Bulletin bibliographique.

En outre de ces hydres, qui ne poussent des bourgeons qu'à la base du pied, on en trouve quelques-unes qui portent en même temps des bourgeons au bas du corps, et d'autres au milieu et plus ou moins près de la bouche; l'individu figuré à côté porte deux bourgeons, l'un normal et l'autre développé au delà du lieu ordinaire.C'est l'abondance de la nourriture qui produit le plus souvent cette exubérance de bourgeonnement; mais il s'y joint aussi une deuxième cause, qui est la forme anguleuse de certaines proies. Nous mettons ici sous les yeux des figures d'hydres qui, ayant mangé des larves de cousin, ont produit de ces bourgeons formes plus ou moins près de la bouche. La première figure est celle d'une hydre très-vigoureuse qui vient d'avaler une larve de cet insecte, dont on voit le corps à travers la peau transparente du polype. Le ventre de ce polype est très-distendu, et c'est sur le point le plus irrité par cette distension qu'apparaîtra un bourgeon exceptionnel.Dans le deuxième individu, qui avait avalé des larves de cousin dont il avait vomi la peau, et qui portait un bourgeon près de la bouche, une nouvelle larve, qu'il vient de manger, distend l'estomac, et une portion de la queue de cette larve a pénétré dans l'estomac du bourgeon qui communique avec celui de la mère. Ce phénomène démontre bien nettement que ce bourgeon n'est réellement, dès son origine, qu'un cul-de-sac de l'estomac de l'individu mère. Ce bourgeon exceptionnel n'a point encore poussé de bras.Le phénomène de l'introduction de la proie avalée par l'hydre mère, dans la cavité on l'estomac du bourgeon, est quelquefois encore plus manifeste, lorsque ce bourgeon est plus développé et porte déjà deux on trois bras, comme on le voit chez le troisième individu qui avait avalé une larve de cousin, dont la moitié du corps remplit l'estomac du bourgeon.On peut ainsi constater qu'un nouvel individu provenant de bourgeons mange et digère en même temps que sa mère, et qu'il prend ainsi de la nourriture par une ouverture opposée à la bouche, qui est alors encore imperforée.On vient de voir que l'hydre pousse ordinairement des bourgeons à la hase du pied, et exceptionnellement d'autres bourgeons qui se développent, pendant la belle saison, plus ou moins près de la bouche,sous l'influence d'une nourriture abondante et de la distension du sac stomacal de la mère par des proies de forme anguleuse. Une autre sorte de bourgeon exceptionnel se forme aussi au delà de la base du pied chez les hydres qui ont été atteintes, en automne ou au printemps, de la maladie pustuleuse. L'individu figuré ici à côté porte sept tumeurs pustuleuses, dont l'une laisse s'échapper de son sommet des corpuscules aminés d'un mouvement de titubation. Nous dirons, en parlant des œufs de l'hydre, ce que les corpuscules ont paru être.Lorsque les individus qui ont été atteints de pustules sont sur le point d'en être guéris complètement, et lorsque cette guérison coïncide avec la fin de l'hiver et le retour du printemps, chacune des petites tumeurs qui subsistent après la guérison ne s'efface pas complètement et se transforme en autant de bourgeons exceptionnels qu'il y avait auparavant des pustules. Ces hydres ont leur corps garni d'un nombre considérable de bourgeons qui poussent tous en même temps, ce qui n'a point lieu dans l'état ordinaire, ni dans le premier cas du bourgeonnement exceptionnel mentionné ci-dessus. L'individu ici figuré porte sept bourgeons succédant à des pustules; il y en a qui en portent davantage et quelquefois une vingtaine.Passons maintenant à la reproduction des hydres par divisions et par boutures. Les observateurs avaient bien eu l'occasion de constater que le polype d'eau douce se partage quelquefois naturellement, de lui-même, en deux moitiés, au moyen d'une division transversale. Mais ce genre de reproduction n'a lieu que rarement, et les besoins de la science exigeaient que cette opération naturelle ne fût plus aussi rare afin qu'il fût possible d'examiner sous le microscope le travail organique de la séparation en deux moitiés.Voici comment s'opère graduellement cette division d'une hydre très-bien nourrie en deux moitiés transversales, l'une sans queue, et l'autre sans tête. L'animal éprouve d'abord une constriction circulaire (voyez les figures à côté) sur le point du corps qui sera le siège de la division.Cette constriction augmente graduellement, comme si un lien étranglait cette partie du corps de l'animal, en sorte que les deux moitiés ne sont plus continues entre elles que par un point, et finissent par se séparer entièrement. L'individu se montre sous les deux aspects exprimés par les deux figures que nous avons rapprochées ici à dessein pour marquer les deux derniers temps du même phénomène qui avait commencé dans le même individu.Après que cette séparation s'est effectuée, on a pendant quelques heures sous les yeux deux hydres, l'une sans queue et l'autre sans tête. Celle-ci peut prendre de la nourriture avec ses bras, ce qui n'est pas permis à l'autre, qui se trouve ainsi forcée de jeûner. Nous devons faire remarquer que cette division naturelle des hydres en deux et quelquefois en trois parties, a toujours lieu sur des individus très-bien nourris antérieurement. Chaque fragment est bien vivant et se trouve ainsi doué d'une grande force de reproduction des parties qui lui manquent. En effet, en peu d'heures, on voit pousser la queue sur la moitié qui en est dépourvue, et les bras sur le gros bout de la moitié sans tête, en sorte qu'en deux ou trois jours, pendant la belle saison, chaque moitié de l'hydre est devenue un nouvel animal entier et parfaitement semblable au premier individu.Mais cette division en deux parties redevenues deux nouveaux individus est malheureusement trop rare, et ce genre de reproduction est en quelque sorte exceptionnel, par rapport à la multiplication au moyen de bourgeons. Ce n'est point encore là le phénomène de la reproduction par de véritables boutures qui excite le plus vivement la curiosité des observateurs; aussi la réparation des parties perdues par chaque moitié ou par chaque tiers d'un polype a-t-elle reçu le nom de rédintégration, c'est-à-dire de restitution vitale d'un animal à son état d'intégralité.Voyons maintenant comment l'auteur des nouvelles recherches sur le polype d'eau douce est parvenu à élucider ce point encore obscur de l'histoire naturelle du curieux animal. Il a soupçonné d'abord qu'une irritation naturelle provoquait la constriction et la division des hydres en deux ou trois fragments, et il a imité la nature en passant autour du corps de plusieurs hydres, prises dans des moments choisis de leur existence, un cheveu très-fin qui ne devait être retenu que par mi nœud simple. Il fallait que ce cheveu fut simplement appliqué et non serré autour du corps si mou et si délicat de l'hydre. Cette expérience fort simple, mais très-difficile à cause de la petitesse des objets et de la mollesse du corps des hydres, a fourni les résultats que l'expérimentateur en attendait.Une première hydre ne portant aucun bourgeon et n'ayant aucune tendance à se couper en deux a été entourée d'un cheveu très-fin fixé au moyen d'un nœud simple avec toutes les précautions indiquées, et en vingt-quatre heures elle s'est divisée en deux moitiés qui sont devenues elles-mêmes, deux jours après, des individus entiers, et réparant les parties qui leur manquaient, comme on le voit dans la figure à côté de celle de l'hydre sans bourgeon entourée d'un cheveu.La même opération a été faite sur une deuxième hydre qui portait deux bourgeons, l'un normal, et l'autre exceptionnel, c'est-à-dire développé près de la bouche de la mère. Le corps de la mère et celui du petit bourgeon exceptionnel ont été ceints chacun d'un cheveu, ce qu'exprime la figure mise sous les jeux du lecteur.Cette deuxième expérience a donné les mêmes résultats qui sont exprimés dans la figure qui suit immédiatement.Une troisième hydre portant un premier œuf a été soumise à la même opération, qui a été suivie du même succès avec une légère différence. Dans ce cas la constriction du corps de cette hydre provoquée par division du cheveu a été plus lente et ne s'est effectuée que quelques heures plus tard, et la réparation des parties perdues a été également plus tardive; ce qui tient à ce que les hydres qui pondent des œufssont plus près du terme de leur existence, de même que les plantes annuelles ou bisannuelles au moment de leur floraison et de leur reproduction par graines; et voilà pourquoi il faut choisir des hydres portant des œufs au moment où elles n'ont encore qu'un œuf, sans quoi l'expérience de la division en deux moitiés, pour obtenir deux nouveaux individus, ne réussirait point.Une quatrième expérience semblable aux précédentes a été faite sur une hydre qui portait un œuf bien développé, quelques œufs naissants, et dont le corps était en même temps recouvert de pustules. Cet individu, figuré ici, était très-vigoureux, et l'expérience a donné le même résultat, qui se trouve encore exprimé par la figure suivante.Il s'agissait enfin de constater si les hydres atteintes de la maladie pustuleuse conservaient assez de vigueur et de force de reproduction pour réparer leurs parties perdues, en admettant que l'application de cheveu autour de leur corps provoquerait également la séparation endeux moitiés. Les expériences plus nombreuses faites à ce sujet ont donné les résultats qu'on pouvait prévoir: les individus recouverts de pustules, qui étaient faibles et mal nourris précédemment, se sont bien coupés en deux moitiés, mais la réparation des parties perdues qui devait les redintégrer a été incomplète, ou a avorté complètement dans quelques-uns; mais lorsque les individus atteints de pustules étaient très-vigoureux, l'opération a marché comme dans les expériences précédentes, c'est-à-dire que la séparation en deux moitiés s'est faite comme dans les hydres qui portaient des bourgeons, et chaque moitié est devenue, quoique un peu plus lentement, un nouvel individu complet. On peut même voir, par les deux figures mises à l'appui de l'énoncé de ce fait, que les bourgeons commençaient à pousser sur chaque point du corps de l'hydre qui était auparavant le siège d'une pustule.Au moyen de ces expériences nouvelles, qui sont fort simples, et que tout observateur patient et adroit peut répéter, on est en mesure de pouvoir constater le mécanisme physiologique de la reproduction des hydres par division spontanée, en les portant sous le microscope, parce qu'on peut se procurer expérimentalement autant d'individus placés dans cette condition qu'il en faut pour éclaircir ce point de la reproduction des animaux par scissiparité, non encore étudié microscopiquement.Cette étude microscopique des fragments d'un animal zoophyte, qui devient un nouvel individu entier, doit marcher de pair avec celle des bourgeons et avec celle des boutures, ce qui abrège et simplifie beaucoup l'exposé de la reproduction des animaux par des corps reproducteurs qui ne sont réellement pas des œufs.Un bourgeon naissant d'hydre, porté sous le microscope et étudié sous plusieurs grossissements, depuis les plus faibles jusqu'aux plus forts, se montre toujours, comme l'exprime la figure, sous la forme d'une véritable extension du tissu vivant de la mère. Quelque soin qu'ait mit l'auteur des nouvelles recherches, il n'a jamais pu découvrir une prétendue cellule ou utricule primordiale que l'analogie avait supposé devoir être le premier germe du bourgeon naissant de l'hydre. Cette question peut donc maintenant être considérée comme résolue au moyen de l'observation directe.Mais pendant que l'hydre se coupe en deux moitiés et au premier moment du bourgeonnement de chaque moitié, qui devient un nouvel individu complet, peut-on encore découvrir, sous le microscope, cette prétendue cellule primordiale qui serait le germe des nouvelles parties qui poussent pour rendre l'animal entier? Nullement, et les deux figures placées sous les yeux ne montrent que l'aspect du tissu vivant qui bourgeonnera simplement par une extension vitale de sa substance charnue et presque homogène.Nous voici maintenant arrivés à la question si curieuse des boutures de l'hydre. Nous donnons à dessein, comme l'auteur des nouvelles recherches, le nom de boutures pour signifier que, dans ce cas, l'animal a été pour ainsi dire haché en très-petits morceaux. Il faut faire attention ici que l'animal haché étant très-petit, on n'avait point encore précisé le degré et la limite de petitesse des hachures qui peuvent, a-t-on dit, devenir un nouvel animal; c'était donc un point très-important non encore abordé par les premiers observateurs. Disons d'abord que les fragments de bras d'une hydre ne reproduisent un nouvel individu que lorsque le morceau renferme une portion de la bouche de l'animal. Le lecteur a sous les yeux desfragments simples de bras et des fragments avec portion de la bouche, et d'autres coin prenant la tête et les bras de l'animal; ces derniers deviennent de nouveaux individus complets. Il en est de même à l'égard des tronçons de corps de l'hydre, qu'on obtient en coupant, d'un coup de ciseau, l'animal en tronçons transverses et longitudinaux. Les tronçons longitudinaux rapprochent bientôt leurs bords, qui se soudent, et le morceau est alors devenu un sac stomacal. La limite extrême de petitesse des boutures prises sur le corps de l'hydre, et susceptibles de devenir encore un nouvel animal, a été estimée à une hachure ou lambeau de sac stomacal, qui aurait un diamètre d'environ un quart de millimètre.L'auteur établit, dans cette partie si délicate de ses expériences, que cette bouture doit contenir cependant une portion de peau externe et de peau interne, et qu'elle doit être si petite qu'il ne puisse résulter un sac stomacal de l'affrontement des bords de ce lambeau extrêmement petit du sac stomacal de l'hydre haché en morceaux très-petits; au delà de cette limite, les parcelles du tissu vivant de l'hydre ne peuvent plus se reproduire.Enfin, ces morceaux très-petits du corps de l'hydre, dont la forme est irrégulière, s'arrondissent et deviennent une sorte d'œuf bouturain et sans coque, à limbe transparent et à noyau opaque. Observé dans ce moment sous le microscope à un grossissement de trois à quatre cents diamètres, il présente les premiers indices du travail embryogénique que nous décrirons en exposant les résultats des nouvelles recherches sur l'œuf de ce curieux animal.