Sans doute aura-t-elle encore à subir plus d'une attaque, car les tribus ne peuvent se résigner facilement à une occupation qui nous livre l'unique point d'eau de la région. Elles ont, d'autre part, trop de facilités à nous harceler en raison du voisinage de la zone espagnole où, après chaque défaite, elles peuvent se réfugier: le 10 avril, en déroute, c'est là qu'elles se repliaient par El Kheneg, une gorge qui les dérobait vite à notre poursuite. Toujours est-il 'que le poste est là, assez fort pour se défendre: le général Girardot, en jugeant ainsi, regagnait, le 17 avril, Merada avec le gros de ses forces, et se remettait à la disposition du général Alix pour de nouvelles opérations.Le commandant en chef du Maroc oriental préparait aussitôt, pour la marche vers la casbah M'Soun, une colonne formée du groupe mobile du général Girardot et du groupe de réserve du général Trumelet-Faber, dont il devait prendre le haut commandement. Et quelques jours d'un repos bien mérité étaient accordés aux combattants de Nekhila. Mais les Beni bou Yahi allaient contrecarrer ce projet.Le 19, le général Alix était prévenu qu'ils se disposaient, au nombre de plusieurs milliers, avec le concours des Mtalsa, à attaquer de nouveau, le lendemain matin, le poste de Nekhila, la «redoute Doreau» défendue seulement par 500 hommes.A 8 heures du soir, l'ordre de départ était donné. Deux heures et demie plus tard, mis en route de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure, trois groupes, comprenant en tout 4.500 hommes, cheminaient dans les ténèbres. Ils marchèrent toute la nuit, surprirent au petit jour l'ennemi, installé au pied du djebel Guilliz, et, sans prendre un instant de repos, engagèrent l'action.Voir plus haut, à la page 441, la carte de la région de la Moulouya.Un moment désemparés par la brusquerie de cette attaque, les Beni bou Yahi se ressaisirent assez vite. Ils résistèrent opiniâtrement jusqu'à une heure de l'après-midi. Alors, brusquement, accablés à la fin par les feux de l'artillerie et de l'infanterie, ils se débandèrent, s'enfuirent dans leurs montagnes, vers la zone espagnole, toujours, abandonnant leur camp qui fut anéanti. Nous avions cinq morts et vingt et un blessés, qu'on ramena vers Merada.Il y eut encore, dans la nuit du 22 au 23, une nouvelle alerte, une attaque contre le même poste, si vive, que plusieurs piquets du réseau de fil de fer furent arrachés et que les assaillants parvinrent à jeter dans le camp des engins, d'ailleurs inoffensifs, des bombes confectionnées avec de vieilles boîtes de conserves: la garnison se tira d'affaire seule et repoussa cette agression.Depuis lors, le calme règne à Nekhila. Le général Alix y demeure avec sa colonne, recueillant des renseignements sur les dispositions des tribus dont il surveille l'attitude, prêt à s'élancer vers M'Soun dès qu'il aura la certitude qu'il peut, dans de bonnes conditions, faire ce nouveau bond en avant.a l'assaut de l'atlas marocainLa brusque occupation par le colonel Charles Mangin, plus que jamais plein «d'allant», d'un point sur l'oued Zem, affluent de l'Oum er Rbia, occupation affirmée par l'installation d'un poste, a déterminé dans la région occupée par les Zaïanes une certaine effervescence, à laquelle il a fallu faire face vigoureusement. De là, toute une série d'opérations qui se poursuivent encore à l'heure actuelle, et que couronnera, très vraisemblablement, une action d'ensemble, annoncée, puis démentie, à laquelle prendraient part cinq colonnes convergeant vers le pays zaïane et son hypothétique capitale Khenifra.En attendant le déclenchement décisif, deux colonnes, sous le commandement des colonels Charles Mangin et Henrys, font d'énergique besogne, l'une remontant progressivement vers les Zaïanes, l'autre descendant vers le sud dans la région de Meknès.Menacé d'une attaque de Moha ou Hamou el Zaïani, notre irréconciliable ennemi, qui s'est rapproché jusqu'à Betmat Aïssaoua, d'où il commande aux Smaala, Beni Khirane et Beni Zemmour, le colonel Mangin se décide à prendre les devants.«Il quitte, nous écrit un des officiers de la colonne, l'oued Zem le 25 mars à minuit et tombe, à 9 heures du matin, sur le campement de notre vieil adversaire, qui ne dut son salut qu'à une fuite rapide. L'audace du colonel déconcerte les contingents que poussait le Zaïani et qui se sentent abandonnés de lui. Les Beni Zemmour, Smaala, Beni Khirane commencent à comprendre l'inutilité d'une plus grande résistance et ils viennent, les uns après les autres, offrir leur soumission au colonel. Pour les hâter, celui-ci se porte à la rencontre d'un détachement de sortie, venu de Zailiga, qui pourrait, le cas échéant, prendre les tribus par derrière.»C'était le premier avantage remporté sur des tribus qu'aucun sultan n'a dominées depuis Moulai Ismaïl, le contemporain du Roi-Soleil. C'était le point de départ d'une campagne de première importance.«Restaient, continue notre correspondant, les contingents du Sud. Les Chleuh, chassés de leurs montagnes par la neige, s'étaient groupés sous les ordres de Moha ou Saïd sur les deux rives de l'Oum er Rbia. Cet autre adversaire avait, en outre, entraîné dans son sillage les Aït Roboa.«Le colonel Mangin songe à réduire ces contingents. Il part subitement, le 6 avril dans l'après-midi, de la dechra Brakne où il avait reçu la soumission des tribus du Nord, et vient coucher à Boujad, qu'il quitte au milieu de la nuit pour chercher à atteindre Moha ou Saïd; mais des guetteurs nous éventent et les campements sont levés précipitamment et dirigés vers l'oued. Les pluies des derniers jours et la fonte des neiges ont grossi le cours d'eau au point que bon nombre de gués sont impraticables et que la majeure partie des hommes et des animaux devra gagner l'unique pont de la casbah Tadla: c'est l'objectif du colonel Mangin. Il l'atteint vers 10 heures du matin et y trouve un désordre indescriptible. Cavaliers et piétons se bousculent pour franchir l'étroit passage, alors que plus de dix mille moutons, qui n'ont pas encore eu le temps de passer, nous sont abandonnés.«Mais Moha ou Saïd nous avait échappé. Il s'était retiré chez lui, à Mechra en Nefad, au pied de la montagne, à 12 kilomètres de la casbah Tadla. A 2 heures, la colonne se remet en marche et se dirige vers le repaire de notre ennemi, qui se reposait tranquillement des fatigues de la matinée. Et c'est une nouvelle fuite de notre adversaire, un départ tellement rapide, que le chef si prestigieux nous abandonne son étendard de satin blanc.«Un foyer d'agitation existe encore à Beni Mellal, où sont groupés environ quatre mille guerriers. De même que les précédents, le colonel Mangin va le réduire à néant. Partie de la casbah Tadla le 10 avril à 11 heures du matin, la colonne vient camper à Zidania, malgré de belles attaques de Marocains qui cherchent à l'accrocher en arrière.«Un orage dans la soirée fait craindre des difficultés pour le lendemain, mais qu'importe? les admirables troupes pressentent la victoire, et il est peu d'obstacles pour les arrêter. A midi, la résistance était brisée, les innombrables défenseurs de la casbah Béni Mellal et des jardins qui l'entouraient avaient dû nous céder le terrain.»Ayant frappé ce coup énergique, le colonel Mangin continua pendant quelques jours à parcourir le pays, recueillant force soumissions,--mais quelle sincérité faut-il attendre de ces gens à qui, confiants, on donne l'aman, et qu'on retrouve huit jours après devant soi, le fusil à la main?Le 19 avril, enfin, la colonne Mangin atteignait l'oued el Abid à Dar Caïd Embarek, où elle devait donner la main au lieutenant-colonel Savy, venu de Marakech. La violence du courant de l'oued ne permit qu'aux cavaliers du lieutenant-colonel Savy de passer sur la rive droite, mais la jonction était faite et l'impression produite sur les indigènes considérable. Ils comprenaient que, désormais, toute tentative de rébellion serait rapidement réprimée, que, soit de Marakech, soit d'El Borouj, soit de l'oued Zem, des colonnes pouvaient se porter sur le moindre foyer d'agitation.A quelques jours de là, le 25 avril, le colonel Mangin revenait à El Borouj pour y accueillir le général Lyautey, qui avait tenu à se rendre compte de la situation au Tadla. Le résident général reçut les caïds récemment soumis, et, très certainement, sut trouver les mots convaincants pour les affermir dans leurs résolutions pacifiques et leur démontrer que leur intérêt bien entendu même les engage à vivre avec nous en bonne intelligence.Après le départ du général Lyautey, le colonel Mangin reprenait ses troupes à Dar ould Zidouh et les ramenait à la casbah Tadla.Le 26 avril, il était de nouveau en route, marchant sur Aïn Zerga. Près de ce point, son arrière-garde fut en butte à une attaque de la part des contingents Aïb Attala et Aïb Bouzem. Toute la colonne dut être engagée, tant l'agresseur devenait mordant. Repoussé, enfin, et poursuivi par toute la cavalerie et l'artillerie montée, l'ennemi subit des pertes nombreuses. De notre côté, 4 tués et 27 blessés, parmi lesquels le colonel Mangin lui-même, atteint légèrement à la jambe.Dans la nuit même, la colonne continuait sa marche vers Sidi Ali ben Brahim, où était groupée une harka de Chleuh. Le terrain qu'elle traversa était jonché encore de cadavres de Marocains tombés la veille.L'ennemi guettait les nôtres, embusqué dans un bois d'oliviers, en avant de Sidi Ali. Le combat fut un des plus meurtriers que nous ayons livrés, puisque nous eûmes 18 morts et 41 blessés. La harka était nombreuse et acharnée. Elle tint bon jusqu'à 8 heures du soir, puis alors se débanda à bout d'effort, se dispersa dans toutes les directions. Elle se reformait un peu plus tard et, à distance respectueuse, observait notre attitude. Le colonel Mangin, pour en finir, recourut à une ruse classique: il feignit de se replier. Son mouvement fut suivi par l'ennemi. Alors, se retournant brusquement, dans une vigoureuse contre-attaque, il infligea aux Chleuh des pertes considérables. La colonne passa la nuit à Sidi Ali et n'en repartit que le lendemain,--sans avoir été de nouveau inquiétée. Le 2 mai, elle rentrait à la casbah Zidania.Plus au nord, le colonel Henrys de son côté a déployé une activité égale et a eu à faire face à des groupes non moins ardents, Zemmour, Beni M'Tir, Beni M'Guild, Guerouane.Parti d'El Hajeb au commencement d'avril, son action devait se développer vers le sud. Le 2 avril, en un raid rapide, il surprenait un campement hostile et lui enlevait ses troupeaux; le lendemain, il occupait la casbah des mêmes dissidents. Des négociations s'ouvraient immédiatement. Un premier douar zemmour de 60 tentes faisait sa soumission, et, en quelques jours, 200 tentes guerouanes sollicitaient et obtenaient l'aman.Ces négociations furent à maintes reprises interrompues; quelque effervescence se produisait qui obligeait le colonel Henrys à porter un coup rapide, toujours suivi de soumissions nouvelles.L'un de ses succès les plus remarquables fut, le 23 avril, la prise et la destruction de la casbah Ifran. Pour l'atteindre, il avait fallu à ses vaillantes troupes traverser la forêt de Jaba, passer le mont Koudiat, à 1.700 mètres d'altitude, dans le brouillard, le froid, la neige.Le 24, le colonel Henrys prenait contact avec la colonne Comte, venue de Fez sans qu'on ait signalé, dans sa marche, aucun incident.Les dissidents, en revanche, ne devaient pas laisser au colonel Henrys grand répit.Bientôt, il était avisé qu'ils allaient attaquer son camp de Dar Caïd Itto (sur la position exacte duquel on n'est pas encore exactement fixés). Sans attendre cette attaque, le colonel décidait de prendre l'offensive et de se porter sur Azrou où les dissidents étaient installés. Mais eux-mêmes, avertis, se retirèrent sur les hauteurs boisées qui dominent le sud de la ville. Celle-ci fut occupée après une courte résistance. Le colonel y trouva des approvisionnements de bois considérables, qui serviront à la construction de redoutes fortifiées.Les Marocains firent pourtant un retour offensif. Ils furent repoussés.Le colonel Henrys regagna le camp de Dar Caïd Itto, en détruisant sur sa route quatre casbahs appartenant à la tribu des Beni M'Guild, dans la vallée de l'oued Tigrira.Passage de l'Oum er Rbia par l'artillerie de 75, à la casbah Zidania.