Bulletin bibliographique.Cours de littérature, parAmédée Duquesnel:Histoire des Lettres au moyen âge, t. IV;Histoire des lettres aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles; t. V et VI. In-8.W. Coquebert, éditeur.M. Duquesnel, qui avait débuté par résumer l'histoire des lettres chez les anciens, a entrepris l'histoire de la littérature en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'à nos jours. Son travail, fort avancé, entame déjà le dix-huitième siècle. Ce jeune et laborieux écrivain a même saisi par anticipation l'époque contemporaine dans un livre en deux volumes qui a pour titre:Du travail intellectuel en France, résumé de la littérature française de 1815 à 1837; il ne reste donc plus qu'une lacune de cent et quelques années. Lorsqu'elle sera remplie, nous pourrons suivre, grâce à l'auteur, dans un tableau continu, le développement des lettres pendant plus de trois mille ans. Nous n'avons pas à nous occuper des trois premiers volumes, qui exposent, outre l'antiquité, les origines des littératures modernes. Ceux que nous avons sous les yeux embrassent le moyen âge à dater du sixième siècle et les temps modernes depuis la renaissance jusqu'au dix-huitième siècle. Ce serait encore une tâche considérable si nous voulions contrôler sur tous les points cette partie de l'ouvrage de M. Duquesnel. Nous nous bornerons donc à juger l'ensemble et quelques détails. Aussi bien ne crois-je pas que sur une masse aussi imposante de faits et de jugements, personne au monde puisse avoir une compétence universelle.Il est évident qu'un travail de ce genre doit être, avant tout, un résumé des histoires antérieures; car aucun écrivain, si érudit et si laborieux qu'on le suppose, ne peut avoir dévoré moins encore digéré les œuvres de tant de siècles et de tant de peuples. L'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre, la France, ont produit en œuvres littéraires dignes d'attention, assez de livres pour que la vie d'un homme ne suffise pas à les feuilleter. Donc, par force majeure, l'auteur parlera souvent sur la foi d'autrui, et lorsqu'il ne transcrira pas ses devanciers, il les abrégera, heureux si sur quelques points il apporte des études et des sentiments personnels! Qui veut la fin veut les moyens; Or, les moyens de l'entreprise de M. Duquesnel sont la connaissance et l'exploitation des historiens littéraires, à défaut des œuvres originales. Qu'on ne croie pas que cette tâche secondaire puisse être remplie avec succès par un esprit vulgaire; il faut beaucoup de discernement pour choisir les traits caractéristiques dans le tableau d'une époque, pour classer les faits avec méthode, pour concilier des jugements contradictoires, pour éviter la sécheresse et l'obscurité, enfin pour arriver à la proportion des parties et à l'intérêt de l'ensemble. Celui qui résume doit apporter de son fonds des idées générales d'histoire et de critique et un langage qui mette en relief tout ce qu'il exprime.Nous sommes loin d'affirmer que M. Duquesnel réunisse sans exception toutes les qualités nécessaires pour atteindre à la perfection dans un résumé, mais nous pouvons le louer hautement d'une vertu fort rare chez les écrivains qui tirent d'autrui la substance de leurs œuvres, je veux dire la probité. M. Duquesnel ne donne sous son nom et sous sa garantie que ce qui lui appartient réellement, et il avoue hautement ses emprunts. J'en sais d'autres qui sont moins scrupuleux et qu'on mettrait à nu si on les dépouillait de leurs larcins anonymes. Notre jeune auteur a respecté les principes du droit des gens en matière littéraire; nous le croyons irréprochable sur ce point. Nous nous plaindrons seulement qu'il ait négligé plusieurs des sources où il pouvait puiser. Ainsi, par exemple, pour la littérature italienne, il nous semble qu'il aurait pu, sans dédaigner M. de Sismondi, consulter plus souvent Ginguené. Je le louerai sans doute d'avoir suivi pour le tableau du moyen âge les lignes tracées par M. Villemain, et d'avoir paré son livre de quelques fragments tirés de notre illustre historien littéraire; mais je lui reprocherai de n'avoir tiré aucun parti de travaux plus récents qui ont pour objet spécial les essais de poésie héroïque et dramatique pendant la même période. Il serait facile de multiplier les reproches de ce genre.M. Duquesnel mêle dans sa composition l'histoire, la biographie et la critique. Il ne nous paraît pas qu'il ait toujours employé ces trois éléments dans une proportion convenable, ni surtout qu'il les ait fondus de manière à les éclairer mutuellement. Les détails biographiques dans une histoire générale ne doivent venir que s'ils jettent quelque lumière sur le génie de l'écrivain. Or, il est rare que M. Duquesnel fasse ce rapprochement: il raconte et il juge successivement sans chercher le lien des faits et des œuvres. Même ces esquisses biographiques ne sont pas toujours d'une parfaite exactitude. Voici comme échantillon les traits par lesquels l'auteur pense faire connaître Paul de Gondi: «Il eut pour précepteur l'illustre Vincent de Paul, et se fit remarquer dans ses études. En 1643, il prit le bonnet de docteur en Sorbonne et fut nommé la même année coadjuteur de l'archevêque de Paris; mais ces honneurs furent vains. L'abbé de Gondi, entraîné par son humeur ardente, s'éloignait de plus en plus de l'esprit de son état: il sollicitait les plus hautes dignités de l'Église, et se battait en duel comme un mousquetaire. Abandonné à sa passion pour les femmes, dévoré du besoin de l'intrigue et d'une ambition très inquiète, on le vit préparer la guerre civile dès que Mazarin eut été mis à la tête du gouvernement, lever à ses frais un régiment que l'on nomma le régiment de Corinthe, prendre séance au Parlement en laissant sortir de sa poche la poignée de son poignard, etc.» Tout ce morceau, qui veut être méchant, n'est ni exact ni piquant. L'abbé de Gondi prit longtemps avant 1643, en Sorbonne, ses degrés, qui ne l'élevèrent pas jusqu'au doctorat: je ne crois pas que les mousquetaires fussent plus ferrailleurs que les autres porteurs d'épée, et de plus il y a un étrange anachronisme à faire du coadjuteur un duelliste, car c'est dans son extrême jeunesse que Paul de Gondi fit bruit de ses duels et de ses galanteries pour éviter de prendre les ordres et rejeter la soutane dont on avait chargé ses épaules d'adolescent. Peut-on dire que le coadjuteur ait préparé la guerre civile, qu'il ait levé un régiment dès que Mazarin fut premier ministre, puisque la Fronde ne se forma que cinq ans après, que Retz n'y fut précipité que par les dédains de la cour, et qu'il n'organisa son célèbre régiment que pendant le blocus de Paris? Ne semble-t-il pas aussi que le poignard inoffensif dont le coadjuteur arma sa poche une seule fois pendant la seconde Fronde fit partie intégrante de ses insignes archiépiscopaux? Ceci ne nous apprend pertinemment qu'une seule chose, c'est que si M. Duquesnel a lu les mémoires du cardinal de Retz, il n'en a gardé qu'un souvenir bien confus.