Bulletin bibliographique.

AMÉLIE.Tu t'endors joyeuse, Amélie;Ton bien-aimé revient enfin.Tu le verras dès l'aube amieDu lendemain.Le voici. Son casque splendideA fait pâlir plus d'un guerrier.Contre ton coeur son coeur avideBat sous l'acier.O joie! ô transport! ô délire!Comme pour fêter le retour,Vous changez les pleurs en sourire,Baisers d'amour.Ah! c'est un songe, une chimère,Que lui créait un doux sommeil,Et qui s'enfuit, ombre éphémère,A son réveil.Sanglant, à l'aurore nouvelle.Ils lui présentent le cimierDont elle orna, la jouvencelle,Son chevalier.Près des rives de la patrie.Un traître a conjuré sa mort.Il tombe, et sa bouche flétrieT'appelle encor.Des beaux palais de l'autre vie,Esprit, peux-tu franchir le seuil?Etends-tu les pleurs d'Amélie?Vois-tu son deuil?O doux esprit, avance l'heureOù, laissant le voile mortel,Avec toi l'amante qui pleure,Jouira du ciel.Marguerite s'arrêtait un instant, puis répétait:O joie! ô transport! ô délire!Comme pour fêter le retour,Vous changez les pleurs en sourire,Baisers d'amour!Après quelques moments d'un silence pensif, elle se reprenait à chanter:Ah! c'est un songe, une chimère,Que lui créait un doux sommeil.Et qui s'enfuit, ombre éphémère,A son réveil.A qui pensait-elle? Quels étaient ses souvenirs?Un jour, aux approches de la nuit, ses chants furent interrompus par un piétinement inusité dans la petite cour. C'était un mélange de rires ironiques, d'insultes et de plaintes plus douces qu'on n'a coutume d'en entendre parmi les prisonniers. Le coeur de l'infortuné est toujours ouvert à la crainte. Avec l'anxiété d'une colombe qui a vu le coucou contempler son nid fécond, Marguerite se hissa jusqu'au soupirail, de ses mains délicates elle se suspendit aux grosses barres de fer, et regarda la foule qui se pressait. Elle vit un enfant dont la chevelure blonde descendait sur les yeux, et qui, pleurant et se débattant entre les mains des soldats, criait: «Mon père! mon père!» vers un homme qui, tout chargé de chaînes, le suivait le désespoir sur le visage.«Ah!» Marguerite poussa ce cri comme un homme frappé au coeur, et tomba évanouie sur le pavé. Ses yeux, ses oreilles, bien que de loin et à la lumière incertaine du crépuscule, lui avaient fait reconnaître dans ces deux infortunés Pusterla et son Venturino. La malheureuse! au moins si elle avait conservé son erreur!Bulletin bibliographique.Fables de La Fontaine, nouvelle édition précédée d'une notice biographique et littéraire, et accompagnée de notes; parE. Gérusez. ChezHachette, rue Pierre-Sarrazin, 12.Il n'est point d'auteur sur lequel on ait autant et aussi bien écrit que sur La fontaine; chaque critique a voulu mêler sa voix au concert unanime de louanges qui, depuis tantôt deux cents ans, s'élève en l'honneur du bonhomme; chaque Académie a proposé à son tour l'éloge officiel de notre grand fabuliste. Il semble qu'il y ait je ne sais quel charme secret qui excite tout écrivain à tenter lui aussi de louer La Fontaine, quoique tant d'autres l'aient déjà fait, quoique, tant d'autres doivent le faire encore, et que personne ne puisse espérer de dire le dernier mot sur ce merveilleux génie. Aussi, qui le croirait? (En Allemagne, passe encore; mais en France...) qui le croirait, dis-je, plus d'une métaphysique de la fable a été conçue et écrite dans le seul dessein d'apprécier La Fontaine, et l'un a édité de lourds systèmes pour expliquer cette brillante bulle de savon, la fable. Que dirait le bonhomme en voyant la peine que ces gens-là ont prise à son intention? Et comme il éclaterait de rire au nez de ces pédants qui n'ont rien dit, malgré leur profondeur, d'aussi bon que ce simple mot: «Le fablier portail des fables, comme l'arbre porte des fruits.»M. Gérusez, qui a fait précéder d'une notice historique et critique la nouvelle édition des fables de La Fontaine, a bien su se garder de l'écueil que nous signalions tout à l'heure. Sans doute il n'a pas fait abnégation de sa critique devant son auteur, il ne s'est pas borné pour toute raison auquia facit dormire; mais il a évité de se creuser le cerveau pour expliquer difficilement des qualités naturelles, et n'a point voulu raffiner à propos du bonhomme. Il adopté, comme le meilleur, le mot de La Fontaine sur la fable: «C'est proprement un charme,» et il a bien raison d'y voir plutôt une affaire de sentiment que d'esprit. Rappelez-vous ce que les gens d'esprit ont fait de la fable! Voyez Lamotte, qui met en scène don Jugement et demoiselle Perspicacité; voyez Florian, Grécourt et les autres! Ils voulaient faire des fables, le gâteau du bonhomme les tentait; mais la fable n'était point pour eux la chose du coeur, ils n'avaient point de tendresse pour l'apologue. Ils versifiaient des fables, ils voyaient le genre, en étudiaient les conditions, puis se mettaient à l'oeuvre, s'imaginant que pour faire une véritable fable, il suffit d'établir un colloque entre Jean Lapin et dame Belette. «Le charme suprême de ces compositions, dit justement M. Gérusez, c'est la vie. L'illusion est complète; elle va du poète, qui a été le premier séduit, au spectateur, qu'elle entraîne.» Oui, c'est la vie, et si l'on se demande pourquoi toutes les fables de La Fontaine ont cet air de famille si frappant, c'est que toutes sont la représentation de la vie. Pourquoi cependant pas une ne ressemble à l'autre? c'est encore et toujours parce qu'elles reproduisent la vie, la vie, qui est la même, qui est une, en tous temps, en tous lieux, et qui cependant offre l'idée de la plus grande variété que l'esprit puisse concevoir. Et c'est par là que La Fontaine, si différent de tous ses contemporains, leur ressemble pourtant si fort. Racine, Molière, Boileau, que faisaient-ils, si ce n'est qu'ils puisaient dans la vie leur inspiration toujours une et toujours variée?Enfin, comme l'a très-bien vu et très-bien dit M. Gérusez, la fable de La Fontaine est unique, inimitable, parce qu'elle est la fable, telle qu'il l'a faite, est une des plus heureuses créations de l'esprit humain», le cadre le plus charmant et le plus commode pour toutes les fantaisies de la pensée, pour tous les sentiments du coeur: «Libre en son cours, la fable tourne et dérive, tantôt à l'élégie et à l'idylle, tantôt à l'épître et au conte; c'est une anecdote, une conversation, une lecture élevées à la poésie, un mélange d'aveux charmants, de douce philosophie et de plainte rêveuse. Il se met volontiers dans ses vers, et nous entretient de lui, de son âme, de ses caprices et de ses faiblesses (1).» C'est une poésie de nonchalant, une poésie de distrait et de paresseux; elle s'épanche volontiers, mais demeure toujours sobre de paroles, et le bonhomme se mettait naïvement au-dessous de Phèdre, parce que Phèdre était plus elliptique et plus bref que lui. «On ne trouvera pas ici, dit-il en sa préface, l'élégance ni l'extrême brièveté qui rendent Phèdre recommandable: ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru qu'il fallait, en récompense, égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait.»Note 1: Sainte-Beuve, Portraits Littéraires.Cependant, tout en reconnaissant la spontanéité naturelle, la veine de simplicité du bonhomme, M. Gérusez n'a point manqué de nous montrer qu'on l'a fait encore plus bonhomme qu'il n'était. L'auteur de la notice s'est bien gardé, il est vrai, de heurter la tradition aimable qui nous représente La Fontaine causant tout bas en lui-même avec sa petite république, et oubliant la belle société pour s'asseoir en idée vis-à-vis de Jean Lapin, qui siège avec gravité sur son derrière et se frotte le museau de sa patte. On aura beau dire, beau faire, La Fontaine devait être tel, ou à peu près, que nous le montrent ses fables, et nous rirons toujours au nez des gens qui s'en vont relevant les sots préjugés littéraires et nous soutiennent, à notre confusion, que La Fontaine était «un génie sceptique et railleur, manichéen, fataliste, etc., etc.,» car tout cela a été écrit. Si c'est là votre La Fontaine, ce n'est point le nôtre, et, à coup sûr, ce n'est point l'auteur des fables que nous savons. Mais, tout en respectant le caractère consacré, tout en admettant la distraction, la rêverie, la flânerie poétique à tel degré que vous voudrez, toujours est-il qu'on ne peut se dissimuler que le bonhomme était passe maître dans son métier, et qu'il aurait rendu des points au plus fin pour les finesses de son art. «Ou remarque, dit encore Vauvenargues, avec la même surprise la profonde intelligence de son art, et on admire qu'un esprit si fin ait été en même temps si naturel.» La préface mise en tête de ses fables et écrite par lui-même, est sans contredit le plus savant, je veux dire le plus profond traité qu'on ait jamais fait de l'apologue, et sa pratique est encore plus merveilleuse de finesse et d'artifice que sa théorie. M. Gérusez a donc voulu seulement expliquer cette habileté et concilier les deux qualités, inconciliables en apparence, la finesse et la naïveté, l'art et la nature. Pour cela, il n'avait qu'à ouvrir la biographie de La Fontaine, et il trouvait dans les études du bonhomme, dans les sociétés quelque peu raffinées qu'il fréquentait, l'explication que plusieurs ont cherchée bien loin et n'ont pas trouvée qui pis est. Tous les grands poètes du dix-septième siècle surent leur métier mieux qu'homme du monde, et La Fontaine avait beau être distrait et naïf, il ne devait pas être moins habile que ses amis, Molière, Boileau, Racine. Le métier est une misère pour le génie, il le sait de naissance.Il nous reste à dire quelques mots des notes que M. Gérusez a mises au bas de chacune des pages de la nouvelle édition; là encore était un écueil, et il y avait à craindre que le commentateur de La Fontaine ne tombât dans le défaut de ces malheureux Saumaises qui ont si lourdement lesté de notes et éclaircissements pédantesques les strophes légères d'Anacréon et d'Horace. M. Gérusez, en homme de goût et d'esprit, a eu garde de détruire le charme, et s'est efforcé d'être, dans la note, bref et simple, à faire envie à la fable elle-même: «Si je n'étais la fable, je voudrais être la note.» De discrètes observations philologiques sur les ternies gaulois, qui abondent dans le style de La Fontaine, complètent cet excellent travail.