Le rhinocéros n'est pas dur à tuer, à condition de le tirer au coeur, qui est volumineux et facile à repérer. Une balle pleine suffit à en avoir raison.Dans certaines régions, très boisées, cet animal est encore assez abondant pour constituer un certain danger, pour les caravanes qu'il charge sans qu'on sache d'où il vient et où il va. Nous étions quelquefois chargés plusieurs fois par jour, mes hommes et moi, sans apercevoir notre ennemi, tant était dense la végétation. Inutile d'ajouter que mes malheureux colis, régulièrement précipités à terre par leurs porteurs, étaient soumis à une bien rude épreuve.Dans l'Est africain, lorsque je désirais rencontrer un rhinocéros pour mes photographies, je montais sur une éminence et, armé de ma lunette Zeiss, j'explorais minutieusement les alentours; il était rare que je ne visse point un ou plusieurs rhinocéros.... Aujourd'hui ils sont trois dans le champ de mon observatoire. L'un d'eux somnole dans l'herbe, au gros soleil, ses quatre pattes repliées sous lui. Il ressemble à s'y méprendre à une termitière, d'autant plus qu'il est couvert de la même terre rougeâtre; seules les allées et venues des gros cornets qui lui servent d'oreilles attestent la vie de sa grosse masse.Une grande femelle aux cornes remarquablement longues erre d'un pas lent, broutant des acacias rachitiques couverts de grosses noix de galle, d'épines droites et blanches et de fourmis noires. Des oiseaux brun roux, au bec corail et aux yeux rouges, courent, sur son grand corps comme nos pics autour de leur arbre. Quand ils sont par trop indiscrets et s'agrippent aux oreilles, la lourde bête les secoue violemment pour s'en défaire. Mais on sent une union étroite entre ces parasites et leur hôte, l'un père nourricier, les autres avertisseurs.Le troisième rhinocéros est un vieux mâle, maigre, efflanqué, dont les côtes simulent les grillages de bois d'une cage à poulets. Ses oreilles déchiquetées attestent son ardeur à provoquer ses rivaux lors des compétitions amoureuses de ses jeunes années. Son oreille gauche est même percée d'un gros trou rond comme à l'emporte-pièce. Paisiblement, en vieux philosophe désabusé, il somnole à l'ombre problématique de l'éternel mimosa épineux de la steppe.De temps à autre il changera de place pour suivre l'ombre mouvante de l'arbuste, jusqu'au soir, dont la fraîcheur l'engagera à reprendre la monotonie de ses promenades nocturnes. Il se livrera alors avec volupté aux douceurs des bains de boue, il s'abreuvera à longs traits à la mare bourbeuse qui sert à toute la faune du district, il marchera toute la nuit arrachant de-ci de-là quelques feuilles ou quelques branchages terminaux qu'il mastiquera avec un bruit rude de molaires.LE PLUS DANGEREUX ANIMAL DE l'AFRIQUEUn animal fort dangereux, et je ne crains pas de dire le plus dangereux même de l'Afrique, est le grand buffle de Cafrerie dont le domaine est étendu dans tout l'Est africain et qui est remplacé au Centre et à l'Ouest par une espèce de taille moins considérable, mais d'humeur tout aussi vindicative.Animal des bois, on le voit rarement au clair, sinon au lever et au coucher du soleil. Les mâles sont d'une musculature et d'une puissance étonnante, dont nos taureaux ne peuvent donner aucune idée. Les cornes, fort belles, prennent souvent avec l'âge de grandes proportions, le poil noir brillant est souvent rare chez les vieux mâles. J'ai tué des taureaux qui portaient de longues cicatrices parallèles dues aux griffes du lion dont ils s'étaient débarrassés victorieusement.Le buffle est dur, une balle «solid» bien placée au coeur en a pourtant raison, malgré l'épaisseur de son cuir. Mal placée, le danger est grand, la charge est foudroyante et difficile à arrêter à temps; d'autre part, quelquefois l'animal blessé se cache et fond sur le chasseur à l'improviste pendant qu'il suivait imprudemment sa piste. La meilleure arme pour le buffle est l'express double 450-500.Le buffle de Cafrerie a été fort éprouvé il y a quelques années par la grande épidémie de peste bovine qui a sévi sur le sud du continent et a atteint la région des grands lacs elle-même. Des mesures de protection ont permis aux troupeaux de se reconstituer en partie et dans l'Uganda on parlait, lors de mon passage, d'en rendre la chasse absolument libre pour quelque temps de façon à en limiter le nombre. Je ne puis m'étendre davantage sur cet animal pourtant si intéressant, et je passe au vrai «roi des animaux», au plus intelligent, au plus formidable, et, je ne crains pas de le dire, au plus beau de tous: l'éléphant d'Afrique...Dr Émile Gromier.A suivre.--Droits réservés.Éléphants cueillant des pousses nouvelles dans un fourré.Phot. du Dr E. Gromier.LA MODE AU DERBY DE CHANTILLY.--Les gracieux effets etles surprises du contre-jour.Photographies Agié et B.Des robes souples, vaporeuses, enveloppantes, où la mousseline de soie, la précieuse dentelle, le tulle neige, la fine charmeuse, soulignés de gros rubans, font merveilles, des chapeaux qui supportent toutes les fantaisies de l'aigrette et du paradis ou qu'orne encore le tulle, disposé en grands nouds légers: tels sont apparus, dimanche passé, en cette belle réunion de Chantilly, où se courait le Derby français, les derniers produits de la Mode, décidément parée pour les ardeurs de l'été... Cette fois-ci, les photographes se sont plu à saisir en contre-jour quelques-unes des élégantes qui remplissaient le pesage. La précaution était nécessaire pour obtenir des images où tous les détails fussent mis en valeur, et non pas absorbés par l'éclat direct du soleil: on lui doit aussi--car l'instantané est impitoyable--cette silhouette inattendue de jeune femme, un peu trop sommairement vêtue sous sa robe aérienne et surprise par l'objectif avec une cruelle indiscrétion.A CONSTANTINOPLEL'investissement, par la force armée, de la maison oùs'étaient enfermés les meurtriers.La police pénètre dans une maison d'où elle pourra surveiller les assiégés.Les meurtriers capturés sont emmenés en automobile.La garde de la maison enlevée d'assaut.Photographies Taïb Kope.La capture des meurtriers du grand vizir Mahmoud Chefket.Pas un instant la tranquillité de Constantinople n'aura été troublée après l'assassinat de Mahmoud Chefket pacha et deux jours à peine auront suffi pour arrêter ses meurtriers. Tout l'honneur en revient à l'énergie du gouverneur militaire Djemal bey et du préfet de police Azmi bey.La recherche des assassins a donné lieu à un épisode émouvant. Ceux-ci s'étaient réfugiés à Péra dans un immeuble de la rue Piré Mehmed où la police les découvrit. Ils s'y défendirent avec acharnement durant trois heures.Agents et pompiers occupaient les alentours de la maison, le doigt sur la gâchette de leur fusil. Dès le début de l'affaire, un officier, Hilmi bey, fut blessé mortellement. La police avait pénétré dans la maison sise en face de l'immeuble assiégé. Assassins et agents échangeaient de là coups de fusil et coups de revolver. Cependant d'autres policiers, avec le préfet à leur tête, entraient dans une maison mitoyenne de celle occupée par les meurtriers, faisaient sauter les cloisons et s'emparaient de trois hommes, le capitaine Kiazim, le lieutenant Ali bey et un certain Chefky qu'une automobile emportait aussitôt à la prison de la cour martiale.Les funérailles du grand vizir se sont faites avec pompe. Les fils du sultan suivaient le corps qui, les prières faites à Sainte-Sophie, fut transporté sur la colline de la Liberté pour y être inhumé parmi les soldats morts à la bataille de Constantinople (24 avril 1909) que commandait Mahmoud Chefket pacha.Un grand ministère s'est aussitôt constitué. Nous y voyons figurer les noms que les récents événements de Turquie ont rendu les plus célèbres: Izzet pacha, Mahmoud pacha, Talaat bey. La tâche est énorme, souhaitons qu'ils y suffisent, selon la formule turque, «avec l'aide et la miséricorde de Dieu».Tchuruk Soulou Mahmoud, Hadji Adil, Saïd Halim, Zia effendi. Hilmi effendi,ministre de la Marine. ministre de l'Intérieur. grand vizir. fils du sultan.Le nouveau grand vizir aux obsèques du grand vizir assassiné.