Bulletin bibliographique.

Allons, veux-tu venir, compère,A la procension de Douai?Al est si joulie et si guaye,Que de Valencienne et Tournay,De Lisle, d'Orchie et d'Arras,Les plus pressés vien'nt à grans pas.Telle était la chanson que, le dimanche 9 juillet, entonnaient sur les routes de la Flandre des choeurs de paysans et d'ouvriers, il en venait de tous les pays circonvoisins, d'Anzin, de Roubaix, de Béthune, de Bouchain, de Pont-à-Marcq, de Cambray, voire même de Courtrai, de Menin et de Mons, et la ville de Douai était le rendez-vous de cette multitude. Ladite ville s'était coquettement parée; les maisons, qu'on lave d'ordinaire tous les samedis, avaient subi des ablutions supplémentaires; les habitants avaient la physionomie radieuse; la foule ondulait dans les rues; la bière ruisselait dans les tavernes; la place duBarletétait diaprée de bimbelotiers et d'acrobates; la Bibliothèque, les Galeries de tableaux, d'archéologie, d'anatomie et d'histoire naturelle étaient ouvertes au public, qui, à vrai dire, ne profitait guère de cette faveur municipale. Dès sept heures du matin, la grosse cloche du beffroi tintait, et lecarillon, mis en jeu par des mains habiles, substituait des airs variés à son éternelsuoni la tromba. Et pourquoi ce dérangement, cette agitation inusitée, ces émigrations, ce bruit de cloches et de voix? Quel aimant irrésistible entraînait Flamands et Belges vers la cité douaisienne? Le désir de contempler cinq énormes mannequins d'osier.Douai, comme toutes les villes du Nord, a sa fête communale, appeléedacaceoukermesseen dialecte du pays;dacacepar abréviation de dédicace,kermessedekerk mess(foire d'église); mais elle a de plus une spécialité importante, un divertissement exceptionnel, assez curieux pour être raconté à nos lecteurs des quatre-vingt-six départements. Tous les ans, le premier dimanche qui suit le 6 juillet, une figure colossale, connue sous le nom deGayant, sort à onze heures du jardin du Musée, où on lui a construit une remise. Gayant, haut de vingt-deux pieds, coiffé d'un casque à blancs panaches, est soutenu par des porteurs cachés, dans ses flancs. Sa femme,Marie Caqenon, moins grande de deux pieds seulement, l'accompagne, habillée en dame de la cour de Marguerite de Valois.M. Jacquot, le fils aîné, d'une taille de douze pieds, porte fièrement une toque de velours, un manteau espagnol et un pourpoint à crevés.Mademoiselle Filion, la cadette, de dix pieds de hauteur, reproduit la toilette et les grâces maternelles. Leptiot Binbin, enfant d'environ huit pieds, le plus jeune rejeton de la famille, a la tête garnie d'un bourrelet, et tient à la main des hochets. Derrière ces cinq grandes poupées roule un char à la cime duquel est posée la Fortune, dans l'exercice de ses fonctions distributives. Sur le plateau circulaire de ce véhicule, sont rangés un seigneur espagnol, une dame, un soldat suisse, un financier, un paysan avec une poule à la main, et un procureur, dont la poche gauche est bourrée de contrats. Le plateau tourne à l'aide d'une lanterne fixée à l'une des roues, de sorte que les six types d'états occupent alternativement l'extrémité supérieure ou inférieure du plan incliné. Lachanson de Gayant, dont nous avons cité le premier couplet, nous explique ce balancement symbolique:Te vera chelle biet reu de furteune,Queurir et marquier à grans pas;Ché pour le dir' qué tout l'mond' vaEt tantôt haut et tantôt bas.Argentier, avocat, paysan,Chacun ju son rôle en courant.Autour de cortége, les jambes passées dans la carcasse d'un cheval d'osier, galope le maître des cérémonies, lesotde l'ex-corporation des canonniers, appeléCarrocher, du nom du titulaire actuel. Ses vêtements sont ceux des fous en titre d'office. Il court à travers les masses compactes, menace de sa marotte ceux qui ne livrent point passage à la procession, et reçoit des dons volontaires au bénéfice des porteurs. A ce spectacle le peuple bat des mains; c'est toujours avec un nouveau plaisir que les Douaisiens, revoient leur cher Gayant; ils éprouvent pour lui une tendresse inimaginable; la joie que leur cause sa présence va jusqu'à l'attendrissement; lamarche de Gayantet leurRanz, leurMarseillaiselocale; l'attente de Gayant les tient en éveil, la présence de Gayant les électrise, le souvenir de Gayant les poursuit. On vit, le 10 juin 1743, une compagnie d'artilleurs douaisiens, campée devant Tournai, déserter tout entière avec armes et bagages. Grande fut l'alarme: le prévôt voulait mettre la maréchaussée en campagne; mais le capitaine. M. de Breande lui dit: «Soyez tranquille, j'sais où ils sont allés; il faut qu'ils voient danser leur grand-père Gayant; mais vous les reverrez, après lakermesse. Et quelque, jours plus tard, la compagnie rentrait au camp, ramenant de Douai bon nombre de nouvelles recrues.Promenade de Gayant, le géant de Douai, le 9 juillet.Toutefois de ce Gayant si aimé, si fêté, si applaudi, nul ne connaît la généalogie. Suivant les uns, c'est la personnification d'un seigneur qui, vers 881, aida le comte Baudouin II à repousser les Normands. Au dire des autres, c'est un certain Jehan Gelon, seigneur de Cantin, qui chassa les Barbares au neuvième siècle. J. B Gramaye, autour desAntiquitates Flandriae(1688, in-8.), dit que la tour duVieux-Tudor, partie encore subsistante de l'ancien château de Douai, fut jadis habitée par des géants, mais il ne signale aucune corrélation entre eux et notre héros. D'après une autre version, Gayant aurait pris naissance dans une procession instituée enl'honneur de Dieu, de toute la cour célestiale, et de monsieur saint Maurant, pour rappeler la défaite des Français assiégeants, le 16 juin 1119. Ce qui peut confirmer cette opinion, c'est que Gayant parut annuellement le 16 juin jusqu'en 1770. M. de Conzié, évêque d'Arras, suspendit alors la procession, sous prétexte du jubilé. Son mandement causa presque une émeute; le peuple, attroupé sous les fenêtres de l'intendant de Flandre, cria: «Rendez-nous Gayant! rendez-nous notre père!» Les échevins s'assemblèrent pour protester; des commissaires délégués en appelèrent au Parlement; mais des lettres closes du 6 juin 1771 donnant raison à l'évêque, abolirent la cérémonie du 16 juin, et instituèrent une autre procession générale en commémoration de la prise de Douai par Louis XIV, le 6 juillet 1667. Attaqué par les puissances spirituelles et temporelles, Gayant se tint prudemmentmuchiépendant six ans, il reparut en 1779, et l'on trouve dans leregistre des dépensesde cette année: «A David, menuisier, pour bois et façon employés à la réparation des figures de Gayant et de sa famille: 65 florins 13 pastards.»La Flandre au Moyen-Age, comptait les géants par douzaine. On avait à LilleLyderic, Phinartet lesquatre fils d'Aymonsur le cheval Bayard; à Anvers,Druou-Antigon; à Louvain,Herculeet sa femmeMegera; à Bruxelles,Ommeganet sa famille; à Hazebrouck, le comte de laMi-Carême; à Cassel,Reusenet sonbinbin; à Malines, le grand-père des géants et ses enfants; à Ath, le géantGoliath; à Hassell,Lange-Man; à Dunkerque,Reusen, sa femme etCupido, leur fils, armé de pied en cap et portant unbinbindans sa poche. Quelques-uns de ces éminents personnages ont tenté de reparaître dans des cérémonies récentes; mais leGayantde Douai est demeuré le plus grand par la stature et la renommée. Il est fâcheux qu'on manque de documents pour déterminer l'origine d'un colosse aussi intéressant, et qu'on n'ait point de traces de son existence antérieure au dix-septième siècle. On lit dans un compte du 20 juin 1665: «A cinq hommes ayant porté le géant, payé à chacun 30 pastards.--A ceulx ayant porté la géante: 30 pastards.--A Marie-Jenne Paul, pour avoir faict la perruque de la géante, raccommodé celle du géant et saint Michel, payé pour réduction: 17 florins.» Il appert de la même pièce, dont on conserve l'original aux archives de Douai, que Gayant se montrait pour la première fois en compagnie d'une épouse: «Aux Pères Dominicains, pour avoir moutlé la teste de la géante, construit ses mains, son collier, sa rose de diamant et diverses aultres pieches d'ornement: 40 florins.--A Antoine Denher, foureur, pour vingt et une cordes de perles appliquez, à la coiffure de la géante: 63 pastards.