Bulletin bibliographique

Soupirez librement pour un amour fidèle,Et bravez ceux qui voudraient vous blâmer:Un coeur tendre est aimable, et le nom de cruelleN'est pas un nom à se faire estimer.Dans le temps où l'on est belle,Rien n'est si beau que d'aimer.D'ailleurs La Vallière commence déjà à expier sa faute: elle essuie les violences de madame de Soissons, et la reine-mère la traite avec dureté. Louis XIV, à en croire M. Dumas, n'est pas le seul ouvrier de cette chute: un certain marquis de Santa-Fior, marquis de contrebande, un drôle, un Scapin, lui a facilité les voies. Ce Santa-Fior, fils original et fantasque, né du cerveau de M. Adolphe Dumas, ne manque ni de verve ni d'esprit; mais il devance les temps, et transporte à la cour de 1669 le baron de Wormspire, beau-père de Robert-Macaire de 1835.Santa-Fior ou Louis, peu importe, La Vallière est vaincue, on ne saurait plus en douter: voyez-la tendrement suspendue au bras de son royal amant, et écoutant ses douces paroles:Blonde comme un soleil, belle comme le jour,Je passerai ma vie à te parler d'amour.--Où voulez-vous aller?--Sous ces ombrages silencieux, dit l'amant; c'est là que mon père, Louis XIII, aimait à s'asseoir:C'est là qu'il est venu, seul avec La Fayette,Comme toi toujours tendre et toujours inquiète.On trouverait encor leurs chiffres amoureux.--Que voulez-vous?--Chercher.--Quoi chercher?--Des heureux:Louis XIII gravant des chiffres amoureux sur les arbres peut sembler un peu bien hasardé, mais les vers sont jolis.Tandis que La Vallière soupire, Molière est insulté par les marquis; que dis-je, par les marquis, non point seulement par les Acaste et les Clitandre, mais par un Guise en personne. C'est ici,--le croiriez-vous?--que Molière met le poing sur la hanche, se pose en bretteur, et provoque M. de Guise: M. de Guise consent à se battre, pour surcroît de merveille; mais le roi survient, et dérange le combat:La royauté, ce soir, soupe avec le génie.Voyons, monsieur, soyez de notre compagnie.A ces mots, le roi s'assied à une table magnifiquement servie, et donne près de lui place à Molière: le banquet est splendide et splendidement illuminé: princes et ducs, duchesses et marquises y prennent part, sur l'ordre de Louis.M. Adolphe Dumas agrandit et orne singulièrement le petiten cas de nuitque le roi fit partager, dit-on, à Molière au nez des courtisans. Louis boit à Molière et à Corneille; Molière riposte en buvant au roi. Soit, Mais que dites-vous de ce qui suit? Louis XIV oblige Guise de choquer le verre avec Molière et que fait Molière? Molière se levant, le verre à la main, porte à Guise et à la noblesse assise à cette table, letoastincroyable que voici:A votre oncle Mayenne, assassin d'Henri Trois!Et, comme si j'étais encore sur mon théâtre,A sa soeur, votre tante, assassin d'Henri Quatre!Sire, permettez-moi, c'est un duel entre nous;Il faut que tout ceci se passe devant vous.Nous autres gens de coeur, nous autres gens de lettres,Nous sommes las des beaux, sire, et des petits-maîtres.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Mais qui donc êtes-vous? C'est une raillerie.Des danseurs!... O héros de la chevalerie:Charlemagne et Roland, voilà les héritiersDe ceux de Roncevaux et de ceux de Poitiers.Mais, n'allons pas si haut, ombres chères et vaines!Votre sang est trop vieux et n'est plus dans leurs veines,Mais qui donc êtes-vous? un frondeur, un ligueur;Des Guises balafrés sur un front sans rougeur,Les hommes avilis de nos guerres civiles,Les restes écumés des troubles de nos villes,Qui s'en vont, quand Paris n'est plus à ravager,Avec Condé, porter la France à l'étranger!Théâtre de la Porte-Saint-Martin.--Mademoiselle de La Vallière.--Scène du troisième acte: Molière portant un toast aux nobles.Et Guise ne s'indigne que médiocrement à ces apostrophes fanfaronnes; et Louis XIV d'applaudir et d'encourager Molière. Mais, en vérité, où sommes-nous? où allons-nous? Quoi! c'est là Versailles? quoi! c'est le roi? quoi! c'est Molière? Il serait si facile de répondre à cette déclamation de ce Poquelin sans pareil, qu'après tout il se trompe, que la noblesse de Louis XIV n'était pas encore la noblesse honteuse et énervée de la Régence et de Louis XV, et que les hommes qui se faisaient tuer bravement dans les fossés de Strasbourg ou de Dôle, ajoutant l'Alsace et la Franche-Comté à la France, n'étaient pas de si indignes héritiers de ceux de Poitiers et de Roncevaux.Mais déjà tout est dit: l'amour de Louis XIV pour La Vallière s'éteint peu à peu et s'en va; la possession a produit la satiété. La Vallière aime toujours, aimera toujours; Louis n'aime déjà plus. En vain il cherche à dissimuler cet abandon par un semblant de tendresse, La Vallière a lu dans cette âme rassasiée. La galanterie contrainte, la froideur, les impatiences du roi ne font que confirmer son infidélité; Montespan a pris la place de La Vallière.La pauvre victime abandonnée ne songe plus qu'à la retraite et à la pénitence. Appuyée d'un côté sur Bossuet et de l'autre sur Molière, elle se décide à rompre avec le monde et à cacher sa douleur et son repentir dans quelque pieux asile; La Vallière ira aux Carmélites.--En même temps qu'il nous montre La Vallière brisée par la trahison d'un homme, M. Adolphe Dumas nous fait voir Molière tué par l'infidélité d'une femme: ici Louis XIV ensevelissant dans une retraite austère La Vallière vivante; là, la Béjart ouvrant à Molière, mort de chagrin, une tombe prématurée. Et ainsi, tous deux s'acheminent en même temps vers la sépulture: l'une aux Carmélites, l'autre au cimetière Montmartre. Voici La Vallière sur la route du couvent; voilà les restes inanimés de Molière qui passent, et le peuple s'émeut et s'agite autour d'eux.--Par un dernier retour de tendresse, Louis XIV veut arrêter La Vallière; mais Bossuet l'empêche de retenir aux corruptions du monde cette âme, qui court se racheter vers Dieu.--Le roi obéit à Bossuet, et cependant salue le cercueil de Molière:Bénissez ce cercueil, Molière est un grand homme,Aussi grand que tous ceux de la Grèce et de Rome.Il était au théâtre, il était comédien,Mais après tout, Molière était homme de bien.Et la toile tombe.Si vous pouvez vous isoler de toute préoccupation historique; si vous ne faites cas ni de la vérité des caractères, ni de la vérité des moeurs et du temps, le drame de M. Adolphe Dumas pourra se faire absoudre; il est semé de jolis vers, de vers élégants, de vers tendres, de sentiments énergiques; mais si vous croyez à Molière, à Bossuet, à la vraisemblance, au bon sens de l'histoire, le drame court le risque d'un jugement sévère. Il paraît que le public ne croit à rien de tout cela, car il a beaucoup applaudi M. Dumas, et court avec curiosité à la Porte-Saint-Martin.M. Adelphe Dumas répondra aux critiques par le grand et terrible argument du succès. Le succès est quelque chose en effet, mais le succès n'est pas tout. M. Adolphe Dumas est un homme de trop d'esprit et de trop de talent pour ne pas vouloir mettre complètement d'accord, dans un prochain drame, et ceux qui ne voient que le fait du succès, et ceux qui, dans le succès même, demandent et regrettent quelque chose.La semaine a été pauvre en vaudevilles: le théâtre du Palais-Royal et le théâtre des Variétés ont seuls donné signe de vie: l'un a mis au mondeL'Homme de Paille, l'autre a saupoudré de gros mots cinq petits actes intitules:Les CuisinesL'homme de paille, cela se devine, est une espèce de paravent qui sert à cacher les peccadilles d'un vaurien. M. de Champvilliers a des vices et des maîtresses: il craint que cette vie désordonnée lui enlève une veuve et une dot qu'il veut épouser; il prend M. Gambriac pour éditeur responsable. Tout ce qui lui tombe sur le dos, duels, dettes, intrigues, c'est de Gambriac qui en est cause. Gambriac cependant s'aperçoit du rôle de dupe qu'un lui fait jouer, et comme il n'est pas niais, il prend sa revanche et enlève au mystificateur la dot et la veuve. De la gaieté et quelque traits d'esprit, que faut-il davantage à un vaudeville?Le théâtre des Variétés nous mené, comme Colletel, de cuisine en cuisine: cuisine de la grisette, cuisine du portier, cuisine des Invalides, cuisine à 32 sous, cuisine du Pont-Neuf, cuisine millionnaire; par-ci, par-là le sel manque; mais le public avait faim il a pris ce repas en cinq services, d'assez bonne grâce: l'appétit rend indulgent Les auteurs sont, d'une part. MM. Marc Michel et Labiche: de l'autre, MM. Cormon et Dupeuty. Le tout forme un quadrille.Bulletin bibliographiqueÉtudes sur les Réformateurs ou Socialistes modernes, par M.M. Louis Reybaud. Tome second.--Paris, 1843. Guillaumin. 7 fr. 50.Ce volume complète l'examen que M. Louis Reybaud s'était proposé de faire des diverses sectes ou théories qui ont cherché, depuis l'origine du siècle, à s'emparer de l'attention et à se créer un auditoire. Il est le résumé et la critique de quelques vues collectives, comme le premier volume était le résumé de quelques inspirations individuelles.Le chapitre 1er, qui a pour titre:La Société et le Socialisme, forme une espèce d'introduction. M. Louis Reybaud ne croit pas, ainsi que certains détracteurs de l'ordre social essaient de le prouver, «que les efforts des générations, le travail des siècles, n'aient abouti qu'à transformer notre globe en un vaste dépôt de mendicité ou en une léproserie immonde.» Dans son opinion, les sociétés modernes ont été calomniées; elles sont au-dessus des sociétés anciennes, comme intelligence, comme bien-être. La misère, le vice et le crime, ces trois fléaux, accessoires obligés de toute civilisation humaine, n'augmentent pas, ils diminuent. Notre siècle vaut mieux sous tous les rapports que les siècles qui l'ont précédé. Est-ce à dire pour cela qu'il n'y ait rien à faire? Nullement. Sans doute, ce monde, que le christianisme a bien jugé, sera éternellement le siège de la souffrance; et quand on songe qu'aucune classe ne se dérobe à cette loi, que les plus puissants comme les plus humbles lui paient un égal tribut, on s'étonne de voir encore tant de cerveaux en quête de cette chimère que l'on nomme la perfection absolue. Mais si le mal qui afflige l'humanité ne peut pas se guérir radicalement, du moins doit-on chercher des remèdes partiels et des moyens d'atténuation. C'est ce qu'a fait M Louis Reybaud. Ainsi, il demande l'abolition de la prostitution indirecte, en commandite, collective ou enrégimentée; l'établissement du régime cellulaire dans les prisons; la destruction du compagnonnage; la création de conseils de prud'hommes, etc.; mais il recommande surtout aux classes laborieuses de savoir se contenir et se conduire. «Ce qui manque à l'ouvrier, dit-il, c'est l'esprit de calcul et de prévoyance. Avec le temps son éducation se complétera. Il a eu ses jours d'enfance et d'adolescence, il aura sa période de maturité. C'est à lui d'entrevoir déjà cet avenir et d'y aspirer, pour s'en montrer digne, il faut qu'il éteigne en lui les prétentions inquiètes et sans but, la soif des réformes impossibles, le besoin d'agitations ruineuses. Il a pour lui le titre de noblesse des sociétés modernes, le travail; soldat de l'armée