Bulletin bibliographique.

Fait et passé audit Palais-Royal, l'an 1670, le seizième jour d'avril, et ont signé:Le Bourgeois gentilhomme.--Nicolle.Bulletin bibliographique.Mémoires de R. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comité du salut public et de la Chambre des Représentants; publiés par MM.Hippolyte Carnot, membre de la chambre des Députés, etDavid(d'Anger) membre de l'Institut, précédé d'une Notice historique par H.Carnot. 4 vol. in-8.--Paris,Jules Labitte, libraire-éditeur, quai Voltaire, 5.Bertrand Barère a été l'un des hommes que la Révolution française a mis le plus en relief, Avant 1789, simple avocat de province, membre des Académies de Montauban et de Toulouse, distingué seulement comme littérateur par quelques-uns de ceséloges, quelques-unes de cesdissertationsalors à la mode, il fut enlevé, comme tant d'autres, à l'obscurité du barreau natal, et placé subitement au nombre des législateurs qui allaient changer la constitution du gouvernement français. Son rôle dans l'Assemblée nationale manqua pas d'importance; et, dès lors, grâce à une élocution facile, à la souplesse de son esprit, à l'aménité de ses manières, il fut investi par ses collègues de plusieurs missions délicates. C'est ainsi qu'il fit tour à tour partie du comité des lettres, de cachet, du comité des domaines et de féodalité; c'est encore ainsi que son nom se trouve mêlé à des résolutions importantes, telles que le décret qui supprima le droit d'aubaine, la première mesure pénale adoptée contre les émigrés, la qualité de citoyen accordée aux hommes de couleur, etc., etc. Barère, de plus, s'était fait journaliste, et sa feuille (le Point du Jour) fut la première à rendre compte des déliais législatifs, en leur conservant cette forme dramatique qui fait accepter au lecteur les discussions les plus abstraites et les plus arides. David, en retraçant la séance du Jeu de Paume, a fait allusion à cette circonstance de la vie de Barère, en le représentant occupé à sténographier sur son genou l'éloquente apostrophe de Mirabeau.Les événements de cette époque marchaient vite, et l'esprit un peu timide de Barère avait peine à les suivre dans leur essor hardi. Aussi, quand la république décrétée d'enthousiasme dans la première séance de la Convention, le futur président de cette assemblée se plaignit de ce qu'un débat régulier n'avait point précédé cette grande mesure. Son hésitation à ce sujet est parfaitement critiquée dans la Notice historique dont un homme de cœur et de talent (M. Hippolyte Carnot, membre de la Chambre des Députés) a fait précéder lesMémoires de Barère:--«L'assemblée, dit-il, eut un sentiment plus juste de la situation. Ces résolutions capitales, par lesquelles un seul mot change la forme, d'un État, ne peuvent être l'objet d'un examen contradictoire, comme les articles de la constitution. Elles viennent chacun est pénétré de leur nécessité; mais il est important que leurs auteurs ne témoignent aucune hésitation, s'ils veulent assurer au nouveau pouvoir toute la force morale dont il a besoin.»Barère, à la Convention, prit d'abord place parmi les Girondins. Représentant d'un des départements du Midi, ses opinions étaient fortement empreintes de fédéralisme. On s'étonne donc de ne pas le voir compris, avec les vaincus du 31 mai, dans la proscription dont Vergniaud et ses amis furent frappés. Il les défendit, il voulut les sauver, mais il ne périt point avec eux. Bien mieux, dès le lendemain, les vainqueurs le comptaient dans leurs rangs. Ce qui le sauva dans cette occasion, fut évidemment la versatilité de son caractère et l'avantage d'une position déjà éclatante. Elle l'était devenue dès le procès de Louis XVI, pendant lequel Barère, investi de la présidence, avait donné aux débats la gravité, le calme que des manifestations populaires menaçaient de lui enlever.Bien avant le 10 août, Barère faisait partie du comité de défense générale. Lorsque ce comité, concentrant en lui de nouveaux pouvoirs, fut chargé de veiller au salut public, Barère fut un des membres qu'on jugea impossible d'éliminer; il resta donc au sein de ce comité, où Robespierre. Prieur, Saint-Just, Carnot ne devaient être appelés que plus lard, au mois d'août 1793, quand la France menacée de toutes parts dut vaincre par de prodigieux efforts les difficultés d'une situation inouie; quand ellebrûla ses vaisseaux, pour nous servir d'une expression de l'un des membres de son comité (Cambou), on pouvait croire encore alors que Barère serait exclu d'un gouvernement auquel prenaient part des hommes longtemps en butte à ses accusations. En octobre, en novembre 1702, il attaquait les opinions sanguinaires «d'un homme qu'il ne pouvait se résoudre à nommer.» C'était Marat. Il lançait contre Robespierre des accusations indirectes de dictature; et lorsque Louvet, le 5 novembre, porta nettement cette inculpation à la tribune, lorsque la majorité demanda l'ordre du jour, Barère essaya de le faire motiver d'une manière injurieuse pour celui qu'il appelait alors «un homme d'un jour, un petit entrepreneur de révolutions.»--«Ne donnons pas, ajoutait-il, ne donnons pas de l'importance à des hommes que l'opinion générale saura mettre à leur place; n'élevons pas des piédestaux à des pygmées!» Lepygméedont il était question monta par des degrés sanglants au pouvoir, et Barère, frémissant, accepta cependant la domination de ce terrible collègue. Du 10 juillet 23 juillet 1794, douze hommes partagèrent le gouvernement suprême de la république, et réunirent en eux, --les circonstances le voulaient ainsi,--plus de pouvoir que les monarques les plus absolus n'en ont jamais exercé. Tous les Français furent mis en réquisition permanente, les hommes mariés comme les jeunes gens, les femmes comme leurs maris, les enfants comme leurs mères; les vieillards eux-mêmes devaient se faire porter dans les places publiques pour exciter le courage des guerriers et la haine des rois (5). Toute maison nationale était une caserne, toute place publique un atelier d'armes. Bref, les forces entières du pays, le comité de salut public les résumait, pour les tourner contre les ennemis de la liberté. Ce temps d'horribles souffrances, de crimes odieux, d'incroyable arbitraire, fut le plus glorieux de nos annales, parce qu'en fin de compte le patriotisme le plus désintéressé, le dévouement le plus sincère dictèrent aux décemvirs du comité les volontés les plus implacables.Note 5: Décret de la Convention du 23 août 1793.Pendant ces douze mois, Barère déploya des talents à la hauteur de la situation. Il était chargé de tout ce qui touchait aux relations extérieures. Il eut plus d'une fois l'intérim de la marine; la mendicité, les beaux-arts, les théâtres, ressortissaient de lui. De plus, il avait une large part dans l'administration de la guerre, et c'était par lui que presque toutes les décisions importantes du comité se trouvaient expliquées et justifiées devant la Convention.Tout le monde connaît ses fameux rapports, qui, après chaque victoire de