Des grands ciels largement brossés ou lavés glisse sur des épisodes poignants ou lugubres une morne lumière, pâle, hésitante. Très rarement un jour blond caresse d'un rayon favorable à l'espoir ces hommes qui s'en vont à la mort ou qu'on emporte vers les tables de chirurgie. Pourtant, ces deux lamentables blessés qui, d'un pas traînant, «à travers les plaines infinies et boueuses de la Thrace», s'en reviennent vers des ambulances lointaines, peut-être pour eux inaccessibles, cheminent dans un joli crépuscule d'or pâle qui se reflète en étincelles aux flaques du sol. Et, de même, une blondeur d'aube éclaire, dans l'aquarelle que nous avons reproduite en couleurs sur double page, cette saisissante rencontre: un train venant de Tchataldja, lourd de blessés et de malades, a déposé sur le quai son triste chargement que des voitures, maintenant, vont reprendre pour le conduire vers Mustapha-Pacha, d'où se fera l'évacuation sur les ambulances et les hôpitaux; un autre convoi, dans le même temps, amenait des troupes fraîches que voilà en route pour le front, sitôt débarquées. Des regards s'échangent entre ces soldats qui demain... et les autres, ceux qui, hier, vaillants, pleins de vie, d'audace, se battaient de si bon coeur pour le drapeau et pour la croix. Mais toute cette scène se déroule dans le même silence qui pèse partout sur ce pays en guerre, quand n'y gronde pas la voix sourde du canon.Un couchant éclatant s'éploie aussi derrière laBatterie turque réduite au silence, à Karagatch, une mystérieuse silhouette de machine tendant vers cette pourpre sanglante des morceaux de ferraille dépecée, pareils à d'impuissants moignons.Mais ce sont les atmosphères tristes qui dominent, des ciels comme voilés encore par les fumées des incendies, d'autres blafards comme des suaires, éclairant des scènes indicibles, villages en ruines, pauvres morts héroïques injuriés par les animaux faméliques, pour n'avoir pas été enterrés assez profond, ou maltraités encore, après la fin suprême, par les vivants, traînés comme de la chair vile, demi-nus, derrière quelque chariot dont la moisson de cadavres est déjà trop abondante.«J'aurais voulu, écrit Georges Scott à la fin de sa courte préface, j'aurais voulu, pour compléter ces impressions de guerre par un contraste équitable, pouvoir aussi donner une idée de l'enthousiasme patriotique des troupes au départ et au combat, de l'émulation de sacrifice pendant l'action des batailles; j'ai préféré ne montrer que ce que j'ai vu, en essayant d'exprimer ces visions avec toute l'exactitude possible.»Aux positions avancées de l'artillerie: debout, le major Droumef, un héros de Loule-Bourgas.Les tranchées extrêmes de l'infanterie, sous les shrapnells turcs.PENDANT LES COMBATS DE TCHATALDJA.--(Clichés pris le 20 novembre 1912.)Photographies de M. S. Tchaprachikof.Pourtant le peintre en a rencontré, de ces régiments stoïques partant au front du même air impassible que celui qu'il vit à Dimotika, croisant le train des blessés, et il nous donnera, sans doute, quelque jour, après avoir mûrement pensé, quelques évocations de ce bel enthousiasme qui animait l'armée, le peuple entier, préparé de longtemps à la lutte inévitable, et soudain dressé dans un élan furieux, soulevé par la foi patriotique et religieuse contre l'ennemi séculaire.UN SOLDAT PHOTOGRAPHEA l'état-major bulgareAlors que Georges Scott a exploré ainsi, le crayon aux doigts, les champs de bataille de Thrace, où se décida le sort de la puissance ottomane, un correspondant de marque, et que nous avons eu déjà l'occasion de remercier ici de son aimable collaboration, M. Stéphane Tchaprachikof, secrétaire de S. M. le tsar Ferdinand, a, depuis le début de la campagne, glané, à l'avant des lignes bulgares où ses fonctions officielles lui permettaient, à lui, d'accéder, de fort intéressants clichés dont il a bien voulu faire bénéficierL'Illustration.Ceux que nous publions aujourd'hui nous font assister à l'action, directement.C'est d'abord une apparition assez curieuse du tsar Ferdinand, visitant en tout petit comité les positions les plus avancées de son armée devant l'indomptable Andrinople.Au début de la guerre, en effet, M. Tchaprachikof accompagnait à Mustapha-Pacha--la première conquête des Bulgares en terre ottomane--puis à Yamboli, le tsar Ferdinand. Exalté, comme tant d'autres, par les spectacles dont il avait été témoin, il sollicitait alors du souverain l'autorisation de s'engager comme volontaire dans la troisième armée. On peut penser qu'elle ne lui fut point marchandée: il voulut être incorporé comme simple soldat, ordonnance à l'état-major, qu'il rejoignit à Ermenikeui.Du 17 au 20 novembre, il prenait part à la bataille engagée devant Tchataldja.Le 20, il était envoyé en mission aux avant-postes, à l'endroit le plus énergiquement canonné par les batteries turques. Il y demeura tout le temps du duel d'artillerie, exposé à la pluie de shrapnells. voyant tomber, à son côté, un soldat blessé grièvement. Ce fut alors qu'il prit ces clichés dont l'un nous conduit à la position avancée de l'artillerie, près du major Droumef, l'un des héros de Loule-Bourgas, dont le second nous introduit dans les tranchées extrêmes de l'infanterie, au milieu d'hommes si calmes qu'ils s'occupent de l'objectif, cependant que les shrapnells meurtriers, sifflant au-dessus de leurs têtes, s'en vont retomber un peu plus loin en mitraille et accomplir leur oeuvre. Une dernière photographie nous montre l'ensemble des mamelons de Tchataldja, où de seules fumées blanches révèlent le drame sanglant qui se déroule.Le soir même de cette journée--hommage à sa vaillance dont il a le droit de n'être pas médiocrement fier--il recevait des mains du chef de la troisième armée la croix de l'ordre de Bravoure.Il devait, lors de l'armistice, être appelé à des fonctions qui le firent assister à l'un des actes les plus importants de l'histoire contemporaine: il fut nommé secrétaire de la commission bulgare chargée de discuter les conditions auxquelles, de part et d'autre, on allait cesser le feu. Il suivit toutes les négociations, et ce fut lui qui rédigea le protocole de suspension des hostilités.Ces services le désignaient pour suivre à Londres les plénipotentiaires bulgares. Traversant tout le pays conquis, il gagna Vienne, puis Paris et l'Angleterre: mais, hélas! la mission pacificatrice à laquelle il prenait part ne devait pas être couronnée de succès.Gustave Babin.Gnl Savof. Gnl Radko Dimitrief. M. Tchaprachikof.En haut: l'état-major bulgare à la bataille de Tchataldja, le 17 novembre.--En bas: le champ de bataille pendant l'action d'artillerie. Le dernier cliché fut pris par M. Stéphane Tchaprachikof du même point que le croquis panoramique de M. Alain de Penennrun publié dans le numéro du 14 décembre dernier. Le document photographique témoigne de l'exactitude du dessin.L'ARMÉE BULGARE(Agrandissement)CAVALIERS ET ARTILLEURS (CAMPAGNE DE THRACE)Trompettes du 9e régiment.--Cavalier en observation.--Gendarme.--Cavalier du 9e régiment (au centre).--Officiers des 9e et 4e régiments. Artilleurs.--Attelage de boeufs traînant une pièce d'artillerie.Page de croquis en couleurs deGeorges Scott.LE TRIOMPHE GREC A JANINALe deuil dans lequel l'assassinat de son roi vient de plonger la Grèce apparaît d'autant plus cruel qu'il succède brutalement pour elle, à une suite de succès. de joies, dont la plus vive, sans doute, lui fut donnée le 8 mars dernier par la nouvelle de la prise de Janina.Les premiers renseignements quelque peu détaillés, comme les premiers documents graphiques sur la reddition de la place, ont été apportés jusqu'à notre Occident lointain par un de nos confrères anglais au prix d'un tour de force trop joli, aux yeux des gens du métier, pour que nous ne nous empressions pas de le signaler.M. David Mac Lellan, envoyé spécial duDaily Mirrordu côté grec, dormait tranquille à Emin Agha, petit village à quelque 90 kilomètres de Janina, quand il fut réveillé à la pointe du jour par le bruit du canon. Préjugeant que peut-être on livrait à la forteresse le suprême assaut, il se précipitait dehors.Une colonne grecque allant faire son entrée à Janina.--Phot. Rhomaïdes Zeitz.La population de Janina venue, avec des drapeaux, au-devant des troupes grecques.Phot. Mac Lellan duDaily Mirror.Mais déjà les négociations étaient engagées depuis la nuit, les conditions fixées pont la capitulation. Déjà, sur sa route, des hommes se congratulaient, échangeaient de vigoureuses poignées de main.Un fourgon qui passait le prit, l'emmena vers la ville. Le bon hasard le jeta juste sur un petit groupe qui entourait le général Soutzos, délégué par le prince héritier vers les parlementaires ottomans.Bientôt, Vehid bey, représentant du commandant de Janina, s'avançait «lentement, le front baissé vers la terre». Il ne leva les yeux que lorsqu'il fut en face du général. Il le fixa un moment et dit: «Je suis venu rendre la ville de Janina.»Un canon victorieux.Le correspondant anglais fut un des premiers à pénétrer dans Janina. La joie y éclatait partout, au moins chez les Grecs, car les Turcs furent quelques jours avant de se résigner. On dansait dans les rues. Mais les casernes. où 12.000 soldats turcs silencieux, abattus, étaient maintenant prisonniers, présentaient un pénible spectacleSa tâche de reporter remplie, quand il eut assisté à l'entrée solennelle des troupes helléniques, le prince Constantin en tête, M. Mac Lellan demanda à voir le Diadoque, lui fit part du succès de sa mission, lui exprimant ses craintes de ne pouvoir, en temps utile, faire tenir à son journal les documents précieux qu'il venait de conquérir. Et, bienveillamment, le prince lui fit donner une automobile pour gagner Preveza. De là. un transport de la marine royale le conduisit à Patras, d'où il est facile d'atteindre Brindisi. En cinq jours, M. David Mac Lellan était à Londres, Et voilà comment, le septième jour après la reddition de Janina, leDaily Mirrorput en raconter et en présenter à ses lecteurs les épisodes marquants.Général Soutros Vehid bey.Vehid bey, représentant du commandant de Janina, venantoffrir la reddition de la ville au général grec Soutzos.--Phot. duDaily Mirror.Cette prise de possession officielle, par les Grecs, d'une ville que depuis tant d'années, ils ambitionnaient de reconquérir, s'effectua dans l'allégresse. La foule était allée, hors des portes de la ville, au-devant des vainqueurs, qu'elle escorta jusqu'à leurs quartiers. Les canons eux-mêmes, puissants auxiliaires d'une difficile conquête, étaient associés à la victoire, leurs longs cols couronnés de lauriers et de fleurs, et le premier acte du prince Constantin fut d'aller, salué sur son parcours de cris de «Vive la Grèce! Vive le Diadoque!». assister au service d'actions de grâces en l'honneur des armes grecques.L'OCCUPATION DE JANINA PAR L'ARMÉE GRECQUE D'EPIRE(Agrandissement)Une vue panoramique de la ville de Janina.La population de Janina sur le passage des troupes grecques pénétrant dans la ville.