SOMMAIRE.

L'ILLUSTRATION,JOURNAL UNIVERSELAb. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.Prix de chaque N°. 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.N°73. Vol. III.JEUDI 181 JUILLET, 1844. Bureaux, rue Richelieu, 60.Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr. Ab. pour l'Étranger. -- 10 -- 20 -- 40Embarquement du prince de Joinville à Toulon.SOMMAIRE.Histoire de la Semaine.--Embarquement du prince de Joinville à Toulon, d'après un dessin de M. Letuaire.--Courrier de Paris.--Exposition des produits de l'industrie. (11e et dernier article.) Objets divers.Onze Gravures.--Le Tir fédéral de 1844.Porte d'entrée du Tir fédéral; Pavillon des drapeaux et des prix; le Stand, ou Salle du Tir fédéral.--Inauguration de l'éclairage au Gaz sur la place Saint-Marc et fête de la Tombola à Venise(8 juin 1844).Une Gravure.--Le Sacrifice d'Alceste, par M. Fabre d'Olivet. (3e partie.)--Embellissements de Paris.Maison gothique allemande, à Beaujon.--Les Environs de Paris.Sept Gravures.--Bulletin bibliographique.--Revue comique de l'Exposition de l'Industrie, par Cham.Trois Caricatures.--Modes.Une Gravure.--Rébus.Histoire de la SemaineQue les faiseurs de nouvelles le lui pardonnent!l'Illustrationne peut, dans les sujets qu'elle reproduit, suivre que les faits, elle ne peut accompagner l'imagination de ces messieurs. A en croire les uns, tout est fini quant à la satisfaction à obtenir par la France du Maroc, et M. le prince de Joinville va revenir; à en croire les autres, le jeune amiral revient en effet, mais rappelé par la prudence ministérielle. Ces versions deviendront peut-être des faits et de l'histoire, mais ce ne sont encore que des prédictions, et comme nos dessins ne se sont pas proposé d'être fantastiques, ce n'est pas le retour, mais l'embarquement de M. le prince de Joinville que nous reproduisons.Le prince arriva à Toulon le jeudi 30 juin à sept heures du matin. Son arrivée fut annoncée par vingt et un coups de canon, tirés des remparts de la ville. Descendu à la préfecture maritime, où il reçut les chefs de corps et de service, il en repartit à onze heures, suivi d'un nombreux cortège. Précédé d'un détachement de gendarmerie de marine, il passa par l'allée de la Majorité, qui était bordée des troupes de l'infanterie du même service, bientôt il entra dans l'arsenal pour s'embarquer dans un canot et se rendre à bord duSuffren. A son entrée, le bâtiment amiral du port,le Muiron, fit entendre une salve de vingt et un coups de canon, et dès que le prince parut en rade, tous les bâtiments le saluèrent de leur artillerie et se couvrirent de pavois. Les matelots étaient montés dans les vergues.Le retour, nous l'espérons, sera triomphal. Nous faisons des vœux pour que la bonne contenance de notre escadre et l'énergie de son jeune commandant suffisent pour obtenir une légitime et complète réparation. Mais si cette démonstration, si cette négociation armée ne faisaient pas rendre à la France la satisfaction qu'elle est en droit d'exiger, nous avons besoin de croire que nulle influence extérieure, nulle considération étrangère, ne pourraient détourner notre cabinet de laisser poursuivre vigoureusement par les armes le résultat que n'aurait pas amené l'échange des notes diplomatiques. Cette confiance, nous la puisons, non pas dans la réponse du ministre des affaires étrangères aux interpellations qui lui ont été adressées à la Chambre des pairs par deux membres excentriques de cette assemblée, MM. de Boissy et de la Moskowa, non pas non plus, certes, dans le langage tenu par les ministres anglais sur leurs communications au sujet de notre expédition, avec le cabinet des Tuileries, mais dans les exigences bien prononcées du sentiment national. Des lettres de Taïti, récemment publiées et écrites avant que le traitement infligé à l'amiral Du Petit-Thouars y fût connu, ont vivement excité la passion publique ces jours derniers; le rappel d'un autre amiral qui, à Saint-Domingue, avait, par des actes d'humanité et de fermeté, conquis à la France une influence qui a porté ombrage à l'Angleterre, a également soulevé d'unanimes protestations, qu'un organe assez habituel de la presse ministérielle a été, en cette occasion, des premiers à reproduire. Le ministère, qui a vu l'effet causé par ces mesures, n'aura pas l'imprudence de venir ajouter un nouveau grief à tous ceux que croient avoir contre lui les hommes qui tiennent avant tout à la dignité nationale.Ceux-ci se préoccupent vivement du développement que l'Angleterre semble vouloir donner à l'escadre qu'elle envoie, de son côté, en vue des côtes du Maroc, pour surveiller, comme l'a dit leMorning-Post, la flotte française. M. Guizot a affirmé que les forces de la Grande-Bretagne ne seraient pas supérieures aux nôtres. Le passé nous rassure peu à cet égard. Quand nous allâmes assiéger Saint-Jean-d'Ulloa, le cabinet de Londres expédia au Mexique une flotte plus considérable que la nôtre, et il fallut toute la fermeté de l'amiral Baudin pour écarter ce dangereux voisinage. La presse anglaise ne se fait pas d'ailleurs faute de démentir sur ce point M. Guizot.«Nous aurons à Tanger, dit leMorning-Herald, une force plus imposante que les Français.» Et ce n'est pas là une mensongère fanfaronnade: les feuilles anglaises nous donnent la liste des bâtiments déjà expédiés, et nous y voyons figurer quatre vaisseaux de 120 canons et un de 84. Nous voyons de plus que l'amiral Owen a reçu l'ordre d'amener, de Malte à Gibraltar, tous les bâtiments de guerre à vapeur disponibles, représentant une force d'environ 400 canons; cela forme déjà un total de canons de beaucoup supérieur à celui que notre cabinet a mis en ligne ou donné l'ordre de préparer. LeMorning-Heraldajoute, du reste: «Nous espérons que les cerveaux brûlés et les esprits jaloux de nos voisins n'attribueront pas à l'arrogance la démonstration de la force comparative de la marine anglaise et de son écrasante supériorité sur toutes les marines réunies.... L'Angleterre peut disposer de quatre-vingts vaisseaux de ligne, tandis que la France n'en a certainement pas vingt disponibles.»Cette façon de pratiquerl'entente cordiale, cet appareil de forces et cette bienveillance de comparaison doivent donner à penser à nos hommes d'État et à nos hommes politiques. En tout temps, la dernière pensée d'un marin tel que Lalande sur l'avenir de notre marine et sur le développement à lui donner eût fixé l'attention publique; mais aujourd'hui ces conseils testamentaires avaient un à-propos qui l'a vivement excitée. C'est M. Billault qui a été chargé par l'amiral de venir en son nom apporter au pays ce tribut posthume de son patriotisme et de son expérience. La France comptait, au 1er janvier 1844, 8 vaisseaux armés, 15 frégates, 16 corvettes, 116 navires à voiles de rang inférieur et 35 navires à vapeur, sans compter les paquebots-postes et transatlantiques. L'amiral condamnait l'entretien de ce fretin de petits bâtiments sur lesquels le marin se forme mal, et du fond de sa tombe, il demande que la France n'emploie que des bâtiments de guerre d'une force respectable, montés par des équipages au grand complet et toujours parfaitement exercés. Il aurait voulu que notre effectif fût réparti sur 12 à 15 vaisseaux, 25 à 30 frégates et 20 corvettes de premier rang, au lieu d'être disséminé comme il l'est sur de petits navires, incapables de donner à l'étranger une juste idée de notre puissance. Notre marine ainsi organisée inspirerait une tout autre considération et nous serait, en cas de guerre, d'une tout autre utilité. L'amiral ne songeait pas à proscrire d'une manière absolue les petits navires de guerre, mais il voulait en réduire le nombre au plus strict nécessaire; et comme la victoire est donnée par les escadres, il demandait que notre flotte fût formée en escadres pour se rompre aux grandes évolutions. La Chambre a écouté la lecture de cette espèce de testament avec une attention religieuse, que M. le ministre de la marine, en succédant à la tribune à M. Billault, n'a sans doute pas cru devoir prolonger, car il n'a dit mot de ce qui venait d'être lu et n'a pas fait connaître son sentiment sur les vues d'organisation de l'illustre amiral.Les budgets des dépenses de l'instruction publique et de l'intérieur, du commerce et de la marine, ont été votés au pas de course. Les questions les plus graves cessent de l'être aux yeux de beaucoup de députés après sept grands mois de session, et quand les moissons les réclament. Il en a donc été des crédits à ouvrir pour les besoins de ces quatre départements, comme il en sera de tous ces petits projets qui deviendront lois entre les deux budgets: aussitôt lus, aussitôt votés. Toutefois, cette année, sans doute pour jeter un peu de variété dans ces chiffres qu'on superpose pendant six heures de séance, pour marquer des temps d'arrêt à ces assis et levés accélérés, on a intercalé entre les budgets de ministères différents des discussions qui, les années précédentes, n'interrompaient pas le budget des dépenses. C'est ainsi qu'est revenu à la discussion du palais Bourbon le projet sur le chemin de fer d'Orléans à Bordeaux, qui avait soulevé un débat fort aigre au Luxembourg. L'article 7, qu'on avait appelé l'amendement Crémieux, avait été retranché par la pairie, et le ministre, qui n'avait pas combattu cet amendement, et le rapporteur, M. Dufaure, qui avait voté pour son adoption, venaient proposer à la Chambre de regarder sa radiation comme sage et de ne pas demander son rétablissement. M. Grandin, plus conséquent avec lui-même que ces deux messieurs, dans un discours plein de faits très propres à faire réfléchir sur le pouvoir que s'arrogent certaines compagnies, et plein aussi de verve et d'entrain, a demandé que l'article 7 fût rétabli. Il s'est vu, à cette occasion, en butte à des attaques personnelles qui, reconnues immédiatement être sans fondement et porter au contraire sur des faits tout à l'honneur de l'honorable membre, ont donné à son opinion un relief plus grand et une véritable autorité. M. Crémieux, à son tour, est venu, par un des discours les plus spirituels, les plus élégants, les plus adroits de la session, soutenir, dans l'intérêt de la dignité de la Chambre, le maintien d'un article qui ne devait plus, comme il l'a dit, porter le nom de son auteur, depuis que l'assemblée, en l'adoptant, se l'était rendu propre. M. Molé avait, à la Chambre des pairs, écrasé sous les plus justes reproches le ministre qui venait leur déclarer, pour leur complaire, qu'il trouvait détestable un amendement qu'il avait laissé adopter sans le combattre. M. Crémieux avait beau jeu pour malmener à son tour le député-ministre qui avait laissé tenir en sa présence, à la tribune d'une autre enceinte, un langage sans convenance sur la Chambre des députés et sur une de ses résolutions. Il a fait justice de cette faiblesse, de cette absence de courage, de tenue, avec une vigueur et un mordant qu'a vainement essayé d'amortir l'éloquence cotonneuse de M. Dumon. Néanmoins, comme les députés conservateurs qui avaient voté il y a quinze jours pour l'adoption de cet article, dans la crainte de repousser tout à fait le ministère et d'avoir l'air d'accepter la lutte que la Chambre des pairs semble vouloir engager avec la Chambre des députés, n'ont pas hésité un instant à sacrifier leur dignité à celle de M. Dumon, et à repousser en juillet ce qu'ils avaient adopté en juin, les députés fidèles à leurs opinions, et qui veulent mettre leurs votes d'accord avec leurs principes, se sont trouvés en minorité. On n'en peut plaindre que la Chambre.--Du reste, ce conflit qu'elle redoute, devant lequel elle recule, la Chambre des pairs vient de le poursuivre encore dans la discussion du projet de loi sur le chemin de Paris à Lyon. La Chambre des députés avait voté pour rétablissement par l'État d'un embranchement de Montereau sur Troyes. La Chambre des pairs a voté, elle, que l'État ne pourrait faire les travaux de cet embranchement que si, d'ici à dix-huit mois, il ne s'était présenté aucune compagnie pour s'en charger. La Chambre des députés avait voté la mise à la disposition du gouvernement de la somme nécessaire pour la pose des rails sur la voie principale, ne laissant par conséquent indécise que la question d'exploitation. La Chambre des pairs, au contraire, a rayé l'ouverture de ce crédit, et a laissé par conséquent à résoudre la question de la pose des rails elle-même, ce qui entraînera un long et fâcheux retard pour la section fort importante de Dijon à Châlon, dès aujourd'hui presque terminée. Ces modifications vont être mises aux voix au Palais-Bourbon. Y montrera-t-on un peu plus de dignité dans cette circonstance nouvelle que dans la précédente? Nous voudrions l'espérer autant que nous le désirons.M. Thiers, au nom de la commission chargée de l'examen du projet de loi sur l'enseignement secondaire, est venu donner lecture à la Chambre d'un rapport qui, durant deux heures et demie, a constamment tenu son attention vivement excitée. Tous les journaux reproduisent en ce moment, en le morcelant, à cause de son étendue, ce grand et beau travail. Quant à nous, qui avons consacré un article spécial à l'examen du projet de M. Villemain, quand il le porta à la Chambre des pairs, nous regardons comme un devoir de faire connaître prochainement en quoi l'œuvre de la commission diffère de celles du ministre et de la pairie, et les solutions heureuses qu'elle a trouvées d'une question difficile, admirablement exposée et discutée par son rapporteur.Dans ce fouillis de petites lois, qui va se débrouiller entre les deux budgets, le ministère avait beaucoup tenu à faire classer une proposition dont l'intérêt actuel échappait à ceux qui, comme nous, ne sont pas dans les secrets ministériels. Il y a plusieurs mois, MM. Leyraud, Lacrosse et Gustave de Beaumont présentèrent une proposition dont l'enquête avait démontré l'utilité, et qui avait pour but de caractériser et de punir les faits de corruption électorale. Force fut de la voir prendre en considération; mais on lui nomma des commissaires hostiles, et, au lieu d'un rapport, trois de ces commissaires accouchèrent d'une autre proposition pour restreindre la liberté de l'électeur et limiter étroitement la faculté qu'il a aujourd'hui de transférer son domicile politique dans l'arrondissement, à son choix, où il est inscrit au rôle de la contribution. On avait vainement fait observer que cette proposition était toute récente et n'avait nul droit à un tour de faveur sur ses aînées; qu'elle demandait une discussion plus longue et une attention plus soutenue qu'on ne lui en accorderait à cette époque d'impatience de départ et de préparatifs de malles; que c'était une réforme électorale, et qu'il fallait s'attendre à voir aborder la question tout entière; que la Chambre n'étant âgée que de deux sessions, à moins que le ministère ne se proposât de la dissoudre bien avant le terme habituel, il n'y avait pas la moindre urgence à mettre cette proposition à l'ordre du jour de cette session. Le ministère et ses confidents avaient tenu bon, et la proposition avait été inscrite entre les deux budgets. Mais les scrutins sont changeants, et l'opposition ayant demandé un nouveau classement de l'ordre du jour dans une séance postérieure, est parvenue à en écarter la proposition, ainsi ajournée.On a supposé que les ministres, qui n'ignoraient pas que la pensée de leur donner des successeurs était venue en haut lieu, par suite de tous les échecs qu'ils ont essuyés, de toutes les meurtrissures qu'ils ont reçues, voulaient avoir cette arme de réserve entre les mains pour demander à la couronne, dans le cas où sa confiance ne se raffermirait pas complètement, de les laisser essayer d'une dissolution et d'une réélection avec des listes travaillées à l'aide de la proposition poursuivie. Il y avait dans ce double espoir du cabinet une double illusion. La proposition ne sera pas enlevée à la Chambre, et la couronne ne le laissera pas tenter ce dernier coup de fortune.