(La suite à un prochain numéro.)Bulletin bibliographique.La Havane, par madame la comtesse MERLIN.--Paris, 1844.Amyot. 3 vol. in-8. 22 fr. 50 c.Le 25 avril 1840, madame la comtesse Merlin s'embarquait à Bristol, à bord du bateau à vapeur leGreat-Western, et le 3 mai suivant elle débarquait sur le quai de New-York. Elle ne fit qu'un court séjour dans la capitale des États-Unis. Après une excursion à Philadelphie, elle visita Washington et Baltimore, et elle s'embarqua sur le navire à voile, leChristophe Colomb, qui la conduisit à Cuba, sa patrie.--Madame la comtesse Merlin n'habita la Havane qu'un mois et demi. Ce 23 juillet suivant, leHavre-Guadeloupela ramenait en France.--Tel est le voyage qui nous a valu trente-six lettres publiées d'abord dans les feuilletons d'un journal politique et formant aujourd'hui 3 vol. in-8º.Que madame la comtesse Merlin nous permette de lui soumettre une observation. N'a-t-elle pas abuse quelquefois de ses talents épistolaires? Pourquoi écrire tant de pages sur des sujets si variés? Pourquoi, non contente d'analyser avec un style remarquable les impressions diverses qu'elle avait éprouvées, a-t-elle essayé de résoudre un si grand nombre de questions philosophiques, politiques, économiques, morales, etc.? Toutes ces brillantes et solides qualités du cœur et de l'esprit dont elle est heureusement douée sont-elles donc si communes qu'elle ait cru souvent devoir les sacrifier au vain désir de paraître posséder des connaissances universelles?--Effacez de ces trente-six lettres quelques répétitions inutiles, supprimez-en tout ce que d'officieux compilateurs y ont ajouté, n'y laissez, en un mot, que ce que madame la comtesse Merlin a réellement écrit, c'est-à-dire senti ou pensé, et son ouvrage, un peu trop aristocratique peut-être, restera parmi les relations de voyage comme un charmant modèle de sentiment et d'esprit, d'observations et de descriptions.Madame la comtesse Merlin n'aime pas les Américains, et elle ne laisse échapper aucune occasion de les critiquer.--La plupart de ces reproches ne manquent ni de malice ni de fondement; ils se résument presque tous dans les observations suivantes: «C'est un joug bien pesant que l'égalité: pour satisfaire aux exigences de tous, on est soumis à des gênes intolérables. Chacun paie de ses affections, de ses goûts, de ses penchants, de son indépendance, le bénéfice fractionnel que l'association lui a accordé.--On achète bien cher la liberté collective quand on la paie par l'esclavage individuel. Ici le riche est toujours opprimé par le pauvre et refoulé par la jalousie des masses. Ainsi la liberté est sacrifiée à l'égalité, l'égalité immolée à la liberté; ce qui s'appelle être égaux et libres. Dans ce pays, il faut marcher au pas de tout le monde, vivre de la vie de tout le monde Au théâtre, en voyage, à l'auberge, chez soi, l'esclavage est général, inévitable: tous les actes de la vie sont collectifs.»Aussi avec quelle joie madame la comtesse Merlin quitta ce pays où elle n'attendait rien, où elle n'etait attendue de personne, pour se rendre dans sa chère patrie, qu'elle n'avait pas revue depuis bien des années, et où tant de cœurs battaient à son approche d'espérance et de bonheur! Au lieu des odeurs infectes de la graisse fondue, du gaz et du bitume, qu'il lui tardait de respirer d'air tiède et amoureux des tropiques, cet air de vie et d'enthousiasme, rempli de molles et douces voluptés!» Avec, quels regards avides elle contemplait cette végétation unique dont elle nous a fait une si belle description! «Des rosées abondantes, des pluies réglées, à de certaines époques de l'année, la chaleur douce et constante de l'atmosphère, une couche végétale pure, et dont l'épaisseur considérable s'alimente encore des dépouillés que laissent les forêts primitives, donnent à la végétation de cette île une vigueur et une puissance merveilleuses; le sol même suffit pas à la contenir. Une quantité immense de plantes envahissent l'air et y cherchent la vie et l'expansion que leur refuse la terre, trop chargée de ses produits. A peine échappées de leur berceau, flexibles, ondoyantes, elles s'élancent d'arbre en arbre, du rocher en rocher; elles montent et descendent sur les murs, sur les toits des maisons; les corolles ouvertes, elles cherchent l'action bienfaisante du soleil, et leurs feuilles exubérantes s'épanouissent au souffle de la brise. Une multitude de plantes parasites, douces d'une force vitale prodigieuse, s'élèvent jusqu'à la coupole des arbres; et là, se jouant au milieu de leurs riches panaches, suspendues avec grâce sur ces colosses de nos forêts, elles balancent leurs fleurs délicates et flexibles au milieu des branches mobiles et gigantesques. En Europe les fleurs rampent, ici elles s'élèvent et volent comme des oiseaux, comme des mouches dorées dans des jardins aériens! Eh bien! cette île si belle dans toutes ses parties, où les volcans, les tremblements de terre, les animaux venimeux sont inconnus, où le plus beau ciel et une végétation splendide offre ni leurs trésors au premier venu, cette île est aux trois quarts inhabitée.»Autant les Américains lui avaient paru tristes, ennuyeux et affairés, autant madame la comtesse Merlin trouva ses compatriotes gais, aimables et pour la plupart paresseux.--Elle en trace en diverses lettres des portraits qui doivent les faire aimer. Un volume entier est consacre à la peinture de leur vie, de leurs mœurs et de leurs coutumes, à la ville, dans les campagnes environnantes, dans les montagnes de l'intérieur de l'île. Parmi les lettres qui nous semblent mériter des éloges sans restriction, nous citerons celles qui peuvent s'intituler:les Guajiros, la Mort à la Havane, les Deux Veillées, les Femmes havanaises, et la Vuelta abajo. Les Guajiros, ou paysans montagnards, ont inspiré à madame la comtesse Merlin le chapitre le plus remarquable de son ouvrage.La partie sérieuse de la Havane est beaucoup trop longue. Madame la comtesse Merlin y a sans doute réuni une foule de documents curieux ou d'idées utiles dont elle à obtenu la communication; mais, si intéressantes qu'elles soient, des dissertations historiques, législatives, judiciaires, politiques, économiques, statistiques, seront toujours déplacées dans un ouvrage où la sensation et le sentiment l'emportent naturellement sur la connaissance. Ici, à l'histoire de Cuba, madame la comtesse Merlin ajoute la biographie de Las Casas; la, un traité théorique et pratique sur l'esclavage précède un essai pratique sur l'état actuel des lois et l'administration de la justice. Enfin le gouvernement, l'agriculture, l'éducation, le commerce, les rapports de la métropole avec la colonie, la question des races, etc., tels sont les sujets de cinq lettres adressées à MM. de Golbéry, Gentien de Dissay, Decazes, Rothschild et Martinez de la Rosa.Malgré ces défauts,la Havaneoffre une lecture aussi agréable qu'instructive. Nous regrettons que le défaut d'espace et la nature même de ce bulletin ne nous permettent pas d'en citer quelques fragments. Nous terminerons seulement cette sèche et rapide analyse par la phrase suivante, empruntée à la lettre sur le tabac: «Lorsque vous cheminez, à pas lents, aspirant avec délice un de ces certains cigares de laReinaque vous connaissez si bien, savourant en vrai gourmet son parfum et admirant son aptitude à prendre feu et à le conserver, sachez-le, et ne vous étonnez plus de, rien, ce cigare, ardent et moelleux à la fois, a été... vous le dirai-je? mais oui, un historien doit tout dire, il a été, comme tous ceux que vous fumez, roulé, oui, roulé sur la cuisse non voilée d'une de nos filles de campagne appelées Guajiras.»Ad. J.L'Art de Fumer, ou la Pipe et le Cigare, poème en trois chants, suivi de notes; par BARTHÉLÉMY. In-8.--Paris,Lallemand-Lépine, rue Richelieu, 52;Martinon, rue du Coq, 4;Paul Masgana, galerie de l'Odéon, 12.M. Barthélémy est toujours le poète qui manie la langue en maître, et sait la rendre souple à l'exigence de sa pensée; mais sa pensée elle-même est tombée, des hauteurs où elle rencontra autrefois l'épopée napoléonienne, dans les bas-fonds où le poète Regnier trouvait ces vers qui firent dire à Boileau:Heureux si ses écrits, craints du chaste lecteur,Ne se semaient des lieux où fréquentait l'auteur.M. Barthélémy a répudié la succession du satirique Gilbert pour celle du poète Autreau, auteur d'une pièce de vers sur une maladie dont le nom ne se prononce pas en bonne compagnie.Il faut plaindre M. Barthélémy, car sa chute est celle d'un esprit plein de verre et d'originalité. On retrouve encore dans le poème que nous annonçons la plupart des qualités qui firent de lui un poète populaire.L'Art de Fumeraura plus d'une édition; on l'apprendra par cœur dans les estaminets. C'est la désormais que M. Barthélémy veut trouver des applaudissements dignes de lui.J'installe devant moi, bravant le décorum,Ou la cruche flamande, ou quelque grog au rhum;Il faut que Cuba le divin narcotiqueCharge de bleus flocons mon divan poétique.Ainsi débute le poème, ainsi le poète finira.Catalogue d'une belle Collection de Lettres autographes, tirée du cabinet de M. L..., dont la vente aura lieu le 8 avril et jours suivants, salle Silvestre.--Paris, 1844.Charron, 1 vol. in-8.Nous avons déjà fait connaître un catalogue de ce genre. Nous avons dit aussi le prix fabuleux que le feu des enchères avait fait mettre récemment à des autographes que se disputaient des collecteurs. Si la manie n'avait pas la plus grande part dans cette passion, si l'intérêt historique la faisait seule naître, nous prédirions hardiment à la collection dont nous avons aujourd'hui la notice sous les jeux une vogue d'enthousiasme, un succès d'argent. Nous n'avons point à nous occuper de pièces insignifiantes à nos yeux, mais auxquelles un très-grand prix sera attaché peut-être, parce qu'elles ont le mérite d'émaner d'hommes dont l'écriture, dont la signature même, sont rares; nous passerons seulement en revue quelques-unes de celles qui offriront à coup sûr à nos lecteurs un intérêt incontestable au point de vue historique, biographique ou littéraire.Nous trouvons d'abord une lettre du célèbre et malheureux amiral de Coligny; elle est du 30 juin 1572, et adressée à Charles IX. La date et le destinataire la rendent doublement curieuse:«Sire, estant allé ce soir trouver votre mère aux Tuileries, Elle ma baillé une lettre quil a pleu à Votre Majesté mescripre par la quele elle me faict entendre ce qu'elle a entendu de plusieurs et divers endroicts de lassemblée qui se faict par toutes les provinces de ce royaulme et des rendes vous qui sest donné en ceste ville au XVe du mois prochain. Me taisant ladessus anttandre, Vostre Majesté, combien elle trouve mauvois que telle chose se face. Et comme elle commande d'y remédier aussy me faict elle bien enttandre quelle a oppinion que telle chose ne se soit faicte sans mon sceu, ce quelle trouveroit d'auttant plus maulvois que scauroit estez, sans son sceu et congé. Si aussy estoit, Sire, je confesse que jay tres-mal faict et que je mérité une bonne punition, mais pour ce que cest chose controuvée je ne feré point dexcuse et non entreré point en justification .»Sept semaines après, dans la nuit du 23 au 24 août, jour de la Saint-Barthélémy, celui qui avait écrit cette lettre était assassiné par ordre de celui à qui elle était adressée, et de sa mère.Une autre époque, encore plus dramatique, a fourni à ce catalogue un riche contingent. Nous ne croyons pas que la révolution française puisse offrir beaucoup de documents plus saisissants qu'une lettre de Pelletier, (du Cher), membre de la convention nationale, écrite de Paris, à un de ses amis de province le 21 janvier 1795, le jour même de l'exécution de Louis XVI, dont Pelletier avait voté la mort. Après s'être excusé de son silence sur ses nombreuses occupations, il lui dit:«Nous sommes arrivés au moment qui doit décider du sort de la république, la convention vient de donner une preuve bien éclatante de son courage et du sa justice, le tyran n'est plus, il a trop vécu pour le malheur du peuple français. Il était temps que l'on mit un terme à ses forfaits, autrement il serait venu à bout de nous faire tous entrégorger... L'exécrable homme! combien il a été fourbe, parjure et traître, combien il a fait couler impunément le sang! ha, mon bon amy, faisons en sorte de ne jamais vivre sous le régime de la royauté.» Il parle ensuite du jugement, des dernières demandes du roi et de son supplice:«Il a été exécuté ce matin, à 10 heures 34 minutes, il a voulu haranguer le peuple, il a dit qu'il mourait innocent (le traître, innocent, quelle imposture), qu'il pardonnait à ses ennemis, qu'il désirait que son peuple fût heureux (un bourreau, un assassin peut-il parler ainsy). Il voulut continuer, mais le commandant général a donné le signal, et sur le champ sa tête a tombé sur l'échafault; que les Parisiens se sont montrés majestueux et grands