Histoire de la Semaine.

Histoire de la Semaine.La Chambre, comme les administrations, comme les établissements publics, comme les théâtres, comme la presse quotidienne, comme tout enfin, excepté l'Illustration, a pris des vacances. Nous n'avons donc cette semaine qu'un petit nombre d'actes législatifs à enregistrer; les journaux se sont même plus occupés du débat qui a terminé les travaux de la semaine dernière, et dont nous avons donné le résultat au moment même de notre tirage, que de ceux qui ont suivi la reprise des séances. En effet, si la proposition de M. Chapuys de Montlaville n'avait trait qu'à une des questions relatives à la constitution financière de la presse, elle fournissait l'occasion de les traiter toutes. Dans cette polémique il s'est émis peu d'idées nouvelles. Des journaux auxquels les annonces ne viennent point, parce que leur publicité est restreinte, ont demande que l'impôt sur le timbre fût remplacé par un impôt sur les annonces; bien qu'émise dans un intérêt particulier, cette idée devra, comme toutes celles qui se sont produites, être examinée avec soin par la commission que la Chambre va constituer. Comme il est bon qu'elle connaisse toutes les considérations qui, dans le principe, ont fait établir l'impôt du timbre dont on lui demande la suppression, nous croyons devoir mettre sous ses yeux le passage suivant duDictionnaire des gens du monde(par Slicotti, 1770, t. V, p. 505), où il fut demandé, pour la première fois que nous sachions, et à titre de remède à l'abus du papier blanc: «L'État peut tirer parti des journaux, des journalistes, qui se disputent aujourd'hui l'honneur d'enseigner la France enseignante. Une centaine de pages fondues et étendues dans plusieurs volumes produisent à tels journalistes un revenu de 12,000 livres par année, c'est-à-dire beaucoup plus que ce que trois années du meilleur et du plus fort travail en ce genre aient produit au célèbre Bayle. Or, ces écrivains, qui se disent si bons citoyens, consentiront sans doute avec plaisir à ne tirer de leur ouvrage que 9,000 livres de net (sans compter le tour du bâton), les trois autres mille livres avertissant au profit de l'État. Il est d'équité d'asseoir cette contribution de manière qu'elle soit proportionnée au débit de chaque journal. Or, quelle voie plus proportionnelle que l'établissement d'une formule ou papier timbré pour tous les journaux, formule qui embrasserait de droit les mémoires d'académies, les compositions qui concourent annuellement pour les prix fondés dans la plupart du ces sociétés; et, par extension, les premières éditions des pièces de théâtre, les romans et toutes les productions romanesques? Il résulterait de cet établissement un avantage certain pour les lecteurs et pour les acheteurs, par l'attention qu'auraient les écrivains diffus à ménager le papier. Si quelque caustique opposait à cette partie, de notre projet le mot de Gilles Ménage sur les journaux, nous lui répondrions par celui de Vespasien:Atqui è lotio est.»Lundi dernier la Chambre a délibéré en séance publique sur la prise en considération de la proposition de MM. Saint-Marc Girardin, de Sainte-Aulaire, d'Haussonville, de Gasparin, Ribonet et de Sahime, relative aux comblions d'admission et d'avancement à établir pour les fonctions publiques. Quoiqu'une pareille motion soit une critique évidente de certaines nominations et même de l'ensemble des nominations auxquelles le népotisme et la faveur entraînent la haute administration au détriment des services de l'État, la proposition comptait tant de pères, et de pères conservateurs, qu'il soit difficile de la traiter en enfant perdu. Après quelques développements présentés par M. Saint-Marc Girardin, qui n'a pas eu de peine à établir combien cet arbitraire déconsidère le pouvoir, M. le ministre des affaires étrangères est venu déclarer qu'il ne s'opposait point à la prise en considération d'une proposition sérieuse et sincère, qui n'était pas portée par un autre esprit et ne se proposait pas un autre but que le but et l'esprit qu'elle annonçait ouvertement. C'était la critique des propositions que le ministère avait précédemment combattues, quelquefois sans succès, et une grande partie de la chambre n'a pas paru comprendre que la proposition de M. de Saint-Priest, par exemple, relative à la réforme postale et que M. le ministre des finances a si énergiquement et si vainement repoussée, recélât une intention secrète et un but caché. Il a paru plus vraisemblable qu'on combattait pas cette proposition nouvelle, parce qu'on n'avait nulle chance de le faire avec succès, et que, pour lui comme pour celle de MM. Gustave de Beaumont, Leyd et Lacrosse, sur la corruption électorale, on préférait s'en remettre aux difficultés qui pourraient lui être suscitées plus lard. La proposition a donc été prise en considération à la presque unanimité des votants.La Chambre a eu ensuite à nommer des commissaires pour l'examen des projets de loi de chemin de fer dont nous avons précédemment mentionné la présentation. Un député, l'honorable M. Havin, dans le désir honnête que l'intérêt général prévalût dans la formation des commissions pour les intérêts de localité, et dans l'espoir naturel qu'un scrutin de rassemblée entière amènerait plus sûrement ce résultat que des scrutins fractionnés de bureaux, a demandé que la Chambre usât de la faculté que lui donne son règlement, et qu'elle n'avait jamais exercée jusque-là, de nommer les commissaires directement et par un scrutin de liste. Havin, dans sa probité, n'a pas prévu qu'un résultat tout avisé à son but sortirait du mode de procéder qu'il avait entamé. C'est cependant ce qui est arrivé. Des organes de la masse, dans toutes les nuances de l'opinion, s'accordent à ce que des coalitions d'intérêts particuliers sont parvenues, au préjudice de l'intérêt général, à faire triompher, au scrutin, leurs candidats.La France vient encore d'avoir à exiger en Syrie une réclamation nouvelle pour des traitements odieux commis envers des chrétiens, et pour une attaque armée dirigée contre l'habitation de notre agent consulaire à Latakié. Voici le résumé des faits rapportés par l'Écho d'Orient: Un prêtre grec ayant été excommunié par son évêque pour avoir béni un mariage sans autorisation, avait embrassé l'islamisme par vengeance. Cette action transporta de joie la populace musulmane, qui promena en triomphe le renégat dans les rues de Latakié. Cela se passait le dimanche 25 février, au moment où les Européens, qui s'étaient rendus à la chapelle, y assistaient à la célébration de la messe. La populace, passant près du monument, fit entendre des hurlements et assaillit à coups de pierres les fidèles qui s'y trouvaient. Ceux-ci, s'avançaient à la porte, dispersèrent une troupe d'enfants qui les injuriaient et continuaient à lancer des pierres, dont furent blessées quelques femmes. Ces enfants ne tardèrent pas à retourner devant l'église; mais cette fois ils étaient suivis d'une foule compacte au milieu de laquelle on remarquait des Albanais et des musulmans les plus fanatiques de la ville. A la vue de cet attroupement menaçant, les Européens fermèrent la porte du couvent, contre laquelle les furieux tirèrent des coups de pistolet et de fusil. Après avoir vainement tenté de la briser, ceux-ci pénétrèrent par escalade dans l'enceinte du jardin; Européens, hommes et femmes, épouvantés de l'audace et de la rage de la populace, s'étaient déjà réfugiés dans autre jardin contigu à celui du couvent, et appartenant à la maison consulaire de France, croyant ainsi, sous notre drapeau, se mettre à l'abri de l'insulte et de l'assassinat. Mais la maison du vice-consul ne fut pas respectée, et l'un des siens, qui se mit en devoir de la défendre, reçut une balle dans la poitrine. Le consul de France à Beyrouth a demandé la punition des coupables à notre ministre à Constantinople, M. de Bourqueney. Le divan n'a point opposé difficultés; seulement il voulait que, comme dans une circonstance récente, la réparation eût lieu à Beyrouth et non au lieu où l'insulte avait eté commise, bien que, lors de l'affaire de Jérusalem, il ait été dit à la tribune et dans les journaux, par certains organes du gouvernement, que procéder autrement eût été contraire à toutes les règles diplomatiques, comme cette affirmation avait entraîné peu de convictions, cette fois-ci on a préféré, dussent les précédents diplomatiques en souffrir, donner satisfaction à l'opinion publique et aussi, disons-le, à la logique. C'est à Latakié que M. de Bourqueney a voulu que fût donnée la satisfaction et c'est à Latakié que la réparation aura lieu.--Notre paquebot du Levant a apporté également la note officielle suivante remise pour le reiss-effendi, Rafaat-Pacha, entre les mains des premiers interprètes des ministres de France et d'Angleterre: «Sa Hautesse le sultan est dans l'irrévocable résolution de maintenir les relations amicales, et de resserrer les liens de parfaite sympathie qui l'unissent aux grandes puissances. La Sublime Porte s'engage à empêcher, par des moyens effectifs, qu'à l'avenir aucun chrétien abjurant l'islamisme ne soit mis à mort.» C'est la réponse aux pressantes et énergiques protestations que les ambassadeurs français et anglais ont fait entendre contre de récentes et atroces exécution. Ils tendront la main, nous n'en doutons pas, à ce que la peine de mort ne soit pas remplacée par une détention perpétuelle, substitution qui est, dit-on, dans la pensée de la Porte, pensée que les termes de sa note ne contrediraient pas.Des dépêches de Haïti sont parvenues au gouvernement; elles ont été apportées par le lieutenant de vaisseau Heine, aide de camp de l'amiral Dupetit-Thouars. On s'attend à voir la chambre des députés, comme vient de le faire la chambre des pairs, demander la production de ces documents, qui doivent être de nature à éclairer complètement une question que le ministère a cru pouvoir trancher, on sait comment, tout en se déclarant sans renseignements.Le peuple haïtien, chez lequel l'amour du travail n'égale pas une passion inquiète pour la liberté, après avoir installé son nouveau gouvernement, et avoir reçu, le 4 du mois de janvier dernier, le serment de son nouveau président, le général Hérard, est déjà en proie à des divisions sanglantes. Pour les uns, l'adhésion du gouvernement aux principes de la constitution n'est pas franche; pour les autres, la constitution est mauvaise, et le gouvernement en poursuit trop énergiquement l'exécution. Enfin, l'irritation des noirs contre les mulâtres est venue s'ajouter encore à ces causes de division, et une collision meurtrière a eu lieu à Lleveia, ville située à quelque distance de Saint-Marc, entre les autorités civiles et les autorités militaires. Un général et six fonctionnaires publics ont été tués. A Saint-Marc également, la ville a été, pendant les journées des 25, 26 et 27 février, mise au pillage par l'armée, qui était en pleine insurrection. Une grande partie des habitants, les mulâtres surtout, suivant en cela le conseil du président, s'étaient réfugiés au Port-au-Prince.En Espagne, où les bruits d'amnistie ne se sont pas confirmés, où le règne du régime exceptionnel n'a pas cessé, le gouvernement paraît attendre beaucoup de force et de sécurité de la formation d'un corps de gendarmerie à pied et à cheval divisé, comme chez nous, en légions, en compagnies et en brigades. Si lesmulerès, qui ont montré comment ils entendaient la liberté, arrivaient à prouver qu'ils entendent mieux l'administration, ce serait du moins quelque chose. Mais nous craignons bien que tout leur savoir-faire se borne à créer des gendarmes, des marquis et des grands d'Espagne. Nous avons déjà dit que M. Munoz avait été l'objet de cette dernière faveur; depuis lors, le ministre des finances, M. Carasco; le ministre de la guerre, M. Mazaredo, dont on se rappelle la dépêche sur le bon effet d'un peu de sangversé à propos; le président du conseil, M. Gonzalès Bravo, qui naguère a donné à la reine Christine, dans leGuirigay, qu'il rédigeait, des épithètes peu politiques; enfin, M. de Pena Florida, auteur de l'idée d'une gendarmerie, ont été nommés, le premier, comte; le second, lieutenant-général; les deux derniers, grande-croix de l'ordre de Charles III. Que l'Espagne soit donc enfin satisfaite!--Le Maroc aggrave chaque jour ses torts envers cette puissance. Une felouque sortie du port d'Algésiras, et que les trois hommes qui la montaient avaient dirigée vers la côte barbaresque pour y pécher, s'étant approchée du rivage très-inoffensivement, ainsi que doit porter à le penser le peu d'importance de ce petit bâtiment, essuya un coup de feu, tiré du cap de Negret, qui tua un des marins. C'est un nouveau grief à ajouter à tous ceux que le gouvernement de Madrid a déjà contre l'empereur.En Portugal, l'insurrection occupe toujours la place d'Almeida. La reine en fait pousser très mollement le siège, soit qu'elle ait peu de confiance dans ses troupes, soit qu'elle voie dans cet état de choses un prétexte pour prolonger la position exceptionnelle où le pays est placé. Un nouvel ajournement des cortès vient encore d'être prononcé.Presque aucun des journaux de Paris ne reçoit de feuilles étrangères. Les nouvelles du dehors sont transmises à la plupart d'entre eux, et de quelque couleur qu'ils soient, par un seul et même bureau de correspondance établi à Paris, qui alimente la presse ministérielle comme la presse de l'opposition. On comprend que quand le bureau de correspondance fait une nouvelle, aucun journal n'est à même de rompre le silence; comme aussi quand il commet une erreur, elle est aussitôt reproduite à des milliers d'exemplaires. On a vu, il y a quelques jours, les journaux annoncer la nomination du président des États-Unis de l'Amérique du Nord, et proclamer M. Van Buren. C'était évidemment une de ces mystifications que fait admettre le premier jour de ce mois. Mais il n'y a qu'un 1er avril dans l'année, et ces facéties, ces erreurs, ou des erreurs et des facéties semblables, se reproduisent souvent à des dates qui n'ont pas le même privilège. Peut-être cela ne demande-t-il pas moins l'attention des journaux que celle des lecteurs.--Du reste, une nouvelle moins controuvée nous est venue de New-York. Lors de la discussion de l'adresse, M. Guizot déclarait qu'il n'y avait pas à espérer que le tarif américain pût être révisé cette année. Cette conjecture a été démentie. La chambre des représentants vient d'être saisie d'un projet de tarif par lequel, pour nous occuper seulement de ce qui intéresse, le plus la France, les vins et les soieries seraient mieux traités qu'ils ne le sont aujourd'hui. Cette proposition, qui réunira une grande majorité à la chambre des représentants, rencontrera beaucoup plus d'opposition au sénat. Mais quand on voit M. Clay, auteur principal du tarif adopté en 1812, pousser activement aujoud'hi à sa modification, on peut espérer que le calcul qui porte ce candidat de la présidence à changer de rôle, indique une conversion semblable chez plusieurs autres hommes politiques.Le parlement d'Angleterre s'est ajourné au 15. Jusque là le ministère doit rassembler ses forces contre l'amendement de lord Ashley et la motion de lord Palmerston.--On a publié le tableau du revenu de la Grande-Bretagne pendant l'année financière commençant le 5 avril 1843 et finissant le 5 avril 1844. Ce total est de 1,250,924,425 francs. Il s'est manifesté une légère amélioration sur les douanes et sur l'accise, c'est-à-dire l'impôt de consommation; mais c'est l'income tax, cette ressources temps de guerre, qui a comblé le déficit. Elle a produit 133,922,165 francs; c'est un impôt de 3 centimes par franc seulement qui ne porte que sur les revenus de 3,750 francs et au-dessus. La somme des revenus dépassant ce minimum fort honnête est donc de 1 milliards et demi. C'est une richesse énorme, mais une richesse aux mains d'un trop petit nombre de personnes, et qui cause la détresse d'une masse de peuple considérable.O'Connell a repris son œuvre en Irlande en modifiant son rôle comme nous l'avons indiqué. Dans une dernière séance de l'association qu'il a présidée, il a dit, en parlant avec chaleur de l'accueil qu'il a reçu en Angleterre: «Je croyais l'oligarchie toute-puissante, et j'ai trouvé un peuple parfaitement disposé pour l'Irlande et imbu des plus saines idées de justice; aussi prend-je, dès à présent, l'engagement de ne jamais prononcer une parole qui puisse blesser le peuple anglais. C'est un grand, c'est un beau peuple, et, si je ne suis pas mis en prison, j'irai visiter les districts les plus populeux de l'Angleterre, et vous rapporterai des nouvelles aussi bonnes que celles d'aujourd'hui.» Ce voyage projeté pourrait bien n'être pas exécuté, car il s'accrédite que la sentence, malgré l'appel, sera immédiatement exécutée.Un jury arbitral avait été constitué d'accord entre M. Grandin, député d'Elbeuf, et M. Charles Laffitte, deux fois élu par le Collège de Louviers, et qui deux fois a vu son élection annulée par la Chambre, pour prononcer sur les dires contradictoires de ces deux messieurs. Ce jury vient de rendre et de publier son opinion, de laquelle il nous paraît difficile en la pressant bien, d'extraire autre chose sinon que M. Grandin n'a pas tout à fait tort, et que M Laffitte n'a pas tout à fait raison.Nous voudrions pouvoir détourner les yeux d'un événement affreux dont le département de la Loire vient d'être le théâtre, et qui a jeté la désolation et le désespoir dans ces laborieuses contrées. A la suite d'une agitation d'ouvriers mineurs, dans laquelle l'autorité judiciaire avait reconnu tous les caractères d'une coalition, dix-sept d'entre eux avaient été mis état d'arrestation. Le vendredi 5, ces prisonniers partirent de Rive-de-Gier pour être dirigés sur la maison d'arrêt de Saint-Étienne. Nous ignorons par quel motif leur translation ne fut point opérée par la voie du chemin de fer, si rapide et si sûre, et pourquoi le préfet du département et le procureur général de Lyon préférèrent la voie de terre, malgré toutes ses lenteurs et tous ses dangers. Une escorte de 80 fantassins, commandés par un capitaine, de 25 chasseurs à cheval et de 11 gendarmes fut formée pour accompagner le convoi. Une compagnie d'infanterie l'accompagna à distance. A quatre kilomètres de Rive-de-Gier, au hameau de la Grand-Croix, un rassemblement lança des pierres contre l'escorte, et des enfants se précipitèrent à la tête des chevaux. Quelles furent alors les nécessités de situation de la troupe; nous l'ignorons; l'enquête nous le fera connaître, elle nous dira si l'extrémité bien cruelle à laquelle on a cru devoir recourir était absolument inévitable. En attendant, nous avons la douleur d'avoir à dire que cinq hommes du peuple sont restés sur le terrain, atteints de coups de feu à la gravité desquels un d'entre eux, qui se trouvait là en curieux, a déjà succombé. Le convoi a poursuivi sa route, et les prisonniers ont été écroués à leur destination.A Commentry, dans l'Allier, un éboulement considérable, produit par une violente explosion qui se manifesta dans les galeries des mines, laissa pénétrer le gaz dans une des galeries occupées et bientôt la flamme se répandit avec une rapidité prodigieuse. Cinq ouvriers furent ensevelis; et l'on n'a retiré que des cadavres. Par suite de l'explosion, le feu s'est communiqué au charbon, qui brûle sur une vaste étendue et projeté des flammes qui s'élevaient à une grande hauteur. On s'est rendu en foule de Montluçon et des environs pour contempler ce spectacle de désolation. L'ingénieur des mines est arrivé en toute hâte sur les lieux du sinistre, et n'a trouvé d'autre moyeu que de noyer la mine. Il faudra bien du temps et du travail pour réparer le dommage, qui est évalué à une somme considérable.On écrit de la Nouvelle-Orléans, le 2 mars, que l'on venait d'y recevoir la nouvelle que la veille au matin, entre deux et trois heures, deux steamers s'étaient rencontrés et entre-choqués sur le Old-River, au-dessous d'Atchafalaya, et que l'un d'eux, leBuckeye, a été englouti en moins de cinq minutes. Tous les passagers, au nombre de plus de 300, noirs et blancs, étaient couchés au moment du choc; 60 à 80 ont péri.La chambre des députés et l'armée ont rendus les derniers devoirs à M. le général de la Bourdonnaye. La chambre des pairs a perdu M. le marquis de Lusignan;--la chambre des lords, en Angleterre, lord Abinger, premier baron de l'échiquier, qui s'était fait une grandi réputation au barreau avant son élévation aux dignités, et alors qu'il portait le nom de Scarlett. Enfin le prince Démétrius Galuzin, général de cavalerie russe, gouverneur général de Moscou, auquel l'empereur avait permis depuis un an, pour le rétablissement de sa santé, de résider à Paris, vient d'y mourir.Salon de 1844.Quatrième article.