expression du voeu national. Ils l'ont, par l'empire du droit et de la raison, forcée à sortir de son ornière et à marcher avec le siècle. Elle a marché à pas lents, de mauvaise grâce, de mauvaise foi, mais elle n'est pas restée stationnaire. Les célèbres ordonnances qui formaient notre droit publie, dont nos pères se glorifiaient et que l'Europe admirait, ce ne sont ni les rois ni leurs conseillers qui en eurent la pensée: les États-Généraux en ont fourni la matière; elles ont été calquées sur leurs cahiers. C'est au cri des États-Généraux qu'éclata la plus glorieuse des révolutions. Qui peut dire où en serait la France, si elle n'avait pas en les États-Généraux. »L'histoire des États-Généraux, en d'autres termes, l'histoire de la longue lutte de la royauté et de la nation, de la légitimité et de la souveraineté du peuple, de l'absolutisme et de la légalité, tel est le vaste et beau sujet que M. Thibaudeau s'est proposé de traiter, car cette histoire ne tient qu'une petite place dans les histoires de France. Quelques écrivains avaient, il est vrai, essayé, à diverses époques, de combler cette importante lacune; mais leurs travaux sont très-abrégés, superficiels, incomplets et fautifs. D'ailleurs, M. Thibaudeau s'est aidé surtout de documents précieux restés inédits jusqu'à ce jour, et dont ses prédécesseurs n'avaient pas pu profiter.Les États-Généraux ne datent que de 1502. Cependant ils n'ont pas été improvisés. D'autres institutions analogues les ont amenés et leur ont servi de base. Il faut nécessairement connaître ces précédents pour apprécier l'origine des États, leur constitution, leurs vices, leur utilité. Une longue et savante introduction placée en tête du premier volume contient l'exposé des vicissitudes diverses qu'avait subies, pendant sept siècles, depuis sa fondation jusqu'au règne de Philippe le Bel, la monarchie française.Ces prémisses posées, M. Thibaudeau aborde franchement son sujet. Il montre les États-Généraux naissant sous Philippe le Bel (1302), se développant sous ses successeurs, empiétant peu à peu sur l'autorité royale, essayant d'établir un gouvernement représentatif, gouvernant un instant, pendant la captivité du roi Jean, puis, mal compris et mal secondés par le peuple, laissant échapper une partie du pouvoir dont ils s'étaient emparés, ne cessant pas cependant, malgré l'inutilité de leurs réclamations, d'adresser à la couronne des remontrances qui ne seraient pas tolérées dans les gouvernements constitutionnels, préparant autant qu'il était en eux la grande régénération du royaume, remplacés pendant une période de près de deux siècles, de 1614 jusqu'en 1789, par des assemblées de notables, instruments dociles de la monarchie absolue, rappelés enfin en 1789, et disparaissant pour toujours dans cette tempête qui engloutit clergé, noblesse, tiers-état, toute distinction d'ordres, et créa la nation française.History of the House of Commons, from the convention-parliament of 1688-9 to the passing of the reform bill in 1832; byW. Charles Townsend, Esq., recorder of Macclesfield.Histoire de la Chambre des Communesdepuis la convention de 1688-9, jusqu'au vote du bill de réforme en 1832; un vol. in-8. Londres. Colburn, 14 schellings (non traduite.)A en juger par le premier volume qui vient de paraître, cet ouvrage de M. Townsend ne tiendra pas les promesses de son titre. Il n'est jusqu'à présent qu'un recueil assez indigeste d'anecdotes ou de biographies. S'il se fût présenté avec un air plus convenable et plus modeste, il eût été sans aucun doute beaucoup mieux accueilli par la critique; mais il lui sied trop mal d'avoir de telles prétentions. M. Townsend ne peut pas croire qu'il a écrit une histoire de la chambre des communes: il ne le persuadera pas au lecteur, que son annonce mensongère aura trompé.L'histoire que M. Townsend s'était proposé d'écrire renferme une période de 144 années; car elle s'étend depuis la convention de 1688-9 jusqu'à la promulgation du bill de réforme en 1832. Cette période, M. Townsend la divise en trois époques. La première de ces époques, qui commence à l'abdication de Jacques II et finit à la mort de Georges Ier, en 1727, se trouve comprise tout entière dans le premier volume que le libraire Colburn vient de mettre en vente.Ce volume, divisé en treize chapitres, se compose des biographies de tous lesspeakersqui ont présidé la chambre des communes pendant ces 39 années, et de celle des principauxlawyers, ou jurisconsultes qui y ont jeté quelque éclat, Somers, sir Robert Sawyer, sir William Williams, Robert Priée, sir Bartholomew Shower et lord Lechmere. On y trouve en outre trois curieux chapitres sur les diversprivilègesdont jouissaient les membres de la chambre des communes. Mais, nous le répétons une fois encore, pourquoi cette compilation a-t-elle pris un si beau titre?Les Annales du Parlement français, ou Compte-rendu méthodique des débats de la Chambre des Pairs et de la Chambre des Députés, publié par une société de publicistes, sous la direction deM. Fleury(4e année de la publication). Chaque année, 1 volume in-4° du prix de 25 fr.--Chaque discussion se vend séparément 25 cent. la feuille. Paris, Firmin Didot.MM. Firmin Didot suivent, depuis quatre années, l'exemple que leur avait donné le libraire Hansard: à la fin de chaque session ils réimpriment, en un beau volume in-4º, lesParliamentary debatesdes Chambres françaises. Cette publication, faite avec le plus grand soin, ne pouvait manquer d'obtenir un grand succès. D'une part, en effet, elle s'adresse non-seulement aux pairs et aux députés, mais aux administrateurs, aux jurisconsultes, à tous les hommes qui se livrent à des études sérieuses sur la politique, la législation, et à l'économie politique; d'autre part, elle ne peut être remplacée par aucune collection, car elle est conçue sur un plan entièrement nouveau. Tandis que toutes les autres publications périodiques offrent, pour chaque session, une série de séances, lesAnnales du Parlement françaisoffrent, pour la même période, une série de discussions complètes. Tout ce qui concerne le même sujet, depuis lapremièreprésentation du projet jusqu'auderniervote, est réuni sans interruption. Les exposés des motifs et les rapports dans les deux Chambres sont transcritsin extenso. Les discours prononcés sont tantôt reproduits en entier d'après leMoniteur, tantôt analysés avec soin, le plus souvent en conformité des procès-verbaux qui offrent la meilleure garantie d'exactitude et d'impartialité. Les textes des projets présentés, amendés et votés, sont transcrits en entier sur plusieurs colonnes, de manière que l'oeil peut suivre facilement les transformations subies dans la discussion.Chaque volume comprend ainsi une session entière; mais pour que cette classification méthodique ne fasse pas perdre de vue l'ordre naturel des débats, les sommaires des séances, en ordre chronologique, indiquenttousles travaux des deux Chambres et tous les noms des pairs et des députés qui ont pris part aux débats.Enfin des tables alphabétiques permettent de rechercher facilement les travaux des deux Chambres et de chacun de leurs membres.Des Monts-de-Piété et des Banques de prêt sur nantissementen France, en Belgique, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, parA. Blaize. 1 vol.. in-8° de 440 pages. Paris, 1843. Pagnerre, 9 francs.Frappé des inconvénients et des abus actuels des Monts-de-Piété,M. A. Blaizea consacré plusieurs années de sa jeunesse à examiner cette question, qui intéresse à un si haut degré la condition présente et peut-être même l'avenir des classes inférieures. Il a réuni en un seul volume une masse énorme de documents inédits ou disséminés dans de nombreux ouvrages; mais il ne s'est pas contenté de signaler le mal, il a en outre essayé d'indiquer les remèdes capables de le guérir. Le livre qu'il vient de publier est tout à la fois un ouvrage de statistique et de théorie, qui s'adresse aux hommes sérieux et positifs. Toutes les réformes qu'il propose sont, non-seulement possibles, mais immédiatement réalisables.M. A. Blaizea divisé son travail en trois parties. La première comprend l'histoire des banques de prêts sur nantissement depuis le Moyen-Age jusqu'à nos jours Un fait curieux, l'apparition des aventuriers italiens désignés, au Moyen-Age, sous le nom de Caoursins et de Lombards, et qui paraissent avoir été d'abord les agents de la cour de Rome, l'a conduit à des recherches du plus haut intérêt pour l'histoire des finances et de l'économie politique. AinsiM. Blaizea surtout puisé aux sources officielles; les ordonnances du Louvre lui ont fourni des matériaux précieux.La seconde partie est consacrée à l'examen de l'organisation des Monts-de-Piété en général, mais principalement de celui de Paris, le plus considérable de tous. M A. Blaize a étudié ses opérations dans le plus grand détail, et s'est appuyé uniquement sur les comptes administratifs. Il discute avec un soin tout particulier la question des commissionnaires, débattue depuis plusieurs années entre eux et l'administration, et dont la solution, quelle qu'elle soit, ne peut être éloignée et exercera une grande influence sur l'avenir du Mont-de-Piété. Est-il nécessaire d'ajouter qu'il considère en fait et en droit leur suppression «comme chose juste, utile et légale.»Dans la troisième partie, M. A Blaize expose et développe les réformes qu'il voudrait voir introduire dans le régime des Monts-de-Piété. Les institutions ne sauraient rester stationnaires; elles doivent se mettre en harmonie avec le développement progressif des sociétés. M. A. Blaize propose douze réformes principales qui feraient, dit-il, des monts d'impiété, comme les appelait Nicolas Barianno, des banques populaires et de véritables institutions de bienfaisance et contiendraient le germe d'une transformation sociale.Enfin, pour compléter son travail, M. A. Blaize a réuni dans un appendice tous les documents qu'il a pu recueillir sur les banques étrangères de prêts sur nantissement. Il passe successivement en revue l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande, la Belgique, la Hollande, l'Allemagne, l'Italie, le Piémont, l'Espagne, la Russie et la Chine. Trois curieux paragraphes, intitulés: Législation, Jurisprudence et Bibliographie des Monts-de-Piété, terminent cet appendice.M. A. Blaize a rempli son but; il réussira certainement «à appeler sur cette matière, si importante à ses yeux et si ignorée, l'attention des hommes de bien, à provoquer des études sérieuses et les réformes que commandent, en faveur des classes déshéritées, la justice et la raison.» Son livre mérite à un double titre nos éloges. C'est une bonne action et de plus un ouvrage consciencieux, méthodique, clair, et écrit dans certaines parties avec cette noble chaleur qui vient plus encore du coeur que de l'esprit.De la création de la Richesse, ou des intérêts matériels en France, statistique comparée et raisonnée, parJ.