LE SECRET DU SPHINX

Cette chère victoire jetait aux mains de l'armée bulgare plus de 50.000 prisonniers, dont 14 généraux, 2.000 officiers, 16 drapeaux, près de 600 pièces de canon, 100.000 fusils et une profusion inouïe de munitions, cartouches, obus, shrapnells. Elle lui avait coûté 12.000 hommes hors de combat, dont 2.500 morts: dans son abnégation, sa soif de sacrifice à la patrie, elle s'estimait quitte à bon compte.LE VAINCUSur les dernières heures de la résistance, sur les dissensions qui se seraient produites, touchant l'opportunité d'une reddition, déjà avant l'assaut du 27 mars, entre le commandement militaire, tout-puissant, et les autorités civiles, nous n'avons que des données vagues et souvent contradictoires: les Ottomans ont la sagesse et le bon goût de se refuser à toutes confidences, et l'histoire de la défense d'Andrinople reste à écrire.De même, diverses versions ont circulé touchant les conditions dans lesquelles Choukri pacha se rendit au général Ivanof: la photographie que nous reproduisons ici, document précieux, émouvant, représente la première entrevue entre l'héroïque vaincu et le général victorieux, montre dans sa simplicité ce dernier épisode du drame.Que Choukri pacha, établi, je l'ai dit plus haut, dans le fort de Hadirlik, ait songé à se remettre aux mains du général Stepanovitch, dont le quartier général était le plus rapproché du sien, c'est assez vraisemblable. Mais seul le commandant en chef de l'armée alliée qui venait de prendre Andrinople avait qualité pour recevoir ce prisonnier illustre.Choukri pacha se rend au général Ivanof, sur la route deKirk-Kilissé.Phot. Grigor Vassilef.--Droits réservés.Il lui fit donner rendez-vous à l'entrée même de la ville, sur la route de Kirk-Kilissé, où les premiers régiments triomphants venaient de passer, bannière en tête. Sur les accotements demeuraient encore en batterie les trois canons de 120 braqués sur Aïvas-Baba, après la prise de ce fort par les soldats du 10e et du 23e régiment. Le commandant en chef de la seconde armée bulgare attendit là un moment, entouré de son état-major.Enfin, Choukri pacha arriva, impassible, impénétrable, sa figure basanée, plus sombre d'être frangée d'une barbe d'argent. Il était sans armes.L'entrevue fut brève, courtoise de la part du général Ivanof, mais sans cordialité, certes. Les deux adversaires de la veille s'exprimèrent en quelques mots concis leur mutuelle estime, leur admiration, peut-être. Ils ne pouvaient aller plus loin.Le lendemain, le colonel Markolef, chargé de conduire à Sofia Choukri pacha, arrivait avec lui, en voiture, à la gare de Mustapha. La cour, le quai, étaient remplis de soldats bulgares, de blessés qu'on évacuait, et qui avaient versé leur sang pour conquérir Andrinople.Un coin du champ de bataille à l'est d'Andrinople.Droits de reproduction réservés.Une rumeur de colère gronda dans les rangs pressés de ces hommes, chez qui s'assoupissait à peine la fièvre de la bataille; une rafale de cris, d'exécration, s'éleva, déferla, sous laquelle se courba le front de l'impavide héros. Et l'on vit des larmes couler sur ses joues bronzées. L'homme farouche était entamé. Cette réprobation, dont il venait tout à coup de se sentir environné, avait fondu le triple airain qui l'avait protégé de la défaillance, au cours de la longue et magnifique lutte qu'il avait soutenue six mois durant. Il fallut presque le hisser dans son wagon. Et, écroulé dans un coin du coupé qui l'emmenait, captif, vers la capitale ennemie, Choukri pacha pleura, gémit jusqu'au bout du trajet: c'était la tragique rançon de combien d'autres larmes et de quelles sanglantes rosées, dont la terre se sèche à peine?Gustave Babin.--A suivre.--Le Sphinx ensablé, tel qu'on le voit actuellement.Le Sphinx désensablé (il a été vu ainsi pour la dernière fois en 1886).La hauteur totale du sphinx, du sol sous les pattes de devant jusqu'au sommet de la tête, est de 20 mètres; la hauteur de la tête est de 8 mètres; les dimensions de la face sont d'environ 5 mètres de haut sur 6 mètres de large.LE SECRET DU SPHINXPlusieurs journaux français ont annoncé récemment une découverte sensationnelle due à un égyptologue américain, et il nous a été donné depuis, dans la presse américaine, des explications sur cette découverte, avec des dessins plus suggestifs, sans doute, que leurs auteurs ne l'eussent souhaité. En voici le résumé:«On avait remarqué autrefois sur la tête du grand Sphinx de Giseh, une dépression où Denon, en 1802, avait vu l'ouverture d'un puits et où il était descendu jusqu'à dix pieds; cette ouverture s'était comblée depuis; on croyait que les Arabes l'avaient creusée au moyen âge pour chercher des trésors; pourtant elle est si large et si profonde que cela paraît improbable. Vyse et Perring, en 1835, cherchèrent le passage intérieur du Sphinx et pratiquèrent un sondage à l'épaule; leur sonde se rompit à 27 pieds de profondeur, sans avoir trouvé le passage. Le professeur Reisner, lui, en creusant avec ses mains et son canif, est descendu dans la tête, par le puits de Denon, et grâce à son enthousiasme et à son énergie, il connaît maintenant le secret du colosse. La tête contient une chambre ou un petit temple de 60 pieds sur 14. C'est le «saint des saints» d'un temple plus grand creusé dans le corps, communiquant ensemble par un tunnel qui descend dans le cou. Le plus grand temple, orné de colonnes sculptées, est revêtu d'or pur comme le temple de Salomon. Des galeries relient ce temple à la pyramide de Menés et aux tombes des autres rois de la dynastie. Le professeur Reisner a devant lui un énorme champ d'exploration, toute une ville souterraine, mais il rencontre des difficultés inouïes dans l'accomplissement de sa tâche. Déjà les fellahs superstitieux refusent de creuser le Sphinx, car ils craignent le génie dominateur du désert.»L'excavation au sommet de la tête du Sphinx est bien connue. Le Baedecker en fait mention. Les savants de l'expédition d'Égypte l'avaient remarquée: «On s'élève au sommet de la figure», dit la Description de l'Égypte, «et par derrière, à l'aide d'une échelle de 25 pieds de hauteur, là on trouve une ouverture, c'est celle d'un puits étroit où les curieux descendent ordinairement. Mais il est en grande partie comblé; au bout de quelques mètres on trouve le fond, on n'a pas découvert jusqu'où il pouvait conduire autrefois, si en effet il avait quelque profondeur, ce qui est fort douteux.» Denon a dessiné sur la plate-forme trois personnages dont l'un est engagé jusqu'à mi-corps dans la dépression, et le texte qui accompagne la gravure de Denon explique: «Une des personnes qui sont au-dessus de la tête est représentée en train d'aider de la main une autre qui sort d'une étroite cavité, profonde de 9 pieds au plus, et pleine de débris. Les entailles régulièrement faites de place en place sur les côtés de cette excavation, y tiennent lieu, en quelque sorte, de gradins pour descendre dans ce trou et en sortir,--quant à l'usage de ce trou, il est inconnu et restera peut-être toujours dans l'obscurité du mystère.»Cependant une tradition fort ancienne, puisque Pline la rapportait déjà, fait du Sphinx une tombe royale et les écrivains arabes, brodant sur cette vieille croyance, parlent de salles souterraines remplies de trésors. Mais jusqu'ici les textes dignes de foi demeurent muets à ce sujet.Le Sphinx, constamment envahi et enseveli par les sables, fut à plusieurs reprises dégagé ou restauré depuis une antiquité très reculée, dès l'époque des pyramides, comme en fait foi une inscription conservée au musée du Caire.Le pharaon Thoutmès IV, qui le rendit au jour vers le milieu de la dix-huitième dynastie, fit placer entre les pattes antérieures une stèle de granit où il raconte qu'il exécuta ce pieux travail à la suite d'un songe. Ramsès II s'occupa aussi du Sphinx et éleva deux stèles près de la stèle du songe de Thoutmès. Aucune allusion n'y est faite au temple souterrain. Les souverains grecs et romains qui réparèrent le corps et les pattes, les innombrables touristes qui vinrent au premier siècle y graver leurs noms, ne pénétrèrent pas davantage dans l'intérieur, ni Caviglia, ni Mariette lors des fouilles de 1818 et 1853.Lorsqu'il procéda au dernier déblaiement du Sphinx en 1886, M. Maspero émit l'hypothèse qu'un tombeau ou un sanctuaire pourrait se retrouver, non dans le Sphinx mais sous le Sphinx. En effet, les inscriptions hiéroglyphiques des stèles dédiées par Thoutmès IV et Ramsès II représentent le Sphinx sur un piédestal très élevé et M. Maspero supposait que ce soubassement pût exister réellement sous le colosse et contenir un sanctuaire. Les fouilles de 1886 n'ont apporté aucune preuve à l'appui de ces suppositions. Elles ont seulement permis d'admirer pendant quelque temps la partie antérieure du Sphinx dans toute sa hauteur. Mais l'imagination des fellahs s'échauffant au souvenir d'anciennes légendes--M. Maspero l'a constaté lui-même--ils crurent et dirent que le se vice des antiquités recherchait la coupe de Salomon, cachée sous le Sphinx, comme chacun sait, et le passage qui relie le Sphinx à la deuxième pyramide. Howard Vyse et Perring avaient déjà entendu des discours semblables.La trouvaille annoncée par la presse américaine, semble,a priori, une nouvelle édition amplifiée des propos tenus par les fellahs en 1886 et en 1835. L'imagination populaire se plaît aux mystères des souterrains. En Égypte, où les hypogées parfois très longs sont assez nombreux, cette imagination peut créer des villes entières dans les profondeurs des rocs; elle n'y a pas manqué; et fatalement, le nom de Salomon devait apparaître et briller d'or dans ce conte.Néanmoins, c'est un peu excessif d'annoncer avec certitude le Sphinx comme communiquant par des galeries avec «les tombes des rois de la dynastie»; d'en faire le carrefour des voies d'une ville souterraine; quelque chose enfin comme la gare centrale d'un Métropolitain des momies. C'est excessif d'affirmer la découverte, dans la tête du Sphinx, d'un puits conduisant à un temple, même à un petit temple de 60 pieds sur 14, puisque la tête du colosse, mesure, en réalité, 8 mètres de haut.Comment la presse américaine imagine, d'après les fouilles supposées du professeur Reisner, l'intérieur du Sphinx et les galeries qui le relieraient aux chambres funéraires des Pyramides. La distance entre le Sphinx et la Pyramide de Chéops, la plus proche, serait de 400 mètres; jusqu'aux derniers tombeaux du groupe, il n'y a pas moins de 1.500 mètres.Il demeure possible qu'une chambre funéraire soit creusée sous le Sphinx comme sous les grandes pyramides ses voisines. Il est certain qu'une cavité existe au sommet de la tête; qu'elle est, depuis plus de cent ans, l'objet de différentes hypothèses, et d'ailleurs visitée chaque jour par les nombreux promeneurs qui grimpent sur le Sphinx. Tout le reste est peu vraisemblable. L'archéologue enthousiaste creusant, avec ses mains et son couteau, aurait été vite remarqué par les gardiens qui surveillent le terrain des Pyramides. Et, par contre, s'il avait obtenu l'autorisation de commencer une exploration plus sérieuse, la répugnance et les superstitions des fellahs auraient d'autant moins retardé ses travaux, qu'à défaut des travailleurs ordinairement employés sur place à des fouilles analogues, il pouvait faire venir du Caire, chaque matin, une équipe de bons terrassiers par le tramway électrique à trolley qui relie le Caire au champ des Pyramides.Henry Nocq.Les métropolites habillés d'or et coiffés de la couronne byzantine.Une glorieuse loque, qui revient de Thessalie et d'Epire.Le roi Constantin et la reine-mère montant dans le train funéraire.Les funérailles solennelles du roi Georges Ier à Athènes, le 2 avril 1913.