En attendant, comme il n'y a pas d'hippodrome à steeple-chases à Fontainebleau, il y a tenté, dimanche dernier, l'essai d'unpaper-hunt.Rappelez-vous le conte du Petit-Poucet et les cailloux blancs sur le chemin, et vous aurez l'explication de cette nouvelle course.Les cavaliers, réunis à rendez-vous au carrefour de la Croix de Toulouse, sont tous en costume de chasse. Ils se préparent à courir dans une direction inconnue. Tout au plus s'ils savent à quel endroit aboutira le parcours. Au signal du starter, ils vont s'élancer et galoper partout où ils verront des cartons blancs et rouges collés aux arbres et des papiers blancs par terre. C'est la fantaisie de M. Dennetier qui a semé les papiers le long du chemin et garni les arbres de leurs cartons-indicateurs.Hop! les voilà partis. Hélas, la pluie tombe à torrents! Piteux temps d'inauguration! Le pauvre Dennetier se démène comme un lapin dans un collet. Ah! s'il pouvait boire toute cette eau qui noie sa fête!Cependant, quelques dames dévouées et suffisamment «waterproofées» sont venues, dans leurs équipages transformés en chars de Neptune, se grouper aux environs du but pour fêter le vainqueur.La fin de la course a été loin de réaliser ce qu'on en attendait. Ah! si quelques rayons avaient éclairé à point la vallée de la Solle. Mais la pluie tombait toujours. On a vu tout à coup se dessiner dans la brume trois petits points noirs: c'était l'arrivée du paper-hunt.Quant à ceux qui ont eu le malheur d'être désarçonnés, on les a relevés, transformés enterres cuites!Heureusement qu'un paper-hunt en appelle d'autres, et je suis persuadé qu'on en organise dès à présent dans toutes les forêts voisines d'un champ de courses.La tante à successionJamais Greuze et ses scènes d'intérieur n'ont été plus à la mode qu'aujourd'hui; jamais les œuvres du maître contemporain de Diderot n'ont atteint, dans les ventes publiques, des prix aussi élevés; il n'est donc point étonnant de rencontrer nombre d'artistes qui s'engagent à sa suite dans cette voie gracieuse et sentimentale; mais un défaut commun à la plupart d'entre eux, c'est l'exagération de ce sentimentalisme un peu banal, qui les mène droit au maniérisme et à l'afféterie.M. Worms est trop heureusement doué pour ne pas éviter cet écueil; au lieu de parler à l'âme un langage commun et vulgaire, il s'adresse à l'esprit, et réussit admirablement à se faire comprendre; saTante à succession, si remarquée au dernier Salon, est certainement une des plus charmantes compositions dues à son pinceau facile et ingénieux; point de recherche, point de prétention, rien qu'une scène vraie, rendue avec sincérité. Autour d'une dame âgée, assise dans son vieux fauteuil, s'empresse la foule des aspirants héritiers, neveux et nièces, cousins et cousines; celle-ci lui presse la main d'un air affectueux, tandis qu'un autre lui présente une tasse avec un empressement contraint; plus loin, un troisième fait son entrée, le jarret tendu avec affectation, le dos courbé en avant, la bouche en cœur.La vieille tante reçoit tous ces hommages d'une figure maussade et désagréable; on sent qu'elle en connaît la valeur. Mais la philosophie du tableau est tout entière dans la physionomie du domestique, dont le regard impassible embrasse toute la scène, et dans celle d'un abbé, familier de la maison, qui prend tranquillement sa prise de tabac; sans doute il connaît mieux que personne les dispositions du testament, et il a de bonnes raisons pour ne pas s'inquiéter et laisser tous ces avides parents faire leur cour aux écus de la douairière.Tous ces petits personnages sont peints d'une façon harmonieuse et dessinés avec soin; ils forment un ensemble des plus complets. M. Worms a su se garder de l'exagération; tous les traits de son tableau sont finement exprimés et concourent dans une juste mesure à l'effet général. Ce serait surtout l'œuvre d'un homme d'esprit, si ce n'était auparavant celle d'un excellent peintre.Découverte d'un éléphant fossile à Durfort (Gard)S'il est une science dont les progrès aient été rapides pendant ces dernières années, c'est la paléontologie. Depuis que l'attention du monde scientifique s'est portée sérieusement sur ces questions, elle ne s'en est plus détachée; l'étude de la faune antédiluvienne et de l'homme antéhistorique a été poussée avec une extrême vigueur; les recherches, les fouilles, les travaux incessants de la science officielle ont donné un élan que les volontaires de la science se sont empressés de suivre; ils l'ont suivi avec tant de succès que, par exception à ce qui se passe d'habitude, les savants «amateurs» ont fait autant pour la science que les corps savants constitués.Les découvertes les plus précieuses, les plus rares trouvailles depuis quelques années, ont été dues le plus souvent à ces modestes champions de la science, collectionneurs isolés ou sociétés libres, spontanément formées.Aujourd'hui, c'est une société de ce genre laSociété scientifique d'Alais(Gard)--qui vient d'obtenir, après deux ans de recherches, un double succès en fouillant, sur le territoire de la même commune, à trois kilomètres de distance l'un de l'autre, un ossuaire humain de l'âge de pierre (fin de l'âge de pierre et commencement de l'âge de bronze) et un dépôt de fossiles.Dans quelques jours nous donnerons le résumé des découvertes de la première fouille; ce que nous soumettons aujourd'hui à nos lecteurs, c'est le résultat de la seconde, résultat exceptionnel et qui, sauf les découvertes faites dans les glaces de la Sibérie, n'a été nulle part obtenu si complet; c'est le squelette entier, intact, d'un éléphant antédiluvien, tel que n'en possède aucun musée, sauf celui de Saint-Pétersbourg.Je laisse la parole à M. Cazalis de Fondouce, l'un des membres de la Société qui va nous dire comment il a été conduit à cette découverte:«Au mois de novembre 1869, je me rendais à Durfort (Gard) pour continuer les fouilles entreprises dans la «Grotte des morts»--(l'ossuaire dont j'ai déjà parlé plus haut)--lorsque, à un kilomètre environ du village, j'aperçus au-dessus d'un tas de pierres, sur le bord de la route, quelque chose qui me parut être une dent d'éléphant. Je ramassai l'objet et constatai que c'était bien, en effet, une molaire d'éléphant fossile. J'appris du cantonnier que ces pierres avaient été extraites sur place. Examinant le terrain, je reconnus qu'il y avait là un dépôt de transport local qui avait dû combler autrefois toute la vallée, mais dont il ne restait plus aujourd'hui qu'un lambeau de trois ou quatre cents mètres carrés de surface.