--Voir t. III, p. 33, 71 et 84.Jusqu'ici, nous avons eu peu de critique à faire: nous avons été heureux dans nos premières promenades au Salon. Il y aurait conscience d'être sévère par plaisir, ce qui ressemblerait fort à de l'injustice. Nous continuons aujourd'hui notre compte rendu approbateur.Il y a des faits historiques dont la simple narration suffit pour émouvoir les âmes nobles et sensibles.L'Abdication de Napoléon à Fontainebleauest au nombre de ces faits. Nos vieux militaires pleurent encore à ce souvenir, et quelle sera leur douleur en s'arrêtant devant le tableau de M. Janet-Lange! Nous allons vous faire connaître le moment choisi par le peintre; et, ayant le dessin sous les yeux, vous jugerez vous-même s'il a bien rendu cette désolante scène; «Napoléon pend la plume, et se reconnaissant vaincu, moins par ses ennemis que par la grande défection qui l'entoure, il rédige lui-même la seconde formule de l'abdication qu'on attend: Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à son serment, déclare qu'il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France.» Telle est la teneur de l'acte d'abdication, reproduit dans leManuscritde 1814. M. Janet-Lange n'est pas resté, selon nous, au-dessous de son sujet: et s'il avait mis plus de noblesse sur la figure de l'illustre personnage présent à l'abdication, son tableau serait à peu près irréprochable. Comme couleur, nous félicitons sincèrement M. Janet-Lange; il y a progrès sur ses œuvres précédentes.Au-dessous de l'immenseFédération, de M. Couder, les groupes se forment chaque jour. Qu'y a-t-il donc à voir? Approchons: un tableau de M. Papety! Où estle Rêve, de bonheurexposé par lui l'année dernière? Est-ce le même peintre à qui tout le monde accordait le beau nom de poète, qui nous présente aujourd'huila Tentation de saint Hilarion?M. Papety a-t-il agi sérieusement, ou bien a-t-il voulu tout simplement exposer, afin qu'on n'oublie pas qu'il sait peindre? Cette dernière conjecture est la bonne, nous le croyons. Lorsque M. Adolphe Brune peignit sa belleTentation de saint Antoine, la sévérité de l'exécution fit aisément passer sur le cynisme du sujet. Ici, la même chose n'a pas lieu: la femme qui tente saint Hilarion n'est qu'une femme demi-nue; quant à saint Hilarion, il a peur, il est épouvanté, il est comme terrassé: ce n'est pas une sainte horreur pour le vice qu'il éprouve. Malgré tout le talent qu'il y a dans le tableau de M. Papety, allons plus loin; à cause de ce talent même, nous adjurons le peintre de se contenter de cette seule excursion dans un genre qui est à l'art ce quela Pucellede Voltaire est à la poésie. Nous l'attendons avec confiance à une œuvre plus digne de lui; alors, nous lui prouverons bien que notre sévérité présente est dans son intérêt.M. Champmartin a pris depuis longtemps le titre de peintre religieux. Qui a vu un de ses tableaux les a vus tous par avance, ou à peu près. Les tons rosés et violets y dominent; les groupes sont resserrés, et à peine quelques figures se détachent-elles d'une manière précise. «Laissez venir à moi les petits enfants» a tous les défauts comme aussi tout le mérite qui ont fait la réputation de M. Champmartin. Ce tableau est à la fois trop brillant et trop dur d'aspect. Nous regardons, nous voudrions nous intéresser à la foule des enfants qui s'approchent du Seigneur, mais l'ensemble est si peu harmonieux, que l'œil ne peut demeurer fixé sur rien. Deux ou trois têtes d'enfants sont charmantes, et celle du Christ n'a pas de vulgarité. Le Portrait de M. Gillibrand rappelle les beaux jours de M. Champmartin, lorsque Barthélémy écrivait dans Némésis:Abdication de Napoléon à Fontainebleau, le 14 avril 1814,par M. Janet-Lange.Un pair! c'est un mortel coiffé de plumes blanches,Largement ondulé d'un pallium sans manches,Tel qu'au grand Muséum l'exposa Champmartin, etc.Le portrait de M. Gillibrand vaut donc celui de M. le duc de Fitz-James, auquel le poète faisait allusion.La Vision de saint Jean, par M. Bonnegrâce, est d'un véritable style biblique; la composition en est large et digne du sujet. M. Bonnegrâce a parfaitement traduit avec le pinceau ce verset de l'Apocalypse: «La ville était toute brillante de la clarté de Dieu, et la lumière qui l'éclairait était semblable à une pierre de jaspe transparente comme du cristal.» Un peu moins d'incertitude dans le dessin, un peu plus d'harmonie dans la couleur, rendraient cette tuile tout à fait remarquable. M. de Bonnegrâce arrivera, sans aucun doute, à une belle réputation.La figure du Christ n'a pas de vulgarité, disions-nous, en parlant de «Laissez venir à moi tes petits enfants.» Le contraire est applicable au Christ peint par M. Millier, dans sonEntrée de Jésus-Christ à Jérusalem, tableau qui, pris en son entier, ne ressemble pas aux autres tableaux religieux. M. Muller a fait preuve d'originalité. La composition est remarquable, mais bizarre dans certaines parties. Un brouillard se répand sur tous les personnages, et les empêche d'être vus complètement; quelques groupes sont bien posés, notamment celui des gens qui soulèvent une porte. La foule, à gauche, manque de relief. Le paysage est habilement composé. Au total,l'Entrée de Jésus-Christ à Jérusalemest un des bons tableaux de M. Muller.La Vision de saint Jean, par V. Bonnegrâce.Si l'on veut prendre une idée exacte des danses espagnoles en pleine campagne, on regardera avec attentionune Danse, souvenir d'Espagne, par M. Charles Porion, qui expose pour la première fois, et à qui son début fait honneur. Figures et paysages méritent nos éloges; la couleur du tableau de M. Porion nous porte à croire qu'il sera coloriste en même temps que dessinateur.--Dans un tout autre genre, M. Alphonse Teytaud continue ses succès passés. Les Pèlerins d'Emmaüs, que messieurs de l'administration du Musée ont fort mal placés, ont, malgré ce désavantage, attiré nos regards. Ce paysage composé atteste, de la part du peintre, une imagination vive et puissante. Si nous étions plus sûrs de nous,--nos yeux pourraient bien nous avoir trompés, tantles Pèlerinssont placés haut,--nous conseillerions à M. Teytaud de travailler encore sur les premiers plans, pour les rendre aussi beaux que les fonds.--Les paysages de MM. Balourier, Toudouze et Rouyer promettent pour l'avenir.--M. Joseph Thierry a exposé un fort beau paysage, où les campagnes effondrées par la pluie, le ciel éclatant d'un côté, sombre de l'autre, sont peints avec une entente remarquable. Par les détails, on reconnaît dans M. Joseph Thierry le décorateur; ils visent à l'effet.MM. Morel-Fatio et Louis Meyer se sont réunis pour peindreune Scène de la visite de la reine Victoria au roi Louis-Philippe. Le roi de France se rend dans un canot à bord du yacht anglais. Ce tableau est surtout remarquable par son exactitude historique, et nous permet cependant de donner à M. Morel-Fatio un conseil qui s'adresse à tous deux; ils doivent se garder des tons pâles dans les ciels, et des tons bleus dans les flots de l'Océan.Quatre tableaux de M. Morel-Fatio sont en progrès sur ceux de l'année dernière.Les régates du Havreont du succès et attirent les regards des visiteurs.Jean Bart montant la Palme de dix-huit canons, et s'emparant d'un vaisseau hollandais de soixante canons, et la Prise à l'abordage du transport anglais, les Deux Jumeaux par l'heureuse Tonton, sont des œuvres de valeur travaillées avec conscience et habileté. Quant auxPécheurs normands, ils ont inspiré à M. Morel-Fatio un petit tableau frais et gracieux.Le Combat du brick français l'Abeille, commandé par M. Mackau, etc., est, sans contredit, le plus beau tableau exposé par M. Meyer. L'effet de matin est poétiquement rendu, et l'on s'intéresse vivement à ce fait d'armes si glorieux de notre ministre actuel de la marine.Le Sauvetage du brick le Phénixmanque un peu de vigueur, tout en étant dramatiquement composé. C'est à la couleur qu'il faut s'en prendre. Deux autres petites toiles de M. Meyer sont agréables.Restons en mer, puisque nous y sommes: s'il vous arrive d'aller aux bains de Trouville, vous rencontrerez sans aucun doute M. Mozin naviguant dans sa barque; il cabote, il va de Trouville au Havre, du Havre à Honfleur. Ce sont ses parages, et rarement il s'aventure plus loin. Suivons-le. LeGué de Diouvilleplaît par le sujet même, gracieusement traité. LaVue d'Honfleur, à notre avis, est un des bons tableaux de l'Exposition: il serait parfait, si les maisons de la ville avaient un peu plus d'éloignement, ce qui rendrait la mer plus vaste; les accessoires sont peints de main de maître. Enfin,Parisest un joli panorama, plein de lumière et de couleur.Chaque année, MM. Guillemin et Fortin se disputent, ou plutôt se partagent, comme dit Figaro, la palme du genre. Le premier a traduit sur la toile ces vers de M. William Ténint:Les Bleus sont là! la ferme est cernée, et des pasRésonnent sur le sol!... Le salut, c'est la Bible!Plus d'armes! à genoux! la lutte est impossible!Un chrétien se défend, mais ne se venge pas! etc.Dieu et le Roiest une composition plus importante que toutes celles échappées jusqu'à présent au pinceau de M. Guillemin. Le type breton apparaît dans ce tableau, qui est un épisode des guerres de la Vendée.Le vieux Matelotest une scène touchante que le peintre a rendue avec beaucoup d'expression. Toutefois,la Consultationl'emporte sur les autres tableaux de M. Guillemin. De la vérité, de l'expression, de la distinction dans les figures, voilà ce que nous y avons remarqué, et ce qui a fait le succès de cette petite toile.Pour M. Fortin, il s'applique de préférence aux scènes d'intérieur, et la Bretagne est sa contrée privilégiée,Une Proposition(paysans de Quimper) est peinte avec un naturel exquis; les accessoires sont ravissants, et si les têtes des personnages avaient plus de finesse, ce serait un délicieux tableau. Sous ce titre,Douleur, M. Fortin a rendu une scène poignante: un paysan breton veille près du lit de mort de sa femme. Comme exécution, tout le monde préféreraDouleurà uneProposition.Sans être taxé d'admiration outrée, on peut avancer que M. Marilhat a les honneurs de l'exposition, et que son envoi est jugé magnifique par tout le monde. Quelle étendue de pays s'offre à nos regards! Continuons nos recherches sans abandonner le célèbre paysagiste; suivons-le, en partant de l'Auvergne, jusque sur les bords du Nil et dans la Syrie. Un admirable panorama se déroulera devant nos yeux:Une Vue prise en Auvergneetles Souvenirs des environs de Thiers, présentent deux effets différents qui rappellent, sous plusieurs rapports, les chefs-d'œuvre de Ruysdael; dans le premier tableau, l'orage avec ses fureurs; dans le second, une paisible journée d'automne.Le Souvenir des bords du Nila toutes les merveilleuses beautés que l'on remarque ordinairement dans les paysages de M. Marilhat, la forme, la couleur, la lumière. UnVillage près de Rosettea moins de charme peut-être, soit que l'inspiration ait failli au peintre, soit que la nature ait ici plus de monotonie. Le paysage est d'un vert bien foncé sur le premier plan; une atmosphère brumeuse le couvre en entier; en revanche, les palmiers sont peints avec habileté, et l'aspect général du village ravit les yeux.Les Arabes syriens en voyagesont un véritable chef-d'œuvre dans le genre. Comme on s'intéresse à la petite caravane, et comme on voudrait s'attacher aux pas de ces indolents Arabes, commodément assis sur leurs chameaux, emmenant avec eux leurs familles et leurs meubles.Une ville d'Égypte au crépusculesemble avoir été daguerréotypée, tant il y a de vérité et d'exactitude dans le mirage; et cependant, tout l'effet de ce paysage a de l'harmonie. N'est-ce pas bien là le silence suprême du crépuscule? L'horizon a de l'immensité dans cette petite toile, et l'esprit peut rêver à son aise devant cette magnifique représentation de la nature. LeCafé sur une route de Syriese fait remarquer surtout par la lumière et par l'agrément des détails; ce tableau est d'un bel effet. Enfin, laVue Prise à Tripolicouronne l'œuvre de M. Marilhat, pour qui le Salon de cette année est un triomphe, et dont nous n'avons pu parler, dans la sincérité de notre âme, qu'avec un point d'admiration au bout de chacune de nos phrases.Les sujets arabes sont devenus à la mode, et, depuis notre conquête d'Alger, la majeure partie de nos peintres a voulu visiter l'Afrique ou l'Orient. De là une foule de tableaux à mosquées, de razzias, de fontaines orientales. Qu'allons-nous devenir, s'il nous faut indiquer avec quelques détails les progrès de cette nouvelle invasion d'Arabes?Pour sa part, M. Théodore Frère a exposé deux tableaux africains:Une Caravane d'Arabes traversant le Rummel à gué(environs de Constantine), et laRivière de Safsafh(environs de Philippeville). Donc, nous nous promenons dans nos possessions, grâce à M. Théodore Frère. Le premier tableau, que l'Illustrationreproduit, a un mouvement remarquable et une vérité de tons peu commune; le second plaît par la disposition des plans, bien que les lignes manquent un peu de largeur.Environs de Constantine.--Une Caravane d'Arabestraversant le Rummel à gué, par M. Théodore Frère.Vue prise à Tripoli, en Syrie, par M. Marilhat.La rue Hourbarych, au Caire, par M. Chacaton.M. Théodore Frère possède un talent qui grandira certainement avec le temps, pourvu qu'il ne se laisse pas aller à l'exagération, pourvu que son amour de la nature vraie ne le jette pas dans la peinture sèche et aride. Cet écueil évité, nous osons le rassurer sur l'avenir. SonPortrait d'hommeen pied est-il ressemblant? Nous l'ignorons, mais nous savons qu'il est bien peint.M. Philippoteaux a rendu aussi une visite aux Arabes. LeCombat de l'Oued-Ver, livré le 27 avril 1840 par le duc d'Aumale à la tête des chasseurs d'Afrique, lui a donné occasion de peindre un bon tableau.L'Avant-poste arabea de la couleur;le Raptest ingénieux;la Razzian'est pas moins bien composée quele Combat de l'Oued-Ver, dans des proportions moindres. M. Philippoteaux a compris que les campagnes,--ciels et terrains,--de ses tableaux devaient être chaudes et colorées; c'est bien en Afrique que se passent les diverses scènes qu'il nous représente. Si vous vous arrêtez devantle Retour de Sédanais après la bataille de Douzy, vous comprendrez qu'il a lieu dans le Nord. Le dernier tableau, exécuté dans les données connues du talent de M. Philippoteaux, montre combien il a fait du progrès.Néanmoins nous préférons les toiles arabes de M. Chacaton, car ce jeune peintre a fait des progrès rapides.Le Souvenir de la villa Borghèse, à Rome, pêche par un éclat trop conventionnel, et heureusement pour le peintre, deux autres tableaux font vite oublier ce pastiche: ce sont laRue Hourbarych, au Caire, etUne Fontaine arabe. Le premier, avantageusement placé dans le salon carré, est très-joli de composition, outre le mérite de reproduction qu'on y remarque. Au milieu se trouve un groupe de cavaliers posés d'une façon ravissante; ce tableau, sous le rapport de la couleur, est le meilleur que M. Chacaton ait exposé cette année.Une Fontaine arabefait briller son habileté ordinaire, mais la composition en est un peu confuse, et nous avons eu besoin de recourir au livret. «Une caravane, avant d'entrer dans le désert, vient faire boire ses chameaux et remplir ses outres.» L'explication donnée avec la plume par M. de Chacaton aide beaucoup à qui veut comprendre la scène rendue par son pinceau. Ce tableau plaît singulièrement par la disposition des groupes pris à part.Force nous est de renoncer à entretenir les lecteurs de l'Illustrationdes marines envoyées par M. Gudin, non à cause de leur peu de valeur artistique, mais à cause de leur nombre. Le livret se charge d'expliquer tout au long les sujets choisis par M. Gudin; quatre pages et demie sont spécialement affectées à leur nomenclature raisonnée. Une page commentele tableau de la Mort de saint Louis: une demi-page commentela Vue de la Chapelle de Saint-Louis; une page relate laFondation de la colonie de Saint-Christophe et de la Martinique; une page et demie fait savoir commentLasalle découvre la Louisiane; reste une demi page pourl'Incendie du quartier de Péra, à Constantinople, et pourl'Équipage du Saint-Pierre sauvé par un brick hollandais: total, cinq pages et demie. Nous renvoyons le lecteur au livret, en lui recommandant de regarder avec attentionl'Incendie de Péra, placé dans le salon carré.Pour exercer le droit de critique vis-à-vis de M. Gudin, il faut se résumer. Son talent, multiple et fécond, est arrivé à une hauteur peu commune, mais il ne grandit plus, et quelques toiles signées du nom de M. Gudin donnent prise à la sévérité.Le dernier des Commis Voyageurs.(Voir t. III, p. 70 et 86.)III.LE DOUBLE MYSTÈRE.Au bruit qui se faisait à la porte de l'appartement, Jenny et Marguerite venaient d'accourir; et cette scène, qui jusque-là s'était passée dans l'ombre, se trouva inopinément éclairée. Impossible de rendre le mouvement de surprise qui éclata à la fois chez les divers personnages qui y jouaient un rôle. Jenny ne put contenir un cri étouffé; Marguerite sentit la lampe qu'elle tenait vaciller dans sa main, elles deux hommes en présence poussèrent une exclamation simultanée:«Édouard!--Le père Potard!»Si chacun des acteurs ne se fût pas trouvé placé sous le coup de ses propres émotions, il eût été impossible de ne pas remarquer le trouble de la jeune fille et la pâleur soudaine qui se répandit sur son visage. La mort, en la touchant, ne l'eût pas marquée d'une empreinte, plus profonde. Heureusement l'effet de la surprise troubla le sang-froid ordinaire du père Potard, et Jenny put se remettre de cette secousse avant que des soupçons se fussent éveillés autour d'elle, ce qui lui restait d'altération dans les traits fut facilement imputé à la frayeur, et la jeune fille put se retirer dans sa chambre, le cœur plus tranquille, pendant que le troubadour et l'homme qu'il avait si rudement colleté échangeaient des explications sur leur singulière rencontre.«Parbleu! s'écria Potard, voilà une aventure. C'est donc vous, Édouard Beaupertuis! Ma foi, oui, c'est vous!»Le jeune homme avait eu le temps de composer son maintien, et il répondit d'une voix assez calme:«Moi-même, monsieur; et il me semble que vous auriez pu avoir plus d'égards pour les parements de mon habit, ajouta-t-il en lui montrant ses vêtements fort endommagés par la lutte.--J'en suis désolé, mon cher; mais dans ce moment-là je vous aurais mis en charpie. Savez-vous pour qui je vous prenais?--Non, ma foi!--Pour un voleur, pour un infâme voleur!--Monsieur!...--Ne vous fâchez pas! C'est un malentendu qui peut arriver au plus honnête homme. N'empêche que j'aurais eu tout à l'heure un plaisir infini à vous massacrer. J'étais monté en diable!--Je m'en suis aperçu, monsieur.--Que voulez-vous! la nuit, on tape où l'on peut. Vous êtes heureux de vous en tirer à aussi bon compte; j'avais soif de sang humain, j'aurais bu dans votre crâne. Le ciel ne l'a pas permis... Mais oublions cela, jeune Beaupertuis; venez dans la salle à manger pour vous remettre. Le combat, est fini; il ne reste plus qu'à panser les blessures. Marguerite, une fiole et deux verres.»Les paroles avaient été échangées avec rapidité, et c'est à peine si Édouard Beaupertuis avait pu placer quelques monosyllabes. Il avait compris que tous les droits étaient du côté de Potard, en sa qualité de maître du logis. Évidemment surpris par les incidents qui venaient de se passer, on voyait qu'il se tenait sur ses gardes et luttait contre un embarras intérieur. Il suivit machinalement le troubadour, s'assit avec lui à une table, et accepta un verre de bière. L'entretien eût langui si Potard n'avait eu soin de le relever.«A présent que vous vous êtes un peu remonté le moral, dit-il, expliquez-moi donc, jeune Beaupertuis, ce que vous faisiez tout à l'heure sur le palier de cet appartement. Je suis curieux de l'apprendre.»Édouard était préparé à cette question, et cependant il ne put se défendre d'un peu d'hésitation avant que d'y répondre. Il se décida enfin, et prenant un ton plus familier;«Mais il me semble, père Potard, répliqua-t-il, que vous deviez vous attendre à ma visite.--Tiens, c'est moi que vous veniez voir, Beaupertuis?--Et qui serait-ce?--Vous comptiez me trouver ici?--Sans doute, père Potard.--Voilà qui est étrange, poursuivit le troubadour en devenant plus soucieux; oui, jeune homme, ceci est étrange. A neuf heures du soir, sans vous tromper de porte. Diable! vous avez la main heureuse.--Vous m'y aviez engagé, père Potard; souvenez-vous donc de ce que vous me dîtes sur les Terreaux avant de nous séparer: place Saint-Nizier, maison du boulanger, au troisième; ne manquez pas de me venir voir. Eh bien! me voici!--Vous voici au sixième, jeune Beaupertuis, et dans ma maison où il n'y a point de boulanger. Je vous avais donné une fausse adresse, farceur. Le père Potard n'est visible qu'au dehors; chez lui, jamais.»Édouard comprit qu'il s'était enferré, et qu'il lui serait plus difficile de sortir de ce mauvais pas qu'il ne l'avait d'abord cru. Il balbutia quelques excuses; mais le troubadour l'interrompit et lui dit avec un air sérieux:«Jeune homme, pas de mauvaises défaites! On ne fait point aller le père Potard comme le dernier des conscrits. Voyons, de la franchise. On vous a suivi ce soir dans votre campagne du haut en bas de l'escalier, voici près de deux heures que j'ai l'œil sur vous. Je vous ai vu dans l'allée, au premier, au second, et ainsi de suite, jusqu'au sixième étage; je vous ai aperçu dans la chambre en face: j'ai suivi tout votre manège, et ce n'est pas à moi que vous en donnerez à garder. Je suis indiscret peut-être, mais j'ai mes raisons pour cela. Expliquez-vous avec sincérité.»La situation de Beaupertuis devenait de plus en plus embarrassante; mais cet embarras même sembla lui rendre sa présence d'esprit. La vieille Marguerite venait d'entrer dans la pièce où se trouvaient les deux interlocuteurs; par un signe, le jeune homme fit comprendre au troubadour qu'il ne pouvait, devant un tiers, entrer dans de plus amples confidences; puis, quand la servante, après avoir achevé son service, se fut retirée, il se leva, ferma la porte avec une espèce de solennité, et, de retour à sa place, il ajouta gravement et à demi-voix:«Père Potard, je vous crois un honnête homme.--Je m'en flatte, Beaupertuis.--Eh bien! sous le sceau du secret, je vais vous confier un mystère de ma vie. Jurez-moi que ce que je vous dirai mourra dans votre oreille.--Je vous le jure, jeune homme. Muet comme une tombe, vous pouvez y compter. Allez, j'en ai gardé d'autres.--Sachez donc, père Potard, que je poursuis une aventure avec une grande dame de la ville, avec une comtesse de la place Bellecour, tout ce qu'il y a de plus empanaché.--Vous en êtes bien capable, répliqua le troubadour en souriant de ce début; bien capable, et elle aussi. Cela me rappelle une certaine marquise d'Arcis-sur-Aube, qui remonte pour moi à 1817 ...»Les souvenirs anacréontiques abondaient dans la vie du troubadour, et toutes les fois qu'on le mettait sur ce terrain, il sentait renaître ses passions d'autrefois, et s'imaginait devoir reverdir les myrtes de sa jeunesse. Édouard Beaupertuis ne pouvait choisir une diversion plus heureuse aux soupçons vagues dont il était l'objet. Aussi reprit-il toute son assurance.«Vous le savez, père Potard, ajouta-t-il, l'amour vit de mystère; et, pour cacher cette intrigue à tous les yeux, il a fallu s'entourer de grandes précautions.--A qui le dites-vous, jeune homme! C'est comme moi à Bar-sur-Seine, pour la femme d'un pharmacien. Dans une cave, mon cher, dans une cave! au milieu des drogues infectes de l'époux et sans le moindre luminaire! On a bien raison de dire que la passion est aveugle. Achevez votre récit; c'est plein d'intérêt.--Il a donc fallu choisir en ville un lieu de rendez-vous, père Potard, un quartier sûr, populeux, une maison à double entrée. C'est ici que le hasard m'a conduit, sous votre propre toit; c'est dans cette chambre où vous m'avez aperçu...--Je vous comprends! Épargnez-moi le reste! Vous êtes un heureux coquin, jeune Beaupertuis; mais pourquoi ne pas me dire cela tout de suite?--Père Potard, un galant homme ne fait de semblables aveux qu'à la dernière extrémité.--Vous avez raison, Beaupertuis: c'est comme moi à Châlons-sur-Marne; une aventure des plus burlesques avec l'épouse d'un notaire. Un jour il y a alerte, surprise; je m'évade et me donne de l'air; mais le pan de mon habit reste pris dans une porte. Que faire? Il s'agit de sacrifier un frac neuf ou une pauvre femme. Je n'hésite pas une seconde; j'immole le frac sur l'autel de ses charmes, et quitte la Champagne avec une basque de moins. Voilà ce qui s'appelle agir en chevalier français. Il paraît que nous sommes de la même école.»Le père Potard était de nouveau lancé, et il n'y avait plus d'effort à faire pour lui donner le change. De la femme du notaire il passa à la femme d'un passementier, raconta ses amours d'auberge es ses amours du grand monde, composa une suite d'aventures dont il était le héros, et où il jouait le rôle d'un Amadis et d'un Galaor; le tout entrecoupé de quelques refrains, comme ceux-ci, par exemple:

