Bulletin bibliographique.

Bulletin bibliographique.Théâtre complet des Latins, traduit parMM. Alphonse François, Alfred Marin, Desforges, Savalète, avec texte, notices, etc. (Collection des auteurs latins, publiée parM. Nisard.) 1 beau volume in-8°. Prix, 12 fr.Dubochet et comp, rue Richelieu, 60.Soit par la satiété des choses nouvelles, soit par un retour vers le goût du simple en matière d'art, soit par caprice ou engouement, toujours est-il que le théâtre ancien est redevenu à la mode. Nous avons vu le vieux Sophocle aider victorieusement l'Odéon à braver les ardeurs de l'été; et Aristophane se prépare, dit-on, à faire l'ouverture de la campagne d'hiver. AprèsAntigone, les Nuées. Le roi de Prusse, qui, le premier, a favorisé par son exemple cette renaissance de l'art grec, vient d'étendre sur les muses latines le même bienfait.Les Captifs, de Plaute, ont été représentés à la cour, non point traduits, mais en latin, ayant des étudiants de l'Université pour acteurs, et pour intermèdes, des odes d'Horace, mises en musique par Meyerbeer, l'auteur deRobertet duCroisé.LeThéâtre complet des Latins, que nous annonçons, ne pouvait donc paraître dans un moment plus propice. Hâtons-nous d'ajouter que cette publication n'avait pas besoin du secours des circonstances pour réussir. C'est un bel et bon livre, déjà accueilli par le public avec une faveur toute légitime, et au moment où nous nous disposions à en prédire le succès, nous sommes heureux de n'avoir plus qu'à le constater.Ce volume renferme, ainsi que son titre l'indique, tout le théâtre latin, non que les éditeurs aient cru devoir joindre à Plaute, à Térence et à Sénèque, les fragments informes qui nous restent des auteurs dramatiques antérieurs à Plaute. Sous ce rapport, nous approuvons pleinement leur réserve. Nous pensons, comme eux, que des fragments mutilés et sans liaison ne peuvent offrir pour le public aucun intérêt, et que le texte, fort controversé, d'ailleurs, par les commentateurs et les philologues, ne présente aucune de ces beautés qui dédommagent du défaut de suite et d'ensemble.Toutes les traductions de ce volume sont nouvelles. Plaute est traduit par M. Alphonse François, à l'exception de quatre comédies,l'Amphitryon, l'Asinaire, les Captifs, le Cable.On doit à la plume d'Andrieux, le spirituel auteur desÉtourdis, les élégantes versions de ces quatre pièces. M. François, du reste, a revu ce travail avec un soin scrupuleux, et lui a fait subir d'excellentes retouches. La traduction de Térence est de M. Alfred Magin, recteur de l'Académie de Nancy. Celle de Sénèque est de M. Desforges, professeur de rhétorique au collège Louis-le-Grand, moins deux tragédies,Thyesteet l'Hercule furieux, qui ont été traduites par M. Th. Savalète, traducteur de laMétamorphosed'Apulée, et à qui la collection de M. Nisard doit aussi une version savante et fidèle de la moitié desLettres de Cicéron.Ces habiles et consciencieux écrivains ont rivalisé de soins et d'efforts pour élever à la muse latine un monument digne d'elle, et depuis longtemps la critique n'a eu à signaler un ensemble de travaux aussi remarquable. Sénèque, Térence et Plaute sont reproduits avec un égal bonheur, et cependant avec toute la variété qui les distingue. Nous nous occuperons principalement de Plaute, qui remplit d'ailleurs la majeure partie du volume, et qui, par son originalité vigoureuse et franche, offrira peut-être le plus d'attrait aux lecteurs de ce temps-ci. Il y a dans Plaute du Rabelais, du Montaigne et du Molière. Poète moins raffiné que Térence, il a fouillé plus profondément dans les vices et dans les travers de son époque; il porte le cachet d'une individualité forte et puissante, et, par un rare privilège, il sait marier souvent au gracieux enjouement d'Horace la sauvage énergie de Juvénal.Dans une excellente notice sur Plaute, placée par M. A. François en tête de sa traduction, il fait remarquer avec raison que la lecture de ce poète n'est pas seulement précieuse sous le rapport de l'art dramatique, mais encore qu'elle présente à l'observateur et au philosophe le plus constant intérêt. Laissons parler le judicieux écrivain:«N'est-il pas curieux, dit-il, de retrouver en vingt endroits les usages, les intrigues, les vices, les raffinements de la civilisation moderne, les escroqueries de nos usuriers, les ruses des chevaliers d'industrie qui s'emparent d'un nouveau débarqué comme d'une dupe qui leur revient légitimement; les fous des rois et des seigneurs, nos complaisants, nos anciens abbés, nos factotums de grandes maisons sous la figure des parasites; nos bourgeois à moustaches et à éperons sous l'air ridicule des fanfarons de Rome; les abus des États modernes, l'inspecteur de police qui brise les cachets et lit les lettres sans façon, le contrôleur de la douane qui retient les malles et les paquets du voyageur au profit de l'État, les garnisaires établis chez les citoyens qui refusent l'impôt; toutes ces institutions, mal nécessaire, renaissant toujours en dépit des réformes et des révolutions, et qui paraissent l'escence de la société humaine et le fond de tout gouvernement?«N'est-il pas plaisant de retrouver exactement aussi tontes les charlataneries de notre théâtre moderne; de voir, lesclaqueursétablis au parterre de Rome, les cabales organisées; d'entendre, au commencement ou à la fin de chaque pièce, ces formules de galanterie, ces couplets au public, dans le style de nos vaudevillistes ou de nos vieux auteurs comiques, de Dancourt, de Dufresny, et même de Beaumarchais; de voir le luxe de décorations et de costumes employé comme supplément au mérite des pièces; ces traits satiriques lancés aux auteurs rivaux, aux acteurs de troupes étrangères; les directeurs achetant fort cher des pièces souvent fort mauvaises; cet usage aristocratique de faire retenir sa place par son esclave; dans la salle, ces placeurs chargés d'indiquer son siège à chaque spectateur; enfin, des agents de police maintenant l'ordre et le silence?»Ajoutons que le style vif, animé, toujours