--A Guillaume Gourbé, mandelier, pour la façon et livreson d'osier pour la géante: 31 florins,» Après avoir marié Gayant, le corps municipal trouva tout simple de lui donner des enfants, et M.Jacquot, mademoiselleFilionetBinbinsortirent tout armés de son cerveau. L'acte de naissance duptiotest ainsi dressé dans un compte de 1703: «A Wagon, pour avoir abilié le petit enfant géan: 1 florin, 4 past.» Le même compte mentionne laroue de fortune, symbole emprunté à la corporation des charrons et tonneliers. La famille briarienne a fait, cette année, son excursion avec la pompe accoutumée. Les fêtes, commencées le 9 juillet, se sont prolongées jusqu'au 13. De nombreux amateurs se sont disputé, avec une adresse rivale, les prix du tir à l'oiseau, du jeu d'arc au berceau, de l'arbalète, du tir à la fléchette, du jeu de balle, de la cible chinoise et de la cible horizontale. Le 2, un bal splendide a rassemblé, dans lagrand sallede l'hôtel-de-ville, l'élite des Douaisiens, pendant d'autres danseurs s'évertuaient auJardin Royalet sous les peuplier deChambord. Une exposition publique de plantes en fleurs, faite dans les bâtiments de laSociété d'Agriculture, Science et Arts, a montré que l'horticulture était plus que jamais en honneur dans le Nord, terre classique desfous tulipiers. La musique, cet art cher des Flamands, n'avait pas été omise dans le programme: le dimanche, vers midi, deux, cents membres desSociétés de musique sacréeet desAmateursréunie ont exécuté dans la cathédrale de Saint-Pierre une messe de M. Ferdinand Lavainne, musicien Lillois. Dans la journée du 10 laSociété philarmoniquedonné un concert, où MM. Roger et Grard, mademoiselle Lavoye, tous trois du théâtre Favart, ont obtenu des applaudissements bien mérités. Mais ce que les Douaisiens ont admiré le plus après Gayant, ç'a été un monument de bois et de tuile, érige sur laPlace-d'Armes, et rappelant à sa partie supérieure l'ancien beffroi incendié en 1171. Sur la base étaient inscrits les noms des Douaisiens morts, à Mons-en-Puèle, en 1301, en combattant contre Philippe-le-Bel On eut pu choisir des héros plus récents et plus Français; néanmoins cette réminicence de gloire indigène a chatouillé l'amour-propre flamand, et les spectateurs ont trépigné d'enthousiasme quand, le 12 juillet, à dix heures et demie du soir, l'édifice, embrasé par des fusées, a fourni la matière d'unfeu de joie.A l'heure où nous écrivons, la famille Gayant est rentrée dans sa remise; les couverts d'argent, marabouts, cuillers, timbales, pistolets et fusils ont été distribués aux vainqueurs des jeux. La ville, l'une des plus mornes de France, est rentrée dans sa torpeur; l'herbe des rues a redressé ses brins un moment inclinés, et le carillon, renonçant auxfioritures, répète à chaque heure lamarche des Puritains.Bulletin bibliographique.La Guerre des Vêpres Siciliennes, Ou une Période de l'histoire de la Sicile au XIIIe siècle; parMichèle Amari. Deuxième édition, augmentée et corrigée par l'auteur et enrichie du documents nouveaux. 2 vol. in-8.--Paris, 1843.Baudry.10 francs.Cet ouvrage a paru pour la première fois à Palerme, il y a un an, sous ce titre:Une Période de l'histoire de la Sicile au XIIIe siècle.Depuis, l'auteur étant venu à Paris trouve à la Bibliothèque Royale des manuscrits et des livres qui jetaient un jour nouveau sur le grand événement dont il avait entrepris d'écrire l'histoire. En conséquence, ne voulant pas suivre l'exemple de l'abbé Veriot, il a modifié et récrit son travail, qu'il publie aujourd'hui avec un nouveau titre:la Guerre des Vêpres Siciliennes. Dans une courte préface ajoutée à cette seconde édition, M. Michèle Amari énumère les erreurs, graves qu'il a relevées, et il expose en ces termes le sujet, le plan et le but de son livre: «Jean de Procida, animé par l'amour de la patrie et par le désir de venger une offense privée, se propos d'enlever la Sicile à Charles d'Anjou; il l'offrit à Pierre, roi d'Aragon, qui faisait valoir, pour en réclamer la possession, les droits de sa femme. Il conspira avec Pierre, avec le pape, avec l'empereur de Constantinople, avec les barons siciliens: quand tout lut près pour l'explosion, les conjuré, donnèrent le signal; ils massacrèrent les Français et élevèrent Pierre au trône de la Sicile. Telle fut, à peu près, si nous en croyons une opinion généralement accréditée, l'histoire desVêpres Siciliennes, histoire qui s'arrête toujours au massacre des Français, ou du moins qui ne dépasse jamais l'avènement de Pierre d'Aragon.--Quelques historiens modernes, la plupart ultramontains, ont, il est vrai, exprimé des doutes sur la réalité d'un complot si vaste, si secret et si heureux; mais nul d'entre eux ne se donna la peine d'examiner attentivement les faits; l'erreur prit racine et se développa, et, bien qu'elle ne fut jamais prouvée, la conjuration des Vêpres Siciliennes devint, dans l'opinion publique, un de ces événements dont personne n'ose contester l'authenticité.Or, M. Michèle Aman essaie de démontrer, à l'aide de documents positifs, que le massacre des Vêpres Siciliennes n'a pas été le résultat d'une conjuration, mais d'une insurrection populaire excitée par la tyrannie insolente et cruelle des Français. «Le peuple sicilien, dit-il, n'était ni accoutume ni déposé à supporter une domination étrangère. Il s'insurgea contre ses oppresseurs, et ce fut à lui et non à l'aristocratie nobiliaire, comme on l'a prétendu à tort, que la Sicile dut cette révolution, qui la sauva, au XIIIe siècle, de la honte, de la servitude, de la misère et d'une ruine complète, et dont les heureux résultats se font encore sentir aujourd'hui.»Tel est le but, tel est l'esprit de l'important travail de M Michèle Amari. LaStoria del Vespro Siciliano, écrite d'un style dont nous louerons surtout la simplicité et la concision,--qualités bien rares chez les Italiens,--est divisée en vingt chapitres. Elle commence à la seconde moitié du XIIe siècle, et se termine aux premières années du siècle suivant.--Dans le chapitre vingtième et dernier, M. Amari résume lui-même en quelques pages les diverses conséquences heureuses ou malheureuses qu'entraîna après elle la terrible insurrection du peuple sicilien. Il nous apprendqual era la Sicilia prima del Vespro, qual ne divenne, qual rimase. Enfin, un appendice intitulé:Exposition et Examen de toutes les autorités historiques sur les Vêpres Siciliennes, et de curieux documents historiques, terminent ces deux volumes qui, si nos espérances se réalisent, promettent à l'Italie un historien distingué.Deux Mois d'émotions; par madameLouise Colet. 1 vol. in-8.--Paris, 1843. W.Coquebert. 7 Fr. 50.Madame Louise Colet, l'auteur de plusieurspoèmescouronnés par l'Académie Française, de nombreuxrecueils de vers, dela Jeunesse de Mirabeauet desCours brises, habite Paris, mais elle est née en Provence. Souvent, «quand le travail ne l'absorbe pas, sa pensée s'envole vers ce berceau qu'elle aime, vers ces terres où le soleil n'a que des voiles passagers qui se fondent dans ses flots de feu, où le sang bout, où l'âme se réchauffe à la chaleur du sang, et ne connaît pas ces heures froides et inertes, qui sont un avant-goût de la tombe.» Elle est, comme elle l'avoue elle-même, toujours attirée vers ces régions brûlantes. Enfin l'année dernière elle partit; elle alla revoir les lieux où elle est née, où elle a vécu, ou elle désirerait mourir. Elle y passa deux mois entiers, et, pendant son séjour, elle y éprouva de douces et douloureuses émotions. Aujourd'hui elle publie le récit de cette excursion, qui l'a rendue tout à la fois si triste et si heureuse. Ainsi s'explique naturellement le titre étrange et mystérieux de ce volume.Deux Mois d'émotionsse composent de cinq ou six lettres adressées pendant l'absence à diverses personnes. Mais madame Louise Colet ne s'est pas contentée de raconter dans un style élégant et coloré desimpressions de voyagesordinaires. Ce n'est pas seulement unetouristed'esprit et de sentiment que nous accompagnons dans d'intéressantes excursions à Lyon, à Avignon, à Nimes, à Arles, à Aix, à Marseille; c'est une poétique fille du Midi, qui vient, après un long exil, revoir sa patrie adorée, rendre un pieux hommage à la tombe de sa mère, et regarder pendant quelques heures, de loin, avec des yeux pleins de larmes, Servannes, le château de son père; car le possesseur actuel, un Belge, «homme sans entrailles et sans intelligence,» lui en refusa l'entrée et lui défendit même d'en approcher. Un moment elle a franchi l'enceinte qu'on lui avait interdit de dépasser; elle court à perdre haleine jusque sous les murs de ce château. Une fenêtre s'est ouverte: c'est celle de la chambre de sa mère; une femme lui apparaît: c'est la soeur du propriétaire; une jeune fille de douze à quatorze ans est auprès d'elle.«Madame, lui dit madame Louise Colet en tournant vers elle son visage baigné de pleurs, au nom de cette enfant, qui est sans doute la vôtre, laissez-moi revoir une dernière fois la chambre de ma mère.--C'est impossible, répondit-elle d'un ton glacial; et elle referma brusquement la fenêtre.--Oh! qu'une pareille action vous porte malheur, s'écria la pauvre femme; soyez punie dans votre enfant du mal que vous me faites!» Et éperdue elle s'élança vers les portes du château afin d'en forcer l'entrée. Elle se heurta sur le seuil au corps raide et droit du grand Belge, qui lui dit d'un air niais et insolent:«Vous n'entrerez pas, madame; je ne me soucie point qu'un jour vous publiez quelque pièce de vers là-dessus.»Le jour même où cette triste scène eut lieu, madame Louise Colet apprit une heureuse nouvelle: un riche Anglais, lord Kilgore, admirateur de ses vers, venait de se décider à se rendre acquéreur de Servannes pour mettre ce château à sa disposition. Mais, il mourut trois jours après, au moment même où il allait signer l'acte de vente.Les émotions de madame Louise Colet ne sont pas toutes aussi tristes; il y en a beaucoup de gaies et d'heureuses. D'ailleurs madame Louise Colet a eu le tact de ne pas toujours parler d'elle, de sa famille, de ses amis ou de ses promenades; ça et là elle insère dans ses lettres intimes quelques pièces de vers inédites, une légende, ou une histoire véritable. LaMarquise de Gangeet lesNonnes de Saint-Césairesont d'agréables nouvelles historiques. Mais nous recommanderons surtout aux personnes qui désireraient connaître la cause secrète d'un des plus grands crimes du dix-neuvième siècle la lecture du curieux chapitre intitulé:les Deux Assassinats.Scilla e Cariddi; parFrancis Wey. 2 vol. in-8.--Paris, 1843.Arthus Bertrand. 