Chapter 4

--Saint-Jean! Boniface! criait la foule, chacun provoquant celui des écarteurs qu'il préférait.Mais aucun ne parut pressé de descendre; Saint-Jean regardant Boniface qui regardait Orner.--A toi!--Non, à toi!En voyant cette débandade, Anie s'était mise à rire:--Je n'ai jamais autant que maintenant admiré l'agilité des Landais, dit-elle.C'était à son père qu'elle adressait ces quelques mots, le baron les arrêta au passage:--Permettez-moi de me réclamer de ma nationalité, dit-il en saluant.Avant qu'elle eut compris ces paroles bizarres, il appuya les deux mains sur le rebord de la tribune, et d'un bond il sauta dans l'arène.Il y eut un mouvement de surprise, mais presqu'aussitôt un cri immense s'éleva: on l' avait reconnu, et on l'acclamait.--Lebaronne!Ce n'était plus un acteur ordinaire qui allait provoquer la Moulasse, c'était le baron, que tout le monde connaissait, et l'espoir de voir cette lutte allumait un délire de joie.--Le baronne! le baronne!Hommes, femmes, enfants, tout le monde s'était levé, gesticulait, curieux, enthousiasmé; les regards faisaient balle sur lui, l'on restait les yeux écarquillés, la bouche ouverte, dans l'attente de ce qui allait se passer.Vivement il était venu se placer en face de la Moulasse, mais sans cependant se rapprocher trop d'elle, de façon à la voir venir; le veston boutonné et serré à la taille, son chapeau jeté au loin, il leva les deux bras droit au-dessus de sa tête et d'un claquement de langue provoqua la vache.Instantanément elle fondit sur lui: l'attention était frénétique; on ne respirait plus; dans le silence on n'entendait que le trot rapide de la vache sur le sable; elle arrivait. Le baron n'avait pas bougé et la tenait dans ses yeux. Elle baissa la tête. Il tourna sur ses talons, et elle passa en l'effleurant. Mais c'était une bête expérimentée; au lieu de s'abandonner à son élan, elle se jeta brusquement de côté et revint sur le baron qui l'écarta une seconde fois, puis une troisième, toujours avec la même justesse, la même sûreté.La fatigue et la nonchalance des écarteurs s'étaient miraculeusement envolées quand ils avaient vu le baron tomber dans l'arène, et tous en même temps ils s'y étaient abattus: provoquée de divers côtés, la Moulasse se jeta sur eux, et le baron put remonter à sa tribune pour reprendre sa place à côté d'Anie, tandis que la foule l'acclamait avec des trépignements qui menaçaient de faire écrouler le cirque sous les battements de pieds.--Quelle émotion vous nous avez donnée! dit Mme Barincq en le complimentant.--Je regrette de n'avoir pas eu le temps de vous affirmer que je ne courais aucun danger, dit-il simplement, avec une entière sincérité.Une clameur lui coupa la parole, la Moulasse venait de surprendre un écarteur et elle le secouait au bout de ses cornes engagées dans la ceinture qui le serrait à la taille; on se jeta sur elle, et il retomba sur ses pieds pour se sauver en boitant.--Vous voyez, dit Mme Barincq, le premier moment d'émoi calmé.--C'est un maladroit.--Crois-tu maintenant que M. d'Arjuzanx tienne à te plaire? dit Mme Barincq à sa fille, lorsqu'après la course ils se retrouvèrent tous les trois installés dans leur landau.--En quoi?--En sautant dans l'arène pour te montrer son courage.--Cela ne m'a pas plu du tout.--Tu as eu peur?--Pas assez pour ne pas trouver qu'il était peu digne d'un homme de son rang de se donner ainsi en spectacle.A suivre.Hector Malot.PEINT PAR PINCHARTAU PIGEONNIERPEINT PAR BOURGAIN.LES PREMIERS GALONSPEINT PAR ACHILLE FOULD.MORTE-SAISON.PEINT PAR BOURGAIN.PORTRAIT A CINQUANTE CENTIMES.