La Chambre, comme les administrations, comme les établissements publics, comme les théâtres, comme la presse quotidienne, comme tout enfin, excepté l'Illustration, a pris des vacances. Nous n'avons donc cette semaine qu'un petit nombre d'actes législatifs à enregistrer; les journaux se sont même plus occupés du débat qui a terminé les travaux de la semaine dernière, et dont nous avons donné le résultat au moment même de notre tirage, que de ceux qui ont suivi la reprise des séances. En effet, si la proposition de M. Chapuys de Montlaville n'avait trait qu'à une des questions relatives à la constitution financière de la presse, elle fournissait l'occasion de les traiter toutes. Dans cette polémique il s'est émis peu d'idées nouvelles. Des journaux auxquels les annonces ne viennent point, parce que leur publicité est restreinte, ont demande que l'impôt sur le timbre fût remplacé par un impôt sur les annonces; bien qu'émise dans un intérêt particulier, cette idée devra, comme toutes celles qui se sont produites, être examinée avec soin par la commission que la Chambre va constituer. Comme il est bon qu'elle connaisse toutes les considérations qui, dans le principe, ont fait établir l'impôt du timbre dont on lui demande la suppression, nous croyons devoir mettre sous ses yeux le passage suivant duDictionnaire des gens du monde(par Slicotti, 1770, t. V, p. 505), où il fut demandé, pour la première fois que nous sachions, et à titre de remède à l'abus du papier blanc: «L'État peut tirer parti des journaux, des journalistes, qui se disputent aujourd'hui l'honneur d'enseigner la France enseignante. Une centaine de pages fondues et étendues dans plusieurs volumes produisent à tels journalistes un revenu de 12,000 livres par année, c'est-à-dire beaucoup plus que ce que trois années du meilleur et du plus fort travail en ce genre aient produit au célèbre Bayle. Or, ces écrivains, qui se disent si bons citoyens, consentiront sans doute avec plaisir à ne tirer de leur ouvrage que 9,000 livres de net (sans compter le tour du bâton), les trois autres mille livres avertissant au profit de l'État. Il est d'équité d'asseoir cette contribution de manière qu'elle soit proportionnée au débit de chaque journal. Or, quelle voie plus proportionnelle que l'établissement d'une formule ou papier timbré pour tous les journaux, formule qui embrasserait de droit les mémoires d'académies, les compositions qui concourent annuellement pour les prix fondés dans la plupart du ces sociétés; et, par extension, les premières éditions des pièces de théâtre, les romans et toutes les productions romanesques? Il résulterait de cet établissement un avantage certain pour les lecteurs et pour les acheteurs, par l'attention qu'auraient les écrivains diffus à ménager le papier. Si quelque caustique opposait à cette partie, de notre projet le mot de Gilles Ménage sur les journaux, nous lui répondrions par celui de Vespasien:Atqui è lotio est.»