naturel, du nouveau traducteur, sa touche ingénieuse et fine, doublent ce qu'il y a de piquant et de fécond dans les rapprochements qu'il indique avec tant de sagacité et d'à-propos. M. François, interprète habile et brillant de laVie d'Agricola, vient d'acquérir un titre de plus à l'estime de tous les amis des lettres latines et françaises.Plaute a souvent exercé la patience et le talent des traducteurs. Sans parler des plates et lourdes versions du trop fécond abbé de Marolles, du bénédictin Guédeville, de Coste, de Limiers, du père Dotteville et de l'abbé Lemonnier, l'illustre madame Dacier nous a donné de quelques comédies de Plaute une traduction moins estimable par elle-même que par les notes savantes qui raccompagnent. M. François excuse spirituellement les contre-sens de cette dame, en disantqu'ils font honneur à sa vertu, «car, ajoute-t-il, il y a dans Plaute plus d'un vers qu'il faut la louer de n'avoir pas compris.» Dans ces derniers temps, une traduction complète de Plaute a été publiée par un laborieux et savant professeur, M. Levée. Ce travail, très-recommandable du reste, manque malheureusement de toutes les qualités qu'on exige d'abord dans une traduction de Plaute: la vivacité, le naturel et le piquant du style. C'est l'œuvre d'un homme consciencieux, qui sait rendre la lettre, mais non l'esprit; le dessin est fidèle, mais la couleur manque au tableau. M. Naudet est venu ensuite, et en même temps qu'avec la haute érudition qui le distingue, il revoyait et restaurait le texte du poète, à l'aide des manuscrits nouveaux d'Angelo Mai; il le traduisait avec une incontestable supériorité sur tous ceux qui l'avaient précède: «Cette traduction, dit le nouvel interprète de Plaute, est l'œuvre d'un savant éclairé par le goût, d'un écrivain plein de ressources et de talent.» M. Alphonse François nous permettra de lui appliquer en totalité cet éloge, qu'il accorde à son devancier avec une modestie si loyale: ce sera, du même coup, rendre deux fois justice.Par une heureuse innovation. M. François a traduit en vers, et en vers ingénieux et faciles, quelques passages, sortes de chansons, semées par le poète dans son dialogue, bien qu'elles ne différent en rien par la mesure et par le rhythme de ce qui les précède et de ce qui les suit. Nous citerons celle-ci, chantée, dans la comédie duCurculion, par un amant à la porte de sa maîtresse:O porte aimable, si mon zèleTe chargea de fleurs, de présents,A la voix d'un amant fidèleOuvre tes verrous complaisants!Tombez vous-même, à ma prière.Verrous, obstacles des amours;Rendez-moi votre prisonnière,L'espoir, le tourment de mes jours!Mais ils demeurent immobiles;Mon amour leur adresse, hélas!Des chants et des vœux inutiles!L'insensible airain n'entend pas.LeThéâtre complet des Latinscontient, en un seul volume, la matière de douze volumes ordinaires. Le texte, imprimé avec une irréprochable pureté, est celui de Lemaire. Tout se réunit donc pour faire de cette publication l'une des plus précieuses de la belle collection, qui est un service éminent rendu par M. Nisard à l'étude et au culte des lettres latines.L. H.L'Italie des Gens du Monde.Venise, ou Coup d'œil littéraire, artistique, historique, politique et pittoresque sur les monuments et les curiosités de cette cité; parJules Lecomte. 1 vol. in-8° de 650 pages.--Paris, 1844.Hippolyte Souverain. 8 fr.Ce volume est le premier d'une collection qui aura pour litre:l'Italie des Gens du Monde. Après Venise la noire, M. Jules Lecomte nous promet d'abord Florence la verte, puis Rome l'empourprée et Naples l'azurée, offrant ainsi les quatre couleurs qui écartellent desable, desynople, degueules, et d'azur, le grand blason de la noble Italie.«Par le nombre des pages et la variété des matières indiquées à chaque sommaire, ce livre, c'est l'auteur qui parle, est de beaucoup l'œuvre la plus importante que jusqu'à ce jour on ait composée sur Venise pour les étrangers.» Que cette bonne opinion qu'il a de lui-même ne surprenne personne, car M. Jutes Lecomte croit pouvoir dire «qu'il serait impossible d'apporter dans une œuvre analogue plus de zèle, plus de désir d'être utile à la ville et au visiteur; plus de conscience, enfin, dans le choix et l'emploi des matériaux, en même temps que plus d'abnégation dans les sacrifices de temps et les dépenses.»Nous ne protestons pas, quant à nous, contre une semblable déclaration. Si M. Jules Lecomte a un défaut, c'est d'être trop complet. Sans doute un itinéraire ne doit pas se borner à enregistrer des dates, on à calculer des mesures, mais l'auteur dela Veniseque nous annonçons essaie trop souvent deguider, comme il le dit lui-même, l'esprit de ses lecteurs. Qu'il nous montre le passé à travers le présent, rien de mieux; mais à quoi bon nous apprendre, par exemple, que «la lune, lustre de la place Saint-Marc, semblable à une douce lumière enveloppée dans un volumineux globe d'albâtre, plane sur la voûte bleue pailletée d'étoiles?» M. Jules Lecomte nous rappelle, sur le recto de la première page, que ce volume est le vingt-huitième de ses œuvres complètes. Il eut peut-être bien fait de l'oublier, car le plus positif de tous les ouvrages, un itinéraire, ne doit pas être écrit du même style que des romans maritimes ou des romans de mœurs. Il a eu le tort «d'envelopper de son mieux, avec les friandises de ses phrases, l'aridité de ses lignes pédantesques.» Ce reproche général écarté et quelques erreurs de détail corrigées.L'Italie des Gens du Monde, ou Venise la noire, ne mérite réellement que des éloges. M. Jules Lecomte peut affirmer, sans crainte d'être démenti, «que lescustodesdes monuments et des bibliothèques se seront enivrés d'autre chose que des sublimes beautés des œuvres qu'ils gardent, s'ils ont pris à la lettre les nombreuxpourboiresqui marquent, dans leurs souvenirs, la durée de son séjour dans la cité adriatique.» Il a tout vu, tout étudié par lui-même. Son livre est donc aussi nouveau que peut l'être un ouvrage de ce genre; car un écrivain n'invente pas les faits