--Phot. du vétérinaire militaire Wagner.CE QU'IL FAUT VOIRPETIT GUIDE DE L'ÉTRANGERVoilà une expérience faite, et nous savons dès maintenant ce qu'il faudra voir le 4 mai de l'an prochain. Il faudra voir la fête de Jeanne d'Arc. Des Français de tous les partis en réclamaient, depuis des années, la célébration. Qu'attendait-on pour les satisfaire? Dans un pays comme le nôtre, où l'on adore non seulement la bravoure, mais les gestes les attitudes jolies de la bravoure, et qui a pour capitale une ville dont un philosophe a dit qu'elle était le paradis des femmes, on imagine très bien de quel éclat charmant, de quelle somptuosité tendre et pieuse pourra être revêtu un tel hommage, le jour où la loi l'aura consacré; une fête officielle de l'Héroïsme guerrier qui sera la fête d'une jeune fille! N'est-ce pas de quoi enflammer de joie tous les cours? Nous n'avons eu, dimanche dernier, qu'une ébauche de cette fête-là, puisqu'elle n'est point officielle encore... Quel émouvant spectacle pourtant nous donna cette foule parisienne, qu'on dit sceptique, et que nous vîmes heureuse de pavoiser, de défiler, de prier pour une petite villageoise qui sauva sa patrie, et dont l'aventure prodigieuse a des grâces de conte de fées. Des penseurs ont voulu faire du 1er mai la fête du Peuple. Je crois bien qu'à cette date-là, celle du 4 mai va faire désormais la plus sérieuse des concurrences,--et que le peuple ne s'en plaindra point.** *Jeanne d'Arc fêtée dimanche; un roi salué, trois jours après, par les acclamations de Paris... Les étrangers qui furent témoins de cette commémoration et de cette visite rendront au moins cette justice au Paris de 1913 qu'il sait être républicain avec éclectisme et politesse. Il est vrai que le roi d'Espagne est un de ses monarques favoris. Paris aime Alphonse XIII pour sa jeunesse, pour son courage, pour l'espèce de sérénité élégante qu'il oppose aux petites misères et aux grands risques de son métier de roi, et enfin (car on est égoïste!) pour l'amitié très sincère que nous savons qu'il a pour nous.Mais pourquoi ce souverain s'en va-t-il si vite d'une ville qu'il aime? Il ne s'est même pas donné le temps de goûter la grâce... un peu mouillée de notre printemps. Il y avait trop de monde et trop de bruit aux Champs-Elysées, mercredi, pour qu'il y pût voir comme la neige de nos marronniers en fleurs est jolie à regarder entre l'Arc de triomphe et l'Obélisque. Il n'a pas vu nos Salons du Grand Palais. Il n'a pas vu se dresser sur la piste sablée du Concours hippique les formes blanches d'un peuple de statues... Il n'a même pas regardé nos petits Salons!Ils sont plus charmants que jamais et composent, à cette heure, un spectacle d'exceptionnel attrait. Les petits Salons, c'est ce qu'il faut voir cette semaine.Je place au nombre des «petits Salons» cette délicieuse exposition de l'Union centrale consacrée aux Arts féminins et à laquelle les grands murs nus du Pavillon de Marsan font un si auguste cadre. Arts féminins, en chacun desquels s'évoque un peu de l'âme de nos vieilles provinces. Paris leur envoie, à ces provinces, ses modes, qui changent deux fois par an. Elles lui envoient, elles, d'exquis souvenirs de leur passé, et ce qu'il y a d'éternel dans leurs traditions d'élégance. Car les modes d'une province, c'est quelque chose dont on ne sait pas l'âge, et qui ne change jamais.** *De la rue de Rivoli, courons à la rue de Sèze (après une halte, qui ne sera pas sans agrément, chez lesIntimistes, du boulevard Malesherbes); et nous voici devant l'Exposition charmante de Luigi Loir. Personne ne connaît mieux que ce peintre nos boulevards extérieurs et notre banlieue; et l'on pourrait dire qu'à travers ces décors-là Luigi Loir est, pour l'étranger, le meilleur des guides, car il leur en fait voir ce que d'eux-mêmes, en vérité, ils n'y auraient jamais vu. De Montmartre ou de Bougival l'étranger ne connaît guère que les heures brillantes du jour ou de la nuit. Il a vu Bougival sous le soleil du printemps; Montmartre sous le flamboiement de ses illuminations et de ses tapages nocturnes. Luigi Loir nous en montre et nous en fait aimer les mélancolies crépusculaires. Cet instant de la journée où s'entr'ouvre sur la nuit qui vient «l'oeil clignotant des bleus becs de gaz», personne ne l'a décrit aussi finement, aussi spirituellement que lui.** *De l'esprit! Il semble qu'on ait peur d'en avoir, en peinture; ou qu'on ne sache pas en avoir. Aux premiers rangs de ceux qui en ont, et beaucoup, saluons M. André Devambez dont voici précisément l'Exposition ouverte, depuis quelques jours, à côté de celle de Luigi Loir, chez Georges Petit. Près de cent cinquante «numéros» groupés en un Salon unique! C'est que M. Devambez possède ce don, aussi rare chez les peintres que chez les écrivains, de savoir dire beaucoup de choses en de très courts alinéas. M. André Devambez fait penser à ces maîtres flamands et hollandais dont les «petits tableaux» contiennent souvent de si grande peinture. Et comme il aurait tort d'agrandir les toiles où il peint! N'y fait-il pas tenir tout ce qu'il veut? Ne s'y montre-t-il pas, tour à tour, poète, historien, humoriste?Humoriste! Comme je sais gré à M. Devambez d'oser l'être franchement; d'avoir compris--comme le comprenaient ces maîtres flamands et hollandais dont il était temps, vraiment, de reprendre chez nous la tradition délicieuse--qu'une réalitécomique, c'est quelque chose qui peut être peint tout aussi bien que dessiné, et que la couleur ne saurait être le privilège des sujets nobles,--ou ennuyeux. M. Devambez aura été l'un des premiers à s'apercevoir de cela. Remercions-le du service qu'il nous rend... et qu'il rend à la peinture!Un Parisien.AGENDA (10-17 mai 1913)Examens et concours.--Le cours complémentaire d'études coloniales au Collège de France est vacant. (Le délai d'inscription et de production des titres des candidats expirera le18 mai.)--Le14 maiauront lieu, à Paris, des examens pour l'obtention des brevets de langue annamite, cambodgienne et caractères chinois.--Un concours d'architecture est ouvert à Toulon, entre tous les architectes français, pour la reconstruction de l'hôtel de ville de Toulon.Conférence.--Comédie des Champs-Elysées (avenue Montaigne), le10 mai, à 4 h. 1/2:la Femme et le Théâtre, conférence et auditions de M. Marcel Prévost, à-propos en vers de M. Xavier Roux.Expositions artistiques.--Paris: Grand Palais: Salon de la Société des Artistes français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.--Petit Palais: exposition de David et ses élèves.--Ancien hôtel de Sagan (23, rue de Constantine): exposition d'objets d'art du moyen âge et de la renaissance au profit de la Croix-Rouge française. Cette exposition durera jusqu'à fin mai.--Hôtel de Ville (salle Saint-Jean): exposition de la Société artistique et littéraire de la Préfecture de la Seine.--A l'Office tunisien (2, rue Meyerbeer): exposition d'oeuvres des frères Delahogue (vues de Tunisie et d'Algérie).--Au Palais de Glace: Salon des Humoristes, organisé par leRire.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes), jusqu'au17 mai: exposition de la Société des Intimistes.--Salle Georges Petit (8, rue de Sèze), jusqu'au15 mai: aquarelles et dessins par A. Devambez; tableaux, aquarelles et études par Luigi Loir.--Galerie La Boétie (64 bis, rue La Boétie), jusqu'au21 mai: exposition de la société Le Pastel.L'exposition canine.--L'exposition canine internationale, organisée par la Société centrale pour l'amélioration des races de chiens en France, se tiendra sur la terrasse de l'Orangerie des Tuileries du17au26 mai. Elle aura lieu en deux séries: 1° chiens courants français et étrangers, bassets et chiens d'arrêt; 2° chiens courants bâtards, chiens de berger, de garde, et chiens de luxe.Concerts.--Le15 mai, salle Gaveau, en soirée, concert donné par le violoniste Jacques Thibaud; à la même date, salle Pleyel, concert du «quatuor avec piano (Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux. Jules Marneff).Sports.--Courses de chevaux: le10 mai, le Tremblay; le11, Longchamp; le12, Saint-Cloud; le13, Saint-Ouen; le14, le Tremblay; le15, Longchamp; le16, Maisons-Laffitte; le17, Saint-Ouen.--Escrime: le17 mai, assaut du cercle Hoche; le18 mais'ouvrira, au Jardin des Tuileries, la grande semaine des armes de combat organisée par la Fédération parisienne d'escrimeurs.--Automobile: les11et12 maise courra le tour de Sicile (Targa-Florio); du11au15 mai, grand meeting de vitesse organisé par le Club de la Sarthe et de l'Ouest, la Flèche, Laval, Tours.--Le18 mai, ouverture du 4e Salon de l'automobile à Saint-Pétersbourg.--Boxe: les grands prix amateurs de boxe anglaise se disputeront, les11et18 mai, à la salle Boisleux, et les mêmes jours, au Boxing Hall.--Le match de boxe pour le titre de champion d'Europe, qui devait se disputer à l'exposition de Gand le25 mai, est remis au1er juin.--Cyclisme: les17et18 mai, course Bordeaux-Paris.--Au Parc des Princes, les11et12 mai, grand meeting de la Pentecôte; grand prix de la Pentecôte; course à l'australienne.--Athlétisme: courses à pied le12 mai, Racing-Club de France contre South London Harriers; le18 mai, prix Blanchet.LES LIVRES & LES ÉCRIVAINSDINGOLe dingo est un chien qui nous vient d'Australie, un chien, à vrai dire, ni chien ni loup, mais plutôt loup que chien, et qui tient surtout du loup de Russie; à ce détail près--observe sir Edward Herpett, le personnage de préface du nouveau livre de M. Octave Mirbeau (1)--à cela près «que, n'ayant ni le pelage gris du loup, ni son échine basse, il rappelle, sans l'excuse de la faim et même sans un goût très violent pour la viande, sa férocité carnassière.» Enfin, le dingo est un loup dont l'illusoire ressemblance avec le chien suffit à le faire accepter comme chien parmi les bêtes et les gens de notre société organisée. Mais il n'en est pas moins que le dingo reste loup et qu'en traversant les foules--humaines et animales--ordonnées, policées, civilisées, de notre temps, il y demeure un élément de trouble, de contraste, et--pour M. Mirbeau--d'études comparatives. Sauvagerie contre civilisation. La bête instinctive contre l'homme éduqué. La nature contre l'artifice. Ouvrons, à nouveau, parmi les décors de cette époque, la lice des millénaires et tenons les paris. M. Octave Mirbeau s'est réservé le soin de tirer la philosophie, ou du moins une philosophie, de ce rapprochement et de cet antagonisme, et, sans grande hésitation, avec une sorte de joie, il a donné comme titre au recueil de ses impressions, observations, conclusions, le nom de celui qui, dans ce contact émouvant, lui paraît avoir joué le rôle du personnage noble, du héros. Il a donné comme titre à son livre le nom de la bête sauvage:Dingo.Note 1:Dingo, par Octave Mirbeau, Eug. Fasquelle, édit.Donc,Dingo, récit d'une vie de chien, est surtout une histoire de la vie des hommes, des hommes d'aujourd'hui et aussi sans doute des hommes de demain; car M. Octave Mirbeau ne semble guère admettre dans l'évolution de l'humanité de grandes possibilités de changement, ni surtout de perfectionnement. L'homme est grotesque quand il n'est pas criminel et criminel quand il n'est pas grotesque. Vous ne le sortirez point de là, et il paraît difficile, tout pesé, que jamais l'âme d'un homme puisse valoir l'âme d'un chien, voire d'un chien féroce.Ne vous indignez pas trop contre M. Octave Mirbeau, ni contre son livre. D'abord M. Mirbeau a prodigué dans ce livre tout le talent âpre que vous aimez en lui, et rarement l'art de la forme a davantage paré la violence du fond. M. Mirbeau, vous le savez, est le plus poignant, le plus impitoyable des pessimistes satiriques. C'est le pamphlet en une phrase, en un mot, en une virgule. Il vous étrangle entre deux tirets et vous assomme avec trois points de suspension. Il est à lui seul Juvénal et La Rochefoucauld, Diogène et Jean Veber. Mais encore vaut-il mieux ne le comparer à nul autre. Mirbeau est Mirbeau sans plus et sans moins. Et c'est bien assez pour son compte et pour le nôtre.La société des hommes, dans le nouveau livre de M. Mirbeau, tient en un village de quelque Seine-et-Oise, le village de Ponteilles-en-Barcis. Il y a là, d'un côté, tous les représentants de notre organisation économique, politique, administrative, militaire, religieuse, ceux de la famille, ceux de la communauté et ceux de l'État. Il y a, de l'autre côté, Dingo, le chien sauvage. Et le massacre commence. Si M. Mirbeau, en ce carnage, épargnait quelqu'un ou quelque chose, cela deviendrait tout à fait angoissant, car tels de nous qui ne compteraient point parmi les exceptions pourraient se sentir directement et cruellement atteints. Mais qu'on se rassure! M. Mirbeau n'épargne rien, ni personne. Il ne fait point de quartier. Tout y passe: maréchaussée, justice, finances publiques, économie