--Puisque j'en suis aux chicanes biographiques, je demanderai à M. Duquesnel où il a vu que madame de Lafayette, née en 1632 et morte en 1693, n'ait vécu que trente-huit ans.Malgré beaucoup d'imperfections qu'il nous serait facile de signaler, M. Duquesnel a fait un ouvrage qui ne manque ni d'utilité ni d'intérêt. Nous souhaitons d'autant plus vivement qu'il réussisse, qu'une réimpression lui permettrait de remplir bien des lacunes, de réparer bien des erreurs et de mettre à profit des ouvrages récents ou anciens qu'il n'a pas consultés et qui valent mieux que ceux dont il s'est aidé. Nous pensons qu'il pouvait se dispenser d'invoquer l'autorité littéraire de M. Mély-Janin, dont il cite une page, et n'emprunter des idées littéraires à une histoire qui n'est pas toujours judicieuse. Prions le, crainte d'oubli, de rectifier dans l'occasion une fausse leçon de quelques vers de Charles d'Orléans. On lit dans l'édition de Chalvet (Grenoble, 1803):En regardant vers le pays de France,Un jour m'advintadouresur la mer;Qu'il me souvint de la doulce plaisanceQue je soulois audit pays trouver.Ces vers harmonieux sans doute, gracieux par l'image qu'on entrevoit, touchants par le sentiment qu'on devine, ont l'inconvénient d'être inintelligibles. Tels qu'ils sont, M. Duquesnel les goûte fort. Eh bien! qu'il consulte l'édition donnée par M. Guichard, et il verra qu'il fallait direà Dovre(Douvre)sur la mer, et ne mettre qu'une virgule à la fin du vers, ce qui rend l'admiration plus légitime, parce qu'alors on comprend.Nous ne pousserons pas plus loin les remarques de ce genre; mais nous voulons attirer l'attention de M. Duquesnel sur la langue qu'il parle. Nous ne croyons pas que pour bien écrire, il suffise de vivre en paix avec la syntaxe. On renonce au titre d'écrivain, si on se contente d'expressions vagues, si on adopte toutes celles que l'improvisation introduit à la tribune et dans les journaux, et qui n'en seront pas moins longtemps encore des barbarismes pour les gens de goût; si enfin on accepte ces phrases toutes faites qui cessent si vite d'avoir un sens, ou du moins de l'exprimer, si elles le conservent. M. Duquesnel croit-il avoir dit quelque chose lorsqu'il écrit queles Provincialesexcitèrent un enthousiasmeimpossible à décrire?pense-t-il parler élégamment et même purement, lorsqu'il dit que l'actprogresse, que des principes sontbaséssur, etc., qu'un livre n'est pasanalysable, et qu'il déclare ne pas savoir par quelleramificationBoursault futattiréà la cour? Au risque de passer pour pédant, continuons cette leçon, et ouvrons au hasard un des volumes de M. Duquesnel.Je tombe sur la page 230, vol. VI. J'y lis un morceau surRégnard (sic). Lisons d'abord Regnard et prononçons Renard. Continuons et «Une intrigue d'amourle fit s'embarquer....» Voilà du patois si je ne me trompe. Deux lignes plus loin, je vois:«Regnard, gourmand etcuisinier, art qu'il avait appris...» J'apprends ici pour la première fois que cuisinier est un art: possible, dans le français de cuisine, non dans celui des maîtres. Que dire de la phrase suivante: «On dit qu'après avoir vécu au milieud'une voluptueuse gaieté, il mourut duspleenen 1709.» A cette époque, le spleen n'avait pas encore été importé d'Angleterre en France; c'est au moins un anachronisme de langage; de plus, c'est une erreur, car la tradition fait mourir Regnard d'une médecine de cheval qu'il s'administra de sa propre autorité, avec la complicité d'un vétérinaire. Et ceci: «Ses épîtres et ses autres poésies n'ont guère de caractère etmanquent souvent de conviction.» Ainsi les épîtres de Regnard ne sont pas toujours convaincues. Nous voilà bien instruits!» «LeBatet laSérénadesont des ébauches sans valeur par lesquelles le poètepréludait à sa carrière.» Préluder à une carrière! qu'en pensez-vous? «Regnard ne peut être classé qu'à une distanceincommensurablede Molière.» Faut-il apprendre à M. Duquesnel qu'incommensurable se dit de deux étendues qui n'ont point de mesure commune, et que par conséquent une distance, considérée absolument, n'est jamais incommensurable? Encore une petite citation prise dans le voisinage et à distance très-mesurable: c'est trois lignes plus bas: «On n'y trouve presque jamais ces vues morales si élevées que Molière jette à pleines mains dans son œuvre immortelle.» Pour jeter des vues à pleines mains, il faudrait avoir des vues dans les mains; or, est-ce là leur place? et pourquoi M. Duquesnel met-il de si étranges figures dans sa prose?Nous faisons ces remarques, parce que M. Duquesnel ne passe pas pour écrire plus négligemment qu'un autre, et qu'effectivement il y a bon nombre de nos auteurs, parmi ceux dont on loue le style, qui ne supporteraient pas mieux les regards de la critique... si on critiquait encore.Z.Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le Droit civil; parM. G. Massé, avocat à la cour royale de Paris, 2 vol. in-8. 15 fr.--Paris, 1844.Guillaumin.Depuis le rétablissement de la paix, l'industrie et le commerce ont pris des développements inattendus. L'esprit militaire, si puissant autrefois, est en pleine décadence. La pensée de l'abbé de Saint-Pierre, trop longtemps regardée comme un rêve d'honnête homme, marche à grands pas vers sa réalisation. «S'il est un fait évident, dit le capitaine Ferdinand Durand, dans la préface de son livre sur les tendances pacifiques de la société européenne, c'est que de toutes les théories sociales ravivées par la révolution de 1830, celle qui tend à prendre la première place dans les cœurs généreux, celle qui remue le plus les intelligences larges et nobles, c'est la théorie du progrès pacifique. Ne devons-nous pas nous en féliciter tous? Est-il une pensée plus consolante pour l'homme que celle qui lui montre la vie terrestre comme une marche incessante vers un état meilleur, vers un état de paix et d'association?»Que l'on partage ou non l'opinion de M. F. Durand, on ne peut nier l'existence de la paix et les progrès toujours croissants de l'industrie et du commerce. Or, ces relations nouvelles toutes pacifiques et commerciales qui se forment et se consolident chaque jour entre des nations étrangères ou entre les diverses populations d'un même peuple, ont naturellement établi des rapports, imposé des devoirs, fait naître des intérêts, en un mot, créé des droits nouveaux. De là, l'utilité, la nécessité même d'étudier le Droit commercial dans ses rapports actuels ou futurs avec le Droit des gens et le Droit civil.Cette étude est d'autant plus utile et nécessaire en ce qui touche le Droit des gens, que les grands travaux des maîtres de la science remontent à une époque où l'Europe était encore dominée par les systèmes