accomplis, les traditions, l'histoire; pas plus que le peintre n'invente les arbres, les images, la nature qu'il copie.M Jules Lecomte a donc tenté «de faire un livre qui fût bon à quelque chose de plus qu'à être consulté dans d'arides expositions métriques ou numériques, ou pour des adresses ou des dates; tout en prenant de ces choses ce qui était nécessaire comme base, il a essayé d'écrire une œuvre qu'on pût lire chez soi avant de voir, au retour après avoir vu, sur les lieux et dans le trajet des gondoliers, quelque chose qui, au besoin, pût donner une idée de Venise à ceux qui ne la connaissent pas, et la pût rappeler aux personnes qui l'ont vue.»L'étranger à Venise, coup d'œil général sur l'histoire de Venise, la place Saint-Marc, l'église Saint-Marc, la Piazzetta, les doges, le conseil des dix et le patriarcat, l'intérieur du palais ducal, les gondoles et les gondoliers, le grand canal, l'Académie des beaux-arts, l'arsenal, les églises, les îles, les journaux, la société et la biographie vénitiennes, les théâtres, les imprimeries, tels sont les titres des dix-sept chapitres dont se compose ce premier volume del'Italie des Gens du Monde. Chaque chapitre forme deux parties distinctes, le texte et la note. «En face du monument à visiter, de la chose à examiner, M. J. Lecomte dit ce qui lui semble indispensable pour en faire apprécier l'intérêt ou la valeur, suivant qu'il s'agit d'histoire ou d'art. Puis un renvoi alphabétique désigne la note placée à la fin du chapitre courant, laquelle note complète ce qui ne pouvait entrer dans le texte, lequel doit marcher comme le visiteur.--Le texte a des jambes,--la note s'assied,--C'est là qu'on trouvera le souvenir historique qui double l'intérêt qu'inspire la chose à laquelle il s'attache; là est l'anecdote, l'observation critique qui veut des développements, la notice biographique, la révélation curieuse, la tradition poétique, etc. Mais le texte courant en dit au besoin assez sur la chose visitée pour que le lecteur puisse se dispenser de lire sur les lieux les notes complémentaires.»Depuis la publication de ce volume, une importante amélioration a eu lieu à Venise: la place Saint-Marc est éclairée au gaz. Le soixante-treizième numéro del'Illustrationsera donc le complément nécessaire du premier volume del'Italie des Gens du Monde, tant que la première édition de ce volume n'aura pas été épuisée. Mais les espérances de l'auteur se réaliseront promptement. Malgré les friandises du son style, le succès de son livre est assuré.Considérations sur les Marines à voile et à vapeur de France et d'Angleterre; par un lieutenant de vaisseau. Une brochure in-8º de 50 pages.--Paris, 1844.Amyot.La France et l'Angleterre, comparées sous le rapport des industries agricole, manufacturière et commerciale;Catineau-la-Roche, cultivateur. 1 vol. in-8º.--Fontainebleau, 1844.Jacquin.Les Considérations sur les Marines à voile et à vapeur de France et d'Angleterreque vient de publier un lieutenant de vaisseau, sont encore une réponse à laNotedu prince de Joinville. Au moment où les graves questions que soulève laNotevont être décidées, l'auteur anonyme de cette brochure a tenté, sans répondre à toutes ses assertions, de prouver «combien il serait dangereux pour la France de se laisser entraîner dans l'imprudente voie des reformes et des innovations maritimes, combien serait pernicieuse une précipitation encouragée par un désir irréfléchi d'améliorations utiles peut-être, mais dont le temps n'est pas encore venu. Pour y arriver, il a dû établir préalablement une comparaison entre les deux marines rivales de France et d'Angleterre. Il lui en a coûté de mettre au jour quelques parties de cette comparaison, mais il a voulu tout dire.«Je me suis attaché, dit-il, à dégager ce travail de tout esprit de parti; j'ai évité d'y laisser paraître aucune préoccupation politique, aucune prédilection de métier; j'en ai écarté autant que possible les chiffres, les citations. J'ai vu la question de haut, et si, accessoirement, je veux l'accroissement bien entendu de la marine, avant tout je veux la prospérité de l'État, le bien-être de la nation, la bonne disposition des finances; partant, l'intérêt de la chose publique. C'est ce dernier but surtout que je n'ai point perdu de vue: je sais ce que valent les millions. Je ne suis point, toutefois, de ceux qui veulent une mari ne puissante et un budget restreint. Pour avoir une marine, il faut de l'argent, et, ce qu'il importe, c'est de l'employer le plus efficacement possible.»Ce n'est pas la France et l'Angleterre maritimes, mais la France et l'Angleterre industrielles, agricoles et manufacturières que compare M. Catineau-la-Roche. Montrer à la France, par la comparaison de son industrie avec celle de l'Angleterre, ce qu'elle doit faire pour égaler sa richesse et pour éviter l'écueil contre lequel cette rivale ira inévitablement un jour se briser, tel est le but de M. Catineau-la-Roche. Il a donc divisé son ouvrage ainsi qu'il suit:Il examine d'abord quelles sont les marchandises que la France peut offrir aux consommateurs étrangers, et il expose l'état des produits de notre sol et de nos manufactures, celui de nos besoins et de notre superflu. Après avoir comparé ensuite l'agriculture, l'industrie et le commerce de la France et de l'Angleterre, il émet quelques idées sur l'amélioration de notre agriculture; il énumère diverses circonstances particulières qui, pour le moment, s'opposent à l'établissement d'un grand commerce entre la France et l'étranger; il développe les raisons qui, selon lui, doivent nous faire préférer le commerce intérieur et le commerce colonial au commerce avec l'étranger; enfin, il repond à quelques objections faites assez généralement contre le commerce colonial.Dans l'opinion de M Catineau-la-Roche, la France peut, si elle le veut, opérer chez elle en quelques années cette régénération radicale qui a coûté un siècle à l'Angleterre; car elle a pour elle un modèle, un guide certain que l'Angleterre n'avait pas.Études sur les réformateurs et socialistes modernes: Saint-Simon, Charles Fourier, Robert Owen; parLouis Reybaud.Tome 1er, quatrième édition, précédée du rapport deM. Jouy, membre de l'Académie française, et de celui de M. Villemain, secrétaire perpétuel, 1 vol. in 8°.--Paris, 1844.Guillaumin.Le succès de ce livre va toujours croissant. Chaque année, une édition nouvelle le consolide en l'étendant; le public ratifie le jugement de l'Académie française, qui a décerné, en 1844, auxÉtudes sur les réformateurs et socialistes modernes, le grand prix Montyon.La nouvelle édition que met en vente M. Guillaumin (la quatrième) ne diffère de la troisième que par un avant-propos de l'auteur. M Louis Reybaud a cru devoir constater une transformation qui s'est faite depuis quatre années dans les idées et les tentatives des utopistes contemporains. Dans son opinion, leur œuvre en est à une seconde phase; les continuateurs s'en sont emparés et procèdent peu à peu à un travail d'épurement et d'atténuation. Deux symptômes surtout attestent ce travail sourd et cette contagion inaperçue. D'une part, les déclamations contre l'ordre social actuel deviennent chaque jour plus vives; d'autre part, on s'efforce de rendre la liberté suspecte, on veut la faire envisager comme la cause directe des misères industrielles et commerciales, on tend les mains vers les chaînes que nos pères ont brisées, on abjure le pouvoir de replacer l'activité individuelle sous le joug, on le pousse vers l'usurpation et la dictature.M. Louis Reybaud se propose de traiter dans un livre spécial intituléles Lois du Travail, le sujet de la liberté économique; mais, en attendant la prochaine publication de cet ouvrage, il a cru devoir protestercontre les tendances fâcheusesqu'il signale. Rien de ce qu'il voit, rien de ce qu'il entend n'est de nature à faire fléchir sa conviction. Il a foi dans les vertus de la liberté; il la croit moins funeste qu'on ne la dépeint, et plus féconde qu'on ne le pense; il voit en elle un principe excellent; quelques déviations ne la lui feront pas condamner à la légère. Il n'est pas de titre qui honore plus l'homme et lui crée plus de devoirs. Si on les méconnaît aujourd'hui, avec le temps ils reprendront leur empire. La liberté ne nous donnera, il est vrai, ni un âge d'or ni un régime entièrement affranchi de souffrances; mais il est permis aussi de douter que cette ère de bonheur se trouve au bout d'une dictature économique ou de spéculations imaginaires.Revue comique de l'Exposition, par Cham.A quoi bon protester contre le péage des ponts? le savon hydrofugerendra désormais inutiles ces sortes d'établissements.Grâce aux sabres en acier fondu perfectionné,les duels sont maintenant impossibles.Vue intérieure de la Salle des Instruments, à l'heure oùles exécutants se livraient à des préludes d'harmonies.Modes.Ordinairement c'est de Paris que datent les nouvelles de la mode; pour quelque temps ce sera le contraire; la légère déesse s'est réfugiée aux champs avec la société parisienne. Qu'aurait-elle fait dans notre ville désertée, abandonnée de tous? La voilà donc parcourant le monde, emportant à l'étranger les élégances si simples, ou plutôt les simplicités si élégantes de Paris, créées dans les salons d'Alexandrine, de Beaudrant, en un mot chez toutes les sommités qu'elle protège et auxquelles elle a dévoilé les charmants secrets de la parure.On fait beaucoup de robes en mousseline de soie rayée, ou à carreaux écossais, pour les toilettes de dîner et petites soirées; elles sont garnies souvent de deux biais découpés à grandes dents arrondies, au bord desquelles est froncé un ruban numéro neuf coupé par la moitié. On en fait encore de très-jolis qui ont un seul grand volant également à dents arrondies bordées de trois ou cinq rangs de petits velours numéro un. Le même nombre de velours est posé alors droit à la tête de ce volant.--Les corsages sont décolletés, avec berthe d'étoffe bordée de plusieurs rangs de velours. Cette berthe se supprime à volonté pour être remplacée par un canezou de mousseline brodée; il se fait aussi des corsages froncés demi-montants, à revers ouvert devant. Les manches courtes, les manches demi-longues, à la religieuse, ou les manches justes ne dépassant le coude que de deux doigts; sous ces manches passe une manche blanche fermée au poignet par un entre-deux et deux rangs de dentelle froncée au bord. Ces trois façons sont également en faveur.Sur les robes d'organdi à raies ombrées on pose deux volants festonnés ou bordés d'une petite dentelle tournant autour d'une dent arrondie. Le corsage est froncé et à revers dentelé comme les volants; c'est la toilette représentée ici.A la campagne, en voyage, au bord de la mer, on trouvera charmants les nouveaux paletots d'été en soie, garnis de dentelles noires ou d'effilés. Ils sont presque tous en étoffé glacée.Mais pour qu'on ne s'imagine pas que les Parisiennes ne pensent qu'à la toilette, défaut dont on les accuse très-souvent, nous dirons les travaux dont elles s'occupent pendant les longues heures d'une journée d'été à la campagne: d'abord, on brode beaucoup les taies d'oreiller aux quatre coins, comme un mouchoir; cette broderie se fait au plumetis, au passé ou au point de chaînette; ensuite, on brode des housses de meubles, qui sont en batiste de la couleur du meuble; la broderie est blanche, au plumetis, au crochet et même en soutache. Ces housses se bordent avec une petite dentelle, ou, ce qui est mieux encore, avec un large feston double. La tapisserie est toujours en grande faveur; les carreaux ne se mettent plus sous les pieds: il faut un oreiller en tapisserie, en drap ou velours brode soie et or; la doublure doit rappeler la couleur du meuble de l'appartement. Aux incorrigibles qui veulent encore s'occuper de toilette, nous conseillerons les larges festons des volants de robes; c'est d'ailleurs un ouvrage très-facile et très-prompt.Rébus.EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.Quand le temps est à la pluie, l'amadou tarde à s'enflammer.