-H Schnitzler; 2 vol. in-8º. Paris, 1842. Lebrun, 15 fr.M. J-H. Schnitzler a entrepris, depuis plusieurs années, un important ouvrage, intituleStatistique générale de la France. Cet ouvrage, accompagné de nombreux tableaux et divisé en deux parties, doit former 4 vol. in-8°. La seconde partie seule a paru, sous le titre de:Création de la Richesse. M Schnitzler l'a publiée séparément, «malgré son imperfection trop réelle, afin de mieux débrouiller l'énorme amas de matériaux qu'il lui a fallu mettre en oeuvre, et, afin de puiser, dans les indulgents suffrages du public, l'encouragement dont il a besoin pour mener à bien une entreprise si difficile.»Le premier volume de laCréation de la Richesseest consacré à laproduction, c'est-à-dire à l'industrie dans son acception la plus générale (agriculture, exploitation des mines, industrie manufacturière, etc.) Le second volume traite de lacirculationou du commerce (des importations et des exportations de la France, de ses relations mercantiles avec tous les pays du monde, des transports par terre et par mer, de l'état de tous les ports du royaume, etc.).Ces deux volumes embrassent ainsi lesintérêts matérielsdans leur vaste ensemble et les examinent sous toutes leurs faces.Lesintérêts morauxseront l'objet des deux premiers volumes qui paraîtront dans le courant de cette année. Après avoir traité avec détail du territoire, de la population et de la consommation, M. Schnitzler annonce qu'il exposera d'une manière complète et dans un ordre méthodique, tous les faits relatifs à l'État (constitution, gouvernement, administration, force publique, etc.), à l'Église et aux Écoles.Voyage en Bulgariependant l'année 1841, parM. Blanqui,membre de l'institut; 1 vol. in-18. Paris, 1843. W. Coquebert, 3 fr. 50 c.Vers le milieu de l'année 1841, à la suite de quelques exactions financières plus rudes que de coutume, une partie des populations chrétiennes de la Bulgarie se souleva contre les Turcs. Ce mouvement, mal combiné, fut bientôt comprime par la force militaire. Pendant plusieurs semaines, des bandes d'Albanais, déchaînées contre les insurgés mirent à feu et à sang la malheureuse Bulgarie. Le bruit de leurs dévastations retentit bientôt dans toute l'Europe chrétienne, dont les cabinets venaient de se concerter d'une manière si éclatante en faveur de l'Empire ottoman. La France s'en montra surtout vivement préoccupée, et M. Guizot, ministre des affaires étrangères, chargea alors M Blanqui d'aller constater le véritable état des choses, en traversant la Turquie d'Europe dans sa plus grande longueur, depuis Belgrade jusqu'à Constantinople.M. Blanqui était parti de Paris publiciste de l'opposition, il est revenu de Constantinople candidat ministériel. A son retour, il a rédigé un travail officiel qui ne lui appartient plus; mais il publie aujourd'hui la relation personnelle de son voyage. On ne peut refuser à M. Blanqui un esprit vif et prompt et un style net et facile. SonVoyage en Bulgariea en outre le mérite de nous faire connaître, superficiellement il est vrai, l'état physique, économique et moral d'une vaste contrée bien rarement visitée et plus rarement décrite par les voyageurs français ou étrangers.M. Blanqui s'embarque à Vienne sur le Danube, et descend ce beau fleuve jusqu'à Belgrade, où il rend une visite au prince Michel et à la princesse Lioubitza. A Belgrade il prend la voie de terre pour gagner Constantinople; il traverse successivement Vidin, dont le pacha, le fameux Hussein, l'exterminateur des janissaires, lui fait une magnifique réception, Nissa, Sophie, Ousonnjava, Andrinople et Constantinople. Un bateau à vapeur le ramène ensuite à Malte et à Marseille. L'importance actuelle et future du Danube, les dernières révolutions de la Servie, le caractère, l'agriculture et le commerce des Bulgares, la quarantaine et la navigation à vapeur en Orient, forment les sujets de plusieurs chapitres qui permettent au lecteur de reprendre haleine.... car M. Blanqui ne s'arrête pas longtemps dans le même pays. Enfin un rapport sur les prisons de la Turquie termine ce joli petit volume, dont la lecture est aussi agréable qu'instructive.Poésiesd'Antoinette Quarré, de Dijon; 1 vol. in-8º, 1843. Paris, Ledoyen.--Dijon, Lamarche.Mademoiselle Antoinette Quarré est une jeune lingère qui a toujours habité Dijon, sa ville natale. Dès son enfance, elle aima passionnément la poésie. A peine les travaux de l'atelier lui laissaient-ils un instant du repos, elle lisait les tragédies de Racine; elle en récitait les plus belles tirades. Enfin, un jour le hasard fit tomber entre ses mains un volume desMéditations poétiquesde M. de Lamartine. «Il me sembla, dit-elle, qu'un monde nouveau se révélait à ma pensée, et je m'abandonnai avec délices à l'enivrement de cette lecture, qui venait de compléter en quelque sorte mon existence intellectuelle. Ce livre chéri ne me quitta plus, et, à force de le relire, j'en appris bientôt toutes les pages. C'est ainsi que, accoutumée à cette langue harmonieuse des vers, j'en vins tout naturellement à la parler à mon tour; mes propres pensées se revêtirent d'elles-mêmes d'expressions poétiques, et j'y trouvai du plaisir. »A dater de cette époque, mademoiselle Antoinette Quarré composa, dans ses moments de loisir, quelques petites pièces pleines de fautes et d'incorrections; car les règles de l'art lui étaient tout à fait inconnues; mais déjà un homme d'esprit et de goût. M. Roget de Belloguet, ayant pris connaissance de ces premiers essais, y découvrit les germes d'un beau talent. Il alla trouver la jeune fille ignorante, l'aida de ses conseils et de ses leçons, et plus tard lui fit ouvrir les colonnes d'une revue littéraire qui s'imprimait alors à Dijon. Les premiers vers publiés par mademoiselle Antoinette Quarré furent accueillis avec faveur. M. de Lamartine adressa à la jeune lingère dijonnaise une de ses plus gracieuses épîtres; dès lors la réputation de mademoiselle Quarré s'accrut dans la même proportion que son talent. Une souscription qui fut bientôt remplie s'ouvrit à Dijon pour l'impression de ses oeuvres choisies. Le Conseil municipal et l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, s'empressèrent de s'associer à ce généreux mouvement d'une ville que sa réputation littéraire place au premier rang parmi les villes de la France.Telle est l'histoire de ce charmant volume qui nous arrive de la capitale de la Bourgogne. Disciple de M. de Lamartine, mademoiselle Antoinette Quarré imite parfois un peu servilement les rhythmes de son maître; mais alors même qu'elles paraissent trop monotonement harmonieuses, ses strophes renferment toujours quelque pensée délicate ou profonde. Pour elle, la forme n'est évidemment qu'un moyen, qu'un accessoire. Elle a un but plus élevé, elle cherche à parler à l'âme ou au coeur. On a peine à comprendre, en lisant ses poésies, comment, au milieu des soucis d'une vie laborieuse et pauvre, en gagnant péniblement son pain de chaque jour, une jeune fille a pu atteindre à une pareille perfection de style, développer si largement son intelligence et trouver en elle de tels trésors de sentiment. Cependant le doute est-il possible? Les preuves ne sont-elles pas là dans nos mains, sous nos yeux? N'avons-nous pas luUn fils, la réponse à M. de Lamartine, à mon Perroquet, à Dijon, la Madone, l'Invocation,et tant d'autres petits chefs-d'oeuvre qui nous autorisent à ajouter dès à présent le nom de mademoiselle Antoinette Quarré à la liste déjà si longue des écrivains auxquels Dijon s'enorgueillit d'avoir donné le jour.Rimes héroïques, parAuguste Barbier. 1 joli vol. in-18. Paris, 1843. Paul Masgana, 3 fr. 50.En feuilletant les oeuvres lyriques de Torquato Tasso, M. A. Barbier y a trouvé un recueil de sonnets intitulé:Rime héroïque. Ce sont des vers adresses à différents princes de l'Italie, en l'honneur de leur mariage ou de la naissance de leurs enfants. L'auteur desIambesa pensé que ce titre pouvait s'appliquer avec plus de raison encore aux chants inspirés par ceux qui se sont dévoués au bien de leurs semblables. Il a donc recueilli toutes les pièces, de vers que, dans ses lectures ou dans ses voyages, l'émotion d'un pieux souvenir, un grand acte de vertu ou de patriotisme avaient pu lui inspirer, et les groupant par ordre de temps, il en a composé une sorte de galerie qu'il a décorée du titre deRimes héroïques.--La forme du sonnet est celle que sa pensée a revêtue, «car, dit-il, ce petit poème, d'invention moderne, a le mérite d'encadrer avec précision l'idée ou le sentiment.»M. le Maréchal comte d'Erlon.M. le lieutenant-général Drouet, comte d'Erlon, vient, par ordonnance royale du 9 avril, d'être élevé à la dignité de maréchal de France.Aux termes de la loi du 4 août 1839, sur l'organisation de l'état-major-général de l'armée, le nombre des maréchaux de France est de six au plus en temps de paix, et pourra être porté à douze en temps de guerre. Lorsqu'en temps de paix le nombre des maréchaux de France excédera la limite fixée, la réduction s'opérera par voie d'extinction; toutefois, il pourra être fait une promotion sur trois vacances.A l'époque où cette loi fut rendue, le nombre des maréchaux de France était de douze. Depuis, six d'entre eux sont morts, et sur ces six vacances, deux promotions ont été faites: celles de M. le lieutenant-général comte Horace Sébastiani et de M. le lieutenant-général comte Drouet d'Erlon.M. le maréchal comte d'Erlon.Aujourd'hui, le nombre des maréchaux de France est de huit, dont un seul, M. le duc de Dalmatie, est de la première promotion, faite par Napoléon, le 19 mai 1804, le lendemain de son élévation au trône impérial. Voici les noms des huit maréchaux actuels: Duc deDalmatie(Soult), président du conseil et ministre de la Guerre; duc deReggio(Oudinot), gouverneur de l'hôtel royal des Invalides; comteMolitor; comteGérard, grand-chancelier de l'ordre, royal de la Légion-d'Honneur; marquis deGrouchy; comteValée; comte HoraceSébastiani; comteDrouet d'Erlon.Les six derniers maréchaux morts sont: comte de Lobau (Mouton); marquis Maison; duc de Tarente (Macdonald); duc de Bellune (Victor); duc de Conégliano (Moncey); comte Clauzel.La dignité de maréchal de France, en vertu de la même loi du 4 août 1839, n'est conférée qu'aux lieutenants-généraux qui auront commandé en chef devant l'ennemi: 1° une armée ou un corps d'armée composé de plusieurs divisions de différentes armes; 2º les armes de l'artillerie et du génie dans une armée composée de plusieurs corps d'armée. Le nouvel élu, doyen des lieutenants-généraux depuis quelques années, et dont la nomination à ce grade remonte au 27 août 1803, satisfait depuis longtemps à la première de ces conditions, puisqu'il plusieurs reprises, sous l'Empire, il a commandé en chef des corps d'armée formés de plusieurs divisions.M. le maréchal