nos armées, portaient à son comble l'enthousiasme patriotique. Barère, entraîné par les circonstances, avait pressenti et pour ainsi dire copié d'avance le style coloré, rapide, énergique, reproduit plus lard dans les bulletins impériaux «Le public et l'assemblée étaient tellement habitués à voir en lui un porteur de bonnes nouvelles, que sa présence dans la salle excitait un enthousiasme inimaginable; les acclamations le saluaient à l'entrée, et de toutes parts on s'écriait:Barère à la tribune!La discussion commencée était interrompue pour l'entendre. Ses rapports, lus à haute voix dans les camps, électrisaient les, soldats, et lui-même raconte avec un juste sentiment d'orgueil qu'on en a vu courir à l'ennemi en s'écriant:Barère à la tribune!Alors, un décret debien mérité de la pairieétait la récompense la plus belle et la plus ambitionnée. Le désintéressement était partout. Depuis les membres du comité de salut public, qui recevaient 18 francs par jour en assignats (les assignats étaient alors au sixième de leur valeur Nominale), jusqu'aux soldats sans habits, sans souliers, sans pain, qui acceptaient un morceau de papier imprimé pour prix des plus héroïques dévouements, personne ne songeait à tirer parti de la chose publique. Jamais idole ne reçut plus de sacrifices ni de plus gratuits: on lui livrait tout, on ne lui demandait rien. Aussi la France peut-elle dire avec orgueil que si la crise révolutionnaire eut les excès du fanatisme, elle en eut aussi les grandes et pures vertus.Quand cette crise fut passée, le comité de salut public tendit à se dissoudre. Des divisions intestines le minaient. Ses véritables hommes d'État, Robespierre et Saint-Just, voulaient une dictature nécessaire, selon eux, pour donner leur développement aux institutions républicaines et mettre les mœurs de la France au niveau de sa liberté nouvelle. Mais beaucoup d'hommes sincères redoutaient l'ambition de Robespierre, et sa rigidité menaçante faisait trembler tous lescorrompus. A un jour donné, laplaineet lamontagnes'unirent pour renverser les dictateurs. Barère se déclara contre eux, et fut un des auteurs du 9 thermidor. La réaction qu'il avait provoquée ce jour-la tourna bientôt contre lui. Tallien, Barras, Freron, après l'avoir ménagé quelque temps, parvinrent à l'exclure du comité. Bientôt il fut poursuivi, ainsi que ses ex-collègues, Billaud-Varennes et Collot d'Herbois. Son emprisonnement dans l'Ile d'Oleron, sa fuite et sa retraite à Bordeaux, où il passa secrètement cinq années de proscription; ses relations avec le premier consul, son exil en 1814, son retour en 1830, remplissent les dernières pages de sesMémoires, dont le quatrième volume est consacré à une galerie de portraits recueillis à toutes les époques de cette, existence qui en a côtoyé tant d'autres.LesMémoiresde Barère, parfaitement authentiques, et dont la rédaction a été respectée (peut-être à l'excès), figurent naturellement parmi les livres les plus indispensables à quiconque veut bien connaître l'histoire de la Révolution française. Leur auteur est le seul membre, du comité de salut publié dont on possède encore les souvenirs, et, selon toute apparence, aucun autre révélateur ne nous dira jamais ce qui se passait dans l'intérieur de ce conseil suprême. Il est malheureux que Barère, écrivain médiocre, ait donné trop de soin à sa défense personnelle dans une œuvre qui pouvait présenter un admirable tableau d'histoire politique. Telle qu'elle est néanmoins, et surtout à cause de la savante notice historique: que nous avons citée, un succès durable est acquis à cette importante publication.La Grèce continentale et la Morée, voyage, séjour et études historiques en 1840 et 1841; parJ.-A. Buchon.--Paris, 1844.Gosselin.1 vol. in-18. 3 fr. 50 c.Malgré les exploits de Philippe-Auguste et du Richard Cœur de Lion, la troisième croisade avait vainement essayé de reprendre Jérusalem à Saladin. Innocent III espéra un moment qu'une nouvelle tentative serait plus heureuse; mais le temps était passé des passions désintéressées et des grands dévouements. Au lien d'aller assiéger Jérusalem, les croisés s'emparèrent de Constantinople, et se partagèrent l'empire byzantin. Déjà les Iles de Chypre et de Candie formaient, à cette époque, des principautés particulières. Un empire franc fut créé à Constantinople, et donné au comte Baudoin de Flandre, qui avait épouse Marie de Champagne. Du cet empire relevèrent: les duchés francs établis, soit en Asie, soit en Europe, au nord de l'ancien empire grec; les provinces et les îles données au doge de Venise avec le titre de despote; le royaume de Salonique; enfin, la principauté de Morée, qui embrassait le reste de la Grèce continentale, le Péloponnèse, les Cyclades et les îles Ioniennes, moins Corfou, conquise par un seigneur français.L'empire franc de Constantinople ne dura que cinquante-neuf ans. Le royaume de Salonique fut détruit même avant lui; mais la principauté française de Morée ou d'Achaïe eut une plus longue existence. Gouvernée par une suite de souverains braves et habiles de la famille Ville-Hardoin de Champagne, et rattachée à la fois par des liens de famille et de féodalité à la dynastie angevine des Deux-Siciles, elle continua à se maintenir, plus ou moins déchirée, plus ou moins puissante, mais toujours française et toujours indépendante et guerrière, jusqu'à la conquête turque, à la fin du quinzième siècle.M. J.-A. Buchon a entrepris d'écrire l'histoire de cette partie importante de nos conquêtes étrangères. Mais, avant d'en publier les résultats, il a voulu aller terminer et compléter sur les lieux ses longues recherches; aujourd'hui il présente seulement au public le récit du voyage qu'il a entrepris, dans le but de contempler à la fois cette jeune société européenne que la liberté avait agrégée aux vieux États occidentaux, et les débris des monuments et des souvenirs de l'antique domination des nôtres, monuments et souvenirs dispersés partout sur cette terre conquise et dominée par eux pendant plus de deux siècles, à la suite de la quatrième croisade.»Ce nouvel ouvrage de M. J. A. Buchon se divise, comme son titre l'indique, en deux parties: la Grèce continentale et la Morée. M. A. Buchon visite successivement, dans la Grèce continentale: Athènes, Daphni, Eleusis, l'Hymette. Marathon, Thèbes, Cheronée, Delphes, les Thermopyles, Poursos; dans la Morée, Epidaure, Nauplie. Mycènes. Argas, Sparte, Messèe, Navarin. Mégalopolis, Olympie, Patras, Égire, Corinthe. Cytheron, Eleuthère, etc. Il donne, sur l'état actuel de tous ces lieux célèbres et des contrées intermédiaires, une foule de renseignements curieux. Les événements dont la Grèce est actuellement le théâtre ajoute un nouveau degré d'intérêt à cette relation de voyage de M. J.-A Buchon.Histoire universelle, parCésar Cantu; soigneusement remaniée par l'auteur, et traduite sous ses yeux parEugène Arden, ancien député, etPiersilvestro Leopardi, Tome I. in-8. Paris, 1843.Firmin Didot. 