Bulletin bibliographique.

Bulletin bibliographique.Études sur l'Histoire romaine; parProsper Mérimée. 2 vol. in-8.--Paris, 1844.Victor Magen. 15 fr.Ceux de nos lecteurs qui ont étudié le procédé de composition de M. Mérimée, et à qui les ouvrages de cet écrivain remarquable sont familiers, n'éprouveront sans doute aucune surprise en le voyant renoncer aux œuvres de fantaisie pour se plier à la règle austère de l'histoire. L'auteur deColombapossède en effet à un très-haut degré les qualités principales de l'histoire, une érudition vaste et intelligente, une rare sobriété d'esprit: une raison élevée qui trouve sa source dans la modération et l'expérience; enfin un tact parfait qui lui permet de retrouver toujours les passions de l'homme sous le masque dont elles se couvrent.Dans ses travaux archéologiques, si exacts et si sévères, M. Mérimée a déjà montré que ses belles facultés de conteur n'exercent point sur son imagination une influence trop exclusive. Les quatre volumes qui composent cette œuvre consciencieuse ont exigé une assez forte dépense d'érudition, pour que les titres de l'inspecteur des monuments historiques soient aussi solides et aussi sérieux que ceux du charmant romancier. C'est donc sans effort, c'est donc avec une foule de préventions favorables que le public doit accueillir le nouvel ouvrage de M. Mérimée. Il y a entre les beaux récits de la Chronique du temps de Charles IX et les meilleures pages des Études, une relation facile à saisir et à suivre. Sous les arabesques du roman, comme sous la broderie rigoureuse de l'histoire, ou retrouve le même fond d'observation fine et profonde.Les deux volumes que nous avons sous les yeux comprennent un essai sur la guerre sociale et une histoire de la conjuration de Catilina. Nous nous occuperons d'abord de l'essai sur la guerre sociale. Ce travail est divisé en trois parties. La première embrasse le cours des quarante années qui procèdent l'ouverture des hostilités. Ou y voit éclore et mûrir les causes de cette étonnante prise d'armes; on voit pour ainsi dire se former à l'horizon les nuages menaçants qui bientôt lanceront la foudre sur Rome. C'est le prélude de l'orage,--de vagues éclairs et un tonnerre lointain.--Mille rumeurs circulent rapidement dans la Péninsule; enfin, des mains inconnues ne cessent pas de jeter des ferments de haine au sein de ces populations d'ailleurs travaillées par les tribuns de la métropole et par les nobles italiotes, jaloux de se dérober au patronage égoïste des grandes familles. Au milieu de cet ouragan qui s'élève, apparaissent les champions de l'émancipation, les Gracchus, Drusus, Saturnius.--La partie est engagée; les joueurs sont en présence, et l'enjeu est sur la table.La seconde partie nous entraîne sur les champs de bataille où, après des efforts admirables, la confédération italienne ne tardera pas à succomber. Nous voyons périr, l'une après l'autre, toutes ces armées qui eurent leurs jours de triomphe, et qui effrayèrent Rome au point de lui rappeler les jours terribles de l'invasion des barbares. Nous rencontrons tour à tour le vieux Marius, face de lion qui faisait peur aux Cimbres, et Sylla, ce philosophe sanglant qui fut toujours si heureux.Au souffle puissant de ces hommes de guerre, le flux des peuples révoltés, qui avait inondé l'Italie, commence à décroître rapidement. Les armées romaines regagnent le terrain perdu; les Vaincus meurent ou s'éloignent. Encore un triomphe pour Rome!La troisième partie achève de raconter les défaites de la diète italienne; mais avant de s'éteindre, cette courageuse insurrection jettera une dernière lueur vers le ciel. Conduite par Pontius Telesinus, une armée de Lucaniens, de Samnites et d'Étrusques vient camper à un mille de la métropole, devant la porte Colline. Les confédérés, altérés de vengeance, voient briller au soleil les tours de Rome. «C'est la tanière des ravisseurs, crie le général, brûlons-la, détruisons-la; tant que la forêt maudite ne sera pas rasée, les loups ne laisseront pas de liberté à l'Italie.» La ville éternelle résistera-t-elle à cette dernière agression? Il y eut dans Rome un moment d'indicible épouvante; mais l'armée de Sylla s'avance à grands pas. La lutte fut terrible.--Les derniers bataillons de la diète restèrent sur le champ de bataille, où les vainqueurs, épuisés, comptèrent cinquante mille morts. On chercha longtemps Telesinus; «on le trouva enfin percé de coups, mais respirant encore, entouré de cadavres ennemis. L'orgueil du triomphe se lisait dans ses yeux éteints, qu'il tournait encore menaçants vers Rome. Heureux si la mort le surprit tandis qu'il se croyait vainqueur.»Telle fut l'issue de la guerre sociale, qui jeta son dernier cri sous les murailles de Rome, et qui prépara la voie où entra Sylla, suivi de ses vingt-quatre licteurs aux haches ensanglantées.La conjuration de Catilina n'offre pas un intérêt moins vif: les hommes qui prennent part à cette nouvelle entreprise ont même des proportions plus héroïques. Ainsi, si on n'entend plus parler du sauvage Marius, ou voit se lever au milieu du récit les immortelles figures de César, de Pompée et de Cicéron. Le héros de la conjuration, Catilina, ne manque pas non plus d'une certaine grandeur romanesque. Salluste flétri ses crimes, mais il semble éprouver une admiration contagieuse lorsqu'il le peint avec ces mots: «Vastus animus, immoderuta, incredibilia, numis alta, semper cupiebat.» A coup sûr cet esprit exalté, qui visait au sublime, n'était pas un conspirateur vulgaire. D'ailleurs, si les singulières actions de sa vie ne suffisent pas à le sauver du mépris des gens de bien, l'héroïsme de sa mort ne doit-il pas lui mériter quelque estime? «il est beau, comme dit Salluste, de périr en couvrant de son cadavre la place ou, vivant, on a combattu.»M. Mérimée, en abordant cette période de l'histoire romaine, ne s'est pas abusé sur les difficultés de son entreprise. Il savait que les historiens de cet événement, Salluste, Cicéron, Suétone, Plutarque, etc., n'ayant pas pu ou n'ayant pas voulu nous livrer le mot de l'énigme, il lui était difficile de prétendre expliquer ce mystère. S'il n'a donc pas entièrement soulevé le voile, il a du moins jeté un vif rayon de lumière sur le