--Nous ferons seulement une toute petite réserve aux louanges que nous donnons de grand coeur à ces notes spirituelles et souvent exquises. Il nous semble que l'auteur s'est un peu trop attaché parfois à éclaircir la moralité de la fable: il sait mieux que nous que La Fontaine s'en souciait assez peu, qu'il s'en passait même au besoin, surtout quand elle n'était pas possible:... Et quaeDesperat tractata nitescere posse relinquit.Peut-être donc l'annotateur ne devait-il pas se piquer d'être plus moral que le fabuliste. Il est vrai de dire que M. Gérusez avait à faire une édition classique, et tout maître doit moraliser ses écoliers plutôt deux fois qu'une, quoique ceux-ci en prennent à leur aise.Voyage au pôle sud et dans l'Océanie, sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, exécuté par ordre du roi pendant les années 1837, 1838, 1839, 1840, sous le commandement deJ. Dumont d'Urville, Capitaine de vaisseau. Publié par ordonnance de Sa Majesté. Sous la direction supérieure deM. Jacquinot, commandant dela Zélée.--Mise en vente du tome Ve de l'Histoire du Voyage.--Paris, 1843.Gide.Le tome V de l'Histoire du Voyage au pôle sud et dans l'Océanie, sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, qui vient de paraître à la librairie Gide, n'embrasse qu'une période de quatre mois environ Commencé le 29 octobre 1838, il se termine le 19 février 1839; mais ces quatre mois avaient été si utilement employés par le chef de l'expédition et ses compagnons du péril et de gloire, que ce volume offre l'intérêt de ses quatre aînés.En quittant l'archipel des Iles Viti, Dumont d'Urville devait diriger ses corvettes vers le groupe des îles Salomon. Toutefois il lui restait des recherches importantes àà faire dans cette nouvelle route. D'abord il constata que l'îleHunterétait mal placée; puis, après avoir double l'îleAurore, la plus septentrionale des Nouvelles-Hébrides, il commença la recherche des IlesBanks, qui, découvertes en 1783 par le capitaineBligh, n'avaient point été revues depuis cette époque. Dumont d'Urville explora complètement ce groupe, sur lequel les hydrographes n'avaient que des données très-vagues.--Vanikororeçut ensuite sa visite. Il espérait y retrouver encore quelques débris des vaisseaux de l'infortuné Lapérouse; mais toutes ses recherches furent inutiles.De Vanikoro, l'Astrolabeetla Zéléese dirigèrent sur l'IleNitendi, où elles ne purent s'arrêter, et elles firent route pour les îlesSalomon, que l'expédition explora pendant un mois environ. Un long chapitre intitulé:Séjour au port de l'Astrolabese compose presque entièrement des récits rapportes à leur commandant par les divers membres de l'expédition qui eurent le courage d'entreprendre des excursions dans ces îles jusqu'alors si peu connues, dont les habitants sont anthropophages.--Les Salomoniens avaient de peints par tous les voyageurs sous les couleurs les plus défavorables. Dumont d'Urville est le premier qui puisse, selon ses propres expressions, inscrire dans leur histoire une page en faveur de leur caractère.AuSéjour au port de l'Astrolabesuccède un curieux chapitre ayant pour titreConsidérations générales sur les iles Salomon--Dumont d'Urville raconte l'histoire de ces îles depuis leur première découverte, en 1567, par Alvaro Mendana de Neira, jusqu'à sa dernière expédition, et résume tout ce qu'il a pu apprendre sur leur géographie, leurs productions et leurs habitants. Grâce aux pénibles reconnaissances qu'il a opérées, on connaît aujourd'hui la géographie complète des Iles Salomon. «Cependant il reste encore pour nos successeurs, dit-il après avoir constaté cet important résultat, de beaux travaux hydrographiques à faire; ils auront surtout beaucoup à nous apprendre sur les moeurs et les cérémonies des insulaires qui peuplent cet immense archipel.»En quittant le port de l'Astrolabe', l'expédition gouverna directement sur les îlesHogolen. Chemin faisant, elle aperçut les îles deSir-Charles-Hardy, laNouvelle Islande, l'îleSaint-Jean, les îlesVigurris. Monte-Verde, DunkinsetSt-Cyrille. Enfin le, le 21 décembre, les deux corvettes laissaient tomber leur ancre tout près de l'Ile Isis, au milieu du groupe intéressant que leur commandant désirait visiter. Les premiers voyages à terre furent d'abord heureux; mais bientôt les naturels, qui semblaient être très-heureux et très-bienveillants, manifestèrent des dispositions menaçantes; il fallut même repousser la force par la force. Plusieurs membres de l'expédition échappèrent comme par miracle aux plus; graves dangers. Heureusement tous les travaux étaient terminés quand la guerre éclata, et les corvettes n'eurent à regretter la mort d'aucun homme. La réputation des Carolins est à jamais ternie, s'écrie Dumont-d'Urville: nous n'avons trouvé ici que des hommes méchants et perfides avec une figure prévenante, des formes agréables et des manières posées..»Suivons encore l'expédition sur la carte. Laissant derrière elle le groupe Ouluthy, elle débarqua le 1er janvier 1839 à l'îleGouahamouUmataoù elle devait faire un séjour de dix jours. Rien de plus agréable à lire que la narration d'une chasse au cerf à Umata, par M. Demas. Dumont d'Urville ne voulant pas répéter ce qu'avait déjà dit M. Freycinet (Voyage de l'Uranie) a donné une preuve de tact et d'esprit en insérant dans son journal cet amusant récit. D'excellents vivres frais, de l'exercice et le bon air d'Umata rendirent en peu de temps aux équipages fatigués toute la force et l'énergie nécessaire pour les travaux pénibles qui restaient encore à faire. Le 10 janvier on remit à la voile. Tant de voyageurs ont décrit cette terre féconde et le moeurs indolentes de ses habitants, que le commandant de l'Astrolabene crut pas devoir leur consacrer, comme aux îles Salomon, un chapitre entier. Toutefois, il publie de curieux détails sur les immenses changements opèrés depuis dix années dans le gouvernement de Mariannes, où flotte depuis si longtemps le pavillon espagnol.Le 13 janvier on reconnut l'îleGowam; le 14, les principales îlesPelew; le 19, l'îlePalmas; le 23,Serangan, Mindanao, Bulk, Limtua; le 23,HaycocketBooken-Island; le 26, Sanguir. Ce jour-là faillit être fatal à l'expédition: les deux corvettes n'échappèrent que par un hasard providentiel au plus grand danger qu'un navire puisse courir. Après avoir chenalé entre les îlesKurakituetRocky-Islets, le 28, Dumont d'Urville aperçut la pointe de Siao et les îles Moudang; puis il se dirigea directement surTernate, où il arriva le 29.--Une excursion au volcan de Ternate, par M. Dombron, les visites de Dumont d'Urville et de M. Jacquinot au résident hollandais et au sultan détrôné, la description de la ville, l'histoire des anciens souverains de l'île et de la colonie hollandaise; enfin des réflexions importantes sur l'avenir de cet établissement, terminent le cinquième chapitre de ce volume.Le chapitre sixième et dernier a pour titre:Séjour à Amboine. La traversée de Ternate à Amboine n'avait duré que deux jours. Le 3 février à midi,l'Astrolabeetla Zélée, parties le 1er de Ternate, laissaient tomber leurs ancres sous le fortVictoria, devant la capitale des Moluques. C'était la troisième fois que, commandait l'expédition scientifique, Dumont d'Urville venait demander au port d'Amboine l'hospitalité et les moyens de continuer sa route aventureuse. En 1839, comme dans les deux précédents voyages, il reconnut que le peuple hollandais est le peuple le plus hospitalier du monde, pourvu cependant que la mission de l'étranger ne soit point commerciale. La relâche fut de dix-huit jours, pendant lesquels des excursions intérieures, des dîners et des bals se succédèrent sans interruption ... Dumont d'Urville; conclut cette longue partie de plaisir par des réflexions pleines d'intérêt sur cette colonie hollandaise, la plus importante des Moluques, empruntées au journal de M. Dubouzet.Tel fut l'itinéraire suivi par les corvettesl'Astrolabeetla Zélée, du 29 octobre 1839 au 19 février 1840; tels sont les résultats principaux de ces quatre mois de navigation et de relâche. Dès que le tome VI aura paru, nous continuerons cette analyse. Les abonnés del'Illustrationqui ne liront pasl'Histoire du Voyagepourront du moins suivre sur une mappemonde la dernière expédition commandée par Dumont d'Urville, et se faire une idée approximative des services qu'elle a rendus à la science.Contes du Bocage; parÉdouard Ourliac. I vol. in-18,--Paris, ISC. 1843. 3 fr. 50 c.LesContes du Bocagecontiennent, nous devons l'avouer, une sorte d'apologie de l'insurrection vendéenne. Les blancs y jouent peut-être un trop beau rôle; mais M. Ed. Ourliac n'est pas un historien, c'est un conteur. Que ses récits soient écrits d'un style facile et pur et qu'ils offrent de l'intérêt, la critique n'a pas le droit de lui rien demander de plus. Or, sous ce double rapport, il satisfera, si nous ne nous trompons, les amateurs de nouvelles les plus blasés et les plus difficiles; lesbleuseux-mêmes seront forces de rendre un juste hommage à son talent.Les Contes du bocage sont au nombre de quatre; ils ont pour titre:Mademoiselle de la Charnaye, Hector de Locmaria, la Commission militaireetla Statue de saint Georges.