Drouet d'Erlon, né à Reims le 29 juillet 1765, débuta dans la carrière militaire par être soldat dans un bataillon de volontaires nationaux, où il s'enrôla en 1792. Son courage et son intelligence l'ayant fait distinguer par le général Lefebvre, il devint son aide-de-camp, et fit sous ses ordres les campagnes de 1793, 1794, 1795 et 1796, aux armées de la Moselle et de Sambre-et-Meuse. En 1799, il fut nommé, général de brigade. Attaché à l'armée qui, en 1803, s'empara du Hanovre, il fut élevé au grade de général de division. Il servit en cette qualité à la grande armée d'Allemagne, prit une part active à la bataille d'Iéna, et contribua à la prise de Halle. Chef d'état-major-général du corps d'armée du maréchal Lannes, il se signala à la bataille de Friedland, le 14 juin 1807, et y fut blessé. Le 29 mai, il fut nommé grand-officier de la Légion-d'Honneur. En 1809, il contribua à soumettre le Tyrol. Chargé du commandement du 9e corps d'armée d'Espagne, il obtint, en 1810, des succès en Portugal, et lit sa jonction avec Masséna, le 26 décembre 1811 A la fin de décembre 1812, il força le général anglais Hill à se retirer sous les murs de Lisbonne. En 1815, il commandait l'armée du centre et obtint des succès sur la Guenna. Vers la lin de juillet, il emporta de vive force le Col-de-Maya, après la plus vigoureuse résistance de la part des Espagnols. Il commandait un corps d'armée à la bataille de Vittoria, devint un des lieutenants du maréchal Soult lors de l'invasion de l'armée anglaise dans le midi de la France, et combattit, en 1814, dans toutes les affaires où le territoire national fut énergiquement disputé à l'ennemi, notamment à Orthez et à Toulouse.A la première Restauration, M. le comte d'Erlon fut nommé commandant de la 16e division militaire (Lille), chevalier de Saint-Louis et grand cordon de la Légion-d'Honneur. Après le débarquement de l'Empereur au golfe Juan, le général Lefebvre-Desnouettes ayant formé le projet de rassembler toutes les forces qui se trouvaient dans le nord de la France, pour tenter un coup de main sur Paris, M. le général Drouet d'Erlon fut prévenu de complicité dans ce hardi dessein, et arrêté, le 13 mars 1813, par ordre du duc de Feltre (Clark), alors ministre, de la Guerre. Le cours des événements le rendit bientôt à la liberté, et lui permit de s'emparer de la citadelle de Lille, où il se maintint jusqu'au 20 mars. Le 28 du même mois, il fit proclamer et reconnaître l'Empereur dans la 16e division. Napoléon l'éleva à la pairie par décret du 2 juin, et lui confia le commandement du premier corps de son armée, à la tête duquel il fit, à Fleuras et à Waterloo, des prodiges de valeur que la fortune rendit inutiles. Le général d'Erlon commanda ensuite l'aide droite de l'armée sous Paris, et après la capitulation, il se retira au delà de la Loire. Compris dans l'ordonnance de proscription du 24 juillet 1815, il quitta son corps d'armée, et fut assez heureux pour arriver à Bayreuth, en Bavière, où il trouva un asile. Plus tard il s'établit aux environs de Munich et y vécut, dans une modeste retraite, de l'exploitation industrielle d'une brasserie. Il fut cité, le 12 juin 1815, devant le conseil de guerre de la 11e division militaire, à Bordeaux, pour être jugé par contumace; mais l'instruction n'ayant pas été trouvée suffisante, l'affaire fut suspendue jusqu'à plus ample informé et n'eut pas d'autre suite.La révolution de Juillet 1830 rappela en France le comte d'Erlon, et il fut réintégré dans son grade. Son nom figura de nouveau sur la liste des lieutenants-généraux en activité, publiée par l'Almanach royal et nationalde 1831, après en avoir été effacé pendant quinze années. Pair de France, le 19 novembre 1831, M. le comte d'Erlon fut nommé, par ordonnance royale du 27 juillet 1834, gouverneur-général des possessions françaises dans le nord de l'Afrique, et conserva ce commandement jusqu'au 8 août 1833, jour où il quitta Alger, une ordonnance du 8 juillet lui ayant donné pour successeur le maréchal Clauzel, qu'il vient de remplacer à son tour dans la dignité de maréchal de France. Peu de temps après son retour d'Algérie, M. le lieutenant-général d'Erlon fut appelé de nouveau au commandement de la 12e division militaire, qu'il avait occupé avant son départ pour l'Afrique, et qu'il occupait encore au moment de sa promotion au maréchalat.Sur la Locomotion aérienneLETTREA M. LE DIRECTEUR DE L'ILLUSTRATION.Monsieur,Vous avez inséré dans le dernier numéro de votreJournal universelune description, avec figures, d'une machine à vapeur aérienne. Il paraît que la curiosité publique est vivement excitée, en Angleterre, par cette prétendue invention, et qu'il en a été même question au Parlement. En mettant vos lecteurs au courant du sujet, vous n'avez fait, ce me semble, que justifier votre titre et la promesse de ne rien laisser échapper de ce qui attire l'attention générale, à tort ou à raison. Vous avez eu soin, d'ailleurs, de ne parler de ladécouvertede M. Henson qu'avec une prudente réserve, et je suis convaincu que tous vos lecteurs, mis en garde par la manière dont vous la leur avez exposée, ne l'auront accueillie qu'avec une extrême défiance, peut-être même la plupart avec une complète incrédulité.Pour moi, Monsieur, j'avoue que je me range décidément au nombre de ceux-ci, et je vous demande la permission de vous soumettre quelques réflexions au sujet du problème que M. Henson s'est proposé et de la solution qu'il s'imagine en avoir trouvée. Si vous jugez convenable de les communiquer à mes co-abonnés, j'ose croire que ceux qui prendront la peine de les lire tomberont d'accord avec moi sur l'absurdité théorique de cette solution; et quant à l'impossibilité pratique, je laisse à M. Henson lui-même le soin de la démontrer, s'il ne l'a déjà fait.Le principe fondamental de la nouvelle machine consiste, dit-on, en ce qu'elleemprunte à la Naturela force nécessaire pour se mettre en mouvement et s'élever dans l'air; la machine à vapeur qu'elle porte lui restitue d'ailleurs, à chaque instant, la vitesse que lui fait perdre la résistance de l'air. On ajoute fort judicieusement, comme exemple à l'appui de cette idée, qu'un oiseau s'envole beaucoup plus facilement lorsqu'il est perché au sommet d'un rocher ou d'un arbre, que lorsqu'il lui faut s'élever de terre.Je trouve à ceci, monsieur Henson, une petite difficulté qui m'arrête tout d'abord. Vous lancez votre machine dans les airs, de l'extrémité supérieure d'un plan incliné: fort bien! Mais comment l'aurez-vous hissée au sommet de ce plan?--à grand renfort de poulies, de cordes, de cabestans, d'engrenages, etc.; le tout mis en action par des hommes, par des chevaux, par la vapeur, que sais-je? En tout cas, par un moteur qu'il faut payer; car si laNatureconsent à vous prêter de la force, ce n'est, assurément, pas pour rien. Puis, lorsque vous aurez abandonné l'appareil à lui-même, dans quel sens pensez-vous donc que s'exercera la vitesse qu'il acquiert en vertu de sa chute? Tout le monde ne répond-il pas, dans le sens vertical, de haut en bas.--Comment voulez-vous donc que cette vitesse puisse servir à un mouvement de progression horizontal dans un sens perpendiculaire à sa direction? Bien plus! comment oser dire qu'elle puisse changer de direction, et que votre aérostat d'un nouveau genre ait plus de vitesse à la descente? Ne voyez-vous pas que vous nous proposez tout simplement le mouvement perpétuel? Nierez-vous que votre histoire soit tout à fait analogue à celle du couvreur qui, venant de glisser le long d'un toit, passe, pendant sa chute, devant une fenêtre ouverte au premier étage, et profite de cette heureuse circonstance pour entrer de plain-pied dans l'appartement, à la grande surprise des locataires? Si le grand Newton ne s'est pas avisé de cette importante modification aux lois de la pesanteur universelle, c'est qu'il n'a philosophé qu'à propos de la chute d'une simple pomme dans son jardin. Nous, au contraire, n'avons-nous pas appris par nos bonnes l'anecdote de la chute du couvreur? Étonnez-vous donc un peu des progrès de la mécanique appliquée!Mais votre comparaison de l'oiseau me paraît tout à fait ingénieuse, et je désire vous y suivre, monsieur Henson! Oui, sans doute, votre oiseau vole avec moins de peine quand, d'un point culminant, il s'élance dans les airs, pour se maintenir à la même hauteur ou pour descendre, que lorsqu'il lui faut d'abord s'élever de terre à la hauteur qu'il veut atteindre. Vous-même, j'en suis sûr, vous éprouvez moins de fatigue à descendre qu'à monter un escalier. Il est vraiment à regretter que ces grandes vérités n'aient pas été vulgarisées, depuis longtemps, par quelque coupletad hoc, dans la chanson de M. de la Palice; vous auriez moins de mal à nous les faire comprendre.--Mais comment votre oiseau a-t-il gagné le sommet de l'arbre sur lequel vous le perchez si gratuitement? Comment êtes-vous parvenu au haut de l'escalier que vous n'avez plus qu'à descendre? Je vous vois, vous et votre oiseau, dans un cruel embarras! Il va falloir que vous commenciez, vous, par monter, lui, par s'envoler de bas en haut. Tirez-vous de là si vous pouvez.Encore quelques mots, Monsieur le Directeur.--M. Henson nous promet une machine de la force de 20 chevaux, ne pesant pas plus de 500 kil., avec l'eau nécessaire pour l'entretenir. Je regrette qu'il ne nous ait pas parlé du temps du voyage. Mais jele suppose d'une heure seulement. Or, jusqu'à ce jour, on n'a jamais réussi à brûler moins de 2 kil. et demi de charbon par heure et par force de cheval; ce qui, pour 20 chevaux fait 50 kilog.--Il faut aussi compter au moins 12 kilog. et demi d'eau par heure et par cheval; et, pour la machine en question, 250 kilog.--Comme 50 et 250 l'ont 300 kilog., voilà, si je ne m'abuse, la totalité du poids de la machine absorbé uniquement par l'approvisionnement d'une heure en eau et en charbon. Quant à la machine elle-même, il paraît qu'elle ne pèse rien du tout. Ce résultat n'est pas moins merveilleux que le reste; car on n'a pas encore, que je sache, réduit le poids d'une machine à vapeur à moins de 500 à 400 kilog. par force de cheval développée; ce qui coterait à 6.000 kilog., au bas mot, le poids de celle de M. Henson.Il y a donc quelques raisons de croire, Monsieur le Directeur, que la nouvelle invention doit être classée au premier rang parmi lespuffs-monstres dont l'imagination féconde de nos voisins d'outre-mer nous gratifie si souvent aujourd'hui. Mais ce qui me semble fort divertissant, c'est que, cette fois, où ils paraissent avoir dépassé les limites du genre, ils se sont dupés eux-mêmes, semblables aux conteurs qui finissent par se persuader de la réalité des aventures qu'ils ne peuvent plus faire croire à personne.Agréez, je vous prie, etc.UN DE VOS ABONNÉSRébus.EXPLICATION DUDERNIER RÉBUS.L'approche de la Comète a effrayéles vieilles bonnes femmes..