--On s'est beaucoup entretenu dans les couloirs de la Chambre d'une conversation dont M. Dupin l'aîné avait été un des deux interlocuteurs. Les ministres y auraient été qualifiés d'une épithète qui a dû leur paraître drôle, si elle leur a été rapportée. Nous devons dire que cette qualification n'était pas du fait de M. le procureur général près de la Cour de cassation, mais de celui de son interlocuteur. Interrogé, dans la salle des conférences, sur l'exactitude de ces bruits et sur la véracité d'un article duNationalqui lui avait fait dire, dans cet entretien, que la conduite, du ministère à l'occasion de la dotation était une véritable trahison, M. Dupin a répondu vivement, de ce ton que chez un autre on trouverait peut-être de mauvaise humeur: «Je n'ai pas dittrahison, monsieur; j'ai ditforfaiture.» A la bonne heure! voilà le texte corrigé.Les affaires d'Haïti, comme celles de Taïti, viennent d'être l'occasion, ainsi que nous l'avons dit en commençant, de la disgrâce de l'un de nos amiraux. Nous savons bien qu'à en croire leMoniteur, M. le contre-amiral de Moges n'est rappelé que parce qu'il l'a demandé. Il y a dans cette explication un anachronisme volontaire. Quand il n'y avait rien à faire à Saint-Domingue, M. de Moges a demandé à être rappelé et n'a pu l'obtenir; depuis que sa présence y est nécessaire, et que des négociations ont été commencées et habilement dirigées par lui, M. de Aloges n'a jamais songé à renouveler sa demande, mais c'est alors que le ministère a songé, lui, à la rechercher dans ses cartons. Voici l'incroyable explication qu'une feuille ministérielle donne à son rappel: «Essayons, pendant que la question est encore froide, d'apprécier en peu de mots cette résolution du cabinet. M le contre-amiral de Moges, auquel chacun rend justice, même les marins, est un de nos officiers les plus distingués et les plus résolus; C'est un de ces hommes qui ne reculent devant aucune responsabilité personnelle lorsqu'il s'agit de l'honneur et de l'intérêt du pays. Mais, malgré son intelligence élevée, il a, comme on dit, les défauts de ses qualités; comme tous les esprits entreprenants, il s'éprend trop vite des grandes résolutions pour en calculer toutes les conséquences. Comment d'ailleurs un marin jeté à plusieurs milliers de lieues du centre où se traitent les affaires, qui se trouve placé sous le coup d'événements presque inopinés, et qui est essentiellement l'homme de la circonstance, pourrait-il embrasser la portée politique des actes dont il va prendre l'initiative! Cet officier général créait à notre politique, à l'endroit de la question haïtienne, une situation qui menaçait de devenir vraiment inextricable. Parti en toute hâte de la Martinique avec les bâtiments de la station des Antilles, aux premières nouvelles de la révolution survenue dans notre ancienne colonie, il arriva devant Santo Domingo au moment où toute la partie espagnole de l'île venait de lever l'étendard de l'indépendance, et de se constituer en république dominicaine. Vivement menacée par le président Hérard, fort alors d'un pouvoir nouveau que n'avaient point encore entamé les événements qui achèvent de se dérouler en ce moment, la république dominicaine devait succomber si elle n'était soutenue par une intervention puissante. Elle résolut de se placer sous le protectorat de la France. Des ouvertures furent faites à ce point de vue. Ainsi la France pouvait remettre le pied sur cette terre où elle avait été longtemps si puissante, et qui lui avait un moment tout entière appartenu..... Qui sait où conduirait le protectorat de la partie espagnole?...--L'amiral prêta l'oreille aux propositions qui lui étaient faites, et, sans proclamer le protectorat de la France, il tint ce fait pour implicitement accompli, et agit en conséquence dans la médiation qu'il interposa entre les deux parties, désormais distinctes de l'ancienne république.» M. le ministre des affaires étrangères, qui dit aux amiraux, en Prusias moderne: «Ah! ne me brouillez pas avec... l'Angleterre!» M. le ministre des affaires étrangères a trouvé que ceci était par trop osé, et M. de Moges a été rappelé.M. l'amiral Lainé paraît courir grand risque d'éprouver à son tour un traitement pareil. Et de trois! Quand nous serons à dix... où en seront nos relations extérieures et le renom de la France? Un article a paru dans leJournal des Débats, qui fait l'apologie en tous points de M. Bichon. Nom avons dit le conflit qui s'était élevé entre ce consul et le commandant de nos forces navales; il est fort à craindre qui ce dernier ne soit sacrifié.Il paraît constant aujourd'hui que les fils de l'amiral Bandiera et tous ceux qui ont pris part avec eux au débarquement armé dans le royaume de Naples sont entre les mains de l'autorité, et vont passer devant une commission militaire. LaGazette d'Augsbourg, du 10 juillet, rend responsables de cette tentative et de toutes les autres les gouvernements qui, comme la France, l'Angleterre et l'Espagne, sont un refuge assuré, un corps franc politique ouvert à tous les conspirateurs poursuivis et expatriés. Nous aimons infiniment mieux voir notre gouvernement encourir ce reproche qu'être exposé au compliment tout contraire que lui adresse une feuille de Cologne: «Les cabinets de Londres et de Paris, dit-elle, ont puissamment contribué à maintenir la tranquillité et l'ordre public dans la péninsule italique. Ces cabinets ont mis les gouvernements de l'Italie sur la trace des menées et des complots des associations secrètes, et c'est ainsi qu'ils ont pu prendre les mesures nécessaires pour les faire avorter. Souvent des arrestations inattendues ont été faite sur les indications des deux cabinets.» Ceci vient à l'appui de la discussion qui s'est récemment élevée dans le parlement à l'occasion dusecret office. Mais nous voulons croire que quant au gouvernement français, c'est calomnie pure.L'Espagne a décidément vu s'opérer sa modification ministérielle. M. de Viluma a donné sa démission de ministre de affaires étrangères et s'est retiré pour avoir, dit-on, lait à la pudeur constitutionnelle du général Narvaez des proposition absolutistes qui l'ont alarmée. Le général ne lui a pas encore donné de successeur et s'est chargé par intérim de son portefeuille. Les ministres sont revenus à Madrid et y ont publié des mesures que résume la dépêche suivante: «Les cortès sont dissoutes par décret du 4, inséré dans laGazettedu 10. Les collèges électoraux sont convoqués pour le 3 septembre. Le scrutin général aura lieu le 14. Les nouvelle cortès se réuniront le 10 octobre.--Un autre décret du rétablit dans les provinces basques les députations et les municipalités d'après lesfueros. Les juntes générales se réuniront incessamment et nommeront des commissaires chargé de traiter avec le gouvernement la question desfueros, qui sera soumise aux prochaines cortès.--Rien n'a eté changé aux douanes, à l'administration de la justice et à la police.--Un troisième décret ordonne la translation du corps de Montès de Oca de Vittoria à Madrid.» En attendant ces élections pour la forme, le gouvernement espagnol veut donner au peuple la distraction d'un armement et lui faire croire la gloire possible d'une conquête. Il a ordonné la formation d'un corps d'armée de 6,000 hommes à Ceuta, sous le commandement du général de Villalonga. On passe en revue Madrid des régiments se rendant à l'armée, et l'on donne à entendre dansel Heraldoqu'on se propose de s'emparer de Tanger. Nous osons gager que le parlement anglais est sans inquiétude aucune sur les projets du cabinet de Madrid et qu'il ne croira même pas lui devoir d'en faire le semblant.Les nouvelles des États-Unis apprennent que le congrès s'est ajourné le 17 juin. Il ne se réunira probablement pas avant le commencement de décembre. On dit que M. Tyler a l'intention de rouvrir la session peu de temps après que les représentants seront retournés dans leurs collèges; le président pense sans doute qu'au milieu de leurs électeurs, les représentants changeront leur opinion sur la question du Texas.--On dit encore qu'on a écrit au Texas de ne s'engager en rien avec l'Angleterre avant les prochaines élections. Rien n'a été fait, quant à l'affaire d'Orégon.--Il y aura trois candidats dans la prochaine élection du président: MM. Clay contre l'annexation, et Tyler et Polk pour l'annexation. Il est probable que M. Henri Clay sera élu. Les finances de l'Union se sont améliorées. La dépense probable pour l'année ne sera que de 18 millions de dollars, tandis que le revenu ne sera pas au-dessous de 25.La chambre des lords n'a pas encore prononcé sur l'appel d'O'Connell. En attendant, les évêques catholiques d'Irlande ont composé une formule de prière qui sera lue dans toutes les églises, à partir du 28 de ce mois jusqu'à la sortie de prison des captifs. «O Dieu tout-puissant et éternel, roi des rois et seigneur de toutes les puissances de la terre, jette sur le peuple de ce pays un regard de compassion, et mets, dans la bonté, un terme à ses souffrances. Donne-lui la patience pour qu'il endure ses privations, et remplis ceux qui le gouvernent de l'esprit de vérité, d'humanité et de justice. Unis toutes les classes dans un commun amour pour le pays, dans l'obéissance à notre bien-aimée souveraine, et dans un sentiment de charité mutuelle. Fais que nos législateurs nous donnent des lois basées sur les saints commandements et ramènent l'Irlande à un état heureux et prospère; et comme ton serviteur Daniel O'Connell, qui a travaillé avec tant de zèle et de persévérance au bonheur de l'Irlande, est maintenant retenu captif; donne-lui la grâce de supporter sa peine avec résignation, et, dans ta miséricorde, permets qu'il soit rendu à la liberté pour guider et protéger ton peuple; par Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Amen.»Le 21 juin, à Athènes, les adversaires du ministère avaient organisé une émeute pour renverser le cabinet. L'émeute a éclaté, mais Kalergis est intervenu et a dissipé les rassemblements par la force. Plusieurs individus furent blessés et quelques-uns même tués. Avant dix heures du soir, la tranquillité était rétablie et les soldats rentraient dans leurs casernes. Kalergis a adressé à ses concitoyens une proclamation dans laquelle il exprime un vif regret que dans cette affaire des innocents aient été confondus avec les vrais coupables. A la date du 30, l'ordre était consolidé. Un mandat a été décerné contre Germano Mavronichali, prévenu d'être le provocateur des troubles du 23. Le général Tzavellas (exilé depuis à Syra) a offert sa démission d'aide de camp du roi à la suite du manque de foi dont le ministère voulait se rendre coupable envers le général Grives, mais auquel M. Piscatory a mis obstacle en lui conservant la protection du pavillon français. Le président du conseil persistant à ne pas reconnaître le compromis entre le général Tzavellas et le général Grivas, a annoncé à M. Piscatory qu'il ferait procéder au jugement et à la condamnation par contumace de Grivas, qui s'est retiré à Smyrne.L'ordre des avocats a réélu à la presque unanimité son bâtonnier et tous les membres démissionnaires de son conseil.Le roi vient de voir naître son huitième petit-fils; la reine des Belges seule lui a donné une petite-fille. Madame la duchesse de Nemours est accouchée d'un prince qui a reçu le nom de duc d'Alençon, titre qui n'avait pas eté pris depuis le règne de Henri III.L'épiscopat français a perdu M. de Forbin-Janson, ancien missionnaire, évêque de Nancy, qui se tenait éloigné de son siège depuis 1830.--L'Institut et la Faculté des lettres ont rendu les devoirs funèbres à M. Fauriel, auquel de nombreux travaux avaient assigné un rang élevé dans la science.--M. C.-A.-F. Panekoucke, éditeur de nombreuses et importantes publications, est mort cette semaine.Courrier de Paris.Nous touchons au terme de la session, et bientôt nos honorables vont être soulagés des soucis parlementaires. Dans quelques jours tout sera dit, les portes des deux Chambres seront closes, les huissiers déposeront leur costume officiel et leur collier; chacun quittera la vie publique et ira se reposer, ceux-ci à l'ombre de leurs pommiers, comme les bergers de Virgile et de Théocrite, ceux-là aux eaux d'Ems, de Spa et d'autres lieux. Il faut avouer que ces messieurs des deux Chambres ont bien gagné le droit de courir ainsi les champs et de prendre un peu de loisir. Voici bientôt huit mois qu'ils sont attachés aux banquettes du Luxembourg et du palais Bourbon, remuant des lois et jaugeant des chemins de fer. Huit mois d'amendements de toute espèce et de discours de toute sorte! Il est bien temps d'échapper à ce débordement d'intarissable éloquence. Aussi plus d'un parlementaire s'est esquivé sans bruit et sans attendre la clôture. Un tiers au moins de la Chambre des députés, anticipant sur les douceurs du licenciement, a laissé aux plus infatigables et aux plus intrépides le soin d'achever la campagne et d'assister aux dernières journées de cette longue bataille parlementaire.C'est le temps où Paris va entrer dans le repos et l'indifférence. La présence des Chambres l'anime en effet et le tient en haleine; et bien que l'ardeur politique soit partout singulièrement ralentie, les luttes de l'opposition et du ministère, les discussions politiques ou d'intérêt purement matériel, ne laissent pas de donner aliment aux curieux, aux oisifs, aux diseurs de riens, aussi bien qu'aux esprits sérieux et positifs. Le désœuvré trouve à placer son mot sur le ministère, sur la reine Pumaré et l'amiral Dupetit-Thouars, sur l'entente cordiale et sur les compagnies financières, tout comme s'il y entendait quelque chose et était un politique, un diplomate, un habile marin et un grand financier.Maintenant qui fournira à Paris ce texte de conversations toutes faites et toutes préparées qu'il tire des débats parlementaires et des incidents du gouvernement représentatif en exercice? Vous me répondrez que Paris n'est jamais en état d'abstinence, et que chaque jour lui amène infailliblement son contingent d'aventures, d'événements et de nouvelles; à la bonne heure, mais encore faut-il qu'ils vaillent la peine qu'on s'en occupe; et en vérité nous sommes las d'apprendre qu'un maçon est tombé du haut d'un toit et qu'une diligence a versé au tournant d'une rue quelconque; ce sont là des distractions par trop monotones et qui reviennent trop souvent.Paris est habitué à ce genre de récréations, et si pendant ces mois de vacances qui vont commencer, vacances publiques, vacances judiciaires, vacances de salons et de polka, il ne lui arrive rien de plus curieux et de plus neuf, je puis affirmer qu'il s'ennuiera copieusement et demandera au ciel de lui envoyer quelque déluge ou quelque peste, pour avoir du moins de quoi causer.Le ciel, touché de sa peine, ne le gratifierait que d'un ou de deux bons procès criminels, bien compliqués de parricide et d'arsenic, qu'il en prendrait son parti et se déclarerait satisfait.Il vient de se passer deux événements sinistres qui pourraient bien lui donner cette satisfaction et faire pendant à l'affaire Donon-Cadot et au procès Lacoste. Le premier, tout sanglant qu'il est, n'offre, il est vrai, jusqu'ici, aucun épisode extraordinaire; mais peut-être les curieuses et singulières découvertes arriveront-elles avec le temps et le réquisitoire du procureur du roi. Voici le fait dans toute son horrible simplicité. Un jeune homme de vingt-deux ans, nommé Eugène Francotte, était épris d'une jolie couturière appelée Sydonie Leroux; Eugène avait demandé la main de Sydonie; mais soit qu'elle n'eut pour lui aucun penchant, soit, comme on le raconte, quelle eût mauvaise opinion de son caractère et de sa conduite, Sydonie avait répondu à la demande d'Eugène par un refus.--Il y a quelques jours, la détonation d'une arme à feu se fit entendre dans une maison de la rue Aumaire; les voisins effrayés accoururent et trouvèrent, gisante sur le seuil de la loge du portier, une jeune fille inondée de sang: c'était la malheureuse Sydonie Leroux; Eugène Francotte venait de lui tirer un coup de pistolet à bout portant; la pauvre fille était mourante On annonce qu'elle est sauvée. Quant à Francotte, son assassin, il s'est brûlé la cervelle, et le coup a réussi; grande perte pour ceux qui recherchent les émotions de la cour d'assises.Il y avait dans ce malheureux un coin d'Orosmane ou d'Otello: soyez sûrs que Paris eût fait grand cas d'Eugène Francotte et que, malgré la circulaire de M. le garde des sceaux, qui proscrit des mesures de sûreté et de répression contre l'appétit féminin en matière de cour d'assises, la plus belle moitié du genre humain eût assiégé M. le président de demandes, de prières, de grâces et de sourires, il reste à savoir si M. le président des assises, plus fidèle à la circulaire qu'à la galanterie, aurait eu le courage de résister et de dire du ton d'un Rhadamanthe incorruptible: «Non, mesdames, vous n'entrerez pas!»L'autre affaire est accompagnée d'un détail affreux, qui lui donne, sur l'assassinat de Sydonie Leroux, une épouvantable supériorité. Ce second drame ne commence pas, comme celui que nous avons déjà raconté, par un coup de pistolet, mais par une odeur de soufre et de charbon répandue tout à coup dans les habitations voisines, et donnant l'éveil. On s'interroge, on regarde, on s'inquiète; serait-ce un commencement d'incendie? Les plus alarmés se hasardent, pénètrent dans la maison, forcent la porte du logement d'où part cette épaisse fumée, cherchent, regardent de tous côtés, et aperçoivent enfin,--horrible spectacle!