Lundi dernier la Chambre a délibéré en séance publique sur la prise en considération de la proposition de MM. Saint-Marc Girardin, de Sainte-Aulaire, d'Haussonville, de Gasparin, Ribonet et de Sahime, relative aux comblions d'admission et d'avancement à établir pour les fonctions publiques. Quoiqu'une pareille motion soit une critique évidente de certaines nominations et même de l'ensemble des nominations auxquelles le népotisme et la faveur entraînent la haute administration au détriment des services de l'État, la proposition comptait tant de pères, et de pères conservateurs, qu'il soit difficile de la traiter en enfant perdu. Après quelques développements présentés par M. Saint-Marc Girardin, qui n'a pas eu de peine à établir combien cet arbitraire déconsidère le pouvoir, M. le ministre des affaires étrangères est venu déclarer qu'il ne s'opposait point à la prise en considération d'une proposition sérieuse et sincère, qui n'était pas portée par un autre esprit et ne se proposait pas un autre but que le but et l'esprit qu'elle annonçait ouvertement. C'était la critique des propositions que le ministère avait précédemment combattues, quelquefois sans succès, et une grande partie de la chambre n'a pas paru comprendre que la proposition de M. de Saint-Priest, par exemple, relative à la réforme postale et que M. le ministre des finances a si énergiquement et si vainement repoussée, recélât une intention secrète et un but caché. Il a paru plus vraisemblable qu'on combattait pas cette proposition nouvelle, parce qu'on n'avait nulle chance de le faire avec succès, et que, pour lui comme pour celle de MM. Gustave de Beaumont, Leyd et Lacrosse, sur la corruption électorale, on préférait s'en remettre aux difficultés qui pourraient lui être suscitées plus lard. La proposition a donc été prise en considération à la presque unanimité des votants.

La Chambre a eu ensuite à nommer des commissaires pour l'examen des projets de loi de chemin de fer dont nous avons précédemment mentionné la présentation. Un député, l'honorable M. Havin, dans le désir honnête que l'intérêt général prévalût dans la formation des commissions pour les intérêts de localité, et dans l'espoir naturel qu'un scrutin de rassemblée entière amènerait plus sûrement ce résultat que des scrutins fractionnés de bureaux, a demandé que la Chambre usât de la faculté que lui donne son règlement, et qu'elle n'avait jamais exercée jusque-là, de nommer les commissaires directement et par un scrutin de liste. Havin, dans sa probité, n'a pas prévu qu'un résultat tout avisé à son but sortirait du mode de procéder qu'il avait entamé. C'est cependant ce qui est arrivé. Des organes de la masse, dans toutes les nuances de l'opinion, s'accordent à ce que des coalitions d'intérêts particuliers sont parvenues, au préjudice de l'intérêt général, à faire triompher, au scrutin, leurs candidats.

La France vient encore d'avoir à exiger en Syrie une réclamation nouvelle pour des traitements odieux commis envers des chrétiens, et pour une attaque armée dirigée contre l'habitation de notre agent consulaire à Latakié. Voici le résumé des faits rapportés par l'Écho d'Orient: Un prêtre grec ayant été excommunié par son évêque pour avoir béni un mariage sans autorisation, avait embrassé l'islamisme par vengeance. Cette action transporta de joie la populace musulmane, qui promena en triomphe le renégat dans les rues de Latakié. Cela se passait le dimanche 25 février, au moment où les Européens, qui s'étaient rendus à la chapelle, y assistaient à la célébration de la messe. La populace, passant près du monument, fit entendre des hurlements et assaillit à coups de pierres les fidèles qui s'y trouvaient. Ceux-ci, s'avançaient à la porte, dispersèrent une troupe d'enfants qui les injuriaient et continuaient à lancer des pierres, dont furent blessées quelques femmes. Ces enfants ne tardèrent pas à retourner devant l'église; mais cette fois ils étaient suivis d'une foule compacte au milieu de laquelle on remarquait des Albanais et des musulmans les plus fanatiques de la ville. A la vue de cet attroupement menaçant, les Européens fermèrent la porte du couvent, contre laquelle les furieux tirèrent des coups de pistolet et de fusil. Après avoir vainement tenté de la briser, ceux-ci pénétrèrent par escalade dans l'enceinte du jardin; Européens, hommes et femmes, épouvantés de l'audace et de la rage de la populace, s'étaient déjà réfugiés dans autre jardin contigu à celui du couvent, et appartenant à la maison consulaire de France, croyant ainsi, sous notre drapeau, se mettre à l'abri de l'insulte et de l'assassinat. Mais la maison du vice-consul ne fut pas respectée, et l'un des siens, qui se mit en devoir de la défendre, reçut une balle dans la poitrine. Le consul de France à Beyrouth a demandé la punition des coupables à notre ministre à Constantinople, M. de Bourqueney. Le divan n'a point opposé difficultés; seulement il voulait que, comme dans une circonstance récente, la réparation eût lieu à Beyrouth et non au lieu où l'insulte avait eté commise, bien que, lors de l'affaire de Jérusalem, il ait été dit à la tribune et dans les journaux, par certains organes du gouvernement, que procéder autrement eût été contraire à toutes les règles diplomatiques, comme cette affirmation avait entraîné peu de convictions, cette fois-ci on a préféré, dussent les précédents diplomatiques en souffrir, donner satisfaction à l'opinion publique et aussi, disons-le, à la logique. C'est à Latakié que M. de Bourqueney a voulu que fût donnée la satisfaction et c'est à Latakié que la réparation aura lieu.--Notre paquebot du Levant a apporté également la note officielle suivante remise pour le reiss-effendi, Rafaat-Pacha, entre les mains des premiers interprètes des ministres de France et d'Angleterre: «Sa Hautesse le sultan est dans l'irrévocable résolution de maintenir les relations amicales, et de resserrer les liens de parfaite sympathie qui l'unissent aux grandes puissances. La Sublime Porte s'engage à empêcher, par des moyens effectifs, qu'à l'avenir aucun chrétien abjurant l'islamisme ne soit mis à mort.» C'est la réponse aux pressantes et énergiques protestations que les ambassadeurs français et anglais ont fait entendre contre de récentes et atroces exécution. Ils tendront la main, nous n'en doutons pas, à ce que la peine de mort ne soit pas remplacée par une détention perpétuelle, substitution qui est, dit-on, dans la pensée de la Porte, pensée que les termes de sa note ne contrediraient pas.

Des dépêches de Haïti sont parvenues au gouvernement; elles ont été apportées par le lieutenant de vaisseau Heine, aide de camp de l'amiral Dupetit-Thouars. On s'attend à voir la chambre des députés, comme vient de le faire la chambre des pairs, demander la production de ces documents, qui doivent être de nature à éclairer complètement une question que le ministère a cru pouvoir trancher, on sait comment, tout en se déclarant sans renseignements.

Le peuple haïtien, chez lequel l'amour du travail n'égale pas une passion inquiète pour la liberté, après avoir installé son nouveau gouvernement, et avoir reçu, le 4 du mois de janvier dernier, le serment de son nouveau président, le général Hérard, est déjà en proie à des divisions sanglantes. Pour les uns, l'adhésion du gouvernement aux principes de la constitution n'est pas franche; pour les autres, la constitution est mauvaise, et le gouvernement en poursuit trop énergiquement l'exécution. Enfin, l'irritation des noirs contre les mulâtres est venue s'ajouter encore à ces causes de division, et une collision meurtrière a eu lieu à Lleveia, ville située à quelque distance de Saint-Marc, entre les autorités civiles et les autorités militaires. Un général et six fonctionnaires publics ont été tués. A Saint-Marc également, la ville a été, pendant les journées des 25, 26 et 27 février, mise au pillage par l'armée, qui était en pleine insurrection. Une grande partie des habitants, les mulâtres surtout, suivant en cela le conseil du président, s'étaient réfugiés au Port-au-Prince.

En Espagne, où les bruits d'amnistie ne se sont pas confirmés, où le règne du régime exceptionnel n'a pas cessé, le gouvernement paraît attendre beaucoup de force et de sécurité de la formation d'un corps de gendarmerie à pied et à cheval divisé, comme chez nous, en légions, en compagnies et en brigades. Si lesmulerès, qui ont montré comment ils entendaient la liberté, arrivaient à prouver qu'ils entendent mieux l'administration, ce serait du moins quelque chose. Mais nous craignons bien que tout leur savoir-faire se borne à créer des gendarmes, des marquis et des grands d'Espagne. Nous avons déjà dit que M. Munoz avait été l'objet de cette dernière faveur; depuis lors, le ministre des finances, M. Carasco; le ministre de la guerre, M. Mazaredo, dont on se rappelle la dépêche sur le bon effet d'un peu de sangversé à propos; le président du conseil, M. Gonzalès Bravo, qui naguère a donné à la reine Christine, dans leGuirigay, qu'il rédigeait, des épithètes peu politiques; enfin, M. de Pena Florida, auteur de l'idée d'une gendarmerie, ont été nommés, le premier, comte; le second, lieutenant-général; les deux derniers, grande-croix de l'ordre de Charles III. Que l'Espagne soit donc enfin satisfaite!--Le Maroc aggrave chaque jour ses torts envers cette puissance. Une felouque sortie du port d'Algésiras, et que les trois hommes qui la montaient avaient dirigée vers la côte barbaresque pour y pécher, s'étant approchée du rivage très-inoffensivement, ainsi que doit porter à le penser le peu d'importance de ce petit bâtiment, essuya un coup de feu, tiré du cap de Negret, qui tua un des marins. C'est un nouveau grief à ajouter à tous ceux que le gouvernement de Madrid a déjà contre l'empereur.