15 fr.Il n'en est pas de ces deux volumes comme des deux écueils fameux dont ils ont pris le nom: il ne faut éviter ni l'un ni l'autre. Après avoir visité le premier, on se sent naturellement attiré vers le second. Lecteurs timides que ces mois de mauvaise augure épouvantent, ne craignez pas d'aller vous briser contre un rocher perfide; abandonnez-vous librement au courant qui vous entraîne, et vous êtes certains de vous reposer quelques heures dans un port commode et sûr, d'aborder... à un livre spirituel, intéressant et suffisamment instructif.Pourquoi donc ce litre? Pourquoi Scilla et pourquoi Cariddi? Rien de plus naturel: M. Francis Wey a fait, il y a plusieurs années, une promenade en Calabre et en Sicile; il a navigué dans le détroit de Sicile entre les écueils de Charybde et de Scylla, qui ne sont plus aujourd'hui ce qu'ils étaient autrefois, et il a donné leurs noms à sesimpressions de voyages.--Parti de Poestum, il se rendit d'abord à Castrovillari, puis il visita successivement Spezzano, Sybaris, Milet, Locres, Reggio, Messine, Palerme, Agrigente, Syracuse, Catane, ou les emplacements de celles de ces villes célèbres qui ont cessé d'exister; il est monté, en outre, jusqu'au sommet de l'Etna. A son retour il a raconté cette excursion, assez rarement faite par nos touristes français, en homme d'esprit, sans exagérer et sans mentir, comme certains de ses prédécesseurs, et en savant sans pédantisme.--Scilla e Cariddi s'adressent donc à toutes les personnes qui désirent lire un ouvrage à la fois agréable et utile sur les Calabres et sur la Sicile.--Trois chapitres intitulés l'Oberland bernois, et un fragment sur Genève, terminent le second volume. Le récit de cette courte promenade dans les Alpes est moins vrai, et par conséquent moins intéressant que celui du curieux voyage qui le précède.--Du reste, à part ce léger reproche, nous n'avons que des félicitations sincères à adresser à M. Francis Wey. Si, au début de sa carrière littéraire, il avait paru un moment disposé à s'égarer sur les pas de certains écrivains à la recherche d'excentricités de mauvais goût, il a reconnu son erreur; il est engagé aujourd'hui dans une bonne voie, celle du bon sens et du bon style; qu'il continue à y marcher d'un pas ferme, et il atteindra infailliblement le but qu'il a dû se proposer.Lettres sur l'Euphorimètrie, ou l'Art de mesurer la fertilité de la terre, indiquant le choix des meilleurs assolements, en faisant connaître d'avance leurs produits et leur action sur le sol; par J. Varembey. 1 vol. in-8.--Paris, 1843. Madame Bouchard-Huzard. 4 fr.Qu'est-ce quela féconditéde la terre? Malgré ses recherches et ses travaux, la science ne le sait pas encore, elle l'ignorera probablement toujours; car il est des mystères qu'il ne lui est pas donné de pénétrer. Nous explique-t-elle ce qui constitue la lumière, le calorique, la transparence des corps, leur ductilité, leur fusibilité, leur solubilité?Mais si on ne peut découvrir le principe même de la fécondité, il est du moins facile d'étudier ses effets. «Jusqu'à ce jour, dit M. J. Varembey, dans son introduction, tous les hommes d'un esprit supérieur qui ont écrit sur l'agriculture, ont cherché à généraliser ses principes et se sont efforcés de l'élever au rang des sciences exactes; mais ils n'ont enfanté que des systèmes parfois ingénieux, souvent erronés et toujours incomplets, qui, à l'exemple de ceux que l'on voit éclore en médecine, ont été d'abord exaltés avec enthousiasme, puis modifiés, enfin abandonnés et remplacés par d'autres, qui avaient à leur tour une durée plus ou moins éphémère. Aussi, l'agriculture, quoi qu'on en dise, est-elle restée à peu près stationnaire et en arrière de tous les autres arts; son enseignement comme science manque tout-à-fait de doctrine, et ses livres innombrables ne sont que des expositions de systèmes défectueux et mal assis, ou plus souvent des compilations de pratiques irrationnelles et de procédés empiriques dont les résultats, subordonnés à l'état de fécondité des sols, ne répondent presque jamais à l'attente de ceux qui les mettent en application.»Il est temps enfin d'abandonner une route qui va se perdre dans un abîme! Pourquoi vouloir arracher à la nature des secrets qu'elle prétend nous cacher? Que les agronomes cessent donc de chercher les éléments constitutifs de la fertilité et qu'ils l'étudient dans ses effets, comme on étudie les propriétés physiques des corps en général, sans essayer de déchirer le voile impénétrable qui couvre leur origine, et alors seulement ils parviendront à fonder sur des bases solides et durables la science dont ils s'efforcent en vain d'activer aujourd'hui les progrès.Ces conseils, que M. J. Varembey donne à ses confrères, il les a suivis et il a obtenu des résultats merveilleux, s'ils sont aussi certains qu'ils paraissent devoir l'être. «On ne savait, dit-il, qu'une seule chose certaine en agriculture: c'est que la quantité de produits végétaux qu'on retire de la terre par une culture supposée convenable, est toujoursproportionnéeà l'état de fécondité du sol. Mais on ignorait le rapport exact de cette proportion, parce qu'on n'avait pas trouvé le moyen de mesurer la puissance productive de la terre, et que dès lors il était impossible d'établir le rapport proportionnel de deux quantités, dont l'une restait inconnue. Par la même raison, on ignorait aussi ce que les produits végétaux, proportionnellement à leur volume, font subir d'augmentation ou de diminution à la fécondité du sol d'où ils sont sortis.«Ainsi, les deux propositions fondamentales qui s'offraient d'abord à l'élude scientifique étaient celles-ci:«--Déterminer ce que l'intensité connue de la fécondité d'un sol doit y créer de production végétale.«Et réciproquement:«--Déterminer ce qu'une quantitéconnuede production végétale recueillie dans un sol retranche ou ajoute à sa fécondité.«Or, ce double problème était subordonné à la solution préalable de cet autre problème: combien une quantitéconnuede production végétale, obtenue sur un sol d'une surface donnée, indique-t-elle de fécondité en lui? Et tous ces problèmes devaient demeurer insolubles, tant qu'on ne saurait pas réduire la fécondité elle-même enquantités. Il fallait donc, avant tout, la soumettre à un mode rationnel de mesure; et dès lors l'Euphorimétrie, qui mesure la fertilité de la terre, devient une étude introductive à la science de l'agriculture.»Il nous est impossible, on le conçoit, de suivre H. J. Varembey dans ses démonstrations, d'expliquer avec détail comment il est parvenu à mesurer la force productive du sol, et surtout quelles conséquences importantes il tire lui-même de sa découverte. Forcé de nous renfermer dans de certaines limites, nous avons dû nous borner à indiquer le but auquel tendent ses travaux. Ajoutons seulement qu'il enseigne l'art de mesurer la fécondité actuelle du sol, de calculer de combien telle culture ou telle récolte l'augmente ou la diminue, et qu'il apprend à connaître d'avance quelle sera la quantité de produits qu'on devra recueillir d'après le mode de culture suivi, la dose d'engrais donnée au terrain, la récolte qui a précédé, rie. Sa méthode permet d'ouvrir à chaque champ un compte de fécondité pardroitetavoirdans lequel lesentréesopérées par le fumier, la jachère, les légumineuses enfouies, les légumineuses fauchées au vert et le pâturage, sont évaluées avec exactitude, de même que lessortiesrésultant des récoltes de grains dont la quantité peut ainsi être prévue à l'avance.Avant d'être publiées en volumes, lesLettres sur l'Euphorimétrie, signées seulement des initiales J. V., avaient paru, à de longs intervalles, dans leJournal d'Agriculture de la Côte-d'Or; elles frappèrent vivement l'attention publique: tous les recueils spéciaux s'empressèrent de les signaler à leurs lecteurs. LaRevue scientifique, entre autres, leur consacra un long article, auquel nous, empruntons le passage suivant, qui nous dispensera de tout autre éloge:«Les Allemands ont senti les premiers tout ce qu'il y a d'important dans les calculs de fécondité; mais les études auxquelles ils se sont livrés à ce sujet sont indirectes, incomplètes et quelque peu incohérentes; leurs agronomes les plus distingués, partant de certaines suppositions, de certaines probabilités que permet sans doute la marche générale de la production agricole, ont procédé par induction, et sont parvenus à des conséquences ingénieuses, mais souvent contestables, qui démontrent au moins avec la plus parfaite évidence les énormes avantages qui sortiraient d'une base plus précise et plus certaine. Un agronome Français, que nous regrettons de ne pouvoir désigner au respect et à la reconnaissance de l'agriculture autrement que par les initiales J. V., a repris l'oeuvre, des Allemands de fond en comble, et l'a refaite avec une incontestable supériorité. A nos yeux, c'est une étude magnifique; c'est un admirable travail, produit vigoureux d'une forte intelligence, et qui appelle les méditations profondes des agriculteurs sérieux. Il en jaillira certainement de vives lumières sur la grande industrie des campagnes.»Les Algues, poésies; parEmile de Bourran.De tous les jeunes poètes nés en l'an de grâce 1813, M. Emile de Bourran est sans contredit celui qui possède au plus haut degré l'humeur voyageuse. Chacune des pièces de vers dont se composentles Alguesest datée d'un pays différent. A en juger par ces indications géographiques, M. Emile de Bourran a dû cultiver la poésie