--une femme étendue sans mouvement, le visage couvert d'un masque de drap noir; ils veulent enlever ce masque pour tâcher de donner de l'air à la victime et de la rappeler à la vie; mais il résiste: c'était un morceau de drap enduit de poix, dans lequel une main sans pitié avait emprisonné la tête de l'infortunée. Je vous laisse à penser l'effroi des spectateurs: qui a pu commettre une action si criminelle et si barbare? La femme était seule, abandonnée, et la mort lui avait pris le secret de cette mystérieuse et sombre aventure avec le nom de l'assassin.Cependant un homme se présentait au même instant chez le commissaire de police; il était pâle et sinistre; là, il déclara qu'ayant arrêté avec sa maîtresse un double projet de suicide, il avait commencé à exécuter ce fatal traité en tuant sa complice, puis, qu'épouvanté de l'action qu'il venait de commettre, il n'avait pas eu la force d'accomplir sur lui-même le même attentat, et qu'il s'était enfui comme un insensé; maintenant qu'il avait un peu repris ses sens, il croyait devoir tout déclarer au magistrat et se remettre entre les mains de la justice. Cet homme se nommait Chevreul, la femme, Sophie Bronne.--Voilà de quoi donner le frisson aux plus insensibles. Nous ne serions pas étonné que, dès à présent, quelque dramaturge renforcé n'eut achevé un drame en sept ou huit tableaux, avec ce titre a faire courir tout Paris et la banlieue,le Masque de Poix.Au reste, Paris n'a pas le monopole de ces récits criminels, et leJournal de la Hayenous en transmet un venu en droite ligne de la Hollande, et qui ne le cède en rien à tous nos drames de cour d'assises, s'il ne les surpasse. L'héroïne scélérate de ce forfait hollandais se nomme Antonia de Van-den-Burg; elle n'est pas d'une condition très-relevée, puisqu'elle exerçait purement et simplement les fondions de servante d'un épicier. Toute servante quelle est, Antonia, si l'on s'en rapporte auJournal de la Haye, a une grâce charmante et une physionomie des plus agréables et des plus douces; mais cette douceur et cette grâce extérieure cachent une âme atroce, comme on va le voir.La clientèle de l'épicier était brillante et nombreuse elle se composait des meilleures et des plus riches maisons de la ville. Tout à coup et successivement, des indispositions, ayant toutes le même caractère, se manifestèrent chez la plupart des pratiques de l'honnête marchand. Les médecins appelés et toutes vérifications faites, on reconnut que ces maladies subites avaient été causées par l'usage de certaines denrées achetées dans la boutique du maître d'Antonia Van-den-Burg, et particulièrement du sel et du poivre. On interrogea l'épicier, qui ne put que manifester son étonnement et sa douleur; puis on en vint à la servante Antonia Van-den-Burg, qui se troubla et pâlit. Cette pâleur donna des soupçons au magistrat qui redoubla la vivacité de son interrogatoire, si bien qu'il arracha à Antonia l'aveu d'une pensée infernale, d'un crime sans exemple. Antonia confessa que croyant avoir à se plaindre de son maître, elle avait résolu de s'en venger; or, ce désir de vengeance n'avait trouvé rien de mieux à faire que d'accomplir la ruine de l'innocent épicier; et comment ruiner un épicier, si ce n'est en lui enlevant sa clientèle? Antonia Van-den-Burg avait donc arrêté l'horrible plan que voici: elle mêlait de l'arsenic au sel qu'elle portait aux pratiques, faisant à part elle ce raisonnement diabolique, que les pratiques, se trouvant malades, quitteraient infailliblement l'épicier qui leur vendait cette drogue maudite; à plus forte raison, s'ils en mouraient, le quitteraient-elles. Antonia Van-den-Burg a été immédiatement mise en jugement, et ne tardera pas à passer devant la cour criminelle. Elle n'y jouera certainement pas le rôle de la servante justifiée.Nous avons eu plusieurs débuts de danseurs et de danseuses. Le premier est celui de M. Toussaint; Toussaint est un nom peu poétique pour un zéphyr; aussi M. Toussaint n'est-il pas un zéphyr, à proprement parler: il n'a qu'une légèreté problématique qui ne menace pas les frises; M. Toussaint est un bon et honnête danseur, voilà tout; n'est-ce pas autant qu'il en faut dans un temps comme le nôtre, ou le danseur est détrôné et ne sert plus guère que de machine propre à soutenir et à faire pirouetter la danseuse; la danseuse, en effet, est seule toute-puissante et souveraine. Qui sait le nom de nos danseurs actuels? Se soucie-t-on même de M. Petitpas, qui défend le plus et le mieux qu'il peut l'ancienne autorité du danseur? En revanche, quels noms éclatants que ceux de Tuglioni, de Fanny Eissler, de Louise Fitzjames et de Carlotta Grisi! je dirai plus: on connaît la plus obscure, qui se cache encore et trotte dans la légion des rats; interrogez l'orchestre: c'est Clémentine, Joséphine, Seraphine, Caroline, Zéphirine. Alphonsine, vous répondra-t-on sans hésiter. Honneur donc aux danseuses, et loin des danseurs!Aussi, tandis que le parterre de l'Opéra accueillait assez froidement M. Toussaint, il battait des mains au début de madame Flora-Fabri Bretin et de mademoiselle Smirinoff. Madame Flora-Fabri-Bretin porte un nom un peu long et un peu compliqué; il y aurait de quoi s'y prendre les jambes et y embarrasser son entrechat, si madame Flora-Fabri-Bretin dansait sur son nom; mais elle a dansé sur le plancher de l'Académie royale de Musique, et fort agréablement. Madame Fabri-Bretin-Flora a de la grâce et de la vivacité; nous joignons volontiers notre bravo au bravo que les jurés dégustateurs de ronds de jambes ont délivré à madame Bretin-Flora-Fabri. Cette agréable bayadère est Italienne.Quant à mademoiselle Smirinoff, il n'est pas besoin de dire d'oû elle sort en pirouettant, ni de donner son acte de naissance; cette terminaisonoffle dit de reste; mademoiselle Smirinoff est du pays des Mensikoff, des Korsakoff, des Ostrogoff, et de tous lesoffpossibles qui fleurissent sur les bords de la Moskowa et de la Newa; et pour peu que vous m'y poussiez, j'avouerai que mademoiselle Smirinoff est première danseuse au théâtre de Saint-Pétersbourg; elle vient visiter Paris en passant, et lui offrir l'hommage de son estime particulière et de son entrechat; après quoi, elle compte bien retourner à Saint-Pétersbourg. Nous aurions volontiers gardé mademoiselle Smirinoff,--qui a du talent, mais puisque Saint-Pétersbourg la réclame, qu'elle y retourne accompagnée de nos encouragements et de notre bénédiction. J'espère que mademoiselle Smirinoff rendra là-bas bon témoignage de notre hospitalité bienveillante.Frédéric Bérat vient de faire paraître deux nouvelles romances de ces romances comme il les sait faire, douce pensée, tendre mélodie! L'une, intituléele Marchand de Chansons, est dédiée à mademoiselle Déjazet. Ce charmant petit marchand de chansons chante la gloire et l'amour, la France et la fillette sur les pas de Désaugiers et de Béranger. L'autre a pour titreAndré et Marie, c'est encore un chant de guerre et d'amour. Frédéric Bérat n'en fait pas d'autre; il a le cœur d'un bon citoyen et le cœur d'un amoureux, deux cœurs en même temps; c'est la compensation de ceux qui n'en ont pas du tout.Deux vaudevilles sont nés sans grand bruit. Le théâtre du Palais-Royal et M. Bayard sont les pères du premier; le second nous vient du théâtre des Variétés et de M. Deligny. Celui-là se nommele Billet de faire part, celui-ci le Vampire.Dans l'un il y a une veuve récalcitrante qui ne veut pas épouser un jeune baronnet; dans l'autre un Allemand qui n'ose pas déclarer sa passion à une donzelle. Le baronnet, pour contraindre la veuve à devenir sa femme, fait annoncer son mariage avec elle par un billet de faire part anticipé, et la compromet en la faisant coucher dans son château, à côté de sa propre chambre, sans que ladite veuve s'en doute. Aussi la veuve finit-elle par l'épouser. Quant à mon Allemand, son silence et sa mélancolie lui valent le surnom deVampirequi décore l'affiche. Vous devinez bien que ce vampire est le meilleur homme du monde, et que, tout Allemand qu'il est, il finit aussi par un mariage, comme le baronnet de là-haut. Quel vaudeville, en effet, ne finit point par la bénédiction nuptiale? quelques-uns aussi finissent par un petit concert de sifflets;le Vampireetle billet de faire partpourraient peut-être nous en dire quelque chose.Nous avons nommé plus haut le procès Lacoste. Ce procès, qui avait attiré à Auch beaucoup d'Anglais, de célibataires et de sténographes parisiens, s'est terminé à la satisfaction des accusés, du publie, et, il faut l'espérer, à la satisfaction du procureur du roi, malgré le peu de succès de ses poursuites et de son réquisitoire. Madame Lacoste et son co-accusé ont été reconnus innocents.Exposition des Produits de l'Industrie.(11e et dernier article.--Voir t. III, p. 49, 153, 164, 180, 211, 228, 230, 261, 283 et 294.)OBJETS DIVERS.Nous voici arrivé au terme de notre compte rendu, et nous trouvons, en feuilletant notre portefeuille, une nomenclature effrayante de noms, de produits, de numéros dont notre intention était de parler, et que nous sommes forcé de passer sous silence, tout en reconnaissant qu'ils auraient mérité, pour la plupart, que notre feuille les citât avec éloges. Mais il y a un proverbe qui nous rassure: A l'impossible nul n'est tenu; et quoique nous ayons condensé autant que faire se pouvait nos appréciations, nous n'aurions pas voulu que l'Illustrationfût une succursale dulivret, et nous borner à la simple mention de produits qui méritaient mieux et plus que cela. Aujourd'hui nous voulons réparer une partie de ces omissions, et dans notre article, véritable pandæmonium, on verra figurer un peu de tout; nous allons glaner après avoir moissonné, et nous pensons que la gerbe du glaneur vaudra bien celle du moissonneur.Et d'abord arrêtons-nous devant un magnifique travail exposé par M. Froment-Meurice. C'est un bouclier dont la vue nous a rappelé les descriptions poétiques que font, des boucliers de leurs héros, les vieux poètes du genre humain, Homère et Virgile. Mais, dans ce temps-là, le bouclier était une arme de combat. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un prix à suspendre au milieu d'une panoplie; jadis c'était dans le combat corps à corps, au milieu des merveilleux coups d'épée et des puissants coups de lance, qu'il recevait son baptême et sa consécration Maintenant celui à qui il écherra pourrait être le plus timide, le plus faible, le plus petit des mortels, mais il aura eu en sa possession le cheval le plus vile, le jockey le plus maigre et le plus efflanqué; certes, un pareil prix lui sera bien dû pour de telles prouesses. Dans ces combats en champ clos, le champ de bataille est leturf, les combattants des chevaux de l'un et de l'autre sexe, les spectateurs dessportsmenougentlemen riders. Le bouclier de M. Froment-Meurice, destiné à servir de prix de course, est une des plus belles pièces de l'orfèvrerie moderne. Il est en fer et en argent. Il se compose d'un sujet central ronde-bosse, de quatre bas-reliefs et d'une frise ou bordure. Le milieu, modelé par M. Jean Feuchères, représente Neptune domptant des chevaux; c'est une idée toute mythologique, vous savez que le bon La Fontaine donne une autre origine à l'appropriation du cheval au service de l'homme. Il s'agissait, vous vous en souvenez, d'une certaine vengeance à tirer d'un cerf. La première idée ennoblit le cheval; la seconde le rapproche beaucoup des petites passions de notre triste humanité. Maintenant, voici le cheval à différentes époques, car son histoire est celle de notre civilisation.Voiture parachute, par M. Callier.Lit de sauvetage, par M. Valat.Le Chromographe, par M. Rouget de Lisle.Machine à fabriquer les briques, par M. Parise.Le Calcographe, par M. Rouget de Lisle.Moteur électrique, par M. Froment.Vue extérieure de l'Exposition.Son état primitif est l'état sauvage; on le voit bondir dans sa force et dans sa liberté, enflant ses naseaux et frappant la terre de son pied nerveux, il court, et derrière lui une hideuse cohorte de tigres le presse et l'aiguillonne. Pauvre cheval! tes reins musculeux ne te sauveront pas, car le tigre est agile et le désert est immense à traverser! Ce premier bas-relief est de M. Rouillard. Dans le second, dû à M, Feuchères, le cheval a déjà subi le joug, mais il a conservé les instincts guerriers.Bouclier en fer et en argent, par M. Froment-Meurice.C'est le cheval de l'Écriture qui, lorsqu'il entend la trompette, frappe fièrement du pied la terre, et s'écrie: «Va!» Il est au milieu de la mêlée, s'animant au carnage, et s'enivrant de sang et de bruit. Le troisième bas-relief, arrangé d'après Pluvinet, par M. Justin, a pour sujet une chasse du temps de Louis XIII. Là, tout est coquet, la pose et les allures: c'est le coursier civilisé, se redressant avec grâce sous les dentelles et le riche habillement de son cavalier. Pauvre cheval! dans quelle position contre nature le montre le quatrième bas-relief, dû à M. Schœnnevert! Tu cours, mais ce n'est plus en liberté, sur ton dos est une selle; et sur cette selle un affreux jockey. Ce n'est plus un cheval, c'est un lévrier. Combien il est changé depuis que l'homme La pris à l'état sauvage pour te faire servir à ses besoins d'abord, puis à ses plaisirs, et enfin à sa fortune! Tous ces bas-reliefs sont traités avec une grande supériorité, et font honneur au dessinateur et à celui qui a été fouillant l'argent de son burin infatigable et donnant la vie à ces divers épisodes de l'existence chevaline. La frise est composée de têtes d'animaux et d'attributs de chasse, et forme un cadre magnifique à cette admirable œuvre d'art.Après l'orfèvrerie d'art, voici l'orfèvrerie usuelle. MM. Boisseaux-Detot et compagnie ont exposé une soupière Louis XV, de la vaisselle plate et des couverts enpackfong, métal blanc et ductile dont la base est le nickel, et qui a la sonorité de l'argent. Ils ont appliqué à ce métal l'argenture par le procédé Ruolz, et ont fourni des couverts qui peuvent lutter d'apparence et de durée avec l'argenterie. Le vieux plaqué, sans valeur jusqu'à présent, soumis au véhicule électrique, a reparu comme pièce d'orfèvrerie grâce à cet ingénieux procédé qui commence à se répandre dans les petites fortunes, et même, si nous en croyons certaines indiscrétions, qui a remplacé, chez certains grands seigneurs, l'argenterie massive et chère de leurs ancêtres.Nous avons déjà parlé de machines-outils exposées par M. Calla fils. Cet habile mécanicien ne s'est pas borné à cette partie principale de son industrie; il a abordé la fonderie d'art, et d'une manière tout à fait supérieure. Les lecteurs del'Illustrationen auront bientôt la preuve dans les dessins que nous leur donnerons lors de l'inauguration de l'église de Saint-Vincent-de-Paul. Aujourd'hui nous nous bornerons à signaler la statue de saint Louis, qui figurait au milieu de la grande salle des machines, le baptistère et les portes de Saint-Vincent-de-Paul.M. Baudrit a exposé une armature en fer dans un nouveau système imaginé par un des plus savants architectes de Paris. Cette armature a pour but de supprimer les colonnes en fonte dans les devantures de boutique et dans les magasins. On sait combien le négociant parisien tient à avoir un bel étalage et à présenter au passant la tentation de devenir acheteur par le bon effet de marchandises arrangées avec goût, d'heureuses oppositions de couleurs, de rapprochements séduisants. Eh bien! un des grands obstacles qu'il a à vaincre, c'est la ligne disgracieusement verticale des colonnes en fonte qui soutiennent le poitrail et tous les étages supérieurs au magasin. C'est donc, un véritable service rendu au commerce et, nous ajouterons, à la sécurité publique, que l'introduction dans les constructions d'une pièce qui supprime du même coup et les colonnes et le poitrail. En cas d'incendie, la poutre calcinée entraîne par sa chute la destruction de l'édifice entier, tandis que l'armature en fer résiste et retient tout ce qui est au-dessus d'elle. M. Baudrit a appliqué aux constructions deux systèmes, l'un qu'il nomme renversement de la poussée, l'autre suppression de la poussée. C'est le premier dont nous offrons le trait aux lecteurs. L'armature se compose de deux tirants AD, CB, et d'un seul arc CD, allant de l'extrémité d'un tirant à l'extrémité de l'autre, les