--Phot. de M. David Mac Lellan, du Daily Mirror.Princes Georges, Andréas et Alexandre. Général Danglis. Le Diadoque.Entrée solennelle du diadoque Constantin à Janina le 6 mars.--Phot. Rhomaïdes-Zeitz.(Agrandissement)AU «CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE».--Le renouvellement«musico-plastique» d'un jeu éternel par les jeunes élèves de M. Jaques-Dalcroze.LA GRACE ET LA FORCEAu Congrès de l'éducation physique et des sports qui s'est tenu à Paris cette semaine et où la démonstration des diverses méthodes a été suivie par des milliers de personnes, nous avons vu à côté de la force triompher la grâce; et les jeunes élèves de M. Jaques-Dalcroze, soit au grand amphithéâtre de la Sorbonne, soit au théâtre Antoine, nous ont véritablement révélé l'esthétique du geste et des attitudes, d'après la méthode de «gymnastique rythmique» que nous explique, comme il suit, M. Elie Marcuse:M. Jaques-Dalcroze est Suisse. Il est né, voici quelque quarante ans, à Vienne, de parents genevois. Il y a été l'élève de Bruckner. Il a été, à Paris, celui de Léo Delibes. Il a composé un opéra (Sancho), un opéra-comique (le Bonhomme Jadis), de la musique de chambre, des recueils de chansons populaires, des recueils de chansons enfantines.Ayant fait quelque chose pour les enfants, M. Dalcroze aurait voulu que les enfants fissent quelque chose pour lui et les voir danser ses chansons. C'est alors qu'il fut frappé par l'anarchie des mouvements et cette «disharmonie» presque constante entre l'expression mimique et la pensée à rendre. De là, son idée de gymnastique rythmique.Le corps doit être, de l'avis de M. Dalcroze, un instrument apte à exprimer les sentiments, à traduire les impressions reçues.Si le musicien a composé son oeuvre sur tel rythme plutôt que sur tel autre, c'est que ce rythme était plus particulier au sentiment qu'il éprouvait. A l'audition, le rythme éveillera donc chez l'élève de M. Dalcroze un sentiment identique. L'élève s'efforcera d'exprimer ce sentiment, en gestes et en attitude.De prime abord, deux sortes de gens en sont incapables: 1° ceux qui ne sont pas musiciens; 2° ceux qui sont musiciens.Les premiers, étant sourds à la mesure, à la cadence et au rythme, sont dans l'impossibilité d'y obéir.Les seconds sont victimes de l'automatisme. Après avoir, durant quelques mesures, accordé leurs mouvements avec la musique, c'est-à-dire après avoir reproduit un rythme musical par une série de gestes, ils sont tentés, si le rythme nouveau rappelle tel ou tel de ces gestes, à répéter mécaniquement et à la file tous les gestes qui suivent dans la première série. Mais la musique, dans l'entre-temps, a changé d'allure et de direction. Tandis qu'elle poursuit d'un côté, ils s'égarent de l'autre. Les voilà perdus.Les élèves qu'a présentés M. Dalcroze au public parisien sont dégagées de cet automatisme. On les voit battre simultanément une certaine mesure avec le bras droit, une autre avec le bras gauche, et en marquer une troisième dans la vitesse du pas. Chacun de leurs membres, chacune des parties de chacun de leurs membres est exercée à jouer différemment dans un ensemble harmonisé, comme font, par exemple, les mains sur le clavier.M. Dalcroze esquisse au piano, durant une mesure, un rythme quelconque. Ses élèves le traduisent ensuite dans leurs gestes et leur démarche. Mais déjà M. Dalcroze leur indique un rythme différent. Elles le relieront au premier. Et ainsi, toujours en retard d'une mesure, elles obéissent sans se laisser distraire et sans broncher jamais. Aussi, voudront-elles «danser» une impression ou un sentiment, une mélodie entendue ou celle qui chanterait en elles, elles ne seront plus asservies à cet automatisme dont nous parlions tantôt.«Il y a, dit Platon, des danses qui ont surtout en vue le corps lui-même; elles servent à développer sa vigueur, sa souplesse, sa beauté; elles exercent chaque membre à se plier et à s'étendre, à se prêter docilement, par des mouvements faciles et harmonieux, à toutes les figures, à toutes les attitudes qu'on peut exiger.» Tels sont les exercices de M. Jaques-Dalcroze. Il ne leur a pas, peut-être, assigné d'autres fins. Mais il n'empêche que l'intelligence y participe, la volonté et la mémoire, cette mère de tous les arts, au dire des anciens.M. Jaques-Dalcroze a-t-il rejoint les Grecs sur le chemin de la sagesse? Il se réjouit de cette rencontre, mais il se défend bien de l'avoir recherchée. Il les a trouvés à la source où lui-même venait puiser un peu de fraîcheur et de limpidité.Il n'a rien imité. Il n'a pas copié les silhouettes de leur céramique. Ce pédagogue excellent, ce musicien remarquable ne se promène pas, dans le Paris contemporain, chaussé de sandales et vêtu du péplos. Son incontestable originalité est plus profonde et plus vraie.La scène est tendue d'une toile bise, M. Jaques-Dalcroze est en redingote, et son instrument est un pleyel. Il parle au public avec bonhomie. Il ne conférencie pas: il cause. Il explique sa méthode. Il interpelle l'une ou l'autre de ses élèves et la tutoie paternellement. Ce sont des fillettes de huit à quinze ans, dont aucune ne se destine à la danse et qui vont toutes encore à l'école.Tantôt, elles étaient en maillots noirs, jambes et pieds nus. Elles «solfiaient» les éléments de la gymnastique rythmique. Maintenant, les voici portant de courtes tuniques mauves: elles vont faire desréalisations musico-plastiques. Vous entendez qu'elles vont danser.M. Jaques-Dalcroze s'assied au piano. Scherzo de Bach, rondo de Beethoven: les petites dansent le rondo de Beethoven et le scherzo de Bach. M. Dalcroze veut que la danse ne soit pas qu'esthétique, mais pathétique encore. Celle des fillettes nous plaît nous émeut.Et puis, elles jouent. C'est de leur âge. Trois d'entre elles se tiennent par la main. Une quatrième les conduit, les rênes hautes. Voilà un attelage et son conducteur. Toutes quatre conforment leur allure au rythme de la mélodie; mais, tandis que les chevaux font deux pas et semblent galoper, le conducteur, lui, n'en fait qu'un et semble vouloir les retenir. Mais à la manière de la raison qui réfrènent l'instinct et lui cède de ce qu'il faut.Nous avons tous joué à ce jeu éternel. Le voici renouvelé, moins frénétique et plus gracieux.Et, tandis que les doigts de M. Dalcroze se cabraient sur les touches en un accord final, j'admirais dans tout cela, dans le jeu, dans les danses, dans les exercices, un clair et classique esprit d'analyse et de coordination, une dissociation facile des mouvements, et cette aisance, et cette absence d'effort ou plutôt cet effort si bien balancé chez de petites filles, saines, simples, qui souriaient, qui souriaient...Et je me sentais, dans mon fauteuil, un corps paralytique et une âme un peu humiliée.Elie Marcuse.Avec d'autres groupes de jeunes filles, mercredi, au Vélodrome d'Hiver, se manifestèrent les excellents résultats d'autres méthodes de culture physique féminine, au premier rang desquelles il faut placer la méthode française de M. le professeur Demeny.Et, pendant les quatre jours que dura le Congrès, toutes les après-midi et même les soirées furent remplies par des démonstrations pratiques où triomphèrent tour à tour, dans leurs exercices de force et de souplesse, Suédois, Danois, et surtout les admirables équipes françaises présentées par l'école de Joinville et par le lieutenant de vaisseau Hébert, le génial instructeur des pupilles et des fusiliers de notre marine, le directeur demain du Collège d'Athlètes de Reims.(Agrandissement)AU CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE.--Le lancement du poids par les fusiliers marins du lieutenant de vaisseau Hébert.LES LIVRES & LES ÉCRIVAINSStendhalianaOn parle un peu moins de Balzac. On parle un peu plus de Stendhal. Sans doute on continue de lire Balzac, mais on recommence de lire Stendhal. C'est une mode si vous voulez, un goût du jour, une élégance, une équité aussi, peut-être. Un monument doit commémorer à Paris le souvenir du grand écrivain. La très ancienne maison d'éditions Honoré et Édouard Champion entreprend la publication définitive des Oeuvres complètes de Stendhal et les deux premiers tomes consacrés àla Vie de Henri Brulardviennent de paraître. Enfin, un nouveau prix littéraire, qui portera le nom dePrix Stendhal, est fondé par laRevue critique des idées et des livresdont le numéro du 10 mars est entièrement consacré «à celui qui, dit notre confrère, a le mieux représenté au dix-neuvième siècle la tradition ardemment psychologique de notre littérature». Il suit que le prix Stendhal sera décerné chaque année «au meilleur roman psychologique, à la meilleure nouvelle du même caractère, choisis parmi les manuscrits inédits présentés au concours». Les romans et nouvelles devront être déposés aux bureaux de la revue avant le 10 mai prochain; le prix pour le roman est de 2.000 francs et de 500 francs pour la nouvelle. En outre, l'ouvrage couronné sera publié par laRevue critique.Voici donc un nouveau prix littéraire. Quand nous serons à cent... Le geste est d'ailleurs louable. Le patronage est grand. Les satisfactions morales offertes aux jeunes écrivains sont appréciables. Il ne s'ensuit pas que le jury de laRevue critiquepourra chaque année réussir à nous révéler un nouveau chef-d'oeuvre. Tous les jurys littéraires qui ont le même objet ont échoué les uns après les autres dans cette tâche irréalisable. Il ne naît pas un chef-d'oeuvre tous les ans, et il y a trop de consécrations obligatoires pour trop peu de génies frais éclos. Mais il n'importe! Il faut continuer à créer des prix, beaucoup de prix. Ce sera le meilleur et le plus digne moyen de soutenir, parmi les difficultés de la carrière, les jeunes écrivains qui manifestent, dès leur début, des qualités intéressantes et qui auront peut-être un jour du talent et mieux encore.Le prix Stendhal!Cela sonne beau. On aimera fort, j'en suis sûr, avoir écrit un livre, un premier livre, qui aura été jugé digne de mériter les suffrages posthumes d'Henri Beyle.ZislinD'Alsace, il nous vient une fois encore un beau livre qui sera «pour nos oeufs de Pâques ce quel'Histoire d'Alsacede l'oncle Hansi a été pour nos étrennes». Les dessins de Zislin (2), ainsi présentés dans l'éloquente et spirituelle préface de M. Paul Déroulède, ont été choisis par le sympathique directeur desMarches de l'Est, M. Georges Ducrocq, parmi les illustrations--presque toutes sensationnelles en terre annexée--dont le courageux artiste mulhousien a enrichi son journal satiriqueDur's Elsass.