SOMMAIRE

L'ILLUSTRATION,JOURNAL UNIVERSEL,Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.Prix de chaque N°. 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.N° 69. Vol. III.SAMEDI 22 JUIN, 1844. Bureaux, rue Richelieu, 60.Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr. Ab. pour l'Étranger. -- 10 -- 20 -- 40SOMMAIREHistoire de la Semaine.Portraits de MM. Broglie et Cousin.--Courrier de Paris.--Exposition des produits des Manufactures de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais.Deux Vitraux pour la chapelle royale d'Amboise; Théière en porcelaine; Jardinière en porcelaine; Coupe en porcelaine.--Exposition des Produits de l'Industrie.Huitième article. Fourneaux, Cheminées, Boulangerie de Mouchot.Pétrisseurs mécaniques; Pesage et Placement de la pâte dans les moules; Fours de M. Mouchot; four de M. Baudin-Langlois.--Un voyage au long cours à travers la France et la Navarre. Par A. Aubert. Chap. II et III.Huit Gravures, par Bertall.--Femmes de lettres Françaises contemporaines.Médaillons de mesdames G. Sand, Charles Reybaud, Amable Tastu, Delphine Guay, Virginie Ancelot, Marceline Valmore, Élise Voïart.--Exposition des Produits de l'Horticulture.Paulownia impérialis; Yucca et Feuilles d'Aloès.--Exposition du Mont-Carmel.Hospice du Mont-Carmel; Allégorie, par M. Jollivet; Femme arabe, par M. Cogniet; Jérémie, par M. Horace Vernet.--Bulletin bibliographique. Allégorie de Juin.L'Écrevisse.--Théâtre de la Porte-Saint-Martin.M. Risley et ses deux fils.--Correspondance.--rébus.Histoire de la Semaine.M. de Broglie.                                                            M. Cousin.L'opinion publique est à peine remise de l'agitation que lui avait causée la discussion si solennelle et si animée de la chambre des pairs sur la loi de l'enseignement secondaire. La salle du Luxembourg laisse à peine mourir l'écho des applaudissements qu'ont obtenus de bancs opposés et l'illustre rapporteur de la commission, M. le duc de Broglie, et son éloquent et infatigable adversaire, M. Cousin; et déjà la loi portée à la chambre des députés y fait naître des émotions tout aussi vives, et amène dans ses bureaux une lutte d'autant plus complète, que personne ne se dissimule que la lutte de tribune ne s'engagera pas cette année, et que par conséquent c'est sur l'effet à obtenir dans ces débats provisoires et sur la nomination des commissaires que doivent, quant à présent, se concentrer tous les efforts. Les intérêts de l'enseignement ecclésiastique seront soutenus par M. de Carné avec une mesure qui n'a pas toujours été gardée au Luxembourg. Le droit commun aura des défenseurs habiles dans MM. de Tocqueville et Odilon Barrot; l'enseignement par l'État, amélioré et rajeuni, peut compter sur les voix de MM. Thiers, Dupin, Rémusat, Quinette, Saint-Marc Girardin; enfin toutes et chacune de ces fractions comptent un peu sur M. de Salvandy. La commission, dont nous venons de nommer tous les membres, a fait choix de M. Barrot pour la présider, et de M. Saint-Marc Girardin pour remplir près d'elle les fonctions de secrétaire; mais on croit savoir que la majorité a d'avance fait choix de son rapporteur, et que cette tâche importante sera confiée à M. Thiers.La discussion s'est poursuivie sur les chemins de fer, et il s'est trouvé dans la Chambre, en cinq jours de temps, une majorité pour décider que l'État n'exécuterait pas complètement les voies de fer, et une autre majorité pour mettre en déroute les compagnies qui s'étaient organisées dans la prévision de ce premier vote. Nous espérons que la Chambre fera cesser cette contradiction, en adoptant pour les chemins qui sont à l'ordre du jour, pour celui du Nord surtout, presque entièrement terminé, l'achèvement par l'État, que M. Dufaure est parvenu à faire rejeter à une faible majorité, à l'occasion du chemin de Bordeaux. Le coup porté aux compagnies a été reçu par leurs conseils d'administration. Un certain nombre de membres des deux Chambres, plus jaloux à coup sûr de l'intérêt de leurs localités qu'avides de gains à réaliser, avaient accepté les fonctions d'administrateurs dans les chemins soumissionnés. On a exposé que cette situation, que ce rôle complexe étaient mauvais; que les déterminations du ministre pourraient y perdre du leur liberté, le public de sa confiance, et les décisions des chambres de leur autorité. Uniquement préoccupés de prouver qu'ils avaient agi sans vue d'intérêt personnel, les députés ainsi mis en cause se sont succédé à la tribune, et n'y ont pas apporté un seul argument, une seule considération qui touchai à la question générale. Une première disposition a donc été introduite pour sauvegarder le ministre contre toute influence. Elle exige que la concession soit faite par adjudication avec publicité et concurrence;--le rabais portera sur la durée de la jouissance;--nulle compagnie ne pourra concourir qu'après le versement du cautionnement prescrit par le cahier des charges, et autant qu'elle aura été préalablement admise par le ministre des travaux publics. Quant à la question des administrateurs, elle a été tranchée par un autre article, adopté sur la proposition de M. Crémieux, et ainsi conçu: «Aucun membre des deux chambres ne pourra être adjudicataire ou administrateur dans des compagnies de chemin de fer auxquelles des concessions seront accordées.» Il est difficile de peindre l'émoi que cette discussions et ces résolutions ont fait naître. Nous croyons, nous le répétons, qu'elles auront pour conséquence de faire revenir immédiatement la Chambre au mode d'exécution complète par l'État. S'il en était autrement, l'exécution des voies de fer se trouverait encore ajournée; et, si l'on peut différer sur le mode d'exécution à adopter, tout le monde est d'accord sur les inconvénients immenses, sur le dommage réel qui résulteraient pour le pays d'un plus long retard dans l'achèvement du réseau.Rien n'a fait plus de bruit cette semaine que le silence des avocats. Jamais les voûtes du palais' n'avaient retenti de plus de discussions que depuis que l'ordre a pris le parti de ne plus plaider. Nous aurions pu, il y a huit jours, annoncer les résolutions adoptées et prédire les événements. Nous avons préféré attendre et limiter notre responsabilité au récit des faits accomplis.Le barreau de Paris se plaignait de la position qui était faite à quelque-uns de ses membres alors qu'ils plaidaient devant la première chambre de la cour royale, présidée par M. le premier président Séguier. On avait vu un avocat si habituellement, si inévitablement interrompu par ce magistrat dans chacun de ses plaidoyers, qu'il avait cru de sa délicatesse de déclarer à ses clients qu'il ne saurait plus se charger, sans danger pour leurs intérêts, des causes qu'ils pourraient avoir à faire plaider devant la première chambre. Dans une autre occasion, M. Séguier adressait la leçon la moins humaine à un pauvre père de famille qui, le cœur brisé, venait de conduire à la dernière demeure l'enfant unique qu'il pleurait, faisait demander la remise à huitaine d'une affaire dont il était chargé. D'urgence, il n'y en avait aucune; il ne s'agissait ni d'un prisonnier à élargir, ni d'une condamnation exemplaire à prononcer. On s'attendait à entendre sortir de la bouche du magistrat une parole de sympathie douloureuse, c'est un reproche qui en sortit, et, pour justifier cette dureté, M. le premier président s'appuyait sur l'autorité, inconnue de nos jours, de La Roche Flavin, qu'à la sensibilité de son texte on a supposé être quelque compère Tristan de la fin du seizième siècle ou du commencement du dix-septième.--On avait entendu, il y a peu de jours, M. Séguier rendre toute discussion impossible à un jeune avocat, en lui disant dès son début: «Expliquez-vous en un seul mot;--expliquez-vous en deux mots;--votre affaire est entendue.» L'ordre avait silencieusement gémi sur ces scènes trop souvent renouvelées; toutefois, il n'y avait vu que des torts individuels qui, à tout prendre, devaient peut-être encore pus affliger la justice et inquiéter les justiciables qu'émouvoir les avocats. Mais tout dernièrement M. le premier président, élargissant généralisant ses attaques, a fait entendre quelques mots qui mettaient l'ordre tout entier en cause et faisaient peser la suspicion sur ses sentiments d'indépendance, de dignité et de désintéressement. L'ordre s'est ému avec raison, à notre avis; son conseil s'est réuni pour délibérer sur la position qui lui était faite et le parti qu'il avait à prendre.Dans toute cette première phase, nous le déclarons, il nous est impossible de voir des torts d'un autre côte que de celui d'un magistrat dont personne ne conteste les lumières, la sagacité, et qui, à une époque, on aime à s'en souvenir, a fait avec courage et modération ses preuves d'indépendance et de fermeté. En ces circonstances nouvelles, M. le premier président nous avait paru oublier les ménagements que l'élévation de sa position lui commandait, comme les droits qu'on ne saurait contester à la défense et les égards qui sont dus à ses organes. Mais ceux-ci n'ont pas su garder l'avantage de leur situation, et, en écrivant à M. le premier président que tel jour, à telle heure, ils se présenteraient à l'audience pour entendre ses explications, ils n'ont pressenti qu'ils les rendaient impossibles, que cette sommation, cette assignation à bref délai, blesseraient justement la dignité de la magistrature et leur feraient perdre, à eux, quelque chose de leur droit d'obtenir des réparations pour la leur. Ce qui n'était qu'un duel entre M. Séguier et l'ordre, a été converti par là en grave conflit entre le barreau et la cour qu'on avait engagée par cette façon de procéder. Si M. le bâtonnier, prenant la parole à l'ouverture de l'audience de lundi dernier, eût, sans l'avoir notifié par avance, fait appel à la raison, à la justice de M. le premier président pour qu'il effaçât par une explication satisfaisante les fâcheuses et injustes impressions de ses sorties malentendues, nul doute que M. Séguier ne se fût exécuté; du moins, s'il s'y fût refusé, il n'eût pas trouvé un seul défenseur parmi ses collègues eux-mêmes. La marche suivie, au contraire, en blessant les susceptibilités de la compagnie, jusque-là en quelque sorte étrangère au débat, l'a élargi; et la cour, oubliant ou se croyant autorisée à ne plus considérer de quel côté il avait d'abord été manqué à toutes les convenances, après plusieurs délibérations fort animées, a cité le conseil des avocats tout entier, signataire de la lettre adressée à M. le premier président, à comparaître devant les Chambres assemblées le lundi 1er juillet. C'est une mesure grave, c'est un conflit que ne peuvent suivre qu'avec inquiétude tous ceux qui regardent comme une garantie d'ordre la bonne administration de la justice, impossible sans l'intime union de la magistrature et du barreau.Toutes les mesures ont été prises pour nous tenir en garde contre une seconde attaque des troupes marocaines, et pour obtenir diplomatiquement une réparation de la première. L'Angleterre s'est très-activement appliquée à nous faire sentir que ce serait nous commettre que de ne pas mépriser les injures et les coups de fusil des soldats de l'empereur, et s'est offerte pour s'entremettre dans ce différend. Nous avons accepté cette proposition en protestant, que, tout offensés que nous étions, et bien qu'une attaque meurtrière soit infiniment plus grave qu'un coup d'éventail, nous ne songions nullement à traiter l'empereur du Maroc comme la restauration avait traité le bey d'Alger. Nos intérêts et nos pouvoirs sont donc en ce moment aux mains de notre alliée. Il faudrait être d'un caractère bien inquiet pour concevoir la moindre crainte sur la façon dont ils seront défendus et dont il en sera usé.--Nous craignons fort que les ports de l'empire soient insuffisants pour recevoir toutes les escadres qui vont s'y rendre. L'Espagne en a déjà fait partir une; la nôtre s'arme à Toulon; l'Angleterre ne nous laissera probablement pas devancer la sienne. Voici venir maintenant celles de la Suède et du Danemark, si nous en croyons laGazette des Postesde Francfort, dans laquelle on lit ce qui suit, sous la rubrique d'Holstein: «Depuis longtemps, le Danemark et la Suède ont exigé de l'empereur de Maroc l'abolition du tribut qu'ils ont payé jusqu'à présent. L'empereur a toujours refusé d'abolir ce tribut odieux. En conséquence, le gouvernement suédois va envoyer à Maroc une escadre. Il y a lieu de croire que cet exemple sera suivi par notre gouvernement et que les deux gouvernements agiront d'accord. Des explications seront ensuite données aux assemblées législatives des deux pays.»Le ministère anglais a, depuis un certain temps, une lutte quotidienne à soutenir et de fréquents échecs à réparer. Il y a peu de jours qu'un membre de la chambre des communes, M. Duncombe, a amené sir James Graham à déclarer qu'usant d'un statut de la reine Anne il avait fait ouvrir à la poste un certain nombre de lettres sous sa responsabilité. Le ministre s'est, du reste, refusé à toute autre explication. M. Duncombe a dit alors qu'il avait des motifs pour croire que les lettres dont le secret avait été violé étaient adressées à M. Mazzini, Italien réfugié en Angleterre, connu comme le chef de laJeune Italie.Il en résulterait que le ministère anglais violerait le secret des lettres pour le compte des gouvernements italiens. M. Duncombe demandait que cette affaire fût vidée séance tenante, ou que la Chambre s'ajournât jusqu'à ce que le ministère se fût expliqué. Mais l'ordre du jour était chargé, et l'on a, en passant outre, réservé à l'auteur de l'interpellation la faculté de la reproduire.