dans cette occasion, ils n'ont manifestés ny joie ny douleur, le calme le plus profond a régné, les boutiques et les spectacles ont toujours été ouverts, aucuns des exercices ordinaires n'ont été interrompus, il n'y a pas eu une larme, pas un cri de fait, sy ce n'est celui devive la République!...»On frémit quand on considère, dans un temps calme, à quels sentiments sauvages, à quel langage barbare le fanatisme politique peut conduire un homme consciencieux, humain peut-être, mais auquel la passion dont il ne savait pas se détendre faisait voir, dans ce temps de fièvre ardente, la guillotine comme un autel et la victime comme un monstre. A coup sûre l'homme, qui avait envoyé le roi à l'échafaud, dormait bien en paix avec sa conscience. Nous allons voir, au contraire, Joseph Lebon livré à l'insomnie pour une tout autre cause et exprimer ses scrupules et ses remords pour un motif et dans un langage aujourd'hui bien inexplicables. C'est à sa cousine que le trop fameux représentant du peuple écrit, en date du 8 juin 1794:«Voici près de huit jours que je n'ai été à Arras; je crains bien qu'à ma première apparition je n'aie quelques difficultés avec ma mère. Tu sais qu'elle devait m'acheter un habit. Mais sans dire gare, ne s'est-elle pas avisée de m'acheter un habit de très-fin drap, une veste de soye et une culotte de même étoffe!Dans le premier moment, quoique tout interdit; je n'ai pas cru devoir la brusquer sur une emplette faite. J'ai consenti à ce qu'on me prit mesure. Mais, tu me croiras si le veux, voila dix nuits que je ne dors presque point à cause de ce malheureux habillement. Moi, philosophe, ami de l'humanité, me couvrir si richement, tandis que des milliers de mes semblables meurent de faim sous de tristes haillons! Comment, avec tout cet éclat, me transportera l'avenir dans leur chaumière pour les consoler de leurs infortunes? Comment plaider encore la cause du pauvre? Comment m'élever contre les vols des riches, en imitant leur luxe et leur somptuosité? Toutes ces idées me poursuivent sans cesse, et, je pense, avec raison, que mon âme serait un jour dévorée de mille remords, si je passais outre, et si j'avais la faiblesse de condescendre à la bonté peu éclairée d'une mère.»Veut-on voir un véritable service rendu par un conventionnel également célébré, Jean-Bon-Saint-André, à ses collègues les représentants du peuple qui se trouvaient, au moment du procès de Louis XVI, en mission dans les départements du Mont-Blanc? Plus d'un d'entre eux se félicitait peut-être d'être, dans ce moment où il fallait se prononcer, absent de la convention. Ils s'étaient bornés à écrire à l'assemblée que la conduite de Louis XVI méritait une condamnation, quelques-uns d'entre eux croyaient peut-être s'en tirer ainsi. Voici ce que Jean-Bon-Saint-André leur écrit:«Votre lettre à la convention au sujet de la mort du tyran, portant le mot de condamnation, quelques personnes se plaisoient à dire qu'il y avoit de l'équivoque dans l'expression de votre vœu. Il me sembla alors que votre confiance m'imposoit le devoir de faire pour vous ce que j'eusse désiré qu'en pareil cas vous fissiez pour moi, de mettre au grand jour vos vrais sentiments qui étoient pour la mort,sans appel au peuple. Cette note fut inscrite dans leCréole-Patriote, et j'ose croire que vous ne désapprouverez pas le parti que j'ai pris à cet égard.»Comme on est heureux n'avoir affaire à un collègue obligeant et a un commentateur mesuré!Après ces lettres de conventionnels, en voici une du duc de Berri adressée, de Blankemburgh, à M. le comte Henri de Damas, le 15 avril 1797, où le prince se montrait assez découragé et assez revenu des illusions auxquelles un exile a besoin pourtant de se rattacher, lorsqu'il n'a pas craint surtout de prendre les armes pour s'ouvrir les portes de son pays:«Mon maudit frère n'arrive pas, et nous sommes déjà à la mi-avril, ce qui fera que nous ne pourrons vous aider qu'à la mi-may, à moins que le bruit du canon ne me rappelle; je suis d'une inquiétude affreuse de perdre un mois de campagne, quoiqu'elle ne sera sûrement qu'une reculade... Je vois cette année la fin de la guerre et la paix; est-ce à craindre ou à désirer? la paix nous fera-t-elle puis de mal que la guerre, excepté l'occasion de se faire tuer que je regretterai, car de traîner l'existence d'un fugitif chassé de partout me paraît impossible a soutenir; d'ailleurs tout le monde nous dit du bien de l'intérieur, ne serait-ce pas comme tout le bien qu'on nous disait de l'armée avant que nous la connaissions?»Vient ensuite une protestation de Cléry, le valet de chambre de Louis XVI, qui prouve combien le plus touchant dévouement peut parfois être méconnu par ceux-là même qui devraient le mieux lui rendre justice. Elle est datée de Schierensce, le 29 janvier 1801, et adressée à madame la duchesse d'Angoulême:«M. le duc m'accuse d'avoir sçu et de ne pas l'avoir prévenu, que mercredi, jour de bal de madame la comtesse Baudisen, tombait le 21 janvier, et de plus d'être complice d'une intrigue de société, pour l'engager, ainsi que vous, madame la duchesse, à paraître dans un bal ce jour de deuil pour tous les bons Français. J'en atteste le ciel, j'en atteste les mânes augustes de mon maître! que jamais pareille pensée n'est entrée dans mon âme... M. le duc m'accuse encore d'ambition; de l'ambition, moi! ah! si j'avois été enivré de cette passion, n'ai-je pas trouvé mille occasions de la satisfaire, pendant mon séjour à Vienne, à Londres et à Berlin, où le bon roi vouloit me donner une maison et une place honorable? N'ai-je pas tout refusé pour suivre la malheureuse destinée de mes augustes maîtres? Cet effort n'a jamais été pénible; le sentiment de reconnaissance, d'attachement et de devoir, est, et sera éternellement gravé dans mon cœur. Clery, simple, valet de chambre et dernier serviteur de Louis XVI, au temple, est le plus beau titre que je puisse jamais posséder, et avec lequel les personnes sensibles m'accorderont toujours quelqu'intérêt, au lieu que Clery, qui voudrait s'élever au niveaux des personnes qui doivent le commander, seroit regardé, avec justice, comme un être inconséquent et déresonnable.»Il est pénible de voir un serviteur dont la fidélité est, à juste titre, historique, être mis dans la situation de faire entendre un tel langage. Le cœur est également attristé en entendant l'expression de l'étonnement et de la douleur qu'éprouve l'impératrice Joséphine, cette femme si dévouée, à la vue des trahisons de 1814. Sa lettre est datée du château de Navarre, 7 avril 1814:«Je suis arrivée ici le 30, et la reine Hortense, deux jours après avec ses enfants. Elle est aussi souffrante et aussi douloureusement affectée que moi. Nous avons le cœur brisé de tout ce qui se passe, et surtout de l'ingratitude des Français. Les journaux sont remplis des plus horribles injures; si vous ne les avez, pas lus, n'en prenez pas la peine, ils vous feraient mal. Il parait que l'Empereur a envoyé a Paris les maréchaux Ney et Macdonald, avec le duc de Vivence, pour proposer d'abdiquer en faveur du roi de Rome, et que la proposition n'a pas été acceptée. Jusqu'à présent, Évreux et Navarre sont tranquilles, mais on nous menace aujourd'hui ou demain de la visite de l'ennemi. Croirés vous que le général charge de s'emparer du département au nom du gouvernement provisoire, est le duc de Raguse, qui a passé de leur côté avec le corps d'armée qu'il commandait?»Ce qui est moins déchirant, ce sont les reproches adroitement déguisés d'ingratitude que le prince de Talleyrand adresse à Louis XVIII, avec lequel il avait correspondu sur la fin de l'empire, et qui, en 1816, cédant aux instances de ses compagnons d'émigration, après avoir complètement disgracié Fouché, avait fait dire à son grand chambellan de ne pas paraître aux Tuileries jusqu'à nouvel ordre. La lettre du prince est du 22 novembre 1816. Il obéira à l'ordre de Sa Majesté, qui vient de lui être transmis par M. le duc de La Châtre. Il obéira avec douleur, mais sans comprendre que les rapports que Sa Majesté reçoit fassent quelque impression sur elle lorsqu'il est question du lui. Il termine ainsi:«Je lui demanderois pardon de ma mauvaise écriture, si je ne savois qu'elle la connoît depuis longtemps et quelle la lit aisément.»Une réclamation, empreinte d'une véritable noblesse, dictée par un sentiment parfait des convenances les plus délicates et les plus difficiles, et dans laquelle est portée au plus haut point la dignité des sentiments de famille, c'est celle de mademoiselle de Robespierre, sœur des deux conventionnels de ce nom, adressée le 21 mai 1830 au journall'Universel. Le rédacteur de cette feuille, qui, a un premier tort, ajouta celui de ne pas le réparer et de refuser l'impression de cette lettre, le rédacteur del'Universelavait dit, en rendant compte de prétendusMémoires de Robespierre, dont il contestait du reste l'authenticité, que l'éditeur avait pu autrefois se procurer des documents fidèles auprès d'une sœur de Robespierre, végétant à Paris, dans le coin le plus obscur d'un faubourg, accablée d'années, de misère, du poids de son funeste nom, et acheter d'elle quelques souvenirs non effacés. «Voici la fin de la réponse éloquente, nous pourrions dire sublime, que fit vainement à ce journal mademoiselle de Robespierre, et que laRevue rétrospectivea imprimée en entier, t. I, p. 104 de sa 1ère série:«... Ce qu'on vous a dit, monsieur, est non-seulement inexact, mais cela est faux. Il est vrai que la sœur de Maximilien Robespierre végète accablée de misère, d'années, et vous auriez pu ajouter de graves et douloureuses infirmités, dans un coin obscur de la patrie qui la vit naître; mais elle a constamment repoussé les offres des intrigants qui, dans le laps de trente-six ans, ont tenté à diverses reprises de trafiquer de son nom; mais elle n'a rien vendu à personne; mais elle n'a aucun rapport direct ni indirect avec l'éditeur des prétendusMémoiresde son frère.«Je regarde, monsieur, comme injurieuse à mon honneur et ma probité l'idée qu'on ait pu acheter de moi messouvenirs non effacés. J'appartiens à une famille à laquelle on n'a pas reproché le vénalité. Je vais rendre au tombeau le nom que je reçus du mes vénérable des pères, avec la consolation que personne au monde ne peut me reprocher un seul acte, dans le cours de ma longue carrière, qui ne soit conforme à ce que prescrit l'honneur. Quant à mes frères, c'est à l'histoire à prononcer définitivement sur eux; c'est à l'histoire à reconnaître un jour si réellement Maximilien est coupable de tous les excès révolutionnaires dont ses collègues l'ont accusé après sa mort. J'ai lu dans les Annales de Rome que deux frères aussi furent mis hors la loi, massacrés sur la place publique, que leurs cadavres furent traînés dans le Tibre, leurs têtes payées au poids de l'or, mais l'histoire ne dit pas que leur mère, qui leur survécut, ait jamais été blâmée d'avoir cru à leur vertu.»Toutes les pièces émanant de femmes, qui se trouvent dans cette collection, ne sont pas, on se le figure aisément, écrites de ce style. C'est sur un tout autre ton que madame de Parabere, maîtresse en titre du régent, écrivait au maréchal de Richelieu une lettre que nous ne rapporterons pas, et qui prouve qu'elle était en même temps une des maîtresses de fait de ce fameux séducteur.--Madame Denis, la nièce de Voltaire, dans une lettre du 20 juin 1755 exprime d'une manière piquante les craintes que causent à son oncle et à elle des exemplaires qui circulent du poème dela Pucelle, imprimé clandestinement. On y lit:«Tout irait bien sans cettePucelle. Nous recevons tous les jours des avis qui nous désespèrent, nous ne pouvons plus douter quelle ne soit en de bien mauvaises mains tant à Paris que dans les pais étrangers, et à moins que saint Denis ne dessande encore une fois sur son rayon pour la préserver des mal voulants je la croîs dans un grand danger.»Sophie Arnould, avec sa philosophie, sa désinvolture spirituelle et son mépris de l'orthographe et de la ponctuation, qu'elle pousse, on le comprend, plus loin encore que la mère de Voltaire, écrivait, le 31 décembre 1788, à un de ses nombreux mais anciens adorateurs:«... Vous connessés, mon amy, mon cœur et la délicatesse de mes procédés envers les illustres ingrats que j'ai associés à mon cœur, à mon bonheur et aux plaisirs de mon jeune âge: tout cela est fini, comme cela finit assés ordinairement; c'est un malheur, je pardonne à ses ingrats! l'oubly de mes attraits, de mes soins, mais non celuy de ma tendresse... Cependant il faut s'accoutumer à tout; mais me voici aujourd'hui, eh! par le temps qui coure, après vingt années de gloire, de flatteries, d'aisances, obligée de compter avec moy même, pour n'avoir pas à décompter avec les autres, mes affaires pécunières sont engagées. La charge d'une famille nombreuse dont j'étais la plus riche, trois enfants grands seigneurs le matin eh! très petits bourgeois, le soir, ou lorsqu'il s'agit de les placer à droite ou à gauche, bref, tout cela m'a sinon ruinées ou au moins bien dérangée. Vuyes mon amy quelle répons vous voudrés faire à votre Sophie.»Une autre femme, longtemps célèbre par sa beauté, figure dans cette galerie historique sous le nom qu'elle devait bientôt après échanger contre celui de Tallien, dans une pièce écrite de la main de Robespierre et signée par lui et ses collègues Billaud-Varennes, Barère et Collot-d'Herbois. C'est un arrêt du comité de salut public du 3 prairial, l'an II de la république, qui ordonne que «la nommée Cabarus, fille d'un banquier-espagnol et femme du nommé Fontenai, sera mise sur-le-champ en état d'arrestation et mise au secret; quele jeune homme qui demeure avec elle et ceux qui seraient