française dans toutes les contrées de notre globe: a Bruxelles, à Ostende, à Bordeaux, à Aucône, à Vera-Cruz, aux États-Unis, à Paris, à Alger, à Calcutta, à l'île Bourbon, au cap de Bonne-Espérance, à Messine, à Oran, à Toulon, à Liège. Comment se fait-il alors que, nées sous des climats si divers, sesAlguesdonnent toutes les mêmes fleurs et les mêmes fruits? La raison en est toute simple: dans le genre poète, M. Emile de Rourran appartient à l'espèce dite desamoureux. Partout où il fuit Marie, l'image de Marie l'accompagne; partout il s'écrie en s'adressant à la mer, au zéphyr, au nuage, etc.:Ne lui dis pas, lorsque loin d'elleUn sort cruel guide mes pas,Que mon coeur épris et fidèleSoupire et ne la quitte pas.Ah! qu'elle ignore les alarmesDe ce coeur pour elle enflammé,Et tout ce qu'on verse de larmes.D'aimer sans espoir d'être aimé!...N'accusons donc pas M. Emile de Bourran d'être parfois un peu monotone et froid, quoique passionné... Pourrions-nous refuser d'admettre sa justification et ne pas compatir à sa peine?... il aime, et d'ailleurs ses vers ne manquent ni d'élégance ni de facilité; nous pourrions citer des pièces entières qui sont parfaites sous tous les rapports. Mais nous espérons que s'il publie jamais un second recueil de poésies, il changera moins souvent de résidence et plus souvent de ton et de sujet.A M. le Rédacteur du Bulletin Bibliographique.Monsieur,Je n'aurais eu qu'à vous remercier de l'article que vous avez consacré, dans l'avant-dernier numéro de l'Illustration, à mon livreles Derniers Jours de l'Empire, si, vous bornant à parler de l'oeuvre, vous aviez bien voulu ne pastropvous occuper de l'auteur.Qui vous a dit, Monsieur, que j'appartenais à cette classe de poètes qui sacrifieraient au plaisir de rimer, leur pain, celui du leur famille et même une position acquise? Que vous importent, qu'importent au public mon caractère, ma situation privée? Qu'y a-t-il dans tout cela de commun avecles Derniers Jours de l'Empire?Est-ce donc une témérité si étrange, si compromettante, que la réimpression, en 1843, d'un volume in-8 publié pour la première fois en 1827, d'un poème qui, dès lors, n'a coûté à son auteur qu'une simple révision, qui, de plus, lui a fait ouvrir les portes de deux sociétés savantes, sans toutefois lui fermer celles de son bureau? Peut-on bien arguer d'un tel acte que cet auteur serait homme à abandonner une positionacquise, et cela non pas en vue d'une position meilleure, ce qui apparemment serait trop prosaïque, mais uniquement pour se procurer le temps de faire des vers?Je me devais à moi-même, Monsieur, je devais à la position administrative que j'occupe, de repousser de semblables suppositions. J'espère que cette lettre remplira ce but: veuillez donc, je vous prie, la publier.Charles de Massas,Membre de l'Académie de Lyon et de la SociétéPhilotechnique de Paris.ModesNous avons tout dit sur les modes d'été; les nouveautés ne se montrent plus que comme de rares et fugitives apparitions. Nous n'avons donc presque rien à dire sur le présent, rien encore sur l'avenir. Il faut parler seulement de ce qu'on voit porter aux femmes qui font autorité dans le monde élégant.Les costumes dont nous donnons les dessins aujourd'hui nous paraissent présenter toutes les phases de la toilette.La robe de coutil de fil à raies blanches, à corsage lacé, qui laisse voir une chemisette montante en mousseline, le chapeau de paille à jour, n'est-ce pas un costume d'une simplicité toute champêtre?L'autre figurine porte une robe de soie: le corsage est à revers garni d'un plissé à la vieille;--un chapeau de paille de riz;--c'est la toilette du matin à la ville.Enfin la troisième, avec sa robe de mousseline tarlatane et son fichu à la paysanne;--c'est le costume du soir pour danser à la campagne.Et, avec tout cela, il faut le mantelet de soie, le mantelet de dentelle, l'écharpe légère, ou, ce qui est mieux encore, un grand châle de dentelle noire enveloppant entièrement la taille sous ses réseaux transparents.Nous nous occuperons incessamment du complément indispensable de toute dégante toilette; nous voulons parler de la bijouterie.Amusements des sciences.SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS L'AVANT-DERNIER NUMÉRO.I. Réglez votre papier avec le crayon et le carrelet, de manière que les différents traits que vous y tracerez soient bien équidistants. Projetez au hasard, un très grand nombre de fois, sur le papier, la petite aiguille, qui, tantôt rencontrera un des traits, tantôt sera couchée entre deux lignes consécutives de manière à n'en couper aucune. Comptez le nombre total de jets, notez le nombre de fois où l'aiguille a rencontré l'une quelconque des parallèles, et prenez le rapport de ces deux nombres; puis multipliez-le par le double du rapport de la longueur de l'aiguille à l'intervalle des droites équidistantes; le produit exprimera le rapport de la circonférence au diamètre avec d'autant plus d'approximation que vous aurez fait un plus grand nombre de coups.A--B______________________________________________________________________________________________________________________________Prenons un exemple, que nous avons représenté au dixième de grandeur naturelle dans la figure ci-dessus. Les parallèles sont tracées à une distance de 63 millimètres et 6/10 les unes des autres; l'aiguille a 50 millimètres de longueur. Le double du rapport de la longueur de l'aiguille à l'intervalle des parallèles est 1000/636. Supposons que sur un nombre total de 10,000 jets, l'aiguille soit tombée 5,009 fois sur une des parallèles. On fera le produit de 1000/636 par 1000/5009, lequel est 3,1421. Comme les cinq premiers chiffres du véritable rapport de la circonférence au diamètre 3,1415, il s'ensuit que l'expérience aurait ainsi fait connaître à 6/10000 d'unie près l'expression de ce rapport.Pour que l'expérience réussisse, il suffit que la longueur de l'aiguille soit moindre que l'intervalle entre deux parallèles consécutives, quels que soient d'ailleurs cette longueur et cet intervalle; mais les proportions de notre figure sont celles qui conduisent le plus exactement possible au résultat pour un même nombre de jets. Nous conseillons donc à ceux de nos lecteurs qui voudront répéter cette expérience, de les adopter et de prendre, comme dans l'exemple cité, une aiguille de 50 millimètres et des parallèles équidistantes de 63 millimètres 6/10.II. Il y a trois solutions représentées dans les trois petits tableaux ci-dessous:Tonneaux   Tonneaux    Tonneauxpleins.    vides.   demi-pleins.1re Solution.1re Personne.          3          3           22e  Personne.          3          3           23e  Personne.          2          2           42e Solution.1e Personne.           2          2           42e  Personne.          2          2           13e   Personne.         4          4           03e   solution.1e Personne.           1          1           02e Personne.           3          3           23e Personne.           4          4           0Si l'on avait 27 tonneaux à partager, il y aurait aussi trois solutions.NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.I. On donne une bille d'ivoire, et on demande d'en déterminer le diamètre sans l'endommager.II. Un Français doit à un Hollandais 31 francs; mais il n'a, pour s'acquitter, que des pièces de 5 francs, et le Hollandais n'a que des demi-ducats, valant 6 francs. Comment s'arrangeront-ils, c'est-à-dire combien le français donnera-t-il au Hollandais de pièces de 5 francs, et combien celui-ci lui rendra-t-il de demi-ducats pour que la différence soit de 31 francs, en sorte que cette dette soit acquittée?Correspondance.A M. D. L.--Les portraits de Santa-Anna et de la nouvelle impératrice du Brésil, les rebeccaïtes et les autres sujets que M. D. L. veut bien nous signaler, sont gravés, et nous les publierons prochainement. L'espace nous manque souvent. Il faudrait la rapidité d'une feuille quotidienne pour suivre à la course les événements de chaque jour. Le public, en nous continuant ses encouragements, nous pourra permettre de satisfaire plus activement sa curiosité.A M. Ad. M.--L'anecdote est intéressante, mais elle a déjà inspiré une chanson et trois vaudevilles.Madame H. G.--Si nous pouvons faire partager à nos lecteurs le vif plaisir que nous a causé la lecture du 10 juillet,l'Illustrationaurait sans aucun doute l'un des succès littéraires les plus remarquables de notre temps; mais le sujet est bien intime et bien personnel pour admettre aucune publicité. Peut-être aussi pourrait-on reprocher aux développements un peu d'obscurité.A M. L. R., d'Arpajon.--Il faudrait consulter le professeur du Muséum qui s'est consacré à cette spécialité. Les monstruosités de cette espèce sont moins rares que ne paraît le croire M. L. B. Nous ajouterons qu'elles seraient un spectacle peu agréable pour nos lectrices.A madame G. de R., près Nantes.--Sous sommes préparés; nous attendons.A M. Al. R., de Péronne.--La phrase se trouve textuellement dans le troisième chapitre desMémoires de Gibbon.A M. P., de La Rochelle.--On craint d'offenser des scrupules qui seraient cependant exagérés. On consultera.A M. Th. Gom., d'Épernon.--Un seul journal a fait allusion à l'événement, et son autorité ne serait point suffisante.Rébus.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:La fortune, hélas! mille et mille fois a corrompu le coeur humain; restons pauvres, mais honnêtes.