Depuis ce temps. M. Combalot s'est voué tout entier à la prédication et aux retraites ecclésiastiques. Si Combalot est un véritable orateur: il a toute la fougue, toute l'impétuosité d'un tribun. Sa parole est animée et brûlante; ses images sont belliqueuses et pleines d'actualité. Il y a, dans sa physionomie bilieuse et fortement caractérisée, le cachet d'une indomptable fermeté. La manière de ce prédicateur n'est pas cependant exempte de tout reproche: il est quelquefois incorrect: ses comparaisons sont parfois triviales et ses métaphores heurtées. Un logicien sévère pourrait aussi lui demander plus de suite dans ses raisonnements. Souvent un mot réveille en lui une idée soudaine, qu'il saisit au passage, et il semble alors rompre, pour la suivre, le plan qu'il s'était tracé d'abord. On suit l'improvisation dans ses discours, mais, malgré ces défauts, à cause de ces défauts peut-être. M. Combalot domine son auditoire et le remue profondément.

M. Combalot.

Le talent du M. Lacordaire a beaucoup d'analogie avec celui de M. Combalot: sa puissance d'entraînement est la même, il a ses qualités brillantes et quelques-uns de ses défauts. Il s'écarte moins de son sujet, ou, pour parler plus juste, il y revient souvent. L'éloquence de M. Lacordaire se compose surtout d'élans enthousiastes qui enlèvent les jeunes imaginations. On n'a pas encore oublié le sermon qu'il prêcha à Notre-Dame le 15 janvier 1841. Comme il avait exalté les gloires de la France! comme il avait attiré à lui tous ceux qui se sentaient au coeur quelque fierté nationale! S'il suffisait, pour être un orateur parfait, d'exercer sur son auditoire...... influence toute-puissante, M. Lacordaire serait le premier des orateurs: mais, malheureusement, le moment qui suit n'est pas aussi favorable que celui pendant lequel on l'écoute. Ainsi, dans ce sermon dont nous venons de faire mention, et qu'il prêcha avec son froc de dominicain, beaucoup d'auditeurs parfaitement disposés en sa faveur furent frappés de son exagération.

M. Lacordaire.

M. Lacordaire était avocat avant d'être prêtre. Il est né à Recey-Sur-Ource (Côte-d'Or), et peut avoir aujourd'hui 41 ans, il eut, à ce qu'il dit lui-même, une enfance turbulente, et ses idées, au sortir du collège, n'annonçaient guère un futur prédicateur. Au grand chagrin de sa pieuse mère, il déclarait, à qui voulait l'entendre, que Dieu était une chimère, et le catholicisme une sottise. Son droit terminé, il vint faire son stage à Paris et travailla chez un avocat. Deux ans après, c'est-à-dire en 1824, le jeune athée, subitement converti, était entré au séminaire de Saint-Sulpice. Il ne se proposait rien moins, à cette époque, que d'aller en Amérique convertir les peuplades sauvages, et respirer, loin de cette Europe décrépite, l'air pur du Nouveau-Monde. M. de Lamennais, dont les ouvrages avaient beaucoup contribué à sa conversion, l'en dissuada, et pour donner carrière à son insatiable activité l'attacha depuis à l'Avenir, dont il fut un des principaux rédacteurs.

Le journal tomba. M. Lacordaire accompagna à Rome M. de Lamennais et le quitta brusquement. Il publia bientôt une rétractation, où il déclarait qu'il n'avait jamais adhéré parconvictionaux doctrines de M. de Lamennais, qu'il n'avait fait que céder parlassitudeaux sollicitations qui lui étaient faites en s'associant à son oeuvre.

C'est à dater de cette époque que la réputation de M. Lacordaire, comme orateur, a commencé. Elle grandit en peu de temps. On lui proposa de prêcher le Carême à Notre-Dame en 1835, mais à condition qu'il soumettrait à M. Affre, alors vicaire-général, le plan de ses sermons. On redoutait la fougue et les idées démocratiques du jeune prédicateur. Cependant on ne put si bien faire, que ses discours ne portassent l'empreinte du catholicisme libéral et un peu révolutionnaire de l'Avenir. Il y était question de souveraineté du peuple et d'idées analogues qui ne devaient pas flatter beaucoup un légitimiste inflexible comme M. de Quélen. Un auteur assure avoir vu l'archevêque s'agiter sur son siège pendant que l'orateur développait devant lui ses théories nationales. Aussi n'est-il pas étonnant que, malgré le succès qu'il avait obtenu dans cette station du Carême, on l'engageât à faire un voyage à Rome. Il en revint l'année suivante et prêcha encore à Notre-Dame; comme on trouvait que son style et ses idées n'étaient guère amendés, on lui conseilla un nouveau voyage. On assure que ce fut alors que M. Lacordaire, pour s'affranchir de la censure épiscopale, résolut d'entrer dans l'ordre de Saint-Dominique, dont il prit l'habit en juin 1840.

La figure maigre et allongée de M. Lacordaire s'anime, quand il parle, d'une expression enthousiaste et poétique. C'est un homme à imagination ardente, dont les opinions peuvent changer; mais on sent que sa parole exprime la conviction.