(2)Sourires d'Alsace, édition desMarches de l'Est.Hansi, Zislin, deux ardents et souples jouteurs dont nous savons les audaces et les prisons et qui, par toutes leurs oeuvres cinglantes, nous répètent: «Vous voyez que l'esprit français ne meurt pas en Alsace. Plus l'immigration accumule autour de nous, annexés, de colères allemandes, plus nous demeurons français et traditionnels. Et, puisque le pangermanisme nous provoque, à chaque instant, au combat, nous combattons le pangermanisme, joyeusement et à la française...» Car il ne faut point s'y tromper. Ce n'est point contre tout ce qui est allemand en Alsace que la lutte est systématiquement engagée. Zislin écrit en légende sous un de ses dessins: «A l'abri de deux arbres, cultures française et allemande, l'Alsace-Lorraine était florissante; mais le nouveau maître, Pangerman, vint et dit: «Que cet arbre étranger disparaisse!...» Et voilà pourquoi ces deux » artistes, formés par la pensée française, Hansi et Zislin, ont déclaré la guerre au maître Pangerman.Zislin, on le sait, est né à Mulhouse. Il entra à l'âge de dix-sept ans à l'atelier de dessins industriels de son père. Mais une autre voie, plus riche en imprévus et en périls, le tentait. De 1902 à 1905 il publia un petit hebdomadaire satirique, le «Klapperstei», c'est-à-dire leBavard, de Mulhouse. En 1905, éclate la première bombe. On parlait fort à cette époque de l'autonomie alsacienne. Zislin lance un placard où l'on voit, sous cette légende: «l'Alsace, Etat confédéré», l'aigle de Prusse qui enfonce ses serres dans le corps d'une Alsacienne abattue sur le sol. Le placard est confisqué et Zislin arrêté, une première fois, pour quarante-huit heures. En décembre 1905, le hardi railleur est condamné, pour un autre dessin, à 150 marks d'amende. En 1907, il fonde «Dur's Elsass», dont il est à la fois le directeur et l'unique collaborateur. Cette publication atteint et pénètre la masse populaire. Le gouvernement impérial s'en rend bien compte; aussi frappe-t-il sans pitié le dessinateur qui est condamné à huit mois de prison en 1908, à deux mois en 1910, à quinze jours en 1911.Il y a quinze mois--il faut se rappeler cela--une image duSimplicissimus, représentant l'évasion du capitaine Lux, portait cette légende: «La glorieuse tradition de l'armée française existe toujours. Tout comme en 1870, les gaillards savent déguerpir.» La provocation, brutale, voulait être cruelle. Instantanément, Zislin saisit son crayon de riposte, peuple de pierres tombales un vaste champ de mort avec, sur des croix, les noms de Sedan et Waterloo, puis il fait surgir de cet ossuaire la foule des tués allemands avec leurs fusils en pièces et, au-dessous de l'évocation, il écrit cette phrase courte et formidable, à la Cyrano: «Les seuls qui pourraient répondre!»L'album où nous trouvons cette réplique et où il est prouvé que, si «la Force a primé le droit, elle n'est point parvenue à supprimer l'esprit», sera fort goûté chez nous. Ces sourires qui nous viennent d'Alsace continuent, et nous être très chers. Et nous conservons toute notre tendresse à cette petite Alsacienne de Zislin qui, persécutée par les procédés sommaires de séduction de ses trop nombreux prétendants pangermanistes, a ce cri de l'âme:--Décidément, je préfère rester veuve!Albéric Cahuet.Voir dansLa Petite Illustrationjointe à ce numéro le compte rendu dela Poursuite du Bonheur aux États-Unis,de Mrs B. Van Vorst, dePékin qui s'en va,de M. Louis Carpeaux, del'Avant-Guerre,de M. Léon Daudet, et des ouvrages de critique littéraire récemment publiés et des autres limes nouveaux.LES THÉÂTRESLa Porte-Saint-Martin a repris, avec un succès véritablement triomphal,Cyrano de Bergerac, le chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand, dont la première représentation eut, il y a quinze ans, un retentissement universel. On attendait cette reprise avec la double curiosité de voir comment cette comédie héroïque réapparaîtrait devant le public quinze ans après sa «création» et de juger comment le nouvel interprète de son rôle principal, M. Le Bargy, succéderait à l'inoubliable «créateur» M. Coquelin. Or la pièce a reparu avec tout son éclat. On n'est plus surpris par cette virtuosité constamment renouvelée et par ces traits qui partent tantôt de l'esprit et tantôt du coeur, par tant de pensées ingénieuses, tant d'images neuves et saisissantes, tant de mots pittoresques et tintinnabulants, tant de scènes d'une gaieté héroïque ou d'une si douce émotion; on les attend au contraire et, pour ainsi dire, on les guette; mais on en est toujours étonné et plus encore ravi. C'est indiquer l'accueil fait de nouveau à cette oeuvre si essentiellement française. Et l'accueil fait à sa nouvelle interprétation n'a pas été moins chaleureux. M. Le Bargy est à souhait un Cyrano batailleur et tendre, laid de visage et beau de coeur, et l'on a pu dire que, s'il ne fait pas oublier son illustre prédécesseur dans ce rôle, il ne le fait pas regretter non plus. Nous reproduirons dans notre prochain numéro une photographie en couleurs de ce nouveau Cyrano. Mme Andrée Mégard est une souple, jolie et séduisante Roxane. M. Jean Coquelin est toujours un parfait Raguenau. MM. Pierre Magnier, Desjardins, Jean Kemm, Etiévant, sont à la hauteur des protagonistes dans leurs rôles respectifs de Christian, de Guiche, du capitaine des Cadets, de Le Bret.Hélène Ardouin (Mlle Vera Sergine) et Sébasien Real(M. L. Rozenberg) au 4e acte de la nouvelle pièce de M. Alfred Capus:Hélène Ardouin, tirée de son remarquable roman;Robinson, et jouésur la scène du Vaudeville.Phot. Bert.Au Vaudeville M. Alfred Capus, que l'on n'avait pas applaudi depuis les Favorites aux Variétés et depuisEn Garde!à la Renaissance, a fait représenter une pièce nouvelle qui a, dès son apparition, conquis la faveur du public, mais qui intéressera particulièrement tous nos lecteurs:Hélène. Ardouin. C'est en effet l'héroïne du romanRobinson, paru dansL'Illustrationen 1910, qui a fourni le titre de cette belle et touchante comédie, et l'on peut voir autour de la protagoniste, admirablement incarnée par Mlle Vera Sergine, évoluer sur la scène du Vaudeville les principaux personnages du livre.C'est une émouvante histoire d'amour, et d'autant plus émouvante qu'elle se déroule parmi des êtres de condition moyenne, au milieu des réalités de l'existence quotidienne, mais celles-ci dépeintes et ceux-là animés avec une rare expérience de la vie, une profonde intuition psychologique, et la plus clairvoyante philosophie. Le partenaire de Mlle Sergine, M. Rozenberg, a composé avec beaucoup de mesure et de tact le personnage attachant et curieux de Sébastien Real.La carrière del'Homme qui assassina, au théâtre Antoine, se poursuit fort brillante, avec une nouvelle interprète du rôle principal. A Mlle Madeleine Lely, appelée par des engagements antérieurs sur une autre scène, a succédé, en effet, pour incarner lady Falkland, la femme même de l'auteur, M. Pierre Frondaie. Mme Michèle --c'est le nom de théâtre de Mme Pierre Frondaie--tient ce rôle, déjà si émouvant par lui-même, avec une beauté et une force d'expression qui lui valent chaque soir, auprès de M. Gémier en colonel de Sévigné, les plus légitimes et les plus chaleureux applaudissements.LA CAMPAGNE D'UN AVIATEUR BULGAREOn n'a eu jusqu'à présent que des renseignements assez rares sur le rôle joué par les aéroplanes durant la guerre balkanique. Les états-majors des armées coalisées comme de l'armée turque n'ont point fait connaître les services qu'ont pu leur rendre les reconnaissances aériennes. Quelques sorties heureuses ont été, de loin en loin, signalées; et l'on a appris, récemment, par une brève information, la chute à Andrinople d'un aviateur bulgare, immédiatement fait prisonnier. Les alliés disposaient pourtant de quelques appareils, dont les pilotes ont, dans l'ensemble, rempli leur mission avec succès. Une lettre adressée par l'un d'eux, le lieutenant Siméon Pétrof, à des amis de France, qui veulent bien nous la communiquer, nous apporte sur ce point un témoignage précis.Le lieutenant Siméon Pétrof.Le lieutenant Pétrof, du 4e régiment d'artillerie bulgare, fils du colonel Pétrof, directeur de l'École militaire de Sofia, mort il y a quelques années, venait d'accomplir un stage de quatre mois à l'école Blériot d'Etampes, où il avait brillamment passé son brevet, lorsque la guerre commença. Envoyé, dès le début des hostilités, à Mustapha-Pacha, il reçut l'ordre, le 7 novembre, d'aller reconnaître les défenses d'Andrinople. Il partit à 5 heures du soir, et il faisait nuit lorsqu'il parvint au-dessus des positions ennemies. «Tout à coup, écrit-il, je remarquai que les Turcs tiraient sur moi. Un instant après, une terrible détonation éclatait au-dessus de ma tête: c'étaient les shrapnells lancés par les obusiers turcs. Instinctivement je détournai mon appareil, et je me dirigeai vers la ville, dont je fis deux fois le tour.» Tous les fusils de la garnison, dont le lieutenant Pétrof apercevait les feux, le saluèrent de balles; aucune ne l'atteignit, et il put revenir sans accident dans les lignes bulgares, après un voyage de 74 kilomètres.Le 9 novembre, le courageux pilote effectuait une nouvelle reconnaissance au-dessus d'Andrinople, et, le 16, il se rendait de Mustapha-Pacha à Tchorlou, franchissant en 1 h. 45 minutes 180 kilomètres. De Tchorlou, il partait, le 23 du même mois, pour Kadaktcha, à 10 kilomètres de Tchataldja, où il se présentait au général Dimitrief. Là, les pourparlers entrepris pour la conclusion de l'armistice devaient, à son grand regret, le contraindre à l'inaction.Et le lieutenant Pétrof, contant ensuite, dans sa lettre, la marche foudroyante des troupes bulgares, conclut par ce mot significatif: «Moi, avec mon aéroplane, je n'ai pas pu attraper cette armée qui avançait si vite...»DOCUMENTS et INFORMATIONSLe charbon français.Le tableau suivant, récemment dressé par le syndicat des Houillères de France, nous fait connaître les mouvements de la production et de la consommation du charbon en France, depuis près d'un siècle.ProductionAnnées. française. Consommation.Milliers de tonnes.1820......... 1.000 1.3001840......... 3.000 4.0001860......... 8.000 14.0001880......... 19.000 28.0001890......... 26.000 36.0001900......... 32.000 48.0001910......... 38.000 56.0001911......... 