deux points A, B, étant seuls fixés à l'aide d'anses en fer. Tout le poids porté par l'arc CD, et tendant à le faire fléchir, aura pour résultat de solliciter le rapprochement des deux points A, B; mais ce rapprochement ne pourra jamais avoir lieu, car il faudrait ou que la plate-bande placée au-dessus de l'arc fût broyée, ou que la charge entière fût soulevée. Dans l'application, on évite la position diagonale de l'arc par l'ajustement indiqué dans la figure. Ces armatures ont subi des épreuves de puissance tout à fait concluantes. Une, entre autres, qui n'avait pas été sollicitée par le possesseur du brevet, en a démontré la force et la solidité. Une poutre de 30 centimètres de côté et de 5 mètres 50 cent. de longueur, est tombée, par mégarde, du quatrième étage sur une ferme placée au rez-de-chaussée! Cette ferme la renvoya par son élasticité, et la poutre alla percer un plancher nouvellement construit par le malencontreux charpentier. Nous ne doutons pas qu'avant peu d'années la plupart des boutiques de Paris seront munies de cette précieuse armature.Nous avons examiné avec intérêt une machine à faire la brique, de l'invention de M. Parise, et dont nous donnons aujourd'hui le dessin. C'est une roue marchant par un mécanisme quelconque, et qui porte sur toute sa circonférence des augets. Ces augets reçoivent la terre qu'un ouvrier verse par une espèce de trémie ou d'entonnoir, puis se referment et compriment la terre, dont ils expriment ainsi l'eau, en donnant à la brique la forme qu'elle doit avoir. Ceci se passe pendant le temps que met la roue à faire une demi-révolution; alors l'auget, arrivé au bas, s'ouvre et dépose la brique sur une toile sans lin, qui la porte à l'ouvrier chargé de la ranger. Nous n'avons pu savoir combien la machine fournit de briques par jour; mais sa simplicité et la facilité des manœuvres qu'elle exige nous font penser qu'on doit en obtenir d'excellents résultats.Le travail des mines est un des plus pénibles que l'homme puisse supporter. Être tout le jour dans une nuit profonde, au milieu des infiltrations d'eau, sous l'appréhension des coups de feu, de la chute d'un bloc, d'une inondation; ne pas savoir, en descendant à 500 mètres sous terre, si l'on reverra la lumière du soleil, et la verdure, et les arbres, si l'on embrassera encore sa femme et ses enfants; et tout cela, pour un misérable salaire qui suffit à peine pour soutenir une vie de privations et de sacrifices. Mais si le sort d'un mineur est triste quand il est en bonne santé, il devient épouvantable quand un de ces accidents si fréquents dans les mines fond sur lui, sans qu'aucune puissance humaine puisse ni le prévoir ni l'empêcher; alors, au fond de ces sentiers sinueux, au bout de ces galeries où un homme peut à peine se tenir debout et qui n'ont que la largeur nécessaire au passage d'un chariot, voyez le blessé, une jambe ou un bras cassé, obligé de se traîner péniblement, de faire souvent une demi-lieue dans ces conduits souterrains pour arriver, brisé anéanti, aux abords du puits, c'est-à-dire à 300, 400 ou 500 mètres du sol; voyez-le dans cette ascension pénible, replié sur lui-même dans la benne qui l'enlève, suspendu entre le ciel et la terre, et ayant à peine assez de force pour maudire son sort! Eh bien! cette dernière torture, la plus grande de toutes, celle qui souvent convertit en maladie mortelle une blessure peu importante, le docteur Valat vient de la faire disparaître au moyen d'un lit de sauvetage, de son invention, dont nous donnons le dessin. Cet appareil consiste en une caisse pentagonale légèrement infléchie dans le sens de sa longueur; son couvercle est mobile; elle contient un matelas traversé par une petite sellette et des sangles placées de manière à soutenir le blessé lorsque la caisse doit remonter au jour et prendre une position presque verticale. La caisse porte, de plus, des anses et une espèce de plate-forme où se place le mineur qui doit présider à la remonte. Le déploiement de quatre bras à charnières change la caisse en brancard. Cet appareil a été expérimenté déjà dans quelques houillères, et d'une manière à ne laisser aucun doute sur son efficacité.Nouveau système de ferme pour l'architecture, exposé par M. Baudrit.Il est encore une autre espèce de sauvetage après lequel courent les inventeurs. Il s'agit de trouver le moyen de rendre une voiture inversable. La première idée qui se présente est de la construire de façon à ce que la caisse ait un mouvement tout à fait indépendant du train et conserve sa position et sa stabilité, quel que soit le mouvement de la voiture. Pour cela, quoi de plus simple que de maintenir la caisse sur deux axes placés au centre et à ses deux extrémités, lesquels sont supportés par des montants qui soutiennent l'impériale!Machine à satiner le papier, par M. Callaud Belisle.Telle est l'idée qu'a mise à exécution M. Callier, de Gien, qui a exposé unevoiture-parachuteest ingénieuse; nous ne doutons même pas, sans vouloir cependant en faire l'épreuve par nous-mêmes, que les voyageurs ne sortent de là sains et saufs, même dans le cas où la voiture, tombant dans un précipice, ferait huit ou dix tours sur elle-même; mais l'application nous a paru laisser beaucoup à désirer: la forme de la voiture est disgracieuse, son poids nous a semblé énorme, et c'est probablement l'impression qu'elle a produite sur un de nos spirituels dessinateurs qui dans le dernier numéro, l'a représentée résistant vertueusement aux instances et aux efforts de pas mal de chevaux. Mais, nous le répétons, le principe est bon; le tout est de l'appliquer d'une manière usuelle.Nous avons omis de parler, à l'articlemachines, d'unmoulin(de l'invention de M. Callaud) destiné à broyer les graines oléagineuses, et que nous avions remarqué parce qu'il nous a semblé résoudre heureusement les difficultés que présente ce genre de trituration. Les cannelures mordantes des meules ou noix des moulins ordinairement employées s'obstruent constamment, soit par des particules onctueuses, soit même par l'huile siccative qui y adhère. Le moulin de M. Callaud se nettoie constamment de lui-même, et maintient l'appareil de mouture dans son action mordante; les cylindres sont en fer trempé, et le reste du mécanisme est combiné de manière à ce que la main-d'œuvre est la moindre possible.Il y a dans la nature, autour de nous, partout en un mot, des forces considérables cachées, inconnues ou inactives, soit parce qu'on ne sait pas les emmagasiner, soit parce qu'on ignore leur mode d'action. Déjà on se sert de l'eau et de l'air, forces naturelles par excellence et qui agissent directement et sans transformation. La vapeur, force dont l'emploi est si répandu aujourd'hui, est venue ensuite apporter son tribut à l'industrie humaine. Mais il est une force qui se trouve à profusion dans toute la nature, une force qui affecte toutes choses, dont on sait, dont on connaît l'existence, mais qui n'a été jusqu'à présent que l'objet d'expériences de cabinet, sans que personne soit parvenu à la rendre usuelle et pratique, à l'emmagasiner, à lui faire produire en grand un effet utile. M. Froment, ancien élève de l'École Polytechnique, vient de tourner avec succès ses investigations de ce côté, et quoiqu'il n'ait exposé qu'un moteur électrique d'une petite échelle, les résultats qu'il en a obtenus sont assez remarquables et appréciables pour nous faire espérer que le moteur nouveau rendra de grands services à l'industrie. Qu'on nous permette de faire comprendre en peu de mots à nos lecteurs cet ingénieux mécanisme. Lorsqu'un courant électrique traversant un fil mécanique passe près d'un morceau de fer, il y fait naître deux pôles magnétiques, l'un austral, l'autre boréal, semblables à ceux des aimants. Si le fil, au lieu de passer près du morceau de fer, l'entoure un grand nombre de fois dans le même sens, l'effet se trouve multiplié dans une proportion considérable, pourvu que les spires du fil soient isolées les unes des autres, ce qu'on obtient en se servant d'un fil de cuivre couvert de soie. M. Froment s'est servi d'une bobine bb (fig. 1) sur laquelle il a roulé un fil assez long pour faire plusieurs centaines de tours; au centre est un morceau de fer cylindrique F. Le courant électrique y fait naître deux pôles A et B; mais si le sens du courant vient à changer, les pôles changent aussi. Maintenant supposons deux aimants, dont l'un AD (fig. 2) soit solidement fixé sur un support, et l'autre A'B' fasse partie d'une roue dont l'axe est C, et puisse dans son mouvement de rotation passer très-près du fer fixe AB, quand le courant agira simultanément et de manière à faire naître dans l'un un pôle austral qui soit tourné vers le pôle boréal de l'autre, ils s'attireront avec force et la roue mobile tournera; mais elle s'arrêterait après quelques oscillations, si le sens des courants étant subitement changé ne faisait naître un pôle boréal là où était le pôle austral, et par suite une répulsion au lieu d'une attraction. Ce changement de courant s'obtient an moyen d'un anneau métallique fendu à sa circonférence autant de fois que le courant doit changer de sens dans une révolution de la machine. La fig. 3 représente un certain nombre de fers semblables à ceux que nous venons de décrire. De plus, pour utiliser le magnétisme accumulé dans les pôles qui ne sont pas en regard, un second système tout à fait semblable a été superposé au premier, et l'on a réuni les pôles de ces deux étages par des armatures de fer doux. La machine (fig. 4) a pour base un châssis en fonte de fer de forme hexagonale, aux angles duquel s'élèvent six pilastres qui supportent un autre châssis, et c'est dans cette espèce de cage que se trouve le mécanisme. L'auteur n'a pas pu encore mesurer d'une manière précise quelle force elle donne pour une dépense déterminée, mais avec une pile de 10 éléments d'un décimètre carré il a mis en mouvement un tour ordinaire. Nous ne doutons pas que la puissance d'une machine ainsi organisée ne puisse devenir considérable, et nous engageons vivement M. Froment à persévérer dans cette voie nouvelle et féconde.Nous donnons à nos lecteurs les dessins d'unchromagrapheet d'uncalcographeQue les dames ne s'effraient pas trop de ces noms d'instruments qui sont destinés à leurs doigts délicats. Le chromagraphe leur servira à composer des dessins pour la broderie, la tapisserie, au moyen d'une application ingénieuse du kaléidoscope. Quant au calcographe, on reconnaît que c'est une espèce de manière de calquer se rapprochant du procédé Rouillet, qui, comme nos lecteurs le savent, est un véritable calque de la nature.Les billards en fer et fonte de M. Sauraux nous ont paru résoudre avec avantage la problème de la justesse et de la durée. Le corps du billard est en fonte de fer, et la table en pierre: maintenu par des boulons sur les quatre pieds, il peut être posé dans un aplomb parfait. Nous regrettons donc pouvoir donner à nos lecteurs le dessin du billard que M. Sauraux a exposé, et qu'ils auront probablement remarqué pour la grâce de l'encadrement et la richesse des détails.M. Poortman a exposé des animaux apprêtés d'après un nouveau système qui conserve à l'animal toute sa souplesse et sa grâce. Nous avons surtout admiré une levrette où est apparente la saillie des muscles et des nerfs.Les fabricants de papiers ont présenté cette année une exposition assez complète. Nous citerons surtout les papeteries d'Essonne et de Sainte-Marie. La fabrication d'Essonne, qui occupe trois machines à fabriquer le papier continu et deux cent cinquante ouvriers, s'élève à 700,000 kilogrammes de papier par an. Une grande partie des beaux livres illustrés qui ont été publiés à Paris sont imprimés sur ses papiers. Celui sur lequel nous écrivons cet article et celui sur lequel vous nous lisez sortent également de cette papeterie. Essonne a exposé une collection complète de papiers de couleur où nous avons remarqué surtout les doubles-couronnes pelure sans colle, blanches et de couleurs destinées à la confection des fleur» artificielles. La grande difficulté de fabriquer un papier aussi mince et d'arriver à des nuances aussi vives, nous avait jusqu'à ce jour rendus tributaires des Anglais. La papeterie d'Essonne les livre aujourd'hui de même qualité et à un prix moins élevé que les pelures anglaises. Elle a exposé aussi des papiersVergésfaits à la mécanique et qui ont la solidité des anciens papiers à la forme.La papeterie de Marais ou de Sainte-Marie s'est depuis longtemps acquis un nom qu'elle soutient dignement cette année.M. Callaud-Belisle, d'Angoulême, ne s'est pas contenté d'exposer des papiers: il a produit aussi une machine à éplucher et satiner le papier.On sait que l'épluchage et le satinage du papier se font à la main et feuille par feuille. M. Callaud-Belisle a essayé de faire faire ce travail à la machine même que nous offrons au lecteur: A est un dévidoir chargé de papier; B sont des cylindres en cuivre destinés à faire tendre le papier et à le guider; C cylindres cannelés en fer, faisant l,200 tours par minute, qui épluchent et satinent; D rouleau servant à lustrer et faisant également 1,200 tours par minute; E cylindres qui abattent le grain du papier; F dévidoir qui reçoit le papier satiné; G engrenages et poulies donnant le mouvement; II soufflet à double vent soufflant sur la feuille du papier et chassant les impuretés. Nous avons consulté des fabricants de papier sur la bonté de cet appareil, et tous, tout en reconnaissant l'avantage qu'il y aurait à faire faire en peu de temps par une machine ce qui demande beaucoup de temps à un grand nombre d'ouvriers, nous ont répondu que le papier ne résisterait pas à un épluchage si vigoureux, qu'il y avait inconvénient à soumettre toute la bande de papier, où souvent il n'y a qu'un grain à enlever, à l'action des cylindres, et que d'ailleurs le papier devait s'user ou même se déchirer. Quant à nous, nous avons fait connaître le mécanisme et les inconvénients qu'on lui reproche; c'est aux fabricants à discuter et à expérimenter.La lithographie vient de s'enrichir d'une nouvelle découverte. Depuis longtemps on cherchait à faire du lavis sur pierre, et l'on n'était jamais arrivé à pouvoir tirer de nombreuses et bonnes épreuves. Le procédé Formentin vient de résoudre ce problème, et donne des épreuves aussi bonnes et en aussi grand nombre que la lithographie ordinaire. Les lavis sur pierre exposés par mademoiselle Formentin ont généralement attiré l'attention des artistes, ainsi que ses impressions lithographiques ordinaires et celles à deux teintes et en couleur.Les fondeurs en caractères d'imprimerie sont en petit nombre à l'exposition; mais leurs produits, qui échappent à l'appréciation des visiteurs ordinaires, ont été appréciés par les connaisseurs, et surtout par les imprimeurs. Nous citerons avec éloges MM. Biesta et Laboulaye. Les recherches de ce dernier l'ont amené à l'emploi d'un nouvel alliage renfermant de l'étain et du cuivre et permettant de fabriquer des caractères d'une bien plus grande résistance que ceux fondus avec l'ancien alliage de plomb et d'antimoine.Quant aux imprimeurs, qu'on nous permette de citer avec les éloges qu'ils méritent MM. Lacrampe et comp., qui ont exposé une magnifique collection de tirages de gravures sur bois qu'ils exécutent avec tant de succès, comme ont pu en juger nos lecteurs; le tirage del'Illustration, un des plus beaux résultat» obtenus au moyen de la presse mécanique.Parmi les éditeurs, citons M. Augustin Mathias, auquel les sciences et l'industrie doivent tant d'utiles publications, et les livres illustrés de MM. Dubochet et comp. Il nous est interdit de nous étendre sur ces publications. Celui qui signe cette feuille attend avec confiance le jugement du jury sur sa belle exposition au milieu de laquelle figurel'Illustration, un des recueils les plus complets et l'un des plus beaux succès de la librairie moderne.Et maintenant, chers lecteurs, permettez-nous de sortir avec vous de ces vastes salles, ou nous avons trouvé tant de produits remarquables, et de nous arrêter un instant dans la cour intérieure de gauche. Là, vous voyez des ponts, des voitures, des grillages faits mécaniquement, des machines à sécher le drap, des tentes militaires, des pompes, voire même les moutons de M. Graux. Nous ne voulons rien décrire; mais là, sur le seuil de cette exposition, sur le point de nous quitter pour cinq ans, nous vous demanderons grâce pour l'imperfection de notre compte rendu, en considération de notre bonne volonté et du soin consciencieux que nous avons apporté à vous signaler ce qui nous a paru bon, utile et remarquable.