domestique, commerce, littérature, théâtre, science, et non point seulement la science officielle consacrée, décorée, mais encore la science indépendante, combattue, entravée. Tous y passent, depuis le maire jusqu'au garde champêtre, sans oublier le gendarme--qui fraude, pour le vendre plus cher, le fumier de la gendarmerie--sans oublier l'employé des postes qui, derrière son guichet, pèse les lettres et les frappe du timbre «avec une violence précise et comme s'il accomplissait un acte de vengeance». Vous devinez bien que ne sont mis hors de compte ni le médecin, ni le pharmacien, ni le vétérinaire, ni l'Institut Pasteur, «une belle blague!».Bien entendu, la charité humaine, la solidarité, l'amitié, sont traitées comme vous pensez. La bonté, la pitié! Ah! ah! Vous entendez d'ici ce rire de M. Mirbeau, ce rire court et sec qui se brise sur les dents et vous laisse un froid aux gencives. Et ce qu'il y a de terrible, parfois, presque tout le temps même de votre lecture, c'est que vous avez vraiment envie de rire avec M. Mirbeau, et du même rire que lui. Et pourquoi? Tout simplement parce que tous les personnages types que nous voyons réunis à Ponteilles, le village «qui crève d'or» et «se berce de rêves atroces», tous ces personnages sont indiscutablement vrais. Nous avons lu leurs effroyables histoires, chaque matin, dans les journaux; nous avons vu frémir de leurs haineuses colères les grimoires d'avoués; nous avons connu leur redoutable sottise et leur lâche fureur quand ils composent une foule; et surtout nous avons soupçonné leurs tares, leur avidité, leur hypocrisie, et leur facilité à commettre tous les crimes que ne sait pas atteindre la justice, et dont, en sa conscience de bête sauvage, s'indigne le chien féroce de M. Mirbeau. Car c'est là, au fond, tout le secret de la violence justicière de Dingo, qui, lâché au milieu de ces appétits, de ces bassesses, inflige à tout le pays de multiples et ruineuses expiations. Bien plus. Il nous communique, ce Dingo, et par une irrésistible contagion, un peu de sa rage de meurtre. On a comme envie de lui crier: «Bravo! Dingo. Continue, Dingo! Pille et tue! Ne t'arrête point aux bêtes domestiques, civilisées, elles aussi, les pauvres... Sus aux gens, aux habitants, ceux de Ponteilles, jusqu'au dernier.»Ceux de Ponteilles! Car nous n'avons pas, il faut bien le dire, songé un seul moment, ni, sans doute, M. Mirbeau lui-même, que l'humanité de Ponteilles était toute l'humanité. Mais nous n'en sommes pas moins ravis, d'avoir été conviés par Dingo à nous mirer dans les mares de Ponteilles, car, pour nous y être vus un moment, nous les hommes, si laids, tellement difformes et à ce point infâmes, nous éprouvons, quand c'est fini, cette même impression heureuse que l'on ressent après que cesse l'obsession caricaturale d'un miroir en creux ou en bosse placé devant notre visage. Nous nous savons plus beaux, --et meilleurs.Albéric Cahuet.Voir, dansLa Petite Illustration, le compte rendu des autres livres nouveaux.LES THÉÂTRESCyrano de Bergerac, poursuivant son éblouissante carrière, vient d'atteindre sa millième représentation sur cette même scène de la Porte-Saint-Martin, d'où il s'élança il y a quinze ans vers la gloire. A cette occasion, les directeurs de ce théâtre et l'auteur ont offert au public parisien une représentation gratuite de ce chef-d'oeuvre. On imagine aisément quels enthousiastes applaudissements les ont récompensés de ce geste généreux. M. Edmond Rostand, dans une pensée délicate, voulant associer à son triomphe l'inoubliable Coquelin aîné, avait, la veille, en pleine représentation, fait adresser à la mémoire du créateur du rôle de Cyrano, par M. Le Bargy, qui lui succède, un salut profondément émouvant. Les spectateurs privilégiés de cette commémoration touchante ont uni, dans une ovation spontanée, le nom du grand artiste disparu a celui du glorieux auteur qui lui fit rendre ce public hommage par l'admirable Cyrano d'aujourd'hui.La Comédie-Française a enrichi son répertoire de pièces en un acte d'une délicieuse petite comédie de MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillavet,Venise, et elle a montéRiquet à la Houppe, une des comédies de Théodore de Banville où s'affirment le plus brillamment les prestigieux dons poétiques, et la souplesse verbale, l'incessante fantaisie, l'esprit toujours jaillissant de ce roi du Parnasse. On a fait fête à l'une et à l'autre de ces oeuvres, jouées à ravir, la première par Mlle Leconte et MM. Numa et Le Roy, la seconde par Mmes Lara, Delvair, Robinne, Bovy et MM. Berr, Brunot, Croué.Panurge, représenté à la Gaîté-Lyrique, est la dernière partition écrite pour la scène par Massenet. Dans cet opéra-comique, vivant, joyeux et pittoresque, le compositeur regretté semble avoir voulu renouveler sa manière. Tour à tour allègre, comique, amoureuse, sentimentale, sa musique charme et émeut. Le livret, d'une tenue très littéraire, est dû à la collaboration de MM. Georges Spitzmuller et Maurice Boukay. Le succès de cette oeuvre a été vif. Il convient d'y associer les excellents artistes qui l'interprètent: Mlles Lucy Arbel et Doria, MM. Vanni, Marcoux, Gilly, Martinelly.A l'Odéon, M. André Antoine a eu l'ingénieuse idée de présenter l'Estherde Racine dans une mise en scène inspirée des tapisseries de Troy. Les artistes, revêtus de costumes dessinés par M. Ibels, reproduisaient les attitudes des personnages imaginés par le célèbre peintre, et le décor, dû à M. Paquereau, était une copie fidèle de celui qu'il composa. La musique de Jean-Baptiste Moreau accompagnait les choeurs.D'un roman qu'il avait publié dans le Figaro sous le titrel'Ile fantôme, M. Charles Esquier, ex-pensionnaire de la Comédie-Française, a tiré une pièce,l'Entraîneuse, jouée avec succès à Bruxelles et reprise ces jours derniers au théâtre Antoine. Un musicien, pauvre et méconnu, mais encouragé, soutenu, «entraîné» par sa femme, aimante et dévouée, n'arrive finalement à faire représenter sa première oeuvre et ne parvient par là à la fortune, à la célébrité, qu'au prix d'un douloureux sacrifice de sa compagne, sacrifice dont elle double la valeur en le tenant secret même lorsque, après le triomphe, son mari la délaisse et la trahit. On a applaudi cette pièce qui nous présente une étude, très scéniquement composée, d'un intérieur d'artistes; on a beaucoup applaudi aussi les interprètes, au premier rang desquels il faut citer Mlle Margel, d'une sincérité ardente et pathétique et dont la renommée s'accroît légitimement à chaque nouvelle apparition, et un débutant--du moins à Paris--M. Francen, auquel son jeu sobre, vigoureux et juste, peut faire prédire à coup sûr le plus bel avenir.Au théâtre Michel,Manche Câline, la comédie de M. Pierre Frondaie, est accompagnée hormis quelques jours d'une fantaisie,Pas davantage, de M. Nozière, tout à fait dans le ton voluptueux et sentimental, galant et badin, que le spirituel auteur a transposé du dix-huitième siècle (même quand il s'agit du Second Empire, comme c'est ici le cas) en l'adaptant au goût moderne; une musique facile et d'ailleurs agréable, de M. Marcel Lattès, accompagne cette jolie fantaisie.Le théâtre Sarah-Bernhardt a fait une reprise duBossu, pièce qui fut, il y a juste un demi-siècle, tirée du roman de Paul Féval par l'auteur lui-même, aidé du dramaturge Anicet Bourgeois; c'est un mélodrame historique attendrissant et divertissant, l'un des modèles de ce genre qui fit fortune de 1850 à 1865. Dans le rôle de Lagardère, créé par le fameux Mélingue, M. Joubé déploie la fougue qui convient au chevaleresque et romanesque héros.La Société des Escholiers, présidée par M. Auguste Rondel, nous a donné un intéressant spectacle composé de deux petites comédies laBonne École, de M. Jean Hermel, etAinsi soit-il, de MM. Gallo et Martin-Valdour, et d'un ouvrage plus important de M. François de Nion,l'État second; c'est l'exposé curieux, étonnant, d'un cas d'hypnose assez rare et exceptionnel, mais traité avec une ingéniosité et une sobriété dramatiques qui ont valu à l'auteur de sincères applaudissements.M. Octave Bernard fait représenter en ce moment, au Théâtre Nouveau de Belleville,Mirka la Brune, soeur cadette desDeux Orphelineset dela Porteuse de pain. Le public populaire a paru s'intéresser à ce drame où, après bien des péripéties émouvantes ou comiques, les méchants sont punis et les justes récompensés.Avec les premiers jours de mai, les Folies-Marigny ont ouvert leurs portes aux Champs-Elysées surla Revue de Marignyde MM. Michel Carré et André Borde, où défilent, selon l'usage, dans des décors somptueux, et en costumes pittoresques et variés, d'innombrables virtuoses de la comédie, du chant et de la danse,--et il en est même, comme miss Campton, qui cumulent et sont à la fois comédiennes, chanteuses et danseuses.Le transmetteur téléphonique à deux microphones,un pour la bouche, un pour le nez.DOCUMENTS et INFORMATIONSLe téléphone intensif.La netteté des transmissions téléphoniques est fort irrégulière; elle dépend en grande partie des phénomènes électriques dont les constructeurs cherchent à diminuer l'influence en réglant convenablement la sensibilité des microphones et en apportant le plus grand soin dans l'installation des fils conducteurs. Mais les modulations de la voix ont aussi un rôle qui semble avoir jusqu'ici fort peu préoccupé les constructeurs.D'après le docteur Jules Glover, médecin du Conservatoire, ce rôle aurait une grande importance, car le courant agit sur l'aimant récepteur du téléphone, non point par son intensité propre, mais par ses variations. On doit donc s'attacher à reproduire aussi exactement que possible les variations de la voix.Or, les vibrations sonores, en sortant du pharynx, arrivent au voile du palais qui les dissocie en deux groupes plus ou moins inégaux: les unes s'échappent par le nez, les autres par la bouche. La théorie indique dès lors la nécessité de transmettre, avec une égale perfection, ces deux groupes d'ondes sonores. Cette condition ne se trouve pas réalisée dans les appareils actuels qui reçoivent seulement les ondes buccales.Le docteur Glover a donc établi un transmetteur téléphonique se distinguant des transmetteurs ordinaires en ce qu'il comprend deux microphones de sensibilité différente, dans lesquels on parle respectivement avec la bouche et avec le nez. L'appareil, présenté à l'Académie des sciences par M. d'Arsonval, semble donner une amplification sonore importante et une netteté de la voix particulièrement précieuse dans les transmissions à longue distance.Ajoutons que l'hygiène peut être assurée dans les postes publics au moyen d'un dérouleur automatique permettant d'interposer, à chaque communication, un papier fin entre le nez et la bouche et les microphones.A propos de la station des Trappes.La presse a récemment raconté que l'Institut avait refusé la station météorologique de Trappes que l'éminent savant Teisserenc de Bort avait voulu lui laisser pour qu'on y pût continuer les recherches entreprises sur la haute atmosphère.La raison donnée était, et est bien, que la somme que Teisserenc de Bort laissait, en outre de la station, à l'Institut, ne suffisait pas à assurer le fonctionnement de celle-ci.Cette information, toutefois, ne contient qu'une partie de la vérité, et on aurait tort de croire, d'après ce qui vient d'être dit, que la station de Trappes est perdue pour la science.Comme la famille du regretté savant tient avant tout à ce que Trappes vive et continue à être utile, des négociations ont été entamées, par M. H. Deslandres en particulier, grâce auxquelles le voeu de Teisserenc de Bort sera exaucé, sans que l'Institut soit chargé d'un fardeau qu'il ne pouvait accepter.La combinaison adoptée, tout en conservant à Trappes son caractère scientifique, tout en lui permettant de continuer l'oeuvre commencée, donne, en outre, à la station un caractère pratique, et du plus haut intérêt.Les progrès, et les exigences aussi, de l'aviation et de l'aéronautique font qu'il est devenu très désirable de connaître au jour le jour, les variations qui se font dans les mouvements aériens. On a besoin de jeter sans cesse des coups de sonde dans l'atmosphère pour savoir si elle est calme, ou agitée, quels courants s'y trouvent et à quelle hauteur. Pour obtenir ces renseignements, il faut des stations organisées pour l'examen de l'atmosphère, stations d'où chaque jour il sera envoyé aux centres d'aviation et d'aéronautique intéressés, des renseignements précis.Trappes est tout indiqué pour être une de ces stations, et c'est à ce titre qu'il sera recueilli non par