6 fr.Le premier volume de l'Histoire universellede M. César Cantu, dont nous avions, il y a plusieurs mois, annoncé la publication prochaine, a paru cette semaine à la librairie Didot. Nous ne reviendrons pas maintenant sur ce que nous avions dit alors de cet ouvrage, qui a obtenu un si grand succès en Italie.--Ce premier volume commence par une longue introduction, dans laquelle M. César Cantu expose sa méthode, et divise l'Histoire universelleen dix-sept époques principales. Viennent ensuite les deux premières époques; la première a pour titrede la création à la dispersion des hommes, elle se subdivise en cinq chapitres: la Genèse, l'antiquité du monde, l'origine de l'espèce humaine, les premiers pays habités, et les premières sociétés; la deuxième est intitulée:de la dispersion des peuples aux olympiades. L'Asie, les Hébreux, les Indiens, les Égyptiens, les Phéniciens et les Grecs, tels sont les sujets de ses trente chapitres.«Ayant beaucoup appris à l'école des écrivains français, dit M. César Cantu en terminant l'avertissement qu'il a mis en tête de cette traduction de sonHistoire universelle, nous avons profité librement de tout ce qui nous a paru convenir à notre sujet. Ainsi, nous croyons nous acquitter d'une dette de reconnaissance en rendant à la France ce que nous avons en grande partie emprunté d'elle; heureux si elle trouve que nous en avons parfois su faire un bon usage! heureux si, en proclamant avec franchise ce que nous avons médité avec conscience, notre voix ne se perd pas tout à fait au milieu de tant d'autres plus puissantes! Pour oser l'espérer, il faut bien que nous comptions sur les sympathies d'un pays qui s'offre aux étrangers comme une seconde patrie, et que tous considèrent comme tel dès qu'ils ont pu le connaître. La France a su réaliser, dans les temps modernes, cette grande idée de nationalité conçue par l'Italie dans les temps anciens. Puisse notre ouvrage contribuer à resserrer les liens qui unissent les deux pays! puisse-t-il ranimer pour notre chère patrie, plus souvent jugée qu'étudiée, ce noble intérêt auquel lui donnent droit même ses malheurs!»Esquisse de la vie d'Artiste; parPaul Smith.--Paris, 1844. 2 vol. in-8°.Jules Labitte. 15 fr.M. Paul Smith est un de mes amis intimes, un avocat fort distingué du barreau de Paris: il gagne toutes les causes qu'il plaide, au civil comme au criminel; mais je le soupçonne fort de n'être pas le père de ces deux volumes in-8. Si je ne me trompe, il a seulement prêté son prénom et son nom à un écrivain déjà connu dans la presse parisienne qui désirait se cacher, comme on dit, sous le voile de l'anonyme. Qu'il s'appelle réellement Paul Smith ou... mais m'est-il permis de trahir ce secret? Édouard M. on ne peut nier que l'auteur desEsquisses de la vie d'artisten'ait beaucoup d'esprit de bon sens et de goût. Les divers essais critiques dont se composent ces deux volumes ont déjà, à l'instar deJoconde, d'heureuse mémoire, parcouru le monde et charmé tous les lecteurs assez favorisés du ciel pour avoir eu le bonheur de recevoir leur aimable visite, l'hiver au coin de leur feu, l'été sous un ombrage frais. Publiés par fragments dans divers journaux de la capitale de la France, la presse départementale s'est empressée de lesreproduire: la Belgique les a mêmecontrefaits. Réunis en volumes, ils obtiendront un accueil non moins cordial partout où ils se présenteront; et aucun de leurs hôtes futurs ne se repentira, nous en sommes sûr, de leur avoir accordé l'hospitalité. Partez donc, ô mes jeunes protégés quittez, le quai Voltaire, où M. Labitte ne vous retient pas, et allez prouver à l'univers entier que M. votre père, le faux Paul Smith, a vraiment droit à mes éloges.D'ailleurs, le mérite de l'auteur mis de côté, le sujet de ce livre n'est-il pas merveilleusement choisi pour piquer la curiosité? A quelle époque l'univers entier, auquel j'adresse ces Esquisses, a-t-il donné plus de temps, d'argent et de marques extérieures de tendresse à cette race d'hommes ou de femmes qui, parce qu'elle chante sans fausser, ne fût-ce qu'une seule note, ou parce qu'elle joue avec une certaine habileté d'un instrument quelconque, se désigne elle-même à l'admiration, à la générosité et à l'affection publiques sous le titre d'artistes?--Le mensonge a trop longtemps trôné à côté de la vérité. Il est temps de dessiller les yeux de cette pauvre humanité, tant de fois trompée. L'ivraie ne doit plus rester mêlée au bon grain.--Tel est le but sérieux du livre de M. Paul Smith. Ce devoir rempli. M. Édouard M. raconte à ses lecteurs une foule d'anecdotes inédites sur les artistes grands ou petits, faux ou vrais, sots ou spirituels, rasés ou chevelus; il nous peint leurs mœurs, il nous révèle leurs habitudes, il nous initie aux plus secrets mystères de leur existence aventureuse. Ici, il nous conduit à de petites soirées musicales où viennentposerdevant lui une foule d'originaux: là, il met sous nos yeux des fragments inédits de la correspondance réelle d'une danseuse, qu'un hasard heureux a fait tomber entre ses mains, En un mot, son livre,--toujours fidèle cependant au bon ton et au bon goût, toujours spirituel,--est tantôt grave, tantôt léger, comme la vie même des héros et des héroïnes dont il a voulu devenir l'Homère et dont il a, je ne dirai pas chanté, mais raconté en prose élégante les malheurs, les travers et les exploits.Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en1789; parM. Henri Martin. Nouvelle édition entièrement revue et augmentée d'un nouveau travail sur les origines nationales (tome XI).M Furne vient de mettre en vente le tome XIe de l'Histoire de Francede M. Henri Martin. Ce volume, qui nous a paru plus remarquable encore que les précèdent, embrasse une période de treize années; il s'ouvre avec l'année 1385, et se termine en 1398.--Après avoir achevé l'histoire de la branche des Valois-Angoulème et du règne de Henri III. M. Henri Martin consacre un long chapitre à celle de l'interrègne ou de la guerre de succession; puis, arrivant enfin à l'avènement de la branche des Bourbons, il raconte les principaux événements qui signalèrent le règne de Henri IV depuis la fin de la ligue jusqu'à l'édit de. Nantes. Cette période est, comme on le voit, remplie d'événements importants. Plus M. Henri Martin avance dans son travail, plus son talent semble grandir avec l'intérêt et les difficultés du sujet. Son ouvrage est l'une des études les plus consciencieuses et les plus vraies qui aient été publiées jusqu'à ce jour sur l'histoire de France. Lorsqu'il sera terminé, nous en apprécierons tout à la fois l'ensemble et les détails avec l'attention particulière dont ils nous semblent dignes.Modes.Les bals commencent à devenir nombreux; tous les jours une nouvelle fête amène une nouvelle parure. Nous avons remarqué l'autre soir une charmante toilette, qui se composait d'une robe de tulle avec une seconde jupe ouverte sur les côtés et attachée de distance en distance par des coques de perles entourées de fleurs en marcassite; sur la draperie du corsage