L'ILLUSTRATION,

JOURNAL UNIVERSEL

N°73. Vol. III.JEUDI 181 JUILLET, 1844. Bureaux, rue Richelieu, 60.

Embarquement du prince de Joinville à Toulon.

Histoire de la Semaine.--Embarquement du prince de Joinville à Toulon, d'après un dessin de M. Letuaire.--Courrier de Paris.--Exposition des produits de l'industrie. (11e et dernier article.) Objets divers.Onze Gravures.--Le Tir fédéral de 1844.Porte d'entrée du Tir fédéral; Pavillon des drapeaux et des prix; le Stand, ou Salle du Tir fédéral.--Inauguration de l'éclairage au Gaz sur la place Saint-Marc et fête de la Tombola à Venise(8 juin 1844).Une Gravure.--Le Sacrifice d'Alceste, par M. Fabre d'Olivet. (3e partie.)--Embellissements de Paris.Maison gothique allemande, à Beaujon.--Les Environs de Paris.Sept Gravures.--Bulletin bibliographique.--Revue comique de l'Exposition de l'Industrie, par Cham.Trois Caricatures.--Modes.Une Gravure.--Rébus.

Que les faiseurs de nouvelles le lui pardonnent!l'Illustrationne peut, dans les sujets qu'elle reproduit, suivre que les faits, elle ne peut accompagner l'imagination de ces messieurs. A en croire les uns, tout est fini quant à la satisfaction à obtenir par la France du Maroc, et M. le prince de Joinville va revenir; à en croire les autres, le jeune amiral revient en effet, mais rappelé par la prudence ministérielle. Ces versions deviendront peut-être des faits et de l'histoire, mais ce ne sont encore que des prédictions, et comme nos dessins ne se sont pas proposé d'être fantastiques, ce n'est pas le retour, mais l'embarquement de M. le prince de Joinville que nous reproduisons.

Le prince arriva à Toulon le jeudi 30 juin à sept heures du matin. Son arrivée fut annoncée par vingt et un coups de canon, tirés des remparts de la ville. Descendu à la préfecture maritime, où il reçut les chefs de corps et de service, il en repartit à onze heures, suivi d'un nombreux cortège. Précédé d'un détachement de gendarmerie de marine, il passa par l'allée de la Majorité, qui était bordée des troupes de l'infanterie du même service, bientôt il entra dans l'arsenal pour s'embarquer dans un canot et se rendre à bord duSuffren. A son entrée, le bâtiment amiral du port,le Muiron, fit entendre une salve de vingt et un coups de canon, et dès que le prince parut en rade, tous les bâtiments le saluèrent de leur artillerie et se couvrirent de pavois. Les matelots étaient montés dans les vergues.

Le retour, nous l'espérons, sera triomphal. Nous faisons des vœux pour que la bonne contenance de notre escadre et l'énergie de son jeune commandant suffisent pour obtenir une légitime et complète réparation. Mais si cette démonstration, si cette négociation armée ne faisaient pas rendre à la France la satisfaction qu'elle est en droit d'exiger, nous avons besoin de croire que nulle influence extérieure, nulle considération étrangère, ne pourraient détourner notre cabinet de laisser poursuivre vigoureusement par les armes le résultat que n'aurait pas amené l'échange des notes diplomatiques. Cette confiance, nous la puisons, non pas dans la réponse du ministre des affaires étrangères aux interpellations qui lui ont été adressées à la Chambre des pairs par deux membres excentriques de cette assemblée, MM. de Boissy et de la Moskowa, non pas non plus, certes, dans le langage tenu par les ministres anglais sur leurs communications au sujet de notre expédition, avec le cabinet des Tuileries, mais dans les exigences bien prononcées du sentiment national. Des lettres de Taïti, récemment publiées et écrites avant que le traitement infligé à l'amiral Du Petit-Thouars y fût connu, ont vivement excité la passion publique ces jours derniers; le rappel d'un autre amiral qui, à Saint-Domingue, avait, par des actes d'humanité et de fermeté, conquis à la France une influence qui a porté ombrage à l'Angleterre, a également soulevé d'unanimes protestations, qu'un organe assez habituel de la presse ministérielle a été, en cette occasion, des premiers à reproduire. Le ministère, qui a vu l'effet causé par ces mesures, n'aura pas l'imprudence de venir ajouter un nouveau grief à tous ceux que croient avoir contre lui les hommes qui tiennent avant tout à la dignité nationale.

Ceux-ci se préoccupent vivement du développement que l'Angleterre semble vouloir donner à l'escadre qu'elle envoie, de son côté, en vue des côtes du Maroc, pour surveiller, comme l'a dit leMorning-Post, la flotte française. M. Guizot a affirmé que les forces de la Grande-Bretagne ne seraient pas supérieures aux nôtres. Le passé nous rassure peu à cet égard. Quand nous allâmes assiéger Saint-Jean-d'Ulloa, le cabinet de Londres expédia au Mexique une flotte plus considérable que la nôtre, et il fallut toute la fermeté de l'amiral Baudin pour écarter ce dangereux voisinage. La presse anglaise ne se fait pas d'ailleurs faute de démentir sur ce point M. Guizot.

«Nous aurons à Tanger, dit leMorning-Herald, une force plus imposante que les Français.» Et ce n'est pas là une mensongère fanfaronnade: les feuilles anglaises nous donnent la liste des bâtiments déjà expédiés, et nous y voyons figurer quatre vaisseaux de 120 canons et un de 84. Nous voyons de plus que l'amiral Owen a reçu l'ordre d'amener, de Malte à Gibraltar, tous les bâtiments de guerre à vapeur disponibles, représentant une force d'environ 400 canons; cela forme déjà un total de canons de beaucoup supérieur à celui que notre cabinet a mis en ligne ou donné l'ordre de préparer. LeMorning-Heraldajoute, du reste: «Nous espérons que les cerveaux brûlés et les esprits jaloux de nos voisins n'attribueront pas à l'arrogance la démonstration de la force comparative de la marine anglaise et de son écrasante supériorité sur toutes les marines réunies.... L'Angleterre peut disposer de quatre-vingts vaisseaux de ligne, tandis que la France n'en a certainement pas vingt disponibles.»

Cette façon de pratiquerl'entente cordiale, cet appareil de forces et cette bienveillance de comparaison doivent donner à penser à nos hommes d'État et à nos hommes politiques. En tout temps, la dernière pensée d'un marin tel que Lalande sur l'avenir de notre marine et sur le développement à lui donner eût fixé l'attention publique; mais aujourd'hui ces conseils testamentaires avaient un à-propos qui l'a vivement excitée. C'est M. Billault qui a été chargé par l'amiral de venir en son nom apporter au pays ce tribut posthume de son patriotisme et de son expérience. La France comptait, au 1er janvier 1844, 8 vaisseaux armés, 15 frégates, 16 corvettes, 116 navires à voiles de rang inférieur et 35 navires à vapeur, sans compter les paquebots-postes et transatlantiques. L'amiral condamnait l'entretien de ce fretin de petits bâtiments sur lesquels le marin se forme mal, et du fond de sa tombe, il demande que la France n'emploie que des bâtiments de guerre d'une force respectable, montés par des équipages au grand complet et toujours parfaitement exercés. Il aurait voulu que notre effectif fût réparti sur 12 à 15 vaisseaux, 25 à 30 frégates et 20 corvettes de premier rang, au lieu d'être disséminé comme il l'est sur de petits navires, incapables de donner à l'étranger une juste idée de notre puissance. Notre marine ainsi organisée inspirerait une tout autre considération et nous serait, en cas de guerre, d'une tout autre utilité. L'amiral ne songeait pas à proscrire d'une manière absolue les petits navires de guerre, mais il voulait en réduire le nombre au plus strict nécessaire; et comme la victoire est donnée par les escadres, il demandait que notre flotte fût formée en escadres pour se rompre aux grandes évolutions. La Chambre a écouté la lecture de cette espèce de testament avec une attention religieuse, que M. le ministre de la marine, en succédant à la tribune à M. Billault, n'a sans doute pas cru devoir prolonger, car il n'a dit mot de ce qui venait d'être lu et n'a pas fait connaître son sentiment sur les vues d'organisation de l'illustre amiral.

Les budgets des dépenses de l'instruction publique et de l'intérieur, du commerce et de la marine, ont été votés au pas de course. Les questions les plus graves cessent de l'être aux yeux de beaucoup de députés après sept grands mois de session, et quand les moissons les réclament. Il en a donc été des crédits à ouvrir pour les besoins de ces quatre départements, comme il en sera de tous ces petits projets qui deviendront lois entre les deux budgets: aussitôt lus, aussitôt votés. Toutefois, cette année, sans doute pour jeter un peu de variété dans ces chiffres qu'on superpose pendant six heures de séance, pour marquer des temps d'arrêt à ces assis et levés accélérés, on a intercalé entre les budgets de ministères différents des discussions qui, les années précédentes, n'interrompaient pas le budget des dépenses. C'est ainsi qu'est revenu à la discussion du palais Bourbon le projet sur le chemin de fer d'Orléans à Bordeaux, qui avait soulevé un débat fort aigre au Luxembourg. L'article 7, qu'on avait appelé l'amendement Crémieux, avait été retranché par la pairie, et le ministre, qui n'avait pas combattu cet amendement, et le rapporteur, M. Dufaure, qui avait voté pour son adoption, venaient proposer à la Chambre de regarder sa radiation comme sage et de ne pas demander son rétablissement. M. Grandin, plus conséquent avec lui-même que ces deux messieurs, dans un discours plein de faits très propres à faire réfléchir sur le pouvoir que s'arrogent certaines compagnies, et plein aussi de verve et d'entrain, a demandé que l'article 7 fût rétabli. Il s'est vu, à cette occasion, en butte à des attaques personnelles qui, reconnues immédiatement être sans fondement et porter au contraire sur des faits tout à l'honneur de l'honorable membre, ont donné à son opinion un relief plus grand et une véritable autorité. M. Crémieux, à son tour, est venu, par un des discours les plus spirituels, les plus élégants, les plus adroits de la session, soutenir, dans l'intérêt de la dignité de la Chambre, le maintien d'un article qui ne devait plus, comme il l'a dit, porter le nom de son auteur, depuis que l'assemblée, en l'adoptant, se l'était rendu propre. M. Molé avait, à la Chambre des pairs, écrasé sous les plus justes reproches le ministre qui venait leur déclarer, pour leur complaire, qu'il trouvait détestable un amendement qu'il avait laissé adopter sans le combattre. M. Crémieux avait beau jeu pour malmener à son tour le député-ministre qui avait laissé tenir en sa présence, à la tribune d'une autre enceinte, un langage sans convenance sur la Chambre des députés et sur une de ses résolutions. Il a fait justice de cette faiblesse, de cette absence de courage, de tenue, avec une vigueur et un mordant qu'a vainement essayé d'amortir l'éloquence cotonneuse de M. Dumon. Néanmoins, comme les députés conservateurs qui avaient voté il y a quinze jours pour l'adoption de cet article, dans la crainte de repousser tout à fait le ministère et d'avoir l'air d'accepter la lutte que la Chambre des pairs semble vouloir engager avec la Chambre des députés, n'ont pas hésité un instant à sacrifier leur dignité à celle de M. Dumon, et à repousser en juillet ce qu'ils avaient adopté en juin, les députés fidèles à leurs opinions, et qui veulent mettre leurs votes d'accord avec leurs principes, se sont trouvés en minorité. On n'en peut plaindre que la Chambre.--Du reste, ce conflit qu'elle redoute, devant lequel elle recule, la Chambre des pairs vient de le poursuivre encore dans la discussion du projet de loi sur le chemin de Paris à Lyon. La Chambre des députés avait voté pour rétablissement par l'État d'un embranchement de Montereau sur Troyes. La Chambre des pairs a voté, elle, que l'État ne pourrait faire les travaux de cet embranchement que si, d'ici à dix-huit mois, il ne s'était présenté aucune compagnie pour s'en charger. La Chambre des députés avait voté la mise à la disposition du gouvernement de la somme nécessaire pour la pose des rails sur la voie principale, ne laissant par conséquent indécise que la question d'exploitation. La Chambre des pairs, au contraire, a rayé l'ouverture de ce crédit, et a laissé par conséquent à résoudre la question de la pose des rails elle-même, ce qui entraînera un long et fâcheux retard pour la section fort importante de Dijon à Châlon, dès aujourd'hui presque terminée. Ces modifications vont être mises aux voix au Palais-Bourbon. Y montrera-t-on un peu plus de dignité dans cette circonstance nouvelle que dans la précédente? Nous voudrions l'espérer autant que nous le désirons.

M. Thiers, au nom de la commission chargée de l'examen du projet de loi sur l'enseignement secondaire, est venu donner lecture à la Chambre d'un rapport qui, durant deux heures et demie, a constamment tenu son attention vivement excitée. Tous les journaux reproduisent en ce moment, en le morcelant, à cause de son étendue, ce grand et beau travail. Quant à nous, qui avons consacré un article spécial à l'examen du projet de M. Villemain, quand il le porta à la Chambre des pairs, nous regardons comme un devoir de faire connaître prochainement en quoi l'œuvre de la commission diffère de celles du ministre et de la pairie, et les solutions heureuses qu'elle a trouvées d'une question difficile, admirablement exposée et discutée par son rapporteur.

Dans ce fouillis de petites lois, qui va se débrouiller entre les deux budgets, le ministère avait beaucoup tenu à faire classer une proposition dont l'intérêt actuel échappait à ceux qui, comme nous, ne sont pas dans les secrets ministériels. Il y a plusieurs mois, MM. Leyraud, Lacrosse et Gustave de Beaumont présentèrent une proposition dont l'enquête avait démontré l'utilité, et qui avait pour but de caractériser et de punir les faits de corruption électorale. Force fut de la voir prendre en considération; mais on lui nomma des commissaires hostiles, et, au lieu d'un rapport, trois de ces commissaires accouchèrent d'une autre proposition pour restreindre la liberté de l'électeur et limiter étroitement la faculté qu'il a aujourd'hui de transférer son domicile politique dans l'arrondissement, à son choix, où il est inscrit au rôle de la contribution. On avait vainement fait observer que cette proposition était toute récente et n'avait nul droit à un tour de faveur sur ses aînées; qu'elle demandait une discussion plus longue et une attention plus soutenue qu'on ne lui en accorderait à cette époque d'impatience de départ et de préparatifs de malles; que c'était une réforme électorale, et qu'il fallait s'attendre à voir aborder la question tout entière; que la Chambre n'étant âgée que de deux sessions, à moins que le ministère ne se proposât de la dissoudre bien avant le terme habituel, il n'y avait pas la moindre urgence à mettre cette proposition à l'ordre du jour de cette session. Le ministère et ses confidents avaient tenu bon, et la proposition avait été inscrite entre les deux budgets. Mais les scrutins sont changeants, et l'opposition ayant demandé un nouveau classement de l'ordre du jour dans une séance postérieure, est parvenue à en écarter la proposition, ainsi ajournée.

On a supposé que les ministres, qui n'ignoraient pas que la pensée de leur donner des successeurs était venue en haut lieu, par suite de tous les échecs qu'ils ont essuyés, de toutes les meurtrissures qu'ils ont reçues, voulaient avoir cette arme de réserve entre les mains pour demander à la couronne, dans le cas où sa confiance ne se raffermirait pas complètement, de les laisser essayer d'une dissolution et d'une réélection avec des listes travaillées à l'aide de la proposition poursuivie. Il y avait dans ce double espoir du cabinet une double illusion. La proposition ne sera pas enlevée à la Chambre, et la couronne ne le laissera pas tenter ce dernier coup de fortune.--On s'est beaucoup entretenu dans les couloirs de la Chambre d'une conversation dont M. Dupin l'aîné avait été un des deux interlocuteurs. Les ministres y auraient été qualifiés d'une épithète qui a dû leur paraître drôle, si elle leur a été rapportée. Nous devons dire que cette qualification n'était pas du fait de M. le procureur général près de la Cour de cassation, mais de celui de son interlocuteur. Interrogé, dans la salle des conférences, sur l'exactitude de ces bruits et sur la véracité d'un article duNationalqui lui avait fait dire, dans cet entretien, que la conduite, du ministère à l'occasion de la dotation était une véritable trahison, M. Dupin a répondu vivement, de ce ton que chez un autre on trouverait peut-être de mauvaise humeur: «Je n'ai pas dittrahison, monsieur; j'ai ditforfaiture.» A la bonne heure! voilà le texte corrigé.