--Dans la même Chambre était en discussion un bill par lequel le ministère proposait, de réduire le droit sur le sucre étranger, pour les pays où la culture est libre, de 63 schellings à 34. M. Miles a proposé, par contre, un amendement pour abaisser à 20 schellings le droit sur le sucre colonial, qui est aujourd'hui à 24, afin de conserver nue différence que réclament lues planteurs des Antilles pour pouvoir continuer du lutter contre les sucres étrangers. Vivement combattu par sir Robert Peel et ses amis, cet amendement n'en a pas moins été a voté par 241 voix contre 221 dans la séance de vendredi dernier. Alors le premier ministre annoncé que dans la séance de lundi il ferait connaître les intentions du cabinet. La discussion a donc été reprise, et, après une longue et vive discussion, la chambre a été amenée à se déjuger à une majorité de 255 voix contre 233.--La chambre des lords, de son côté, a été placée dans une position difficile par la discussion épineuse d'une motion faite par l'évêque d'Exeter contre la corruption et l'existence des maisons de tolérance. Lord Fitzhardinge a remercié d'abord le révérend prélat pour ses paroles éloquentes, espérant que la chambre renverrait à une commission le bill auquel le travail et les réflexions du noble évêque, sur une plaie aussi douloureuse, donnaient, sans aucun doute, la plus grande importance. Mais il désirait savoir si le révérend prélat avait vérifié un fait qui avait été publiquement établi. Aucune voix ne s'étant élevée pour le contredire, il avait présumé alors, lui, comte Fitzhardinge, que ce fuit était constant: autrement le corps auquel il était imputé n'aurait pas gardé le silence.«Il y a un peu plus de deux ans, dit-il, on a publié que le doyen et le chapitre de Westminster avaient en propriété, près de la place d'Almoury, place que le noble lord ne connaît pas (hilarité), un très-grand nombre de lupanars des plus célébrés; qu'on en comptait vingt-quatre dans Almoury, tous possédés par le doyen et le chapitre de Westminster (éclats des rires), se trouvant ainsi dans la proportion de deux lupanars pour une prébende (rires prolongés); que dans le quartier d'Orchard Street il y en avait trente, dans celui de Pye-Street on en comptait quarante, dans celui de York-Street vingt, la plupart appartenant au doyen et aux membres du chapitre dans l'étendue de la corporation.» (Bruyante hilarité.) Le comte de Fitzhardinge pensait alors que le doyen et les membres du chapitre, usant du droit incontestable de propriété, auraient pu faire quelque chose avant qu'on eût recours aux mesures législatives. Il se rappelait que ce même corps, le doyen et le chapitre de Westminster, avaient refusé une place dans leur abbaye, au nom de la moralité et de la religion, à la statue de lord Byron, et qu'il y avait une grave inconséquence à rejeter l'une taudis qu'on gardait les autres. L'évêque d'Exeter a reconnu la vérité des faits cités par lord Fitzhardinge, mais il a déclaré que le doyen de Westminster s'occupait de les faire disparaître. Le bill passent en comité.Nous avons parlé de troubles en Silésie. Ils sont devenus assez graves pour qu'on ait jugé prudent d'envoyer dans les communes agitées toutes les forces d'artillerie et de cavalerie dont on pouvait disposer. Mais pendant que Breslau se trouvait dégarni de troupes, par suite de ces envois, des désordres y ont éclaté dans la nuit du 7 au 8 de ce mois; ils sont bientôt étendus dans plusieurs bourgs et villages.La ville de Breslau a été occupée militairement; on a fini par arrêter cinquante-trois individus, et la tranquillité de la ville a été obtenue par la contrainte. Les familles prussiennes s'expliquent assez peu clairement sur les causes de ces événements. Les journaux locaux se taisent complètement à ce sujet. A en croire les feuilles de Berlin, il n'y a eu de tumulte que parce que la musique des régiments n'avait pas exécuté des fanfares sur lesquelles on comptait. Mais, d'un autre côté, laGazette des Postes, de Francfort, met cette affaire sur le compte de la propagande, qui aurait répandu des brochures propres à enflammer les esprits. D'autres versions plus vraisemblables donnent à penser que la situation fort dure des ouvriers tisserands de la Silésie et de la Saxe, a pu amener ces soulèvements. Du reste, la première de ces provinces ne paraît pas être la seule partie des États prussiens où la tranquillité aurait été troublée. Un journal de Francfort dit que sept ou huit personnes ont été blessées à Dusseldorf,à l'occasion des troubles. C'est ainsi que l'on nous apprend qu'il y a eu des désordres dans cette ville, sans que l'on nous en dise en même temps ni la cause ni la portée.Les accidents se multiplient dans les houillères. Une explosion de gaz hydrogène carboné vient encore d'avoir lieu sur le territoire de la commune de Marchienne-au-Pont (Belgique), dans la mine de Chaume-à-Roc. Sept ouvriers ont été tués et dix-huit à vingt sont plus ou moins fortement brûlés. Il paraît que ce sinistre est attribué au mauvais état de l'aérage de cette exploitation. L'administration des mines en avait provoqué l'interdiction, et l'arrêté qui faisait droit à sa réclamation était arrivé, dit-on, depuis deux ou trois jours dans les bureaux du commissariat du district, qui sont établis à Lodelinsart. Un autre coup de feu a eu lieu à la fosse Saint-Joseph du Charbonnage de le Réunion sur Mont-sur-Marchienne, dans la journée de jeudi. Sept ouvriers ont été victimes de ce déplorable accident; deux d'entre eux sont morts, les autres ne paraissent que légèrement blessés.--A la Nouvelle-Orléans, un terrible incendie a commencé le 18 mai à exercer d'épouvantables ravages. En trois jours, dix squares ont été consumés; Jackson-Street-Canal, sur la droite. Common, sur la gauche, ainsi que Treme, Ellarais, Villère, Robertson, et jusqu'à Clairbonne, ne sont plus qu'un monceau de cendres. Il ne reste dans tout cet espace qu'une seule habitation, la maison de santé. On estime que 280 à 300 maisons ont été détruites, et la perte est portée à une somme énorme. Le consul français a aussitôt ouvert une souscription et a invité ses compatriotes à rendre aux Américains malheureux ce que la Nouvelle-Orléans s'était empressée de donner à nos frères de la Guadeloupe.La mort de M. Burnouf père avait laissé vacantes une place à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et une chaire au collège de France. M. Mohl a été élu à la première. Il avait pour concurrents MM. Sedidot et Laboullaye. Au cinquième tour de scrutin il a obtenu 17 voix sur 34. M. Nisard a été choisi pour la chaire libre par MM. les professeurs du collège de France.La science a perdu un des hommes qui ont le plus contribué à étendre son domaine: M. Geoffroy-Saint-Hilaire vient de lui être enlevé. C'est une perte que nous devons enregistrer aujourd'hui, mais dontl'Illustrationaura à apprécier toute l'étendue.--La chambre des députés a vu également ses rangs s'éclaircir par le décès de M. Onny, député des Vosges, et de M. Meurice, député du Doubs.--La banque de Paris a eu son tribut de regrets à payer à M. B Rollin, de la maison Blatte, Cohin et compagnie.--Madame la comtesse Chaptal, veuve du savant chimiste, ministre de l'empire, est morte âgée de 83 ans.Tout est dit: les portes se fermeront le 30 juin, et ce grand spectacle des merveilles de l'industrie, qui nous charme et nous étonne depuis deux mois, fera sa clôture définitive. En voilà pour cinq ans; pendant ces cinq ans, Dieu sait avec quelle nouvelle activité, avec quelle fécondité prodigieuse le génie de l'industrie va se remettre à l'œuvre! que d'efforts! que de perfectionnements! que d'inventions! Nous le verrons reparaître, soyez-en sûrs, avec des trésors inconnus aujourd'hui et escorté de nouveaux prodiges. L'industrie, en effet, est dans toute l'ardeur de la conquête; elle soumet le monde d'un pas rapide, et finira par en devenir la seule divinité et l'unique souveraine. En attendant et pour se préparer à cette autre campagne de 1844 à 1849, elle retourne dans ses fabriques et dans ses ateliers; voyez-la maniant le fil et la soie, ciselant l'or et l'argent, laminant le fer, taillant le diamant et le marbre, debout jour et nuit, et l'œil incessamment ouvert sur les merveilleux travaux de son immense empire! Voyez ces impacts de bras qui se meuvent à son commandement! entendez le bruit des innombrables machines qui s'agitent autour d'elle!Cette clôture de l'exposition industrielle doit rendre à Paris son air accoutume. Avant un mois il n'y aura plus guère que des Romains dans Rome; nos frères des départements, et les races exotiques accourues de tous côtes pour jouir de la merveille, disparaissent de jour en jour; le flux industriel les apporta et le reflux les remporte. Si vous tenez à constater la réalité de leur départ, faites un tour aux messageries royales; mettez-vous en observation dans la cour des diligences Laffitte et Caillard; quel curieux spectacle! Les voitures regorgent et débordent de l'intérieur au coupé, du coupé à la rotonde, de la rotonde à l'impériale; il semble, à voir ces maisons mobiles emportant tous les soirs et tous les matins cette population ambulante, que la ville se dépeuple et que les maisons de pierre de taille vont bientôt manquer de locataires. Rassurez-vous! Paris est comme l'immense Océan, il ne tarit pas pour quelques bras de mer qui s'en échappent; en ce moment, par exemple, tout le monde quitte Paris, et cependant vous ne mettez pas le nez dans une rue, vous ne faites pas un pas à droite ou à gauche, sans que vous ne sentiez un coude qui vous heurte, sans qu'un animal à deux pieds et sans plumes ne se jette à votre rencontre: tout y remue, tout y va, tout y vient; immense fourmilière qui s'étend de la barrière de l'Étoile à la barrière du Trône, et de Montmartre au sommet de la rue d'Enfer!Aussi, comme de toutes parts on accourt vers cette ville gigantesque! comme on rend hommage à sa prépondérance dans le monde de l'esprit et de la civilisation! comme on salue, de tous les points de l'horizon, son incontestable royauté! Il n'est pas d'artiste, ou de poète, ou d'homme illustre qui ne lui demande de donner sa suprême sanction à son nom et à sa gloire; c'est à Paris qu'on vient puiser sans cesse, comme à une source vive et fécondé; et tandis que nous nous querellons entre nous, tandis que certains hommes, nos compatriotes, contestent la réalité et les bienfaits de notre éducation publique, les étrangers, et les plus illustres, envoient à Paris leurs fils, l'espoir de leur nom, pour commencer ou pour achever de les instruire; ils les exposent à des voyages lointains et périlleux! ils les hasardent à travers les mers! Et pourquoi? Parce que Paris est au bout du voyage, Paris avec son activité sans pareille et sa vive intelligence, Paris' qui tient ouvertes de tous côtés et à tout venant ses voies fécondes!Voici une nouvelle marque de cette prédilection qui fait pencher le monde du côté de ces institutions et de ces lumières parisiennes; Méhémet-Ali, une des grandes intelligences de notre temps, Méhémet, le pacha d'Égypte, envoie à Paris deux princes de sa race, son plus jeune fils et le fils d'Ibrahim-Pacha; il les envoie, non pas pour les distraire, non pas pour les promener au milieu de nos places publiques et de nos rues, et pour les divertir de nos spectacles: l'arrivée des deux jeunes princes a un but plus sérieux; c'est pour les mêler à cet immense foyer de travail et d'instruction, c'est pour qu'ils forment leur esprit et leur habileté sur nos leçons et nos exemples, que Méhémet-Ali nous les confie; il entend qu'ils lui reviennent l'esprit solidement orné et tout prêts à soutenir dignement et fortement le rôle élevé et périlleux où leur naissance les appelle.--Ces deux princes, le fils et le petit-fils de Méhémet, sont à peu près de la même époque, la fleur de la jeunesse, de dix-sept à dix-huit ans. On sait que Méhémet-Ali, ce robuste et énergique vieillard, était encore père à un âge où l'on ne compte plus d'ordinaire que sur ses petits-fils; c'est ainsi que s'explique cette égalité d'années entre son plus jeune rejeton et le fils d'Ibrahim-Pacha qui l'accompagne.Cependant, soyons fiers pour notre pays de cet hommage qu'on rend à sa puissance intellectuelle, du nord au midi, de l'orient à l'occident; que nos entrailles filiales s'en émeuvent! et puisse ceux qui nous gouvernent comprendre toujours ce qu'il y qu'il y a de forces et de ressources dans une nation qui répand ainsi le sentiment de sa supériorité à toutes les extrémités de l'univers!Les jeunes princes égyptiens arriveront dans quinze jours; l'un est destiné à la marine, l'autre à l'artillerie; celui-ci pourra fraterniser avec le duc de Montpensier, celui-là avec le prince de Joinville; et peut-être un jour les verra-t-on manœuvrer ensemble, brûler de la poudre et prendre quelque noble revanche de Saint Jean d'Acre et de Beyrouth!La plus ancienne et la plus vieille actrice de Paris vient de mourir: elle se nommait madame Baroyer et avait dépassé le chiffre de quatre-vingts ans; madame Baroyer est complètement inconnue au public d'aujourd'hui; dites à ce public nouveau-né: «Eh bien! la mère Baroyer est morte!» Il vous répondra, du plus beau sang-froid du monde: «Connais pas!» Mais les vieux de la vieille, c'est-à-dire ce qui reste des anciens de la révolution et de l'empire, ont tressailli à la nouvelle de ce cette mort; tous les souvenirs de leur jeunesse se sont éveillés; les débris du Caveau et des soupers d'Épicure, les vétérans de la chanson et du vaudeville impérial ont pris le deuil; madame Baroyer, en effet, avait été une de leurs plus spirituelles et de leurs plus aimables servantes; après avoir commencé ses premières armes au bon temps de la gaudriole et de la chanson, elle avait continué de desservir Momus, connue on disait de son temps, sous mademoiselle Montansier, et ainsi de suite, depuis Brunet jusqu'à Tiercelin et à Potier; nous autres même, qui datons notre cours dramatique de la restauration, vous et moi, mes chers contemporains, nous avons entrevu une ride de madame Baroyer; c'était vers 1821, elle fredonnait encore au théâtre des Variétés, dans les rôles de duègnes; et dès ce temps-là, la chère femme paraissait avoir plus de cent ans; vous comprenez, bien qu'elle n'avait pas dû rajeunir depuis.Enfin elle est morte! et l'on ne dira pas d'elle ce qu'on a dit de la rose; «Elle a vécu l'espace d'un matin.»Ce n'était plus, dans ses dernières années, qu'une vieille décrépite, presque en haillons. Vous avez dû la rencontrer plus d'une fois, sans vous en douter, sur le boulevard Montmartre, aux environs du théâtre des Variétés, où elle venait de temps en temps rôder, comme on vient revoir le lieu de sa naissance un peu avant de s'en aller à sa tombe. La dernière fois que je rencontrai la vieille Baroyer allant clopin-clopant, je donnais le bras à un vaudevilliste de l'empire, un des deux ou trois qui survivent. «Voici la Baroyer,» me dit-il; puis, s'approchant d'elle, il ajouta; «Eh bien! ma pauvre Broyer, où sont nos chansons et nos amours!