Théâtre complet des Latins, traduit parMM. Alphonse François, Alfred Marin, Desforges, Savalète, avec texte, notices, etc. (Collection des auteurs latins, publiée parM. Nisard.) 1 beau volume in-8°. Prix, 12 fr.Dubochet et comp, rue Richelieu, 60.

Soit par la satiété des choses nouvelles, soit par un retour vers le goût du simple en matière d'art, soit par caprice ou engouement, toujours est-il que le théâtre ancien est redevenu à la mode. Nous avons vu le vieux Sophocle aider victorieusement l'Odéon à braver les ardeurs de l'été; et Aristophane se prépare, dit-on, à faire l'ouverture de la campagne d'hiver. AprèsAntigone, les Nuées. Le roi de Prusse, qui, le premier, a favorisé par son exemple cette renaissance de l'art grec, vient d'étendre sur les muses latines le même bienfait.Les Captifs, de Plaute, ont été représentés à la cour, non point traduits, mais en latin, ayant des étudiants de l'Université pour acteurs, et pour intermèdes, des odes d'Horace, mises en musique par Meyerbeer, l'auteur deRobertet duCroisé.

LeThéâtre complet des Latins, que nous annonçons, ne pouvait donc paraître dans un moment plus propice. Hâtons-nous d'ajouter que cette publication n'avait pas besoin du secours des circonstances pour réussir. C'est un bel et bon livre, déjà accueilli par le public avec une faveur toute légitime, et au moment où nous nous disposions à en prédire le succès, nous sommes heureux de n'avoir plus qu'à le constater.

Ce volume renferme, ainsi que son titre l'indique, tout le théâtre latin, non que les éditeurs aient cru devoir joindre à Plaute, à Térence et à Sénèque, les fragments informes qui nous restent des auteurs dramatiques antérieurs à Plaute. Sous ce rapport, nous approuvons pleinement leur réserve. Nous pensons, comme eux, que des fragments mutilés et sans liaison ne peuvent offrir pour le public aucun intérêt, et que le texte, fort controversé, d'ailleurs, par les commentateurs et les philologues, ne présente aucune de ces beautés qui dédommagent du défaut de suite et d'ensemble.

Toutes les traductions de ce volume sont nouvelles. Plaute est traduit par M. Alphonse François, à l'exception de quatre comédies,l'Amphitryon, l'Asinaire, les Captifs, le Cable.On doit à la plume d'Andrieux, le spirituel auteur desÉtourdis, les élégantes versions de ces quatre pièces. M. François, du reste, a revu ce travail avec un soin scrupuleux, et lui a fait subir d'excellentes retouches. La traduction de Térence est de M. Alfred Magin, recteur de l'Académie de Nancy. Celle de Sénèque est de M. Desforges, professeur de rhétorique au collège Louis-le-Grand, moins deux tragédies,Thyesteet l'Hercule furieux, qui ont été traduites par M. Th. Savalète, traducteur de laMétamorphosed'Apulée, et à qui la collection de M. Nisard doit aussi une version savante et fidèle de la moitié desLettres de Cicéron.

Ces habiles et consciencieux écrivains ont rivalisé de soins et d'efforts pour élever à la muse latine un monument digne d'elle, et depuis longtemps la critique n'a eu à signaler un ensemble de travaux aussi remarquable. Sénèque, Térence et Plaute sont reproduits avec un égal bonheur, et cependant avec toute la variété qui les distingue. Nous nous occuperons principalement de Plaute, qui remplit d'ailleurs la majeure partie du volume, et qui, par son originalité vigoureuse et franche, offrira peut-être le plus d'attrait aux lecteurs de ce temps-ci. Il y a dans Plaute du Rabelais, du Montaigne et du Molière. Poète moins raffiné que Térence, il a fouillé plus profondément dans les vices et dans les travers de son époque; il porte le cachet d'une individualité forte et puissante, et, par un rare privilège, il sait marier souvent au gracieux enjouement d'Horace la sauvage énergie de Juvénal.

Dans une excellente notice sur Plaute, placée par M. A. François en tête de sa traduction, il fait remarquer avec raison que la lecture de ce poète n'est pas seulement précieuse sous le rapport de l'art dramatique, mais encore qu'elle présente à l'observateur et au philosophe le plus constant intérêt. Laissons parler le judicieux écrivain:

«N'est-il pas curieux, dit-il, de retrouver en vingt endroits les usages, les intrigues, les vices, les raffinements de la civilisation moderne, les escroqueries de nos usuriers, les ruses des chevaliers d'industrie qui s'emparent d'un nouveau débarqué comme d'une dupe qui leur revient légitimement; les fous des rois et des seigneurs, nos complaisants, nos anciens abbés, nos factotums de grandes maisons sous la figure des parasites; nos bourgeois à moustaches et à éperons sous l'air ridicule des fanfarons de Rome; les abus des États modernes, l'inspecteur de police qui brise les cachets et lit les lettres sans façon, le contrôleur de la douane qui retient les malles et les paquets du voyageur au profit de l'État, les garnisaires établis chez les citoyens qui refusent l'impôt; toutes ces institutions, mal nécessaire, renaissant toujours en dépit des réformes et des révolutions, et qui paraissent l'escence de la société humaine et le fond de tout gouvernement?

«N'est-il pas plaisant de retrouver exactement aussi tontes les charlataneries de notre théâtre moderne; de voir, lesclaqueursétablis au parterre de Rome, les cabales organisées; d'entendre, au commencement ou à la fin de chaque pièce, ces formules de galanterie, ces couplets au public, dans le style de nos vaudevillistes ou de nos vieux auteurs comiques, de Dancourt, de Dufresny, et même de Beaumarchais; de voir le luxe de décorations et de costumes employé comme supplément au mérite des pièces; ces traits satiriques lancés aux auteurs rivaux, aux acteurs de troupes étrangères; les directeurs achetant fort cher des pièces souvent fort mauvaises; cet usage aristocratique de faire retenir sa place par son esclave; dans la salle, ces placeurs chargés d'indiquer son siège à chaque spectateur; enfin, des agents de police maintenant l'ordre et le silence?»

Ajoutons que le style vif, animé, toujours naturel, du nouveau traducteur, sa touche ingénieuse et fine, doublent ce qu'il y a de piquant et de fécond dans les rapprochements qu'il indique avec tant de sagacité et d'à-propos. M. François, interprète habile et brillant de laVie d'Agricola, vient d'acquérir un titre de plus à l'estime de tous les amis des lettres latines et françaises.

Plaute a souvent exercé la patience et le talent des traducteurs. Sans parler des plates et lourdes versions du trop fécond abbé de Marolles, du bénédictin Guédeville, de Coste, de Limiers, du père Dotteville et de l'abbé Lemonnier, l'illustre madame Dacier nous a donné de quelques comédies de Plaute une traduction moins estimable par elle-même que par les notes savantes qui raccompagnent. M. François excuse spirituellement les contre-sens de cette dame, en disantqu'ils font honneur à sa vertu, «car, ajoute-t-il, il y a dans Plaute plus d'un vers qu'il faut la louer de n'avoir pas compris.» Dans ces derniers temps, une traduction complète de Plaute a été publiée par un laborieux et savant professeur, M. Levée. Ce travail, très-recommandable du reste, manque malheureusement de toutes les qualités qu'on exige d'abord dans une traduction de Plaute: la vivacité, le naturel et le piquant du style. C'est l'œuvre d'un homme consciencieux, qui sait rendre la lettre, mais non l'esprit; le dessin est fidèle, mais la couleur manque au tableau. M. Naudet est venu ensuite, et en même temps qu'avec la haute érudition qui le distingue, il revoyait et restaurait le texte du poète, à l'aide des manuscrits nouveaux d'Angelo Mai; il le traduisait avec une incontestable supériorité sur tous ceux qui l'avaient précède: «Cette traduction, dit le nouvel interprète de Plaute, est l'œuvre d'un savant éclairé par le goût, d'un écrivain plein de ressources et de talent.» M. Alphonse François nous permettra de lui appliquer en totalité cet éloge, qu'il accorde à son devancier avec une modestie si loyale: ce sera, du même coup, rendre deux fois justice.

Par une heureuse innovation. M. François a traduit en vers, et en vers ingénieux et faciles, quelques passages, sortes de chansons, semées par le poète dans son dialogue, bien qu'elles ne différent en rien par la mesure et par le rhythme de ce qui les précède et de ce qui les suit. Nous citerons celle-ci, chantée, dans la comédie duCurculion, par un amant à la porte de sa maîtresse:

O porte aimable, si mon zèleTe chargea de fleurs, de présents,A la voix d'un amant fidèleOuvre tes verrous complaisants!Tombez vous-même, à ma prière.Verrous, obstacles des amours;Rendez-moi votre prisonnière,L'espoir, le tourment de mes jours!Mais ils demeurent immobiles;Mon amour leur adresse, hélas!Des chants et des vœux inutiles!L'insensible airain n'entend pas.

O porte aimable, si mon zèleTe chargea de fleurs, de présents,A la voix d'un amant fidèleOuvre tes verrous complaisants!Tombez vous-même, à ma prière.Verrous, obstacles des amours;Rendez-moi votre prisonnière,L'espoir, le tourment de mes jours!Mais ils demeurent immobiles;Mon amour leur adresse, hélas!Des chants et des vœux inutiles!L'insensible airain n'entend pas.

O porte aimable, si mon zèle

Te chargea de fleurs, de présents,

A la voix d'un amant fidèle

Ouvre tes verrous complaisants!

Tombez vous-même, à ma prière.

Verrous, obstacles des amours;

Rendez-moi votre prisonnière,

L'espoir, le tourment de mes jours!

Mais ils demeurent immobiles;

Mon amour leur adresse, hélas!

Des chants et des vœux inutiles!

L'insensible airain n'entend pas.

LeThéâtre complet des Latinscontient, en un seul volume, la matière de douze volumes ordinaires. Le texte, imprimé avec une irréprochable pureté, est celui de Lemaire. Tout se réunit donc pour faire de cette publication l'une des plus précieuses de la belle collection, qui est un service éminent rendu par M. Nisard à l'étude et au culte des lettres latines.

L. H.

L'Italie des Gens du Monde.Venise, ou Coup d'œil littéraire, artistique, historique, politique et pittoresque sur les monuments et les curiosités de cette cité; parJules Lecomte. 1 vol. in-8° de 650 pages.--Paris, 1844.Hippolyte Souverain. 8 fr.

Ce volume est le premier d'une collection qui aura pour litre:l'Italie des Gens du Monde. Après Venise la noire, M. Jules Lecomte nous promet d'abord Florence la verte, puis Rome l'empourprée et Naples l'azurée, offrant ainsi les quatre couleurs qui écartellent desable, desynople, degueules, et d'azur, le grand blason de la noble Italie.

«Par le nombre des pages et la variété des matières indiquées à chaque sommaire, ce livre, c'est l'auteur qui parle, est de beaucoup l'œuvre la plus importante que jusqu'à ce jour on ait composée sur Venise pour les étrangers.» Que cette bonne opinion qu'il a de lui-même ne surprenne personne, car M. Jutes Lecomte croit pouvoir dire «qu'il serait impossible d'apporter dans une œuvre analogue plus de zèle, plus de désir d'être utile à la ville et au visiteur; plus de conscience, enfin, dans le choix et l'emploi des matériaux, en même temps que plus d'abnégation dans les sacrifices de temps et les dépenses.»

Nous ne protestons pas, quant à nous, contre une semblable déclaration. Si M. Jules Lecomte a un défaut, c'est d'être trop complet. Sans doute un itinéraire ne doit pas se borner à enregistrer des dates, on à calculer des mesures, mais l'auteur dela Veniseque nous annonçons essaie trop souvent deguider, comme il le dit lui-même, l'esprit de ses lecteurs. Qu'il nous montre le passé à travers le présent, rien de mieux; mais à quoi bon nous apprendre, par exemple, que «la lune, lustre de la place Saint-Marc, semblable à une douce lumière enveloppée dans un volumineux globe d'albâtre, plane sur la voûte bleue pailletée d'étoiles?» M. Jules Lecomte nous rappelle, sur le recto de la première page, que ce volume est le vingt-huitième de ses œuvres complètes. Il eut peut-être bien fait de l'oublier, car le plus positif de tous les ouvrages, un itinéraire, ne doit pas être écrit du même style que des romans maritimes ou des romans de mœurs. Il a eu le tort «d'envelopper de son mieux, avec les friandises de ses phrases, l'aridité de ses lignes pédantesques.» Ce reproche général écarté et quelques erreurs de détail corrigées.L'Italie des Gens du Monde, ou Venise la noire, ne mérite réellement que des éloges. M. Jules Lecomte peut affirmer, sans crainte d'être démenti, «que lescustodesdes monuments et des bibliothèques se seront enivrés d'autre chose que des sublimes beautés des œuvres qu'ils gardent, s'ils ont pris à la lettre les nombreuxpourboiresqui marquent, dans leurs souvenirs, la durée de son séjour dans la cité adriatique.» Il a tout vu, tout étudié par lui-même. Son livre est donc aussi nouveau que peut l'être un ouvrage de ce genre; car un écrivain n'invente pas les faits accomplis, les traditions, l'histoire; pas plus que le peintre n'invente les arbres, les images, la nature qu'il copie.

M Jules Lecomte a donc tenté «de faire un livre qui fût bon à quelque chose de plus qu'à être consulté dans d'arides expositions métriques ou numériques, ou pour des adresses ou des dates; tout en prenant de ces choses ce qui était nécessaire comme base, il a essayé d'écrire une œuvre qu'on pût lire chez soi avant de voir, au retour après avoir vu, sur les lieux et dans le trajet des gondoliers, quelque chose qui, au besoin, pût donner une idée de Venise à ceux qui ne la connaissent pas, et la pût rappeler aux personnes qui l'ont vue.»

L'étranger à Venise, coup d'œil général sur l'histoire de Venise, la place Saint-Marc, l'église Saint-Marc, la Piazzetta, les doges, le conseil des dix et le patriarcat, l'intérieur du palais ducal, les gondoles et les gondoliers, le grand canal, l'Académie des beaux-arts, l'arsenal, les églises, les îles, les journaux, la société et la biographie vénitiennes, les théâtres, les imprimeries, tels sont les titres des dix-sept chapitres dont se compose ce premier volume del'Italie des Gens du Monde. Chaque chapitre forme deux parties distinctes, le texte et la note. «En face du monument à visiter, de la chose à examiner, M. J. Lecomte dit ce qui lui semble indispensable pour en faire apprécier l'intérêt ou la valeur, suivant qu'il s'agit d'histoire ou d'art. Puis un renvoi alphabétique désigne la note placée à la fin du chapitre courant, laquelle note complète ce qui ne pouvait entrer dans le texte, lequel doit marcher comme le visiteur.--Le texte a des jambes,--la note s'assied,--C'est là qu'on trouvera le souvenir historique qui double l'intérêt qu'inspire la chose à laquelle il s'attache; là est l'anecdote, l'observation critique qui veut des développements, la notice biographique, la révélation curieuse, la tradition poétique, etc. Mais le texte courant en dit au besoin assez sur la chose visitée pour que le lecteur puisse se dispenser de lire sur les lieux les notes complémentaires.»

Depuis la publication de ce volume, une importante amélioration a eu lieu à Venise: la place Saint-Marc est éclairée au gaz. Le soixante-treizième numéro del'Illustrationsera donc le complément nécessaire du premier volume del'Italie des Gens du Monde, tant que la première édition de ce volume n'aura pas été épuisée. Mais les espérances de l'auteur se réaliseront promptement. Malgré les friandises du son style, le succès de son livre est assuré.

Considérations sur les Marines à voile et à vapeur de France et d'Angleterre; par un lieutenant de vaisseau. Une brochure in-8º de 50 pages.--Paris, 1844.Amyot.

La France et l'Angleterre, comparées sous le rapport des industries agricole, manufacturière et commerciale;Catineau-la-Roche, cultivateur. 1 vol. in-8º.--Fontainebleau, 1844.Jacquin.

Les Considérations sur les Marines à voile et à vapeur de France et d'Angleterreque vient de publier un lieutenant de vaisseau, sont encore une réponse à laNotedu prince de Joinville. Au moment où les graves questions que soulève laNotevont être décidées, l'auteur anonyme de cette brochure a tenté, sans répondre à toutes ses assertions, de prouver «combien il serait dangereux pour la France de se laisser entraîner dans l'imprudente voie des reformes et des innovations maritimes, combien serait pernicieuse une précipitation encouragée par un désir irréfléchi d'améliorations utiles peut-être, mais dont le temps n'est pas encore venu. Pour y arriver, il a dû établir préalablement une comparaison entre les deux marines rivales de France et d'Angleterre. Il lui en a coûté de mettre au jour quelques parties de cette comparaison, mais il a voulu tout dire.

«Je me suis attaché, dit-il, à dégager ce travail de tout esprit de parti; j'ai évité d'y laisser paraître aucune préoccupation politique, aucune prédilection de métier; j'en ai écarté autant que possible les chiffres, les citations. J'ai vu la question de haut, et si, accessoirement, je veux l'accroissement bien entendu de la marine, avant tout je veux la prospérité de l'État, le bien-être de la nation, la bonne disposition des finances; partant, l'intérêt de la chose publique. C'est ce dernier but surtout que je n'ai point perdu de vue: je sais ce que valent les millions. Je ne suis point, toutefois, de ceux qui veulent une mari ne puissante et un budget restreint. Pour avoir une marine, il faut de l'argent, et, ce qu'il importe, c'est de l'employer le plus efficacement possible.»

Ce n'est pas la France et l'Angleterre maritimes, mais la France et l'Angleterre industrielles, agricoles et manufacturières que compare M. Catineau-la-Roche. Montrer à la France, par la comparaison de son industrie avec celle de l'Angleterre, ce qu'elle doit faire pour égaler sa richesse et pour éviter l'écueil contre lequel cette rivale ira inévitablement un jour se briser, tel est le but de M. Catineau-la-Roche. Il a donc divisé son ouvrage ainsi qu'il suit:

Il examine d'abord quelles sont les marchandises que la France peut offrir aux consommateurs étrangers, et il expose l'état des produits de notre sol et de nos manufactures, celui de nos besoins et de notre superflu. Après avoir comparé ensuite l'agriculture, l'industrie et le commerce de la France et de l'Angleterre, il émet quelques idées sur l'amélioration de notre agriculture; il énumère diverses circonstances particulières qui, pour le moment, s'opposent à l'établissement d'un grand commerce entre la France et l'étranger; il développe les raisons qui, selon lui, doivent nous faire préférer le commerce intérieur et le commerce colonial au commerce avec l'étranger; enfin, il repond à quelques objections faites assez généralement contre le commerce colonial.

Dans l'opinion de M Catineau-la-Roche, la France peut, si elle le veut, opérer chez elle en quelques années cette régénération radicale qui a coûté un siècle à l'Angleterre; car elle a pour elle un modèle, un guide certain que l'Angleterre n'avait pas.

Études sur les réformateurs et socialistes modernes: Saint-Simon, Charles Fourier, Robert Owen; parLouis Reybaud.Tome 1er, quatrième édition, précédée du rapport deM. Jouy, membre de l'Académie française, et de celui de M. Villemain, secrétaire perpétuel, 1 vol. in 8°.--Paris, 1844.Guillaumin.

Le succès de ce livre va toujours croissant. Chaque année, une édition nouvelle le consolide en l'étendant; le public ratifie le jugement de l'Académie française, qui a décerné, en 1844, auxÉtudes sur les réformateurs et socialistes modernes, le grand prix Montyon.

La nouvelle édition que met en vente M. Guillaumin (la quatrième) ne diffère de la troisième que par un avant-propos de l'auteur. M Louis Reybaud a cru devoir constater une transformation qui s'est faite depuis quatre années dans les idées et les tentatives des utopistes contemporains. Dans son opinion, leur œuvre en est à une seconde phase; les continuateurs s'en sont emparés et procèdent peu à peu à un travail d'épurement et d'atténuation. Deux symptômes surtout attestent ce travail sourd et cette contagion inaperçue. D'une part, les déclamations contre l'ordre social actuel deviennent chaque jour plus vives; d'autre part, on s'efforce de rendre la liberté suspecte, on veut la faire envisager comme la cause directe des misères industrielles et commerciales, on tend les mains vers les chaînes que nos pères ont brisées, on abjure le pouvoir de replacer l'activité individuelle sous le joug, on le pousse vers l'usurpation et la dictature.

M. Louis Reybaud se propose de traiter dans un livre spécial intituléles Lois du Travail, le sujet de la liberté économique; mais, en attendant la prochaine publication de cet ouvrage, il a cru devoir protestercontre les tendances fâcheusesqu'il signale. Rien de ce qu'il voit, rien de ce qu'il entend n'est de nature à faire fléchir sa conviction. Il a foi dans les vertus de la liberté; il la croit moins funeste qu'on ne la dépeint, et plus féconde qu'on ne le pense; il voit en elle un principe excellent; quelques déviations ne la lui feront pas condamner à la légère. Il n'est pas de titre qui honore plus l'homme et lui crée plus de devoirs. Si on les méconnaît aujourd'hui, avec le temps ils reprendront leur empire. La liberté ne nous donnera, il est vrai, ni un âge d'or ni un régime entièrement affranchi de souffrances; mais il est permis aussi de douter que cette ère de bonheur se trouve au bout d'une dictature économique ou de spéculations imaginaires.

A quoi bon protester contre le péage des ponts? le savon hydrofugerendra désormais inutiles ces sortes d'établissements.

Grâce aux sabres en acier fondu perfectionné,les duels sont maintenant impossibles.

Vue intérieure de la Salle des Instruments, à l'heure oùles exécutants se livraient à des préludes d'harmonies.

Ordinairement c'est de Paris que datent les nouvelles de la mode; pour quelque temps ce sera le contraire; la légère déesse s'est réfugiée aux champs avec la société parisienne. Qu'aurait-elle fait dans notre ville désertée, abandonnée de tous? La voilà donc parcourant le monde, emportant à l'étranger les élégances si simples, ou plutôt les simplicités si élégantes de Paris, créées dans les salons d'Alexandrine, de Beaudrant, en un mot chez toutes les sommités qu'elle protège et auxquelles elle a dévoilé les charmants secrets de la parure.

On fait beaucoup de robes en mousseline de soie rayée, ou à carreaux écossais, pour les toilettes de dîner et petites soirées; elles sont garnies souvent de deux biais découpés à grandes dents arrondies, au bord desquelles est froncé un ruban numéro neuf coupé par la moitié. On en fait encore de très-jolis qui ont un seul grand volant également à dents arrondies bordées de trois ou cinq rangs de petits velours numéro un. Le même nombre de velours est posé alors droit à la tête de ce volant.--Les corsages sont décolletés, avec berthe d'étoffe bordée de plusieurs rangs de velours. Cette berthe se supprime à volonté pour être remplacée par un canezou de mousseline brodée; il se fait aussi des corsages froncés demi-montants, à revers ouvert devant. Les manches courtes, les manches demi-longues, à la religieuse, ou les manches justes ne dépassant le coude que de deux doigts; sous ces manches passe une manche blanche fermée au poignet par un entre-deux et deux rangs de dentelle froncée au bord. Ces trois façons sont également en faveur.

Sur les robes d'organdi à raies ombrées on pose deux volants festonnés ou bordés d'une petite dentelle tournant autour d'une dent arrondie. Le corsage est froncé et à revers dentelé comme les volants; c'est la toilette représentée ici.

A la campagne, en voyage, au bord de la mer, on trouvera charmants les nouveaux paletots d'été en soie, garnis de dentelles noires ou d'effilés. Ils sont presque tous en étoffé glacée.

Mais pour qu'on ne s'imagine pas que les Parisiennes ne pensent qu'à la toilette, défaut dont on les accuse très-souvent, nous dirons les travaux dont elles s'occupent pendant les longues heures d'une journée d'été à la campagne: d'abord, on brode beaucoup les taies d'oreiller aux quatre coins, comme un mouchoir; cette broderie se fait au plumetis, au passé ou au point de chaînette; ensuite, on brode des housses de meubles, qui sont en batiste de la couleur du meuble; la broderie est blanche, au plumetis, au crochet et même en soutache. Ces housses se bordent avec une petite dentelle, ou, ce qui est mieux encore, avec un large feston double. La tapisserie est toujours en grande faveur; les carreaux ne se mettent plus sous les pieds: il faut un oreiller en tapisserie, en drap ou velours brode soie et or; la doublure doit rappeler la couleur du meuble de l'appartement. Aux incorrigibles qui veulent encore s'occuper de toilette, nous conseillerons les larges festons des volants de robes; c'est d'ailleurs un ouvrage très-facile et très-prompt.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

Quand le temps est à la pluie, l'amadou tarde à s'enflammer.


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