--Mademoiselle de la Charnaye occupe à elle seule plus de la moitié du volume. C'est l'histoire d'une jeune fille qui, pour ne pas affliger son vieux père aveugle, lui persuade que les chouans sont partout triomphants, et que son fils Gaston, mort sur le champ de bataille, est à la tête de ses soldats victorieux. Chaque jour des incidents imprévus déjouent ses calculs: d'abord, enfermée avec lui dans un vieux château, elle parvient sans peine à tromper complètement la crédulité de l'infortuné vieillard; mais bientôt il faut fuir, se déguiser, se cacher; de nouveaux mensonges, de nouvelles ruses, de plus en plus difficilcs à inventer et à soutenir, deviennent nécessaires. Après de nombreuses péripéties habilement ménagées, M. de la Charnaye découvre enfin la triste vérité. Sa fille, qui le faisait passer pour fou, se sacrifie vainement pour le sauver; elle est blessée et arrêtée par les bleus. Abandonné, le vieillard aveugle allume de ses propres mains un feu qui doit le trahir, la fumée trahit le lieu de sa retraite et on s'empare de sa personne. Alors il apprend en même temps la ruine de la monarchie, la mort de son fils, la défaite des armées vendéennes, la blessure et la captivité de sa fille; il se dénonce hautement et donne un démenti solennel à ceux qui veulent le traiter comme un insensé. Le père et la fille ne devaient plus se retrouver ensemble qu'au pied de l'échafaud. A la vue de son père, l'Antigone vendéenne se mit à fondre en larmes. Après l'avoir embrassé une dernière fois, elle implora son pardon à genoux. Quant à lui, ses dernières paroles adressées à l'exécuteur, furent que prier de tuer sa fille avant lui. «Moi, du moins, ajouta-t-il, je ne la verrai pas;» et cette grâce lui fut accordée.Hector de Locmaria est un jeune émigré qui, pris à Quiberon et relâché sur parole pour vingt-quatre heures, revient à Vannes et meurt fusillé dans la prairie de Preauray--Dans laCommission militaire, M. Ed. Ourliac nous fait assister à l'exécution d'un pauvre curé des environs de Lyon. Enfin dans laStatue de saint Georges, il nous raconte comment un soldat marseillais, grand profanateur de chapelles, trouva miraculeusement la mort au moment où il allait faire sauter une statue colossale dans l'église de l'abbaye de Saint-Cyr, entre Bourganeuf et Machecoul.M. Ed. Ourliac possède toutes les qualités nécessaires à un bon romancier. Espérons que le succès mérité desContes du Bocagele déterminent à entreprendre un ouvrage de plus longue haleine.Modes.L'ouverture du théâtre Italien est une solennité que la mode attend chaque année pour montrer toutes ses charmantes recherches; aussi la représentation de mardi a-t-elle été très-brillante. Nous y avons remarqué des robes de pékin glacé à larges raies satinées, de nuances pâles, dont quelques-unes avaient des revers décolletés, bordés d'effilés;--d'autres garnies de riches dentelles posées en tablier,--soit en échelle jusqu'à la ceinture,--soit à plat en montant. Nous avons vu également une robe lacée sur les côtés, au corsage, et sur le milieu de la petite manche; tous les lacets étaient terminés par des aiguillettes. Cette dernière a été trouvée très-jolie. Enfin, les coiffures de dentelles, en velours ou satin, avec des ornements plus ou moins riches; la plume, élégante, la fleur coquette ou le simple noeud de ruban, toutes fantaisies nouvelles, faisaient leur entrée dans la belle salle des dilettanti.Mais on ne s'occupe pas seulement des élégéries qui doivent se montrer à la clartè des lustres et dans les salons dorés; les toilettes de ville se préparent, et nous ne saurions rien conseiller de mieux que cette robe dont notre dessin donne le modèle. Les pattes qui garnissent la jupe et le corsage sont en étoffe pareille à la robe; elles sont attachées de chaque côté et au milieu par des boutons. Le chapeau sort des salons de madame Alexaudrine, qui, à chaque saison, sait donner aux modes nouvelles des aspects aussi gracieux que variés.Nous avons distingué dans les mêmes salons un chapeau en velours à lame, orné de plumes nuancées de deux couleurs.Une capote à grosse paille sur laquelle il est de la dernière élégance de faire poser des follettes.Et enfin un chapeau sans bavolet, enrichi d'un oiseau-héron.Chapeau de velours à lame, avec plume de deux couleurs.Capote à grosses pailles, avec cinq follettes.Chapeau sans bavolet, avec oiseau-héron.Les étoffes nouvelles destinées aux costumes d'automne et qui pourront se porter dans l'hiver, encombrent nos magasins; on y remarque les popelines diamantées en toutes nuances, la popeline à double reflet, les alpagas brochés et les pékins rayés: ceux-ci ont beaucoup de vogue. C'est une petite raie satinée nuancée, en quatre tons différents sur un fond mat, par exemple, vert sur violet ou bleu sur fond gris; cette ligne de quatre bleus fondus fait très-bien sur gris pâle. Du reste, ce pékin existe en toutes nuances.Il y a encore le pékin à larges raies de plusieurs couleurs sur un fond uni chatoyant, qui, par sa solidité, pourra résister aux intempéries de la mauvaise saison.En étoffes de soie il se portera beaucoup de glacé: les satins à triples reflets, les moirés à colonnes de satins; puis toujours les pékins de soie et les pekinés varies à l'infini, qui tiennent un rang fort important, dans la hiérarchie des étoffes.On s'occupe déjà des manteaux. La forme crispin sera mise de côté pour faire place aux pardessus à manches larges dans lesquelles on passe les bras à volonté. Une pèlerine très-grande cache ce que ces manches vides pourraient avoir de disgracieux. On parle aussi d'un paletot; mais il faudrait bien du talent pour en rendre la forme gracieuse.AMUSEMENTS DES SCIENCES.SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE DERNIER NUMÉRO.I. On trouve, par l'analyse que le bien du père était de 360 000 fr., qu'il y avait six enfants, et qu'ils ont eu chacun 60,000 fr.En effet, le premier prenant 10 000 fr., le restant du bien est de 350 000 fr., dont la septième partie est 50 000, qui, avec 10 000, font 60 000. Le premier enfant ayant pris sa portion, il reste 300 000 fr.; sur cette somme, le second prend 20 000 fr.; le reste est 280 000 dont la septième partie est 40 000, qui, avec 20 000 ci-dessus, font encore 600 000 fr.; et ainsi de suite.II. Il y avait 28 pauvres, et cet homme avait dans sa bourse, 11 fr.; car, en multipliant 28 par 9, on trouve 252, dont ôtant 32, puisqu'il manquait 32 sous, le reste est 220 sous, qui valent 11 fr.: mais, en donnant à chacun des pauvres 7 sous, il n'en faudrait que 196; par conséquent il reste 24 sous.III. Prenez une boule du jeu de quilles et faites-y un trou qui n'aille point jusqu'au centre, mettez-y du plomb et bouchez-le si bien qu'il ne soit pas aisé de découvrir. Quoiqu'on roule cette boule en la jetant droit vers les quilles, elle ne manquera pas de se détourner, à moins qu'on ne la jette, par hasard ou par adresse de telle sorte que le plomb se trouve dessus ou dessous, en faisant rouler la boule.C'est là le principe du défaut qu'ont toutes les billes de billard; car, comme elles sont faites d'ivoire, et que dans une masse d'ivoire il y a toujours des parties plus solides les unes que les autres, il n'y a peut-être pas une bille dont le centre de gravité soit au centre de figure. Cela fait que toute bille se détourne plus ou moins de la ligne dans laquelle elle est poussée, lorsqu'on lui imprime un petit mouvement, comme pour donner son acquit vers le milieu de l'autre moitié du billard, à moins que l'endroit le plus lourd, qu'on appellele fortne soit mis dessus ou dessous. Un grand fabricant de billards disait qu'il donnerait 40 francs, d'une bille qui n'eût ni fort ni faible, mais qu'il n'en avait jamais trouvé qui fût parfaitement exempte de ce défaut.De là il suit que, lorsqu'on tire sur une bille fort doucement, on s'impute souvent de l'avoir mal prise et d'avoir mal joué, tandis que c'est par suite du défaut de la bille qu'on a poussée. Un bon joueur de billard doit conséquemment, avant de s'engager dans une forte partie, avoir adroitement éprouve sa bille, pour connaître le fort et le faible. On tient cette règle d'un excellent joueur de billard.NOUVELLES QUESTIONS À RÉSOUDRE.I. Un père, en mourant, laisse sa femme enceinte. Il ordonne, par son testament, que si elle accouche d'un mâle, il héritera des deux tiers de son bien, et sa femme de l'autre tiers; mais si elle accouche d'une fille, la mère héritera des deux tiers, et la fille d'un tiers. Cette femme accouche de deux enfants, un garçon et une fille. Quelle sera la part de chacun?II. Un particulier a acheté, pour la somme de 110 fr., un lot de bouteilles de vin, composé de 100 bouteilles de vin de Bourgogne et 80 de vin de Champagne. Un autre a pareillement acheté au même prix, polir la somme du 95 fr., 85 bouteilles du premier et 70 du second. On demande combien leur a coûté l'une et l'autre espère de vin?III. Un homme a perdu sa bourse et ne sait pas précisément le compte qu'il y avait; il se rappelle seulement qu'en comptant les pièces deux à deux, ou trois à trois, ou cinq à cinq, il en restait toujours une; mais, en les comptant sept à sept, il ne restait rien.Rébus.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.Espartero, régent d'Espagne, s'est sauvé sur un vaisseau anglais.

