L'ILLUSTRATION JOURNAL UNIVERSEL31e Année.--VOL. LXII.--Nº 1600 SAMEDI 25 OCTOBRE 1873DIRECTION, RÉDACTION, ADMINISTRATION22, RUE DE VERNEUIL, PARIS.31e Année.VOL. LXII. N° 1600SAMEDI 25 OCTOBRE 1873SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DÉTAIL60, RUE DE RICHELIEU, PARIS.Prix du numéro: 75 centimesLa collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel, broché, 18 fr.; relié et doré sur tranches, 23 fr.Abonnements Paris et départements: 3 mois, 9 fr.; 6 mois, 18 fr.; un an, 36 fr.;Étranger, le port en sus.SOMMAIRETexte: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand.--Nos gravures.--Bulletin bibliographique.--Panorama de la journée de Spickeren, 6 août 1870.--La Sœur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par M. Mayne Reid.--Les Théâtres.--Scènes de la vie des bêtes (IV), des Abeilles.--L'esprit de Parti (suite).--Exposition universelle de Vienne: les cloisonnés de MM. Christofle et Comp.Gravures: M. Lucien Brun et M. Chesnelong, députés à l'Assemblée nationale.--Paris: le nouveau théâtre de la Porte-Saint-Martin.--L'astronome Donati.--Événements d'Espagne; la frégate insurgéeNumanciacoulant le Ferdinand-el-Cattolico.--Démolition du palais des Tuileries: vue prise du jardin. Procès du maréchal Bazaine: panorama de la bataille de Spickeren.--La sœur perdue (4 gravures).--L'armurier, d'après le tableau de M, Jacomin.--Exposition universelle de Vienne: objets d'orfèvrerie exposés par la maison Christofle et Comp.--Rébus.M. LUCIEN BRUN M. CHESNELONGDéputés à l'Assemblée nationale.D'après les photographies de M. Franck.HISTOIRE DE LA SEMAINEFRANCELa monarchie est faite!--C'est par ces mots, imprimés en gros caractères en tête de ses colonnes, que, dès vendredi dernier, leFigaroannonçait le résultat des pourparlers engagés à Salzbourg, entre le comte de Chambord et les deux nouveaux délégués de la droite, MM. Chesnelong et Lucien Brun. Et à l'appui de cette affirmation, leFigarodonnait comme positifs les bruits qui avaient commencé à se répandre depuis la veille à ce sujet: Henri V acceptait le drapeau tricolore; il laissait l'Assemblée maîtresse de régler à son gré les conditions de la Restauration. À vrai dire, ces nouvelles étaient prématurées, ou du moins elles étaient données sous une forme trop catégorique; c'est du moins ce que s'efforcèrent, dès le soir même, d'établir les journaux légitimistes qui, tout en reconnaissant la réalité de l'accord survenu entre les groupes monarchiques et le roi, déclaraient en même temps, avec insistance, que ce dernier n'avait eu à faire aucune concession, qu'il restait ce qu'il avait toujours été, et qu'à l'égard du drapeau, notamment, son initiative demeurait intacte. Malgré ces réserves un peu ambiguës, il n'en restait pas moins acquis que la solution monarchique était arrivée à son terme, et leJournal des Débatslui-même, assez hésitant jusque-là, se rangeait à son tour au nombre des nouveaux convertis. Quoiqu'il en soit, on en était toujours réduit aux conjectures et aux on-dit sur les conditions précises à présenter à l'Assemblée; la réunion de la droite et du centre droit, tenue jeudi à Versailles, et où M. Chesnelong est venu rendre compte lui-même de sa mission, a mis un terme à ces incertitudes, et nous croyons devoir emprunter au texte même du compte rendu de cette importante réunion, les éclaircissements que le public, attendait avec impatience.C'est M. le duc d'Audiffret-Pasquier, président du centre droit, qui a fait part aux députés appartenant à cette fraction parlementaire de la proposition à soumettre à l'Assemblée à sa rentrée.Cette résolution se compose de plusieurs articles. L'Assemblée nationale déclarerait que la monarchie nationale héréditaire et constitutionnelle est le gouvernement de la France et appellerait au trône le comte de Chambord, et après lui les princes de la maison de Bourbon, ses héritiers.Toutes les garanties qui constituent le droit public actuel des Français seraient en même temps déclarées maintenues: l'égalité de tous les citoyens devant la loi, l'admissibilité à tous les emplois civils et militaires, la liberté religieuse, l'égale protection actuellement accordée à tous les cultes, le vote annuel de l'impôt par les représentants du pays.Le gouvernement du roi présenterait en outre à l'Assemblée des lois constitutionnelles ayant pour but l'organisation des grands pouvoirs publics et l'exercice de la responsabilité ministérielle. Telles sont, ajoute M. le président, les déclarations qui accompagneraient le rétablissement de la monarchie héréditaire et qui formeraient le contrat entre le roi et la nation.Enfin, le drapeau tricolore est maintenu; il ne pourra y être apporté de modifications que par l'accord du roi et de la représentation nationale.Les délégués du centre droit ont dû insister sur ce point. Il n'était pas possible de laisser planer l'incertitude sur la couleur du drapeau. Cette grave question se trouve en même temps élevée à la hauteur d'une question législative. Le roi conserve à cet égard son initiative, comme sur toutes les autres questions. Mais aucune modification ne peut être apportée au drapeau tricolore que par son accord avec les représentants du pays.M. le président ajoute en terminant qu'à ses yeux l'hésitation n'est plus possible; que l'expérience de la république conservatrice a échoué et que le parti conservateur offre au pays la monarchie constitutionnelle, avant à sa tête la maison de France réconciliée. Quant à lui, il ne doute pas de la victoire.A la suite de ce discours, M. le président consulte la réunion sur la question de savoir si elle approuve la conduite tenue par les délégués de son bureau. Cette approbation et une motion de remerciements au bureau présentée par plusieurs membres sont mises aux voix et adoptées à l'unanimité.La réunion adopte ensuite successivement, sous la réserve de quelques modifications de rédaction à proposer aux autres réunions, les trois articles de la proposition destinée à être soumise à l'Assemblée. L'ensemble de ces propositions est également mis aux voix et adopté à l'unanimité.M. le président croit devoir rappeler aux membres du centre droit qu'il compte dans le sein du centre gauche des collègues conservateurs, dont beaucoup affirment publiquement qu'ils sont eux-mêmes en théorie partisans de la monarchie constitutionnelle.Devant cette communauté de sentiments, ne devons-nous pas croire que, s'il s'est produit des divergences, elles sont dues surtout à des malentendus, ou tout au moins à des défauts d'entente, et n'y aurait-il pas à la fois un manque de procédés à tenir plus longtemps ses collègues du centre gauche dans l'ignorance du détail des propositions que nous comptons soumettre à l'Assemblée, et dont ils ne pourront prendre connaissance sans y trouver une satisfaction pour tous leurs principes, et une réponse à tous leurs scrupules?Sur la proposition de plusieurs membres, la réunion délègue aux membres de son bureau de se concerter, suivant la forme qu'ils jugeront opportune, avec leurs collègues du centre gauche. La réunion aborde ensuite la question de savoir s'il ne convenait pas de procéder à une convocation anticipée de l'Assemblée. Après un échange d'observations auxquelles prennent part MM. Plichon, général Ducrot, Clément, Laurier, de Chabrol, Dupont, Joubert, Lechâtelain et plusieurs autres membres, la réunion se prononce en faveur de l'affirmative.M. Chesnelong dit qu'il ne peut laisser la réunion se terminer sans donner à ses collègues quelques renseignements personnels sur la mission qu'il a eu l'honneur de remplir auprès de M. le comte de Chambord.Deux questions avaient occupé la commission des Neuf, dans le cours de ses travaux: la question des garanties constitutionnelles et celle du drapeau.Sur la question des garanties constitutionnelles, l'orateur peut dire qu'il a enfoncé une porte ouverte, car le roi était disposé par avance à la plus complète harmonie de sentiments avec les membres libéraux de l'Assemblée et du pays.M. Chesnelong, communiquant à M. le comte de Chambord les pensées de la commission des Neuf, a exposé qu'il y avait deux principes à sauvegarder. Il fallait reconnaître le droit royal héréditaire: mais, d'autre part, la Charte à intervenir étant un pacte entre le roi et le pays, la nature du pacte implique nécessairement un accord qui ne saurait résulter d'une Charte octroyée ou imposée, mais d'une Charte délibérée et acceptée par les mandataires du pays.La réponse de M. le comte de Chambord a été que tels avaient été toujours ses principes, et que, quant à lui, il ne comprenait pas plus de Charte faite par le roi sans le pays, que de Charte faite par le pays sans le roi.M. Chesnelong a ajouté que l'intention des députés monarchistes était de bien préciser dans l'acte qui rétablirait la monarchie quel serait le caractère de cette monarchie, qu'il importait de répondre à des préoccupations assurément étrangères à ceux qui connaissent l'esprit libéral du roi et qui avaient lu les déclarations si importantes contenues depuis 1836 dans sa correspondance, mais que des calomnies n'en étaient pas moins colportées, et qu'il convenait d'insérer dans l'acte même par lequel la monarchie serait rétablie, les principes fondamentaux de notre droit publie, afin d'indiquer que pour l'avenir on entendait les lever en dehors de toute contestation.M. Chesnelong a indiqué chacun de ces principes, formulés dans les propositions dont M. le président a donné lecture et auxquelles le centre droit vient de donner son approbation; il tient à dire qu'aucune objection n'a été formulée par M. le comte de Chambord, ni sur le mode de procéder, ni sur l'insertion de ces divers points, ni sur aucun point en particulier.L'accord était donc complet, absolu, entre les idées de M. le comte de Chambord et celles de la France libérale.Restait la question du drapeau, qui a donné lieu à deux conférences dont M. Chesnelong retrace les détails en citant autant que possible les paroles mêmes de M. le comte de Chambord.M. le comte de Chambord aurait dit notamment «qu'il n'avait l'intention d'offenser ni son pays ni le drapeau de son pays; qu'il n'était étranger ni aux gloires que la France avait acquises sous ce drapeau, ni aux douleurs qu'elle avait subies; que puisque le drapeau tricolore était le drapeau légal, si les troupes devaient le saluer à son entrée en France, il saluerait lui-même le drapeau teint du sang de nos soldats.»M. le comte de Chambord aurait ajouté qu'il proposerait au pays, par l'entremise de ses représentants, une transaction compatible avec son honneur et qu'il croyait de nature à satisfaire à la fois l'Assemblée et le pays.C'est à la suite de ces conférences que les délégués de la droite présents à Salzbourg ont déclaré à M. Chesnelong qu'ils adhéraient en leur nom et au nom de leurs amis à la rédaction préalablement arrêtée par la commission des Neuf, et aux termes de laquelle le drapeau tricolore était maintenu.Le compte rendu de l'honorable M. Chesnelong, plusieurs fois interrompu par d'unanimes applaudissements, s'est terminé au milieu des marques d'assentiment