l'Institut, mais par l'État. Sera-t-il rattaché au ministère de l'Instruction publique, ou à celui de la Guerre? On ne sait au juste. Mais en tout cas, tout en servant à l'exploration quotidienne de l'atmosphère jusqu'à 3.000 mètres de hauteur, pour les besoins pratiques, la station continuera les recherches entreprises déjà sur la haute atmosphère, et ce sera probablement sous la surveillance de l'Institut que se poursuivra cette besogne essentiellement scientifique, mais très instructive et utile aussi, dont Teisserenc de Bort fut l'ouvrier principal.Les admirateurs et amis du très regretté savant, trop tôt enlevé à la science, seront heureux d'apprendre que l'oeuvre de celui-ci se poursuivra, et, sans perdre son intérêt scientifique, acquerra un intérêt national.Production d'engrais au moyen de l'aluminium.Lorsqu'il y a soixante ans Sainte-Claire Deville indiquait le moyen de produire de l'aluminium à 1.200 francs le kilo, il pensait bien que, dans un avenir plus ou moins rapproché, on trouverait des procédés économiques pour obtenir industriellement le nouveau métal; il ne se doutait guère sans doute que les usines d'aluminium deviendraient un jour des fabriques d'engrais. C'est pourtant ce qui arrive.On sait que l'aluminium est extrait de la bauxite, terre rouge très riche en alumine, dont les gisements les plus importants se trouvent en France dans le département du Var. M. Serpek, ingénieur autrichien, a constaté que si l'on chauffe la bauxite à 1.500 degrés, en présence de charbon, on capte l'azote de l'air et on obtient du nitrure d'aluminium d'où l'on tire de l'aluminium et du sulfate d'ammoniaque vendu comme engrais. L'aluminium revient alors à 1 fr. 05 le kilo au lieu de 1 fr. 50, prix actuel; et l'on espère réaliser une économie encore plus considérable.Le procédé étant protégé par un brevet, il est probable que le consommateur n'en bénéficiera guère avant quelque temps. On peut, néanmoins, entrevoir à bref délai un nouvel essor de l'industrie de l'aluminium, industrie essentiellement française qui suit un développement constant.De 750 tonnes en 1902, notre production a passé à 4.400 tonnes en 1909, pour atteindre 13.000 tonnes en 1912, soit plus du cinquième de la production mondiale qui s'est chiffrée par 60.000 tonnes.L'aluminium a valu successivement 59 francs le kilo en 1888, 19 francs en 1890, 6 fr. 25 en 1893, 2 fr. 50 en 1906: il coûte actuellement 1 fr. 95, le prix de revient ne dépassant pas 1 fr. 50. Le procédé Serpek fera sans doute descendre le prix de vente au-dessous de ce dernier chiffre.La chaleur supportée par le corps humain.L'homme supporte dans certaines régions une température à peu près double de la température maxima qui lui paraît effroyable sous les climats tempérés. Dans l'Australie centrale on a constaté fréquemment une température moyenne de 46 degrés centigrades à l'ombre et de 60 degrés au soleil; on a même relevé 55 et 67 degrés. Dans la traversée de la mer Bouge et du golfe Persique, le thermomètre des paquebots se tient couramment entre 50 et 60 degrés, malgré une ventilation continuelle. Un des récents explorateurs de l'Himalaya a constaté, au mois de décembre, à 9 heures du matin, et à 3.300 mètres d'altitude, une température de 55 degrés.Deux savants anglais, Bleyden et Chautrey, ont cherché à déterminer la température limite que nous pouvons supporter. Ils s'enfermèrent dans un four dont la chaleur fut élevée progressivement, et ils supportèrent une température dépassant un peu le point d'ébullition de l'eau, c'est-à-dire 100 degrés.Cette endurance s'explique par la transpiration énorme que provoquent les températures élevées; l'eau qui perle à la surface de la peau se transforme instantanément en vapeur, absorbant pour changer ainsi d'état une notable partie de la chaleur qui entoure immédiatement le corps.En résumé, on peut affirmer, sans paradoxe, qu'à condition d'être protégé de tout contact direct avec la source de chaleur, le corps humain est capable de supporter une température presque suffisante pour cuire une côtelette.La prétendue solidarité ouvrière des fourmis.La fourmi n'est point prêteuse, nous enseigne la fable; elle ne pratique nullement la solidarité ouvrière, croit pouvoir affirmer M. Cornetz, observateur averti. Et l'instinct social que nous attribuons à ces insectes si admirés n'existerait que dans notre imagination.A l'appui de cette opinion, M. Cornetz cite une expérience aisée à répéter. Offrons à une fourmi un brin de fromage taillé en forme de navette, elle s'agrippe à la pointe, le fait tourner, puis l'entraîne dans la direction du nid. D'autres fourmis passent: l'une s'accroche à la pointe, les autres se cramponnent à droite et à gauche, et le fromage continue à avancer, mais beaucoup plus lentement. Il n'y a pas réunion d'efforts; au contraire, chaque fourmi cherche à faire tourner la miette. Si on chasse les fourmis de droite, le fromage tourne aussitôt dans le sens des aiguilles d'une montre; il tourne en sens inverse si l'on écarte seulement les fourmis de droite. Fait-on lâcher prise à toutes les fourmis latérales, l'objet est entraîné par la fourmi de pointe aussi vivement qu'avant l'arrivée des prétendues collaboratrices. Enfin, supprimons la fourmi de pointe en laissant toutes les autres: le fromage s'arrête net. Donc, la fourmi de pointe fournissait seule un travail utile.D'où il semblerait résulter que l'instinct des fourmis les porte surtout à prendre le bien du voisin.Bilan de grèves.Une étude documentaire, publiée récemment par leTimessur le mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, nous a apporté des chiffres particulièrement intéressants.L'année 1912 a vu se produire chez nos voisins 821 grèves qui ont englobé 1.437.032 personnes et se sont traduites par la perte de 40.346.400 journées de travail. Ces deux derniers chiffres constituent des records, ce qui n'est pas le cas du premier, car les deux années 1894 et 1896 avaient été marquées chacune par 929 grèves.L'année 1911, seule, pourrait être comparée à 1912 avec 903 grèves, 961.980 personnes et 10.319.591 journées perdues. Mais on voit que le bilan de l'année dernière fut beaucoup plus important grâce à la grève générale des mineurs (quatre fois plus de journées perdues). Le total des personnes englobées dans les grèves de ces deux dernières années a été supérieur au total correspondant des dix années précédentes, soit de 1901 à 1910. La seule année que l'on puisse comparer à cette période 1911-1912 est 1893, qui vit se produire 615 grèves entraînant la perte de plus de 30 millions de journées de travail.Gestes du Mexique: la réconciliation officielle etpublique des généraux Huerta et Orozco, au palaisprésidentiel de Mexico.LA POLITIQUE AU MEXIQUEA la veille de la réunion du congrès qui doit procéder à l'élection régulière du président de la République mexicaine, les troubles renaissent en ce pays qui, après avoir été si longtemps maintenu dans l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir à la tradition des pronunciamentos. On considère, néanmoins, jusqu'à présent, que le neveu de Porfirio, le général Félix Diaz, qui, avec le général Huerta, fit la dernière révolution, conserve les plus grandes chances d'être élu. En attendant, c'est le général Huerta qui continue de détenir le pouvoir. C'est--il l'a prouvé--un homme rude, et que les scrupules de légalité embarrassent peu. On le dit habile à pratiquer la politique intérieure mexicaine. En tout cas, il a réussi à amener à composition le fameux général Orozco, celui-là même dont nous avons publié récemment le portrait, un fusil à la main et une cartouchière à la ceinture. Les rebelles d'Orozco étaient en principe des gens paisibles, puisqu'ils réclamaient simplement l'application des lois agraires! Le général Huerta lui-même n'en dut pas moins tenir contre eux dans le Nord une campagne très pénible ces derniers temps. Enfin, les deux ennemis se sont réconciliés. Le 17 mars dernier, au palais présidentiel, Orozco, en redingote, a reçu de son ex-adversaire une large accolade, à la mode hispano-américaine.Ce qui ne veut pas dire, hélas! que la révolution soit terminée. Le chef Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-être gouverneurs ou ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un récent télégramme annonçait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous les Mexicains d'ordre et de travail et les étrangers souhaitent-ils qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rétabli sans tarder et que l'on puisse à nouveau connaître la sécurité que sut maintenir la longue présidence de Porfirio Diaz.LA TOURNÉE DE M. SILVAINLe sociétaire de la Comédie-Françaiseen voyage: M. Silvain.C'est le propre des incidents de théâtre d'être aussi retentissants que promptement oubliés... Peut-être a-t-on déjà un peu perdu le souvenir des démêlés qu'eut, le mois dernier, au moment de son départ pour une longue tournée, M. Silvain avec la Comédie-Française. Ayant commencé son voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragédien, sociétaire infatigable, dut par deux fois, et à deux jours d'intervalle, regagner Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomètres en quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique chariot de Thespis.Depuis lors, la tournée de M. Silvain en Algérie et en Tunisie s'est poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui l'écho de ses succès. Il y a représenté, le 1er mai, sur la scène du théâtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en collaboration avec M. Jaubert, l'Andromaqued'Euripide, traduite et adaptée par leurs soins. L'éclat de l'interprétation, en tête de laquelle figurait, aux côtés de M. Silvain dans le rôle du vieux Pelée, Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveauté de la pièce, non encore donnée en public, avaient attiré de nombreux spectateurs, qui firent fête aux deux artistes et à leur troupe. Une de nos photographies montre une scène de la pièce, dans un décor adroitement reconstitué, où l'on voit, à gauche, le palais de Néoptolème et à droite le temple de Thétis, à Phtie, en Thessalie.Une représentation d'Andromaque(d'après Euripide) authéâtre romain de Calama: Mme Silvain, sur les marches du temple de Thétis.LA TOURNÉE DE M. ET Mme SILVAIN EN TUNISIE.--Photographies C. Nataf.LE RAID HIPPIQUE BIARRITZ-PARISLe raid hippique des officiers de la réserve et de l'armée territoriale avait fait ressortir, en 1911 et en 1912, des qualités d'endurance remarquables; la course de 1913 adonné des résultats tout à fait exceptionnels.Biarritz-Paris: le sous-lieutenantCrespiat et sa jumentBibi.L'épreuve comportait le voyage de Biarritz à Paris; mais le trajet de Biarritz à Bordeaux constituait un exercice d'entraînement n'appelant aucun classement; la véritable course commençait à Bordeaux. Pour la première fois, aucune limite de vitesse n'avait été imposée aux concurrents. Guidés par une science hippique déjà éprouvée, nos officiers purent ainsi demander à leurs chevaux l'effort maximum, et, malgré cela, sur 84 concurrents partis de Biarritz, 62 arrivèrent à Versailles.La première place est revenue au sous-lieutenant Crespiat, du 1er régiment de chasseurs, qui, parti de Bordeaux le lundi 21 avril, à 5 heur s du matin, arrivait à Versailles le jeudi à 3 heures de l'après-midi, ayant couvert exactement 560 kilomètres en quatre-vingts heures, soit une moyenne d'environ 163 kilomètres par jour pendant trois jours et demi.Les capitaines Lebrun, Nathan, Doussaud et les lieutenants d'Amboix de Larbon, Pichon, Jabat, Guyot, Fabre, du Halgouët, Caillât, classés immédiatement après le vainqueur, avaient eux-mêmes soutenu un train d'environ 140 kilomètres par 24 heures.QUAND ON EST DE MAUVAISE HUMEUR, par Henriot.(Agrandissement)Note du transcripteur: Les suppléments mentionnésen titre ne nous ont pas été fournis
Sans doute aura-t-elle encore à subir plus d'une attaque, car les tribus ne peuvent se résigner facilement à une occupation qui nous livre l'unique point d'eau de la région. Elles ont, d'autre part, trop de facilités à nous harceler en raison du voisinage de la zone espagnole où, après chaque défaite, elles peuvent se réfugier: le 10 avril, en déroute, c'est là qu'elles se repliaient par El Kheneg, une gorge qui les dérobait vite à notre poursuite. Toujours est-il 'que le poste est là, assez fort pour se défendre: le général Girardot, en jugeant ainsi, regagnait, le 17 avril, Merada avec le gros de ses forces, et se remettait à la disposition du général Alix pour de nouvelles opérations.