--Ils sont bien loin, répondit-elle d'une voix chevrotante, et ce n'est pas avec nos mauvaises jambes que je les rattraperai.--Adieu, ma vieille!--Bonsoir, mon vieux!»M. Kirsch a pris noblement sa revanche. Vous connaissez les mésaventures de M. Kirsch l'aéronaute; deux ou trois voyages aérostatiques bravement tentés par lui avaient complètement échoué. Tantôt le ballon avait crevé, tantôt il s'était accroché à un arbre, tantôt il avait joué le rôle d'un cheval rétif qui ne veut pas marcher, malgré le fouet et l'éperon. M. Kirsch était au désespoir, et notez bien que le commissaire de police et le public s'étaient montrés pour lui sans miséricorde: une fois le pauvre Kirsch avait vu sa recette saisie comme illicite; une autre fois, les spectateurs mécontents avaient tout brisé, ballon, chaises, tables, portes, et le reste.Un autre que M. Kirsch se serait résigné à vivre terre à terre; mais M. Kirsch a plus de vergogne que cela; il a recommencé de plus belle, et deux ascensions victorieuses l'ont enfin magnifiquement réhabilité. M. Kirsch, qu'on raillait il y a un mois, est maintenant un homme intrépide et surprenant; il a été aux nues. M. Kirsch cependant tenait à convaincre les plus incrédules; et, l'autre jour, dans son dernier voyage, il est resté près de vingt quatre heures absent, volant à travers les nuées, dans l'immensité. Qu'est devenu M. Kirsch? disait-on. Blessé des injustices de la terre, est-il allé faire un établissement dans la lune; ou bien s'est-il contenté de rendre une visite de politesse à Venus, à Mars ou à Saturne? Madame Kirsch était fort inquiète, et se disposait déjà à chercher son mari dans le ciel et sa banlieue, et à le faire afficher dans toutes les étoiles; tout à coup M. Kirsch a reparu, il était descendu tranquillement et sans accident au beau milieu d'un pré fleuri, à quelques lieues de Paris, jouissant de son triomphe.Un journal a raconté que madame Kirsch s'était aperçue qu'en partant son mari avait oublié sa bourse; madame Kirsch en témoignait beaucoup d'inquiétude; pourquoi donc? Là-haut, certainement, dans le royaume des mages et des étoiles, on se serait fait un vrai plaisir d'héberger gratis un si vaillant et si habile aéronaute; et pas une planète, j'en suis sûr, n'aurait eu la grossièreté de lui présenter la carte.Les journaux nous racontent tous les jours des prodiges de l'autre monde. Hier encore, je lisais ceci dans une de ces feuilles véridiques: «Une femme s'est jetée d'un cinquième étage dans la rue Popincourt; elle en a été quitte pour quelques contusions.» Le lendemain, un autre journal fournissait à ses honnêtes lecteurs le trait suivant: Un couvreur est tombé hier d'un toit qu'il était occupé à réparer. A Aussitôt le concierge de la maison de crier au secours et d'aller chercher le médecin; tandis qu'il courait ainsi, le maçon se relevait et disait: «Ah! ce n'est rien; je vais boire un coup! et il entrait au cabaret voisin, où l'Esculape, en arrivant, le trouva bravement attablé. «Je croyais que de tels miracles ne s'étaient pas renouvelés depuis Sganarelle, le médecin malgré lui, qui vit, comme on sait, un enfant choir du haut d'un clocher, et aussitôt prendre sa course et aller jouer à la fuselle. Si le bon Sganarelle revenait, certes il se trouverait détrôné; vous verrez que bientôt le plus sûr moyen d'être parfaitement ingambe et de se préserver de toute paralysie, sciatique, goutte et rhumatisme, sera de se précipiter tous les matins, pendant un mois ou deux, du haut de la Colonne ou des tours de Notre-Dame.Si les gens qui tombent sur le pavé d'un cinquième étage ne s'en portent que mieux, il est moins prudent, à ce qu'il paraît, de tomber dans l'eau; l'eau en est encore à la vieille routine et noie son monde. On a retiré, cette semaine, de la Seine, vers le pont d'Austerlitz, un pauvre diable, qui venait de s'y noyer; un passe-port trouvé sur lui a constaté que le malheureux s'appelait Parapluie; tout Parapluie qu'il était, il n'en était pas moins trempé jusqu'aux os. Atroce ironie!Hâtez-vous!la Sirèneva clore ses chants! hâtez-vous!Antigoneva plier bagage. M. Roger, de l'Opéra Comique, prend son congé, et force ainsila Sirèneà se taire; l'Odéon ferme ses portes pour toute la canule et metAntigoneau frais pendant les mois de juillet et d'août, pour la retrouver à l'automne parfaitement conservée.Exposition des Produits des Manufactures de Sèvres,des Gobelins et de Beauvais.En 1738, le marquis de Fulvy, gouverneur du château de Vincennes, employa toute sa fortune à le fondation d'une manufacture de porcelaine. Elle resta à Vincennes jusqu'en 1750, époque où les fermiers généraux en devinrent propriétaires. Alors ils firent bâtir la grande manufacture que l'on voit aujourd'hui à Sèvres, et ils y transportèrent l'établissement fondé par le marquis de Fulvy. Louis XIV acquit cette manufacture en 1759; depuis, elle a toujours fait partie du domaine de la couronne, et a marché de progrès en progrès, sans cesse protégée, surveillée, améliorée par les hommes les plus habiles et les plus spéciaux.Le nombre des objets exposés aujourd'hui n'est pas considérable, ou du moins ne paraît pas considérable pour les amateurs qui, cette année, ont eu déjà à visiter plusieurs expositions dont les livrets seuls faisaient peur; mais à défaut de la quantité, nous avons ici la qualité: faut-il nous plaindre?Trois divisions forment l'exposition des porcelaines; ce sontles grandes pièces diverses, les vasesetles services de déjeuner.Et d'abord, nous nous sommes arrêté longtemps devant un grand meuble, ditjardini re de saina, meuble ayant six pieds, portant une cuvette hexagone, et dans son milieu une grande jatte à fleurs. Il est composé et exécuté entièrement par M. Hyacinthe Régnier. Rien n'égale la richesse de cette jardinière, qui brille par l'originalité de l'ensemble, et à laquelle le goût le plus sévère ne pourrait reprocher que le manque d'harmonie dans les détails. On y remarque les portraits de Tournefort, de Varron, de Virgile, de Robin, de Théophraste et de Thouin. Ce meuble paraît avoir de la solidité, chose difficile à obtenir avec la porcelaine; les couleurs en sont d'une extrême délicatesse et d'une élégante simplicité.Lecabinet chinois, meuble en forme d'armoire porté sur une console, fait honneur à M. Léon Fenchère, qui en a composé l'ensemble général et les détails. Les peintures surtout sont charmantes; elles sont exécutées d'après des tableaux à l'huile du M. A. Borget, sur des dessins que ce peintre a faits sur les lieux. Nous citerons parmi les sujets les plus heureux, le bateau de mandarin sur un des canaux de Hottan, faubourg de Canton,--une ravissante vue de Canton,--et la promenade du poète Lil-tai-pé, composition qui plût par le naturel. Les artistes qui ont travaillé au cabinet chinois n'ont fait aucun ornement d'imitation de style chinois, suivant l'avis du Chenavard, d'après lequel «il n'y a pas de mauvais style qui n'ait quelque chose de réellement original, et qui ne soit acceptable avec réserve, quand on ne le mêle pas avec un autre style.» Ce meuble ne pourrait guère être reproduit, car les peintures en font le principal mérite.LeGuéridonest, sous tous les rapports, magnifique; des grappes de raison peintes forment le cordon qui entoure la table, et qui est coupé à intervalles égaux par des enfants en porcelaine sculptée, placés dans une sorte de conque marine. Le plateau comprend sept vues, une grande et six petites. La première est celle de Saint-Cloud vue des hauteurs de Sèvres; elle est placée au milieu. Les six autres sont celle de Rouen, prise des hauteurs de Sainte-Catherine; de Saint-Germain-en-Laye, prise des hauteurs de Luciennes; de Château-Gaillard, aux Andelys; du pont de Vernon et côte de Vermael, et du château de la Roche-Guyon. Çà et là sont placés en camées les attributs du commerce, de l'industrie et de la navigation fluviale. Le guéridon, tout or et porcelaine, a, dit-on, une valeur de 18,000 fr. Les peintures ont été exécutées par M. Langlade; les ornements ont été composés par M. Leloy, et exécutés par M. Didier. Le pied est fait d'après une composition de feu Chenavard. Comme peinture, le guéridon va presque de pair avec le cabinet chinois.Cinq tableaux pour un coffret destine à la reine, représentent quelques actes maritimes de. M. le prince de Joinville, sont d'une belle exécution, le coffret n'est pas terminé.Nous avons remarqué un cadre en bronze et en porcelaine pour la copie de laVierge au voilede Raphaël, faite sur porcelaine en 1831, par madame Jacotot. Tous les modèles de ce cadre, composés et exécutés par M. Klagmann, produisent un grand effet et rappellent les plus charmants ouvrages de cet artiste. Les bronzes sont de M. Demere. LaVierge au voile,si richement encadrée, doit être donnée au pape par le roi.Les grandes pièces diverses de cette année l'emportent de beaucoup sur celles que nous avons vues à la dernière exposition; les vases n'arrivent pas à la même supériorité. En général, leur forme est lourde et leurs ornements n'ont pas de caractère.Un très-grand vase, forme Médicis, a un ensemble sévère. Les fleurs et les oiseaux qui y sont peints sont d'une parfaite exécution; des feuilles de trèfle, d'une couleur et d'un dessin excellent forment un cordon autour du vase, dont les garnitures dorées manquent tout à fait de délicatesse.Deux moyens vases ditscordeliers, deux autres moyens vases ditsavates, plaisent surtout par leurs ornements, tandis que leur forme, au contraire est lourde ou étrange. On admire sur les premières des guirlandes de fruits et de fleurs, par M. Jacoldur, et sur les secondes, de délicieuses copies de dessins arabes.Un vase de M. Henri Tripieti, au fond bleu mat aux ornements, figures et bas-relief blanc mat a une grande originalité; c'est ce qu'on appelle un base-biscuit. Le bas-relief représente les vendanges antiques; il est d'une beauté remarquable sous le rapport de la sculpture et sous le rapport de l'exécution de la porcelaine, due au talent de MM. Delahaye et Mascret.Mais les vases les plus curieux, les plus complètement réussis, sont sans contredit ceux dont la forme égyptienne a été copiée des dessins gravés sur les murs des tombeaux de Thèbes, et communiqués par M. Champollion. Les ornements répondent bien à la forme de ces vases; ils ont été puisés aux mêmes sources antiques, par M. Huard. Nous ne nous étendrons pas longuement sur leur caractère et sur leur délicatesse, car le lecteur, en les voyant reproduits ici, peut les juger lui-même, à part certains détails qui échappent au crayon du dessinateur.Nous n'admirons que très-faiblement les vases moyens ditsthésacléen, en félicitant M. Fontaine, qui en est l'auteur, des charmantes guirlandes de fleurs qui forment leur ornementation.--Lesvases Adélaïde, petits ou sur piédestaux, ont peu de grâce; les premiers, néanmoins, ont des ornements fort beaux, en couleur d'émail.--Le vase en forme de coupe, ditcratère, est superbe, et atteindrait à la perfection, si la couronne de fleurs qui y est dessinée avait plus de brillant.Sous les numéros 18, 19 et 20, sont exposées trois coupes à réseaux dans le style chinois. Ces coupes ont une délicatesse remarquable; la dernière a une fort belle décoration en or et couleur. Toutefois ni l'une ni l'autre ne sauraient approcher de la petite coupe ditecassolette, dont le fond est vert et pourpre, avec un cartel de fleurs dans un fond de tableau. Si le fini précieux est à bon droit regardé comme la perfection dans ces sortes de travaux, la coupecassolettemérite nos éloges: aucun autre objet exposé par la manufacture de Sèvres n'est mieux réussi dans le genre.Des deuxdéjeunersportant les numéros 22 et 23, le premier est préférable; il est orné de jolis portraits anciens de madame de Bourbon-Penthièvre, de madame la duchesse de Montpensier, du duc de Penthièvre, du duc de Guise, du duc et de la duchesse du Maine. Sur les soucoupes sont peintes des vues diverses du château et du parc d'Eu. M. Moriot a délicieusement sculpté en camée les portraits, et les paysages, composés et exécutés par M. Lebel, sont charmants. Le déjeuner qui nous plaît le moins représente des vues nouvelles du parc de Saint-Cloud, peintures vraiment remarquables de M. Jules André. Mais combien la forme des tasses est lourde! La théière seule est gracieuse.Ici se terminent les trois divisions que comprend l'exposition des porcelaines de Sèvres. D'autres produits non moins merveilleux du même établissement sont ceux de la peinture sur verre, soit en vitraux de couleur ou teints dans la masse, soit en couleurs vitrifiables appliquées et cuites sur verre ou sur glace.Le public s'arrête longtemps devant les trois fenêtres pour la chapelle royale de Dreux. L'une représentesaint Louis rendant la justice sous le chêne du bois de Vincennes, par M. Rouget; les sculptures sont habilement exécutées par M. Ferdinand Régnier, le paysage est de M. Jules André, dont nous avons déjà cité le nom plus haut. L'autre vitrail est un tableau duChrist au jardin des Oliviers, par M. Larivière, exécuté par M. Roussel. Le troisième représente leChrist en croix, par M. Larivière, exécuté par M. Béranger. Les vitraux sont admirables sans doute, autant par le mérite de l'exécution que par le mérite des difficultés vaincues sous le rapport de la variété des couleurs; mais ils ne sauraient nous satisfaire pleinement au point de vue de l'art, surtout lorsque nous les comparons auxsept fenêtres pour la chapelle royale d'Amboise, comprenantla Vierge, d'après M. Émile Wattier, etsainte Anne, d'après Alonzo Cano, par M. Dubois;--lasaintediteà la flèche, et unesainte tenant un livre, d'après Zurbaran, par M. Roussel;--saint Ferdinandetsaint Jérôme, d'après le même, par MM. Eugène Lacoste et A. Apod;--enfinsaint Jean, d'après André del Sirto, par M. A. April. Des ornements d'encadrement avec figures, dans le style du quinzième siècle, ajoutent à la beauté de ces fenêtres; ils font le plus grand honneur au talent de M. Viollet-Leduc, qui les a composés, et de M. Dubois, qui les a exécutés. Nous avons choisi les deux fenêtres peintes par M. Roussel: elles sont les plus belles. Jamais des peintures de vitrail n'ont été plus brillantes ni plus vigoureuses.Lestravées de deux fenêtres destinées à l'église de Saint-Flouront peu de variété, et l'on ne s'intéresse guère à la légende que le peintre a composée. Cette imitation du style Louis XIII a pourtant des parties fort remarquables. Tels sont les épisodes de la vie de saint Flour, lorsqu'il fait construire la cathédrale, et lorsqu'il baptise les infidèles. Les ornements et les armoiries qui décorent ces deux travées ne vont pas avec les sujets. Mais, que dire! C'est monseigneur l'évêque de Saint-Flour qui les a demandés.Il faut féliciter madame Louise Robert pour sonBouquet de fleurs, peint en couleurs vitrifiables sur une glace de la manufacture de Cirey. LaMort de Jésus-Christ, si nous ne nous trompons, est une partie du beau tableau de feu Gué; ledernier souper du Christest fort bien rendu aussi par M. Bonnet; seulement, nous reprocherons à l'artiste l'emploi de tons trop jaunes, et des négligences dans les figures. LaVue du parc de Saint Cloud, par M. Jules André, donne une juste idée de ce que l'on peut obtenir avec la peinture en couleurs vitrifiables sur glaces. Ce paysage est à la fois une excellente copie de la nature, et une œuvre d'art hors ligne; mais, à vrai dire, les feuilles des arbres qui composent le premier plan sont d'une forme détestable, c'est en en parlant que l'expression d'épinardsn'a pas d'exagération.Il est hors de doute que nos lecteurs se rappellent leMassacre des Mameluks, un des plus magnifiques tableaux de M. Horace Vernet, tableau qui, après avoir fait l'admiration des amateurs lorsqu'il parut à l'exposition du Louvre, fut acheté par le gouvernement, et se trouve placé, à l'heure qu'il est dans le musée du Luxembourg. Une tapisserie des Gobelins l'a reproduit, et cela d'une façon si supérieure, que, de loin, il est permis de s'y tromper et de croire que l'on à l'original devant les yeux. Les draperies et accessoires sont rendus admirablement, et sans les figures, qui sont par trop basanées, cette tapisserie ferait illusion complète. Les vêtements de l'esclave noir ont une transparence étonnante; le lion a beaucoup de relief, la tête du pacha est bonne.Notre opinion serait la même à l'égard duMartyre de saint Étienne, si la figure du saint avait moins de fadeur, et par contre plus de caractère. Nous nous souvenons toutefois du tableau de M. Mauzaisse, et ce ne sont pas les artistes en tapisseries que nous pouvons accuser ici. On devrait mieux choisir leurs modèles, et ne faire copier que des toiles généralement reconnues belles.Vitrail pour la chapelle royaled'Amboise, exécutée parM. Roussel.--La Sainte à laFlèche, d'après Zurbaran.LePortrait en pied du roi, par M. Winterhalter, est très-brillant, trop brillant peut-être, car l'on y trouve peu d'harmonie dans les couleurs; néanmoins l'effet général est satisfaisant; les chairs ont de la vigueur; la main droite, par exemple, est trop violacée. L'autrePortrait du roien uniforme de colonel général des hussards, d'après le baron Gérard, a des qualités réelles et un seul défaut capital: on aperçoit le point, et l'on ne doute pas un moment qu'il ne soit fait en tapisserie. Or, il importe que l'on s'y trompe un peu, lorsqu'il s'agit de la reproduction d'un tableau.Théière en porcelaine,style chinois.A voir l'exposition des produits de la manufacture des Gobelins cette année, on ne peut s'empêcher de remarquer les immenses progrès de cet établissement unique en Europe, et qui n'a de rival en France que la manufacture de Beauvais, si tant est que cette dernière puisse soutenir la comparaison avec elle.Aucun grand sujet n'a été traité par les artistes de Beauvais, aucune page bien saillante n'a été envoyée au Louvre; cependant il y aurait injustice à méconnaître la valeur de ces tapisseries, et à ne pas en citer quelques-unes devant lesquelles nous nous sommes arrêté volontiers.Parmi les tableaux, le meilleur, selon nous, est celui qui représente le cerf se mirant dans l'eau, et qui a pour titre:Un tableau de fable. Il est exécuté à l'endroit, d'après Oudry, par Milice (Rigobert). L'exécution de cette tapisserie est à peu près parfaite; le paysage ressemble beaucoup à la nature, et la tête du cerf a une expression extraordinaire.--L'autre tableau, aussi d'après Oudry, représentant encore un sujet du fable,les Deux Chèvres, est certainement d'un bon dessin, autant qu'il est possible dans ces sortes de travaux, mais les tons sont trop verts et en même temps trop effacés. Il est exécuté à l'endroit par M. Louis Préjean.--L'écran de cheminée,la Leçon de lecture, d'après Boucher, est gracieusement fait, surtout, en ce qui regarde les arbres; par malheur les figures sont matérielles et ne rendent pas exactement celles du peintre dont l'artiste, M. Laurent Milice, a choisi un des plus jolis tableaux.--L'écran exposé sous le numéro 11 produit moins d'effet, mais il est moins reprochable sous le rapport de l'exécution.Jardinière en porcelaine,par M. Hyacinthe Régnier.Plusieurs colonnes de ce journal nous suffiraient à peine si nous voulions entrer dans les détails sur tous les meubles, les feuilles de paravent, les bergères, les dossiers, les sièges et les chaises exposés par la manufacture royale de Beauvais. Nous mentionnerons seulement;--unmeubledestiné pour la salle à manger de famille au palais d'Eu, avec un fond bleu en soie et des ornements coloriés;--unmeublefond bleu en soie, destiné à Son Altesse Royale, madame lu princesse Clémentine;--unefeuille de paraventdont l'entourage est fond blanc en soie, avec des feuilles de chêne, et dont le milieu est fond bien en soie également; il renferme un paysage représentant le palais de Neuilly, au-dessus duquel planent deux petits génies;--enfin unmeublefond rouge en laine, pour les concerts de la cour.Vitrail pour la chapelle royaled'Amboise, exécuté par M.Roussel.--La Sainte au Livre,d'après Zurbaran.En achevant cet article, nous rappellerons en quelques mots l'origine des manufactures des Gobelins et de Beauvais. En 1540, Jean Gobelin avait sur la rivière de Bièvre une draperie et une teinturerie en laine avec lesquelles il s'était enrichi; après sa mort, son fils et sa femme soutinrent cet établissement, qui alla toujours s'améliorant, et comprit bientôt dix maisons, des jardins, des prés, des terres, etc. La célébrité des successeurs îles Gobelins devint telle que le public appela de leur nom le quartier et la rivière de Bièvre. Les sieurs Ganayo acquirent la teinturerie et la draperie, et furent remplacés par un Hollandais nommé Gluck et par un ouvrier nommé Jean Liansen, si habiles que les ouvrages sortant de cette fabrique ne tardèrent pas à attirer l'attention de Colbert, qui mit cet établissement sous la protection spéciale du roi, et qui, en 1667, rendit un édit donnant de la stabilité aux Gobelins, et y installant comme directeur le célèbre Lebrun, premier peintre du roi.Coupe en porcelaine,dite Cassolette.Trois ans avant avait été fondée la manufacture royale des tapisseries de Beauvais. Louis Binard, qui avait conçu le projet, reçut du gouvernement dix mille livres pour faciliter les premiers achats, et trente mille livres pour construire les bâtiments. Jusqu'en 1684, la manufacture n'eut que fort peu d'importance; alors Colbert en confia la direction à un Flamand nommé Béhacle. Gel artiste fit exécuter, d'après les cartons de Raphaël, les tapisseries représentant lesActes des Apôtresqui décorent l'église de Saint-Pierre, à Rome. Comme on le voit, c'est à Colbert que la France est redevable de ses deux belles manufactures de tapisseries. En ce temps-là, les ministres laissaient après eux de glorieux souvenirs, ils s'efforçaient de fonder d'utiles établissements, et d'enrichir la France; l'amour-propre et l'ambition n'étaient pas les seuls mobiles de leur conduite.Exposition des Produits de l'Industrie.--Fourneaux, Cheminées, Boulangerie Mouchot.(8e article.--Voir t. III, p. 49, 133, 161, 180, 211, 228 et 230.)Boulangerie Mouchot.--Pétrisseurs mécaniques.Dans les climats froids ou tempérés, dans ceux où le soleil, avare de ses rayons, abandonne longtemps la terre sans l'échauffer, et la laisse envahir par la neige et la glace ou par les vents du nord, une des plus grandes jouissances de la vie, une de ses premières nécessités est la production artificielle de la chaleur par l'exacte fermeture des appartements d'abord, et ensuite par l'échauffement que procure la combustion de certaines matières. Depuis longtemps déjà la Russie et les autres pays du Nord savent se chauffer; en France, on en est encore aux éléments de ce grand art qui a longtemps été négligé par les architectes, peu étudié par les savants, et presque constamment abandonné à l'impéritie ou à l'ignorance d'une classe d'industriels qui s'intitule fumistes. Et, cependant, s'il est agréable de se bien réchauffer, il n'est pas moins important, au point de vue économique, d'utiliser tout, ou au moins la plus grande partie, d'une denrée aussi chère que le combustible.Pesage et placement de la pâte dans les moules.Dans nos rêveries poétiques, ou lorsque nous laissons la folle du logis faire irruption dans l'existence de nos ancêtres, rendre la vie à un monde qui n'est plus, et reconstruire les antiques manoirs avec leurs donjons et leurs salles immenses, nous nous plaisons à nous figurer ces vastes cheminées sous le manteau desquelles une famille, épouse, enfants et serviteurs, s'asseyait autour de son chef, devant des chênes entiers, dont la flamme claire et pétillante réjouissait les yeux et pénétrait de ses rayons joyeux les profondeurs de la salle; nous regrettons peut-être ces temps de nos aïeux bardés de fer, qui se reposaient un instant dans leurs foyers entre deux guerres; et nous nous disons que ces hommes ne trouveraient plus aujourd'hui assez d'air pour leur poitrine, assez d'espace pour leur pied, dans ces petits appartements qui partout ont remplacé les vieux châteaux et les vastes hôtels. Peut-être, en effet, était-ce le bon temps; peut-être valons-nous moins que ceux qui nous ont précédés; peut-être surtout, dans les jouissances de la vie ultérieure, avons-nous plutôt trouvé l'apparence que la réalité; et si nous regardons l'époque d'autrefois comme misérable, peut-être avons-nous aujourd'hui la même misère, mais sans la livrée de grandeur dont elle était revêtue alors!Fours de la boulangerie Mouchot.Nos lecteurs, s'ils se rappellent le titre de notre article, trouveront peut-être ces réflexions bien ambitieuses. Mais est-il possible de penser aux vastes manteaux des cheminées anciennes, sans évoquer immédiatement les grandes lignes du chef de famille et de ses vassaux. Le foyer était le centre des réunions, dans ce temps où rien n'était frivole, où l'on agissait plus qu'on ne parlait, et où la même pièce servait vingt usages différents. Du reste, pour en revenir à notre compte rendu, et n'en déplaise à nos graves ancêtres, ils avaient adopté la plus mauvaise manière de se chauffer. La déperdition de chaleur était énorme, et l'on n'en utilisait que la plus minime partie. Dans nos cheminées modernes, plus perfectionnées sans contredit, le chiffre de la chaleur utilisée est si minime, que beaucoup, en le lisant, se montreront incrédule? Ainsi, il résulte d'un très-beau travail de M. Grouvelle que, dans les différentes industries qui se servent d'appareils d'évaporation, la perte de chaleur est de 50 pour 100; dans le travail des métaux, verreries, porcelaines, etc., de 95 pour 100; dans le chauffage des cheminées d'appartement, de 97 pour 100; et dans celui des poêles et calorifères bien construits, de 50 pour 100 seulement. Si l'on cherche ensuite à évaluer la déperdition de capitaux qui relève de ce chef, on arrive à des résultats aussi affligeants qu'inattendus. La consommation du bois de chauffage, en France, s'élève annuellement à 80 millions de francs, et celle de la houille à 60 millions; total, 140 millions.En comparant ce chiffre avec ceux que nous avons cités plus haut, et qui représentent la déperdition de la chaleur, on a formé le tableau suivant des pertes de capital;