39.000 59.000Comme on voit, notre situation s'est grandement améliorée au cours des trente dernières années.Depuis 1880, la production française a doublé, ainsi que la consommation; dans cette période, la proportion de combustibles étrangers dans la consommation totale a seulement passé de 32 à 34%.Quant à notre exportation, elle reste sensiblement stationnaire et très minime: 900 tonnes en 1900; 1.700 en 1910; 500 en 1911.Sur les 39 millions de tonnes extraites des mines françaises en 1911, 26 millions ont été fournis par le bassin du Nord et du Pas-de-Calais.Les victimes des Alpes.D'après un relevé du Club alpin allemand, 1.117 personnes ont péri dans les Alpes au cours des douze dernières années (1900-1912).Le nombre des victimes, qui avait atteint 132 en 1911 et 128 en 1910, fut seulement de 95 en 1912.Sur ces 95 victimes, dont 6 femmes, 36 se tuèrent en Allemagne, 26 aux environs de Vienne, 29 dans le Tyrol, 4 en Suisse et en France.On compte: 53 personnes tombées dans un précipice, 13 englouties par des avalanches, 8 mortes de froid.Trois touristes ont trouvé la mort en même temps dans le massif du Mont-Blanc le 15 août 1912: M. Jones, de Cambridge, sa femme et son guide.Comme toujours, la très grande majorité de ces accidents sont dus à des imprudences ou à des maladresses peu excusables.Un incendie à Tokio.Au milieu des décombres, les maisons à l'épreuve du feu.Les palissades élevées pour délimiter les propriétés.La reconstruction d'une maison, 48 heures après l'incendie.UN INCENDIE GIGANTESQUE A TOKIO.--Phot. J. du Mesle.Un incendie considérable, comme on n'en voit guère qu'au Japon, a éclaté à Tokio dans la nuit du 19 au 20 février et a consumé un quartier du district de Kanda deux fois plus étendu que le fameux Yoshiwara, également détruit par le feu il y a quelques mois. Poussées par un vent violent, favorisées par la légèreté des constructions faites de bois et de papier, les flammes ont dévoré en cinq ou six heures environ trois mille maisons parmi lesquelles se trouvaient un grand nombre d'écoles et une église catholique française. Sur ce vaste champ de ruines, où il est souvent difficile de distinguer les rues, lesdodzoou magasins à l'épreuve du feu sont seuls restés debout.On chercherait en vain des mobiliers arrachés au désastre; les habitants ont eu le sentiment très net de leur impuissance, et nul n'a essayé de déménager. Aussi, le nombre des accidents de personnes fut fort restreint; on compte seulement quelques blessés et un mort.Le brasier à peine éteint, on vit les sinistrés se promener au milieu des débris fumants pour tâcher de reconnaître l'emplacement de leur demeure. Ici, un propriétaire marque son coin avec une carte de visite attachée à une baguette fichée en terre; ailleurs, des palissades s'élèvent pour délimiter les propriétés et reconstituent le tracé des rues.Tous ces gens, d'ailleurs, vont et viennent comme s'ils vaquaient à leurs occupations ordinaires. La catastrophe semble n'avoir guère touché leur impassibilité fataliste et l'on sent qu'à bref délai un quartier neuf, tout aussi japonais et fragile, se dressera sur l'enclos aujourd'hui couvert de cendres.La truffe française,La campagne trufficole est close ou à peu près, car les quelques truffes qu'on déterre maintenant ça et là ne peuvent compter comme une récolte sérieuse.La récolte de la truffe qui, cette année, avait commencé de très bonne heure, finit donc, par contre, très tôt. En effet, certaines années on creuse des truffes jusqu'au 15 avril. Les truffes tardives sont, en général, particulièrement savoureuses et parfumées, mais leur volume est moindre.Malgré l'arrêt prématuré de la production trufficole, la campagne aura été excellente et, dans toutes les régions où la précieuse cryptogame se récolte, les trufficulteurs se sont montrés particulièrement satisfaits. Partout la truffe a été abondante et de qualité parfaite. L'an dernier, au contraire, la campagne trufficole fut désastreuse. Ceci était dû à l'été exceptionnellement chaud de 1911. Pour qu'il y ait de la truffe, il faut qu'il pleuve au mois d'août. Or, en 1911, dans certains départements méridionaux comme le Vaucluse, qui est aujourd'hui le plus grand producteur de truffes de France, il n'était pas tombé une goutte d'eau pendant quatre mois.L'abondance de la truffe est une richesse pour le pays, car il n'y a qu'en France qu'on rencontre la belle truffe d'un beau noir dont la chair est marbrée de mille veines blanches, laTuber melanosporum, dénommée couramment truffe du Périgord. Or, la récolte de celle-ci se monte en moyenne à plus de 3 millions de kilogrammes.La production de la truffe a augmenté depuis cinquante ans d'une façon progressive. Elle augmente d'année en année, car, chaque année, on plante de nouveaux chênes truffiers. C'est ainsi qu'en 1892 la statistique portait pour le Vaucluse une production annuelle de 470.000 kilogrammes et en 1903 de 716.000 kilogrammes, soit une augmentation de 250.000 kilogrammes en onze ans. En Dordogne les chiffres nous montrent également l'augmentation formidable de la production de la truffe qui de 160.000 kilogrammes en 1892 est montée à 420.000 kilogramme.Malgré cela, la truffe n'a pas diminué de prix, parce que plus sa production augmente plus sa consommation croît en proportion. Peu de produits jouissent d'une telle faveur. Et cette faveur n'est pas imméritée, avouons-le...Le tombeau de Sainte-Hélène.Dans son ouvrage, dont nous avons rendu compte récemment, sur les lendemains de Sainte-Hélène:Après la mort de l'empereur, notre collaborateur Albéric Cahuet a dit, d'après des documents actuels, comment les domaines français de Sainte-Hélène (la maison de la captivité et le tombeau de Napoléon acquis en 1858 par Napoléon III au prix de 178.600 francs) se trouvaient sur le point d'être condamnés à l'abandon et à un prompt anéantissement par suite de l'insuffisance de crédits d'entretien qu'il est question de réduire encore, sinon de complètement supprimer. Ces crédits figurent actuellement au budget pour 6.000 francs (entretien d'un gérant, qui est en même temps notre agent consulaire à Sainte-Hélène) au chapitre: «Personnel des services extérieurs», et pour 3.000 francs au chapitre: «Entretien des immeubles à l'étranger.» Ces 3,000 francs servent à payer à la fois les salaires des gardiens, les réparations et les impôts. Or, la maison de Longwood, reconstituée à grands frais de 1858 à 1860 par une mission spécialement envoyée de France, menace maintenant ruine et il est question de supprimer le dernier gardien qui protège le tombeau --toujours très visité et avec beaucoup de recueillement, par les voyageurs--contre les incursions de bestiaux des domaines voisins.Ces faits auxquels notre confrère leMatina donné sa grande publicité ont vivement ému tous ceux qui considèrent que le souvenir de Sainte-Hélène demeure un grand souvenir français.Parmi les nombreuses lettres que notre collaborateur a reçues à cette occasion, il en est une, particulièrement touchante, qui lui a été adressée par le petit-fils d'un des vieux soldats de la Grande Armée, M. Jules Delaunay, à Dozulé (Calvados), et que nous croyons intéressant de reproduire. M. Jules Delaunay écrit:«Voulez-vous me permettre, monsieur, de vous soumettre une idée?» Est-ce que ce n'est pas un devoir sacré pour les descendants des soldats de Napoléon, de ceux qui eurent «sa dernière pensée», de se réunir et de contribuer à l'entretien de la maison qui a vu mourir le héros et de la tombe qui a contenu son cercueil?» Une société s'est formée pour conserver Versailles, c'est bien, mais ce qui serait bien aussi, à mon avis du moins, ce serait de conserver, de restaurer le domaine français de Sainte-Hélène. Nous avons des descendants des maréchaux du premier Empire. Que l'un d'eux prenne la présidence d'honneur de cette Société et vous verrez accourir à son appel tous les enfants de ceux qui entrèrent à la suite des aigles d'or dans les capitales de l'Europe.» Il va sans dire que cette société n'aurait aucun but politique; ce serait la rabaisser; si tous les descendants des soldats du premier Empire ont le droit d'avoir l'opinion que bon leur semble, aucun ne peut renier la parcelle de gloire, si petite soit-elle, que son ancêtre lui a léguée; c'est faire à nouveau briller cette étincelle que de s'associer pour conserver à la postérité le lieu et la maison qui ont vu le martyre et l'agonie du plus grand capitaine des temps modernes.»Le dernier abri de l'empereur prisonnier et son tombeau de Sainte-Hélène entretenus par les soins des descendants de ses maréchaux et des plus humbles parmi ses vieux soldats, voilà, évidemment, qui ajouterait une jolie page de sentiment à la légende de l'Aigle.Influence minime du soleil sur l'abondance des récoltes.L'assimilation du carbone par les plantes s'opère sous l'influence des radiations solaires, et quand on l'étudié en atmosphère confinée on constate qu'elle est plus grande à la lumière directe qu'à la lumière diffuse.Il semblerait donc qu'un ciel couvert est un obstacle à la décomposition de l'acide carbonique de l'air, et, par suite, à l'accroissement de la matière végétale. Or, les régions à nébulosité fréquente ont souvent une végétation plus puissante que les autres, c'est-à-dire à climat humide.Pour expliquer cette apparente contradiction, on admet que l'efficacité de l'eau est incomparablement plus grande que celle de la lumière, et que la végétation souffre moins de la rareté de soleil que de la rareté d'eau.M. Muntz, membre de l'Académie des sciences, a étudié ce phénomène avec une précision toute scientifique, en observant un champ de luzerne, à Meudon, au cours des étés 1910, 1911, 1912. Deux de ces étés, 1910 et 1912, ont été d'une extrême humidité; celui de 1911 a été marqué par une sécheresse exceptionnelle.L'accroissement, par jour et par mètre carré, de matière végétale sèche a varié dans les proportions suivantes: sur la partie du champ abandonnée aux caprices atmosphériques:
Des grands ciels largement brossés ou lavés glisse sur des épisodes poignants ou lugubres une morne lumière, pâle, hésitante. Très rarement un jour blond caresse d'un rayon favorable à l'espoir ces hommes qui s'en vont à la mort ou qu'on emporte vers les tables de chirurgie. Pourtant, ces deux lamentables blessés qui, d'un pas traînant, «à travers les plaines infinies et boueuses de la Thrace», s'en reviennent vers des ambulances lointaines, peut-être pour eux inaccessibles, cheminent dans un joli crépuscule d'or pâle qui se reflète en étincelles aux flaques du sol. Et, de même, une blondeur d'aube éclaire, dans l'aquarelle que nous avons reproduite en couleurs sur double page, cette saisissante rencontre: un train venant de Tchataldja, lourd de blessés et de malades, a déposé sur le quai son triste chargement que des voitures, maintenant, vont reprendre pour le conduire vers Mustapha-Pacha, d'où se fera l'évacuation sur les ambulances et les hôpitaux; un autre convoi, dans le même temps, amenait des troupes fraîches que voilà en route pour le front, sitôt débarquées. Des regards s'échangent entre ces soldats qui demain... et les autres, ceux qui, hier, vaillants, pleins de vie, d'audace, se battaient de si bon coeur pour le drapeau et pour la croix. Mais toute cette scène se déroule dans le même silence qui pèse partout sur ce pays en guerre, quand n'y gronde pas la voix sourde du canon.