AMÉLIE.Tu t'endors joyeuse, Amélie;Ton bien-aimé revient enfin.Tu le verras dès l'aube amieDu lendemain.Le voici. Son casque splendideA fait pâlir plus d'un guerrier.Contre ton coeur son coeur avideBat sous l'acier.O joie! ô transport! ô délire!Comme pour fêter le retour,Vous changez les pleurs en sourire,Baisers d'amour.Ah! c'est un songe, une chimère,Que lui créait un doux sommeil,Et qui s'enfuit, ombre éphémère,A son réveil.Sanglant, à l'aurore nouvelle.Ils lui présentent le cimierDont elle orna, la jouvencelle,Son chevalier.Près des rives de la patrie.Un traître a conjuré sa mort.Il tombe, et sa bouche flétrieT'appelle encor.Des beaux palais de l'autre vie,Esprit, peux-tu franchir le seuil?Etends-tu les pleurs d'Amélie?Vois-tu son deuil?O doux esprit, avance l'heureOù, laissant le voile mortel,Avec toi l'amante qui pleure,Jouira du ciel.

AMÉLIE.Tu t'endors joyeuse, Amélie;Ton bien-aimé revient enfin.Tu le verras dès l'aube amieDu lendemain.Le voici. Son casque splendideA fait pâlir plus d'un guerrier.Contre ton coeur son coeur avideBat sous l'acier.O joie! ô transport! ô délire!Comme pour fêter le retour,Vous changez les pleurs en sourire,Baisers d'amour.Ah! c'est un songe, une chimère,Que lui créait un doux sommeil,Et qui s'enfuit, ombre éphémère,A son réveil.Sanglant, à l'aurore nouvelle.Ils lui présentent le cimierDont elle orna, la jouvencelle,Son chevalier.Près des rives de la patrie.Un traître a conjuré sa mort.Il tombe, et sa bouche flétrieT'appelle encor.Des beaux palais de l'autre vie,Esprit, peux-tu franchir le seuil?Etends-tu les pleurs d'Amélie?Vois-tu son deuil?O doux esprit, avance l'heureOù, laissant le voile mortel,Avec toi l'amante qui pleure,Jouira du ciel.

AMÉLIE.

Tu t'endors joyeuse, Amélie;

Ton bien-aimé revient enfin.

Tu le verras dès l'aube amie

Du lendemain.

Le voici. Son casque splendide

A fait pâlir plus d'un guerrier.

Contre ton coeur son coeur avide

Bat sous l'acier.

O joie! ô transport! ô délire!

Comme pour fêter le retour,

Vous changez les pleurs en sourire,

Baisers d'amour.

Ah! c'est un songe, une chimère,

Que lui créait un doux sommeil,

Et qui s'enfuit, ombre éphémère,

A son réveil.

Sanglant, à l'aurore nouvelle.

Ils lui présentent le cimier

Dont elle orna, la jouvencelle,

Son chevalier.

Près des rives de la patrie.

Un traître a conjuré sa mort.

Il tombe, et sa bouche flétrie

T'appelle encor.

Des beaux palais de l'autre vie,

Esprit, peux-tu franchir le seuil?

Etends-tu les pleurs d'Amélie?

Vois-tu son deuil?

O doux esprit, avance l'heure

Où, laissant le voile mortel,

Avec toi l'amante qui pleure,

Jouira du ciel.

Marguerite s'arrêtait un instant, puis répétait:

O joie! ô transport! ô délire!Comme pour fêter le retour,Vous changez les pleurs en sourire,Baisers d'amour!

O joie! ô transport! ô délire!Comme pour fêter le retour,Vous changez les pleurs en sourire,Baisers d'amour!

O joie! ô transport! ô délire!

Comme pour fêter le retour,

Vous changez les pleurs en sourire,

Baisers d'amour!

Après quelques moments d'un silence pensif, elle se reprenait à chanter:

Ah! c'est un songe, une chimère,Que lui créait un doux sommeil.Et qui s'enfuit, ombre éphémère,A son réveil.

Ah! c'est un songe, une chimère,Que lui créait un doux sommeil.Et qui s'enfuit, ombre éphémère,A son réveil.

Ah! c'est un songe, une chimère,

Que lui créait un doux sommeil.

Et qui s'enfuit, ombre éphémère,

A son réveil.

A qui pensait-elle? Quels étaient ses souvenirs?

Un jour, aux approches de la nuit, ses chants furent interrompus par un piétinement inusité dans la petite cour. C'était un mélange de rires ironiques, d'insultes et de plaintes plus douces qu'on n'a coutume d'en entendre parmi les prisonniers. Le coeur de l'infortuné est toujours ouvert à la crainte. Avec l'anxiété d'une colombe qui a vu le coucou contempler son nid fécond, Marguerite se hissa jusqu'au soupirail, de ses mains délicates elle se suspendit aux grosses barres de fer, et regarda la foule qui se pressait. Elle vit un enfant dont la chevelure blonde descendait sur les yeux, et qui, pleurant et se débattant entre les mains des soldats, criait: «Mon père! mon père!» vers un homme qui, tout chargé de chaînes, le suivait le désespoir sur le visage.

«Ah!» Marguerite poussa ce cri comme un homme frappé au coeur, et tomba évanouie sur le pavé. Ses yeux, ses oreilles, bien que de loin et à la lumière incertaine du crépuscule, lui avaient fait reconnaître dans ces deux infortunés Pusterla et son Venturino. La malheureuse! au moins si elle avait conservé son erreur!

Fables de La Fontaine, nouvelle édition précédée d'une notice biographique et littéraire, et accompagnée de notes; parE. Gérusez. ChezHachette, rue Pierre-Sarrazin, 12.

Il n'est point d'auteur sur lequel on ait autant et aussi bien écrit que sur La fontaine; chaque critique a voulu mêler sa voix au concert unanime de louanges qui, depuis tantôt deux cents ans, s'élève en l'honneur du bonhomme; chaque Académie a proposé à son tour l'éloge officiel de notre grand fabuliste. Il semble qu'il y ait je ne sais quel charme secret qui excite tout écrivain à tenter lui aussi de louer La Fontaine, quoique tant d'autres l'aient déjà fait, quoique, tant d'autres doivent le faire encore, et que personne ne puisse espérer de dire le dernier mot sur ce merveilleux génie. Aussi, qui le croirait? (En Allemagne, passe encore; mais en France...) qui le croirait, dis-je, plus d'une métaphysique de la fable a été conçue et écrite dans le seul dessein d'apprécier La Fontaine, et l'un a édité de lourds systèmes pour expliquer cette brillante bulle de savon, la fable. Que dirait le bonhomme en voyant la peine que ces gens-là ont prise à son intention? Et comme il éclaterait de rire au nez de ces pédants qui n'ont rien dit, malgré leur profondeur, d'aussi bon que ce simple mot: «Le fablier portail des fables, comme l'arbre porte des fruits.»

M. Gérusez, qui a fait précéder d'une notice historique et critique la nouvelle édition des fables de La Fontaine, a bien su se garder de l'écueil que nous signalions tout à l'heure. Sans doute il n'a pas fait abnégation de sa critique devant son auteur, il ne s'est pas borné pour toute raison auquia facit dormire; mais il a évité de se creuser le cerveau pour expliquer difficilement des qualités naturelles, et n'a point voulu raffiner à propos du bonhomme. Il adopté, comme le meilleur, le mot de La Fontaine sur la fable: «C'est proprement un charme,» et il a bien raison d'y voir plutôt une affaire de sentiment que d'esprit. Rappelez-vous ce que les gens d'esprit ont fait de la fable! Voyez Lamotte, qui met en scène don Jugement et demoiselle Perspicacité; voyez Florian, Grécourt et les autres! Ils voulaient faire des fables, le gâteau du bonhomme les tentait; mais la fable n'était point pour eux la chose du coeur, ils n'avaient point de tendresse pour l'apologue. Ils versifiaient des fables, ils voyaient le genre, en étudiaient les conditions, puis se mettaient à l'oeuvre, s'imaginant que pour faire une véritable fable, il suffit d'établir un colloque entre Jean Lapin et dame Belette. «Le charme suprême de ces compositions, dit justement M. Gérusez, c'est la vie. L'illusion est complète; elle va du poète, qui a été le premier séduit, au spectateur, qu'elle entraîne.» Oui, c'est la vie, et si l'on se demande pourquoi toutes les fables de La Fontaine ont cet air de famille si frappant, c'est que toutes sont la représentation de la vie. Pourquoi cependant pas une ne ressemble à l'autre? c'est encore et toujours parce qu'elles reproduisent la vie, la vie, qui est la même, qui est une, en tous temps, en tous lieux, et qui cependant offre l'idée de la plus grande variété que l'esprit puisse concevoir. Et c'est par là que La Fontaine, si différent de tous ses contemporains, leur ressemble pourtant si fort. Racine, Molière, Boileau, que faisaient-ils, si ce n'est qu'ils puisaient dans la vie leur inspiration toujours une et toujours variée?