--Phot. Jean Leune.UN PEUPLE EN DEUILNotre excellent correspondant, M. Jean Leune, qui suivit, avec l'armée du Diadoque, la route de la victoire jusqu'à Salonique et jusqu'à Janina, et qui fut le témoin de tant d'heures glorieuses, vient, en contraste, dans Athènes en deuil, d'assister aux funérailles solennelles du roi Georges, qu'il nous décrit en ces lignes émues:Athènes, 2 avril 1913.Jamais je n'oublierai le spectacle merveilleux auquel je viens d'assister aujourd'hui. La Grèce et le monde civilisé ont fait au roi Georges des funérailles symboliques qui nous laisseront comme une vision d'histoire.La cérémonie, dans la métropole, fut de toute beauté. La nef était comme tapissée de fleurs par les innombrables et magnifiques couronnes venues de tous les coins du monde et que l'on avait suspendues aux colonnes, entre les colonnes, partout.Devant l'autel, le cercueil royal reposait sur une petite estrade tendue de violet. Six aides de camp du roi, sabre nu, montaient la garde funèbre. C'était, dans la demi-obscurité de l'église, d'une simplicité poignante.Dans la nef, la multiplicité des uniformes étrangers aux dorures endeuillées de crêpe disait que l'Europe entière prenait part à l'actuelle douleur de la Grèce. Et la présence, tout à côté du cercueil, de princes impériaux et royaux et de missions composées des plus éminents personnages témoignait que les puissances tenaient à donner au royaume hellène comme une marque de déférence pour sa gloire naissante.Sur les marches de l'autel, soixante-dix métropolites somptueusement vêtus et couronnés d'or évoquaient l'image des splendeurs impériales de Byzance ressuscitées autour de ce roi mort pour avoir rendu sa grandeur à la Grèce.... Après la cérémonie, le cortège se déroula lentement par les rues, toutes tendues de noir. Les troupes de la 4e division, dite la «division de fer», le précédaient. Et le peuple en deuil avait un reconnaissant et orgueilleux sourire pour les soldats glorieux qu'il ne pouvait, en ce jour, acclamer bruyamment. Retenues par quelques fils encore à une hampe bleue, des loques passèrent, émouvants débris de drapeaux victorieux. La foule salua. Les femmes se signèrent.Ce fut ensuite le clergé. Un délicieux et mystique tintement d'or scandait la marche des somptueux métropolites. Car leurs pas majestueux faisaient se heurter leurs lourdes croix et chaînes, et vibrer les petits grelots d'or attachés à leurs ornements royaux. Sous le bleu ciel d'Athènes, sous son beau soleil, Byzance encore passait... Et, derrière les métropolites, apparut l'étendard de Saint-Laure, le premier drapeau de la Grèce libre, l'étendard qui donna le signal, en 1821, de la guerre sainte de l'indépendance. Un long frisson courut dans la foule...Des boys-scouts suivirent, impeccablement alignés, en plusieurs groupes sur deux rangs. Les plus grands, de seize à dix-huit ans, allaient en tête; les derniers petits, qui fermaient la marche, n'avaient pas plus de dix ans! Tous portaient la tête haute. Les yeux, remplis de larmes, à peine contenues, avaient un regard ferme et décidé. La vue de ces enfants fit battre tous les cours, car ils étaient une image vibrante de la jeune Grèce.Derrière le cercueil, posé sur un affût que tirait un détachement de marins, venaient, dans leurs uniformes resplendissants et multicolores, les princes envoyés par les cours européennes.Et devant eux, isolé, très en relief, dans sa grande tenue sombre et si simple de généralissime, marchait le roi Constantin. Il allait, seul et profondément triste, mais le pas assuré, les yeux fixés droit devant lui, sur le cercueil de son père: l'avenir interrogeant le passé.A la gare, des détachements de marins étrangers rendaient les honneurs... Le cercueil arriva. Les princes de Grèce le soulevèrent avec piété et le portèrent au wagon mortuaire. Puis le roi soutint la reine-mère, tandis qu'elle gravissait ces degrés encore de son calvaire. Les princesses, les princes grecs et les princes étrangers suivirent, et le train partit pour Tatoï, la résidence d'été où devait avoir lieu l'inhumation...Jean Leune.LA VENTE DE CHENONCEAUXLe château de Chenonceaux, le magnifique joyau de notre Touraine, a été vendu, samedi dernier, à la chambre des criées, par ministère de Me de Biéville, avoué, agissant au nom des héritiers de M. Téry, mort il y a deux ans environ. La lutte s'engagea, sur une mise à prix de 1.300.000 francs. Elle se circonscrivit bientôt entre M. Clément, le grand fabricant de bicyclettes, M. Francis Guerault, l'antiquaire bien connu, et un troisième surenchérisseur à qui fut, en définitive, adjugé Chenonceaux pour 1.770.000 francs, et qui n'était autre que M. Henri Menier, le grand industriel.Le château de Chenonceaux, qui vient d'être adjugé, pourla somme de 1.770.000 francs, à M. Henri Menier.--Phot. G.-W. Léman.CE QU'IL FAUT VOIRGUIDE DE L'ÉTRANGER À PARIS.Des sceptiques affirment que la Foire aux pains d'épice est en décadence. Et il est vrai qu'elle a cessé d'être l'attraction «mondaine» qu'elle était, il y a vingt ou trente ans; et que certaines élégances féminines, qui consentent encore à honorer de leur présence la foire de Neuilly, ont décidément délaissé la Foire aux pains d'épice. N'importe. La Foire aux pains d'épice est une antique tradition parisienne à laquelle est resté ingénument fidèle le peuple de Paris. Et les quatre dimanches durant lesquels elle attire, parmi le vacarme des musiques et des boniments, quatre ou cinq cent mille badauds au coeur de Vincennes sont en vérité des dimanches qui ont leur beauté... L'avant-dernier de ces dimanches est celui d'après-demain. Le 20 avril finit la fête.** *Le grand tort des marchands de pains d'épice et des forains qui leur font escorte est d'avoir voulu que «la barrière du Trône» demeurât leur centre de ralliement. La barrière du Trône est à l'est de Paris. Or il n'est plus permis d'aller vivre, ni à plus forte raison d'aller s'amuser à l'est de Paris. Un courant mystérieux emporte la ville à l'occident; et, qu'on le veuille ou non, il faut suivre ce courant-là. Les peintres le savent bien. Et ceux-là même qui s'intitulent «Indépendants» se fussent bien gardés de pousser l'indépendance jusqu'à dresser, le mois dernier, leurs baraquements hors de la zone sacrée. C'est à l'ouest, au bord de la Seine, entre le Champ de Mars et le pont de l'Aima, qu'ils ont érigé cet extraordinaire Salon-couloir, ce monôme de toiles qu'il est nécessaire d'avoir vues, si l'on veut se montrer renseigné, au moment de l'année où nous sommes, sur les choses de Paris.Un conseil à l'étranger: ne railler qu'avec précautions les manifestations du géniefuturiste, orphisteetcubistedont le Salon des Indépendants vient de nous donner le spectacle. Ne pas s'écrier, surtout, à la vue de ces productions un peu surprenantes: «Les Parisiens deviennent fous!» Car Paris n'est pour rien dans cette affaire, et sa seule faiblesse (si c'en est une) fut d'avoir accueilli avec sa cordialité habituelle des folies venues, pour la plupart d'assez loin...** *A signaler, tout près de là, l'Hippique, au Grand Palais. La fête tire à sa fin; mais ses deux dernières journées passent pour être, ordinairement, parmi les plus brillantes de la série;--brillantes par l'attrait du spectacle et par la qualité des spectatrices. Le Couturier parisien, durant le mois de l'Hippique, est le metteur en scène d'une féerie dont ces dernières journées marquent l'apothéose. Gavarni disait que, dans les musées, il faut aussi regarder... ceux qui regardent. Nulle part un tel conseil n'est meilleur à suivre qu'à l'Hippique. Oui, sans doute, il y a la piste; mais imagine-t-on cette piste-là sans les tribunes qui l'entourent, qui en sont la parure et, à de certaines heures (avouons-le), la raison d'être?** *Toujours àl'ouest: les théâtres! C'est du nouveau, cela aussi. Tout récemment encore la zone des théâtres ne dépassait guère le boulevard des Capucines; la voilà qui s'étend, et dans la direction fatale... Le Théâtre des Champs-Elysées offre aux étrangers, depuis la semaine dernière, la triple séduction de son opéra, de sa comédie, de ses concerts. Tout près de là, sur la scène deFemina, en pleine avenue, c'est une Revue rosse qu'on applaudit; et, de l'autre côté du Rond-point, une scène de music-hall continue d'encadrer avec succès la dernière comédie d'un des académiciens dont Paris raffole. Voilà encore une nouveauté que les étrangers de la dernière génération n'eussent point comprise!Un académicien, il y a vingt ans, c'était un homme généralement très mûr et vénérable qui ne se souciait point d'aller chercher de la gloire hors de France, et qui, lorsqu'il faisait des pièces, les donnait au Théâtre-Français. Ces habitudes sont abolies. L'académicien de France est devenu nomade. Il a l'esprit aventureux. Il est un peu bohème. On joue Donnay à Marigny; Jean Richepin revient d'une triomphale tournée de conférences en Russie, et l'étranger qu'on eût conduit, il y a huit jours, à l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine n'eût pas été médiocrement surpris d'y trouver sur la scène, acclamé par un auditoire en délire, M. Edmond Rostand!C'est un Paris nouveau qui succède à l'autre;--à celui dont le théâtre des Nouveautés et le Café anglais formaient le centre... Aussi du théâtre des Nouveautés n'existe-t-il plus trace. Et l'on est en train de démolir le Café anglais.Un Parisien.LES THÉÂTRESPour le spectacle d'ouverture de la Comédie des Champs-Elysées, théâtre confortable et ravissant, M. Léon Poirier a voulu offrir aux Parisiens une oeuvre d'un auteur dramatique en vogue: il s'est adressé à M. Henry Kistemaeckers, qui lui a donnél'Exilée,dont nous avons montré une scène du premier acte, dans notre précédent numéro. C'est une aventure d'amour où la politique se mêle. Elle se déroule dans un petit royaume imaginaire dont les moeurs sont demeurées féodales. Un jeune Français, le précepteur des princes, y introduit les idées nouvelles que la princesse héritière accueille avec autant