brillait une épingle Alexandrine; cette toilette était complétée par un turban en étoffe algérienne, et nous avons entendu dire autour de nous qu'il sort des magasins de mademoiselle Alexandrine. Il fait sensation.Revenons aux toilettes de ville.L'Illustration, qui voit tout, qui va partout, a fait dessiner cette robe lacée; elle est en moire grise ouverte sur un transparent de satin blanc; le lacet est en chenille grise, les manches sont demi-longues et laissent voir des sous-manches en tulle bouillonné; le chapeau est en velours orné de plumes.Malgré la douceur de la saison, on a garni beaucoup les robes et les kazaveckas en fourrure. Voici une robe bordée tout autour de deux rangs de martre qui remontent devant et forment ainsi quatre bandes qui se terminent à la ceinture; une bande plus large est posée sur le corsage et tourne autour du col; les manches sont justes et bordées au bas d'une fourrure.Amusements des Sciences.SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE QUARANTE-DEUXIÈME NUMÉRO.I. On trouvera le nombre demandé en imaginant que les quatre as sont mis à part, et que les 28 cartes restantes sont distribuées de toutes les manières possibles en quatre groupes ou paquets: le premier du 8 cartes pour le joueur en premier, le second de 12 cartes pour le joueur qui donne, les deux autres de 5 et de 3 cartes pour le talon. Le nombre cherché a donc pour expression une fraction ainsi composée:Le numérateur est le produit de tous les nombres entiers consécutifs depuis 1 jusqu'à 28. Le dénominateur est le produit de tous les nombres entiers consécutifs depuis 1 jusqu'à 8, par ceux de 1 à 12, par ceux de 1 à 5, par ceux de 1 à 3.Tout calcul fait, on trouve 24 925 367 263 600.Le rapport de ce nombre à celui qui a été trouvé pour le premier problème du dernier numéro est égal à 0,0137635; d'où l'on voit combien le nombre des combinaisons est diminué par la restriction apportée dans l'énoncé relativement au groupement des as.II. Le jeu dufranc-carreaua été indiqué par Billion dans sonEssai d'arithmétique morale. Voici en quoi il consiste:Sur un sol pavé de carreaux hexagones, réguliers et égaux, comme sont ordinairement les carrelages de nos habitations, on projette au hasard une pièce de monnaie, et un joueur parie pour franc-carreau, c'est-à-dire pour que la pièce, après sa chute, repose tout entière sur un seul carreau. L'adversaire parie qu'elle tombera sur un joint.Pour déterminer les chances de chacun des joueurs, imaginons que dans l'intérieur de chacun des carreaux nous ayons mené aux six côtés autant de parallèles à une distance égale au demi-diamètre de la pièce de monnaie. Nous aurons formé ainsi un second hexagone régulier intérieur au premier.Or, il est clair que le premier joueur gagnera lorsque le centre de la pièce de monnaie tombera dans l'intérieur du plus petit hexagone; qu'il perdra, au contraire, lorsque ce centre tombera entre les contours des deux polygones. D'ailleurs, comme tous les compartiments du carrelage ont été supposés égaux entre eux, il a suffi d'en considérer un seul. On voit donc que la probabilité du gain du premier joueur est égale au rapport de l'aire du petit hexagone à celle du grand.La probabilité du gain du second joueur est égale à la fraction que l'on obtient quand on retranche de l'unité le rapport ci-dessus. Sa représentation géométrique est le rapport de l'aire comprise entre les deux hexagones à l'aire du plus grand.Or, dans tout jeu, il est juste de proportionner les mises des joueurs dans le rapport inverse de leurs chances de gain. On voit donc que la mise du premier joueur étant dans un certain rapport avec l'aire de l'hexagone intérieur, celle du second devra être dans le même rapport avec l'aire comprise entre les deux polygones.III. Lorsqu'on puise de l'eau dans un puits, lorsqu'on exploite une carrière ou une mine à l'aide d'une corde ou d'une chaîne munie d'un seau ou d'unebenneà chacune de ses extrémités, il y a à chaque instant une perte de force considérable, due à ce que l'on a à soulever le poids de la chaîne ou de la corde, outre celui de la matière contenue dans le seau. Quand il s'agit de mines ou de carrières de plusieurs centaines de mètres de profondeur, le poids inutile à soulever, lorsque le seau est au fond du puits, peut être très-considérable par rapport au poids réellement utile.Il paraît que la disposition aussi simple qu'ingénieuse représentée dans notre figure fut imaginée vers le milieu du siècle dernier par l'habile mécanicien Loriot, qui l'adapta aux mines de Poutpeau (Ille-et-Vilaine). On voit sans peine qu'en faisant faire à la corde ou à la chaîne un anneau entier, dont un des bouts descende jusqu'à la profondeur ou l'on doit puiser de l'eau ou charger les matières exploitées, et en attachant les seaux à deux points tels que lorsqu'un des seaux sera au plus haut, l'autre sera au plus bas, il y aura toujours équilibre entre les deux parties de la chaîne, et qu'on n'aura à vaincre en réalité, outre le poids utile, que les résistances dues aux frottements et à la raideur de cette chaîne.Il y a une autre disposition très-simple due à Le Camus, de l'Académie des Sciences, et au moyen de laquelle on arrive à peu près au même résultat; elle consiste à enrouler les deux moitiés de la corde en sens contraire sur les deux moitiés d'un arbre horizontal ou treuil, en sorte que l'une de ces moitiés soit toute couverte de la corde dont le seau est en haut, pendant que l'autre moitié de l'arbre est découverte, le seau qui lui répond étant au point le plus bas. Mais ce procédé exige une plus grande perte de force pour vaincre la raideur de la corde, et est moins satisfaisant que le procède de Loriot.Le Camus a encore proposé un autre appareil pour le cas ou l'on n'a qu'un seau. Il enroule la corde sur un arbre dont la forme est à peu près celle d'un cône tronqué, de sorte que le seau étant au plus bas, la corde agisse sur la partie où le treuil a le plus petit diamètre, et que le seau étant au plus haut, elle agisse sur le plus grand diamètre. Par ce moyen, on emploie toujours la même force d'impulsion; mais la vitesse d'ascension varie à chaque instant. Elle est moindre lorsque le seau commence à monter que lorsqu'il approche de la bouche du puits; et, en définitive, on soulève toujours le poids de là chaîne, ce que l'on évite: par le procède Loriot, avec le double seau et la chaîne sans fin.NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.I. Construire un tourne-broche qui se meuve sans ressort et sans poids.II. Pierre et Paul jouent àpasse-dix, avec la condition que Pierre paiera à Paul un franc s'il passe dix au premier coup, deux francs s'il ne passe dix qu'au second coup, quatre francs s'il ne passe dix qu'au troisième, et ainsi de suite en doublant toujours, de manière que la partie ne se termine que lorsque Pierre a passé dix On demande ce que Paul doit déposer pour enjeu.Rébus.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.Les beaux-arts sont dans toute leur gloire.