L'ILLUSTRATION,

JOURNAL UNIVERSEL,

N° 69. Vol. III.SAMEDI 22 JUIN, 1844. Bureaux, rue Richelieu, 60.

Histoire de la Semaine.Portraits de MM. Broglie et Cousin.--Courrier de Paris.--Exposition des produits des Manufactures de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais.Deux Vitraux pour la chapelle royale d'Amboise; Théière en porcelaine; Jardinière en porcelaine; Coupe en porcelaine.--Exposition des Produits de l'Industrie.Huitième article. Fourneaux, Cheminées, Boulangerie de Mouchot.Pétrisseurs mécaniques; Pesage et Placement de la pâte dans les moules; Fours de M. Mouchot; four de M. Baudin-Langlois.--Un voyage au long cours à travers la France et la Navarre. Par A. Aubert. Chap. II et III.Huit Gravures, par Bertall.--Femmes de lettres Françaises contemporaines.Médaillons de mesdames G. Sand, Charles Reybaud, Amable Tastu, Delphine Guay, Virginie Ancelot, Marceline Valmore, Élise Voïart.--Exposition des Produits de l'Horticulture.Paulownia impérialis; Yucca et Feuilles d'Aloès.--Exposition du Mont-Carmel.Hospice du Mont-Carmel; Allégorie, par M. Jollivet; Femme arabe, par M. Cogniet; Jérémie, par M. Horace Vernet.--Bulletin bibliographique. Allégorie de Juin.L'Écrevisse.--Théâtre de la Porte-Saint-Martin.M. Risley et ses deux fils.--Correspondance.--rébus.

M. de Broglie.                                                            M. Cousin.

L'opinion publique est à peine remise de l'agitation que lui avait causée la discussion si solennelle et si animée de la chambre des pairs sur la loi de l'enseignement secondaire. La salle du Luxembourg laisse à peine mourir l'écho des applaudissements qu'ont obtenus de bancs opposés et l'illustre rapporteur de la commission, M. le duc de Broglie, et son éloquent et infatigable adversaire, M. Cousin; et déjà la loi portée à la chambre des députés y fait naître des émotions tout aussi vives, et amène dans ses bureaux une lutte d'autant plus complète, que personne ne se dissimule que la lutte de tribune ne s'engagera pas cette année, et que par conséquent c'est sur l'effet à obtenir dans ces débats provisoires et sur la nomination des commissaires que doivent, quant à présent, se concentrer tous les efforts. Les intérêts de l'enseignement ecclésiastique seront soutenus par M. de Carné avec une mesure qui n'a pas toujours été gardée au Luxembourg. Le droit commun aura des défenseurs habiles dans MM. de Tocqueville et Odilon Barrot; l'enseignement par l'État, amélioré et rajeuni, peut compter sur les voix de MM. Thiers, Dupin, Rémusat, Quinette, Saint-Marc Girardin; enfin toutes et chacune de ces fractions comptent un peu sur M. de Salvandy. La commission, dont nous venons de nommer tous les membres, a fait choix de M. Barrot pour la présider, et de M. Saint-Marc Girardin pour remplir près d'elle les fonctions de secrétaire; mais on croit savoir que la majorité a d'avance fait choix de son rapporteur, et que cette tâche importante sera confiée à M. Thiers.

La discussion s'est poursuivie sur les chemins de fer, et il s'est trouvé dans la Chambre, en cinq jours de temps, une majorité pour décider que l'État n'exécuterait pas complètement les voies de fer, et une autre majorité pour mettre en déroute les compagnies qui s'étaient organisées dans la prévision de ce premier vote. Nous espérons que la Chambre fera cesser cette contradiction, en adoptant pour les chemins qui sont à l'ordre du jour, pour celui du Nord surtout, presque entièrement terminé, l'achèvement par l'État, que M. Dufaure est parvenu à faire rejeter à une faible majorité, à l'occasion du chemin de Bordeaux. Le coup porté aux compagnies a été reçu par leurs conseils d'administration. Un certain nombre de membres des deux Chambres, plus jaloux à coup sûr de l'intérêt de leurs localités qu'avides de gains à réaliser, avaient accepté les fonctions d'administrateurs dans les chemins soumissionnés. On a exposé que cette situation, que ce rôle complexe étaient mauvais; que les déterminations du ministre pourraient y perdre du leur liberté, le public de sa confiance, et les décisions des chambres de leur autorité. Uniquement préoccupés de prouver qu'ils avaient agi sans vue d'intérêt personnel, les députés ainsi mis en cause se sont succédé à la tribune, et n'y ont pas apporté un seul argument, une seule considération qui touchai à la question générale. Une première disposition a donc été introduite pour sauvegarder le ministre contre toute influence. Elle exige que la concession soit faite par adjudication avec publicité et concurrence;--le rabais portera sur la durée de la jouissance;--nulle compagnie ne pourra concourir qu'après le versement du cautionnement prescrit par le cahier des charges, et autant qu'elle aura été préalablement admise par le ministre des travaux publics. Quant à la question des administrateurs, elle a été tranchée par un autre article, adopté sur la proposition de M. Crémieux, et ainsi conçu: «Aucun membre des deux chambres ne pourra être adjudicataire ou administrateur dans des compagnies de chemin de fer auxquelles des concessions seront accordées.» Il est difficile de peindre l'émoi que cette discussions et ces résolutions ont fait naître. Nous croyons, nous le répétons, qu'elles auront pour conséquence de faire revenir immédiatement la Chambre au mode d'exécution complète par l'État. S'il en était autrement, l'exécution des voies de fer se trouverait encore ajournée; et, si l'on peut différer sur le mode d'exécution à adopter, tout le monde est d'accord sur les inconvénients immenses, sur le dommage réel qui résulteraient pour le pays d'un plus long retard dans l'achèvement du réseau.

Rien n'a fait plus de bruit cette semaine que le silence des avocats. Jamais les voûtes du palais' n'avaient retenti de plus de discussions que depuis que l'ordre a pris le parti de ne plus plaider. Nous aurions pu, il y a huit jours, annoncer les résolutions adoptées et prédire les événements. Nous avons préféré attendre et limiter notre responsabilité au récit des faits accomplis.

Le barreau de Paris se plaignait de la position qui était faite à quelque-uns de ses membres alors qu'ils plaidaient devant la première chambre de la cour royale, présidée par M. le premier président Séguier. On avait vu un avocat si habituellement, si inévitablement interrompu par ce magistrat dans chacun de ses plaidoyers, qu'il avait cru de sa délicatesse de déclarer à ses clients qu'il ne saurait plus se charger, sans danger pour leurs intérêts, des causes qu'ils pourraient avoir à faire plaider devant la première chambre. Dans une autre occasion, M. Séguier adressait la leçon la moins humaine à un pauvre père de famille qui, le cœur brisé, venait de conduire à la dernière demeure l'enfant unique qu'il pleurait, faisait demander la remise à huitaine d'une affaire dont il était chargé. D'urgence, il n'y en avait aucune; il ne s'agissait ni d'un prisonnier à élargir, ni d'une condamnation exemplaire à prononcer. On s'attendait à entendre sortir de la bouche du magistrat une parole de sympathie douloureuse, c'est un reproche qui en sortit, et, pour justifier cette dureté, M. le premier président s'appuyait sur l'autorité, inconnue de nos jours, de La Roche Flavin, qu'à la sensibilité de son texte on a supposé être quelque compère Tristan de la fin du seizième siècle ou du commencement du dix-septième.--On avait entendu, il y a peu de jours, M. Séguier rendre toute discussion impossible à un jeune avocat, en lui disant dès son début: «Expliquez-vous en un seul mot;--expliquez-vous en deux mots;--votre affaire est entendue.» L'ordre avait silencieusement gémi sur ces scènes trop souvent renouvelées; toutefois, il n'y avait vu que des torts individuels qui, à tout prendre, devaient peut-être encore pus affliger la justice et inquiéter les justiciables qu'émouvoir les avocats. Mais tout dernièrement M. le premier président, élargissant généralisant ses attaques, a fait entendre quelques mots qui mettaient l'ordre tout entier en cause et faisaient peser la suspicion sur ses sentiments d'indépendance, de dignité et de désintéressement. L'ordre s'est ému avec raison, à notre avis; son conseil s'est réuni pour délibérer sur la position qui lui était faite et le parti qu'il avait à prendre.

Dans toute cette première phase, nous le déclarons, il nous est impossible de voir des torts d'un autre côte que de celui d'un magistrat dont personne ne conteste les lumières, la sagacité, et qui, à une époque, on aime à s'en souvenir, a fait avec courage et modération ses preuves d'indépendance et de fermeté. En ces circonstances nouvelles, M. le premier président nous avait paru oublier les ménagements que l'élévation de sa position lui commandait, comme les droits qu'on ne saurait contester à la défense et les égards qui sont dus à ses organes. Mais ceux-ci n'ont pas su garder l'avantage de leur situation, et, en écrivant à M. le premier président que tel jour, à telle heure, ils se présenteraient à l'audience pour entendre ses explications, ils n'ont pressenti qu'ils les rendaient impossibles, que cette sommation, cette assignation à bref délai, blesseraient justement la dignité de la magistrature et leur feraient perdre, à eux, quelque chose de leur droit d'obtenir des réparations pour la leur. Ce qui n'était qu'un duel entre M. Séguier et l'ordre, a été converti par là en grave conflit entre le barreau et la cour qu'on avait engagée par cette façon de procéder. Si M. le bâtonnier, prenant la parole à l'ouverture de l'audience de lundi dernier, eût, sans l'avoir notifié par avance, fait appel à la raison, à la justice de M. le premier président pour qu'il effaçât par une explication satisfaisante les fâcheuses et injustes impressions de ses sorties malentendues, nul doute que M. Séguier ne se fût exécuté; du moins, s'il s'y fût refusé, il n'eût pas trouvé un seul défenseur parmi ses collègues eux-mêmes. La marche suivie, au contraire, en blessant les susceptibilités de la compagnie, jusque-là en quelque sorte étrangère au débat, l'a élargi; et la cour, oubliant ou se croyant autorisée à ne plus considérer de quel côté il avait d'abord été manqué à toutes les convenances, après plusieurs délibérations fort animées, a cité le conseil des avocats tout entier, signataire de la lettre adressée à M. le premier président, à comparaître devant les Chambres assemblées le lundi 1er juillet. C'est une mesure grave, c'est un conflit que ne peuvent suivre qu'avec inquiétude tous ceux qui regardent comme une garantie d'ordre la bonne administration de la justice, impossible sans l'intime union de la magistrature et du barreau.

Toutes les mesures ont été prises pour nous tenir en garde contre une seconde attaque des troupes marocaines, et pour obtenir diplomatiquement une réparation de la première. L'Angleterre s'est très-activement appliquée à nous faire sentir que ce serait nous commettre que de ne pas mépriser les injures et les coups de fusil des soldats de l'empereur, et s'est offerte pour s'entremettre dans ce différend. Nous avons accepté cette proposition en protestant, que, tout offensés que nous étions, et bien qu'une attaque meurtrière soit infiniment plus grave qu'un coup d'éventail, nous ne songions nullement à traiter l'empereur du Maroc comme la restauration avait traité le bey d'Alger. Nos intérêts et nos pouvoirs sont donc en ce moment aux mains de notre alliée. Il faudrait être d'un caractère bien inquiet pour concevoir la moindre crainte sur la façon dont ils seront défendus et dont il en sera usé.--Nous craignons fort que les ports de l'empire soient insuffisants pour recevoir toutes les escadres qui vont s'y rendre. L'Espagne en a déjà fait partir une; la nôtre s'arme à Toulon; l'Angleterre ne nous laissera probablement pas devancer la sienne. Voici venir maintenant celles de la Suède et du Danemark, si nous en croyons laGazette des Postesde Francfort, dans laquelle on lit ce qui suit, sous la rubrique d'Holstein: «Depuis longtemps, le Danemark et la Suède ont exigé de l'empereur de Maroc l'abolition du tribut qu'ils ont payé jusqu'à présent. L'empereur a toujours refusé d'abolir ce tribut odieux. En conséquence, le gouvernement suédois va envoyer à Maroc une escadre. Il y a lieu de croire que cet exemple sera suivi par notre gouvernement et que les deux gouvernements agiront d'accord. Des explications seront ensuite données aux assemblées législatives des deux pays.»

Le ministère anglais a, depuis un certain temps, une lutte quotidienne à soutenir et de fréquents échecs à réparer. Il y a peu de jours qu'un membre de la chambre des communes, M. Duncombe, a amené sir James Graham à déclarer qu'usant d'un statut de la reine Anne il avait fait ouvrir à la poste un certain nombre de lettres sous sa responsabilité. Le ministre s'est, du reste, refusé à toute autre explication. M. Duncombe a dit alors qu'il avait des motifs pour croire que les lettres dont le secret avait été violé étaient adressées à M. Mazzini, Italien réfugié en Angleterre, connu comme le chef de laJeune Italie.Il en résulterait que le ministère anglais violerait le secret des lettres pour le compte des gouvernements italiens. M. Duncombe demandait que cette affaire fût vidée séance tenante, ou que la Chambre s'ajournât jusqu'à ce que le ministère se fût expliqué. Mais l'ordre du jour était chargé, et l'on a, en passant outre, réservé à l'auteur de l'interpellation la faculté de la reproduire.--Dans la même Chambre était en discussion un bill par lequel le ministère proposait, de réduire le droit sur le sucre étranger, pour les pays où la culture est libre, de 63 schellings à 34. M. Miles a proposé, par contre, un amendement pour abaisser à 20 schellings le droit sur le sucre colonial, qui est aujourd'hui à 24, afin de conserver nue différence que réclament lues planteurs des Antilles pour pouvoir continuer du lutter contre les sucres étrangers. Vivement combattu par sir Robert Peel et ses amis, cet amendement n'en a pas moins été a voté par 241 voix contre 221 dans la séance de vendredi dernier. Alors le premier ministre annoncé que dans la séance de lundi il ferait connaître les intentions du cabinet. La discussion a donc été reprise, et, après une longue et vive discussion, la chambre a été amenée à se déjuger à une majorité de 255 voix contre 233.--La chambre des lords, de son côté, a été placée dans une position difficile par la discussion épineuse d'une motion faite par l'évêque d'Exeter contre la corruption et l'existence des maisons de tolérance. Lord Fitzhardinge a remercié d'abord le révérend prélat pour ses paroles éloquentes, espérant que la chambre renverrait à une commission le bill auquel le travail et les réflexions du noble évêque, sur une plaie aussi douloureuse, donnaient, sans aucun doute, la plus grande importance. Mais il désirait savoir si le révérend prélat avait vérifié un fait qui avait été publiquement établi. Aucune voix ne s'étant élevée pour le contredire, il avait présumé alors, lui, comte Fitzhardinge, que ce fuit était constant: autrement le corps auquel il était imputé n'aurait pas gardé le silence.

«Il y a un peu plus de deux ans, dit-il, on a publié que le doyen et le chapitre de Westminster avaient en propriété, près de la place d'Almoury, place que le noble lord ne connaît pas (hilarité), un très-grand nombre de lupanars des plus célébrés; qu'on en comptait vingt-quatre dans Almoury, tous possédés par le doyen et le chapitre de Westminster (éclats des rires), se trouvant ainsi dans la proportion de deux lupanars pour une prébende (rires prolongés); que dans le quartier d'Orchard Street il y en avait trente, dans celui de Pye-Street on en comptait quarante, dans celui de York-Street vingt, la plupart appartenant au doyen et aux membres du chapitre dans l'étendue de la corporation.» (Bruyante hilarité.) Le comte de Fitzhardinge pensait alors que le doyen et les membres du chapitre, usant du droit incontestable de propriété, auraient pu faire quelque chose avant qu'on eût recours aux mesures législatives. Il se rappelait que ce même corps, le doyen et le chapitre de Westminster, avaient refusé une place dans leur abbaye, au nom de la moralité et de la religion, à la statue de lord Byron, et qu'il y avait une grave inconséquence à rejeter l'une taudis qu'on gardait les autres. L'évêque d'Exeter a reconnu la vérité des faits cités par lord Fitzhardinge, mais il a déclaré que le doyen de Westminster s'occupait de les faire disparaître. Le bill passent en comité.

Nous avons parlé de troubles en Silésie. Ils sont devenus assez graves pour qu'on ait jugé prudent d'envoyer dans les communes agitées toutes les forces d'artillerie et de cavalerie dont on pouvait disposer. Mais pendant que Breslau se trouvait dégarni de troupes, par suite de ces envois, des désordres y ont éclaté dans la nuit du 7 au 8 de ce mois; ils sont bientôt étendus dans plusieurs bourgs et villages.

La ville de Breslau a été occupée militairement; on a fini par arrêter cinquante-trois individus, et la tranquillité de la ville a été obtenue par la contrainte. Les familles prussiennes s'expliquent assez peu clairement sur les causes de ces événements. Les journaux locaux se taisent complètement à ce sujet. A en croire les feuilles de Berlin, il n'y a eu de tumulte que parce que la musique des régiments n'avait pas exécuté des fanfares sur lesquelles on comptait. Mais, d'un autre côté, laGazette des Postes, de Francfort, met cette affaire sur le compte de la propagande, qui aurait répandu des brochures propres à enflammer les esprits. D'autres versions plus vraisemblables donnent à penser que la situation fort dure des ouvriers tisserands de la Silésie et de la Saxe, a pu amener ces soulèvements. Du reste, la première de ces provinces ne paraît pas être la seule partie des États prussiens où la tranquillité aurait été troublée. Un journal de Francfort dit que sept ou huit personnes ont été blessées à Dusseldorf,à l'occasion des troubles. C'est ainsi que l'on nous apprend qu'il y a eu des désordres dans cette ville, sans que l'on nous en dise en même temps ni la cause ni la portée.

Les accidents se multiplient dans les houillères. Une explosion de gaz hydrogène carboné vient encore d'avoir lieu sur le territoire de la commune de Marchienne-au-Pont (Belgique), dans la mine de Chaume-à-Roc. Sept ouvriers ont été tués et dix-huit à vingt sont plus ou moins fortement brûlés. Il paraît que ce sinistre est attribué au mauvais état de l'aérage de cette exploitation. L'administration des mines en avait provoqué l'interdiction, et l'arrêté qui faisait droit à sa réclamation était arrivé, dit-on, depuis deux ou trois jours dans les bureaux du commissariat du district, qui sont établis à Lodelinsart. Un autre coup de feu a eu lieu à la fosse Saint-Joseph du Charbonnage de le Réunion sur Mont-sur-Marchienne, dans la journée de jeudi. Sept ouvriers ont été victimes de ce déplorable accident; deux d'entre eux sont morts, les autres ne paraissent que légèrement blessés.--A la Nouvelle-Orléans, un terrible incendie a commencé le 18 mai à exercer d'épouvantables ravages. En trois jours, dix squares ont été consumés; Jackson-Street-Canal, sur la droite. Common, sur la gauche, ainsi que Treme, Ellarais, Villère, Robertson, et jusqu'à Clairbonne, ne sont plus qu'un monceau de cendres. Il ne reste dans tout cet espace qu'une seule habitation, la maison de santé. On estime que 280 à 300 maisons ont été détruites, et la perte est portée à une somme énorme. Le consul français a aussitôt ouvert une souscription et a invité ses compatriotes à rendre aux Américains malheureux ce que la Nouvelle-Orléans s'était empressée de donner à nos frères de la Guadeloupe.

La mort de M. Burnouf père avait laissé vacantes une place à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et une chaire au collège de France. M. Mohl a été élu à la première. Il avait pour concurrents MM. Sedidot et Laboullaye. Au cinquième tour de scrutin il a obtenu 17 voix sur 34. M. Nisard a été choisi pour la chaire libre par MM. les professeurs du collège de France.

La science a perdu un des hommes qui ont le plus contribué à étendre son domaine: M. Geoffroy-Saint-Hilaire vient de lui être enlevé. C'est une perte que nous devons enregistrer aujourd'hui, mais dontl'Illustrationaura à apprécier toute l'étendue.--La chambre des députés a vu également ses rangs s'éclaircir par le décès de M. Onny, député des Vosges, et de M. Meurice, député du Doubs.--La banque de Paris a eu son tribut de regrets à payer à M. B Rollin, de la maison Blatte, Cohin et compagnie.--Madame la comtesse Chaptal, veuve du savant chimiste, ministre de l'empire, est morte âgée de 83 ans.

Tout est dit: les portes se fermeront le 30 juin, et ce grand spectacle des merveilles de l'industrie, qui nous charme et nous étonne depuis deux mois, fera sa clôture définitive. En voilà pour cinq ans; pendant ces cinq ans, Dieu sait avec quelle nouvelle activité, avec quelle fécondité prodigieuse le génie de l'industrie va se remettre à l'œuvre! que d'efforts! que de perfectionnements! que d'inventions! Nous le verrons reparaître, soyez-en sûrs, avec des trésors inconnus aujourd'hui et escorté de nouveaux prodiges. L'industrie, en effet, est dans toute l'ardeur de la conquête; elle soumet le monde d'un pas rapide, et finira par en devenir la seule divinité et l'unique souveraine. En attendant et pour se préparer à cette autre campagne de 1844 à 1849, elle retourne dans ses fabriques et dans ses ateliers; voyez-la maniant le fil et la soie, ciselant l'or et l'argent, laminant le fer, taillant le diamant et le marbre, debout jour et nuit, et l'œil incessamment ouvert sur les merveilleux travaux de son immense empire! Voyez ces impacts de bras qui se meuvent à son commandement! entendez le bruit des innombrables machines qui s'agitent autour d'elle!

Cette clôture de l'exposition industrielle doit rendre à Paris son air accoutume. Avant un mois il n'y aura plus guère que des Romains dans Rome; nos frères des départements, et les races exotiques accourues de tous côtes pour jouir de la merveille, disparaissent de jour en jour; le flux industriel les apporta et le reflux les remporte. Si vous tenez à constater la réalité de leur départ, faites un tour aux messageries royales; mettez-vous en observation dans la cour des diligences Laffitte et Caillard; quel curieux spectacle! Les voitures regorgent et débordent de l'intérieur au coupé, du coupé à la rotonde, de la rotonde à l'impériale; il semble, à voir ces maisons mobiles emportant tous les soirs et tous les matins cette population ambulante, que la ville se dépeuple et que les maisons de pierre de taille vont bientôt manquer de locataires. Rassurez-vous! Paris est comme l'immense Océan, il ne tarit pas pour quelques bras de mer qui s'en échappent; en ce moment, par exemple, tout le monde quitte Paris, et cependant vous ne mettez pas le nez dans une rue, vous ne faites pas un pas à droite ou à gauche, sans que vous ne sentiez un coude qui vous heurte, sans qu'un animal à deux pieds et sans plumes ne se jette à votre rencontre: tout y remue, tout y va, tout y vient; immense fourmilière qui s'étend de la barrière de l'Étoile à la barrière du Trône, et de Montmartre au sommet de la rue d'Enfer!

Aussi, comme de toutes parts on accourt vers cette ville gigantesque! comme on rend hommage à sa prépondérance dans le monde de l'esprit et de la civilisation! comme on salue, de tous les points de l'horizon, son incontestable royauté! Il n'est pas d'artiste, ou de poète, ou d'homme illustre qui ne lui demande de donner sa suprême sanction à son nom et à sa gloire; c'est à Paris qu'on vient puiser sans cesse, comme à une source vive et fécondé; et tandis que nous nous querellons entre nous, tandis que certains hommes, nos compatriotes, contestent la réalité et les bienfaits de notre éducation publique, les étrangers, et les plus illustres, envoient à Paris leurs fils, l'espoir de leur nom, pour commencer ou pour achever de les instruire; ils les exposent à des voyages lointains et périlleux! ils les hasardent à travers les mers! Et pourquoi? Parce que Paris est au bout du voyage, Paris avec son activité sans pareille et sa vive intelligence, Paris' qui tient ouvertes de tous côtés et à tout venant ses voies fécondes!

Voici une nouvelle marque de cette prédilection qui fait pencher le monde du côté de ces institutions et de ces lumières parisiennes; Méhémet-Ali, une des grandes intelligences de notre temps, Méhémet, le pacha d'Égypte, envoie à Paris deux princes de sa race, son plus jeune fils et le fils d'Ibrahim-Pacha; il les envoie, non pas pour les distraire, non pas pour les promener au milieu de nos places publiques et de nos rues, et pour les divertir de nos spectacles: l'arrivée des deux jeunes princes a un but plus sérieux; c'est pour les mêler à cet immense foyer de travail et d'instruction, c'est pour qu'ils forment leur esprit et leur habileté sur nos leçons et nos exemples, que Méhémet-Ali nous les confie; il entend qu'ils lui reviennent l'esprit solidement orné et tout prêts à soutenir dignement et fortement le rôle élevé et périlleux où leur naissance les appelle.--Ces deux princes, le fils et le petit-fils de Méhémet, sont à peu près de la même époque, la fleur de la jeunesse, de dix-sept à dix-huit ans. On sait que Méhémet-Ali, ce robuste et énergique vieillard, était encore père à un âge où l'on ne compte plus d'ordinaire que sur ses petits-fils; c'est ainsi que s'explique cette égalité d'années entre son plus jeune rejeton et le fils d'Ibrahim-Pacha qui l'accompagne.

Cependant, soyons fiers pour notre pays de cet hommage qu'on rend à sa puissance intellectuelle, du nord au midi, de l'orient à l'occident; que nos entrailles filiales s'en émeuvent! et puisse ceux qui nous gouvernent comprendre toujours ce qu'il y qu'il y a de forces et de ressources dans une nation qui répand ainsi le sentiment de sa supériorité à toutes les extrémités de l'univers!

Les jeunes princes égyptiens arriveront dans quinze jours; l'un est destiné à la marine, l'autre à l'artillerie; celui-ci pourra fraterniser avec le duc de Montpensier, celui-là avec le prince de Joinville; et peut-être un jour les verra-t-on manœuvrer ensemble, brûler de la poudre et prendre quelque noble revanche de Saint Jean d'Acre et de Beyrouth!

La plus ancienne et la plus vieille actrice de Paris vient de mourir: elle se nommait madame Baroyer et avait dépassé le chiffre de quatre-vingts ans; madame Baroyer est complètement inconnue au public d'aujourd'hui; dites à ce public nouveau-né: «Eh bien! la mère Baroyer est morte!» Il vous répondra, du plus beau sang-froid du monde: «Connais pas!» Mais les vieux de la vieille, c'est-à-dire ce qui reste des anciens de la révolution et de l'empire, ont tressailli à la nouvelle de ce cette mort; tous les souvenirs de leur jeunesse se sont éveillés; les débris du Caveau et des soupers d'Épicure, les vétérans de la chanson et du vaudeville impérial ont pris le deuil; madame Baroyer, en effet, avait été une de leurs plus spirituelles et de leurs plus aimables servantes; après avoir commencé ses premières armes au bon temps de la gaudriole et de la chanson, elle avait continué de desservir Momus, connue on disait de son temps, sous mademoiselle Montansier, et ainsi de suite, depuis Brunet jusqu'à Tiercelin et à Potier; nous autres même, qui datons notre cours dramatique de la restauration, vous et moi, mes chers contemporains, nous avons entrevu une ride de madame Baroyer; c'était vers 1821, elle fredonnait encore au théâtre des Variétés, dans les rôles de duègnes; et dès ce temps-là, la chère femme paraissait avoir plus de cent ans; vous comprenez, bien qu'elle n'avait pas dû rajeunir depuis.

Enfin elle est morte! et l'on ne dira pas d'elle ce qu'on a dit de la rose; «Elle a vécu l'espace d'un matin.»

Ce n'était plus, dans ses dernières années, qu'une vieille décrépite, presque en haillons. Vous avez dû la rencontrer plus d'une fois, sans vous en douter, sur le boulevard Montmartre, aux environs du théâtre des Variétés, où elle venait de temps en temps rôder, comme on vient revoir le lieu de sa naissance un peu avant de s'en aller à sa tombe. La dernière fois que je rencontrai la vieille Baroyer allant clopin-clopant, je donnais le bras à un vaudevilliste de l'empire, un des deux ou trois qui survivent. «Voici la Baroyer,» me dit-il; puis, s'approchant d'elle, il ajouta; «Eh bien! ma pauvre Broyer, où sont nos chansons et nos amours!--Ils sont bien loin, répondit-elle d'une voix chevrotante, et ce n'est pas avec nos mauvaises jambes que je les rattraperai.--Adieu, ma vieille!--Bonsoir, mon vieux!»

M. Kirsch a pris noblement sa revanche. Vous connaissez les mésaventures de M. Kirsch l'aéronaute; deux ou trois voyages aérostatiques bravement tentés par lui avaient complètement échoué. Tantôt le ballon avait crevé, tantôt il s'était accroché à un arbre, tantôt il avait joué le rôle d'un cheval rétif qui ne veut pas marcher, malgré le fouet et l'éperon. M. Kirsch était au désespoir, et notez bien que le commissaire de police et le public s'étaient montrés pour lui sans miséricorde: une fois le pauvre Kirsch avait vu sa recette saisie comme illicite; une autre fois, les spectateurs mécontents avaient tout brisé, ballon, chaises, tables, portes, et le reste.

Un autre que M. Kirsch se serait résigné à vivre terre à terre; mais M. Kirsch a plus de vergogne que cela; il a recommencé de plus belle, et deux ascensions victorieuses l'ont enfin magnifiquement réhabilité. M. Kirsch, qu'on raillait il y a un mois, est maintenant un homme intrépide et surprenant; il a été aux nues. M. Kirsch cependant tenait à convaincre les plus incrédules; et, l'autre jour, dans son dernier voyage, il est resté près de vingt quatre heures absent, volant à travers les nuées, dans l'immensité. Qu'est devenu M. Kirsch? disait-on. Blessé des injustices de la terre, est-il allé faire un établissement dans la lune; ou bien s'est-il contenté de rendre une visite de politesse à Venus, à Mars ou à Saturne? Madame Kirsch était fort inquiète, et se disposait déjà à chercher son mari dans le ciel et sa banlieue, et à le faire afficher dans toutes les étoiles; tout à coup M. Kirsch a reparu, il était descendu tranquillement et sans accident au beau milieu d'un pré fleuri, à quelques lieues de Paris, jouissant de son triomphe.

Un journal a raconté que madame Kirsch s'était aperçue qu'en partant son mari avait oublié sa bourse; madame Kirsch en témoignait beaucoup d'inquiétude; pourquoi donc? Là-haut, certainement, dans le royaume des mages et des étoiles, on se serait fait un vrai plaisir d'héberger gratis un si vaillant et si habile aéronaute; et pas une planète, j'en suis sûr, n'aurait eu la grossièreté de lui présenter la carte.

Les journaux nous racontent tous les jours des prodiges de l'autre monde. Hier encore, je lisais ceci dans une de ces feuilles véridiques: «Une femme s'est jetée d'un cinquième étage dans la rue Popincourt; elle en a été quitte pour quelques contusions.» Le lendemain, un autre journal fournissait à ses honnêtes lecteurs le trait suivant: Un couvreur est tombé hier d'un toit qu'il était occupé à réparer. A Aussitôt le concierge de la maison de crier au secours et d'aller chercher le médecin; tandis qu'il courait ainsi, le maçon se relevait et disait: «Ah! ce n'est rien; je vais boire un coup! et il entrait au cabaret voisin, où l'Esculape, en arrivant, le trouva bravement attablé. «Je croyais que de tels miracles ne s'étaient pas renouvelés depuis Sganarelle, le médecin malgré lui, qui vit, comme on sait, un enfant choir du haut d'un clocher, et aussitôt prendre sa course et aller jouer à la fuselle. Si le bon Sganarelle revenait, certes il se trouverait détrôné; vous verrez que bientôt le plus sûr moyen d'être parfaitement ingambe et de se préserver de toute paralysie, sciatique, goutte et rhumatisme, sera de se précipiter tous les matins, pendant un mois ou deux, du haut de la Colonne ou des tours de Notre-Dame.

Si les gens qui tombent sur le pavé d'un cinquième étage ne s'en portent que mieux, il est moins prudent, à ce qu'il paraît, de tomber dans l'eau; l'eau en est encore à la vieille routine et noie son monde. On a retiré, cette semaine, de la Seine, vers le pont d'Austerlitz, un pauvre diable, qui venait de s'y noyer; un passe-port trouvé sur lui a constaté que le malheureux s'appelait Parapluie; tout Parapluie qu'il était, il n'en était pas moins trempé jusqu'aux os. Atroce ironie!

Hâtez-vous!la Sirèneva clore ses chants! hâtez-vous!Antigoneva plier bagage. M. Roger, de l'Opéra Comique, prend son congé, et force ainsila Sirèneà se taire; l'Odéon ferme ses portes pour toute la canule et metAntigoneau frais pendant les mois de juillet et d'août, pour la retrouver à l'automne parfaitement conservée.

En 1738, le marquis de Fulvy, gouverneur du château de Vincennes, employa toute sa fortune à le fondation d'une manufacture de porcelaine. Elle resta à Vincennes jusqu'en 1750, époque où les fermiers généraux en devinrent propriétaires. Alors ils firent bâtir la grande manufacture que l'on voit aujourd'hui à Sèvres, et ils y transportèrent l'établissement fondé par le marquis de Fulvy. Louis XIV acquit cette manufacture en 1759; depuis, elle a toujours fait partie du domaine de la couronne, et a marché de progrès en progrès, sans cesse protégée, surveillée, améliorée par les hommes les plus habiles et les plus spéciaux.

Le nombre des objets exposés aujourd'hui n'est pas considérable, ou du moins ne paraît pas considérable pour les amateurs qui, cette année, ont eu déjà à visiter plusieurs expositions dont les livrets seuls faisaient peur; mais à défaut de la quantité, nous avons ici la qualité: faut-il nous plaindre?

Trois divisions forment l'exposition des porcelaines; ce sontles grandes pièces diverses, les vasesetles services de déjeuner.

Et d'abord, nous nous sommes arrêté longtemps devant un grand meuble, ditjardini re de saina, meuble ayant six pieds, portant une cuvette hexagone, et dans son milieu une grande jatte à fleurs. Il est composé et exécuté entièrement par M. Hyacinthe Régnier. Rien n'égale la richesse de cette jardinière, qui brille par l'originalité de l'ensemble, et à laquelle le goût le plus sévère ne pourrait reprocher que le manque d'harmonie dans les détails. On y remarque les portraits de Tournefort, de Varron, de Virgile, de Robin, de Théophraste et de Thouin. Ce meuble paraît avoir de la solidité, chose difficile à obtenir avec la porcelaine; les couleurs en sont d'une extrême délicatesse et d'une élégante simplicité.

Lecabinet chinois, meuble en forme d'armoire porté sur une console, fait honneur à M. Léon Fenchère, qui en a composé l'ensemble général et les détails. Les peintures surtout sont charmantes; elles sont exécutées d'après des tableaux à l'huile du M. A. Borget, sur des dessins que ce peintre a faits sur les lieux. Nous citerons parmi les sujets les plus heureux, le bateau de mandarin sur un des canaux de Hottan, faubourg de Canton,--une ravissante vue de Canton,--et la promenade du poète Lil-tai-pé, composition qui plût par le naturel. Les artistes qui ont travaillé au cabinet chinois n'ont fait aucun ornement d'imitation de style chinois, suivant l'avis du Chenavard, d'après lequel «il n'y a pas de mauvais style qui n'ait quelque chose de réellement original, et qui ne soit acceptable avec réserve, quand on ne le mêle pas avec un autre style.» Ce meuble ne pourrait guère être reproduit, car les peintures en font le principal mérite.

LeGuéridonest, sous tous les rapports, magnifique; des grappes de raison peintes forment le cordon qui entoure la table, et qui est coupé à intervalles égaux par des enfants en porcelaine sculptée, placés dans une sorte de conque marine. Le plateau comprend sept vues, une grande et six petites. La première est celle de Saint-Cloud vue des hauteurs de Sèvres; elle est placée au milieu. Les six autres sont celle de Rouen, prise des hauteurs de Sainte-Catherine; de Saint-Germain-en-Laye, prise des hauteurs de Luciennes; de Château-Gaillard, aux Andelys; du pont de Vernon et côte de Vermael, et du château de la Roche-Guyon. Çà et là sont placés en camées les attributs du commerce, de l'industrie et de la navigation fluviale. Le guéridon, tout or et porcelaine, a, dit-on, une valeur de 18,000 fr. Les peintures ont été exécutées par M. Langlade; les ornements ont été composés par M. Leloy, et exécutés par M. Didier. Le pied est fait d'après une composition de feu Chenavard. Comme peinture, le guéridon va presque de pair avec le cabinet chinois.

Cinq tableaux pour un coffret destine à la reine, représentent quelques actes maritimes de. M. le prince de Joinville, sont d'une belle exécution, le coffret n'est pas terminé.

Nous avons remarqué un cadre en bronze et en porcelaine pour la copie de laVierge au voilede Raphaël, faite sur porcelaine en 1831, par madame Jacotot. Tous les modèles de ce cadre, composés et exécutés par M. Klagmann, produisent un grand effet et rappellent les plus charmants ouvrages de cet artiste. Les bronzes sont de M. Demere. LaVierge au voile,si richement encadrée, doit être donnée au pape par le roi.

Les grandes pièces diverses de cette année l'emportent de beaucoup sur celles que nous avons vues à la dernière exposition; les vases n'arrivent pas à la même supériorité. En général, leur forme est lourde et leurs ornements n'ont pas de caractère.

Un très-grand vase, forme Médicis, a un ensemble sévère. Les fleurs et les oiseaux qui y sont peints sont d'une parfaite exécution; des feuilles de trèfle, d'une couleur et d'un dessin excellent forment un cordon autour du vase, dont les garnitures dorées manquent tout à fait de délicatesse.

Deux moyens vases ditscordeliers, deux autres moyens vases ditsavates, plaisent surtout par leurs ornements, tandis que leur forme, au contraire est lourde ou étrange. On admire sur les premières des guirlandes de fruits et de fleurs, par M. Jacoldur, et sur les secondes, de délicieuses copies de dessins arabes.

Un vase de M. Henri Tripieti, au fond bleu mat aux ornements, figures et bas-relief blanc mat a une grande originalité; c'est ce qu'on appelle un base-biscuit. Le bas-relief représente les vendanges antiques; il est d'une beauté remarquable sous le rapport de la sculpture et sous le rapport de l'exécution de la porcelaine, due au talent de MM. Delahaye et Mascret.

Mais les vases les plus curieux, les plus complètement réussis, sont sans contredit ceux dont la forme égyptienne a été copiée des dessins gravés sur les murs des tombeaux de Thèbes, et communiqués par M. Champollion. Les ornements répondent bien à la forme de ces vases; ils ont été puisés aux mêmes sources antiques, par M. Huard. Nous ne nous étendrons pas longuement sur leur caractère et sur leur délicatesse, car le lecteur, en les voyant reproduits ici, peut les juger lui-même, à part certains détails qui échappent au crayon du dessinateur.

Nous n'admirons que très-faiblement les vases moyens ditsthésacléen, en félicitant M. Fontaine, qui en est l'auteur, des charmantes guirlandes de fleurs qui forment leur ornementation.--Lesvases Adélaïde, petits ou sur piédestaux, ont peu de grâce; les premiers, néanmoins, ont des ornements fort beaux, en couleur d'émail.--Le vase en forme de coupe, ditcratère, est superbe, et atteindrait à la perfection, si la couronne de fleurs qui y est dessinée avait plus de brillant.

Sous les numéros 18, 19 et 20, sont exposées trois coupes à réseaux dans le style chinois. Ces coupes ont une délicatesse remarquable; la dernière a une fort belle décoration en or et couleur. Toutefois ni l'une ni l'autre ne sauraient approcher de la petite coupe ditecassolette, dont le fond est vert et pourpre, avec un cartel de fleurs dans un fond de tableau. Si le fini précieux est à bon droit regardé comme la perfection dans ces sortes de travaux, la coupecassolettemérite nos éloges: aucun autre objet exposé par la manufacture de Sèvres n'est mieux réussi dans le genre.

Des deuxdéjeunersportant les numéros 22 et 23, le premier est préférable; il est orné de jolis portraits anciens de madame de Bourbon-Penthièvre, de madame la duchesse de Montpensier, du duc de Penthièvre, du duc de Guise, du duc et de la duchesse du Maine. Sur les soucoupes sont peintes des vues diverses du château et du parc d'Eu. M. Moriot a délicieusement sculpté en camée les portraits, et les paysages, composés et exécutés par M. Lebel, sont charmants. Le déjeuner qui nous plaît le moins représente des vues nouvelles du parc de Saint-Cloud, peintures vraiment remarquables de M. Jules André. Mais combien la forme des tasses est lourde! La théière seule est gracieuse.

Ici se terminent les trois divisions que comprend l'exposition des porcelaines de Sèvres. D'autres produits non moins merveilleux du même établissement sont ceux de la peinture sur verre, soit en vitraux de couleur ou teints dans la masse, soit en couleurs vitrifiables appliquées et cuites sur verre ou sur glace.

Le public s'arrête longtemps devant les trois fenêtres pour la chapelle royale de Dreux. L'une représentesaint Louis rendant la justice sous le chêne du bois de Vincennes, par M. Rouget; les sculptures sont habilement exécutées par M. Ferdinand Régnier, le paysage est de M. Jules André, dont nous avons déjà cité le nom plus haut. L'autre vitrail est un tableau duChrist au jardin des Oliviers, par M. Larivière, exécuté par M. Roussel. Le troisième représente leChrist en croix, par M. Larivière, exécuté par M. Béranger. Les vitraux sont admirables sans doute, autant par le mérite de l'exécution que par le mérite des difficultés vaincues sous le rapport de la variété des couleurs; mais ils ne sauraient nous satisfaire pleinement au point de vue de l'art, surtout lorsque nous les comparons auxsept fenêtres pour la chapelle royale d'Amboise, comprenantla Vierge, d'après M. Émile Wattier, etsainte Anne, d'après Alonzo Cano, par M. Dubois;--lasaintediteà la flèche, et unesainte tenant un livre, d'après Zurbaran, par M. Roussel;--saint Ferdinandetsaint Jérôme, d'après le même, par MM. Eugène Lacoste et A. Apod;--enfinsaint Jean, d'après André del Sirto, par M. A. April. Des ornements d'encadrement avec figures, dans le style du quinzième siècle, ajoutent à la beauté de ces fenêtres; ils font le plus grand honneur au talent de M. Viollet-Leduc, qui les a composés, et de M. Dubois, qui les a exécutés. Nous avons choisi les deux fenêtres peintes par M. Roussel: elles sont les plus belles. Jamais des peintures de vitrail n'ont été plus brillantes ni plus vigoureuses.

Lestravées de deux fenêtres destinées à l'église de Saint-Flouront peu de variété, et l'on ne s'intéresse guère à la légende que le peintre a composée. Cette imitation du style Louis XIII a pourtant des parties fort remarquables. Tels sont les épisodes de la vie de saint Flour, lorsqu'il fait construire la cathédrale, et lorsqu'il baptise les infidèles. Les ornements et les armoiries qui décorent ces deux travées ne vont pas avec les sujets. Mais, que dire! C'est monseigneur l'évêque de Saint-Flour qui les a demandés.

Il faut féliciter madame Louise Robert pour sonBouquet de fleurs, peint en couleurs vitrifiables sur une glace de la manufacture de Cirey. LaMort de Jésus-Christ, si nous ne nous trompons, est une partie du beau tableau de feu Gué; ledernier souper du Christest fort bien rendu aussi par M. Bonnet; seulement, nous reprocherons à l'artiste l'emploi de tons trop jaunes, et des négligences dans les figures. LaVue du parc de Saint Cloud, par M. Jules André, donne une juste idée de ce que l'on peut obtenir avec la peinture en couleurs vitrifiables sur glaces. Ce paysage est à la fois une excellente copie de la nature, et une œuvre d'art hors ligne; mais, à vrai dire, les feuilles des arbres qui composent le premier plan sont d'une forme détestable, c'est en en parlant que l'expression d'épinardsn'a pas d'exagération.

Il est hors de doute que nos lecteurs se rappellent leMassacre des Mameluks, un des plus magnifiques tableaux de M. Horace Vernet, tableau qui, après avoir fait l'admiration des amateurs lorsqu'il parut à l'exposition du Louvre, fut acheté par le gouvernement, et se trouve placé, à l'heure qu'il est dans le musée du Luxembourg. Une tapisserie des Gobelins l'a reproduit, et cela d'une façon si supérieure, que, de loin, il est permis de s'y tromper et de croire que l'on à l'original devant les yeux. Les draperies et accessoires sont rendus admirablement, et sans les figures, qui sont par trop basanées, cette tapisserie ferait illusion complète. Les vêtements de l'esclave noir ont une transparence étonnante; le lion a beaucoup de relief, la tête du pacha est bonne.

Notre opinion serait la même à l'égard duMartyre de saint Étienne, si la figure du saint avait moins de fadeur, et par contre plus de caractère. Nous nous souvenons toutefois du tableau de M. Mauzaisse, et ce ne sont pas les artistes en tapisseries que nous pouvons accuser ici. On devrait mieux choisir leurs modèles, et ne faire copier que des toiles généralement reconnues belles.

Vitrail pour la chapelle royaled'Amboise, exécutée parM. Roussel.--La Sainte à laFlèche, d'après Zurbaran.

LePortrait en pied du roi, par M. Winterhalter, est très-brillant, trop brillant peut-être, car l'on y trouve peu d'harmonie dans les couleurs; néanmoins l'effet général est satisfaisant; les chairs ont de la vigueur; la main droite, par exemple, est trop violacée. L'autrePortrait du roien uniforme de colonel général des hussards, d'après le baron Gérard, a des qualités réelles et un seul défaut capital: on aperçoit le point, et l'on ne doute pas un moment qu'il ne soit fait en tapisserie. Or, il importe que l'on s'y trompe un peu, lorsqu'il s'agit de la reproduction d'un tableau.

Théière en porcelaine,style chinois.

A voir l'exposition des produits de la manufacture des Gobelins cette année, on ne peut s'empêcher de remarquer les immenses progrès de cet établissement unique en Europe, et qui n'a de rival en France que la manufacture de Beauvais, si tant est que cette dernière puisse soutenir la comparaison avec elle.

Aucun grand sujet n'a été traité par les artistes de Beauvais, aucune page bien saillante n'a été envoyée au Louvre; cependant il y aurait injustice à méconnaître la valeur de ces tapisseries, et à ne pas en citer quelques-unes devant lesquelles nous nous sommes arrêté volontiers.

Parmi les tableaux, le meilleur, selon nous, est celui qui représente le cerf se mirant dans l'eau, et qui a pour titre:Un tableau de fable. Il est exécuté à l'endroit, d'après Oudry, par Milice (Rigobert). L'exécution de cette tapisserie est à peu près parfaite; le paysage ressemble beaucoup à la nature, et la tête du cerf a une expression extraordinaire.--L'autre tableau, aussi d'après Oudry, représentant encore un sujet du fable,les Deux Chèvres, est certainement d'un bon dessin, autant qu'il est possible dans ces sortes de travaux, mais les tons sont trop verts et en même temps trop effacés. Il est exécuté à l'endroit par M. Louis Préjean.--L'écran de cheminée,la Leçon de lecture, d'après Boucher, est gracieusement fait, surtout, en ce qui regarde les arbres; par malheur les figures sont matérielles et ne rendent pas exactement celles du peintre dont l'artiste, M. Laurent Milice, a choisi un des plus jolis tableaux.--L'écran exposé sous le numéro 11 produit moins d'effet, mais il est moins reprochable sous le rapport de l'exécution.

Jardinière en porcelaine,par M. Hyacinthe Régnier.

Plusieurs colonnes de ce journal nous suffiraient à peine si nous voulions entrer dans les détails sur tous les meubles, les feuilles de paravent, les bergères, les dossiers, les sièges et les chaises exposés par la manufacture royale de Beauvais. Nous mentionnerons seulement;--unmeubledestiné pour la salle à manger de famille au palais d'Eu, avec un fond bleu en soie et des ornements coloriés;--unmeublefond bleu en soie, destiné à Son Altesse Royale, madame lu princesse Clémentine;--unefeuille de paraventdont l'entourage est fond blanc en soie, avec des feuilles de chêne, et dont le milieu est fond bien en soie également; il renferme un paysage représentant le palais de Neuilly, au-dessus duquel planent deux petits génies;--enfin unmeublefond rouge en laine, pour les concerts de la cour.

Vitrail pour la chapelle royaled'Amboise, exécuté par M.Roussel.--La Sainte au Livre,d'après Zurbaran.

En achevant cet article, nous rappellerons en quelques mots l'origine des manufactures des Gobelins et de Beauvais. En 1540, Jean Gobelin avait sur la rivière de Bièvre une draperie et une teinturerie en laine avec lesquelles il s'était enrichi; après sa mort, son fils et sa femme soutinrent cet établissement, qui alla toujours s'améliorant, et comprit bientôt dix maisons, des jardins, des prés, des terres, etc. La célébrité des successeurs îles Gobelins devint telle que le public appela de leur nom le quartier et la rivière de Bièvre. Les sieurs Ganayo acquirent la teinturerie et la draperie, et furent remplacés par un Hollandais nommé Gluck et par un ouvrier nommé Jean Liansen, si habiles que les ouvrages sortant de cette fabrique ne tardèrent pas à attirer l'attention de Colbert, qui mit cet établissement sous la protection spéciale du roi, et qui, en 1667, rendit un édit donnant de la stabilité aux Gobelins, et y installant comme directeur le célèbre Lebrun, premier peintre du roi.

Coupe en porcelaine,dite Cassolette.

Trois ans avant avait été fondée la manufacture royale des tapisseries de Beauvais. Louis Binard, qui avait conçu le projet, reçut du gouvernement dix mille livres pour faciliter les premiers achats, et trente mille livres pour construire les bâtiments. Jusqu'en 1684, la manufacture n'eut que fort peu d'importance; alors Colbert en confia la direction à un Flamand nommé Béhacle. Gel artiste fit exécuter, d'après les cartons de Raphaël, les tapisseries représentant lesActes des Apôtresqui décorent l'église de Saint-Pierre, à Rome. Comme on le voit, c'est à Colbert que la France est redevable de ses deux belles manufactures de tapisseries. En ce temps-là, les ministres laissaient après eux de glorieux souvenirs, ils s'efforçaient de fonder d'utiles établissements, et d'enrichir la France; l'amour-propre et l'ambition n'étaient pas les seuls mobiles de leur conduite.

(8e article.--Voir t. III, p. 49, 133, 161, 180, 211, 228 et 230.)

Boulangerie Mouchot.--Pétrisseurs mécaniques.

Dans les climats froids ou tempérés, dans ceux où le soleil, avare de ses rayons, abandonne longtemps la terre sans l'échauffer, et la laisse envahir par la neige et la glace ou par les vents du nord, une des plus grandes jouissances de la vie, une de ses premières nécessités est la production artificielle de la chaleur par l'exacte fermeture des appartements d'abord, et ensuite par l'échauffement que procure la combustion de certaines matières. Depuis longtemps déjà la Russie et les autres pays du Nord savent se chauffer; en France, on en est encore aux éléments de ce grand art qui a longtemps été négligé par les architectes, peu étudié par les savants, et presque constamment abandonné à l'impéritie ou à l'ignorance d'une classe d'industriels qui s'intitule fumistes. Et, cependant, s'il est agréable de se bien réchauffer, il n'est pas moins important, au point de vue économique, d'utiliser tout, ou au moins la plus grande partie, d'une denrée aussi chère que le combustible.

Pesage et placement de la pâte dans les moules.

Dans nos rêveries poétiques, ou lorsque nous laissons la folle du logis faire irruption dans l'existence de nos ancêtres, rendre la vie à un monde qui n'est plus, et reconstruire les antiques manoirs avec leurs donjons et leurs salles immenses, nous nous plaisons à nous figurer ces vastes cheminées sous le manteau desquelles une famille, épouse, enfants et serviteurs, s'asseyait autour de son chef, devant des chênes entiers, dont la flamme claire et pétillante réjouissait les yeux et pénétrait de ses rayons joyeux les profondeurs de la salle; nous regrettons peut-être ces temps de nos aïeux bardés de fer, qui se reposaient un instant dans leurs foyers entre deux guerres; et nous nous disons que ces hommes ne trouveraient plus aujourd'hui assez d'air pour leur poitrine, assez d'espace pour leur pied, dans ces petits appartements qui partout ont remplacé les vieux châteaux et les vastes hôtels. Peut-être, en effet, était-ce le bon temps; peut-être valons-nous moins que ceux qui nous ont précédés; peut-être surtout, dans les jouissances de la vie ultérieure, avons-nous plutôt trouvé l'apparence que la réalité; et si nous regardons l'époque d'autrefois comme misérable, peut-être avons-nous aujourd'hui la même misère, mais sans la livrée de grandeur dont elle était revêtue alors!

Fours de la boulangerie Mouchot.

Nos lecteurs, s'ils se rappellent le titre de notre article, trouveront peut-être ces réflexions bien ambitieuses. Mais est-il possible de penser aux vastes manteaux des cheminées anciennes, sans évoquer immédiatement les grandes lignes du chef de famille et de ses vassaux. Le foyer était le centre des réunions, dans ce temps où rien n'était frivole, où l'on agissait plus qu'on ne parlait, et où la même pièce servait vingt usages différents. Du reste, pour en revenir à notre compte rendu, et n'en déplaise à nos graves ancêtres, ils avaient adopté la plus mauvaise manière de se chauffer. La déperdition de chaleur était énorme, et l'on n'en utilisait que la plus minime partie. Dans nos cheminées modernes, plus perfectionnées sans contredit, le chiffre de la chaleur utilisée est si minime, que beaucoup, en le lisant, se montreront incrédule? Ainsi, il résulte d'un très-beau travail de M. Grouvelle que, dans les différentes industries qui se servent d'appareils d'évaporation, la perte de chaleur est de 50 pour 100; dans le travail des métaux, verreries, porcelaines, etc., de 95 pour 100; dans le chauffage des cheminées d'appartement, de 97 pour 100; et dans celui des poêles et calorifères bien construits, de 50 pour 100 seulement. Si l'on cherche ensuite à évaluer la déperdition de capitaux qui relève de ce chef, on arrive à des résultats aussi affligeants qu'inattendus. La consommation du bois de chauffage, en France, s'élève annuellement à 80 millions de francs, et celle de la houille à 60 millions; total, 140 millions.

En comparant ce chiffre avec ceux que nous avons cités plus haut, et qui représentent la déperdition de la chaleur, on a formé le tableau suivant des pertes de capital;


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