--Phot. Taïb Kope.Au Théâtre Antique: les jeunes Arlésiennes, revêtues ducostume local, défilent devant Mistral et le saluent.LES FÊTES VIRGINALES D'ARLESDes fêtes pittoresques ont eu lieu dimanche et lundi derniers à Arles, en Provence. Près de quatre cents jeunes filles du territoire, ayant nouvellement revêtu le costume local qu'elles s'engagent à conserver, sont venues recevoir, des mains de Frédéric Mistral, le diplôme attestant cette solennelle «prise de coiffe».Le grand poète de Maillane est l'initiateur de cette consécration dont l'origine remonte à 1903. A cette époque, une vingtaine de jeunes Arlésiennes seulement se rendirent, dans une salle duMuseon Arlaten, à l'appel des organisateurs: laFesto Vierginenco, la Fête Virginale, était fondée. L'année suivante, le lundi de Pâques, pour la première fois, elle fut rendue publique et célébrée avec éclat.Mistral y parla devant un grand concours de peuple, et son allocution, évoquant le passé glorieux de la race, rendit hommage à la beauté de ses femmes.L'Illustration(9 avril 1904) consacra une page entière à cette intéressante manifestation régionale qui, depuis, n'avait plus été renouvelée, dans Arles du moins.Cette année, par les soins du Syndicat d'initiative local, dont le président, le docteur Urpar, a déployé la plus intelligente persévérance, la cérémonie s'est déroulée dans l'imposant décor du Théâtre Antique, et elle a été précédée et suivie de divertissements empruntés aux vieilles coutumes du pays d'Arles.Le dimanche, après les aubades des tambourinaires, les jeunes filles, ayant défilé une à une devant Mistral au Théâtre Antique, se rendirent, escortées d'une foule enthousiaste, aux arènes. On y vit les taureaux du Pouly combattus à la mode provençale, les farandoleurs exécuter les danses traditionnelles, lesgardianse défier au tournoi des écharpes et au jeu des aiguillettes. Puis le soir, dans le Théâtre Antique encore, impressionnant sous les clartés lunaires, une représentation d'opéra réunit un auditoire innombrable; et les fêtes se terminèrent le lendemain, aux plaines de Meyran, en Camargue, par uneferrade--émouvant spectacle dont, au cours d'une récente excursion aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les invités desAnnalesont connu le frisson--cavaliers et piétons, aux prises avec le jeune taureau qu'il faut parvenir à terrasser, y rivalisèrent de courage et d'audace, pour gagner un sourire de celles en l'honneur desquelles la fête était donnée.Fêtes arlésiennes: laferrade, dans l'arène improvisée des plaines de Meyran, en Camargue.Photographies Chusseau-Flaviens.CE QU'IL FAUT VOIRLE PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGERLes gens de sport ont leurs «grandes semaines». Le petit monde des théâtres a sa grande Quinzaine; et cette grande quinzaine s'ouvrira ces jours-ci. C'est deux semaines d'émotions très fortes; de rires, de larmes, d'enthousiasmes et d'attaques de nerfs. Il faut voir cela. Un étranger qui aime Paris et qui a la curiosité de le bien connaître commettrait la plus inexcusable des étourderies s'il se désintéressait d'un spectacle aussi rare, et laissait passer les Concours du Conservatoire sans essayer de conquérir le coin de loge ou le strapontin d'où il pourra y assister.Tous ces concours ne sont pas également «courus», et, pour moi, j'ai cette faiblesse de m'intéresser surtout à ceux que la foule néglige: aux concours de contrebasse et de cor, de clarinette, de trombone et de basson. Ceux-là sont les plus accessibles. Ils sont suivis par une clientèle discrète d'amis, de parents pauvres, de vieux amateurs et de jeunes soldats. Les concurrents qu'on applaudit là ne s'élèveront presque jamais à la dignité de virtuoses. Ils occuperont obscurément leur place en des orchestres civils ou militaires; ils y tiendront leur «partie» avec utilité, et sans gloire.Comme l'accompagnateur qui, assis au piano, soutient de ses dix doigts le chant de la cantatrice qu'on acclame, ils seront, toute leur vie, lesservantsdu succès des autres. Ce sont les prolétaires de la Musique; et ces concours sont pour eux d'inoubliables journées...Car ce sont les seuls instants de leur carrière où ils auront eu l'honneur de comparaîtreseulsdevant une salle où chacun d'eux est attendu, et séparément entendu. Ils connaîtront la gloire dusolo; un accompagnateur, assis près d'eux, au piano, les assistera modestement; ils seront, pour cinq minutes, des vedettes; on les applaudira. Et, si une récompense leur est décernée, ils seront de nouveau introduits en scène par un appariteur en habit noir, interpellés dans le silence de la salle par un monsieur illustre qui prononcera les mots sacramentels: «Monsieur, le jury vous décerne un premier prix.» Dans le crépitement des bravos, ils salueront encore, très confus, très heureux, tellement émus qu'on les verra rire quelquefois, à cause d'une extrême envie de pleurer... Et puis, le lendemain, ce sera la joie d'ouvrir les journaux, d'y trouver, son nom, suivi d'appréciations élogieuses de la critique; ils pourront dire, tout comme Caruso, Pugno, Chaliapine ou Nijinski: «J'ai une bonne presse.» Et ce sera fini pour toujours. Confondus désormais dans la foule des orchestres, ils ne seront plus, sous le bâton du chef, que deux mains qui s'agitent devant un pupitre, autour d'une figure qu'on ne regarde pas. N'importe. Ils auront eu leur minute heureuse, et l'impression délicieuse de ce que c'est que la gloire... Allez les voir vivre cette minute-là. C'est très touchant, et ce n'est pas ennuyeux du tout.Et puis, vraiment, quelquefois, on tombe sur un solo de trombone ou de contrebasse qui est fort agréable à écouter.Les séances consacrées au piano et au violon sont plus dures, et vous admirerez qu'une telle foule consente à s'écraser en une salle où règne une température d'étuve, pour entendre le même morceau joué trente ou quarante fois de suite, et presque toujours très bien! car on n'a même pas, aux concours du Conservatoire, la ressource d'entendre, de temps à autre, le morceau très mal joué qui vous reposerait des autres, et donnerait du prix à ce qui va suivre. Tous sont d'une force décourageante. Mais l'auditoire qui est là ne se décourage point. Il épie les fautes, prend des notes, se pâme aux traits heureux, compare et commente avec passion... Il me semble qu'aux concours de violon et de piano le spectacle, pour un observateur désintéressé, est surtout dans la salle.Mais voici les grandes épreuves! Le chant, l'opéra, l'opéra-comique, la comédie!Amis étrangers, que le caprice de vos «déplacements» a fixés à Paris dans le moment précis où s'ouvre la série des grandes épreuves du Conservatoire, ne manquez pas de mettre un hasard si exceptionnel à profit. Coin de loge, ou simple strapontin, vous dis-je! Ce sera déjà bien joli si vous les obtenez.En ces dernières années, il n'était pas trop difficile d'y réussir. Un sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz, s'était généreusement avisé de transporter du Conservatoire à l'Opéra-Comique les concours du Conservatoire. Cela lui donnait mille places de plus, dont une partie était distribuée aux membres du Parlement. Et comme je m'étonnais un jour que le Parlement prétendît envahir à lui seul la moitié d'une salle de spectacle où, somme toute, il ne s'agissait que de suivre une épreuve scolaire qui ne le regarde point; «Pardon, fit M. le sous-secrétaire d'État, cela les regarde! Ce sont les parlementaires qui