Fait et passé audit Palais-Royal, l'an 1670, le seizième jour d'avril, et ont signé:

Le Bourgeois gentilhomme.--Nicolle.

Mémoires de R. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comité du salut public et de la Chambre des Représentants; publiés par MM.Hippolyte Carnot, membre de la chambre des Députés, etDavid(d'Anger) membre de l'Institut, précédé d'une Notice historique par H.Carnot. 4 vol. in-8.--Paris,Jules Labitte, libraire-éditeur, quai Voltaire, 5.

Bertrand Barère a été l'un des hommes que la Révolution française a mis le plus en relief, Avant 1789, simple avocat de province, membre des Académies de Montauban et de Toulouse, distingué seulement comme littérateur par quelques-uns de ceséloges, quelques-unes de cesdissertationsalors à la mode, il fut enlevé, comme tant d'autres, à l'obscurité du barreau natal, et placé subitement au nombre des législateurs qui allaient changer la constitution du gouvernement français. Son rôle dans l'Assemblée nationale manqua pas d'importance; et, dès lors, grâce à une élocution facile, à la souplesse de son esprit, à l'aménité de ses manières, il fut investi par ses collègues de plusieurs missions délicates. C'est ainsi qu'il fit tour à tour partie du comité des lettres, de cachet, du comité des domaines et de féodalité; c'est encore ainsi que son nom se trouve mêlé à des résolutions importantes, telles que le décret qui supprima le droit d'aubaine, la première mesure pénale adoptée contre les émigrés, la qualité de citoyen accordée aux hommes de couleur, etc., etc. Barère, de plus, s'était fait journaliste, et sa feuille (le Point du Jour) fut la première à rendre compte des déliais législatifs, en leur conservant cette forme dramatique qui fait accepter au lecteur les discussions les plus abstraites et les plus arides. David, en retraçant la séance du Jeu de Paume, a fait allusion à cette circonstance de la vie de Barère, en le représentant occupé à sténographier sur son genou l'éloquente apostrophe de Mirabeau.

Les événements de cette époque marchaient vite, et l'esprit un peu timide de Barère avait peine à les suivre dans leur essor hardi. Aussi, quand la république décrétée d'enthousiasme dans la première séance de la Convention, le futur président de cette assemblée se plaignit de ce qu'un débat régulier n'avait point précédé cette grande mesure. Son hésitation à ce sujet est parfaitement critiquée dans la Notice historique dont un homme de cœur et de talent (M. Hippolyte Carnot, membre de la Chambre des Députés) a fait précéder lesMémoires de Barère:--«L'assemblée, dit-il, eut un sentiment plus juste de la situation. Ces résolutions capitales, par lesquelles un seul mot change la forme, d'un État, ne peuvent être l'objet d'un examen contradictoire, comme les articles de la constitution. Elles viennent chacun est pénétré de leur nécessité; mais il est important que leurs auteurs ne témoignent aucune hésitation, s'ils veulent assurer au nouveau pouvoir toute la force morale dont il a besoin.»

Barère, à la Convention, prit d'abord place parmi les Girondins. Représentant d'un des départements du Midi, ses opinions étaient fortement empreintes de fédéralisme. On s'étonne donc de ne pas le voir compris, avec les vaincus du 31 mai, dans la proscription dont Vergniaud et ses amis furent frappés. Il les défendit, il voulut les sauver, mais il ne périt point avec eux. Bien mieux, dès le lendemain, les vainqueurs le comptaient dans leurs rangs. Ce qui le sauva dans cette occasion, fut évidemment la versatilité de son caractère et l'avantage d'une position déjà éclatante. Elle l'était devenue dès le procès de Louis XVI, pendant lequel Barère, investi de la présidence, avait donné aux débats la gravité, le calme que des manifestations populaires menaçaient de lui enlever.

Bien avant le 10 août, Barère faisait partie du comité de défense générale. Lorsque ce comité, concentrant en lui de nouveaux pouvoirs, fut chargé de veiller au salut public, Barère fut un des membres qu'on jugea impossible d'éliminer; il resta donc au sein de ce comité, où Robespierre. Prieur, Saint-Just, Carnot ne devaient être appelés que plus lard, au mois d'août 1793, quand la France menacée de toutes parts dut vaincre par de prodigieux efforts les difficultés d'une situation inouie; quand ellebrûla ses vaisseaux, pour nous servir d'une expression de l'un des membres de son comité (Cambou), on pouvait croire encore alors que Barère serait exclu d'un gouvernement auquel prenaient part des hommes longtemps en butte à ses accusations. En octobre, en novembre 1702, il attaquait les opinions sanguinaires «d'un homme qu'il ne pouvait se résoudre à nommer.» C'était Marat. Il lançait contre Robespierre des accusations indirectes de dictature; et lorsque Louvet, le 5 novembre, porta nettement cette inculpation à la tribune, lorsque la majorité demanda l'ordre du jour, Barère essaya de le faire motiver d'une manière injurieuse pour celui qu'il appelait alors «un homme d'un jour, un petit entrepreneur de révolutions.»--«Ne donnons pas, ajoutait-il, ne donnons pas de l'importance à des hommes que l'opinion générale saura mettre à leur place; n'élevons pas des piédestaux à des pygmées!» Lepygméedont il était question monta par des degrés sanglants au pouvoir, et Barère, frémissant, accepta cependant la domination de ce terrible collègue. Du 10 juillet 23 juillet 1794, douze hommes partagèrent le gouvernement suprême de la république, et réunirent en eux, --les circonstances le voulaient ainsi,--plus de pouvoir que les monarques les plus absolus n'en ont jamais exercé. Tous les Français furent mis en réquisition permanente, les hommes mariés comme les jeunes gens, les femmes comme leurs maris, les enfants comme leurs mères; les vieillards eux-mêmes devaient se faire porter dans les places publiques pour exciter le courage des guerriers et la haine des rois (5). Toute maison nationale était une caserne, toute place publique un atelier d'armes. Bref, les forces entières du pays, le comité de salut public les résumait, pour les tourner contre les ennemis de la liberté. Ce temps d'horribles souffrances, de crimes odieux, d'incroyable arbitraire, fut le plus glorieux de nos annales, parce qu'en fin de compte le patriotisme le plus désintéressé, le dévouement le plus sincère dictèrent aux décemvirs du comité les volontés les plus implacables.

Note 5: Décret de la Convention du 23 août 1793.

Pendant ces douze mois, Barère déploya des talents à la hauteur de la situation. Il était chargé de tout ce qui touchait aux relations extérieures. Il eut plus d'une fois l'intérim de la marine; la mendicité, les beaux-arts, les théâtres, ressortissaient de lui. De plus, il avait une large part dans l'administration de la guerre, et c'était par lui que presque toutes les décisions importantes du comité se trouvaient expliquées et justifiées devant la Convention.

Tout le monde connaît ses fameux rapports, qui, après chaque victoire de nos armées, portaient à son comble l'enthousiasme patriotique. Barère, entraîné par les circonstances, avait pressenti et pour ainsi dire copié d'avance le style coloré, rapide, énergique, reproduit plus lard dans les bulletins impériaux «Le public et l'assemblée étaient tellement habitués à voir en lui un porteur de bonnes nouvelles, que sa présence dans la salle excitait un enthousiasme inimaginable; les acclamations le saluaient à l'entrée, et de toutes parts on s'écriait:Barère à la tribune!La discussion commencée était interrompue pour l'entendre. Ses rapports, lus à haute voix dans les camps, électrisaient les, soldats, et lui-même raconte avec un juste sentiment d'orgueil qu'on en a vu courir à l'ennemi en s'écriant:Barère à la tribune!

Alors, un décret debien mérité de la pairieétait la récompense la plus belle et la plus ambitionnée. Le désintéressement était partout. Depuis les membres du comité de salut public, qui recevaient 18 francs par jour en assignats (les assignats étaient alors au sixième de leur valeur Nominale), jusqu'aux soldats sans habits, sans souliers, sans pain, qui acceptaient un morceau de papier imprimé pour prix des plus héroïques dévouements, personne ne songeait à tirer parti de la chose publique. Jamais idole ne reçut plus de sacrifices ni de plus gratuits: on lui livrait tout, on ne lui demandait rien. Aussi la France peut-elle dire avec orgueil que si la crise révolutionnaire eut les excès du fanatisme, elle en eut aussi les grandes et pures vertus.

Quand cette crise fut passée, le comité de salut public tendit à se dissoudre. Des divisions intestines le minaient. Ses véritables hommes d'État, Robespierre et Saint-Just, voulaient une dictature nécessaire, selon eux, pour donner leur développement aux institutions républicaines et mettre les mœurs de la France au niveau de sa liberté nouvelle. Mais beaucoup d'hommes sincères redoutaient l'ambition de Robespierre, et sa rigidité menaçante faisait trembler tous lescorrompus. A un jour donné, laplaineet lamontagnes'unirent pour renverser les dictateurs. Barère se déclara contre eux, et fut un des auteurs du 9 thermidor. La réaction qu'il avait provoquée ce jour-la tourna bientôt contre lui. Tallien, Barras, Freron, après l'avoir ménagé quelque temps, parvinrent à l'exclure du comité. Bientôt il fut poursuivi, ainsi que ses ex-collègues, Billaud-Varennes et Collot d'Herbois. Son emprisonnement dans l'Ile d'Oleron, sa fuite et sa retraite à Bordeaux, où il passa secrètement cinq années de proscription; ses relations avec le premier consul, son exil en 1814, son retour en 1830, remplissent les dernières pages de sesMémoires, dont le quatrième volume est consacré à une galerie de portraits recueillis à toutes les époques de cette, existence qui en a côtoyé tant d'autres.

LesMémoiresde Barère, parfaitement authentiques, et dont la rédaction a été respectée (peut-être à l'excès), figurent naturellement parmi les livres les plus indispensables à quiconque veut bien connaître l'histoire de la Révolution française. Leur auteur est le seul membre, du comité de salut publié dont on possède encore les souvenirs, et, selon toute apparence, aucun autre révélateur ne nous dira jamais ce qui se passait dans l'intérieur de ce conseil suprême. Il est malheureux que Barère, écrivain médiocre, ait donné trop de soin à sa défense personnelle dans une œuvre qui pouvait présenter un admirable tableau d'histoire politique. Telle qu'elle est néanmoins, et surtout à cause de la savante notice historique: que nous avons citée, un succès durable est acquis à cette importante publication.

La Grèce continentale et la Morée, voyage, séjour et études historiques en 1840 et 1841; parJ.-A. Buchon.--Paris, 1844.Gosselin.1 vol. in-18. 3 fr. 50 c.

Malgré les exploits de Philippe-Auguste et du Richard Cœur de Lion, la troisième croisade avait vainement essayé de reprendre Jérusalem à Saladin. Innocent III espéra un moment qu'une nouvelle tentative serait plus heureuse; mais le temps était passé des passions désintéressées et des grands dévouements. Au lien d'aller assiéger Jérusalem, les croisés s'emparèrent de Constantinople, et se partagèrent l'empire byzantin. Déjà les Iles de Chypre et de Candie formaient, à cette époque, des principautés particulières. Un empire franc fut créé à Constantinople, et donné au comte Baudoin de Flandre, qui avait épouse Marie de Champagne. Du cet empire relevèrent: les duchés francs établis, soit en Asie, soit en Europe, au nord de l'ancien empire grec; les provinces et les îles données au doge de Venise avec le titre de despote; le royaume de Salonique; enfin, la principauté de Morée, qui embrassait le reste de la Grèce continentale, le Péloponnèse, les Cyclades et les îles Ioniennes, moins Corfou, conquise par un seigneur français.

L'empire franc de Constantinople ne dura que cinquante-neuf ans. Le royaume de Salonique fut détruit même avant lui; mais la principauté française de Morée ou d'Achaïe eut une plus longue existence. Gouvernée par une suite de souverains braves et habiles de la famille Ville-Hardoin de Champagne, et rattachée à la fois par des liens de famille et de féodalité à la dynastie angevine des Deux-Siciles, elle continua à se maintenir, plus ou moins déchirée, plus ou moins puissante, mais toujours française et toujours indépendante et guerrière, jusqu'à la conquête turque, à la fin du quinzième siècle.

M. J.-A. Buchon a entrepris d'écrire l'histoire de cette partie importante de nos conquêtes étrangères. Mais, avant d'en publier les résultats, il a voulu aller terminer et compléter sur les lieux ses longues recherches; aujourd'hui il présente seulement au public le récit du voyage qu'il a entrepris, dans le but de contempler à la fois cette jeune société européenne que la liberté avait agrégée aux vieux États occidentaux, et les débris des monuments et des souvenirs de l'antique domination des nôtres, monuments et souvenirs dispersés partout sur cette terre conquise et dominée par eux pendant plus de deux siècles, à la suite de la quatrième croisade.»

Ce nouvel ouvrage de M. J. A. Buchon se divise, comme son titre l'indique, en deux parties: la Grèce continentale et la Morée. M. A. Buchon visite successivement, dans la Grèce continentale: Athènes, Daphni, Eleusis, l'Hymette. Marathon, Thèbes, Cheronée, Delphes, les Thermopyles, Poursos; dans la Morée, Epidaure, Nauplie. Mycènes. Argas, Sparte, Messèe, Navarin. Mégalopolis, Olympie, Patras, Égire, Corinthe. Cytheron, Eleuthère, etc. Il donne, sur l'état actuel de tous ces lieux célèbres et des contrées intermédiaires, une foule de renseignements curieux. Les événements dont la Grèce est actuellement le théâtre ajoute un nouveau degré d'intérêt à cette relation de voyage de M. J.-A Buchon.

Histoire universelle, parCésar Cantu; soigneusement remaniée par l'auteur, et traduite sous ses yeux parEugène Arden, ancien député, etPiersilvestro Leopardi, Tome I. in-8. Paris, 1843.Firmin Didot. 6 fr.