de toute l'Assemblée.Tandis que le centre droit était réuni, le groupe parlementaire connu sous le nom de Réunion des Réservoirs tenait séance sous la présidence de M. de Larcy, qui donnait à l'Assemblée connaissance des projets de résolutions résumés plus haut et qui obtenaient une approbation unanime.A la fin de la séance, le bureau du centre droit, sous la présidence de M. le duc d'Audiffret-Pasquier, est venu communiquer à la droite le résultat de ses délibérations. L'accord le plus cordial entre les deux réunions s'est manifesté sur tous les points par les applaudissements qui ont accueilli les paroles de leurs deux présidents.La réunion du centre droit s'étant terminée plus tôt que celle de la droite, les membres de la première de ces réunions se sont rendus dans la seconde.Par une singulière coïncidence, on a remarqué que le nombre des députés qui assistaient à chacune des deux réunions était à très-peu de chose près le même. On comptait en effet au centre droit cinquante-cinq membres présents; aux Réservoirs, il y en avait cinquante et un.La question relative à la convocation anticipée de la Chambre a été l'objet d'une discussion assez longue dans les deux groupes parlementaires de la droite.D'une part, la réunion des Réservoirs, après avoir entendu MM. Depeyre, Fresneau, Pagès-Duport et le duc de la Rochefoucauld, partisans de la convocation immédiate, et MM. Merveilleux-Duvignaux, Baragnon et Ferdinand Boyer, opposés à cette mesure, a décidé, à une très-faible majorité, il est vrai, qu'il n'y avait pas lieu de réunir l'Assemblée avant le 5 novembre.D'autre part, le centre droit, également à une très-faible majorité, s'est prononcé dans un sens opposé, c'est-à-dire en faveur de la convocation anticipée.En présence de la division à peu près égale qui règne parmi les députés de la droite en ce qui concerne l'opportunité de convoquer la Chambre avant le 5 novembre, on a résolu de laisser à la commission des Neuf le soin d'étudier ce qu'il convenait de faire.A l'heure où nous écrivons, la commission des Neuf doit avoir saisi de sa détermination la Commission de permanence, qui décidera la question de savoir si, comme c'est probable, l'Assemblée nationale sera convoquée pour lundi prochain, 27 courant. On assure que le nombre des députés qui ont promis de voter pour la restauration monarchique s'élèverait dès à présent à 303. Signalons, en terminant, une nouvelle mise en circulation depuis quelques jours et qui serait de nature à rallier un certain nombre de votes indécis: le maréchal de Mac-Mahon aurait déclaré que, quel que fut le résultat de la lutte qui va s'ouvrir, il se démettrait de ses fonctions, de sorte que, comme on l'a fait remarquer, le pays aurait ainsi à choisir non plus entre la monarchie et la république, mais entre la monarchie et l'anarchie. Les feuilles républicaines s'élèvent avec énergie contre la mise en circulation de cette nouvelle, qu'elles dénoncent comme une manœuvre de la dernière heure et dont l'authenticité n'est pas encore absolument démontrée jusqu'à présent. Quoi qu'il en soit, l'heure de la crise suprême est près de sonner, et la France entière en attend avec anxiété le dénouement.COURRIER DE PARISRéjouissons-nous. La question des huîtres vient de faire un grand pas.--Il y avait donc une question des huîtres?--Sans aucun doute. Celle-là était même une question corsée et succulente, mille fois plus digne d'intéresser le sage que les questions politiques au nom desquelles tant de fous sont aujourd'hui sur le point de se prendre à la gorge ou de se manger le nez. Depuis dix ans, les huîtres étaient hors de prix, celles de Cancale aussi bien que celles d'Ostende. Il n'y avait plus moyen de les aborder, à moins d'avoir un diamant dans sa bourse. Une légende racontait qu'il s'était formé à ce sujet je ne sais quelle conjuration secrète, taillée sur le patron de ce fameux Pacte de famine qui a été comme la préface de la première Révolution. Des spéculateurs sans entrailles accaparaient les huîtres dès leur bas âge; ils les vendaient ce qu'ils voulaient. Déjà le prix de la douzaine courait, bride abattue, sur le chiffre de trois francs. Le Caveau avait pris le deuil; Paris en était devenu triste.Des amis de la santé publique ont imaginé de percer à jour la conspiration, à l'aide d'un expédient d'un goût tout moderne. Ils ont demandé pour l'huître ce qu'on a obtenu depuis longtemps pour les œuvres d'art, la vente aux enchères. Et leur demande a été entendue. A dater de samedi dernier, la vente à la criée a été appliquée aux huîtres, vrai et incontestable bienfait qui a eu pour conséquence immédiate une baisse considérable dans le prix des divins mollusques. Les prix n'ont pas dépassé trois francs le cent, ce que coûtait déjà douzaine. Ce grand événement a eu lieu au parc, rue Berger. Je ne sais pas le nom du beau génie qui a eu cette idée féconde; mais au gré de tous les gastronomes, celui-là mérite une statue formée d'écailles.Voici un quatrain qu'on a fait circuler un peu partout, cette semaine. Je ne sais d'où il vient.--Est-ce en raison de ce qui se passe dans les hautes régions politiques qu'il a été fait?--Je ne sais.--Un quatrain, ça toujours été peu de chose.--Lisez celui-là et passez.«--Arrête ici!--Non pas!--Arrête!»--Et les voilàGuerroyant. On se rogne, et puis la main se lasse.On parlemente, on fait la paix et l'on s'embrasse.--Peut-être eût-on bien fait de commencer par là.Au fait, puisque j'y suis, pourquoi n'en citerais-je pas un autre?--Celui-là vient d'un de nos confrères auquel on fait le reproche d'être trop gris en écrivant; entendons-nous bien, de faire une prose sans ornement ni sans mouvements lyriques:L'Alouette disait: «Tu n'es, ô Rossignol,Qu'un musicien d'entre-sol.Pour moi, j'aime à me perdre, en chantant, dans la nue.--Aussi n'êtes-vous pas toujours bien entendue. »Il paraît qu'il devient de plus en plus difficile de loger cette fresque de la Magliana dont on a tant parlé, il y a trois mois. Chose incroyable, nos musées se renvoient, à l'envi, cette œuvre de Raphaël comme on le fait d'ordinaire pour un volant frappé par des raquettes. Il avait d'abord été convenu qu'on remiserait le morceau à l'École des Beaux-Arts, résidence naturelle d'un chef-d'œuvre. Bon? L'École a dit: «Voilà l'exposition des prix de Rome qui arrive. Il n'y a pas de place pour vous ici. Fresque, sortez!» La fresque est alors allée au Louvre, mais pour quelques jours seulement. Notre vieux Louvre, qui est de fort mauvaise humeur depuis qu'il a été à demi-brûlé par les jolis messieurs de la Commune, n'a entr'ouvert ses portes qu'en grognant. Il prétexte à son tour du peu d'espace dont il dispose. Où aller? Où ne pas aller? On a bien parlé du palais de Versailles. Oui, vraiment, l'heure serait bien choisie. Pour le quart-d'heure, le palais de Louis XIV n'est plus qu'une officine où toutes les sorcières de la politique font bouillir leurs herbes et leurs maléfices en vue de donner une couronne ou de la briser. Croyez qu'un tronçon de muraille sur lequel le rival de Michel-Ange a promené jadis son pinceau tomberait assez mal au moment de ces opérations chimiques. Il a donc fallu s'arrêter à la pensée d'une autre résidence. C'est pourquoi la fresque malencontreuse vient d'être emballée pour le Luxembourg, ce beau palais, toujours trop dédaigné, qui ressemble tout à la lois à une prison et à un cimetière. Notez que tout ne sera pas fini pour la fille de Raphaël. Il lui faut une installation définitive, un travail de maçonnerie, évalué, au bas mot, à trois mille francs. Or, il n'y a pas un centime de voté pour cet objet. Allez donc demander en ce moment à l'Assemblée nationale un crédit de mille écus pour une peinture qui vient de l'Italie de la Renaissance, et vous verrez comme elle vous rembarrera!Cette pauvre fresque, déjà tant honnie par la presse, tant malmenée à la tribune, jetée à la porte par ici, rudoyée par là, c'est, à peu de chose près, le conte arabe des pantoufles d'Abou-Cazemb. Ces pantoufles, un vieil habitant de Bagdad les a perdues. Grand malheur pour lui, plus grand malheur pour les autres. Une vieille les repousse dans le laboratoire d'un chimiste où elles cassent des fioles précieuses; le chimiste les jette dans un jardin où elles tuent un enfant qui joue à terre; le jardinier les balaye avec horreur chez le voisin où elles causent un incendie. Bagdad n'a de paix que lorsqu'elles sont changées en une poignée de cendres. Il faut bien espérer pourtant qu'en ce qui concerne la fresque de la Magliana, on ne poussera pas l'analogie jusqu'au bout. Nous avons eu assez d'incendies comme ça.Une histoire tout à fait parisienne, comme vous allez le voir.Tout à l'heure, à propos du commerce des huîtres, je vous parlais de grandes fortunes rapidement faites, Mlle ZZZ a quitté le théâtre, il y a une quinzaine d'années, non pour se livrer à l'ostréiculture, mais pour se jeter dans la chimie appliquée à la toilette des femmes. Elle y a réussi au delà de toute expression et même jusqu'à gagner 200,000 francs par an, ce qui est un joli jeton. A l'heure qu'il est, l'ancienne actrice a maison montée sur le même pied qu'une duchesse du faubourg Saint-Germain. Il lui restait pourtant un seul point à poser, une écurie, un palefrenier, un cocher, des chevaux, un huit-ressorts. Tout cet attirail a été acheté la semaine dernière.Mardi matin, comme il faisait un beau soleil, Mlle ZZZ se dit:--Voilà le temps qu'il faut pour faire débuter mon huit-ressorts.Voiture, chevaux, harnais et cocher, entièrement neufs, le tout était venu se placer, dans la cour de l'hôtel, sous les fenêtres de l'ancienne artiste pour obtenir le suffrage de son admiration. Après avoir fait une splendide toilette, la maîtresse de la maison s'élança sur le marchepied et dit au cocher:--Nous allons voir où en est le nouvel Hippodrome d'Auteuil.Le cocher,--un des types les plus majestueux de l'espèce,--répondit flegmatiquement:--C'est impossible.--Comment ça?--Je croyais que madame montait dans la voiture pour essayer les coussins en pleine cour; mais sortir, aller au bois, ça ne se peut pas.--Pourquoi? demande Mlle ZZZ, très-surprise de cette réponse.--Parce je ne suis pas en état de paraître dehors, reprit le cocher. Mon costume n'est pas complet.--Que vous manque-t-il donc? Vous avez une livrée superbe et qui fait mal aux yeux tant les galons reluisent au soleil!--- Ah! oui, je sais! Les cochers du bon genre portent sous leur tricorne une petite perruque blanche. Style aristocratique. Vous en aurez une demain.--Bon! Alors, demain nous sortirons. Mais conduire une si belle voiture, de si beaux chevaux et paraître au bois sans perruque, ce serait me perdre de réputation. Plutôt que d'y consentir, je demanderais sur-le-champ mon congé.Il n'y eut pas moyen d'en faire démordre ce galant homme, inflexible sur le point d'honneur.--Eh bien! lui dit Mlle ZZZ, en lui tendant un billet de Banque, allez donc bien vite acheter votre perruque.--Impossible que je quitte mes chevaux.--Je vais envoyer le valet de pied chez le perruquier le plus voisin.