--Saint-Jean! Boniface! criait la foule, chacun provoquant celui des écarteurs qu'il préférait.

Mais aucun ne parut pressé de descendre; Saint-Jean regardant Boniface qui regardait Orner.

--A toi!

--Non, à toi!

En voyant cette débandade, Anie s'était mise à rire:

--Je n'ai jamais autant que maintenant admiré l'agilité des Landais, dit-elle.

C'était à son père qu'elle adressait ces quelques mots, le baron les arrêta au passage:

--Permettez-moi de me réclamer de ma nationalité, dit-il en saluant.

Avant qu'elle eut compris ces paroles bizarres, il appuya les deux mains sur le rebord de la tribune, et d'un bond il sauta dans l'arène.

Il y eut un mouvement de surprise, mais presqu'aussitôt un cri immense s'éleva: on l' avait reconnu, et on l'acclamait.

--Lebaronne!

Ce n'était plus un acteur ordinaire qui allait provoquer la Moulasse, c'était le baron, que tout le monde connaissait, et l'espoir de voir cette lutte allumait un délire de joie.

--Le baronne! le baronne!

Hommes, femmes, enfants, tout le monde s'était levé, gesticulait, curieux, enthousiasmé; les regards faisaient balle sur lui, l'on restait les yeux écarquillés, la bouche ouverte, dans l'attente de ce qui allait se passer.

Vivement il était venu se placer en face de la Moulasse, mais sans cependant se rapprocher trop d'elle, de façon à la voir venir; le veston boutonné et serré à la taille, son chapeau jeté au loin, il leva les deux bras droit au-dessus de sa tête et d'un claquement de langue provoqua la vache.

Instantanément elle fondit sur lui: l'attention était frénétique; on ne respirait plus; dans le silence on n'entendait que le trot rapide de la vache sur le sable; elle arrivait. Le baron n'avait pas bougé et la tenait dans ses yeux. Elle baissa la tête. Il tourna sur ses talons, et elle passa en l'effleurant. Mais c'était une bête expérimentée; au lieu de s'abandonner à son élan, elle se jeta brusquement de côté et revint sur le baron qui l'écarta une seconde fois, puis une troisième, toujours avec la même justesse, la même sûreté.

La fatigue et la nonchalance des écarteurs s'étaient miraculeusement envolées quand ils avaient vu le baron tomber dans l'arène, et tous en même temps ils s'y étaient abattus: provoquée de divers côtés, la Moulasse se jeta sur eux, et le baron put remonter à sa tribune pour reprendre sa place à côté d'Anie, tandis que la foule l'acclamait avec des trépignements qui menaçaient de faire écrouler le cirque sous les battements de pieds.

--Quelle émotion vous nous avez donnée! dit Mme Barincq en le complimentant.

--Je regrette de n'avoir pas eu le temps de vous affirmer que je ne courais aucun danger, dit-il simplement, avec une entière sincérité.

Une clameur lui coupa la parole, la Moulasse venait de surprendre un écarteur et elle le secouait au bout de ses cornes engagées dans la ceinture qui le serrait à la taille; on se jeta sur elle, et il retomba sur ses pieds pour se sauver en boitant.

--Vous voyez, dit Mme Barincq, le premier moment d'émoi calmé.

--C'est un maladroit.

--Crois-tu maintenant que M. d'Arjuzanx tienne à te plaire? dit Mme Barincq à sa fille, lorsqu'après la course ils se retrouvèrent tous les trois installés dans leur landau.

--En quoi?

--En sautant dans l'arène pour te montrer son courage.

--Cela ne m'a pas plu du tout.

--Tu as eu peur?

--Pas assez pour ne pas trouver qu'il était peu digne d'un homme de son rang de se donner ainsi en spectacle.

A suivre.Hector Malot.

PEINT PAR PINCHARTAU PIGEONNIER

PEINT PAR BOURGAIN.LES PREMIERS GALONS

PEINT PAR ACHILLE FOULD.MORTE-SAISON.

PEINT PAR BOURGAIN.PORTRAIT A CINQUANTE CENTIMES.


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