En Portugal, l'insurrection occupe toujours la place d'Almeida. La reine en fait pousser très mollement le siège, soit qu'elle ait peu de confiance dans ses troupes, soit qu'elle voie dans cet état de choses un prétexte pour prolonger la position exceptionnelle où le pays est placé. Un nouvel ajournement des cortès vient encore d'être prononcé.

Presque aucun des journaux de Paris ne reçoit de feuilles étrangères. Les nouvelles du dehors sont transmises à la plupart d'entre eux, et de quelque couleur qu'ils soient, par un seul et même bureau de correspondance établi à Paris, qui alimente la presse ministérielle comme la presse de l'opposition. On comprend que quand le bureau de correspondance fait une nouvelle, aucun journal n'est à même de rompre le silence; comme aussi quand il commet une erreur, elle est aussitôt reproduite à des milliers d'exemplaires. On a vu, il y a quelques jours, les journaux annoncer la nomination du président des États-Unis de l'Amérique du Nord, et proclamer M. Van Buren. C'était évidemment une de ces mystifications que fait admettre le premier jour de ce mois. Mais il n'y a qu'un 1er avril dans l'année, et ces facéties, ces erreurs, ou des erreurs et des facéties semblables, se reproduisent souvent à des dates qui n'ont pas le même privilège. Peut-être cela ne demande-t-il pas moins l'attention des journaux que celle des lecteurs.--Du reste, une nouvelle moins controuvée nous est venue de New-York. Lors de la discussion de l'adresse, M. Guizot déclarait qu'il n'y avait pas à espérer que le tarif américain pût être révisé cette année. Cette conjecture a été démentie. La chambre des représentants vient d'être saisie d'un projet de tarif par lequel, pour nous occuper seulement de ce qui intéresse, le plus la France, les vins et les soieries seraient mieux traités qu'ils ne le sont aujourd'hui. Cette proposition, qui réunira une grande majorité à la chambre des représentants, rencontrera beaucoup plus d'opposition au sénat. Mais quand on voit M. Clay, auteur principal du tarif adopté en 1812, pousser activement aujoud'hi à sa modification, on peut espérer que le calcul qui porte ce candidat de la présidence à changer de rôle, indique une conversion semblable chez plusieurs autres hommes politiques.

Le parlement d'Angleterre s'est ajourné au 15. Jusque là le ministère doit rassembler ses forces contre l'amendement de lord Ashley et la motion de lord Palmerston.--On a publié le tableau du revenu de la Grande-Bretagne pendant l'année financière commençant le 5 avril 1843 et finissant le 5 avril 1844. Ce total est de 1,250,924,425 francs. Il s'est manifesté une légère amélioration sur les douanes et sur l'accise, c'est-à-dire l'impôt de consommation; mais c'est l'income tax, cette ressources temps de guerre, qui a comblé le déficit. Elle a produit 133,922,165 francs; c'est un impôt de 3 centimes par franc seulement qui ne porte que sur les revenus de 3,750 francs et au-dessus. La somme des revenus dépassant ce minimum fort honnête est donc de 1 milliards et demi. C'est une richesse énorme, mais une richesse aux mains d'un trop petit nombre de personnes, et qui cause la détresse d'une masse de peuple considérable.

O'Connell a repris son œuvre en Irlande en modifiant son rôle comme nous l'avons indiqué. Dans une dernière séance de l'association qu'il a présidée, il a dit, en parlant avec chaleur de l'accueil qu'il a reçu en Angleterre: «Je croyais l'oligarchie toute-puissante, et j'ai trouvé un peuple parfaitement disposé pour l'Irlande et imbu des plus saines idées de justice; aussi prend-je, dès à présent, l'engagement de ne jamais prononcer une parole qui puisse blesser le peuple anglais. C'est un grand, c'est un beau peuple, et, si je ne suis pas mis en prison, j'irai visiter les districts les plus populeux de l'Angleterre, et vous rapporterai des nouvelles aussi bonnes que celles d'aujourd'hui.» Ce voyage projeté pourrait bien n'être pas exécuté, car il s'accrédite que la sentence, malgré l'appel, sera immédiatement exécutée.

Un jury arbitral avait été constitué d'accord entre M. Grandin, député d'Elbeuf, et M. Charles Laffitte, deux fois élu par le Collège de Louviers, et qui deux fois a vu son élection annulée par la Chambre, pour prononcer sur les dires contradictoires de ces deux messieurs. Ce jury vient de rendre et de publier son opinion, de laquelle il nous paraît difficile en la pressant bien, d'extraire autre chose sinon que M. Grandin n'a pas tout à fait tort, et que M Laffitte n'a pas tout à fait raison.

Nous voudrions pouvoir détourner les yeux d'un événement affreux dont le département de la Loire vient d'être le théâtre, et qui a jeté la désolation et le désespoir dans ces laborieuses contrées. A la suite d'une agitation d'ouvriers mineurs, dans laquelle l'autorité judiciaire avait reconnu tous les caractères d'une coalition, dix-sept d'entre eux avaient été mis état d'arrestation. Le vendredi 5, ces prisonniers partirent de Rive-de-Gier pour être dirigés sur la maison d'arrêt de Saint-Étienne. Nous ignorons par quel motif leur translation ne fut point opérée par la voie du chemin de fer, si rapide et si sûre, et pourquoi le préfet du département et le procureur général de Lyon préférèrent la voie de terre, malgré toutes ses lenteurs et tous ses dangers. Une escorte de 80 fantassins, commandés par un capitaine, de 25 chasseurs à cheval et de 11 gendarmes fut formée pour accompagner le convoi. Une compagnie d'infanterie l'accompagna à distance. A quatre kilomètres de Rive-de-Gier, au hameau de la Grand-Croix, un rassemblement lança des pierres contre l'escorte, et des enfants se précipitèrent à la tête des chevaux. Quelles furent alors les nécessités de situation de la troupe; nous l'ignorons; l'enquête nous le fera connaître, elle nous dira si l'extrémité bien cruelle à laquelle on a cru devoir recourir était absolument inévitable. En attendant, nous avons la douleur d'avoir à dire que cinq hommes du peuple sont restés sur le terrain, atteints de coups de feu à la gravité desquels un d'entre eux, qui se trouvait là en curieux, a déjà succombé. Le convoi a poursuivi sa route, et les prisonniers ont été écroués à leur destination.

A Commentry, dans l'Allier, un éboulement considérable, produit par une violente explosion qui se manifesta dans les galeries des mines, laissa pénétrer le gaz dans une des galeries occupées et bientôt la flamme se répandit avec une rapidité prodigieuse. Cinq ouvriers furent ensevelis; et l'on n'a retiré que des cadavres. Par suite de l'explosion, le feu s'est communiqué au charbon, qui brûle sur une vaste étendue et projeté des flammes qui s'élevaient à une grande hauteur. On s'est rendu en foule de Montluçon et des environs pour contempler ce spectacle de désolation. L'ingénieur des mines est arrivé en toute hâte sur les lieux du sinistre, et n'a trouvé d'autre moyeu que de noyer la mine. Il faudra bien du temps et du travail pour réparer le dommage, qui est évalué à une somme considérable.

On écrit de la Nouvelle-Orléans, le 2 mars, que l'on venait d'y recevoir la nouvelle que la veille au matin, entre deux et trois heures, deux steamers s'étaient rencontrés et entre-choqués sur le Old-River, au-dessous d'Atchafalaya, et que l'un d'eux, leBuckeye, a été englouti en moins de cinq minutes. Tous les passagers, au nombre de plus de 300, noirs et blancs, étaient couchés au moment du choc; 60 à 80 ont péri.

La chambre des députés et l'armée ont rendus les derniers devoirs à M. le général de la Bourdonnaye. La chambre des pairs a perdu M. le marquis de Lusignan;--la chambre des lords, en Angleterre, lord Abinger, premier baron de l'échiquier, qui s'était fait une grandi réputation au barreau avant son élévation aux dignités, et alors qu'il portait le nom de Scarlett. Enfin le prince Démétrius Galuzin, général de cavalerie russe, gouverneur général de Moscou, auquel l'empereur avait permis depuis un an, pour le rétablissement de sa santé, de résider à Paris, vient d'y mourir.

Quatrième article.--Voir t. III, p. 33, 71 et 84.

Jusqu'ici, nous avons eu peu de critique à faire: nous avons été heureux dans nos premières promenades au Salon. Il y aurait conscience d'être sévère par plaisir, ce qui ressemblerait fort à de l'injustice. Nous continuons aujourd'hui notre compte rendu approbateur.

Il y a des faits historiques dont la simple narration suffit pour émouvoir les âmes nobles et sensibles.L'Abdication de Napoléon à Fontainebleauest au nombre de ces faits. Nos vieux militaires pleurent encore à ce souvenir, et quelle sera leur douleur en s'arrêtant devant le tableau de M. Janet-Lange! Nous allons vous faire connaître le moment choisi par le peintre; et, ayant le dessin sous les yeux, vous jugerez vous-même s'il a bien rendu cette désolante scène; «Napoléon pend la plume, et se reconnaissant vaincu, moins par ses ennemis que par la grande défection qui l'entoure, il rédige lui-même la seconde formule de l'abdication qu'on attend: Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à son serment, déclare qu'il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France.» Telle est la teneur de l'acte d'abdication, reproduit dans leManuscritde 1814. M. Janet-Lange n'est pas resté, selon nous, au-dessous de son sujet: et s'il avait mis plus de noblesse sur la figure de l'illustre personnage présent à l'abdication, son tableau serait à peu près irréprochable. Comme couleur, nous félicitons sincèrement M. Janet-Lange; il y a progrès sur ses œuvres précédentes.

Au-dessous de l'immenseFédération, de M. Couder, les groupes se forment chaque jour. Qu'y a-t-il donc à voir? Approchons: un tableau de M. Papety! Où estle Rêve, de bonheurexposé par lui l'année dernière? Est-ce le même peintre à qui tout le monde accordait le beau nom de poète, qui nous présente aujourd'huila Tentation de saint Hilarion?M. Papety a-t-il agi sérieusement, ou bien a-t-il voulu tout simplement exposer, afin qu'on n'oublie pas qu'il sait peindre? Cette dernière conjecture est la bonne, nous le croyons. Lorsque M. Adolphe Brune peignit sa belleTentation de saint Antoine, la sévérité de l'exécution fit aisément passer sur le cynisme du sujet. Ici, la même chose n'a pas lieu: la femme qui tente saint Hilarion n'est qu'une femme demi-nue; quant à saint Hilarion, il a peur, il est épouvanté, il est comme terrassé: ce n'est pas une sainte horreur pour le vice qu'il éprouve. Malgré tout le talent qu'il y a dans le tableau de M. Papety, allons plus loin; à cause de ce talent même, nous adjurons le peintre de se contenter de cette seule excursion dans un genre qui est à l'art ce quela Pucellede Voltaire est à la poésie. Nous l'attendons avec confiance à une œuvre plus digne de lui; alors, nous lui prouverons bien que notre sévérité présente est dans son intérêt.

M. Champmartin a pris depuis longtemps le titre de peintre religieux. Qui a vu un de ses tableaux les a vus tous par avance, ou à peu près. Les tons rosés et violets y dominent; les groupes sont resserrés, et à peine quelques figures se détachent-elles d'une manière précise. «Laissez venir à moi les petits enfants» a tous les défauts comme aussi tout le mérite qui ont fait la réputation de M. Champmartin. Ce tableau est à la fois trop brillant et trop dur d'aspect. Nous regardons, nous voudrions nous intéresser à la foule des enfants qui s'approchent du Seigneur, mais l'ensemble est si peu harmonieux, que l'œil ne peut demeurer fixé sur rien. Deux ou trois têtes d'enfants sont charmantes, et celle du Christ n'a pas de vulgarité. Le Portrait de M. Gillibrand rappelle les beaux jours de M. Champmartin, lorsque Barthélémy écrivait dans Némésis:

Abdication de Napoléon à Fontainebleau, le 14 avril 1814,par M. Janet-Lange.