--D'abord, ces perruques-là ne se vendent pas chez les perruquiers! on n'en trouve que chez deux ou trois chapeliers qui fournissent les grandes maisons; et puis, le valet de pied est un butor, un garçon qui s'occupe de politique et qui, par conséquent, ferait la commission tout de travers.--Eh bien! j'irai donc moi-même, dit Mlle ZZZ.Et descendant philosophiquement de son splendide équipage, elle monta dans une humble citadine et se fit conduire dans un des magasins que le cocher lui avait indiqués. Une heure après, elle rapportait la perruque demandée, une charmante petite perruque en poils de chèvre blancs comme la neige, à rouleaux soigneusement bouclés. Le cocher la prit, la coiffa, prit les rênes et conduisit ensuite sa maîtresse, non sans quelque orgueil, au nouvel Hippodrome d'Auteuil.La morale de ce trait, c'est, d'abord, que les domestiques s'en vont de plus en plus; et, en second lieu, que les maîtres d'autrefois se font les domestiques de leurs domestiques.Encore un mot, en passant, sur l'Homme-Chien. J'ai vu ce monstre. C'est un homme. Originairement il était simple paysan, né dans la Basse-Russie. Par suite d'une étrange distraction de la nature, il est venu au monde avec autant de poils sur tous les traits de la figure que les autres chiens en ont sur le dos. De là le nom qu'on lui a donné. Un jeune Russe qui s'occupe de littérature, le prince Lubomirski, lui a demandé devant nous pourquoi il avait quitté le pays de ses pères, et l'Homme-Chien, parlant très-nettement la langue de Pierre-le-Grand, lui a répondu:--En me voyant ainsi velu, les autres paysans, mes voisins, mes camarades, se moquaient sans cesse de moi. On m'a blessé. Je me suis enfui. Un savant a fait ma rencontre. Il me promène depuis lors, à travers l'Europe, où il me montre aux populations étonnées, en qualité de phénomène.Presque au même instant, on annonçait une députation de l'Institut (section de l'Académie des Sciences), qui venait pour étudier le personnage.Un hejduque a répondu aux savants.--Ces messieurs sont priés de repasser dans une demi-heure, attendu que le phénomène est en train de fumer sa pipe.Les héritiers d'un sénateur, récemment mort, viennent de faire vendre les livres, les estampes, les journaux et les vieux papiers de leur collatéral.Dans une liasse d'autographes, mise à part, on a trouvé trois lettres intimes de Béranger, trois lettres inédites, bien entendu. Il en est deux sur les trois qui, se rapportant à des affaires de famille, ne seront jamais publiées. L'autre, qui regarde un peu les choses et les hommes du temps, pourrait servir d'annexe à la Correspondance du vieux poète, jadis rassemblée par Perrotin. On y voit, entre autres passages, ce curieux alinéa, arrangé enConfiteor.«Autrefois, quand j'étais inconnu, je cherchais follement à devenir célèbre. Plus tard, quand j'ai été célèbre, j'ai cherché à redevenir obscur et j'ai été souvent assez heureux pour réussir à l'être.»Ces cinq ou six lignes éclairent pleinement les dernières années de la vie de ce chansonnier qui ayant pu être tout n'a jamais voulu rien être.En 1849, un jour, en janvier, Victor Hugo, sortant de l'Institut et se rendant à la Chambre, rencontra Béranger, le long des quais. On s'aborda, on se salua, on se serra les mains.--D'où venez-vous donc? demanda le chansonnier, qui, n'étant pas de l'Académie, ignorait les jours de séance.--D'un lieu, répondit le poète desOrientales, où vous auriez du entrer depuis longtemps.--Et où allez-vous?--En un lieu d'où vous n'auriez jamais dû sortir.Béranger sourit, salua son illustre confrère et ne répondit rien.Philibert Audebrand.PARIS.--Le Nouveau Théâtre de la Porte-Saint-Martin.NOS GRAVURESL'astronome DonatiL'année dernière, à pareille époque, j'assistais à l'inauguration du nouvel observatoire de Florence, établi sur la colline d'Arcetri par les soins de Donati. C'était une fête tout intellectuelle, qui se passait sur la colline même où Galilée a vécu si longtemps, et d'où il a répandu sur le monde la lumière de l'astronomie régénérée. Mais par un de ces douloureux caprices du destin, le fondateur de ce nouvel établissement scientifique devait précisément manquer à la fête. La veille même de l'inauguration, je venais de le quitter sain et sauf au palais Pitti, lorsqu'en descendant l'escalier du musée il fit un faux pas et se brisa la jambe! L'inauguration se passa sans lui, et après la cérémonie nous lui portâmes à signer le parchemin, revêtu de la signature de tous les astronomes présents, italiens et étrangers, qui devait être enterré dans les fondations du nouvel édifice. Du moins espérait-il que, délivré des conséquences de cet accident, il pourrait installer lui-même son nouvel observatoire dans les conditions tracées par lui-même, et le munir principalement des instruments nécessaires à l'astronomie physique, dont les rapides progrès resteront la gloire de notre siècle. Hélas! la mort vient de le surprendre, presque subitement, et de l'enlever à l'âge de quarante-sept ans, dans la force de l'âge.L'ASTRONOME DONATI.Désigné par son gouvernement pour représenter l'Italie au congrès des météorologistes de toutes les nations, qui s'est réuni à Vienne le 1er septembre, c'est dans cette ville qu'il prit les premiers germes du mal terrible qui devait l'emporter. Parti souffrant, lorsque le congrès eût terminé ses séances, il négligea de se soigner, fit en trente-six heures le trajet de Vienne à Florence, pour laisser moins longtemps sans chef l'observatoire d'Arcetri, et le surlendemain de son retour, il était enlevé à l'affection et à l'estime de ses concitoyens par le choléra.Donati est surtout connu dans le monde par la comète qui porte son nom, par la grande comète de 1858, que toute l'Europe a admirée, et qui conservera dans les annales de l'astronomie le nom du patient observateur qui l'a découverte. Mais sa place restera marquée dans l'histoire des sciences par les progrès qu'il a su imprimer aux différentes branches de l'astronomie auxquelles il s'adonnait avec une prédilection toute particulière. L'analyse spectralelui a dû une féconde impulsion. On sait que cette nouvelle branche de la science nous fait connaître la constitution chimique du soleil et des étoiles par l'examen de leur lumière: C'est par elle que nous avons su que l'astre du jour est entouré d'une atmosphère ardente dans le sein de laquelle brûlent les vapeurs métalliques du fer, du magnésium, du sodium, de l'hydrogène, etc., que telles étoiles offrent en prédominance le spectre de l'azote, d'autres celui du carbone, et que nous avons pu classer les astres du ciel par ordre de structure et de composition chimique, comme des échantillons de minéralogie. Or, dès 1860, Donati publiait dans leNuovo Cimento, ses premiers travaux sur les raies des spectres stellaires. Il est donc un des premiers qui ait appliqué la spectroscopie aux questions célestes. Aussi, lorsque se fonda, en 1871, la célèbre Société des spectroscopistes italiens, il en fut dès le début un des membres les plus éminents, et le spectroscope à vingt-cinq prismes qu'il avait imaginé, et qui se trouve en ce moment à l'Exposition de Vienne, est un appareil très-remarquable. Cette Société des spectroscopistes fait le plus grand honneur à l'Italie, et, sous la direction du savant professeur Tacchini de Palerme, elle publie les plus curieux travaux qu'on ait jamais faits sur le soleil.ÉVÉNEMENTS D'ESPAGNE.--La frégate insurgéeNumanciacoulant leFernando Cattolico.Calculateur habile en même temps qu'observateur distingué, Donati réunissait à un égal degré les aptitudes si distinctes de l'astronomie mathématique et de l'astronomie physique. Il ne savait sans doute pas les tables de logarithmes par cœur (comme l'Allemand Bruhns, qui les sait de 1 à 1000); mais il calculait l'orbite d'une comète en quatre heures, c'est-à-dire en trois fois moins de temps que n'en met un calculateur habile. Au nouvel Observatoire de Florence, il avait déjà installé une machine parallactique de dix pouces et demi d'ouverture, une lunette méridienne de Repsold et un équatorial d'Ertell. Président de la commission météorologique italienne, il centralisait chaque jour à Florence les observations faites sur toute la péninsule.Jean-Baptiste Donati était né à Pise, le 26 décembre 1826. Il était directeur de l'Observatoire de Florence depuis la mort d'Amici, arrivée en 1864.L'astronomie n'a pas de patrie. Tous les astronomes sentent la perte qu'ils viennent de faire. Ses collègues de Florence doivent éprouver un vide plus grand encore.Nous reproduisons ici pour nos lecteurs le portrait de notre illustre et bienveillant ami, à l'aide de la photographie qu'il nous avait offerte pendant notre dernier voyage en Italie. C'était une figure douce et calme, reflétant la tranquillité d'esprit d'une âme accoutumée à contempler les cieux et à scruter leurs mystères.Camille Flammarion.MM. Lucien Brun et ChesnelongCes deux députés ont été les héros de la semaine. Aussi donnons-nous leurs portraits en tête de ce numéro. C'était bien le moins que nous puissions faire pour ces autres argonautes, retour de Salzbourg, d'où ils ont rapporté de compagnie, prétend-on, la toison d'or de la monarchie légitime.M. Lucien Brun, qui était entré le premier en campagne, est l'un des sept députés du département de l'Ain. Il a été élu le 8 février 1871, par 41,505 voix. C'est un avocat de Lyon, une des voix éloquentes de la droite, sur les bancs de laquelle il a fait ses débuts politiques. C'est dire qu'il est légitimiste et de plus clérical. Ajoutons qu'il rend très-bien à la tribune, avec son visage pâle encadré de cheveux noirs, sa voix sonore, sa facile élocution. C'est l'enfant chéri de la Congrégation, qui a facilité et soutenu ses premiers pas au barreau, et qui, comme on le voit, n'a pas semé dans une terre ingrate.Voici le relevé des votes de M. Lucien Brun.Il a voté pour: la paix, la pétition des évêques, le pouvoir constituant de l'Assemblée, la réduction du service militaire à trois ans, la loi contre la municipalité lyonnaise, le renversement de M. Thiers et sa démission, la circulaire Pascal, le bill de confiance au gouvernement du 21 mai, la loi Ernoul et l'église Montmartre. Il a voté contre: le retour à Paris, la dissolution et la liberté des enterrements civils.S'il est inutile d'ajouter que M. Lucien Brun a été de tous les pèlerinages, il ne sera peut-être pas mal à propos de rappeler cette parole qu'il prononçait à la tribune de l'Assemblée nationale, moins d'un an avant son voyage d'Allemagne: «Personne ici ne songe à fonder une dynastie.» On le voit bien.Toutefois, il semble que M. Lucien Brun, quelque bien armé qu'il fût, n'ait pas su, seul, mener à bonne fin le travail d'Hercule, puisque nous le voyons, par un télégramme du 13 octobre, appeler M. Chesnelong à la rescousse.M. Chesnelong, lui, n'a pas débuté dans la carrière avec l'année terrible. Il a des antécédents politiques. Cet honorable négociant, âgé de cinquante-trois ans, plus clérical si c'est possible que M. Lucien Brun, a été député de l'empire de 1866 à 1870. Les électeurs du département des Basses-Pyrénées l'ont envoyé siéger neuvième à Versailles, le 