Les affaires d'Haïti, comme celles de Taïti, viennent d'être l'occasion, ainsi que nous l'avons dit en commençant, de la disgrâce de l'un de nos amiraux. Nous savons bien qu'à en croire leMoniteur, M. le contre-amiral de Moges n'est rappelé que parce qu'il l'a demandé. Il y a dans cette explication un anachronisme volontaire. Quand il n'y avait rien à faire à Saint-Domingue, M. de Moges a demandé à être rappelé et n'a pu l'obtenir; depuis que sa présence y est nécessaire, et que des négociations ont été commencées et habilement dirigées par lui, M. de Aloges n'a jamais songé à renouveler sa demande, mais c'est alors que le ministère a songé, lui, à la rechercher dans ses cartons. Voici l'incroyable explication qu'une feuille ministérielle donne à son rappel: «Essayons, pendant que la question est encore froide, d'apprécier en peu de mots cette résolution du cabinet. M le contre-amiral de Moges, auquel chacun rend justice, même les marins, est un de nos officiers les plus distingués et les plus résolus; C'est un de ces hommes qui ne reculent devant aucune responsabilité personnelle lorsqu'il s'agit de l'honneur et de l'intérêt du pays. Mais, malgré son intelligence élevée, il a, comme on dit, les défauts de ses qualités; comme tous les esprits entreprenants, il s'éprend trop vite des grandes résolutions pour en calculer toutes les conséquences. Comment d'ailleurs un marin jeté à plusieurs milliers de lieues du centre où se traitent les affaires, qui se trouve placé sous le coup d'événements presque inopinés, et qui est essentiellement l'homme de la circonstance, pourrait-il embrasser la portée politique des actes dont il va prendre l'initiative! Cet officier général créait à notre politique, à l'endroit de la question haïtienne, une situation qui menaçait de devenir vraiment inextricable. Parti en toute hâte de la Martinique avec les bâtiments de la station des Antilles, aux premières nouvelles de la révolution survenue dans notre ancienne colonie, il arriva devant Santo Domingo au moment où toute la partie espagnole de l'île venait de lever l'étendard de l'indépendance, et de se constituer en république dominicaine. Vivement menacée par le président Hérard, fort alors d'un pouvoir nouveau que n'avaient point encore entamé les événements qui achèvent de se dérouler en ce moment, la république dominicaine devait succomber si elle n'était soutenue par une intervention puissante. Elle résolut de se placer sous le protectorat de la France. Des ouvertures furent faites à ce point de vue. Ainsi la France pouvait remettre le pied sur cette terre où elle avait été longtemps si puissante, et qui lui avait un moment tout entière appartenu..... Qui sait où conduirait le protectorat de la partie espagnole?...--L'amiral prêta l'oreille aux propositions qui lui étaient faites, et, sans proclamer le protectorat de la France, il tint ce fait pour implicitement accompli, et agit en conséquence dans la médiation qu'il interposa entre les deux parties, désormais distinctes de l'ancienne république.» M. le ministre des affaires étrangères, qui dit aux amiraux, en Prusias moderne: «Ah! ne me brouillez pas avec... l'Angleterre!» M. le ministre des affaires étrangères a trouvé que ceci était par trop osé, et M. de Moges a été rappelé.

M. l'amiral Lainé paraît courir grand risque d'éprouver à son tour un traitement pareil. Et de trois! Quand nous serons à dix... où en seront nos relations extérieures et le renom de la France? Un article a paru dans leJournal des Débats, qui fait l'apologie en tous points de M. Bichon. Nom avons dit le conflit qui s'était élevé entre ce consul et le commandant de nos forces navales; il est fort à craindre qui ce dernier ne soit sacrifié.

Il paraît constant aujourd'hui que les fils de l'amiral Bandiera et tous ceux qui ont pris part avec eux au débarquement armé dans le royaume de Naples sont entre les mains de l'autorité, et vont passer devant une commission militaire. LaGazette d'Augsbourg, du 10 juillet, rend responsables de cette tentative et de toutes les autres les gouvernements qui, comme la France, l'Angleterre et l'Espagne, sont un refuge assuré, un corps franc politique ouvert à tous les conspirateurs poursuivis et expatriés. Nous aimons infiniment mieux voir notre gouvernement encourir ce reproche qu'être exposé au compliment tout contraire que lui adresse une feuille de Cologne: «Les cabinets de Londres et de Paris, dit-elle, ont puissamment contribué à maintenir la tranquillité et l'ordre public dans la péninsule italique. Ces cabinets ont mis les gouvernements de l'Italie sur la trace des menées et des complots des associations secrètes, et c'est ainsi qu'ils ont pu prendre les mesures nécessaires pour les faire avorter. Souvent des arrestations inattendues ont été faite sur les indications des deux cabinets.» Ceci vient à l'appui de la discussion qui s'est récemment élevée dans le parlement à l'occasion dusecret office. Mais nous voulons croire que quant au gouvernement français, c'est calomnie pure.

L'Espagne a décidément vu s'opérer sa modification ministérielle. M. de Viluma a donné sa démission de ministre de affaires étrangères et s'est retiré pour avoir, dit-on, lait à la pudeur constitutionnelle du général Narvaez des proposition absolutistes qui l'ont alarmée. Le général ne lui a pas encore donné de successeur et s'est chargé par intérim de son portefeuille. Les ministres sont revenus à Madrid et y ont publié des mesures que résume la dépêche suivante: «Les cortès sont dissoutes par décret du 4, inséré dans laGazettedu 10. Les collèges électoraux sont convoqués pour le 3 septembre. Le scrutin général aura lieu le 14. Les nouvelle cortès se réuniront le 10 octobre.--Un autre décret du rétablit dans les provinces basques les députations et les municipalités d'après lesfueros. Les juntes générales se réuniront incessamment et nommeront des commissaires chargé de traiter avec le gouvernement la question desfueros, qui sera soumise aux prochaines cortès.--Rien n'a eté changé aux douanes, à l'administration de la justice et à la police.--Un troisième décret ordonne la translation du corps de Montès de Oca de Vittoria à Madrid.» En attendant ces élections pour la forme, le gouvernement espagnol veut donner au peuple la distraction d'un armement et lui faire croire la gloire possible d'une conquête. Il a ordonné la formation d'un corps d'armée de 6,000 hommes à Ceuta, sous le commandement du général de Villalonga. On passe en revue Madrid des régiments se rendant à l'armée, et l'on donne à entendre dansel Heraldoqu'on se propose de s'emparer de Tanger. Nous osons gager que le parlement anglais est sans inquiétude aucune sur les projets du cabinet de Madrid et qu'il ne croira même pas lui devoir d'en faire le semblant.

Les nouvelles des États-Unis apprennent que le congrès s'est ajourné le 17 juin. Il ne se réunira probablement pas avant le commencement de décembre. On dit que M. Tyler a l'intention de rouvrir la session peu de temps après que les représentants seront retournés dans leurs collèges; le président pense sans doute qu'au milieu de leurs électeurs, les représentants changeront leur opinion sur la question du Texas.--On dit encore qu'on a écrit au Texas de ne s'engager en rien avec l'Angleterre avant les prochaines élections. Rien n'a été fait, quant à l'affaire d'Orégon.--Il y aura trois candidats dans la prochaine élection du président: MM. Clay contre l'annexation, et Tyler et Polk pour l'annexation. Il est probable que M. Henri Clay sera élu. Les finances de l'Union se sont améliorées. La dépense probable pour l'année ne sera que de 18 millions de dollars, tandis que le revenu ne sera pas au-dessous de 25.

La chambre des lords n'a pas encore prononcé sur l'appel d'O'Connell. En attendant, les évêques catholiques d'Irlande ont composé une formule de prière qui sera lue dans toutes les églises, à partir du 28 de ce mois jusqu'à la sortie de prison des captifs. «O Dieu tout-puissant et éternel, roi des rois et seigneur de toutes les puissances de la terre, jette sur le peuple de ce pays un regard de compassion, et mets, dans la bonté, un terme à ses souffrances. Donne-lui la patience pour qu'il endure ses privations, et remplis ceux qui le gouvernent de l'esprit de vérité, d'humanité et de justice. Unis toutes les classes dans un commun amour pour le pays, dans l'obéissance à notre bien-aimée souveraine, et dans un sentiment de charité mutuelle. Fais que nos législateurs nous donnent des lois basées sur les saints commandements et ramènent l'Irlande à un état heureux et prospère; et comme ton serviteur Daniel O'Connell, qui a travaillé avec tant de zèle et de persévérance au bonheur de l'Irlande, est maintenant retenu captif; donne-lui la grâce de supporter sa peine avec résignation, et, dans ta miséricorde, permets qu'il soit rendu à la liberté pour guider et protéger ton peuple; par Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Amen.»

Le 21 juin, à Athènes, les adversaires du ministère avaient organisé une émeute pour renverser le cabinet. L'émeute a éclaté, mais Kalergis est intervenu et a dissipé les rassemblements par la force. Plusieurs individus furent blessés et quelques-uns même tués. Avant dix heures du soir, la tranquillité était rétablie et les soldats rentraient dans leurs casernes. Kalergis a adressé à ses concitoyens une proclamation dans laquelle il exprime un vif regret que dans cette affaire des innocents aient été confondus avec les vrais coupables. A la date du 30, l'ordre était consolidé. Un mandat a été décerné contre Germano Mavronichali, prévenu d'être le provocateur des troubles du 23. Le général Tzavellas (exilé depuis à Syra) a offert sa démission d'aide de camp du roi à la suite du manque de foi dont le ministère voulait se rendre coupable envers le général Grives, mais auquel M. Piscatory a mis obstacle en lui conservant la protection du pavillon français. Le président du conseil persistant à ne pas reconnaître le compromis entre le général Tzavellas et le général Grivas, a annoncé à M. Piscatory qu'il ferait procéder au jugement et à la condamnation par contumace de Grivas, qui s'est retiré à Smyrne.

L'ordre des avocats a réélu à la presque unanimité son bâtonnier et tous les membres démissionnaires de son conseil.

Le roi vient de voir naître son huitième petit-fils; la reine des Belges seule lui a donné une petite-fille. Madame la duchesse de Nemours est accouchée d'un prince qui a reçu le nom de duc d'Alençon, titre qui n'avait pas eté pris depuis le règne de Henri III.

L'épiscopat français a perdu M. de Forbin-Janson, ancien missionnaire, évêque de Nancy, qui se tenait éloigné de son siège depuis 1830.--L'Institut et la Faculté des lettres ont rendu les devoirs funèbres à M. Fauriel, auquel de nombreux travaux avaient assigné un rang élevé dans la science.--M. C.-A.-F. Panekoucke, éditeur de nombreuses et importantes publications, est mort cette semaine.

Nous touchons au terme de la session, et bientôt nos honorables vont être soulagés des soucis parlementaires. Dans quelques jours tout sera dit, les portes des deux Chambres seront closes, les huissiers déposeront leur costume officiel et leur collier; chacun quittera la vie publique et ira se reposer, ceux-ci à l'ombre de leurs pommiers, comme les bergers de Virgile et de Théocrite, ceux-là aux eaux d'Ems, de Spa et d'autres lieux. Il faut avouer que ces messieurs des deux Chambres ont bien gagné le droit de courir ainsi les champs et de prendre un peu de loisir. Voici bientôt huit mois qu'ils sont attachés aux banquettes du Luxembourg et du palais Bourbon, remuant des lois et jaugeant des chemins de fer. Huit mois d'amendements de toute espèce et de discours de toute sorte! Il est bien temps d'échapper à ce débordement d'intarissable éloquence. Aussi plus d'un parlementaire s'est esquivé sans bruit et sans attendre la clôture. Un tiers au moins de la Chambre des députés, anticipant sur les douceurs du licenciement, a laissé aux plus infatigables et aux plus intrépides le soin d'achever la campagne et d'assister aux dernières journées de cette longue bataille parlementaire.

C'est le temps où Paris va entrer dans le repos et l'indifférence. La présence des Chambres l'anime en effet et le tient en haleine; et bien que l'ardeur politique soit partout singulièrement ralentie, les luttes de l'opposition et du ministère, les discussions politiques ou d'intérêt purement matériel, ne laissent pas de donner aliment aux curieux, aux oisifs, aux diseurs de riens, aussi bien qu'aux esprits sérieux et positifs. Le désœuvré trouve à placer son mot sur le ministère, sur la reine Pumaré et l'amiral Dupetit-Thouars, sur l'entente cordiale et sur les compagnies financières, tout comme s'il y entendait quelque chose et était un politique, un diplomate, un habile marin et un grand financier.

Maintenant qui fournira à Paris ce texte de conversations toutes faites et toutes préparées qu'il tire des débats parlementaires et des incidents du gouvernement représentatif en exercice? Vous me répondrez que Paris n'est jamais en état d'abstinence, et que chaque jour lui amène infailliblement son contingent d'aventures, d'événements et de nouvelles; à la bonne heure, mais encore faut-il qu'ils vaillent la peine qu'on s'en occupe; et en vérité nous sommes las d'apprendre qu'un maçon est tombé du haut d'un toit et qu'une diligence a versé au tournant d'une rue quelconque; ce sont là des distractions par trop monotones et qui reviennent trop souvent.

Paris est habitué à ce genre de récréations, et si pendant ces mois de vacances qui vont commencer, vacances publiques, vacances judiciaires, vacances de salons et de polka, il ne lui arrive rien de plus curieux et de plus neuf, je puis affirmer qu'il s'ennuiera copieusement et demandera au ciel de lui envoyer quelque déluge ou quelque peste, pour avoir du moins de quoi causer.

Le ciel, touché de sa peine, ne le gratifierait que d'un ou de deux bons procès criminels, bien compliqués de parricide et d'arsenic, qu'il en prendrait son parti et se déclarerait satisfait.

Il vient de se passer deux événements sinistres qui pourraient bien lui donner cette satisfaction et faire pendant à l'affaire Donon-Cadot et au procès Lacoste. Le premier, tout sanglant qu'il est, n'offre, il est vrai, jusqu'ici, aucun épisode extraordinaire; mais peut-être les curieuses et singulières découvertes arriveront-elles avec le temps et le réquisitoire du procureur du roi. Voici le fait dans toute son horrible simplicité. Un jeune homme de vingt-deux ans, nommé Eugène Francotte, était épris d'une jolie couturière appelée Sydonie Leroux; Eugène avait demandé la main de Sydonie; mais soit qu'elle n'eut pour lui aucun penchant, soit, comme on le raconte, quelle eût mauvaise opinion de son caractère et de sa conduite, Sydonie avait répondu à la demande d'Eugène par un refus.--Il y a quelques jours, la détonation d'une arme à feu se fit entendre dans une maison de la rue Aumaire; les voisins effrayés accoururent et trouvèrent, gisante sur le seuil de la loge du portier, une jeune fille inondée de sang: c'était la malheureuse Sydonie Leroux; Eugène Francotte venait de lui tirer un coup de pistolet à bout portant; la pauvre fille était mourante On annonce qu'elle est sauvée. Quant à Francotte, son assassin, il s'est brûlé la cervelle, et le coup a réussi; grande perte pour ceux qui recherchent les émotions de la cour d'assises.

Il y avait dans ce malheureux un coin d'Orosmane ou d'Otello: soyez sûrs que Paris eût fait grand cas d'Eugène Francotte et que, malgré la circulaire de M. le garde des sceaux, qui proscrit des mesures de sûreté et de répression contre l'appétit féminin en matière de cour d'assises, la plus belle moitié du genre humain eût assiégé M. le président de demandes, de prières, de grâces et de sourires, il reste à savoir si M. le président des assises, plus fidèle à la circulaire qu'à la galanterie, aurait eu le courage de résister et de dire du ton d'un Rhadamanthe incorruptible: «Non, mesdames, vous n'entrerez pas!»

L'autre affaire est accompagnée d'un détail affreux, qui lui donne, sur l'assassinat de Sydonie Leroux, une épouvantable supériorité. Ce second drame ne commence pas, comme celui que nous avons déjà raconté, par un coup de pistolet, mais par une odeur de soufre et de charbon répandue tout à coup dans les habitations voisines, et donnant l'éveil. On s'interroge, on regarde, on s'inquiète; serait-ce un commencement d'incendie? Les plus alarmés se hasardent, pénètrent dans la maison, forcent la porte du logement d'où part cette épaisse fumée, cherchent, regardent de tous côtés, et aperçoivent enfin,--horrible spectacle!--une femme étendue sans mouvement, le visage couvert d'un masque de drap noir; ils veulent enlever ce masque pour tâcher de donner de l'air à la victime et de la rappeler à la vie; mais il résiste: c'était un morceau de drap enduit de poix, dans lequel une main sans pitié avait emprisonné la tête de l'infortunée. Je vous laisse à penser l'effroi des spectateurs: qui a pu commettre une action si criminelle et si barbare? La femme était seule, abandonnée, et la mort lui avait pris le secret de cette mystérieuse et sombre aventure avec le nom de l'assassin.

Cependant un homme se présentait au même instant chez le commissaire de police; il était pâle et sinistre; là, il déclara qu'ayant arrêté avec sa maîtresse un double projet de suicide, il avait commencé à exécuter ce fatal traité en tuant sa complice, puis, qu'épouvanté de l'action qu'il venait de commettre, il n'avait pas eu la force d'accomplir sur lui-même le même attentat, et qu'il s'était enfui comme un insensé; maintenant qu'il avait un peu repris ses sens, il croyait devoir tout déclarer au magistrat et se remettre entre les mains de la justice. Cet homme se nommait Chevreul, la femme, Sophie Bronne.--Voilà de quoi donner le frisson aux plus insensibles. Nous ne serions pas étonné que, dès à présent, quelque dramaturge renforcé n'eut achevé un drame en sept ou huit tableaux, avec ce titre a faire courir tout Paris et la banlieue,le Masque de Poix.

Au reste, Paris n'a pas le monopole de ces récits criminels, et leJournal de la Hayenous en transmet un venu en droite ligne de la Hollande, et qui ne le cède en rien à tous nos drames de cour d'assises, s'il ne les surpasse. L'héroïne scélérate de ce forfait hollandais se nomme Antonia de Van-den-Burg; elle n'est pas d'une condition très-relevée, puisqu'elle exerçait purement et simplement les fondions de servante d'un épicier. Toute servante quelle est, Antonia, si l'on s'en rapporte auJournal de la Haye, a une grâce charmante et une physionomie des plus agréables et des plus douces; mais cette douceur et cette grâce extérieure cachent une âme atroce, comme on va le voir.

La clientèle de l'épicier était brillante et nombreuse elle se composait des meilleures et des plus riches maisons de la ville. Tout à coup et successivement, des indispositions, ayant toutes le même caractère, se manifestèrent chez la plupart des pratiques de l'honnête marchand. Les médecins appelés et toutes vérifications faites, on reconnut que ces maladies subites avaient été causées par l'usage de certaines denrées achetées dans la boutique du maître d'Antonia Van-den-Burg, et particulièrement du sel et du poivre. On interrogea l'épicier, qui ne put que manifester son étonnement et sa douleur; puis on en vint à la servante Antonia Van-den-Burg, qui se troubla et pâlit. Cette pâleur donna des soupçons au magistrat qui redoubla la vivacité de son interrogatoire, si bien qu'il arracha à Antonia l'aveu d'une pensée infernale, d'un crime sans exemple. Antonia confessa que croyant avoir à se plaindre de son maître, elle avait résolu de s'en venger; or, ce désir de vengeance n'avait trouvé rien de mieux à faire que d'accomplir la ruine de l'innocent épicier; et comment ruiner un épicier, si ce n'est en lui enlevant sa clientèle? Antonia Van-den-Burg avait donc arrêté l'horrible plan que voici: elle mêlait de l'arsenic au sel qu'elle portait aux pratiques, faisant à part elle ce raisonnement diabolique, que les pratiques, se trouvant malades, quitteraient infailliblement l'épicier qui leur vendait cette drogue maudite; à plus forte raison, s'ils en mouraient, le quitteraient-elles. Antonia Van-den-Burg a été immédiatement mise en jugement, et ne tardera pas à passer devant la cour criminelle. Elle n'y jouera certainement pas le rôle de la servante justifiée.

Nous avons eu plusieurs débuts de danseurs et de danseuses. Le premier est celui de M. Toussaint; Toussaint est un nom peu poétique pour un zéphyr; aussi M. Toussaint n'est-il pas un zéphyr, à proprement parler: il n'a qu'une légèreté problématique qui ne menace pas les frises; M. Toussaint est un bon et honnête danseur, voilà tout; n'est-ce pas autant qu'il en faut dans un temps comme le nôtre, ou le danseur est détrôné et ne sert plus guère que de machine propre à soutenir et à faire pirouetter la danseuse; la danseuse, en effet, est seule toute-puissante et souveraine. Qui sait le nom de nos danseurs actuels? Se soucie-t-on même de M. Petitpas, qui défend le plus et le mieux qu'il peut l'ancienne autorité du danseur? En revanche, quels noms éclatants que ceux de Tuglioni, de Fanny Eissler, de Louise Fitzjames et de Carlotta Grisi! je dirai plus: on connaît la plus obscure, qui se cache encore et trotte dans la légion des rats; interrogez l'orchestre: c'est Clémentine, Joséphine, Seraphine, Caroline, Zéphirine. Alphonsine, vous répondra-t-on sans hésiter. Honneur donc aux danseuses, et loin des danseurs!

Aussi, tandis que le parterre de l'Opéra accueillait assez froidement M. Toussaint, il battait des mains au début de madame Flora-Fabri Bretin et de mademoiselle Smirinoff. Madame Flora-Fabri-Bretin porte un nom un peu long et un peu compliqué; il y aurait de quoi s'y prendre les jambes et y embarrasser son entrechat, si madame Flora-Fabri-Bretin dansait sur son nom; mais elle a dansé sur le plancher de l'Académie royale de Musique, et fort agréablement. Madame Fabri-Bretin-Flora a de la grâce et de la vivacité; nous joignons volontiers notre bravo au bravo que les jurés dégustateurs de ronds de jambes ont délivré à madame Bretin-Flora-Fabri. Cette agréable bayadère est Italienne.

Quant à mademoiselle Smirinoff, il n'est pas besoin de dire d'oû elle sort en pirouettant, ni de donner son acte de naissance; cette terminaisonoffle dit de reste; mademoiselle Smirinoff est du pays des Mensikoff, des Korsakoff, des Ostrogoff, et de tous lesoffpossibles qui fleurissent sur les bords de la Moskowa et de la Newa; et pour peu que vous m'y poussiez, j'avouerai que mademoiselle Smirinoff est première danseuse au théâtre de Saint-Pétersbourg; elle vient visiter Paris en passant, et lui offrir l'hommage de son estime particulière et de son entrechat; après quoi, elle compte bien retourner à Saint-Pétersbourg. Nous aurions volontiers gardé mademoiselle Smirinoff,--qui a du talent, mais puisque Saint-Pétersbourg la réclame, qu'elle y retourne accompagnée de nos encouragements et de notre bénédiction. J'espère que mademoiselle Smirinoff rendra là-bas bon témoignage de notre hospitalité bienveillante.

Frédéric Bérat vient de faire paraître deux nouvelles romances de ces romances comme il les sait faire, douce pensée, tendre mélodie! L'une, intituléele Marchand de Chansons, est dédiée à mademoiselle Déjazet. Ce charmant petit marchand de chansons chante la gloire et l'amour, la France et la fillette sur les pas de Désaugiers et de Béranger. L'autre a pour titreAndré et Marie, c'est encore un chant de guerre et d'amour. Frédéric Bérat n'en fait pas d'autre; il a le cœur d'un bon citoyen et le cœur d'un amoureux, deux cœurs en même temps; c'est la compensation de ceux qui n'en ont pas du tout.

Deux vaudevilles sont nés sans grand bruit. Le théâtre du Palais-Royal et M. Bayard sont les pères du premier; le second nous vient du théâtre des Variétés et de M. Deligny. Celui-là se nommele Billet de faire part, celui-ci le Vampire.

Dans l'un il y a une veuve récalcitrante qui ne veut pas épouser un jeune baronnet; dans l'autre un Allemand qui n'ose pas déclarer sa passion à une donzelle. Le baronnet, pour contraindre la veuve à devenir sa femme, fait annoncer son mariage avec elle par un billet de faire part anticipé, et la compromet en la faisant coucher dans son château, à côté de sa propre chambre, sans que ladite veuve s'en doute. Aussi la veuve finit-elle par l'épouser. Quant à mon Allemand, son silence et sa mélancolie lui valent le surnom deVampirequi décore l'affiche. Vous devinez bien que ce vampire est le meilleur homme du monde, et que, tout Allemand qu'il est, il finit aussi par un mariage, comme le baronnet de là-haut. Quel vaudeville, en effet, ne finit point par la bénédiction nuptiale? quelques-uns aussi finissent par un petit concert de sifflets;le Vampireetle billet de faire partpourraient peut-être nous en dire quelque chose.

Nous avons nommé plus haut le procès Lacoste. Ce procès, qui avait attiré à Auch beaucoup d'Anglais, de célibataires et de sténographes parisiens, s'est terminé à la satisfaction des accusés, du publie, et, il faut l'espérer, à la satisfaction du procureur du roi, malgré le peu de succès de ses poursuites et de son réquisitoire. Madame Lacoste et son co-accusé ont été reconnus innocents.

(11e et dernier article.--Voir t. III, p. 49, 153, 164, 180, 211, 228, 230, 261, 283 et 294.)

Nous voici arrivé au terme de notre compte rendu, et nous trouvons, en feuilletant notre portefeuille, une nomenclature effrayante de noms, de produits, de numéros dont notre intention était de parler, et que nous sommes forcé de passer sous silence, tout en reconnaissant qu'ils auraient mérité, pour la plupart, que notre feuille les citât avec éloges. Mais il y a un proverbe qui nous rassure: A l'impossible nul n'est tenu; et quoique nous ayons condensé autant que faire se pouvait nos appréciations, nous n'aurions pas voulu que l'Illustrationfût une succursale dulivret, et nous borner à la simple mention de produits qui méritaient mieux et plus que cela. Aujourd'hui nous voulons réparer une partie de ces omissions, et dans notre article, véritable pandæmonium, on verra figurer un peu de tout; nous allons glaner après avoir moissonné, et nous pensons que la gerbe du glaneur vaudra bien celle du moissonneur.

Et d'abord arrêtons-nous devant un magnifique travail exposé par M. Froment-Meurice. C'est un bouclier dont la vue nous a rappelé les descriptions poétiques que font, des boucliers de leurs héros, les vieux poètes du genre humain, Homère et Virgile. Mais, dans ce temps-là, le bouclier était une arme de combat. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un prix à suspendre au milieu d'une panoplie; jadis c'était dans le combat corps à corps, au milieu des merveilleux coups d'épée et des puissants coups de lance, qu'il recevait son baptême et sa consécration Maintenant celui à qui il écherra pourrait être le plus timide, le plus faible, le plus petit des mortels, mais il aura eu en sa possession le cheval le plus vile, le jockey le plus maigre et le plus efflanqué; certes, un pareil prix lui sera bien dû pour de telles prouesses. Dans ces combats en champ clos, le champ de bataille est leturf, les combattants des chevaux de l'un et de l'autre sexe, les spectateurs dessportsmenougentlemen riders. Le bouclier de M. Froment-Meurice, destiné à servir de prix de course, est une des plus belles pièces de l'orfèvrerie moderne. Il est en fer et en argent. Il se compose d'un sujet central ronde-bosse, de quatre bas-reliefs et d'une frise ou bordure. Le milieu, modelé par M. Jean Feuchères, représente Neptune domptant des chevaux; c'est une idée toute mythologique, vous savez que le bon La Fontaine donne une autre origine à l'appropriation du cheval au service de l'homme. Il s'agissait, vous vous en souvenez, d'une certaine vengeance à tirer d'un cerf. La première idée ennoblit le cheval; la seconde le rapproche beaucoup des petites passions de notre triste humanité. Maintenant, voici le cheval à différentes époques, car son histoire est celle de notre civilisation.

Voiture parachute, par M. Callier.

Lit de sauvetage, par M. Valat.

Le Chromographe, par M. Rouget de Lisle.

Machine à fabriquer les briques, par M. Parise.

Le Calcographe, par M. Rouget de Lisle.

Moteur électrique, par M. Froment.

Vue extérieure de l'Exposition.

Son état primitif est l'état sauvage; on le voit bondir dans sa force et dans sa liberté, enflant ses naseaux et frappant la terre de son pied nerveux, il court, et derrière lui une hideuse cohorte de tigres le presse et l'aiguillonne. Pauvre cheval! tes reins musculeux ne te sauveront pas, car le tigre est agile et le désert est immense à traverser! Ce premier bas-relief est de M. Rouillard. Dans le second, dû à M, Feuchères, le cheval a déjà subi le joug, mais il a conservé les instincts guerriers.

Bouclier en fer et en argent, par M. Froment-Meurice.

C'est le cheval de l'Écriture qui, lorsqu'il entend la trompette, frappe fièrement du pied la terre, et s'écrie: «Va!» Il est au milieu de la mêlée, s'animant au carnage, et s'enivrant de sang et de bruit. Le troisième bas-relief, arrangé d'après Pluvinet, par M. Justin, a pour sujet une chasse du temps de Louis XIII. Là, tout est coquet, la pose et les allures: c'est le coursier civilisé, se redressant avec grâce sous les dentelles et le riche habillement de son cavalier. Pauvre cheval! dans quelle position contre nature le montre le quatrième bas-relief, dû à M. Schœnnevert! Tu cours, mais ce n'est plus en liberté, sur ton dos est une selle; et sur cette selle un affreux jockey. Ce n'est plus un cheval, c'est un lévrier. Combien il est changé depuis que l'homme La pris à l'état sauvage pour te faire servir à ses besoins d'abord, puis à ses plaisirs, et enfin à sa fortune! Tous ces bas-reliefs sont traités avec une grande supériorité, et font honneur au dessinateur et à celui qui a été fouillant l'argent de son burin infatigable et donnant la vie à ces divers épisodes de l'existence chevaline. La frise est composée de têtes d'animaux et d'attributs de chasse, et forme un cadre magnifique à cette admirable œuvre d'art.

Après l'orfèvrerie d'art, voici l'orfèvrerie usuelle. MM. Boisseaux-Detot et compagnie ont exposé une soupière Louis XV, de la vaisselle plate et des couverts enpackfong, métal blanc et ductile dont la base est le nickel, et qui a la sonorité de l'argent. Ils ont appliqué à ce métal l'argenture par le procédé Ruolz, et ont fourni des couverts qui peuvent lutter d'apparence et de durée avec l'argenterie. Le vieux plaqué, sans valeur jusqu'à présent, soumis au véhicule électrique, a reparu comme pièce d'orfèvrerie grâce à cet ingénieux procédé qui commence à se répandre dans les petites fortunes, et même, si nous en croyons certaines indiscrétions, qui a remplacé, chez certains grands seigneurs, l'argenterie massive et chère de leurs ancêtres.

Nous avons déjà parlé de machines-outils exposées par M. Calla fils. Cet habile mécanicien ne s'est pas borné à cette partie principale de son industrie; il a abordé la fonderie d'art, et d'une manière tout à fait supérieure. Les lecteurs del'Illustrationen auront bientôt la preuve dans les dessins que nous leur donnerons lors de l'inauguration de l'église de Saint-Vincent-de-Paul. Aujourd'hui nous nous bornerons à signaler la statue de saint Louis, qui figurait au milieu de la grande salle des machines, le baptistère et les portes de Saint-Vincent-de-Paul.

M. Baudrit a exposé une armature en fer dans un nouveau système imaginé par un des plus savants architectes de Paris. Cette armature a pour but de supprimer les colonnes en fonte dans les devantures de boutique et dans les magasins. On sait combien le négociant parisien tient à avoir un bel étalage et à présenter au passant la tentation de devenir acheteur par le bon effet de marchandises arrangées avec goût, d'heureuses oppositions de couleurs, de rapprochements séduisants. Eh bien! un des grands obstacles qu'il a à vaincre, c'est la ligne disgracieusement verticale des colonnes en fonte qui soutiennent le poitrail et tous les étages supérieurs au magasin. C'est donc, un véritable service rendu au commerce et, nous ajouterons, à la sécurité publique, que l'introduction dans les constructions d'une pièce qui supprime du même coup et les colonnes et le poitrail. En cas d'incendie, la poutre calcinée entraîne par sa chute la destruction de l'édifice entier, tandis que l'armature en fer résiste et retient tout ce qui est au-dessus d'elle. M. Baudrit a appliqué aux constructions deux systèmes, l'un qu'il nomme renversement de la poussée, l'autre suppression de la poussée. C'est le premier dont nous offrons le trait aux lecteurs. L'armature se compose de deux tirants AD, CB, et d'un seul arc CD, allant de l'extrémité d'un tirant à l'extrémité de l'autre, les deux points A, B, étant seuls fixés à l'aide d'anses en fer. Tout le poids porté par l'arc CD, et tendant à le faire fléchir, aura pour résultat de solliciter le rapprochement des deux points A, B; mais ce rapprochement ne pourra jamais avoir lieu, car il faudrait ou que la plate-bande placée au-dessus de l'arc fût broyée, ou que la charge entière fût soulevée. Dans l'application, on évite la position diagonale de l'arc par l'ajustement indiqué dans la figure. Ces armatures ont subi des épreuves de puissance tout à fait concluantes. Une, entre autres, qui n'avait pas été sollicitée par le possesseur du brevet, en a démontré la force et la solidité. Une poutre de 30 centimètres de côté et de 5 mètres 50 cent. de longueur, est tombée, par mégarde, du quatrième étage sur une ferme placée au rez-de-chaussée! Cette ferme la renvoya par son élasticité, et la poutre alla percer un plancher nouvellement construit par le malencontreux charpentier. Nous ne doutons pas qu'avant peu d'années la plupart des boutiques de Paris seront munies de cette précieuse armature.

Nous avons examiné avec intérêt une machine à faire la brique, de l'invention de M. Parise, et dont nous donnons aujourd'hui le dessin. C'est une roue marchant par un mécanisme quelconque, et qui porte sur toute sa circonférence des augets. Ces augets reçoivent la terre qu'un ouvrier verse par une espèce de trémie ou d'entonnoir, puis se referment et compriment la terre, dont ils expriment ainsi l'eau, en donnant à la brique la forme qu'elle doit avoir. Ceci se passe pendant le temps que met la roue à faire une demi-révolution; alors l'auget, arrivé au bas, s'ouvre et dépose la brique sur une toile sans lin, qui la porte à l'ouvrier chargé de la ranger. Nous n'avons pu savoir combien la machine fournit de briques par jour; mais sa simplicité et la facilité des manœuvres qu'elle exige nous font penser qu'on doit en obtenir d'excellents résultats.

Le travail des mines est un des plus pénibles que l'homme puisse supporter. Être tout le jour dans une nuit profonde, au milieu des infiltrations d'eau, sous l'appréhension des coups de feu, de la chute d'un bloc, d'une inondation; ne pas savoir, en descendant à 500 mètres sous terre, si l'on reverra la lumière du soleil, et la verdure, et les arbres, si l'on embrassera encore sa femme et ses enfants; et tout cela, pour un misérable salaire qui suffit à peine pour soutenir une vie de privations et de sacrifices. Mais si le sort d'un mineur est triste quand il est en bonne santé, il devient épouvantable quand un de ces accidents si fréquents dans les mines fond sur lui, sans qu'aucune puissance humaine puisse ni le prévoir ni l'empêcher; alors, au fond de ces sentiers sinueux, au bout de ces galeries où un homme peut à peine se tenir debout et qui n'ont que la largeur nécessaire au passage d'un chariot, voyez le blessé, une jambe ou un bras cassé, obligé de se traîner péniblement, de faire souvent une demi-lieue dans ces conduits souterrains pour arriver, brisé anéanti, aux abords du puits, c'est-à-dire à 300, 400 ou 500 mètres du sol; voyez-le dans cette ascension pénible, replié sur lui-même dans la benne qui l'enlève, suspendu entre le ciel et la terre, et ayant à peine assez de force pour maudire son sort! Eh bien! cette dernière torture, la plus grande de toutes, celle qui souvent convertit en maladie mortelle une blessure peu importante, le docteur Valat vient de la faire disparaître au moyen d'un lit de sauvetage, de son invention, dont nous donnons le dessin. Cet appareil consiste en une caisse pentagonale légèrement infléchie dans le sens de sa longueur; son couvercle est mobile; elle contient un matelas traversé par une petite sellette et des sangles placées de manière à soutenir le blessé lorsque la caisse doit remonter au jour et prendre une position presque verticale. La caisse porte, de plus, des anses et une espèce de plate-forme où se place le mineur qui doit présider à la remonte. Le déploiement de quatre bras à charnières change la caisse en brancard. Cet appareil a été expérimenté déjà dans quelques houillères, et d'une manière à ne laisser aucun doute sur son efficacité.

Nouveau système de ferme pour l'architecture, exposé par M. Baudrit.

Il est encore une autre espèce de sauvetage après lequel courent les inventeurs. Il s'agit de trouver le moyen de rendre une voiture inversable. La première idée qui se présente est de la construire de façon à ce que la caisse ait un mouvement tout à fait indépendant du train et conserve sa position et sa stabilité, quel que soit le mouvement de la voiture. Pour cela, quoi de plus simple que de maintenir la caisse sur deux axes placés au centre et à ses deux extrémités, lesquels sont supportés par des montants qui soutiennent l'impériale!

Machine à satiner le papier, par M. Callaud Belisle.

Telle est l'idée qu'a mise à exécution M. Callier, de Gien, qui a exposé unevoiture-parachuteest ingénieuse; nous ne doutons même pas, sans vouloir cependant en faire l'épreuve par nous-mêmes, que les voyageurs ne sortent de là sains et saufs, même dans le cas où la voiture, tombant dans un précipice, ferait huit ou dix tours sur elle-même; mais l'application nous a paru laisser beaucoup à désirer: la forme de la voiture est disgracieuse, son poids nous a semblé énorme, et c'est probablement l'impression qu'elle a produite sur un de nos spirituels dessinateurs qui dans le dernier numéro, l'a représentée résistant vertueusement aux instances et aux efforts de pas mal de chevaux. Mais, nous le répétons, le principe est bon; le tout est de l'appliquer d'une manière usuelle.

Nous avons omis de parler, à l'articlemachines, d'unmoulin(de l'invention de M. Callaud) destiné à broyer les graines oléagineuses, et que nous avions remarqué parce qu'il nous a semblé résoudre heureusement les difficultés que présente ce genre de trituration. Les cannelures mordantes des meules ou noix des moulins ordinairement employées s'obstruent constamment, soit par des particules onctueuses, soit même par l'huile siccative qui y adhère. Le moulin de M. Callaud se nettoie constamment de lui-même, et maintient l'appareil de mouture dans son action mordante; les cylindres sont en fer trempé, et le reste du mécanisme est combiné de manière à ce que la main-d'œuvre est la moindre possible.

Il y a dans la nature, autour de nous, partout en un mot, des forces considérables cachées, inconnues ou inactives, soit parce qu'on ne sait pas les emmagasiner, soit parce qu'on ignore leur mode d'action. Déjà on se sert de l'eau et de l'air, forces naturelles par excellence et qui agissent directement et sans transformation. La vapeur, force dont l'emploi est si répandu aujourd'hui, est venue ensuite apporter son tribut à l'industrie humaine. Mais il est une force qui se trouve à profusion dans toute la nature, une force qui affecte toutes choses, dont on sait, dont on connaît l'existence, mais qui n'a été jusqu'à présent que l'objet d'expériences de cabinet, sans que personne soit parvenu à la rendre usuelle et pratique, à l'emmagasiner, à lui faire produire en grand un effet utile. M. Froment, ancien élève de l'École Polytechnique, vient de tourner avec succès ses investigations de ce côté, et quoiqu'il n'ait exposé qu'un moteur électrique d'une petite échelle, les résultats qu'il en a obtenus sont assez remarquables et appréciables pour nous faire espérer que le moteur nouveau rendra de grands services à l'industrie. Qu'on nous permette de faire comprendre en peu de mots à nos lecteurs cet ingénieux mécanisme. Lorsqu'un courant électrique traversant un fil mécanique passe près d'un morceau de fer, il y fait naître deux pôles magnétiques, l'un austral, l'autre boréal, semblables à ceux des aimants. Si le fil, au lieu de passer près du morceau de fer, l'entoure un grand nombre de fois dans le même sens, l'effet se trouve multiplié dans une proportion considérable, pourvu que les spires du fil soient isolées les unes des autres, ce qu'on obtient en se servant d'un fil de cuivre couvert de soie. M. Froment s'est servi d'une bobine bb (fig. 1) sur laquelle il a roulé un fil assez long pour faire plusieurs centaines de tours; au centre est un morceau de fer cylindrique F. Le courant électrique y fait naître deux pôles A et B; mais si le sens du courant vient à changer, les pôles changent aussi. Maintenant supposons deux aimants, dont l'un AD (fig. 2) soit solidement fixé sur un support, et l'autre A'B' fasse partie d'une roue dont l'axe est C, et puisse dans son mouvement de rotation passer très-près du fer fixe AB, quand le courant agira simultanément et de manière à faire naître dans l'un un pôle austral qui soit tourné vers le pôle boréal de l'autre, ils s'attireront avec force et la roue mobile tournera; mais elle s'arrêterait après quelques oscillations, si le sens des courants étant subitement changé ne faisait naître un pôle boréal là où était le pôle austral, et par suite une répulsion au lieu d'une attraction. Ce changement de courant s'obtient an moyen d'un anneau métallique fendu à sa circonférence autant de fois que le courant doit changer de sens dans une révolution de la machine. La fig. 3 représente un certain nombre de fers semblables à ceux que nous venons de décrire. De plus, pour utiliser le magnétisme accumulé dans les pôles qui ne sont pas en regard, un second système tout à fait semblable a été superposé au premier, et l'on a réuni les pôles de ces deux étages par des armatures de fer doux. La machine (fig. 4) a pour base un châssis en fonte de fer de forme hexagonale, aux angles duquel s'élèvent six pilastres qui supportent un autre châssis, et c'est dans cette espèce de cage que se trouve le mécanisme. L'auteur n'a pas pu encore mesurer d'une manière précise quelle force elle donne pour une dépense déterminée, mais avec une pile de 10 éléments d'un décimètre carré il a mis en mouvement un tour ordinaire. Nous ne doutons pas que la puissance d'une machine ainsi organisée ne puisse devenir considérable, et nous engageons vivement M. Froment à persévérer dans cette voie nouvelle et féconde.

Nous donnons à nos lecteurs les dessins d'unchromagrapheet d'uncalcographeQue les dames ne s'effraient pas trop de ces noms d'instruments qui sont destinés à leurs doigts délicats. Le chromagraphe leur servira à composer des dessins pour la broderie, la tapisserie, au moyen d'une application ingénieuse du kaléidoscope. Quant au calcographe, on reconnaît que c'est une espèce de manière de calquer se rapprochant du procédé Rouillet, qui, comme nos lecteurs le savent, est un véritable calque de la nature.

Les billards en fer et fonte de M. Sauraux nous ont paru résoudre avec avantage la problème de la justesse et de la durée. Le corps du billard est en fonte de fer, et la table en pierre: maintenu par des boulons sur les quatre pieds, il peut être posé dans un aplomb parfait. Nous regrettons donc pouvoir donner à nos lecteurs le dessin du billard que M. Sauraux a exposé, et qu'ils auront probablement remarqué pour la grâce de l'encadrement et la richesse des détails.

M. Poortman a exposé des animaux apprêtés d'après un nouveau système qui conserve à l'animal toute sa souplesse et sa grâce. Nous avons surtout admiré une levrette où est apparente la saillie des muscles et des nerfs.

Les fabricants de papiers ont présenté cette année une exposition assez complète. Nous citerons surtout les papeteries d'Essonne et de Sainte-Marie. La fabrication d'Essonne, qui occupe trois machines à fabriquer le papier continu et deux cent cinquante ouvriers, s'élève à 700,000 kilogrammes de papier par an. Une grande partie des beaux livres illustrés qui ont été publiés à Paris sont imprimés sur ses papiers. Celui sur lequel nous écrivons cet article et celui sur lequel vous nous lisez sortent également de cette papeterie. Essonne a exposé une collection complète de papiers de couleur où nous avons remarqué surtout les doubles-couronnes pelure sans colle, blanches et de couleurs destinées à la confection des fleur» artificielles. La grande difficulté de fabriquer un papier aussi mince et d'arriver à des nuances aussi vives, nous avait jusqu'à ce jour rendus tributaires des Anglais. La papeterie d'Essonne les livre aujourd'hui de même qualité et à un prix moins élevé que les pelures anglaises. Elle a exposé aussi des papiersVergésfaits à la mécanique et qui ont la solidité des anciens papiers à la forme.

La papeterie de Marais ou de Sainte-Marie s'est depuis longtemps acquis un nom qu'elle soutient dignement cette année.

M. Callaud-Belisle, d'Angoulême, ne s'est pas contenté d'exposer des papiers: il a produit aussi une machine à éplucher et satiner le papier.

On sait que l'épluchage et le satinage du papier se font à la main et feuille par feuille. M. Callaud-Belisle a essayé de faire faire ce travail à la machine même que nous offrons au lecteur: A est un dévidoir chargé de papier; B sont des cylindres en cuivre destinés à faire tendre le papier et à le guider; C cylindres cannelés en fer, faisant l,200 tours par minute, qui épluchent et satinent; D rouleau servant à lustrer et faisant également 1,200 tours par minute; E cylindres qui abattent le grain du papier; F dévidoir qui reçoit le papier satiné; G engrenages et poulies donnant le mouvement; II soufflet à double vent soufflant sur la feuille du papier et chassant les impuretés. Nous avons consulté des fabricants de papier sur la bonté de cet appareil, et tous, tout en reconnaissant l'avantage qu'il y aurait à faire faire en peu de temps par une machine ce qui demande beaucoup de temps à un grand nombre d'ouvriers, nous ont répondu que le papier ne résisterait pas à un épluchage si vigoureux, qu'il y avait inconvénient à soumettre toute la bande de papier, où souvent il n'y a qu'un grain à enlever, à l'action des cylindres, et que d'ailleurs le papier devait s'user ou même se déchirer. Quant à nous, nous avons fait connaître le mécanisme et les inconvénients qu'on lui reproche; c'est aux fabricants à discuter et à expérimenter.

La lithographie vient de s'enrichir d'une nouvelle découverte. Depuis longtemps on cherchait à faire du lavis sur pierre, et l'on n'était jamais arrivé à pouvoir tirer de nombreuses et bonnes épreuves. Le procédé Formentin vient de résoudre ce problème, et donne des épreuves aussi bonnes et en aussi grand nombre que la lithographie ordinaire. Les lavis sur pierre exposés par mademoiselle Formentin ont généralement attiré l'attention des artistes, ainsi que ses impressions lithographiques ordinaires et celles à deux teintes et en couleur.

Les fondeurs en caractères d'imprimerie sont en petit nombre à l'exposition; mais leurs produits, qui échappent à l'appréciation des visiteurs ordinaires, ont été appréciés par les connaisseurs, et surtout par les imprimeurs. Nous citerons avec éloges MM. Biesta et Laboulaye. Les recherches de ce dernier l'ont amené à l'emploi d'un nouvel alliage renfermant de l'étain et du cuivre et permettant de fabriquer des caractères d'une bien plus grande résistance que ceux fondus avec l'ancien alliage de plomb et d'antimoine.

Quant aux imprimeurs, qu'on nous permette de citer avec les éloges qu'ils méritent MM. Lacrampe et comp., qui ont exposé une magnifique collection de tirages de gravures sur bois qu'ils exécutent avec tant de succès, comme ont pu en juger nos lecteurs; le tirage del'Illustration, un des plus beaux résultat» obtenus au moyen de la presse mécanique.

Parmi les éditeurs, citons M. Augustin Mathias, auquel les sciences et l'industrie doivent tant d'utiles publications, et les livres illustrés de MM. Dubochet et comp. Il nous est interdit de nous étendre sur ces publications. Celui qui signe cette feuille attend avec confiance le jugement du jury sur sa belle exposition au milieu de laquelle figurel'Illustration, un des recueils les plus complets et l'un des plus beaux succès de la librairie moderne.

Et maintenant, chers lecteurs, permettez-nous de sortir avec vous de ces vastes salles, ou nous avons trouvé tant de produits remarquables, et de nous arrêter un instant dans la cour intérieure de gauche. Là, vous voyez des ponts, des voitures, des grillages faits mécaniquement, des machines à sécher le drap, des tentes militaires, des pompes, voire même les moutons de M. Graux. Nous ne voulons rien décrire; mais là, sur le seuil de cette exposition, sur le point de nous quitter pour cinq ans, nous vous demanderons grâce pour l'imperfection de notre compte rendu, en considération de notre bonne volonté et du soin consciencieux que nous avons apporté à vous signaler ce qui nous a paru bon, utile et remarquable.


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