Un couchant éclatant s'éploie aussi derrière laBatterie turque réduite au silence, à Karagatch, une mystérieuse silhouette de machine tendant vers cette pourpre sanglante des morceaux de ferraille dépecée, pareils à d'impuissants moignons.
Mais ce sont les atmosphères tristes qui dominent, des ciels comme voilés encore par les fumées des incendies, d'autres blafards comme des suaires, éclairant des scènes indicibles, villages en ruines, pauvres morts héroïques injuriés par les animaux faméliques, pour n'avoir pas été enterrés assez profond, ou maltraités encore, après la fin suprême, par les vivants, traînés comme de la chair vile, demi-nus, derrière quelque chariot dont la moisson de cadavres est déjà trop abondante.
«J'aurais voulu, écrit Georges Scott à la fin de sa courte préface, j'aurais voulu, pour compléter ces impressions de guerre par un contraste équitable, pouvoir aussi donner une idée de l'enthousiasme patriotique des troupes au départ et au combat, de l'émulation de sacrifice pendant l'action des batailles; j'ai préféré ne montrer que ce que j'ai vu, en essayant d'exprimer ces visions avec toute l'exactitude possible.»
PENDANT LES COMBATS DE TCHATALDJA.--(Clichés pris le 20 novembre 1912.)Photographies de M. S. Tchaprachikof.
Pourtant le peintre en a rencontré, de ces régiments stoïques partant au front du même air impassible que celui qu'il vit à Dimotika, croisant le train des blessés, et il nous donnera, sans doute, quelque jour, après avoir mûrement pensé, quelques évocations de ce bel enthousiasme qui animait l'armée, le peuple entier, préparé de longtemps à la lutte inévitable, et soudain dressé dans un élan furieux, soulevé par la foi patriotique et religieuse contre l'ennemi séculaire.
Alors que Georges Scott a exploré ainsi, le crayon aux doigts, les champs de bataille de Thrace, où se décida le sort de la puissance ottomane, un correspondant de marque, et que nous avons eu déjà l'occasion de remercier ici de son aimable collaboration, M. Stéphane Tchaprachikof, secrétaire de S. M. le tsar Ferdinand, a, depuis le début de la campagne, glané, à l'avant des lignes bulgares où ses fonctions officielles lui permettaient, à lui, d'accéder, de fort intéressants clichés dont il a bien voulu faire bénéficierL'Illustration.
Ceux que nous publions aujourd'hui nous font assister à l'action, directement.
C'est d'abord une apparition assez curieuse du tsar Ferdinand, visitant en tout petit comité les positions les plus avancées de son armée devant l'indomptable Andrinople.
Au début de la guerre, en effet, M. Tchaprachikof accompagnait à Mustapha-Pacha--la première conquête des Bulgares en terre ottomane--puis à Yamboli, le tsar Ferdinand. Exalté, comme tant d'autres, par les spectacles dont il avait été témoin, il sollicitait alors du souverain l'autorisation de s'engager comme volontaire dans la troisième armée. On peut penser qu'elle ne lui fut point marchandée: il voulut être incorporé comme simple soldat, ordonnance à l'état-major, qu'il rejoignit à Ermenikeui.
Du 17 au 20 novembre, il prenait part à la bataille engagée devant Tchataldja.
Le 20, il était envoyé en mission aux avant-postes, à l'endroit le plus énergiquement canonné par les batteries turques. Il y demeura tout le temps du duel d'artillerie, exposé à la pluie de shrapnells. voyant tomber, à son côté, un soldat blessé grièvement. Ce fut alors qu'il prit ces clichés dont l'un nous conduit à la position avancée de l'artillerie, près du major Droumef, l'un des héros de Loule-Bourgas, dont le second nous introduit dans les tranchées extrêmes de l'infanterie, au milieu d'hommes si calmes qu'ils s'occupent de l'objectif, cependant que les shrapnells meurtriers, sifflant au-dessus de leurs têtes, s'en vont retomber un peu plus loin en mitraille et accomplir leur oeuvre. Une dernière photographie nous montre l'ensemble des mamelons de Tchataldja, où de seules fumées blanches révèlent le drame sanglant qui se déroule.
Le soir même de cette journée--hommage à sa vaillance dont il a le droit de n'être pas médiocrement fier--il recevait des mains du chef de la troisième armée la croix de l'ordre de Bravoure.
Il devait, lors de l'armistice, être appelé à des fonctions qui le firent assister à l'un des actes les plus importants de l'histoire contemporaine: il fut nommé secrétaire de la commission bulgare chargée de discuter les conditions auxquelles, de part et d'autre, on allait cesser le feu. Il suivit toutes les négociations, et ce fut lui qui rédigea le protocole de suspension des hostilités.
Ces services le désignaient pour suivre à Londres les plénipotentiaires bulgares. Traversant tout le pays conquis, il gagna Vienne, puis Paris et l'Angleterre: mais, hélas! la mission pacificatrice à laquelle il prenait part ne devait pas être couronnée de succès.Gustave Babin.
Gnl Savof. Gnl Radko Dimitrief. M. Tchaprachikof.
En haut: l'état-major bulgare à la bataille de Tchataldja, le 17 novembre.--En bas: le champ de bataille pendant l'action d'artillerie. Le dernier cliché fut pris par M. Stéphane Tchaprachikof du même point que le croquis panoramique de M. Alain de Penennrun publié dans le numéro du 14 décembre dernier. Le document photographique témoigne de l'exactitude du dessin.
(Agrandissement)CAVALIERS ET ARTILLEURS (CAMPAGNE DE THRACE)Trompettes du 9e régiment.--Cavalier en observation.--Gendarme.--Cavalier du 9e régiment (au centre).--Officiers des 9e et 4e régiments. Artilleurs.--Attelage de boeufs traînant une pièce d'artillerie.Page de croquis en couleurs deGeorges Scott.
Le deuil dans lequel l'assassinat de son roi vient de plonger la Grèce apparaît d'autant plus cruel qu'il succède brutalement pour elle, à une suite de succès. de joies, dont la plus vive, sans doute, lui fut donnée le 8 mars dernier par la nouvelle de la prise de Janina.
Les premiers renseignements quelque peu détaillés, comme les premiers documents graphiques sur la reddition de la place, ont été apportés jusqu'à notre Occident lointain par un de nos confrères anglais au prix d'un tour de force trop joli, aux yeux des gens du métier, pour que nous ne nous empressions pas de le signaler.
M. David Mac Lellan, envoyé spécial duDaily Mirrordu côté grec, dormait tranquille à Emin Agha, petit village à quelque 90 kilomètres de Janina, quand il fut réveillé à la pointe du jour par le bruit du canon. Préjugeant que peut-être on livrait à la forteresse le suprême assaut, il se précipitait dehors.
Une colonne grecque allant faire son entrée à Janina.--Phot. Rhomaïdes Zeitz.
La population de Janina venue, avec des drapeaux, au-devant des troupes grecques.Phot. Mac Lellan duDaily Mirror.
Mais déjà les négociations étaient engagées depuis la nuit, les conditions fixées pont la capitulation. Déjà, sur sa route, des hommes se congratulaient, échangeaient de vigoureuses poignées de main.
Un fourgon qui passait le prit, l'emmena vers la ville. Le bon hasard le jeta juste sur un petit groupe qui entourait le général Soutzos, délégué par le prince héritier vers les parlementaires ottomans.
Bientôt, Vehid bey, représentant du commandant de Janina, s'avançait «lentement, le front baissé vers la terre». Il ne leva les yeux que lorsqu'il fut en face du général. Il le fixa un moment et dit: «Je suis venu rendre la ville de Janina.»
Un canon victorieux.
Le correspondant anglais fut un des premiers à pénétrer dans Janina. La joie y éclatait partout, au moins chez les Grecs, car les Turcs furent quelques jours avant de se résigner. On dansait dans les rues. Mais les casernes. où 12.000 soldats turcs silencieux, abattus, étaient maintenant prisonniers, présentaient un pénible spectacle
Sa tâche de reporter remplie, quand il eut assisté à l'entrée solennelle des troupes helléniques, le prince Constantin en tête, M. Mac Lellan demanda à voir le Diadoque, lui fit part du succès de sa mission, lui exprimant ses craintes de ne pouvoir, en temps utile, faire tenir à son journal les documents précieux qu'il venait de conquérir. Et, bienveillamment, le prince lui fit donner une automobile pour gagner Preveza. De là. un transport de la marine royale le conduisit à Patras, d'où il est facile d'atteindre Brindisi. En cinq jours, M. David Mac Lellan était à Londres, Et voilà comment, le septième jour après la reddition de Janina, leDaily Mirrorput en raconter et en présenter à ses lecteurs les épisodes marquants.
Général Soutros Vehid bey.Vehid bey, représentant du commandant de Janina, venantoffrir la reddition de la ville au général grec Soutzos.--Phot. duDaily Mirror.