7 janvier 1872 seulement, par 40,668 suffrages. De ce moment il s'est voué corps et âme à l'œuvre de la fusion qui, c'est le bruit du jour, grâce à son intervention, vient d'aboutir.M. Chesnelong n'a eu qu'à paraître pour tout obtenir: garanties constitutionnelles, libertés civiles, politiques, religieuses, drapeau tricolore, tout enfin. C'est du moins M. Hervé qui le dit. La note de la réunion des bureaux le dit également, avec cette toute petite restriction, cette simple parenthèse: «L'initiative royale restant d'ailleurs intacte.» Il est vrai que l'Union, combattant l'un et commentant l'autre, dit de son côté: «Le roy ne peut faire aucune concession parce qu'il est le roy.» Et plus loin: «Le droit monarchique est l'accord du roy et du pays, du roy qui règne et gouverne, et du pays qui exprime librement ses vœux.»Mais si l'Uniondit vrai, et elle doit dire vrai, j'en atteste la parenthèse de la note des bureaux, il y aurait alors beaucoup à rabattre des triomphes remportés à Salzbourg par MM. Chesnelong et Lucien Brun. Aller à la montagne est un piètre miracle qui ne me semble pas propre à faire beaucoup de prosélytes. Et je m'engage, moi qui ne suis pas un foudre d'éloquence, à toujours terrasser, mon adversaire, quand pour le vaincre il ne s'agira que de lui dire: «Ah! vous n'en voulez pas démordre, très-bien; alors je sais ce qu'il me reste à faire: je cède.»En définitive si, ce qui n'est pas encore certain, l'œuvre de la fusion aboutit, il en aura été des garanties réclamées par le centre droit comme de la femme marine de l'île de Cabalure, dont parle Lucien. Au moment où il croit la saisir, elle disparaît et se change en eau. La résistance du centre droit s'en sera allée en eau de boudin.Louis Clodion.Correspondance d'EspagneNous avons reçu au dernier moment une correspondance des plus complètes et des plus intéressantes sur le combat naval livré dans les eaux de Carthagène par les navires insurgés à l'escadre de l'amiral Lobo. L'heure avancée à laquelle ces renseignements nous sont parvenus ne nous a pas permis de les publier tous aujourd'hui, mais nous avons tenu à reproduire dès à présent un croquis envoyé par notre correspondant sur un fait qui s'est produit postérieurement à l'engagement et que le télégraphe n'avait encore fait connaître qu'imparfaitement: nous voulons parler de l'accident arrivé à un des navires insurgés, leFernando-Cattolico, qui revenant d'une expédition faite sur la côte, a été coulé bas par la frégate cuirasséeNumancia.C'est par suite d'une fausse manœuvre et non intentionnellement, comme on l'avait cru d'abord, que laNumanciaa abordé leFernando-Cattolico; ce dernier navire, construit en bois, a été éventré par le choc de la frégate cuirassée; il a sombré en quelques minutes et tout l'équipage a péri à l'exception de cinq hommes seulement.Démolition du palais des TuileriesDepuis trois mois environ, dans la cour du château des Tuileries, circule, au milieu des décombres, une armée d'ouvriers et de soldats du génie.C'est que depuis trois mois on s'occupe à jeter par terre les deux ailes ajoutées au vieux château élevé par Philibert Delorme: celle du Sud, bâtie par Ducerceau, celle du Nord, bâtie par L. Levau et François Dorbay. Le pavillon de Marsan, donnant sur la rue de Rivoli, a été également abattu pour être reconstruit sur le plan d'après lequel a été réédifié, sur la fin du règne de Napoléon III, le pavillon de Flore, que l'incendie de 1871 a heureusement épargné.Ainsi dégagé, le château de Philibert Delorme, composé du pavillon de l'horloge et des deux corps de bâtiments qui le flanquent à droite et à gauche, reprendra sa physionomie primitive, car, d'après nos informations, que nous avons lieu de croire exactes, les deux annexes abattues qui le reliaient aux pavillons de Marsan et de Flore seront remplacées par une simple colonnade. Cette heureuse innovation aura le double avantage de rompre la monotonie de la longue ligne des anciens bâtiments, qui rapetissaient les proportions de l'édifice, et d'ouvrir, à droite et à gauche du château, des perspectives de verdure du côté de la place du Carrousel, et d'architecture du côté du jardin.Tous les amis de l'art ne peuvent manquer de battre des mains à cette transformation.Le nouveau théâtre de la Porte-Saint-MartinLe dessin que nous donnons dans ce numéro nous dispense de décrire longuement la façade du nouveau théâtre, qui est d'ailleurs aussi simple qu'élégante. Elle est percée au rez-de-chaussée de cinq portes, dont trois au centre donnent accès dans le vestibule. Quatre cariatides séparent ces trois ouvertures et supportent un balcon de peu de saillie sur lequel ouvrent trois baies, dont une porte-fenêtre avec attique, qu'encadre un cintre dont la clef est un masque tragique.L'entrée du théâtre est facile.Seuls, les locataires des premières places pénètrent par le boulevard, la direction ayant, pour éviter l'encombrement, installé rue de Bondy la queue des petites places, et le bureau de distribution des billets pour le parterre et pour les galeries et loges supérieures auxquelles conduit un escalier spécial. Une fois dans le vestibule, un très-bel escalier mène au premier étage, où se trouve le foyer, un peu petit, assez richement décoré et ayant vue sur le boulevard.La salle, blanc et or, est assez vaste. Sa profondeur est de 18 mètres, sa largeur de 23, la hauteur de sa coupole de 20. MM. Lavastre et Desplechin ont peint le plafond. Le lustre, très-grand, produit le plus bel effet de lumière. On compte dans cette salle environ 300 fauteuils d'orchestre et autant de places de stalles et de parterre. Les loges de face, au nombre de vingt, contiennent chacune cinq places. Quant au balcon, disons qu'il avance trop sur l'orchestre, masquant de beaucoup de points la vue des loges et reléguant les baignoires dans une ombre formidable. Ce sera la seule critique que nous adresserons au nouveau théâtre, qui est l'œuvre très-recommandable d'un architecte de talent, M. de la Chardonnière.L'armurierCe tableau que nous reproduisons représente l'intérieur d'un armurier au XVIIe siècle.L'armurier, qu'à son type il est facile de reconnaître pour un juif, est assis en habit de travail devant son établi, et tient en main une épée, qu'il examine d'un air attentif et connaisseur. Le client attend, assis lui-même, en face du vieux maître, sur le bord d'un bahut. C'est un jeune officier des mousquetaires du roi ou du cardinal, qui attache évidemment la plus grande importance au résultat de cet examen, car il en suit la marche avec un intérêt évident. Il va sans doute prochainement entrer en campagne, ou il a sur les bras quelque affaire d'honneur qu'il va lui falloir tout à l'heure régler.L'atelier est encombré de tout le harnais de guerre du temps.Cuirasses, brassards, cuissards, gorgerins, gantelets, baudriers richement brodés, larges chapeaux ornés de longues plumes, épées, poignards, arbalètes, sont suspendus aux murs, encombrent les sièges ou reposent pêle-mêle sur le plancher. Brillant fouillis plein de couleur et de style, qu'on regarde avec plaisir et qui témoigne de la science archéologique du peintre.M. Jacomin est l'auteur de cette intéressante composition, qui fait partie de la collection photographique Hermann.BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUELes Écoles sous l'Empire et la Restauration, par M. L. Henri (1 vol. in-18, Ernest Leroux.)--L auteur dédie à la jeunesse française et aux étudiants de Paris cette histoire des écoles qui commence en 1814, au moment où les polytechniciens et les élèves d'Alfort défendent, sous Paris, la liberté de la patrie, et qui finit en 1830, à l'heure où George Farcy tombe pour la liberté publique et où le futur colonel Charras combat avec l'ardeur de ses vingt ans. Ce livre est tout d'actualité, comme on dit. Il est brûlant de patriotisme. C'est un chapitre excellent de l'histoire du parti libéral. Il montre que les gouvernements sont peu stables qui ont contre eux cette irrésistible force, cette légion sacrée, la jeunesse.Les Dolmens d'Afrique, par le général Faidherbe (1 broch. E. Leroux).--On n'a pas oublié le congrès anthropologique qui se tint à Bruxelles. Lorsqu'il en vint à étudier cette lointaine époque, ce qu'on appellel'âge de la pierre polie, le secrétaire général du congrès demanda à M. le général Faidherbe de faire une communication sur les dolmens, «monuments qu'on rattache généralement à cet âge». Le général Faidherbe ne pouvait, dit-il, fournir des observations que sur les dolmens d'Afrique, qu'il a particulièrement étudiés, mais il pense que la question des dolmens est une.Nous n'avons pas la prétention de discuter les théories du général sur une question qu'il a particulièrement approfondie, pas plus que nous ne serions, par exemple, en mesure de critiquer ses savantes études sur la langue des Berbères. Nous pouvons bien dire cependant qu'il est peu de travaux purement scientifiques qui nous aient paru aussi clairs, aussi accessibles à tous, que ceMémoire sur les Dolmens. Ces pierres druidiques qui nous paraissaient si mystérieuses, les voilà étudiées de près, interrogées et, si je puis dire, devinées. M. le général Faidherbe est un esprit net, ne se payant point de mots, allant au but et on retrouve dans ces pages où l'écrivain a horreur de la phrase, le tacticien habile et le mathématicien remarquable. Je sais peu de lectures aussi attachantes et aussi profitables. Le soldat de Pont-Novelles mériterait, depuis longtemps, d'occuper un siège à l'Institut.Poèmes et fantaisies, par M. Gustave Vinot. (1 vol. Librairie des Bibliophiles.)--Le nom de M. Gustave Vinot n'est déjà plus celui d'un inconnu. La critique, et je parle de la plus sérieuse, l'a salué, à son début, avec une estime particulière. Sainte-Beuve, s'il eût vécu, eût, sans nul doute souhaité la bienvenue au débutant. M. Vinot est un vrai poète. Le poème de Claudine, qui ouvre son volume, est surtout remarquable sous le rapport de la langue, vraiment superbe. Il y a comme des échos de Musset, du Musset mélancolique et profond, dans les accents vraiment émus, parfois déchirants, de M. G. Vinot. Et ce n'est pas vainement que je rappelle ici Musset. L'Espoir en l'homme, de M. Vinot, a été conçu, disait-on, en manière de réponse au poète désolé.Bien peu de poètes ont à leur service un instrument aussi harmonieux et aussi vibrant que celui de M. Vinot, je parle de son style large et musical. On lira certainement ce volume, qui est d'un artiste, mais surtout d'un inspiré, et je n'en puis rien citer que ces derniers vers d'une invocation à Paris. On jugera par eux du volume tout entier:
L'ILLUSTRATION JOURNAL UNIVERSEL
31e Année.--VOL. LXII.--Nº 1600 SAMEDI 25 OCTOBRE 1873
Texte: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand.--Nos gravures.--Bulletin bibliographique.--Panorama de la journée de Spickeren, 6 août 1870.--La Sœur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par M. Mayne Reid.--Les Théâtres.--Scènes de la vie des bêtes (IV), des Abeilles.--L'esprit de Parti (suite).--Exposition universelle de Vienne: les cloisonnés de MM. Christofle et Comp.