votent le budget. Il est tout naturel qu'ils veuillent savoir comment leur argent est dépensé...» L'amitié d'un sénateur ou d'un député (et quel étranger ne compte un sénateur ou un député parmi les amis de ses amis?) suffisait donc à assurer l'accès de ces spectacles célèbres à quiconque avait résolu de s'y faufiler. La vieille tradition est, depuis deux ans, restaurée; et l'on est revenu à la petite salle du faubourg Poissonnière. Sept cents personnes seulement peuvent trouver place aux grands concours; en sorte qu'au plaisird'en êtres'ajoute l'orgueilleuse satisfaction d'enavoir été!Amis étrangers, je vous recommande tout particulièrement celui de Comédie. Il y a de vieux Parisiens qui se croiraient déshonorés s'ils n'avaient été vus, ce jour-là, dans l'atmosphère surchauffée de la petite salle, applaudissant aux débuts de la «grande amoureuse» ou de la grande soubrette de demain. Ah! les enthousiasmes de ce public, et ses fureurs! Comme il aime le succès et comme il déteste l'injustice! Ah! ces salles déchaînées contre un jury dont la sonnette éperdue de M. Gabriel Faure s'efforce en vain de faire entendre les décisions!...Sans doute, le Grand Prix de Longchamp est une chose à voir, et vous ne manquerez pas, amis étrangers, ce spectacle-là; sans doute, le Salon du peintre-sculpteur futuriste Boccioni qui s'ouvre demain rue La Boétie est à voir aussi; mais qu'est-ce que tout cela, à côté d'un beau «chahut» au concours d'Opéra-comique ou de Comédie!Un Parisien.AGENDA (21-28 juin 1913)Examens et concours.--Les épreuves pour le concours d'admission au Prytanée militaire de la Flèche auront lieu les 23 et 24 juin, au chef-lieu de chaque département. Les candidats inscrits à Paris concourront à la mairie du 6e arrondissement--Un concours est ouvert entre les artistes français, pour l'exécution d'une médaille commémorative de l'élection du président de la République par les Chambres réunies à Versailles le 17 janvier 1913.Les concours du Conservatoire.--Les concours publics de fin d'année du Conservatoire sont ainsi fixés: 23 juin, contrebasse, alto, violoncelle; le 24, instruments à vent (bois); le 25, instruments à vent (cuivre); le 26, chant (hommes); le 27, chant (femmes); le 28, piano (femmes); le 30, harpe; le 1er juillet: opéra-comique; le 2, tragédie; le 3, comédie; le 7, violon; le 8, piano (hommes); le 9, opéra; le 12, distribution des prix.Expositions artistiques.--Grand-Palais (Champs-Elysées); Salon de la Société des Artistes français; Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts.--Pavillon de Marsan (musée des arts décoratifs); exposition rétrospective de l'art des Jardins en France.--Bibliothèque Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné): promenades et jardins de Paris. Conférences le vendredi à 4 heures.--Galerie Georges Petit (rue de Sèze): exposition des petits maîtres de 1830.Exposition philatélique.--Au Palais de glace (Champs-Elysées): du 21 au 30 juin, exposition philatélique internationale organisée par la Société française de timbrologie.Inaugurations de monuments.--Le 22 juin aura lieu l'inauguration du monument d'Hougoumont, dans la plaine de Waterloo, élevé à la mémoire des soldats morts le 18 juin 1815 à Waterloo.--Les fêtes d'inauguration du musée Ingres et du monument Pouvillon, qui devaient avoir lieu à la fin de juin à Montauban, sont remises au mois d'octobre.Fête de bienfaisance.--Le 22 juin, au théâtre du Parc de la maison de retraite de Pont-aux-Dames, matinée de gala au bénéfice de la Maison de retraite fondée par Coquelin.Concert.--Le 22 juin, au Châtelet en soirée, concert donné par la Société des grandes auditions musicales de France: les Grands musiciens modernes anglais.Sports.--Courses de chevaux: le 21 juin, Saint-Ouen; le 22, Auteuil (grand steeple); le 23, Saint-Cloud; le 24, Longchamp; le 25, Auteuil; le 26, Longchamp; le 27, Auteuil; le 28, Longchamp; le 29, Longchamp (Grand Prix de Paris).--Automobile: le 22 juin, Grand Prix de France des motocyclettes, circuit de Fontainebleau.--Le 1er juillet commencera le rallye-automobile du Plateau central (concours de tourisme en montagne).--Cyclisme: les 29 juin, 3 et 6 juillet, à la Piste municipale (Vincennes): Grand Prix cycliste de Paris. --A Buffalo, le 22 juin, réunion de courses. Course de 100 kilomètres.--Le 11e tour de France se disputera du 29 juin au 27 juillet.--Athlétisme: le 22 juin, à Colombes, championnats nationaux d'athlétisme.LES LIVRES & LES ÉCRIVAINSLE COEUR ET LA TÊTEM. Georges Oudart a glané avec tact quelques-unes des pensées vives ou profondes, qui rendent à la fois si grave, par ses vérités d'âme, et si joliment chatoyante, par son alerte et spirituelle fantaisie, l'oeuvre de Maurice Donnay. La rubrique la plus riche de ce recueil (1) est naturellement celle qui traite de l'amour. N'oublions point qu'Amants est l'un des premiers triomphes de Maurice Donnay et que l'amour a tenu le grand premier rôle dans toute une partie de son théâtre.Note 1: Le Coeur et la Tête, Sansot, éditeur.Or voici, entre autres choses, ce que M. Maurice Donnay nous dit, ou nous fait dire par ses personnages, de l'amour:... «On aime plusieurs fois, c'est vrai, et chaque fois d'une manière différente, mais on n'aime qu'une seule fois d'une façon immortelle, divine presque... une seule fois, on peut être un dieu!»... «On naît amant comme on naît musicien ou poète.»... «Le dédain d'aimer n'est le plus souvent que l'impuissance d'être aimé.»... «En amour, il y a toujours un qui aime davantage et c'est celui-là qui souffre. --Mais c'est l'autre qui s'ennuie.»... «Moins un coeur est sec, mieux il flambe.»... «En amour, neuf fois sur dix, le malheur arrive par les lettres comme la fièvre typhoïde vient par l'eau.»... «Ça ne signifie rien de dire à un homme qu'on ne l'aime plus; mais ce qui signifie quelque chose, c'est de lui dire qu'on en aime un autre.»... «La passion excuse tout, mais chez les brutes seulement.»... «Les mariages d'amour sont les seuls qui ne puissent pas durer, car ils supposent des âmes d'amants, et être amants, n'est-ce pas avoir le désir continuel de sensations, de troubles, de mystère et d'inconnu, d'inconnu?»... «Il y a des souvenirs d'amour qu'on n'évoque pas avec des mots; c'est comme des paysages de bonheur que l'on revoit dans le silence de soi-même, des paysages attendrissants avec de grandes lignes calmes; un air que l'on entend, un parfum que l'on respire, et voilà que vous revivez avec leur intensité les heures de jadis et que vous retrouvez l'âme que vous aviez à cette heure-là; c'est donc qu'elles valaient la peine d'être vécues.»En amour, l'homme et la femme sont dissemblables, et par le coeur et par la tête. L'amour chez la femme, plus violemment passionnée, plus exclusive, plus personnelle, a particulièrement retenu l'attention, si souvent émue, de l'auteurd'Amants, qui nous parla le mieux de l'amour moderne. Il nous dit:... «Dans le coeur de l'homme, chacune de ses maîtresses a sa pierre, son inscription et sa petite croix. Tandis que les femmes, lorsqu'elles aiment un homme, tout disparaît; leur vie commence à partir du jour où elles l'ont connu... et, quant au reste, il n'y a pas d'inscription ni de croix dans leur coeur. C'est l'oubli absolu, et, pour certaines, la fosse commune.»... «Le flirt est la leçon d'escrime que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d'aller sur le terrain avec des épées véritables.»