Cette prise de possession officielle, par les Grecs, d'une ville que depuis tant d'années, ils ambitionnaient de reconquérir, s'effectua dans l'allégresse. La foule était allée, hors des portes de la ville, au-devant des vainqueurs, qu'elle escorta jusqu'à leurs quartiers. Les canons eux-mêmes, puissants auxiliaires d'une difficile conquête, étaient associés à la victoire, leurs longs cols couronnés de lauriers et de fleurs, et le premier acte du prince Constantin fut d'aller, salué sur son parcours de cris de «Vive la Grèce! Vive le Diadoque!». assister au service d'actions de grâces en l'honneur des armes grecques.
(Agrandissement)Une vue panoramique de la ville de Janina.
La population de Janina sur le passage des troupes grecques pénétrant dans la ville.--Phot. de M. David Mac Lellan, du Daily Mirror.
Princes Georges, Andréas et Alexandre. Général Danglis. Le Diadoque.Entrée solennelle du diadoque Constantin à Janina le 6 mars.--Phot. Rhomaïdes-Zeitz.
(Agrandissement)AU «CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE».--Le renouvellement«musico-plastique» d'un jeu éternel par les jeunes élèves de M. Jaques-Dalcroze.
Au Congrès de l'éducation physique et des sports qui s'est tenu à Paris cette semaine et où la démonstration des diverses méthodes a été suivie par des milliers de personnes, nous avons vu à côté de la force triompher la grâce; et les jeunes élèves de M. Jaques-Dalcroze, soit au grand amphithéâtre de la Sorbonne, soit au théâtre Antoine, nous ont véritablement révélé l'esthétique du geste et des attitudes, d'après la méthode de «gymnastique rythmique» que nous explique, comme il suit, M. Elie Marcuse:
M. Jaques-Dalcroze est Suisse. Il est né, voici quelque quarante ans, à Vienne, de parents genevois. Il y a été l'élève de Bruckner. Il a été, à Paris, celui de Léo Delibes. Il a composé un opéra (Sancho), un opéra-comique (le Bonhomme Jadis), de la musique de chambre, des recueils de chansons populaires, des recueils de chansons enfantines.
Ayant fait quelque chose pour les enfants, M. Dalcroze aurait voulu que les enfants fissent quelque chose pour lui et les voir danser ses chansons. C'est alors qu'il fut frappé par l'anarchie des mouvements et cette «disharmonie» presque constante entre l'expression mimique et la pensée à rendre. De là, son idée de gymnastique rythmique.
Le corps doit être, de l'avis de M. Dalcroze, un instrument apte à exprimer les sentiments, à traduire les impressions reçues.
Si le musicien a composé son oeuvre sur tel rythme plutôt que sur tel autre, c'est que ce rythme était plus particulier au sentiment qu'il éprouvait. A l'audition, le rythme éveillera donc chez l'élève de M. Dalcroze un sentiment identique. L'élève s'efforcera d'exprimer ce sentiment, en gestes et en attitude.
De prime abord, deux sortes de gens en sont incapables: 1° ceux qui ne sont pas musiciens; 2° ceux qui sont musiciens.
Les premiers, étant sourds à la mesure, à la cadence et au rythme, sont dans l'impossibilité d'y obéir.
Les seconds sont victimes de l'automatisme. Après avoir, durant quelques mesures, accordé leurs mouvements avec la musique, c'est-à-dire après avoir reproduit un rythme musical par une série de gestes, ils sont tentés, si le rythme nouveau rappelle tel ou tel de ces gestes, à répéter mécaniquement et à la file tous les gestes qui suivent dans la première série. Mais la musique, dans l'entre-temps, a changé d'allure et de direction. Tandis qu'elle poursuit d'un côté, ils s'égarent de l'autre. Les voilà perdus.
Les élèves qu'a présentés M. Dalcroze au public parisien sont dégagées de cet automatisme. On les voit battre simultanément une certaine mesure avec le bras droit, une autre avec le bras gauche, et en marquer une troisième dans la vitesse du pas. Chacun de leurs membres, chacune des parties de chacun de leurs membres est exercée à jouer différemment dans un ensemble harmonisé, comme font, par exemple, les mains sur le clavier.
M. Dalcroze esquisse au piano, durant une mesure, un rythme quelconque. Ses élèves le traduisent ensuite dans leurs gestes et leur démarche. Mais déjà M. Dalcroze leur indique un rythme différent. Elles le relieront au premier. Et ainsi, toujours en retard d'une mesure, elles obéissent sans se laisser distraire et sans broncher jamais. Aussi, voudront-elles «danser» une impression ou un sentiment, une mélodie entendue ou celle qui chanterait en elles, elles ne seront plus asservies à cet automatisme dont nous parlions tantôt.
«Il y a, dit Platon, des danses qui ont surtout en vue le corps lui-même; elles servent à développer sa vigueur, sa souplesse, sa beauté; elles exercent chaque membre à se plier et à s'étendre, à se prêter docilement, par des mouvements faciles et harmonieux, à toutes les figures, à toutes les attitudes qu'on peut exiger.» Tels sont les exercices de M. Jaques-Dalcroze. Il ne leur a pas, peut-être, assigné d'autres fins. Mais il n'empêche que l'intelligence y participe, la volonté et la mémoire, cette mère de tous les arts, au dire des anciens.
M. Jaques-Dalcroze a-t-il rejoint les Grecs sur le chemin de la sagesse? Il se réjouit de cette rencontre, mais il se défend bien de l'avoir recherchée. Il les a trouvés à la source où lui-même venait puiser un peu de fraîcheur et de limpidité.
Il n'a rien imité. Il n'a pas copié les silhouettes de leur céramique. Ce pédagogue excellent, ce musicien remarquable ne se promène pas, dans le Paris contemporain, chaussé de sandales et vêtu du péplos. Son incontestable originalité est plus profonde et plus vraie.
La scène est tendue d'une toile bise, M. Jaques-Dalcroze est en redingote, et son instrument est un pleyel. Il parle au public avec bonhomie. Il ne conférencie pas: il cause. Il explique sa méthode. Il interpelle l'une ou l'autre de ses élèves et la tutoie paternellement. Ce sont des fillettes de huit à quinze ans, dont aucune ne se destine à la danse et qui vont toutes encore à l'école.
Tantôt, elles étaient en maillots noirs, jambes et pieds nus. Elles «solfiaient» les éléments de la gymnastique rythmique. Maintenant, les voici portant de courtes tuniques mauves: elles vont faire desréalisations musico-plastiques. Vous entendez qu'elles vont danser.
M. Jaques-Dalcroze s'assied au piano. Scherzo de Bach, rondo de Beethoven: les petites dansent le rondo de Beethoven et le scherzo de Bach. M. Dalcroze veut que la danse ne soit pas qu'esthétique, mais pathétique encore. Celle des fillettes nous plaît nous émeut.
Et puis, elles jouent. C'est de leur âge. Trois d'entre elles se tiennent par la main. Une quatrième les conduit, les rênes hautes. Voilà un attelage et son conducteur. Toutes quatre conforment leur allure au rythme de la mélodie; mais, tandis que les chevaux font deux pas et semblent galoper, le conducteur, lui, n'en fait qu'un et semble vouloir les retenir. Mais à la manière de la raison qui réfrènent l'instinct et lui cède de ce qu'il faut.
Nous avons tous joué à ce jeu éternel. Le voici renouvelé, moins frénétique et plus gracieux.
Et, tandis que les doigts de M. Dalcroze se cabraient sur les touches en un accord final, j'admirais dans tout cela, dans le jeu, dans les danses, dans les exercices, un clair et classique esprit d'analyse et de coordination, une dissociation facile des mouvements, et cette aisance, et cette absence d'effort ou plutôt cet effort si bien balancé chez de petites filles, saines, simples, qui souriaient, qui souriaient...
Et je me sentais, dans mon fauteuil, un corps paralytique et une âme un peu humiliée.Elie Marcuse.
Avec d'autres groupes de jeunes filles, mercredi, au Vélodrome d'Hiver, se manifestèrent les excellents résultats d'autres méthodes de culture physique féminine, au premier rang desquelles il faut placer la méthode française de M. le professeur Demeny.
Et, pendant les quatre jours que dura le Congrès, toutes les après-midi et même les soirées furent remplies par des démonstrations pratiques où triomphèrent tour à tour, dans leurs exercices de force et de souplesse, Suédois, Danois, et surtout les admirables équipes françaises présentées par l'école de Joinville et par le lieutenant de vaisseau Hébert, le génial instructeur des pupilles et des fusiliers de notre marine, le directeur demain du Collège d'Athlètes de Reims.
(Agrandissement)AU CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE.--Le lancement du poids par les fusiliers marins du lieutenant de vaisseau Hébert.
Stendhaliana
On parle un peu moins de Balzac. On parle un peu plus de Stendhal. Sans doute on continue de lire Balzac, mais on recommence de lire Stendhal. C'est une mode si vous voulez, un goût du jour, une élégance, une équité aussi, peut-être. Un monument doit commémorer à Paris le souvenir du grand écrivain. La très ancienne maison d'éditions Honoré et Édouard Champion entreprend la publication définitive des Oeuvres complètes de Stendhal et les deux premiers tomes consacrés àla Vie de Henri Brulardviennent de paraître. Enfin, un nouveau prix littéraire, qui portera le nom dePrix Stendhal, est fondé par laRevue critique des idées et des livresdont le numéro du 10 mars est entièrement consacré «à celui qui, dit notre confrère, a le mieux représenté au dix-neuvième siècle la tradition ardemment psychologique de notre littérature». Il suit que le prix Stendhal sera décerné chaque année «au meilleur roman psychologique, à la meilleure nouvelle du même caractère, choisis parmi les manuscrits inédits présentés au concours». Les romans et nouvelles devront être déposés aux bureaux de la revue avant le 10 mai prochain; le prix pour le roman est de 2.000 francs et de 500 francs pour la nouvelle. En outre, l'ouvrage couronné sera publié par laRevue critique.
Voici donc un nouveau prix littéraire. Quand nous serons à cent... Le geste est d'ailleurs louable. Le patronage est grand. Les satisfactions morales offertes aux jeunes écrivains sont appréciables. Il ne s'ensuit pas que le jury de laRevue critiquepourra chaque année réussir à nous révéler un nouveau chef-d'oeuvre. Tous les jurys littéraires qui ont le même objet ont échoué les uns après les autres dans cette tâche irréalisable. Il ne naît pas un chef-d'oeuvre tous les ans, et il y a trop de consécrations obligatoires pour trop peu de génies frais éclos. Mais il n'importe! Il faut continuer à créer des prix, beaucoup de prix. Ce sera le meilleur et le plus digne moyen de soutenir, parmi les difficultés de la carrière, les jeunes écrivains qui manifestent, dès leur début, des qualités intéressantes et qui auront peut-être un jour du talent et mieux encore.Le prix Stendhal!Cela sonne beau. On aimera fort, j'en suis sûr, avoir écrit un livre, un premier livre, qui aura été jugé digne de mériter les suffrages posthumes d'Henri Beyle.