(M. de Ravignan.)

M. de Ravignan a une manière plus posée et plus réfléchie que M. Lacordaire. Il se tient aussi plus en garde contre tout ce qui pourrait donner à la prédication un caractère politique. C'est là le motif qui l'a fait probablement substituer à ce dernier pour les prédications de Notre-Dame. Il suit une marche rigoureusement logique. Malgré la science dont il brille, il ne transporte cependant point son auditoire; on sent comme quelque chose de factice dans la chaleur de son débit et dans la vivacité calculée de son geste.

Où est né M. de Ravignan? les biographes ne sont pas d'accord sur ce point. Les uns le font naître à Paris, les autres à Bordeaux ou dans les environs. La dernière opinion nous paraît la plus vraisemblable.

En 1816, époque à laquelle il fut nommé conseiller-auditeur, M. de Ravignan pouvait avoir vingt-trois ans. Sept ans après, il entra dans la magistrature et occupa avec distinction pendant dix-huit mois la place de substitut du procureur du roi près le tribunal de la Seine. Il renonça au monde, disposa de sa fortune en faveur de ses héritiers naturels et entra au séminaire de Saint-Sulpice, qu'il quitta bientôt pour entrer à Montrouge dans la maison des jésuites. On assure que M. de Ravignan fut tonsuré par M. Frayssinous, que l'on venait de sacrer évêque, et qui, prévoyant dès lors sa gloire future, dit en s'adressant à ceux qui l'entouraient: «Voilà celui qui doit me succéder dans l'oeuvre des conférences.»

Après avoir passé plusieurs années à étudier les Pères de l'Église et à s'instruire dans la science des prédicateurs. M. de Ravignan fut nommé pour prêcher le Carême à Notre-Dame. Ce fut le 12 février 1837 qu'il y ouvrit sa première conférence. Il les a continuées depuis avec un succès dont rien n'annonce le déclin. Prêchant presque toujours sur des matières qui ont rapport au dogme, M. de Ravignan a peu excité la critique des journaux.

Une prédication à Saint-Roch.

M. Coeur n'est pas avocat. Sa vocation semble l'avoir porté d'abord vers le professorat et l'état ecclésiastique. Après avoir achevé ses études, qui furent brillantes, il fut quelque temps régent de rhétorique et deM. Coeur.philosophie dans un petit séminaire de province. Puis, il vint à Paris en 1827 pour suivre les cours publics professés par les hommes célèbres qui ont abandonné depuis les triomphes pacifiques de la Sorbonne et du Collège de France pour une scène plus orageuse. Il y passa deux ans et alla ensuite passer quelque temps dans la solitude de la Chartreuse pour se préparer à recevoir la prêtrise, qui lui fut conférée en juin 1829. Il venait d'atteindre sa vingt-quatrième année.

La réputation de M. Coeur a commencé en province, lors des prédications qu'il fit à Lyon en 1833, et plus tard à Nantes et à Bordeaux. Paris devait appeler à lui un talent déjà si distingué, et la Sorbonne a rendu justice à M. Coeur en le nommant à remplir à la Faculté de Théologie la chaire d'éloquence sacrée.

M. Coeur a une figure assez commune, un geste lourd et un timbre de voix un peu voilé. Il manque de ces qualités extérieures qui concourent à faire un orateur. Mais sa parole est d'une lucidité admirable. On lui sait gré de tous les efforts qu'on n'est pas obligé de faire pour saisir sa pensée. Sa manière est savante et philosophique; il excelle à exprimer de ces vérités que tout le monde sait, mais que personne n'avait encore exprimées. Son style est abondant et fleuri.--un peu trop fleuri peut-être; mais c'est là un défaut dont il aurait tort de se corriger tout à fait. Ce qui serait de la recherche dans tout autre semble naturel en lui et il y a tel passage de ses cours et de ses sermons qui rappelle les plus, charmantes page» de Bernardin de Saint-Pierre.

M. Coeur n'a pas encore dit son dernier mot comme prédicateur. Mais tout annonce qu'il s'élèvera avant qu'il soit de la réputation de MM. Lacordaire et de Ravignan, à moins qu'il ne soit absorbé complètement par l'enseignement de la Sorbonne.

Histoire des États-Généraux et des institutions représentatives en France depuis l'origine de la monarchie jusqu'en1789; parA.-C. Thibaudeau, auteur desMémoires sur la Conventionet deL'Histoire du Consulat et de l'Empire. 2 vol. in-8. Paris, 1843. Paulin, 15 fr.

«Les États-Généraux ont eu, dit M. Thibaudeau, une influence immense sur les destinées de la nation Française. Dépositaires de ses pouvoirs, ils l'ont éclairée sur ses intérêts et sur ses besoins; ils lui ont révélé et enseigné ses droits, ils ont mis à découvert les abus criants du pouvoir, les plaies profondes de la société; ce sont eux qui en ont indiqué et réclamé les réformes et les remèdes. Ils ont contribué à former l'opinion, à créer un esprit public. De temps en temps ils ont secoué et réveillé la royauté par l'expression du voeu national. Ils l'ont, par l'empire du droit et de la raison, forcée à sortir de son ornière et à marcher avec le siècle. Elle a marché à pas lents, de mauvaise grâce, de mauvaise foi, mais elle n'est pas restée stationnaire. Les célèbres ordonnances qui formaient notre droit publie, dont nos pères se glorifiaient et que l'Europe admirait, ce ne sont ni les rois ni leurs conseillers qui en eurent la pensée: les États-Généraux en ont fourni la matière; elles ont été calquées sur leurs cahiers. C'est au cri des États-Généraux qu'éclata la plus glorieuse des révolutions. Qui peut dire où en serait la France, si elle n'avait pas en les États-Généraux. »

L'histoire des États-Généraux, en d'autres termes, l'histoire de la longue lutte de la royauté et de la nation, de la légitimité et de la souveraineté du peuple, de l'absolutisme et de la légalité, tel est le vaste et beau sujet que M. Thibaudeau s'est proposé de traiter, car cette histoire ne tient qu'une petite place dans les histoires de France. Quelques écrivains avaient, il est vrai, essayé, à diverses époques, de combler cette importante lacune; mais leurs travaux sont très-abrégés, superficiels, incomplets et fautifs. D'ailleurs, M. Thibaudeau s'est aidé surtout de documents précieux restés inédits jusqu'à ce jour, et dont ses prédécesseurs n'avaient pas pu profiter.

Les États-Généraux ne datent que de 1502. Cependant ils n'ont pas été improvisés. D'autres institutions analogues les ont amenés et leur ont servi de base. Il faut nécessairement connaître ces précédents pour apprécier l'origine des États, leur constitution, leurs vices, leur utilité. Une longue et savante introduction placée en tête du premier volume contient l'exposé des vicissitudes diverses qu'avait subies, pendant sept siècles, depuis sa fondation jusqu'au règne de Philippe le Bel, la monarchie française.

Ces prémisses posées, M. Thibaudeau aborde franchement son sujet. Il montre les États-Généraux naissant sous Philippe le Bel (1302), se développant sous ses successeurs, empiétant peu à peu sur l'autorité royale, essayant d'établir un gouvernement représentatif, gouvernant un instant, pendant la captivité du roi Jean, puis, mal compris et mal secondés par le peuple, laissant échapper une partie du pouvoir dont ils s'étaient emparés, ne cessant pas cependant, malgré l'inutilité de leurs réclamations, d'adresser à la couronne des remontrances qui ne seraient pas tolérées dans les gouvernements constitutionnels, préparant autant qu'il était en eux la grande régénération du royaume, remplacés pendant une période de près de deux siècles, de 1614 jusqu'en 1789, par des assemblées de notables, instruments dociles de la monarchie absolue, rappelés enfin en 1789, et disparaissant pour toujours dans cette tempête qui engloutit clergé, noblesse, tiers-état, toute distinction d'ordres, et créa la nation française.

History of the House of Commons, from the convention-parliament of 1688-9 to the passing of the reform bill in 1832; byW. Charles Townsend, Esq., recorder of Macclesfield.

Histoire de la Chambre des Communesdepuis la convention de 1688-9, jusqu'au vote du bill de réforme en 1832; un vol. in-8. Londres. Colburn, 14 schellings (non traduite.)

A en juger par le premier volume qui vient de paraître, cet ouvrage de M. Townsend ne tiendra pas les promesses de son titre. Il n'est jusqu'à présent qu'un recueil assez indigeste d'anecdotes ou de biographies. S'il se fût présenté avec un air plus convenable et plus modeste, il eût été sans aucun doute beaucoup mieux accueilli par la critique; mais il lui sied trop mal d'avoir de telles prétentions. M. Townsend ne peut pas croire qu'il a écrit une histoire de la chambre des communes: il ne le persuadera pas au lecteur, que son annonce mensongère aura trompé.

L'histoire que M. Townsend s'était proposé d'écrire renferme une période de 144 années; car elle s'étend depuis la convention de 1688-9 jusqu'à la promulgation du bill de réforme en 1832. Cette période, M. Townsend la divise en trois époques. La première de ces époques, qui commence à l'abdication de Jacques II et finit à la mort de Georges Ier, en 1727, se trouve comprise tout entière dans le premier volume que le libraire Colburn vient de mettre en vente.

Ce volume, divisé en treize chapitres, se compose des biographies de tous lesspeakersqui ont présidé la chambre des communes pendant ces 39 années, et de celle des principauxlawyers, ou jurisconsultes qui y ont jeté quelque éclat, Somers, sir Robert Sawyer, sir William Williams, Robert Priée, sir Bartholomew Shower et lord Lechmere. On y trouve en outre trois curieux chapitres sur les diversprivilègesdont jouissaient les membres de la chambre des communes. Mais, nous le répétons une fois encore, pourquoi cette compilation a-t-elle pris un si beau titre?

Les Annales du Parlement français, ou Compte-rendu méthodique des débats de la Chambre des Pairs et de la Chambre des Députés, publié par une société de publicistes, sous la direction deM. Fleury(4e année de la publication). Chaque année, 1 volume in-4° du prix de 25 fr.--Chaque discussion se vend séparément 25 cent. la feuille. Paris, Firmin Didot.

MM. Firmin Didot suivent, depuis quatre années, l'exemple que leur avait donné le libraire Hansard: à la fin de chaque session ils réimpriment, en un beau volume in-4º, lesParliamentary debatesdes Chambres françaises. Cette publication, faite avec le plus grand soin, ne pouvait manquer d'obtenir un grand succès. D'une part, en effet, elle s'adresse non-seulement aux pairs et aux députés, mais aux administrateurs, aux jurisconsultes, à tous les hommes qui se livrent à des études sérieuses sur la politique, la législation, et à l'économie politique; d'autre part, elle ne peut être remplacée par aucune collection, car elle est conçue sur un plan entièrement nouveau. Tandis que toutes les autres publications périodiques offrent, pour chaque session, une série de séances, lesAnnales du Parlement françaisoffrent, pour la même période, une série de discussions complètes. Tout ce qui concerne le même sujet, depuis lapremièreprésentation du projet jusqu'auderniervote, est réuni sans interruption. Les exposés des motifs et les rapports dans les deux Chambres sont transcritsin extenso. Les discours prononcés sont tantôt reproduits en entier d'après leMoniteur, tantôt analysés avec soin, le plus souvent en conformité des procès-verbaux qui offrent la meilleure garantie d'exactitude et d'impartialité. Les textes des projets présentés, amendés et votés, sont transcrits en entier sur plusieurs colonnes, de manière que l'oeil peut suivre facilement les transformations subies dans la discussion.

Chaque volume comprend ainsi une session entière; mais pour que cette classification méthodique ne fasse pas perdre de vue l'ordre naturel des débats, les sommaires des séances, en ordre chronologique, indiquenttousles travaux des deux Chambres et tous les noms des pairs et des députés qui ont pris part aux débats.

Enfin des tables alphabétiques permettent de rechercher facilement les travaux des deux Chambres et de chacun de leurs membres.

Des Monts-de-Piété et des Banques de prêt sur nantissementen France, en Belgique, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, parA. Blaize. 1 vol.. in-8° de 440 pages. Paris, 1843. Pagnerre, 9 francs.

Frappé des inconvénients et des abus actuels des Monts-de-Piété,M. A. Blaizea consacré plusieurs années de sa jeunesse à examiner cette question, qui intéresse à un si haut degré la condition présente et peut-être même l'avenir des classes inférieures. Il a réuni en un seul volume une masse énorme de documents inédits ou disséminés dans de nombreux ouvrages; mais il ne s'est pas contenté de signaler le mal, il a en outre essayé d'indiquer les remèdes capables de le guérir. Le livre qu'il vient de publier est tout à la fois un ouvrage de statistique et de théorie, qui s'adresse aux hommes sérieux et positifs. Toutes les réformes qu'il propose sont, non-seulement possibles, mais immédiatement réalisables.

M. A. Blaizea divisé son travail en trois parties. La première comprend l'histoire des banques de prêts sur nantissement depuis le Moyen-Age jusqu'à nos jours Un fait curieux, l'apparition des aventuriers italiens désignés, au Moyen-Age, sous le nom de Caoursins et de Lombards, et qui paraissent avoir été d'abord les agents de la cour de Rome, l'a conduit à des recherches du plus haut intérêt pour l'histoire des finances et de l'économie politique. AinsiM. Blaizea surtout puisé aux sources officielles; les ordonnances du Louvre lui ont fourni des matériaux précieux.

La seconde partie est consacrée à l'examen de l'organisation des Monts-de-Piété en général, mais principalement de celui de Paris, le plus considérable de tous. M A. Blaize a étudié ses opérations dans le plus grand détail, et s'est appuyé uniquement sur les comptes administratifs. Il discute avec un soin tout particulier la question des commissionnaires, débattue depuis plusieurs années entre eux et l'administration, et dont la solution, quelle qu'elle soit, ne peut être éloignée et exercera une grande influence sur l'avenir du Mont-de-Piété. Est-il nécessaire d'ajouter qu'il considère en fait et en droit leur suppression «comme chose juste, utile et légale.»

Dans la troisième partie, M. A Blaize expose et développe les réformes qu'il voudrait voir introduire dans le régime des Monts-de-Piété. Les institutions ne sauraient rester stationnaires; elles doivent se mettre en harmonie avec le développement progressif des sociétés. M. A. Blaize propose douze réformes principales qui feraient, dit-il, des monts d'impiété, comme les appelait Nicolas Barianno, des banques populaires et de véritables institutions de bienfaisance et contiendraient le germe d'une transformation sociale.

Enfin, pour compléter son travail, M. A. Blaize a réuni dans un appendice tous les documents qu'il a pu recueillir sur les banques étrangères de prêts sur nantissement. Il passe successivement en revue l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande, la Belgique, la Hollande, l'Allemagne, l'Italie, le Piémont, l'Espagne, la Russie et la Chine. Trois curieux paragraphes, intitulés: Législation, Jurisprudence et Bibliographie des Monts-de-Piété, terminent cet appendice.

M. A. Blaize a rempli son but; il réussira certainement «à appeler sur cette matière, si importante à ses yeux et si ignorée, l'attention des hommes de bien, à provoquer des études sérieuses et les réformes que commandent, en faveur des classes déshéritées, la justice et la raison.» Son livre mérite à un double titre nos éloges. C'est une bonne action et de plus un ouvrage consciencieux, méthodique, clair, et écrit dans certaines parties avec cette noble chaleur qui vient plus encore du coeur que de l'esprit.

De la création de la Richesse, ou des intérêts matériels en France, statistique comparée et raisonnée, parJ.-H Schnitzler; 2 vol. in-8º. Paris, 1842. Lebrun, 15 fr.

M. J-H. Schnitzler a entrepris, depuis plusieurs années, un important ouvrage, intituleStatistique générale de la France. Cet ouvrage, accompagné de nombreux tableaux et divisé en deux parties, doit former 4 vol. in-8°. La seconde partie seule a paru, sous le titre de:Création de la Richesse. M Schnitzler l'a publiée séparément, «malgré son imperfection trop réelle, afin de mieux débrouiller l'énorme amas de matériaux qu'il lui a fallu mettre en oeuvre, et, afin de puiser, dans les indulgents suffrages du public, l'encouragement dont il a besoin pour mener à bien une entreprise si difficile.»

Le premier volume de laCréation de la Richesseest consacré à laproduction, c'est-à-dire à l'industrie dans son acception la plus générale (agriculture, exploitation des mines, industrie manufacturière, etc.) Le second volume traite de lacirculationou du commerce (des importations et des exportations de la France, de ses relations mercantiles avec tous les pays du monde, des transports par terre et par mer, de l'état de tous les ports du royaume, etc.).

Ces deux volumes embrassent ainsi lesintérêts matérielsdans leur vaste ensemble et les examinent sous toutes leurs faces.

Lesintérêts morauxseront l'objet des deux premiers volumes qui paraîtront dans le courant de cette année. Après avoir traité avec détail du territoire, de la population et de la consommation, M. Schnitzler annonce qu'il exposera d'une manière complète et dans un ordre méthodique, tous les faits relatifs à l'État (constitution, gouvernement, administration, force publique, etc.), à l'Église et aux Écoles.

Voyage en Bulgariependant l'année 1841, parM. Blanqui,membre de l'institut; 1 vol. in-18. Paris, 1843. W. Coquebert, 3 fr. 50 c.

Vers le milieu de l'année 1841, à la suite de quelques exactions financières plus rudes que de coutume, une partie des populations chrétiennes de la Bulgarie se souleva contre les Turcs. Ce mouvement, mal combiné, fut bientôt comprime par la force militaire. Pendant plusieurs semaines, des bandes d'Albanais, déchaînées contre les insurgés mirent à feu et à sang la malheureuse Bulgarie. Le bruit de leurs dévastations retentit bientôt dans toute l'Europe chrétienne, dont les cabinets venaient de se concerter d'une manière si éclatante en faveur de l'Empire ottoman. La France s'en montra surtout vivement préoccupée, et M. Guizot, ministre des affaires étrangères, chargea alors M Blanqui d'aller constater le véritable état des choses, en traversant la Turquie d'Europe dans sa plus grande longueur, depuis Belgrade jusqu'à Constantinople.

M. Blanqui était parti de Paris publiciste de l'opposition, il est revenu de Constantinople candidat ministériel. A son retour, il a rédigé un travail officiel qui ne lui appartient plus; mais il publie aujourd'hui la relation personnelle de son voyage. On ne peut refuser à M. Blanqui un esprit vif et prompt et un style net et facile. SonVoyage en Bulgariea en outre le mérite de nous faire connaître, superficiellement il est vrai, l'état physique, économique et moral d'une vaste contrée bien rarement visitée et plus rarement décrite par les voyageurs français ou étrangers.