Allons, veux-tu venir, compère,A la procension de Douai?Al est si joulie et si guaye,Que de Valencienne et Tournay,De Lisle, d'Orchie et d'Arras,Les plus pressés vien'nt à grans pas.

Allons, veux-tu venir, compère,A la procension de Douai?Al est si joulie et si guaye,Que de Valencienne et Tournay,De Lisle, d'Orchie et d'Arras,Les plus pressés vien'nt à grans pas.

Allons, veux-tu venir, compère,

A la procension de Douai?

Al est si joulie et si guaye,

Que de Valencienne et Tournay,

De Lisle, d'Orchie et d'Arras,

Les plus pressés vien'nt à grans pas.

Telle était la chanson que, le dimanche 9 juillet, entonnaient sur les routes de la Flandre des choeurs de paysans et d'ouvriers, il en venait de tous les pays circonvoisins, d'Anzin, de Roubaix, de Béthune, de Bouchain, de Pont-à-Marcq, de Cambray, voire même de Courtrai, de Menin et de Mons, et la ville de Douai était le rendez-vous de cette multitude. Ladite ville s'était coquettement parée; les maisons, qu'on lave d'ordinaire tous les samedis, avaient subi des ablutions supplémentaires; les habitants avaient la physionomie radieuse; la foule ondulait dans les rues; la bière ruisselait dans les tavernes; la place duBarletétait diaprée de bimbelotiers et d'acrobates; la Bibliothèque, les Galeries de tableaux, d'archéologie, d'anatomie et d'histoire naturelle étaient ouvertes au public, qui, à vrai dire, ne profitait guère de cette faveur municipale. Dès sept heures du matin, la grosse cloche du beffroi tintait, et lecarillon, mis en jeu par des mains habiles, substituait des airs variés à son éternelsuoni la tromba. Et pourquoi ce dérangement, cette agitation inusitée, ces émigrations, ce bruit de cloches et de voix? Quel aimant irrésistible entraînait Flamands et Belges vers la cité douaisienne? Le désir de contempler cinq énormes mannequins d'osier.

Douai, comme toutes les villes du Nord, a sa fête communale, appeléedacaceoukermesseen dialecte du pays;dacacepar abréviation de dédicace,kermessedekerk mess(foire d'église); mais elle a de plus une spécialité importante, un divertissement exceptionnel, assez curieux pour être raconté à nos lecteurs des quatre-vingt-six départements. Tous les ans, le premier dimanche qui suit le 6 juillet, une figure colossale, connue sous le nom deGayant, sort à onze heures du jardin du Musée, où on lui a construit une remise. Gayant, haut de vingt-deux pieds, coiffé d'un casque à blancs panaches, est soutenu par des porteurs cachés, dans ses flancs. Sa femme,Marie Caqenon, moins grande de deux pieds seulement, l'accompagne, habillée en dame de la cour de Marguerite de Valois.M. Jacquot, le fils aîné, d'une taille de douze pieds, porte fièrement une toque de velours, un manteau espagnol et un pourpoint à crevés.Mademoiselle Filion, la cadette, de dix pieds de hauteur, reproduit la toilette et les grâces maternelles. Leptiot Binbin, enfant d'environ huit pieds, le plus jeune rejeton de la famille, a la tête garnie d'un bourrelet, et tient à la main des hochets. Derrière ces cinq grandes poupées roule un char à la cime duquel est posée la Fortune, dans l'exercice de ses fonctions distributives. Sur le plateau circulaire de ce véhicule, sont rangés un seigneur espagnol, une dame, un soldat suisse, un financier, un paysan avec une poule à la main, et un procureur, dont la poche gauche est bourrée de contrats. Le plateau tourne à l'aide d'une lanterne fixée à l'une des roues, de sorte que les six types d'états occupent alternativement l'extrémité supérieure ou inférieure du plan incliné. Lachanson de Gayant, dont nous avons cité le premier couplet, nous explique ce balancement symbolique:

Te vera chelle biet reu de furteune,Queurir et marquier à grans pas;Ché pour le dir' qué tout l'mond' vaEt tantôt haut et tantôt bas.Argentier, avocat, paysan,Chacun ju son rôle en courant.

Te vera chelle biet reu de furteune,Queurir et marquier à grans pas;Ché pour le dir' qué tout l'mond' vaEt tantôt haut et tantôt bas.Argentier, avocat, paysan,Chacun ju son rôle en courant.

Te vera chelle biet reu de furteune,

Queurir et marquier à grans pas;

Ché pour le dir' qué tout l'mond' va

Et tantôt haut et tantôt bas.

Argentier, avocat, paysan,

Chacun ju son rôle en courant.

Autour de cortége, les jambes passées dans la carcasse d'un cheval d'osier, galope le maître des cérémonies, lesotde l'ex-corporation des canonniers, appeléCarrocher, du nom du titulaire actuel. Ses vêtements sont ceux des fous en titre d'office. Il court à travers les masses compactes, menace de sa marotte ceux qui ne livrent point passage à la procession, et reçoit des dons volontaires au bénéfice des porteurs. A ce spectacle le peuple bat des mains; c'est toujours avec un nouveau plaisir que les Douaisiens, revoient leur cher Gayant; ils éprouvent pour lui une tendresse inimaginable; la joie que leur cause sa présence va jusqu'à l'attendrissement; lamarche de Gayantet leurRanz, leurMarseillaiselocale; l'attente de Gayant les tient en éveil, la présence de Gayant les électrise, le souvenir de Gayant les poursuit. On vit, le 10 juin 1743, une compagnie d'artilleurs douaisiens, campée devant Tournai, déserter tout entière avec armes et bagages. Grande fut l'alarme: le prévôt voulait mettre la maréchaussée en campagne; mais le capitaine. M. de Breande lui dit: «Soyez tranquille, j'sais où ils sont allés; il faut qu'ils voient danser leur grand-père Gayant; mais vous les reverrez, après lakermesse. Et quelque, jours plus tard, la compagnie rentrait au camp, ramenant de Douai bon nombre de nouvelles recrues.

Promenade de Gayant, le géant de Douai, le 9 juillet.

Toutefois de ce Gayant si aimé, si fêté, si applaudi, nul ne connaît la généalogie. Suivant les uns, c'est la personnification d'un seigneur qui, vers 881, aida le comte Baudouin II à repousser les Normands. Au dire des autres, c'est un certain Jehan Gelon, seigneur de Cantin, qui chassa les Barbares au neuvième siècle. J. B Gramaye, autour desAntiquitates Flandriae(1688, in-8.), dit que la tour duVieux-Tudor, partie encore subsistante de l'ancien château de Douai, fut jadis habitée par des géants, mais il ne signale aucune corrélation entre eux et notre héros. D'après une autre version, Gayant aurait pris naissance dans une procession instituée enl'honneur de Dieu, de toute la cour célestiale, et de monsieur saint Maurant, pour rappeler la défaite des Français assiégeants, le 16 juin 1119. Ce qui peut confirmer cette opinion, c'est que Gayant parut annuellement le 16 juin jusqu'en 1770. M. de Conzié, évêque d'Arras, suspendit alors la procession, sous prétexte du jubilé. Son mandement causa presque une émeute; le peuple, attroupé sous les fenêtres de l'intendant de Flandre, cria: «Rendez-nous Gayant! rendez-nous notre père!» Les échevins s'assemblèrent pour protester; des commissaires délégués en appelèrent au Parlement; mais des lettres closes du 6 juin 1771 donnant raison à l'évêque, abolirent la cérémonie du 16 juin, et instituèrent une autre procession générale en commémoration de la prise de Douai par Louis XIV, le 6 juillet 1667. Attaqué par les puissances spirituelles et temporelles, Gayant se tint prudemmentmuchiépendant six ans, il reparut en 1779, et l'on trouve dans leregistre des dépensesde cette année: «A David, menuisier, pour bois et façon employés à la réparation des figures de Gayant et de sa famille: 65 florins 13 pastards.»

La Flandre au Moyen-Age, comptait les géants par douzaine. On avait à LilleLyderic, Phinartet lesquatre fils d'Aymonsur le cheval Bayard; à Anvers,Druou-Antigon; à Louvain,Herculeet sa femmeMegera; à Bruxelles,Ommeganet sa famille; à Hazebrouck, le comte de laMi-Carême; à Cassel,Reusenet sonbinbin; à Malines, le grand-père des géants et ses enfants; à Ath, le géantGoliath; à Hassell,Lange-Man; à Dunkerque,Reusen, sa femme etCupido, leur fils, armé de pied en cap et portant unbinbindans sa poche. Quelques-uns de ces éminents personnages ont tenté de reparaître dans des cérémonies récentes; mais leGayantde Douai est demeuré le plus grand par la stature et la renommée. Il est fâcheux qu'on manque de documents pour déterminer l'origine d'un colosse aussi intéressant, et qu'on n'ait point de traces de son existence antérieure au dix-septième siècle. On lit dans un compte du 20 juin 1665: «A cinq hommes ayant porté le géant, payé à chacun 30 pastards.--A ceulx ayant porté la géante: 30 pastards.--A Marie-Jenne Paul, pour avoir faict la perruque de la géante, raccommodé celle du géant et saint Michel, payé pour réduction: 17 florins.» Il appert de la même pièce, dont on conserve l'original aux archives de Douai, que Gayant se montrait pour la première fois en compagnie d'une épouse: «Aux Pères Dominicains, pour avoir moutlé la teste de la géante, construit ses mains, son collier, sa rose de diamant et diverses aultres pieches d'ornement: 40 florins.--A Antoine Denher, foureur, pour vingt et une cordes de perles appliquez, à la coiffure de la géante: 63 pastards.--A Guillaume Gourbé, mandelier, pour la façon et livreson d'osier pour la géante: 31 florins,» Après avoir marié Gayant, le corps municipal trouva tout simple de lui donner des enfants, et M.Jacquot, mademoiselleFilionetBinbinsortirent tout armés de son cerveau. L'acte de naissance duptiotest ainsi dressé dans un compte de 1703: «A Wagon, pour avoir abilié le petit enfant géan: 1 florin, 4 past.» Le même compte mentionne laroue de fortune, symbole emprunté à la corporation des charrons et tonneliers. La famille briarienne a fait, cette année, son excursion avec la pompe accoutumée. Les fêtes, commencées le 9 juillet, se sont prolongées jusqu'au 13. De nombreux amateurs se sont disputé, avec une adresse rivale, les prix du tir à l'oiseau, du jeu d'arc au berceau, de l'arbalète, du tir à la fléchette, du jeu de balle, de la cible chinoise et de la cible horizontale. Le 2, un bal splendide a rassemblé, dans lagrand sallede l'hôtel-de-ville, l'élite des Douaisiens, pendant d'autres danseurs s'évertuaient auJardin Royalet sous les peuplier deChambord. Une exposition publique de plantes en fleurs, faite dans les bâtiments de laSociété d'Agriculture, Science et Arts, a montré que l'horticulture était plus que jamais en honneur dans le Nord, terre classique desfous tulipiers. La musique, cet art cher des Flamands, n'avait pas été omise dans le programme: le dimanche, vers midi, deux, cents membres desSociétés de musique sacréeet desAmateursréunie ont exécuté dans la cathédrale de Saint-Pierre une messe de M. Ferdinand Lavainne, musicien Lillois. Dans la journée du 10 laSociété philarmoniquedonné un concert, où MM. Roger et Grard, mademoiselle Lavoye, tous trois du théâtre Favart, ont obtenu des applaudissements bien mérités. Mais ce que les Douaisiens ont admiré le plus après Gayant, ç'a été un monument de bois et de tuile, érige sur laPlace-d'Armes, et rappelant à sa partie supérieure l'ancien beffroi incendié en 1171. Sur la base étaient inscrits les noms des Douaisiens morts, à Mons-en-Puèle, en 1301, en combattant contre Philippe-le-Bel On eut pu choisir des héros plus récents et plus Français; néanmoins cette réminicence de gloire indigène a chatouillé l'amour-propre flamand, et les spectateurs ont trépigné d'enthousiasme quand, le 12 juillet, à dix heures et demie du soir, l'édifice, embrasé par des fusées, a fourni la matière d'unfeu de joie.