Zislin
D'Alsace, il nous vient une fois encore un beau livre qui sera «pour nos oeufs de Pâques ce quel'Histoire d'Alsacede l'oncle Hansi a été pour nos étrennes». Les dessins de Zislin (2), ainsi présentés dans l'éloquente et spirituelle préface de M. Paul Déroulède, ont été choisis par le sympathique directeur desMarches de l'Est, M. Georges Ducrocq, parmi les illustrations--presque toutes sensationnelles en terre annexée--dont le courageux artiste mulhousien a enrichi son journal satiriqueDur's Elsass.
(2)Sourires d'Alsace, édition desMarches de l'Est.
Hansi, Zislin, deux ardents et souples jouteurs dont nous savons les audaces et les prisons et qui, par toutes leurs oeuvres cinglantes, nous répètent: «Vous voyez que l'esprit français ne meurt pas en Alsace. Plus l'immigration accumule autour de nous, annexés, de colères allemandes, plus nous demeurons français et traditionnels. Et, puisque le pangermanisme nous provoque, à chaque instant, au combat, nous combattons le pangermanisme, joyeusement et à la française...» Car il ne faut point s'y tromper. Ce n'est point contre tout ce qui est allemand en Alsace que la lutte est systématiquement engagée. Zislin écrit en légende sous un de ses dessins: «A l'abri de deux arbres, cultures française et allemande, l'Alsace-Lorraine était florissante; mais le nouveau maître, Pangerman, vint et dit: «Que cet arbre étranger disparaisse!...» Et voilà pourquoi ces deux » artistes, formés par la pensée française, Hansi et Zislin, ont déclaré la guerre au maître Pangerman.
Zislin, on le sait, est né à Mulhouse. Il entra à l'âge de dix-sept ans à l'atelier de dessins industriels de son père. Mais une autre voie, plus riche en imprévus et en périls, le tentait. De 1902 à 1905 il publia un petit hebdomadaire satirique, le «Klapperstei», c'est-à-dire leBavard, de Mulhouse. En 1905, éclate la première bombe. On parlait fort à cette époque de l'autonomie alsacienne. Zislin lance un placard où l'on voit, sous cette légende: «l'Alsace, Etat confédéré», l'aigle de Prusse qui enfonce ses serres dans le corps d'une Alsacienne abattue sur le sol. Le placard est confisqué et Zislin arrêté, une première fois, pour quarante-huit heures. En décembre 1905, le hardi railleur est condamné, pour un autre dessin, à 150 marks d'amende. En 1907, il fonde «Dur's Elsass», dont il est à la fois le directeur et l'unique collaborateur. Cette publication atteint et pénètre la masse populaire. Le gouvernement impérial s'en rend bien compte; aussi frappe-t-il sans pitié le dessinateur qui est condamné à huit mois de prison en 1908, à deux mois en 1910, à quinze jours en 1911.
Il y a quinze mois--il faut se rappeler cela--une image duSimplicissimus, représentant l'évasion du capitaine Lux, portait cette légende: «La glorieuse tradition de l'armée française existe toujours. Tout comme en 1870, les gaillards savent déguerpir.» La provocation, brutale, voulait être cruelle. Instantanément, Zislin saisit son crayon de riposte, peuple de pierres tombales un vaste champ de mort avec, sur des croix, les noms de Sedan et Waterloo, puis il fait surgir de cet ossuaire la foule des tués allemands avec leurs fusils en pièces et, au-dessous de l'évocation, il écrit cette phrase courte et formidable, à la Cyrano: «Les seuls qui pourraient répondre!»
L'album où nous trouvons cette réplique et où il est prouvé que, si «la Force a primé le droit, elle n'est point parvenue à supprimer l'esprit», sera fort goûté chez nous. Ces sourires qui nous viennent d'Alsace continuent, et nous être très chers. Et nous conservons toute notre tendresse à cette petite Alsacienne de Zislin qui, persécutée par les procédés sommaires de séduction de ses trop nombreux prétendants pangermanistes, a ce cri de l'âme:
--Décidément, je préfère rester veuve!Albéric Cahuet.
Voir dansLa Petite Illustrationjointe à ce numéro le compte rendu dela Poursuite du Bonheur aux États-Unis,de Mrs B. Van Vorst, dePékin qui s'en va,de M. Louis Carpeaux, del'Avant-Guerre,de M. Léon Daudet, et des ouvrages de critique littéraire récemment publiés et des autres limes nouveaux.
La Porte-Saint-Martin a repris, avec un succès véritablement triomphal,Cyrano de Bergerac, le chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand, dont la première représentation eut, il y a quinze ans, un retentissement universel. On attendait cette reprise avec la double curiosité de voir comment cette comédie héroïque réapparaîtrait devant le public quinze ans après sa «création» et de juger comment le nouvel interprète de son rôle principal, M. Le Bargy, succéderait à l'inoubliable «créateur» M. Coquelin. Or la pièce a reparu avec tout son éclat. On n'est plus surpris par cette virtuosité constamment renouvelée et par ces traits qui partent tantôt de l'esprit et tantôt du coeur, par tant de pensées ingénieuses, tant d'images neuves et saisissantes, tant de mots pittoresques et tintinnabulants, tant de scènes d'une gaieté héroïque ou d'une si douce émotion; on les attend au contraire et, pour ainsi dire, on les guette; mais on en est toujours étonné et plus encore ravi. C'est indiquer l'accueil fait de nouveau à cette oeuvre si essentiellement française. Et l'accueil fait à sa nouvelle interprétation n'a pas été moins chaleureux. M. Le Bargy est à souhait un Cyrano batailleur et tendre, laid de visage et beau de coeur, et l'on a pu dire que, s'il ne fait pas oublier son illustre prédécesseur dans ce rôle, il ne le fait pas regretter non plus. Nous reproduirons dans notre prochain numéro une photographie en couleurs de ce nouveau Cyrano. Mme Andrée Mégard est une souple, jolie et séduisante Roxane. M. Jean Coquelin est toujours un parfait Raguenau. MM. Pierre Magnier, Desjardins, Jean Kemm, Etiévant, sont à la hauteur des protagonistes dans leurs rôles respectifs de Christian, de Guiche, du capitaine des Cadets, de Le Bret.
Hélène Ardouin (Mlle Vera Sergine) et Sébasien Real(M. L. Rozenberg) au 4e acte de la nouvelle pièce de M. Alfred Capus:Hélène Ardouin, tirée de son remarquable roman;Robinson, et jouésur la scène du Vaudeville.Phot. Bert.
Au Vaudeville M. Alfred Capus, que l'on n'avait pas applaudi depuis les Favorites aux Variétés et depuisEn Garde!à la Renaissance, a fait représenter une pièce nouvelle qui a, dès son apparition, conquis la faveur du public, mais qui intéressera particulièrement tous nos lecteurs:Hélène. Ardouin. C'est en effet l'héroïne du romanRobinson, paru dansL'Illustrationen 1910, qui a fourni le titre de cette belle et touchante comédie, et l'on peut voir autour de la protagoniste, admirablement incarnée par Mlle Vera Sergine, évoluer sur la scène du Vaudeville les principaux personnages du livre.
C'est une émouvante histoire d'amour, et d'autant plus émouvante qu'elle se déroule parmi des êtres de condition moyenne, au milieu des réalités de l'existence quotidienne, mais celles-ci dépeintes et ceux-là animés avec une rare expérience de la vie, une profonde intuition psychologique, et la plus clairvoyante philosophie. Le partenaire de Mlle Sergine, M. Rozenberg, a composé avec beaucoup de mesure et de tact le personnage attachant et curieux de Sébastien Real.
La carrière del'Homme qui assassina, au théâtre Antoine, se poursuit fort brillante, avec une nouvelle interprète du rôle principal. A Mlle Madeleine Lely, appelée par des engagements antérieurs sur une autre scène, a succédé, en effet, pour incarner lady Falkland, la femme même de l'auteur, M. Pierre Frondaie. Mme Michèle --c'est le nom de théâtre de Mme Pierre Frondaie--tient ce rôle, déjà si émouvant par lui-même, avec une beauté et une force d'expression qui lui valent chaque soir, auprès de M. Gémier en colonel de Sévigné, les plus légitimes et les plus chaleureux applaudissements.
On n'a eu jusqu'à présent que des renseignements assez rares sur le rôle joué par les aéroplanes durant la guerre balkanique. Les états-majors des armées coalisées comme de l'armée turque n'ont point fait connaître les services qu'ont pu leur rendre les reconnaissances aériennes. Quelques sorties heureuses ont été, de loin en loin, signalées; et l'on a appris, récemment, par une brève information, la chute à Andrinople d'un aviateur bulgare, immédiatement fait prisonnier. Les alliés disposaient pourtant de quelques appareils, dont les pilotes ont, dans l'ensemble, rempli leur mission avec succès. Une lettre adressée par l'un d'eux, le lieutenant Siméon Pétrof, à des amis de France, qui veulent bien nous la communiquer, nous apporte sur ce point un témoignage précis.
Le lieutenant Siméon Pétrof.
Le lieutenant Pétrof, du 4e régiment d'artillerie bulgare, fils du colonel Pétrof, directeur de l'École militaire de Sofia, mort il y a quelques années, venait d'accomplir un stage de quatre mois à l'école Blériot d'Etampes, où il avait brillamment passé son brevet, lorsque la guerre commença. Envoyé, dès le début des hostilités, à Mustapha-Pacha, il reçut l'ordre, le 7 novembre, d'aller reconnaître les défenses d'Andrinople. Il partit à 5 heures du soir, et il faisait nuit lorsqu'il parvint au-dessus des positions ennemies. «Tout à coup, écrit-il, je remarquai que les Turcs tiraient sur moi. Un instant après, une terrible détonation éclatait au-dessus de ma tête: c'étaient les shrapnells lancés par les obusiers turcs. Instinctivement je détournai mon appareil, et je me dirigeai vers la ville, dont je fis deux fois le tour.» Tous les fusils de la garnison, dont le lieutenant Pétrof apercevait les feux, le saluèrent de balles; aucune ne l'atteignit, et il put revenir sans accident dans les lignes bulgares, après un voyage de 74 kilomètres.
Le 9 novembre, le courageux pilote effectuait une nouvelle reconnaissance au-dessus d'Andrinople, et, le 16, il se rendait de Mustapha-Pacha à Tchorlou, franchissant en 1 h. 45 minutes 180 kilomètres. De Tchorlou, il partait, le 23 du même mois, pour Kadaktcha, à 10 kilomètres de Tchataldja, où il se présentait au général Dimitrief. Là, les pourparlers entrepris pour la conclusion de l'armistice devaient, à son grand regret, le contraindre à l'inaction.