M. Blanqui s'embarque à Vienne sur le Danube, et descend ce beau fleuve jusqu'à Belgrade, où il rend une visite au prince Michel et à la princesse Lioubitza. A Belgrade il prend la voie de terre pour gagner Constantinople; il traverse successivement Vidin, dont le pacha, le fameux Hussein, l'exterminateur des janissaires, lui fait une magnifique réception, Nissa, Sophie, Ousonnjava, Andrinople et Constantinople. Un bateau à vapeur le ramène ensuite à Malte et à Marseille. L'importance actuelle et future du Danube, les dernières révolutions de la Servie, le caractère, l'agriculture et le commerce des Bulgares, la quarantaine et la navigation à vapeur en Orient, forment les sujets de plusieurs chapitres qui permettent au lecteur de reprendre haleine.... car M. Blanqui ne s'arrête pas longtemps dans le même pays. Enfin un rapport sur les prisons de la Turquie termine ce joli petit volume, dont la lecture est aussi agréable qu'instructive.

Poésiesd'Antoinette Quarré, de Dijon; 1 vol. in-8º, 1843. Paris, Ledoyen.--Dijon, Lamarche.

Mademoiselle Antoinette Quarré est une jeune lingère qui a toujours habité Dijon, sa ville natale. Dès son enfance, elle aima passionnément la poésie. A peine les travaux de l'atelier lui laissaient-ils un instant du repos, elle lisait les tragédies de Racine; elle en récitait les plus belles tirades. Enfin, un jour le hasard fit tomber entre ses mains un volume desMéditations poétiquesde M. de Lamartine. «Il me sembla, dit-elle, qu'un monde nouveau se révélait à ma pensée, et je m'abandonnai avec délices à l'enivrement de cette lecture, qui venait de compléter en quelque sorte mon existence intellectuelle. Ce livre chéri ne me quitta plus, et, à force de le relire, j'en appris bientôt toutes les pages. C'est ainsi que, accoutumée à cette langue harmonieuse des vers, j'en vins tout naturellement à la parler à mon tour; mes propres pensées se revêtirent d'elles-mêmes d'expressions poétiques, et j'y trouvai du plaisir. »

A dater de cette époque, mademoiselle Antoinette Quarré composa, dans ses moments de loisir, quelques petites pièces pleines de fautes et d'incorrections; car les règles de l'art lui étaient tout à fait inconnues; mais déjà un homme d'esprit et de goût. M. Roget de Belloguet, ayant pris connaissance de ces premiers essais, y découvrit les germes d'un beau talent. Il alla trouver la jeune fille ignorante, l'aida de ses conseils et de ses leçons, et plus tard lui fit ouvrir les colonnes d'une revue littéraire qui s'imprimait alors à Dijon. Les premiers vers publiés par mademoiselle Antoinette Quarré furent accueillis avec faveur. M. de Lamartine adressa à la jeune lingère dijonnaise une de ses plus gracieuses épîtres; dès lors la réputation de mademoiselle Quarré s'accrut dans la même proportion que son talent. Une souscription qui fut bientôt remplie s'ouvrit à Dijon pour l'impression de ses oeuvres choisies. Le Conseil municipal et l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, s'empressèrent de s'associer à ce généreux mouvement d'une ville que sa réputation littéraire place au premier rang parmi les villes de la France.

Telle est l'histoire de ce charmant volume qui nous arrive de la capitale de la Bourgogne. Disciple de M. de Lamartine, mademoiselle Antoinette Quarré imite parfois un peu servilement les rhythmes de son maître; mais alors même qu'elles paraissent trop monotonement harmonieuses, ses strophes renferment toujours quelque pensée délicate ou profonde. Pour elle, la forme n'est évidemment qu'un moyen, qu'un accessoire. Elle a un but plus élevé, elle cherche à parler à l'âme ou au coeur. On a peine à comprendre, en lisant ses poésies, comment, au milieu des soucis d'une vie laborieuse et pauvre, en gagnant péniblement son pain de chaque jour, une jeune fille a pu atteindre à une pareille perfection de style, développer si largement son intelligence et trouver en elle de tels trésors de sentiment. Cependant le doute est-il possible? Les preuves ne sont-elles pas là dans nos mains, sous nos yeux? N'avons-nous pas luUn fils, la réponse à M. de Lamartine, à mon Perroquet, à Dijon, la Madone, l'Invocation,et tant d'autres petits chefs-d'oeuvre qui nous autorisent à ajouter dès à présent le nom de mademoiselle Antoinette Quarré à la liste déjà si longue des écrivains auxquels Dijon s'enorgueillit d'avoir donné le jour.

Rimes héroïques, parAuguste Barbier. 1 joli vol. in-18. Paris, 1843. Paul Masgana, 3 fr. 50.

En feuilletant les oeuvres lyriques de Torquato Tasso, M. A. Barbier y a trouvé un recueil de sonnets intitulé:Rime héroïque. Ce sont des vers adresses à différents princes de l'Italie, en l'honneur de leur mariage ou de la naissance de leurs enfants. L'auteur desIambesa pensé que ce titre pouvait s'appliquer avec plus de raison encore aux chants inspirés par ceux qui se sont dévoués au bien de leurs semblables. Il a donc recueilli toutes les pièces, de vers que, dans ses lectures ou dans ses voyages, l'émotion d'un pieux souvenir, un grand acte de vertu ou de patriotisme avaient pu lui inspirer, et les groupant par ordre de temps, il en a composé une sorte de galerie qu'il a décorée du titre deRimes héroïques.--La forme du sonnet est celle que sa pensée a revêtue, «car, dit-il, ce petit poème, d'invention moderne, a le mérite d'encadrer avec précision l'idée ou le sentiment.»

M. le lieutenant-général Drouet, comte d'Erlon, vient, par ordonnance royale du 9 avril, d'être élevé à la dignité de maréchal de France.

Aux termes de la loi du 4 août 1839, sur l'organisation de l'état-major-général de l'armée, le nombre des maréchaux de France est de six au plus en temps de paix, et pourra être porté à douze en temps de guerre. Lorsqu'en temps de paix le nombre des maréchaux de France excédera la limite fixée, la réduction s'opérera par voie d'extinction; toutefois, il pourra être fait une promotion sur trois vacances.

A l'époque où cette loi fut rendue, le nombre des maréchaux de France était de douze. Depuis, six d'entre eux sont morts, et sur ces six vacances, deux promotions ont été faites: celles de M. le lieutenant-général comte Horace Sébastiani et de M. le lieutenant-général comte Drouet d'Erlon.

M. le maréchal comte d'Erlon.

Aujourd'hui, le nombre des maréchaux de France est de huit, dont un seul, M. le duc de Dalmatie, est de la première promotion, faite par Napoléon, le 19 mai 1804, le lendemain de son élévation au trône impérial. Voici les noms des huit maréchaux actuels: Duc deDalmatie(Soult), président du conseil et ministre de la Guerre; duc deReggio(Oudinot), gouverneur de l'hôtel royal des Invalides; comteMolitor; comteGérard, grand-chancelier de l'ordre, royal de la Légion-d'Honneur; marquis deGrouchy; comteValée; comte HoraceSébastiani; comteDrouet d'Erlon.

Les six derniers maréchaux morts sont: comte de Lobau (Mouton); marquis Maison; duc de Tarente (Macdonald); duc de Bellune (Victor); duc de Conégliano (Moncey); comte Clauzel.

La dignité de maréchal de France, en vertu de la même loi du 4 août 1839, n'est conférée qu'aux lieutenants-généraux qui auront commandé en chef devant l'ennemi: 1° une armée ou un corps d'armée composé de plusieurs divisions de différentes armes; 2º les armes de l'artillerie et du génie dans une armée composée de plusieurs corps d'armée. Le nouvel élu, doyen des lieutenants-généraux depuis quelques années, et dont la nomination à ce grade remonte au 27 août 1803, satisfait depuis longtemps à la première de ces conditions, puisqu'il plusieurs reprises, sous l'Empire, il a commandé en chef des corps d'armée formés de plusieurs divisions.

M. le maréchal Drouet d'Erlon, né à Reims le 29 juillet 1765, débuta dans la carrière militaire par être soldat dans un bataillon de volontaires nationaux, où il s'enrôla en 1792. Son courage et son intelligence l'ayant fait distinguer par le général Lefebvre, il devint son aide-de-camp, et fit sous ses ordres les campagnes de 1793, 1794, 1795 et 1796, aux armées de la Moselle et de Sambre-et-Meuse. En 1799, il fut nommé, général de brigade. Attaché à l'armée qui, en 1803, s'empara du Hanovre, il fut élevé au grade de général de division. Il servit en cette qualité à la grande armée d'Allemagne, prit une part active à la bataille d'Iéna, et contribua à la prise de Halle. Chef d'état-major-général du corps d'armée du maréchal Lannes, il se signala à la bataille de Friedland, le 14 juin 1807, et y fut blessé. Le 29 mai, il fut nommé grand-officier de la Légion-d'Honneur. En 1809, il contribua à soumettre le Tyrol. Chargé du commandement du 9e corps d'armée d'Espagne, il obtint, en 1810, des succès en Portugal, et lit sa jonction avec Masséna, le 26 décembre 1811 A la fin de décembre 1812, il força le général anglais Hill à se retirer sous les murs de Lisbonne. En 1815, il commandait l'armée du centre et obtint des succès sur la Guenna. Vers la lin de juillet, il emporta de vive force le Col-de-Maya, après la plus vigoureuse résistance de la part des Espagnols. Il commandait un corps d'armée à la bataille de Vittoria, devint un des lieutenants du maréchal Soult lors de l'invasion de l'armée anglaise dans le midi de la France, et combattit, en 1814, dans toutes les affaires où le territoire national fut énergiquement disputé à l'ennemi, notamment à Orthez et à Toulouse.