industrielle, son avancement est dans ses mains, et il n'est point de haut grade auquel il ne puisse prétendre. »Comme on le voit par ce passage que nous venons de citer, M. Louis Reybaud ne s'agite pas dans un cercle d'illusions et ne court jamais après des fantômes; aussi n'hésite-t-il pas à se déclarer l'adversaire de tous les socialistes en général, c'est-à-dire de tous les rêveurs qui cultivent avec plus ou moins de succès l'art d'improviser des sociétés irréprochables. Du reste, il n'a pas de luttes sérieuses à soutenir; sa tâche se borne pour ainsi dire à enregistrer les noms des morts. On a offert à la société, durant ces dernières années, tant de recettes du parfait bonheur, que, fort embarrassée de choisir, elle est restée ce qu'elle était, mêlée de mauvais et de bon, s'appuyant sur le passé en regardant vers l'avenir. Les écoles et les églises nouvelles se sont éteintes peu à peu dans le choc des rivalités et les défaillances de l'isolement. Toutefois, si le socialisme avoué est fini ou bien près de finir, il veut laisser une dernière empreinte dans le monde scientifique et littéraire. M. Louis Reybaud a donc cru devoir signaler trois catégories d'écrivains qui, plus ouvertement que les autres, ont sacrifié ou sacrifient encore aux chimères et aux déclamations du socialisme: les statisticiens, les philosophes et les romanciers. Quelques pages éloquentes et que tous les honnêtes gens approuveront vengent la société des calculs mensongers de quelques statisticiens, des erreurs prétentieuses de certains philosophes et des divagations intéressées de la plupart de nos romanciers. «Si les enfants perdus de la philosophie, du roman et de la statistique veulent continuer cette croisade insensée, ajoute M. Louis Reybaud en terminant, la société les laissera achever leur suicide sans s'émouvoir, sans s'irriter. A une démence obstinée et volontaire, elle ne doit répondre que par la pitié et le dédain. Tout ce qu'il lui reste à faire, c'est de souhaiter à ses détracteurs un peu de ce bon sens, présent du ciel, et dont il est plus avare qu'on ne se l'imagine; le bon sens quitte toujours les hommes qui s'enivrent d'eux mêmes et de leurs idées: c'est le premier châtiment de leur vanité et la cause d'une irrémédiable impuissance. »Les chapitres suivants ne sont pour ainsi dire que le développement de cette espèce d'introduction. M. Louis Reybaud analyse et critique successivement les systèmes des principaux socialistes contemporains. Son second chapitre est consacréaux idées et aux sectes communistes, le troisième auxChartistes, le quatrième àJérémie Benthametaux Utilitaires, le cinquième auxHumanitains. Cette suite de déviations et d'écarts auxquels notre temps est en butte, M. Louis Reybaud les rattache, dans sa conclusion, à deux causes dominantes: les inspirations de l'orgueil et les calculs de l'intérêt.--Cependant, il est trop juste pour les confondre dans une même condamnation: il fait une réserve en faveur des Utilitaires, qu'il traite peut-être trop sévèrement, et chez lesquels des qualités supérieures s'unissent à des intentions saines,--et en faveur des Humanitaires, qui, au milieu de bien des folies, ont su néanmoins se tenir en garde contre la provocation directe et la déclamation turbulente.Dans la courte préface de ce deuxième volume, M. Louis Reybaud a cru devoir répondre à un reproche auquel il avait raison de s'attendre: «On trouvera, dit-il, que le ton de ce deuxième volume est plus sévère que ne l'était celui du premier, et que je n'ai aujourd'hui que du blâme pour des tentatives auxquelles je n'ai pas refusé naguère des encouragements et des éloges. J'irai au-devant d'une explication, et elle sera courte. Je croyais alors ces aberrations sans danger; je suis convaincu maintenant, après en avoir mieux étudié les effets, qu'elles sont dangereuses. Sans doute, au premier coup d'oeil, ces excursions dans le domaine de l'imagination peuvent être regardées soit comme une diversion innocente, soit comme un exercice utile à la pensée. L'esprit humain doit agiter des problèmes, même sans espoir de les résoudre, et souder l'inconnu, fut-ce avec témérité. Dans tous les temps il s'est produit des hommes qui se vouaient à cette tâche ingrate, et dont les convictions méritaient le respect. Leurs rêves ne troublaient ni n'empêchaient rien, et leur candeur commandait l'indulgence. Cependant, quand les chimères prennent trop d'ambition et aspirent à de trop grandes destinées, un autre devoir est tracé aux écrivains, c'est de ramener les esprits au sentiment des réalités et d'assigner des limites à la fantaisie. Voilà ou nous en sommes aujourd'hui, et pourquoi je me suis armé de plus de rigueur. Il m'a semblé que ces doctrines aventureuses n'éclairaient aucune question et les dénaturaient toutes; que, sans profit pour elles-mêmes, elles nuisaient aux notions les plus saines, les mieux vérifiées; que, par la déclamation et la jactance, elles agissaient sur quelques têtes ardentes et crédules, et que, sans faire précisément un grand mal, elles étouffaient et paralysaient le bien qui aurait pu se faire.»Le second volume desRéformateurs contemporainsobtiendra, nous en sommes certain, un aussi grand succès que le premier, couronné,--est-il nécessaire de le rappeler?--par l'Académie française.--Les qualités dont M Louis Reybaud avait donné des preuves si éclatantes se sont encore perfectionnées: le style est devenu plus net et plus vigoureux, l'argumentation plus serrée et plus claire, la critique plus mordante et plus juste. Nous laisserons les sectes attaquées par M Louis Reybaud se défendre si elles l'osent ou si elles le peuvent; mais, tout en espérant que, la plupart d'entre elles ne se relèveront pas du rude coup qui vient de leur être porté, nous ne pouvons nous empêcher de regretter que leur vainqueur ait parfois... un peu trop de raison.L'excès en tout est un vilain défaut,a dit le poète. Que M. Louis Reybaud profite désormais de cet avis; qu'il prenne garde, en combattant les pessimistes, de devenir optimiste.--Nous l'engagerons beaucoup à lire trois charmants volumes publiés à la librairie Paulin sous ce titre:Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale et politique--Cette spirituelle critique des vices et des ridicules de notre époque lui prouvera, s'il pouvait jamais en douter, que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.Les Colonies françaises, Abolition immédiate de l'Esclavage; parVictor Schoelcher. 1 vol. in-8.--Paris, 1842,Pagnerre. 6 fr.«Emancipation des noirs, tel est notre premier voeu, dit M. Victor Schoelcher au début de son introduction; prospérité des colonies, tel est notre second voeu. Nous demandons l'une au nom de I humanité, l'autre au nom de la nationalité; toutes deux au nom de la justice. » Bien qu'il ait paru il y a plus d'un an, cet ouvrage de M. Victor Schoelcher a donc conservé un intérêt d'actualité, car la Chambre des Députés s'occupe en ce moment d'une loi qui intéresse au plus haut degré la prospérité des colonies, et la question de l'émancipation des noirs, toujours pendante, va enfin être soumise,--assure-t-on,--à l'appréciation et au vote de la législature.M. Victor Schoelcher n'a traité avec une étendue suffisante qu'une seule des deux graves questions qu'il semblait se proposer de résoudre. Sans doute, dans son introduction, il indique en passant quelques moyens de régénérer les colonies; mais la pensée qui le préoccupe avant toutes les autres ne lui permet pas de s'arrêter longtemps à ces préliminaires.--L'auteur desColonies françaisesest le plus sincère et le plus zélé de tous les abolitionnistes français. Ce grand acte d'humanité et de justice auquel il a consacré sa fortune et sa vie entière,--l'émancipation des noirs,--il désire si ardemment le voir s'accomplir, qu'il lui tarde, dès les premières lignes, d'appeler l'esclavage dans la lice et de lui déclarer une guerre à mort.D'abord M. Victor Schoelcher examine la condition présente des nègres, En les suivant dans les diverses phases de leur existence actuelle, il espère pouvoir préjuger de leur existence future, et trouver la solution du problème colonial.--Puis, cette étude achevée,--et elle a été faite d'après nature sur les lieux mêmes, --il expose et réfute l'opinion des créoles sur la nature de leurs esclaves noirs; il signale l'existence et les effets déplorables du préjugé de couleur--Le terrain ainsi exploré, il y marche suis trop de crainte de s'égarer, et il aborde la question de l'esclavage.Après avoir longuement discuté les divers moyens proposés pour amener l'abolition de l'esclavage, M. Victor Schoelcher déclare que, dans son opinion, celui qui offre le plus de chances favorables est l'émancipation en masse pure et simple.» Cette émancipation, dit-il, a pour elle la convenance, l'utilité, l'opportunité; ses résultats immédiats seront pour les nègres faits libres; la probabilité de ses heureuses conséquences finales doit fixer les colons sur la réalité de ses avantages. Il n'est pas vrai que le travail libre soit impossible sous les tropiques; il ne s'agit que de savoir déterminer les moyens de l'obtenir. Toute la question se réduit donc là: organiser le travail libre.»En conséquence, M. Victor Schoelcher expose dans le vingt-cinquième et dernier chapitre de son ouvrage unEssai de législation propre à faciliter l'émancipation en masse et spontanée.Sans doute il n'a pas la prétention de construire le code des provinces d'outremer; mais il manquerait de véracité, «s'il dissimulait sa confiance dans les moyens qu'il indique pour laver les terres coloniales de la tache qui les souille, sans mettre en péril leur société, pour substituer sans trouble, ou du moins sans violence, le brillant ordre libre à l'ignoble ordre esclave.»Chants de l'Exil: parLouis Delattre. 1 vol. in-18. --Paris, 1843. Gosselin. 3 fr. 50 c.La plupart des poésies contenues dans ce recueil sont nées sur la terre étrangère, en Italie, en Allemagne, en Belgique en Russie, et surtout en Suisse. «Elles sont, dit leur auteur, le fruit de mes voyages dans ces divers pays, et presque toutes ont été inspirées par le spectacle des grandes scènes de la nature.»LesChants de l'Exilse divisent en deux parties: la première et la plus considérable se compose de poésies objectives, narratives, épiques, légendes et ballades; la seconde contient les poésies intimes.M. Louis Delattre prie la critique de ne pas condamner ses efforts, et le public d'accueillir avec indulgence ce volume, où il ajeté tout ce que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour.Nous accédons d'autant plus volontiers à sa demande, que nous avons remarqué çà et là, en parcourant ce volume, des vers qui nous ont paru mériter nos éloges. Puisse le public se montrer aussi bienveillant, et recevoir avec reconnaissance les dons de M. Louis Delattre!--Nous nous bornerons à faire une seule observation, qui s'adresse généralement à tous les jeunes gens qui se prétendent poètes: pourquoi se croient-ils obligés d'imprimer tout ce qu'ils composent, et ne comprennent-ils pas qu'il faut songer quelquefois au fond autant qu'à la forme?