«Je fis faire immédiatement des fouilles, etc.»Je résume maintenant les observations auxquelles ont donné lieu ces fouilles:«Il y avait là un petit bassin marécageux, où croissaient les espèces végétales des fonds humides. Ce bassin, séparé du cours du ruisseau, n'était envahi par les eaux qu'au moment des crues et par remous. Ces eaux mortes n'y déposaient que du limon; peu ou point de graviers. Les couches successives du limon, déposées sur le talus assez escarpé qui borde la route, sont encore reconnaissables.»«Les eaux, n'arrivant que mortes et par remous, n'ont pu charrier là que des cadavres flottés; et les ossements qui s'y rencontrent proviennent ou d'animaux échoués dans le remous ou morts sur place.»C'est ce qui explique comment les squelettes trouvés là sont entiers.Le premier qu'on ait découvert et extraitintégralement, c'est le squelette d'un éléphant--Elephas meridionalis. C'est le plus colossal des éléphants de cette espèce dont on ait retrouvé les restes; en voici les dimensions:Apophyses dépassantl'omoplate d'environ 0.30 c.Omoplate 1.10Humérus 1.25Cubitus. ...... 0.95Os du pied (carpe,métacarpe, phalanges). 0.50Ce qui donne pourhauteur de l'animal augarrot 4.40 c.Squelette de l'éléphant fossile trouvé à Durfort.L'éléphant du musée de Bruxelles n'a que 2 mètres 60 centimètres; le mammouth du même musée n'a que 3 mètres 60; celui du musée de Saint-Pétersbourg 3 mètres 45.L'éléphant de Durfort appartient à l'espèce la plus ancienne, l'Elephas meridionalis, antérieur au mammouth ou mastodonte, et qui a vécu à la fin de l'époque tertiaire. C'est un spécimen unique au monde.Voici ses autres dimensions;D'une extrémité d'une crête iliaque à l'autre, le bassin mesure 2 mètres 05 de largeur, ce qui donne le développement prodigieux de la croupe.Le fémur a 1 mètre 45; le tibia 0 mètre 85.Les dimensions de la tête sont indiquées sur notre dessin.DÉCOUVERTE D'UN ÉLÉPHANT FOSSILE A DURFORT (Gard).Il ne manque à l'éléphant de Durfort que l'extrémité des défenses qui, venant aboutir dans le talus, au bord de la route, ont été coupées lors de l'élargissement de cette route par les ouvriers qui n'y ont point pris garde. Ce qui reste des défenses n'a pas moins de 1 mètre 80 de longueur, et les dimensions de la partie conservée accusent une longueur probable de 3 mètres 65. Le diamètre de la défense à son origine est de 0 mètre 23; l'éléphant de Saint-Pétersbourg n'a que 0 mètre 19 au même endroit. Le crâne de l'éléphant de Durfort mesure 1 mètre 65, du sommet au bord des alvéoles; celui de l'éléphant de Saint-Pétersbourg 1 mètre 30 seulement.L'éléphant fossile de Durfort (restauration).L'animal est certainement mort sur place et pour ainsi dire debout. La position du squelette équivaut à un récit. Elle raconte avec une évidente certitude le drame qui s'est passé là il y a plusieurs dizaines de milliers d'années--des centaines peut-être. L'animal était acculé sur le train de derrière, cabré contre le talus et agenouillé des jambes de devant contre l'escarpement de la rive; la tête relevée, tendue en haut, les défenses presque verticales; le squelette serré, ramassé en bas, distendu en haut.Venu à l'abreuvoir et embourbé, ou surpris par une crue, l'animal est mort là, essayant de gravir le talus, épuisé, acculé, la tête élevée pour prendre au-dessus des eaux une dernière respiration.Extrait en entier et remonté par les soins de laSociété scientifique d'Alais--dont, avec M. Cazalis de Fondouce, sont membres MM. Ollier de Marichard, Destremx (député de l'Ardèche), docteur Auphand, etc.--l'éléphant de Durfort offre maintenant à la science un magnifique sujet d'études.REVUE COMIQUE DU MOIS, PAR BERTALLA la fête, le Bouquet.--Eh bien! Auguste, si tu veux savoir mon idée, la voilà; je suis bien content qui soit pas mort!--Qui ça?--Le fils du citoyen Darti.--Comment?--Oui, puisqu'on disait feud'arti fils.--Canaille!Après la fête.--Voyez-vous la mère Michel, qué chance qu'on ne l'ait pas perdu celui-là! les affaires sont les affaires; il y a plus de quatre ans que le coco n'avait été aussi fort!La voix des femmes.--On dit qu'il a cent cinquante femmes, je vous demande un peu ce que ça lui aura fait d'en prendre trois ou quatre de plus; en tout bien tout honneur.Nouvelles modes.Coiffure à la shah.--Une coiffure qui ne manque pas de chien.Débuts aux bains de mer.--Allons! allons! la petite mère, ça surprend, je ne dis pas; mais l'eau ne sera pas plutôt à votreOcéan, révérence parler, que vous ne vous en apercevrez plus.--Belle femme! Combien vous a-t-elle coûté?--Dites à M. Lamouroux, dites au généreux conseil municipal que je suis S. M. Tounens, roi d'Araucanie, que moi aussi j'ai une aigrette, et que je réclame ma petite fête; je serai arrangeant pour les détails.La station militaire.--Ayez pas peur sargent, c'est le caporal; je lui apprends à rester longtemps sous l'eau, sans vous commander.Un feu de vacances.--Ils ne l'ont pas volé.--Enterrement civil du citoyen Balcon.En Espagne.--S. M. le shah vous envoie sa carte; il aurait été enchanté de voir tous ces messieurs, mais il craint de les déranger.Églogue.