Enfin, comme l'a très-bien vu et très-bien dit M. Gérusez, la fable de La Fontaine est unique, inimitable, parce qu'elle est la fable, telle qu'il l'a faite, est une des plus heureuses créations de l'esprit humain», le cadre le plus charmant et le plus commode pour toutes les fantaisies de la pensée, pour tous les sentiments du coeur: «Libre en son cours, la fable tourne et dérive, tantôt à l'élégie et à l'idylle, tantôt à l'épître et au conte; c'est une anecdote, une conversation, une lecture élevées à la poésie, un mélange d'aveux charmants, de douce philosophie et de plainte rêveuse. Il se met volontiers dans ses vers, et nous entretient de lui, de son âme, de ses caprices et de ses faiblesses (1).» C'est une poésie de nonchalant, une poésie de distrait et de paresseux; elle s'épanche volontiers, mais demeure toujours sobre de paroles, et le bonhomme se mettait naïvement au-dessous de Phèdre, parce que Phèdre était plus elliptique et plus bref que lui. «On ne trouvera pas ici, dit-il en sa préface, l'élégance ni l'extrême brièveté qui rendent Phèdre recommandable: ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru qu'il fallait, en récompense, égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait.»

Note 1: Sainte-Beuve, Portraits Littéraires.

Cependant, tout en reconnaissant la spontanéité naturelle, la veine de simplicité du bonhomme, M. Gérusez n'a point manqué de nous montrer qu'on l'a fait encore plus bonhomme qu'il n'était. L'auteur de la notice s'est bien gardé, il est vrai, de heurter la tradition aimable qui nous représente La Fontaine causant tout bas en lui-même avec sa petite république, et oubliant la belle société pour s'asseoir en idée vis-à-vis de Jean Lapin, qui siège avec gravité sur son derrière et se frotte le museau de sa patte. On aura beau dire, beau faire, La Fontaine devait être tel, ou à peu près, que nous le montrent ses fables, et nous rirons toujours au nez des gens qui s'en vont relevant les sots préjugés littéraires et nous soutiennent, à notre confusion, que La Fontaine était «un génie sceptique et railleur, manichéen, fataliste, etc., etc.,» car tout cela a été écrit. Si c'est là votre La Fontaine, ce n'est point le nôtre, et, à coup sûr, ce n'est point l'auteur des fables que nous savons. Mais, tout en respectant le caractère consacré, tout en admettant la distraction, la rêverie, la flânerie poétique à tel degré que vous voudrez, toujours est-il qu'on ne peut se dissimuler que le bonhomme était passe maître dans son métier, et qu'il aurait rendu des points au plus fin pour les finesses de son art. «Ou remarque, dit encore Vauvenargues, avec la même surprise la profonde intelligence de son art, et on admire qu'un esprit si fin ait été en même temps si naturel.» La préface mise en tête de ses fables et écrite par lui-même, est sans contredit le plus savant, je veux dire le plus profond traité qu'on ait jamais fait de l'apologue, et sa pratique est encore plus merveilleuse de finesse et d'artifice que sa théorie. M. Gérusez a donc voulu seulement expliquer cette habileté et concilier les deux qualités, inconciliables en apparence, la finesse et la naïveté, l'art et la nature. Pour cela, il n'avait qu'à ouvrir la biographie de La Fontaine, et il trouvait dans les études du bonhomme, dans les sociétés quelque peu raffinées qu'il fréquentait, l'explication que plusieurs ont cherchée bien loin et n'ont pas trouvée qui pis est. Tous les grands poètes du dix-septième siècle surent leur métier mieux qu'homme du monde, et La Fontaine avait beau être distrait et naïf, il ne devait pas être moins habile que ses amis, Molière, Boileau, Racine. Le métier est une misère pour le génie, il le sait de naissance.

Il nous reste à dire quelques mots des notes que M. Gérusez a mises au bas de chacune des pages de la nouvelle édition; là encore était un écueil, et il y avait à craindre que le commentateur de La Fontaine ne tombât dans le défaut de ces malheureux Saumaises qui ont si lourdement lesté de notes et éclaircissements pédantesques les strophes légères d'Anacréon et d'Horace. M. Gérusez, en homme de goût et d'esprit, a eu garde de détruire le charme, et s'est efforcé d'être, dans la note, bref et simple, à faire envie à la fable elle-même: «Si je n'étais la fable, je voudrais être la note.» De discrètes observations philologiques sur les ternies gaulois, qui abondent dans le style de La Fontaine, complètent cet excellent travail.--Nous ferons seulement une toute petite réserve aux louanges que nous donnons de grand coeur à ces notes spirituelles et souvent exquises. Il nous semble que l'auteur s'est un peu trop attaché parfois à éclaircir la moralité de la fable: il sait mieux que nous que La Fontaine s'en souciait assez peu, qu'il s'en passait même au besoin, surtout quand elle n'était pas possible:

... Et quaeDesperat tractata nitescere posse relinquit.

... Et quaeDesperat tractata nitescere posse relinquit.

... Et quae

Desperat tractata nitescere posse relinquit.

Peut-être donc l'annotateur ne devait-il pas se piquer d'être plus moral que le fabuliste. Il est vrai de dire que M. Gérusez avait à faire une édition classique, et tout maître doit moraliser ses écoliers plutôt deux fois qu'une, quoique ceux-ci en prennent à leur aise.

Voyage au pôle sud et dans l'Océanie, sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, exécuté par ordre du roi pendant les années 1837, 1838, 1839, 1840, sous le commandement deJ. Dumont d'Urville, Capitaine de vaisseau. Publié par ordonnance de Sa Majesté. Sous la direction supérieure deM. Jacquinot, commandant dela Zélée.--Mise en vente du tome Ve de l'Histoire du Voyage.--Paris, 1843.Gide.

Le tome V de l'Histoire du Voyage au pôle sud et dans l'Océanie, sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, qui vient de paraître à la librairie Gide, n'embrasse qu'une période de quatre mois environ Commencé le 29 octobre 1838, il se termine le 19 février 1839; mais ces quatre mois avaient été si utilement employés par le chef de l'expédition et ses compagnons du péril et de gloire, que ce volume offre l'intérêt de ses quatre aînés.

En quittant l'archipel des Iles Viti, Dumont d'Urville devait diriger ses corvettes vers le groupe des îles Salomon. Toutefois il lui restait des recherches importantes àà faire dans cette nouvelle route. D'abord il constata que l'îleHunterétait mal placée; puis, après avoir double l'îleAurore, la plus septentrionale des Nouvelles-Hébrides, il commença la recherche des IlesBanks, qui, découvertes en 1783 par le capitaineBligh, n'avaient point été revues depuis cette époque. Dumont d'Urville explora complètement ce groupe, sur lequel les hydrographes n'avaient que des données très-vagues.--Vanikororeçut ensuite sa visite. Il espérait y retrouver encore quelques débris des vaisseaux de l'infortuné Lapérouse; mais toutes ses recherches furent inutiles.

De Vanikoro, l'Astrolabeetla Zéléese dirigèrent sur l'IleNitendi, où elles ne purent s'arrêter, et elles firent route pour les îlesSalomon, que l'expédition explora pendant un mois environ. Un long chapitre intitulé:Séjour au port de l'Astrolabese compose presque entièrement des récits rapportes à leur commandant par les divers membres de l'expédition qui eurent le courage d'entreprendre des excursions dans ces îles jusqu'alors si peu connues, dont les habitants sont anthropophages.--Les Salomoniens avaient de peints par tous les voyageurs sous les couleurs les plus défavorables. Dumont d'Urville est le premier qui puisse, selon ses propres expressions, inscrire dans leur histoire une page en faveur de leur caractère.

AuSéjour au port de l'Astrolabesuccède un curieux chapitre ayant pour titreConsidérations générales sur les iles Salomon--Dumont d'Urville raconte l'histoire de ces îles depuis leur première découverte, en 1567, par Alvaro Mendana de Neira, jusqu'à sa dernière expédition, et résume tout ce qu'il a pu apprendre sur leur géographie, leurs productions et leurs habitants. Grâce aux pénibles reconnaissances qu'il a opérées, on connaît aujourd'hui la géographie complète des Iles Salomon. «Cependant il reste encore pour nos successeurs, dit-il après avoir constaté cet important résultat, de beaux travaux hydrographiques à faire; ils auront surtout beaucoup à nous apprendre sur les moeurs et les cérémonies des insulaires qui peuplent cet immense archipel.»

En quittant le port de l'Astrolabe', l'expédition gouverna directement sur les îlesHogolen. Chemin faisant, elle aperçut les îles deSir-Charles-Hardy, laNouvelle Islande, l'îleSaint-Jean, les îlesVigurris. Monte-Verde, DunkinsetSt-Cyrille. Enfin le, le 21 décembre, les deux corvettes laissaient tomber leur ancre tout près de l'Ile Isis, au milieu du groupe intéressant que leur commandant désirait visiter. Les premiers voyages à terre furent d'abord heureux; mais bientôt les naturels, qui semblaient être très-heureux et très-bienveillants, manifestèrent des dispositions menaçantes; il fallut même repousser la force par la force. Plusieurs membres de l'expédition échappèrent comme par miracle aux plus; graves dangers. Heureusement tous les travaux étaient terminés quand la guerre éclata, et les corvettes n'eurent à regretter la mort d'aucun homme. La réputation des Carolins est à jamais ternie, s'écrie Dumont-d'Urville: nous n'avons trouvé ici que des hommes méchants et perfides avec une figure prévenante, des formes agréables et des manières posées..»

Suivons encore l'expédition sur la carte. Laissant derrière elle le groupe Ouluthy, elle débarqua le 1er janvier 1839 à l'îleGouahamouUmataoù elle devait faire un séjour de dix jours. Rien de plus agréable à lire que la narration d'une chasse au cerf à Umata, par M. Demas. Dumont d'Urville ne voulant pas répéter ce qu'avait déjà dit M. Freycinet (Voyage de l'Uranie) a donné une preuve de tact et d'esprit en insérant dans son journal cet amusant récit. D'excellents vivres frais, de l'exercice et le bon air d'Umata rendirent en peu de temps aux équipages fatigués toute la force et l'énergie nécessaire pour les travaux pénibles qui restaient encore à faire. Le 10 janvier on remit à la voile. Tant de voyageurs ont décrit cette terre féconde et le moeurs indolentes de ses habitants, que le commandant de l'Astrolabene crut pas devoir leur consacrer, comme aux îles Salomon, un chapitre entier. Toutefois, il publie de curieux détails sur les immenses changements opèrés depuis dix années dans le gouvernement de Mariannes, où flotte depuis si longtemps le pavillon espagnol.

Le 13 janvier on reconnut l'îleGowam; le 14, les principales îlesPelew; le 19, l'îlePalmas; le 23,Serangan, Mindanao, Bulk, Limtua; le 23,HaycocketBooken-Island; le 26, Sanguir. Ce jour-là faillit être fatal à l'expédition: les deux corvettes n'échappèrent que par un hasard providentiel au plus grand danger qu'un navire puisse courir. Après avoir chenalé entre les îlesKurakituetRocky-Islets, le 28, Dumont d'Urville aperçut la pointe de Siao et les îles Moudang; puis il se dirigea directement surTernate, où il arriva le 29.--Une excursion au volcan de Ternate, par M. Dombron, les visites de Dumont d'Urville et de M. Jacquinot au résident hollandais et au sultan détrôné, la description de la ville, l'histoire des anciens souverains de l'île et de la colonie hollandaise; enfin des réflexions importantes sur l'avenir de cet établissement, terminent le cinquième chapitre de ce volume.

Le chapitre sixième et dernier a pour titre:Séjour à Amboine. La traversée de Ternate à Amboine n'avait duré que deux jours. Le 3 février à midi,l'Astrolabeetla Zélée, parties le 1er de Ternate, laissaient tomber leurs ancres sous le fortVictoria, devant la capitale des Moluques. C'était la troisième fois que, commandait l'expédition scientifique, Dumont d'Urville venait demander au port d'Amboine l'hospitalité et les moyens de continuer sa route aventureuse. En 1839, comme dans les deux précédents voyages, il reconnut que le peuple hollandais est le peuple le plus hospitalier du monde, pourvu cependant que la mission de l'étranger ne soit point commerciale. La relâche fut de dix-huit jours, pendant lesquels des excursions intérieures, des dîners et des bals se succédèrent sans interruption ... Dumont d'Urville; conclut cette longue partie de plaisir par des réflexions pleines d'intérêt sur cette colonie hollandaise, la plus importante des Moluques, empruntées au journal de M. Dubouzet.

Tel fut l'itinéraire suivi par les corvettesl'Astrolabeetla Zélée, du 29 octobre 1839 au 19 février 1840; tels sont les résultats principaux de ces quatre mois de navigation et de relâche. Dès que le tome VI aura paru, nous continuerons cette analyse. Les abonnés del'Illustrationqui ne liront pasl'Histoire du Voyagepourront du moins suivre sur une mappemonde la dernière expédition commandée par Dumont d'Urville, et se faire une idée approximative des services qu'elle a rendus à la science.

Contes du Bocage; parÉdouard Ourliac. I vol. in-18,--Paris, ISC. 1843. 3 fr. 50 c.

LesContes du Bocagecontiennent, nous devons l'avouer, une sorte d'apologie de l'insurrection vendéenne. Les blancs y jouent peut-être un trop beau rôle; mais M. Ed. Ourliac n'est pas un historien, c'est un conteur. Que ses récits soient écrits d'un style facile et pur et qu'ils offrent de l'intérêt, la critique n'a pas le droit de lui rien demander de plus. Or, sous ce double rapport, il satisfera, si nous ne nous trompons, les amateurs de nouvelles les plus blasés et les plus difficiles; lesbleuseux-mêmes seront forces de rendre un juste hommage à son talent.

Les Contes du bocage sont au nombre de quatre; ils ont pour titre:Mademoiselle de la Charnaye, Hector de Locmaria, la Commission militaireetla Statue de saint Georges.--Mademoiselle de la Charnaye occupe à elle seule plus de la moitié du volume. C'est l'histoire d'une jeune fille qui, pour ne pas affliger son vieux père aveugle, lui persuade que les chouans sont partout triomphants, et que son fils Gaston, mort sur le champ de bataille, est à la tête de ses soldats victorieux. Chaque jour des incidents imprévus déjouent ses calculs: d'abord, enfermée avec lui dans un vieux château, elle parvient sans peine à tromper complètement la crédulité de l'infortuné vieillard; mais bientôt il faut fuir, se déguiser, se cacher; de nouveaux mensonges, de nouvelles ruses, de plus en plus difficilcs à inventer et à soutenir, deviennent nécessaires. Après de nombreuses péripéties habilement ménagées, M. de la Charnaye découvre enfin la triste vérité. Sa fille, qui le faisait passer pour fou, se sacrifie vainement pour le sauver; elle est blessée et arrêtée par les bleus. Abandonné, le vieillard aveugle allume de ses propres mains un feu qui doit le trahir, la fumée trahit le lieu de sa retraite et on s'empare de sa personne. Alors il apprend en même temps la ruine de la monarchie, la mort de son fils, la défaite des armées vendéennes, la blessure et la captivité de sa fille; il se dénonce hautement et donne un démenti solennel à ceux qui veulent le traiter comme un insensé. Le père et la fille ne devaient plus se retrouver ensemble qu'au pied de l'échafaud. A la vue de son père, l'Antigone vendéenne se mit à fondre en larmes. Après l'avoir embrassé une dernière fois, elle implora son pardon à genoux. Quant à lui, ses dernières paroles adressées à l'exécuteur, furent que prier de tuer sa fille avant lui. «Moi, du moins, ajouta-t-il, je ne la verrai pas;» et cette grâce lui fut accordée.

Hector de Locmaria est un jeune émigré qui, pris à Quiberon et relâché sur parole pour vingt-quatre heures, revient à Vannes et meurt fusillé dans la prairie de Preauray--Dans laCommission militaire, M. Ed. Ourliac nous fait assister à l'exécution d'un pauvre curé des environs de Lyon. Enfin dans laStatue de saint Georges, il nous raconte comment un soldat marseillais, grand profanateur de chapelles, trouva miraculeusement la mort au moment où il allait faire sauter une statue colossale dans l'église de l'abbaye de Saint-Cyr, entre Bourganeuf et Machecoul.

M. Ed. Ourliac possède toutes les qualités nécessaires à un bon romancier. Espérons que le succès mérité desContes du Bocagele déterminent à entreprendre un ouvrage de plus longue haleine.

L'ouverture du théâtre Italien est une solennité que la mode attend chaque année pour montrer toutes ses charmantes recherches; aussi la représentation de mardi a-t-elle été très-brillante. Nous y avons remarqué des robes de pékin glacé à larges raies satinées, de nuances pâles, dont quelques-unes avaient des revers décolletés, bordés d'effilés;--d'autres garnies de riches dentelles posées en tablier,--soit en échelle jusqu'à la ceinture,--soit à plat en montant. Nous avons vu également une robe lacée sur les côtés, au corsage, et sur le milieu de la petite manche; tous les lacets étaient terminés par des aiguillettes. Cette dernière a été trouvée très-jolie. Enfin, les coiffures de dentelles, en velours ou satin, avec des ornements plus ou moins riches; la plume, élégante, la fleur coquette ou le simple noeud de ruban, toutes fantaisies nouvelles, faisaient leur entrée dans la belle salle des dilettanti.

Mais on ne s'occupe pas seulement des élégéries qui doivent se montrer à la clartè des lustres et dans les salons dorés; les toilettes de ville se préparent, et nous ne saurions rien conseiller de mieux que cette robe dont notre dessin donne le modèle. Les pattes qui garnissent la jupe et le corsage sont en étoffe pareille à la robe; elles sont attachées de chaque côté et au milieu par des boutons. Le chapeau sort des salons de madame Alexaudrine, qui, à chaque saison, sait donner aux modes nouvelles des aspects aussi gracieux que variés.

Nous avons distingué dans les mêmes salons un chapeau en velours à lame, orné de plumes nuancées de deux couleurs.

Une capote à grosse paille sur laquelle il est de la dernière élégance de faire poser des follettes.

Et enfin un chapeau sans bavolet, enrichi d'un oiseau-héron.

Chapeau de velours à lame, avec plume de deux couleurs.Capote à grosses pailles, avec cinq follettes.Chapeau sans bavolet, avec oiseau-héron.

Les étoffes nouvelles destinées aux costumes d'automne et qui pourront se porter dans l'hiver, encombrent nos magasins; on y remarque les popelines diamantées en toutes nuances, la popeline à double reflet, les alpagas brochés et les pékins rayés: ceux-ci ont beaucoup de vogue. C'est une petite raie satinée nuancée, en quatre tons différents sur un fond mat, par exemple, vert sur violet ou bleu sur fond gris; cette ligne de quatre bleus fondus fait très-bien sur gris pâle. Du reste, ce pékin existe en toutes nuances.

Il y a encore le pékin à larges raies de plusieurs couleurs sur un fond uni chatoyant, qui, par sa solidité, pourra résister aux intempéries de la mauvaise saison.

En étoffes de soie il se portera beaucoup de glacé: les satins à triples reflets, les moirés à colonnes de satins; puis toujours les pékins de soie et les pekinés varies à l'infini, qui tiennent un rang fort important, dans la hiérarchie des étoffes.

On s'occupe déjà des manteaux. La forme crispin sera mise de côté pour faire place aux pardessus à manches larges dans lesquelles on passe les bras à volonté. Une pèlerine très-grande cache ce que ces manches vides pourraient avoir de disgracieux. On parle aussi d'un paletot; mais il faudrait bien du talent pour en rendre la forme gracieuse.

I. On trouve, par l'analyse que le bien du père était de 360 000 fr., qu'il y avait six enfants, et qu'ils ont eu chacun 60,000 fr.

En effet, le premier prenant 10 000 fr., le restant du bien est de 350 000 fr., dont la septième partie est 50 000, qui, avec 10 000, font 60 000. Le premier enfant ayant pris sa portion, il reste 300 000 fr.; sur cette somme, le second prend 20 000 fr.; le reste est 280 000 dont la septième partie est 40 000, qui, avec 20 000 ci-dessus, font encore 600 000 fr.; et ainsi de suite.

II. Il y avait 28 pauvres, et cet homme avait dans sa bourse, 11 fr.; car, en multipliant 28 par 9, on trouve 252, dont ôtant 32, puisqu'il manquait 32 sous, le reste est 220 sous, qui valent 11 fr.: mais, en donnant à chacun des pauvres 7 sous, il n'en faudrait que 196; par conséquent il reste 24 sous.

III. Prenez une boule du jeu de quilles et faites-y un trou qui n'aille point jusqu'au centre, mettez-y du plomb et bouchez-le si bien qu'il ne soit pas aisé de découvrir. Quoiqu'on roule cette boule en la jetant droit vers les quilles, elle ne manquera pas de se détourner, à moins qu'on ne la jette, par hasard ou par adresse de telle sorte que le plomb se trouve dessus ou dessous, en faisant rouler la boule.

C'est là le principe du défaut qu'ont toutes les billes de billard; car, comme elles sont faites d'ivoire, et que dans une masse d'ivoire il y a toujours des parties plus solides les unes que les autres, il n'y a peut-être pas une bille dont le centre de gravité soit au centre de figure. Cela fait que toute bille se détourne plus ou moins de la ligne dans laquelle elle est poussée, lorsqu'on lui imprime un petit mouvement, comme pour donner son acquit vers le milieu de l'autre moitié du billard, à moins que l'endroit le plus lourd, qu'on appellele fortne soit mis dessus ou dessous. Un grand fabricant de billards disait qu'il donnerait 40 francs, d'une bille qui n'eût ni fort ni faible, mais qu'il n'en avait jamais trouvé qui fût parfaitement exempte de ce défaut.

De là il suit que, lorsqu'on tire sur une bille fort doucement, on s'impute souvent de l'avoir mal prise et d'avoir mal joué, tandis que c'est par suite du défaut de la bille qu'on a poussée. Un bon joueur de billard doit conséquemment, avant de s'engager dans une forte partie, avoir adroitement éprouve sa bille, pour connaître le fort et le faible. On tient cette règle d'un excellent joueur de billard.

I. Un père, en mourant, laisse sa femme enceinte. Il ordonne, par son testament, que si elle accouche d'un mâle, il héritera des deux tiers de son bien, et sa femme de l'autre tiers; mais si elle accouche d'une fille, la mère héritera des deux tiers, et la fille d'un tiers. Cette femme accouche de deux enfants, un garçon et une fille. Quelle sera la part de chacun?

II. Un particulier a acheté, pour la somme de 110 fr., un lot de bouteilles de vin, composé de 100 bouteilles de vin de Bourgogne et 80 de vin de Champagne. Un autre a pareillement acheté au même prix, polir la somme du 95 fr., 85 bouteilles du premier et 70 du second. On demande combien leur a coûté l'une et l'autre espère de vin?

III. Un homme a perdu sa bourse et ne sait pas précisément le compte qu'il y avait; il se rappelle seulement qu'en comptant les pièces deux à deux, ou trois à trois, ou cinq à cinq, il en restait toujours une; mais, en les comptant sept à sept, il ne restait rien.

Espartero, régent d'Espagne, s'est sauvé sur un vaisseau anglais.


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