Le commandant en chef du Maroc oriental préparait aussitôt, pour la marche vers la casbah M'Soun, une colonne formée du groupe mobile du général Girardot et du groupe de réserve du général Trumelet-Faber, dont il devait prendre le haut commandement. Et quelques jours d'un repos bien mérité étaient accordés aux combattants de Nekhila. Mais les Beni bou Yahi allaient contrecarrer ce projet.
Le 19, le général Alix était prévenu qu'ils se disposaient, au nombre de plusieurs milliers, avec le concours des Mtalsa, à attaquer de nouveau, le lendemain matin, le poste de Nekhila, la «redoute Doreau» défendue seulement par 500 hommes.
A 8 heures du soir, l'ordre de départ était donné. Deux heures et demie plus tard, mis en route de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure, trois groupes, comprenant en tout 4.500 hommes, cheminaient dans les ténèbres. Ils marchèrent toute la nuit, surprirent au petit jour l'ennemi, installé au pied du djebel Guilliz, et, sans prendre un instant de repos, engagèrent l'action.
Voir plus haut, à la page 441, la carte de la région de la Moulouya.
Un moment désemparés par la brusquerie de cette attaque, les Beni bou Yahi se ressaisirent assez vite. Ils résistèrent opiniâtrement jusqu'à une heure de l'après-midi. Alors, brusquement, accablés à la fin par les feux de l'artillerie et de l'infanterie, ils se débandèrent, s'enfuirent dans leurs montagnes, vers la zone espagnole, toujours, abandonnant leur camp qui fut anéanti. Nous avions cinq morts et vingt et un blessés, qu'on ramena vers Merada.
Il y eut encore, dans la nuit du 22 au 23, une nouvelle alerte, une attaque contre le même poste, si vive, que plusieurs piquets du réseau de fil de fer furent arrachés et que les assaillants parvinrent à jeter dans le camp des engins, d'ailleurs inoffensifs, des bombes confectionnées avec de vieilles boîtes de conserves: la garnison se tira d'affaire seule et repoussa cette agression.
Depuis lors, le calme règne à Nekhila. Le général Alix y demeure avec sa colonne, recueillant des renseignements sur les dispositions des tribus dont il surveille l'attitude, prêt à s'élancer vers M'Soun dès qu'il aura la certitude qu'il peut, dans de bonnes conditions, faire ce nouveau bond en avant.
La brusque occupation par le colonel Charles Mangin, plus que jamais plein «d'allant», d'un point sur l'oued Zem, affluent de l'Oum er Rbia, occupation affirmée par l'installation d'un poste, a déterminé dans la région occupée par les Zaïanes une certaine effervescence, à laquelle il a fallu faire face vigoureusement. De là, toute une série d'opérations qui se poursuivent encore à l'heure actuelle, et que couronnera, très vraisemblablement, une action d'ensemble, annoncée, puis démentie, à laquelle prendraient part cinq colonnes convergeant vers le pays zaïane et son hypothétique capitale Khenifra.
En attendant le déclenchement décisif, deux colonnes, sous le commandement des colonels Charles Mangin et Henrys, font d'énergique besogne, l'une remontant progressivement vers les Zaïanes, l'autre descendant vers le sud dans la région de Meknès.
Menacé d'une attaque de Moha ou Hamou el Zaïani, notre irréconciliable ennemi, qui s'est rapproché jusqu'à Betmat Aïssaoua, d'où il commande aux Smaala, Beni Khirane et Beni Zemmour, le colonel Mangin se décide à prendre les devants.
«Il quitte, nous écrit un des officiers de la colonne, l'oued Zem le 25 mars à minuit et tombe, à 9 heures du matin, sur le campement de notre vieil adversaire, qui ne dut son salut qu'à une fuite rapide. L'audace du colonel déconcerte les contingents que poussait le Zaïani et qui se sentent abandonnés de lui. Les Beni Zemmour, Smaala, Beni Khirane commencent à comprendre l'inutilité d'une plus grande résistance et ils viennent, les uns après les autres, offrir leur soumission au colonel. Pour les hâter, celui-ci se porte à la rencontre d'un détachement de sortie, venu de Zailiga, qui pourrait, le cas échéant, prendre les tribus par derrière.»
C'était le premier avantage remporté sur des tribus qu'aucun sultan n'a dominées depuis Moulai Ismaïl, le contemporain du Roi-Soleil. C'était le point de départ d'une campagne de première importance.
«Restaient, continue notre correspondant, les contingents du Sud. Les Chleuh, chassés de leurs montagnes par la neige, s'étaient groupés sous les ordres de Moha ou Saïd sur les deux rives de l'Oum er Rbia. Cet autre adversaire avait, en outre, entraîné dans son sillage les Aït Roboa.
«Le colonel Mangin songe à réduire ces contingents. Il part subitement, le 6 avril dans l'après-midi, de la dechra Brakne où il avait reçu la soumission des tribus du Nord, et vient coucher à Boujad, qu'il quitte au milieu de la nuit pour chercher à atteindre Moha ou Saïd; mais des guetteurs nous éventent et les campements sont levés précipitamment et dirigés vers l'oued. Les pluies des derniers jours et la fonte des neiges ont grossi le cours d'eau au point que bon nombre de gués sont impraticables et que la majeure partie des hommes et des animaux devra gagner l'unique pont de la casbah Tadla: c'est l'objectif du colonel Mangin. Il l'atteint vers 10 heures du matin et y trouve un désordre indescriptible. Cavaliers et piétons se bousculent pour franchir l'étroit passage, alors que plus de dix mille moutons, qui n'ont pas encore eu le temps de passer, nous sont abandonnés.
«Mais Moha ou Saïd nous avait échappé. Il s'était retiré chez lui, à Mechra en Nefad, au pied de la montagne, à 12 kilomètres de la casbah Tadla. A 2 heures, la colonne se remet en marche et se dirige vers le repaire de notre ennemi, qui se reposait tranquillement des fatigues de la matinée. Et c'est une nouvelle fuite de notre adversaire, un départ tellement rapide, que le chef si prestigieux nous abandonne son étendard de satin blanc.
«Un foyer d'agitation existe encore à Beni Mellal, où sont groupés environ quatre mille guerriers. De même que les précédents, le colonel Mangin va le réduire à néant. Partie de la casbah Tadla le 10 avril à 11 heures du matin, la colonne vient camper à Zidania, malgré de belles attaques de Marocains qui cherchent à l'accrocher en arrière.
«Un orage dans la soirée fait craindre des difficultés pour le lendemain, mais qu'importe? les admirables troupes pressentent la victoire, et il est peu d'obstacles pour les arrêter. A midi, la résistance était brisée, les innombrables défenseurs de la casbah Béni Mellal et des jardins qui l'entouraient avaient dû nous céder le terrain.»
Ayant frappé ce coup énergique, le colonel Mangin continua pendant quelques jours à parcourir le pays, recueillant force soumissions,--mais quelle sincérité faut-il attendre de ces gens à qui, confiants, on donne l'aman, et qu'on retrouve huit jours après devant soi, le fusil à la main?
Le 19 avril, enfin, la colonne Mangin atteignait l'oued el Abid à Dar Caïd Embarek, où elle devait donner la main au lieutenant-colonel Savy, venu de Marakech. La violence du courant de l'oued ne permit qu'aux cavaliers du lieutenant-colonel Savy de passer sur la rive droite, mais la jonction était faite et l'impression produite sur les indigènes considérable. Ils comprenaient que, désormais, toute tentative de rébellion serait rapidement réprimée, que, soit de Marakech, soit d'El Borouj, soit de l'oued Zem, des colonnes pouvaient se porter sur le moindre foyer d'agitation.
A quelques jours de là, le 25 avril, le colonel Mangin revenait à El Borouj pour y accueillir le général Lyautey, qui avait tenu à se rendre compte de la situation au Tadla. Le résident général reçut les caïds récemment soumis, et, très certainement, sut trouver les mots convaincants pour les affermir dans leurs résolutions pacifiques et leur démontrer que leur intérêt bien entendu même les engage à vivre avec nous en bonne intelligence.
Après le départ du général Lyautey, le colonel Mangin reprenait ses troupes à Dar ould Zidouh et les ramenait à la casbah Tadla.
Le 26 avril, il était de nouveau en route, marchant sur Aïn Zerga. Près de ce point, son arrière-garde fut en butte à une attaque de la part des contingents Aïb Attala et Aïb Bouzem. Toute la colonne dut être engagée, tant l'agresseur devenait mordant. Repoussé, enfin, et poursuivi par toute la cavalerie et l'artillerie montée, l'ennemi subit des pertes nombreuses. De notre côté, 4 tués et 27 blessés, parmi lesquels le colonel Mangin lui-même, atteint légèrement à la jambe.
Dans la nuit même, la colonne continuait sa marche vers Sidi Ali ben Brahim, où était groupée une harka de Chleuh. Le terrain qu'elle traversa était jonché encore de cadavres de Marocains tombés la veille.
L'ennemi guettait les nôtres, embusqué dans un bois d'oliviers, en avant de Sidi Ali. Le combat fut un des plus meurtriers que nous ayons livrés, puisque nous eûmes 18 morts et 41 blessés. La harka était nombreuse et acharnée. Elle tint bon jusqu'à 8 heures du soir, puis alors se débanda à bout d'effort, se dispersa dans toutes les directions. Elle se reformait un peu plus tard et, à distance respectueuse, observait notre attitude. Le colonel Mangin, pour en finir, recourut à une ruse classique: il feignit de se replier. Son mouvement fut suivi par l'ennemi. Alors, se retournant brusquement, dans une vigoureuse contre-attaque, il infligea aux Chleuh des pertes considérables. La colonne passa la nuit à Sidi Ali et n'en repartit que le lendemain,--sans avoir été de nouveau inquiétée. Le 2 mai, elle rentrait à la casbah Zidania.
Plus au nord, le colonel Henrys de son côté a déployé une activité égale et a eu à faire face à des groupes non moins ardents, Zemmour, Beni M'Tir, Beni M'Guild, Guerouane.
Parti d'El Hajeb au commencement d'avril, son action devait se développer vers le sud. Le 2 avril, en un raid rapide, il surprenait un campement hostile et lui enlevait ses troupeaux; le lendemain, il occupait la casbah des mêmes dissidents. Des négociations s'ouvraient immédiatement. Un premier douar zemmour de 60 tentes faisait sa soumission, et, en quelques jours, 200 tentes guerouanes sollicitaient et obtenaient l'aman.
Ces négociations furent à maintes reprises interrompues; quelque effervescence se produisait qui obligeait le colonel Henrys à porter un coup rapide, toujours suivi de soumissions nouvelles.
L'un de ses succès les plus remarquables fut, le 23 avril, la prise et la destruction de la casbah Ifran. Pour l'atteindre, il avait fallu à ses vaillantes troupes traverser la forêt de Jaba, passer le mont Koudiat, à 1.700 mètres d'altitude, dans le brouillard, le froid, la neige.
Le 24, le colonel Henrys prenait contact avec la colonne Comte, venue de Fez sans qu'on ait signalé, dans sa marche, aucun incident.
Les dissidents, en revanche, ne devaient pas laisser au colonel Henrys grand répit.
Bientôt, il était avisé qu'ils allaient attaquer son camp de Dar Caïd Itto (sur la position exacte duquel on n'est pas encore exactement fixés). Sans attendre cette attaque, le colonel décidait de prendre l'offensive et de se porter sur Azrou où les dissidents étaient installés. Mais eux-mêmes, avertis, se retirèrent sur les hauteurs boisées qui dominent le sud de la ville. Celle-ci fut occupée après une courte résistance. Le colonel y trouva des approvisionnements de bois considérables, qui serviront à la construction de redoutes fortifiées.
Les Marocains firent pourtant un retour offensif. Ils furent repoussés.
Le colonel Henrys regagna le camp de Dar Caïd Itto, en détruisant sur sa route quatre casbahs appartenant à la tribu des Beni M'Guild, dans la vallée de l'oued Tigrira.
Passage de l'Oum er Rbia par l'artillerie de 75, à la casbah Zidania.--Phot. du vétérinaire militaire Wagner.
Voilà une expérience faite, et nous savons dès maintenant ce qu'il faudra voir le 4 mai de l'an prochain. Il faudra voir la fête de Jeanne d'Arc. Des Français de tous les partis en réclamaient, depuis des années, la célébration. Qu'attendait-on pour les satisfaire? Dans un pays comme le nôtre, où l'on adore non seulement la bravoure, mais les gestes les attitudes jolies de la bravoure, et qui a pour capitale une ville dont un philosophe a dit qu'elle était le paradis des femmes, on imagine très bien de quel éclat charmant, de quelle somptuosité tendre et pieuse pourra être revêtu un tel hommage, le jour où la loi l'aura consacré; une fête officielle de l'Héroïsme guerrier qui sera la fête d'une jeune fille! N'est-ce pas de quoi enflammer de joie tous les cours? Nous n'avons eu, dimanche dernier, qu'une ébauche de cette fête-là, puisqu'elle n'est point officielle encore... Quel émouvant spectacle pourtant nous donna cette foule parisienne, qu'on dit sceptique, et que nous vîmes heureuse de pavoiser, de défiler, de prier pour une petite villageoise qui sauva sa patrie, et dont l'aventure prodigieuse a des grâces de conte de fées. Des penseurs ont voulu faire du 1er mai la fête du Peuple. Je crois bien qu'à cette date-là, celle du 4 mai va faire désormais la plus sérieuse des concurrences,--et que le peuple ne s'en plaindra point.
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Jeanne d'Arc fêtée dimanche; un roi salué, trois jours après, par les acclamations de Paris... Les étrangers qui furent témoins de cette commémoration et de cette visite rendront au moins cette justice au Paris de 1913 qu'il sait être républicain avec éclectisme et politesse. Il est vrai que le roi d'Espagne est un de ses monarques favoris. Paris aime Alphonse XIII pour sa jeunesse, pour son courage, pour l'espèce de sérénité élégante qu'il oppose aux petites misères et aux grands risques de son métier de roi, et enfin (car on est égoïste!) pour l'amitié très sincère que nous savons qu'il a pour nous.
Mais pourquoi ce souverain s'en va-t-il si vite d'une ville qu'il aime? Il ne s'est même pas donné le temps de goûter la grâce... un peu mouillée de notre printemps. Il y avait trop de monde et trop de bruit aux Champs-Elysées, mercredi, pour qu'il y pût voir comme la neige de nos marronniers en fleurs est jolie à regarder entre l'Arc de triomphe et l'Obélisque. Il n'a pas vu nos Salons du Grand Palais. Il n'a pas vu se dresser sur la piste sablée du Concours hippique les formes blanches d'un peuple de statues... Il n'a même pas regardé nos petits Salons!
Ils sont plus charmants que jamais et composent, à cette heure, un spectacle d'exceptionnel attrait. Les petits Salons, c'est ce qu'il faut voir cette semaine.
Je place au nombre des «petits Salons» cette délicieuse exposition de l'Union centrale consacrée aux Arts féminins et à laquelle les grands murs nus du Pavillon de Marsan font un si auguste cadre. Arts féminins, en chacun desquels s'évoque un peu de l'âme de nos vieilles provinces. Paris leur envoie, à ces provinces, ses modes, qui changent deux fois par an. Elles lui envoient, elles, d'exquis souvenirs de leur passé, et ce qu'il y a d'éternel dans leurs traditions d'élégance. Car les modes d'une province, c'est quelque chose dont on ne sait pas l'âge, et qui ne change jamais.
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De la rue de Rivoli, courons à la rue de Sèze (après une halte, qui ne sera pas sans agrément, chez lesIntimistes, du boulevard Malesherbes); et nous voici devant l'Exposition charmante de Luigi Loir. Personne ne connaît mieux que ce peintre nos boulevards extérieurs et notre banlieue; et l'on pourrait dire qu'à travers ces décors-là Luigi Loir est, pour l'étranger, le meilleur des guides, car il leur en fait voir ce que d'eux-mêmes, en vérité, ils n'y auraient jamais vu. De Montmartre ou de Bougival l'étranger ne connaît guère que les heures brillantes du jour ou de la nuit. Il a vu Bougival sous le soleil du printemps; Montmartre sous le flamboiement de ses illuminations et de ses tapages nocturnes. Luigi Loir nous en montre et nous en fait aimer les mélancolies crépusculaires. Cet instant de la journée où s'entr'ouvre sur la nuit qui vient «l'oeil clignotant des bleus becs de gaz», personne ne l'a décrit aussi finement, aussi spirituellement que lui.
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De l'esprit! Il semble qu'on ait peur d'en avoir, en peinture; ou qu'on ne sache pas en avoir. Aux premiers rangs de ceux qui en ont, et beaucoup, saluons M. André Devambez dont voici précisément l'Exposition ouverte, depuis quelques jours, à côté de celle de Luigi Loir, chez Georges Petit. Près de cent cinquante «numéros» groupés en un Salon unique! C'est que M. Devambez possède ce don, aussi rare chez les peintres que chez les écrivains, de savoir dire beaucoup de choses en de très courts alinéas. M. André Devambez fait penser à ces maîtres flamands et hollandais dont les «petits tableaux» contiennent souvent de si grande peinture. Et comme il aurait tort d'agrandir les toiles où il peint! N'y fait-il pas tenir tout ce qu'il veut? Ne s'y montre-t-il pas, tour à tour, poète, historien, humoriste?
Humoriste! Comme je sais gré à M. Devambez d'oser l'être franchement; d'avoir compris--comme le comprenaient ces maîtres flamands et hollandais dont il était temps, vraiment, de reprendre chez nous la tradition délicieuse--qu'une réalitécomique, c'est quelque chose qui peut être peint tout aussi bien que dessiné, et que la couleur ne saurait être le privilège des sujets nobles,--ou ennuyeux. M. Devambez aura été l'un des premiers à s'apercevoir de cela. Remercions-le du service qu'il nous rend... et qu'il rend à la peinture!Un Parisien.
Examens et concours.--Le cours complémentaire d'études coloniales au Collège de France est vacant. (Le délai d'inscription et de production des titres des candidats expirera le18 mai.)--Le14 maiauront lieu, à Paris, des examens pour l'obtention des brevets de langue annamite, cambodgienne et caractères chinois.--Un concours d'architecture est ouvert à Toulon, entre tous les architectes français, pour la reconstruction de l'hôtel de ville de Toulon.
Conférence.--Comédie des Champs-Elysées (avenue Montaigne), le10 mai, à 4 h. 1/2:la Femme et le Théâtre, conférence et auditions de M. Marcel Prévost, à-propos en vers de M. Xavier Roux.
Expositions artistiques.--Paris: Grand Palais: Salon de la Société des Artistes français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.--Petit Palais: exposition de David et ses élèves.--Ancien hôtel de Sagan (23, rue de Constantine): exposition d'objets d'art du moyen âge et de la renaissance au profit de la Croix-Rouge française. Cette exposition durera jusqu'à fin mai.
--Hôtel de Ville (salle Saint-Jean): exposition de la Société artistique et littéraire de la Préfecture de la Seine.
--A l'Office tunisien (2, rue Meyerbeer): exposition d'oeuvres des frères Delahogue (vues de Tunisie et d'Algérie).--Au Palais de Glace: Salon des Humoristes, organisé par leRire.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes), jusqu'au17 mai: exposition de la Société des Intimistes.--Salle Georges Petit (8, rue de Sèze), jusqu'au15 mai: aquarelles et dessins par A. Devambez; tableaux, aquarelles et études par Luigi Loir.--Galerie La Boétie (64 bis, rue La Boétie), jusqu'au21 mai: exposition de la société Le Pastel.
L'exposition canine.--L'exposition canine internationale, organisée par la Société centrale pour l'amélioration des races de chiens en France, se tiendra sur la terrasse de l'Orangerie des Tuileries du17au26 mai. Elle aura lieu en deux séries: 1° chiens courants français et étrangers, bassets et chiens d'arrêt; 2° chiens courants bâtards, chiens de berger, de garde, et chiens de luxe.
Concerts.--Le15 mai, salle Gaveau, en soirée, concert donné par le violoniste Jacques Thibaud; à la même date, salle Pleyel, concert du «quatuor avec piano (Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux. Jules Marneff).
Sports.--Courses de chevaux: le10 mai, le Tremblay; le11, Longchamp; le12, Saint-Cloud; le13, Saint-Ouen; le14, le Tremblay; le15, Longchamp; le16, Maisons-Laffitte; le17, Saint-Ouen.--Escrime: le17 mai, assaut du cercle Hoche; le18 mais'ouvrira, au Jardin des Tuileries, la grande semaine des armes de combat organisée par la Fédération parisienne d'escrimeurs.--Automobile: les11et12 maise courra le tour de Sicile (Targa-Florio); du11au15 mai, grand meeting de vitesse organisé par le Club de la Sarthe et de l'Ouest, la Flèche, Laval, Tours.--Le18 mai, ouverture du 4e Salon de l'automobile à Saint-Pétersbourg.--Boxe: les grands prix amateurs de boxe anglaise se disputeront, les11et18 mai, à la salle Boisleux, et les mêmes jours, au Boxing Hall.--Le match de boxe pour le titre de champion d'Europe, qui devait se disputer à l'exposition de Gand le25 mai, est remis au1er juin.--Cyclisme: les17et18 mai, course Bordeaux-Paris.--Au Parc des Princes, les11et12 mai, grand meeting de la Pentecôte; grand prix de la Pentecôte; course à l'australienne.--Athlétisme: courses à pied le12 mai, Racing-Club de France contre South London Harriers; le18 mai, prix Blanchet.
Le dingo est un chien qui nous vient d'Australie, un chien, à vrai dire, ni chien ni loup, mais plutôt loup que chien, et qui tient surtout du loup de Russie; à ce détail près--observe sir Edward Herpett, le personnage de préface du nouveau livre de M. Octave Mirbeau (1)--à cela près «que, n'ayant ni le pelage gris du loup, ni son échine basse, il rappelle, sans l'excuse de la faim et même sans un goût très violent pour la viande, sa férocité carnassière.» Enfin, le dingo est un loup dont l'illusoire ressemblance avec le chien suffit à le faire accepter comme chien parmi les bêtes et les gens de notre société organisée. Mais il n'en est pas moins que le dingo reste loup et qu'en traversant les foules--humaines et animales--ordonnées, policées, civilisées, de notre temps, il y demeure un élément de trouble, de contraste, et--pour M. Mirbeau--d'études comparatives. Sauvagerie contre civilisation. La bête instinctive contre l'homme éduqué. La nature contre l'artifice. Ouvrons, à nouveau, parmi les décors de cette époque, la lice des millénaires et tenons les paris. M. Octave Mirbeau s'est réservé le soin de tirer la philosophie, ou du moins une philosophie, de ce rapprochement et de cet antagonisme, et, sans grande hésitation, avec une sorte de joie, il a donné comme titre au recueil de ses impressions, observations, conclusions, le nom de celui qui, dans ce contact émouvant, lui paraît avoir joué le rôle du personnage noble, du héros. Il a donné comme titre à son livre le nom de la bête sauvage:Dingo.
Note 1:Dingo, par Octave Mirbeau, Eug. Fasquelle, édit.
Donc,Dingo, récit d'une vie de chien, est surtout une histoire de la vie des hommes, des hommes d'aujourd'hui et aussi sans doute des hommes de demain; car M. Octave Mirbeau ne semble guère admettre dans l'évolution de l'humanité de grandes possibilités de changement, ni surtout de perfectionnement. L'homme est grotesque quand il n'est pas criminel et criminel quand il n'est pas grotesque. Vous ne le sortirez point de là, et il paraît difficile, tout pesé, que jamais l'âme d'un homme puisse valoir l'âme d'un chien, voire d'un chien féroce.
Ne vous indignez pas trop contre M. Octave Mirbeau, ni contre son livre. D'abord M. Mirbeau a prodigué dans ce livre tout le talent âpre que vous aimez en lui, et rarement l'art de la forme a davantage paré la violence du fond. M. Mirbeau, vous le savez, est le plus poignant, le plus impitoyable des pessimistes satiriques. C'est le pamphlet en une phrase, en un mot, en une virgule. Il vous étrangle entre deux tirets et vous assomme avec trois points de suspension. Il est à lui seul Juvénal et La Rochefoucauld, Diogène et Jean Veber. Mais encore vaut-il mieux ne le comparer à nul autre. Mirbeau est Mirbeau sans plus et sans moins. Et c'est bien assez pour son compte et pour le nôtre.