Gravures: M. Lucien Brun et M. Chesnelong, députés à l'Assemblée nationale.--Paris: le nouveau théâtre de la Porte-Saint-Martin.--L'astronome Donati.--Événements d'Espagne; la frégate insurgéeNumanciacoulant le Ferdinand-el-Cattolico.--Démolition du palais des Tuileries: vue prise du jardin. Procès du maréchal Bazaine: panorama de la bataille de Spickeren.--La sœur perdue (4 gravures).--L'armurier, d'après le tableau de M, Jacomin.--Exposition universelle de Vienne: objets d'orfèvrerie exposés par la maison Christofle et Comp.--Rébus.
M. LUCIEN BRUN M. CHESNELONGDéputés à l'Assemblée nationale.D'après les photographies de M. Franck.
La monarchie est faite!--C'est par ces mots, imprimés en gros caractères en tête de ses colonnes, que, dès vendredi dernier, leFigaroannonçait le résultat des pourparlers engagés à Salzbourg, entre le comte de Chambord et les deux nouveaux délégués de la droite, MM. Chesnelong et Lucien Brun. Et à l'appui de cette affirmation, leFigarodonnait comme positifs les bruits qui avaient commencé à se répandre depuis la veille à ce sujet: Henri V acceptait le drapeau tricolore; il laissait l'Assemblée maîtresse de régler à son gré les conditions de la Restauration. À vrai dire, ces nouvelles étaient prématurées, ou du moins elles étaient données sous une forme trop catégorique; c'est du moins ce que s'efforcèrent, dès le soir même, d'établir les journaux légitimistes qui, tout en reconnaissant la réalité de l'accord survenu entre les groupes monarchiques et le roi, déclaraient en même temps, avec insistance, que ce dernier n'avait eu à faire aucune concession, qu'il restait ce qu'il avait toujours été, et qu'à l'égard du drapeau, notamment, son initiative demeurait intacte. Malgré ces réserves un peu ambiguës, il n'en restait pas moins acquis que la solution monarchique était arrivée à son terme, et leJournal des Débatslui-même, assez hésitant jusque-là, se rangeait à son tour au nombre des nouveaux convertis. Quoiqu'il en soit, on en était toujours réduit aux conjectures et aux on-dit sur les conditions précises à présenter à l'Assemblée; la réunion de la droite et du centre droit, tenue jeudi à Versailles, et où M. Chesnelong est venu rendre compte lui-même de sa mission, a mis un terme à ces incertitudes, et nous croyons devoir emprunter au texte même du compte rendu de cette importante réunion, les éclaircissements que le public, attendait avec impatience.
C'est M. le duc d'Audiffret-Pasquier, président du centre droit, qui a fait part aux députés appartenant à cette fraction parlementaire de la proposition à soumettre à l'Assemblée à sa rentrée.
Cette résolution se compose de plusieurs articles. L'Assemblée nationale déclarerait que la monarchie nationale héréditaire et constitutionnelle est le gouvernement de la France et appellerait au trône le comte de Chambord, et après lui les princes de la maison de Bourbon, ses héritiers.
Toutes les garanties qui constituent le droit public actuel des Français seraient en même temps déclarées maintenues: l'égalité de tous les citoyens devant la loi, l'admissibilité à tous les emplois civils et militaires, la liberté religieuse, l'égale protection actuellement accordée à tous les cultes, le vote annuel de l'impôt par les représentants du pays.
Le gouvernement du roi présenterait en outre à l'Assemblée des lois constitutionnelles ayant pour but l'organisation des grands pouvoirs publics et l'exercice de la responsabilité ministérielle. Telles sont, ajoute M. le président, les déclarations qui accompagneraient le rétablissement de la monarchie héréditaire et qui formeraient le contrat entre le roi et la nation.
Enfin, le drapeau tricolore est maintenu; il ne pourra y être apporté de modifications que par l'accord du roi et de la représentation nationale.
Les délégués du centre droit ont dû insister sur ce point. Il n'était pas possible de laisser planer l'incertitude sur la couleur du drapeau. Cette grave question se trouve en même temps élevée à la hauteur d'une question législative. Le roi conserve à cet égard son initiative, comme sur toutes les autres questions. Mais aucune modification ne peut être apportée au drapeau tricolore que par son accord avec les représentants du pays.
M. le président ajoute en terminant qu'à ses yeux l'hésitation n'est plus possible; que l'expérience de la république conservatrice a échoué et que le parti conservateur offre au pays la monarchie constitutionnelle, avant à sa tête la maison de France réconciliée. Quant à lui, il ne doute pas de la victoire.
A la suite de ce discours, M. le président consulte la réunion sur la question de savoir si elle approuve la conduite tenue par les délégués de son bureau. Cette approbation et une motion de remerciements au bureau présentée par plusieurs membres sont mises aux voix et adoptées à l'unanimité.
La réunion adopte ensuite successivement, sous la réserve de quelques modifications de rédaction à proposer aux autres réunions, les trois articles de la proposition destinée à être soumise à l'Assemblée. L'ensemble de ces propositions est également mis aux voix et adopté à l'unanimité.
M. le président croit devoir rappeler aux membres du centre droit qu'il compte dans le sein du centre gauche des collègues conservateurs, dont beaucoup affirment publiquement qu'ils sont eux-mêmes en théorie partisans de la monarchie constitutionnelle.
Devant cette communauté de sentiments, ne devons-nous pas croire que, s'il s'est produit des divergences, elles sont dues surtout à des malentendus, ou tout au moins à des défauts d'entente, et n'y aurait-il pas à la fois un manque de procédés à tenir plus longtemps ses collègues du centre gauche dans l'ignorance du détail des propositions que nous comptons soumettre à l'Assemblée, et dont ils ne pourront prendre connaissance sans y trouver une satisfaction pour tous leurs principes, et une réponse à tous leurs scrupules?
Sur la proposition de plusieurs membres, la réunion délègue aux membres de son bureau de se concerter, suivant la forme qu'ils jugeront opportune, avec leurs collègues du centre gauche. La réunion aborde ensuite la question de savoir s'il ne convenait pas de procéder à une convocation anticipée de l'Assemblée. Après un échange d'observations auxquelles prennent part MM. Plichon, général Ducrot, Clément, Laurier, de Chabrol, Dupont, Joubert, Lechâtelain et plusieurs autres membres, la réunion se prononce en faveur de l'affirmative.
M. Chesnelong dit qu'il ne peut laisser la réunion se terminer sans donner à ses collègues quelques renseignements personnels sur la mission qu'il a eu l'honneur de remplir auprès de M. le comte de Chambord.
Deux questions avaient occupé la commission des Neuf, dans le cours de ses travaux: la question des garanties constitutionnelles et celle du drapeau.
Sur la question des garanties constitutionnelles, l'orateur peut dire qu'il a enfoncé une porte ouverte, car le roi était disposé par avance à la plus complète harmonie de sentiments avec les membres libéraux de l'Assemblée et du pays.
M. Chesnelong, communiquant à M. le comte de Chambord les pensées de la commission des Neuf, a exposé qu'il y avait deux principes à sauvegarder. Il fallait reconnaître le droit royal héréditaire: mais, d'autre part, la Charte à intervenir étant un pacte entre le roi et le pays, la nature du pacte implique nécessairement un accord qui ne saurait résulter d'une Charte octroyée ou imposée, mais d'une Charte délibérée et acceptée par les mandataires du pays.
La réponse de M. le comte de Chambord a été que tels avaient été toujours ses principes, et que, quant à lui, il ne comprenait pas plus de Charte faite par le roi sans le pays, que de Charte faite par le pays sans le roi.
M. Chesnelong a ajouté que l'intention des députés monarchistes était de bien préciser dans l'acte qui rétablirait la monarchie quel serait le caractère de cette monarchie, qu'il importait de répondre à des préoccupations assurément étrangères à ceux qui connaissent l'esprit libéral du roi et qui avaient lu les déclarations si importantes contenues depuis 1836 dans sa correspondance, mais que des calomnies n'en étaient pas moins colportées, et qu'il convenait d'insérer dans l'acte même par lequel la monarchie serait rétablie, les principes fondamentaux de notre droit publie, afin d'indiquer que pour l'avenir on entendait les lever en dehors de toute contestation.
M. Chesnelong a indiqué chacun de ces principes, formulés dans les propositions dont M. le président a donné lecture et auxquelles le centre droit vient de donner son approbation; il tient à dire qu'aucune objection n'a été formulée par M. le comte de Chambord, ni sur le mode de procéder, ni sur l'insertion de ces divers points, ni sur aucun point en particulier.
L'accord était donc complet, absolu, entre les idées de M. le comte de Chambord et celles de la France libérale.
Restait la question du drapeau, qui a donné lieu à deux conférences dont M. Chesnelong retrace les détails en citant autant que possible les paroles mêmes de M. le comte de Chambord.
M. le comte de Chambord aurait dit notamment «qu'il n'avait l'intention d'offenser ni son pays ni le drapeau de son pays; qu'il n'était étranger ni aux gloires que la France avait acquises sous ce drapeau, ni aux douleurs qu'elle avait subies; que puisque le drapeau tricolore était le drapeau légal, si les troupes devaient le saluer à son entrée en France, il saluerait lui-même le drapeau teint du sang de nos soldats.»
M. le comte de Chambord aurait ajouté qu'il proposerait au pays, par l'entremise de ses représentants, une transaction compatible avec son honneur et qu'il croyait de nature à satisfaire à la fois l'Assemblée et le pays.
C'est à la suite de ces conférences que les délégués de la droite présents à Salzbourg ont déclaré à M. Chesnelong qu'ils adhéraient en leur nom et au nom de leurs amis à la rédaction préalablement arrêtée par la commission des Neuf, et aux termes de laquelle le drapeau tricolore était maintenu.
Le compte rendu de l'honorable M. Chesnelong, plusieurs fois interrompu par d'unanimes applaudissements, s'est terminé au milieu des marques d'assentiment de toute l'Assemblée.
Tandis que le centre droit était réuni, le groupe parlementaire connu sous le nom de Réunion des Réservoirs tenait séance sous la présidence de M. de Larcy, qui donnait à l'Assemblée connaissance des projets de résolutions résumés plus haut et qui obtenaient une approbation unanime.
A la fin de la séance, le bureau du centre droit, sous la présidence de M. le duc d'Audiffret-Pasquier, est venu communiquer à la droite le résultat de ses délibérations. L'accord le plus cordial entre les deux réunions s'est manifesté sur tous les points par les applaudissements qui ont accueilli les paroles de leurs deux présidents.
La réunion du centre droit s'étant terminée plus tôt que celle de la droite, les membres de la première de ces réunions se sont rendus dans la seconde.
Par une singulière coïncidence, on a remarqué que le nombre des députés qui assistaient à chacune des deux réunions était à très-peu de chose près le même. On comptait en effet au centre droit cinquante-cinq membres présents; aux Réservoirs, il y en avait cinquante et un.