Un pair! c'est un mortel coiffé de plumes blanches,Largement ondulé d'un pallium sans manches,Tel qu'au grand Muséum l'exposa Champmartin, etc.

Un pair! c'est un mortel coiffé de plumes blanches,Largement ondulé d'un pallium sans manches,Tel qu'au grand Muséum l'exposa Champmartin, etc.

Un pair! c'est un mortel coiffé de plumes blanches,

Largement ondulé d'un pallium sans manches,

Tel qu'au grand Muséum l'exposa Champmartin, etc.

Le portrait de M. Gillibrand vaut donc celui de M. le duc de Fitz-James, auquel le poète faisait allusion.

La Vision de saint Jean, par M. Bonnegrâce, est d'un véritable style biblique; la composition en est large et digne du sujet. M. Bonnegrâce a parfaitement traduit avec le pinceau ce verset de l'Apocalypse: «La ville était toute brillante de la clarté de Dieu, et la lumière qui l'éclairait était semblable à une pierre de jaspe transparente comme du cristal.» Un peu moins d'incertitude dans le dessin, un peu plus d'harmonie dans la couleur, rendraient cette tuile tout à fait remarquable. M. de Bonnegrâce arrivera, sans aucun doute, à une belle réputation.

La figure du Christ n'a pas de vulgarité, disions-nous, en parlant de «Laissez venir à moi tes petits enfants.» Le contraire est applicable au Christ peint par M. Millier, dans sonEntrée de Jésus-Christ à Jérusalem, tableau qui, pris en son entier, ne ressemble pas aux autres tableaux religieux. M. Muller a fait preuve d'originalité. La composition est remarquable, mais bizarre dans certaines parties. Un brouillard se répand sur tous les personnages, et les empêche d'être vus complètement; quelques groupes sont bien posés, notamment celui des gens qui soulèvent une porte. La foule, à gauche, manque de relief. Le paysage est habilement composé. Au total,l'Entrée de Jésus-Christ à Jérusalemest un des bons tableaux de M. Muller.

La Vision de saint Jean, par V. Bonnegrâce.

Si l'on veut prendre une idée exacte des danses espagnoles en pleine campagne, on regardera avec attentionune Danse, souvenir d'Espagne, par M. Charles Porion, qui expose pour la première fois, et à qui son début fait honneur. Figures et paysages méritent nos éloges; la couleur du tableau de M. Porion nous porte à croire qu'il sera coloriste en même temps que dessinateur.--Dans un tout autre genre, M. Alphonse Teytaud continue ses succès passés. Les Pèlerins d'Emmaüs, que messieurs de l'administration du Musée ont fort mal placés, ont, malgré ce désavantage, attiré nos regards. Ce paysage composé atteste, de la part du peintre, une imagination vive et puissante. Si nous étions plus sûrs de nous,--nos yeux pourraient bien nous avoir trompés, tantles Pèlerinssont placés haut,--nous conseillerions à M. Teytaud de travailler encore sur les premiers plans, pour les rendre aussi beaux que les fonds.--Les paysages de MM. Balourier, Toudouze et Rouyer promettent pour l'avenir.--M. Joseph Thierry a exposé un fort beau paysage, où les campagnes effondrées par la pluie, le ciel éclatant d'un côté, sombre de l'autre, sont peints avec une entente remarquable. Par les détails, on reconnaît dans M. Joseph Thierry le décorateur; ils visent à l'effet.

MM. Morel-Fatio et Louis Meyer se sont réunis pour peindreune Scène de la visite de la reine Victoria au roi Louis-Philippe. Le roi de France se rend dans un canot à bord du yacht anglais. Ce tableau est surtout remarquable par son exactitude historique, et nous permet cependant de donner à M. Morel-Fatio un conseil qui s'adresse à tous deux; ils doivent se garder des tons pâles dans les ciels, et des tons bleus dans les flots de l'Océan.

Quatre tableaux de M. Morel-Fatio sont en progrès sur ceux de l'année dernière.Les régates du Havreont du succès et attirent les regards des visiteurs.Jean Bart montant la Palme de dix-huit canons, et s'emparant d'un vaisseau hollandais de soixante canons, et la Prise à l'abordage du transport anglais, les Deux Jumeaux par l'heureuse Tonton, sont des œuvres de valeur travaillées avec conscience et habileté. Quant auxPécheurs normands, ils ont inspiré à M. Morel-Fatio un petit tableau frais et gracieux.

Le Combat du brick français l'Abeille, commandé par M. Mackau, etc., est, sans contredit, le plus beau tableau exposé par M. Meyer. L'effet de matin est poétiquement rendu, et l'on s'intéresse vivement à ce fait d'armes si glorieux de notre ministre actuel de la marine.Le Sauvetage du brick le Phénixmanque un peu de vigueur, tout en étant dramatiquement composé. C'est à la couleur qu'il faut s'en prendre. Deux autres petites toiles de M. Meyer sont agréables.

Restons en mer, puisque nous y sommes: s'il vous arrive d'aller aux bains de Trouville, vous rencontrerez sans aucun doute M. Mozin naviguant dans sa barque; il cabote, il va de Trouville au Havre, du Havre à Honfleur. Ce sont ses parages, et rarement il s'aventure plus loin. Suivons-le. LeGué de Diouvilleplaît par le sujet même, gracieusement traité. LaVue d'Honfleur, à notre avis, est un des bons tableaux de l'Exposition: il serait parfait, si les maisons de la ville avaient un peu plus d'éloignement, ce qui rendrait la mer plus vaste; les accessoires sont peints de main de maître. Enfin,Parisest un joli panorama, plein de lumière et de couleur.

Chaque année, MM. Guillemin et Fortin se disputent, ou plutôt se partagent, comme dit Figaro, la palme du genre. Le premier a traduit sur la toile ces vers de M. William Ténint:

Les Bleus sont là! la ferme est cernée, et des pasRésonnent sur le sol!... Le salut, c'est la Bible!Plus d'armes! à genoux! la lutte est impossible!Un chrétien se défend, mais ne se venge pas! etc.

Les Bleus sont là! la ferme est cernée, et des pasRésonnent sur le sol!... Le salut, c'est la Bible!Plus d'armes! à genoux! la lutte est impossible!Un chrétien se défend, mais ne se venge pas! etc.

Les Bleus sont là! la ferme est cernée, et des pas

Résonnent sur le sol!... Le salut, c'est la Bible!

Plus d'armes! à genoux! la lutte est impossible!

Un chrétien se défend, mais ne se venge pas! etc.

Dieu et le Roiest une composition plus importante que toutes celles échappées jusqu'à présent au pinceau de M. Guillemin. Le type breton apparaît dans ce tableau, qui est un épisode des guerres de la Vendée.Le vieux Matelotest une scène touchante que le peintre a rendue avec beaucoup d'expression. Toutefois,la Consultationl'emporte sur les autres tableaux de M. Guillemin. De la vérité, de l'expression, de la distinction dans les figures, voilà ce que nous y avons remarqué, et ce qui a fait le succès de cette petite toile.

Pour M. Fortin, il s'applique de préférence aux scènes d'intérieur, et la Bretagne est sa contrée privilégiée,Une Proposition(paysans de Quimper) est peinte avec un naturel exquis; les accessoires sont ravissants, et si les têtes des personnages avaient plus de finesse, ce serait un délicieux tableau. Sous ce titre,Douleur, M. Fortin a rendu une scène poignante: un paysan breton veille près du lit de mort de sa femme. Comme exécution, tout le monde préféreraDouleurà uneProposition.

Sans être taxé d'admiration outrée, on peut avancer que M. Marilhat a les honneurs de l'exposition, et que son envoi est jugé magnifique par tout le monde. Quelle étendue de pays s'offre à nos regards! Continuons nos recherches sans abandonner le célèbre paysagiste; suivons-le, en partant de l'Auvergne, jusque sur les bords du Nil et dans la Syrie. Un admirable panorama se déroulera devant nos yeux:Une Vue prise en Auvergneetles Souvenirs des environs de Thiers, présentent deux effets différents qui rappellent, sous plusieurs rapports, les chefs-d'œuvre de Ruysdael; dans le premier tableau, l'orage avec ses fureurs; dans le second, une paisible journée d'automne.Le Souvenir des bords du Nila toutes les merveilleuses beautés que l'on remarque ordinairement dans les paysages de M. Marilhat, la forme, la couleur, la lumière. UnVillage près de Rosettea moins de charme peut-être, soit que l'inspiration ait failli au peintre, soit que la nature ait ici plus de monotonie. Le paysage est d'un vert bien foncé sur le premier plan; une atmosphère brumeuse le couvre en entier; en revanche, les palmiers sont peints avec habileté, et l'aspect général du village ravit les yeux.Les Arabes syriens en voyagesont un véritable chef-d'œuvre dans le genre. Comme on s'intéresse à la petite caravane, et comme on voudrait s'attacher aux pas de ces indolents Arabes, commodément assis sur leurs chameaux, emmenant avec eux leurs familles et leurs meubles.Une ville d'Égypte au crépusculesemble avoir été daguerréotypée, tant il y a de vérité et d'exactitude dans le mirage; et cependant, tout l'effet de ce paysage a de l'harmonie. N'est-ce pas bien là le silence suprême du crépuscule? L'horizon a de l'immensité dans cette petite toile, et l'esprit peut rêver à son aise devant cette magnifique représentation de la nature. LeCafé sur une route de Syriese fait remarquer surtout par la lumière et par l'agrément des détails; ce tableau est d'un bel effet. Enfin, laVue Prise à Tripolicouronne l'œuvre de M. Marilhat, pour qui le Salon de cette année est un triomphe, et dont nous n'avons pu parler, dans la sincérité de notre âme, qu'avec un point d'admiration au bout de chacune de nos phrases.

Les sujets arabes sont devenus à la mode, et, depuis notre conquête d'Alger, la majeure partie de nos peintres a voulu visiter l'Afrique ou l'Orient. De là une foule de tableaux à mosquées, de razzias, de fontaines orientales. Qu'allons-nous devenir, s'il nous faut indiquer avec quelques détails les progrès de cette nouvelle invasion d'Arabes?

Pour sa part, M. Théodore Frère a exposé deux tableaux africains:Une Caravane d'Arabes traversant le Rummel à gué(environs de Constantine), et laRivière de Safsafh(environs de Philippeville). Donc, nous nous promenons dans nos possessions, grâce à M. Théodore Frère. Le premier tableau, que l'Illustrationreproduit, a un mouvement remarquable et une vérité de tons peu commune; le second plaît par la disposition des plans, bien que les lignes manquent un peu de largeur.

Environs de Constantine.--Une Caravane d'Arabestraversant le Rummel à gué, par M. Théodore Frère.

Vue prise à Tripoli, en Syrie, par M. Marilhat.

La rue Hourbarych, au Caire, par M. Chacaton.

M. Théodore Frère possède un talent qui grandira certainement avec le temps, pourvu qu'il ne se laisse pas aller à l'exagération, pourvu que son amour de la nature vraie ne le jette pas dans la peinture sèche et aride. Cet écueil évité, nous osons le rassurer sur l'avenir. SonPortrait d'hommeen pied est-il ressemblant? Nous l'ignorons, mais nous savons qu'il est bien peint.

M. Philippoteaux a rendu aussi une visite aux Arabes. LeCombat de l'Oued-Ver, livré le 27 avril 1840 par le duc d'Aumale à la tête des chasseurs d'Afrique, lui a donné occasion de peindre un bon tableau.

L'Avant-poste arabea de la couleur;le Raptest ingénieux;la Razzian'est pas moins bien composée quele Combat de l'Oued-Ver, dans des proportions moindres. M. Philippoteaux a compris que les campagnes,--ciels et terrains,--de ses tableaux devaient être chaudes et colorées; c'est bien en Afrique que se passent les diverses scènes qu'il nous représente. Si vous vous arrêtez devantle Retour de Sédanais après la bataille de Douzy, vous comprendrez qu'il a lieu dans le Nord. Le dernier tableau, exécuté dans les données connues du talent de M. Philippoteaux, montre combien il a fait du progrès.

Néanmoins nous préférons les toiles arabes de M. Chacaton, car ce jeune peintre a fait des progrès rapides.Le Souvenir de la villa Borghèse, à Rome, pêche par un éclat trop conventionnel, et heureusement pour le peintre, deux autres tableaux font vite oublier ce pastiche: ce sont laRue Hourbarych, au Caire, etUne Fontaine arabe. Le premier, avantageusement placé dans le salon carré, est très-joli de composition, outre le mérite de reproduction qu'on y remarque. Au milieu se trouve un groupe de cavaliers posés d'une façon ravissante; ce tableau, sous le rapport de la couleur, est le meilleur que M. Chacaton ait exposé cette année.Une Fontaine arabefait briller son habileté ordinaire, mais la composition en est un peu confuse, et nous avons eu besoin de recourir au livret. «Une caravane, avant d'entrer dans le désert, vient faire boire ses chameaux et remplir ses outres.» L'explication donnée avec la plume par M. de Chacaton aide beaucoup à qui veut comprendre la scène rendue par son pinceau. Ce tableau plaît singulièrement par la disposition des groupes pris à part.

Force nous est de renoncer à entretenir les lecteurs de l'Illustrationdes marines envoyées par M. Gudin, non à cause de leur peu de valeur artistique, mais à cause de leur nombre. Le livret se charge d'expliquer tout au long les sujets choisis par M. Gudin; quatre pages et demie sont spécialement affectées à leur nomenclature raisonnée. Une page commentele tableau de la Mort de saint Louis: une demi-page commentela Vue de la Chapelle de Saint-Louis; une page relate laFondation de la colonie de Saint-Christophe et de la Martinique; une page et demie fait savoir commentLasalle découvre la Louisiane; reste une demi page pourl'Incendie du quartier de Péra, à Constantinople, et pourl'Équipage du Saint-Pierre sauvé par un brick hollandais: total, cinq pages et demie. Nous renvoyons le lecteur au livret, en lui recommandant de regarder avec attentionl'Incendie de Péra, placé dans le salon carré.

Pour exercer le droit de critique vis-à-vis de M. Gudin, il faut se résumer. Son talent, multiple et fécond, est arrivé à une hauteur peu commune, mais il ne grandit plus, et quelques toiles signées du nom de M. Gudin donnent prise à la sévérité.

(Voir t. III, p. 70 et 86.)

Au bruit qui se faisait à la porte de l'appartement, Jenny et Marguerite venaient d'accourir; et cette scène, qui jusque-là s'était passée dans l'ombre, se trouva inopinément éclairée. Impossible de rendre le mouvement de surprise qui éclata à la fois chez les divers personnages qui y jouaient un rôle. Jenny ne put contenir un cri étouffé; Marguerite sentit la lampe qu'elle tenait vaciller dans sa main, elles deux hommes en présence poussèrent une exclamation simultanée:

«Édouard!

--Le père Potard!»

Si chacun des acteurs ne se fût pas trouvé placé sous le coup de ses propres émotions, il eût été impossible de ne pas remarquer le trouble de la jeune fille et la pâleur soudaine qui se répandit sur son visage. La mort, en la touchant, ne l'eût pas marquée d'une empreinte, plus profonde. Heureusement l'effet de la surprise troubla le sang-froid ordinaire du père Potard, et Jenny put se remettre de cette secousse avant que des soupçons se fussent éveillés autour d'elle, ce qui lui restait d'altération dans les traits fut facilement imputé à la frayeur, et la jeune fille put se retirer dans sa chambre, le cœur plus tranquille, pendant que le troubadour et l'homme qu'il avait si rudement colleté échangeaient des explications sur leur singulière rencontre.

«Parbleu! s'écria Potard, voilà une aventure. C'est donc vous, Édouard Beaupertuis! Ma foi, oui, c'est vous!»

Le jeune homme avait eu le temps de composer son maintien, et il répondit d'une voix assez calme:

«Moi-même, monsieur; et il me semble que vous auriez pu avoir plus d'égards pour les parements de mon habit, ajouta-t-il en lui montrant ses vêtements fort endommagés par la lutte.

--J'en suis désolé, mon cher; mais dans ce moment-là je vous aurais mis en charpie. Savez-vous pour qui je vous prenais?

--Non, ma foi!

--Pour un voleur, pour un infâme voleur!

--Monsieur!...

--Ne vous fâchez pas! C'est un malentendu qui peut arriver au plus honnête homme. N'empêche que j'aurais eu tout à l'heure un plaisir infini à vous massacrer. J'étais monté en diable!

--Je m'en suis aperçu, monsieur.

--Que voulez-vous! la nuit, on tape où l'on peut. Vous êtes heureux de vous en tirer à aussi bon compte; j'avais soif de sang humain, j'aurais bu dans votre crâne. Le ciel ne l'a pas permis... Mais oublions cela, jeune Beaupertuis; venez dans la salle à manger pour vous remettre. Le combat, est fini; il ne reste plus qu'à panser les blessures. Marguerite, une fiole et deux verres.»

Les paroles avaient été échangées avec rapidité, et c'est à peine si Édouard Beaupertuis avait pu placer quelques monosyllabes. Il avait compris que tous les droits étaient du côté de Potard, en sa qualité de maître du logis. Évidemment surpris par les incidents qui venaient de se passer, on voyait qu'il se tenait sur ses gardes et luttait contre un embarras intérieur. Il suivit machinalement le troubadour, s'assit avec lui à une table, et accepta un verre de bière. L'entretien eût langui si Potard n'avait eu soin de le relever.

«A présent que vous vous êtes un peu remonté le moral, dit-il, expliquez-moi donc, jeune Beaupertuis, ce que vous faisiez tout à l'heure sur le palier de cet appartement. Je suis curieux de l'apprendre.»

Édouard était préparé à cette question, et cependant il ne put se défendre d'un peu d'hésitation avant que d'y répondre. Il se décida enfin, et prenant un ton plus familier;

«Mais il me semble, père Potard, répliqua-t-il, que vous deviez vous attendre à ma visite.

--Tiens, c'est moi que vous veniez voir, Beaupertuis?

--Et qui serait-ce?

--Vous comptiez me trouver ici?

--Sans doute, père Potard.

--Voilà qui est étrange, poursuivit le troubadour en devenant plus soucieux; oui, jeune homme, ceci est étrange. A neuf heures du soir, sans vous tromper de porte. Diable! vous avez la main heureuse.

--Vous m'y aviez engagé, père Potard; souvenez-vous donc de ce que vous me dîtes sur les Terreaux avant de nous séparer: place Saint-Nizier, maison du boulanger, au troisième; ne manquez pas de me venir voir. Eh bien! me voici!

--Vous voici au sixième, jeune Beaupertuis, et dans ma maison où il n'y a point de boulanger. Je vous avais donné une fausse adresse, farceur. Le père Potard n'est visible qu'au dehors; chez lui, jamais.»

Édouard comprit qu'il s'était enferré, et qu'il lui serait plus difficile de sortir de ce mauvais pas qu'il ne l'avait d'abord cru. Il balbutia quelques excuses; mais le troubadour l'interrompit et lui dit avec un air sérieux:

«Jeune homme, pas de mauvaises défaites! On ne fait point aller le père Potard comme le dernier des conscrits. Voyons, de la franchise. On vous a suivi ce soir dans votre campagne du haut en bas de l'escalier, voici près de deux heures que j'ai l'œil sur vous. Je vous ai vu dans l'allée, au premier, au second, et ainsi de suite, jusqu'au sixième étage; je vous ai aperçu dans la chambre en face: j'ai suivi tout votre manège, et ce n'est pas à moi que vous en donnerez à garder. Je suis indiscret peut-être, mais j'ai mes raisons pour cela. Expliquez-vous avec sincérité.»

La situation de Beaupertuis devenait de plus en plus embarrassante; mais cet embarras même sembla lui rendre sa présence d'esprit. La vieille Marguerite venait d'entrer dans la pièce où se trouvaient les deux interlocuteurs; par un signe, le jeune homme fit comprendre au troubadour qu'il ne pouvait, devant un tiers, entrer dans de plus amples confidences; puis, quand la servante, après avoir achevé son service, se fut retirée, il se leva, ferma la porte avec une espèce de solennité, et, de retour à sa place, il ajouta gravement et à demi-voix:

«Père Potard, je vous crois un honnête homme.

--Je m'en flatte, Beaupertuis.

--Eh bien! sous le sceau du secret, je vais vous confier un mystère de ma vie. Jurez-moi que ce que je vous dirai mourra dans votre oreille.

--Je vous le jure, jeune homme. Muet comme une tombe, vous pouvez y compter. Allez, j'en ai gardé d'autres.

--Sachez donc, père Potard, que je poursuis une aventure avec une grande dame de la ville, avec une comtesse de la place Bellecour, tout ce qu'il y a de plus empanaché.

--Vous en êtes bien capable, répliqua le troubadour en souriant de ce début; bien capable, et elle aussi. Cela me rappelle une certaine marquise d'Arcis-sur-Aube, qui remonte pour moi à 1817 ...»

Les souvenirs anacréontiques abondaient dans la vie du troubadour, et toutes les fois qu'on le mettait sur ce terrain, il sentait renaître ses passions d'autrefois, et s'imaginait devoir reverdir les myrtes de sa jeunesse. Édouard Beaupertuis ne pouvait choisir une diversion plus heureuse aux soupçons vagues dont il était l'objet. Aussi reprit-il toute son assurance.

«Vous le savez, père Potard, ajouta-t-il, l'amour vit de mystère; et, pour cacher cette intrigue à tous les yeux, il a fallu s'entourer de grandes précautions.

--A qui le dites-vous, jeune homme! C'est comme moi à Bar-sur-Seine, pour la femme d'un pharmacien. Dans une cave, mon cher, dans une cave! au milieu des drogues infectes de l'époux et sans le moindre luminaire! On a bien raison de dire que la passion est aveugle. Achevez votre récit; c'est plein d'intérêt.

--Il a donc fallu choisir en ville un lieu de rendez-vous, père Potard, un quartier sûr, populeux, une maison à double entrée. C'est ici que le hasard m'a conduit, sous votre propre toit; c'est dans cette chambre où vous m'avez aperçu...

--Je vous comprends! Épargnez-moi le reste! Vous êtes un heureux coquin, jeune Beaupertuis; mais pourquoi ne pas me dire cela tout de suite?

--Père Potard, un galant homme ne fait de semblables aveux qu'à la dernière extrémité.

--Vous avez raison, Beaupertuis: c'est comme moi à Châlons-sur-Marne; une aventure des plus burlesques avec l'épouse d'un notaire. Un jour il y a alerte, surprise; je m'évade et me donne de l'air; mais le pan de mon habit reste pris dans une porte. Que faire? Il s'agit de sacrifier un frac neuf ou une pauvre femme. Je n'hésite pas une seconde; j'immole le frac sur l'autel de ses charmes, et quitte la Champagne avec une basque de moins. Voilà ce qui s'appelle agir en chevalier français. Il paraît que nous sommes de la même école.»

Le père Potard était de nouveau lancé, et il n'y avait plus d'effort à faire pour lui donner le change. De la femme du notaire il passa à la femme d'un passementier, raconta ses amours d'auberge es ses amours du grand monde, composa une suite d'aventures dont il était le héros, et où il jouait le rôle d'un Amadis et d'un Galaor; le tout entrecoupé de quelques refrains, comme ceux-ci, par exemple:


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