A la première Restauration, M. le comte d'Erlon fut nommé commandant de la 16e division militaire (Lille), chevalier de Saint-Louis et grand cordon de la Légion-d'Honneur. Après le débarquement de l'Empereur au golfe Juan, le général Lefebvre-Desnouettes ayant formé le projet de rassembler toutes les forces qui se trouvaient dans le nord de la France, pour tenter un coup de main sur Paris, M. le général Drouet d'Erlon fut prévenu de complicité dans ce hardi dessein, et arrêté, le 13 mars 1813, par ordre du duc de Feltre (Clark), alors ministre, de la Guerre. Le cours des événements le rendit bientôt à la liberté, et lui permit de s'emparer de la citadelle de Lille, où il se maintint jusqu'au 20 mars. Le 28 du même mois, il fit proclamer et reconnaître l'Empereur dans la 16e division. Napoléon l'éleva à la pairie par décret du 2 juin, et lui confia le commandement du premier corps de son armée, à la tête duquel il fit, à Fleuras et à Waterloo, des prodiges de valeur que la fortune rendit inutiles. Le général d'Erlon commanda ensuite l'aide droite de l'armée sous Paris, et après la capitulation, il se retira au delà de la Loire. Compris dans l'ordonnance de proscription du 24 juillet 1815, il quitta son corps d'armée, et fut assez heureux pour arriver à Bayreuth, en Bavière, où il trouva un asile. Plus tard il s'établit aux environs de Munich et y vécut, dans une modeste retraite, de l'exploitation industrielle d'une brasserie. Il fut cité, le 12 juin 1815, devant le conseil de guerre de la 11e division militaire, à Bordeaux, pour être jugé par contumace; mais l'instruction n'ayant pas été trouvée suffisante, l'affaire fut suspendue jusqu'à plus ample informé et n'eut pas d'autre suite.

La révolution de Juillet 1830 rappela en France le comte d'Erlon, et il fut réintégré dans son grade. Son nom figura de nouveau sur la liste des lieutenants-généraux en activité, publiée par l'Almanach royal et nationalde 1831, après en avoir été effacé pendant quinze années. Pair de France, le 19 novembre 1831, M. le comte d'Erlon fut nommé, par ordonnance royale du 27 juillet 1834, gouverneur-général des possessions françaises dans le nord de l'Afrique, et conserva ce commandement jusqu'au 8 août 1833, jour où il quitta Alger, une ordonnance du 8 juillet lui ayant donné pour successeur le maréchal Clauzel, qu'il vient de remplacer à son tour dans la dignité de maréchal de France. Peu de temps après son retour d'Algérie, M. le lieutenant-général d'Erlon fut appelé de nouveau au commandement de la 12e division militaire, qu'il avait occupé avant son départ pour l'Afrique, et qu'il occupait encore au moment de sa promotion au maréchalat.

Monsieur,

Vous avez inséré dans le dernier numéro de votreJournal universelune description, avec figures, d'une machine à vapeur aérienne. Il paraît que la curiosité publique est vivement excitée, en Angleterre, par cette prétendue invention, et qu'il en a été même question au Parlement. En mettant vos lecteurs au courant du sujet, vous n'avez fait, ce me semble, que justifier votre titre et la promesse de ne rien laisser échapper de ce qui attire l'attention générale, à tort ou à raison. Vous avez eu soin, d'ailleurs, de ne parler de ladécouvertede M. Henson qu'avec une prudente réserve, et je suis convaincu que tous vos lecteurs, mis en garde par la manière dont vous la leur avez exposée, ne l'auront accueillie qu'avec une extrême défiance, peut-être même la plupart avec une complète incrédulité.

Pour moi, Monsieur, j'avoue que je me range décidément au nombre de ceux-ci, et je vous demande la permission de vous soumettre quelques réflexions au sujet du problème que M. Henson s'est proposé et de la solution qu'il s'imagine en avoir trouvée. Si vous jugez convenable de les communiquer à mes co-abonnés, j'ose croire que ceux qui prendront la peine de les lire tomberont d'accord avec moi sur l'absurdité théorique de cette solution; et quant à l'impossibilité pratique, je laisse à M. Henson lui-même le soin de la démontrer, s'il ne l'a déjà fait.

Le principe fondamental de la nouvelle machine consiste, dit-on, en ce qu'elleemprunte à la Naturela force nécessaire pour se mettre en mouvement et s'élever dans l'air; la machine à vapeur qu'elle porte lui restitue d'ailleurs, à chaque instant, la vitesse que lui fait perdre la résistance de l'air. On ajoute fort judicieusement, comme exemple à l'appui de cette idée, qu'un oiseau s'envole beaucoup plus facilement lorsqu'il est perché au sommet d'un rocher ou d'un arbre, que lorsqu'il lui faut s'élever de terre.

Je trouve à ceci, monsieur Henson, une petite difficulté qui m'arrête tout d'abord. Vous lancez votre machine dans les airs, de l'extrémité supérieure d'un plan incliné: fort bien! Mais comment l'aurez-vous hissée au sommet de ce plan?--à grand renfort de poulies, de cordes, de cabestans, d'engrenages, etc.; le tout mis en action par des hommes, par des chevaux, par la vapeur, que sais-je? En tout cas, par un moteur qu'il faut payer; car si laNatureconsent à vous prêter de la force, ce n'est, assurément, pas pour rien. Puis, lorsque vous aurez abandonné l'appareil à lui-même, dans quel sens pensez-vous donc que s'exercera la vitesse qu'il acquiert en vertu de sa chute? Tout le monde ne répond-il pas, dans le sens vertical, de haut en bas.--Comment voulez-vous donc que cette vitesse puisse servir à un mouvement de progression horizontal dans un sens perpendiculaire à sa direction? Bien plus! comment oser dire qu'elle puisse changer de direction, et que votre aérostat d'un nouveau genre ait plus de vitesse à la descente? Ne voyez-vous pas que vous nous proposez tout simplement le mouvement perpétuel? Nierez-vous que votre histoire soit tout à fait analogue à celle du couvreur qui, venant de glisser le long d'un toit, passe, pendant sa chute, devant une fenêtre ouverte au premier étage, et profite de cette heureuse circonstance pour entrer de plain-pied dans l'appartement, à la grande surprise des locataires? Si le grand Newton ne s'est pas avisé de cette importante modification aux lois de la pesanteur universelle, c'est qu'il n'a philosophé qu'à propos de la chute d'une simple pomme dans son jardin. Nous, au contraire, n'avons-nous pas appris par nos bonnes l'anecdote de la chute du couvreur? Étonnez-vous donc un peu des progrès de la mécanique appliquée!

Mais votre comparaison de l'oiseau me paraît tout à fait ingénieuse, et je désire vous y suivre, monsieur Henson! Oui, sans doute, votre oiseau vole avec moins de peine quand, d'un point culminant, il s'élance dans les airs, pour se maintenir à la même hauteur ou pour descendre, que lorsqu'il lui faut d'abord s'élever de terre à la hauteur qu'il veut atteindre. Vous-même, j'en suis sûr, vous éprouvez moins de fatigue à descendre qu'à monter un escalier. Il est vraiment à regretter que ces grandes vérités n'aient pas été vulgarisées, depuis longtemps, par quelque coupletad hoc, dans la chanson de M. de la Palice; vous auriez moins de mal à nous les faire comprendre.--Mais comment votre oiseau a-t-il gagné le sommet de l'arbre sur lequel vous le perchez si gratuitement? Comment êtes-vous parvenu au haut de l'escalier que vous n'avez plus qu'à descendre? Je vous vois, vous et votre oiseau, dans un cruel embarras! Il va falloir que vous commenciez, vous, par monter, lui, par s'envoler de bas en haut. Tirez-vous de là si vous pouvez.

Encore quelques mots, Monsieur le Directeur.--M. Henson nous promet une machine de la force de 20 chevaux, ne pesant pas plus de 500 kil., avec l'eau nécessaire pour l'entretenir. Je regrette qu'il ne nous ait pas parlé du temps du voyage. Mais jele suppose d'une heure seulement. Or, jusqu'à ce jour, on n'a jamais réussi à brûler moins de 2 kil. et demi de charbon par heure et par force de cheval; ce qui, pour 20 chevaux fait 50 kilog.--Il faut aussi compter au moins 12 kilog. et demi d'eau par heure et par cheval; et, pour la machine en question, 250 kilog.--Comme 50 et 250 l'ont 300 kilog., voilà, si je ne m'abuse, la totalité du poids de la machine absorbé uniquement par l'approvisionnement d'une heure en eau et en charbon. Quant à la machine elle-même, il paraît qu'elle ne pèse rien du tout. Ce résultat n'est pas moins merveilleux que le reste; car on n'a pas encore, que je sache, réduit le poids d'une machine à vapeur à moins de 500 à 400 kilog. par force de cheval développée; ce qui coterait à 6.000 kilog., au bas mot, le poids de celle de M. Henson.

Il y a donc quelques raisons de croire, Monsieur le Directeur, que la nouvelle invention doit être classée au premier rang parmi lespuffs-monstres dont l'imagination féconde de nos voisins d'outre-mer nous gratifie si souvent aujourd'hui. Mais ce qui me semble fort divertissant, c'est que, cette fois, où ils paraissent avoir dépassé les limites du genre, ils se sont dupés eux-mêmes, semblables aux conteurs qui finissent par se persuader de la réalité des aventures qu'ils ne peuvent plus faire croire à personne.

Agréez, je vous prie, etc.

UN DE VOS ABONNÉS

L'approche de la Comète a effrayéles vieilles bonnes femmes..


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