--Quel mérite et quelle utilité y a-t-il à écrire et à publier des vers comme ceux-ci, par exemple, qui commencent la première strophe de la première pièce deChants de l'Exil:L'azur de l'éternelle voûteSourit à l'homme jeune encor,Et l'espérance, sur sa route,Sème des fleurs de pourpre et d'or.Ou bien encore, à la seconde strophe:Aux plaines, aux forêts profondes,Un vaisseau verse ses trésorsLes cygnes voguent sur ses ondes,La violette orne ses bords.Ne serait-il pas temps, enfin, de renoncer à tout ce verbiage insignifiant, qui n'a plus même l'intérêt de la nouveauté? Et quand un jeune écrivain veut que le public reçoive avec indulgence tout ce que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour, ne devrait-il pas, en vérité, se montrer plus sérieusement digne des suffrages qu'il ambitionne?Le Hachych; 1 vol. in-18.--Paris, 1843.Paulin. 3 francs.Le hachych est une plante de l'Orient qui a la même forme, le même aspect, la même odeur que le chanvre. A en croire les savants de l'expédition d'Égypte, c'est du chanvre dont les propriétés se sont affaiblies dans le Nord. Le hachych produit des effets extraordinaires sur toutes les personnes qui en prennent une infusion. Il exalte leurs idées dominantes, il leur montre d'une manière claire leurs plans les plus compliqués se débrouillant sans difficulté, leurs projets les plus chers se réalisant sans obstacle; il leur procure l'intuition précise de ce qu'ils cherchent; «enfin, dit l'auteur du petit livre qui a pris pour titre le nom de cette plante remarquable, il leur fait savourer par la pensée la possession anticipée et sans mélange de tout ce qui est suivant leurs goûts, leurs voeux, leurs passions habituelles, ou plutôt suivant leurs désirs et la direction de leurs pensées au moment où le hachych agit sur eux. C'est ce qui explique les effets différents qu'on en rencontre; car ils varient beaucoup suivant les individus et même suivant les dispositions du moment..»Il y a quelques mois, douze convives réunis à Marseille autour de la table d'un médecin causaient entre eux de la condition et des besoins de la société actuelle. Un jeune docteur qui arrivait d'Égypte les engagea à prendre une infusion de hachych au lieu de café. «C'est le remède à la nostalgie, au découragement, aux déceptions de toute espèce, leur dit-il. J'ai pensé qu'en France j'en aurais encore besoin pendant bien longtemps; c'est pourquoi j'en ai rapporté une ample provision, et je vous en offre. Essayez-en, quand ce ne serait que par curiosité. Que risquez-vous? Une petite dose, une seule tasse de cette précieuse infusion ne peut vous donner que de la gaieté, des consolations; vos prévisions les plus agréables se transformeront, pour un moment, en réalités; vous posséderez le don de seconde vue; vous serez élevés au rang des prophètes. »Quelques-uns des convives cédèrent aux instances du jeune docteur; mais l'auteur anonyme duHachych, se défiant de sa susceptibilité nerveuse, se contenta d'abord de fumer un peu de hachych mêlé avec du tabac très-doux, pendant que la discussion continuait bruyante, confuse et bientôt inextricable; puis, se sentant trop agité, il avala une grande tasse de cette bienheureuse infusion. Enfin il se retira Mais à peine fut-il couché, il tomba dans un profond sommeil, et il fit un rêve étrange qu'il raconte aujourd'hui au public. Il parcourut successivement l'Abyssinie, l'Inde, le Tibet, la Chine, le Japon, les colonies anglaises de l'Australie et tout l'archipel de l'Océanie. Arrivé en Amérique par la Californie, il traversa les montagnes Rocheuses sur unrailway. Il passa un des premiers par le canal de Panama; ayant ensuite débarqué au cap de Bonne-Espérance, il visita toute l'Afrique centrale, Tombouctou et les montagnes de la Lune, et il revint à Alexandrie en descendant le Nil-Blanc et les cataractes.--Le canal de communication du Nil avec la Mer-Rouge par Suez était alors en pleine activité: un chemin de fer reliait Bagdad, Saint-Jean-d'Acre et le Caire.--Surpris de toutes ces améliorations, il s'embarqua pour revenir en France sur un navire qui marchait par l'électricité.--Quand il arriva à Marseille, il ne fit pas quarantaine, et à l'entrée de la Canebière il vit la foule attroupée autour d'une immense affiche, au haut de laquelle il lut en gros caractères: Bande du congrès ibergallitale, 27 juillet 1843.Ici doit s'arrêter notre analyse. Révéler le mot de l'énigme serait faire tort au livre dont nous venons de résumer la première partie. Si quelques-uns des lecteurs del'Illustrationdésirent savoir ce que seront la France et l'Europe dans cent ans, quelles révolutions politiques, sociales, économiques, un siècle verra s'accomplir, selon les utopies assez raisonnables d'un médecin célèbre qui désire garder l'anonyme, ils n'ont qu'à se procurer un exemplaire duHachych.--L'ouvrage de M. le docteur..... les fera jouir,--sans les endormir toutefois,--de rêves étranges dont la réalisation très-désirable ne leur semblera pas impossible.Le Jardin des Plantes, description et moeurs des mammifères de la Ménagerie et du Muséum d'Histoire naturelle, parM. Boitard; précédé d'une notice historique, anecdotique et descriptive du Jardin, parJ. Janin.Nouvelle édition avec lesfigures coloriées, illustrée de 400 gravures sur acier, sur cuivre et sur bois, planches à l'aquarelle, etc.; publiée en 64 livraisons, à 50 c.--Le volume complet, figures noires, 16 fr.--Dubochet et Cie..Les figures qui représentent les sujets que l'histoire naturelle a pour but de décrire ne remplissent qu'en partie leur destination, si elles se bornent à donner la forme sans y joindre la couleur. LeJardin des Plantes, dont MM. Dubochet et comp. avaient publié une première édition avec les figuresen noir, paraît aujourd'hui avec les figures coloriées, amélioration dont le public se montrera certainement reconnaissant. La perfection des dessins faisait regretter qu'on n'eut pas rendu la représentation des animaux plus complète, et les éditeurs ont cédé à de nombreuses observations en faisant colorier les figures dans cette nouvelle édition.L'auteur duJardin des Plantes. M. Boitard, a réuni dans ce volume ce qu'on chercherait vainement ailleurs: l'histoire morale, qu'on nous passe cette expression, des animaux, leur instinct, leur intelligence, leurs habitudes quelquefois si extraordinaires, leur caractère, leurs ruses, les singularités de leurs actions, leurs affections, leurs haines, leurs moyens d'attaque et de défense, leur industrie, leurs travaux si merveilleux quand on les compare aux facultés qu'ils possèdent pour les exécuter; en un mot, leurs moeurs sauvages ou sociales.Cet intéressant travail est précédé d'une introduction, dans laquelle M. Jules Janin a raconté, avec son style pittoresque et animé, l'histoire duJardin des Plantes, et esquissé les scènes diverses dont il est chaque jour le théâtre.Enfin, le Jardin des Plantes ne serait qu'un excellent livre d'histoire naturelle et ne justifierait pas son titre spécial si le dessin et la gravure n'y avaient ajouté tout ce qui attire les regards et la curiosité des visiteurs et des promeneurs: monuments, constructions, sites pittoresques, tableaux délicieux, connus de tous ceux qui ont visité le Jardin des Plantes, bons à rappeler à ceux qui les connaissent, à faire connaître à ceux qui n'ont pu les visiter.Modes.Ce n'est pas à l'incommodité déjà soufferte de la chaleur que nous devons ces jolies et étranges coiffures qu'Alexandrine, dans son goût artistique, a prises aux modes italiennes; c'est à l'incommodité prévue de la chaleur prochaine. On va bientôt partir pour la campagne: les femmes qui ne connaissent pas les capelines sont menacées du chapeau à la suissesse, à bords ronds et plats, à calotte de chapeau, coiffure dont les jeunes pensionnaires mêmes sont lasses et qu'il était bien temps de renouveler.Alexandrine a rencontré la plus heureuse de toutes les innovations, le chapeau de paille primitif, souple, léger, naïf de forme; elle y a pincé quelques ornements d'un style pittoresque, petites bouffettes de ruban ou de velours, et, selon la mode italienne, des fleurs posées avec une sorte d'ingénuité contre les cheveux.Les capelines sont de ces créations que l'artiste conçoit dans ses jours d'inspiration, et qui plaisent à toutes les femmes d'un goût distingué, comme tout ce qui sort de la vulgarité sans tomber dans la bizarrerie. De plus, il n'existe pas de chapeau qui gêne moins la personne, qui charge moins la tête et préserve mieux le visage.L'une de nos figurines porte une robe de batiste à double manche. Son tablier de taffetas vert-myrte entoure une partie de sa taille: son col plat est en fine toile de Hollande.L'autre, à manches demi-longues plates, a une robe de nankin. Son col, soutenu par une cravate écossaise, est en linon rayé, et ses mitaines sont en taffetas.Mayer enferme dans la scie noire, pure ou gros-bleu, les petites mains les plus élégantes de Paris, de Londres et de Saint-Pétersbourg. Quand une nouveauté sort des magasins de la rue de la Paix, elle a bientôt fait le tour du monde. C'est dire qu'il suffit de s'appuyer d'une telle autorité pour recommander aveuglément une innovation. Les mitaines de taffetas sont comme celles de velours, d'autant plus recherchées que M. Mayer ne peut en faire autant qu'il lui en est demandé.La douairière est une ombrelle commode pour la campagne. Sa canne est utile pour débarrasser la marche des herbes et des branches que l'on rencontre dans le parc, sous les avenues ombreuses ou dans la prairie à hautes fleurs. La marquise y est insuffisante, et l'anglaise gêne la main sans aucun avantage.Napoléon adoré dans un temple chinois.--Dessin fait par un témoin oculaire.Amusements des sciences.Le succès des rébus nous a donné l'idée d'ajouter à ces problèmes d'autres questions, quelquefois moins amusantes, mais plus instructives, sur toutes sortes de sujets. Nous poserons donc, chaque semaine, des questions de ce genre, dont nous donnerons les solutions la semaine suivante. En voici quelques-unes:I. Comment pourra-t-on faire, dans une balance ordinaire, toutes les pesées possibles d'un nombre entier de grammes avec la série des poids 1, 2, 4, 8, 16, 32, etc., grammes? La série de ces poids allant jusqu'à 1,024 grammes, quel est le plus grand poids que l'on puisse évaluer directement?II. Une personne ayant un cruchon de huit litres d'un excellent vin, voudrait en donner exactement la moitié à un ami; mais elle n'a, pour le mesurer, que deux autres vases, l'un de cinq, l'autre de trois litres. Comment doit-elle s'y prendre: l° pour mettre quatre litres dans le vase de cinq; 2° pour les laisser dans le vase de huit litres?III. On prend une boule d'ivoire ou de bois bien sphérique et bien homogène sur laquelle on trace, comme sur un globe céleste ou terrestre, des pôles, un équateur, des cercles de longitude et de latitude. On lance ce globe au hasard, et, après chaque jet, on marque soigneusement son point de contact avec le sol, lorsqu'il est parvenu au repos. On demande les valeurs vers lesquelles tendront les moyennes des longitudes et des latitudes?Rébus.EXPLICATION DU DERNIER REBUS.Ci-gît Raphaël.

Soupirez librement pour un amour fidèle,Et bravez ceux qui voudraient vous blâmer:Un coeur tendre est aimable, et le nom de cruelleN'est pas un nom à se faire estimer.Dans le temps où l'on est belle,Rien n'est si beau que d'aimer.

Soupirez librement pour un amour fidèle,Et bravez ceux qui voudraient vous blâmer:Un coeur tendre est aimable, et le nom de cruelleN'est pas un nom à se faire estimer.Dans le temps où l'on est belle,Rien n'est si beau que d'aimer.

Soupirez librement pour un amour fidèle,

Et bravez ceux qui voudraient vous blâmer:

Un coeur tendre est aimable, et le nom de cruelle

N'est pas un nom à se faire estimer.

Dans le temps où l'on est belle,

Rien n'est si beau que d'aimer.

D'ailleurs La Vallière commence déjà à expier sa faute: elle essuie les violences de madame de Soissons, et la reine-mère la traite avec dureté. Louis XIV, à en croire M. Dumas, n'est pas le seul ouvrier de cette chute: un certain marquis de Santa-Fior, marquis de contrebande, un drôle, un Scapin, lui a facilité les voies. Ce Santa-Fior, fils original et fantasque, né du cerveau de M. Adolphe Dumas, ne manque ni de verve ni d'esprit; mais il devance les temps, et transporte à la cour de 1669 le baron de Wormspire, beau-père de Robert-Macaire de 1835.

Santa-Fior ou Louis, peu importe, La Vallière est vaincue, on ne saurait plus en douter: voyez-la tendrement suspendue au bras de son royal amant, et écoutant ses douces paroles:

Blonde comme un soleil, belle comme le jour,Je passerai ma vie à te parler d'amour.

Blonde comme un soleil, belle comme le jour,Je passerai ma vie à te parler d'amour.

Blonde comme un soleil, belle comme le jour,

Je passerai ma vie à te parler d'amour.

--Où voulez-vous aller?--Sous ces ombrages silencieux, dit l'amant; c'est là que mon père, Louis XIII, aimait à s'asseoir:

C'est là qu'il est venu, seul avec La Fayette,Comme toi toujours tendre et toujours inquiète.On trouverait encor leurs chiffres amoureux.--Que voulez-vous?--Chercher.--Quoi chercher?--Des heureux:

C'est là qu'il est venu, seul avec La Fayette,Comme toi toujours tendre et toujours inquiète.On trouverait encor leurs chiffres amoureux.--Que voulez-vous?--Chercher.--Quoi chercher?--Des heureux:

C'est là qu'il est venu, seul avec La Fayette,

Comme toi toujours tendre et toujours inquiète.

On trouverait encor leurs chiffres amoureux.

--Que voulez-vous?--Chercher.--Quoi chercher?--Des heureux:

Louis XIII gravant des chiffres amoureux sur les arbres peut sembler un peu bien hasardé, mais les vers sont jolis.

Tandis que La Vallière soupire, Molière est insulté par les marquis; que dis-je, par les marquis, non point seulement par les Acaste et les Clitandre, mais par un Guise en personne. C'est ici,--le croiriez-vous?--que Molière met le poing sur la hanche, se pose en bretteur, et provoque M. de Guise: M. de Guise consent à se battre, pour surcroît de merveille; mais le roi survient, et dérange le combat:

La royauté, ce soir, soupe avec le génie.Voyons, monsieur, soyez de notre compagnie.

La royauté, ce soir, soupe avec le génie.Voyons, monsieur, soyez de notre compagnie.

La royauté, ce soir, soupe avec le génie.

Voyons, monsieur, soyez de notre compagnie.

A ces mots, le roi s'assied à une table magnifiquement servie, et donne près de lui place à Molière: le banquet est splendide et splendidement illuminé: princes et ducs, duchesses et marquises y prennent part, sur l'ordre de Louis.

M. Adolphe Dumas agrandit et orne singulièrement le petiten cas de nuitque le roi fit partager, dit-on, à Molière au nez des courtisans. Louis boit à Molière et à Corneille; Molière riposte en buvant au roi. Soit, Mais que dites-vous de ce qui suit? Louis XIV oblige Guise de choquer le verre avec Molière et que fait Molière? Molière se levant, le verre à la main, porte à Guise et à la noblesse assise à cette table, letoastincroyable que voici:

A votre oncle Mayenne, assassin d'Henri Trois!Et, comme si j'étais encore sur mon théâtre,A sa soeur, votre tante, assassin d'Henri Quatre!Sire, permettez-moi, c'est un duel entre nous;Il faut que tout ceci se passe devant vous.Nous autres gens de coeur, nous autres gens de lettres,Nous sommes las des beaux, sire, et des petits-maîtres.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Mais qui donc êtes-vous? C'est une raillerie.Des danseurs!... O héros de la chevalerie:Charlemagne et Roland, voilà les héritiersDe ceux de Roncevaux et de ceux de Poitiers.Mais, n'allons pas si haut, ombres chères et vaines!Votre sang est trop vieux et n'est plus dans leurs veines,Mais qui donc êtes-vous? un frondeur, un ligueur;Des Guises balafrés sur un front sans rougeur,Les hommes avilis de nos guerres civiles,Les restes écumés des troubles de nos villes,Qui s'en vont, quand Paris n'est plus à ravager,Avec Condé, porter la France à l'étranger!

A votre oncle Mayenne, assassin d'Henri Trois!Et, comme si j'étais encore sur mon théâtre,A sa soeur, votre tante, assassin d'Henri Quatre!Sire, permettez-moi, c'est un duel entre nous;Il faut que tout ceci se passe devant vous.Nous autres gens de coeur, nous autres gens de lettres,Nous sommes las des beaux, sire, et des petits-maîtres.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Mais qui donc êtes-vous? C'est une raillerie.Des danseurs!... O héros de la chevalerie:Charlemagne et Roland, voilà les héritiersDe ceux de Roncevaux et de ceux de Poitiers.Mais, n'allons pas si haut, ombres chères et vaines!Votre sang est trop vieux et n'est plus dans leurs veines,Mais qui donc êtes-vous? un frondeur, un ligueur;Des Guises balafrés sur un front sans rougeur,Les hommes avilis de nos guerres civiles,Les restes écumés des troubles de nos villes,Qui s'en vont, quand Paris n'est plus à ravager,Avec Condé, porter la France à l'étranger!

A votre oncle Mayenne, assassin d'Henri Trois!

Et, comme si j'étais encore sur mon théâtre,

A sa soeur, votre tante, assassin d'Henri Quatre!

Sire, permettez-moi, c'est un duel entre nous;

Il faut que tout ceci se passe devant vous.

Nous autres gens de coeur, nous autres gens de lettres,

Nous sommes las des beaux, sire, et des petits-maîtres.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mais qui donc êtes-vous? C'est une raillerie.

Des danseurs!... O héros de la chevalerie:

Charlemagne et Roland, voilà les héritiers

De ceux de Roncevaux et de ceux de Poitiers.

Mais, n'allons pas si haut, ombres chères et vaines!

Votre sang est trop vieux et n'est plus dans leurs veines,

Mais qui donc êtes-vous? un frondeur, un ligueur;

Des Guises balafrés sur un front sans rougeur,

Les hommes avilis de nos guerres civiles,

Les restes écumés des troubles de nos villes,

Qui s'en vont, quand Paris n'est plus à ravager,

Avec Condé, porter la France à l'étranger!

Théâtre de la Porte-Saint-Martin.--Mademoiselle de La Vallière.--Scène du troisième acte: Molière portant un toast aux nobles.

Et Guise ne s'indigne que médiocrement à ces apostrophes fanfaronnes; et Louis XIV d'applaudir et d'encourager Molière. Mais, en vérité, où sommes-nous? où allons-nous? Quoi! c'est là Versailles? quoi! c'est le roi? quoi! c'est Molière? Il serait si facile de répondre à cette déclamation de ce Poquelin sans pareil, qu'après tout il se trompe, que la noblesse de Louis XIV n'était pas encore la noblesse honteuse et énervée de la Régence et de Louis XV, et que les hommes qui se faisaient tuer bravement dans les fossés de Strasbourg ou de Dôle, ajoutant l'Alsace et la Franche-Comté à la France, n'étaient pas de si indignes héritiers de ceux de Poitiers et de Roncevaux.

Mais déjà tout est dit: l'amour de Louis XIV pour La Vallière s'éteint peu à peu et s'en va; la possession a produit la satiété. La Vallière aime toujours, aimera toujours; Louis n'aime déjà plus. En vain il cherche à dissimuler cet abandon par un semblant de tendresse, La Vallière a lu dans cette âme rassasiée. La galanterie contrainte, la froideur, les impatiences du roi ne font que confirmer son infidélité; Montespan a pris la place de La Vallière.

La pauvre victime abandonnée ne songe plus qu'à la retraite et à la pénitence. Appuyée d'un côté sur Bossuet et de l'autre sur Molière, elle se décide à rompre avec le monde et à cacher sa douleur et son repentir dans quelque pieux asile; La Vallière ira aux Carmélites.--En même temps qu'il nous montre La Vallière brisée par la trahison d'un homme, M. Adolphe Dumas nous fait voir Molière tué par l'infidélité d'une femme: ici Louis XIV ensevelissant dans une retraite austère La Vallière vivante; là, la Béjart ouvrant à Molière, mort de chagrin, une tombe prématurée. Et ainsi, tous deux s'acheminent en même temps vers la sépulture: l'une aux Carmélites, l'autre au cimetière Montmartre. Voici La Vallière sur la route du couvent; voilà les restes inanimés de Molière qui passent, et le peuple s'émeut et s'agite autour d'eux.--Par un dernier retour de tendresse, Louis XIV veut arrêter La Vallière; mais Bossuet l'empêche de retenir aux corruptions du monde cette âme, qui court se racheter vers Dieu.--Le roi obéit à Bossuet, et cependant salue le cercueil de Molière:

Bénissez ce cercueil, Molière est un grand homme,Aussi grand que tous ceux de la Grèce et de Rome.Il était au théâtre, il était comédien,Mais après tout, Molière était homme de bien.

Bénissez ce cercueil, Molière est un grand homme,Aussi grand que tous ceux de la Grèce et de Rome.Il était au théâtre, il était comédien,Mais après tout, Molière était homme de bien.

Bénissez ce cercueil, Molière est un grand homme,

Aussi grand que tous ceux de la Grèce et de Rome.

Il était au théâtre, il était comédien,

Mais après tout, Molière était homme de bien.

Et la toile tombe.

Si vous pouvez vous isoler de toute préoccupation historique; si vous ne faites cas ni de la vérité des caractères, ni de la vérité des moeurs et du temps, le drame de M. Adolphe Dumas pourra se faire absoudre; il est semé de jolis vers, de vers élégants, de vers tendres, de sentiments énergiques; mais si vous croyez à Molière, à Bossuet, à la vraisemblance, au bon sens de l'histoire, le drame court le risque d'un jugement sévère. Il paraît que le public ne croit à rien de tout cela, car il a beaucoup applaudi M. Dumas, et court avec curiosité à la Porte-Saint-Martin.

M. Adelphe Dumas répondra aux critiques par le grand et terrible argument du succès. Le succès est quelque chose en effet, mais le succès n'est pas tout. M. Adolphe Dumas est un homme de trop d'esprit et de trop de talent pour ne pas vouloir mettre complètement d'accord, dans un prochain drame, et ceux qui ne voient que le fait du succès, et ceux qui, dans le succès même, demandent et regrettent quelque chose.

La semaine a été pauvre en vaudevilles: le théâtre du Palais-Royal et le théâtre des Variétés ont seuls donné signe de vie: l'un a mis au mondeL'Homme de Paille, l'autre a saupoudré de gros mots cinq petits actes intitules:Les CuisinesL'homme de paille, cela se devine, est une espèce de paravent qui sert à cacher les peccadilles d'un vaurien. M. de Champvilliers a des vices et des maîtresses: il craint que cette vie désordonnée lui enlève une veuve et une dot qu'il veut épouser; il prend M. Gambriac pour éditeur responsable. Tout ce qui lui tombe sur le dos, duels, dettes, intrigues, c'est de Gambriac qui en est cause. Gambriac cependant s'aperçoit du rôle de dupe qu'un lui fait jouer, et comme il n'est pas niais, il prend sa revanche et enlève au mystificateur la dot et la veuve. De la gaieté et quelque traits d'esprit, que faut-il davantage à un vaudeville?

Le théâtre des Variétés nous mené, comme Colletel, de cuisine en cuisine: cuisine de la grisette, cuisine du portier, cuisine des Invalides, cuisine à 32 sous, cuisine du Pont-Neuf, cuisine millionnaire; par-ci, par-là le sel manque; mais le public avait faim il a pris ce repas en cinq services, d'assez bonne grâce: l'appétit rend indulgent Les auteurs sont, d'une part. MM. Marc Michel et Labiche: de l'autre, MM. Cormon et Dupeuty. Le tout forme un quadrille.

Études sur les Réformateurs ou Socialistes modernes, par M.M. Louis Reybaud. Tome second.--Paris, 1843. Guillaumin. 7 fr. 50.

Ce volume complète l'examen que M. Louis Reybaud s'était proposé de faire des diverses sectes ou théories qui ont cherché, depuis l'origine du siècle, à s'emparer de l'attention et à se créer un auditoire. Il est le résumé et la critique de quelques vues collectives, comme le premier volume était le résumé de quelques inspirations individuelles.

Le chapitre 1er, qui a pour titre:La Société et le Socialisme, forme une espèce d'introduction. M. Louis Reybaud ne croit pas, ainsi que certains détracteurs de l'ordre social essaient de le prouver, «que les efforts des générations, le travail des siècles, n'aient abouti qu'à transformer notre globe en un vaste dépôt de mendicité ou en une léproserie immonde.» Dans son opinion, les sociétés modernes ont été calomniées; elles sont au-dessus des sociétés anciennes, comme intelligence, comme bien-être. La misère, le vice et le crime, ces trois fléaux, accessoires obligés de toute civilisation humaine, n'augmentent pas, ils diminuent. Notre siècle vaut mieux sous tous les rapports que les siècles qui l'ont précédé. Est-ce à dire pour cela qu'il n'y ait rien à faire? Nullement. Sans doute, ce monde, que le christianisme a bien jugé, sera éternellement le siège de la souffrance; et quand on songe qu'aucune classe ne se dérobe à cette loi, que les plus puissants comme les plus humbles lui paient un égal tribut, on s'étonne de voir encore tant de cerveaux en quête de cette chimère que l'on nomme la perfection absolue. Mais si le mal qui afflige l'humanité ne peut pas se guérir radicalement, du moins doit-on chercher des remèdes partiels et des moyens d'atténuation. C'est ce qu'a fait M Louis Reybaud. Ainsi, il demande l'abolition de la prostitution indirecte, en commandite, collective ou enrégimentée; l'établissement du régime cellulaire dans les prisons; la destruction du compagnonnage; la création de conseils de prud'hommes, etc.; mais il recommande surtout aux classes laborieuses de savoir se contenir et se conduire. «Ce qui manque à l'ouvrier, dit-il, c'est l'esprit de calcul et de prévoyance. Avec le temps son éducation se complétera. Il a eu ses jours d'enfance et d'adolescence, il aura sa période de maturité. C'est à lui d'entrevoir déjà cet avenir et d'y aspirer, pour s'en montrer digne, il faut qu'il éteigne en lui les prétentions inquiètes et sans but, la soif des réformes impossibles, le besoin d'agitations ruineuses. Il a pour lui le titre de noblesse des sociétés modernes, le travail; soldat de l'armée industrielle, son avancement est dans ses mains, et il n'est point de haut grade auquel il ne puisse prétendre. »

Comme on le voit par ce passage que nous venons de citer, M. Louis Reybaud ne s'agite pas dans un cercle d'illusions et ne court jamais après des fantômes; aussi n'hésite-t-il pas à se déclarer l'adversaire de tous les socialistes en général, c'est-à-dire de tous les rêveurs qui cultivent avec plus ou moins de succès l'art d'improviser des sociétés irréprochables. Du reste, il n'a pas de luttes sérieuses à soutenir; sa tâche se borne pour ainsi dire à enregistrer les noms des morts. On a offert à la société, durant ces dernières années, tant de recettes du parfait bonheur, que, fort embarrassée de choisir, elle est restée ce qu'elle était, mêlée de mauvais et de bon, s'appuyant sur le passé en regardant vers l'avenir. Les écoles et les églises nouvelles se sont éteintes peu à peu dans le choc des rivalités et les défaillances de l'isolement. Toutefois, si le socialisme avoué est fini ou bien près de finir, il veut laisser une dernière empreinte dans le monde scientifique et littéraire. M. Louis Reybaud a donc cru devoir signaler trois catégories d'écrivains qui, plus ouvertement que les autres, ont sacrifié ou sacrifient encore aux chimères et aux déclamations du socialisme: les statisticiens, les philosophes et les romanciers. Quelques pages éloquentes et que tous les honnêtes gens approuveront vengent la société des calculs mensongers de quelques statisticiens, des erreurs prétentieuses de certains philosophes et des divagations intéressées de la plupart de nos romanciers. «Si les enfants perdus de la philosophie, du roman et de la statistique veulent continuer cette croisade insensée, ajoute M. Louis Reybaud en terminant, la société les laissera achever leur suicide sans s'émouvoir, sans s'irriter. A une démence obstinée et volontaire, elle ne doit répondre que par la pitié et le dédain. Tout ce qu'il lui reste à faire, c'est de souhaiter à ses détracteurs un peu de ce bon sens, présent du ciel, et dont il est plus avare qu'on ne se l'imagine; le bon sens quitte toujours les hommes qui s'enivrent d'eux mêmes et de leurs idées: c'est le premier châtiment de leur vanité et la cause d'une irrémédiable impuissance. »

Les chapitres suivants ne sont pour ainsi dire que le développement de cette espèce d'introduction. M. Louis Reybaud analyse et critique successivement les systèmes des principaux socialistes contemporains. Son second chapitre est consacréaux idées et aux sectes communistes, le troisième auxChartistes, le quatrième àJérémie Benthametaux Utilitaires, le cinquième auxHumanitains. Cette suite de déviations et d'écarts auxquels notre temps est en butte, M. Louis Reybaud les rattache, dans sa conclusion, à deux causes dominantes: les inspirations de l'orgueil et les calculs de l'intérêt.--Cependant, il est trop juste pour les confondre dans une même condamnation: il fait une réserve en faveur des Utilitaires, qu'il traite peut-être trop sévèrement, et chez lesquels des qualités supérieures s'unissent à des intentions saines,--et en faveur des Humanitaires, qui, au milieu de bien des folies, ont su néanmoins se tenir en garde contre la provocation directe et la déclamation turbulente.

Dans la courte préface de ce deuxième volume, M. Louis Reybaud a cru devoir répondre à un reproche auquel il avait raison de s'attendre: «On trouvera, dit-il, que le ton de ce deuxième volume est plus sévère que ne l'était celui du premier, et que je n'ai aujourd'hui que du blâme pour des tentatives auxquelles je n'ai pas refusé naguère des encouragements et des éloges. J'irai au-devant d'une explication, et elle sera courte. Je croyais alors ces aberrations sans danger; je suis convaincu maintenant, après en avoir mieux étudié les effets, qu'elles sont dangereuses. Sans doute, au premier coup d'oeil, ces excursions dans le domaine de l'imagination peuvent être regardées soit comme une diversion innocente, soit comme un exercice utile à la pensée. L'esprit humain doit agiter des problèmes, même sans espoir de les résoudre, et souder l'inconnu, fut-ce avec témérité. Dans tous les temps il s'est produit des hommes qui se vouaient à cette tâche ingrate, et dont les convictions méritaient le respect. Leurs rêves ne troublaient ni n'empêchaient rien, et leur candeur commandait l'indulgence. Cependant, quand les chimères prennent trop d'ambition et aspirent à de trop grandes destinées, un autre devoir est tracé aux écrivains, c'est de ramener les esprits au sentiment des réalités et d'assigner des limites à la fantaisie. Voilà ou nous en sommes aujourd'hui, et pourquoi je me suis armé de plus de rigueur. Il m'a semblé que ces doctrines aventureuses n'éclairaient aucune question et les dénaturaient toutes; que, sans profit pour elles-mêmes, elles nuisaient aux notions les plus saines, les mieux vérifiées; que, par la déclamation et la jactance, elles agissaient sur quelques têtes ardentes et crédules, et que, sans faire précisément un grand mal, elles étouffaient et paralysaient le bien qui aurait pu se faire.»

Le second volume desRéformateurs contemporainsobtiendra, nous en sommes certain, un aussi grand succès que le premier, couronné,--est-il nécessaire de le rappeler?--par l'Académie française.--Les qualités dont M Louis Reybaud avait donné des preuves si éclatantes se sont encore perfectionnées: le style est devenu plus net et plus vigoureux, l'argumentation plus serrée et plus claire, la critique plus mordante et plus juste. Nous laisserons les sectes attaquées par M Louis Reybaud se défendre si elles l'osent ou si elles le peuvent; mais, tout en espérant que, la plupart d'entre elles ne se relèveront pas du rude coup qui vient de leur être porté, nous ne pouvons nous empêcher de regretter que leur vainqueur ait parfois... un peu trop de raison.

L'excès en tout est un vilain défaut,

a dit le poète. Que M. Louis Reybaud profite désormais de cet avis; qu'il prenne garde, en combattant les pessimistes, de devenir optimiste.--Nous l'engagerons beaucoup à lire trois charmants volumes publiés à la librairie Paulin sous ce titre:Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale et politique--Cette spirituelle critique des vices et des ridicules de notre époque lui prouvera, s'il pouvait jamais en douter, que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Les Colonies françaises, Abolition immédiate de l'Esclavage; parVictor Schoelcher. 1 vol. in-8.--Paris, 1842,Pagnerre. 6 fr.

«Emancipation des noirs, tel est notre premier voeu, dit M. Victor Schoelcher au début de son introduction; prospérité des colonies, tel est notre second voeu. Nous demandons l'une au nom de I humanité, l'autre au nom de la nationalité; toutes deux au nom de la justice. » Bien qu'il ait paru il y a plus d'un an, cet ouvrage de M. Victor Schoelcher a donc conservé un intérêt d'actualité, car la Chambre des Députés s'occupe en ce moment d'une loi qui intéresse au plus haut degré la prospérité des colonies, et la question de l'émancipation des noirs, toujours pendante, va enfin être soumise,--assure-t-on,--à l'appréciation et au vote de la législature.

M. Victor Schoelcher n'a traité avec une étendue suffisante qu'une seule des deux graves questions qu'il semblait se proposer de résoudre. Sans doute, dans son introduction, il indique en passant quelques moyens de régénérer les colonies; mais la pensée qui le préoccupe avant toutes les autres ne lui permet pas de s'arrêter longtemps à ces préliminaires.--L'auteur desColonies françaisesest le plus sincère et le plus zélé de tous les abolitionnistes français. Ce grand acte d'humanité et de justice auquel il a consacré sa fortune et sa vie entière,--l'émancipation des noirs,--il désire si ardemment le voir s'accomplir, qu'il lui tarde, dès les premières lignes, d'appeler l'esclavage dans la lice et de lui déclarer une guerre à mort.

D'abord M. Victor Schoelcher examine la condition présente des nègres, En les suivant dans les diverses phases de leur existence actuelle, il espère pouvoir préjuger de leur existence future, et trouver la solution du problème colonial.--Puis, cette étude achevée,--et elle a été faite d'après nature sur les lieux mêmes, --il expose et réfute l'opinion des créoles sur la nature de leurs esclaves noirs; il signale l'existence et les effets déplorables du préjugé de couleur--Le terrain ainsi exploré, il y marche suis trop de crainte de s'égarer, et il aborde la question de l'esclavage.

Après avoir longuement discuté les divers moyens proposés pour amener l'abolition de l'esclavage, M. Victor Schoelcher déclare que, dans son opinion, celui qui offre le plus de chances favorables est l'émancipation en masse pure et simple.» Cette émancipation, dit-il, a pour elle la convenance, l'utilité, l'opportunité; ses résultats immédiats seront pour les nègres faits libres; la probabilité de ses heureuses conséquences finales doit fixer les colons sur la réalité de ses avantages. Il n'est pas vrai que le travail libre soit impossible sous les tropiques; il ne s'agit que de savoir déterminer les moyens de l'obtenir. Toute la question se réduit donc là: organiser le travail libre.»

En conséquence, M. Victor Schoelcher expose dans le vingt-cinquième et dernier chapitre de son ouvrage unEssai de législation propre à faciliter l'émancipation en masse et spontanée.Sans doute il n'a pas la prétention de construire le code des provinces d'outremer; mais il manquerait de véracité, «s'il dissimulait sa confiance dans les moyens qu'il indique pour laver les terres coloniales de la tache qui les souille, sans mettre en péril leur société, pour substituer sans trouble, ou du moins sans violence, le brillant ordre libre à l'ignoble ordre esclave.»

Chants de l'Exil: parLouis Delattre. 1 vol. in-18. --Paris, 1843. Gosselin. 3 fr. 50 c.

La plupart des poésies contenues dans ce recueil sont nées sur la terre étrangère, en Italie, en Allemagne, en Belgique en Russie, et surtout en Suisse. «Elles sont, dit leur auteur, le fruit de mes voyages dans ces divers pays, et presque toutes ont été inspirées par le spectacle des grandes scènes de la nature.»

LesChants de l'Exilse divisent en deux parties: la première et la plus considérable se compose de poésies objectives, narratives, épiques, légendes et ballades; la seconde contient les poésies intimes.

M. Louis Delattre prie la critique de ne pas condamner ses efforts, et le public d'accueillir avec indulgence ce volume, où il ajeté tout ce que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour.Nous accédons d'autant plus volontiers à sa demande, que nous avons remarqué çà et là, en parcourant ce volume, des vers qui nous ont paru mériter nos éloges. Puisse le public se montrer aussi bienveillant, et recevoir avec reconnaissance les dons de M. Louis Delattre!--Nous nous bornerons à faire une seule observation, qui s'adresse généralement à tous les jeunes gens qui se prétendent poètes: pourquoi se croient-ils obligés d'imprimer tout ce qu'ils composent, et ne comprennent-ils pas qu'il faut songer quelquefois au fond autant qu'à la forme?--Quel mérite et quelle utilité y a-t-il à écrire et à publier des vers comme ceux-ci, par exemple, qui commencent la première strophe de la première pièce deChants de l'Exil:

L'azur de l'éternelle voûteSourit à l'homme jeune encor,Et l'espérance, sur sa route,Sème des fleurs de pourpre et d'or.

L'azur de l'éternelle voûteSourit à l'homme jeune encor,Et l'espérance, sur sa route,Sème des fleurs de pourpre et d'or.

L'azur de l'éternelle voûte

Sourit à l'homme jeune encor,

Et l'espérance, sur sa route,

Sème des fleurs de pourpre et d'or.

Ou bien encore, à la seconde strophe:

Aux plaines, aux forêts profondes,Un vaisseau verse ses trésorsLes cygnes voguent sur ses ondes,La violette orne ses bords.

Aux plaines, aux forêts profondes,Un vaisseau verse ses trésorsLes cygnes voguent sur ses ondes,La violette orne ses bords.

Aux plaines, aux forêts profondes,

Un vaisseau verse ses trésors

Les cygnes voguent sur ses ondes,

La violette orne ses bords.

Ne serait-il pas temps, enfin, de renoncer à tout ce verbiage insignifiant, qui n'a plus même l'intérêt de la nouveauté? Et quand un jeune écrivain veut que le public reçoive avec indulgence tout ce que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour, ne devrait-il pas, en vérité, se montrer plus sérieusement digne des suffrages qu'il ambitionne?

Le Hachych; 1 vol. in-18.--Paris, 1843.Paulin. 3 francs.

Le hachych est une plante de l'Orient qui a la même forme, le même aspect, la même odeur que le chanvre. A en croire les savants de l'expédition d'Égypte, c'est du chanvre dont les propriétés se sont affaiblies dans le Nord. Le hachych produit des effets extraordinaires sur toutes les personnes qui en prennent une infusion. Il exalte leurs idées dominantes, il leur montre d'une manière claire leurs plans les plus compliqués se débrouillant sans difficulté, leurs projets les plus chers se réalisant sans obstacle; il leur procure l'intuition précise de ce qu'ils cherchent; «enfin, dit l'auteur du petit livre qui a pris pour titre le nom de cette plante remarquable, il leur fait savourer par la pensée la possession anticipée et sans mélange de tout ce qui est suivant leurs goûts, leurs voeux, leurs passions habituelles, ou plutôt suivant leurs désirs et la direction de leurs pensées au moment où le hachych agit sur eux. C'est ce qui explique les effets différents qu'on en rencontre; car ils varient beaucoup suivant les individus et même suivant les dispositions du moment..»

Il y a quelques mois, douze convives réunis à Marseille autour de la table d'un médecin causaient entre eux de la condition et des besoins de la société actuelle. Un jeune docteur qui arrivait d'Égypte les engagea à prendre une infusion de hachych au lieu de café. «C'est le remède à la nostalgie, au découragement, aux déceptions de toute espèce, leur dit-il. J'ai pensé qu'en France j'en aurais encore besoin pendant bien longtemps; c'est pourquoi j'en ai rapporté une ample provision, et je vous en offre. Essayez-en, quand ce ne serait que par curiosité. Que risquez-vous? Une petite dose, une seule tasse de cette précieuse infusion ne peut vous donner que de la gaieté, des consolations; vos prévisions les plus agréables se transformeront, pour un moment, en réalités; vous posséderez le don de seconde vue; vous serez élevés au rang des prophètes. »

Quelques-uns des convives cédèrent aux instances du jeune docteur; mais l'auteur anonyme duHachych, se défiant de sa susceptibilité nerveuse, se contenta d'abord de fumer un peu de hachych mêlé avec du tabac très-doux, pendant que la discussion continuait bruyante, confuse et bientôt inextricable; puis, se sentant trop agité, il avala une grande tasse de cette bienheureuse infusion. Enfin il se retira Mais à peine fut-il couché, il tomba dans un profond sommeil, et il fit un rêve étrange qu'il raconte aujourd'hui au public. Il parcourut successivement l'Abyssinie, l'Inde, le Tibet, la Chine, le Japon, les colonies anglaises de l'Australie et tout l'archipel de l'Océanie. Arrivé en Amérique par la Californie, il traversa les montagnes Rocheuses sur unrailway. Il passa un des premiers par le canal de Panama; ayant ensuite débarqué au cap de Bonne-Espérance, il visita toute l'Afrique centrale, Tombouctou et les montagnes de la Lune, et il revint à Alexandrie en descendant le Nil-Blanc et les cataractes.--Le canal de communication du Nil avec la Mer-Rouge par Suez était alors en pleine activité: un chemin de fer reliait Bagdad, Saint-Jean-d'Acre et le Caire.--Surpris de toutes ces améliorations, il s'embarqua pour revenir en France sur un navire qui marchait par l'électricité.--Quand il arriva à Marseille, il ne fit pas quarantaine, et à l'entrée de la Canebière il vit la foule attroupée autour d'une immense affiche, au haut de laquelle il lut en gros caractères: Bande du congrès ibergallitale, 27 juillet 1843.

Ici doit s'arrêter notre analyse. Révéler le mot de l'énigme serait faire tort au livre dont nous venons de résumer la première partie. Si quelques-uns des lecteurs del'Illustrationdésirent savoir ce que seront la France et l'Europe dans cent ans, quelles révolutions politiques, sociales, économiques, un siècle verra s'accomplir, selon les utopies assez raisonnables d'un médecin célèbre qui désire garder l'anonyme, ils n'ont qu'à se procurer un exemplaire duHachych.--L'ouvrage de M. le docteur..... les fera jouir,--sans les endormir toutefois,--de rêves étranges dont la réalisation très-désirable ne leur semblera pas impossible.

Le Jardin des Plantes, description et moeurs des mammifères de la Ménagerie et du Muséum d'Histoire naturelle, parM. Boitard; précédé d'une notice historique, anecdotique et descriptive du Jardin, parJ. Janin.Nouvelle édition avec lesfigures coloriées, illustrée de 400 gravures sur acier, sur cuivre et sur bois, planches à l'aquarelle, etc.; publiée en 64 livraisons, à 50 c.--Le volume complet, figures noires, 16 fr.--Dubochet et Cie..

Les figures qui représentent les sujets que l'histoire naturelle a pour but de décrire ne remplissent qu'en partie leur destination, si elles se bornent à donner la forme sans y joindre la couleur. LeJardin des Plantes, dont MM. Dubochet et comp. avaient publié une première édition avec les figuresen noir, paraît aujourd'hui avec les figures coloriées, amélioration dont le public se montrera certainement reconnaissant. La perfection des dessins faisait regretter qu'on n'eut pas rendu la représentation des animaux plus complète, et les éditeurs ont cédé à de nombreuses observations en faisant colorier les figures dans cette nouvelle édition.

L'auteur duJardin des Plantes. M. Boitard, a réuni dans ce volume ce qu'on chercherait vainement ailleurs: l'histoire morale, qu'on nous passe cette expression, des animaux, leur instinct, leur intelligence, leurs habitudes quelquefois si extraordinaires, leur caractère, leurs ruses, les singularités de leurs actions, leurs affections, leurs haines, leurs moyens d'attaque et de défense, leur industrie, leurs travaux si merveilleux quand on les compare aux facultés qu'ils possèdent pour les exécuter; en un mot, leurs moeurs sauvages ou sociales.

Cet intéressant travail est précédé d'une introduction, dans laquelle M. Jules Janin a raconté, avec son style pittoresque et animé, l'histoire duJardin des Plantes, et esquissé les scènes diverses dont il est chaque jour le théâtre.

Enfin, le Jardin des Plantes ne serait qu'un excellent livre d'histoire naturelle et ne justifierait pas son titre spécial si le dessin et la gravure n'y avaient ajouté tout ce qui attire les regards et la curiosité des visiteurs et des promeneurs: monuments, constructions, sites pittoresques, tableaux délicieux, connus de tous ceux qui ont visité le Jardin des Plantes, bons à rappeler à ceux qui les connaissent, à faire connaître à ceux qui n'ont pu les visiter.

Ce n'est pas à l'incommodité déjà soufferte de la chaleur que nous devons ces jolies et étranges coiffures qu'Alexandrine, dans son goût artistique, a prises aux modes italiennes; c'est à l'incommodité prévue de la chaleur prochaine. On va bientôt partir pour la campagne: les femmes qui ne connaissent pas les capelines sont menacées du chapeau à la suissesse, à bords ronds et plats, à calotte de chapeau, coiffure dont les jeunes pensionnaires mêmes sont lasses et qu'il était bien temps de renouveler.

Alexandrine a rencontré la plus heureuse de toutes les innovations, le chapeau de paille primitif, souple, léger, naïf de forme; elle y a pincé quelques ornements d'un style pittoresque, petites bouffettes de ruban ou de velours, et, selon la mode italienne, des fleurs posées avec une sorte d'ingénuité contre les cheveux.

Les capelines sont de ces créations que l'artiste conçoit dans ses jours d'inspiration, et qui plaisent à toutes les femmes d'un goût distingué, comme tout ce qui sort de la vulgarité sans tomber dans la bizarrerie. De plus, il n'existe pas de chapeau qui gêne moins la personne, qui charge moins la tête et préserve mieux le visage.

L'une de nos figurines porte une robe de batiste à double manche. Son tablier de taffetas vert-myrte entoure une partie de sa taille: son col plat est en fine toile de Hollande.

L'autre, à manches demi-longues plates, a une robe de nankin. Son col, soutenu par une cravate écossaise, est en linon rayé, et ses mitaines sont en taffetas.

Mayer enferme dans la scie noire, pure ou gros-bleu, les petites mains les plus élégantes de Paris, de Londres et de Saint-Pétersbourg. Quand une nouveauté sort des magasins de la rue de la Paix, elle a bientôt fait le tour du monde. C'est dire qu'il suffit de s'appuyer d'une telle autorité pour recommander aveuglément une innovation. Les mitaines de taffetas sont comme celles de velours, d'autant plus recherchées que M. Mayer ne peut en faire autant qu'il lui en est demandé.

La douairière est une ombrelle commode pour la campagne. Sa canne est utile pour débarrasser la marche des herbes et des branches que l'on rencontre dans le parc, sous les avenues ombreuses ou dans la prairie à hautes fleurs. La marquise y est insuffisante, et l'anglaise gêne la main sans aucun avantage.

Napoléon adoré dans un temple chinois.--Dessin fait par un témoin oculaire.

Le succès des rébus nous a donné l'idée d'ajouter à ces problèmes d'autres questions, quelquefois moins amusantes, mais plus instructives, sur toutes sortes de sujets. Nous poserons donc, chaque semaine, des questions de ce genre, dont nous donnerons les solutions la semaine suivante. En voici quelques-unes:

I. Comment pourra-t-on faire, dans une balance ordinaire, toutes les pesées possibles d'un nombre entier de grammes avec la série des poids 1, 2, 4, 8, 16, 32, etc., grammes? La série de ces poids allant jusqu'à 1,024 grammes, quel est le plus grand poids que l'on puisse évaluer directement?

II. Une personne ayant un cruchon de huit litres d'un excellent vin, voudrait en donner exactement la moitié à un ami; mais elle n'a, pour le mesurer, que deux autres vases, l'un de cinq, l'autre de trois litres. Comment doit-elle s'y prendre: l° pour mettre quatre litres dans le vase de cinq; 2° pour les laisser dans le vase de huit litres?

III. On prend une boule d'ivoire ou de bois bien sphérique et bien homogène sur laquelle on trace, comme sur un globe céleste ou terrestre, des pôles, un équateur, des cercles de longitude et de latitude. On lance ce globe au hasard, et, après chaque jet, on marque soigneusement son point de contact avec le sol, lorsqu'il est parvenu au repos. On demande les valeurs vers lesquelles tendront les moyennes des longitudes et des latitudes?


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