trouvés chez elleseront pareillement arrêtés, etc.»Une même pièce réunit trois noms qui ont une grande célébrité dans la politique, la littérature et les arts. Elle est écrite par le prince de Metternich, adressée à madame la duchesse d'Abrantès, et sert à recommander le pianiste Thalberg. Elle est du 18 octobre 1833:«Le porteur se nomme Thalberg; il est jeune, bon garçon, de très-bonne compagnie; à mon avis, le premier pianiste qui jamais ait joué de cet admirable instrument... Faites-le jouer; il a entre autres le talent de tout savoir par cœur. Demandez-lui tel souvenir que vous voudrez, il ne restera pas en défaut, et il vous charmera, ou je ne m'y entends pas.»L'artiste est parfaitement arrivé à prouver que le prince s'y entend.Nous avons rapporté le titre de ce Catalogue. S'il fallait l'en croire, cette collection curieuse seraittirée du cabinet de M. L.Un très-grand nombre de pièces nous prouvent que cette initiale dissimule le véritable nom du collecteur. Ces pièces sont adressées au marquis de Dolomieu, un des amateurs qui ont le plus fourni à la belle publication de l'Isographie. Nous ne nous expliquons pas que cette collection soit aujourd'hui livrée aux enchères. On y trouve une foule de lettres des princes et princesses de la famille régnante, qui les avaient écrites à la sollicitation du collecteur et pour la compléter, mais non à coup sûr pour voir la criée d'un commissaire-priseur s'exercer sur leurs page» d'écriture. Telle est cette lettre du prince de Joinville, adressée au marquis de Dolomieu, il la date du 2 juillet 1827;«Voici le petit bout de lettre que vous m'avez demandé; si vous aviez voulu attendre deux ou trois ans plus tard, l'écriture eût été, je crois, un peu meilleure; mais puisque vous désirez être satisfait aujourd'hui, c'est là tout ce que je puis vous offrir.»Du reste, ceci n'est qu'une question de convenance plus ou moins mal observées. Mais ce qui nous parait plus sérieux, c'est que nous trouvons dans ce catalogue, aux numéros 40 et 396, deux pièces signées, l'une de Molière, l'autre de sa femme, que la section des manuscrits de la bibliothèque du Roi possédait en 1825, et que l'auteur de ce compte rendu copia et fit imprimer à cette époque. Comment notre dépôt national s'est-il trouvé dépossédé au profit d'une collection particulière, de deux pièces très-rares? Comment et par qui ont-elles pu être livrées à un acquéreur, à coup sûr de bonne foi? Ceci sort du domaine de la critique. En 1832, une commission fut instituée pour examiner certains faits signalés à l'autorité supérieure, qui s'étaient passés à la bibliothèque du Roi. Cette commission, dont M. Prunelle était rapporteur, fut d'avis, après examen, que cette tâche revenait de droit à l'autorité judiciaire. Force nous est aujourd'hui, comme à la commission d'alors, de déclarer notre incompétence.T.Études sur les Tragiques grecs; par M. PATIN, de l'Académie française. 3 vol.--ChezHachette, rue Pierre-Sarrazin, 12.Nous n'avions rien encore, dans notre littérature, que nous puissions justement opposer aux excellents travaux des Allemands sur la tragédie grecque. La Harpe, qui avait fait preuve d'une critique supérieure dans l'étude de notre théâtre, s'était laissé dominer par le goût français et les préjugés littéraires de son époque, lorsqu'il examina les anciens tragiques. Son jugement nous parait aujourd'hui faire le pendant de celle fameuse traduction inexacte etfranciséedu père Brumoy, qui nous montre Oreste arrivant de voyage avec ses malles, comme un commis voyageur, et assis sur un canapé attendant sa sœur la terrible Électre. Les travaux postérieurs de M. Nepomucène Lemercier étaient encore entachés du même défaut que nous reprochons à La Harpe; et d'ailleurs l'auteur d'Agamemnonqui avait en partie retrouvé sur la scène la puissante inspiration d'Eschyle, n'examina, dans sa critique, l'ancienne tragédie que sous un point de vue restreint, systématique et presque personnel.M. Patin vient combler aujourd'hui cette lacune de notre critique littéraire; ses études sur les tragiques grecs sont certainement le livre le plus remarquable que l'on ait fait, depuis W. Schlegel, sur le théâtre ancien. Nous louerons d'abord et surtout M. Patin d'avoir, après les ambitieuses théories des Allemands, traité au contraire son sujet avec nue discrétion et une sobriété éminemment françaises. Au lieu de s'égarer, loin de ses auteurs, dans de nébuleuses conjectures, dans les associations plus ingénieuses que vraies du bas-relief et de l'épopée, du groupe et de la tragédie, il s'est appliqué uniquement à comprendre le génie particulier des trois grands tragiques, et à distinguer les caractères propres, à en faire ressortir la beauté singulière et originale. Dans un semblable travail, M. Patin n'a pas recule devant les pénibles et laborieuses recherches de l'érudition; il a voulu, au contraire, que la science fût toujours la base de sa critique; et cet examen approfondi, minutieux même du texte, qui serait peut-être excessif s'il était fait de même sur Racine ou Corneille, parait être indispensable pour les tragédies grecques, si difficiles à entendre, si chargées de variantes et d'interpolations de toutes sortes. La critiqueverbalesera toujours, et quoi qu'on en dise, la meilleure et la plus utile pour l'intelligence et l'appréciation des auteurs de l'antiquité.D'excellentes traductions viennent à l'appui de toutes les assertions critiques de m. Patin, et les nombreux passages d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide que nous trouvons traduits dans son livre avec cette connaissance parfaite de la langue grecque et ce goût véritablement attique qu'on devait attendre du savant professeur, ajoutent une singulière valeur à ses jugements et à ses analyses. On a rarement traduit les anciens avec une pareille élégance jointe à une telle fidélité; et, pour peu que l'on se rappelle les inexactitudes, les contre-sens et surtout la lourde platitude des traductions qui ont suivi celle du père Brumoy, on sentira tout le mérite du nouveau traducteur.Espérons que M. Patin voudra un jour compléter son beau travail en dotant notre langue d'une traduction entière de ces tragédies, dont il ne nous a encore donné que des extraits.Nous voudrions pouvoir détacher du livre de M. Patin quelques morceaux choisis, qui viendraient à l'appui de nos éloges; mais Eschyle, Sophocle, Euripide ne sauraient être jugés en quelques lignes, et ce n'est pas trop d'un volume entier pour apprécier sous toutes ses faces le génie magnifique de chacun de ces grands tragiques. Nous nous bornerons donc à recommander surtout à nos lecteurs les excellentes pages que M. Patin a écrites sur Euripide; ils y trouveront une critique judicieuse des beautés et des défaut du poète, exprimée en termes plus justes et plus clairs que ceux dont M. Schlegel s'était servi dans ses appréciations théoriques, où il compare «le point de perfection dans les arts au foyer d'un verre ardent, etc.»Après tous ces éloges, nous ne craindrons pas de reprocher à M. Patin quelques explications minutieuses, quelques commentaires superflus, qui sont plutôt au profit de l'érudition pure qu'à celui de la critique littéraire. Nous eussions voulu aussi trouver dans son examen d'Eschyle une vue plus haute, plus hardie sur le génie duterrible poète; non pas qu'il fallût tomber dans ces exagérations gigantesques que nous a fait voir une célèbre préface, mais on pouvait peindre avec un sentiment plus vif et en termes plus forts cette sublime inspiration patriotique, cette audacieuse et sombre poésie qui mettent Eschyle au-dessus de tous les autres tragiques, et donnent à son théâtre une élévation morale qu'on chercherait vainement ailleurs.Mais par ces quelques critiques nous ne voulons point infirmer le mérite d'un livre qui demeure, comme nous l'avons dit, le plus savant et le plus judicieux qu'on ait encore fait sur la matière.Travestissements.Costume grec.                                                 Albanais.--Marquise.Danse de la Polka.--Caricature par Cham.Amusements des Sciences.RECTIFICATION.Par suite d'une erreur du dessinateur, la première figure des Amusements des Sciences, dans notre dernier numéro (page 32), au lieu de représenter dix cartes dont les nombres de points vont, en se suivant depuisunouasjusqu'àdix, offre dix cartes prises au hasard, à partir des deux premières à gauche (l'asde carreau et ledeuxde trèfle). Le lecteur est prié de faire par la pensée la correction suivante, sans laquelle la solution de notre premier problème serait inintelligible:Après l'asde carreau et ledeuxde trèfle, il faut untroisau lieu d'unhuitde carreau; après cetroisunquatreau lieu d'unasde pique; après lequatreuncinqau lieu d'undixde cœur; et ainsi de suite jusqu'audix, qui sera immédiatement avant l'asde carreau pris pour point de départ.SOLUTIONS DES QUESTIONS PROPOSÉES DANSLE CINQUANTE-QUATRIÈME NUMÉRO.I. Supposons que le nombre qu'il s'agit d'atteindre soit 100, et qu'il faille ajouter des nombres constamment plus petits que 11.L'artifice de ce problème consiste à s'emparer tout de suite de certains nombres que nous allons faire connaître. Retranchez pour col effet 11 de 100, une fois, deux fois, trois fois, et autant de fois que cela se peut, il restera 89, 78, 67, 56, 45, 34, 23, 12, 1, qu'il faut retenir; car celui qui, en ajoutant son nombre moindre que 11 à la somme des précédents, comptera un de ces nombres avant son adversaire, gagnera infailliblement, et sans que l'autre puisse l'en empêcher. On trouvera encore plus facilement ces nombres en divisant 100 par 11, et prenant le reste 1, auquel on ajoutera continuellement 11 pour avoir 1, 12, 23, 34, etc.Supposons, par exemple, que le premier qui sait le jeu prenne 1; il est évident que son adversaire devant compter moins que 11, pourra tout au plus, en ajoutant son nombre, 10, par exemple, atteindre 11, le premier prendra encore 1, ce qui fera 12; que le second prenne 8, cela fera 20; le premier prendra 3 et aura 23, et ainsi successivement il atteindra le premier à 34, 45, 56, 67, 78, 89. Arrivé là, le second ne pourra pas l'empêcher d'atteindre 100 le premier; car, quelque nombre que prenne le second, il ne pourra atteindre qu'à 99, le premier pourra donc dire, et 1 font 100. Si le second ne prenait que 1 en sus de 99, cela serait 90, et son adversaire, prendrait 10, qui, avec 90, fait 100.Il est clair que, de deux personnes qui jouent à ce jeu, si toutes deux le savent, la première doit nécessairement gagner.Mais si l'une le sait et que l'autre ne le sache pas, celle-ci, quoique première, pourra fort bien ne pas gagner; car elle croira trouver un grand avantage à prendre le plus fort nombre qu'elle puisse prendre; savoir, 10; et alors la seconde, qui connaît le jeu, prendra 2; ce qui, avec 10, fait 12, l'un des nombres dont il faut s'emparer. Elle pourra même négliger cet avantage et ne prendre que 1 pour faire 11; car la première prendra probablement encore 10, ce qui fera 21; la seconde pourra alors prendre 2, ce qui fera 26. Elle pourra enfin attendre encore plus tard pour se placer à quelqu'un des nombres suivants: 34, 45, 56, etc. Si le premier joueur veut gagner, il ne faut pas que le plus petit nombre proposé mesure le plus grand; car, dans ce cas, le premier n'aurait pas la certitude de gagner. Par exemple si, au lieu de 11, on avait pris 10, qui mesure 100 en ôtant 10 de 100 autant de fois qu'on le peut, on aurait ces nombres: 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80, 90, dont le premier 10 ne pourrait pas être pris par le premier; ce qui fait qu'étant obligé de prendre un nombre moindre que 10, si le second était aussi fin que lui, il pourrait prendre le reste à 10, et ainsi il aurait une régie infaillible pour gagner.II. Prenez un ballon de verre à long col, remplissez-le d'eau à moitié, et faites-y bouillir cette eau en tenant le fond du ballon au-dessus de charbons ardents. Lorsque l'ébullition a duré pendant quelques minutes avec une certaine intensité, mettez un bouchon au col de votre ballon et retournez-le. Puis, lorsqu'il est refroidi complètement, placez de la glace à la partie supérieure qui n'est pas en contact avec l'eau. Vous verrez à l'instant l'ébullition se manifester avec beaucoup de force.De l'eau froide suffira même habituellement pour produire l'ébullition, et on pourra se donner ainsi le spectacle d'une eau qui bout sans feu durant des heures entières.L'explication de ce curieux phénomène est fort simple. Lorsque l'on a chassé complètement du ballon l'air qui y était renfermé, par une première ébullition, et qu'on a fermé le vase avec un bouchon, l'eau ne s'est plus trouvée en contact qu'avec de la vapeur. Or, si on vient à condenser cette vapeur par l'approche d'un corps froid, la surface liquide n'étant plus pressée par rien, ce liquide laissera échapper de nouvelle vapeur, et c'est là précisément ce en quoi consiste l'ébullition.C'est par une raison analogue que l'eau bout sur les hautes montagnes à une température beaucoup plus basse qu'au bord de la mer. A Quito, par exemple, a 2,900 mètres environ au-dessus de l'Océan, l'eau bout à 90º seulement de l'échelle centigrade; de sorte qu'il est impossible d'opérer certaines cuissons qui exigent une chaleur de 100°, à moins de se servir du digesteur de Papin, ou de la vapeur à une pression plus élevée que celle de l'atmosphère.NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.I. Faire fondre du plomb sans feu.II. Faire fondre du marbre, sans le décomposer, et changer de la craie en marbre.III. Frapper une bille avec bricole simple ou bricole double, au jeu de billard.RébusEXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.Un essaim d'Abeilles.