La question relative à la convocation anticipée de la Chambre a été l'objet d'une discussion assez longue dans les deux groupes parlementaires de la droite.
D'une part, la réunion des Réservoirs, après avoir entendu MM. Depeyre, Fresneau, Pagès-Duport et le duc de la Rochefoucauld, partisans de la convocation immédiate, et MM. Merveilleux-Duvignaux, Baragnon et Ferdinand Boyer, opposés à cette mesure, a décidé, à une très-faible majorité, il est vrai, qu'il n'y avait pas lieu de réunir l'Assemblée avant le 5 novembre.
D'autre part, le centre droit, également à une très-faible majorité, s'est prononcé dans un sens opposé, c'est-à-dire en faveur de la convocation anticipée.
En présence de la division à peu près égale qui règne parmi les députés de la droite en ce qui concerne l'opportunité de convoquer la Chambre avant le 5 novembre, on a résolu de laisser à la commission des Neuf le soin d'étudier ce qu'il convenait de faire.
A l'heure où nous écrivons, la commission des Neuf doit avoir saisi de sa détermination la Commission de permanence, qui décidera la question de savoir si, comme c'est probable, l'Assemblée nationale sera convoquée pour lundi prochain, 27 courant. On assure que le nombre des députés qui ont promis de voter pour la restauration monarchique s'élèverait dès à présent à 303. Signalons, en terminant, une nouvelle mise en circulation depuis quelques jours et qui serait de nature à rallier un certain nombre de votes indécis: le maréchal de Mac-Mahon aurait déclaré que, quel que fut le résultat de la lutte qui va s'ouvrir, il se démettrait de ses fonctions, de sorte que, comme on l'a fait remarquer, le pays aurait ainsi à choisir non plus entre la monarchie et la république, mais entre la monarchie et l'anarchie. Les feuilles républicaines s'élèvent avec énergie contre la mise en circulation de cette nouvelle, qu'elles dénoncent comme une manœuvre de la dernière heure et dont l'authenticité n'est pas encore absolument démontrée jusqu'à présent. Quoi qu'il en soit, l'heure de la crise suprême est près de sonner, et la France entière en attend avec anxiété le dénouement.
Réjouissons-nous. La question des huîtres vient de faire un grand pas.--Il y avait donc une question des huîtres?--Sans aucun doute. Celle-là était même une question corsée et succulente, mille fois plus digne d'intéresser le sage que les questions politiques au nom desquelles tant de fous sont aujourd'hui sur le point de se prendre à la gorge ou de se manger le nez. Depuis dix ans, les huîtres étaient hors de prix, celles de Cancale aussi bien que celles d'Ostende. Il n'y avait plus moyen de les aborder, à moins d'avoir un diamant dans sa bourse. Une légende racontait qu'il s'était formé à ce sujet je ne sais quelle conjuration secrète, taillée sur le patron de ce fameux Pacte de famine qui a été comme la préface de la première Révolution. Des spéculateurs sans entrailles accaparaient les huîtres dès leur bas âge; ils les vendaient ce qu'ils voulaient. Déjà le prix de la douzaine courait, bride abattue, sur le chiffre de trois francs. Le Caveau avait pris le deuil; Paris en était devenu triste.
Des amis de la santé publique ont imaginé de percer à jour la conspiration, à l'aide d'un expédient d'un goût tout moderne. Ils ont demandé pour l'huître ce qu'on a obtenu depuis longtemps pour les œuvres d'art, la vente aux enchères. Et leur demande a été entendue. A dater de samedi dernier, la vente à la criée a été appliquée aux huîtres, vrai et incontestable bienfait qui a eu pour conséquence immédiate une baisse considérable dans le prix des divins mollusques. Les prix n'ont pas dépassé trois francs le cent, ce que coûtait déjà douzaine. Ce grand événement a eu lieu au parc, rue Berger. Je ne sais pas le nom du beau génie qui a eu cette idée féconde; mais au gré de tous les gastronomes, celui-là mérite une statue formée d'écailles.
Voici un quatrain qu'on a fait circuler un peu partout, cette semaine. Je ne sais d'où il vient.--Est-ce en raison de ce qui se passe dans les hautes régions politiques qu'il a été fait?--Je ne sais.--Un quatrain, ça toujours été peu de chose.--Lisez celui-là et passez.
«--Arrête ici!--Non pas!--Arrête!»--Et les voilàGuerroyant. On se rogne, et puis la main se lasse.On parlemente, on fait la paix et l'on s'embrasse.--Peut-être eût-on bien fait de commencer par là.
«--Arrête ici!--Non pas!--Arrête!»--Et les voilàGuerroyant. On se rogne, et puis la main se lasse.On parlemente, on fait la paix et l'on s'embrasse.--Peut-être eût-on bien fait de commencer par là.
«--Arrête ici!--Non pas!--Arrête!»--Et les voilà
Guerroyant. On se rogne, et puis la main se lasse.
On parlemente, on fait la paix et l'on s'embrasse.
--Peut-être eût-on bien fait de commencer par là.
Au fait, puisque j'y suis, pourquoi n'en citerais-je pas un autre?--Celui-là vient d'un de nos confrères auquel on fait le reproche d'être trop gris en écrivant; entendons-nous bien, de faire une prose sans ornement ni sans mouvements lyriques:
L'Alouette disait: «Tu n'es, ô Rossignol,Qu'un musicien d'entre-sol.Pour moi, j'aime à me perdre, en chantant, dans la nue.--Aussi n'êtes-vous pas toujours bien entendue. »
L'Alouette disait: «Tu n'es, ô Rossignol,Qu'un musicien d'entre-sol.Pour moi, j'aime à me perdre, en chantant, dans la nue.--Aussi n'êtes-vous pas toujours bien entendue. »
L'Alouette disait: «Tu n'es, ô Rossignol,
Qu'un musicien d'entre-sol.
Pour moi, j'aime à me perdre, en chantant, dans la nue.
--Aussi n'êtes-vous pas toujours bien entendue. »
Il paraît qu'il devient de plus en plus difficile de loger cette fresque de la Magliana dont on a tant parlé, il y a trois mois. Chose incroyable, nos musées se renvoient, à l'envi, cette œuvre de Raphaël comme on le fait d'ordinaire pour un volant frappé par des raquettes. Il avait d'abord été convenu qu'on remiserait le morceau à l'École des Beaux-Arts, résidence naturelle d'un chef-d'œuvre. Bon? L'École a dit: «Voilà l'exposition des prix de Rome qui arrive. Il n'y a pas de place pour vous ici. Fresque, sortez!» La fresque est alors allée au Louvre, mais pour quelques jours seulement. Notre vieux Louvre, qui est de fort mauvaise humeur depuis qu'il a été à demi-brûlé par les jolis messieurs de la Commune, n'a entr'ouvert ses portes qu'en grognant. Il prétexte à son tour du peu d'espace dont il dispose. Où aller? Où ne pas aller? On a bien parlé du palais de Versailles. Oui, vraiment, l'heure serait bien choisie. Pour le quart-d'heure, le palais de Louis XIV n'est plus qu'une officine où toutes les sorcières de la politique font bouillir leurs herbes et leurs maléfices en vue de donner une couronne ou de la briser. Croyez qu'un tronçon de muraille sur lequel le rival de Michel-Ange a promené jadis son pinceau tomberait assez mal au moment de ces opérations chimiques. Il a donc fallu s'arrêter à la pensée d'une autre résidence. C'est pourquoi la fresque malencontreuse vient d'être emballée pour le Luxembourg, ce beau palais, toujours trop dédaigné, qui ressemble tout à la lois à une prison et à un cimetière. Notez que tout ne sera pas fini pour la fille de Raphaël. Il lui faut une installation définitive, un travail de maçonnerie, évalué, au bas mot, à trois mille francs. Or, il n'y a pas un centime de voté pour cet objet. Allez donc demander en ce moment à l'Assemblée nationale un crédit de mille écus pour une peinture qui vient de l'Italie de la Renaissance, et vous verrez comme elle vous rembarrera!
Cette pauvre fresque, déjà tant honnie par la presse, tant malmenée à la tribune, jetée à la porte par ici, rudoyée par là, c'est, à peu de chose près, le conte arabe des pantoufles d'Abou-Cazemb. Ces pantoufles, un vieil habitant de Bagdad les a perdues. Grand malheur pour lui, plus grand malheur pour les autres. Une vieille les repousse dans le laboratoire d'un chimiste où elles cassent des fioles précieuses; le chimiste les jette dans un jardin où elles tuent un enfant qui joue à terre; le jardinier les balaye avec horreur chez le voisin où elles causent un incendie. Bagdad n'a de paix que lorsqu'elles sont changées en une poignée de cendres. Il faut bien espérer pourtant qu'en ce qui concerne la fresque de la Magliana, on ne poussera pas l'analogie jusqu'au bout. Nous avons eu assez d'incendies comme ça.
Une histoire tout à fait parisienne, comme vous allez le voir.
Tout à l'heure, à propos du commerce des huîtres, je vous parlais de grandes fortunes rapidement faites, Mlle ZZZ a quitté le théâtre, il y a une quinzaine d'années, non pour se livrer à l'ostréiculture, mais pour se jeter dans la chimie appliquée à la toilette des femmes. Elle y a réussi au delà de toute expression et même jusqu'à gagner 200,000 francs par an, ce qui est un joli jeton. A l'heure qu'il est, l'ancienne actrice a maison montée sur le même pied qu'une duchesse du faubourg Saint-Germain. Il lui restait pourtant un seul point à poser, une écurie, un palefrenier, un cocher, des chevaux, un huit-ressorts. Tout cet attirail a été acheté la semaine dernière.
Mardi matin, comme il faisait un beau soleil, Mlle ZZZ se dit:
--Voilà le temps qu'il faut pour faire débuter mon huit-ressorts.
Voiture, chevaux, harnais et cocher, entièrement neufs, le tout était venu se placer, dans la cour de l'hôtel, sous les fenêtres de l'ancienne artiste pour obtenir le suffrage de son admiration. Après avoir fait une splendide toilette, la maîtresse de la maison s'élança sur le marchepied et dit au cocher:
--Nous allons voir où en est le nouvel Hippodrome d'Auteuil.
Le cocher,--un des types les plus majestueux de l'espèce,--répondit flegmatiquement:
--C'est impossible.
--Comment ça?
--Je croyais que madame montait dans la voiture pour essayer les coussins en pleine cour; mais sortir, aller au bois, ça ne se peut pas.
--Pourquoi? demande Mlle ZZZ, très-surprise de cette réponse.
--Parce je ne suis pas en état de paraître dehors, reprit le cocher. Mon costume n'est pas complet.
--Que vous manque-t-il donc? Vous avez une livrée superbe et qui fait mal aux yeux tant les galons reluisent au soleil!
--- Ah! oui, je sais! Les cochers du bon genre portent sous leur tricorne une petite perruque blanche. Style aristocratique. Vous en aurez une demain.
--Bon! Alors, demain nous sortirons. Mais conduire une si belle voiture, de si beaux chevaux et paraître au bois sans perruque, ce serait me perdre de réputation. Plutôt que d'y consentir, je demanderais sur-le-champ mon congé.