de faveur que celui qui les défend, tandis que son entourage les repousse. C'est le conflit de deux races et de deux civilisations auquel s'ajoute l'éternel conflit de l'amour. Mais, en définitive, après avoir rêvé de s'évader vers la vie, la princesse désillusionnée et douloureuse, reste «exilée» dans sa Cour du passé. On a beaucoup applaudi les scènes ingénieuses et fortes généreusement prodiguées en ces quatre actes. Mme Brandès a donné une haute allure à la princesse. Les autres rôles sont tenus par des artistes tels que MM. Dumény, Louis Gauthier, Arquillière, Beaulieu; Mlle Monna Delza et Mme Juliette Darcourt. C'est assez dire l'excellence de l'interprétation.Le théâtre Michel vient de représenter de son côté une nouvelle oeuvre de M. Pierre Frondaie,Blanche Câline. Cette pièce, d'une jolie tenue dramatique, assez risquée dans quelques scènes, présente un type furieux de jeune femme partagée entre l'amour qu'elle éprouve pour un joli garçon, paresseux, amoral, d'une veulerie qui ne va pas sans quelque bassesse, et l'affection confiante que lui inspire un homme plus âgé, célèbre, et qui ne lui demande rien que d'être heureuse. Les caractères sont adroitement dessinés, l'action est rapide, le dialogue bien mené. Cette pièce, fort bien défendue par MM. Dubosc, Lefaur, Maupré, Mme Lucienne Guett, a achevé de mettre en lumière une comédienne charmante, Mme Michelle, au talent primesautier, fait de sincérité, de grâce naïve et de fraîche émotion.MM. Bip et Bousquet ont accompli une manière de miracle: ils ont relevé le niveau de la Revue, ce genre de production théâtrale qui jusqu'ici ne se piquait guère de littérature et dont l'esprit, assez souvent, paraissait frelaté. Il faut aller voir représenter au théâtre Femina, leur revueEh!... Eh!...On constatera, dès les premières scènes, qu'il y a quelque chose de changé--et d'heureusement changé--dans le royaume des revuistes.Un berger qui va être trente-sept fois millionnaire gardant son troupeau.Phot. de M. l'abbé R. Amat, curé de Sernhac.UN BERGER HÉRITE DE 37 MILLIONSTrente-sept millions! Telle serait la fortune qui vient d'être léguée à un simple berger de Sernhac (Gard), non par un oncle d'Amérique, mais par un grand-père d'Angleterre.L'histoire est simple. Un jour une jolie fille de la Lozère, Pierrette Bonnaud, fut séduite par un riche Anglais et traversa la Manche. Bientôt renvoyée par le père du jeune homme, elle débarquait à Marseille où elle mettait au monde Marius Bonnaud, l'heureux pasteur, aujourd'hui âgé de quarante quatre ans.Tandis que le pauvre enfant était confié à l'Assistance publique, la mère ramenait à elle son ami qui lui donnait une autre enfant, une fille. Celle-ci, convenablement élevée, épousa un Anglais, et fut dotée de 3 millions légués par son père qui, du reste, ne l'avait point reconnue. A plusieurs reprises, le jeune berger implora, mais en vain, l'aide de la soeur riche.Marius ne se découragea point et il chercha à retrouver les traces de son grand-père à Londres. Il ne fut donc pas trop surpris d'apprendre, il y a quelque temps, qu'on recherchait un enfant naturel, portant son nom, né en 1869, et inscrit sur les registres de l'hospice de Marseille. Il se fit aussitôt reconnaître par l'Assistance publique et il apprit que son grand-père d'Angleterre lui avait laissé 37 millions!M. le curé de Sernhac, qui nous communique ces détails, ajoute que le brave berger continue à garder le troupeau de son maître, M. Dupiat, en attendant que ce dernier lui ait trouvé un successeur.LE DOYEN DES PHOTOGRAPHESUne curieuse figure, qui marquera dans l'histoire de la photographie, vient de disparaître: M. Louis Pierson, le doyen de cet art qu'il vit naître et qu'il contribua à développer, s'est éteint, la semaine dernière, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.M. Louis Pierson.Lorrain d'origine, il était arrivé à Paris en 1836, trois ans avant la découverte sensationnelle de Daguerre; d'esprit curieux, vite passionné par des recherches dont le champ s'ouvrait si vaste et si fécond, il devint l'un des meilleurs élèves de l'inventeur et s'attacha à simplifier la technique photographique, alors si délicate et compliquée. Encouragé par ces premiers succès, il installait bientôt rue de la Paix, puis boulevard des Capucines, un atelier où défilèrent toutes les notabilités parisiennes du second Empire.Après la guerre, à laquelle il prit part: vaillamment, une nouvelle carrière s'offrit à son activité. Des liens de famille venaient d'unir sa célèbre maison à celle qu'avait fondée en Alsace son contemporain Adolphe Braun; aidé de ses deux gendres, MM. Gaston Braun et Léon Clément, il dirigea pendant trente ans le grand atelier d'art auquel on doit les premières reproductions des oeuvres conservées dans les principaux musées du monde.Cette existence de labeur ininterrompu avait conduit M. Louis Pierson jusqu'à une vieillesse avancée: elle lui a permis d'assister aux progrès surprenants de la photographie, dont il avait connu les débuts incertains. Et ce dut être, pour lui, une douce satisfaction.DOCUMENTS et INFORMATIONSPierpont Morgan a Rome.En signalant, dans notre dernier numéro, la mort de M. Pierpont Morgan, nous avons rappelé la carrière du célèbre financier américain. Sur les dernières semaines de sa maladie, et ses précédents séjours en Italie, où il aimait à venir goûter de longs loisirs, notre correspondant à Rome, M. Robert Vaucher, nous adresse les notes suivantes, qui ajoutent quelques traits curieux à la physionomie du fameux milliardaire:C'est à midi, le 31 mars, que M. Pierpont Morgan est mort, au Grand Hôtel de Borne. Mais la nouvelle fut tenue cachée jusque vers 3 heures, afin d'éviter des manoeuvres de Bourse, et les nombreux reporters qui assiégeaient le Grand Hôtel ne purent se douter avant ce moment-là que le malade s'était éteint.Il y a un mois que le milliardaire américain arrivait à Rome, sur les conseils de son docteur préféré, le professeur Bastianelli. On comptait sur l'intérêt qu'il portait aux beaux-arts et à l'archéologie pour lui faire oublier sa mélancolie et lui rendre un peu de cette énergie dont il a été si prodigue pendant sa longue carrière.Une amélioration semblait, en effet, se faire sentir. A Pâques, M. Pierpont Morgan fit une promenade en automobile, mais ce fut sa dernière sortie. Peu après, le mal empira. La direction de l'hôtel avait chargé un fermier de fournir le lait nécessaire au malade. Une vache, nourrie spécialement et visitée chaque jour par un vétérinaire, avait été choisie dans ce but parmi les plus belles de la campagne romaine.Pierpont Morgan était très aimé en Italie. Sa passion pour l'antique l'amenait très souvent à Rome où il achetait beaucoup de tableaux et d'objets d'art.On raconte, à son propos, de nombreuses anecdotes, en particulier celle-ci qui a le mérite d'être réelle.Il y a quatre ans, le milliardaire demanda, comme il en avait l'habitude à chacun de ses voyages, une audience au Quirinal et une autre au Vatican. Or, par un curieux hasard, les deux audiences furent fixées pour le même jour, l'audience royale à 10 heures, l'audience pontificale à 11 h. 15. On sait que la tenue d'audience chez le roi est toute différente de celle qui est de rigueur chez le pape. Et l'embarras du grand financier s'accroissait encore du fait qu'il était accompagné de sa fille. Il s'en tira néanmoins d'une façon très américaine.M. Pierpont Morgan partit en redingote, avec sa fille en chapeau et toilette de ville, pour le Quirinal. A 10 h. 1/2, les deux visiteurs quittaient le palais royal après une audience de vingt-cinq minutes. Deux grandes automobiles fermées, aux stores hermétiquement baissés, attendaient devant la porte: M. Pierpont Morgan monta dans l'une, sa fille dans l'autre, et les deux voitures se dirigèrent, à toute allure, par le Janicule, vers le Vatican.A 11 h. 10, une troisième automobile traversait la cour San Damaso et l'on en vit descendre M. Pierpont Morgan, en habit et cravate noire, et miss Morgan en robe noire, sans bijoux et la tête couverte du voile traditionnel. La transformation s'était opérée tout simplement le long des rues du Transtevere: quand les deux autos arrivèrent au Janicule, il ne s'agissait plus que de monter dans la troisième voiture qui attendait, patiemment, près du monument de Garibaldi, le moment de conduire ses maîtres chez le Saint-Père.Le meeting de Monaco.Des oiseaux sur l'eau: le parc des hydroaéroplanes dans la rade de Monaco.Le meeting de Monaco, qui s'est ouvert il y a peu de jours, présentera cette année un intérêt exceptionnel. L'an dernier, déjà, nous avions vu évoluer au-dessus des yachts et des canots automobiles plusieurs hydroaéroplanes; mais, dans cette admirable haie sillonnée par une foule d'embarcations, les bateaux volants semblaient bien peu nombreux, et plusieurs pilotes étaient encore insuffisamment familiarisés avec des appareils achevés seulement depuis quelques semaines. Aujourd'hui, seize concurrents sont en présence; monoplans et biplans de divers systèmes reposent sur l'eau bleue, simulant à quelque distance d'énormes mouettes arrêtées pour baigner la pointe de leurs ailes.L'opération de la mise à l'eau, qui présente toujours certaines difficultés, a admirablement réussi. Au moyen d'un seul plan incliné, les seize appareils, en moins d'une heure, sont venus flotter à la place qui leur avait été assignée. Et ce premier succès semblait un gage des prouesses prochaines de l'escadrille.Le nouvel hôpital de la Pitié.L'achèvement du nouvel hôpital de la Pitié, auquel le nouveau président de la République consacrait, il y a peu de jours, une de ses premières visites, marqua la première étape, et une étape heureuse, dans le projet d'amélioration des services hospitaliers de la Ville de Paris auquel fut affecté en 1904 un crédit de 45 millions. Sous tous les rapports, en effet, cet établissement fait le plus grand honneur à la commission supérieure, créée par M. Mesureur, qui en a conçu et surveillé l'organisation générale.Renonçant à utiliser l'emplacement du vieil hôpital de la Pitié, situé près du Muséum, l'administration de l'Assistance publique a choisi de vastes terrains, jusque-là consacrés à la culture maraîchère, s'étendant entre l'hospice de la Salpêtrière et le boulevard de l'Hôpital. Elle disposait ainsi d'une superficie d'un peu plus de 6 hectares, dont près de 2 hectares (exactement 19.000 mètres carrés) sont aujourd'hui occupés par des constructions variées, aménagées avec toutes les commodités que prescrit l'hygiène moderne.On s'est préoccupé avant tout d'assurer aux malades l'air et la lumière. Chaque lit est placé devant un trumeau limité de chaque côté par une fenêtre et chaque malade dispose d'un cube d'air de 45 mètres, ce qui correspond à une chambre de 4 mètres de côté avec environ 3 mètres de plafond. On compte au total 986 lits dont 314 