En outre de ces hydres, qui ne poussent des bourgeons qu'à la base du pied, on en trouve quelques-unes qui portent en même temps des bourgeons au bas du corps, et d'autres au milieu et plus ou moins près de la bouche; l'individu figuré à côté porte deux bourgeons, l'un normal et l'autre développé au delà du lieu ordinaire.

C'est l'abondance de la nourriture qui produit le plus souvent cette exubérance de bourgeonnement; mais il s'y joint aussi une deuxième cause, qui est la forme anguleuse de certaines proies. Nous mettons ici sous les yeux des figures d'hydres qui, ayant mangé des larves de cousin, ont produit de ces bourgeons formes plus ou moins près de la bouche. La première figure est celle d'une hydre très-vigoureuse qui vient d'avaler une larve de cet insecte, dont on voit le corps à travers la peau transparente du polype. Le ventre de ce polype est très-distendu, et c'est sur le point le plus irrité par cette distension qu'apparaîtra un bourgeon exceptionnel.

Dans le deuxième individu, qui avait avalé des larves de cousin dont il avait vomi la peau, et qui portait un bourgeon près de la bouche, une nouvelle larve, qu'il vient de manger, distend l'estomac, et une portion de la queue de cette larve a pénétré dans l'estomac du bourgeon qui communique avec celui de la mère. Ce phénomène démontre bien nettement que ce bourgeon n'est réellement, dès son origine, qu'un cul-de-sac de l'estomac de l'individu mère. Ce bourgeon exceptionnel n'a point encore poussé de bras.

Le phénomène de l'introduction de la proie avalée par l'hydre mère, dans la cavité on l'estomac du bourgeon, est quelquefois encore plus manifeste, lorsque ce bourgeon est plus développé et porte déjà deux on trois bras, comme on le voit chez le troisième individu qui avait avalé une larve de cousin, dont la moitié du corps remplit l'estomac du bourgeon.

On peut ainsi constater qu'un nouvel individu provenant de bourgeons mange et digère en même temps que sa mère, et qu'il prend ainsi de la nourriture par une ouverture opposée à la bouche, qui est alors encore imperforée.

On vient de voir que l'hydre pousse ordinairement des bourgeons à la hase du pied, et exceptionnellement d'autres bourgeons qui se développent, pendant la belle saison, plus ou moins près de la bouche,sous l'influence d'une nourriture abondante et de la distension du sac stomacal de la mère par des proies de forme anguleuse. Une autre sorte de bourgeon exceptionnel se forme aussi au delà de la base du pied chez les hydres qui ont été atteintes, en automne ou au printemps, de la maladie pustuleuse. L'individu figuré ici à côté porte sept tumeurs pustuleuses, dont l'une laisse s'échapper de son sommet des corpuscules aminés d'un mouvement de titubation. Nous dirons, en parlant des œufs de l'hydre, ce que les corpuscules ont paru être.

Lorsque les individus qui ont été atteints de pustules sont sur le point d'en être guéris complètement, et lorsque cette guérison coïncide avec la fin de l'hiver et le retour du printemps, chacune des petites tumeurs qui subsistent après la guérison ne s'efface pas complètement et se transforme en autant de bourgeons exceptionnels qu'il y avait auparavant des pustules. Ces hydres ont leur corps garni d'un nombre considérable de bourgeons qui poussent tous en même temps, ce qui n'a point lieu dans l'état ordinaire, ni dans le premier cas du bourgeonnement exceptionnel mentionné ci-dessus. L'individu ici figuré porte sept bourgeons succédant à des pustules; il y en a qui en portent davantage et quelquefois une vingtaine.

Passons maintenant à la reproduction des hydres par divisions et par boutures. Les observateurs avaient bien eu l'occasion de constater que le polype d'eau douce se partage quelquefois naturellement, de lui-même, en deux moitiés, au moyen d'une division transversale. Mais ce genre de reproduction n'a lieu que rarement, et les besoins de la science exigeaient que cette opération naturelle ne fût plus aussi rare afin qu'il fût possible d'examiner sous le microscope le travail organique de la séparation en deux moitiés.

Voici comment s'opère graduellement cette division d'une hydre très-bien nourrie en deux moitiés transversales, l'une sans queue, et l'autre sans tête. L'animal éprouve d'abord une constriction circulaire (voyez les figures à côté) sur le point du corps qui sera le siège de la division.

Cette constriction augmente graduellement, comme si un lien étranglait cette partie du corps de l'animal, en sorte que les deux moitiés ne sont plus continues entre elles que par un point, et finissent par se séparer entièrement. L'individu se montre sous les deux aspects exprimés par les deux figures que nous avons rapprochées ici à dessein pour marquer les deux derniers temps du même phénomène qui avait commencé dans le même individu.

Après que cette séparation s'est effectuée, on a pendant quelques heures sous les yeux deux hydres, l'une sans queue et l'autre sans tête. Celle-ci peut prendre de la nourriture avec ses bras, ce qui n'est pas permis à l'autre, qui se trouve ainsi forcée de jeûner. Nous devons faire remarquer que cette division naturelle des hydres en deux et quelquefois en trois parties, a toujours lieu sur des individus très-bien nourris antérieurement. Chaque fragment est bien vivant et se trouve ainsi doué d'une grande force de reproduction des parties qui lui manquent. En effet, en peu d'heures, on voit pousser la queue sur la moitié qui en est dépourvue, et les bras sur le gros bout de la moitié sans tête, en sorte qu'en deux ou trois jours, pendant la belle saison, chaque moitié de l'hydre est devenue un nouvel animal entier et parfaitement semblable au premier individu.

Mais cette division en deux parties redevenues deux nouveaux individus est malheureusement trop rare, et ce genre de reproduction est en quelque sorte exceptionnel, par rapport à la multiplication au moyen de bourgeons. Ce n'est point encore là le phénomène de la reproduction par de véritables boutures qui excite le plus vivement la curiosité des observateurs; aussi la réparation des parties perdues par chaque moitié ou par chaque tiers d'un polype a-t-elle reçu le nom de rédintégration, c'est-à-dire de restitution vitale d'un animal à son état d'intégralité.

Voyons maintenant comment l'auteur des nouvelles recherches sur le polype d'eau douce est parvenu à élucider ce point encore obscur de l'histoire naturelle du curieux animal. Il a soupçonné d'abord qu'une irritation naturelle provoquait la constriction et la division des hydres en deux ou trois fragments, et il a imité la nature en passant autour du corps de plusieurs hydres, prises dans des moments choisis de leur existence, un cheveu très-fin qui ne devait être retenu que par mi nœud simple. Il fallait que ce cheveu fut simplement appliqué et non serré autour du corps si mou et si délicat de l'hydre. Cette expérience fort simple, mais très-difficile à cause de la petitesse des objets et de la mollesse du corps des hydres, a fourni les résultats que l'expérimentateur en attendait.

Une première hydre ne portant aucun bourgeon et n'ayant aucune tendance à se couper en deux a été entourée d'un cheveu très-fin fixé au moyen d'un nœud simple avec toutes les précautions indiquées, et en vingt-quatre heures elle s'est divisée en deux moitiés qui sont devenues elles-mêmes, deux jours après, des individus entiers, et réparant les parties qui leur manquaient, comme on le voit dans la figure à côté de celle de l'hydre sans bourgeon entourée d'un cheveu.

La même opération a été faite sur une deuxième hydre qui portait deux bourgeons, l'un normal, et l'autre exceptionnel, c'est-à-dire développé près de la bouche de la mère. Le corps de la mère et celui du petit bourgeon exceptionnel ont été ceints chacun d'un cheveu, ce qu'exprime la figure mise sous les jeux du lecteur.

Cette deuxième expérience a donné les mêmes résultats qui sont exprimés dans la figure qui suit immédiatement.

Une troisième hydre portant un premier œuf a été soumise à la même opération, qui a été suivie du même succès avec une légère différence. Dans ce cas la constriction du corps de cette hydre provoquée par division du cheveu a été plus lente et ne s'est effectuée que quelques heures plus tard, et la réparation des parties perdues a été également plus tardive; ce qui tient à ce que les hydres qui pondent des œufssont plus près du terme de leur existence, de même que les plantes annuelles ou bisannuelles au moment de leur floraison et de leur reproduction par graines; et voilà pourquoi il faut choisir des hydres portant des œufs au moment où elles n'ont encore qu'un œuf, sans quoi l'expérience de la division en deux moitiés, pour obtenir deux nouveaux individus, ne réussirait point.

Une quatrième expérience semblable aux précédentes a été faite sur une hydre qui portait un œuf bien développé, quelques œufs naissants, et dont le corps était en même temps recouvert de pustules. Cet individu, figuré ici, était très-vigoureux, et l'expérience a donné le même résultat, qui se trouve encore exprimé par la figure suivante.

Il s'agissait enfin de constater si les hydres atteintes de la maladie pustuleuse conservaient assez de vigueur et de force de reproduction pour réparer leurs parties perdues, en admettant que l'application de cheveu autour de leur corps provoquerait également la séparation endeux moitiés. Les expériences plus nombreuses faites à ce sujet ont donné les résultats qu'on pouvait prévoir: les individus recouverts de pustules, qui étaient faibles et mal nourris précédemment, se sont bien coupés en deux moitiés, mais la réparation des parties perdues qui devait les redintégrer a été incomplète, ou a avorté complètement dans quelques-uns; mais lorsque les individus atteints de pustules étaient très-vigoureux, l'opération a marché comme dans les expériences précédentes, c'est-à-dire que la séparation en deux moitiés s'est faite comme dans les hydres qui portaient des bourgeons, et chaque moitié est devenue, quoique un peu plus lentement, un nouvel individu complet. On peut même voir, par les deux figures mises à l'appui de l'énoncé de ce fait, que les bourgeons commençaient à pousser sur chaque point du corps de l'hydre qui était auparavant le siège d'une pustule.

Au moyen de ces expériences nouvelles, qui sont fort simples, et que tout observateur patient et adroit peut répéter, on est en mesure de pouvoir constater le mécanisme physiologique de la reproduction des hydres par division spontanée, en les portant sous le microscope, parce qu'on peut se procurer expérimentalement autant d'individus placés dans cette condition qu'il en faut pour éclaircir ce point de la reproduction des animaux par scissiparité, non encore étudié microscopiquement.

Cette étude microscopique des fragments d'un animal zoophyte, qui devient un nouvel individu entier, doit marcher de pair avec celle des bourgeons et avec celle des boutures, ce qui abrège et simplifie beaucoup l'exposé de la reproduction des animaux par des corps reproducteurs qui ne sont réellement pas des œufs.

Un bourgeon naissant d'hydre, porté sous le microscope et étudié sous plusieurs grossissements, depuis les plus faibles jusqu'aux plus forts, se montre toujours, comme l'exprime la figure, sous la forme d'une véritable extension du tissu vivant de la mère. Quelque soin qu'ait mit l'auteur des nouvelles recherches, il n'a jamais pu découvrir une prétendue cellule ou utricule primordiale que l'analogie avait supposé devoir être le premier germe du bourgeon naissant de l'hydre. Cette question peut donc maintenant être considérée comme résolue au moyen de l'observation directe.

Mais pendant que l'hydre se coupe en deux moitiés et au premier moment du bourgeonnement de chaque moitié, qui devient un nouvel individu complet, peut-on encore découvrir, sous le microscope, cette prétendue cellule primordiale qui serait le germe des nouvelles parties qui poussent pour rendre l'animal entier? Nullement, et les deux figures placées sous les yeux ne montrent que l'aspect du tissu vivant qui bourgeonnera simplement par une extension vitale de sa substance charnue et presque homogène.

Nous voici maintenant arrivés à la question si curieuse des boutures de l'hydre. Nous donnons à dessein, comme l'auteur des nouvelles recherches, le nom de boutures pour signifier que, dans ce cas, l'animal a été pour ainsi dire haché en très-petits morceaux. Il faut faire attention ici que l'animal haché étant très-petit, on n'avait point encore précisé le degré et la limite de petitesse des hachures qui peuvent, a-t-on dit, devenir un nouvel animal; c'était donc un point très-important non encore abordé par les premiers observateurs. Disons d'abord que les fragments de bras d'une hydre ne reproduisent un nouvel individu que lorsque le morceau renferme une portion de la bouche de l'animal. Le lecteur a sous les yeux desfragments simples de bras et des fragments avec portion de la bouche, et d'autres coin prenant la tête et les bras de l'animal; ces derniers deviennent de nouveaux individus complets. Il en est de même à l'égard des tronçons de corps de l'hydre, qu'on obtient en coupant, d'un coup de ciseau, l'animal en tronçons transverses et longitudinaux. Les tronçons longitudinaux rapprochent bientôt leurs bords, qui se soudent, et le morceau est alors devenu un sac stomacal. La limite extrême de petitesse des boutures prises sur le corps de l'hydre, et susceptibles de devenir encore un nouvel animal, a été estimée à une hachure ou lambeau de sac stomacal, qui aurait un diamètre d'environ un quart de millimètre.

L'auteur établit, dans cette partie si délicate de ses expériences, que cette bouture doit contenir cependant une portion de peau externe et de peau interne, et qu'elle doit être si petite qu'il ne puisse résulter un sac stomacal de l'affrontement des bords de ce lambeau extrêmement petit du sac stomacal de l'hydre haché en morceaux très-petits; au delà de cette limite, les parcelles du tissu vivant de l'hydre ne peuvent plus se reproduire.

Enfin, ces morceaux très-petits du corps de l'hydre, dont la forme est irrégulière, s'arrondissent et deviennent une sorte d'œuf bouturain et sans coque, à limbe transparent et à noyau opaque. Observé dans ce moment sous le microscope à un grossissement de trois à quatre cents diamètres, il présente les premiers indices du travail embryogénique que nous décrirons en exposant les résultats des nouvelles recherches sur l'œuf de ce curieux animal.

(La suite à un prochain numéro.)

La Havane, par madame la comtesse MERLIN.--Paris, 1844.Amyot. 3 vol. in-8. 22 fr. 50 c.