... «Il y a une règle commune qui veut que, lorsqu'une femme se croit moins aimée, elle se rende encore moins aimable.»Rien n'est plus vrai... Mais, nous le savons aussi, pour avoir fait la plus large part à l'observation moderne de l'amour, le théâtre de Maurice Donnay ne lui est pas exclusivement consacré. L'auteur dela Patronne, duRetour de Jérusalem, deParaître, s'est surtout passionné, dans les oeuvres de ces dix dernières années, à l'étude des problèmes sociaux. D'où, dans le précieux petit recueil de M. Oudart, de riches glanes sur notre époque, sur la souffrance, sur la mort. Nous ne pouvons citer tout le livre, nous donnerons seulement, pour terminer, ces quelques lignes, jolies et graves, sur la patrie:... «La patrie, c'est des victoires glorieuses, des défaites héroïques, de beaux exemples de sacrifices et de vertus... c'est des cathédrales, des palais, des tombeaux... c'est des paysages que l'on a vus tout enfant et d'autres qui, plus tard, ont encadré des heures de joie ou de tristesse... c'est des choses intimes, des souvenirs, des traditions, des coutumes... c'est un langage qui nous paraît le plus doux, c'est une vieille chanson, un vieux proverbe plein de bon sens... c'est une rose qui s'appelle la France, c'est une assiette peinte, que sais-je?«Mais oui, la patrie, c'est tout ça... et bien d'autres choses encore.»Voilà. Et cette définition chaude et vibrante, cette définition d'élan et d'instinct, peut suffire à la fois à notre tête et à notre coeur.A. C.Voir dansLa Petite Illustrationle compte rendu des oeuvres des poètes.LES FLORALIES DE GANDNous avons déjà, dans le numéro du 3 mai, consacré quelques gravures à l'Exposition de Gand. Nous publions aujourd'hui un ensemble de photographies en couleurs qui donneront une vision des «Floralies» qui sont le clou de cette exposition, et au sujet desquelles notre correspondant de Bruxelles, M. Gérard Harry, nous a adressé l'article suivant:Voici près d'un siècle que la très ancienne Société d'horticulture de Gand organise, de cinq en cinq années, ces concours baptisés «Floralies» où se marque chaque étape du progrès que le savoir et le goût du botaniste ont fait franchir à des créations d'essence immuable tels que l'oillet, l'azalée, l'orchidée, le bégonia, le lilas, la rose même. Ces Floralies, plus populaires encore en Belgique que les Concours hippiques et les Expositions de beaux-arts (il faut, tous les cinq ans, des trains spéciaux pour y amener les foules d'amateurs des neuf provinces) ont été presque ignorées du grand public de France, d'Angleterre, d'Allemagne, jusqu'à leur coïncidence actuelle avec une Exposition universelle. Mais, sur les spécialistes de tous pays, elles exercent depuis longtemps autant d'attirance que le Derby d'Epsom ou le Grand Prix de Paris sur les éleveurs de chevaux pur sang. Et chacun s'y prépare de longue date et y apporte, avec le souci de sa propre gloire, ce qu'il a pu produire de plus beau ou de plus neuf, en s'aidant des procédés de culture les plus ingénieux ou des combinaisons chimiques les plus savantes.Les photographies en couleurs, que nous reproduisons, du récent «concours de beautés» de Gand donneront une idée synthétique de cette périodique et poétique solennité. On y verra que la furie multicolore et odorante des fleurs est elle-même «habillée» d'un joli décor constitué par des dioramas qui situent illusoirement leur splendeur dans un cadre adéquat: ici, à l'orée d'un taillis, le feuillage d'un hêtre rouge tranchant sur les teintes azurées d'un massif d'hortensias; là, les ondulations d'une simili-chaîne de montagnes élargissant l'horizon de pyramides d'azalées; là encore, les ruines, en staff patiné, d'un antique temple grec, dédié à Flore, éternelle divinité de l'éphémère royaume du printemps. A défaut des délicieuses variétés d'oeillets anglais, arrivés en retard, par la suite de la grève générale belge, on a pu fixer les ombelles couleur bleu de ciel d'un groupe d'hortensias dont les experts ont chanté spécialement les louanges, à raison de leur nuance idéale et aussi parce que leurs «éleveurs» avaient su les préserver d'une maladie qui, après quelque temps, les décolore ou les amaigrit. Une variété d'hortensias d'un blanc immaculé apparaît sur une autre de nos gravures et aussi un massif de ces azalées à fleur simple ou double, unicolores ou panachées, qui constituent la spécialité gantoise par excellence et qui étonnent, aux Floralies, par leur opulente profusion et la recherche de leur coloris.Ici vient s'intercaler une double page hors texte en couleurs: LES FLORALIES DE GAND, comptée dans la pagination de 591 à 594.Corbeille de Cinéraires.Le Temple de Flore.Azalées et Hortensias.Bégonias Gloire de Lorraine.Renan thera. Odontoglossum et Oncidium. Dendrobium. Autre variété de Dendrobium.Un coin de la serre des Orchidées.Hortensias.LES FLORALIES DE L'EXPOSITION DE GANDDes potées de bégonias «Gloire de Lorraine» appelaient d'emblée les regards des profanes par le prestige de leur ton de rose brique, et les connaisseurs les proclamaient presque uniques parmi les bégonias hybrides, supérieurs au prototype naturel et homogène. Hybride encore, ce groupe de cinéraires où le bleu indigo lutte avec le rouge sang et le violet intense pour composer un tableau qui met l'oeil en tumulte, et l'on sent bien que l'audace imaginative et la persévérance du botaniste ont passé par là et surenchéri victorieusement sur la conception de la nature... Quant à la tribu des orchidées qui emplissaient huit salonnets de leurs gestes pleins de fier décorum ou de grâce aristocratiquement alanguie et retombante, il faudrait des pages pour les énumérer et les dépeindre. Jamais on n'avait vu réunie une telle profusion de ces Reines exquises et «maniérées» du monde végétal,--à croire que cette élite patricienne était devenue une démocratie innombrable. Que dire de l'infinité et de la subtilité de leurs bigarrures, et comment définir des nuances qui vont de la teinte de la neige ou du nuage à celles des velours violets, des satins verts ou des bronzes dorés. Le groupe que montrent nos photographies et où elles se présentent, au milieu des hautes et souples lianes dont elles sont les luxueuses parasites, appartient à un assortiment magnifique des genres odontoglossum, cattleyas, amarylles et vandas qui se déroulent en grappes jaunes, blanches ou mauves, en silhouettes d'insectes ou d'oiseaux, ou en admirables cols d'urnes.On m'a dit que l'ensemble des Floralies de Gand avait été assuré contre les accidents pour quatre ou cinq millions, dont la grosse part s'appliquait aux orchidées. Quel salon de peinture moderne prétendrait atteindre ou surpasser pareille évaluation, pour des risques de huit jours? Mais les fleurs n'ont qu'une saison. Et c'est précisément ce qui fait le prix de ces expositions fugitives, de ces floralies où l'on court comme à un spectacle de radieuse jeunesse sans lendemain, à un étalage de beauté dont il faut se hâter de jouir et dont le souvenir vaudra plus que la possession des choses plus durables et pour cela moins rares.Gérard Harry.DOCUMENTS et INFORMATIONSLe plus précieux tapis du mondeLe Victoria-and-Albert Muséum, à Londres, vient de recevoir, à titre de prêt, l'un des quatre panneaux qui forment le fameux «tapis de perles de Baroda», ce trésor de l'art indien que les experts considèrent comme la plus merveilleuse pièce de broderie en existence.Il est composé de quatre panneaux symétriques, présentant chacun une superficie de 0 m. 55, et qui se juxtaposent exactement.D'après leTimes, à qui nous empruntons ces détails, ce tapis fut commandé par un des prédécesseurs du maharadja actuel, qui le destinait à recouvrir le tombeau de Mahomet, à Médine. Le travail demanda trois années aux meilleurs brodeurs et joailliers du Baroda; les matières employées coûtèrent une vingtaine de millions de francs, et les artistes se distribuèrent une gratification de 50.000 francs.La section exposée comporte une fleur centrale formée de 405 diamants et 24 rosettes en bordure, formées chacune de 52 diamants. Des ruissellements de rubis, d'émeraudes et de saphirs sont encadrés d'arabesques brodées de perles fines.On comprend que le prudent prince hindou, qui, dans un élan d'enthousiasme inspiré par sa femme préférée, de religion musulmane, avait décidé d'offrir un pareil chef-d'oeuvre à la mémoire du Prophète, se soit ravisé au dernier moment!Les causes du dessèchement du PainOn pourrait croire que, si le pain se dessèche, devient rassis, c'est simplement parce qu'il perd de l'eau par évaporation.Il n'en est rien, et la preuve, c'est qu'en chauffant du pain rassis vers 50 à 60 degrés, ce pain reprend la consistance du pain frais.De récentes expériences dé M. Katz, d'Amsterdam, démontrent qu'il s'agit de deux formes différentes d'équilibre physico-chimique.Aux températures élevées, de 50 à 100 degrés, le pain frais est la phase d'équilibre; au contraire, aux températures ordinaires, la forme stable est le pain rassis.On peut conserver du pain frais en vase clos à la température ordinaire; après vingt-quatre heures, il est devenu rassis; au contraire, celui qu'on conserve, même à l'air libre, à une température de 50 à 70 degrés, présente encore une mie parfaitement fraîche et une saveur inaltérée.Les températures très basses ont d'ailleurs une action analogue aux températures élevées. Tandis qu'à 0° le pain est devenu très rassis, à -6° il se ramollit, et à -8° il redevient frais. A la température de l'air liquide, le pain se conserve absolument frais.Il est vraisemblable qu'il s'agit là de modifications se produisant dans le grain d'amidon.Ces expériences sont intéressantes au point de vue pratique, car elles démontrent qu'il serait possible d'avoir du pain frais le matin sans imposer le travail nocturne aux boulangers.Nègres esclavagistes.Un écrivain américain vient de faire connaître un chapitre curieux de l'histoire de l'esclavage aux États-Unis: c'est celui qui concerne les nègres possesseurs d'esclaves. Il n'y avait pas seulement des blancs qui eussent des esclaves noirs: il y avait des nègres aussi. Des nègres émancipés qui s'étaient mis, eux aussi, à acheter de leurs congénères. Rien de surprenant à cela, puisque en Afrique l'esclavage était pratique courante et que la population était divisée en deux classes: les hommes libres et les esclaves. On ne peut donc s'étonner que l'usage africain ait persisté en Amérique.Bon nombre de cas sont relatés, d'après des pièces: par exemple, des contrats de vente. Les contemporains, en outre, ont fait mention de faits de ce genre. Il en est de scandaleux dans le nombre. Ainsi on rappelle l'exemple d'un jeune nègre qui, étant fils de blanche, et par là citoyen libre, se laissa persuader par sa mère d'acheter son père qui était esclave. Tout alla bien jusqu'au jour où le père, froissé de quelque mauvais procédé de son fils, lui fit des représentations; sur quoi le jeune homme vendit son père à quelque autre propriétaire, dans le Sud, dans la région la plus redoutée des malheureux nègres, «pour lui apprendre les bonnes manières».On cite un autre exemple: celui d'une négresse libre qui avait pour esclave son mari. Elle le louait au tiers et au quart, pour divers travaux, et s'en faisait des rentes. Mais un jour il l'offensa de quelque manière, et elle le vendit à un autre. Elle eut du regret du reste, et voulut le ravoir, mais le nouveau propriétaire refusa.Un nègre, libre, qui avait une femme esclave la racheta en vendant leurs enfants. On a connu des nègres qui approuvaient fort l'esclavage: l'un d'eux était l'esclave de sa femme, et, lorsque éclata la guerre, ce fut un sudiste enragé. Il fallut même le mettre quelque temps à l'ombre, pour insultes aux troupes du Nord.Il est même arrivé à des nègres de posséder des blancs, des émigrés: entre autres deux familles allemandes trop pauvres pour payer le voyage et qui obtinrent l'avance des fonds contre promesse d'une certaine durée de travail. Une loi fut même promulguée en Virginie pour empêcher les nègres de posséder des blancs ou des Indiens.En 1860, à Charleston, il y avait 132 nègres possédant 390 esclaves. On estime qu'il y a bien eu plus de 6.000 nègres possesseurs d'esclaves aux États-Unis. Mais les renseignements les concernant sont très rares.La chapelle de l'Elysée.Nous avons promené l'autre jour nos lecteurs parmi les salons du palais de l'Elysée. Nous avions passé, sans nous y arrêter, devant une étroite antichambre, presque obscure, tout près de laquelle aboutit l'escalier privé des appartements du président de la République. On n'a pas parlé depuis bien longtemps de ce coin de l'Elysée. C'est là que se trouve la chapelle, salle basse à laquelle on accède par quelques degrés. Depuis la séparation des Eglises et de l'État, cette chapelle est inutilisée, mais elle a été laissée intacte. Naguère, jusque sous la présidence de M. Émile Loubet, un prêtre y venait dire la messe plusieurs fois dans l'année, et la petite chapelle était alors remplie d'assistants. De vieux serviteurs ont gardé le souvenir des fastueuses cérémonies qui se déroulaient sous ses voûtes, telles que la remise, par le nonce, de la barrette pourpre aux nouveaux cardinaux. Dans sa robe éclatante, le prélat qui, devant l'autel, venait ainsi d'être investi de nouvelles grandeurs, quittait la chapelle et parcourait plusieurs salons aux côtés du président de la République. Des officiers français et des Gardes nobles, venus de Rome tout exprès, leur faisaient cortège. Les personnes qui ont été témoins de ces pompes ne les évoquent qu'avec admiration.La portée des ondes hertziennes comparée à celles du son et de la lumière.On peut communiquer à travers l'atmosphère par les ondes sonores, les ondes lumineuses ou les ondes hertziennes. Or, la télégraphie sans fil atteint aujourd'hui des portées de plusieurs milliers de kilomètres, qui dépassent de beaucoup la portée de la télégraphie optique ou des signaux sonores. On peut donc se demander si la supériorité de la télégraphie sans fil ne tient pas, en majeure partie, à ce que les postes hertziens disposent d'une puissance mécanique beaucoup plus considérable que celle utilisée pour la télégraphie optique ou acoustique.Un ingénieur anglais, M. Duddell, a essayé de résoudre la question, en prenant pour base de ses calculs une portée de 100 milles anglais, soit 160 kilomètres.Pour franchir cette distance par ondes électriques, l'antenne doit rayonner environ 300 watts.D'autre part, les expériences récentes de M. Paterson permettent d'admettre qu'une source lumineuse ayant une intensité de l/10e de bougie, est visible jusqu'à 1 kilomètre. Il en résulterait que, pour rester visible à 160 kilomètres, la source lumineuse devrait avoir une intensité de 2.560 bougies. En tenant compte de la perte de rendement, il faudrait, pour obtenir une telle lumière, une force d'environ 250 watts.Enfin, en appliquant les lois physiques connues, on trouve qu'une puissance mécanique de 143 watts peut produire un signal sonore perceptible à 160 kilomètres.Ces trois chiffres, 300, 250, 143 watts présentent des écarts sensibles; on peut dire cependant qu'ils sont du même ordre de grandeur.Il semblerait donc que notre oreille, notre oeil et le récepteur radiotélégraphique possèdent approximativement la même sensibilité et sont, à une distance donnée, impressionnés par des puissances variant au maximum du simple au double.Mais cet équilibre ne se manifeste plus dans la pratique, parce que l'atmosphère ne véhicule point avec la même perfection les ondes de divers genres.Les ondes hertziennes, constituées par d'immenses vagues, contournent les obstacles et sont peu absorbées par l'air et par ses poussières. Au contraire, les ondes sonores et les ondes lumineuses sont très courtes; un obstacle faible les arrête et les brumes les absorbent. En outre, elles sont incapables de contourner la courbure de la terre, qui cesse d'être négligeable quand il s'agit de franchir des centaines de kilomètres.L'accroissement de la population et de la production du blé.Le prix du blé tend à augmenter sur tous les grands marchés du monde. Voici, en effet, pour différents pays, les cours d'avril 1913 comparés au prix moyen par quintal de deux périodes décennales:1881-90 1901-10 Avril 1913Paris....... 24 55 22 60 28 80Liverpool... 20 08 16 94 20 57Berlin...... 22 66 23 49 26 03Budapest.... 27 22 22 41 22 64New-York.... 18 50 16 71 18 36La hausse est donc générale. Et, cependant, de 1901 à 1910, la production mondiale a passé de 674 millions de quintaux à 888 millions, soit un accroissement d'environ 30%.M. Edmond Théry se demande dès lors si l'augmentation de la production n'est pas dépassée par l'augmentation de la population consommatrice de blé.En prenant pour base les statistiques officielles, on constate que, pour l'ensemble de l'Europe, la production moyenne de blé par tête d'habitant est tombée de 126 kilos pendant la période 1881-1890 à 117 kilos pendant la période 1901-1910. A vingt ans d'intervalle, la population européenne a donc augmenté dans une proportion plus grande que la production mondiale du blé. Il en est de même en Afrique.La situation change en Asie, en Océanie et surtout en Amérique. Dans ce dernier pays, la production du blé par habitant s'est élevée de 174 à 218 kilos. Ainsi s'est trouvé compensé le déficit relatif de la production européenne.Maintenant, si nous envisageons le problème de façon plus générale, nous voyons que la population de tous les pays producteurs de blé est passée de 689 millions d'habitants en 1885 à 858 millions en 1905, soit une augmentation, de plus de 24%, alors que la production du blé augmentait de 30%, comme nous l'indiquons plus haut.M. Théry croit pouvoir conclure que la hausse persistante du blé tient à des causes diverses très accidentelles. Et l'élévation des cours ayant provoqué un accroissement des surfaces ensemencées, il en résultera une nouvelle augmentation de la production mondiale par rapport à la population. Dans ces conditions, le prix du blé pourra baisser sensiblement sur les marchés français.Un précurseur.Projet d'un gratte-ciel (11 étages et110 mètres de hauteur) datant de 1601.C'est bien un «gratte-ciel», avec ses multiples étages, son architecture massive et régulière, où se reconnaissent pourtant, aux détails d'ornementation, la grâce et la mesure du goût français, que figure l'ancienne estampe reproduite ici, dont nous devons la communication à un de nos lecteurs, M. Félix Rochet, de Pigeac.Cet édifice, qui rappelle si curieusement les «sky-scrapers» américains--nous en avons, tout récemment encore, montré quelques-uns pour illustrer les pages de M. Pierre Loti, sur New-York--fut conçu et dessiné, voilà plus de trois siècles, par un architecte savoyard, Jacques Perret, de Chambéry, le précurseur assurément des hardis constructeurs d'outre-Atlantique. Dans un ouvrage paru en 1601, il a donné le plan d'ensemble de ce «grand et excellent pavillon dans lequel pourraient loger cinq cents personnes à leur aise». Le bâtiment mesure 26 toises de long (50 mètres 45 cent.) sur 22 toises de large (46 mètres 65 cent.). Dans l'épaisseur des murailles, qui n'ont pas moins de 2 toises (3 mètres 98 cent,), «sont petits escaliers, cabinets et privés depuis le bas jusques en haut; par ce moyen, ajoute l'ingénieux architecte, il n'y a rien de vide ou de perdu».Avec ses onze étages et le petit pavillon bâti sur le toit en terrasse du corps central, l'édifice devait atteindre environ 110 mètres. Certes, nous sommes loin encore des immeubles géants de New-York, hauts de 150 ou 200 mètres, dont nous avons reproduit naguère, dans notre numéro du 3 août 1912, l'impressionnant aspect. Mais il faut reconnaître, dans le «grand et excellent pavillon» de Jacques Perret, l'ancêtre des «sky-scrapers» d'aujourd'hui: les Américains devaient réaliser, trois cents ans plus tard, l'audacieuse idée conçue par un Français.Dr Carrel. M. Georges Clemenceau. Dr Pozzi.La conférence du docteur Alexis Carrel à l'hôpital Broca.--Phot. L. Mayer.LA VIE DES TISSUS CONSERVÉELundi dernier, à l'hôpital Broca, dans l'amphithéâtre du docteur Pozzi, le docteur Alexis Carrel, devant une affluence énorme, a exposé les résultats de ses merveilleuses recherches sur la vie des tissus conservée et transférée. Le public connaît déjà, par les comptes rendus des séances de l'Académie de médecine, les impressionnantes découvertes que l'on doit, dans le domaine de la physiologie expérimentale, au docteur Alexis Carrel qui, après avoir été attaché comme prosecteur à la Faculté de médecine de Lyon, est maintenant fixé, depuis plusieurs années, à New-York où il poursuit ses admirables travaux à l'Institut de recherches scientifiques créé par M. Rockefeller. Le docteur Carrel est l'homme qui enlève une cuisse tout entière, un rein, ou tout autre organe à un animal et qui lui en rajuste un autre emprunté à un de ses congénères. Il a, dans sa conférence, expose comment il réussissait à conserver des cellules, des tissus, des organes entiers même maintenus vivants pendant des semaines, une fois séparés du corps, et il a expliqué les applications pratiques qui pouvaient être faites au point de vue de la greffe humaine. Ajoutons qu'une ovation enthousiaste fut faite au jeune savant par ses auditeurs, au premier rang desquels on remarquait, vêtu du même sarrau d'hôpital que les étudiants, M. Clemenceau toujours curieux des progrès de la science médicale.PREMIÈRES ARMES DU PRINCE DE GALLESLe prince de Galles, qui fait partie du bataillon d'officiers formé par les élèves de l'Université d'Oxford, a, pour la première fois, porté cette semaine l'uniforme kaki de l'armée territoriale anglaise: samedi dernier, il quittait Oxford, avec de nombreux étudiants, «dans un compartiment de troisième classe», disent les journaux de Londres, et gagnait Mitchet Camp, près d'Aldershot, où il devait accomplir une courte période d'instruction.Avec la même simplicité et la même bonne grâce qui ont laissé en France un souvenir si charmant, le prince de Galles partagea familièrement la vie de ses camarades, s'associant aux travaux du camp, prenant sa part des corvées, et marchant, dans le rang, comme un simple «private». Le premier jour de manoeuvres lui réserva des émotions inattendues: envoyé en reconnaissance avec un autre éclaireur, il fut surpris par une dizaine de cyclistes du parti adverse, qui le firent prisonnier en criant: «Haut les mains». Quelques instants après, il était heureusement délivré par les siens, accourus en nombre...Au cantonnement.Sur la route, en éclaireur.L'ÉDUCATION MILITAIRE D'UN FUTUR SOUVERAIN.--Le prince de Galles aux manoeuvres.(Agrandissement)Note du transcripteur: A l'exception de laFaune africaineet desFloralies de Gandqu'on retrouve dans le texte,les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.
Le rhinocéros n'est pas dur à tuer, à condition de le tirer au coeur, qui est volumineux et facile à repérer. Une balle pleine suffit à en avoir raison.
Dans certaines régions, très boisées, cet animal est encore assez abondant pour constituer un certain danger, pour les caravanes qu'il charge sans qu'on sache d'où il vient et où il va. Nous étions quelquefois chargés plusieurs fois par jour, mes hommes et moi, sans apercevoir notre ennemi, tant était dense la végétation. Inutile d'ajouter que mes malheureux colis, régulièrement précipités à terre par leurs porteurs, étaient soumis à une bien rude épreuve.
Dans l'Est africain, lorsque je désirais rencontrer un rhinocéros pour mes photographies, je montais sur une éminence et, armé de ma lunette Zeiss, j'explorais minutieusement les alentours; il était rare que je ne visse point un ou plusieurs rhinocéros.
... Aujourd'hui ils sont trois dans le champ de mon observatoire. L'un d'eux somnole dans l'herbe, au gros soleil, ses quatre pattes repliées sous lui. Il ressemble à s'y méprendre à une termitière, d'autant plus qu'il est couvert de la même terre rougeâtre; seules les allées et venues des gros cornets qui lui servent d'oreilles attestent la vie de sa grosse masse.
Une grande femelle aux cornes remarquablement longues erre d'un pas lent, broutant des acacias rachitiques couverts de grosses noix de galle, d'épines droites et blanches et de fourmis noires. Des oiseaux brun roux, au bec corail et aux yeux rouges, courent, sur son grand corps comme nos pics autour de leur arbre. Quand ils sont par trop indiscrets et s'agrippent aux oreilles, la lourde bête les secoue violemment pour s'en défaire. Mais on sent une union étroite entre ces parasites et leur hôte, l'un père nourricier, les autres avertisseurs.
Le troisième rhinocéros est un vieux mâle, maigre, efflanqué, dont les côtes simulent les grillages de bois d'une cage à poulets. Ses oreilles déchiquetées attestent son ardeur à provoquer ses rivaux lors des compétitions amoureuses de ses jeunes années. Son oreille gauche est même percée d'un gros trou rond comme à l'emporte-pièce. Paisiblement, en vieux philosophe désabusé, il somnole à l'ombre problématique de l'éternel mimosa épineux de la steppe.
De temps à autre il changera de place pour suivre l'ombre mouvante de l'arbuste, jusqu'au soir, dont la fraîcheur l'engagera à reprendre la monotonie de ses promenades nocturnes. Il se livrera alors avec volupté aux douceurs des bains de boue, il s'abreuvera à longs traits à la mare bourbeuse qui sert à toute la faune du district, il marchera toute la nuit arrachant de-ci de-là quelques feuilles ou quelques branchages terminaux qu'il mastiquera avec un bruit rude de molaires.
Un animal fort dangereux, et je ne crains pas de dire le plus dangereux même de l'Afrique, est le grand buffle de Cafrerie dont le domaine est étendu dans tout l'Est africain et qui est remplacé au Centre et à l'Ouest par une espèce de taille moins considérable, mais d'humeur tout aussi vindicative.
Animal des bois, on le voit rarement au clair, sinon au lever et au coucher du soleil. Les mâles sont d'une musculature et d'une puissance étonnante, dont nos taureaux ne peuvent donner aucune idée. Les cornes, fort belles, prennent souvent avec l'âge de grandes proportions, le poil noir brillant est souvent rare chez les vieux mâles. J'ai tué des taureaux qui portaient de longues cicatrices parallèles dues aux griffes du lion dont ils s'étaient débarrassés victorieusement.
Le buffle est dur, une balle «solid» bien placée au coeur en a pourtant raison, malgré l'épaisseur de son cuir. Mal placée, le danger est grand, la charge est foudroyante et difficile à arrêter à temps; d'autre part, quelquefois l'animal blessé se cache et fond sur le chasseur à l'improviste pendant qu'il suivait imprudemment sa piste. La meilleure arme pour le buffle est l'express double 450-500.
Le buffle de Cafrerie a été fort éprouvé il y a quelques années par la grande épidémie de peste bovine qui a sévi sur le sud du continent et a atteint la région des grands lacs elle-même. Des mesures de protection ont permis aux troupeaux de se reconstituer en partie et dans l'Uganda on parlait, lors de mon passage, d'en rendre la chasse absolument libre pour quelque temps de façon à en limiter le nombre. Je ne puis m'étendre davantage sur cet animal pourtant si intéressant, et je passe au vrai «roi des animaux», au plus intelligent, au plus formidable, et, je ne crains pas de le dire, au plus beau de tous: l'éléphant d'Afrique...
Dr Émile Gromier.
A suivre.--Droits réservés.
Éléphants cueillant des pousses nouvelles dans un fourré.Phot. du Dr E. Gromier.
LA MODE AU DERBY DE CHANTILLY.--Les gracieux effets etles surprises du contre-jour.Photographies Agié et B.
Des robes souples, vaporeuses, enveloppantes, où la mousseline de soie, la précieuse dentelle, le tulle neige, la fine charmeuse, soulignés de gros rubans, font merveilles, des chapeaux qui supportent toutes les fantaisies de l'aigrette et du paradis ou qu'orne encore le tulle, disposé en grands nouds légers: tels sont apparus, dimanche passé, en cette belle réunion de Chantilly, où se courait le Derby français, les derniers produits de la Mode, décidément parée pour les ardeurs de l'été... Cette fois-ci, les photographes se sont plu à saisir en contre-jour quelques-unes des élégantes qui remplissaient le pesage. La précaution était nécessaire pour obtenir des images où tous les détails fussent mis en valeur, et non pas absorbés par l'éclat direct du soleil: on lui doit aussi--car l'instantané est impitoyable--cette silhouette inattendue de jeune femme, un peu trop sommairement vêtue sous sa robe aérienne et surprise par l'objectif avec une cruelle indiscrétion.
L'investissement, par la force armée, de la maison oùs'étaient enfermés les meurtriers.
La police pénètre dans une maison d'où elle pourra surveiller les assiégés.Les meurtriers capturés sont emmenés en automobile.La garde de la maison enlevée d'assaut.Photographies Taïb Kope.
La capture des meurtriers du grand vizir Mahmoud Chefket.
Pas un instant la tranquillité de Constantinople n'aura été troublée après l'assassinat de Mahmoud Chefket pacha et deux jours à peine auront suffi pour arrêter ses meurtriers. Tout l'honneur en revient à l'énergie du gouverneur militaire Djemal bey et du préfet de police Azmi bey.
La recherche des assassins a donné lieu à un épisode émouvant. Ceux-ci s'étaient réfugiés à Péra dans un immeuble de la rue Piré Mehmed où la police les découvrit. Ils s'y défendirent avec acharnement durant trois heures.
Agents et pompiers occupaient les alentours de la maison, le doigt sur la gâchette de leur fusil. Dès le début de l'affaire, un officier, Hilmi bey, fut blessé mortellement. La police avait pénétré dans la maison sise en face de l'immeuble assiégé. Assassins et agents échangeaient de là coups de fusil et coups de revolver. Cependant d'autres policiers, avec le préfet à leur tête, entraient dans une maison mitoyenne de celle occupée par les meurtriers, faisaient sauter les cloisons et s'emparaient de trois hommes, le capitaine Kiazim, le lieutenant Ali bey et un certain Chefky qu'une automobile emportait aussitôt à la prison de la cour martiale.
Les funérailles du grand vizir se sont faites avec pompe. Les fils du sultan suivaient le corps qui, les prières faites à Sainte-Sophie, fut transporté sur la colline de la Liberté pour y être inhumé parmi les soldats morts à la bataille de Constantinople (24 avril 1909) que commandait Mahmoud Chefket pacha.
Un grand ministère s'est aussitôt constitué. Nous y voyons figurer les noms que les récents événements de Turquie ont rendu les plus célèbres: Izzet pacha, Mahmoud pacha, Talaat bey. La tâche est énorme, souhaitons qu'ils y suffisent, selon la formule turque, «avec l'aide et la miséricorde de Dieu».
Tchuruk Soulou Mahmoud, Hadji Adil, Saïd Halim, Zia effendi. Hilmi effendi,ministre de la Marine. ministre de l'Intérieur. grand vizir. fils du sultan.Le nouveau grand vizir aux obsèques du grand vizir assassiné.--Phot. Taïb Kope.
Au Théâtre Antique: les jeunes Arlésiennes, revêtues ducostume local, défilent devant Mistral et le saluent.
Des fêtes pittoresques ont eu lieu dimanche et lundi derniers à Arles, en Provence. Près de quatre cents jeunes filles du territoire, ayant nouvellement revêtu le costume local qu'elles s'engagent à conserver, sont venues recevoir, des mains de Frédéric Mistral, le diplôme attestant cette solennelle «prise de coiffe».