(Tythiere, tu patulæ recubans sub tegmine fagi...) Virg. --Tythiers, assis mollement à l'ombre du hêtre, tu te reposes, quand fuyant notre ville natale nous errons de balcons en balcons! C'est pas gentil!L'expédition du "Challenger"ET LA VIE DU FOND DES OCÉANSLa riche mythologie des anciens avait horreur du vide et du néant. Elle peuplait les hautes plages atmosphériques de dieux, de déesses, de demi-dieux, de génies, et le fond du fleuve Océan n'était pas moins brillamment partagé. Le vent ne pouvait souffler sur les falaises sans que leurs poètes reconnussent la voix des sirènes se mélangeant avec le bruit de la conque des Tritons. Quand l'éclair illuminait la nue aux points où elle se confond avec la vague, ils croyaient apercevoir le char de Neptune traîné par une légion de chevaux marins.Les savants matérialistes qui croient avoir découvert le secret de la nature ne sont pas moins ennemis de tout ce qui recule les bornes du règne de la vie. Ils ont dépeuplé les deux abîmes, celui que recouvrent les vagues et celui que traverse la lumière du soleil pour pénétrer jusqu'à nous.Vainement Ossian Sars, un de ces vaillants naturalistes Scandinaves qui explorent les régions boréales, avait protesté contre ces stérilisantes théories, en montrant qu'une faune particulière se développe à mesure que l'Océan devient plus profond. Inutilement, dès 1850, il avait retiré des gouffres de l'Océan norvégien des êtres spéciaux, incapables de vivre sans la compression énorme à laquelle les habitants des abîmes marins sont forcément soumis.Hier encore, on enseignait avec audace, en Allemagne et même en Angleterre, qu'il n'y a pas d'animal qui puisse vivre au delà de 2 à 300 mètres de la surface des eaux.Mais les navires chargés de poser les câbles transatlantiques, ayant été obligés de fouiller le sous-sol des mers profondes, ont rapporté des coquillages presque microscopiques dont l'organisation, d'une délicatesse idéale, a détruit sans retour tous ces préjugés.Encouragés par ces brillants débuts, les lords de l'amirauté ont agrandi le champ des investigations sous-marines, bornées dans ces trois premières campagnes à la portion du Gulf-Stream qui s'étend depuis les Bermudes jusqu'aux Orcades.La corvette à vapeur leChallenger, désignée pour exécuter ces étonnants sondages, pendant toute la durée d'un voyage de circumnavigation, a quitté Porstmouth le 21 décembre dernier, emportant avec elle tous les vœux des amis des sciences.Grâce à l'obligeance de M. Norman-Lockyer, le savant rédacteur en chef du journal anglaisNature, qui doit servir de moniteur à l'expédition, nous serons à même de donner à nos lecteurs de curieux détails authentiques sur un voyage sans précédent dans l'histoire scientifique; car c'est la première fois que l'on voit un laboratoire d'études aussi complet que ceux des grandes universités d'Europe parcourir successivement tous les océans.Le pont duChallengerporte un treuil à vapeur destiné à soutenir et remonter les sondes qui, ayant un poids de plusieurs quintaux, ne sauraient être maniées par l'équipage.Pour atteindre le fond de gouffres aussi creux que les Alpes sont hautes, on doit calculer en moyenne sur deux heures de travail d'une puissante machine. C'est à peu près le temps qu'il faudrait à un aéronaute habile, bien servi par les circonstances, pour aller puiser de l'air à une altitude aussi grande que cette mer est profonde.Les opérations duChallengeroffrent une grande analogie avec celles que leGreat-Easterna si brillamment exécutées dans le milieu de l'Atlantique. Les sondes qu'il emploie sont à peu près pareilles à celles dont leLightninget laPorcupinese sont servi dans leurs précédentes croisières.M. Wyville Thompson, le capitaine scientifique de cette expédition modèle, est précisément le savant hardi qui a organisé les croisières précédentes auxquelles il a pris la plus large part. Un de nos compatriotes, qui garde modestement l'incognito, a l'honneur de lui servir de secrétaire. Nous ne pouvons point encore révéler le nom de ce savant, mais nous sommes heureux de dire que l'élément français est représenté à bord d'un navire où tout est préparé pour assurer le triomphe de la science.Ce qui excite encore l'admiration des connaisseurs, ce sont les dispositions adoptées pour l'installation des laboratoires. Dans l'impossibilité où nous nous trouvons de les représenter tous, nous avons choisi le principal, celui qui a déjà servi à de grandes observations physiologico-chimiques.Le lecteur voit à main droite une bibliothèque peu nombreuse, mais renfermant tous les ouvrages techniques de nature à aider les expérimentateurs. En face se trouvent des piles voltaïques construites avec soin, et maintenues dans un parfait état d'entretien. Au-dessus des piles sont rangés les hameçons et les lances dont on fera usage pour capturer les géants des mers. Déjà on a saisi des oiseaux qui se sont imprudemment approchés duChallenger, et qui paient leur curiosité en servant à assouvir celle de leurs vainqueurs. Sur la table se trouvent les loupes, les microscopes droits, les microscopes obliques et même les microscopes binoculaires.Nous avons représenté le moment où l'on apporte au laboratoire un des plus curieux habitants de l'abîme. Il passera sans transition pour ainsi dire de l'Océan dans un bocal d'esprit de vin.À la sortie du port, leChallengera été secoué par une violente tempête, qui a forcément empêché pendant quelque temps l'inauguration des travaux scientifiques. Si Camoëns eût été à bord, il eût déclaré qu'il avait aperçu Adamastor se dressant sur les vagues et conjurant M. Wyville Thompson, nouveau Gama, de ne point voler les secrets de l'abîme!Mais l'ouragan s'est calmé sans que le capitaine d'armes du laboratoire ait eu à enregistrer la perte d'une éprouvette ou d'un entonnoir!Après avoir touché aux Açores et à Saint-Thomas, leChallengera relâché à New-York, où son arrivée a fait événement. Fort des conseils et de l'adhésion de l'élite des savants américains, le capitaine scientifique Wyville Thompson se rend vers l'Atlantique austral; il croisera dans les nouvelles Shetland, afin de tâter ce climat, et de dire si les savants anglais peuvent espérer d'y voir Vénus dans le soleil de décembre 1874.W. de Fonvielle.LES THÉÂTRESOn ne manque pas de vaillance au Gymnase. Voilà quinze jours qu'on s'occupe de rajeunir l'affiche à ce théâtre si peu endormi. Je vous ai ditMadame Honora, qui était et qui est encore une fleuriste pour rire, léguée avant sa mort par Brisebarre à M. Montignv. LeNuméro13 arrive à son tour, et l'on trouve en lui une action qui se passe en plein hiver, en temps de fourrures et de carnaval, raison pour laquelle on la joue au cœur de l'été. Tel est chez nous l'amour du paradoxe, qu'on cherche sans cesse à ne trouver de possible que l'impossible.CeNuméro13 est situé chez Paul Brébant, le restaurateur des masques et des artistes. Une femme du monde veut savoirex-professocomment il faut s'y prendre pour se faire faire la cour dans un cabinet particulier. Au bal de l'Opéra, où elle est allée convenablement défigurée, elle avise un cavalier, se fait inviter par lui à souper d'une douzaine d'huîtres et d'un poulet froid (il y en a toujours d'excellents chez Paul Brébant). Pendant le souper, le galant fait sa cour et, dès le lendemain, on se met en passe de se marier. Voilà leNuméro13. Il n'est pas tout à fait sorti du sac à la malice, comme vous voyez.Si ce lever de rideau est une idylle un peu frappée, en revanche laMarquise, de MM. Eugène Nus et Adolphe Belot, est un drame un peu bien compliqué. Vu la chaleur tropicale qu'il fait en ce moment, dispensez-moi d'entrer dans la dissection de l'ouvrage. Quelques paroles d'analyse, et, en conscience, ce sera bien assez.Voilà une trentaine d'années, une des célébrités du demi-monde d'alors a pris tout à coup la vie à grandes guides en dégoût. On l'avait surnommée la Marquise. Marquise de qui? marquise de quoi? il n'importe. Le monsieur qui veillait sur elle étant venu à mourir, elle s'était tournée du côté d'une jeune fille qu'elle avait et, pour l'élever, avait dit adieu aux prouesses de la cocotterie. Bien mieux, cachant et son passé et son nom, elle avait donné à sa fille une dot de 200,000 fr., ce qui fait comprendre qu'elle l'avait mariée très-honorablement à un excellent et très-loyal garçon. Y a-t-il des secrets dans le monde? Un proverbe italien prétend que non. Il est toujours très-certain que ni l'ombre de la province, ni le temps, ni l'habileté, n'ont pu réussir à garantir la Marquise des conséquences de sa vie d'autrefois. Au fond de la Bretagne, dans la province la plus calme de la France, un galantin sur le retour, que le hasard pousse par là, rencontre l'exilée volontaire et s'écrie: «Eh! c'est la Marquise!» Tout le château de cartes de l'ancienne belle s'écroule en un instant.Vous voyez d'ici ce qui en résulte. Si l'ex-marquise avait seule à souffrir de cet état de chose, ce serait juste, partant d'une moralité saisissante. Mais le gendre qui a reçu les 200,000 francs de dot a plus à souffrir qu'elle encore. Cet argent, il veut le rendre; il cherche et il finit par trouver les moyens de s'en défaire. C'est donc pour le mieux; mais il me semble que cette surabondance d'épisodes finit par refroidir l'intérêt. On dira sans doute avec quelque raison: «Mais tout cela est pris dans les mœurs du Paris moderne. Tel procès, qu'on n'a pas oublié, a justement révélé au public des faits absolument semblables à ceux-là.» D'accord.--Le Palais de Justice, bien plus que le théâtre, nous fait voir clair dans les coulisses du monde actuel, mais tout ce qui se fait dans l'enceinte des tribunaux n'est pas forcément bon à être reproduit au théâtre.Il y a évidemment du talent et beaucoup d'habileté scénique dansla Marquise. On se rappelleMiss Multon, des mêmes auteurs, qui a bien une lointaine parenté avec la pièce nouvelle. Mais, voyons, n'en finira-t-on pas sur les scènes de genre avec cette poétique si sombre? Comment! toujours de l'horrible! Là où, jadis, on était sûr de trouver à s'égayer, le spectateur n'ose plus s'aventurer aujourd'hui qu'avec une demi-douzaine de mouchoirs de poche pour essuyer un torrent de larmes.--Il n'est pas agréable de pleurer au théâtre,--surtout en été. Si vous ne savez plus nous faire rire, ne nous condamnez pourtant pas aularmoiementà perpétuité.Philibert Audebrand.LA CABINE-LABORATOIRE DUCHALLENGER, NAVIRE CHARGÉD'EXPLORER LE FOND DES MERS.BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUERouen, promenades et causeries, par M. Eugène Noël (1 volume in-18. E. Schneider à Rouen.)--Encore un livre de voyage! Non, de promenades tout au plus. M. Eug. Noël, ce lettré exquis, éditeur et annotateur de Rabelais, peintre de lavie des fleurs, s'est attaché à nous donner la monographie même de Rouen, sa ville natale, de ses coins curieux, de ses souvenirs, de ses grands hommes. Ces sortes de travaux sont des plus intéressants et instruisent même les érudits. Il y a par exemple dans ce livre de M. Eug. Noël un chapitre capital sur Corneille, ses relations avec la famille Pascal et sa maison de Petit Couronne. Le chapitre qui porte pour titreMolière à Rouenest aussi d'un très-grand intérêt. Notez que l'érudition de M. Noël n'a rien de rébarbatif, quelle est avenante au contraire et parée de toutes les grâces d'un style qui ne fait point sans raison penser à Michelet. C'est dire ce que vaut un tel livre, un des plus agréables à coup sûr que j'aie rencontrés depuis longtemps.Récits de l'infini: Lumen, par M. Camille Flammarion (1 vol. Didier).--C'est un roman, un roman astronomique et il en est déjà à sa 3e édition. M. Flammarion a un public. Il conte, on l'écoute. Il vous promène à travers les mondes on le suit. Il conférencie, on se presse autour de sa chaire.Lumenm'a étonné et m'a amusé. C'est du Fontenelle à la contemporaine. On ne saurait s'en fatiguer.Jules Claretie.RÉBUSEXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:Les Hollandais auront leur tour de revanche aux Indes.
En attendant, comme il n'y a pas d'hippodrome à steeple-chases à Fontainebleau, il y a tenté, dimanche dernier, l'essai d'unpaper-hunt.
Rappelez-vous le conte du Petit-Poucet et les cailloux blancs sur le chemin, et vous aurez l'explication de cette nouvelle course.
Les cavaliers, réunis à rendez-vous au carrefour de la Croix de Toulouse, sont tous en costume de chasse. Ils se préparent à courir dans une direction inconnue. Tout au plus s'ils savent à quel endroit aboutira le parcours. Au signal du starter, ils vont s'élancer et galoper partout où ils verront des cartons blancs et rouges collés aux arbres et des papiers blancs par terre. C'est la fantaisie de M. Dennetier qui a semé les papiers le long du chemin et garni les arbres de leurs cartons-indicateurs.
Hop! les voilà partis. Hélas, la pluie tombe à torrents! Piteux temps d'inauguration! Le pauvre Dennetier se démène comme un lapin dans un collet. Ah! s'il pouvait boire toute cette eau qui noie sa fête!
Cependant, quelques dames dévouées et suffisamment «waterproofées» sont venues, dans leurs équipages transformés en chars de Neptune, se grouper aux environs du but pour fêter le vainqueur.
La fin de la course a été loin de réaliser ce qu'on en attendait. Ah! si quelques rayons avaient éclairé à point la vallée de la Solle. Mais la pluie tombait toujours. On a vu tout à coup se dessiner dans la brume trois petits points noirs: c'était l'arrivée du paper-hunt.
Quant à ceux qui ont eu le malheur d'être désarçonnés, on les a relevés, transformés enterres cuites!
Heureusement qu'un paper-hunt en appelle d'autres, et je suis persuadé qu'on en organise dès à présent dans toutes les forêts voisines d'un champ de courses.
La tante à succession
Jamais Greuze et ses scènes d'intérieur n'ont été plus à la mode qu'aujourd'hui; jamais les œuvres du maître contemporain de Diderot n'ont atteint, dans les ventes publiques, des prix aussi élevés; il n'est donc point étonnant de rencontrer nombre d'artistes qui s'engagent à sa suite dans cette voie gracieuse et sentimentale; mais un défaut commun à la plupart d'entre eux, c'est l'exagération de ce sentimentalisme un peu banal, qui les mène droit au maniérisme et à l'afféterie.
M. Worms est trop heureusement doué pour ne pas éviter cet écueil; au lieu de parler à l'âme un langage commun et vulgaire, il s'adresse à l'esprit, et réussit admirablement à se faire comprendre; saTante à succession, si remarquée au dernier Salon, est certainement une des plus charmantes compositions dues à son pinceau facile et ingénieux; point de recherche, point de prétention, rien qu'une scène vraie, rendue avec sincérité. Autour d'une dame âgée, assise dans son vieux fauteuil, s'empresse la foule des aspirants héritiers, neveux et nièces, cousins et cousines; celle-ci lui presse la main d'un air affectueux, tandis qu'un autre lui présente une tasse avec un empressement contraint; plus loin, un troisième fait son entrée, le jarret tendu avec affectation, le dos courbé en avant, la bouche en cœur.
La vieille tante reçoit tous ces hommages d'une figure maussade et désagréable; on sent qu'elle en connaît la valeur. Mais la philosophie du tableau est tout entière dans la physionomie du domestique, dont le regard impassible embrasse toute la scène, et dans celle d'un abbé, familier de la maison, qui prend tranquillement sa prise de tabac; sans doute il connaît mieux que personne les dispositions du testament, et il a de bonnes raisons pour ne pas s'inquiéter et laisser tous ces avides parents faire leur cour aux écus de la douairière.
Tous ces petits personnages sont peints d'une façon harmonieuse et dessinés avec soin; ils forment un ensemble des plus complets. M. Worms a su se garder de l'exagération; tous les traits de son tableau sont finement exprimés et concourent dans une juste mesure à l'effet général. Ce serait surtout l'œuvre d'un homme d'esprit, si ce n'était auparavant celle d'un excellent peintre.
Découverte d'un éléphant fossile à Durfort (Gard)
S'il est une science dont les progrès aient été rapides pendant ces dernières années, c'est la paléontologie. Depuis que l'attention du monde scientifique s'est portée sérieusement sur ces questions, elle ne s'en est plus détachée; l'étude de la faune antédiluvienne et de l'homme antéhistorique a été poussée avec une extrême vigueur; les recherches, les fouilles, les travaux incessants de la science officielle ont donné un élan que les volontaires de la science se sont empressés de suivre; ils l'ont suivi avec tant de succès que, par exception à ce qui se passe d'habitude, les savants «amateurs» ont fait autant pour la science que les corps savants constitués.
Les découvertes les plus précieuses, les plus rares trouvailles depuis quelques années, ont été dues le plus souvent à ces modestes champions de la science, collectionneurs isolés ou sociétés libres, spontanément formées.
Aujourd'hui, c'est une société de ce genre laSociété scientifique d'Alais(Gard)--qui vient d'obtenir, après deux ans de recherches, un double succès en fouillant, sur le territoire de la même commune, à trois kilomètres de distance l'un de l'autre, un ossuaire humain de l'âge de pierre (fin de l'âge de pierre et commencement de l'âge de bronze) et un dépôt de fossiles.
Dans quelques jours nous donnerons le résumé des découvertes de la première fouille; ce que nous soumettons aujourd'hui à nos lecteurs, c'est le résultat de la seconde, résultat exceptionnel et qui, sauf les découvertes faites dans les glaces de la Sibérie, n'a été nulle part obtenu si complet; c'est le squelette entier, intact, d'un éléphant antédiluvien, tel que n'en possède aucun musée, sauf celui de Saint-Pétersbourg.
Je laisse la parole à M. Cazalis de Fondouce, l'un des membres de la Société qui va nous dire comment il a été conduit à cette découverte:
«Au mois de novembre 1869, je me rendais à Durfort (Gard) pour continuer les fouilles entreprises dans la «Grotte des morts»--(l'ossuaire dont j'ai déjà parlé plus haut)--lorsque, à un kilomètre environ du village, j'aperçus au-dessus d'un tas de pierres, sur le bord de la route, quelque chose qui me parut être une dent d'éléphant. Je ramassai l'objet et constatai que c'était bien, en effet, une molaire d'éléphant fossile. J'appris du cantonnier que ces pierres avaient été extraites sur place. Examinant le terrain, je reconnus qu'il y avait là un dépôt de transport local qui avait dû combler autrefois toute la vallée, mais dont il ne restait plus aujourd'hui qu'un lambeau de trois ou quatre cents mètres carrés de surface.
«Je fis faire immédiatement des fouilles, etc.»
Je résume maintenant les observations auxquelles ont donné lieu ces fouilles:
«Il y avait là un petit bassin marécageux, où croissaient les espèces végétales des fonds humides. Ce bassin, séparé du cours du ruisseau, n'était envahi par les eaux qu'au moment des crues et par remous. Ces eaux mortes n'y déposaient que du limon; peu ou point de graviers. Les couches successives du limon, déposées sur le talus assez escarpé qui borde la route, sont encore reconnaissables.»
«Les eaux, n'arrivant que mortes et par remous, n'ont pu charrier là que des cadavres flottés; et les ossements qui s'y rencontrent proviennent ou d'animaux échoués dans le remous ou morts sur place.»
C'est ce qui explique comment les squelettes trouvés là sont entiers.
Le premier qu'on ait découvert et extraitintégralement, c'est le squelette d'un éléphant--Elephas meridionalis. C'est le plus colossal des éléphants de cette espèce dont on ait retrouvé les restes; en voici les dimensions:
Apophyses dépassantl'omoplate d'environ 0.30 c.Omoplate 1.10Humérus 1.25Cubitus. ...... 0.95Os du pied (carpe,métacarpe, phalanges). 0.50Ce qui donne pourhauteur de l'animal augarrot 4.40 c.
Squelette de l'éléphant fossile trouvé à Durfort.
L'éléphant du musée de Bruxelles n'a que 2 mètres 60 centimètres; le mammouth du même musée n'a que 3 mètres 60; celui du musée de Saint-Pétersbourg 3 mètres 45.
L'éléphant de Durfort appartient à l'espèce la plus ancienne, l'Elephas meridionalis, antérieur au mammouth ou mastodonte, et qui a vécu à la fin de l'époque tertiaire. C'est un spécimen unique au monde.
Voici ses autres dimensions;
D'une extrémité d'une crête iliaque à l'autre, le bassin mesure 2 mètres 05 de largeur, ce qui donne le développement prodigieux de la croupe.
Le fémur a 1 mètre 45; le tibia 0 mètre 85.
Les dimensions de la tête sont indiquées sur notre dessin.
DÉCOUVERTE D'UN ÉLÉPHANT FOSSILE A DURFORT (Gard).
Il ne manque à l'éléphant de Durfort que l'extrémité des défenses qui, venant aboutir dans le talus, au bord de la route, ont été coupées lors de l'élargissement de cette route par les ouvriers qui n'y ont point pris garde. Ce qui reste des défenses n'a pas moins de 1 mètre 80 de longueur, et les dimensions de la partie conservée accusent une longueur probable de 3 mètres 65. Le diamètre de la défense à son origine est de 0 mètre 23; l'éléphant de Saint-Pétersbourg n'a que 0 mètre 19 au même endroit. Le crâne de l'éléphant de Durfort mesure 1 mètre 65, du sommet au bord des alvéoles; celui de l'éléphant de Saint-Pétersbourg 1 mètre 30 seulement.
L'éléphant fossile de Durfort (restauration).
L'animal est certainement mort sur place et pour ainsi dire debout. La position du squelette équivaut à un récit. Elle raconte avec une évidente certitude le drame qui s'est passé là il y a plusieurs dizaines de milliers d'années--des centaines peut-être. L'animal était acculé sur le train de derrière, cabré contre le talus et agenouillé des jambes de devant contre l'escarpement de la rive; la tête relevée, tendue en haut, les défenses presque verticales; le squelette serré, ramassé en bas, distendu en haut.
Venu à l'abreuvoir et embourbé, ou surpris par une crue, l'animal est mort là, essayant de gravir le talus, épuisé, acculé, la tête élevée pour prendre au-dessus des eaux une dernière respiration.
Extrait en entier et remonté par les soins de laSociété scientifique d'Alais--dont, avec M. Cazalis de Fondouce, sont membres MM. Ollier de Marichard, Destremx (député de l'Ardèche), docteur Auphand, etc.--l'éléphant de Durfort offre maintenant à la science un magnifique sujet d'études.
La riche mythologie des anciens avait horreur du vide et du néant. Elle peuplait les hautes plages atmosphériques de dieux, de déesses, de demi-dieux, de génies, et le fond du fleuve Océan n'était pas moins brillamment partagé. Le vent ne pouvait souffler sur les falaises sans que leurs poètes reconnussent la voix des sirènes se mélangeant avec le bruit de la conque des Tritons. Quand l'éclair illuminait la nue aux points où elle se confond avec la vague, ils croyaient apercevoir le char de Neptune traîné par une légion de chevaux marins.
Les savants matérialistes qui croient avoir découvert le secret de la nature ne sont pas moins ennemis de tout ce qui recule les bornes du règne de la vie. Ils ont dépeuplé les deux abîmes, celui que recouvrent les vagues et celui que traverse la lumière du soleil pour pénétrer jusqu'à nous.
Vainement Ossian Sars, un de ces vaillants naturalistes Scandinaves qui explorent les régions boréales, avait protesté contre ces stérilisantes théories, en montrant qu'une faune particulière se développe à mesure que l'Océan devient plus profond. Inutilement, dès 1850, il avait retiré des gouffres de l'Océan norvégien des êtres spéciaux, incapables de vivre sans la compression énorme à laquelle les habitants des abîmes marins sont forcément soumis.
Hier encore, on enseignait avec audace, en Allemagne et même en Angleterre, qu'il n'y a pas d'animal qui puisse vivre au delà de 2 à 300 mètres de la surface des eaux.
Mais les navires chargés de poser les câbles transatlantiques, ayant été obligés de fouiller le sous-sol des mers profondes, ont rapporté des coquillages presque microscopiques dont l'organisation, d'une délicatesse idéale, a détruit sans retour tous ces préjugés.
Encouragés par ces brillants débuts, les lords de l'amirauté ont agrandi le champ des investigations sous-marines, bornées dans ces trois premières campagnes à la portion du Gulf-Stream qui s'étend depuis les Bermudes jusqu'aux Orcades.
La corvette à vapeur leChallenger, désignée pour exécuter ces étonnants sondages, pendant toute la durée d'un voyage de circumnavigation, a quitté Porstmouth le 21 décembre dernier, emportant avec elle tous les vœux des amis des sciences.
Grâce à l'obligeance de M. Norman-Lockyer, le savant rédacteur en chef du journal anglaisNature, qui doit servir de moniteur à l'expédition, nous serons à même de donner à nos lecteurs de curieux détails authentiques sur un voyage sans précédent dans l'histoire scientifique; car c'est la première fois que l'on voit un laboratoire d'études aussi complet que ceux des grandes universités d'Europe parcourir successivement tous les océans.
Le pont duChallengerporte un treuil à vapeur destiné à soutenir et remonter les sondes qui, ayant un poids de plusieurs quintaux, ne sauraient être maniées par l'équipage.
Pour atteindre le fond de gouffres aussi creux que les Alpes sont hautes, on doit calculer en moyenne sur deux heures de travail d'une puissante machine. C'est à peu près le temps qu'il faudrait à un aéronaute habile, bien servi par les circonstances, pour aller puiser de l'air à une altitude aussi grande que cette mer est profonde.
Les opérations duChallengeroffrent une grande analogie avec celles que leGreat-Easterna si brillamment exécutées dans le milieu de l'Atlantique. Les sondes qu'il emploie sont à peu près pareilles à celles dont leLightninget laPorcupinese sont servi dans leurs précédentes croisières.
M. Wyville Thompson, le capitaine scientifique de cette expédition modèle, est précisément le savant hardi qui a organisé les croisières précédentes auxquelles il a pris la plus large part. Un de nos compatriotes, qui garde modestement l'incognito, a l'honneur de lui servir de secrétaire. Nous ne pouvons point encore révéler le nom de ce savant, mais nous sommes heureux de dire que l'élément français est représenté à bord d'un navire où tout est préparé pour assurer le triomphe de la science.
Ce qui excite encore l'admiration des connaisseurs, ce sont les dispositions adoptées pour l'installation des laboratoires. Dans l'impossibilité où nous nous trouvons de les représenter tous, nous avons choisi le principal, celui qui a déjà servi à de grandes observations physiologico-chimiques.
Le lecteur voit à main droite une bibliothèque peu nombreuse, mais renfermant tous les ouvrages techniques de nature à aider les expérimentateurs. En face se trouvent des piles voltaïques construites avec soin, et maintenues dans un parfait état d'entretien. Au-dessus des piles sont rangés les hameçons et les lances dont on fera usage pour capturer les géants des mers. Déjà on a saisi des oiseaux qui se sont imprudemment approchés duChallenger, et qui paient leur curiosité en servant à assouvir celle de leurs vainqueurs. Sur la table se trouvent les loupes, les microscopes droits, les microscopes obliques et même les microscopes binoculaires.
Nous avons représenté le moment où l'on apporte au laboratoire un des plus curieux habitants de l'abîme. Il passera sans transition pour ainsi dire de l'Océan dans un bocal d'esprit de vin.
À la sortie du port, leChallengera été secoué par une violente tempête, qui a forcément empêché pendant quelque temps l'inauguration des travaux scientifiques. Si Camoëns eût été à bord, il eût déclaré qu'il avait aperçu Adamastor se dressant sur les vagues et conjurant M. Wyville Thompson, nouveau Gama, de ne point voler les secrets de l'abîme!
Mais l'ouragan s'est calmé sans que le capitaine d'armes du laboratoire ait eu à enregistrer la perte d'une éprouvette ou d'un entonnoir!
Après avoir touché aux Açores et à Saint-Thomas, leChallengera relâché à New-York, où son arrivée a fait événement. Fort des conseils et de l'adhésion de l'élite des savants américains, le capitaine scientifique Wyville Thompson se rend vers l'Atlantique austral; il croisera dans les nouvelles Shetland, afin de tâter ce climat, et de dire si les savants anglais peuvent espérer d'y voir Vénus dans le soleil de décembre 1874.
W. de Fonvielle.
On ne manque pas de vaillance au Gymnase. Voilà quinze jours qu'on s'occupe de rajeunir l'affiche à ce théâtre si peu endormi. Je vous ai ditMadame Honora, qui était et qui est encore une fleuriste pour rire, léguée avant sa mort par Brisebarre à M. Montignv. LeNuméro13 arrive à son tour, et l'on trouve en lui une action qui se passe en plein hiver, en temps de fourrures et de carnaval, raison pour laquelle on la joue au cœur de l'été. Tel est chez nous l'amour du paradoxe, qu'on cherche sans cesse à ne trouver de possible que l'impossible.
CeNuméro13 est situé chez Paul Brébant, le restaurateur des masques et des artistes. Une femme du monde veut savoirex-professocomment il faut s'y prendre pour se faire faire la cour dans un cabinet particulier. Au bal de l'Opéra, où elle est allée convenablement défigurée, elle avise un cavalier, se fait inviter par lui à souper d'une douzaine d'huîtres et d'un poulet froid (il y en a toujours d'excellents chez Paul Brébant). Pendant le souper, le galant fait sa cour et, dès le lendemain, on se met en passe de se marier. Voilà leNuméro13. Il n'est pas tout à fait sorti du sac à la malice, comme vous voyez.
Si ce lever de rideau est une idylle un peu frappée, en revanche laMarquise, de MM. Eugène Nus et Adolphe Belot, est un drame un peu bien compliqué. Vu la chaleur tropicale qu'il fait en ce moment, dispensez-moi d'entrer dans la dissection de l'ouvrage. Quelques paroles d'analyse, et, en conscience, ce sera bien assez.
Voilà une trentaine d'années, une des célébrités du demi-monde d'alors a pris tout à coup la vie à grandes guides en dégoût. On l'avait surnommée la Marquise. Marquise de qui? marquise de quoi? il n'importe. Le monsieur qui veillait sur elle étant venu à mourir, elle s'était tournée du côté d'une jeune fille qu'elle avait et, pour l'élever, avait dit adieu aux prouesses de la cocotterie. Bien mieux, cachant et son passé et son nom, elle avait donné à sa fille une dot de 200,000 fr., ce qui fait comprendre qu'elle l'avait mariée très-honorablement à un excellent et très-loyal garçon. Y a-t-il des secrets dans le monde? Un proverbe italien prétend que non. Il est toujours très-certain que ni l'ombre de la province, ni le temps, ni l'habileté, n'ont pu réussir à garantir la Marquise des conséquences de sa vie d'autrefois. Au fond de la Bretagne, dans la province la plus calme de la France, un galantin sur le retour, que le hasard pousse par là, rencontre l'exilée volontaire et s'écrie: «Eh! c'est la Marquise!» Tout le château de cartes de l'ancienne belle s'écroule en un instant.
Vous voyez d'ici ce qui en résulte. Si l'ex-marquise avait seule à souffrir de cet état de chose, ce serait juste, partant d'une moralité saisissante. Mais le gendre qui a reçu les 200,000 francs de dot a plus à souffrir qu'elle encore. Cet argent, il veut le rendre; il cherche et il finit par trouver les moyens de s'en défaire. C'est donc pour le mieux; mais il me semble que cette surabondance d'épisodes finit par refroidir l'intérêt. On dira sans doute avec quelque raison: «Mais tout cela est pris dans les mœurs du Paris moderne. Tel procès, qu'on n'a pas oublié, a justement révélé au public des faits absolument semblables à ceux-là.» D'accord.--Le Palais de Justice, bien plus que le théâtre, nous fait voir clair dans les coulisses du monde actuel, mais tout ce qui se fait dans l'enceinte des tribunaux n'est pas forcément bon à être reproduit au théâtre.
Il y a évidemment du talent et beaucoup d'habileté scénique dansla Marquise. On se rappelleMiss Multon, des mêmes auteurs, qui a bien une lointaine parenté avec la pièce nouvelle. Mais, voyons, n'en finira-t-on pas sur les scènes de genre avec cette poétique si sombre? Comment! toujours de l'horrible! Là où, jadis, on était sûr de trouver à s'égayer, le spectateur n'ose plus s'aventurer aujourd'hui qu'avec une demi-douzaine de mouchoirs de poche pour essuyer un torrent de larmes.--Il n'est pas agréable de pleurer au théâtre,--surtout en été. Si vous ne savez plus nous faire rire, ne nous condamnez pourtant pas aularmoiementà perpétuité.
Philibert Audebrand.
LA CABINE-LABORATOIRE DUCHALLENGER, NAVIRE CHARGÉD'EXPLORER LE FOND DES MERS.
Rouen, promenades et causeries, par M. Eugène Noël (1 volume in-18. E. Schneider à Rouen.)--Encore un livre de voyage! Non, de promenades tout au plus. M. Eug. Noël, ce lettré exquis, éditeur et annotateur de Rabelais, peintre de lavie des fleurs, s'est attaché à nous donner la monographie même de Rouen, sa ville natale, de ses coins curieux, de ses souvenirs, de ses grands hommes. Ces sortes de travaux sont des plus intéressants et instruisent même les érudits. Il y a par exemple dans ce livre de M. Eug. Noël un chapitre capital sur Corneille, ses relations avec la famille Pascal et sa maison de Petit Couronne. Le chapitre qui porte pour titreMolière à Rouenest aussi d'un très-grand intérêt. Notez que l'érudition de M. Noël n'a rien de rébarbatif, quelle est avenante au contraire et parée de toutes les grâces d'un style qui ne fait point sans raison penser à Michelet. C'est dire ce que vaut un tel livre, un des plus agréables à coup sûr que j'aie rencontrés depuis longtemps.
Récits de l'infini: Lumen, par M. Camille Flammarion (1 vol. Didier).--C'est un roman, un roman astronomique et il en est déjà à sa 3e édition. M. Flammarion a un public. Il conte, on l'écoute. Il vous promène à travers les mondes on le suit. Il conférencie, on se presse autour de sa chaire.Lumenm'a étonné et m'a amusé. C'est du Fontenelle à la contemporaine. On ne saurait s'en fatiguer.
Jules Claretie.
Les Hollandais auront leur tour de revanche aux Indes.