Modes.Bracelets Victoria.L'industrie parisienne n'aurait point redouté la présence de la reine d'Angleterre à Paris; on peut même soupçonner qu'elle l'espérait. Déjà toute la ruche était en éveil: le génie de la mode inventait et exécutait en même temps. Les uns préparaient de coquettes parures, les autres des bijoux. Les coiffures Victoria se montraient aux étalages rivalisant de grâce et de fraîcheur. Parmi ces apprêts, nous avons remarqué des bracelets sur une; imitation de l'ordre du la Jarretière. Le travail en est fin et la forme élégante. La reine Victoria, qui portait au concert du château d'Eu le grand-cordon de l'ordre, aurait sans doute approuvé la pensée qui a fait choisir ce modèle.Quelques toilettes ont été envoyées de Paris au Tréport. Nous citerons une robe de moire rose, garnie de deux rangs de volants en point d'Angleterre; une autre, forme tunique brodée en desseins de guipures; puis des coiffures avec des barbes en dentelles mêlées de fleurs, de petits turbans sans fond composés aussi d'une écharpe en dentelles avec une seule rose (coiffures Péri), et un chapeau d'une forme, Montpensier, orné d'une seule plume couchée de côté.Moeurs algériennes.On s'imagine assez généralement que le calme imperturbable, le flegme impassible, l'indifférence la plus profonde, forment le fond général du caractère des Orientaux. Ce que nous avons vu des Turcs, dans les relations très superficielles que notre monde occidental a eues avec eux, nous a paru devoir naturellement être commun à toutes les races musulmanes. C'est une erreur d'autant plus grande qu'elle est très-répandue, et qu'elle tend à établir plus de différences, plus de contrastes, plus d'oppositions qu'il n'en existe réellement entre les Orientaux et nous.Il est vrai que le turc est d'une impassibilité majestueuse; c'est l'homme plus ou moins juste qu'Horace avait rêvé. Le ciel peut s'écrouler, il ne décroisera pas plus vile pour cela ses jambes entrelacées, et il ne rejettera pas avec moins d'indolence et de volupté la fumée de sontchibouck. Mais ce n'est pas seulement chez lui l'effet du fatalisme, comme on l'a cru exclusivement jusqu'ici; il y a aussi du parti pris, un genre, une mode nationale en quelque sorte dans cette pose solennelle, dans cet air grave et sérieux. Bien que la race turque soit parvenue à imprimer son cachet à toutes les populations qu'elle à subjuguées, il est facile de reconnaître cependant que ce fait n'est que le résultat d'une influence violente, mais momentanée: on n'est pas toujours très-tenté de rire avec des gens qui sont constamment sérieux, et qui ne connaissent pas d'autre moyen de répondre à une plaisanterie qu'en vous faisant étrangler ou en vous coupant la tête. Il n'est donc pas étonnant qu'avec de semblables conditions les Turcs soit parvenus à donner une apparence très-grave à tous les peuples qu'ils avaient conquis; mais il est curieux de remarquer avec quelle élasticité merveilleuse de caractère, le génie particulier à chaque race se redresse dans sa forme primitive à mesure que toute compression brutale disparaît.Ainsi les Grecs n'ont pas perdu un iota de la verve, de la gaieté populaires qui en fait une des nations les plus curieuses à observer de près.Depuis que la France a pris possession de l'Algérie, les populations qui furent si longtemps soumises au sabre turc ont repris leurs allures naturelles; et à part quelques vieux Maures qui croiraient se compromettre en se déridant, on peut remarquer combien de points de contact, combien de rapports mystérieux existent entre le génie, le caractère, les moeurs, l'esprit des deux races. Les Arabes sont généralement très-gais; ils aiment le chant, les exercices gymnastiques, les courses à cheval; ils sont impressionnables, ardents, passionnés, et c'est dans leurs foudoucks, dans les bazars ou sous leurs tentes, qu'on peut surtout juger de cette face presque française de leur caractère; leurs conversations sont animées, bruyantes, spirituelles, et il faut avoir assisté à ces réunions pour se faire une juste idée de ce que nous voulons bien appeler la gravité orientale. Ils adorent le luxe, mais c'est surtout pour leurs femmes et pour leurs chevaux qu'ils aiment à prodiguer l'argent.Une femme européenne peut se mettre très-élégamment et très-proprement à peu de frais. Nos tissus de toute espèce, notre bijouterie, sont descendus à des prix si bas, que la toilette élégante et recherchée est accessible à presque toutes les femmes. Chez les Orientaux, il n'en est pas encore de même; les femmes n'y ont pas la prétention de se mettre avec élégance, ni même, il faut bien le dire, avec propreté; mais la richesse, les diamants, les broderies lourdes et sans goût, les paillettes, les tissus de fil d'or, les colliers, les bracelets massifs, voilà ce qui les séduit. Les Arabes enfouissent ainsi des sommes considérables dans les coffrets de leurs femmes, et on a peine à comprendre la passion des femmes arabes pour ces merveilles de leur toilette, quand on les voit enveloppées de leur haïck, ne laissant briller de tous ces mystérieux trésors que deux yeux noirs et ardents. C'est que les femmes orientales, si elles n'ont pas des spectacles, des promenades, des soirées où elles puissent faire parade de leur beauté et de leurs richesses, ont du moins un lieu de réunion qui vaut tous les nôtres, une fête qui les résume toutes: c'est le bain. Le bain maure, voilà leur Longchamp, à elles; c'est là qu'elles se rencontrent, c'est là que se font les causeries et les médisances, c'est là qu'elles viennent déployer tout leur luxe, toutes leurs plus belles étoffes; elles y arrivent, sinon parées, du moins chargées de tous leurs vêtements précieux; des négresses les suivent portant des tapis, toute leur garde-robe enfin, et c'est là qu'elles s'admirent; qu'elles se dénigrent, qu'elles se jalousent, ni plus ni moins que les Européennes. Voilà en quelque sorte les réunions publiques; mais elles se visitent entre elles aussi, et c'est invariablement et toujours la toilette qui fait le sujet des conversations. Dès qu'une femme musulmane reçoit une visite, elle n'a rien de plus empressé que d'ouvrir ses bahuts, ses coffres, ses tiroirs, et d'en tirer toutes ses parures. Elles ne sauraient parler d'autre chose que de toilette, étrangères comme elles le sont à toute vie extérieure, et ignorantes au delà de toute expression. Elles ne savent ni lire ni écrire, et beaucoup même ne connaissent aucun ouvrage d'aiguille. --Il est une cérémonie qui est pour elles une occasion de parure qu'elles saisissent très-avidement, c'est un mariage. On comprend, en effet, que ce doive être la une grande et solennelle affaire, un événement de la plus haute importance pour des femmes dont la vie est si monotone. Un mariage, dès qu'il est projeté, les met en émoi; c'est un horizon nouveau dans leur existence, il les absorbe, c'est le but vers lequel elles tendent de tous leurs désirs. Assister à un mariage est une joie ineffable qui n'est connue, qui n'est partagée peut-être avec le même enthousiasme que par les jeunes filles de nos classes ouvrières: sous ce rapport, toutes les femmes orientales sont des jeunes filles, ou peut-être encore est-ce trop dire, ce sont des enfants.Mais il serait injuste de ne parler que de leur futilité ou de leur ignorance. Elles sont généralement bonnes femmes, pleines de coeur et de sensibilité. Les exemples d'adoption d'orphelins, sont très-fréquents. Une Mauresque algérienne qui avait adopté un jeune garçon et une petite fille fut pour ces deux enfants pleine de soins, d'affection et de tendresse. La petite fille, nommée Aischa, le plus commun des noms arabes, était d'une gentillesse, d'une vivacité adorables; leur mère adoptive avait formé le projet de les unir un jour. Le mari partit pour le pèlerinage de la Mecque, et le fils adoptif devint en quelque sorte le chef de la maison qui lui avait été si hospitalière, le jeune homme était d'un caractère jaloux, violent, emporté, et il tyrannisa sa mère et sa soeur adoptives, au point de les empêcher de recevoir toute visite; souvent même il leur défendit d'aller au bain: mieux eût valu sans doute les priver de manger.Cette pauvre femme se désolait; elle n'aurait eu qu'un mot à dire pour faire sortir de chez elle cet ingrat qui lui devait l'existence, mais elle préféra supporter ses caprices, ses injustes défiances. Le mari ne revint pas de son pèlerinage; il mourut en Égypte. La pauvre femme, réduite à la misère, n'eut qu'à souffrir de plus en plus de la brutalité de son fils d'adoption, qui lui-même tomba un jour dangereusement malade. La mère vendit ses bijoux, ses vêtements pour soigner cet enfant qu'elle aimait d'un amour de mère; elle alla jusqu'à mendier, et, brisée de fatigues et de douleurs, elle se coucha un jour pour ne plus se relever; sa dernière parole fut pour bénir ces deux enfants, qu'elle allait quitter pour toujours, et sa dernière prière fut pour le bonheur de sa pauvre Aischa.Ces exemples de résignation patiente et courageuses sont très-fréquentes chez les femmes orientales.Rébus.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.Aucun homme dans le monde n'est grand comme Napoléon.
Bracelets Victoria.
L'industrie parisienne n'aurait point redouté la présence de la reine d'Angleterre à Paris; on peut même soupçonner qu'elle l'espérait. Déjà toute la ruche était en éveil: le génie de la mode inventait et exécutait en même temps. Les uns préparaient de coquettes parures, les autres des bijoux. Les coiffures Victoria se montraient aux étalages rivalisant de grâce et de fraîcheur. Parmi ces apprêts, nous avons remarqué des bracelets sur une; imitation de l'ordre du la Jarretière. Le travail en est fin et la forme élégante. La reine Victoria, qui portait au concert du château d'Eu le grand-cordon de l'ordre, aurait sans doute approuvé la pensée qui a fait choisir ce modèle.
Quelques toilettes ont été envoyées de Paris au Tréport. Nous citerons une robe de moire rose, garnie de deux rangs de volants en point d'Angleterre; une autre, forme tunique brodée en desseins de guipures; puis des coiffures avec des barbes en dentelles mêlées de fleurs, de petits turbans sans fond composés aussi d'une écharpe en dentelles avec une seule rose (coiffures Péri), et un chapeau d'une forme, Montpensier, orné d'une seule plume couchée de côté.
On s'imagine assez généralement que le calme imperturbable, le flegme impassible, l'indifférence la plus profonde, forment le fond général du caractère des Orientaux. Ce que nous avons vu des Turcs, dans les relations très superficielles que notre monde occidental a eues avec eux, nous a paru devoir naturellement être commun à toutes les races musulmanes. C'est une erreur d'autant plus grande qu'elle est très-répandue, et qu'elle tend à établir plus de différences, plus de contrastes, plus d'oppositions qu'il n'en existe réellement entre les Orientaux et nous.
Il est vrai que le turc est d'une impassibilité majestueuse; c'est l'homme plus ou moins juste qu'Horace avait rêvé. Le ciel peut s'écrouler, il ne décroisera pas plus vile pour cela ses jambes entrelacées, et il ne rejettera pas avec moins d'indolence et de volupté la fumée de sontchibouck. Mais ce n'est pas seulement chez lui l'effet du fatalisme, comme on l'a cru exclusivement jusqu'ici; il y a aussi du parti pris, un genre, une mode nationale en quelque sorte dans cette pose solennelle, dans cet air grave et sérieux. Bien que la race turque soit parvenue à imprimer son cachet à toutes les populations qu'elle à subjuguées, il est facile de reconnaître cependant que ce fait n'est que le résultat d'une influence violente, mais momentanée: on n'est pas toujours très-tenté de rire avec des gens qui sont constamment sérieux, et qui ne connaissent pas d'autre moyen de répondre à une plaisanterie qu'en vous faisant étrangler ou en vous coupant la tête. Il n'est donc pas étonnant qu'avec de semblables conditions les Turcs soit parvenus à donner une apparence très-grave à tous les peuples qu'ils avaient conquis; mais il est curieux de remarquer avec quelle élasticité merveilleuse de caractère, le génie particulier à chaque race se redresse dans sa forme primitive à mesure que toute compression brutale disparaît.
Ainsi les Grecs n'ont pas perdu un iota de la verve, de la gaieté populaires qui en fait une des nations les plus curieuses à observer de près.
Depuis que la France a pris possession de l'Algérie, les populations qui furent si longtemps soumises au sabre turc ont repris leurs allures naturelles; et à part quelques vieux Maures qui croiraient se compromettre en se déridant, on peut remarquer combien de points de contact, combien de rapports mystérieux existent entre le génie, le caractère, les moeurs, l'esprit des deux races. Les Arabes sont généralement très-gais; ils aiment le chant, les exercices gymnastiques, les courses à cheval; ils sont impressionnables, ardents, passionnés, et c'est dans leurs foudoucks, dans les bazars ou sous leurs tentes, qu'on peut surtout juger de cette face presque française de leur caractère; leurs conversations sont animées, bruyantes, spirituelles, et il faut avoir assisté à ces réunions pour se faire une juste idée de ce que nous voulons bien appeler la gravité orientale. Ils adorent le luxe, mais c'est surtout pour leurs femmes et pour leurs chevaux qu'ils aiment à prodiguer l'argent.
Une femme européenne peut se mettre très-élégamment et très-proprement à peu de frais. Nos tissus de toute espèce, notre bijouterie, sont descendus à des prix si bas, que la toilette élégante et recherchée est accessible à presque toutes les femmes. Chez les Orientaux, il n'en est pas encore de même; les femmes n'y ont pas la prétention de se mettre avec élégance, ni même, il faut bien le dire, avec propreté; mais la richesse, les diamants, les broderies lourdes et sans goût, les paillettes, les tissus de fil d'or, les colliers, les bracelets massifs, voilà ce qui les séduit. Les Arabes enfouissent ainsi des sommes considérables dans les coffrets de leurs femmes, et on a peine à comprendre la passion des femmes arabes pour ces merveilles de leur toilette, quand on les voit enveloppées de leur haïck, ne laissant briller de tous ces mystérieux trésors que deux yeux noirs et ardents. C'est que les femmes orientales, si elles n'ont pas des spectacles, des promenades, des soirées où elles puissent faire parade de leur beauté et de leurs richesses, ont du moins un lieu de réunion qui vaut tous les nôtres, une fête qui les résume toutes: c'est le bain. Le bain maure, voilà leur Longchamp, à elles; c'est là qu'elles se rencontrent, c'est là que se font les causeries et les médisances, c'est là qu'elles viennent déployer tout leur luxe, toutes leurs plus belles étoffes; elles y arrivent, sinon parées, du moins chargées de tous leurs vêtements précieux; des négresses les suivent portant des tapis, toute leur garde-robe enfin, et c'est là qu'elles s'admirent; qu'elles se dénigrent, qu'elles se jalousent, ni plus ni moins que les Européennes. Voilà en quelque sorte les réunions publiques; mais elles se visitent entre elles aussi, et c'est invariablement et toujours la toilette qui fait le sujet des conversations. Dès qu'une femme musulmane reçoit une visite, elle n'a rien de plus empressé que d'ouvrir ses bahuts, ses coffres, ses tiroirs, et d'en tirer toutes ses parures. Elles ne sauraient parler d'autre chose que de toilette, étrangères comme elles le sont à toute vie extérieure, et ignorantes au delà de toute expression. Elles ne savent ni lire ni écrire, et beaucoup même ne connaissent aucun ouvrage d'aiguille. --Il est une cérémonie qui est pour elles une occasion de parure qu'elles saisissent très-avidement, c'est un mariage. On comprend, en effet, que ce doive être la une grande et solennelle affaire, un événement de la plus haute importance pour des femmes dont la vie est si monotone. Un mariage, dès qu'il est projeté, les met en émoi; c'est un horizon nouveau dans leur existence, il les absorbe, c'est le but vers lequel elles tendent de tous leurs désirs. Assister à un mariage est une joie ineffable qui n'est connue, qui n'est partagée peut-être avec le même enthousiasme que par les jeunes filles de nos classes ouvrières: sous ce rapport, toutes les femmes orientales sont des jeunes filles, ou peut-être encore est-ce trop dire, ce sont des enfants.
Mais il serait injuste de ne parler que de leur futilité ou de leur ignorance. Elles sont généralement bonnes femmes, pleines de coeur et de sensibilité. Les exemples d'adoption d'orphelins, sont très-fréquents. Une Mauresque algérienne qui avait adopté un jeune garçon et une petite fille fut pour ces deux enfants pleine de soins, d'affection et de tendresse. La petite fille, nommée Aischa, le plus commun des noms arabes, était d'une gentillesse, d'une vivacité adorables; leur mère adoptive avait formé le projet de les unir un jour. Le mari partit pour le pèlerinage de la Mecque, et le fils adoptif devint en quelque sorte le chef de la maison qui lui avait été si hospitalière, le jeune homme était d'un caractère jaloux, violent, emporté, et il tyrannisa sa mère et sa soeur adoptives, au point de les empêcher de recevoir toute visite; souvent même il leur défendit d'aller au bain: mieux eût valu sans doute les priver de manger.
Cette pauvre femme se désolait; elle n'aurait eu qu'un mot à dire pour faire sortir de chez elle cet ingrat qui lui devait l'existence, mais elle préféra supporter ses caprices, ses injustes défiances. Le mari ne revint pas de son pèlerinage; il mourut en Égypte. La pauvre femme, réduite à la misère, n'eut qu'à souffrir de plus en plus de la brutalité de son fils d'adoption, qui lui-même tomba un jour dangereusement malade. La mère vendit ses bijoux, ses vêtements pour soigner cet enfant qu'elle aimait d'un amour de mère; elle alla jusqu'à mendier, et, brisée de fatigues et de douleurs, elle se coucha un jour pour ne plus se relever; sa dernière parole fut pour bénir ces deux enfants, qu'elle allait quitter pour toujours, et sa dernière prière fut pour le bonheur de sa pauvre Aischa.
Ces exemples de résignation patiente et courageuses sont très-fréquentes chez les femmes orientales.
Aucun homme dans le monde n'est grand comme Napoléon.