Il n'y eut pas moyen d'en faire démordre ce galant homme, inflexible sur le point d'honneur.
--Eh bien! lui dit Mlle ZZZ, en lui tendant un billet de Banque, allez donc bien vite acheter votre perruque.
--Impossible que je quitte mes chevaux.
--Je vais envoyer le valet de pied chez le perruquier le plus voisin.
--D'abord, ces perruques-là ne se vendent pas chez les perruquiers! on n'en trouve que chez deux ou trois chapeliers qui fournissent les grandes maisons; et puis, le valet de pied est un butor, un garçon qui s'occupe de politique et qui, par conséquent, ferait la commission tout de travers.
--Eh bien! j'irai donc moi-même, dit Mlle ZZZ.
Et descendant philosophiquement de son splendide équipage, elle monta dans une humble citadine et se fit conduire dans un des magasins que le cocher lui avait indiqués. Une heure après, elle rapportait la perruque demandée, une charmante petite perruque en poils de chèvre blancs comme la neige, à rouleaux soigneusement bouclés. Le cocher la prit, la coiffa, prit les rênes et conduisit ensuite sa maîtresse, non sans quelque orgueil, au nouvel Hippodrome d'Auteuil.
La morale de ce trait, c'est, d'abord, que les domestiques s'en vont de plus en plus; et, en second lieu, que les maîtres d'autrefois se font les domestiques de leurs domestiques.
Encore un mot, en passant, sur l'Homme-Chien. J'ai vu ce monstre. C'est un homme. Originairement il était simple paysan, né dans la Basse-Russie. Par suite d'une étrange distraction de la nature, il est venu au monde avec autant de poils sur tous les traits de la figure que les autres chiens en ont sur le dos. De là le nom qu'on lui a donné. Un jeune Russe qui s'occupe de littérature, le prince Lubomirski, lui a demandé devant nous pourquoi il avait quitté le pays de ses pères, et l'Homme-Chien, parlant très-nettement la langue de Pierre-le-Grand, lui a répondu:
--En me voyant ainsi velu, les autres paysans, mes voisins, mes camarades, se moquaient sans cesse de moi. On m'a blessé. Je me suis enfui. Un savant a fait ma rencontre. Il me promène depuis lors, à travers l'Europe, où il me montre aux populations étonnées, en qualité de phénomène.
Presque au même instant, on annonçait une députation de l'Institut (section de l'Académie des Sciences), qui venait pour étudier le personnage.
Un hejduque a répondu aux savants.
--Ces messieurs sont priés de repasser dans une demi-heure, attendu que le phénomène est en train de fumer sa pipe.
Les héritiers d'un sénateur, récemment mort, viennent de faire vendre les livres, les estampes, les journaux et les vieux papiers de leur collatéral.
Dans une liasse d'autographes, mise à part, on a trouvé trois lettres intimes de Béranger, trois lettres inédites, bien entendu. Il en est deux sur les trois qui, se rapportant à des affaires de famille, ne seront jamais publiées. L'autre, qui regarde un peu les choses et les hommes du temps, pourrait servir d'annexe à la Correspondance du vieux poète, jadis rassemblée par Perrotin. On y voit, entre autres passages, ce curieux alinéa, arrangé enConfiteor.
«Autrefois, quand j'étais inconnu, je cherchais follement à devenir célèbre. Plus tard, quand j'ai été célèbre, j'ai cherché à redevenir obscur et j'ai été souvent assez heureux pour réussir à l'être.»
Ces cinq ou six lignes éclairent pleinement les dernières années de la vie de ce chansonnier qui ayant pu être tout n'a jamais voulu rien être.
En 1849, un jour, en janvier, Victor Hugo, sortant de l'Institut et se rendant à la Chambre, rencontra Béranger, le long des quais. On s'aborda, on se salua, on se serra les mains.
--D'où venez-vous donc? demanda le chansonnier, qui, n'étant pas de l'Académie, ignorait les jours de séance.
--D'un lieu, répondit le poète desOrientales, où vous auriez du entrer depuis longtemps.
--Et où allez-vous?
--En un lieu d'où vous n'auriez jamais dû sortir.
Béranger sourit, salua son illustre confrère et ne répondit rien.
Philibert Audebrand.
PARIS.--Le Nouveau Théâtre de la Porte-Saint-Martin.
L'année dernière, à pareille époque, j'assistais à l'inauguration du nouvel observatoire de Florence, établi sur la colline d'Arcetri par les soins de Donati. C'était une fête tout intellectuelle, qui se passait sur la colline même où Galilée a vécu si longtemps, et d'où il a répandu sur le monde la lumière de l'astronomie régénérée. Mais par un de ces douloureux caprices du destin, le fondateur de ce nouvel établissement scientifique devait précisément manquer à la fête. La veille même de l'inauguration, je venais de le quitter sain et sauf au palais Pitti, lorsqu'en descendant l'escalier du musée il fit un faux pas et se brisa la jambe! L'inauguration se passa sans lui, et après la cérémonie nous lui portâmes à signer le parchemin, revêtu de la signature de tous les astronomes présents, italiens et étrangers, qui devait être enterré dans les fondations du nouvel édifice. Du moins espérait-il que, délivré des conséquences de cet accident, il pourrait installer lui-même son nouvel observatoire dans les conditions tracées par lui-même, et le munir principalement des instruments nécessaires à l'astronomie physique, dont les rapides progrès resteront la gloire de notre siècle. Hélas! la mort vient de le surprendre, presque subitement, et de l'enlever à l'âge de quarante-sept ans, dans la force de l'âge.
L'ASTRONOME DONATI.
Désigné par son gouvernement pour représenter l'Italie au congrès des météorologistes de toutes les nations, qui s'est réuni à Vienne le 1er septembre, c'est dans cette ville qu'il prit les premiers germes du mal terrible qui devait l'emporter. Parti souffrant, lorsque le congrès eût terminé ses séances, il négligea de se soigner, fit en trente-six heures le trajet de Vienne à Florence, pour laisser moins longtemps sans chef l'observatoire d'Arcetri, et le surlendemain de son retour, il était enlevé à l'affection et à l'estime de ses concitoyens par le choléra.
Donati est surtout connu dans le monde par la comète qui porte son nom, par la grande comète de 1858, que toute l'Europe a admirée, et qui conservera dans les annales de l'astronomie le nom du patient observateur qui l'a découverte. Mais sa place restera marquée dans l'histoire des sciences par les progrès qu'il a su imprimer aux différentes branches de l'astronomie auxquelles il s'adonnait avec une prédilection toute particulière. L'analyse spectralelui a dû une féconde impulsion. On sait que cette nouvelle branche de la science nous fait connaître la constitution chimique du soleil et des étoiles par l'examen de leur lumière: C'est par elle que nous avons su que l'astre du jour est entouré d'une atmosphère ardente dans le sein de laquelle brûlent les vapeurs métalliques du fer, du magnésium, du sodium, de l'hydrogène, etc., que telles étoiles offrent en prédominance le spectre de l'azote, d'autres celui du carbone, et que nous avons pu classer les astres du ciel par ordre de structure et de composition chimique, comme des échantillons de minéralogie. Or, dès 1860, Donati publiait dans leNuovo Cimento, ses premiers travaux sur les raies des spectres stellaires. Il est donc un des premiers qui ait appliqué la spectroscopie aux questions célestes. Aussi, lorsque se fonda, en 1871, la célèbre Société des spectroscopistes italiens, il en fut dès le début un des membres les plus éminents, et le spectroscope à vingt-cinq prismes qu'il avait imaginé, et qui se trouve en ce moment à l'Exposition de Vienne, est un appareil très-remarquable. Cette Société des spectroscopistes fait le plus grand honneur à l'Italie, et, sous la direction du savant professeur Tacchini de Palerme, elle publie les plus curieux travaux qu'on ait jamais faits sur le soleil.
ÉVÉNEMENTS D'ESPAGNE.--La frégate insurgéeNumanciacoulant leFernando Cattolico.
Calculateur habile en même temps qu'observateur distingué, Donati réunissait à un égal degré les aptitudes si distinctes de l'astronomie mathématique et de l'astronomie physique. Il ne savait sans doute pas les tables de logarithmes par cœur (comme l'Allemand Bruhns, qui les sait de 1 à 1000); mais il calculait l'orbite d'une comète en quatre heures, c'est-à-dire en trois fois moins de temps que n'en met un calculateur habile. Au nouvel Observatoire de Florence, il avait déjà installé une machine parallactique de dix pouces et demi d'ouverture, une lunette méridienne de Repsold et un équatorial d'Ertell. Président de la commission météorologique italienne, il centralisait chaque jour à Florence les observations faites sur toute la péninsule.
Jean-Baptiste Donati était né à Pise, le 26 décembre 1826. Il était directeur de l'Observatoire de Florence depuis la mort d'Amici, arrivée en 1864.
L'astronomie n'a pas de patrie. Tous les astronomes sentent la perte qu'ils viennent de faire. Ses collègues de Florence doivent éprouver un vide plus grand encore.
Nous reproduisons ici pour nos lecteurs le portrait de notre illustre et bienveillant ami, à l'aide de la photographie qu'il nous avait offerte pendant notre dernier voyage en Italie. C'était une figure douce et calme, reflétant la tranquillité d'esprit d'une âme accoutumée à contempler les cieux et à scruter leurs mystères.
Camille Flammarion.
Ces deux députés ont été les héros de la semaine. Aussi donnons-nous leurs portraits en tête de ce numéro. C'était bien le moins que nous puissions faire pour ces autres argonautes, retour de Salzbourg, d'où ils ont rapporté de compagnie, prétend-on, la toison d'or de la monarchie légitime.
M. Lucien Brun, qui était entré le premier en campagne, est l'un des sept députés du département de l'Ain. Il a été élu le 8 février 1871, par 41,505 voix. C'est un avocat de Lyon, une des voix éloquentes de la droite, sur les bancs de laquelle il a fait ses débuts politiques. C'est dire qu'il est légitimiste et de plus clérical. Ajoutons qu'il rend très-bien à la tribune, avec son visage pâle encadré de cheveux noirs, sa voix sonore, sa facile élocution. C'est l'enfant chéri de la Congrégation, qui a facilité et soutenu ses premiers pas au barreau, et qui, comme on le voit, n'a pas semé dans une terre ingrate.
Voici le relevé des votes de M. Lucien Brun.
Il a voté pour: la paix, la pétition des évêques, le pouvoir constituant de l'Assemblée, la réduction du service militaire à trois ans, la loi contre la municipalité lyonnaise, le renversement de M. Thiers et sa démission, la circulaire Pascal, le bill de confiance au gouvernement du 21 mai, la loi Ernoul et l'église Montmartre. Il a voté contre: le retour à Paris, la dissolution et la liberté des enterrements civils.
S'il est inutile d'ajouter que M. Lucien Brun a été de tous les pèlerinages, il ne sera peut-être pas mal à propos de rappeler cette parole qu'il prononçait à la tribune de l'Assemblée nationale, moins d'un an avant son voyage d'Allemagne: «Personne ici ne songe à fonder une dynastie.» On le voit bien.