politiques ou religieux qui, depuis la chute de l'empire romain, avaient produit une succession non interrompue de guerres et de désastres publics; et que, si d'heureuses modifications dans la conduite des peuples les uns envers les autres se sont manifestées plus tard, les vingt-cinq ans de guerre qui ont marqué la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième, ont fait perdre en peu d'années, à certains principes, tout le terrain qu'ils avaient mis des siècles à conquérir. «Ce terrain est regagné aujourd'hui, dit M. Massé; mais, pour n'être plus exposés à le perdre encore, il faut constater les conquêtes que nous avons faites et en tenter de nouvelles, déterminer les droits, trop longtemps incertains, que la paix donne aux nations; montrer comment le commerce et la paix s'entretiennent l'un par l'autre, parce que le commerce a besoin de paix, de même que la paix a besoin de commerce; rechercher comment la guerre ne doit être faite qu'en vue de la paix; expliquer les droits respectifs des belligérants; indiquer la limite de ces droits, quand ils se trouvent en contact avec ceux des neutres; enfin, établir l'édifice social sur l'intérêt de tous, qui n'est autre chose que l'observation réciproque des droits et des devoirs, également répartis entre tous les hommes.» Il y a une relation nécessaire entre le mouvement des affaires internationales et celui des affaires intérieures. Le commerce intérieur et le commerce extérieur se prêtent un mutuel appui. Les principes de droit qui régissent l'un sont donc le complément nécessaire de ceux qui régissent l'autre. Le Droit privé se présente à la suite du Droit des gens, comme les transactions privées reçoivent leur impulsion des transactions publiques.Le Droit privé, lorsqu'il a pour objet les transactions commerciales, devient le Droit commercial, et se distingue alors du Droit civil proprement dit. Mais les différences qui existent entre l'un et l'autre droit, profondément marquées lorsque le commerce n'avait pas pris tous les développements auxquels il est parvenu de nos jours, s'effacent peu à peu, depuis que la plupart des transactions privées tendent à revêtir une forme commerciale et industrielle. Le droit commercial a fait et fait encore d'importantes conquêtes sur le Droit civil. Dans l'opinion de M. Massée, l'avenir de la jurisprudence lui appartient. Montrer les rapports du Droit civil et du Droit commercial, expliquer et compléter ces deux droits l'un par l'autre, telle est donc la tâche que M. Massé s'est imposée, avec la conviction que cet ensemble de recherches qui résumera les conquêtes du Droit commercial sur le Droit des gens et sur le Droit civil, intéressera également le jurisconsulte, l'homme d'État, l'économiste et le philosophe. C'est parce que nous partagions cette conviction, c'est parce que nous avons reconnu combien elle était légitime et fondée, que nous annonçons aujourd'hui dans notre bulletin le consciencieux et intéressant travail de M. Massé. Quand il sera terminé, nous essaierons de l'apprécier.Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le Droit civil, formera six forts volumes in-8°, qui paraîtront en trois livraisons de chacune deux volumes.La première livraison est en vente. Elle renferme l'exposition des caractères du Droit civil proprement dit, et du Droit commercial, et le Droit des gens public et privé dans ses rapports avec le commerce.La deuxième livraison est sous presse et paraîtra en septembre 1844. Elle sera consacrée à l'examen des règles du Droit civil sur l'état des personnes et leur capacité, au point de vue commercial; sur les biens considérés comme objet de commerce; aux contrats et obligations en général; aux contrats de société, et à la vente.La troisième livraison paraîtra en décembre 1844. Elle contiendra le contrat de change, le prêt, le dépôt, le mandat et la commission, le louage des choses, d'ouvrage et d'industrie, ainsi que le louage maritime; les contrats aléatoires, les assurances maritimes et terrestres; enfin, le cautionnement, le gage, les privilèges et hypothèques, la contrainte par corps, et les règles particulières aux faillites.L'Univers pittoresque, histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, mœurs, coutumes, industries, etc.,--Europe, t. XXIX,Belgique et Hollande, parM. Van Hasselt, membre de l'Académie royale de Bruxelles. 1 vol. in-8. 6 fr.--Paris, 1844,Firmin Didot.Cette grande collection, entreprise il y a plusieurs années par MM. Didot, touche à sa fin. Le volume que nous annonçons aujourd'hui est le tome vingt neuvième de l'Europe. Il comprend la Belgique et la Hollande. L'auteur, M. Van Hasselt, a su profiter de toutes les recherches historiques qui, depuis quelques années, ont été poursuivies avec tant d'ardeur et de succès, en Belgique et en Hollande, par MM. Raepsaet, Dewes, Ernst, Nothomb, les barons de Gerlache, de Reiffenberg et de Saint-Genois, les chanoines de Smet et de Ram, Willems, Gachard, Moke, Marchal, Piolain, Schayes, Borguet, etc. En parcourant son livre, on s'aperçoit qu'il leur a fait de nombreux emprunts. Malheureusement pour ses lecteurs, M. Van Hasselt s'est trop occupé des faits proprement dits. Sur les 532 pages dont se compose ce volume, l'histoire des révolutions politiques, des batailles, traités de paix, révoltes, etc., en remplit 506; 32 pages seulement sont consacrées aux beaux-arts, aux lettres, au commerce et à l'industrie de ces deux contrées, où les beaux-arts ont brillé d'un si vif éclat, et où le commerce et l'industrie ont, à diverses époques, atteint à un tel degré de prospérité. Bien qu'il ait avoué sa faute et qu'il s'en montre repentant, M. Van Hasselt n'en mérite pas moins nos reproches pour s'être ainsi laissé entraîner dans sa première partie au delà des limites que lui imposaient le titre et l'idée mère de l'utile collection qui s'honorait de le compter parmi ses collaborateurs.Œuvres morales de Plutarque, traduits parRicard, 5 vol. in-18.--Paris, 1844.Didier. 3 fr. 50 c. le volume.«J'avoue mon goût pour les anciens, écrivait Montesquieu dans sesPensées diverses; cette antiquité m'enchante, et je suis toujours prêt à dire avec plaisir: «C'est à Athènes que vous allez, respectez les dieux.»«J'ai eu toute ma vie un goût décidé pour les ouvrages des anciens, j'ai admiré plusieurs critiques faites contre eux, mais j'ai toujours admiré les anciens. J'ai étudié mon goût, et j'ai examiné; ce n'était point un de ces goûts malades sur lesquels on ne doit faire aucun fond; mais, plus j'ai examiné, plus j'ai senti que j'avais raison d'avoir senti comme j'ai senti.