front du conspirateur. Dans un tableau très-animé de la société romaine à cette époque, il a indiqué les causes de la domination que Catilina exerça sur la jeunesse patricienne. Il a ainsi fait comprendre la neutralité, sinon la complicité de Jules César et les honneurs qui furent rendus aux mânes de l'homme mystérieux que le sénat avait essayé de flétrir du nom d'ennemi public.A coup sûr, si une rare sagacité, fortifiée par des recherches consciencieuses, avait pu résoudre une question que les contemporains ont laissée dans l'obscurité, M. Mérimée aurait complètement réussi. Dans l'introduction de son livre, il se propose surtout d'être sincère et précis; on peut dire qu'il a dépassé le but; car, à ces deux qualités que personne ne lui contestera, il joint celle d'être un écrivain toujours ingénieux et attachant.G.Histoire, d'Espagne depuis les premiers temps historiques jusqu'à la mort de Ferdinand VII; par M.Rosseeuw-Saint-Hilaire, professeur agrégé d'histoire à la Faculté des Lettres. Nouvelle édition, revue et corrigée. Tome 1er. 1 vol. in-8.--Paris, 1844.Furne. 5 fr.Il y a dix ans que M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a commencé ce grand travail qu'il refait aujourd'hui. La nouvelle édition de sonHistoire d'Espagneformera 10 volumes in-8, qui paraîtront de mois en mois. Le premier vient d'être mis en vente. Nous y avons remarque d'importantes améliorations que nous nous empressons de signaler.Le premier plan de M. Rosseeuw-Saint-Hilaire avait été de sauter à pieds joints par-dessus les débuts si obscurs des annales de la Péninsule, pour arriver tout droit à l'invasion gothique, point de départ de l'Espagne moderne. Mais la nécessité d'étudier au berceau même de la race ibérique ses mœurs et son caractère, si fidèlement continuées par la race espagnole, l'a décidé à résumer dans une introduction rapide la marche des trois dominations successives qui ont passé sur la Péninsule avant la domination gothique. Les conquêtes phéniciennes et carthaginoises, si peu et si mal connues, y sont moins racontées que jugées, en passant, dans leurs résultats généraux, tenant à la conquête romaine, qui forme à elle seule un ensemble aussi complet que celui de la monarchie gothique, il a dû lui accorder une place plus étendue, sans tomber toutefois dans les interminables longueurs des historiens espagnols. Un aperçu de l'organisation politique et sociale établie par Rome dans la Péninsule complète ce tableau auquel M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a joint une courte histoire de l'établissement du christianisme sur ce sol où il a jeté de bonne heure de si profondes racines.Outre cette introduction, ce premier volume renferme toute l'histoire de l'Espagne gothique, divisée en deux livres. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire prend les Goths à leur origine, nous les montre conquérant l'Espagne 410 ans après Jésus-Christ, y fondant un royaume, se convertissant au catholicisme, gouvernant leur conquête pendant trois siècles, et enfin se laissant battre par les Arabes à la fameuse bataille du Guadalete. En terminant son second livre, le jeune et savant historien dit un dernier adieu à ce peuple qu'il a suivi des bords de la mer Noire à ceux du Guadalete. «Nous ne le retrouverons plus dans l'histoire, s'écrie-t-il, car lorsque nous verrons poindre dans les Asturies une monarchie et un peuple nouveau, il ne sera plus question des Goths, mais de la monarchie et du peuple espagnols; il n'y aura plus pour les soldats de Pelago qu'une foi, qu'un nom, qu'un idiome, qu'un même amour de l'indépendance, qu'une même haine de l'étranger. Tel sera, jusqu'à la fin du quinzième siècle, le seul lien commun entre les cinq ou six royaumes qui naîtront des débris de l'empire gothique, pour tendre pendant huit siècles vers cette unité qu'ils ne sont pas même bien sûrs d'avoir trouvée aujourd'hui.»Le droit occupera une place importante dans cette nouvelle édition de l'Histoire d'Espagne. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a parfaitement compris que la science de la législation a jusqu'ici été trop séparée de l'histoire, et que toutes les deux n'ont qu'à gagner à être rapprochées. Après avoir achevé l'histoire des Goths, il étudie dans toutes ses parties leForum judicum, ou le code gothique, code essentiellement théocratique, écrit par et pour le clergé, où l'on parle peu de l'Église, mais où tout, en fin de compte, aboutit à elle.Sept appendices curieux sur la langue basque, la langue gothique, les actes du concile de Braga, le rituel gothique, les institutions des Ostrogoths, le roi Roderich, la langue espagnole, et un tableau des législations comparées, forment les pièces justificatives de ce premier volume, imprimé avec le soin particulier que la librairie Furne apporte à toutes ses publications, et publie au plus bas prix possible.Œuvres choisies de Campanella, précédées d'une Notice; par madameLouise Colet. 1 vol. in-18.--Paris. 1844.Lavigne. 3 fr. 50.Pendant les vingt-sept années qu'il passa dans les prisons des Espagnols, Campanella écrivit, lorsque ses bourreaux cessaient de le torturer, un nombre considérable de traités de logique, de physique, de morale, de métaphysique et de politique Si hardies et si nouvelles qu'elles fussent alors, les vérités qu'il proclamait n'ont plus qu'un intérêt historique. Notre siècle les a toutes dépassées; aussi les dix volumes in-folio du moine dominicain de Cosenza restent-ils enfouis sous les rayons des bibliothèques publiques, et ne sont-ils lus maintenant, à de rares intervalles, que par un très-petit nombre d'esprits curieux et méditatifs. Mais Campanella n'a pas été seulement un philosophe, un savant et un homme d'État, il a cultivé la poésie. Or le propre des productions de l'imagination, des œuvres de sentiment, est de ne point vieillir. Si l'esprit humain se perfectionne, le cœur reste toujours le même. Nos connaissances se sont étendues et tendent à s'étendre chaque jour. Mais les plus grands poètes de l'antiquité et du moyen âge n'ont pas encore été et ne seront peut-être jamais surpassés par les poètes modernes.Persuadée sans doute de cette incontestable vérité, madame Louise Colet a cru devoir traduire en français quelques-unes des poésies de Campanella et une partie de sa correspondance. A ce choix de fragments elle a ajouté laCité du Soleil, écrite en latin, et traduite également en français par M. Jules Rosset.