répartis dans les divers services de chirurgie.Pour meubler l'hôpital, y compris le pavillon séparé affecté au logement du personnel, il a fallu acheter, dès la mise en service: 1.075 lits, 14.500 draps, 2.175 couvertures, 1.160 matelas, 2.000 peignoirs, 1.650 blouses de médecin, 4.300 chemises d'homme, 6.000 chemises de femme,123 berceaux, 300 armoires, 2.300 chaises, 300 fauteuils, 125 bancs de jardin, etc.Les appareils de chauffage, d'éclairage, de ventilation, d'hydrothérapie, de stérilisation, de désinfection, et autres, ont été installés conformément aux derniers progrès de la technique moderne. Les laboratoires sont aménagés avec autant de soin que les salles d'opération, et les divers bâtiments de malades sont munis d'ascenseurs.Grâce à cette puissante organisation, où le personnel comporte plus de 450 agents, l'hôpital a reçu, au cours de l'année 1912, un total de 16.105 malades. La dépense globale atteindra environ 10 millions; elle est relativement minime si l'on songe au grand nombre de misères qu'elle permet de soulager.L'ACCIDENT DU SOUS-MARIN «TURQUOISE»Le 2 avril, le sous-marinTurquoisequittait Toulon pour se rendre à Bizerte, où il devait prendre rang dans la flottille chargée de la défense immédiate des côtes en remplacement des petites unités du typeOursinarrivées au bout de leur service.LaTurquoise, de 398 tonnes, et ses cinq similaires portent des noms de pierres précieuses. Ces bâtiments ne représentent en réalité que des agrandissements du typeOursinqui déplace seulement 70 tonnes. Ce sont encore des sous-marins proprement dits, c'est-à-dire ne possédant qu'une très faible flottabilité, au contraire dessubmersibles, type adopté définitivement et uniquement dans la marine française. Ces derniers bâtiments sont doués au contraire d'une grande flottabilité, avec les apparences extérieures d'un torpilleur.Cette différence essentielle dans la conception du sous-marin et du submersible produit ce fait que le premier, avec son manque de flottabilité, est un corps lourd, incapable de suivre les mouvements de la lame lorsqu'il navigue à la surface, et recouvert incessamment par la mer dès qu'elle est un peu forte. Cette particularité explique très bien l'accident qui s'est produit à bord de laTurquoisedans la nuit du 2 au 3 avril.Nos submersibles du modèle Laubeuf, qui réalisent, je le répète, le type définitivement adopté chez nous pour la navigation sous-marine, sont au contraire de bons bâtiments de mer, capables d'affronter, sans danger pour leurs équipages, de très mauvais temps, ce qu'ils ont bien montré déjà en une foule de circonstances, et non moins capables d'exécuter des navigations longues et difficiles.Donc laTurquoiseétant dans la nuit du 2 au 3 avril au sud des îles d'Hyères, sous l'escorte d'ailleurs du remorqueurGoliath, de l'arsenal de Toulon, rencontra une mer assez grosse, soulevée par un fort vent de nord-ouest. Cette mer prenait laTurquoisepar l'arrière, ce qui constitue la plus mauvaise des conditions de navigation. Dans cette position, disent les officiers qui ont commandé les sous-marins de ce type, le navire roule beaucoup et entre tout entier dans les lames comme un soc de charrue dans la terre. On comptait pour augmenter la flottabilité et aider les sous-marins à s'élever sur la lame, sur l'espèce de roui métallique, visible sur la photographie ci-jointe et sur lequel se tient la partie de l'équipage que son service n'appelle pas en bas, mais il se trouve qu'il constitue en réalité une sorte de rocher sur lequel les vagues brisent et déferlent furieusement. La sagesse commande, dans des cas pareils, d'évacuer le pont, de fermer toutes les ouvertures et de naviguer en vase clos. Mais on conçoit assez bien que l'internement dans cette coque roulante manque d'agrément et qu'on essaie de rester à l'air... et à l'eau le plus longtemps possible, sans trop penser au danger!Une lame plus forte balaya le rouf de laTurquoiseet précipita à la mer le lieutenant de vaisseau Lavabre, commandant, l'enseigne de vaisseau Adam, second qui n'était à bord que depuis quelques jours, le premier maître torpilleur et quatre autres marins. LeGoliathaussitôt informé de l'accident put recueillir deux matelots, mais les deux officiers et les trois autres marins avaient disparu et, malgré les longues recherches qui durèrent jusqu'au jour, ne purent être retrouvés.Sous le commandement du plus ancien des seconds maîtres restant à bord laTurquoise, changeant de route et abandonnant ses recherches, mit le cap sur la rade d'Hyères, d'où elle gagna Toulon le lendemain sous l'escorte de deux contre-torpilleurs.Sauvaire Jourdan.Le sous-marinTurquoiseprocédant à ses derniers essais avant son départ pour Bizerte: sur le rouf, l'état-major et l'équipage, dont le commandant un autre officier et trois marins ont été emportés par une lame.--Phot. Marius Bar.Le roi de Suède au tennis, à Nice.--Phot. Chusseau-Flaviens.LOISIRS ROYAUXOn est toujours curieux de voir, surpris dans une attitude familière, ceux que la fortune a placés au premier rang: bien différent des photographies officielles, où il apparaît entouré des honneurs royaux, l'instantané de Gustave V que nous reproduisons ici montre le souverain sous un aspect moins connu. A Nice, dont il est l'hôte en ce moment, le roi de Suède marque une prédilection particulière pour l'élégant jeu de tennis, où s'exercent la vigueur et l'adresse de ses cinquante-cinq ans. Le voici, dans la simple tenue qui convient à ce sport--chemise molle, pantalon blanc et souliers blancs--tout entier à la partie engagée, la raquette tendue, prête à la riposte, l'allure souple, tel enfin que doit être un fervent sportsman.UN GRAND POLITIQUE FRANÇAISM. Constans, qui fut député, sénateur, plusieurs fois ministre, enfin ambassadeur à Constantinople, et dont la carrière politique fut l'une des plus actives et des plus mouvementées parmi celles des hommes de sa génération, est mort lundi dernier à l'âge de quatre-vingts ans, après une longue maladie.M. Constans, photographié il y a quelques années devantla porte de l'ambassade de France à Constantinople.Il était né à Béziers en 1833. D'abord il se consacra au barreau et plaida un peu à Toulouse où il avait fait ses études. Puis il s'en fut, en Espagne, s'occuper de commerce et d'industrie. Ce ne fut qu'un intermède. Il revint, après quelques années, en France et aux études juridiques. Il professa le droit à Douai, à Dijon, et à Toulouse jusqu'en 1876, où les électeurs de cette dernière ville l'envoyèrent siéger à la Chambre. Il y suivit Gambetta dans son opposition au Seize Mai et fut l'un des 363. De 1879 à 1881, il est sous-secrétaire d'État, puis ministre de l'Intérieur dans les cabinets de Freycinet et Jules Ferry. Il contribue à faire adopter le scrutin de liste pour les élections de 1885. Envoyé en mission à Pékin pour la conclusion du traité franco-chinois en 1886, il est nommé, quelques mois après, gouverneur général de l'Indo-Chine. Il démissionna en septembre 1888 pour reprendre sa place au Parlement et trouva la France en pleine agitation boulangiste. Nul n'a oublié le rôle que M. Constans joua à cette époque. Appelé au ministère de l'Intérieur, en février 1889, il y manifesta une vigueur et une activité exceptionnelles, engagea une lutte sans merci contre le boulangisme dont il triompha aux élections suivantes. Il rit également arrêter et incarcérer à Clairvaux le duc d'Orléans.Démissionnaire le 1er mars 1890, il fut repris quinze jours plus tard comme ministre de l'Intérieur par M. de Freycinet, chargé de former un nouveau cabinet. Il se heurta dès lors, dans le Parlement, à une opposition personnelle très violente, et abandonna le pouvoir, en 1892, pour n'y plus revenir.Il était, depuis 1889, sénateur de la Haute-Garonne. En 1898, M. Delcasse lui fit confier la mission de représenter la France, comme ambassadeur, à Constantinople. Il y devait occuper pendant dix ans ces hautes et délicates fonctions, qu'il abandonna après la chute d'Abdul-Hamid en 1908.Jusqu'à ses derniers jours, l'ancien ministre avait conservé cette grande lucidité, ce sens politique et cet esprit alerte qui caractérisèrent sa personnalité dans la vie politique et dans les divers postes qu'il occupa.CYCLONE ET INONDATIONS AUX ÉTATS-UNISPendant une semaine, à la fin du mois dernier, les dépêches quotidiennes des États-Unis nous ont apporté le lamentable compte rendu des désastres causés dans les régions du Centre et de l'Est par des cyclones suivis d'inondations, particulièrement redoutables en ces vastes contrées qu'arrosent des fleuves immenses, au cours impétueux, le Mississipi et ses affluents. Les premières photographies de ces sinistres commencent à arriver en Europe: mieux que les brèves informations transmises par le télégraphe, elles font apparaître en toute sa rigueur la catastrophe, et attestent les cruelles fantaisies du fléau.Le cadavre d'une victime du cyclone d'Omaha, transportépar la tornade dans les branches d'un arbre brisé de Bemis Park.C'est l'une d'elles que montre le cliché reproduit ci-dessous; il fut pris à Omaha, dans le Nébraska, où s'exercèrent les premiers ravages. Le dimanche 23 mars, une tornade d'une force inouïe s'abattait sur la ville, détruisant sur son passage des centaines de maisons, renversant un établissement de cinématographe, dont les spectateurs restaient ensevelis sous les décombres. Un passant, qui se promenait dans un jardin public, fut subitement emporté par la bourrasque, saisi comme un fétu de paille, et vint s'écraser sur un arbre, qui lui-même avait subi les violences de l'ouragan: déchiqueté, tordu, il accueillit entre ses branches le corps inanimé, qui demeura là, reposant dans la paix du dernier sommeil.Le cyclone qui dévasta Omaha et plusieurs villes de l'Illinois et de l'Indiana ne fut que le prélude à une catastrophe plus grande encore. Les pluies torrentielles tombées pendant plusieurs jours amenèrent une crue soudaine et générale, et bientôt l'Ohio, la Pennsylvanie, la Virginie, le Kentucky, furent atteints par l'inondation. A Pittsburg, à Wheeling, à Columbus, à Dayton surtout, la montée des eaux, coïncidant avec de furieuses tempêtes de neige, provoqua de véritables désastres. La plupart des habitants durent fuir leurs maisons submergées; et, en outre des dégâts matériels, évalués à des sommes considérables, on eut à déplorer de nombreux accidents mortels.Le fléau disparut aussi rapidement qu'il était venu, laissant malheureusement derrière lui des ruines qu'il faudra bien du temps pour réparer. Du moins les Américains ont-ils eu, en ces heures de deuil, le réconfort des sympathies de l'Europe. Dès le premier jour, M. Raymond Poincaré avait tenu à exprimer celles de la France, par télégramme, à M. Woodrow Wilson.(Agrandissement)[Note du transcripteur: Les suppléments 2 et 3 mentionnésen titre ne nous ont pas été fournis.]

Cette chère victoire jetait aux mains de l'armée bulgare plus de 50.000 prisonniers, dont 14 généraux, 2.000 officiers, 16 drapeaux, près de 600 pièces de canon, 100.000 fusils et une profusion inouïe de munitions, cartouches, obus, shrapnells. Elle lui avait coûté 12.000 hommes hors de combat, dont 2.500 morts: dans son abnégation, sa soif de sacrifice à la patrie, elle s'estimait quitte à bon compte.

Sur les dernières heures de la résistance, sur les dissensions qui se seraient produites, touchant l'opportunité d'une reddition, déjà avant l'assaut du 27 mars, entre le commandement militaire, tout-puissant, et les autorités civiles, nous n'avons que des données vagues et souvent contradictoires: les Ottomans ont la sagesse et le bon goût de se refuser à toutes confidences, et l'histoire de la défense d'Andrinople reste à écrire.

De même, diverses versions ont circulé touchant les conditions dans lesquelles Choukri pacha se rendit au général Ivanof: la photographie que nous reproduisons ici, document précieux, émouvant, représente la première entrevue entre l'héroïque vaincu et le général victorieux, montre dans sa simplicité ce dernier épisode du drame.

Que Choukri pacha, établi, je l'ai dit plus haut, dans le fort de Hadirlik, ait songé à se remettre aux mains du général Stepanovitch, dont le quartier général était le plus rapproché du sien, c'est assez vraisemblable. Mais seul le commandant en chef de l'armée alliée qui venait de prendre Andrinople avait qualité pour recevoir ce prisonnier illustre.

Choukri pacha se rend au général Ivanof, sur la route deKirk-Kilissé.Phot. Grigor Vassilef.--Droits réservés.

Il lui fit donner rendez-vous à l'entrée même de la ville, sur la route de Kirk-Kilissé, où les premiers régiments triomphants venaient de passer, bannière en tête. Sur les accotements demeuraient encore en batterie les trois canons de 120 braqués sur Aïvas-Baba, après la prise de ce fort par les soldats du 10e et du 23e régiment. Le commandant en chef de la seconde armée bulgare attendit là un moment, entouré de son état-major.

Enfin, Choukri pacha arriva, impassible, impénétrable, sa figure basanée, plus sombre d'être frangée d'une barbe d'argent. Il était sans armes.

L'entrevue fut brève, courtoise de la part du général Ivanof, mais sans cordialité, certes. Les deux adversaires de la veille s'exprimèrent en quelques mots concis leur mutuelle estime, leur admiration, peut-être. Ils ne pouvaient aller plus loin.

Le lendemain, le colonel Markolef, chargé de conduire à Sofia Choukri pacha, arrivait avec lui, en voiture, à la gare de Mustapha. La cour, le quai, étaient remplis de soldats bulgares, de blessés qu'on évacuait, et qui avaient versé leur sang pour conquérir Andrinople.

Un coin du champ de bataille à l'est d'Andrinople.Droits de reproduction réservés.

Une rumeur de colère gronda dans les rangs pressés de ces hommes, chez qui s'assoupissait à peine la fièvre de la bataille; une rafale de cris, d'exécration, s'éleva, déferla, sous laquelle se courba le front de l'impavide héros. Et l'on vit des larmes couler sur ses joues bronzées. L'homme farouche était entamé. Cette réprobation, dont il venait tout à coup de se sentir environné, avait fondu le triple airain qui l'avait protégé de la défaillance, au cours de la longue et magnifique lutte qu'il avait soutenue six mois durant. Il fallut presque le hisser dans son wagon. Et, écroulé dans un coin du coupé qui l'emmenait, captif, vers la capitale ennemie, Choukri pacha pleura, gémit jusqu'au bout du trajet: c'était la tragique rançon de combien d'autres larmes et de quelles sanglantes rosées, dont la terre se sèche à peine?Gustave Babin.

--A suivre.--

La hauteur totale du sphinx, du sol sous les pattes de devant jusqu'au sommet de la tête, est de 20 mètres; la hauteur de la tête est de 8 mètres; les dimensions de la face sont d'environ 5 mètres de haut sur 6 mètres de large.

Plusieurs journaux français ont annoncé récemment une découverte sensationnelle due à un égyptologue américain, et il nous a été donné depuis, dans la presse américaine, des explications sur cette découverte, avec des dessins plus suggestifs, sans doute, que leurs auteurs ne l'eussent souhaité. En voici le résumé:

«On avait remarqué autrefois sur la tête du grand Sphinx de Giseh, une dépression où Denon, en 1802, avait vu l'ouverture d'un puits et où il était descendu jusqu'à dix pieds; cette ouverture s'était comblée depuis; on croyait que les Arabes l'avaient creusée au moyen âge pour chercher des trésors; pourtant elle est si large et si profonde que cela paraît improbable. Vyse et Perring, en 1835, cherchèrent le passage intérieur du Sphinx et pratiquèrent un sondage à l'épaule; leur sonde se rompit à 27 pieds de profondeur, sans avoir trouvé le passage. Le professeur Reisner, lui, en creusant avec ses mains et son canif, est descendu dans la tête, par le puits de Denon, et grâce à son enthousiasme et à son énergie, il connaît maintenant le secret du colosse. La tête contient une chambre ou un petit temple de 60 pieds sur 14. C'est le «saint des saints» d'un temple plus grand creusé dans le corps, communiquant ensemble par un tunnel qui descend dans le cou. Le plus grand temple, orné de colonnes sculptées, est revêtu d'or pur comme le temple de Salomon. Des galeries relient ce temple à la pyramide de Menés et aux tombes des autres rois de la dynastie. Le professeur Reisner a devant lui un énorme champ d'exploration, toute une ville souterraine, mais il rencontre des difficultés inouïes dans l'accomplissement de sa tâche. Déjà les fellahs superstitieux refusent de creuser le Sphinx, car ils craignent le génie dominateur du désert.»

L'excavation au sommet de la tête du Sphinx est bien connue. Le Baedecker en fait mention. Les savants de l'expédition d'Égypte l'avaient remarquée: «On s'élève au sommet de la figure», dit la Description de l'Égypte, «et par derrière, à l'aide d'une échelle de 25 pieds de hauteur, là on trouve une ouverture, c'est celle d'un puits étroit où les curieux descendent ordinairement. Mais il est en grande partie comblé; au bout de quelques mètres on trouve le fond, on n'a pas découvert jusqu'où il pouvait conduire autrefois, si en effet il avait quelque profondeur, ce qui est fort douteux.» Denon a dessiné sur la plate-forme trois personnages dont l'un est engagé jusqu'à mi-corps dans la dépression, et le texte qui accompagne la gravure de Denon explique: «Une des personnes qui sont au-dessus de la tête est représentée en train d'aider de la main une autre qui sort d'une étroite cavité, profonde de 9 pieds au plus, et pleine de débris. Les entailles régulièrement faites de place en place sur les côtés de cette excavation, y tiennent lieu, en quelque sorte, de gradins pour descendre dans ce trou et en sortir,--quant à l'usage de ce trou, il est inconnu et restera peut-être toujours dans l'obscurité du mystère.»

Cependant une tradition fort ancienne, puisque Pline la rapportait déjà, fait du Sphinx une tombe royale et les écrivains arabes, brodant sur cette vieille croyance, parlent de salles souterraines remplies de trésors. Mais jusqu'ici les textes dignes de foi demeurent muets à ce sujet.

Le Sphinx, constamment envahi et enseveli par les sables, fut à plusieurs reprises dégagé ou restauré depuis une antiquité très reculée, dès l'époque des pyramides, comme en fait foi une inscription conservée au musée du Caire.

Le pharaon Thoutmès IV, qui le rendit au jour vers le milieu de la dix-huitième dynastie, fit placer entre les pattes antérieures une stèle de granit où il raconte qu'il exécuta ce pieux travail à la suite d'un songe. Ramsès II s'occupa aussi du Sphinx et éleva deux stèles près de la stèle du songe de Thoutmès. Aucune allusion n'y est faite au temple souterrain. Les souverains grecs et romains qui réparèrent le corps et les pattes, les innombrables touristes qui vinrent au premier siècle y graver leurs noms, ne pénétrèrent pas davantage dans l'intérieur, ni Caviglia, ni Mariette lors des fouilles de 1818 et 1853.

Lorsqu'il procéda au dernier déblaiement du Sphinx en 1886, M. Maspero émit l'hypothèse qu'un tombeau ou un sanctuaire pourrait se retrouver, non dans le Sphinx mais sous le Sphinx. En effet, les inscriptions hiéroglyphiques des stèles dédiées par Thoutmès IV et Ramsès II représentent le Sphinx sur un piédestal très élevé et M. Maspero supposait que ce soubassement pût exister réellement sous le colosse et contenir un sanctuaire. Les fouilles de 1886 n'ont apporté aucune preuve à l'appui de ces suppositions. Elles ont seulement permis d'admirer pendant quelque temps la partie antérieure du Sphinx dans toute sa hauteur. Mais l'imagination des fellahs s'échauffant au souvenir d'anciennes légendes--M. Maspero l'a constaté lui-même--ils crurent et dirent que le se vice des antiquités recherchait la coupe de Salomon, cachée sous le Sphinx, comme chacun sait, et le passage qui relie le Sphinx à la deuxième pyramide. Howard Vyse et Perring avaient déjà entendu des discours semblables.

La trouvaille annoncée par la presse américaine, semble,a priori, une nouvelle édition amplifiée des propos tenus par les fellahs en 1886 et en 1835. L'imagination populaire se plaît aux mystères des souterrains. En Égypte, où les hypogées parfois très longs sont assez nombreux, cette imagination peut créer des villes entières dans les profondeurs des rocs; elle n'y a pas manqué; et fatalement, le nom de Salomon devait apparaître et briller d'or dans ce conte.

Néanmoins, c'est un peu excessif d'annoncer avec certitude le Sphinx comme communiquant par des galeries avec «les tombes des rois de la dynastie»; d'en faire le carrefour des voies d'une ville souterraine; quelque chose enfin comme la gare centrale d'un Métropolitain des momies. C'est excessif d'affirmer la découverte, dans la tête du Sphinx, d'un puits conduisant à un temple, même à un petit temple de 60 pieds sur 14, puisque la tête du colosse, mesure, en réalité, 8 mètres de haut.

Comment la presse américaine imagine, d'après les fouilles supposées du professeur Reisner, l'intérieur du Sphinx et les galeries qui le relieraient aux chambres funéraires des Pyramides. La distance entre le Sphinx et la Pyramide de Chéops, la plus proche, serait de 400 mètres; jusqu'aux derniers tombeaux du groupe, il n'y a pas moins de 1.500 mètres.

Il demeure possible qu'une chambre funéraire soit creusée sous le Sphinx comme sous les grandes pyramides ses voisines. Il est certain qu'une cavité existe au sommet de la tête; qu'elle est, depuis plus de cent ans, l'objet de différentes hypothèses, et d'ailleurs visitée chaque jour par les nombreux promeneurs qui grimpent sur le Sphinx. Tout le reste est peu vraisemblable. L'archéologue enthousiaste creusant, avec ses mains et son couteau, aurait été vite remarqué par les gardiens qui surveillent le terrain des Pyramides. Et, par contre, s'il avait obtenu l'autorisation de commencer une exploration plus sérieuse, la répugnance et les superstitions des fellahs auraient d'autant moins retardé ses travaux, qu'à défaut des travailleurs ordinairement employés sur place à des fouilles analogues, il pouvait faire venir du Caire, chaque matin, une équipe de bons terrassiers par le tramway électrique à trolley qui relie le Caire au champ des Pyramides.Henry Nocq.

Les funérailles solennelles du roi Georges Ier à Athènes, le 2 avril 1913.--Phot. Jean Leune.

Notre excellent correspondant, M. Jean Leune, qui suivit, avec l'armée du Diadoque, la route de la victoire jusqu'à Salonique et jusqu'à Janina, et qui fut le témoin de tant d'heures glorieuses, vient, en contraste, dans Athènes en deuil, d'assister aux funérailles solennelles du roi Georges, qu'il nous décrit en ces lignes émues:

Athènes, 2 avril 1913.

Jamais je n'oublierai le spectacle merveilleux auquel je viens d'assister aujourd'hui. La Grèce et le monde civilisé ont fait au roi Georges des funérailles symboliques qui nous laisseront comme une vision d'histoire.

La cérémonie, dans la métropole, fut de toute beauté. La nef était comme tapissée de fleurs par les innombrables et magnifiques couronnes venues de tous les coins du monde et que l'on avait suspendues aux colonnes, entre les colonnes, partout.

Devant l'autel, le cercueil royal reposait sur une petite estrade tendue de violet. Six aides de camp du roi, sabre nu, montaient la garde funèbre. C'était, dans la demi-obscurité de l'église, d'une simplicité poignante.

Dans la nef, la multiplicité des uniformes étrangers aux dorures endeuillées de crêpe disait que l'Europe entière prenait part à l'actuelle douleur de la Grèce. Et la présence, tout à côté du cercueil, de princes impériaux et royaux et de missions composées des plus éminents personnages témoignait que les puissances tenaient à donner au royaume hellène comme une marque de déférence pour sa gloire naissante.

Sur les marches de l'autel, soixante-dix métropolites somptueusement vêtus et couronnés d'or évoquaient l'image des splendeurs impériales de Byzance ressuscitées autour de ce roi mort pour avoir rendu sa grandeur à la Grèce.

... Après la cérémonie, le cortège se déroula lentement par les rues, toutes tendues de noir. Les troupes de la 4e division, dite la «division de fer», le précédaient. Et le peuple en deuil avait un reconnaissant et orgueilleux sourire pour les soldats glorieux qu'il ne pouvait, en ce jour, acclamer bruyamment. Retenues par quelques fils encore à une hampe bleue, des loques passèrent, émouvants débris de drapeaux victorieux. La foule salua. Les femmes se signèrent.

Ce fut ensuite le clergé. Un délicieux et mystique tintement d'or scandait la marche des somptueux métropolites. Car leurs pas majestueux faisaient se heurter leurs lourdes croix et chaînes, et vibrer les petits grelots d'or attachés à leurs ornements royaux. Sous le bleu ciel d'Athènes, sous son beau soleil, Byzance encore passait... Et, derrière les métropolites, apparut l'étendard de Saint-Laure, le premier drapeau de la Grèce libre, l'étendard qui donna le signal, en 1821, de la guerre sainte de l'indépendance. Un long frisson courut dans la foule...

Des boys-scouts suivirent, impeccablement alignés, en plusieurs groupes sur deux rangs. Les plus grands, de seize à dix-huit ans, allaient en tête; les derniers petits, qui fermaient la marche, n'avaient pas plus de dix ans! Tous portaient la tête haute. Les yeux, remplis de larmes, à peine contenues, avaient un regard ferme et décidé. La vue de ces enfants fit battre tous les cours, car ils étaient une image vibrante de la jeune Grèce.

Derrière le cercueil, posé sur un affût que tirait un détachement de marins, venaient, dans leurs uniformes resplendissants et multicolores, les princes envoyés par les cours européennes.

Et devant eux, isolé, très en relief, dans sa grande tenue sombre et si simple de généralissime, marchait le roi Constantin. Il allait, seul et profondément triste, mais le pas assuré, les yeux fixés droit devant lui, sur le cercueil de son père: l'avenir interrogeant le passé.

A la gare, des détachements de marins étrangers rendaient les honneurs... Le cercueil arriva. Les princes de Grèce le soulevèrent avec piété et le portèrent au wagon mortuaire. Puis le roi soutint la reine-mère, tandis qu'elle gravissait ces degrés encore de son calvaire. Les princesses, les princes grecs et les princes étrangers suivirent, et le train partit pour Tatoï, la résidence d'été où devait avoir lieu l'inhumation...Jean Leune.

Le château de Chenonceaux, le magnifique joyau de notre Touraine, a été vendu, samedi dernier, à la chambre des criées, par ministère de Me de Biéville, avoué, agissant au nom des héritiers de M. Téry, mort il y a deux ans environ. La lutte s'engagea, sur une mise à prix de 1.300.000 francs. Elle se circonscrivit bientôt entre M. Clément, le grand fabricant de bicyclettes, M. Francis Guerault, l'antiquaire bien connu, et un troisième surenchérisseur à qui fut, en définitive, adjugé Chenonceaux pour 1.770.000 francs, et qui n'était autre que M. Henri Menier, le grand industriel.

Le château de Chenonceaux, qui vient d'être adjugé, pourla somme de 1.770.000 francs, à M. Henri Menier.--Phot. G.-W. Léman.

Des sceptiques affirment que la Foire aux pains d'épice est en décadence. Et il est vrai qu'elle a cessé d'être l'attraction «mondaine» qu'elle était, il y a vingt ou trente ans; et que certaines élégances féminines, qui consentent encore à honorer de leur présence la foire de Neuilly, ont décidément délaissé la Foire aux pains d'épice. N'importe. La Foire aux pains d'épice est une antique tradition parisienne à laquelle est resté ingénument fidèle le peuple de Paris. Et les quatre dimanches durant lesquels elle attire, parmi le vacarme des musiques et des boniments, quatre ou cinq cent mille badauds au coeur de Vincennes sont en vérité des dimanches qui ont leur beauté... L'avant-dernier de ces dimanches est celui d'après-demain. Le 20 avril finit la fête.

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Le grand tort des marchands de pains d'épice et des forains qui leur font escorte est d'avoir voulu que «la barrière du Trône» demeurât leur centre de ralliement. La barrière du Trône est à l'est de Paris. Or il n'est plus permis d'aller vivre, ni à plus forte raison d'aller s'amuser à l'est de Paris. Un courant mystérieux emporte la ville à l'occident; et, qu'on le veuille ou non, il faut suivre ce courant-là. Les peintres le savent bien. Et ceux-là même qui s'intitulent «Indépendants» se fussent bien gardés de pousser l'indépendance jusqu'à dresser, le mois dernier, leurs baraquements hors de la zone sacrée. C'est à l'ouest, au bord de la Seine, entre le Champ de Mars et le pont de l'Aima, qu'ils ont érigé cet extraordinaire Salon-couloir, ce monôme de toiles qu'il est nécessaire d'avoir vues, si l'on veut se montrer renseigné, au moment de l'année où nous sommes, sur les choses de Paris.

Un conseil à l'étranger: ne railler qu'avec précautions les manifestations du géniefuturiste, orphisteetcubistedont le Salon des Indépendants vient de nous donner le spectacle. Ne pas s'écrier, surtout, à la vue de ces productions un peu surprenantes: «Les Parisiens deviennent fous!» Car Paris n'est pour rien dans cette affaire, et sa seule faiblesse (si c'en est une) fut d'avoir accueilli avec sa cordialité habituelle des folies venues, pour la plupart d'assez loin...

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A signaler, tout près de là, l'Hippique, au Grand Palais. La fête tire à sa fin; mais ses deux dernières journées passent pour être, ordinairement, parmi les plus brillantes de la série;--brillantes par l'attrait du spectacle et par la qualité des spectatrices. Le Couturier parisien, durant le mois de l'Hippique, est le metteur en scène d'une féerie dont ces dernières journées marquent l'apothéose. Gavarni disait que, dans les musées, il faut aussi regarder... ceux qui regardent. Nulle part un tel conseil n'est meilleur à suivre qu'à l'Hippique. Oui, sans doute, il y a la piste; mais imagine-t-on cette piste-là sans les tribunes qui l'entourent, qui en sont la parure et, à de certaines heures (avouons-le), la raison d'être?

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Toujours àl'ouest: les théâtres! C'est du nouveau, cela aussi. Tout récemment encore la zone des théâtres ne dépassait guère le boulevard des Capucines; la voilà qui s'étend, et dans la direction fatale... Le Théâtre des Champs-Elysées offre aux étrangers, depuis la semaine dernière, la triple séduction de son opéra, de sa comédie, de ses concerts. Tout près de là, sur la scène deFemina, en pleine avenue, c'est une Revue rosse qu'on applaudit; et, de l'autre côté du Rond-point, une scène de music-hall continue d'encadrer avec succès la dernière comédie d'un des académiciens dont Paris raffole. Voilà encore une nouveauté que les étrangers de la dernière génération n'eussent point comprise!

Un académicien, il y a vingt ans, c'était un homme généralement très mûr et vénérable qui ne se souciait point d'aller chercher de la gloire hors de France, et qui, lorsqu'il faisait des pièces, les donnait au Théâtre-Français. Ces habitudes sont abolies. L'académicien de France est devenu nomade. Il a l'esprit aventureux. Il est un peu bohème. On joue Donnay à Marigny; Jean Richepin revient d'une triomphale tournée de conférences en Russie, et l'étranger qu'on eût conduit, il y a huit jours, à l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine n'eût pas été médiocrement surpris d'y trouver sur la scène, acclamé par un auditoire en délire, M. Edmond Rostand!

C'est un Paris nouveau qui succède à l'autre;--à celui dont le théâtre des Nouveautés et le Café anglais formaient le centre... Aussi du théâtre des Nouveautés n'existe-t-il plus trace. Et l'on est en train de démolir le Café anglais.Un Parisien.

Pour le spectacle d'ouverture de la Comédie des Champs-Elysées, théâtre confortable et ravissant, M. Léon Poirier a voulu offrir aux Parisiens une oeuvre d'un auteur dramatique en vogue: il s'est adressé à M. Henry Kistemaeckers, qui lui a donnél'Exilée,dont nous avons montré une scène du premier acte, dans notre précédent numéro. C'est une aventure d'amour où la politique se mêle. Elle se déroule dans un petit royaume imaginaire dont les moeurs sont demeurées féodales. Un jeune Français, le précepteur des princes, y introduit les idées nouvelles que la princesse héritière accueille avec autant de faveur que celui qui les défend, tandis que son entourage les repousse. C'est le conflit de deux races et de deux civilisations auquel s'ajoute l'éternel conflit de l'amour. Mais, en définitive, après avoir rêvé de s'évader vers la vie, la princesse désillusionnée et douloureuse, reste «exilée» dans sa Cour du passé. On a beaucoup applaudi les scènes ingénieuses et fortes généreusement prodiguées en ces quatre actes. Mme Brandès a donné une haute allure à la princesse. Les autres rôles sont tenus par des artistes tels que MM. Dumény, Louis Gauthier, Arquillière, Beaulieu; Mlle Monna Delza et Mme Juliette Darcourt. C'est assez dire l'excellence de l'interprétation.

Le théâtre Michel vient de représenter de son côté une nouvelle oeuvre de M. Pierre Frondaie,Blanche Câline. Cette pièce, d'une jolie tenue dramatique, assez risquée dans quelques scènes, présente un type furieux de jeune femme partagée entre l'amour qu'elle éprouve pour un joli garçon, paresseux, amoral, d'une veulerie qui ne va pas sans quelque bassesse, et l'affection confiante que lui inspire un homme plus âgé, célèbre, et qui ne lui demande rien que d'être heureuse. Les caractères sont adroitement dessinés, l'action est rapide, le dialogue bien mené. Cette pièce, fort bien défendue par MM. Dubosc, Lefaur, Maupré, Mme Lucienne Guett, a achevé de mettre en lumière une comédienne charmante, Mme Michelle, au talent primesautier, fait de sincérité, de grâce naïve et de fraîche émotion.

MM. Bip et Bousquet ont accompli une manière de miracle: ils ont relevé le niveau de la Revue, ce genre de production théâtrale qui jusqu'ici ne se piquait guère de littérature et dont l'esprit, assez souvent, paraissait frelaté. Il faut aller voir représenter au théâtre Femina, leur revueEh!... Eh!...On constatera, dès les premières scènes, qu'il y a quelque chose de changé--et d'heureusement changé--dans le royaume des revuistes.

Un berger qui va être trente-sept fois millionnaire gardant son troupeau.Phot. de M. l'abbé R. Amat, curé de Sernhac.

Trente-sept millions! Telle serait la fortune qui vient d'être léguée à un simple berger de Sernhac (Gard), non par un oncle d'Amérique, mais par un grand-père d'Angleterre.

L'histoire est simple. Un jour une jolie fille de la Lozère, Pierrette Bonnaud, fut séduite par un riche Anglais et traversa la Manche. Bientôt renvoyée par le père du jeune homme, elle débarquait à Marseille où elle mettait au monde Marius Bonnaud, l'heureux pasteur, aujourd'hui âgé de quarante quatre ans.

Tandis que le pauvre enfant était confié à l'Assistance publique, la mère ramenait à elle son ami qui lui donnait une autre enfant, une fille. Celle-ci, convenablement élevée, épousa un Anglais, et fut dotée de 3 millions légués par son père qui, du reste, ne l'avait point reconnue. A plusieurs reprises, le jeune berger implora, mais en vain, l'aide de la soeur riche.

Marius ne se découragea point et il chercha à retrouver les traces de son grand-père à Londres. Il ne fut donc pas trop surpris d'apprendre, il y a quelque temps, qu'on recherchait un enfant naturel, portant son nom, né en 1869, et inscrit sur les registres de l'hospice de Marseille. Il se fit aussitôt reconnaître par l'Assistance publique et il apprit que son grand-père d'Angleterre lui avait laissé 37 millions!

M. le curé de Sernhac, qui nous communique ces détails, ajoute que le brave berger continue à garder le troupeau de son maître, M. Dupiat, en attendant que ce dernier lui ait trouvé un successeur.

Une curieuse figure, qui marquera dans l'histoire de la photographie, vient de disparaître: M. Louis Pierson, le doyen de cet art qu'il vit naître et qu'il contribua à développer, s'est éteint, la semaine dernière, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.

M. Louis Pierson.

Lorrain d'origine, il était arrivé à Paris en 1836, trois ans avant la découverte sensationnelle de Daguerre; d'esprit curieux, vite passionné par des recherches dont le champ s'ouvrait si vaste et si fécond, il devint l'un des meilleurs élèves de l'inventeur et s'attacha à simplifier la technique photographique, alors si délicate et compliquée. Encouragé par ces premiers succès, il installait bientôt rue de la Paix, puis boulevard des Capucines, un atelier où défilèrent toutes les notabilités parisiennes du second Empire.

Après la guerre, à laquelle il prit part: vaillamment, une nouvelle carrière s'offrit à son activité. Des liens de famille venaient d'unir sa célèbre maison à celle qu'avait fondée en Alsace son contemporain Adolphe Braun; aidé de ses deux gendres, MM. Gaston Braun et Léon Clément, il dirigea pendant trente ans le grand atelier d'art auquel on doit les premières reproductions des oeuvres conservées dans les principaux musées du monde.

Cette existence de labeur ininterrompu avait conduit M. Louis Pierson jusqu'à une vieillesse avancée: elle lui a permis d'assister aux progrès surprenants de la photographie, dont il avait connu les débuts incertains. Et ce dut être, pour lui, une douce satisfaction.

Pierpont Morgan a Rome.

En signalant, dans notre dernier numéro, la mort de M. Pierpont Morgan, nous avons rappelé la carrière du célèbre financier américain. Sur les dernières semaines de sa maladie, et ses précédents séjours en Italie, où il aimait à venir goûter de longs loisirs, notre correspondant à Rome, M. Robert Vaucher, nous adresse les notes suivantes, qui ajoutent quelques traits curieux à la physionomie du fameux milliardaire:

C'est à midi, le 31 mars, que M. Pierpont Morgan est mort, au Grand Hôtel de Borne. Mais la nouvelle fut tenue cachée jusque vers 3 heures, afin d'éviter des manoeuvres de Bourse, et les nombreux reporters qui assiégeaient le Grand Hôtel ne purent se douter avant ce moment-là que le malade s'était éteint.

Il y a un mois que le milliardaire américain arrivait à Rome, sur les conseils de son docteur préféré, le professeur Bastianelli. On comptait sur l'intérêt qu'il portait aux beaux-arts et à l'archéologie pour lui faire oublier sa mélancolie et lui rendre un peu de cette énergie dont il a été si prodigue pendant sa longue carrière.

Une amélioration semblait, en effet, se faire sentir. A Pâques, M. Pierpont Morgan fit une promenade en automobile, mais ce fut sa dernière sortie. Peu après, le mal empira. La direction de l'hôtel avait chargé un fermier de fournir le lait nécessaire au malade. Une vache, nourrie spécialement et visitée chaque jour par un vétérinaire, avait été choisie dans ce but parmi les plus belles de la campagne romaine.

Pierpont Morgan était très aimé en Italie. Sa passion pour l'antique l'amenait très souvent à Rome où il achetait beaucoup de tableaux et d'objets d'art.

On raconte, à son propos, de nombreuses anecdotes, en particulier celle-ci qui a le mérite d'être réelle.

Il y a quatre ans, le milliardaire demanda, comme il en avait l'habitude à chacun de ses voyages, une audience au Quirinal et une autre au Vatican. Or, par un curieux hasard, les deux audiences furent fixées pour le même jour, l'audience royale à 10 heures, l'audience pontificale à 11 h. 15. On sait que la tenue d'audience chez le roi est toute différente de celle qui est de rigueur chez le pape. Et l'embarras du grand financier s'accroissait encore du fait qu'il était accompagné de sa fille. Il s'en tira néanmoins d'une façon très américaine.

M. Pierpont Morgan partit en redingote, avec sa fille en chapeau et toilette de ville, pour le Quirinal. A 10 h. 1/2, les deux visiteurs quittaient le palais royal après une audience de vingt-cinq minutes. Deux grandes automobiles fermées, aux stores hermétiquement baissés, attendaient devant la porte: M. Pierpont Morgan monta dans l'une, sa fille dans l'autre, et les deux voitures se dirigèrent, à toute allure, par le Janicule, vers le Vatican.

A 11 h. 10, une troisième automobile traversait la cour San Damaso et l'on en vit descendre M. Pierpont Morgan, en habit et cravate noire, et miss Morgan en robe noire, sans bijoux et la tête couverte du voile traditionnel. La transformation s'était opérée tout simplement le long des rues du Transtevere: quand les deux autos arrivèrent au Janicule, il ne s'agissait plus que de monter dans la troisième voiture qui attendait, patiemment, près du monument de Garibaldi, le moment de conduire ses maîtres chez le Saint-Père.

Le meeting de Monaco.

Des oiseaux sur l'eau: le parc des hydroaéroplanes dans la rade de Monaco.

Le meeting de Monaco, qui s'est ouvert il y a peu de jours, présentera cette année un intérêt exceptionnel. L'an dernier, déjà, nous avions vu évoluer au-dessus des yachts et des canots automobiles plusieurs hydroaéroplanes; mais, dans cette admirable haie sillonnée par une foule d'embarcations, les bateaux volants semblaient bien peu nombreux, et plusieurs pilotes étaient encore insuffisamment familiarisés avec des appareils achevés seulement depuis quelques semaines. Aujourd'hui, seize concurrents sont en présence; monoplans et biplans de divers systèmes reposent sur l'eau bleue, simulant à quelque distance d'énormes mouettes arrêtées pour baigner la pointe de leurs ailes.

L'opération de la mise à l'eau, qui présente toujours certaines difficultés, a admirablement réussi. Au moyen d'un seul plan incliné, les seize appareils, en moins d'une heure, sont venus flotter à la place qui leur avait été assignée. Et ce premier succès semblait un gage des prouesses prochaines de l'escadrille.

Le nouvel hôpital de la Pitié.

L'achèvement du nouvel hôpital de la Pitié, auquel le nouveau président de la République consacrait, il y a peu de jours, une de ses premières visites, marqua la première étape, et une étape heureuse, dans le projet d'amélioration des services hospitaliers de la Ville de Paris auquel fut affecté en 1904 un crédit de 45 millions. Sous tous les rapports, en effet, cet établissement fait le plus grand honneur à la commission supérieure, créée par M. Mesureur, qui en a conçu et surveillé l'organisation générale.

Renonçant à utiliser l'emplacement du vieil hôpital de la Pitié, situé près du Muséum, l'administration de l'Assistance publique a choisi de vastes terrains, jusque-là consacrés à la culture maraîchère, s'étendant entre l'hospice de la Salpêtrière et le boulevard de l'Hôpital. Elle disposait ainsi d'une superficie d'un peu plus de 6 hectares, dont près de 2 hectares (exactement 19.000 mètres carrés) sont aujourd'hui occupés par des constructions variées, aménagées avec toutes les commodités que prescrit l'hygiène moderne.

On s'est préoccupé avant tout d'assurer aux malades l'air et la lumière. Chaque lit est placé devant un trumeau limité de chaque côté par une fenêtre et chaque malade dispose d'un cube d'air de 45 mètres, ce qui correspond à une chambre de 4 mètres de côté avec environ 3 mètres de plafond. On compte au total 986 lits dont 314 répartis dans les divers services de chirurgie.

Pour meubler l'hôpital, y compris le pavillon séparé affecté au logement du personnel, il a fallu acheter, dès la mise en service: 1.075 lits, 14.500 draps, 2.175 couvertures, 1.160 matelas, 2.000 peignoirs, 1.650 blouses de médecin, 4.300 chemises d'homme, 6.000 chemises de femme,123 berceaux, 300 armoires, 2.300 chaises, 300 fauteuils, 125 bancs de jardin, etc.

Les appareils de chauffage, d'éclairage, de ventilation, d'hydrothérapie, de stérilisation, de désinfection, et autres, ont été installés conformément aux derniers progrès de la technique moderne. Les laboratoires sont aménagés avec autant de soin que les salles d'opération, et les divers bâtiments de malades sont munis d'ascenseurs.

Grâce à cette puissante organisation, où le personnel comporte plus de 450 agents, l'hôpital a reçu, au cours de l'année 1912, un total de 16.105 malades. La dépense globale atteindra environ 10 millions; elle est relativement minime si l'on songe au grand nombre de misères qu'elle permet de soulager.

Le 2 avril, le sous-marinTurquoisequittait Toulon pour se rendre à Bizerte, où il devait prendre rang dans la flottille chargée de la défense immédiate des côtes en remplacement des petites unités du typeOursinarrivées au bout de leur service.

LaTurquoise, de 398 tonnes, et ses cinq similaires portent des noms de pierres précieuses. Ces bâtiments ne représentent en réalité que des agrandissements du typeOursinqui déplace seulement 70 tonnes. Ce sont encore des sous-marins proprement dits, c'est-à-dire ne possédant qu'une très faible flottabilité, au contraire dessubmersibles, type adopté définitivement et uniquement dans la marine française. Ces derniers bâtiments sont doués au contraire d'une grande flottabilité, avec les apparences extérieures d'un torpilleur.

Cette différence essentielle dans la conception du sous-marin et du submersible produit ce fait que le premier, avec son manque de flottabilité, est un corps lourd, incapable de suivre les mouvements de la lame lorsqu'il navigue à la surface, et recouvert incessamment par la mer dès qu'elle est un peu forte. Cette particularité explique très bien l'accident qui s'est produit à bord de laTurquoisedans la nuit du 2 au 3 avril.

Nos submersibles du modèle Laubeuf, qui réalisent, je le répète, le type définitivement adopté chez nous pour la navigation sous-marine, sont au contraire de bons bâtiments de mer, capables d'affronter, sans danger pour leurs équipages, de très mauvais temps, ce qu'ils ont bien montré déjà en une foule de circonstances, et non moins capables d'exécuter des navigations longues et difficiles.

Donc laTurquoiseétant dans la nuit du 2 au 3 avril au sud des îles d'Hyères, sous l'escorte d'ailleurs du remorqueurGoliath, de l'arsenal de Toulon, rencontra une mer assez grosse, soulevée par un fort vent de nord-ouest. Cette mer prenait laTurquoisepar l'arrière, ce qui constitue la plus mauvaise des conditions de navigation. Dans cette position, disent les officiers qui ont commandé les sous-marins de ce type, le navire roule beaucoup et entre tout entier dans les lames comme un soc de charrue dans la terre. On comptait pour augmenter la flottabilité et aider les sous-marins à s'élever sur la lame, sur l'espèce de roui métallique, visible sur la photographie ci-jointe et sur lequel se tient la partie de l'équipage que son service n'appelle pas en bas, mais il se trouve qu'il constitue en réalité une sorte de rocher sur lequel les vagues brisent et déferlent furieusement. La sagesse commande, dans des cas pareils, d'évacuer le pont, de fermer toutes les ouvertures et de naviguer en vase clos. Mais on conçoit assez bien que l'internement dans cette coque roulante manque d'agrément et qu'on essaie de rester à l'air... et à l'eau le plus longtemps possible, sans trop penser au danger!

Une lame plus forte balaya le rouf de laTurquoiseet précipita à la mer le lieutenant de vaisseau Lavabre, commandant, l'enseigne de vaisseau Adam, second qui n'était à bord que depuis quelques jours, le premier maître torpilleur et quatre autres marins. LeGoliathaussitôt informé de l'accident put recueillir deux matelots, mais les deux officiers et les trois autres marins avaient disparu et, malgré les longues recherches qui durèrent jusqu'au jour, ne purent être retrouvés.

Sous le commandement du plus ancien des seconds maîtres restant à bord laTurquoise, changeant de route et abandonnant ses recherches, mit le cap sur la rade d'Hyères, d'où elle gagna Toulon le lendemain sous l'escorte de deux contre-torpilleurs.Sauvaire Jourdan.

Le sous-marinTurquoiseprocédant à ses derniers essais avant son départ pour Bizerte: sur le rouf, l'état-major et l'équipage, dont le commandant un autre officier et trois marins ont été emportés par une lame.--Phot. Marius Bar.

Le roi de Suède au tennis, à Nice.--Phot. Chusseau-Flaviens.

On est toujours curieux de voir, surpris dans une attitude familière, ceux que la fortune a placés au premier rang: bien différent des photographies officielles, où il apparaît entouré des honneurs royaux, l'instantané de Gustave V que nous reproduisons ici montre le souverain sous un aspect moins connu. A Nice, dont il est l'hôte en ce moment, le roi de Suède marque une prédilection particulière pour l'élégant jeu de tennis, où s'exercent la vigueur et l'adresse de ses cinquante-cinq ans. Le voici, dans la simple tenue qui convient à ce sport--chemise molle, pantalon blanc et souliers blancs--tout entier à la partie engagée, la raquette tendue, prête à la riposte, l'allure souple, tel enfin que doit être un fervent sportsman.

M. Constans, qui fut député, sénateur, plusieurs fois ministre, enfin ambassadeur à Constantinople, et dont la carrière politique fut l'une des plus actives et des plus mouvementées parmi celles des hommes de sa génération, est mort lundi dernier à l'âge de quatre-vingts ans, après une longue maladie.

M. Constans, photographié il y a quelques années devantla porte de l'ambassade de France à Constantinople.

Il était né à Béziers en 1833. D'abord il se consacra au barreau et plaida un peu à Toulouse où il avait fait ses études. Puis il s'en fut, en Espagne, s'occuper de commerce et d'industrie. Ce ne fut qu'un intermède. Il revint, après quelques années, en France et aux études juridiques. Il professa le droit à Douai, à Dijon, et à Toulouse jusqu'en 1876, où les électeurs de cette dernière ville l'envoyèrent siéger à la Chambre. Il y suivit Gambetta dans son opposition au Seize Mai et fut l'un des 363. De 1879 à 1881, il est sous-secrétaire d'État, puis ministre de l'Intérieur dans les cabinets de Freycinet et Jules Ferry. Il contribue à faire adopter le scrutin de liste pour les élections de 1885. Envoyé en mission à Pékin pour la conclusion du traité franco-chinois en 1886, il est nommé, quelques mois après, gouverneur général de l'Indo-Chine. Il démissionna en septembre 1888 pour reprendre sa place au Parlement et trouva la France en pleine agitation boulangiste. Nul n'a oublié le rôle que M. Constans joua à cette époque. Appelé au ministère de l'Intérieur, en février 1889, il y manifesta une vigueur et une activité exceptionnelles, engagea une lutte sans merci contre le boulangisme dont il triompha aux élections suivantes. Il rit également arrêter et incarcérer à Clairvaux le duc d'Orléans.

Démissionnaire le 1er mars 1890, il fut repris quinze jours plus tard comme ministre de l'Intérieur par M. de Freycinet, chargé de former un nouveau cabinet. Il se heurta dès lors, dans le Parlement, à une opposition personnelle très violente, et abandonna le pouvoir, en 1892, pour n'y plus revenir.

Il était, depuis 1889, sénateur de la Haute-Garonne. En 1898, M. Delcasse lui fit confier la mission de représenter la France, comme ambassadeur, à Constantinople. Il y devait occuper pendant dix ans ces hautes et délicates fonctions, qu'il abandonna après la chute d'Abdul-Hamid en 1908.

Jusqu'à ses derniers jours, l'ancien ministre avait conservé cette grande lucidité, ce sens politique et cet esprit alerte qui caractérisèrent sa personnalité dans la vie politique et dans les divers postes qu'il occupa.

Pendant une semaine, à la fin du mois dernier, les dépêches quotidiennes des États-Unis nous ont apporté le lamentable compte rendu des désastres causés dans les régions du Centre et de l'Est par des cyclones suivis d'inondations, particulièrement redoutables en ces vastes contrées qu'arrosent des fleuves immenses, au cours impétueux, le Mississipi et ses affluents. Les premières photographies de ces sinistres commencent à arriver en Europe: mieux que les brèves informations transmises par le télégraphe, elles font apparaître en toute sa rigueur la catastrophe, et attestent les cruelles fantaisies du fléau.

Le cadavre d'une victime du cyclone d'Omaha, transportépar la tornade dans les branches d'un arbre brisé de Bemis Park.

C'est l'une d'elles que montre le cliché reproduit ci-dessous; il fut pris à Omaha, dans le Nébraska, où s'exercèrent les premiers ravages. Le dimanche 23 mars, une tornade d'une force inouïe s'abattait sur la ville, détruisant sur son passage des centaines de maisons, renversant un établissement de cinématographe, dont les spectateurs restaient ensevelis sous les décombres. Un passant, qui se promenait dans un jardin public, fut subitement emporté par la bourrasque, saisi comme un fétu de paille, et vint s'écraser sur un arbre, qui lui-même avait subi les violences de l'ouragan: déchiqueté, tordu, il accueillit entre ses branches le corps inanimé, qui demeura là, reposant dans la paix du dernier sommeil.

Le cyclone qui dévasta Omaha et plusieurs villes de l'Illinois et de l'Indiana ne fut que le prélude à une catastrophe plus grande encore. Les pluies torrentielles tombées pendant plusieurs jours amenèrent une crue soudaine et générale, et bientôt l'Ohio, la Pennsylvanie, la Virginie, le Kentucky, furent atteints par l'inondation. A Pittsburg, à Wheeling, à Columbus, à Dayton surtout, la montée des eaux, coïncidant avec de furieuses tempêtes de neige, provoqua de véritables désastres. La plupart des habitants durent fuir leurs maisons submergées; et, en outre des dégâts matériels, évalués à des sommes considérables, on eut à déplorer de nombreux accidents mortels.

Le fléau disparut aussi rapidement qu'il était venu, laissant malheureusement derrière lui des ruines qu'il faudra bien du temps pour réparer. Du moins les Américains ont-ils eu, en ces heures de deuil, le réconfort des sympathies de l'Europe. Dès le premier jour, M. Raymond Poincaré avait tenu à exprimer celles de la France, par télégramme, à M. Woodrow Wilson.

(Agrandissement)

[Note du transcripteur: Les suppléments 2 et 3 mentionnésen titre ne nous ont pas été fournis.]


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