«Les livres anciens sont pour les auteurs, les nouveaux pour les lecteurs.»Qui ne partagerait cette opinion, ces sentiments de l'auteur de l'Esprit des Lois?Protestons seulement contre ce dernier jugement, surtout lorsqu'il s'agit de Plutarque; et remercions M. Didier d'avoir réimprimé en cinq volumes d'un format commode et d'un prix accessible à toutes les bourses, les œuvres morales de l'immortel biographe des grands hommes de l'antiquité grecque et romaine. C'est un véritable service qu'il a rendu aux lecteurs comme aux auteurs. La plupart des traités compris dans cette collection sont des modèles de bon sens et de goût, dont l'étude est aussi profitable qu'intéressante. Quelques-uns ont un peu vieilli, il est vrai, mais d'autres semblent avoir été écrits hier pour l'instruction et la moralisation des hommes d'aujourd'hui. Lisez-les donc si vous avez le malheur de ne pas les connaître; relisez-les si vous êtes assez heureux pour les avoir déjà médités.Allégorie du mois de Juillet.--Le Lion.Sophocle venant réclamer ses droits d'auteurà l'Odéon.--Caricature par Cham.Amusements des Sciences.SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE SOIXANTE-SIXIÈME NUMÉRO.I. Toutes nos monnaies, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, ont des poids qui peuvent s'exprimer en multiples ou sous-multiples exacts du gramme. La pièce de 5 francs, entre autres, pèse 25 grammes (cinq fois le poids de la pièce de 1 franc); de sorte que 20 pièces de 5 francs, ou 100 francs, pèsent 500 grammes.Le moyen le plus simple pour compter une grande somme d'argent en pièces de 5 francs consistera donc à la peser par parties.Ainsi, supposons que les pesées se fassent par tas de 560 kilog; chaque tas vaudra 100,000 francs. Un million de francs exigera dix pesées de ce genre, c'est-à-dire au moins une heure, à six minutes pour chaque tas.S'il s'agissait, non plus d'un million, mais d'un milliard, somme que notre budget dépasse actuellement de beaucoup, il faudrait mille heures pour le compter, d'après cette base. Or mille heures, à douze heures de travail par jour, c'est quatre-vingt-trois jours quatre heures.M. Souquet, auteur d'une excellente Métrologie française, à laquelle nous empruntons ces détails, fait observer que le mode ordinaire de comptage à la main par piles de 100 francs exigerait un temps beaucoup plus long. Ainsi, à 240,100 francs par jour de douze heures, il faudrait quatre mille cent soixante-six jours, ou onze ans et cinq mois.--Le poids d'un milliard en argent étant de 5,000,000 de kilog., exigerait, pour être transporté sur mer, dix navires de 500 tonneaux chacun. (Le tonneau est de 1,000 kilog.)Pour déplacer ce poids sur une route ordinaire, en supposant que chaque cheval pût traîner 1,500 kilog., dont un tiers seulement appartenant au véhicule, il faudrait cinq mille chevaux.Le volume occupé par cette masse d'argent fondue serait de 475 mètres cubes; le rayon de la sphère qu'occuperait ce volume serait de 4 m. 85 environ.Les deux cents millions de pièces de 5 francs, qui font un milliard, étant mises bout à bout, à raison de vingt-sept par mètre, occuperaient une longueur de 7,407 kilomètres, à peu près la sixième partie de la circonférence de la terre.II. Tout mouvement sur une ligne courbe donne lieu à un développement de la force que l'on appelle centrifuge; force dont on a l'idée en faisant mouvoir circulairement avec une grande vitesse un morceau de plomb attaché à un fil dont on tient l'autre extrémité à la main. La tension du fil augmente ou diminue avec la vitesse de rotation. Mais dans le cas particulier où un corps tourne sur lui même autour d'un arc par rapport auquel la figure de ce corps est symétriquement disposée, la pression exercée par la force centrifuge sur l'axe devient nulle, et la propriété caractéristique d'un axe de ce genre, c'est que le mouvement continuerait indéfiniment à s'y opérer, sans la résistance des frottements.Or une toupie, un toton ont une figure symétrique autour de leur axe. Si donc on a placé cet axe verticalement, et qu'on leur ait ensuite imprimé un mouvement de rotation rapide, l'axe restera dans la position, sans que le joujou tombe, tant que le frottement de la pointe et la résistance de l'air n'auront pas anéanti l'impulsion primitive.Si l'axe n'a pas été placé verticalement à l'origine du mouvement, mais que le centre de gravité soit placé suffisamment bas, l'axe oscillera en tournoyant lui-même autour de la verticale, et y arrivera bientôt.III. La tendance d'un corps à s'éloigner de la verticale est d'autant plus prononcée, que le centre de gravité de ce corps s'en éloigne lui-même d'une quantité angulaire plus considérable. Or, supposons deux bâtons d'un mètre, ayant leur centre de gravité, l'un à dix centimètres de l'extrémité inférieure, l'autre à la même distance de l'extrémité supérieure.--Il est clair que pour une déviation d'un centimètre de la verticale, le premier point aura décrit un angle beaucoup plus grand que le second, aura tourné d'une quantité angulaire plus considérable autour de l'extrémité inférieure prise pour point d'appui.--Telle est la raison du fait signalé.NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.I. Imaginer une voiture qui transporte les fardeaux avec une seule roue, sans châssis de support, ni ressorts, ni trains séparés.II. Pourquoi la lune et le soleil, à l'horizon, nous paraissent-ils plus grands qu'au point le plus élevé de leur cours?Correspondance.A M. A., à Paris.--Puisque vous dites vous-même que le début de votre lettre est impertinent, nous n'y changerons rien. Va pour impertinent. Nous ajouterons seulement qu'il ne suffit pas d'être un homme sensible; un peu d'orthographe ne gâte rien. On écrit:assezet nonassès; vousavezet non vousavès.A M. C., à Turin.--Nous avons reçu votre récit et le dessin de la salle du concert. Le dessin est à la gravure. Continuez à nous tenir informés de tout ce qui arrive d'intéressant dans votre pays; nous profiterons de vos communications, et vous contribuerez à justifier notre titre deJournal universel.A M. P., à Venise.--Nous donnerons la place Saint-Marc, avec la scène de la grande tombola par laquelle on a inauguré l'éclairage au gaz de cette place. Mille remerciements.A M..., à Saint-Pétersbourg.--Nous faisons graver la statue et imprimer votre lettre.A M. A. B., à Paris.--Nous recueillons des renseignements sur le Maroc; vous serez satisfait.A M. F. G., à Lausanne.--Nous venons de recevoir d'un de vos compatriotes une belle suite de dessins sur le tir fédéral. Nous ne négligeons pas la Suisse, comme vous semblez nous le reprocher. Vous le verrez encore bientôt à un autre signe: nous faisons graver avec soin les plus beaux paysages de l'école de Genève.Rébus.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.Le gendarme emprisonnera maintenant le chasseur chassant ses lièvres en temps prohibé.
Cours de littérature, parAmédée Duquesnel:Histoire des Lettres au moyen âge, t. IV;Histoire des lettres aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles; t. V et VI. In-8.W. Coquebert, éditeur.
M. Duquesnel, qui avait débuté par résumer l'histoire des lettres chez les anciens, a entrepris l'histoire de la littérature en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'à nos jours. Son travail, fort avancé, entame déjà le dix-huitième siècle. Ce jeune et laborieux écrivain a même saisi par anticipation l'époque contemporaine dans un livre en deux volumes qui a pour titre:Du travail intellectuel en France, résumé de la littérature française de 1815 à 1837; il ne reste donc plus qu'une lacune de cent et quelques années. Lorsqu'elle sera remplie, nous pourrons suivre, grâce à l'auteur, dans un tableau continu, le développement des lettres pendant plus de trois mille ans. Nous n'avons pas à nous occuper des trois premiers volumes, qui exposent, outre l'antiquité, les origines des littératures modernes. Ceux que nous avons sous les yeux embrassent le moyen âge à dater du sixième siècle et les temps modernes depuis la renaissance jusqu'au dix-huitième siècle. Ce serait encore une tâche considérable si nous voulions contrôler sur tous les points cette partie de l'ouvrage de M. Duquesnel. Nous nous bornerons donc à juger l'ensemble et quelques détails. Aussi bien ne crois-je pas que sur une masse aussi imposante de faits et de jugements, personne au monde puisse avoir une compétence universelle.
Il est évident qu'un travail de ce genre doit être, avant tout, un résumé des histoires antérieures; car aucun écrivain, si érudit et si laborieux qu'on le suppose, ne peut avoir dévoré moins encore digéré les œuvres de tant de siècles et de tant de peuples. L'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre, la France, ont produit en œuvres littéraires dignes d'attention, assez de livres pour que la vie d'un homme ne suffise pas à les feuilleter. Donc, par force majeure, l'auteur parlera souvent sur la foi d'autrui, et lorsqu'il ne transcrira pas ses devanciers, il les abrégera, heureux si sur quelques points il apporte des études et des sentiments personnels! Qui veut la fin veut les moyens; Or, les moyens de l'entreprise de M. Duquesnel sont la connaissance et l'exploitation des historiens littéraires, à défaut des œuvres originales. Qu'on ne croie pas que cette tâche secondaire puisse être remplie avec succès par un esprit vulgaire; il faut beaucoup de discernement pour choisir les traits caractéristiques dans le tableau d'une époque, pour classer les faits avec méthode, pour concilier des jugements contradictoires, pour éviter la sécheresse et l'obscurité, enfin pour arriver à la proportion des parties et à l'intérêt de l'ensemble. Celui qui résume doit apporter de son fonds des idées générales d'histoire et de critique et un langage qui mette en relief tout ce qu'il exprime.
Nous sommes loin d'affirmer que M. Duquesnel réunisse sans exception toutes les qualités nécessaires pour atteindre à la perfection dans un résumé, mais nous pouvons le louer hautement d'une vertu fort rare chez les écrivains qui tirent d'autrui la substance de leurs œuvres, je veux dire la probité. M. Duquesnel ne donne sous son nom et sous sa garantie que ce qui lui appartient réellement, et il avoue hautement ses emprunts. J'en sais d'autres qui sont moins scrupuleux et qu'on mettrait à nu si on les dépouillait de leurs larcins anonymes. Notre jeune auteur a respecté les principes du droit des gens en matière littéraire; nous le croyons irréprochable sur ce point. Nous nous plaindrons seulement qu'il ait négligé plusieurs des sources où il pouvait puiser. Ainsi, par exemple, pour la littérature italienne, il nous semble qu'il aurait pu, sans dédaigner M. de Sismondi, consulter plus souvent Ginguené. Je le louerai sans doute d'avoir suivi pour le tableau du moyen âge les lignes tracées par M. Villemain, et d'avoir paré son livre de quelques fragments tirés de notre illustre historien littéraire; mais je lui reprocherai de n'avoir tiré aucun parti de travaux plus récents qui ont pour objet spécial les essais de poésie héroïque et dramatique pendant la même période. Il serait facile de multiplier les reproches de ce genre.
M. Duquesnel mêle dans sa composition l'histoire, la biographie et la critique. Il ne nous paraît pas qu'il ait toujours employé ces trois éléments dans une proportion convenable, ni surtout qu'il les ait fondus de manière à les éclairer mutuellement. Les détails biographiques dans une histoire générale ne doivent venir que s'ils jettent quelque lumière sur le génie de l'écrivain. Or, il est rare que M. Duquesnel fasse ce rapprochement: il raconte et il juge successivement sans chercher le lien des faits et des œuvres. Même ces esquisses biographiques ne sont pas toujours d'une parfaite exactitude. Voici comme échantillon les traits par lesquels l'auteur pense faire connaître Paul de Gondi: «Il eut pour précepteur l'illustre Vincent de Paul, et se fit remarquer dans ses études. En 1643, il prit le bonnet de docteur en Sorbonne et fut nommé la même année coadjuteur de l'archevêque de Paris; mais ces honneurs furent vains. L'abbé de Gondi, entraîné par son humeur ardente, s'éloignait de plus en plus de l'esprit de son état: il sollicitait les plus hautes dignités de l'Église, et se battait en duel comme un mousquetaire. Abandonné à sa passion pour les femmes, dévoré du besoin de l'intrigue et d'une ambition très inquiète, on le vit préparer la guerre civile dès que Mazarin eut été mis à la tête du gouvernement, lever à ses frais un régiment que l'on nomma le régiment de Corinthe, prendre séance au Parlement en laissant sortir de sa poche la poignée de son poignard, etc.» Tout ce morceau, qui veut être méchant, n'est ni exact ni piquant. L'abbé de Gondi prit longtemps avant 1643, en Sorbonne, ses degrés, qui ne l'élevèrent pas jusqu'au doctorat: je ne crois pas que les mousquetaires fussent plus ferrailleurs que les autres porteurs d'épée, et de plus il y a un étrange anachronisme à faire du coadjuteur un duelliste, car c'est dans son extrême jeunesse que Paul de Gondi fit bruit de ses duels et de ses galanteries pour éviter de prendre les ordres et rejeter la soutane dont on avait chargé ses épaules d'adolescent. Peut-on dire que le coadjuteur ait préparé la guerre civile, qu'il ait levé un régiment dès que Mazarin fut premier ministre, puisque la Fronde ne se forma que cinq ans après, que Retz n'y fut précipité que par les dédains de la cour, et qu'il n'organisa son célèbre régiment que pendant le blocus de Paris? Ne semble-t-il pas aussi que le poignard inoffensif dont le coadjuteur arma sa poche une seule fois pendant la seconde Fronde fit partie intégrante de ses insignes archiépiscopaux? Ceci ne nous apprend pertinemment qu'une seule chose, c'est que si M. Duquesnel a lu les mémoires du cardinal de Retz, il n'en a gardé qu'un souvenir bien confus.--Puisque j'en suis aux chicanes biographiques, je demanderai à M. Duquesnel où il a vu que madame de Lafayette, née en 1632 et morte en 1693, n'ait vécu que trente-huit ans.