Le premier volume de l'Histoire universellede M. César Cantu, dont nous avions, il y a plusieurs mois, annoncé la publication prochaine, a paru cette semaine à la librairie Didot. Nous ne reviendrons pas maintenant sur ce que nous avions dit alors de cet ouvrage, qui a obtenu un si grand succès en Italie.--Ce premier volume commence par une longue introduction, dans laquelle M. César Cantu expose sa méthode, et divise l'Histoire universelleen dix-sept époques principales. Viennent ensuite les deux premières époques; la première a pour titrede la création à la dispersion des hommes, elle se subdivise en cinq chapitres: la Genèse, l'antiquité du monde, l'origine de l'espèce humaine, les premiers pays habités, et les premières sociétés; la deuxième est intitulée:de la dispersion des peuples aux olympiades. L'Asie, les Hébreux, les Indiens, les Égyptiens, les Phéniciens et les Grecs, tels sont les sujets de ses trente chapitres.

«Ayant beaucoup appris à l'école des écrivains français, dit M. César Cantu en terminant l'avertissement qu'il a mis en tête de cette traduction de sonHistoire universelle, nous avons profité librement de tout ce qui nous a paru convenir à notre sujet. Ainsi, nous croyons nous acquitter d'une dette de reconnaissance en rendant à la France ce que nous avons en grande partie emprunté d'elle; heureux si elle trouve que nous en avons parfois su faire un bon usage! heureux si, en proclamant avec franchise ce que nous avons médité avec conscience, notre voix ne se perd pas tout à fait au milieu de tant d'autres plus puissantes! Pour oser l'espérer, il faut bien que nous comptions sur les sympathies d'un pays qui s'offre aux étrangers comme une seconde patrie, et que tous considèrent comme tel dès qu'ils ont pu le connaître. La France a su réaliser, dans les temps modernes, cette grande idée de nationalité conçue par l'Italie dans les temps anciens. Puisse notre ouvrage contribuer à resserrer les liens qui unissent les deux pays! puisse-t-il ranimer pour notre chère patrie, plus souvent jugée qu'étudiée, ce noble intérêt auquel lui donnent droit même ses malheurs!»

Esquisse de la vie d'Artiste; parPaul Smith.--Paris, 1844. 2 vol. in-8°.Jules Labitte. 15 fr.

M. Paul Smith est un de mes amis intimes, un avocat fort distingué du barreau de Paris: il gagne toutes les causes qu'il plaide, au civil comme au criminel; mais je le soupçonne fort de n'être pas le père de ces deux volumes in-8. Si je ne me trompe, il a seulement prêté son prénom et son nom à un écrivain déjà connu dans la presse parisienne qui désirait se cacher, comme on dit, sous le voile de l'anonyme. Qu'il s'appelle réellement Paul Smith ou... mais m'est-il permis de trahir ce secret? Édouard M. on ne peut nier que l'auteur desEsquisses de la vie d'artisten'ait beaucoup d'esprit de bon sens et de goût. Les divers essais critiques dont se composent ces deux volumes ont déjà, à l'instar deJoconde, d'heureuse mémoire, parcouru le monde et charmé tous les lecteurs assez favorisés du ciel pour avoir eu le bonheur de recevoir leur aimable visite, l'hiver au coin de leur feu, l'été sous un ombrage frais. Publiés par fragments dans divers journaux de la capitale de la France, la presse départementale s'est empressée de lesreproduire: la Belgique les a mêmecontrefaits. Réunis en volumes, ils obtiendront un accueil non moins cordial partout où ils se présenteront; et aucun de leurs hôtes futurs ne se repentira, nous en sommes sûr, de leur avoir accordé l'hospitalité. Partez donc, ô mes jeunes protégés quittez, le quai Voltaire, où M. Labitte ne vous retient pas, et allez prouver à l'univers entier que M. votre père, le faux Paul Smith, a vraiment droit à mes éloges.

D'ailleurs, le mérite de l'auteur mis de côté, le sujet de ce livre n'est-il pas merveilleusement choisi pour piquer la curiosité? A quelle époque l'univers entier, auquel j'adresse ces Esquisses, a-t-il donné plus de temps, d'argent et de marques extérieures de tendresse à cette race d'hommes ou de femmes qui, parce qu'elle chante sans fausser, ne fût-ce qu'une seule note, ou parce qu'elle joue avec une certaine habileté d'un instrument quelconque, se désigne elle-même à l'admiration, à la générosité et à l'affection publiques sous le titre d'artistes?--Le mensonge a trop longtemps trôné à côté de la vérité. Il est temps de dessiller les yeux de cette pauvre humanité, tant de fois trompée. L'ivraie ne doit plus rester mêlée au bon grain.--Tel est le but sérieux du livre de M. Paul Smith. Ce devoir rempli. M. Édouard M. raconte à ses lecteurs une foule d'anecdotes inédites sur les artistes grands ou petits, faux ou vrais, sots ou spirituels, rasés ou chevelus; il nous peint leurs mœurs, il nous révèle leurs habitudes, il nous initie aux plus secrets mystères de leur existence aventureuse. Ici, il nous conduit à de petites soirées musicales où viennentposerdevant lui une foule d'originaux: là, il met sous nos yeux des fragments inédits de la correspondance réelle d'une danseuse, qu'un hasard heureux a fait tomber entre ses mains, En un mot, son livre,--toujours fidèle cependant au bon ton et au bon goût, toujours spirituel,--est tantôt grave, tantôt léger, comme la vie même des héros et des héroïnes dont il a voulu devenir l'Homère et dont il a, je ne dirai pas chanté, mais raconté en prose élégante les malheurs, les travers et les exploits.

Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en1789; parM. Henri Martin. Nouvelle édition entièrement revue et augmentée d'un nouveau travail sur les origines nationales (tome XI).

M Furne vient de mettre en vente le tome XIe de l'Histoire de Francede M. Henri Martin. Ce volume, qui nous a paru plus remarquable encore que les précèdent, embrasse une période de treize années; il s'ouvre avec l'année 1385, et se termine en 1398.--Après avoir achevé l'histoire de la branche des Valois-Angoulème et du règne de Henri III. M. Henri Martin consacre un long chapitre à celle de l'interrègne ou de la guerre de succession; puis, arrivant enfin à l'avènement de la branche des Bourbons, il raconte les principaux événements qui signalèrent le règne de Henri IV depuis la fin de la ligue jusqu'à l'édit de. Nantes. Cette période est, comme on le voit, remplie d'événements importants. Plus M. Henri Martin avance dans son travail, plus son talent semble grandir avec l'intérêt et les difficultés du sujet. Son ouvrage est l'une des études les plus consciencieuses et les plus vraies qui aient été publiées jusqu'à ce jour sur l'histoire de France. Lorsqu'il sera terminé, nous en apprécierons tout à la fois l'ensemble et les détails avec l'attention particulière dont ils nous semblent dignes.

Les bals commencent à devenir nombreux; tous les jours une nouvelle fête amène une nouvelle parure. Nous avons remarqué l'autre soir une charmante toilette, qui se composait d'une robe de tulle avec une seconde jupe ouverte sur les côtés et attachée de distance en distance par des coques de perles entourées de fleurs en marcassite; sur la draperie du corsage brillait une épingle Alexandrine; cette toilette était complétée par un turban en étoffe algérienne, et nous avons entendu dire autour de nous qu'il sort des magasins de mademoiselle Alexandrine. Il fait sensation.

Revenons aux toilettes de ville.

L'Illustration, qui voit tout, qui va partout, a fait dessiner cette robe lacée; elle est en moire grise ouverte sur un transparent de satin blanc; le lacet est en chenille grise, les manches sont demi-longues et laissent voir des sous-manches en tulle bouillonné; le chapeau est en velours orné de plumes.

Malgré la douceur de la saison, on a garni beaucoup les robes et les kazaveckas en fourrure. Voici une robe bordée tout autour de deux rangs de martre qui remontent devant et forment ainsi quatre bandes qui se terminent à la ceinture; une bande plus large est posée sur le corsage et tourne autour du col; les manches sont justes et bordées au bas d'une fourrure.

I. On trouvera le nombre demandé en imaginant que les quatre as sont mis à part, et que les 28 cartes restantes sont distribuées de toutes les manières possibles en quatre groupes ou paquets: le premier du 8 cartes pour le joueur en premier, le second de 12 cartes pour le joueur qui donne, les deux autres de 5 et de 3 cartes pour le talon. Le nombre cherché a donc pour expression une fraction ainsi composée:

Le numérateur est le produit de tous les nombres entiers consécutifs depuis 1 jusqu'à 28. Le dénominateur est le produit de tous les nombres entiers consécutifs depuis 1 jusqu'à 8, par ceux de 1 à 12, par ceux de 1 à 5, par ceux de 1 à 3.

Tout calcul fait, on trouve 24 925 367 263 600.

Le rapport de ce nombre à celui qui a été trouvé pour le premier problème du dernier numéro est égal à 0,0137635; d'où l'on voit combien le nombre des combinaisons est diminué par la restriction apportée dans l'énoncé relativement au groupement des as.

II. Le jeu dufranc-carreaua été indiqué par Billion dans sonEssai d'arithmétique morale. Voici en quoi il consiste:

Sur un sol pavé de carreaux hexagones, réguliers et égaux, comme sont ordinairement les carrelages de nos habitations, on projette au hasard une pièce de monnaie, et un joueur parie pour franc-carreau, c'est-à-dire pour que la pièce, après sa chute, repose tout entière sur un seul carreau. L'adversaire parie qu'elle tombera sur un joint.

Pour déterminer les chances de chacun des joueurs, imaginons que dans l'intérieur de chacun des carreaux nous ayons mené aux six côtés autant de parallèles à une distance égale au demi-diamètre de la pièce de monnaie. Nous aurons formé ainsi un second hexagone régulier intérieur au premier.

Or, il est clair que le premier joueur gagnera lorsque le centre de la pièce de monnaie tombera dans l'intérieur du plus petit hexagone; qu'il perdra, au contraire, lorsque ce centre tombera entre les contours des deux polygones. D'ailleurs, comme tous les compartiments du carrelage ont été supposés égaux entre eux, il a suffi d'en considérer un seul. On voit donc que la probabilité du gain du premier joueur est égale au rapport de l'aire du petit hexagone à celle du grand.

La probabilité du gain du second joueur est égale à la fraction que l'on obtient quand on retranche de l'unité le rapport ci-dessus. Sa représentation géométrique est le rapport de l'aire comprise entre les deux hexagones à l'aire du plus grand.

Or, dans tout jeu, il est juste de proportionner les mises des joueurs dans le rapport inverse de leurs chances de gain. On voit donc que la mise du premier joueur étant dans un certain rapport avec l'aire de l'hexagone intérieur, celle du second devra être dans le même rapport avec l'aire comprise entre les deux polygones.

III. Lorsqu'on puise de l'eau dans un puits, lorsqu'on exploite une carrière ou une mine à l'aide d'une corde ou d'une chaîne munie d'un seau ou d'unebenneà chacune de ses extrémités, il y a à chaque instant une perte de force considérable, due à ce que l'on a à soulever le poids de la chaîne ou de la corde, outre celui de la matière contenue dans le seau. Quand il s'agit de mines ou de carrières de plusieurs centaines de mètres de profondeur, le poids inutile à soulever, lorsque le seau est au fond du puits, peut être très-considérable par rapport au poids réellement utile.

Il paraît que la disposition aussi simple qu'ingénieuse représentée dans notre figure fut imaginée vers le milieu du siècle dernier par l'habile mécanicien Loriot, qui l'adapta aux mines de Poutpeau (Ille-et-Vilaine). On voit sans peine qu'en faisant faire à la corde ou à la chaîne un anneau entier, dont un des bouts descende jusqu'à la profondeur ou l'on doit puiser de l'eau ou charger les matières exploitées, et en attachant les seaux à deux points tels que lorsqu'un des seaux sera au plus haut, l'autre sera au plus bas, il y aura toujours équilibre entre les deux parties de la chaîne, et qu'on n'aura à vaincre en réalité, outre le poids utile, que les résistances dues aux frottements et à la raideur de cette chaîne.

Il y a une autre disposition très-simple due à Le Camus, de l'Académie des Sciences, et au moyen de laquelle on arrive à peu près au même résultat; elle consiste à enrouler les deux moitiés de la corde en sens contraire sur les deux moitiés d'un arbre horizontal ou treuil, en sorte que l'une de ces moitiés soit toute couverte de la corde dont le seau est en haut, pendant que l'autre moitié de l'arbre est découverte, le seau qui lui répond étant au point le plus bas. Mais ce procédé exige une plus grande perte de force pour vaincre la raideur de la corde, et est moins satisfaisant que le procède de Loriot.

Le Camus a encore proposé un autre appareil pour le cas ou l'on n'a qu'un seau. Il enroule la corde sur un arbre dont la forme est à peu près celle d'un cône tronqué, de sorte que le seau étant au plus bas, la corde agisse sur la partie où le treuil a le plus petit diamètre, et que le seau étant au plus haut, elle agisse sur le plus grand diamètre. Par ce moyen, on emploie toujours la même force d'impulsion; mais la vitesse d'ascension varie à chaque instant. Elle est moindre lorsque le seau commence à monter que lorsqu'il approche de la bouche du puits; et, en définitive, on soulève toujours le poids de là chaîne, ce que l'on évite: par le procède Loriot, avec le double seau et la chaîne sans fin.

I. Construire un tourne-broche qui se meuve sans ressort et sans poids.

II. Pierre et Paul jouent àpasse-dix, avec la condition que Pierre paiera à Paul un franc s'il passe dix au premier coup, deux francs s'il ne passe dix qu'au second coup, quatre francs s'il ne passe dix qu'au troisième, et ainsi de suite en doublant toujours, de manière que la partie ne se termine que lorsque Pierre a passé dix On demande ce que Paul doit déposer pour enjeu.

Les beaux-arts sont dans toute leur gloire.


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