«Dans ses poésies, Campanella semble, dit-elle, avoir réuni sa philosophie, sa politique et sa morale. Jamais son esprit ne s'est élevé plus haut, jamais son regard n'a porté plus avant. Dans quelques sonnets, et surtout dans ses admirablesCanzone, il fait un sombre et pathétique tableau des malheurs du temps et de son propre martyre. Il parle tour à tour au peuple et aux puissants le langage qui doit les éclairer; il pressent les révolutions; il les provoque, dans sa juste et sainte colère, et il cherche à les guider dans sa sagesse. Sa pensée indomptable éclate dans des vers d'une concision dantesque, et parfois aussi, il faut le dire, se perd dans les obscurités de la métaphysique. Nous avons courageusement lutté avec cette énergique poésie, prodigue d'idées, avare de mots. Nous ne pensons pas avoir vaincu toutes les difficultés; mais nous espérons qu'on trouvera du moins dans notre traduction le sens inaltérablement beau de l'original.»A la suite des poésies et des lettres, madame Louise Colet a réuni les jugements de divers philosophes et historiens sur Campanella. Enfin, grâce à l'obligeance de M. Feuillet de Conches, possesseur d'une lettre autographe du moine de Stilo, elle a pu offrir à ses lecteurs unfac similede cette écriture si rare.Ce petit volume s'ouvre par une Notice un peu trop romanesque sur Campanella; mais madame Louise Colet nous affirme, dès le début, que malgré le tour étrange de ce travail, chaque description de lieu, chaque fait historique, chaque date, chaque détail sont scrupuleusement vrais. Nous sommes trop poli pour en douter.Œuvres de Turgot, nouvelle édition classée par ordre de matières, avec les notes de Dupont de Nemours, augmentée de lettres inédites, des questions sur le commerce, et d'observations et de notes nouvelles; par MM.Eug. DaireetH. Dussard; et précédée d'une notice sur la vie et les ouvrages de Turgot, par M. Eug. Daire. 2 beaux volumes grand in-8, de 800 pages chacun, avec un portrait de Turgot gravé sur acier. 20 fr. Paris, 1844.Guillaumin.Nous répéterons à nos lecteurs ce que disait dernièrement M. Passy à ses collègues de l'Académie des sciences morales et politiques: «Nous ne vous entretiendrons ni de Turgot ni de ses nombreux écrits. Ce n'est pas ici qu'il faut rappeler quelle fut la noble vie de Turgot et combien ses travaux ont de prix et jettent de lumière sur l'état et le mouvement des sciences économiques en France pendant la seconde moitié du siècle dernier. Ce que nous avons à signaler, c'est le merite éminent de l'édition nouvelle. LesŒuvres de Turgotentraient de plein droit et devaient occuper une grande place dans la bellecollection des principaux économistes, dont M. Guillaumin est l'habile éditeur.» Jusqu'à ce jour, en effet, il n'avait existé qu'une seule édition à peu près complète des œuvres du célèbre ministre de Louis XVI. Cette édition, publiée par Dupont de Nemours, contenait neuf volumes. Le classement irrationnel des matières offrait en outre de graves inconvénients qui ont été évités avec soin dans l'édition nouvelle. Au lieu de l'ordre chronologique, M. Eug. Daire a eu l'heureuse idée d'adopter l'ordre des matières proprement dit, de sorte que le lecteur puisse suivre les idées de l'auteur sur chaque sujet dans leur marche et dans leur développement sans être condamné à de longues et pénibles recherches. De plus, il publie pour la première fois des documents précieux, entre autres des lettres inédites et le procès-verbal du lit de justice tenu à Versailles le 12 mai 1776, pour l'enregistrement des édits sur l'abolition de la corvée et des jurandes, monument curieux de l'histoire économique et politique des derniers temps de l'ancien régime. Enfin aux notes de Dupont de Nemours en ont été jointes de nouvelles, rédigées tout exprès par MM. Daire et Dossard. Les changements accomplis depuis un demi-siècle sont tels que certains passages des œuvre de Turgot ne pourraient plus être compris s'ils n'étaient pas expliqués, car il ne reste maintenant aucune trace des faits auxquels ils se rapportent.Cette nouvelle édition est précédée d'une notice sur Turgot, par M. E. Daire. Ce n'est pas seulement l'histoire de Turgot et de ses ouvrages, c'est celle des dernières années du dix-huitième siècle. Après avoir lu cette intéressante notice, on comprend mieux que jamais l'urgente nécessité de la révolution française. Le grand ministre qui seul défendait l'intérêt général entre la coalition des intérêts privés s'était vu sacrifié par le roi aux clameurs de l'égoïsme. Louis XVI voulait sincèrement le bonheur du peuple; mais il renvoya le seul homme capable de soutenir son autorité chancelante. Le 12 mai 1776, Turgot quitta le ministère. «Ce fut, a dit avec raison un historien contemporain, une des époques les plus fatales pour la France.» Presque toutes les reformes que Turgot avait opérées disparurent sous ses successeurs. Mais ce qu'ils n'eurent pas la puissance d'anéantir, ce lut l'esprit qui les avait dictées et qui devait, malgré tous leurs efforts, fonder en France le principe de l'égalité civile, acheté par nos pères au prix de sacrifices sanglants, que le génie du ministre de Louis XVI avait prévus et voulait leur épargner. L'étude approfondie de cette époque mémorable contient encore d'utiles enseignements pour la nôtre. Les hommes d'État qui gouvernent la France pourraient lire avec profit les œuvres de Turgot et la notice de M. Eugène Daire. Ils y puiseraient une foule de leçons que nous ne saurions trop les engager à méditer.Histoire des Expéditions maritimes des Normands et de leur établissement en France au dixième siècle; parM. Depping; ouvrage couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Nouvelle édition entièrement refondue. Un vol. in-18.--Paris, 1844.Didier. 3 fr. 50 c.En 1820, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à Paris, mit au concours, pour le sujet d'un prix, la question des causes qui ont motivé les nombreuses émigrations des peuples connus sous le nom de Normands, et l'histoire de leurs établissements en France. Jusqu'à ce jour, en effet, les expéditions de ce peuple n'avaient guère de mises en rapport avec l'histoire des pays qu'ils ravagèrent et où ils séjournèrent. M. Depping concourut, et il remporta le prix. Son ouvrage, couronné en 1822, ne fut imprime qu'en 1826. A peine eut-il paru, son auteur commença à sentir, comme il le déclare lui-même, tout ce qui y manquait; des documents inédits parurent successivement; d'autres sociétés savantes, stimulées par l'exemple de l'Académie des Inscriptions, provoquèrent de nouvelles recherches sur quelques parties de cet intéressant sujet. De là résulta pour M Depping l'obligation de soumettre les sources historiques à un nouvel examen. Malgré l'accueil bienveillant fait à son premier ouvrage, qui a été traduit dans plusieurs langues du Nord, il l'a refait en grande partie, et il le présente aujourd'hui au public comme un ouvrage presque nouveau. Nous ne doutons pas que ses désirs ne soient satisfaits, et que le public ne reconnaisse les soins qu'il a pris pour rendre son travail plus digne de ses suffrages.La loterie au profil de l'œuvre du Mont-Carmel sera tirée le lundi 1er juillet, à une heure précise, au palais du Luxembourg, et sera précédée d'un concert auquel veulent bien concourir les artistes les plus distingués. Le Comité a l'honneur d'annoncer qu'on sera admis sur la présentation d'un billet de loterie ou du récépissé d'un lot, qui ne donneront droit qu'à une entrée personnelle.On pourra trouver encore des billets à l'entrée de la salle et à celle de l'exposition.Mademoiselle Taglioni.Le pas de l'Ombre.Modes.Paris a voulu fêter le retour de la gracieuse sylphide, et les représentations de Marie Taglioni ont donné aux toilettes du soir l'occasion de jeter pour cette saison leur dernier éclat. Les femmes se sont parées de leurs plus jolies robes, de leurs plus beaux bijoux et des fleurs les plus fraîches.Les robes de tarlatane à deux grands volants qui couvrent la jupe entièrement, puisque le second part de la ceinture, et qui ont plutôt l'air de deux jupes posées sur une troisième; les robes à deux et trois jupes et les hauts volants de dentelle posés presque à plat sur cette mousseline si claire, étaient en majorité.Quelques robes de pékins glacés ou pékins à petites rayures garnies de rubans à la Pompadour venaient varier un peu l'aspect uniforme de ces blanches toilettes par trop sylphides.Pour la coiffure, on porte toujours beaucoup de fleurs naturelles et de vieux bijoux. En général, les coiffures en cheveux sont très-simples. Le règne des coiffeurs est passé, l'art s'en va. Les grands artistes en sont réduits à se rappeler leurs triomphes d'autrefois.Ce n'est pas seulement à notre époque, comme on les en accuse, que les coiffeurs ont pris le titre d'artistes. Nous voyons au bas des gravures de modes publiées par un sieur Depain, au commencement de la révolution: «Le sieur Demain continue d'enseigner l'art de coiffer.» Mais alors les coiffeurs méritaient vraiment ce titre. Que d'art ne fallait-il pas pour établir sur la tête ces édifices tout chargés de plumes, de fleurs et de rubans!la coiffure à l'espoir, coiffure à la nation, coiffure aux charmes de la liberté; cette dernière, qui ne laissait guère la liberté des mouvements, semblait l'emblème de celle dont on jouissait alors.Depuis ce temps, la coiffure a subi bien des transformations. De changements en changements, elle est arrivée à sa plus simple expression.Maintenant que tout est dit sur les bals et les spectacles, on s'occupe des préparatifs de départ pour la campagne. Les coutils de fil à rayures espacées sur fond blanc en couleurs fraîches, telles que bleu, vert et rouille, font des redingotes simples et jolies; les corsages sont montants, justes, et sans autre ornement qu'une rangée de boutons d'ivoire ou de nacre.On fait aussi beaucoup de robes à revers qui laissent voir dessous un fichu de batiste plissé, à petit col brodé, garni de valenciennes. Les manches sont à la religieuse avec revers, dessous de manches en batiste, et entre-deux brodés. Les écharpes algériennes et les chapeaux de paille ouvragés compléteront très-bien ces parures champêtres.Il se pose plus de biais sur les robes de soie que de volants. Ces biais sont presque toujours de coupes à grandes dents, dites gueules de loup, et bordés d'un plissé de ruban, d'une passementerie ou d'un effilé.Beaucoup de robes de barège et de robes d'organdi ou tarlatane de couleur ont des volants festonnés; les corsages sont alors à revers festonnés comme les volants.La lingerie est très-riche dans ce moment. Aux charmants petits bonnets du matin, aux fichus, aux sous-manches, peignoirs, etc., viennent encore se joindre de délicieux canezous, qui rehaussent l'élégance des toilettes d'été. On ne porte pas de pèlerine, le canezou l'a détrônée; il règne seul dans les modes de la saison. Les plus jolis se font à entre-deux de tulle et bouillon de mousseline.Alexandrine, non contente des succès que lui ont valu ses capotes du printemps en crêpe, ses chapeaux en paille de riz, ornés de marabouts ombrés, ses capotes en rubans nuancés, garnies de fleurs ou de crêpe doublé d'Angleterre, et tant d'autres coquetteries qui ajoutent tous les jours à sa célébrité, prépare encore de nouvelles coiffures, de nouvelles séductions.On fait, pour la prochaine saison des eaux, des robes tarlatanes brodées en paille, d'autres au point de chaînette de couleurs. C'est aussi pour ces réunions que les vieux bijoux sont très-recherchés. Le fichu du matin ou le canezou ne saurait être attaché autrement que par une petite épingle en grenat ou en chrysoprase entourée de marcassite. A la ceinture il faut une châtelaine. Une ou deux grosses bagues sont également indispensables. Et l'on ne peut se passer d'épingles pour la coiffure, de bracelets, d'échelles de corsage en grosses coques de perles entourées de marcassites, et enfin de chaînes, toujours de marcassite, car ces chaînes trouvent partout à se placer, soit retenues par des épingles semblables dans les cheveux, soit suspendues à l'épingle du corsage.Rébus.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.C'est en vain que l'étranger tenterait d'humilier la France ou de l'abaisser.