Malgré beaucoup d'imperfections qu'il nous serait facile de signaler, M. Duquesnel a fait un ouvrage qui ne manque ni d'utilité ni d'intérêt. Nous souhaitons d'autant plus vivement qu'il réussisse, qu'une réimpression lui permettrait de remplir bien des lacunes, de réparer bien des erreurs et de mettre à profit des ouvrages récents ou anciens qu'il n'a pas consultés et qui valent mieux que ceux dont il s'est aidé. Nous pensons qu'il pouvait se dispenser d'invoquer l'autorité littéraire de M. Mély-Janin, dont il cite une page, et n'emprunter des idées littéraires à une histoire qui n'est pas toujours judicieuse. Prions le, crainte d'oubli, de rectifier dans l'occasion une fausse leçon de quelques vers de Charles d'Orléans. On lit dans l'édition de Chalvet (Grenoble, 1803):
En regardant vers le pays de France,Un jour m'advintadouresur la mer;Qu'il me souvint de la doulce plaisanceQue je soulois audit pays trouver.
En regardant vers le pays de France,Un jour m'advintadouresur la mer;Qu'il me souvint de la doulce plaisanceQue je soulois audit pays trouver.
En regardant vers le pays de France,
Un jour m'advintadouresur la mer;
Qu'il me souvint de la doulce plaisance
Que je soulois audit pays trouver.
Ces vers harmonieux sans doute, gracieux par l'image qu'on entrevoit, touchants par le sentiment qu'on devine, ont l'inconvénient d'être inintelligibles. Tels qu'ils sont, M. Duquesnel les goûte fort. Eh bien! qu'il consulte l'édition donnée par M. Guichard, et il verra qu'il fallait direà Dovre(Douvre)sur la mer, et ne mettre qu'une virgule à la fin du vers, ce qui rend l'admiration plus légitime, parce qu'alors on comprend.
Nous ne pousserons pas plus loin les remarques de ce genre; mais nous voulons attirer l'attention de M. Duquesnel sur la langue qu'il parle. Nous ne croyons pas que pour bien écrire, il suffise de vivre en paix avec la syntaxe. On renonce au titre d'écrivain, si on se contente d'expressions vagues, si on adopte toutes celles que l'improvisation introduit à la tribune et dans les journaux, et qui n'en seront pas moins longtemps encore des barbarismes pour les gens de goût; si enfin on accepte ces phrases toutes faites qui cessent si vite d'avoir un sens, ou du moins de l'exprimer, si elles le conservent. M. Duquesnel croit-il avoir dit quelque chose lorsqu'il écrit queles Provincialesexcitèrent un enthousiasmeimpossible à décrire?pense-t-il parler élégamment et même purement, lorsqu'il dit que l'actprogresse, que des principes sontbaséssur, etc., qu'un livre n'est pasanalysable, et qu'il déclare ne pas savoir par quelleramificationBoursault futattiréà la cour? Au risque de passer pour pédant, continuons cette leçon, et ouvrons au hasard un des volumes de M. Duquesnel.
Je tombe sur la page 230, vol. VI. J'y lis un morceau surRégnard (sic). Lisons d'abord Regnard et prononçons Renard. Continuons et «Une intrigue d'amourle fit s'embarquer....» Voilà du patois si je ne me trompe. Deux lignes plus loin, je vois:
«Regnard, gourmand etcuisinier, art qu'il avait appris...» J'apprends ici pour la première fois que cuisinier est un art: possible, dans le français de cuisine, non dans celui des maîtres. Que dire de la phrase suivante: «On dit qu'après avoir vécu au milieud'une voluptueuse gaieté, il mourut duspleenen 1709.» A cette époque, le spleen n'avait pas encore été importé d'Angleterre en France; c'est au moins un anachronisme de langage; de plus, c'est une erreur, car la tradition fait mourir Regnard d'une médecine de cheval qu'il s'administra de sa propre autorité, avec la complicité d'un vétérinaire. Et ceci: «Ses épîtres et ses autres poésies n'ont guère de caractère etmanquent souvent de conviction.» Ainsi les épîtres de Regnard ne sont pas toujours convaincues. Nous voilà bien instruits!» «LeBatet laSérénadesont des ébauches sans valeur par lesquelles le poètepréludait à sa carrière.» Préluder à une carrière! qu'en pensez-vous? «Regnard ne peut être classé qu'à une distanceincommensurablede Molière.» Faut-il apprendre à M. Duquesnel qu'incommensurable se dit de deux étendues qui n'ont point de mesure commune, et que par conséquent une distance, considérée absolument, n'est jamais incommensurable? Encore une petite citation prise dans le voisinage et à distance très-mesurable: c'est trois lignes plus bas: «On n'y trouve presque jamais ces vues morales si élevées que Molière jette à pleines mains dans son œuvre immortelle.» Pour jeter des vues à pleines mains, il faudrait avoir des vues dans les mains; or, est-ce là leur place? et pourquoi M. Duquesnel met-il de si étranges figures dans sa prose?
Nous faisons ces remarques, parce que M. Duquesnel ne passe pas pour écrire plus négligemment qu'un autre, et qu'effectivement il y a bon nombre de nos auteurs, parmi ceux dont on loue le style, qui ne supporteraient pas mieux les regards de la critique... si on critiquait encore.
Z.
Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le Droit civil; parM. G. Massé, avocat à la cour royale de Paris, 2 vol. in-8. 15 fr.--Paris, 1844.Guillaumin.
Depuis le rétablissement de la paix, l'industrie et le commerce ont pris des développements inattendus. L'esprit militaire, si puissant autrefois, est en pleine décadence. La pensée de l'abbé de Saint-Pierre, trop longtemps regardée comme un rêve d'honnête homme, marche à grands pas vers sa réalisation. «S'il est un fait évident, dit le capitaine Ferdinand Durand, dans la préface de son livre sur les tendances pacifiques de la société européenne, c'est que de toutes les théories sociales ravivées par la révolution de 1830, celle qui tend à prendre la première place dans les cœurs généreux, celle qui remue le plus les intelligences larges et nobles, c'est la théorie du progrès pacifique. Ne devons-nous pas nous en féliciter tous? Est-il une pensée plus consolante pour l'homme que celle qui lui montre la vie terrestre comme une marche incessante vers un état meilleur, vers un état de paix et d'association?»
Que l'on partage ou non l'opinion de M. F. Durand, on ne peut nier l'existence de la paix et les progrès toujours croissants de l'industrie et du commerce. Or, ces relations nouvelles toutes pacifiques et commerciales qui se forment et se consolident chaque jour entre des nations étrangères ou entre les diverses populations d'un même peuple, ont naturellement établi des rapports, imposé des devoirs, fait naître des intérêts, en un mot, créé des droits nouveaux. De là, l'utilité, la nécessité même d'étudier le Droit commercial dans ses rapports actuels ou futurs avec le Droit des gens et le Droit civil.
Cette étude est d'autant plus utile et nécessaire en ce qui touche le Droit des gens, que les grands travaux des maîtres de la science remontent à une époque où l'Europe était encore dominée par les systèmes politiques ou religieux qui, depuis la chute de l'empire romain, avaient produit une succession non interrompue de guerres et de désastres publics; et que, si d'heureuses modifications dans la conduite des peuples les uns envers les autres se sont manifestées plus tard, les vingt-cinq ans de guerre qui ont marqué la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième, ont fait perdre en peu d'années, à certains principes, tout le terrain qu'ils avaient mis des siècles à conquérir. «Ce terrain est regagné aujourd'hui, dit M. Massé; mais, pour n'être plus exposés à le perdre encore, il faut constater les conquêtes que nous avons faites et en tenter de nouvelles, déterminer les droits, trop longtemps incertains, que la paix donne aux nations; montrer comment le commerce et la paix s'entretiennent l'un par l'autre, parce que le commerce a besoin de paix, de même que la paix a besoin de commerce; rechercher comment la guerre ne doit être faite qu'en vue de la paix; expliquer les droits respectifs des belligérants; indiquer la limite de ces droits, quand ils se trouvent en contact avec ceux des neutres; enfin, établir l'édifice social sur l'intérêt de tous, qui n'est autre chose que l'observation réciproque des droits et des devoirs, également répartis entre tous les hommes.» Il y a une relation nécessaire entre le mouvement des affaires internationales et celui des affaires intérieures. Le commerce intérieur et le commerce extérieur se prêtent un mutuel appui. Les principes de droit qui régissent l'un sont donc le complément nécessaire de ceux qui régissent l'autre. Le Droit privé se présente à la suite du Droit des gens, comme les transactions privées reçoivent leur impulsion des transactions publiques.
Le Droit privé, lorsqu'il a pour objet les transactions commerciales, devient le Droit commercial, et se distingue alors du Droit civil proprement dit. Mais les différences qui existent entre l'un et l'autre droit, profondément marquées lorsque le commerce n'avait pas pris tous les développements auxquels il est parvenu de nos jours, s'effacent peu à peu, depuis que la plupart des transactions privées tendent à revêtir une forme commerciale et industrielle. Le droit commercial a fait et fait encore d'importantes conquêtes sur le Droit civil. Dans l'opinion de M. Massée, l'avenir de la jurisprudence lui appartient. Montrer les rapports du Droit civil et du Droit commercial, expliquer et compléter ces deux droits l'un par l'autre, telle est donc la tâche que M. Massé s'est imposée, avec la conviction que cet ensemble de recherches qui résumera les conquêtes du Droit commercial sur le Droit des gens et sur le Droit civil, intéressera également le jurisconsulte, l'homme d'État, l'économiste et le philosophe. C'est parce que nous partagions cette conviction, c'est parce que nous avons reconnu combien elle était légitime et fondée, que nous annonçons aujourd'hui dans notre bulletin le consciencieux et intéressant travail de M. Massé. Quand il sera terminé, nous essaierons de l'apprécier.
Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le Droit civil, formera six forts volumes in-8°, qui paraîtront en trois livraisons de chacune deux volumes.
La première livraison est en vente. Elle renferme l'exposition des caractères du Droit civil proprement dit, et du Droit commercial, et le Droit des gens public et privé dans ses rapports avec le commerce.
La deuxième livraison est sous presse et paraîtra en septembre 1844. Elle sera consacrée à l'examen des règles du Droit civil sur l'état des personnes et leur capacité, au point de vue commercial; sur les biens considérés comme objet de commerce; aux contrats et obligations en général; aux contrats de société, et à la vente.
La troisième livraison paraîtra en décembre 1844. Elle contiendra le contrat de change, le prêt, le dépôt, le mandat et la commission, le louage des choses, d'ouvrage et d'industrie, ainsi que le louage maritime; les contrats aléatoires, les assurances maritimes et terrestres; enfin, le cautionnement, le gage, les privilèges et hypothèques, la contrainte par corps, et les règles particulières aux faillites.
L'Univers pittoresque, histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, mœurs, coutumes, industries, etc.,--Europe, t. XXIX,Belgique et Hollande, parM. Van Hasselt, membre de l'Académie royale de Bruxelles. 1 vol. in-8. 6 fr.--Paris, 1844,Firmin Didot.
Cette grande collection, entreprise il y a plusieurs années par MM. Didot, touche à sa fin. Le volume que nous annonçons aujourd'hui est le tome vingt neuvième de l'Europe. Il comprend la Belgique et la Hollande. L'auteur, M. Van Hasselt, a su profiter de toutes les recherches historiques qui, depuis quelques années, ont été poursuivies avec tant d'ardeur et de succès, en Belgique et en Hollande, par MM. Raepsaet, Dewes, Ernst, Nothomb, les barons de Gerlache, de Reiffenberg et de Saint-Genois, les chanoines de Smet et de Ram, Willems, Gachard, Moke, Marchal, Piolain, Schayes, Borguet, etc. En parcourant son livre, on s'aperçoit qu'il leur a fait de nombreux emprunts. Malheureusement pour ses lecteurs, M. Van Hasselt s'est trop occupé des faits proprement dits. Sur les 532 pages dont se compose ce volume, l'histoire des révolutions politiques, des batailles, traités de paix, révoltes, etc., en remplit 506; 32 pages seulement sont consacrées aux beaux-arts, aux lettres, au commerce et à l'industrie de ces deux contrées, où les beaux-arts ont brillé d'un si vif éclat, et où le commerce et l'industrie ont, à diverses époques, atteint à un tel degré de prospérité. Bien qu'il ait avoué sa faute et qu'il s'en montre repentant, M. Van Hasselt n'en mérite pas moins nos reproches pour s'être ainsi laissé entraîner dans sa première partie au delà des limites que lui imposaient le titre et l'idée mère de l'utile collection qui s'honorait de le compter parmi ses collaborateurs.
Œuvres morales de Plutarque, traduits parRicard, 5 vol. in-18.--Paris, 1844.Didier. 3 fr. 50 c. le volume.
«J'avoue mon goût pour les anciens, écrivait Montesquieu dans sesPensées diverses; cette antiquité m'enchante, et je suis toujours prêt à dire avec plaisir: «C'est à Athènes que vous allez, respectez les dieux.»
«J'ai eu toute ma vie un goût décidé pour les ouvrages des anciens, j'ai admiré plusieurs critiques faites contre eux, mais j'ai toujours admiré les anciens. J'ai étudié mon goût, et j'ai examiné; ce n'était point un de ces goûts malades sur lesquels on ne doit faire aucun fond; mais, plus j'ai examiné, plus j'ai senti que j'avais raison d'avoir senti comme j'ai senti.
«Les livres anciens sont pour les auteurs, les nouveaux pour les lecteurs.»
Qui ne partagerait cette opinion, ces sentiments de l'auteur de l'Esprit des Lois?Protestons seulement contre ce dernier jugement, surtout lorsqu'il s'agit de Plutarque; et remercions M. Didier d'avoir réimprimé en cinq volumes d'un format commode et d'un prix accessible à toutes les bourses, les œuvres morales de l'immortel biographe des grands hommes de l'antiquité grecque et romaine. C'est un véritable service qu'il a rendu aux lecteurs comme aux auteurs. La plupart des traités compris dans cette collection sont des modèles de bon sens et de goût, dont l'étude est aussi profitable qu'intéressante. Quelques-uns ont un peu vieilli, il est vrai, mais d'autres semblent avoir été écrits hier pour l'instruction et la moralisation des hommes d'aujourd'hui. Lisez-les donc si vous avez le malheur de ne pas les connaître; relisez-les si vous êtes assez heureux pour les avoir déjà médités.
Allégorie du mois de Juillet.--Le Lion.
Sophocle venant réclamer ses droits d'auteurà l'Odéon.--Caricature par Cham.
SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE SOIXANTE-SIXIÈME NUMÉRO.
I. Toutes nos monnaies, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, ont des poids qui peuvent s'exprimer en multiples ou sous-multiples exacts du gramme. La pièce de 5 francs, entre autres, pèse 25 grammes (cinq fois le poids de la pièce de 1 franc); de sorte que 20 pièces de 5 francs, ou 100 francs, pèsent 500 grammes.
Le moyen le plus simple pour compter une grande somme d'argent en pièces de 5 francs consistera donc à la peser par parties.
Ainsi, supposons que les pesées se fassent par tas de 560 kilog; chaque tas vaudra 100,000 francs. Un million de francs exigera dix pesées de ce genre, c'est-à-dire au moins une heure, à six minutes pour chaque tas.
S'il s'agissait, non plus d'un million, mais d'un milliard, somme que notre budget dépasse actuellement de beaucoup, il faudrait mille heures pour le compter, d'après cette base. Or mille heures, à douze heures de travail par jour, c'est quatre-vingt-trois jours quatre heures.
M. Souquet, auteur d'une excellente Métrologie française, à laquelle nous empruntons ces détails, fait observer que le mode ordinaire de comptage à la main par piles de 100 francs exigerait un temps beaucoup plus long. Ainsi, à 240,100 francs par jour de douze heures, il faudrait quatre mille cent soixante-six jours, ou onze ans et cinq mois.
--Le poids d'un milliard en argent étant de 5,000,000 de kilog., exigerait, pour être transporté sur mer, dix navires de 500 tonneaux chacun. (Le tonneau est de 1,000 kilog.)
Pour déplacer ce poids sur une route ordinaire, en supposant que chaque cheval pût traîner 1,500 kilog., dont un tiers seulement appartenant au véhicule, il faudrait cinq mille chevaux.
Le volume occupé par cette masse d'argent fondue serait de 475 mètres cubes; le rayon de la sphère qu'occuperait ce volume serait de 4 m. 85 environ.
Les deux cents millions de pièces de 5 francs, qui font un milliard, étant mises bout à bout, à raison de vingt-sept par mètre, occuperaient une longueur de 7,407 kilomètres, à peu près la sixième partie de la circonférence de la terre.
II. Tout mouvement sur une ligne courbe donne lieu à un développement de la force que l'on appelle centrifuge; force dont on a l'idée en faisant mouvoir circulairement avec une grande vitesse un morceau de plomb attaché à un fil dont on tient l'autre extrémité à la main. La tension du fil augmente ou diminue avec la vitesse de rotation. Mais dans le cas particulier où un corps tourne sur lui même autour d'un arc par rapport auquel la figure de ce corps est symétriquement disposée, la pression exercée par la force centrifuge sur l'axe devient nulle, et la propriété caractéristique d'un axe de ce genre, c'est que le mouvement continuerait indéfiniment à s'y opérer, sans la résistance des frottements.
Or une toupie, un toton ont une figure symétrique autour de leur axe. Si donc on a placé cet axe verticalement, et qu'on leur ait ensuite imprimé un mouvement de rotation rapide, l'axe restera dans la position, sans que le joujou tombe, tant que le frottement de la pointe et la résistance de l'air n'auront pas anéanti l'impulsion primitive.
Si l'axe n'a pas été placé verticalement à l'origine du mouvement, mais que le centre de gravité soit placé suffisamment bas, l'axe oscillera en tournoyant lui-même autour de la verticale, et y arrivera bientôt.
III. La tendance d'un corps à s'éloigner de la verticale est d'autant plus prononcée, que le centre de gravité de ce corps s'en éloigne lui-même d'une quantité angulaire plus considérable. Or, supposons deux bâtons d'un mètre, ayant leur centre de gravité, l'un à dix centimètres de l'extrémité inférieure, l'autre à la même distance de l'extrémité supérieure.--Il est clair que pour une déviation d'un centimètre de la verticale, le premier point aura décrit un angle beaucoup plus grand que le second, aura tourné d'une quantité angulaire plus considérable autour de l'extrémité inférieure prise pour point d'appui.--Telle est la raison du fait signalé.
NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.
I. Imaginer une voiture qui transporte les fardeaux avec une seule roue, sans châssis de support, ni ressorts, ni trains séparés.
II. Pourquoi la lune et le soleil, à l'horizon, nous paraissent-ils plus grands qu'au point le plus élevé de leur cours?
A M. A., à Paris.--Puisque vous dites vous-même que le début de votre lettre est impertinent, nous n'y changerons rien. Va pour impertinent. Nous ajouterons seulement qu'il ne suffit pas d'être un homme sensible; un peu d'orthographe ne gâte rien. On écrit:assezet nonassès; vousavezet non vousavès.
A M. C., à Turin.--Nous avons reçu votre récit et le dessin de la salle du concert. Le dessin est à la gravure. Continuez à nous tenir informés de tout ce qui arrive d'intéressant dans votre pays; nous profiterons de vos communications, et vous contribuerez à justifier notre titre deJournal universel.
A M. P., à Venise.--Nous donnerons la place Saint-Marc, avec la scène de la grande tombola par laquelle on a inauguré l'éclairage au gaz de cette place. Mille remerciements.
A M..., à Saint-Pétersbourg.--Nous faisons graver la statue et imprimer votre lettre.
A M. A. B., à Paris.--Nous recueillons des renseignements sur le Maroc; vous serez satisfait.
A M. F. G., à Lausanne.--Nous venons de recevoir d'un de vos compatriotes une belle suite de dessins sur le tir fédéral. Nous ne négligeons pas la Suisse, comme vous semblez nous le reprocher. Vous le verrez encore bientôt à un autre signe: nous faisons graver avec soin les plus beaux paysages de l'école de Genève.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
Le gendarme emprisonnera maintenant le chasseur chassant ses lièvres en temps prohibé.