La société des hommes, dans le nouveau livre de M. Mirbeau, tient en un village de quelque Seine-et-Oise, le village de Ponteilles-en-Barcis. Il y a là, d'un côté, tous les représentants de notre organisation économique, politique, administrative, militaire, religieuse, ceux de la famille, ceux de la communauté et ceux de l'État. Il y a, de l'autre côté, Dingo, le chien sauvage. Et le massacre commence. Si M. Mirbeau, en ce carnage, épargnait quelqu'un ou quelque chose, cela deviendrait tout à fait angoissant, car tels de nous qui ne compteraient point parmi les exceptions pourraient se sentir directement et cruellement atteints. Mais qu'on se rassure! M. Mirbeau n'épargne rien, ni personne. Il ne fait point de quartier. Tout y passe: maréchaussée, justice, finances publiques, économie domestique, commerce, littérature, théâtre, science, et non point seulement la science officielle consacrée, décorée, mais encore la science indépendante, combattue, entravée. Tous y passent, depuis le maire jusqu'au garde champêtre, sans oublier le gendarme--qui fraude, pour le vendre plus cher, le fumier de la gendarmerie--sans oublier l'employé des postes qui, derrière son guichet, pèse les lettres et les frappe du timbre «avec une violence précise et comme s'il accomplissait un acte de vengeance». Vous devinez bien que ne sont mis hors de compte ni le médecin, ni le pharmacien, ni le vétérinaire, ni l'Institut Pasteur, «une belle blague!».
Bien entendu, la charité humaine, la solidarité, l'amitié, sont traitées comme vous pensez. La bonté, la pitié! Ah! ah! Vous entendez d'ici ce rire de M. Mirbeau, ce rire court et sec qui se brise sur les dents et vous laisse un froid aux gencives. Et ce qu'il y a de terrible, parfois, presque tout le temps même de votre lecture, c'est que vous avez vraiment envie de rire avec M. Mirbeau, et du même rire que lui. Et pourquoi? Tout simplement parce que tous les personnages types que nous voyons réunis à Ponteilles, le village «qui crève d'or» et «se berce de rêves atroces», tous ces personnages sont indiscutablement vrais. Nous avons lu leurs effroyables histoires, chaque matin, dans les journaux; nous avons vu frémir de leurs haineuses colères les grimoires d'avoués; nous avons connu leur redoutable sottise et leur lâche fureur quand ils composent une foule; et surtout nous avons soupçonné leurs tares, leur avidité, leur hypocrisie, et leur facilité à commettre tous les crimes que ne sait pas atteindre la justice, et dont, en sa conscience de bête sauvage, s'indigne le chien féroce de M. Mirbeau. Car c'est là, au fond, tout le secret de la violence justicière de Dingo, qui, lâché au milieu de ces appétits, de ces bassesses, inflige à tout le pays de multiples et ruineuses expiations. Bien plus. Il nous communique, ce Dingo, et par une irrésistible contagion, un peu de sa rage de meurtre. On a comme envie de lui crier: «Bravo! Dingo. Continue, Dingo! Pille et tue! Ne t'arrête point aux bêtes domestiques, civilisées, elles aussi, les pauvres... Sus aux gens, aux habitants, ceux de Ponteilles, jusqu'au dernier.»
Ceux de Ponteilles! Car nous n'avons pas, il faut bien le dire, songé un seul moment, ni, sans doute, M. Mirbeau lui-même, que l'humanité de Ponteilles était toute l'humanité. Mais nous n'en sommes pas moins ravis, d'avoir été conviés par Dingo à nous mirer dans les mares de Ponteilles, car, pour nous y être vus un moment, nous les hommes, si laids, tellement difformes et à ce point infâmes, nous éprouvons, quand c'est fini, cette même impression heureuse que l'on ressent après que cesse l'obsession caricaturale d'un miroir en creux ou en bosse placé devant notre visage. Nous nous savons plus beaux, --et meilleurs.Albéric Cahuet.
Voir, dansLa Petite Illustration, le compte rendu des autres livres nouveaux.
Cyrano de Bergerac, poursuivant son éblouissante carrière, vient d'atteindre sa millième représentation sur cette même scène de la Porte-Saint-Martin, d'où il s'élança il y a quinze ans vers la gloire. A cette occasion, les directeurs de ce théâtre et l'auteur ont offert au public parisien une représentation gratuite de ce chef-d'oeuvre. On imagine aisément quels enthousiastes applaudissements les ont récompensés de ce geste généreux. M. Edmond Rostand, dans une pensée délicate, voulant associer à son triomphe l'inoubliable Coquelin aîné, avait, la veille, en pleine représentation, fait adresser à la mémoire du créateur du rôle de Cyrano, par M. Le Bargy, qui lui succède, un salut profondément émouvant. Les spectateurs privilégiés de cette commémoration touchante ont uni, dans une ovation spontanée, le nom du grand artiste disparu a celui du glorieux auteur qui lui fit rendre ce public hommage par l'admirable Cyrano d'aujourd'hui.
La Comédie-Française a enrichi son répertoire de pièces en un acte d'une délicieuse petite comédie de MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillavet,Venise, et elle a montéRiquet à la Houppe, une des comédies de Théodore de Banville où s'affirment le plus brillamment les prestigieux dons poétiques, et la souplesse verbale, l'incessante fantaisie, l'esprit toujours jaillissant de ce roi du Parnasse. On a fait fête à l'une et à l'autre de ces oeuvres, jouées à ravir, la première par Mlle Leconte et MM. Numa et Le Roy, la seconde par Mmes Lara, Delvair, Robinne, Bovy et MM. Berr, Brunot, Croué.
Panurge, représenté à la Gaîté-Lyrique, est la dernière partition écrite pour la scène par Massenet. Dans cet opéra-comique, vivant, joyeux et pittoresque, le compositeur regretté semble avoir voulu renouveler sa manière. Tour à tour allègre, comique, amoureuse, sentimentale, sa musique charme et émeut. Le livret, d'une tenue très littéraire, est dû à la collaboration de MM. Georges Spitzmuller et Maurice Boukay. Le succès de cette oeuvre a été vif. Il convient d'y associer les excellents artistes qui l'interprètent: Mlles Lucy Arbel et Doria, MM. Vanni, Marcoux, Gilly, Martinelly.
A l'Odéon, M. André Antoine a eu l'ingénieuse idée de présenter l'Estherde Racine dans une mise en scène inspirée des tapisseries de Troy. Les artistes, revêtus de costumes dessinés par M. Ibels, reproduisaient les attitudes des personnages imaginés par le célèbre peintre, et le décor, dû à M. Paquereau, était une copie fidèle de celui qu'il composa. La musique de Jean-Baptiste Moreau accompagnait les choeurs.
D'un roman qu'il avait publié dans le Figaro sous le titrel'Ile fantôme, M. Charles Esquier, ex-pensionnaire de la Comédie-Française, a tiré une pièce,l'Entraîneuse, jouée avec succès à Bruxelles et reprise ces jours derniers au théâtre Antoine. Un musicien, pauvre et méconnu, mais encouragé, soutenu, «entraîné» par sa femme, aimante et dévouée, n'arrive finalement à faire représenter sa première oeuvre et ne parvient par là à la fortune, à la célébrité, qu'au prix d'un douloureux sacrifice de sa compagne, sacrifice dont elle double la valeur en le tenant secret même lorsque, après le triomphe, son mari la délaisse et la trahit. On a applaudi cette pièce qui nous présente une étude, très scéniquement composée, d'un intérieur d'artistes; on a beaucoup applaudi aussi les interprètes, au premier rang desquels il faut citer Mlle Margel, d'une sincérité ardente et pathétique et dont la renommée s'accroît légitimement à chaque nouvelle apparition, et un débutant--du moins à Paris--M. Francen, auquel son jeu sobre, vigoureux et juste, peut faire prédire à coup sûr le plus bel avenir.
Au théâtre Michel,Manche Câline, la comédie de M. Pierre Frondaie, est accompagnée hormis quelques jours d'une fantaisie,Pas davantage, de M. Nozière, tout à fait dans le ton voluptueux et sentimental, galant et badin, que le spirituel auteur a transposé du dix-huitième siècle (même quand il s'agit du Second Empire, comme c'est ici le cas) en l'adaptant au goût moderne; une musique facile et d'ailleurs agréable, de M. Marcel Lattès, accompagne cette jolie fantaisie.
Le théâtre Sarah-Bernhardt a fait une reprise duBossu, pièce qui fut, il y a juste un demi-siècle, tirée du roman de Paul Féval par l'auteur lui-même, aidé du dramaturge Anicet Bourgeois; c'est un mélodrame historique attendrissant et divertissant, l'un des modèles de ce genre qui fit fortune de 1850 à 1865. Dans le rôle de Lagardère, créé par le fameux Mélingue, M. Joubé déploie la fougue qui convient au chevaleresque et romanesque héros.
La Société des Escholiers, présidée par M. Auguste Rondel, nous a donné un intéressant spectacle composé de deux petites comédies laBonne École, de M. Jean Hermel, etAinsi soit-il, de MM. Gallo et Martin-Valdour, et d'un ouvrage plus important de M. François de Nion,l'État second; c'est l'exposé curieux, étonnant, d'un cas d'hypnose assez rare et exceptionnel, mais traité avec une ingéniosité et une sobriété dramatiques qui ont valu à l'auteur de sincères applaudissements.
M. Octave Bernard fait représenter en ce moment, au Théâtre Nouveau de Belleville,Mirka la Brune, soeur cadette desDeux Orphelineset dela Porteuse de pain. Le public populaire a paru s'intéresser à ce drame où, après bien des péripéties émouvantes ou comiques, les méchants sont punis et les justes récompensés.
Avec les premiers jours de mai, les Folies-Marigny ont ouvert leurs portes aux Champs-Elysées surla Revue de Marignyde MM. Michel Carré et André Borde, où défilent, selon l'usage, dans des décors somptueux, et en costumes pittoresques et variés, d'innombrables virtuoses de la comédie, du chant et de la danse,--et il en est même, comme miss Campton, qui cumulent et sont à la fois comédiennes, chanteuses et danseuses.
Le transmetteur téléphonique à deux microphones,un pour la bouche, un pour le nez.
Le téléphone intensif.
La netteté des transmissions téléphoniques est fort irrégulière; elle dépend en grande partie des phénomènes électriques dont les constructeurs cherchent à diminuer l'influence en réglant convenablement la sensibilité des microphones et en apportant le plus grand soin dans l'installation des fils conducteurs. Mais les modulations de la voix ont aussi un rôle qui semble avoir jusqu'ici fort peu préoccupé les constructeurs.
D'après le docteur Jules Glover, médecin du Conservatoire, ce rôle aurait une grande importance, car le courant agit sur l'aimant récepteur du téléphone, non point par son intensité propre, mais par ses variations. On doit donc s'attacher à reproduire aussi exactement que possible les variations de la voix.
Or, les vibrations sonores, en sortant du pharynx, arrivent au voile du palais qui les dissocie en deux groupes plus ou moins inégaux: les unes s'échappent par le nez, les autres par la bouche. La théorie indique dès lors la nécessité de transmettre, avec une égale perfection, ces deux groupes d'ondes sonores. Cette condition ne se trouve pas réalisée dans les appareils actuels qui reçoivent seulement les ondes buccales.
Le docteur Glover a donc établi un transmetteur téléphonique se distinguant des transmetteurs ordinaires en ce qu'il comprend deux microphones de sensibilité différente, dans lesquels on parle respectivement avec la bouche et avec le nez. L'appareil, présenté à l'Académie des sciences par M. d'Arsonval, semble donner une amplification sonore importante et une netteté de la voix particulièrement précieuse dans les transmissions à longue distance.
Ajoutons que l'hygiène peut être assurée dans les postes publics au moyen d'un dérouleur automatique permettant d'interposer, à chaque communication, un papier fin entre le nez et la bouche et les microphones.
A propos de la station des Trappes.
La presse a récemment raconté que l'Institut avait refusé la station météorologique de Trappes que l'éminent savant Teisserenc de Bort avait voulu lui laisser pour qu'on y pût continuer les recherches entreprises sur la haute atmosphère.
La raison donnée était, et est bien, que la somme que Teisserenc de Bort laissait, en outre de la station, à l'Institut, ne suffisait pas à assurer le fonctionnement de celle-ci.
Cette information, toutefois, ne contient qu'une partie de la vérité, et on aurait tort de croire, d'après ce qui vient d'être dit, que la station de Trappes est perdue pour la science.
Comme la famille du regretté savant tient avant tout à ce que Trappes vive et continue à être utile, des négociations ont été entamées, par M. H. Deslandres en particulier, grâce auxquelles le voeu de Teisserenc de Bort sera exaucé, sans que l'Institut soit chargé d'un fardeau qu'il ne pouvait accepter.
La combinaison adoptée, tout en conservant à Trappes son caractère scientifique, tout en lui permettant de continuer l'oeuvre commencée, donne, en outre, à la station un caractère pratique, et du plus haut intérêt.
Les progrès, et les exigences aussi, de l'aviation et de l'aéronautique font qu'il est devenu très désirable de connaître au jour le jour, les variations qui se font dans les mouvements aériens. On a besoin de jeter sans cesse des coups de sonde dans l'atmosphère pour savoir si elle est calme, ou agitée, quels courants s'y trouvent et à quelle hauteur. Pour obtenir ces renseignements, il faut des stations organisées pour l'examen de l'atmosphère, stations d'où chaque jour il sera envoyé aux centres d'aviation et d'aéronautique intéressés, des renseignements précis.
Trappes est tout indiqué pour être une de ces stations, et c'est à ce titre qu'il sera recueilli non par l'Institut, mais par l'État. Sera-t-il rattaché au ministère de l'Instruction publique, ou à celui de la Guerre? On ne sait au juste. Mais en tout cas, tout en servant à l'exploration quotidienne de l'atmosphère jusqu'à 3.000 mètres de hauteur, pour les besoins pratiques, la station continuera les recherches entreprises déjà sur la haute atmosphère, et ce sera probablement sous la surveillance de l'Institut que se poursuivra cette besogne essentiellement scientifique, mais très instructive et utile aussi, dont Teisserenc de Bort fut l'ouvrier principal.
Les admirateurs et amis du très regretté savant, trop tôt enlevé à la science, seront heureux d'apprendre que l'oeuvre de celui-ci se poursuivra, et, sans perdre son intérêt scientifique, acquerra un intérêt national.
Production d'engrais au moyen de l'aluminium.
Lorsqu'il y a soixante ans Sainte-Claire Deville indiquait le moyen de produire de l'aluminium à 1.200 francs le kilo, il pensait bien que, dans un avenir plus ou moins rapproché, on trouverait des procédés économiques pour obtenir industriellement le nouveau métal; il ne se doutait guère sans doute que les usines d'aluminium deviendraient un jour des fabriques d'engrais. C'est pourtant ce qui arrive.
On sait que l'aluminium est extrait de la bauxite, terre rouge très riche en alumine, dont les gisements les plus importants se trouvent en France dans le département du Var. M. Serpek, ingénieur autrichien, a constaté que si l'on chauffe la bauxite à 1.500 degrés, en présence de charbon, on capte l'azote de l'air et on obtient du nitrure d'aluminium d'où l'on tire de l'aluminium et du sulfate d'ammoniaque vendu comme engrais. L'aluminium revient alors à 1 fr. 05 le kilo au lieu de 1 fr. 50, prix actuel; et l'on espère réaliser une économie encore plus considérable.
Le procédé étant protégé par un brevet, il est probable que le consommateur n'en bénéficiera guère avant quelque temps. On peut, néanmoins, entrevoir à bref délai un nouvel essor de l'industrie de l'aluminium, industrie essentiellement française qui suit un développement constant.
De 750 tonnes en 1902, notre production a passé à 4.400 tonnes en 1909, pour atteindre 13.000 tonnes en 1912, soit plus du cinquième de la production mondiale qui s'est chiffrée par 60.000 tonnes.
L'aluminium a valu successivement 59 francs le kilo en 1888, 19 francs en 1890, 6 fr. 25 en 1893, 2 fr. 50 en 1906: il coûte actuellement 1 fr. 95, le prix de revient ne dépassant pas 1 fr. 50. Le procédé Serpek fera sans doute descendre le prix de vente au-dessous de ce dernier chiffre.
La chaleur supportée par le corps humain.
L'homme supporte dans certaines régions une température à peu près double de la température maxima qui lui paraît effroyable sous les climats tempérés. Dans l'Australie centrale on a constaté fréquemment une température moyenne de 46 degrés centigrades à l'ombre et de 60 degrés au soleil; on a même relevé 55 et 67 degrés. Dans la traversée de la mer Bouge et du golfe Persique, le thermomètre des paquebots se tient couramment entre 50 et 60 degrés, malgré une ventilation continuelle. Un des récents explorateurs de l'Himalaya a constaté, au mois de décembre, à 9 heures du matin, et à 3.300 mètres d'altitude, une température de 55 degrés.
Deux savants anglais, Bleyden et Chautrey, ont cherché à déterminer la température limite que nous pouvons supporter. Ils s'enfermèrent dans un four dont la chaleur fut élevée progressivement, et ils supportèrent une température dépassant un peu le point d'ébullition de l'eau, c'est-à-dire 100 degrés.
Cette endurance s'explique par la transpiration énorme que provoquent les températures élevées; l'eau qui perle à la surface de la peau se transforme instantanément en vapeur, absorbant pour changer ainsi d'état une notable partie de la chaleur qui entoure immédiatement le corps.
En résumé, on peut affirmer, sans paradoxe, qu'à condition d'être protégé de tout contact direct avec la source de chaleur, le corps humain est capable de supporter une température presque suffisante pour cuire une côtelette.
La prétendue solidarité ouvrière des fourmis.
La fourmi n'est point prêteuse, nous enseigne la fable; elle ne pratique nullement la solidarité ouvrière, croit pouvoir affirmer M. Cornetz, observateur averti. Et l'instinct social que nous attribuons à ces insectes si admirés n'existerait que dans notre imagination.
A l'appui de cette opinion, M. Cornetz cite une expérience aisée à répéter. Offrons à une fourmi un brin de fromage taillé en forme de navette, elle s'agrippe à la pointe, le fait tourner, puis l'entraîne dans la direction du nid. D'autres fourmis passent: l'une s'accroche à la pointe, les autres se cramponnent à droite et à gauche, et le fromage continue à avancer, mais beaucoup plus lentement. Il n'y a pas réunion d'efforts; au contraire, chaque fourmi cherche à faire tourner la miette. Si on chasse les fourmis de droite, le fromage tourne aussitôt dans le sens des aiguilles d'une montre; il tourne en sens inverse si l'on écarte seulement les fourmis de droite. Fait-on lâcher prise à toutes les fourmis latérales, l'objet est entraîné par la fourmi de pointe aussi vivement qu'avant l'arrivée des prétendues collaboratrices. Enfin, supprimons la fourmi de pointe en laissant toutes les autres: le fromage s'arrête net. Donc, la fourmi de pointe fournissait seule un travail utile.
D'où il semblerait résulter que l'instinct des fourmis les porte surtout à prendre le bien du voisin.
Bilan de grèves.
Une étude documentaire, publiée récemment par leTimessur le mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, nous a apporté des chiffres particulièrement intéressants.
L'année 1912 a vu se produire chez nos voisins 821 grèves qui ont englobé 1.437.032 personnes et se sont traduites par la perte de 40.346.400 journées de travail. Ces deux derniers chiffres constituent des records, ce qui n'est pas le cas du premier, car les deux années 1894 et 1896 avaient été marquées chacune par 929 grèves.
L'année 1911, seule, pourrait être comparée à 1912 avec 903 grèves, 961.980 personnes et 10.319.591 journées perdues. Mais on voit que le bilan de l'année dernière fut beaucoup plus important grâce à la grève générale des mineurs (quatre fois plus de journées perdues). Le total des personnes englobées dans les grèves de ces deux dernières années a été supérieur au total correspondant des dix années précédentes, soit de 1901 à 1910. La seule année que l'on puisse comparer à cette période 1911-1912 est 1893, qui vit se produire 615 grèves entraînant la perte de plus de 30 millions de journées de travail.
Gestes du Mexique: la réconciliation officielle etpublique des généraux Huerta et Orozco, au palaisprésidentiel de Mexico.
A la veille de la réunion du congrès qui doit procéder à l'élection régulière du président de la République mexicaine, les troubles renaissent en ce pays qui, après avoir été si longtemps maintenu dans l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir à la tradition des pronunciamentos. On considère, néanmoins, jusqu'à présent, que le neveu de Porfirio, le général Félix Diaz, qui, avec le général Huerta, fit la dernière révolution, conserve les plus grandes chances d'être élu. En attendant, c'est le général Huerta qui continue de détenir le pouvoir. C'est--il l'a prouvé--un homme rude, et que les scrupules de légalité embarrassent peu. On le dit habile à pratiquer la politique intérieure mexicaine. En tout cas, il a réussi à amener à composition le fameux général Orozco, celui-là même dont nous avons publié récemment le portrait, un fusil à la main et une cartouchière à la ceinture. Les rebelles d'Orozco étaient en principe des gens paisibles, puisqu'ils réclamaient simplement l'application des lois agraires! Le général Huerta lui-même n'en dut pas moins tenir contre eux dans le Nord une campagne très pénible ces derniers temps. Enfin, les deux ennemis se sont réconciliés. Le 17 mars dernier, au palais présidentiel, Orozco, en redingote, a reçu de son ex-adversaire une large accolade, à la mode hispano-américaine.
Ce qui ne veut pas dire, hélas! que la révolution soit terminée. Le chef Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-être gouverneurs ou ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un récent télégramme annonçait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous les Mexicains d'ordre et de travail et les étrangers souhaitent-ils qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rétabli sans tarder et que l'on puisse à nouveau connaître la sécurité que sut maintenir la longue présidence de Porfirio Diaz.
Le sociétaire de la Comédie-Françaiseen voyage: M. Silvain.
C'est le propre des incidents de théâtre d'être aussi retentissants que promptement oubliés... Peut-être a-t-on déjà un peu perdu le souvenir des démêlés qu'eut, le mois dernier, au moment de son départ pour une longue tournée, M. Silvain avec la Comédie-Française. Ayant commencé son voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragédien, sociétaire infatigable, dut par deux fois, et à deux jours d'intervalle, regagner Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomètres en quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique chariot de Thespis.
Depuis lors, la tournée de M. Silvain en Algérie et en Tunisie s'est poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui l'écho de ses succès. Il y a représenté, le 1er mai, sur la scène du théâtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en collaboration avec M. Jaubert, l'Andromaqued'Euripide, traduite et adaptée par leurs soins. L'éclat de l'interprétation, en tête de laquelle figurait, aux côtés de M. Silvain dans le rôle du vieux Pelée, Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveauté de la pièce, non encore donnée en public, avaient attiré de nombreux spectateurs, qui firent fête aux deux artistes et à leur troupe. Une de nos photographies montre une scène de la pièce, dans un décor adroitement reconstitué, où l'on voit, à gauche, le palais de Néoptolème et à droite le temple de Thétis, à Phtie, en Thessalie.
Une représentation d'Andromaque(d'après Euripide) authéâtre romain de Calama: Mme Silvain, sur les marches du temple de Thétis.
LA TOURNÉE DE M. ET Mme SILVAIN EN TUNISIE.--Photographies C. Nataf.
Le raid hippique des officiers de la réserve et de l'armée territoriale avait fait ressortir, en 1911 et en 1912, des qualités d'endurance remarquables; la course de 1913 adonné des résultats tout à fait exceptionnels.
Biarritz-Paris: le sous-lieutenantCrespiat et sa jumentBibi.
L'épreuve comportait le voyage de Biarritz à Paris; mais le trajet de Biarritz à Bordeaux constituait un exercice d'entraînement n'appelant aucun classement; la véritable course commençait à Bordeaux. Pour la première fois, aucune limite de vitesse n'avait été imposée aux concurrents. Guidés par une science hippique déjà éprouvée, nos officiers purent ainsi demander à leurs chevaux l'effort maximum, et, malgré cela, sur 84 concurrents partis de Biarritz, 62 arrivèrent à Versailles.
La première place est revenue au sous-lieutenant Crespiat, du 1er régiment de chasseurs, qui, parti de Bordeaux le lundi 21 avril, à 5 heur s du matin, arrivait à Versailles le jeudi à 3 heures de l'après-midi, ayant couvert exactement 560 kilomètres en quatre-vingts heures, soit une moyenne d'environ 163 kilomètres par jour pendant trois jours et demi.
Les capitaines Lebrun, Nathan, Doussaud et les lieutenants d'Amboix de Larbon, Pichon, Jabat, Guyot, Fabre, du Halgouët, Caillât, classés immédiatement après le vainqueur, avaient eux-mêmes soutenu un train d'environ 140 kilomètres par 24 heures.
QUAND ON EST DE MAUVAISE HUMEUR, par Henriot.(Agrandissement)
Note du transcripteur: Les suppléments mentionnésen titre ne nous ont pas été fournis