Toutefois, il semble que M. Lucien Brun, quelque bien armé qu'il fût, n'ait pas su, seul, mener à bonne fin le travail d'Hercule, puisque nous le voyons, par un télégramme du 13 octobre, appeler M. Chesnelong à la rescousse.
M. Chesnelong, lui, n'a pas débuté dans la carrière avec l'année terrible. Il a des antécédents politiques. Cet honorable négociant, âgé de cinquante-trois ans, plus clérical si c'est possible que M. Lucien Brun, a été député de l'empire de 1866 à 1870. Les électeurs du département des Basses-Pyrénées l'ont envoyé siéger neuvième à Versailles, le 7 janvier 1872 seulement, par 40,668 suffrages. De ce moment il s'est voué corps et âme à l'œuvre de la fusion qui, c'est le bruit du jour, grâce à son intervention, vient d'aboutir.
M. Chesnelong n'a eu qu'à paraître pour tout obtenir: garanties constitutionnelles, libertés civiles, politiques, religieuses, drapeau tricolore, tout enfin. C'est du moins M. Hervé qui le dit. La note de la réunion des bureaux le dit également, avec cette toute petite restriction, cette simple parenthèse: «L'initiative royale restant d'ailleurs intacte.» Il est vrai que l'Union, combattant l'un et commentant l'autre, dit de son côté: «Le roy ne peut faire aucune concession parce qu'il est le roy.» Et plus loin: «Le droit monarchique est l'accord du roy et du pays, du roy qui règne et gouverne, et du pays qui exprime librement ses vœux.»
Mais si l'Uniondit vrai, et elle doit dire vrai, j'en atteste la parenthèse de la note des bureaux, il y aurait alors beaucoup à rabattre des triomphes remportés à Salzbourg par MM. Chesnelong et Lucien Brun. Aller à la montagne est un piètre miracle qui ne me semble pas propre à faire beaucoup de prosélytes. Et je m'engage, moi qui ne suis pas un foudre d'éloquence, à toujours terrasser, mon adversaire, quand pour le vaincre il ne s'agira que de lui dire: «Ah! vous n'en voulez pas démordre, très-bien; alors je sais ce qu'il me reste à faire: je cède.»
En définitive si, ce qui n'est pas encore certain, l'œuvre de la fusion aboutit, il en aura été des garanties réclamées par le centre droit comme de la femme marine de l'île de Cabalure, dont parle Lucien. Au moment où il croit la saisir, elle disparaît et se change en eau. La résistance du centre droit s'en sera allée en eau de boudin.
Louis Clodion.
Nous avons reçu au dernier moment une correspondance des plus complètes et des plus intéressantes sur le combat naval livré dans les eaux de Carthagène par les navires insurgés à l'escadre de l'amiral Lobo. L'heure avancée à laquelle ces renseignements nous sont parvenus ne nous a pas permis de les publier tous aujourd'hui, mais nous avons tenu à reproduire dès à présent un croquis envoyé par notre correspondant sur un fait qui s'est produit postérieurement à l'engagement et que le télégraphe n'avait encore fait connaître qu'imparfaitement: nous voulons parler de l'accident arrivé à un des navires insurgés, leFernando-Cattolico, qui revenant d'une expédition faite sur la côte, a été coulé bas par la frégate cuirasséeNumancia.C'est par suite d'une fausse manœuvre et non intentionnellement, comme on l'avait cru d'abord, que laNumanciaa abordé leFernando-Cattolico; ce dernier navire, construit en bois, a été éventré par le choc de la frégate cuirassée; il a sombré en quelques minutes et tout l'équipage a péri à l'exception de cinq hommes seulement.
Depuis trois mois environ, dans la cour du château des Tuileries, circule, au milieu des décombres, une armée d'ouvriers et de soldats du génie.
C'est que depuis trois mois on s'occupe à jeter par terre les deux ailes ajoutées au vieux château élevé par Philibert Delorme: celle du Sud, bâtie par Ducerceau, celle du Nord, bâtie par L. Levau et François Dorbay. Le pavillon de Marsan, donnant sur la rue de Rivoli, a été également abattu pour être reconstruit sur le plan d'après lequel a été réédifié, sur la fin du règne de Napoléon III, le pavillon de Flore, que l'incendie de 1871 a heureusement épargné.
Ainsi dégagé, le château de Philibert Delorme, composé du pavillon de l'horloge et des deux corps de bâtiments qui le flanquent à droite et à gauche, reprendra sa physionomie primitive, car, d'après nos informations, que nous avons lieu de croire exactes, les deux annexes abattues qui le reliaient aux pavillons de Marsan et de Flore seront remplacées par une simple colonnade. Cette heureuse innovation aura le double avantage de rompre la monotonie de la longue ligne des anciens bâtiments, qui rapetissaient les proportions de l'édifice, et d'ouvrir, à droite et à gauche du château, des perspectives de verdure du côté de la place du Carrousel, et d'architecture du côté du jardin.
Tous les amis de l'art ne peuvent manquer de battre des mains à cette transformation.
Le dessin que nous donnons dans ce numéro nous dispense de décrire longuement la façade du nouveau théâtre, qui est d'ailleurs aussi simple qu'élégante. Elle est percée au rez-de-chaussée de cinq portes, dont trois au centre donnent accès dans le vestibule. Quatre cariatides séparent ces trois ouvertures et supportent un balcon de peu de saillie sur lequel ouvrent trois baies, dont une porte-fenêtre avec attique, qu'encadre un cintre dont la clef est un masque tragique.
L'entrée du théâtre est facile.
Seuls, les locataires des premières places pénètrent par le boulevard, la direction ayant, pour éviter l'encombrement, installé rue de Bondy la queue des petites places, et le bureau de distribution des billets pour le parterre et pour les galeries et loges supérieures auxquelles conduit un escalier spécial. Une fois dans le vestibule, un très-bel escalier mène au premier étage, où se trouve le foyer, un peu petit, assez richement décoré et ayant vue sur le boulevard.
La salle, blanc et or, est assez vaste. Sa profondeur est de 18 mètres, sa largeur de 23, la hauteur de sa coupole de 20. MM. Lavastre et Desplechin ont peint le plafond. Le lustre, très-grand, produit le plus bel effet de lumière. On compte dans cette salle environ 300 fauteuils d'orchestre et autant de places de stalles et de parterre. Les loges de face, au nombre de vingt, contiennent chacune cinq places. Quant au balcon, disons qu'il avance trop sur l'orchestre, masquant de beaucoup de points la vue des loges et reléguant les baignoires dans une ombre formidable. Ce sera la seule critique que nous adresserons au nouveau théâtre, qui est l'œuvre très-recommandable d'un architecte de talent, M. de la Chardonnière.
Ce tableau que nous reproduisons représente l'intérieur d'un armurier au XVIIe siècle.
L'armurier, qu'à son type il est facile de reconnaître pour un juif, est assis en habit de travail devant son établi, et tient en main une épée, qu'il examine d'un air attentif et connaisseur. Le client attend, assis lui-même, en face du vieux maître, sur le bord d'un bahut. C'est un jeune officier des mousquetaires du roi ou du cardinal, qui attache évidemment la plus grande importance au résultat de cet examen, car il en suit la marche avec un intérêt évident. Il va sans doute prochainement entrer en campagne, ou il a sur les bras quelque affaire d'honneur qu'il va lui falloir tout à l'heure régler.
L'atelier est encombré de tout le harnais de guerre du temps.
Cuirasses, brassards, cuissards, gorgerins, gantelets, baudriers richement brodés, larges chapeaux ornés de longues plumes, épées, poignards, arbalètes, sont suspendus aux murs, encombrent les sièges ou reposent pêle-mêle sur le plancher. Brillant fouillis plein de couleur et de style, qu'on regarde avec plaisir et qui témoigne de la science archéologique du peintre.
M. Jacomin est l'auteur de cette intéressante composition, qui fait partie de la collection photographique Hermann.
Les Écoles sous l'Empire et la Restauration, par M. L. Henri (1 vol. in-18, Ernest Leroux.)--L auteur dédie à la jeunesse française et aux étudiants de Paris cette histoire des écoles qui commence en 1814, au moment où les polytechniciens et les élèves d'Alfort défendent, sous Paris, la liberté de la patrie, et qui finit en 1830, à l'heure où George Farcy tombe pour la liberté publique et où le futur colonel Charras combat avec l'ardeur de ses vingt ans. Ce livre est tout d'actualité, comme on dit. Il est brûlant de patriotisme. C'est un chapitre excellent de l'histoire du parti libéral. Il montre que les gouvernements sont peu stables qui ont contre eux cette irrésistible force, cette légion sacrée, la jeunesse.
Les Dolmens d'Afrique, par le général Faidherbe (1 broch. E. Leroux).--On n'a pas oublié le congrès anthropologique qui se tint à Bruxelles. Lorsqu'il en vint à étudier cette lointaine époque, ce qu'on appellel'âge de la pierre polie, le secrétaire général du congrès demanda à M. le général Faidherbe de faire une communication sur les dolmens, «monuments qu'on rattache généralement à cet âge». Le général Faidherbe ne pouvait, dit-il, fournir des observations que sur les dolmens d'Afrique, qu'il a particulièrement étudiés, mais il pense que la question des dolmens est une.
Nous n'avons pas la prétention de discuter les théories du général sur une question qu'il a particulièrement approfondie, pas plus que nous ne serions, par exemple, en mesure de critiquer ses savantes études sur la langue des Berbères. Nous pouvons bien dire cependant qu'il est peu de travaux purement scientifiques qui nous aient paru aussi clairs, aussi accessibles à tous, que ceMémoire sur les Dolmens. Ces pierres druidiques qui nous paraissaient si mystérieuses, les voilà étudiées de près, interrogées et, si je puis dire, devinées. M. le général Faidherbe est un esprit net, ne se payant point de mots, allant au but et on retrouve dans ces pages où l'écrivain a horreur de la phrase, le tacticien habile et le mathématicien remarquable. Je sais peu de lectures aussi attachantes et aussi profitables. Le soldat de Pont-Novelles mériterait, depuis longtemps, d'occuper un siège à l'Institut.
Poèmes et fantaisies, par M. Gustave Vinot. (1 vol. Librairie des Bibliophiles.)--Le nom de M. Gustave Vinot n'est déjà plus celui d'un inconnu. La critique, et je parle de la plus sérieuse, l'a salué, à son début, avec une estime particulière. Sainte-Beuve, s'il eût vécu, eût, sans nul doute souhaité la bienvenue au débutant. M. Vinot est un vrai poète. Le poème de Claudine, qui ouvre son volume, est surtout remarquable sous le rapport de la langue, vraiment superbe. Il y a comme des échos de Musset, du Musset mélancolique et profond, dans les accents vraiment émus, parfois déchirants, de M. G. Vinot. Et ce n'est pas vainement que je rappelle ici Musset. L'Espoir en l'homme, de M. Vinot, a été conçu, disait-on, en manière de réponse au poète désolé.
Bien peu de poètes ont à leur service un instrument aussi harmonieux et aussi vibrant que celui de M. Vinot, je parle de son style large et musical. On lira certainement ce volume, qui est d'un artiste, mais surtout d'un inspiré, et je n'en puis rien citer que ces derniers vers d'une invocation à Paris. On jugera par eux du volume tout entier: