CE QU'IL FAUT VOIR

CE QU'IL FAUT VOIRLE PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGERC'est entendu. Paris s'étend, Paris «coule» vers l'ouest. Il avait, au temps de Mme de Sévigné, son centre mondain place Royale et dans le Marais; sous Louis-Philippe, entre le Cirque d'hiver et les Variétés; plus tard, entre les Tuileries et Tortoni. Les hommes de cette génération-ci ont amené le centre de Paris sur les boulevards, entre l'Opéra et la Madeleine. Ce sera demain les Champs-Elysées et l'Étoile, et, dans trente ans, Bagatelle, quand il n'y aura plus de fortifications. Les expositions de peinture et les marchands de tableaux suivront le mouvement; ils l'ont déjà suivi (nous le remarquions ici dernièrement); mais cela n'empêche pas qu'il n'y ait en ce moment dans l'un des moins occidentaux et des plus vieux quartiers de Paris, un Salon de peinture qu'il faut voir. C'est le Salon des artistes du 4e arrondissement. Il a même, ce Salon, le privilège d'une situation unique; il est installé pour un mois dans la cour d'un des plus pittoresques et vénérables monuments de Paris: à l'Hôtel de Sens.Cet hôtel avait été construit, à la fin du quinzième siècle pour les archevêques de Sens, sous l'autorité desquels était placé--et demeura placé jusqu'en 1622--l'évêché de Paris. Il eut, durant cette période, des hôtes illustres: Louis de Bourbon, Louis de Guise cardinal de Lorraine, la reine Margot, et, avant elle, Nostradamus! La renommée du prophète provençal s'était propagée jusqu'à Paris, et Henri II avait fait prier Nostradamus de venir à la cour. Il y vint. Le roi ordonna qu'il fût logé chez le cardinal de Sens. Cela se passait au mois d'août 1556. Nostradamus fut même retenu à l'hôtel de Sens par un petit accident que, quoique astrologue, il n'avait point prévu. Un accès de goutte le cloua douze jours dans sa chambre, en attendant les succès de prophète qu'il allait remporter à la cour quelques jours après! Mais le vieil hôtel lui-même allait connaître d'étranges mésaventures. Abandonné par les archevêques de Sens, il allait être successivement le dépôt des coches de Bourgogne; puis une confiturerie, puis une verrerie... Et le voilà qui se relève tout doucement de cette déchéance. Il est, depuis quelques mois, la propriété de la Ville de Paris, qui se propose d'installer là une partie de ses collections. Quelque temps s'écoulera encore avant que soient commencés les travaux que cet aménagement nécessite; et la Société d'artistes du 4e arrondissement a eu la très bonne idée de mettre à profit ce délai en demandant à la Ville de lui ouvrir, pour un mois, la maison où Nostradamus eut la goutte, et devant la porte de laquelle la reine Margot fit, le 6 avril 1606, trancher la tête à un gentilhomme dont elle avait eu, comme femme, à se plaindre. L'Exposition n'occupe du vieil hôtel que la cour intérieure, qu'on a plafonnée d'un vélum, et sablée avec soin. Au fond de la cour, une porte basse ouverte sur l'étroit et tortueux escalier noir qui mène aux souterrains; à côté, surélevée de quelques marches, une petite chambre où un mobilier gothique --oeuvre de quelque exposant tapissier de l'arrondissement--a pour cadre une très belle cheminée «du temps», et les poutres vermoulues d'un plafond qu'aucune restauration n'a profané encore.Et plus de trois cents oeuvres sont exposées ici. Les sujets de la plupart d'entre elles sont empruntés à l'arrondissement lui-même, à son histoire, à ses paysages. Et gentiment, le long de ces murs, amateurs et professionnels fraternisent. Saluons parmi ceux-ci: Franck Bail, Belot, Emile Bernard, Max Blondat, Delahogue, Druard, J.-J. Dufour, E. Fraisse, Garcia-Ramon, Grouiller, Lalauze, E. Lequeux, Pannemaker, A. Boulard, Emile Renard... Il est évident que d'une exposition située entre la rue François-Miron et le pont des Célestins--ou, plus exactement, à l'angle de la rue du Figuier et de l'ancienne rue de la Mortellerie--ces excellents artistes n'avaient nul profit ni surcroît de gloire à espérer... Simplement, ils ont «marché» avec les camarades, pour l'honneur de l'arrondissement. C'est très bien. C'est d'autant mieux qu'ils fourniront aux curieux qui leur feront visite une occasion de connaître ce coin délicieux du vieux Paris où l'on ne va pas assez. Le carrefour où s'érige l'Hôtel de Sens est à quelques pas de la Seine. Il fait face à l'île Saint-Louis, ce petit morceau de ville qui est, à lui seul, une relique. Autour de la vieille maison, c'est la rue des Lions, la rue des Jardins, les rues Saint-Paul, Beautreillis, du Petit-Musc; des façades d'hôtels seigneuriaux endormis dans la paix de petites rues de province. Ayez dans la poche le 4e fascicule de l'ouvrage où le marquis de Rochegude a décrit en vingt brochures (une par arrondissement) les rues de Paris, et conté l'histoire des maisons; et promenez-vous... Ce ne sera pas du temps perdu.** *Mais que, tout de même, le Paris d'autrefois ne vous fasse pas trop oublier celui d'à présent. N'oubliez pas les Ballets russes. Guettez l'ouverture, aux Champs-Elysées, d'un certain Cinéma-Théâtre où l'on dit qu'il sera indispensable aux gens du monde de se montrer de temps en temps. (Acceptons-en l'augure! Ce n'est pas le directeur de l'entreprise qui s'en offensera.)Et puis, retournez à Bagatelle pour y voir, à partir de lundi, l'exposition annoncée par la manufacture de Sèvres, et qui sera composée de figurines, de bibelots ayant trait aux jardins et aux fleurs. Sèvres se modernise, se rajeunit sans cesse. Sèvresinvente. Il faut qu'on sache cela. Les étrangers nous entendent dire assez de mal de nos industries d'État pour qu'il nous soit très agréable de leur en pouvoir dire du bien de temps en temps. J'ajoute que de notre Manufacture de Sèvres on ne parle plus guère, depuis des mois, que pour louer ses oeuvres et rendre hommage aux admirables efforts des hommes qui la dirigent. Sa participation d'hier à l'Exposition de Turin, celle d'aujourd'hui à l'Exposition de Gand sont des victoires auxquelles on ne saurait être indifférent chez nous.... Et puis, enfin, n'allons pas oublier que c'est lundi prochain, 2 juin, que sera déclarée à l'Opéra-Comique la naissance du dernier enfant de Gustave Charpentier: un petit garçon appeléJulienet que tout Paris acclame, avant même que le bruit de son premier vagissement soit venu à nos oreilles.Il y a vraiment des nouveau-nés qui ont de la chance.Un Parisien.AGENDA (31 mai--7 juin 1913)Examens et concours.--Le 7 juin, clôture des inscriptions du concours pour le recrutement des dames employées aux postes et télégraphes.Expositions artistiques.--Grand Palais (Champs-Elysées): Salon de la Société des artistes français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.--Petit Palais: exposition de David et ses élèves.--Ancien hôtel de Sagan (23, rue de Constantine): objets d'art du Moyen Age et de la Renaissance au profit de la Croix-Rouge française.--Hôtel de Sens (rue du Figuier): les Artistes du 4e.--A Bagatelle (bois de Boulogne): exposition de l'Art du jardin.--Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné): promenades et jardins de Paris, seizième, dix-septième, dix-huitième siècles.--Cercle de la Librairie (117, boulevard Saint-Germain): Palais-Salon.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes): la petite ville de province.Les Rosati.--Le 8 juin, à Fontenay-aux-Roses, pèlerinage annuel des Rosati; les honneurs de la Rose seront faits à M. Francis Picavet, secrétaire au Collège de France, et à M. Le Sidaner, peintre.Fêtes de bienfaisance.--Le 1er juin, au parc de Gennevilliers, fête de bienfaisance, donnée par l'Aéronautique-Club de France. Départ de 10 ballons montés.--Le Ier juin, au théâtre des Champs-Elysées, représentation de gala au bénéfice de la Société de charité maternelle de Paris; le 6 juin, au même théâtre, représentation au profit du monument Jules Renard.--Le 7 juin, à la Porte-Saint-Martin, représentation de retraite de M. Frédéric Achard.Concerts.--Le 5 juin, à la salle de Géographie (184, boulevard Saint-Germain), à 4 heures: concert donné par M. Edouard Risler.--Le 6 juin, salle des Agriculteurs (8, rue d'Athènes), à 9 heures du soir: concert donné par M. Henri Gilles, avec le concours de Mme Emma Eames, et de M. Emilio de Gogoza. Mme Eames ne s'est pas fait entendre depuis plusieurs années à Paris, et M. Emilio de Gogoza y chantera pour la première fois.Sports.--Courses de chevaux: le 31 mai, Enghien; le Ier juin, Longchamp; le 2, Saint-Cloud; le 3, Saint-Ouen; le 4, le Tremblay; Epsom (Derby); le 5, Longchamp; le 6, Maisons-Laffitte; Epsom (the Oaks); le 7, Auteuil.--Aviation: le 1er juin, à l'aérodrome de Port-Aviation, à Juvisy: match Garros-Audemars.--Boxe: au Nouveau-Cirque (rue Saint-Honoré): championnats du monde de lutte de combat; le 31 mai, à 9 heures du soir, à la salle des Ingénieurs civils (rue Blanche): assaut annuel de la salle Conte; le 1er juin, à l'Exposition universelle de Gand: match Carpentier-Bombardier-Wells.--Lawn-tennis: à partir du 7 juin, sur les terrains du Stade français, à Saint-Cloud: championnat du monde de tennis.--Aviron: le Ier juin, à Juvisy, coupe des nations; la Société des Régates rouennaises organise pour le 8 juin des régates nationales à l'aviron.--Cyclisme: le 8 juin, Paris-Bruxelles.LES LIVRES & LES ÉCRIVAINSl'homme en roseL' «Homme en rose» n'existe plus. Vainement ce très grand artiste, ce fastueux poète de la lumière: Albert Besnard, est allé chercher dans l'Inde le prince des féeries hindoues, vêtu de mousselines couleur d'aurore et piquées d'or, le rajah des légendes qui vit une existence de songe dans les murailles ajourées de ses palais. Les souverains de l'Asie anglaise portent aujourd'hui des vestons en laine de Manchester, jouent au golf et se font blanchir à Londres. L'homme en rose n'existe plus; mais les décors de son ancienne puissance sont toujours debout, avec leurs immuables temples, leurs dieux farouches, et les foules affamées et fanatisées qui continuent leur agitation délirante dans la lumière pourpre de 1'«Inde couleur de sang».Déjà, lorsque, dans notre numéro de Noël de 1911, nous eûmes la joie de reproduire quelques-unes des plus belles pages d'album et des études rapportées par Albert Besnard de son voyage, notre confrère Pierre Mille, l'un des meilleurs écrivains chroniqueurs et critiques de ce temps, sut admirablement dire à notre public ce que fut cette visite du somptueux artiste aux Indes. Cette terre de symboles vieux comme le monde, Albert Besnard la parcourut presque dans tous les sens, promenant ses extases de panthéiste dans le Ceylan bouddhique dont il vit les temples d'Anouradhapoura assiégés de fidèles, à Kandy, à Madura, à Trichinopoli où des cloches chrétiennes sonnent sur les foules hindoues, à Tanjore, à Pondichéry, l'Inde française où les hommes sont plus beaux, plus altiers, à Hydérabad on fête et en folie, à Calcutta, aux bords du Gange, à Delhi, à Jeypour, à Bombay, enfin. La vie est une fête!... s'écriait l'artiste, marchant dans le soleil. La vie, surtout pour lui, était une illumination. Et c'est de la rutilante couleur qu'il a fixée en ses notes de route (1) en même temps qu'en ses pages d'album. L'écrivain ne s'y sépare pas du peintre. Il traduit tout en visions plutôt qu'en pensées. «Je suis de ceux qui n'apprennent que par les yeux!» écrit-il. Et c'est pour nos yeux surtout qu'il rend sensibles les scènes vues: ainsi cette femme qui, enveloppée d'un pagne de soie orange tissé d'argent, allonge sur le sol ses bras très purs, cerclés d'or; ainsi cet adolescent vêtu de rose, conduisant par les degrés d'un temple un éléphant énorme «qui descend et grandit jusqu'à abolir les piliers, la voûte»; ainsi cet autre éléphant «obèse, cheminant du pas pressé et pourtant mesuré d'un vieil employé allant à ses affaires». L'image fixée par la plume est exacte et chante clair et gai comme le croquis, au pinceau, de l'album. Les visions, parfois, vous brûlent.Note 1: Que publia leFigaroet qui viennent d'être réunies sous ce titre:l'Homme en rose, en un volume de la bibliothèque Charpentier, Fasquelle, édit.. 3 fr. 50.«Tout à l'heure, sur un pont hors de la ville, j'ai vu passer trois femmes vêtues de rouge. Sous un ciel presque blanc, le sol flambait, ce sol de l'Inde, rose comme la flamme ou rouge comme le sang... Sur la tête, ces créatures portaient une cargaison de vases de terre cuite. Elles marchaient très vite, du pas souple des figures antiques, avec un léger bond du corps en avant qui leur donnaient l'air de voler. Elles marchaient très vite, comme des fantômes ignés au travers d'un brasier.»Albert Besnard écrit comme il peint. Il y a dans son encrier toute la magie flamboyante de sa palette.Albéric Cahuet.l'armée toujours prêteM. Joseph Reinach vient de réunir en volume (2) les études qu'il a consacrées aux questions militaires au cours de sa carrière politique, longue de plus de trente ans. Vice-président de la commission de l'armée à la Chambre, il a pris une part active à tous les débats concernant la défense nationale, depuis la discussion de la loi de 1909 sur l'artillerie, dont il fut le rapporteur, jusqu'à celle qui occupe aujourd'hui le Parlement. Cette oeuvre se signale par son harmonie, son unité; on y voit comment un esprit net et pratique, affranchi de toute considération étrangère, est conduit logiquement, après avoir accepté le service de deux ans, à envisager comme une nécessité le retour à celui de trois ans, d'abord pour la cavalerie, puis pour toutes les armes. L'augmentation du personnel de l'artillerie, que l'auteur vota il y a quatre ans, a contribué, avec l'abaissement de la natalité, à vider les unités actives; il fallait donc, pour parer à ce danger, soit réduire le nombre de nos corps d'armée, soit prolonger la présence des hommes sous les drapeaux. M. J. Reinach, n'ayant pas demandé, il y a six mois, dans son discours sur la loi des cadres, qu'on changeât l'organisation de nos grandes unités, était fatalement amené à réclamer le service général de trois ans. Le projet, assurant la fixité des effectifs, qu'il a élaboré avec M. de Montebello, a été adopté par le gouvernement; grâce à lui, nous verrons demain l'arméetoujours prête, malgré les armements formidables de nos voisins. R. K.Note 2:L'Armée toujours prête.Édition Berger-Levrault, 3 fr. 50.Voir dansLa Petite Illustrationle compte rendu duJournal d'une femme de cinquante ans, souvenirs de la marquise de La Tour du Pin-Gouvernet, et des autres livres nouveaux.L'EXPOSITION D'HORTICULTUREL'exposition d'horticulture vient de finir. Il semble permis d'affirmer, sans paradoxe, que, grâce au mauvais temps des premières semaines de mai, les parterres de roses eurent une splendeur exceptionnelle. Le soleil est souvent le grand ennemi des exposants: beaucoup de fleurs s'épanouissent avant l'heure officielle; celles que des soins spéciaux réussissent à retarder se fanent à peine écloses. Le froid humide dont nos jardins ont tant souffert pendant quelques semaines, avant les grandes chaleurs de la fin du mois, avait été mis habilement à profit par nos horticulteurs, et si quelques coloris manquaient d'intensité, la fraîcheur des nuances présentait la séduction de la tonalité anglaise.On a surtout admiré la rose nouvelle,Madame Edouard Herriot, qui fit sensation à l'exposition internationale d'horticulture de Londres où elle obtint la coupe d'or duDaily Mail.Il est assez malaisé de définir exactement la nuance de cette rose magnifique qui vient s'ajouter à la série des roses cuivrées obtenues par M. Pernet-Ducher, de Lyon. Pour le rédacteur duGardener's Chronicle, «la couleur reste évasive. La teinte rose des fleurs épanouies est très charmante, les boutons sont d'une riche couleur orange-cerise foncé».LeGardener's Magazinevoit les boutons «de couleur orange-vermillon riche ou orange terre cuite; les fleurs entièrement ouvertes sont rose foncé fortement teinté de saumon orange».The Horticultural advertisertrouve la couleur «grandiose, d'un riche cuivre rougeâtre avec des teintes saumon et abricot». Enfin, l'obtenteur s'exprime ainsi: «Fleur de grandeur et de duplicature moyennes, d'un superbe coloris rouge corail nuancé de jaune et de rose de Carthane, passant au rouge crevette».Ces diverses définitions m'ont paru fort discutables, la dernière surtout. Cependant, après avoir gémi de mon impuissance à trouver le mot juste, j'ai regardé du corail et j'ai constaté que la définition de M. Pernet-Ducher est la plus exacte. La nuance deMadame Edouard Herriotcorrespond à un corail spécial, un peu orangé, très différent du corail rouge ou du corail rose que nous avons généralement dans l'oeil.A cette rose remarquable, le jury a attribué la coupe de l'Hay, offerte par M. Gravereaux.Une autre nouveauté,Juliet, pourrait s'appelerCaméléon. Cuivrée le matin, rose à midi, violâtre le soir, cette rose, d'une jolie forme, passe par divers tons en conservant une fraîcheur de nuance très rare chez des fleurs aussi capricieuses.Les rosiers sarmenteux de M. Nonin, plus beaux que jamais, formaient un ensemble décoratif d'une richesse et d'une légèreté déconcertantes.Source d'orapporte dans cette famille une jolie couleur jaune, assez marquée, que l'on ne possédait pas encore;Excelsa, plus cramoisie queCrimson Rambler, est moins resplendissante. Dans les polyantha nains, signalonsGeorges Elger, blanc à coeur jaune.A côté des roses, on voyait les traditionnels gloxinias, les fulgurants bégonias, et toute la série des fleurs connues, parmi lesquelles M. Cayeux faisait revivre laClarkia elegans, délicieuse papilionacée de couleur orangée, à laquelle on ne saurait comparer l'antique et terneClarkia pulchella.** *Il y eut aussi un concours de bouquets réservé aux femmes du monde. La plupart des concurrentes surent, en peu de temps, garnir agréablement les vases mis à leur disposition; mais ce furent de simples ébauches.On ne saurait, paraît-il, demander davantage aux «amateurs». Jusqu'ici, on pensait que, pour faire un bouquet, il suffit d'avoir des fleurs et tant soit peu de goût. La noble dame, dissimulée sous le pseudonyme de Clairoix, nous apprend dansl'Art du bouquet(Laveur) qu'il est encore nécessaire de connaître les théories des Japonais, maîtres incontestés en la matière; pour guider notre ignorance, elle formule, d'après Sin-Kiou-Shin, philosophe de l'antiquité, quelques styles en honneur au pays de Mme Chrysanthème.Etudions les principes subtils du Shin no Hana, du Rikkwa, du Sangi, du Shitsu, du Zi, et nous saurons disposer en gerbes élégantes, voire savantes et expressives, les plantes et les fleurs que nous traitions naguère avec trop de désinvolture.«Des silhouettes et des taches», telle est l'idée maîtresse dans la décoration florale au Japon. Ajoutez à cela la beauté de nos fleurs, et, n'en déplaise à l'auteur de ce petit livre joliment conçu, la grâce maniérée ou la fantaisie d'une femme de goût, et vous aurez un bouquet parfait.L'auteur nous donne de précieuses indications sur l'art d'adapter la forme et la couleur des vases à la forme et à la couleur des branches, fleuries ou non. Voici quelques exemples cueillis au hasard:Iris mauves, feuillages d'érable negundo blanc, deux feuilles de fougère mâle;Un pavot rouge pourpre, quelques branches de cytises jaunes, une ou deux branches d'iris mauve pâle en bouton; vase de cristal assez bas;Une pivoine en arbre, rose vif; une branche d'érable japonais pourpre, une petite branche souple de cornouiller vert à fleurs blanches;Dans un grand cornet de Delft bleu, un mélange de lilas de Perse de nuance très délicate et d'épine-vinette pourpre à fleurs jaunes;Dans un vase petit, en poterie verte commune: deux grappes de sorbier, quatre ou cinq scabieuses pourpres violettes;Dans un vase en faïence, bleu et blanc: quelques branches de saule.De judicieuses remarques sur l'harmonie des couleurs, quelques recettes pour conserver les fleurs coupées, ajoutent à l'intérêt pratique d'un ouvrage fort habilement illustré et que les femmes élégantes, ayant des loisirs, des fleurs et des arbres, auront plaisir à consulter.F. Honoré.LE DRAME DE MADRIDUne lugubre affaire, encore incomplètement éclaircie, et qui rappelle, par sa mystérieuse horreur, les contes les plus angoissants d'Edgar Poe, passionne en ce moment Madrid, où son sinistre héros, le capitaine Manuel Sanchez Lopez, chef du personnel à l'École de guerre, était fort connu.Dans la cour du manège de l'École supérieure de guerre, àMadrid, la police examine les ossements de la victime du capitaineSanchez Lopez, extraits de la cachette (qu'on voit au coin supérieurgauche) où l'assassin les avait emmurés.--Phot, Alfonso.Le 24 avril dernier, on constatait la disparition d'un joueur de profession, nommé Rafaël Garcia Jalon, et, deux jours après, on apprenait qu'une jeune fille avait tenté de toucher à la caisse de son cercle un jeton de 5.000 pesetas que Jalon y avait pris, en recommandant de ne le changer qu'à lui-même. Une rapide enquête permit d'établir que cette jeune fille était Marie-Louise Sanchez; elle fut aussitôt arrêtée, puis relâchée, devant ses dénégations et celles de son père. Sur ces entrefaites, une perquisition, opérée au domicile du capitaine, à l'École de guerre, amena la découverte, dans les égouts, de lambeaux de chair humaine. Au cours des recherches, on remarqua, au fond d'une chambre de débarras de l'appartement, une cloison qui semblait nouvellement replâtrée; quelques coups de pioche mirent à jour une cachette où gisaient des os brisés, des vêtements que l'on reconnut pour être ceux de Jalon, et les instruments ayant servi à dépecer le cadavre. Ces funèbres débris furent portés dans la cour du manège attenant.En même temps qu'on appréhendait Sanchez et sa fille, on jetait en prison un caporal et trois soldats, convaincus de complicité. Depuis, Marie-Louise Sanchez a avoué le crime et accusé formellement son père, à qui l'enquête impute d'autres forfaits plus anciens, et qui, malgré des charges accablantes, continue à protester de son innocence.DOCUMENTS et INFORMATIONSLa T. S. F. entre Paris et Washington.Une note du commandant Ferrié, présentée à l'Académie des sciences nous apprend que le poste de T. S. F. de la tour Eiffel a «causé» plusieurs fois avec le poste de Washington. Ce dernier possède une antenne en nappe portée par un mât de 200 mètres de hauteur et deux mâts de 150 mètres; il utilise une force d'environ 90 chevaux. Le poste de Paris dispose de 80 chevaux.La distance à vol d'oiseau entre les deux stations dépasse 6.000 kilomètres. Or, les postes étrangers qui disposent d'une puissance double ou triple ne sont guère entendus, de façon normale, qu'à une distance d'à peu près 4.000 kilomètres.Remarquons que ces conversations ont été échangées de façon assez suivie. Elles seront reprises, dès qu'on aura arrêté le programme des observations astronomiques à faire sur les deux continents pour déterminer au moyen de la T. S. F. (par la méthode des coïncidences que nous avons jadis expliquée), la différence de longitude entre Paris et Washington.Ce record magnifique prouve, une fois de plus et de façon péremptoire, la supériorité, systématiquement contestée, du poste de la tour Eiffel; il permet de supputer les résultats que l'on obtiendra le jour où le poste disposera d'une force plus grande, si le Parlement se décide à voter les crédits nécessaires pour l'établissement du réseau intercolonial. Le projet sommeille depuis un an dans les cartons de la commission du budget à la grande joie, sans doute, du ministre des Postes et Télégraphes de la Grande-Bretagne qui, récemment, s'exprimait ainsi devant la Chambre des Communes:«Le premier occupant en télégraphie sans fil sera le maître du trafic, il convient donc de se hâter afin d'établir de grandes stations de télégraphie sans fil dans toutes les colonies anglaises, avant que les colonies françaises en soient munies.»Un deuil de l'aviation française en cochinchine.De Saïgon, où la mort de l'aviateur Georges Verminck, tombé, le 7 avril, à Mytho, au cours d'un périlleux atterrissage on vol «piqué», a été vivement déplorée, nous arrive aujourd'hui l'écho de l'impression profonde causée, dans la colonie française, comme dans les milieux indigènes, par cette fin tragique.Les belles randonnées qu'il avait exécutées pendant un séjour de deux mois, notamment de Saïgon à Pnompenh, de Saïgon au cap Saint-Jacques, et de Saïgon à Bienhoa, avaient rendu Georges Verminck unanimement sympathique, et l'on peut dire, populaire en Cochinchine, où il assurait, avec son frère Charles et son camarade Marc Pourpe, le prestige de l'aviation française: aussi ses funérailles, auxquelles assistèrent de nombreux Annamites, eurent-elles un caractère de grande solennité. «Elles furent célébrées à la cathédrale de Saïgon, nous écrit un témoin attristé de la cérémonie, M. Richard, en présence d'une foule considérable. Après l'absoute, que Mgr Mossard avait tenu à donner, le cortège, précédé par la musique du 11e régiment d'infanterie coloniale, se dirigea vers le cimetière, où plusieurs discours furent prononcés.Mais le témoignage le plus touchant du deuil ressenti dans la population indigène nous est apporté par une pièce de vers annamite, commençant ainsi: «Verminck, malheureux Verminck! En quelques minutes, dix ans d'efforts sont anéantis. Richesse, honneurs, existence même, tout t'abandonne sans espoir! Lorsqu'ils contemplent les nuages, les hommes de Cochinchine te regrettent. Lorsqu'ils entendent le vent, les hommes d'Europe te pleurent!» Et cette émouvante lamentation, ce thrène à la manière antique, qui n'est pas dépourvu de valeur littéraire, se termine par ces deux vers: «O ciel, pourquoi anéantir ainsi un héros? Le fer, la pierre même s'irritent de ce malheur immérité.»Le cloître de Saint-Michel de Cuxa.Nous avons signalé, dans notre numéro du 17 mai dernier, la vente à un sculpteur américain, M. Gray-Barnard, du cloître de Saint-Michel de Cuxa (Pyrénées-Orientales), menacé d'exil. Depuis la publication de notre article, le sort de ces vieilles et vénérables pierres a subi de nombreuses vicissitudes, dont nous informe M. J.-R. de Brousse.L'acquéreur, M. Gray-Barnard, est allé trouver M. Léon Bérard, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, et lui a dit qu'il abandonnait son achat, et faisait don du cloître à la France. Mais, aussitôt cette nouvelle répandue dans la presse méridionale, il est revenu sur sa décision. Puis, changeant à nouveau d'avis, et reprenant son généreux projet, il a avisé M. Bérard «qu'il offrait le cloître à la ville de Prades, à condition que les dépenses par lui engagées pour l'enlèvement dudit cloître lui soient remboursées.»Une horloge inattendue.Cadeau offert par la ville deHameln à la princesseVictoria-Louise.La ville de Hameln, située dans la province de Hanovre, au confluent de la Hamel et de la Weser, est célèbre par la légende du charmeur de rats dont la maison constitue la principale curiosité de l'endroit. On y fabrique des étoffes de soie, de laine et de coton, on y pêche des saumons.Les habitants de l'industrieuse cité, désireux d'offrir à la fille du kaiser un cadeau de mariage original, ont imaginé un modèle de pendule qu'on dirait conçu par le vieux Silène pour honorer Bacchus. Nos lecteurs sauront apprécier à sa valeur ce chef-d'oeuvre de l'horlogerie allemande où le goût germanique s'épanouit avec une ampleur vraiment «kolossale».LA MARINE FRANÇAISE EN RUSSIELe vice-amiral Le Bris, chef d'état-major général de la marine, vient de se rendre à Saint-Pétersbourg. C'est une de ces visites grâce auxquelles les chefs de l'armée russe et de l'armée française, depuis la signature, en 1892, de la convention militaire qui unit les deux pays, demeurent en contact effectif et se mettent d'accord sur les mesures à adopter en vue de telles ou telles éventualités. Le dernier voyage de ce genre fut celui qu'effectua, l'an dernier, l'amiral prince de Liéven, chef d'état-major de la marine impériale, et qui eut pour principal résultat la signature d'une convention navale franco-russe.Le vice-amiral Le Bris a trouvé à Saint-Pétersbourg, dans tous les cercles officiels, l'accueil le plus cordial, comme déraison. L'empereur, à peine de retour de Berlin, où il avait assisté au mariage de la princesse Victoria-Louise, donnait aussitôt audience au chef d'état-major général de la marine française et aux officiers qui l'accompagnaient, ainsi qu'au capitaine de vaisseau Grasset, commandant du croiseur écoleJeanne-d'Arc, en ce moment à Cronstadt, et les comblait de distinctions. En leur honneur, des réceptions superbes ont été organisées, notamment à l'ambassade de France, où M. Delcassé avait invité avec eux le président du Conseil, M. Kokovtzov, les ministres des Affaires étrangères, de la Guerre, de la Marine, chez le prince de Liéven, où les officiers français purent apprécier la toute gracieuse hospitalité de la princesse de Liéven; enfin, un déjeuner d'adieu, extrêmement brillant, a été donné, mercredi, à bord de laJeanne-d'Arc.Dîner offert par le prince de Liéven, chef d'état-major de la marine impériale russe, et par la princesse de Liéven au vice-amiral Le Bris, chef d'état-major de la marine française, et aux officiers du croiseur-écoleJeanne-d'Arc.--Phot. Bulla.LES THÉÂTRESMarie-Magdeleine, la belle oeuvre de M. Maurice Maeterlinck, représentée pour la première fois à Nice en mars dernier, et que nous allons publier dans un de nos prochains numéros, vient de retrouver, sur la scène du Châtelet, le grand succès qui l'accueillit naguère. Son action, ramassée et vivante, se développe en trois actes pour lesquels M. Maxime Dethomas a composé des décors dont la sobriété somptueuse s'accorde à merveille au style incisif et coloré de l'oeuvre. C'est l'aventure de Marie de Magdala, courtisane, que la curiosité porta sur les pas du Nazaréen et qui ne s'en détacha plus. Cette oeuvre, d'une haute tenue littéraire, est d'une grande vérité humaine. Le paganisme et la chrétienté y opposent leurs philosophies différentes. Et quelle atmosphère troublée et troublante! Le mystère s'y renforce de réalisme. La résurrection de Lazare, si puissamment matérialisée, est un des moments les plus pathétiques de ce drame émouvant. Mme Georgette Leblanc-Maeterlinck, aux belles lignes souples et sinueuses, a magnifiquement incarné Marie-Magdeleine sous ses deux aspects, d'abord celui de la courtisane vaniteuse, cruelle et lascive, puis celui de la pécheresse repentie, si touchante d'humilité et de résignation.Il y a près d'un siècle que Chateaubriand écrivit leMoïsedont l'Odéon vient d'offrir en spectacle à ses abonnés la tardive «première représentation». Le sujet de cette tragédie est assez simple: un fils d'Aaron s'est épris d'une Amalécite; l'étrangère le pousse à renier le Dieu d'Israël; mais Moïse, chargé des tables de la Loi, redescend opportunément du Sinaï pour empêcher l'abjuration. Le public a manifesté plus de respect que d'enthousiasme pour cette oeuvre haute, froide, claire, d'inspiration apparemment racinienne et d'une humanité sans doute un peu conventionnelle. La forme en est supérieure au fond. Elle abonde en beaux vers sonores que de dévoués artistes ont fait applaudir.Mme Georgette Leblanc-Maeterlinck au second et autroisième acte deMarie-Magdeleine.Phot. Gerschel.(Agrandissement)Note du transcripteur: Les supplémentsmentionnés en titre ne nous ont pas été fournis

C'est entendu. Paris s'étend, Paris «coule» vers l'ouest. Il avait, au temps de Mme de Sévigné, son centre mondain place Royale et dans le Marais; sous Louis-Philippe, entre le Cirque d'hiver et les Variétés; plus tard, entre les Tuileries et Tortoni. Les hommes de cette génération-ci ont amené le centre de Paris sur les boulevards, entre l'Opéra et la Madeleine. Ce sera demain les Champs-Elysées et l'Étoile, et, dans trente ans, Bagatelle, quand il n'y aura plus de fortifications. Les expositions de peinture et les marchands de tableaux suivront le mouvement; ils l'ont déjà suivi (nous le remarquions ici dernièrement); mais cela n'empêche pas qu'il n'y ait en ce moment dans l'un des moins occidentaux et des plus vieux quartiers de Paris, un Salon de peinture qu'il faut voir. C'est le Salon des artistes du 4e arrondissement. Il a même, ce Salon, le privilège d'une situation unique; il est installé pour un mois dans la cour d'un des plus pittoresques et vénérables monuments de Paris: à l'Hôtel de Sens.

Cet hôtel avait été construit, à la fin du quinzième siècle pour les archevêques de Sens, sous l'autorité desquels était placé--et demeura placé jusqu'en 1622--l'évêché de Paris. Il eut, durant cette période, des hôtes illustres: Louis de Bourbon, Louis de Guise cardinal de Lorraine, la reine Margot, et, avant elle, Nostradamus! La renommée du prophète provençal s'était propagée jusqu'à Paris, et Henri II avait fait prier Nostradamus de venir à la cour. Il y vint. Le roi ordonna qu'il fût logé chez le cardinal de Sens. Cela se passait au mois d'août 1556. Nostradamus fut même retenu à l'hôtel de Sens par un petit accident que, quoique astrologue, il n'avait point prévu. Un accès de goutte le cloua douze jours dans sa chambre, en attendant les succès de prophète qu'il allait remporter à la cour quelques jours après! Mais le vieil hôtel lui-même allait connaître d'étranges mésaventures. Abandonné par les archevêques de Sens, il allait être successivement le dépôt des coches de Bourgogne; puis une confiturerie, puis une verrerie... Et le voilà qui se relève tout doucement de cette déchéance. Il est, depuis quelques mois, la propriété de la Ville de Paris, qui se propose d'installer là une partie de ses collections. Quelque temps s'écoulera encore avant que soient commencés les travaux que cet aménagement nécessite; et la Société d'artistes du 4e arrondissement a eu la très bonne idée de mettre à profit ce délai en demandant à la Ville de lui ouvrir, pour un mois, la maison où Nostradamus eut la goutte, et devant la porte de laquelle la reine Margot fit, le 6 avril 1606, trancher la tête à un gentilhomme dont elle avait eu, comme femme, à se plaindre. L'Exposition n'occupe du vieil hôtel que la cour intérieure, qu'on a plafonnée d'un vélum, et sablée avec soin. Au fond de la cour, une porte basse ouverte sur l'étroit et tortueux escalier noir qui mène aux souterrains; à côté, surélevée de quelques marches, une petite chambre où un mobilier gothique --oeuvre de quelque exposant tapissier de l'arrondissement--a pour cadre une très belle cheminée «du temps», et les poutres vermoulues d'un plafond qu'aucune restauration n'a profané encore.

Et plus de trois cents oeuvres sont exposées ici. Les sujets de la plupart d'entre elles sont empruntés à l'arrondissement lui-même, à son histoire, à ses paysages. Et gentiment, le long de ces murs, amateurs et professionnels fraternisent. Saluons parmi ceux-ci: Franck Bail, Belot, Emile Bernard, Max Blondat, Delahogue, Druard, J.-J. Dufour, E. Fraisse, Garcia-Ramon, Grouiller, Lalauze, E. Lequeux, Pannemaker, A. Boulard, Emile Renard... Il est évident que d'une exposition située entre la rue François-Miron et le pont des Célestins--ou, plus exactement, à l'angle de la rue du Figuier et de l'ancienne rue de la Mortellerie--ces excellents artistes n'avaient nul profit ni surcroît de gloire à espérer... Simplement, ils ont «marché» avec les camarades, pour l'honneur de l'arrondissement. C'est très bien. C'est d'autant mieux qu'ils fourniront aux curieux qui leur feront visite une occasion de connaître ce coin délicieux du vieux Paris où l'on ne va pas assez. Le carrefour où s'érige l'Hôtel de Sens est à quelques pas de la Seine. Il fait face à l'île Saint-Louis, ce petit morceau de ville qui est, à lui seul, une relique. Autour de la vieille maison, c'est la rue des Lions, la rue des Jardins, les rues Saint-Paul, Beautreillis, du Petit-Musc; des façades d'hôtels seigneuriaux endormis dans la paix de petites rues de province. Ayez dans la poche le 4e fascicule de l'ouvrage où le marquis de Rochegude a décrit en vingt brochures (une par arrondissement) les rues de Paris, et conté l'histoire des maisons; et promenez-vous... Ce ne sera pas du temps perdu.

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Mais que, tout de même, le Paris d'autrefois ne vous fasse pas trop oublier celui d'à présent. N'oubliez pas les Ballets russes. Guettez l'ouverture, aux Champs-Elysées, d'un certain Cinéma-Théâtre où l'on dit qu'il sera indispensable aux gens du monde de se montrer de temps en temps. (Acceptons-en l'augure! Ce n'est pas le directeur de l'entreprise qui s'en offensera.)

Et puis, retournez à Bagatelle pour y voir, à partir de lundi, l'exposition annoncée par la manufacture de Sèvres, et qui sera composée de figurines, de bibelots ayant trait aux jardins et aux fleurs. Sèvres se modernise, se rajeunit sans cesse. Sèvresinvente. Il faut qu'on sache cela. Les étrangers nous entendent dire assez de mal de nos industries d'État pour qu'il nous soit très agréable de leur en pouvoir dire du bien de temps en temps. J'ajoute que de notre Manufacture de Sèvres on ne parle plus guère, depuis des mois, que pour louer ses oeuvres et rendre hommage aux admirables efforts des hommes qui la dirigent. Sa participation d'hier à l'Exposition de Turin, celle d'aujourd'hui à l'Exposition de Gand sont des victoires auxquelles on ne saurait être indifférent chez nous.

... Et puis, enfin, n'allons pas oublier que c'est lundi prochain, 2 juin, que sera déclarée à l'Opéra-Comique la naissance du dernier enfant de Gustave Charpentier: un petit garçon appeléJulienet que tout Paris acclame, avant même que le bruit de son premier vagissement soit venu à nos oreilles.

Il y a vraiment des nouveau-nés qui ont de la chance.Un Parisien.

Examens et concours.--Le 7 juin, clôture des inscriptions du concours pour le recrutement des dames employées aux postes et télégraphes.

Expositions artistiques.--Grand Palais (Champs-Elysées): Salon de la Société des artistes français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.--Petit Palais: exposition de David et ses élèves.--Ancien hôtel de Sagan (23, rue de Constantine): objets d'art du Moyen Age et de la Renaissance au profit de la Croix-Rouge française.--Hôtel de Sens (rue du Figuier): les Artistes du 4e.--A Bagatelle (bois de Boulogne): exposition de l'Art du jardin.--Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné): promenades et jardins de Paris, seizième, dix-septième, dix-huitième siècles.--Cercle de la Librairie (117, boulevard Saint-Germain): Palais-Salon.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes): la petite ville de province.

Les Rosati.--Le 8 juin, à Fontenay-aux-Roses, pèlerinage annuel des Rosati; les honneurs de la Rose seront faits à M. Francis Picavet, secrétaire au Collège de France, et à M. Le Sidaner, peintre.

Fêtes de bienfaisance.--Le 1er juin, au parc de Gennevilliers, fête de bienfaisance, donnée par l'Aéronautique-Club de France. Départ de 10 ballons montés.--Le Ier juin, au théâtre des Champs-Elysées, représentation de gala au bénéfice de la Société de charité maternelle de Paris; le 6 juin, au même théâtre, représentation au profit du monument Jules Renard.--Le 7 juin, à la Porte-Saint-Martin, représentation de retraite de M. Frédéric Achard.

Concerts.--Le 5 juin, à la salle de Géographie (184, boulevard Saint-Germain), à 4 heures: concert donné par M. Edouard Risler.--Le 6 juin, salle des Agriculteurs (8, rue d'Athènes), à 9 heures du soir: concert donné par M. Henri Gilles, avec le concours de Mme Emma Eames, et de M. Emilio de Gogoza. Mme Eames ne s'est pas fait entendre depuis plusieurs années à Paris, et M. Emilio de Gogoza y chantera pour la première fois.

Sports.--Courses de chevaux: le 31 mai, Enghien; le Ier juin, Longchamp; le 2, Saint-Cloud; le 3, Saint-Ouen; le 4, le Tremblay; Epsom (Derby); le 5, Longchamp; le 6, Maisons-Laffitte; Epsom (the Oaks); le 7, Auteuil.--Aviation: le 1er juin, à l'aérodrome de Port-Aviation, à Juvisy: match Garros-Audemars.--Boxe: au Nouveau-Cirque (rue Saint-Honoré): championnats du monde de lutte de combat; le 31 mai, à 9 heures du soir, à la salle des Ingénieurs civils (rue Blanche): assaut annuel de la salle Conte; le 1er juin, à l'Exposition universelle de Gand: match Carpentier-Bombardier-Wells.--Lawn-tennis: à partir du 7 juin, sur les terrains du Stade français, à Saint-Cloud: championnat du monde de tennis.--Aviron: le Ier juin, à Juvisy, coupe des nations; la Société des Régates rouennaises organise pour le 8 juin des régates nationales à l'aviron.--Cyclisme: le 8 juin, Paris-Bruxelles.

l'homme en rose

L' «Homme en rose» n'existe plus. Vainement ce très grand artiste, ce fastueux poète de la lumière: Albert Besnard, est allé chercher dans l'Inde le prince des féeries hindoues, vêtu de mousselines couleur d'aurore et piquées d'or, le rajah des légendes qui vit une existence de songe dans les murailles ajourées de ses palais. Les souverains de l'Asie anglaise portent aujourd'hui des vestons en laine de Manchester, jouent au golf et se font blanchir à Londres. L'homme en rose n'existe plus; mais les décors de son ancienne puissance sont toujours debout, avec leurs immuables temples, leurs dieux farouches, et les foules affamées et fanatisées qui continuent leur agitation délirante dans la lumière pourpre de 1'«Inde couleur de sang».

Déjà, lorsque, dans notre numéro de Noël de 1911, nous eûmes la joie de reproduire quelques-unes des plus belles pages d'album et des études rapportées par Albert Besnard de son voyage, notre confrère Pierre Mille, l'un des meilleurs écrivains chroniqueurs et critiques de ce temps, sut admirablement dire à notre public ce que fut cette visite du somptueux artiste aux Indes. Cette terre de symboles vieux comme le monde, Albert Besnard la parcourut presque dans tous les sens, promenant ses extases de panthéiste dans le Ceylan bouddhique dont il vit les temples d'Anouradhapoura assiégés de fidèles, à Kandy, à Madura, à Trichinopoli où des cloches chrétiennes sonnent sur les foules hindoues, à Tanjore, à Pondichéry, l'Inde française où les hommes sont plus beaux, plus altiers, à Hydérabad on fête et en folie, à Calcutta, aux bords du Gange, à Delhi, à Jeypour, à Bombay, enfin. La vie est une fête!... s'écriait l'artiste, marchant dans le soleil. La vie, surtout pour lui, était une illumination. Et c'est de la rutilante couleur qu'il a fixée en ses notes de route (1) en même temps qu'en ses pages d'album. L'écrivain ne s'y sépare pas du peintre. Il traduit tout en visions plutôt qu'en pensées. «Je suis de ceux qui n'apprennent que par les yeux!» écrit-il. Et c'est pour nos yeux surtout qu'il rend sensibles les scènes vues: ainsi cette femme qui, enveloppée d'un pagne de soie orange tissé d'argent, allonge sur le sol ses bras très purs, cerclés d'or; ainsi cet adolescent vêtu de rose, conduisant par les degrés d'un temple un éléphant énorme «qui descend et grandit jusqu'à abolir les piliers, la voûte»; ainsi cet autre éléphant «obèse, cheminant du pas pressé et pourtant mesuré d'un vieil employé allant à ses affaires». L'image fixée par la plume est exacte et chante clair et gai comme le croquis, au pinceau, de l'album. Les visions, parfois, vous brûlent.

Note 1: Que publia leFigaroet qui viennent d'être réunies sous ce titre:l'Homme en rose, en un volume de la bibliothèque Charpentier, Fasquelle, édit.. 3 fr. 50.

«Tout à l'heure, sur un pont hors de la ville, j'ai vu passer trois femmes vêtues de rouge. Sous un ciel presque blanc, le sol flambait, ce sol de l'Inde, rose comme la flamme ou rouge comme le sang... Sur la tête, ces créatures portaient une cargaison de vases de terre cuite. Elles marchaient très vite, du pas souple des figures antiques, avec un léger bond du corps en avant qui leur donnaient l'air de voler. Elles marchaient très vite, comme des fantômes ignés au travers d'un brasier.»

Albert Besnard écrit comme il peint. Il y a dans son encrier toute la magie flamboyante de sa palette.Albéric Cahuet.

l'armée toujours prête

M. Joseph Reinach vient de réunir en volume (2) les études qu'il a consacrées aux questions militaires au cours de sa carrière politique, longue de plus de trente ans. Vice-président de la commission de l'armée à la Chambre, il a pris une part active à tous les débats concernant la défense nationale, depuis la discussion de la loi de 1909 sur l'artillerie, dont il fut le rapporteur, jusqu'à celle qui occupe aujourd'hui le Parlement. Cette oeuvre se signale par son harmonie, son unité; on y voit comment un esprit net et pratique, affranchi de toute considération étrangère, est conduit logiquement, après avoir accepté le service de deux ans, à envisager comme une nécessité le retour à celui de trois ans, d'abord pour la cavalerie, puis pour toutes les armes. L'augmentation du personnel de l'artillerie, que l'auteur vota il y a quatre ans, a contribué, avec l'abaissement de la natalité, à vider les unités actives; il fallait donc, pour parer à ce danger, soit réduire le nombre de nos corps d'armée, soit prolonger la présence des hommes sous les drapeaux. M. J. Reinach, n'ayant pas demandé, il y a six mois, dans son discours sur la loi des cadres, qu'on changeât l'organisation de nos grandes unités, était fatalement amené à réclamer le service général de trois ans. Le projet, assurant la fixité des effectifs, qu'il a élaboré avec M. de Montebello, a été adopté par le gouvernement; grâce à lui, nous verrons demain l'arméetoujours prête, malgré les armements formidables de nos voisins. R. K.

Note 2:L'Armée toujours prête.Édition Berger-Levrault, 3 fr. 50.

Voir dansLa Petite Illustrationle compte rendu duJournal d'une femme de cinquante ans, souvenirs de la marquise de La Tour du Pin-Gouvernet, et des autres livres nouveaux.

L'exposition d'horticulture vient de finir. Il semble permis d'affirmer, sans paradoxe, que, grâce au mauvais temps des premières semaines de mai, les parterres de roses eurent une splendeur exceptionnelle. Le soleil est souvent le grand ennemi des exposants: beaucoup de fleurs s'épanouissent avant l'heure officielle; celles que des soins spéciaux réussissent à retarder se fanent à peine écloses. Le froid humide dont nos jardins ont tant souffert pendant quelques semaines, avant les grandes chaleurs de la fin du mois, avait été mis habilement à profit par nos horticulteurs, et si quelques coloris manquaient d'intensité, la fraîcheur des nuances présentait la séduction de la tonalité anglaise.

On a surtout admiré la rose nouvelle,Madame Edouard Herriot, qui fit sensation à l'exposition internationale d'horticulture de Londres où elle obtint la coupe d'or duDaily Mail.

Il est assez malaisé de définir exactement la nuance de cette rose magnifique qui vient s'ajouter à la série des roses cuivrées obtenues par M. Pernet-Ducher, de Lyon. Pour le rédacteur duGardener's Chronicle, «la couleur reste évasive. La teinte rose des fleurs épanouies est très charmante, les boutons sont d'une riche couleur orange-cerise foncé».

LeGardener's Magazinevoit les boutons «de couleur orange-vermillon riche ou orange terre cuite; les fleurs entièrement ouvertes sont rose foncé fortement teinté de saumon orange».

The Horticultural advertisertrouve la couleur «grandiose, d'un riche cuivre rougeâtre avec des teintes saumon et abricot». Enfin, l'obtenteur s'exprime ainsi: «Fleur de grandeur et de duplicature moyennes, d'un superbe coloris rouge corail nuancé de jaune et de rose de Carthane, passant au rouge crevette».

Ces diverses définitions m'ont paru fort discutables, la dernière surtout. Cependant, après avoir gémi de mon impuissance à trouver le mot juste, j'ai regardé du corail et j'ai constaté que la définition de M. Pernet-Ducher est la plus exacte. La nuance deMadame Edouard Herriotcorrespond à un corail spécial, un peu orangé, très différent du corail rouge ou du corail rose que nous avons généralement dans l'oeil.

A cette rose remarquable, le jury a attribué la coupe de l'Hay, offerte par M. Gravereaux.

Une autre nouveauté,Juliet, pourrait s'appelerCaméléon. Cuivrée le matin, rose à midi, violâtre le soir, cette rose, d'une jolie forme, passe par divers tons en conservant une fraîcheur de nuance très rare chez des fleurs aussi capricieuses.

Les rosiers sarmenteux de M. Nonin, plus beaux que jamais, formaient un ensemble décoratif d'une richesse et d'une légèreté déconcertantes.Source d'orapporte dans cette famille une jolie couleur jaune, assez marquée, que l'on ne possédait pas encore;Excelsa, plus cramoisie queCrimson Rambler, est moins resplendissante. Dans les polyantha nains, signalonsGeorges Elger, blanc à coeur jaune.

A côté des roses, on voyait les traditionnels gloxinias, les fulgurants bégonias, et toute la série des fleurs connues, parmi lesquelles M. Cayeux faisait revivre laClarkia elegans, délicieuse papilionacée de couleur orangée, à laquelle on ne saurait comparer l'antique et terneClarkia pulchella.

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Il y eut aussi un concours de bouquets réservé aux femmes du monde. La plupart des concurrentes surent, en peu de temps, garnir agréablement les vases mis à leur disposition; mais ce furent de simples ébauches.

On ne saurait, paraît-il, demander davantage aux «amateurs». Jusqu'ici, on pensait que, pour faire un bouquet, il suffit d'avoir des fleurs et tant soit peu de goût. La noble dame, dissimulée sous le pseudonyme de Clairoix, nous apprend dansl'Art du bouquet(Laveur) qu'il est encore nécessaire de connaître les théories des Japonais, maîtres incontestés en la matière; pour guider notre ignorance, elle formule, d'après Sin-Kiou-Shin, philosophe de l'antiquité, quelques styles en honneur au pays de Mme Chrysanthème.

Etudions les principes subtils du Shin no Hana, du Rikkwa, du Sangi, du Shitsu, du Zi, et nous saurons disposer en gerbes élégantes, voire savantes et expressives, les plantes et les fleurs que nous traitions naguère avec trop de désinvolture.

«Des silhouettes et des taches», telle est l'idée maîtresse dans la décoration florale au Japon. Ajoutez à cela la beauté de nos fleurs, et, n'en déplaise à l'auteur de ce petit livre joliment conçu, la grâce maniérée ou la fantaisie d'une femme de goût, et vous aurez un bouquet parfait.

L'auteur nous donne de précieuses indications sur l'art d'adapter la forme et la couleur des vases à la forme et à la couleur des branches, fleuries ou non. Voici quelques exemples cueillis au hasard:

Iris mauves, feuillages d'érable negundo blanc, deux feuilles de fougère mâle;

Un pavot rouge pourpre, quelques branches de cytises jaunes, une ou deux branches d'iris mauve pâle en bouton; vase de cristal assez bas;

Une pivoine en arbre, rose vif; une branche d'érable japonais pourpre, une petite branche souple de cornouiller vert à fleurs blanches;

Dans un grand cornet de Delft bleu, un mélange de lilas de Perse de nuance très délicate et d'épine-vinette pourpre à fleurs jaunes;

Dans un vase petit, en poterie verte commune: deux grappes de sorbier, quatre ou cinq scabieuses pourpres violettes;

Dans un vase en faïence, bleu et blanc: quelques branches de saule.

De judicieuses remarques sur l'harmonie des couleurs, quelques recettes pour conserver les fleurs coupées, ajoutent à l'intérêt pratique d'un ouvrage fort habilement illustré et que les femmes élégantes, ayant des loisirs, des fleurs et des arbres, auront plaisir à consulter.F. Honoré.

Une lugubre affaire, encore incomplètement éclaircie, et qui rappelle, par sa mystérieuse horreur, les contes les plus angoissants d'Edgar Poe, passionne en ce moment Madrid, où son sinistre héros, le capitaine Manuel Sanchez Lopez, chef du personnel à l'École de guerre, était fort connu.

Dans la cour du manège de l'École supérieure de guerre, àMadrid, la police examine les ossements de la victime du capitaineSanchez Lopez, extraits de la cachette (qu'on voit au coin supérieurgauche) où l'assassin les avait emmurés.--Phot, Alfonso.

Le 24 avril dernier, on constatait la disparition d'un joueur de profession, nommé Rafaël Garcia Jalon, et, deux jours après, on apprenait qu'une jeune fille avait tenté de toucher à la caisse de son cercle un jeton de 5.000 pesetas que Jalon y avait pris, en recommandant de ne le changer qu'à lui-même. Une rapide enquête permit d'établir que cette jeune fille était Marie-Louise Sanchez; elle fut aussitôt arrêtée, puis relâchée, devant ses dénégations et celles de son père. Sur ces entrefaites, une perquisition, opérée au domicile du capitaine, à l'École de guerre, amena la découverte, dans les égouts, de lambeaux de chair humaine. Au cours des recherches, on remarqua, au fond d'une chambre de débarras de l'appartement, une cloison qui semblait nouvellement replâtrée; quelques coups de pioche mirent à jour une cachette où gisaient des os brisés, des vêtements que l'on reconnut pour être ceux de Jalon, et les instruments ayant servi à dépecer le cadavre. Ces funèbres débris furent portés dans la cour du manège attenant.

En même temps qu'on appréhendait Sanchez et sa fille, on jetait en prison un caporal et trois soldats, convaincus de complicité. Depuis, Marie-Louise Sanchez a avoué le crime et accusé formellement son père, à qui l'enquête impute d'autres forfaits plus anciens, et qui, malgré des charges accablantes, continue à protester de son innocence.

La T. S. F. entre Paris et Washington.

Une note du commandant Ferrié, présentée à l'Académie des sciences nous apprend que le poste de T. S. F. de la tour Eiffel a «causé» plusieurs fois avec le poste de Washington. Ce dernier possède une antenne en nappe portée par un mât de 200 mètres de hauteur et deux mâts de 150 mètres; il utilise une force d'environ 90 chevaux. Le poste de Paris dispose de 80 chevaux.

La distance à vol d'oiseau entre les deux stations dépasse 6.000 kilomètres. Or, les postes étrangers qui disposent d'une puissance double ou triple ne sont guère entendus, de façon normale, qu'à une distance d'à peu près 4.000 kilomètres.

Remarquons que ces conversations ont été échangées de façon assez suivie. Elles seront reprises, dès qu'on aura arrêté le programme des observations astronomiques à faire sur les deux continents pour déterminer au moyen de la T. S. F. (par la méthode des coïncidences que nous avons jadis expliquée), la différence de longitude entre Paris et Washington.

Ce record magnifique prouve, une fois de plus et de façon péremptoire, la supériorité, systématiquement contestée, du poste de la tour Eiffel; il permet de supputer les résultats que l'on obtiendra le jour où le poste disposera d'une force plus grande, si le Parlement se décide à voter les crédits nécessaires pour l'établissement du réseau intercolonial. Le projet sommeille depuis un an dans les cartons de la commission du budget à la grande joie, sans doute, du ministre des Postes et Télégraphes de la Grande-Bretagne qui, récemment, s'exprimait ainsi devant la Chambre des Communes:

«Le premier occupant en télégraphie sans fil sera le maître du trafic, il convient donc de se hâter afin d'établir de grandes stations de télégraphie sans fil dans toutes les colonies anglaises, avant que les colonies françaises en soient munies.»

Un deuil de l'aviation française en cochinchine.

De Saïgon, où la mort de l'aviateur Georges Verminck, tombé, le 7 avril, à Mytho, au cours d'un périlleux atterrissage on vol «piqué», a été vivement déplorée, nous arrive aujourd'hui l'écho de l'impression profonde causée, dans la colonie française, comme dans les milieux indigènes, par cette fin tragique.

Les belles randonnées qu'il avait exécutées pendant un séjour de deux mois, notamment de Saïgon à Pnompenh, de Saïgon au cap Saint-Jacques, et de Saïgon à Bienhoa, avaient rendu Georges Verminck unanimement sympathique, et l'on peut dire, populaire en Cochinchine, où il assurait, avec son frère Charles et son camarade Marc Pourpe, le prestige de l'aviation française: aussi ses funérailles, auxquelles assistèrent de nombreux Annamites, eurent-elles un caractère de grande solennité. «Elles furent célébrées à la cathédrale de Saïgon, nous écrit un témoin attristé de la cérémonie, M. Richard, en présence d'une foule considérable. Après l'absoute, que Mgr Mossard avait tenu à donner, le cortège, précédé par la musique du 11e régiment d'infanterie coloniale, se dirigea vers le cimetière, où plusieurs discours furent prononcés.

Mais le témoignage le plus touchant du deuil ressenti dans la population indigène nous est apporté par une pièce de vers annamite, commençant ainsi: «Verminck, malheureux Verminck! En quelques minutes, dix ans d'efforts sont anéantis. Richesse, honneurs, existence même, tout t'abandonne sans espoir! Lorsqu'ils contemplent les nuages, les hommes de Cochinchine te regrettent. Lorsqu'ils entendent le vent, les hommes d'Europe te pleurent!» Et cette émouvante lamentation, ce thrène à la manière antique, qui n'est pas dépourvu de valeur littéraire, se termine par ces deux vers: «O ciel, pourquoi anéantir ainsi un héros? Le fer, la pierre même s'irritent de ce malheur immérité.»

Le cloître de Saint-Michel de Cuxa.

Nous avons signalé, dans notre numéro du 17 mai dernier, la vente à un sculpteur américain, M. Gray-Barnard, du cloître de Saint-Michel de Cuxa (Pyrénées-Orientales), menacé d'exil. Depuis la publication de notre article, le sort de ces vieilles et vénérables pierres a subi de nombreuses vicissitudes, dont nous informe M. J.-R. de Brousse.

L'acquéreur, M. Gray-Barnard, est allé trouver M. Léon Bérard, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, et lui a dit qu'il abandonnait son achat, et faisait don du cloître à la France. Mais, aussitôt cette nouvelle répandue dans la presse méridionale, il est revenu sur sa décision. Puis, changeant à nouveau d'avis, et reprenant son généreux projet, il a avisé M. Bérard «qu'il offrait le cloître à la ville de Prades, à condition que les dépenses par lui engagées pour l'enlèvement dudit cloître lui soient remboursées.»

Une horloge inattendue.

Cadeau offert par la ville deHameln à la princesseVictoria-Louise.

La ville de Hameln, située dans la province de Hanovre, au confluent de la Hamel et de la Weser, est célèbre par la légende du charmeur de rats dont la maison constitue la principale curiosité de l'endroit. On y fabrique des étoffes de soie, de laine et de coton, on y pêche des saumons.

Les habitants de l'industrieuse cité, désireux d'offrir à la fille du kaiser un cadeau de mariage original, ont imaginé un modèle de pendule qu'on dirait conçu par le vieux Silène pour honorer Bacchus. Nos lecteurs sauront apprécier à sa valeur ce chef-d'oeuvre de l'horlogerie allemande où le goût germanique s'épanouit avec une ampleur vraiment «kolossale».

Le vice-amiral Le Bris, chef d'état-major général de la marine, vient de se rendre à Saint-Pétersbourg. C'est une de ces visites grâce auxquelles les chefs de l'armée russe et de l'armée française, depuis la signature, en 1892, de la convention militaire qui unit les deux pays, demeurent en contact effectif et se mettent d'accord sur les mesures à adopter en vue de telles ou telles éventualités. Le dernier voyage de ce genre fut celui qu'effectua, l'an dernier, l'amiral prince de Liéven, chef d'état-major de la marine impériale, et qui eut pour principal résultat la signature d'une convention navale franco-russe.

Le vice-amiral Le Bris a trouvé à Saint-Pétersbourg, dans tous les cercles officiels, l'accueil le plus cordial, comme déraison. L'empereur, à peine de retour de Berlin, où il avait assisté au mariage de la princesse Victoria-Louise, donnait aussitôt audience au chef d'état-major général de la marine française et aux officiers qui l'accompagnaient, ainsi qu'au capitaine de vaisseau Grasset, commandant du croiseur écoleJeanne-d'Arc, en ce moment à Cronstadt, et les comblait de distinctions. En leur honneur, des réceptions superbes ont été organisées, notamment à l'ambassade de France, où M. Delcassé avait invité avec eux le président du Conseil, M. Kokovtzov, les ministres des Affaires étrangères, de la Guerre, de la Marine, chez le prince de Liéven, où les officiers français purent apprécier la toute gracieuse hospitalité de la princesse de Liéven; enfin, un déjeuner d'adieu, extrêmement brillant, a été donné, mercredi, à bord de laJeanne-d'Arc.

Dîner offert par le prince de Liéven, chef d'état-major de la marine impériale russe, et par la princesse de Liéven au vice-amiral Le Bris, chef d'état-major de la marine française, et aux officiers du croiseur-écoleJeanne-d'Arc.--Phot. Bulla.

Marie-Magdeleine, la belle oeuvre de M. Maurice Maeterlinck, représentée pour la première fois à Nice en mars dernier, et que nous allons publier dans un de nos prochains numéros, vient de retrouver, sur la scène du Châtelet, le grand succès qui l'accueillit naguère. Son action, ramassée et vivante, se développe en trois actes pour lesquels M. Maxime Dethomas a composé des décors dont la sobriété somptueuse s'accorde à merveille au style incisif et coloré de l'oeuvre. C'est l'aventure de Marie de Magdala, courtisane, que la curiosité porta sur les pas du Nazaréen et qui ne s'en détacha plus. Cette oeuvre, d'une haute tenue littéraire, est d'une grande vérité humaine. Le paganisme et la chrétienté y opposent leurs philosophies différentes. Et quelle atmosphère troublée et troublante! Le mystère s'y renforce de réalisme. La résurrection de Lazare, si puissamment matérialisée, est un des moments les plus pathétiques de ce drame émouvant. Mme Georgette Leblanc-Maeterlinck, aux belles lignes souples et sinueuses, a magnifiquement incarné Marie-Magdeleine sous ses deux aspects, d'abord celui de la courtisane vaniteuse, cruelle et lascive, puis celui de la pécheresse repentie, si touchante d'humilité et de résignation.

Il y a près d'un siècle que Chateaubriand écrivit leMoïsedont l'Odéon vient d'offrir en spectacle à ses abonnés la tardive «première représentation». Le sujet de cette tragédie est assez simple: un fils d'Aaron s'est épris d'une Amalécite; l'étrangère le pousse à renier le Dieu d'Israël; mais Moïse, chargé des tables de la Loi, redescend opportunément du Sinaï pour empêcher l'abjuration. Le public a manifesté plus de respect que d'enthousiasme pour cette oeuvre haute, froide, claire, d'inspiration apparemment racinienne et d'une humanité sans doute un peu conventionnelle. La forme en est supérieure au fond. Elle abonde en beaux vers sonores que de dévoués artistes ont fait applaudir.

Mme Georgette Leblanc-Maeterlinck au second et autroisième acte deMarie-Magdeleine.Phot. Gerschel.

(Agrandissement)

Note du transcripteur: Les supplémentsmentionnés en titre ne nous ont pas été fournis


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