A l'heure où nous écrivons, la famille Gayant est rentrée dans sa remise; les couverts d'argent, marabouts, cuillers, timbales, pistolets et fusils ont été distribués aux vainqueurs des jeux. La ville, l'une des plus mornes de France, est rentrée dans sa torpeur; l'herbe des rues a redressé ses brins un moment inclinés, et le carillon, renonçant auxfioritures, répète à chaque heure lamarche des Puritains.

La Guerre des Vêpres Siciliennes, Ou une Période de l'histoire de la Sicile au XIIIe siècle; parMichèle Amari. Deuxième édition, augmentée et corrigée par l'auteur et enrichie du documents nouveaux. 2 vol. in-8.--Paris, 1843.Baudry.10 francs.

Cet ouvrage a paru pour la première fois à Palerme, il y a un an, sous ce titre:Une Période de l'histoire de la Sicile au XIIIe siècle.Depuis, l'auteur étant venu à Paris trouve à la Bibliothèque Royale des manuscrits et des livres qui jetaient un jour nouveau sur le grand événement dont il avait entrepris d'écrire l'histoire. En conséquence, ne voulant pas suivre l'exemple de l'abbé Veriot, il a modifié et récrit son travail, qu'il publie aujourd'hui avec un nouveau titre:la Guerre des Vêpres Siciliennes. Dans une courte préface ajoutée à cette seconde édition, M. Michèle Amari énumère les erreurs, graves qu'il a relevées, et il expose en ces termes le sujet, le plan et le but de son livre: «Jean de Procida, animé par l'amour de la patrie et par le désir de venger une offense privée, se propos d'enlever la Sicile à Charles d'Anjou; il l'offrit à Pierre, roi d'Aragon, qui faisait valoir, pour en réclamer la possession, les droits de sa femme. Il conspira avec Pierre, avec le pape, avec l'empereur de Constantinople, avec les barons siciliens: quand tout lut près pour l'explosion, les conjuré, donnèrent le signal; ils massacrèrent les Français et élevèrent Pierre au trône de la Sicile. Telle fut, à peu près, si nous en croyons une opinion généralement accréditée, l'histoire desVêpres Siciliennes, histoire qui s'arrête toujours au massacre des Français, ou du moins qui ne dépasse jamais l'avènement de Pierre d'Aragon.--Quelques historiens modernes, la plupart ultramontains, ont, il est vrai, exprimé des doutes sur la réalité d'un complot si vaste, si secret et si heureux; mais nul d'entre eux ne se donna la peine d'examiner attentivement les faits; l'erreur prit racine et se développa, et, bien qu'elle ne fut jamais prouvée, la conjuration des Vêpres Siciliennes devint, dans l'opinion publique, un de ces événements dont personne n'ose contester l'authenticité.

Or, M. Michèle Aman essaie de démontrer, à l'aide de documents positifs, que le massacre des Vêpres Siciliennes n'a pas été le résultat d'une conjuration, mais d'une insurrection populaire excitée par la tyrannie insolente et cruelle des Français. «Le peuple sicilien, dit-il, n'était ni accoutume ni déposé à supporter une domination étrangère. Il s'insurgea contre ses oppresseurs, et ce fut à lui et non à l'aristocratie nobiliaire, comme on l'a prétendu à tort, que la Sicile dut cette révolution, qui la sauva, au XIIIe siècle, de la honte, de la servitude, de la misère et d'une ruine complète, et dont les heureux résultats se font encore sentir aujourd'hui.»

Tel est le but, tel est l'esprit de l'important travail de M Michèle Amari. LaStoria del Vespro Siciliano, écrite d'un style dont nous louerons surtout la simplicité et la concision,--qualités bien rares chez les Italiens,--est divisée en vingt chapitres. Elle commence à la seconde moitié du XIIe siècle, et se termine aux premières années du siècle suivant.--Dans le chapitre vingtième et dernier, M. Amari résume lui-même en quelques pages les diverses conséquences heureuses ou malheureuses qu'entraîna après elle la terrible insurrection du peuple sicilien. Il nous apprendqual era la Sicilia prima del Vespro, qual ne divenne, qual rimase. Enfin, un appendice intitulé:Exposition et Examen de toutes les autorités historiques sur les Vêpres Siciliennes, et de curieux documents historiques, terminent ces deux volumes qui, si nos espérances se réalisent, promettent à l'Italie un historien distingué.

Deux Mois d'émotions; par madameLouise Colet. 1 vol. in-8.--Paris, 1843. W.Coquebert. 7 Fr. 50.

Madame Louise Colet, l'auteur de plusieurspoèmescouronnés par l'Académie Française, de nombreuxrecueils de vers, dela Jeunesse de Mirabeauet desCours brises, habite Paris, mais elle est née en Provence. Souvent, «quand le travail ne l'absorbe pas, sa pensée s'envole vers ce berceau qu'elle aime, vers ces terres où le soleil n'a que des voiles passagers qui se fondent dans ses flots de feu, où le sang bout, où l'âme se réchauffe à la chaleur du sang, et ne connaît pas ces heures froides et inertes, qui sont un avant-goût de la tombe.» Elle est, comme elle l'avoue elle-même, toujours attirée vers ces régions brûlantes. Enfin l'année dernière elle partit; elle alla revoir les lieux où elle est née, où elle a vécu, ou elle désirerait mourir. Elle y passa deux mois entiers, et, pendant son séjour, elle y éprouva de douces et douloureuses émotions. Aujourd'hui elle publie le récit de cette excursion, qui l'a rendue tout à la fois si triste et si heureuse. Ainsi s'explique naturellement le titre étrange et mystérieux de ce volume.

Deux Mois d'émotionsse composent de cinq ou six lettres adressées pendant l'absence à diverses personnes. Mais madame Louise Colet ne s'est pas contentée de raconter dans un style élégant et coloré desimpressions de voyagesordinaires. Ce n'est pas seulement unetouristed'esprit et de sentiment que nous accompagnons dans d'intéressantes excursions à Lyon, à Avignon, à Nimes, à Arles, à Aix, à Marseille; c'est une poétique fille du Midi, qui vient, après un long exil, revoir sa patrie adorée, rendre un pieux hommage à la tombe de sa mère, et regarder pendant quelques heures, de loin, avec des yeux pleins de larmes, Servannes, le château de son père; car le possesseur actuel, un Belge, «homme sans entrailles et sans intelligence,» lui en refusa l'entrée et lui défendit même d'en approcher. Un moment elle a franchi l'enceinte qu'on lui avait interdit de dépasser; elle court à perdre haleine jusque sous les murs de ce château. Une fenêtre s'est ouverte: c'est celle de la chambre de sa mère; une femme lui apparaît: c'est la soeur du propriétaire; une jeune fille de douze à quatorze ans est auprès d'elle.

«Madame, lui dit madame Louise Colet en tournant vers elle son visage baigné de pleurs, au nom de cette enfant, qui est sans doute la vôtre, laissez-moi revoir une dernière fois la chambre de ma mère.

--C'est impossible, répondit-elle d'un ton glacial; et elle referma brusquement la fenêtre.

--Oh! qu'une pareille action vous porte malheur, s'écria la pauvre femme; soyez punie dans votre enfant du mal que vous me faites!» Et éperdue elle s'élança vers les portes du château afin d'en forcer l'entrée. Elle se heurta sur le seuil au corps raide et droit du grand Belge, qui lui dit d'un air niais et insolent:

«Vous n'entrerez pas, madame; je ne me soucie point qu'un jour vous publiez quelque pièce de vers là-dessus.»

Le jour même où cette triste scène eut lieu, madame Louise Colet apprit une heureuse nouvelle: un riche Anglais, lord Kilgore, admirateur de ses vers, venait de se décider à se rendre acquéreur de Servannes pour mettre ce château à sa disposition. Mais, il mourut trois jours après, au moment même où il allait signer l'acte de vente.

Les émotions de madame Louise Colet ne sont pas toutes aussi tristes; il y en a beaucoup de gaies et d'heureuses. D'ailleurs madame Louise Colet a eu le tact de ne pas toujours parler d'elle, de sa famille, de ses amis ou de ses promenades; ça et là elle insère dans ses lettres intimes quelques pièces de vers inédites, une légende, ou une histoire véritable. LaMarquise de Gangeet lesNonnes de Saint-Césairesont d'agréables nouvelles historiques. Mais nous recommanderons surtout aux personnes qui désireraient connaître la cause secrète d'un des plus grands crimes du dix-neuvième siècle la lecture du curieux chapitre intitulé:les Deux Assassinats.

Scilla e Cariddi; parFrancis Wey. 2 vol. in-8.--Paris, 1843.Arthus Bertrand. 15 fr.

Il n'en est pas de ces deux volumes comme des deux écueils fameux dont ils ont pris le nom: il ne faut éviter ni l'un ni l'autre. Après avoir visité le premier, on se sent naturellement attiré vers le second. Lecteurs timides que ces mois de mauvaise augure épouvantent, ne craignez pas d'aller vous briser contre un rocher perfide; abandonnez-vous librement au courant qui vous entraîne, et vous êtes certains de vous reposer quelques heures dans un port commode et sûr, d'aborder... à un livre spirituel, intéressant et suffisamment instructif.

Pourquoi donc ce litre? Pourquoi Scilla et pourquoi Cariddi? Rien de plus naturel: M. Francis Wey a fait, il y a plusieurs années, une promenade en Calabre et en Sicile; il a navigué dans le détroit de Sicile entre les écueils de Charybde et de Scylla, qui ne sont plus aujourd'hui ce qu'ils étaient autrefois, et il a donné leurs noms à sesimpressions de voyages.--Parti de Poestum, il se rendit d'abord à Castrovillari, puis il visita successivement Spezzano, Sybaris, Milet, Locres, Reggio, Messine, Palerme, Agrigente, Syracuse, Catane, ou les emplacements de celles de ces villes célèbres qui ont cessé d'exister; il est monté, en outre, jusqu'au sommet de l'Etna. A son retour il a raconté cette excursion, assez rarement faite par nos touristes français, en homme d'esprit, sans exagérer et sans mentir, comme certains de ses prédécesseurs, et en savant sans pédantisme.--Scilla e Cariddi s'adressent donc à toutes les personnes qui désirent lire un ouvrage à la fois agréable et utile sur les Calabres et sur la Sicile.--Trois chapitres intitulés l'Oberland bernois, et un fragment sur Genève, terminent le second volume. Le récit de cette courte promenade dans les Alpes est moins vrai, et par conséquent moins intéressant que celui du curieux voyage qui le précède.--Du reste, à part ce léger reproche, nous n'avons que des félicitations sincères à adresser à M. Francis Wey. Si, au début de sa carrière littéraire, il avait paru un moment disposé à s'égarer sur les pas de certains écrivains à la recherche d'excentricités de mauvais goût, il a reconnu son erreur; il est engagé aujourd'hui dans une bonne voie, celle du bon sens et du bon style; qu'il continue à y marcher d'un pas ferme, et il atteindra infailliblement le but qu'il a dû se proposer.

Lettres sur l'Euphorimètrie, ou l'Art de mesurer la fertilité de la terre, indiquant le choix des meilleurs assolements, en faisant connaître d'avance leurs produits et leur action sur le sol; par J. Varembey. 1 vol. in-8.--Paris, 1843. Madame Bouchard-Huzard. 4 fr.

Qu'est-ce quela féconditéde la terre? Malgré ses recherches et ses travaux, la science ne le sait pas encore, elle l'ignorera probablement toujours; car il est des mystères qu'il ne lui est pas donné de pénétrer. Nous explique-t-elle ce qui constitue la lumière, le calorique, la transparence des corps, leur ductilité, leur fusibilité, leur solubilité?

Mais si on ne peut découvrir le principe même de la fécondité, il est du moins facile d'étudier ses effets. «Jusqu'à ce jour, dit M. J. Varembey, dans son introduction, tous les hommes d'un esprit supérieur qui ont écrit sur l'agriculture, ont cherché à généraliser ses principes et se sont efforcés de l'élever au rang des sciences exactes; mais ils n'ont enfanté que des systèmes parfois ingénieux, souvent erronés et toujours incomplets, qui, à l'exemple de ceux que l'on voit éclore en médecine, ont été d'abord exaltés avec enthousiasme, puis modifiés, enfin abandonnés et remplacés par d'autres, qui avaient à leur tour une durée plus ou moins éphémère. Aussi, l'agriculture, quoi qu'on en dise, est-elle restée à peu près stationnaire et en arrière de tous les autres arts; son enseignement comme science manque tout-à-fait de doctrine, et ses livres innombrables ne sont que des expositions de systèmes défectueux et mal assis, ou plus souvent des compilations de pratiques irrationnelles et de procédés empiriques dont les résultats, subordonnés à l'état de fécondité des sols, ne répondent presque jamais à l'attente de ceux qui les mettent en application.»

Il est temps enfin d'abandonner une route qui va se perdre dans un abîme! Pourquoi vouloir arracher à la nature des secrets qu'elle prétend nous cacher? Que les agronomes cessent donc de chercher les éléments constitutifs de la fertilité et qu'ils l'étudient dans ses effets, comme on étudie les propriétés physiques des corps en général, sans essayer de déchirer le voile impénétrable qui couvre leur origine, et alors seulement ils parviendront à fonder sur des bases solides et durables la science dont ils s'efforcent en vain d'activer aujourd'hui les progrès.

Ces conseils, que M. J. Varembey donne à ses confrères, il les a suivis et il a obtenu des résultats merveilleux, s'ils sont aussi certains qu'ils paraissent devoir l'être. «On ne savait, dit-il, qu'une seule chose certaine en agriculture: c'est que la quantité de produits végétaux qu'on retire de la terre par une culture supposée convenable, est toujoursproportionnéeà l'état de fécondité du sol. Mais on ignorait le rapport exact de cette proportion, parce qu'on n'avait pas trouvé le moyen de mesurer la puissance productive de la terre, et que dès lors il était impossible d'établir le rapport proportionnel de deux quantités, dont l'une restait inconnue. Par la même raison, on ignorait aussi ce que les produits végétaux, proportionnellement à leur volume, font subir d'augmentation ou de diminution à la fécondité du sol d'où ils sont sortis.

«Ainsi, les deux propositions fondamentales qui s'offraient d'abord à l'élude scientifique étaient celles-ci:

«--Déterminer ce que l'intensité connue de la fécondité d'un sol doit y créer de production végétale.

«Et réciproquement:

«--Déterminer ce qu'une quantitéconnuede production végétale recueillie dans un sol retranche ou ajoute à sa fécondité.

«Or, ce double problème était subordonné à la solution préalable de cet autre problème: combien une quantitéconnuede production végétale, obtenue sur un sol d'une surface donnée, indique-t-elle de fécondité en lui? Et tous ces problèmes devaient demeurer insolubles, tant qu'on ne saurait pas réduire la fécondité elle-même enquantités. Il fallait donc, avant tout, la soumettre à un mode rationnel de mesure; et dès lors l'Euphorimétrie, qui mesure la fertilité de la terre, devient une étude introductive à la science de l'agriculture.»

Il nous est impossible, on le conçoit, de suivre H. J. Varembey dans ses démonstrations, d'expliquer avec détail comment il est parvenu à mesurer la force productive du sol, et surtout quelles conséquences importantes il tire lui-même de sa découverte. Forcé de nous renfermer dans de certaines limites, nous avons dû nous borner à indiquer le but auquel tendent ses travaux. Ajoutons seulement qu'il enseigne l'art de mesurer la fécondité actuelle du sol, de calculer de combien telle culture ou telle récolte l'augmente ou la diminue, et qu'il apprend à connaître d'avance quelle sera la quantité de produits qu'on devra recueillir d'après le mode de culture suivi, la dose d'engrais donnée au terrain, la récolte qui a précédé, rie. Sa méthode permet d'ouvrir à chaque champ un compte de fécondité pardroitetavoirdans lequel lesentréesopérées par le fumier, la jachère, les légumineuses enfouies, les légumineuses fauchées au vert et le pâturage, sont évaluées avec exactitude, de même que lessortiesrésultant des récoltes de grains dont la quantité peut ainsi être prévue à l'avance.

Avant d'être publiées en volumes, lesLettres sur l'Euphorimétrie, signées seulement des initiales J. V., avaient paru, à de longs intervalles, dans leJournal d'Agriculture de la Côte-d'Or; elles frappèrent vivement l'attention publique: tous les recueils spéciaux s'empressèrent de les signaler à leurs lecteurs. LaRevue scientifique, entre autres, leur consacra un long article, auquel nous, empruntons le passage suivant, qui nous dispensera de tout autre éloge:

«Les Allemands ont senti les premiers tout ce qu'il y a d'important dans les calculs de fécondité; mais les études auxquelles ils se sont livrés à ce sujet sont indirectes, incomplètes et quelque peu incohérentes; leurs agronomes les plus distingués, partant de certaines suppositions, de certaines probabilités que permet sans doute la marche générale de la production agricole, ont procédé par induction, et sont parvenus à des conséquences ingénieuses, mais souvent contestables, qui démontrent au moins avec la plus parfaite évidence les énormes avantages qui sortiraient d'une base plus précise et plus certaine. Un agronome Français, que nous regrettons de ne pouvoir désigner au respect et à la reconnaissance de l'agriculture autrement que par les initiales J. V., a repris l'oeuvre, des Allemands de fond en comble, et l'a refaite avec une incontestable supériorité. A nos yeux, c'est une étude magnifique; c'est un admirable travail, produit vigoureux d'une forte intelligence, et qui appelle les méditations profondes des agriculteurs sérieux. Il en jaillira certainement de vives lumières sur la grande industrie des campagnes.»

Les Algues, poésies; parEmile de Bourran.

De tous les jeunes poètes nés en l'an de grâce 1813, M. Emile de Bourran est sans contredit celui qui possède au plus haut degré l'humeur voyageuse. Chacune des pièces de vers dont se composentles Alguesest datée d'un pays différent. A en juger par ces indications géographiques, M. Emile de Bourran a dû cultiver la poésie française dans toutes les contrées de notre globe: a Bruxelles, à Ostende, à Bordeaux, à Aucône, à Vera-Cruz, aux États-Unis, à Paris, à Alger, à Calcutta, à l'île Bourbon, au cap de Bonne-Espérance, à Messine, à Oran, à Toulon, à Liège. Comment se fait-il alors que, nées sous des climats si divers, sesAlguesdonnent toutes les mêmes fleurs et les mêmes fruits? La raison en est toute simple: dans le genre poète, M. Emile de Rourran appartient à l'espèce dite desamoureux. Partout où il fuit Marie, l'image de Marie l'accompagne; partout il s'écrie en s'adressant à la mer, au zéphyr, au nuage, etc.:

Ne lui dis pas, lorsque loin d'elleUn sort cruel guide mes pas,Que mon coeur épris et fidèleSoupire et ne la quitte pas.Ah! qu'elle ignore les alarmesDe ce coeur pour elle enflammé,Et tout ce qu'on verse de larmes.D'aimer sans espoir d'être aimé!...

Ne lui dis pas, lorsque loin d'elleUn sort cruel guide mes pas,Que mon coeur épris et fidèleSoupire et ne la quitte pas.Ah! qu'elle ignore les alarmesDe ce coeur pour elle enflammé,Et tout ce qu'on verse de larmes.D'aimer sans espoir d'être aimé!...

Ne lui dis pas, lorsque loin d'elle

Un sort cruel guide mes pas,

Que mon coeur épris et fidèle

Soupire et ne la quitte pas.

Ah! qu'elle ignore les alarmes

De ce coeur pour elle enflammé,

Et tout ce qu'on verse de larmes.

D'aimer sans espoir d'être aimé!...

N'accusons donc pas M. Emile de Bourran d'être parfois un peu monotone et froid, quoique passionné... Pourrions-nous refuser d'admettre sa justification et ne pas compatir à sa peine?... il aime, et d'ailleurs ses vers ne manquent ni d'élégance ni de facilité; nous pourrions citer des pièces entières qui sont parfaites sous tous les rapports. Mais nous espérons que s'il publie jamais un second recueil de poésies, il changera moins souvent de résidence et plus souvent de ton et de sujet.

A M. le Rédacteur du Bulletin Bibliographique.

Monsieur,

Je n'aurais eu qu'à vous remercier de l'article que vous avez consacré, dans l'avant-dernier numéro de l'Illustration, à mon livreles Derniers Jours de l'Empire, si, vous bornant à parler de l'oeuvre, vous aviez bien voulu ne pastropvous occuper de l'auteur.

Qui vous a dit, Monsieur, que j'appartenais à cette classe de poètes qui sacrifieraient au plaisir de rimer, leur pain, celui du leur famille et même une position acquise? Que vous importent, qu'importent au public mon caractère, ma situation privée? Qu'y a-t-il dans tout cela de commun avecles Derniers Jours de l'Empire?Est-ce donc une témérité si étrange, si compromettante, que la réimpression, en 1843, d'un volume in-8 publié pour la première fois en 1827, d'un poème qui, dès lors, n'a coûté à son auteur qu'une simple révision, qui, de plus, lui a fait ouvrir les portes de deux sociétés savantes, sans toutefois lui fermer celles de son bureau? Peut-on bien arguer d'un tel acte que cet auteur serait homme à abandonner une positionacquise, et cela non pas en vue d'une position meilleure, ce qui apparemment serait trop prosaïque, mais uniquement pour se procurer le temps de faire des vers?

Je me devais à moi-même, Monsieur, je devais à la position administrative que j'occupe, de repousser de semblables suppositions. J'espère que cette lettre remplira ce but: veuillez donc, je vous prie, la publier.

Charles de Massas,Membre de l'Académie de Lyon et de la SociétéPhilotechnique de Paris.

Nous avons tout dit sur les modes d'été; les nouveautés ne se montrent plus que comme de rares et fugitives apparitions. Nous n'avons donc presque rien à dire sur le présent, rien encore sur l'avenir. Il faut parler seulement de ce qu'on voit porter aux femmes qui font autorité dans le monde élégant.

Les costumes dont nous donnons les dessins aujourd'hui nous paraissent présenter toutes les phases de la toilette.

La robe de coutil de fil à raies blanches, à corsage lacé, qui laisse voir une chemisette montante en mousseline, le chapeau de paille à jour, n'est-ce pas un costume d'une simplicité toute champêtre?

L'autre figurine porte une robe de soie: le corsage est à revers garni d'un plissé à la vieille;--un chapeau de paille de riz;--c'est la toilette du matin à la ville.

Enfin la troisième, avec sa robe de mousseline tarlatane et son fichu à la paysanne;--c'est le costume du soir pour danser à la campagne.

Et, avec tout cela, il faut le mantelet de soie, le mantelet de dentelle, l'écharpe légère, ou, ce qui est mieux encore, un grand châle de dentelle noire enveloppant entièrement la taille sous ses réseaux transparents.

Nous nous occuperons incessamment du complément indispensable de toute dégante toilette; nous voulons parler de la bijouterie.

I. Réglez votre papier avec le crayon et le carrelet, de manière que les différents traits que vous y tracerez soient bien équidistants. Projetez au hasard, un très grand nombre de fois, sur le papier, la petite aiguille, qui, tantôt rencontrera un des traits, tantôt sera couchée entre deux lignes consécutives de manière à n'en couper aucune. Comptez le nombre total de jets, notez le nombre de fois où l'aiguille a rencontré l'une quelconque des parallèles, et prenez le rapport de ces deux nombres; puis multipliez-le par le double du rapport de la longueur de l'aiguille à l'intervalle des droites équidistantes; le produit exprimera le rapport de la circonférence au diamètre avec d'autant plus d'approximation que vous aurez fait un plus grand nombre de coups.

A--B______________________________________________________________________________________________________________________________

Prenons un exemple, que nous avons représenté au dixième de grandeur naturelle dans la figure ci-dessus. Les parallèles sont tracées à une distance de 63 millimètres et 6/10 les unes des autres; l'aiguille a 50 millimètres de longueur. Le double du rapport de la longueur de l'aiguille à l'intervalle des parallèles est 1000/636. Supposons que sur un nombre total de 10,000 jets, l'aiguille soit tombée 5,009 fois sur une des parallèles. On fera le produit de 1000/636 par 1000/5009, lequel est 3,1421. Comme les cinq premiers chiffres du véritable rapport de la circonférence au diamètre 3,1415, il s'ensuit que l'expérience aurait ainsi fait connaître à 6/10000 d'unie près l'expression de ce rapport.

Pour que l'expérience réussisse, il suffit que la longueur de l'aiguille soit moindre que l'intervalle entre deux parallèles consécutives, quels que soient d'ailleurs cette longueur et cet intervalle; mais les proportions de notre figure sont celles qui conduisent le plus exactement possible au résultat pour un même nombre de jets. Nous conseillons donc à ceux de nos lecteurs qui voudront répéter cette expérience, de les adopter et de prendre, comme dans l'exemple cité, une aiguille de 50 millimètres et des parallèles équidistantes de 63 millimètres 6/10.

II. Il y a trois solutions représentées dans les trois petits tableaux ci-dessous:

Tonneaux   Tonneaux    Tonneauxpleins.    vides.   demi-pleins.1re Solution.1re Personne.          3          3           22e  Personne.          3          3           23e  Personne.          2          2           42e Solution.1e Personne.           2          2           42e  Personne.          2          2           13e   Personne.         4          4           03e   solution.1e Personne.           1          1           02e Personne.           3          3           23e Personne.           4          4           0

Si l'on avait 27 tonneaux à partager, il y aurait aussi trois solutions.

I. On donne une bille d'ivoire, et on demande d'en déterminer le diamètre sans l'endommager.

II. Un Français doit à un Hollandais 31 francs; mais il n'a, pour s'acquitter, que des pièces de 5 francs, et le Hollandais n'a que des demi-ducats, valant 6 francs. Comment s'arrangeront-ils, c'est-à-dire combien le français donnera-t-il au Hollandais de pièces de 5 francs, et combien celui-ci lui rendra-t-il de demi-ducats pour que la différence soit de 31 francs, en sorte que cette dette soit acquittée?

A M. D. L.--Les portraits de Santa-Anna et de la nouvelle impératrice du Brésil, les rebeccaïtes et les autres sujets que M. D. L. veut bien nous signaler, sont gravés, et nous les publierons prochainement. L'espace nous manque souvent. Il faudrait la rapidité d'une feuille quotidienne pour suivre à la course les événements de chaque jour. Le public, en nous continuant ses encouragements, nous pourra permettre de satisfaire plus activement sa curiosité.

A M. Ad. M.--L'anecdote est intéressante, mais elle a déjà inspiré une chanson et trois vaudevilles.

Madame H. G.--Si nous pouvons faire partager à nos lecteurs le vif plaisir que nous a causé la lecture du 10 juillet,l'Illustrationaurait sans aucun doute l'un des succès littéraires les plus remarquables de notre temps; mais le sujet est bien intime et bien personnel pour admettre aucune publicité. Peut-être aussi pourrait-on reprocher aux développements un peu d'obscurité.

A M. L. R., d'Arpajon.--Il faudrait consulter le professeur du Muséum qui s'est consacré à cette spécialité. Les monstruosités de cette espèce sont moins rares que ne paraît le croire M. L. B. Nous ajouterons qu'elles seraient un spectacle peu agréable pour nos lectrices.

A madame G. de R., près Nantes.--Sous sommes préparés; nous attendons.

A M. Al. R., de Péronne.--La phrase se trouve textuellement dans le troisième chapitre desMémoires de Gibbon.

A M. P., de La Rochelle.--On craint d'offenser des scrupules qui seraient cependant exagérés. On consultera.

A M. Th. Gom., d'Épernon.--Un seul journal a fait allusion à l'événement, et son autorité ne serait point suffisante.

La fortune, hélas! mille et mille fois a corrompu le coeur humain; restons pauvres, mais honnêtes.


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