Le 25 avril 1840, madame la comtesse Merlin s'embarquait à Bristol, à bord du bateau à vapeur leGreat-Western, et le 3 mai suivant elle débarquait sur le quai de New-York. Elle ne fit qu'un court séjour dans la capitale des États-Unis. Après une excursion à Philadelphie, elle visita Washington et Baltimore, et elle s'embarqua sur le navire à voile, leChristophe Colomb, qui la conduisit à Cuba, sa patrie.--Madame la comtesse Merlin n'habita la Havane qu'un mois et demi. Ce 23 juillet suivant, leHavre-Guadeloupela ramenait en France.--Tel est le voyage qui nous a valu trente-six lettres publiées d'abord dans les feuilletons d'un journal politique et formant aujourd'hui 3 vol. in-8º.

Que madame la comtesse Merlin nous permette de lui soumettre une observation. N'a-t-elle pas abuse quelquefois de ses talents épistolaires? Pourquoi écrire tant de pages sur des sujets si variés? Pourquoi, non contente d'analyser avec un style remarquable les impressions diverses qu'elle avait éprouvées, a-t-elle essayé de résoudre un si grand nombre de questions philosophiques, politiques, économiques, morales, etc.? Toutes ces brillantes et solides qualités du cœur et de l'esprit dont elle est heureusement douée sont-elles donc si communes qu'elle ait cru souvent devoir les sacrifier au vain désir de paraître posséder des connaissances universelles?--Effacez de ces trente-six lettres quelques répétitions inutiles, supprimez-en tout ce que d'officieux compilateurs y ont ajouté, n'y laissez, en un mot, que ce que madame la comtesse Merlin a réellement écrit, c'est-à-dire senti ou pensé, et son ouvrage, un peu trop aristocratique peut-être, restera parmi les relations de voyage comme un charmant modèle de sentiment et d'esprit, d'observations et de descriptions.

Madame la comtesse Merlin n'aime pas les Américains, et elle ne laisse échapper aucune occasion de les critiquer.--La plupart de ces reproches ne manquent ni de malice ni de fondement; ils se résument presque tous dans les observations suivantes: «C'est un joug bien pesant que l'égalité: pour satisfaire aux exigences de tous, on est soumis à des gênes intolérables. Chacun paie de ses affections, de ses goûts, de ses penchants, de son indépendance, le bénéfice fractionnel que l'association lui a accordé.--On achète bien cher la liberté collective quand on la paie par l'esclavage individuel. Ici le riche est toujours opprimé par le pauvre et refoulé par la jalousie des masses. Ainsi la liberté est sacrifiée à l'égalité, l'égalité immolée à la liberté; ce qui s'appelle être égaux et libres. Dans ce pays, il faut marcher au pas de tout le monde, vivre de la vie de tout le monde Au théâtre, en voyage, à l'auberge, chez soi, l'esclavage est général, inévitable: tous les actes de la vie sont collectifs.»

Aussi avec quelle joie madame la comtesse Merlin quitta ce pays où elle n'attendait rien, où elle n'etait attendue de personne, pour se rendre dans sa chère patrie, qu'elle n'avait pas revue depuis bien des années, et où tant de cœurs battaient à son approche d'espérance et de bonheur! Au lieu des odeurs infectes de la graisse fondue, du gaz et du bitume, qu'il lui tardait de respirer d'air tiède et amoureux des tropiques, cet air de vie et d'enthousiasme, rempli de molles et douces voluptés!» Avec, quels regards avides elle contemplait cette végétation unique dont elle nous a fait une si belle description! «Des rosées abondantes, des pluies réglées, à de certaines époques de l'année, la chaleur douce et constante de l'atmosphère, une couche végétale pure, et dont l'épaisseur considérable s'alimente encore des dépouillés que laissent les forêts primitives, donnent à la végétation de cette île une vigueur et une puissance merveilleuses; le sol même suffit pas à la contenir. Une quantité immense de plantes envahissent l'air et y cherchent la vie et l'expansion que leur refuse la terre, trop chargée de ses produits. A peine échappées de leur berceau, flexibles, ondoyantes, elles s'élancent d'arbre en arbre, du rocher en rocher; elles montent et descendent sur les murs, sur les toits des maisons; les corolles ouvertes, elles cherchent l'action bienfaisante du soleil, et leurs feuilles exubérantes s'épanouissent au souffle de la brise. Une multitude de plantes parasites, douces d'une force vitale prodigieuse, s'élèvent jusqu'à la coupole des arbres; et là, se jouant au milieu de leurs riches panaches, suspendues avec grâce sur ces colosses de nos forêts, elles balancent leurs fleurs délicates et flexibles au milieu des branches mobiles et gigantesques. En Europe les fleurs rampent, ici elles s'élèvent et volent comme des oiseaux, comme des mouches dorées dans des jardins aériens! Eh bien! cette île si belle dans toutes ses parties, où les volcans, les tremblements de terre, les animaux venimeux sont inconnus, où le plus beau ciel et une végétation splendide offre ni leurs trésors au premier venu, cette île est aux trois quarts inhabitée.»

Autant les Américains lui avaient paru tristes, ennuyeux et affairés, autant madame la comtesse Merlin trouva ses compatriotes gais, aimables et pour la plupart paresseux.--Elle en trace en diverses lettres des portraits qui doivent les faire aimer. Un volume entier est consacre à la peinture de leur vie, de leurs mœurs et de leurs coutumes, à la ville, dans les campagnes environnantes, dans les montagnes de l'intérieur de l'île. Parmi les lettres qui nous semblent mériter des éloges sans restriction, nous citerons celles qui peuvent s'intituler:les Guajiros, la Mort à la Havane, les Deux Veillées, les Femmes havanaises, et la Vuelta abajo. Les Guajiros, ou paysans montagnards, ont inspiré à madame la comtesse Merlin le chapitre le plus remarquable de son ouvrage.

La partie sérieuse de la Havane est beaucoup trop longue. Madame la comtesse Merlin y a sans doute réuni une foule de documents curieux ou d'idées utiles dont elle à obtenu la communication; mais, si intéressantes qu'elles soient, des dissertations historiques, législatives, judiciaires, politiques, économiques, statistiques, seront toujours déplacées dans un ouvrage où la sensation et le sentiment l'emportent naturellement sur la connaissance. Ici, à l'histoire de Cuba, madame la comtesse Merlin ajoute la biographie de Las Casas; la, un traité théorique et pratique sur l'esclavage précède un essai pratique sur l'état actuel des lois et l'administration de la justice. Enfin le gouvernement, l'agriculture, l'éducation, le commerce, les rapports de la métropole avec la colonie, la question des races, etc., tels sont les sujets de cinq lettres adressées à MM. de Golbéry, Gentien de Dissay, Decazes, Rothschild et Martinez de la Rosa.

Malgré ces défauts,la Havaneoffre une lecture aussi agréable qu'instructive. Nous regrettons que le défaut d'espace et la nature même de ce bulletin ne nous permettent pas d'en citer quelques fragments. Nous terminerons seulement cette sèche et rapide analyse par la phrase suivante, empruntée à la lettre sur le tabac: «Lorsque vous cheminez, à pas lents, aspirant avec délice un de ces certains cigares de laReinaque vous connaissez si bien, savourant en vrai gourmet son parfum et admirant son aptitude à prendre feu et à le conserver, sachez-le, et ne vous étonnez plus de, rien, ce cigare, ardent et moelleux à la fois, a été... vous le dirai-je? mais oui, un historien doit tout dire, il a été, comme tous ceux que vous fumez, roulé, oui, roulé sur la cuisse non voilée d'une de nos filles de campagne appelées Guajiras.»Ad. J.

L'Art de Fumer, ou la Pipe et le Cigare, poème en trois chants, suivi de notes; par BARTHÉLÉMY. In-8.--Paris,Lallemand-Lépine, rue Richelieu, 52;Martinon, rue du Coq, 4;Paul Masgana, galerie de l'Odéon, 12.

M. Barthélémy est toujours le poète qui manie la langue en maître, et sait la rendre souple à l'exigence de sa pensée; mais sa pensée elle-même est tombée, des hauteurs où elle rencontra autrefois l'épopée napoléonienne, dans les bas-fonds où le poète Regnier trouvait ces vers qui firent dire à Boileau:

Heureux si ses écrits, craints du chaste lecteur,Ne se semaient des lieux où fréquentait l'auteur.

Heureux si ses écrits, craints du chaste lecteur,Ne se semaient des lieux où fréquentait l'auteur.

Heureux si ses écrits, craints du chaste lecteur,

Ne se semaient des lieux où fréquentait l'auteur.

M. Barthélémy a répudié la succession du satirique Gilbert pour celle du poète Autreau, auteur d'une pièce de vers sur une maladie dont le nom ne se prononce pas en bonne compagnie.

Il faut plaindre M. Barthélémy, car sa chute est celle d'un esprit plein de verre et d'originalité. On retrouve encore dans le poème que nous annonçons la plupart des qualités qui firent de lui un poète populaire.L'Art de Fumeraura plus d'une édition; on l'apprendra par cœur dans les estaminets. C'est la désormais que M. Barthélémy veut trouver des applaudissements dignes de lui.

J'installe devant moi, bravant le décorum,Ou la cruche flamande, ou quelque grog au rhum;Il faut que Cuba le divin narcotiqueCharge de bleus flocons mon divan poétique.

J'installe devant moi, bravant le décorum,Ou la cruche flamande, ou quelque grog au rhum;Il faut que Cuba le divin narcotiqueCharge de bleus flocons mon divan poétique.

J'installe devant moi, bravant le décorum,

Ou la cruche flamande, ou quelque grog au rhum;

Il faut que Cuba le divin narcotique

Charge de bleus flocons mon divan poétique.

Ainsi débute le poème, ainsi le poète finira.

Catalogue d'une belle Collection de Lettres autographes, tirée du cabinet de M. L..., dont la vente aura lieu le 8 avril et jours suivants, salle Silvestre.--Paris, 1844.Charron, 1 vol. in-8.

Nous avons déjà fait connaître un catalogue de ce genre. Nous avons dit aussi le prix fabuleux que le feu des enchères avait fait mettre récemment à des autographes que se disputaient des collecteurs. Si la manie n'avait pas la plus grande part dans cette passion, si l'intérêt historique la faisait seule naître, nous prédirions hardiment à la collection dont nous avons aujourd'hui la notice sous les jeux une vogue d'enthousiasme, un succès d'argent. Nous n'avons point à nous occuper de pièces insignifiantes à nos yeux, mais auxquelles un très-grand prix sera attaché peut-être, parce qu'elles ont le mérite d'émaner d'hommes dont l'écriture, dont la signature même, sont rares; nous passerons seulement en revue quelques-unes de celles qui offriront à coup sûr à nos lecteurs un intérêt incontestable au point de vue historique, biographique ou littéraire.

Nous trouvons d'abord une lettre du célèbre et malheureux amiral de Coligny; elle est du 30 juin 1572, et adressée à Charles IX. La date et le destinataire la rendent doublement curieuse:

«Sire, estant allé ce soir trouver votre mère aux Tuileries, Elle ma baillé une lettre quil a pleu à Votre Majesté mescripre par la quele elle me faict entendre ce qu'elle a entendu de plusieurs et divers endroicts de lassemblée qui se faict par toutes les provinces de ce royaulme et des rendes vous qui sest donné en ceste ville au XVe du mois prochain. Me taisant ladessus anttandre, Vostre Majesté, combien elle trouve mauvois que telle chose se face. Et comme elle commande d'y remédier aussy me faict elle bien enttandre quelle a oppinion que telle chose ne se soit faicte sans mon sceu, ce quelle trouveroit d'auttant plus maulvois que scauroit estez, sans son sceu et congé. Si aussy estoit, Sire, je confesse que jay tres-mal faict et que je mérité une bonne punition, mais pour ce que cest chose controuvée je ne feré point dexcuse et non entreré point en justification .»

Sept semaines après, dans la nuit du 23 au 24 août, jour de la Saint-Barthélémy, celui qui avait écrit cette lettre était assassiné par ordre de celui à qui elle était adressée, et de sa mère.

Une autre époque, encore plus dramatique, a fourni à ce catalogue un riche contingent. Nous ne croyons pas que la révolution française puisse offrir beaucoup de documents plus saisissants qu'une lettre de Pelletier, (du Cher), membre de la convention nationale, écrite de Paris, à un de ses amis de province le 21 janvier 1795, le jour même de l'exécution de Louis XVI, dont Pelletier avait voté la mort. Après s'être excusé de son silence sur ses nombreuses occupations, il lui dit:

«Nous sommes arrivés au moment qui doit décider du sort de la république, la convention vient de donner une preuve bien éclatante de son courage et du sa justice, le tyran n'est plus, il a trop vécu pour le malheur du peuple français. Il était temps que l'on mit un terme à ses forfaits, autrement il serait venu à bout de nous faire tous entrégorger... L'exécrable homme! combien il a été fourbe, parjure et traître, combien il a fait couler impunément le sang! ha, mon bon amy, faisons en sorte de ne jamais vivre sous le régime de la royauté.» Il parle ensuite du jugement, des dernières demandes du roi et de son supplice:

«Il a été exécuté ce matin, à 10 heures 34 minutes, il a voulu haranguer le peuple, il a dit qu'il mourait innocent (le traître, innocent, quelle imposture), qu'il pardonnait à ses ennemis, qu'il désirait que son peuple fût heureux (un bourreau, un assassin peut-il parler ainsy). Il voulut continuer, mais le commandant général a donné le signal, et sur le champ sa tête a tombé sur l'échafault; que les Parisiens se sont montrés majestueux et grands dans cette occasion, ils n'ont manifestés ny joie ny douleur, le calme le plus profond a régné, les boutiques et les spectacles ont toujours été ouverts, aucuns des exercices ordinaires n'ont été interrompus, il n'y a pas eu une larme, pas un cri de fait, sy ce n'est celui devive la République!...»

On frémit quand on considère, dans un temps calme, à quels sentiments sauvages, à quel langage barbare le fanatisme politique peut conduire un homme consciencieux, humain peut-être, mais auquel la passion dont il ne savait pas se détendre faisait voir, dans ce temps de fièvre ardente, la guillotine comme un autel et la victime comme un monstre. A coup sûre l'homme, qui avait envoyé le roi à l'échafaud, dormait bien en paix avec sa conscience. Nous allons voir, au contraire, Joseph Lebon livré à l'insomnie pour une tout autre cause et exprimer ses scrupules et ses remords pour un motif et dans un langage aujourd'hui bien inexplicables. C'est à sa cousine que le trop fameux représentant du peuple écrit, en date du 8 juin 1794:

«Voici près de huit jours que je n'ai été à Arras; je crains bien qu'à ma première apparition je n'aie quelques difficultés avec ma mère. Tu sais qu'elle devait m'acheter un habit. Mais sans dire gare, ne s'est-elle pas avisée de m'acheter un habit de très-fin drap, une veste de soye et une culotte de même étoffe!

Dans le premier moment, quoique tout interdit; je n'ai pas cru devoir la brusquer sur une emplette faite. J'ai consenti à ce qu'on me prit mesure. Mais, tu me croiras si le veux, voila dix nuits que je ne dors presque point à cause de ce malheureux habillement. Moi, philosophe, ami de l'humanité, me couvrir si richement, tandis que des milliers de mes semblables meurent de faim sous de tristes haillons! Comment, avec tout cet éclat, me transportera l'avenir dans leur chaumière pour les consoler de leurs infortunes? Comment plaider encore la cause du pauvre? Comment m'élever contre les vols des riches, en imitant leur luxe et leur somptuosité? Toutes ces idées me poursuivent sans cesse, et, je pense, avec raison, que mon âme serait un jour dévorée de mille remords, si je passais outre, et si j'avais la faiblesse de condescendre à la bonté peu éclairée d'une mère.»

Veut-on voir un véritable service rendu par un conventionnel également célébré, Jean-Bon-Saint-André, à ses collègues les représentants du peuple qui se trouvaient, au moment du procès de Louis XVI, en mission dans les départements du Mont-Blanc? Plus d'un d'entre eux se félicitait peut-être d'être, dans ce moment où il fallait se prononcer, absent de la convention. Ils s'étaient bornés à écrire à l'assemblée que la conduite de Louis XVI méritait une condamnation, quelques-uns d'entre eux croyaient peut-être s'en tirer ainsi. Voici ce que Jean-Bon-Saint-André leur écrit:

«Votre lettre à la convention au sujet de la mort du tyran, portant le mot de condamnation, quelques personnes se plaisoient à dire qu'il y avoit de l'équivoque dans l'expression de votre vœu. Il me sembla alors que votre confiance m'imposoit le devoir de faire pour vous ce que j'eusse désiré qu'en pareil cas vous fissiez pour moi, de mettre au grand jour vos vrais sentiments qui étoient pour la mort,sans appel au peuple. Cette note fut inscrite dans leCréole-Patriote, et j'ose croire que vous ne désapprouverez pas le parti que j'ai pris à cet égard.»

Comme on est heureux n'avoir affaire à un collègue obligeant et a un commentateur mesuré!

Après ces lettres de conventionnels, en voici une du duc de Berri adressée, de Blankemburgh, à M. le comte Henri de Damas, le 15 avril 1797, où le prince se montrait assez découragé et assez revenu des illusions auxquelles un exile a besoin pourtant de se rattacher, lorsqu'il n'a pas craint surtout de prendre les armes pour s'ouvrir les portes de son pays:

«Mon maudit frère n'arrive pas, et nous sommes déjà à la mi-avril, ce qui fera que nous ne pourrons vous aider qu'à la mi-may, à moins que le bruit du canon ne me rappelle; je suis d'une inquiétude affreuse de perdre un mois de campagne, quoiqu'elle ne sera sûrement qu'une reculade... Je vois cette année la fin de la guerre et la paix; est-ce à craindre ou à désirer? la paix nous fera-t-elle puis de mal que la guerre, excepté l'occasion de se faire tuer que je regretterai, car de traîner l'existence d'un fugitif chassé de partout me paraît impossible a soutenir; d'ailleurs tout le monde nous dit du bien de l'intérieur, ne serait-ce pas comme tout le bien qu'on nous disait de l'armée avant que nous la connaissions?»

Vient ensuite une protestation de Cléry, le valet de chambre de Louis XVI, qui prouve combien le plus touchant dévouement peut parfois être méconnu par ceux-là même qui devraient le mieux lui rendre justice. Elle est datée de Schierensce, le 29 janvier 1801, et adressée à madame la duchesse d'Angoulême:

«M. le duc m'accuse d'avoir sçu et de ne pas l'avoir prévenu, que mercredi, jour de bal de madame la comtesse Baudisen, tombait le 21 janvier, et de plus d'être complice d'une intrigue de société, pour l'engager, ainsi que vous, madame la duchesse, à paraître dans un bal ce jour de deuil pour tous les bons Français. J'en atteste le ciel, j'en atteste les mânes augustes de mon maître! que jamais pareille pensée n'est entrée dans mon âme... M. le duc m'accuse encore d'ambition; de l'ambition, moi! ah! si j'avois été enivré de cette passion, n'ai-je pas trouvé mille occasions de la satisfaire, pendant mon séjour à Vienne, à Londres et à Berlin, où le bon roi vouloit me donner une maison et une place honorable? N'ai-je pas tout refusé pour suivre la malheureuse destinée de mes augustes maîtres? Cet effort n'a jamais été pénible; le sentiment de reconnaissance, d'attachement et de devoir, est, et sera éternellement gravé dans mon cœur. Clery, simple, valet de chambre et dernier serviteur de Louis XVI, au temple, est le plus beau titre que je puisse jamais posséder, et avec lequel les personnes sensibles m'accorderont toujours quelqu'intérêt, au lieu que Clery, qui voudrait s'élever au niveaux des personnes qui doivent le commander, seroit regardé, avec justice, comme un être inconséquent et déresonnable.»

Il est pénible de voir un serviteur dont la fidélité est, à juste titre, historique, être mis dans la situation de faire entendre un tel langage. Le cœur est également attristé en entendant l'expression de l'étonnement et de la douleur qu'éprouve l'impératrice Joséphine, cette femme si dévouée, à la vue des trahisons de 1814. Sa lettre est datée du château de Navarre, 7 avril 1814:

«Je suis arrivée ici le 30, et la reine Hortense, deux jours après avec ses enfants. Elle est aussi souffrante et aussi douloureusement affectée que moi. Nous avons le cœur brisé de tout ce qui se passe, et surtout de l'ingratitude des Français. Les journaux sont remplis des plus horribles injures; si vous ne les avez, pas lus, n'en prenez pas la peine, ils vous feraient mal. Il parait que l'Empereur a envoyé a Paris les maréchaux Ney et Macdonald, avec le duc de Vivence, pour proposer d'abdiquer en faveur du roi de Rome, et que la proposition n'a pas été acceptée. Jusqu'à présent, Évreux et Navarre sont tranquilles, mais on nous menace aujourd'hui ou demain de la visite de l'ennemi. Croirés vous que le général charge de s'emparer du département au nom du gouvernement provisoire, est le duc de Raguse, qui a passé de leur côté avec le corps d'armée qu'il commandait?»

Ce qui est moins déchirant, ce sont les reproches adroitement déguisés d'ingratitude que le prince de Talleyrand adresse à Louis XVIII, avec lequel il avait correspondu sur la fin de l'empire, et qui, en 1816, cédant aux instances de ses compagnons d'émigration, après avoir complètement disgracié Fouché, avait fait dire à son grand chambellan de ne pas paraître aux Tuileries jusqu'à nouvel ordre. La lettre du prince est du 22 novembre 1816. Il obéira à l'ordre de Sa Majesté, qui vient de lui être transmis par M. le duc de La Châtre. Il obéira avec douleur, mais sans comprendre que les rapports que Sa Majesté reçoit fassent quelque impression sur elle lorsqu'il est question du lui. Il termine ainsi:

«Je lui demanderois pardon de ma mauvaise écriture, si je ne savois qu'elle la connoît depuis longtemps et quelle la lit aisément.»

Une réclamation, empreinte d'une véritable noblesse, dictée par un sentiment parfait des convenances les plus délicates et les plus difficiles, et dans laquelle est portée au plus haut point la dignité des sentiments de famille, c'est celle de mademoiselle de Robespierre, sœur des deux conventionnels de ce nom, adressée le 21 mai 1830 au journall'Universel. Le rédacteur de cette feuille, qui, a un premier tort, ajouta celui de ne pas le réparer et de refuser l'impression de cette lettre, le rédacteur del'Universelavait dit, en rendant compte de prétendusMémoires de Robespierre, dont il contestait du reste l'authenticité, que l'éditeur avait pu autrefois se procurer des documents fidèles auprès d'une sœur de Robespierre, végétant à Paris, dans le coin le plus obscur d'un faubourg, accablée d'années, de misère, du poids de son funeste nom, et acheter d'elle quelques souvenirs non effacés. «Voici la fin de la réponse éloquente, nous pourrions dire sublime, que fit vainement à ce journal mademoiselle de Robespierre, et que laRevue rétrospectivea imprimée en entier, t. I, p. 104 de sa 1ère série:

«... Ce qu'on vous a dit, monsieur, est non-seulement inexact, mais cela est faux. Il est vrai que la sœur de Maximilien Robespierre végète accablée de misère, d'années, et vous auriez pu ajouter de graves et douloureuses infirmités, dans un coin obscur de la patrie qui la vit naître; mais elle a constamment repoussé les offres des intrigants qui, dans le laps de trente-six ans, ont tenté à diverses reprises de trafiquer de son nom; mais elle n'a rien vendu à personne; mais elle n'a aucun rapport direct ni indirect avec l'éditeur des prétendusMémoiresde son frère.

«Je regarde, monsieur, comme injurieuse à mon honneur et ma probité l'idée qu'on ait pu acheter de moi messouvenirs non effacés. J'appartiens à une famille à laquelle on n'a pas reproché le vénalité. Je vais rendre au tombeau le nom que je reçus du mes vénérable des pères, avec la consolation que personne au monde ne peut me reprocher un seul acte, dans le cours de ma longue carrière, qui ne soit conforme à ce que prescrit l'honneur. Quant à mes frères, c'est à l'histoire à prononcer définitivement sur eux; c'est à l'histoire à reconnaître un jour si réellement Maximilien est coupable de tous les excès révolutionnaires dont ses collègues l'ont accusé après sa mort. J'ai lu dans les Annales de Rome que deux frères aussi furent mis hors la loi, massacrés sur la place publique, que leurs cadavres furent traînés dans le Tibre, leurs têtes payées au poids de l'or, mais l'histoire ne dit pas que leur mère, qui leur survécut, ait jamais été blâmée d'avoir cru à leur vertu.»

Toutes les pièces émanant de femmes, qui se trouvent dans cette collection, ne sont pas, on se le figure aisément, écrites de ce style. C'est sur un tout autre ton que madame de Parabere, maîtresse en titre du régent, écrivait au maréchal de Richelieu une lettre que nous ne rapporterons pas, et qui prouve qu'elle était en même temps une des maîtresses de fait de ce fameux séducteur.--Madame Denis, la nièce de Voltaire, dans une lettre du 20 juin 1755 exprime d'une manière piquante les craintes que causent à son oncle et à elle des exemplaires qui circulent du poème dela Pucelle, imprimé clandestinement. On y lit:

«Tout irait bien sans cettePucelle. Nous recevons tous les jours des avis qui nous désespèrent, nous ne pouvons plus douter quelle ne soit en de bien mauvaises mains tant à Paris que dans les pais étrangers, et à moins que saint Denis ne dessande encore une fois sur son rayon pour la préserver des mal voulants je la croîs dans un grand danger.»

Sophie Arnould, avec sa philosophie, sa désinvolture spirituelle et son mépris de l'orthographe et de la ponctuation, qu'elle pousse, on le comprend, plus loin encore que la mère de Voltaire, écrivait, le 31 décembre 1788, à un de ses nombreux mais anciens adorateurs:

«... Vous connessés, mon amy, mon cœur et la délicatesse de mes procédés envers les illustres ingrats que j'ai associés à mon cœur, à mon bonheur et aux plaisirs de mon jeune âge: tout cela est fini, comme cela finit assés ordinairement; c'est un malheur, je pardonne à ses ingrats! l'oubly de mes attraits, de mes soins, mais non celuy de ma tendresse... Cependant il faut s'accoutumer à tout; mais me voici aujourd'hui, eh! par le temps qui coure, après vingt années de gloire, de flatteries, d'aisances, obligée de compter avec moy même, pour n'avoir pas à décompter avec les autres, mes affaires pécunières sont engagées. La charge d'une famille nombreuse dont j'étais la plus riche, trois enfants grands seigneurs le matin eh! très petits bourgeois, le soir, ou lorsqu'il s'agit de les placer à droite ou à gauche, bref, tout cela m'a sinon ruinées ou au moins bien dérangée. Vuyes mon amy quelle répons vous voudrés faire à votre Sophie.»

Une autre femme, longtemps célèbre par sa beauté, figure dans cette galerie historique sous le nom qu'elle devait bientôt après échanger contre celui de Tallien, dans une pièce écrite de la main de Robespierre et signée par lui et ses collègues Billaud-Varennes, Barère et Collot-d'Herbois. C'est un arrêt du comité de salut public du 3 prairial, l'an II de la république, qui ordonne que «la nommée Cabarus, fille d'un banquier-espagnol et femme du nommé Fontenai, sera mise sur-le-champ en état d'arrestation et mise au secret; quele jeune homme qui demeure avec elle et ceux qui seraient trouvés chez elleseront pareillement arrêtés, etc.»

Une même pièce réunit trois noms qui ont une grande célébrité dans la politique, la littérature et les arts. Elle est écrite par le prince de Metternich, adressée à madame la duchesse d'Abrantès, et sert à recommander le pianiste Thalberg. Elle est du 18 octobre 1833:

«Le porteur se nomme Thalberg; il est jeune, bon garçon, de très-bonne compagnie; à mon avis, le premier pianiste qui jamais ait joué de cet admirable instrument... Faites-le jouer; il a entre autres le talent de tout savoir par cœur. Demandez-lui tel souvenir que vous voudrez, il ne restera pas en défaut, et il vous charmera, ou je ne m'y entends pas.»

L'artiste est parfaitement arrivé à prouver que le prince s'y entend.

Nous avons rapporté le titre de ce Catalogue. S'il fallait l'en croire, cette collection curieuse seraittirée du cabinet de M. L.Un très-grand nombre de pièces nous prouvent que cette initiale dissimule le véritable nom du collecteur. Ces pièces sont adressées au marquis de Dolomieu, un des amateurs qui ont le plus fourni à la belle publication de l'Isographie. Nous ne nous expliquons pas que cette collection soit aujourd'hui livrée aux enchères. On y trouve une foule de lettres des princes et princesses de la famille régnante, qui les avaient écrites à la sollicitation du collecteur et pour la compléter, mais non à coup sûr pour voir la criée d'un commissaire-priseur s'exercer sur leurs page» d'écriture. Telle est cette lettre du prince de Joinville, adressée au marquis de Dolomieu, il la date du 2 juillet 1827;

«Voici le petit bout de lettre que vous m'avez demandé; si vous aviez voulu attendre deux ou trois ans plus tard, l'écriture eût été, je crois, un peu meilleure; mais puisque vous désirez être satisfait aujourd'hui, c'est là tout ce que je puis vous offrir.»

Du reste, ceci n'est qu'une question de convenance plus ou moins mal observées. Mais ce qui nous parait plus sérieux, c'est que nous trouvons dans ce catalogue, aux numéros 40 et 396, deux pièces signées, l'une de Molière, l'autre de sa femme, que la section des manuscrits de la bibliothèque du Roi possédait en 1825, et que l'auteur de ce compte rendu copia et fit imprimer à cette époque. Comment notre dépôt national s'est-il trouvé dépossédé au profit d'une collection particulière, de deux pièces très-rares? Comment et par qui ont-elles pu être livrées à un acquéreur, à coup sûr de bonne foi? Ceci sort du domaine de la critique. En 1832, une commission fut instituée pour examiner certains faits signalés à l'autorité supérieure, qui s'étaient passés à la bibliothèque du Roi. Cette commission, dont M. Prunelle était rapporteur, fut d'avis, après examen, que cette tâche revenait de droit à l'autorité judiciaire. Force nous est aujourd'hui, comme à la commission d'alors, de déclarer notre incompétence.T.

Études sur les Tragiques grecs; par M. PATIN, de l'Académie française. 3 vol.--ChezHachette, rue Pierre-Sarrazin, 12.

Nous n'avions rien encore, dans notre littérature, que nous puissions justement opposer aux excellents travaux des Allemands sur la tragédie grecque. La Harpe, qui avait fait preuve d'une critique supérieure dans l'étude de notre théâtre, s'était laissé dominer par le goût français et les préjugés littéraires de son époque, lorsqu'il examina les anciens tragiques. Son jugement nous parait aujourd'hui faire le pendant de celle fameuse traduction inexacte etfranciséedu père Brumoy, qui nous montre Oreste arrivant de voyage avec ses malles, comme un commis voyageur, et assis sur un canapé attendant sa sœur la terrible Électre. Les travaux postérieurs de M. Nepomucène Lemercier étaient encore entachés du même défaut que nous reprochons à La Harpe; et d'ailleurs l'auteur d'Agamemnonqui avait en partie retrouvé sur la scène la puissante inspiration d'Eschyle, n'examina, dans sa critique, l'ancienne tragédie que sous un point de vue restreint, systématique et presque personnel.

M. Patin vient combler aujourd'hui cette lacune de notre critique littéraire; ses études sur les tragiques grecs sont certainement le livre le plus remarquable que l'on ait fait, depuis W. Schlegel, sur le théâtre ancien. Nous louerons d'abord et surtout M. Patin d'avoir, après les ambitieuses théories des Allemands, traité au contraire son sujet avec nue discrétion et une sobriété éminemment françaises. Au lieu de s'égarer, loin de ses auteurs, dans de nébuleuses conjectures, dans les associations plus ingénieuses que vraies du bas-relief et de l'épopée, du groupe et de la tragédie, il s'est appliqué uniquement à comprendre le génie particulier des trois grands tragiques, et à distinguer les caractères propres, à en faire ressortir la beauté singulière et originale. Dans un semblable travail, M. Patin n'a pas recule devant les pénibles et laborieuses recherches de l'érudition; il a voulu, au contraire, que la science fût toujours la base de sa critique; et cet examen approfondi, minutieux même du texte, qui serait peut-être excessif s'il était fait de même sur Racine ou Corneille, parait être indispensable pour les tragédies grecques, si difficiles à entendre, si chargées de variantes et d'interpolations de toutes sortes. La critiqueverbalesera toujours, et quoi qu'on en dise, la meilleure et la plus utile pour l'intelligence et l'appréciation des auteurs de l'antiquité.

D'excellentes traductions viennent à l'appui de toutes les assertions critiques de m. Patin, et les nombreux passages d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide que nous trouvons traduits dans son livre avec cette connaissance parfaite de la langue grecque et ce goût véritablement attique qu'on devait attendre du savant professeur, ajoutent une singulière valeur à ses jugements et à ses analyses. On a rarement traduit les anciens avec une pareille élégance jointe à une telle fidélité; et, pour peu que l'on se rappelle les inexactitudes, les contre-sens et surtout la lourde platitude des traductions qui ont suivi celle du père Brumoy, on sentira tout le mérite du nouveau traducteur.

Espérons que M. Patin voudra un jour compléter son beau travail en dotant notre langue d'une traduction entière de ces tragédies, dont il ne nous a encore donné que des extraits.

Nous voudrions pouvoir détacher du livre de M. Patin quelques morceaux choisis, qui viendraient à l'appui de nos éloges; mais Eschyle, Sophocle, Euripide ne sauraient être jugés en quelques lignes, et ce n'est pas trop d'un volume entier pour apprécier sous toutes ses faces le génie magnifique de chacun de ces grands tragiques. Nous nous bornerons donc à recommander surtout à nos lecteurs les excellentes pages que M. Patin a écrites sur Euripide; ils y trouveront une critique judicieuse des beautés et des défaut du poète, exprimée en termes plus justes et plus clairs que ceux dont M. Schlegel s'était servi dans ses appréciations théoriques, où il compare «le point de perfection dans les arts au foyer d'un verre ardent, etc.»

Après tous ces éloges, nous ne craindrons pas de reprocher à M. Patin quelques explications minutieuses, quelques commentaires superflus, qui sont plutôt au profit de l'érudition pure qu'à celui de la critique littéraire. Nous eussions voulu aussi trouver dans son examen d'Eschyle une vue plus haute, plus hardie sur le génie duterrible poète; non pas qu'il fallût tomber dans ces exagérations gigantesques que nous a fait voir une célèbre préface, mais on pouvait peindre avec un sentiment plus vif et en termes plus forts cette sublime inspiration patriotique, cette audacieuse et sombre poésie qui mettent Eschyle au-dessus de tous les autres tragiques, et donnent à son théâtre une élévation morale qu'on chercherait vainement ailleurs.

Mais par ces quelques critiques nous ne voulons point infirmer le mérite d'un livre qui demeure, comme nous l'avons dit, le plus savant et le plus judicieux qu'on ait encore fait sur la matière.

Costume grec.                                                 Albanais.--Marquise.

Par suite d'une erreur du dessinateur, la première figure des Amusements des Sciences, dans notre dernier numéro (page 32), au lieu de représenter dix cartes dont les nombres de points vont, en se suivant depuisunouasjusqu'àdix, offre dix cartes prises au hasard, à partir des deux premières à gauche (l'asde carreau et ledeuxde trèfle). Le lecteur est prié de faire par la pensée la correction suivante, sans laquelle la solution de notre premier problème serait inintelligible:

Après l'asde carreau et ledeuxde trèfle, il faut untroisau lieu d'unhuitde carreau; après cetroisunquatreau lieu d'unasde pique; après lequatreuncinqau lieu d'undixde cœur; et ainsi de suite jusqu'audix, qui sera immédiatement avant l'asde carreau pris pour point de départ.

SOLUTIONS DES QUESTIONS PROPOSÉES DANSLE CINQUANTE-QUATRIÈME NUMÉRO.

I. Supposons que le nombre qu'il s'agit d'atteindre soit 100, et qu'il faille ajouter des nombres constamment plus petits que 11.

L'artifice de ce problème consiste à s'emparer tout de suite de certains nombres que nous allons faire connaître. Retranchez pour col effet 11 de 100, une fois, deux fois, trois fois, et autant de fois que cela se peut, il restera 89, 78, 67, 56, 45, 34, 23, 12, 1, qu'il faut retenir; car celui qui, en ajoutant son nombre moindre que 11 à la somme des précédents, comptera un de ces nombres avant son adversaire, gagnera infailliblement, et sans que l'autre puisse l'en empêcher. On trouvera encore plus facilement ces nombres en divisant 100 par 11, et prenant le reste 1, auquel on ajoutera continuellement 11 pour avoir 1, 12, 23, 34, etc.

Supposons, par exemple, que le premier qui sait le jeu prenne 1; il est évident que son adversaire devant compter moins que 11, pourra tout au plus, en ajoutant son nombre, 10, par exemple, atteindre 11, le premier prendra encore 1, ce qui fera 12; que le second prenne 8, cela fera 20; le premier prendra 3 et aura 23, et ainsi successivement il atteindra le premier à 34, 45, 56, 67, 78, 89. Arrivé là, le second ne pourra pas l'empêcher d'atteindre 100 le premier; car, quelque nombre que prenne le second, il ne pourra atteindre qu'à 99, le premier pourra donc dire, et 1 font 100. Si le second ne prenait que 1 en sus de 99, cela serait 90, et son adversaire, prendrait 10, qui, avec 90, fait 100.

Il est clair que, de deux personnes qui jouent à ce jeu, si toutes deux le savent, la première doit nécessairement gagner.

Mais si l'une le sait et que l'autre ne le sache pas, celle-ci, quoique première, pourra fort bien ne pas gagner; car elle croira trouver un grand avantage à prendre le plus fort nombre qu'elle puisse prendre; savoir, 10; et alors la seconde, qui connaît le jeu, prendra 2; ce qui, avec 10, fait 12, l'un des nombres dont il faut s'emparer. Elle pourra même négliger cet avantage et ne prendre que 1 pour faire 11; car la première prendra probablement encore 10, ce qui fera 21; la seconde pourra alors prendre 2, ce qui fera 26. Elle pourra enfin attendre encore plus tard pour se placer à quelqu'un des nombres suivants: 34, 45, 56, etc. Si le premier joueur veut gagner, il ne faut pas que le plus petit nombre proposé mesure le plus grand; car, dans ce cas, le premier n'aurait pas la certitude de gagner. Par exemple si, au lieu de 11, on avait pris 10, qui mesure 100 en ôtant 10 de 100 autant de fois qu'on le peut, on aurait ces nombres: 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80, 90, dont le premier 10 ne pourrait pas être pris par le premier; ce qui fait qu'étant obligé de prendre un nombre moindre que 10, si le second était aussi fin que lui, il pourrait prendre le reste à 10, et ainsi il aurait une régie infaillible pour gagner.

II. Prenez un ballon de verre à long col, remplissez-le d'eau à moitié, et faites-y bouillir cette eau en tenant le fond du ballon au-dessus de charbons ardents. Lorsque l'ébullition a duré pendant quelques minutes avec une certaine intensité, mettez un bouchon au col de votre ballon et retournez-le. Puis, lorsqu'il est refroidi complètement, placez de la glace à la partie supérieure qui n'est pas en contact avec l'eau. Vous verrez à l'instant l'ébullition se manifester avec beaucoup de force.

De l'eau froide suffira même habituellement pour produire l'ébullition, et on pourra se donner ainsi le spectacle d'une eau qui bout sans feu durant des heures entières.

L'explication de ce curieux phénomène est fort simple. Lorsque l'on a chassé complètement du ballon l'air qui y était renfermé, par une première ébullition, et qu'on a fermé le vase avec un bouchon, l'eau ne s'est plus trouvée en contact qu'avec de la vapeur. Or, si on vient à condenser cette vapeur par l'approche d'un corps froid, la surface liquide n'étant plus pressée par rien, ce liquide laissera échapper de nouvelle vapeur, et c'est là précisément ce en quoi consiste l'ébullition.

C'est par une raison analogue que l'eau bout sur les hautes montagnes à une température beaucoup plus basse qu'au bord de la mer. A Quito, par exemple, a 2,900 mètres environ au-dessus de l'Océan, l'eau bout à 90º seulement de l'échelle centigrade; de sorte qu'il est impossible d'opérer certaines cuissons qui exigent une chaleur de 100°, à moins de se servir du digesteur de Papin, ou de la vapeur à une pression plus élevée que celle de l'atmosphère.

NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.

I. Faire fondre du plomb sans feu.

II. Faire fondre du marbre, sans le décomposer, et changer de la craie en marbre.

III. Frapper une bille avec bricole simple ou bricole double, au jeu de billard.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

Un essaim d'Abeilles.


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