Études sur l'Histoire romaine; parProsper Mérimée. 2 vol. in-8.--Paris, 1844.Victor Magen. 15 fr.

Ceux de nos lecteurs qui ont étudié le procédé de composition de M. Mérimée, et à qui les ouvrages de cet écrivain remarquable sont familiers, n'éprouveront sans doute aucune surprise en le voyant renoncer aux œuvres de fantaisie pour se plier à la règle austère de l'histoire. L'auteur deColombapossède en effet à un très-haut degré les qualités principales de l'histoire, une érudition vaste et intelligente, une rare sobriété d'esprit: une raison élevée qui trouve sa source dans la modération et l'expérience; enfin un tact parfait qui lui permet de retrouver toujours les passions de l'homme sous le masque dont elles se couvrent.

Dans ses travaux archéologiques, si exacts et si sévères, M. Mérimée a déjà montré que ses belles facultés de conteur n'exercent point sur son imagination une influence trop exclusive. Les quatre volumes qui composent cette œuvre consciencieuse ont exigé une assez forte dépense d'érudition, pour que les titres de l'inspecteur des monuments historiques soient aussi solides et aussi sérieux que ceux du charmant romancier. C'est donc sans effort, c'est donc avec une foule de préventions favorables que le public doit accueillir le nouvel ouvrage de M. Mérimée. Il y a entre les beaux récits de la Chronique du temps de Charles IX et les meilleures pages des Études, une relation facile à saisir et à suivre. Sous les arabesques du roman, comme sous la broderie rigoureuse de l'histoire, ou retrouve le même fond d'observation fine et profonde.

Les deux volumes que nous avons sous les yeux comprennent un essai sur la guerre sociale et une histoire de la conjuration de Catilina. Nous nous occuperons d'abord de l'essai sur la guerre sociale. Ce travail est divisé en trois parties. La première embrasse le cours des quarante années qui procèdent l'ouverture des hostilités. Ou y voit éclore et mûrir les causes de cette étonnante prise d'armes; on voit pour ainsi dire se former à l'horizon les nuages menaçants qui bientôt lanceront la foudre sur Rome. C'est le prélude de l'orage,--de vagues éclairs et un tonnerre lointain.--Mille rumeurs circulent rapidement dans la Péninsule; enfin, des mains inconnues ne cessent pas de jeter des ferments de haine au sein de ces populations d'ailleurs travaillées par les tribuns de la métropole et par les nobles italiotes, jaloux de se dérober au patronage égoïste des grandes familles. Au milieu de cet ouragan qui s'élève, apparaissent les champions de l'émancipation, les Gracchus, Drusus, Saturnius.--La partie est engagée; les joueurs sont en présence, et l'enjeu est sur la table.

La seconde partie nous entraîne sur les champs de bataille où, après des efforts admirables, la confédération italienne ne tardera pas à succomber. Nous voyons périr, l'une après l'autre, toutes ces armées qui eurent leurs jours de triomphe, et qui effrayèrent Rome au point de lui rappeler les jours terribles de l'invasion des barbares. Nous rencontrons tour à tour le vieux Marius, face de lion qui faisait peur aux Cimbres, et Sylla, ce philosophe sanglant qui fut toujours si heureux.

Au souffle puissant de ces hommes de guerre, le flux des peuples révoltés, qui avait inondé l'Italie, commence à décroître rapidement. Les armées romaines regagnent le terrain perdu; les Vaincus meurent ou s'éloignent. Encore un triomphe pour Rome!

La troisième partie achève de raconter les défaites de la diète italienne; mais avant de s'éteindre, cette courageuse insurrection jettera une dernière lueur vers le ciel. Conduite par Pontius Telesinus, une armée de Lucaniens, de Samnites et d'Étrusques vient camper à un mille de la métropole, devant la porte Colline. Les confédérés, altérés de vengeance, voient briller au soleil les tours de Rome. «C'est la tanière des ravisseurs, crie le général, brûlons-la, détruisons-la; tant que la forêt maudite ne sera pas rasée, les loups ne laisseront pas de liberté à l'Italie.» La ville éternelle résistera-t-elle à cette dernière agression? Il y eut dans Rome un moment d'indicible épouvante; mais l'armée de Sylla s'avance à grands pas. La lutte fut terrible.--Les derniers bataillons de la diète restèrent sur le champ de bataille, où les vainqueurs, épuisés, comptèrent cinquante mille morts. On chercha longtemps Telesinus; «on le trouva enfin percé de coups, mais respirant encore, entouré de cadavres ennemis. L'orgueil du triomphe se lisait dans ses yeux éteints, qu'il tournait encore menaçants vers Rome. Heureux si la mort le surprit tandis qu'il se croyait vainqueur.»

Telle fut l'issue de la guerre sociale, qui jeta son dernier cri sous les murailles de Rome, et qui prépara la voie où entra Sylla, suivi de ses vingt-quatre licteurs aux haches ensanglantées.

La conjuration de Catilina n'offre pas un intérêt moins vif: les hommes qui prennent part à cette nouvelle entreprise ont même des proportions plus héroïques. Ainsi, si on n'entend plus parler du sauvage Marius, ou voit se lever au milieu du récit les immortelles figures de César, de Pompée et de Cicéron. Le héros de la conjuration, Catilina, ne manque pas non plus d'une certaine grandeur romanesque. Salluste flétri ses crimes, mais il semble éprouver une admiration contagieuse lorsqu'il le peint avec ces mots: «Vastus animus, immoderuta, incredibilia, numis alta, semper cupiebat.» A coup sûr cet esprit exalté, qui visait au sublime, n'était pas un conspirateur vulgaire. D'ailleurs, si les singulières actions de sa vie ne suffisent pas à le sauver du mépris des gens de bien, l'héroïsme de sa mort ne doit-il pas lui mériter quelque estime? «il est beau, comme dit Salluste, de périr en couvrant de son cadavre la place ou, vivant, on a combattu.»

M. Mérimée, en abordant cette période de l'histoire romaine, ne s'est pas abusé sur les difficultés de son entreprise. Il savait que les historiens de cet événement, Salluste, Cicéron, Suétone, Plutarque, etc., n'ayant pas pu ou n'ayant pas voulu nous livrer le mot de l'énigme, il lui était difficile de prétendre expliquer ce mystère. S'il n'a donc pas entièrement soulevé le voile, il a du moins jeté un vif rayon de lumière sur le front du conspirateur. Dans un tableau très-animé de la société romaine à cette époque, il a indiqué les causes de la domination que Catilina exerça sur la jeunesse patricienne. Il a ainsi fait comprendre la neutralité, sinon la complicité de Jules César et les honneurs qui furent rendus aux mânes de l'homme mystérieux que le sénat avait essayé de flétrir du nom d'ennemi public.

A coup sûr, si une rare sagacité, fortifiée par des recherches consciencieuses, avait pu résoudre une question que les contemporains ont laissée dans l'obscurité, M. Mérimée aurait complètement réussi. Dans l'introduction de son livre, il se propose surtout d'être sincère et précis; on peut dire qu'il a dépassé le but; car, à ces deux qualités que personne ne lui contestera, il joint celle d'être un écrivain toujours ingénieux et attachant.

G.

Histoire, d'Espagne depuis les premiers temps historiques jusqu'à la mort de Ferdinand VII; par M.Rosseeuw-Saint-Hilaire, professeur agrégé d'histoire à la Faculté des Lettres. Nouvelle édition, revue et corrigée. Tome 1er. 1 vol. in-8.--Paris, 1844.Furne. 5 fr.

Il y a dix ans que M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a commencé ce grand travail qu'il refait aujourd'hui. La nouvelle édition de sonHistoire d'Espagneformera 10 volumes in-8, qui paraîtront de mois en mois. Le premier vient d'être mis en vente. Nous y avons remarque d'importantes améliorations que nous nous empressons de signaler.

Le premier plan de M. Rosseeuw-Saint-Hilaire avait été de sauter à pieds joints par-dessus les débuts si obscurs des annales de la Péninsule, pour arriver tout droit à l'invasion gothique, point de départ de l'Espagne moderne. Mais la nécessité d'étudier au berceau même de la race ibérique ses mœurs et son caractère, si fidèlement continuées par la race espagnole, l'a décidé à résumer dans une introduction rapide la marche des trois dominations successives qui ont passé sur la Péninsule avant la domination gothique. Les conquêtes phéniciennes et carthaginoises, si peu et si mal connues, y sont moins racontées que jugées, en passant, dans leurs résultats généraux, tenant à la conquête romaine, qui forme à elle seule un ensemble aussi complet que celui de la monarchie gothique, il a dû lui accorder une place plus étendue, sans tomber toutefois dans les interminables longueurs des historiens espagnols. Un aperçu de l'organisation politique et sociale établie par Rome dans la Péninsule complète ce tableau auquel M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a joint une courte histoire de l'établissement du christianisme sur ce sol où il a jeté de bonne heure de si profondes racines.

Outre cette introduction, ce premier volume renferme toute l'histoire de l'Espagne gothique, divisée en deux livres. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire prend les Goths à leur origine, nous les montre conquérant l'Espagne 410 ans après Jésus-Christ, y fondant un royaume, se convertissant au catholicisme, gouvernant leur conquête pendant trois siècles, et enfin se laissant battre par les Arabes à la fameuse bataille du Guadalete. En terminant son second livre, le jeune et savant historien dit un dernier adieu à ce peuple qu'il a suivi des bords de la mer Noire à ceux du Guadalete. «Nous ne le retrouverons plus dans l'histoire, s'écrie-t-il, car lorsque nous verrons poindre dans les Asturies une monarchie et un peuple nouveau, il ne sera plus question des Goths, mais de la monarchie et du peuple espagnols; il n'y aura plus pour les soldats de Pelago qu'une foi, qu'un nom, qu'un idiome, qu'un même amour de l'indépendance, qu'une même haine de l'étranger. Tel sera, jusqu'à la fin du quinzième siècle, le seul lien commun entre les cinq ou six royaumes qui naîtront des débris de l'empire gothique, pour tendre pendant huit siècles vers cette unité qu'ils ne sont pas même bien sûrs d'avoir trouvée aujourd'hui.»

Le droit occupera une place importante dans cette nouvelle édition de l'Histoire d'Espagne. M. Rosseeuw-Saint-Hilaire a parfaitement compris que la science de la législation a jusqu'ici été trop séparée de l'histoire, et que toutes les deux n'ont qu'à gagner à être rapprochées. Après avoir achevé l'histoire des Goths, il étudie dans toutes ses parties leForum judicum, ou le code gothique, code essentiellement théocratique, écrit par et pour le clergé, où l'on parle peu de l'Église, mais où tout, en fin de compte, aboutit à elle.

Sept appendices curieux sur la langue basque, la langue gothique, les actes du concile de Braga, le rituel gothique, les institutions des Ostrogoths, le roi Roderich, la langue espagnole, et un tableau des législations comparées, forment les pièces justificatives de ce premier volume, imprimé avec le soin particulier que la librairie Furne apporte à toutes ses publications, et publie au plus bas prix possible.

Œuvres choisies de Campanella, précédées d'une Notice; par madameLouise Colet. 1 vol. in-18.--Paris. 1844.Lavigne. 3 fr. 50.

Pendant les vingt-sept années qu'il passa dans les prisons des Espagnols, Campanella écrivit, lorsque ses bourreaux cessaient de le torturer, un nombre considérable de traités de logique, de physique, de morale, de métaphysique et de politique Si hardies et si nouvelles qu'elles fussent alors, les vérités qu'il proclamait n'ont plus qu'un intérêt historique. Notre siècle les a toutes dépassées; aussi les dix volumes in-folio du moine dominicain de Cosenza restent-ils enfouis sous les rayons des bibliothèques publiques, et ne sont-ils lus maintenant, à de rares intervalles, que par un très-petit nombre d'esprits curieux et méditatifs. Mais Campanella n'a pas été seulement un philosophe, un savant et un homme d'État, il a cultivé la poésie. Or le propre des productions de l'imagination, des œuvres de sentiment, est de ne point vieillir. Si l'esprit humain se perfectionne, le cœur reste toujours le même. Nos connaissances se sont étendues et tendent à s'étendre chaque jour. Mais les plus grands poètes de l'antiquité et du moyen âge n'ont pas encore été et ne seront peut-être jamais surpassés par les poètes modernes.

Persuadée sans doute de cette incontestable vérité, madame Louise Colet a cru devoir traduire en français quelques-unes des poésies de Campanella et une partie de sa correspondance. A ce choix de fragments elle a ajouté laCité du Soleil, écrite en latin, et traduite également en français par M. Jules Rosset.

«Dans ses poésies, Campanella semble, dit-elle, avoir réuni sa philosophie, sa politique et sa morale. Jamais son esprit ne s'est élevé plus haut, jamais son regard n'a porté plus avant. Dans quelques sonnets, et surtout dans ses admirablesCanzone, il fait un sombre et pathétique tableau des malheurs du temps et de son propre martyre. Il parle tour à tour au peuple et aux puissants le langage qui doit les éclairer; il pressent les révolutions; il les provoque, dans sa juste et sainte colère, et il cherche à les guider dans sa sagesse. Sa pensée indomptable éclate dans des vers d'une concision dantesque, et parfois aussi, il faut le dire, se perd dans les obscurités de la métaphysique. Nous avons courageusement lutté avec cette énergique poésie, prodigue d'idées, avare de mots. Nous ne pensons pas avoir vaincu toutes les difficultés; mais nous espérons qu'on trouvera du moins dans notre traduction le sens inaltérablement beau de l'original.»

A la suite des poésies et des lettres, madame Louise Colet a réuni les jugements de divers philosophes et historiens sur Campanella. Enfin, grâce à l'obligeance de M. Feuillet de Conches, possesseur d'une lettre autographe du moine de Stilo, elle a pu offrir à ses lecteurs unfac similede cette écriture si rare.

Ce petit volume s'ouvre par une Notice un peu trop romanesque sur Campanella; mais madame Louise Colet nous affirme, dès le début, que malgré le tour étrange de ce travail, chaque description de lieu, chaque fait historique, chaque date, chaque détail sont scrupuleusement vrais. Nous sommes trop poli pour en douter.

Œuvres de Turgot, nouvelle édition classée par ordre de matières, avec les notes de Dupont de Nemours, augmentée de lettres inédites, des questions sur le commerce, et d'observations et de notes nouvelles; par MM.Eug. DaireetH. Dussard; et précédée d'une notice sur la vie et les ouvrages de Turgot, par M. Eug. Daire. 2 beaux volumes grand in-8, de 800 pages chacun, avec un portrait de Turgot gravé sur acier. 20 fr. Paris, 1844.Guillaumin.

Nous répéterons à nos lecteurs ce que disait dernièrement M. Passy à ses collègues de l'Académie des sciences morales et politiques: «Nous ne vous entretiendrons ni de Turgot ni de ses nombreux écrits. Ce n'est pas ici qu'il faut rappeler quelle fut la noble vie de Turgot et combien ses travaux ont de prix et jettent de lumière sur l'état et le mouvement des sciences économiques en France pendant la seconde moitié du siècle dernier. Ce que nous avons à signaler, c'est le merite éminent de l'édition nouvelle. LesŒuvres de Turgotentraient de plein droit et devaient occuper une grande place dans la bellecollection des principaux économistes, dont M. Guillaumin est l'habile éditeur.» Jusqu'à ce jour, en effet, il n'avait existé qu'une seule édition à peu près complète des œuvres du célèbre ministre de Louis XVI. Cette édition, publiée par Dupont de Nemours, contenait neuf volumes. Le classement irrationnel des matières offrait en outre de graves inconvénients qui ont été évités avec soin dans l'édition nouvelle. Au lieu de l'ordre chronologique, M. Eug. Daire a eu l'heureuse idée d'adopter l'ordre des matières proprement dit, de sorte que le lecteur puisse suivre les idées de l'auteur sur chaque sujet dans leur marche et dans leur développement sans être condamné à de longues et pénibles recherches. De plus, il publie pour la première fois des documents précieux, entre autres des lettres inédites et le procès-verbal du lit de justice tenu à Versailles le 12 mai 1776, pour l'enregistrement des édits sur l'abolition de la corvée et des jurandes, monument curieux de l'histoire économique et politique des derniers temps de l'ancien régime. Enfin aux notes de Dupont de Nemours en ont été jointes de nouvelles, rédigées tout exprès par MM. Daire et Dossard. Les changements accomplis depuis un demi-siècle sont tels que certains passages des œuvre de Turgot ne pourraient plus être compris s'ils n'étaient pas expliqués, car il ne reste maintenant aucune trace des faits auxquels ils se rapportent.

Cette nouvelle édition est précédée d'une notice sur Turgot, par M. E. Daire. Ce n'est pas seulement l'histoire de Turgot et de ses ouvrages, c'est celle des dernières années du dix-huitième siècle. Après avoir lu cette intéressante notice, on comprend mieux que jamais l'urgente nécessité de la révolution française. Le grand ministre qui seul défendait l'intérêt général entre la coalition des intérêts privés s'était vu sacrifié par le roi aux clameurs de l'égoïsme. Louis XVI voulait sincèrement le bonheur du peuple; mais il renvoya le seul homme capable de soutenir son autorité chancelante. Le 12 mai 1776, Turgot quitta le ministère. «Ce fut, a dit avec raison un historien contemporain, une des époques les plus fatales pour la France.» Presque toutes les reformes que Turgot avait opérées disparurent sous ses successeurs. Mais ce qu'ils n'eurent pas la puissance d'anéantir, ce lut l'esprit qui les avait dictées et qui devait, malgré tous leurs efforts, fonder en France le principe de l'égalité civile, acheté par nos pères au prix de sacrifices sanglants, que le génie du ministre de Louis XVI avait prévus et voulait leur épargner. L'étude approfondie de cette époque mémorable contient encore d'utiles enseignements pour la nôtre. Les hommes d'État qui gouvernent la France pourraient lire avec profit les œuvres de Turgot et la notice de M. Eugène Daire. Ils y puiseraient une foule de leçons que nous ne saurions trop les engager à méditer.

Histoire des Expéditions maritimes des Normands et de leur établissement en France au dixième siècle; parM. Depping; ouvrage couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Nouvelle édition entièrement refondue. Un vol. in-18.--Paris, 1844.Didier. 3 fr. 50 c.

En 1820, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à Paris, mit au concours, pour le sujet d'un prix, la question des causes qui ont motivé les nombreuses émigrations des peuples connus sous le nom de Normands, et l'histoire de leurs établissements en France. Jusqu'à ce jour, en effet, les expéditions de ce peuple n'avaient guère de mises en rapport avec l'histoire des pays qu'ils ravagèrent et où ils séjournèrent. M. Depping concourut, et il remporta le prix. Son ouvrage, couronné en 1822, ne fut imprime qu'en 1826. A peine eut-il paru, son auteur commença à sentir, comme il le déclare lui-même, tout ce qui y manquait; des documents inédits parurent successivement; d'autres sociétés savantes, stimulées par l'exemple de l'Académie des Inscriptions, provoquèrent de nouvelles recherches sur quelques parties de cet intéressant sujet. De là résulta pour M Depping l'obligation de soumettre les sources historiques à un nouvel examen. Malgré l'accueil bienveillant fait à son premier ouvrage, qui a été traduit dans plusieurs langues du Nord, il l'a refait en grande partie, et il le présente aujourd'hui au public comme un ouvrage presque nouveau. Nous ne doutons pas que ses désirs ne soient satisfaits, et que le public ne reconnaisse les soins qu'il a pris pour rendre son travail plus digne de ses suffrages.

La loterie au profil de l'œuvre du Mont-Carmel sera tirée le lundi 1er juillet, à une heure précise, au palais du Luxembourg, et sera précédée d'un concert auquel veulent bien concourir les artistes les plus distingués. Le Comité a l'honneur d'annoncer qu'on sera admis sur la présentation d'un billet de loterie ou du récépissé d'un lot, qui ne donneront droit qu'à une entrée personnelle.

On pourra trouver encore des billets à l'entrée de la salle et à celle de l'exposition.

Le pas de l'Ombre.

Paris a voulu fêter le retour de la gracieuse sylphide, et les représentations de Marie Taglioni ont donné aux toilettes du soir l'occasion de jeter pour cette saison leur dernier éclat. Les femmes se sont parées de leurs plus jolies robes, de leurs plus beaux bijoux et des fleurs les plus fraîches.

Les robes de tarlatane à deux grands volants qui couvrent la jupe entièrement, puisque le second part de la ceinture, et qui ont plutôt l'air de deux jupes posées sur une troisième; les robes à deux et trois jupes et les hauts volants de dentelle posés presque à plat sur cette mousseline si claire, étaient en majorité.

Quelques robes de pékins glacés ou pékins à petites rayures garnies de rubans à la Pompadour venaient varier un peu l'aspect uniforme de ces blanches toilettes par trop sylphides.

Pour la coiffure, on porte toujours beaucoup de fleurs naturelles et de vieux bijoux. En général, les coiffures en cheveux sont très-simples. Le règne des coiffeurs est passé, l'art s'en va. Les grands artistes en sont réduits à se rappeler leurs triomphes d'autrefois.

Ce n'est pas seulement à notre époque, comme on les en accuse, que les coiffeurs ont pris le titre d'artistes. Nous voyons au bas des gravures de modes publiées par un sieur Depain, au commencement de la révolution: «Le sieur Demain continue d'enseigner l'art de coiffer.» Mais alors les coiffeurs méritaient vraiment ce titre. Que d'art ne fallait-il pas pour établir sur la tête ces édifices tout chargés de plumes, de fleurs et de rubans!la coiffure à l'espoir, coiffure à la nation, coiffure aux charmes de la liberté; cette dernière, qui ne laissait guère la liberté des mouvements, semblait l'emblème de celle dont on jouissait alors.

Depuis ce temps, la coiffure a subi bien des transformations. De changements en changements, elle est arrivée à sa plus simple expression.

Maintenant que tout est dit sur les bals et les spectacles, on s'occupe des préparatifs de départ pour la campagne. Les coutils de fil à rayures espacées sur fond blanc en couleurs fraîches, telles que bleu, vert et rouille, font des redingotes simples et jolies; les corsages sont montants, justes, et sans autre ornement qu'une rangée de boutons d'ivoire ou de nacre.

On fait aussi beaucoup de robes à revers qui laissent voir dessous un fichu de batiste plissé, à petit col brodé, garni de valenciennes. Les manches sont à la religieuse avec revers, dessous de manches en batiste, et entre-deux brodés. Les écharpes algériennes et les chapeaux de paille ouvragés compléteront très-bien ces parures champêtres.

Il se pose plus de biais sur les robes de soie que de volants. Ces biais sont presque toujours de coupes à grandes dents, dites gueules de loup, et bordés d'un plissé de ruban, d'une passementerie ou d'un effilé.

Beaucoup de robes de barège et de robes d'organdi ou tarlatane de couleur ont des volants festonnés; les corsages sont alors à revers festonnés comme les volants.

La lingerie est très-riche dans ce moment. Aux charmants petits bonnets du matin, aux fichus, aux sous-manches, peignoirs, etc., viennent encore se joindre de délicieux canezous, qui rehaussent l'élégance des toilettes d'été. On ne porte pas de pèlerine, le canezou l'a détrônée; il règne seul dans les modes de la saison. Les plus jolis se font à entre-deux de tulle et bouillon de mousseline.

Alexandrine, non contente des succès que lui ont valu ses capotes du printemps en crêpe, ses chapeaux en paille de riz, ornés de marabouts ombrés, ses capotes en rubans nuancés, garnies de fleurs ou de crêpe doublé d'Angleterre, et tant d'autres coquetteries qui ajoutent tous les jours à sa célébrité, prépare encore de nouvelles coiffures, de nouvelles séductions.

On fait, pour la prochaine saison des eaux, des robes tarlatanes brodées en paille, d'autres au point de chaînette de couleurs. C'est aussi pour ces réunions que les vieux bijoux sont très-recherchés. Le fichu du matin ou le canezou ne saurait être attaché autrement que par une petite épingle en grenat ou en chrysoprase entourée de marcassite. A la ceinture il faut une châtelaine. Une ou deux grosses bagues sont également indispensables. Et l'on ne peut se passer d'épingles pour la coiffure, de bracelets, d'échelles de corsage en grosses coques de perles entourées de marcassites, et enfin de chaînes, toujours de marcassite, car ces chaînes trouvent partout à se placer, soit retenues par des épingles semblables dans les cheveux, soit suspendues à l'épingle du corsage.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

C'est en vain que l'étranger tenterait d'humilier la France ou de l'abaisser.


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