Et le lieutenant Pétrof, contant ensuite, dans sa lettre, la marche foudroyante des troupes bulgares, conclut par ce mot significatif: «Moi, avec mon aéroplane, je n'ai pas pu attraper cette armée qui avançait si vite...»
Le charbon français.
Le tableau suivant, récemment dressé par le syndicat des Houillères de France, nous fait connaître les mouvements de la production et de la consommation du charbon en France, depuis près d'un siècle.
ProductionAnnées. française. Consommation.Milliers de tonnes.1820......... 1.000 1.3001840......... 3.000 4.0001860......... 8.000 14.0001880......... 19.000 28.0001890......... 26.000 36.0001900......... 32.000 48.0001910......... 38.000 56.0001911......... 39.000 59.000
Comme on voit, notre situation s'est grandement améliorée au cours des trente dernières années.
Depuis 1880, la production française a doublé, ainsi que la consommation; dans cette période, la proportion de combustibles étrangers dans la consommation totale a seulement passé de 32 à 34%.
Quant à notre exportation, elle reste sensiblement stationnaire et très minime: 900 tonnes en 1900; 1.700 en 1910; 500 en 1911.
Sur les 39 millions de tonnes extraites des mines françaises en 1911, 26 millions ont été fournis par le bassin du Nord et du Pas-de-Calais.
Les victimes des Alpes.
D'après un relevé du Club alpin allemand, 1.117 personnes ont péri dans les Alpes au cours des douze dernières années (1900-1912).
Le nombre des victimes, qui avait atteint 132 en 1911 et 128 en 1910, fut seulement de 95 en 1912.
Sur ces 95 victimes, dont 6 femmes, 36 se tuèrent en Allemagne, 26 aux environs de Vienne, 29 dans le Tyrol, 4 en Suisse et en France.
On compte: 53 personnes tombées dans un précipice, 13 englouties par des avalanches, 8 mortes de froid.
Trois touristes ont trouvé la mort en même temps dans le massif du Mont-Blanc le 15 août 1912: M. Jones, de Cambridge, sa femme et son guide.
Comme toujours, la très grande majorité de ces accidents sont dus à des imprudences ou à des maladresses peu excusables.
Un incendie à Tokio.
UN INCENDIE GIGANTESQUE A TOKIO.--Phot. J. du Mesle.
Un incendie considérable, comme on n'en voit guère qu'au Japon, a éclaté à Tokio dans la nuit du 19 au 20 février et a consumé un quartier du district de Kanda deux fois plus étendu que le fameux Yoshiwara, également détruit par le feu il y a quelques mois. Poussées par un vent violent, favorisées par la légèreté des constructions faites de bois et de papier, les flammes ont dévoré en cinq ou six heures environ trois mille maisons parmi lesquelles se trouvaient un grand nombre d'écoles et une église catholique française. Sur ce vaste champ de ruines, où il est souvent difficile de distinguer les rues, lesdodzoou magasins à l'épreuve du feu sont seuls restés debout.
On chercherait en vain des mobiliers arrachés au désastre; les habitants ont eu le sentiment très net de leur impuissance, et nul n'a essayé de déménager. Aussi, le nombre des accidents de personnes fut fort restreint; on compte seulement quelques blessés et un mort.
Le brasier à peine éteint, on vit les sinistrés se promener au milieu des débris fumants pour tâcher de reconnaître l'emplacement de leur demeure. Ici, un propriétaire marque son coin avec une carte de visite attachée à une baguette fichée en terre; ailleurs, des palissades s'élèvent pour délimiter les propriétés et reconstituent le tracé des rues.
Tous ces gens, d'ailleurs, vont et viennent comme s'ils vaquaient à leurs occupations ordinaires. La catastrophe semble n'avoir guère touché leur impassibilité fataliste et l'on sent qu'à bref délai un quartier neuf, tout aussi japonais et fragile, se dressera sur l'enclos aujourd'hui couvert de cendres.
La truffe française,
La campagne trufficole est close ou à peu près, car les quelques truffes qu'on déterre maintenant ça et là ne peuvent compter comme une récolte sérieuse.
La récolte de la truffe qui, cette année, avait commencé de très bonne heure, finit donc, par contre, très tôt. En effet, certaines années on creuse des truffes jusqu'au 15 avril. Les truffes tardives sont, en général, particulièrement savoureuses et parfumées, mais leur volume est moindre.
Malgré l'arrêt prématuré de la production trufficole, la campagne aura été excellente et, dans toutes les régions où la précieuse cryptogame se récolte, les trufficulteurs se sont montrés particulièrement satisfaits. Partout la truffe a été abondante et de qualité parfaite. L'an dernier, au contraire, la campagne trufficole fut désastreuse. Ceci était dû à l'été exceptionnellement chaud de 1911. Pour qu'il y ait de la truffe, il faut qu'il pleuve au mois d'août. Or, en 1911, dans certains départements méridionaux comme le Vaucluse, qui est aujourd'hui le plus grand producteur de truffes de France, il n'était pas tombé une goutte d'eau pendant quatre mois.
L'abondance de la truffe est une richesse pour le pays, car il n'y a qu'en France qu'on rencontre la belle truffe d'un beau noir dont la chair est marbrée de mille veines blanches, laTuber melanosporum, dénommée couramment truffe du Périgord. Or, la récolte de celle-ci se monte en moyenne à plus de 3 millions de kilogrammes.
La production de la truffe a augmenté depuis cinquante ans d'une façon progressive. Elle augmente d'année en année, car, chaque année, on plante de nouveaux chênes truffiers. C'est ainsi qu'en 1892 la statistique portait pour le Vaucluse une production annuelle de 470.000 kilogrammes et en 1903 de 716.000 kilogrammes, soit une augmentation de 250.000 kilogrammes en onze ans. En Dordogne les chiffres nous montrent également l'augmentation formidable de la production de la truffe qui de 160.000 kilogrammes en 1892 est montée à 420.000 kilogramme.
Malgré cela, la truffe n'a pas diminué de prix, parce que plus sa production augmente plus sa consommation croît en proportion. Peu de produits jouissent d'une telle faveur. Et cette faveur n'est pas imméritée, avouons-le...
Le tombeau de Sainte-Hélène.
Dans son ouvrage, dont nous avons rendu compte récemment, sur les lendemains de Sainte-Hélène:Après la mort de l'empereur, notre collaborateur Albéric Cahuet a dit, d'après des documents actuels, comment les domaines français de Sainte-Hélène (la maison de la captivité et le tombeau de Napoléon acquis en 1858 par Napoléon III au prix de 178.600 francs) se trouvaient sur le point d'être condamnés à l'abandon et à un prompt anéantissement par suite de l'insuffisance de crédits d'entretien qu'il est question de réduire encore, sinon de complètement supprimer. Ces crédits figurent actuellement au budget pour 6.000 francs (entretien d'un gérant, qui est en même temps notre agent consulaire à Sainte-Hélène) au chapitre: «Personnel des services extérieurs», et pour 3.000 francs au chapitre: «Entretien des immeubles à l'étranger.» Ces 3,000 francs servent à payer à la fois les salaires des gardiens, les réparations et les impôts. Or, la maison de Longwood, reconstituée à grands frais de 1858 à 1860 par une mission spécialement envoyée de France, menace maintenant ruine et il est question de supprimer le dernier gardien qui protège le tombeau --toujours très visité et avec beaucoup de recueillement, par les voyageurs--contre les incursions de bestiaux des domaines voisins.
Ces faits auxquels notre confrère leMatina donné sa grande publicité ont vivement ému tous ceux qui considèrent que le souvenir de Sainte-Hélène demeure un grand souvenir français.
Parmi les nombreuses lettres que notre collaborateur a reçues à cette occasion, il en est une, particulièrement touchante, qui lui a été adressée par le petit-fils d'un des vieux soldats de la Grande Armée, M. Jules Delaunay, à Dozulé (Calvados), et que nous croyons intéressant de reproduire. M. Jules Delaunay écrit:
«Voulez-vous me permettre, monsieur, de vous soumettre une idée?
» Est-ce que ce n'est pas un devoir sacré pour les descendants des soldats de Napoléon, de ceux qui eurent «sa dernière pensée», de se réunir et de contribuer à l'entretien de la maison qui a vu mourir le héros et de la tombe qui a contenu son cercueil?
» Une société s'est formée pour conserver Versailles, c'est bien, mais ce qui serait bien aussi, à mon avis du moins, ce serait de conserver, de restaurer le domaine français de Sainte-Hélène. Nous avons des descendants des maréchaux du premier Empire. Que l'un d'eux prenne la présidence d'honneur de cette Société et vous verrez accourir à son appel tous les enfants de ceux qui entrèrent à la suite des aigles d'or dans les capitales de l'Europe.
» Il va sans dire que cette société n'aurait aucun but politique; ce serait la rabaisser; si tous les descendants des soldats du premier Empire ont le droit d'avoir l'opinion que bon leur semble, aucun ne peut renier la parcelle de gloire, si petite soit-elle, que son ancêtre lui a léguée; c'est faire à nouveau briller cette étincelle que de s'associer pour conserver à la postérité le lieu et la maison qui ont vu le martyre et l'agonie du plus grand capitaine des temps modernes.»
Le dernier abri de l'empereur prisonnier et son tombeau de Sainte-Hélène entretenus par les soins des descendants de ses maréchaux et des plus humbles parmi ses vieux soldats, voilà, évidemment, qui ajouterait une jolie page de sentiment à la légende de l'Aigle.
Influence minime du soleil sur l'abondance des récoltes.
L'assimilation du carbone par les plantes s'opère sous l'influence des radiations solaires, et quand on l'étudié en atmosphère confinée on constate qu'elle est plus grande à la lumière directe qu'à la lumière diffuse.
Il semblerait donc qu'un ciel couvert est un obstacle à la décomposition de l'acide carbonique de l'air, et, par suite, à l'accroissement de la matière végétale. Or, les régions à nébulosité fréquente ont souvent une végétation plus puissante que les autres, c'est-à-dire à climat humide.
Pour expliquer cette apparente contradiction, on admet que l'efficacité de l'eau est incomparablement plus grande que celle de la lumière, et que la végétation souffre moins de la rareté de soleil que de la rareté d'eau.
M. Muntz, membre de l'Académie des sciences, a étudié ce phénomène avec une précision toute scientifique, en observant un champ de luzerne, à Meudon, au cours des étés 1910, 1911, 1912. Deux de ces étés, 1910 et 1912, ont été d'une extrême humidité; celui de 1911 a été marqué par une sécheresse exceptionnelle.
L'accroissement, par jour et par mètre carré, de matière végétale sèche a varié dans les proportions suivantes: sur la partie du champ abandonnée aux caprices atmosphériques: