Caricatures par Bertal.

Aisne                           36Nord                           158Oise                             8Pas-de-Calais                   79Puy-de-Dôme                     10Seine-et-Oise                    4Somme                           3734 autres départements          50Total égale   382Les droits sur le sucre indigène ont, en 1842, rapporté au Trésor une somme de 8.981.000 fr.La betterave est cultivée dans quarante et un départements; mais le rendement est loin d'être égal pour chacun d'eux. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de compléter le tableau suivant, que nous empruntons à laStatistique agricole de la France, publié en 1840.Nombre d'hect.  Quintaux métr.    ProduitDépartements         cultivés       recueillis.    par hectare.Nord                   12.244       5,145.599         420Pas-de-Calais           7.167       2.316.123         525Haut-Rhin.              1.757         602.454         347Ardennes.                 141          42.066         297Puy-de-Dôme.            1,020         286.927         279Aisne.                  3.359         859.742         256Bas-Rhin.               1,945         446.186         230Ain.                      216          27.917         129Dans les départements où la terre est propice à la culture de la betterave, un hectare rend 3.675 kilog. de sucre, et il pourrait en donner jusqu'à 4,400. Dans le principe, on n'obtenait que 50 kilog. de jus pour 100 kilog. de betteraves; mais on est parvenu à retirer 70 à 75 kilog. de premier jet.Après ces données générales, nous pouvons exposer les procédés de la fabrication actuelle du sucre de betterave. On met en pratique deux modes principaux, celui ditde la cristallisation lente, et celuide la cristallisation prompteou dela cuite. Ces deux modes ont été décrits avec une telle précision par M. Crespel-Delisse, fabricant à Arras, lorsqu'il fut entendu dans la dernière enquête sur les sucres, que nous croyons devoir copier ici textuellement sa déposition. Nous le faisons d'autant plus volontiers, que nous essaierions peut-être en vain d'atteindre à l'exactitude de ses descriptions:«Les manipulations, d'après le mode de la cristallisation lente, dit M. Crespel-Delisse, sont: le lavage, le râpage, le pressurage, l'acidification, l'évaporation, la clarification, la cristallisation et l'extraction de la mélasse du sucre brut.«La betterave, amenée des champs ou des magasins, est jetée dans de grands baquets pleins d'eau; des hommes la frottent avec un balai, et la retournent de tous les sens jusqu'à ce qu'elle soit propre. On la retire de ces baquets avec une pelle de bois, percée de divers trous, de trois centimètres de diamètre.«Du lavoir, la betterave est portée à la râpe, cylindre armé de lames de scie, et auquel on imprime un mouvement de rotation d'environ mille tours par minute. Cette impulsion est donnée par des boeufs attelés à un manège; la betterave est poussée contre la râpe, dans les coulisseaux, par un sabot de bois; la pulpe est reçue dans un baquet de cuivre.«La pulpe est prise de ce baquet avec une pelle de bois, et mise dans une toile de chanvre un peu claire. Ce sac est étendu sur une claie en osier, le bout du sac reployé de manière à ce que la pulpe ne s'en échappe pas. On forme une pile de trente sacs, ainsi rangés, que l'on soumet à l'action d'une presse hydraulique, en dix minutes, la pression s'effectue, et on tire de cette pile un hectolitre et demi de jus, environ 75 à 80 p. 100 du poids de la pulpe.«Le jus est reçu de la presse dans des baquets doublés de plomb de la contenance de 8 hectolitres. Aussitôt qu'un bac est plein, on y ajoute, en le mêlant au liquide, deux hectogrammes d'acide sulfuriquc concentré à 66 degrés, et préalablement étendu d'eau dans la proportion d'une partie d'acide sur quatre parties d'eau. Ainsi préparé, le jus peut se conserver vingt-quatre heures.«Le jus est monté par une pompe dans la chaudière à défécation; sa contenance est aussi de 8 hectolitres. On met le feu au fourneau; on ajoute aussitôt au liquide 2 hectogrammes 50 grammes de chaux vive, que l'on a fait éteindre pour former un lait de chaux. Un brosse le tout fortement, et lorsque la masse est arrivée à 50 degrés de chaleur du thermomètre de Réaumur, on y ajoute de nouveau 8 litres de sang de boeuf ou de lait écrémé; ou pousse activement le feu et on le retire au premier bouillon, c'est-à-dire quand le jus a atteint 80 degrés Réaumur. Ou enlève toutes les parties hétérogènes qui se sont accumulées à la surface du liquide. Ces eaux sont portées dans des sacs soumis aussi à la pression d'une presse à vis, pour retirer toutes les parties liquides, lesquelles sont reportées dans la chaudière d'évaporation.«Le liquide, laissé en repos après la défécation, est tiré au clair par un robinet placé au fond de la chaudière. Les huit hectolitres sont partagés en deux chaudières d'évaporation. On ajoute au jus déféqué 5 hectogrammes de noir animal par hectolitre. On accélère, autant que possible, l'évaporation par une ébullition forte et prolongée, jusqu'à ce que le sirop marque 52 degrés à l'aréomètre de Beaume.«Le sirop est reçu des chaudières d'évaporation dans un chaudière de clarification, et lorsque plusieurs opérations réunies forment une quantité de six hectolitres, on procède à la clarification en mettant au sirop six à huit litres de sang de boeuf, ou de lait écrémé. On fait faire un ou deux bouillons à la masse, on tire le feu du fourneau et l'on fait rouler le sirop avec toutes ses impuretés dans des cuves de la contenance de six hectolitres si on se dispose à faire cristalliser lentement, et dans des filtres, si on veut procéder à la cristallisation prompte.«Après trois ou quatre jours de repos du sirop dans les cuves, on le décante au moyen de robinets placés à différentes distances du fond de ces cuves. Il est porté bien clair à l'étuve, et mis dans des cristallisoirs placés sur des rayons. Ou entretient dans l'étuve une chaleur de 50 degrés Réaumur, et par une évaporation lente que subit le sirop, il se forme à la surface une couche cristalline que l'on a soin de briser tous les deux jours.Après six semaines de séjour à l'étuve, le sirop est complètement cristallisé. On reprend alors les cristallisoirs, on le« pose debout au-dessus d'un réservoir, pour laisser écouler le plus gros de la mélasse. Le sucre reste en masse dans le cristallisoir; on l'en détache pour le porter à deux cylindres à travers lesquels on le fait passer à plusieurs reprises Cette manipulation a pour but de séparer les cristaux qui adhèrent fortement les uns aux autres, et par le frottement de ces cristaux les uns contre les autres, la mélasse qui se trouve desséchée à leur surface s'en détache. Au sortir des cylindres, le sucre a l'apparence d'une pâte; on le met dans des sacs entre deux claies d'osier, ainsi qu'on le fait pour la pulpe, et on en soumet une pile d'environ quarante sacs à l'action d'une presse hydraulique. Après vingt-quatre heures, on le retire pour être livré à la consommation.»Intérieur de la Sucrerie de betteraves de Château-Frayé,près Villeneuve-Saint-Georges.--Première vue.Il nous reste actuellement à indiquer le second mode de fabrication; celuipar la cristallisation prompte, onla cuite.Nous emprunterons encore à M. Crespel-Delisse la description des procédés qui s'emploient le plus généralement:«Jusqu'à la sixième manipulation, dit-il, la fabrication est conduite de la même manière que dans la cristallisation lente. Arrivé là, le sirop est coulé dans des filtres, et le sirop clair est reçu dans un réservoir commun.«Le sirop est monté par une pompe dans une chaudière de cuivre où on lui fait subir une nouvelle évaporation par une forte ébullition, et lorsqu'il a atteint une densité de 30 à 40 degrés de l'aréomètre de Beaume, ou un degré de chaleur élevé dans la masse du sirop à 90 degrés Réaumur, il est porté dans un rafraîchissoir. Après la réunion de plusieurs cuites successives, ce sirop cuit est porté dans des formes bâtardes: il s'y cristallise en vingt-quatre heures, et après ce temps on débouche les formes pour opérer l'écoulement de la mélasse Les formes sont placées sur des pots destinés à recevoir la mélasse Il faut trois semaines à un mois pour obtenir la purgation des sucres lorsque, les matières sont de bonne qualité, et jusqu'à deux ou trois mois lorsqu'elles sont mauvaises.«Comme il est impossible d'obtenir du premier jet tout le sucre que contient le sirop soumis à la cuite, on reprend les mélasses provenant de la purgation que l'on reporte à la chaudière de cuite. On obtient encore de ces mélasses un sucre de seconde qualité.»Le procédéà la cuitea peu à peu prévalu, chez la plupart des fabricants, sur celui de la cristallisation lente. Les motifs qui ont déterminé leur préférence à cet égard sont consignés dans une déposition de Ml. Blanquet (de Famars). Nous allons la transcrire ici, autant pour compléter l'histoire de tous les procédés en usage, que pour faciliter l'intelligence de ce qui va suivre.Intérieur de la Sucrerie de betteraves deChâteau-Frayé.--Deuxième vue.«Nous avons été effrayé, dit M. Blanquet, de la lenteur des opérations pour obtenir le sucre par la cristallisation lente, et de l'apparence toute particulière qu'il présentait après le pressurage, qui est une des conditions nécessaires de ce mode de production. La quantité de cristallisation nécessaire pour une grande fabrication, l'immensité des locaux destinés à les recevoir, le séjour prolongé des cristallisoirs dans les étuves, le broiement et le pressurage des cristaux péniblement obtenus; toutes ces considérations nous ont fait rechercher avec soin quelles étaient les causes qui, dans l'esprit du plus grand nombre des fabricants, déterminaient une préférence prononcée pour ce genre de fabrication, à l'exclusion du mode bien moins embarrassant de la cristallisation par la cuite. Nous avons trouvé que la cuite, plus simple dans l'exécution, était effectivement une opération plus délicate, et qui exigeait une précision de laquelle on ne pouvait s'écarter sans dommages notables; mais, en revanche, nous avons trouvé aussi que le sucre obtenu de cette manière avait précisément le même aspect que les moscouades ordinaires livrées au commerce par les colonies. Nous avons alors examiné quelle influence pouvait exercer sur les moscouades obtenues par ces deux procédés les agents de défécation indiqués pour chacun d'eux. Nous avons vu que l'acide sulphurique était employé simultanément avec la chaux dans la défécation, pour la cristallisation lente, et que la chaux seulement était employée pour la défécation dans le procédé à la cuite. Des considérations théoriques se présentant en grand nombre pour proscrire l'acide de la fabrication du sucre, nous avons suivi le sucre obtenu par la cristallisation lente dans les ateliers du raffineur, et là, nous avons vu que ce sucre travaillé pour faire les candis produisait au lieu de mailles à faces bien prononcées, des candis appelés vulgairementcandis tremblés, c'est-à-dire dont la cristallisation est confuse au lieu d'être nette et détachée. Nous avons entendu des raffineurs se plaindre de ce que les suites, après la première cristallisation, étaient moins riches qu'elles n'auraient dû être, par rapport à la nuance de la moscouade. Ces observations étant parfaitement d'accord avec les données théoriques, nous avons opté pour l'autre mode de travail, en nous proposant le problème d'atténuer autant qu'il serait en nous les difficultés de la cuite.»Ces explications, empruntées aux hommes les plus compétents, permettront facilement au lecteur de suivre sur le dessin que nous lui donnons, et qui représente la sucrerie de Château-Frayé, près Villeneuve-Saint-Georges, appartenant à Chaper, les diverses phases de la fabrication.Les betteraves, arrivées dans la cour de l'établissement, sont d'abord posées sur un petit pont à bascule, puis arrivent dans un magasin contigu au lavoir, dans lequel elles sont déposées par des enfants dont le salaire est de 1 fr. par jour. Du lavoir elles passent dans le coupe-racine ou râpe, mu par un manège qui les découpe en tranches de 2 millimètres d'épaisseur, et les rejette dans un bac à sec dans lequel se trouve un filet ou poche de toile; cette poche reçoit les tranches et, au moyen d'un treuil, les transporte d'abord dans les chaudières d'amortissement chauffées au moyen de la vapeur, et successivement dans six chaudières de macération à froid, où elles déposent leur jus jusqu'à ce qu'il ait atteint une densité de 7 degrés.Ainsi qu'on a déjà pu le remarquer, le procédé employé à Château-Frayé est celui de la cuite; on n'y emploie point l'acide sulfurique, et le pressurage, au lieu de s'opérer par la presse hydraulique, s'obtient par les chaudières d'amortissement et de macération. Quand le jus est arrivé à la densité voulue, on opère alors la défécation au moyen d'un lait de chaux; vient ensuite l'évaporation. Le jus ainsi déféqué est, au moyen d'un système de tuyaux de refoulement, renvoyé dans des bacs de dépôt d'où il passe dans des filtres sur le noir animal en grain qui a la propriété d'absorber la chaux et de colorer et dégraisser le jus. Cette opération a pour but de clarifier le jus. Il ne reste plus alors qu'à opérer la cristallisation. On y parvient de la manière suivante: après le premier passage sur le noir, on évapore à 22 degrés, on passe une seconde fois sur le noir pour que la clarification soit entière, et l'on cuit dans une chaudière dans le vide, toujours au moyen de la vapeur.Après la cuisson, le sirop est reçu dans des rafraîchissoirs, et, sans qu'il soit besoin de le décanter, on le coule dans des formes, où sa cristallisation s'opère en douze heures. La mélasse s'écoule entre les cristaux, et laisse au fond des formes un résidu qui, vendu aux distillateurs, produit des esprits qui, livrés au commerce, sont mêlés aux 3/6 obtenus du raisin.L'arrachement et la conservation des betteraves constituent une des principales difficultés de l'industrie sucrière. Les plus grandes précautions sont nécessaires pour empêcher la gelée ou la pourriture de les attaquer, et dans certaines usines, c'est la seule cause qui ait mit des bornes à l'extension de la fabrication. Frappé de ces inconvénients, Schützenbach entreprit de dessécher la betterave et de la réduire en une poudre qui pouvait alors non-seulement se conserver indéfiniment, mais encore se transporter au loin sans beaucoup de frais et sans altération. Le succès semblait, dès le principe, devoir couronner cette tentative; 100 de betteraves qui, par les anciens procédés, ne donnaient, après la macération, que 5 à 6 au plus, ont rendu 7, 8 et quelquefois davantage par le procédé Schützenbach. Toutefois, si nous en croyons certaines personnes bien informées, ce succès n'aurait pas été de longue durée. Un cessionnaire des procédés de Schützenbach en France, le propriétaire de la Sucrerie de Vigneux aurait été obligé de renoncer, après des pertes considérables, à ce procédé de fabrication, et lui-même, malgré tous les soins qu'il devait naturellement apporter dans l'emploi de la méthode dont il était l'inventeur, aurait été forcé de fermer l'usine qu'il avait élevée à Carlsruhe. Quoi qu'il en soit, l'attention des savants s'est alors éveillée; l'on a cherché si le procédé Schützenbach, applicable à la dessiccation de la canne, ne produirait pas des effets analogues. Les résultats, quoique conformes dans la théorie à ceux qu'on avait reconnus dans le traitement de la betterave, ont laissé beaucoup à désirer dans la pratique.On conçoit cependant de quelle importance serait pour nos Antilles et nos possessions à sucre l'application de ce procédé nouveau, si les colons toutefois, sortis de la position précaire où les place depuis si longtemps notre régime économique, étaient en état de faire des avances nécessaires à toute industrie qui veut se transformer avec avantage; car de deux choses l'une, ou les colons cultiveraient en cannes une moins grande quantité de terres et laisseraient le reste à d'autre cultures productives, ou bien ils en cultiveraient autant, et exporteraient ainsi une plus grande quantité qu'ils ne le font aujourd'hui. Comme ces sucres seraient obtenus avec moins de perte, par conséquent à plus bas prix, leur placement serait plus facile sur le marché de la métropole, à laquelle les colonies demanderaient dès lors une plus grande masse de produits industriels. Ces sucres, obtenus ainsi à moins de frais, tout en laissant aux colons un bénéfice raisonnable, permettraient d'abaisser dans une proportion plus considérable la surtaxe qui grève les sucres étrangers, et, en facilitant ainsi nos échanges avec des pays éloignés, donneraient de nouveaux débouchés à notre commerce extérieur, de nouveaux éléments de prospérité à notre navigation lointaine.Nous ne parlons pas ici des autres végétaux qui contiennent en eux le principe saccharin, et pourraient facilement être convertis en sucre, tels que le mais, le melon, la citrouille. Nous ne dirons rien non plus du sucre de l'érable. Nous nous contenterons de quelques mots sur le sucre de pomme de terre ou de fécule, dont la fabrication a pris depuis quelque temps une extension considérable pour que l'on évalue de 4 à 5 millions de kilog. la production de 1842. Ce sucre s'obtient par le traitement des fécules, mais on n'a pu lui donner la consistance des autres sucres. Aussi est-il principalement livré aux distillateurs et aux épiciers, qui l'emploient surtout dans la confection des liqueurs, des confitures et autres préparations analogues. La pharmacie peut aussi s'en servir pour édulcorer des breuvages ou des potions. Quant aux sucres produits par les végétaux que nous avons cités plus haut, ils n'ont donné que des essais, mais il n'en est pas entré dans la consommation. Nous ne devons donc point nous en occuper.Caricatures par Bertal.M. Bertal est un jeune artiste qui doit, je ne dirai pas donner de brillantes espérances, mais inspirer des craintes sérieuses à ses concitoyens; car il se moque impitoyablement de tout: hommes, bêtes ou choses. Ce redoutable critique n'écrit pas, il dessine; mais ses victimes n'en sont que plus à plaindre; il les fait si ressemblantes, qu'il leur est impossible de ne pas se reconnaître. Malheur aux ridicules que rencontre M. Bertal! ils sont aussitôt signalés à la risée publique.--Souvent même,--comment peut-on avoir un semblable courage?--le cruel jeune homme,--cet âge est sans pitié,--nous fait rire malgré nous aux dépens des individus les plus inoffensifs et les moins comiques qui se puissent voir.Quelquefois, mais rarement, il se contente de nous représenter, d'après nature, un père de famille lisant, pendant sa promenade, un délicieux numéro del'Illustration,et contemplant la machine aérienne de M. Henson, qui transporte rapidement de Paris à Saint-Cloud une cargaison de touristes; mais bientôt le naturel reprend le dessus, et M. Bertal est sans pitié: nous n'oserions ajouter sans remords.N'a-t-il donc jamais pris plaisir à entendre Duprez chanter son bel air:Asile héréditaire, qu'il nous le montre courant à perdre haleine après sonutde poitrine?Si ressemblantes qu'elles paraissent, mademoiselle Rachel et mademoiselle Georges ne sont réellement ni aussi maigres, ni aussi grasses que ces deux caricatures:Que M. Bertal se moque de certains tableaux exposés au Salon, je le lui pardonne,--surtout lorsqu'il nous représente une vue de la Hougue (effet de nuit), par M. Jean-Louis Petit (n° 958).ou Napoléon en raccourci, par M. J.-B. Mauzaisse (n° 844), et le portrait de madame la marquise de......., par Lehmann.Les Buses-Graves, je les lui abandonne encore; car ces infortunés vieillards, au lieu de se retirer dans leur burg, persistent à se faire siffler jusqu'à la 40e représentation par un auditoire de moins en moins géant.Mais est-il juste de traiter avec la même sévérité que ces vieillards stupides, la noble et chaste Lucrèce et la pâle Judith?--La caricature, me répondra M. Bertal, a le droit de se moquer de tout, du laid, du beau et du médiocre. Heureusement pour lui nous n'avons pas le temps de discuter,--et nous reconnaissons, après tout, que notre critique a fait des charges fort spirituelles des plus belles scènes de la remarquable tragédie de M. Ponsard. Voyez Valére et Brute causant politique:Lucrèce racontant son songe à sa nourrice, pendantque celle-ci, qui possède la clef des songes, lui tire les cartes à l'instar de mademoiselle Lenormand, et qu'une jeune esclave joue un air varié sur un instrument fort peu éolienSextus faisant une déclaration d'amour à Lucrèceet la grande scène finale, que nos lecteurs trouveront à la 7e page de cette livraison:M. Bertal a été moins bien inspiré par Judith que par Lucrèce. Cependant, nous avons remarqué dans son feuilleton la scène où la veuve Manassé fait mettre à genoux Mindus. Achion et Crioch:et son repas de noce avec Holopherne.Terminons cet examen critique des Omnibus comme un numéro del'Illustration.--par une gravure de mode quinous donne des échantillons de nos costumes les plus élégants.Bulletin bibliographique.Storia universale deCesare Cantù.. Quinta edizione.--Torino.Pomba et Comp.1843.Histoire universelle deCesare Cantù.Cinquième édition.--Turin.Pomba et Comp.1843.Constatons d'abord, en l'honneur de l'auteur de cet ouvrage et en l'honneur de l'Italie trop souvent calomniée, le grand succès que laStoria universalea obtenu au delà des Alpes. Quatre éditions, dont trois de luxe et une populaire, entièrement épuisées en moins de cinq années, prouvent que M. César Cantù a fait un livre vraiment remarquable, et que ses compatriotes s'intéressent encore aux travaux de l'esprit sérieux et utiles.Quoique à peine âgé de trente-huit ans, M. Cesare Cantù est un des écrivains les plus féconds de la jeune Italie; outre un nombre considérable d'articles de journaux, il a publié plusieurs ouvrages d'histoire ou d'imagination, qui lui ont valu une réputation méritée. Il y a quinze ans environ, il était professeur de littérature à Sondrio, dans la Valteline, lorsqu'il fit paraître une nouvelle en quatre chants, intituléel'Algiso, suivie bientôt (en 1829), del'Histoire de la ville et des diocèses de Come, et, deux années plus tard (1831), de laRévolution de la Valteline, épisode de la réforme en Italie. La même année, comme pour se délasser de ces travaux sérieux, il s'amusait à rédiger unItinérairedu lac de Come et des routes du Stelvio et du Splügen, et à composer quelques pièces de vers imprimées dans le premier numéro de laStreuna del Vallardi. Peu de temps après, le retard si incompréhensible que mettait Alessandro Manzoni à publier sonHistoire de la Colonne infâme, détermina le jeune auteur del'Histoire de Comeet de laRévolution de la Valtelineà écrire sesRagionamenti sulla Storia Lombarda, destinés à servir de Commentaires au roman desPromessi Sposi. Ce petit livre, rempli de faits curieux, n'eut pas moins de douze éditions. SonAperçu critique sur Victor Hugo et sur le romantisme en France, son beau roman intituléMargherita Pustella, sesHymnes sacrés. sesLetture Giovanili, ses traductions duVoyage en Orientde Lamartine;De la Décadence de l'Empire romainde Sismondi;Des Arabes en Espagnede Marlés, etc..., l'occupèrent presque entièrement depuis 1832 jusqu'en 1837.Le 14 décembre 1837, M. Cesare Cantù annonça pour la première fois, dans l'appendice de laGazette de Milan, la publication prochaine de sonHistoire universelle, à laquelle il a déjà consacré cinq années de sa vie, et dont le succès va toujours croissant. Au mois de mars suivant, il fit paraître en effet son introduction, qui contenait, en 96 pages, une exposition large et nette du plan de cet ouvrage. A partir du mois d'avril 1838, M. Cesare Cantù s'engageait à livrer chaque semaine à ses souscripteurs deux feuilles d'impression. Jusqu'à ce jour il a tenu parole.Cette introduction produisit une certaine sensation en Italie. Quelques écrivains reprochèrent, il est vrai, à M. Cesare Cantù de s'être montré trop sévère envers les historiens qui l'avaient précédé:--mais il se justifia sans peine de ces accusations. D'ailleurs on loua généralement son érudition déjà connue et appréciée, son style élégant et clair, bien que trop facile, son zèle infatigable, et surtout le but de ce nouveau travail. En effet, ce n'était pas l'histoire des faits, c'était l'histoire des idées et des moeurs qu'il se proposait d'écrire, l'histoire du développement intellectuel et moral île tous les peuples du globe; en un mot, l'histoire de la civilisation humaine. Pour juger les progrès de l'humanité, il s'est placé au point de vue chrétien. Dans son opinion, le christianisme relève l'histoire et la rend universelle: en proclamant l'unité de Dieu, il proclame celle du genre humain; en nous enseignant que nous devons invoqueril padre nostro, il nous apprend que nous sommes tous frères.' Alors seulement, dit-il, peut naître l'idée d'une fusion entre toutes les époques et entre toutes les nations, et l'observation philosophique et religieuse des progrès perpétuels et indéfinis de l'humanité vers la grande oeuvre de la régénération et le règne de Dieu.»M. Cesare Cantù divise l'histoire universelle en dix-huit parties qu'il appelle époques, et qui portent les titres suivants I. Jusqu'à l'an 770 du monde.--II. De la dispersion des peuples jusqu'aux olympiades.--III. Des Olympiades à la mort d'Alexandre. --IV. Guerres puniques.--V. Guerres civiles depuis la cent trente-quatrième année avant Jésus Christ jusqu'à la quatrième année après Jésus-Christ.--VI. Les Empereurs jusqu'à Constantin. --VII. De Constantin à Augustus.--VIII. Les Barbares.--IX. Mahomet.--X. Charlemagne.--XI. Les Croisades.--XII. Les Communes. XIII. Chute de l'Empire.--XIV. L'Amérique.--XV. La Reforme. XVI. Louis le Grand et Pierre le Grand.--XVII. Le dix-septième siècle.--XVIII. La Révolution.--Chaque volume comprend une époque. 12 volumes sont publies; ils contiennent l'histoire ancienne (7 vol.) et l'histoire du Moyen-Age (5 vol.). M. Cesare Cantù va commencer prochainement la publication de l'histoire moderne.M. Cesare Cantù ne se contente pas d'affirmer les faits qui loi paraissent évidents, il essaie de les prouver. Son ouvrage se compose de deux parties distinctes: 1º leRacconto, ou le récit; 2º les Documenti, ou documents. Les documents sont classes et coordonnés dans des volumes séparés, ainsi que les discussions scientifiques, les biographies, les passages les plus remarquables des prosateurs ou des poètes, relatifs aux événements exposés dans le texte. L'auteur donne aussi pour appendice une illustration très-variée des monuments et un traité assez étendu de chronologie.Nous n'admettons pas sans faire quelques réserves toutes les opinions exprimées par M. Cesare Cantù; mais, bien que nous différions parfois de principes avec lui, nous nous empressons de joindre nos éloges sincères à ceux que lui ont prodigués déjà ses compatriotes et plusieurs journaux français. Qu'il ne se laisse pas décourager, qu'il continue à marcher dans la voie glorieuse qu'il parcourt depuis cinq années avec tant de bonheur, et en moins de deux années il atteindra son but, il achèvera un des plus importants ouvrages qu'aura produits le dix neuvième siècle. Nous sommes heureux, quant à nous, d'annoncer que laStoria universale, vient d'être traduite en français Cette traduction revue, corrigée et augmentée par M. Cantù, qui est en ce moment à Paris, ne doit point tarder à paraître.Loi salique, ou Recueil contenant les anciennes rédactions de cette loi et le texte connu sous le nom deLex emendata; parJ.-.M. Pardesses, membre de l'Institut.--Paris. 1843. Imprimerie Royale. 1 vol. in-4º de 844 payes. Prix: 35 fr.Ce volume commence par une préface de 80 pages qui contiennent la description de toutes les éditions et de tous les manuscrits connus de la loi salique, il renferme en outre huit textes différents, d'après les manuscrits, avec, variantes; quarante titres qu'on ne trouve point dans laLes emendata, d'après le manuscrit 4404 de la Bibliothèque royale de Paris et le manuscrit 119, in-4, de Leyde; les prologues, l'épilogue et les récapitulations, d'après divers manuscrits; un commentaire de 824 notes, et enfin quatorze dissertations, dont la première sur les diverses rédactions de la loi salique, et les autres sur les points les plus remarquables du droit privé des Francs sous la première race.Les dissertations comprennent 309 pages, et sont suivies d'une table alphabétique des matières.Mémoire sur l'Irlande indigène, et saxonne; parDaniel O'Connell, membre du Parlement. Traduit de l'anglais et augmenté d'une notice biographique sur l'auteur; parOrtaire Fournier. Tome 1er, 1172-1660.--Paris, 1843.Charles Warèe.7 fr. 50 c.A peine cet ouvrage eut-il paru à Londres, nous nous empressâmes d'en annoncer la publication, d'exposer le plan de l'auteur, et de résumer en quelques lignes le contenu du 1er volume,--le seul qui ait été mis en vente jusqu'à ce jour.--Nous le répétons, O'Connell ne pouvait pas écrire une histoire réfléchie, sérieuse, logique, bien ordonnée. Tous les hommes habitués à improviser ne mènent jamais à bonne fin,--en supposant qu'ils se sentent le courage de l'entreprendre,--un travail qui exige une attention froide, calme et soutenue. D'ailleurs le tribun irlandais est trop fougueux et trop passionné pour ne pas se laisser emporter souvent, dans ses écrits comme dans ses discours, au delà des bornes de la justice et de la raison. Il a oublié qu'il y avait une grande différence à établir entre l'écrivain et l'orateur. On écoute plus facilement et plus volontiers qu'on ne lit. Si long, si diffus, si fatigant qu'il soit, l'orateur politique est presque toujours sûr de conserver son auditoire, obligé, sinon de prêter l'oreille à son discours, du moins d'attendre, sans pouvoir quitter sa place, qu'il l'ait terminé. Mais, loin de s'imposer au public, l'écrivain reste entièrement sous sa dépendance; il est si facile de fermer un livre qui ennuie, et quand une fois on l'a fermé, il est si difficile de le rouvrir.Le premier volume duMémoire sur l'Irlande indigène et saxonnecomprend toute la période de temps qui s'étend depuis l'année 1172 jusqu'en 1660. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il se compose de 50 pages de texte et de 400 pages d'observations, de preuves et d'explications. Les volumes suivants ne seront même que la suite de cette seconde partie; car le texte proprement dit ou la première partie renferme dans les neuf chapitres de ses 50 pages toute l'histoire d'Irlande, depuis l'année 1172 jusqu'en 1840. La conclusion qui suit le chapitre IX se termine par ces mots: «La dernière demande de l'Irlande est dégagée de toute alternative, c'est le rappel de l'Union.»Nous doutons que cet ouvrage étrange soit plus favorablement accueilli en France qu'en Angleterre; mais, malgré ses énormes défauts, nous devons savoir gré à M. Ortaire Fournier d'avoir songé à le traduire, car il contient une foule de documents curieux qui pourront servir un jour aux historiens futurs de la malheureuse Irlande.Essai sur l'Éducation du peuple, ou sur les Moyens d'améliorer les Écoles primaires populaires et le sort des Instituteurs: parJ. Willm, inspecteur de l'Académie de Strasbourg.--Strasbourg.Veuve Levrault.--Paris,Bertrand.1843. I vol. in-8º. 7 fr. 50 c.L'auteur de cetEssaia reçu sa première instruction dans une école de village; il a été ensuite aide-instituteur, avant que d'heureuses circonstances lui permissent de se livrer à des études supérieures. Depuis, après avoir professé pendant dix années dans un collège important, il a été, comme inspecteur de l'Académie de Strasbourg, chargé de visiter une grande partie des écoles primaires des deux départements du Rhin. Comme on le voit, il n'est pas étranger à la matière sur laquelle il écrit, et il la traite avec connaissance de cause.L'Essai qu'il vient de publier s'adresse à tous ceux qui s'intéressent à l'éducation populaire, et spécialement à ceux à qui la loi et le gouvernement ont donné part à l'administration, à la surveillance et à la direction des écoles primaires Ils y trouveront bien des choses connues que l'auteur a voulu seulement leur rappeler; il ne revendique pour lui que le mérite de les avoir classées et groupées autour d'un principe fondamental, d'une idée générale, exposée dans l'introduction et formulée dans la conclusion générale du livre. Du reste, loin d'aspirer à la nouveauté, M. J. Willm évite surtout,--c'est lui qui le déclare,--«de proposer des améliorations qui ne se rattacheraient pas naturellement à ce qui existe, et qui ne découleraient pas de la nature même des choses, de la constitution politique du pays et de la loi organique de l'instruction primaire. Les propositions qu'il fait, il a voulu qu'elles fussent légales, nationales, françaises et surtout praticables.»M. J. Willm a divisé son travail en trois parties: dans lapremière partie,il recherche le principe et le but de l'éducation en général. Selon lui, le vraiprincipede l'éducation doit êtreuniversel, exclusif de tout intérêt particulier, de tout but spécial qu'on voudrait poursuivre aux dépens de tout le reste, bien que servant tous les intérêts légitimes et tout but raisonnable, embrassant tous les sentiments, toutes les dispositions essentielles et pouvant s'appliquer à tous les états, à toutes les classes de la société et à tous les genres d'écoles et d'éducation.--Sonbutest de former l'homme d'abord, puis le citoyen, puis l'artiste, le soldat, le laboureur ou l'artisan; de jeter les fondements d'une oeuvre que toute la vie, quels qu'en soient d'ailleurs les accidents et les destinées particulières, sera consacrée à continuer, à perfectionner: d'appeler au jour tous les germes de raison, de vertu, de grandeur qui constituent la vraie nature humaine, et de les développer assez pour leur assurer la victoire sur toutes les dispositions contraires. Cette éducationgénéraledoit être la base et la condition de toute éducation particulière. Si, a raison des diverses conditions de la société et de la destination présumée des élèves, elle était diversement appliquée, il ne saurait y avoir de différence que sous le rapport de la quantité et non sous celui de la qualité: mais cette éducation générale, une dans son principe et dans son but, se compose d'éléments divers. Pour être complète, il faut qu'elle soit tout à la foismorale, intellectuelle, esthétique et religieuse;--car l'homme aspire naturellement aubien, auvrai, aubeau, à l'infini--et en même tempssocialeetnationale, puisque l'homme n'est rien que par la société.Ces principes posés, M. J. Willm cherche à les appliquer, à montrer ce que peut et ce que doit être dans les écoles primaires populaires cette éducation générale dont il a tracé le plan. Il traite successivement, dans laseconde partiede sonEssai, del'organisation des écoles primaireset de laconstruction des maisons d'école, ainsi que du mobilier; del'éducationet de l'instructiondans ces mêmes écoles; de laméthodeet de ladiscipline, del'administrationet de lasurveillancede ces écoles. Il termine par l'examen de ces deux questions;Faut-il rendre la fréquentation de l'école primaire obligatoire?etl'instruction primaire doit-elle être gratuite?M. J. Willm demande que tous les enfants qui ont atteint l'âge de six ans soient annuellement soumis à une sorte de conscription scolaire et tenus de payer la rétribution mensuelle, si leurs parents sont assez aisés pour cela, ou amenés à l'école, s'ils sont pauvres, par tous les moyens dont peut disposer l'administration.Le sort des écoles populaires dépend principalement du dévouement éclairé, du zèle et de l'habileté des instituteurs. Pour que les écoles soient bonnes, il ne suffit pas de les placer dans des maisons parfaitement appropriées, dans des salles vastes, saines, bien éclairées et munies de tout ce qui est nécessaire à l'enseignement, il faut surtout qu'elles soient dirigées par des maîtres habiles et dévoués. Or, pour que les maîtres soient habiles, il faut leur fournir les moyens d'acquérir les connaissances nécessaires a leur état, et pour soutenir leur zèle, il faut travailler à rendre leur position aussi bonne et aussi honorable que possible. M. J. Willm s'est donc occupe successivement, dans latroisième partiede sonEssai, des moyens de former les instituteurs, et spécialement des écolesnormales primaires: des moyens de leur faire continuer leur instruction après leur entrée en fonctions, et spécialement desconférenceset desbibliothèquesde l'école; enfin des moyens matériels d'améliorer leur condition, et desencouragementsqu'il convient de leur offrir pour soutenir leur zèle.M. J. Willm achève la conclusion de son ouvrage en demandant qu'il soit créé au sein de l'Académie des Sciences morales et politiques une section de pédagogie, et que quelques chaires soient consacrées, à Paris et dans les départements, à cet art, le plus important de tous, puisqu'il a pour but de former les hommes.Bluettes; parEugène de Lonlay. I vol. in-18.--Paris. 1843.Amyot.Comment ne pas accueillir avec intérêt un charmant volume bien imprimé sur du papier satiné, qui se présente sous un titre si modeste et vous demande humblement un regard et un sourire bienveillants? Quel reproche le critique le plus dur aurait-il le courage d'adresser à desBluettes, surtout lorsque Béranger déclare les avoir lues avec infiniment de plaisir, lorsqu'elles ont déjà eu deux éditions, et engin lorsque leurs grâces naïves et leur tournure originale méritent réellement le succès qu'elles ont obtenu? Ce qu'il faut au poète, a dit M. E. de Lonlay dans sa premièreBluette.Ce qu'il faut au poète,C'est l'amour!...L'auteur desBluettesest-il poète? Bien qu'il fasse des vers charmants, nous attendrons, pour lui décerner un si beau titre, la publication duTrappiste; mais, poète ou compositeur d'agréables romances, il a ce qu'il lui faut, il est amoureux; ne nous étonnons donc pas s'il ne chante que sa passion. Jetez les yeux sur la table générale desBluettes, qu'y voyez-vous: «Avoir tout à t'offrir.--Es-tu fille des cieux?--Ne m'oubliez pas.--Tes yeux ont pris mon âme.--Que peut-elle faire?--Je me souviens toujours.--Tout un jour sans te voir.--Loin des yeux, près du coeur, etc.» Aussi M. E. de Lonlay donne-t-il ses vers à celle qui seule, en les lisant, pourra dire: C'est moi; il les lui donne «comme aux vertes savanes, la rosée abandonne ses perles limpides, connue sur les sentiers l'aubépine épand ses débris embaumés, comme à la terre endormie l'aube jette ses rayons d'or, comme aux coquettes plantes de ses rives le lac prête son miroir mouvant, comme la fleur à l'abeille donne son miel, comme au pèlerin l'étoile donne sa clarté, comme à l'Éternel le croyant donne sa prière, comme à la mère l'enfant donne ses premières caresses, la vierge à son amant le parfum de son premier baiser.»Océanie, ou Cinquième partie du Monde, revue géographique et ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie et de la Mélanésie; parM. G.-L. Domeny de Rienzi.3 vol. in-8º, ornés de gravures et cartes. Paris. Firmin Didot. 1843.«L'Océanie, ou cinquième partie du monde, plus étendue à elle seule que le reste de notre globe, dit M. Domeny de Rienzi dans son introduction, en est la moins connue et pourtant la plus curieuse et la plus variée. C'est la terre des prodiges: elle renferme les races d'hommes les plus opposées, les plus étonnantes merveilles de la nature et les monuments les plus admirables de l'art. On y voit le pygmée à côté du géant, et le blanc à côté du noir; près d'une tribu patriarcale une peuplade d'anthropophages; non loin des hordes sauvages les plus abruties des nations civilisées avant nous; les tremblements de terre et les aérolithes bouleversent les campagnes, et les volcans foudroient des villages entiers. Sur son continent austral, les animaux les plus bizarres, et dans l'Ile la plus grande à la fois de ses archipels et du globe, l'orang-outang, bimane anthropomorphe présentent aux philosophes un profond sujet de méditations. Une de ses îles s'enorgueillit de la majesté de ses temples et de ses palais antiques, supérieurs aux monuments de la Perse et du Mexique, et comparables aux chefs-d'oeuvre de l'Inde et de l'Égypte; d'autres étaient des pagodes, des mosquées et des tombeaux modernes, rivalisant d'élégance et de grâce avec ce que l'Orient et la Chine nous offrent de plus parfait en ce genre.»Avant la publication de l'ouvrage de M. de Rienzi, il n'existait cependant aucun livre spécial et complet sur l'Océanie Le dernier descendant du célèbre tribun italien ne s'est pas contenté, comme on pourrait le croire, de résumer tous les travaux des voyageurs, navigateurs, géographes ou hydrographes qui l'avaient précédé. Cinq voyages entrepris par amour pour la science dans diverses parties de l'Océanie l'ont mis à même d'ajouter un grand nombre de fats nouveaux aux faits déjà connus.--Son ouvrage comble donc une lacune importante dans l'histoire de la géographie; car il contient, outre un tableau général de l'Océanie, la description et l'histoire de laMalaisie, ou grand archipel indien, de laMicronésie, de laPolynésieet de laMélanésie. Plusieurs des dessins qui accompagnent le texte sont inédits, et ont été exécutés par l'auteur sur les lieux; les autres sont empruntés aux ouvrages les plus estimés. Douze morceaux de musique, dont hut inédits, un tableau idiomographique des langues de ces contrées, deux inscriptions importantes; enfin une nouvelle carte générale et trois nouvelles cartes particulières de l'Océanie, complètent cette description.L'Océaniea paru il y a deux ans; mais la prise de possession desîles Marquiseset l'occupation de Taïti, donnent un intérêt d'actualité à cette remarquable et utile publication.Modes.(Mantelet à la vieille.)Le mantelet est renouvelé de la mode assez peu éloignée de 1837: il y a fort peu de différence entre celui d'aujourd'hui et celui d'alors; les garnitures différent, mais la coupe est à peu près la même. Les mantelets de taffetas noir, puce ou marron, sont ceux que l'un porte en négligé comme en toilette du soir: le taffetas glacé en nuances claires n'appartient qu'aux demi-toilettes de jour.Les rubans employés comme garniture sont moins bien que les garnitures en étoffe. Le taffetas est coupé en biais, et il se forme à quatre rangs.Notre dessin représente une femme qui porte son mantelet avec toute la grâce sévère de la distinction; à peine doit-on apercevoir la taille derrière le dos arrondi.Quelques façons de robes nouvelles paraissent à l'horizon des modes: ce sont des manches bouillonnées au poignet, des corsages lacés, et des jupes garnies d'immenses volants à l'espagnole.Les plumes sur les chapeaux de paille prennent faveur; quoique les rubans simples soient de bon goût, une nouveauté tout à fait remarquable et remarquée est le chapeau Pénélope de Lucy Hocquet. C'est une fantaisie, une innovation, une bizarrerie. Aussitôt qu'il se fait un chapeau Pénélope, il disparaît du magasin; cependant il doit rester distingué en raison de sa simplicité un peu étrange.Voici deux jolis costumes de jeunes garçons: l'aîné, en veste de drap et pantalon de tricot ou de nankin a la chemine de toile, dont le collet rabat sur la cravate; le plus jeune, en blouse de velours, a les jambes nues, et les guêtres de tricot ou le pantalon de flanelle dans la guêtre. Sa chemise, plissée comme une chemisette suisse, sort de la blouse et laisse dégagé son cou. La casquette va bien sur les cheveux à la jeune France.Nous regrettons de ne pouvoir donner ici un détail un peu étendu des avantages du chariot hygiénique dans lequel on a placé l'enfant que nous avons sous les yeux. M. Lebrun, mécanicien habile, inventeur d'une ceinture de sauvetage, mérite une place en première ligne à l'illustration. Si les mères comprennent bien les bienfaits de ce petit chariot, il est certain que le nombre des enfants contrefaits diminuera sensiblement. Une quantité d'enfants nés droits, mais délicats et faibles, se déjettent faute de pouvoir se supporter sur leurs jambes. Nous ne saurions trop engager les mères et les nourrices à visiter M. Lebrun. Elles se féliciteront de cette prévoyance, et en seront immédiatement récompensées par le bonheur qu'elles procureront à ces pauvres petits êtres impuissants, heureux entre ces jambes artificielles qui les supportent et les transportent à leur gré, sans péril et sans fatigue.Rébus.ÉPITAPHE D'UN GRAND HOMME.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:Les personnalités attirent la haine.

Aisne                           36Nord                           158Oise                             8Pas-de-Calais                   79Puy-de-Dôme                     10Seine-et-Oise                    4Somme                           3734 autres départements          50Total égale   382

Les droits sur le sucre indigène ont, en 1842, rapporté au Trésor une somme de 8.981.000 fr.

La betterave est cultivée dans quarante et un départements; mais le rendement est loin d'être égal pour chacun d'eux. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de compléter le tableau suivant, que nous empruntons à laStatistique agricole de la France, publié en 1840.

Nombre d'hect.  Quintaux métr.    ProduitDépartements         cultivés       recueillis.    par hectare.Nord                   12.244       5,145.599         420Pas-de-Calais           7.167       2.316.123         525Haut-Rhin.              1.757         602.454         347Ardennes.                 141          42.066         297Puy-de-Dôme.            1,020         286.927         279Aisne.                  3.359         859.742         256Bas-Rhin.               1,945         446.186         230Ain.                      216          27.917         129

Dans les départements où la terre est propice à la culture de la betterave, un hectare rend 3.675 kilog. de sucre, et il pourrait en donner jusqu'à 4,400. Dans le principe, on n'obtenait que 50 kilog. de jus pour 100 kilog. de betteraves; mais on est parvenu à retirer 70 à 75 kilog. de premier jet.

Après ces données générales, nous pouvons exposer les procédés de la fabrication actuelle du sucre de betterave. On met en pratique deux modes principaux, celui ditde la cristallisation lente, et celuide la cristallisation prompteou dela cuite. Ces deux modes ont été décrits avec une telle précision par M. Crespel-Delisse, fabricant à Arras, lorsqu'il fut entendu dans la dernière enquête sur les sucres, que nous croyons devoir copier ici textuellement sa déposition. Nous le faisons d'autant plus volontiers, que nous essaierions peut-être en vain d'atteindre à l'exactitude de ses descriptions:

«Les manipulations, d'après le mode de la cristallisation lente, dit M. Crespel-Delisse, sont: le lavage, le râpage, le pressurage, l'acidification, l'évaporation, la clarification, la cristallisation et l'extraction de la mélasse du sucre brut.

«La betterave, amenée des champs ou des magasins, est jetée dans de grands baquets pleins d'eau; des hommes la frottent avec un balai, et la retournent de tous les sens jusqu'à ce qu'elle soit propre. On la retire de ces baquets avec une pelle de bois, percée de divers trous, de trois centimètres de diamètre.

«Du lavoir, la betterave est portée à la râpe, cylindre armé de lames de scie, et auquel on imprime un mouvement de rotation d'environ mille tours par minute. Cette impulsion est donnée par des boeufs attelés à un manège; la betterave est poussée contre la râpe, dans les coulisseaux, par un sabot de bois; la pulpe est reçue dans un baquet de cuivre.

«La pulpe est prise de ce baquet avec une pelle de bois, et mise dans une toile de chanvre un peu claire. Ce sac est étendu sur une claie en osier, le bout du sac reployé de manière à ce que la pulpe ne s'en échappe pas. On forme une pile de trente sacs, ainsi rangés, que l'on soumet à l'action d'une presse hydraulique, en dix minutes, la pression s'effectue, et on tire de cette pile un hectolitre et demi de jus, environ 75 à 80 p. 100 du poids de la pulpe.

«Le jus est reçu de la presse dans des baquets doublés de plomb de la contenance de 8 hectolitres. Aussitôt qu'un bac est plein, on y ajoute, en le mêlant au liquide, deux hectogrammes d'acide sulfuriquc concentré à 66 degrés, et préalablement étendu d'eau dans la proportion d'une partie d'acide sur quatre parties d'eau. Ainsi préparé, le jus peut se conserver vingt-quatre heures.

«Le jus est monté par une pompe dans la chaudière à défécation; sa contenance est aussi de 8 hectolitres. On met le feu au fourneau; on ajoute aussitôt au liquide 2 hectogrammes 50 grammes de chaux vive, que l'on a fait éteindre pour former un lait de chaux. Un brosse le tout fortement, et lorsque la masse est arrivée à 50 degrés de chaleur du thermomètre de Réaumur, on y ajoute de nouveau 8 litres de sang de boeuf ou de lait écrémé; ou pousse activement le feu et on le retire au premier bouillon, c'est-à-dire quand le jus a atteint 80 degrés Réaumur. Ou enlève toutes les parties hétérogènes qui se sont accumulées à la surface du liquide. Ces eaux sont portées dans des sacs soumis aussi à la pression d'une presse à vis, pour retirer toutes les parties liquides, lesquelles sont reportées dans la chaudière d'évaporation.

«Le liquide, laissé en repos après la défécation, est tiré au clair par un robinet placé au fond de la chaudière. Les huit hectolitres sont partagés en deux chaudières d'évaporation. On ajoute au jus déféqué 5 hectogrammes de noir animal par hectolitre. On accélère, autant que possible, l'évaporation par une ébullition forte et prolongée, jusqu'à ce que le sirop marque 52 degrés à l'aréomètre de Beaume.

«Le sirop est reçu des chaudières d'évaporation dans un chaudière de clarification, et lorsque plusieurs opérations réunies forment une quantité de six hectolitres, on procède à la clarification en mettant au sirop six à huit litres de sang de boeuf, ou de lait écrémé. On fait faire un ou deux bouillons à la masse, on tire le feu du fourneau et l'on fait rouler le sirop avec toutes ses impuretés dans des cuves de la contenance de six hectolitres si on se dispose à faire cristalliser lentement, et dans des filtres, si on veut procéder à la cristallisation prompte.

«Après trois ou quatre jours de repos du sirop dans les cuves, on le décante au moyen de robinets placés à différentes distances du fond de ces cuves. Il est porté bien clair à l'étuve, et mis dans des cristallisoirs placés sur des rayons. Ou entretient dans l'étuve une chaleur de 50 degrés Réaumur, et par une évaporation lente que subit le sirop, il se forme à la surface une couche cristalline que l'on a soin de briser tous les deux jours.

Après six semaines de séjour à l'étuve, le sirop est complètement cristallisé. On reprend alors les cristallisoirs, on le« pose debout au-dessus d'un réservoir, pour laisser écouler le plus gros de la mélasse. Le sucre reste en masse dans le cristallisoir; on l'en détache pour le porter à deux cylindres à travers lesquels on le fait passer à plusieurs reprises Cette manipulation a pour but de séparer les cristaux qui adhèrent fortement les uns aux autres, et par le frottement de ces cristaux les uns contre les autres, la mélasse qui se trouve desséchée à leur surface s'en détache. Au sortir des cylindres, le sucre a l'apparence d'une pâte; on le met dans des sacs entre deux claies d'osier, ainsi qu'on le fait pour la pulpe, et on en soumet une pile d'environ quarante sacs à l'action d'une presse hydraulique. Après vingt-quatre heures, on le retire pour être livré à la consommation.»

Intérieur de la Sucrerie de betteraves de Château-Frayé,près Villeneuve-Saint-Georges.--Première vue.

Il nous reste actuellement à indiquer le second mode de fabrication; celuipar la cristallisation prompte, onla cuite.

Nous emprunterons encore à M. Crespel-Delisse la description des procédés qui s'emploient le plus généralement:

«Jusqu'à la sixième manipulation, dit-il, la fabrication est conduite de la même manière que dans la cristallisation lente. Arrivé là, le sirop est coulé dans des filtres, et le sirop clair est reçu dans un réservoir commun.

«Le sirop est monté par une pompe dans une chaudière de cuivre où on lui fait subir une nouvelle évaporation par une forte ébullition, et lorsqu'il a atteint une densité de 30 à 40 degrés de l'aréomètre de Beaume, ou un degré de chaleur élevé dans la masse du sirop à 90 degrés Réaumur, il est porté dans un rafraîchissoir. Après la réunion de plusieurs cuites successives, ce sirop cuit est porté dans des formes bâtardes: il s'y cristallise en vingt-quatre heures, et après ce temps on débouche les formes pour opérer l'écoulement de la mélasse Les formes sont placées sur des pots destinés à recevoir la mélasse Il faut trois semaines à un mois pour obtenir la purgation des sucres lorsque, les matières sont de bonne qualité, et jusqu'à deux ou trois mois lorsqu'elles sont mauvaises.

«Comme il est impossible d'obtenir du premier jet tout le sucre que contient le sirop soumis à la cuite, on reprend les mélasses provenant de la purgation que l'on reporte à la chaudière de cuite. On obtient encore de ces mélasses un sucre de seconde qualité.»

Le procédéà la cuitea peu à peu prévalu, chez la plupart des fabricants, sur celui de la cristallisation lente. Les motifs qui ont déterminé leur préférence à cet égard sont consignés dans une déposition de Ml. Blanquet (de Famars). Nous allons la transcrire ici, autant pour compléter l'histoire de tous les procédés en usage, que pour faciliter l'intelligence de ce qui va suivre.

Intérieur de la Sucrerie de betteraves deChâteau-Frayé.--Deuxième vue.

«Nous avons été effrayé, dit M. Blanquet, de la lenteur des opérations pour obtenir le sucre par la cristallisation lente, et de l'apparence toute particulière qu'il présentait après le pressurage, qui est une des conditions nécessaires de ce mode de production. La quantité de cristallisation nécessaire pour une grande fabrication, l'immensité des locaux destinés à les recevoir, le séjour prolongé des cristallisoirs dans les étuves, le broiement et le pressurage des cristaux péniblement obtenus; toutes ces considérations nous ont fait rechercher avec soin quelles étaient les causes qui, dans l'esprit du plus grand nombre des fabricants, déterminaient une préférence prononcée pour ce genre de fabrication, à l'exclusion du mode bien moins embarrassant de la cristallisation par la cuite. Nous avons trouvé que la cuite, plus simple dans l'exécution, était effectivement une opération plus délicate, et qui exigeait une précision de laquelle on ne pouvait s'écarter sans dommages notables; mais, en revanche, nous avons trouvé aussi que le sucre obtenu de cette manière avait précisément le même aspect que les moscouades ordinaires livrées au commerce par les colonies. Nous avons alors examiné quelle influence pouvait exercer sur les moscouades obtenues par ces deux procédés les agents de défécation indiqués pour chacun d'eux. Nous avons vu que l'acide sulphurique était employé simultanément avec la chaux dans la défécation, pour la cristallisation lente, et que la chaux seulement était employée pour la défécation dans le procédé à la cuite. Des considérations théoriques se présentant en grand nombre pour proscrire l'acide de la fabrication du sucre, nous avons suivi le sucre obtenu par la cristallisation lente dans les ateliers du raffineur, et là, nous avons vu que ce sucre travaillé pour faire les candis produisait au lieu de mailles à faces bien prononcées, des candis appelés vulgairementcandis tremblés, c'est-à-dire dont la cristallisation est confuse au lieu d'être nette et détachée. Nous avons entendu des raffineurs se plaindre de ce que les suites, après la première cristallisation, étaient moins riches qu'elles n'auraient dû être, par rapport à la nuance de la moscouade. Ces observations étant parfaitement d'accord avec les données théoriques, nous avons opté pour l'autre mode de travail, en nous proposant le problème d'atténuer autant qu'il serait en nous les difficultés de la cuite.»

Ces explications, empruntées aux hommes les plus compétents, permettront facilement au lecteur de suivre sur le dessin que nous lui donnons, et qui représente la sucrerie de Château-Frayé, près Villeneuve-Saint-Georges, appartenant à Chaper, les diverses phases de la fabrication.

Les betteraves, arrivées dans la cour de l'établissement, sont d'abord posées sur un petit pont à bascule, puis arrivent dans un magasin contigu au lavoir, dans lequel elles sont déposées par des enfants dont le salaire est de 1 fr. par jour. Du lavoir elles passent dans le coupe-racine ou râpe, mu par un manège qui les découpe en tranches de 2 millimètres d'épaisseur, et les rejette dans un bac à sec dans lequel se trouve un filet ou poche de toile; cette poche reçoit les tranches et, au moyen d'un treuil, les transporte d'abord dans les chaudières d'amortissement chauffées au moyen de la vapeur, et successivement dans six chaudières de macération à froid, où elles déposent leur jus jusqu'à ce qu'il ait atteint une densité de 7 degrés.

Ainsi qu'on a déjà pu le remarquer, le procédé employé à Château-Frayé est celui de la cuite; on n'y emploie point l'acide sulfurique, et le pressurage, au lieu de s'opérer par la presse hydraulique, s'obtient par les chaudières d'amortissement et de macération. Quand le jus est arrivé à la densité voulue, on opère alors la défécation au moyen d'un lait de chaux; vient ensuite l'évaporation. Le jus ainsi déféqué est, au moyen d'un système de tuyaux de refoulement, renvoyé dans des bacs de dépôt d'où il passe dans des filtres sur le noir animal en grain qui a la propriété d'absorber la chaux et de colorer et dégraisser le jus. Cette opération a pour but de clarifier le jus. Il ne reste plus alors qu'à opérer la cristallisation. On y parvient de la manière suivante: après le premier passage sur le noir, on évapore à 22 degrés, on passe une seconde fois sur le noir pour que la clarification soit entière, et l'on cuit dans une chaudière dans le vide, toujours au moyen de la vapeur.

Après la cuisson, le sirop est reçu dans des rafraîchissoirs, et, sans qu'il soit besoin de le décanter, on le coule dans des formes, où sa cristallisation s'opère en douze heures. La mélasse s'écoule entre les cristaux, et laisse au fond des formes un résidu qui, vendu aux distillateurs, produit des esprits qui, livrés au commerce, sont mêlés aux 3/6 obtenus du raisin.

L'arrachement et la conservation des betteraves constituent une des principales difficultés de l'industrie sucrière. Les plus grandes précautions sont nécessaires pour empêcher la gelée ou la pourriture de les attaquer, et dans certaines usines, c'est la seule cause qui ait mit des bornes à l'extension de la fabrication. Frappé de ces inconvénients, Schützenbach entreprit de dessécher la betterave et de la réduire en une poudre qui pouvait alors non-seulement se conserver indéfiniment, mais encore se transporter au loin sans beaucoup de frais et sans altération. Le succès semblait, dès le principe, devoir couronner cette tentative; 100 de betteraves qui, par les anciens procédés, ne donnaient, après la macération, que 5 à 6 au plus, ont rendu 7, 8 et quelquefois davantage par le procédé Schützenbach. Toutefois, si nous en croyons certaines personnes bien informées, ce succès n'aurait pas été de longue durée. Un cessionnaire des procédés de Schützenbach en France, le propriétaire de la Sucrerie de Vigneux aurait été obligé de renoncer, après des pertes considérables, à ce procédé de fabrication, et lui-même, malgré tous les soins qu'il devait naturellement apporter dans l'emploi de la méthode dont il était l'inventeur, aurait été forcé de fermer l'usine qu'il avait élevée à Carlsruhe. Quoi qu'il en soit, l'attention des savants s'est alors éveillée; l'on a cherché si le procédé Schützenbach, applicable à la dessiccation de la canne, ne produirait pas des effets analogues. Les résultats, quoique conformes dans la théorie à ceux qu'on avait reconnus dans le traitement de la betterave, ont laissé beaucoup à désirer dans la pratique.

On conçoit cependant de quelle importance serait pour nos Antilles et nos possessions à sucre l'application de ce procédé nouveau, si les colons toutefois, sortis de la position précaire où les place depuis si longtemps notre régime économique, étaient en état de faire des avances nécessaires à toute industrie qui veut se transformer avec avantage; car de deux choses l'une, ou les colons cultiveraient en cannes une moins grande quantité de terres et laisseraient le reste à d'autre cultures productives, ou bien ils en cultiveraient autant, et exporteraient ainsi une plus grande quantité qu'ils ne le font aujourd'hui. Comme ces sucres seraient obtenus avec moins de perte, par conséquent à plus bas prix, leur placement serait plus facile sur le marché de la métropole, à laquelle les colonies demanderaient dès lors une plus grande masse de produits industriels. Ces sucres, obtenus ainsi à moins de frais, tout en laissant aux colons un bénéfice raisonnable, permettraient d'abaisser dans une proportion plus considérable la surtaxe qui grève les sucres étrangers, et, en facilitant ainsi nos échanges avec des pays éloignés, donneraient de nouveaux débouchés à notre commerce extérieur, de nouveaux éléments de prospérité à notre navigation lointaine.

Nous ne parlons pas ici des autres végétaux qui contiennent en eux le principe saccharin, et pourraient facilement être convertis en sucre, tels que le mais, le melon, la citrouille. Nous ne dirons rien non plus du sucre de l'érable. Nous nous contenterons de quelques mots sur le sucre de pomme de terre ou de fécule, dont la fabrication a pris depuis quelque temps une extension considérable pour que l'on évalue de 4 à 5 millions de kilog. la production de 1842. Ce sucre s'obtient par le traitement des fécules, mais on n'a pu lui donner la consistance des autres sucres. Aussi est-il principalement livré aux distillateurs et aux épiciers, qui l'emploient surtout dans la confection des liqueurs, des confitures et autres préparations analogues. La pharmacie peut aussi s'en servir pour édulcorer des breuvages ou des potions. Quant aux sucres produits par les végétaux que nous avons cités plus haut, ils n'ont donné que des essais, mais il n'en est pas entré dans la consommation. Nous ne devons donc point nous en occuper.

M. Bertal est un jeune artiste qui doit, je ne dirai pas donner de brillantes espérances, mais inspirer des craintes sérieuses à ses concitoyens; car il se moque impitoyablement de tout: hommes, bêtes ou choses. Ce redoutable critique n'écrit pas, il dessine; mais ses victimes n'en sont que plus à plaindre; il les fait si ressemblantes, qu'il leur est impossible de ne pas se reconnaître. Malheur aux ridicules que rencontre M. Bertal! ils sont aussitôt signalés à la risée publique.--Souvent même,--comment peut-on avoir un semblable courage?--le cruel jeune homme,--cet âge est sans pitié,--nous fait rire malgré nous aux dépens des individus les plus inoffensifs et les moins comiques qui se puissent voir.

Quelquefois, mais rarement, il se contente de nous représenter, d'après nature, un père de famille lisant, pendant sa promenade, un délicieux numéro del'Illustration,

et contemplant la machine aérienne de M. Henson, qui transporte rapidement de Paris à Saint-Cloud une cargaison de touristes; mais bientôt le naturel reprend le dessus, et M. Bertal est sans pitié: nous n'oserions ajouter sans remords.

N'a-t-il donc jamais pris plaisir à entendre Duprez chanter son bel air:Asile héréditaire, qu'il nous le montre courant à perdre haleine après sonutde poitrine?

Si ressemblantes qu'elles paraissent, mademoiselle Rachel et mademoiselle Georges ne sont réellement ni aussi maigres, ni aussi grasses que ces deux caricatures:

Que M. Bertal se moque de certains tableaux exposés au Salon, je le lui pardonne,--surtout lorsqu'il nous représente une vue de la Hougue (effet de nuit), par M. Jean-Louis Petit (n° 958).

ou Napoléon en raccourci, par M. J.-B. Mauzaisse (n° 844), et le portrait de madame la marquise de......., par Lehmann.

Les Buses-Graves, je les lui abandonne encore; car ces infortunés vieillards, au lieu de se retirer dans leur burg, persistent à se faire siffler jusqu'à la 40e représentation par un auditoire de moins en moins géant.

Mais est-il juste de traiter avec la même sévérité que ces vieillards stupides, la noble et chaste Lucrèce et la pâle Judith?--La caricature, me répondra M. Bertal, a le droit de se moquer de tout, du laid, du beau et du médiocre. Heureusement pour lui nous n'avons pas le temps de discuter,--et nous reconnaissons, après tout, que notre critique a fait des charges fort spirituelles des plus belles scènes de la remarquable tragédie de M. Ponsard. Voyez Valére et Brute causant politique:

Lucrèce racontant son songe à sa nourrice, pendant

que celle-ci, qui possède la clef des songes, lui tire les cartes à l'instar de mademoiselle Lenormand, et qu'une jeune esclave joue un air varié sur un instrument fort peu éolien

Sextus faisant une déclaration d'amour à Lucrèce

et la grande scène finale, que nos lecteurs trouveront à la 7e page de cette livraison:

M. Bertal a été moins bien inspiré par Judith que par Lucrèce. Cependant, nous avons remarqué dans son feuilleton la scène où la veuve Manassé fait mettre à genoux Mindus. Achion et Crioch:

et son repas de noce avec Holopherne.

Terminons cet examen critique des Omnibus comme un numéro del'Illustration.--par une gravure de mode qui

nous donne des échantillons de nos costumes les plus élégants.

Storia universale deCesare Cantù.. Quinta edizione.--Torino.Pomba et Comp.1843.

Histoire universelle deCesare Cantù.Cinquième édition.--Turin.Pomba et Comp.1843.

Constatons d'abord, en l'honneur de l'auteur de cet ouvrage et en l'honneur de l'Italie trop souvent calomniée, le grand succès que laStoria universalea obtenu au delà des Alpes. Quatre éditions, dont trois de luxe et une populaire, entièrement épuisées en moins de cinq années, prouvent que M. César Cantù a fait un livre vraiment remarquable, et que ses compatriotes s'intéressent encore aux travaux de l'esprit sérieux et utiles.

Quoique à peine âgé de trente-huit ans, M. Cesare Cantù est un des écrivains les plus féconds de la jeune Italie; outre un nombre considérable d'articles de journaux, il a publié plusieurs ouvrages d'histoire ou d'imagination, qui lui ont valu une réputation méritée. Il y a quinze ans environ, il était professeur de littérature à Sondrio, dans la Valteline, lorsqu'il fit paraître une nouvelle en quatre chants, intituléel'Algiso, suivie bientôt (en 1829), del'Histoire de la ville et des diocèses de Come, et, deux années plus tard (1831), de laRévolution de la Valteline, épisode de la réforme en Italie. La même année, comme pour se délasser de ces travaux sérieux, il s'amusait à rédiger unItinérairedu lac de Come et des routes du Stelvio et du Splügen, et à composer quelques pièces de vers imprimées dans le premier numéro de laStreuna del Vallardi. Peu de temps après, le retard si incompréhensible que mettait Alessandro Manzoni à publier sonHistoire de la Colonne infâme, détermina le jeune auteur del'Histoire de Comeet de laRévolution de la Valtelineà écrire sesRagionamenti sulla Storia Lombarda, destinés à servir de Commentaires au roman desPromessi Sposi. Ce petit livre, rempli de faits curieux, n'eut pas moins de douze éditions. SonAperçu critique sur Victor Hugo et sur le romantisme en France, son beau roman intituléMargherita Pustella, sesHymnes sacrés. sesLetture Giovanili, ses traductions duVoyage en Orientde Lamartine;De la Décadence de l'Empire romainde Sismondi;Des Arabes en Espagnede Marlés, etc..., l'occupèrent presque entièrement depuis 1832 jusqu'en 1837.

Le 14 décembre 1837, M. Cesare Cantù annonça pour la première fois, dans l'appendice de laGazette de Milan, la publication prochaine de sonHistoire universelle, à laquelle il a déjà consacré cinq années de sa vie, et dont le succès va toujours croissant. Au mois de mars suivant, il fit paraître en effet son introduction, qui contenait, en 96 pages, une exposition large et nette du plan de cet ouvrage. A partir du mois d'avril 1838, M. Cesare Cantù s'engageait à livrer chaque semaine à ses souscripteurs deux feuilles d'impression. Jusqu'à ce jour il a tenu parole.

Cette introduction produisit une certaine sensation en Italie. Quelques écrivains reprochèrent, il est vrai, à M. Cesare Cantù de s'être montré trop sévère envers les historiens qui l'avaient précédé:--mais il se justifia sans peine de ces accusations. D'ailleurs on loua généralement son érudition déjà connue et appréciée, son style élégant et clair, bien que trop facile, son zèle infatigable, et surtout le but de ce nouveau travail. En effet, ce n'était pas l'histoire des faits, c'était l'histoire des idées et des moeurs qu'il se proposait d'écrire, l'histoire du développement intellectuel et moral île tous les peuples du globe; en un mot, l'histoire de la civilisation humaine. Pour juger les progrès de l'humanité, il s'est placé au point de vue chrétien. Dans son opinion, le christianisme relève l'histoire et la rend universelle: en proclamant l'unité de Dieu, il proclame celle du genre humain; en nous enseignant que nous devons invoqueril padre nostro, il nous apprend que nous sommes tous frères.' Alors seulement, dit-il, peut naître l'idée d'une fusion entre toutes les époques et entre toutes les nations, et l'observation philosophique et religieuse des progrès perpétuels et indéfinis de l'humanité vers la grande oeuvre de la régénération et le règne de Dieu.»

M. Cesare Cantù divise l'histoire universelle en dix-huit parties qu'il appelle époques, et qui portent les titres suivants I. Jusqu'à l'an 770 du monde.--II. De la dispersion des peuples jusqu'aux olympiades.--III. Des Olympiades à la mort d'Alexandre. --IV. Guerres puniques.--V. Guerres civiles depuis la cent trente-quatrième année avant Jésus Christ jusqu'à la quatrième année après Jésus-Christ.--VI. Les Empereurs jusqu'à Constantin. --VII. De Constantin à Augustus.--VIII. Les Barbares.--IX. Mahomet.--X. Charlemagne.--XI. Les Croisades.--XII. Les Communes. XIII. Chute de l'Empire.--XIV. L'Amérique.--XV. La Reforme. XVI. Louis le Grand et Pierre le Grand.--XVII. Le dix-septième siècle.--XVIII. La Révolution.--Chaque volume comprend une époque. 12 volumes sont publies; ils contiennent l'histoire ancienne (7 vol.) et l'histoire du Moyen-Age (5 vol.). M. Cesare Cantù va commencer prochainement la publication de l'histoire moderne.

M. Cesare Cantù ne se contente pas d'affirmer les faits qui loi paraissent évidents, il essaie de les prouver. Son ouvrage se compose de deux parties distinctes: 1º leRacconto, ou le récit; 2º les Documenti, ou documents. Les documents sont classes et coordonnés dans des volumes séparés, ainsi que les discussions scientifiques, les biographies, les passages les plus remarquables des prosateurs ou des poètes, relatifs aux événements exposés dans le texte. L'auteur donne aussi pour appendice une illustration très-variée des monuments et un traité assez étendu de chronologie.

Nous n'admettons pas sans faire quelques réserves toutes les opinions exprimées par M. Cesare Cantù; mais, bien que nous différions parfois de principes avec lui, nous nous empressons de joindre nos éloges sincères à ceux que lui ont prodigués déjà ses compatriotes et plusieurs journaux français. Qu'il ne se laisse pas décourager, qu'il continue à marcher dans la voie glorieuse qu'il parcourt depuis cinq années avec tant de bonheur, et en moins de deux années il atteindra son but, il achèvera un des plus importants ouvrages qu'aura produits le dix neuvième siècle. Nous sommes heureux, quant à nous, d'annoncer que laStoria universale, vient d'être traduite en français Cette traduction revue, corrigée et augmentée par M. Cantù, qui est en ce moment à Paris, ne doit point tarder à paraître.

Loi salique, ou Recueil contenant les anciennes rédactions de cette loi et le texte connu sous le nom deLex emendata; parJ.-.M. Pardesses, membre de l'Institut.--Paris. 1843. Imprimerie Royale. 1 vol. in-4º de 844 payes. Prix: 35 fr.

Ce volume commence par une préface de 80 pages qui contiennent la description de toutes les éditions et de tous les manuscrits connus de la loi salique, il renferme en outre huit textes différents, d'après les manuscrits, avec, variantes; quarante titres qu'on ne trouve point dans laLes emendata, d'après le manuscrit 4404 de la Bibliothèque royale de Paris et le manuscrit 119, in-4, de Leyde; les prologues, l'épilogue et les récapitulations, d'après divers manuscrits; un commentaire de 824 notes, et enfin quatorze dissertations, dont la première sur les diverses rédactions de la loi salique, et les autres sur les points les plus remarquables du droit privé des Francs sous la première race.

Les dissertations comprennent 309 pages, et sont suivies d'une table alphabétique des matières.

Mémoire sur l'Irlande indigène, et saxonne; parDaniel O'Connell, membre du Parlement. Traduit de l'anglais et augmenté d'une notice biographique sur l'auteur; parOrtaire Fournier. Tome 1er, 1172-1660.--Paris, 1843.Charles Warèe.7 fr. 50 c.

A peine cet ouvrage eut-il paru à Londres, nous nous empressâmes d'en annoncer la publication, d'exposer le plan de l'auteur, et de résumer en quelques lignes le contenu du 1er volume,--le seul qui ait été mis en vente jusqu'à ce jour.--Nous le répétons, O'Connell ne pouvait pas écrire une histoire réfléchie, sérieuse, logique, bien ordonnée. Tous les hommes habitués à improviser ne mènent jamais à bonne fin,--en supposant qu'ils se sentent le courage de l'entreprendre,--un travail qui exige une attention froide, calme et soutenue. D'ailleurs le tribun irlandais est trop fougueux et trop passionné pour ne pas se laisser emporter souvent, dans ses écrits comme dans ses discours, au delà des bornes de la justice et de la raison. Il a oublié qu'il y avait une grande différence à établir entre l'écrivain et l'orateur. On écoute plus facilement et plus volontiers qu'on ne lit. Si long, si diffus, si fatigant qu'il soit, l'orateur politique est presque toujours sûr de conserver son auditoire, obligé, sinon de prêter l'oreille à son discours, du moins d'attendre, sans pouvoir quitter sa place, qu'il l'ait terminé. Mais, loin de s'imposer au public, l'écrivain reste entièrement sous sa dépendance; il est si facile de fermer un livre qui ennuie, et quand une fois on l'a fermé, il est si difficile de le rouvrir.

Le premier volume duMémoire sur l'Irlande indigène et saxonnecomprend toute la période de temps qui s'étend depuis l'année 1172 jusqu'en 1660. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il se compose de 50 pages de texte et de 400 pages d'observations, de preuves et d'explications. Les volumes suivants ne seront même que la suite de cette seconde partie; car le texte proprement dit ou la première partie renferme dans les neuf chapitres de ses 50 pages toute l'histoire d'Irlande, depuis l'année 1172 jusqu'en 1840. La conclusion qui suit le chapitre IX se termine par ces mots: «La dernière demande de l'Irlande est dégagée de toute alternative, c'est le rappel de l'Union.»

Nous doutons que cet ouvrage étrange soit plus favorablement accueilli en France qu'en Angleterre; mais, malgré ses énormes défauts, nous devons savoir gré à M. Ortaire Fournier d'avoir songé à le traduire, car il contient une foule de documents curieux qui pourront servir un jour aux historiens futurs de la malheureuse Irlande.

Essai sur l'Éducation du peuple, ou sur les Moyens d'améliorer les Écoles primaires populaires et le sort des Instituteurs: parJ. Willm, inspecteur de l'Académie de Strasbourg.--Strasbourg.Veuve Levrault.--Paris,Bertrand.1843. I vol. in-8º. 7 fr. 50 c.

L'auteur de cetEssaia reçu sa première instruction dans une école de village; il a été ensuite aide-instituteur, avant que d'heureuses circonstances lui permissent de se livrer à des études supérieures. Depuis, après avoir professé pendant dix années dans un collège important, il a été, comme inspecteur de l'Académie de Strasbourg, chargé de visiter une grande partie des écoles primaires des deux départements du Rhin. Comme on le voit, il n'est pas étranger à la matière sur laquelle il écrit, et il la traite avec connaissance de cause.

L'Essai qu'il vient de publier s'adresse à tous ceux qui s'intéressent à l'éducation populaire, et spécialement à ceux à qui la loi et le gouvernement ont donné part à l'administration, à la surveillance et à la direction des écoles primaires Ils y trouveront bien des choses connues que l'auteur a voulu seulement leur rappeler; il ne revendique pour lui que le mérite de les avoir classées et groupées autour d'un principe fondamental, d'une idée générale, exposée dans l'introduction et formulée dans la conclusion générale du livre. Du reste, loin d'aspirer à la nouveauté, M. J. Willm évite surtout,--c'est lui qui le déclare,--«de proposer des améliorations qui ne se rattacheraient pas naturellement à ce qui existe, et qui ne découleraient pas de la nature même des choses, de la constitution politique du pays et de la loi organique de l'instruction primaire. Les propositions qu'il fait, il a voulu qu'elles fussent légales, nationales, françaises et surtout praticables.»

M. J. Willm a divisé son travail en trois parties: dans lapremière partie,il recherche le principe et le but de l'éducation en général. Selon lui, le vraiprincipede l'éducation doit êtreuniversel, exclusif de tout intérêt particulier, de tout but spécial qu'on voudrait poursuivre aux dépens de tout le reste, bien que servant tous les intérêts légitimes et tout but raisonnable, embrassant tous les sentiments, toutes les dispositions essentielles et pouvant s'appliquer à tous les états, à toutes les classes de la société et à tous les genres d'écoles et d'éducation.--Sonbutest de former l'homme d'abord, puis le citoyen, puis l'artiste, le soldat, le laboureur ou l'artisan; de jeter les fondements d'une oeuvre que toute la vie, quels qu'en soient d'ailleurs les accidents et les destinées particulières, sera consacrée à continuer, à perfectionner: d'appeler au jour tous les germes de raison, de vertu, de grandeur qui constituent la vraie nature humaine, et de les développer assez pour leur assurer la victoire sur toutes les dispositions contraires. Cette éducationgénéraledoit être la base et la condition de toute éducation particulière. Si, a raison des diverses conditions de la société et de la destination présumée des élèves, elle était diversement appliquée, il ne saurait y avoir de différence que sous le rapport de la quantité et non sous celui de la qualité: mais cette éducation générale, une dans son principe et dans son but, se compose d'éléments divers. Pour être complète, il faut qu'elle soit tout à la foismorale, intellectuelle, esthétique et religieuse;--car l'homme aspire naturellement aubien, auvrai, aubeau, à l'infini--et en même tempssocialeetnationale, puisque l'homme n'est rien que par la société.

Ces principes posés, M. J. Willm cherche à les appliquer, à montrer ce que peut et ce que doit être dans les écoles primaires populaires cette éducation générale dont il a tracé le plan. Il traite successivement, dans laseconde partiede sonEssai, del'organisation des écoles primaireset de laconstruction des maisons d'école, ainsi que du mobilier; del'éducationet de l'instructiondans ces mêmes écoles; de laméthodeet de ladiscipline, del'administrationet de lasurveillancede ces écoles. Il termine par l'examen de ces deux questions;Faut-il rendre la fréquentation de l'école primaire obligatoire?etl'instruction primaire doit-elle être gratuite?M. J. Willm demande que tous les enfants qui ont atteint l'âge de six ans soient annuellement soumis à une sorte de conscription scolaire et tenus de payer la rétribution mensuelle, si leurs parents sont assez aisés pour cela, ou amenés à l'école, s'ils sont pauvres, par tous les moyens dont peut disposer l'administration.

Le sort des écoles populaires dépend principalement du dévouement éclairé, du zèle et de l'habileté des instituteurs. Pour que les écoles soient bonnes, il ne suffit pas de les placer dans des maisons parfaitement appropriées, dans des salles vastes, saines, bien éclairées et munies de tout ce qui est nécessaire à l'enseignement, il faut surtout qu'elles soient dirigées par des maîtres habiles et dévoués. Or, pour que les maîtres soient habiles, il faut leur fournir les moyens d'acquérir les connaissances nécessaires a leur état, et pour soutenir leur zèle, il faut travailler à rendre leur position aussi bonne et aussi honorable que possible. M. J. Willm s'est donc occupe successivement, dans latroisième partiede sonEssai, des moyens de former les instituteurs, et spécialement des écolesnormales primaires: des moyens de leur faire continuer leur instruction après leur entrée en fonctions, et spécialement desconférenceset desbibliothèquesde l'école; enfin des moyens matériels d'améliorer leur condition, et desencouragementsqu'il convient de leur offrir pour soutenir leur zèle.

M. J. Willm achève la conclusion de son ouvrage en demandant qu'il soit créé au sein de l'Académie des Sciences morales et politiques une section de pédagogie, et que quelques chaires soient consacrées, à Paris et dans les départements, à cet art, le plus important de tous, puisqu'il a pour but de former les hommes.

Bluettes; parEugène de Lonlay. I vol. in-18.--Paris. 1843.Amyot.

Comment ne pas accueillir avec intérêt un charmant volume bien imprimé sur du papier satiné, qui se présente sous un titre si modeste et vous demande humblement un regard et un sourire bienveillants? Quel reproche le critique le plus dur aurait-il le courage d'adresser à desBluettes, surtout lorsque Béranger déclare les avoir lues avec infiniment de plaisir, lorsqu'elles ont déjà eu deux éditions, et engin lorsque leurs grâces naïves et leur tournure originale méritent réellement le succès qu'elles ont obtenu? Ce qu'il faut au poète, a dit M. E. de Lonlay dans sa premièreBluette.

Ce qu'il faut au poète,C'est l'amour!...

Ce qu'il faut au poète,C'est l'amour!...

Ce qu'il faut au poète,

C'est l'amour!...

L'auteur desBluettesest-il poète? Bien qu'il fasse des vers charmants, nous attendrons, pour lui décerner un si beau titre, la publication duTrappiste; mais, poète ou compositeur d'agréables romances, il a ce qu'il lui faut, il est amoureux; ne nous étonnons donc pas s'il ne chante que sa passion. Jetez les yeux sur la table générale desBluettes, qu'y voyez-vous: «Avoir tout à t'offrir.--Es-tu fille des cieux?--Ne m'oubliez pas.--Tes yeux ont pris mon âme.--Que peut-elle faire?--Je me souviens toujours.--Tout un jour sans te voir.--Loin des yeux, près du coeur, etc.» Aussi M. E. de Lonlay donne-t-il ses vers à celle qui seule, en les lisant, pourra dire: C'est moi; il les lui donne «comme aux vertes savanes, la rosée abandonne ses perles limpides, connue sur les sentiers l'aubépine épand ses débris embaumés, comme à la terre endormie l'aube jette ses rayons d'or, comme aux coquettes plantes de ses rives le lac prête son miroir mouvant, comme la fleur à l'abeille donne son miel, comme au pèlerin l'étoile donne sa clarté, comme à l'Éternel le croyant donne sa prière, comme à la mère l'enfant donne ses premières caresses, la vierge à son amant le parfum de son premier baiser.»

Océanie, ou Cinquième partie du Monde, revue géographique et ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie et de la Mélanésie; parM. G.-L. Domeny de Rienzi.3 vol. in-8º, ornés de gravures et cartes. Paris. Firmin Didot. 1843.

«L'Océanie, ou cinquième partie du monde, plus étendue à elle seule que le reste de notre globe, dit M. Domeny de Rienzi dans son introduction, en est la moins connue et pourtant la plus curieuse et la plus variée. C'est la terre des prodiges: elle renferme les races d'hommes les plus opposées, les plus étonnantes merveilles de la nature et les monuments les plus admirables de l'art. On y voit le pygmée à côté du géant, et le blanc à côté du noir; près d'une tribu patriarcale une peuplade d'anthropophages; non loin des hordes sauvages les plus abruties des nations civilisées avant nous; les tremblements de terre et les aérolithes bouleversent les campagnes, et les volcans foudroient des villages entiers. Sur son continent austral, les animaux les plus bizarres, et dans l'Ile la plus grande à la fois de ses archipels et du globe, l'orang-outang, bimane anthropomorphe présentent aux philosophes un profond sujet de méditations. Une de ses îles s'enorgueillit de la majesté de ses temples et de ses palais antiques, supérieurs aux monuments de la Perse et du Mexique, et comparables aux chefs-d'oeuvre de l'Inde et de l'Égypte; d'autres étaient des pagodes, des mosquées et des tombeaux modernes, rivalisant d'élégance et de grâce avec ce que l'Orient et la Chine nous offrent de plus parfait en ce genre.»

Avant la publication de l'ouvrage de M. de Rienzi, il n'existait cependant aucun livre spécial et complet sur l'Océanie Le dernier descendant du célèbre tribun italien ne s'est pas contenté, comme on pourrait le croire, de résumer tous les travaux des voyageurs, navigateurs, géographes ou hydrographes qui l'avaient précédé. Cinq voyages entrepris par amour pour la science dans diverses parties de l'Océanie l'ont mis à même d'ajouter un grand nombre de fats nouveaux aux faits déjà connus.--Son ouvrage comble donc une lacune importante dans l'histoire de la géographie; car il contient, outre un tableau général de l'Océanie, la description et l'histoire de laMalaisie, ou grand archipel indien, de laMicronésie, de laPolynésieet de laMélanésie. Plusieurs des dessins qui accompagnent le texte sont inédits, et ont été exécutés par l'auteur sur les lieux; les autres sont empruntés aux ouvrages les plus estimés. Douze morceaux de musique, dont hut inédits, un tableau idiomographique des langues de ces contrées, deux inscriptions importantes; enfin une nouvelle carte générale et trois nouvelles cartes particulières de l'Océanie, complètent cette description.

L'Océaniea paru il y a deux ans; mais la prise de possession desîles Marquiseset l'occupation de Taïti, donnent un intérêt d'actualité à cette remarquable et utile publication.

(Mantelet à la vieille.)

Le mantelet est renouvelé de la mode assez peu éloignée de 1837: il y a fort peu de différence entre celui d'aujourd'hui et celui d'alors; les garnitures différent, mais la coupe est à peu près la même. Les mantelets de taffetas noir, puce ou marron, sont ceux que l'un porte en négligé comme en toilette du soir: le taffetas glacé en nuances claires n'appartient qu'aux demi-toilettes de jour.

Les rubans employés comme garniture sont moins bien que les garnitures en étoffe. Le taffetas est coupé en biais, et il se forme à quatre rangs.

Notre dessin représente une femme qui porte son mantelet avec toute la grâce sévère de la distinction; à peine doit-on apercevoir la taille derrière le dos arrondi.

Quelques façons de robes nouvelles paraissent à l'horizon des modes: ce sont des manches bouillonnées au poignet, des corsages lacés, et des jupes garnies d'immenses volants à l'espagnole.

Les plumes sur les chapeaux de paille prennent faveur; quoique les rubans simples soient de bon goût, une nouveauté tout à fait remarquable et remarquée est le chapeau Pénélope de Lucy Hocquet. C'est une fantaisie, une innovation, une bizarrerie. Aussitôt qu'il se fait un chapeau Pénélope, il disparaît du magasin; cependant il doit rester distingué en raison de sa simplicité un peu étrange.

Voici deux jolis costumes de jeunes garçons: l'aîné, en veste de drap et pantalon de tricot ou de nankin a la chemine de toile, dont le collet rabat sur la cravate; le plus jeune, en blouse de velours, a les jambes nues, et les guêtres de tricot ou le pantalon de flanelle dans la guêtre. Sa chemise, plissée comme une chemisette suisse, sort de la blouse et laisse dégagé son cou. La casquette va bien sur les cheveux à la jeune France.

Nous regrettons de ne pouvoir donner ici un détail un peu étendu des avantages du chariot hygiénique dans lequel on a placé l'enfant que nous avons sous les yeux. M. Lebrun, mécanicien habile, inventeur d'une ceinture de sauvetage, mérite une place en première ligne à l'illustration. Si les mères comprennent bien les bienfaits de ce petit chariot, il est certain que le nombre des enfants contrefaits diminuera sensiblement. Une quantité d'enfants nés droits, mais délicats et faibles, se déjettent faute de pouvoir se supporter sur leurs jambes. Nous ne saurions trop engager les mères et les nourrices à visiter M. Lebrun. Elles se féliciteront de cette prévoyance, et en seront immédiatement récompensées par le bonheur qu'elles procureront à ces pauvres petits êtres impuissants, heureux entre ces jambes artificielles qui les supportent et les transportent à leur gré, sans péril et sans fatigue.

ÉPITAPHE D'UN GRAND HOMME.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:Les personnalités attirent la haine.


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