Le grand poète de Maillane est l'initiateur de cette consécration dont l'origine remonte à 1903. A cette époque, une vingtaine de jeunes Arlésiennes seulement se rendirent, dans une salle duMuseon Arlaten, à l'appel des organisateurs: laFesto Vierginenco, la Fête Virginale, était fondée. L'année suivante, le lundi de Pâques, pour la première fois, elle fut rendue publique et célébrée avec éclat.
Mistral y parla devant un grand concours de peuple, et son allocution, évoquant le passé glorieux de la race, rendit hommage à la beauté de ses femmes.L'Illustration(9 avril 1904) consacra une page entière à cette intéressante manifestation régionale qui, depuis, n'avait plus été renouvelée, dans Arles du moins.
Cette année, par les soins du Syndicat d'initiative local, dont le président, le docteur Urpar, a déployé la plus intelligente persévérance, la cérémonie s'est déroulée dans l'imposant décor du Théâtre Antique, et elle a été précédée et suivie de divertissements empruntés aux vieilles coutumes du pays d'Arles.
Le dimanche, après les aubades des tambourinaires, les jeunes filles, ayant défilé une à une devant Mistral au Théâtre Antique, se rendirent, escortées d'une foule enthousiaste, aux arènes. On y vit les taureaux du Pouly combattus à la mode provençale, les farandoleurs exécuter les danses traditionnelles, lesgardianse défier au tournoi des écharpes et au jeu des aiguillettes. Puis le soir, dans le Théâtre Antique encore, impressionnant sous les clartés lunaires, une représentation d'opéra réunit un auditoire innombrable; et les fêtes se terminèrent le lendemain, aux plaines de Meyran, en Camargue, par uneferrade--émouvant spectacle dont, au cours d'une récente excursion aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les invités desAnnalesont connu le frisson--cavaliers et piétons, aux prises avec le jeune taureau qu'il faut parvenir à terrasser, y rivalisèrent de courage et d'audace, pour gagner un sourire de celles en l'honneur desquelles la fête était donnée.
Fêtes arlésiennes: laferrade, dans l'arène improvisée des plaines de Meyran, en Camargue.Photographies Chusseau-Flaviens.
Les gens de sport ont leurs «grandes semaines». Le petit monde des théâtres a sa grande Quinzaine; et cette grande quinzaine s'ouvrira ces jours-ci. C'est deux semaines d'émotions très fortes; de rires, de larmes, d'enthousiasmes et d'attaques de nerfs. Il faut voir cela. Un étranger qui aime Paris et qui a la curiosité de le bien connaître commettrait la plus inexcusable des étourderies s'il se désintéressait d'un spectacle aussi rare, et laissait passer les Concours du Conservatoire sans essayer de conquérir le coin de loge ou le strapontin d'où il pourra y assister.
Tous ces concours ne sont pas également «courus», et, pour moi, j'ai cette faiblesse de m'intéresser surtout à ceux que la foule néglige: aux concours de contrebasse et de cor, de clarinette, de trombone et de basson. Ceux-là sont les plus accessibles. Ils sont suivis par une clientèle discrète d'amis, de parents pauvres, de vieux amateurs et de jeunes soldats. Les concurrents qu'on applaudit là ne s'élèveront presque jamais à la dignité de virtuoses. Ils occuperont obscurément leur place en des orchestres civils ou militaires; ils y tiendront leur «partie» avec utilité, et sans gloire.
Comme l'accompagnateur qui, assis au piano, soutient de ses dix doigts le chant de la cantatrice qu'on acclame, ils seront, toute leur vie, lesservantsdu succès des autres. Ce sont les prolétaires de la Musique; et ces concours sont pour eux d'inoubliables journées...
Car ce sont les seuls instants de leur carrière où ils auront eu l'honneur de comparaîtreseulsdevant une salle où chacun d'eux est attendu, et séparément entendu. Ils connaîtront la gloire dusolo; un accompagnateur, assis près d'eux, au piano, les assistera modestement; ils seront, pour cinq minutes, des vedettes; on les applaudira. Et, si une récompense leur est décernée, ils seront de nouveau introduits en scène par un appariteur en habit noir, interpellés dans le silence de la salle par un monsieur illustre qui prononcera les mots sacramentels: «Monsieur, le jury vous décerne un premier prix.» Dans le crépitement des bravos, ils salueront encore, très confus, très heureux, tellement émus qu'on les verra rire quelquefois, à cause d'une extrême envie de pleurer... Et puis, le lendemain, ce sera la joie d'ouvrir les journaux, d'y trouver, son nom, suivi d'appréciations élogieuses de la critique; ils pourront dire, tout comme Caruso, Pugno, Chaliapine ou Nijinski: «J'ai une bonne presse.» Et ce sera fini pour toujours. Confondus désormais dans la foule des orchestres, ils ne seront plus, sous le bâton du chef, que deux mains qui s'agitent devant un pupitre, autour d'une figure qu'on ne regarde pas. N'importe. Ils auront eu leur minute heureuse, et l'impression délicieuse de ce que c'est que la gloire... Allez les voir vivre cette minute-là. C'est très touchant, et ce n'est pas ennuyeux du tout.
Et puis, vraiment, quelquefois, on tombe sur un solo de trombone ou de contrebasse qui est fort agréable à écouter.
Les séances consacrées au piano et au violon sont plus dures, et vous admirerez qu'une telle foule consente à s'écraser en une salle où règne une température d'étuve, pour entendre le même morceau joué trente ou quarante fois de suite, et presque toujours très bien! car on n'a même pas, aux concours du Conservatoire, la ressource d'entendre, de temps à autre, le morceau très mal joué qui vous reposerait des autres, et donnerait du prix à ce qui va suivre. Tous sont d'une force décourageante. Mais l'auditoire qui est là ne se décourage point. Il épie les fautes, prend des notes, se pâme aux traits heureux, compare et commente avec passion... Il me semble qu'aux concours de violon et de piano le spectacle, pour un observateur désintéressé, est surtout dans la salle.
Mais voici les grandes épreuves! Le chant, l'opéra, l'opéra-comique, la comédie!
Amis étrangers, que le caprice de vos «déplacements» a fixés à Paris dans le moment précis où s'ouvre la série des grandes épreuves du Conservatoire, ne manquez pas de mettre un hasard si exceptionnel à profit. Coin de loge, ou simple strapontin, vous dis-je! Ce sera déjà bien joli si vous les obtenez.
En ces dernières années, il n'était pas trop difficile d'y réussir. Un sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz, s'était généreusement avisé de transporter du Conservatoire à l'Opéra-Comique les concours du Conservatoire. Cela lui donnait mille places de plus, dont une partie était distribuée aux membres du Parlement. Et comme je m'étonnais un jour que le Parlement prétendît envahir à lui seul la moitié d'une salle de spectacle où, somme toute, il ne s'agissait que de suivre une épreuve scolaire qui ne le regarde point; «Pardon, fit M. le sous-secrétaire d'État, cela les regarde! Ce sont les parlementaires qui votent le budget. Il est tout naturel qu'ils veuillent savoir comment leur argent est dépensé...» L'amitié d'un sénateur ou d'un député (et quel étranger ne compte un sénateur ou un député parmi les amis de ses amis?) suffisait donc à assurer l'accès de ces spectacles célèbres à quiconque avait résolu de s'y faufiler. La vieille tradition est, depuis deux ans, restaurée; et l'on est revenu à la petite salle du faubourg Poissonnière. Sept cents personnes seulement peuvent trouver place aux grands concours; en sorte qu'au plaisird'en êtres'ajoute l'orgueilleuse satisfaction d'enavoir été!
Amis étrangers, je vous recommande tout particulièrement celui de Comédie. Il y a de vieux Parisiens qui se croiraient déshonorés s'ils n'avaient été vus, ce jour-là, dans l'atmosphère surchauffée de la petite salle, applaudissant aux débuts de la «grande amoureuse» ou de la grande soubrette de demain. Ah! les enthousiasmes de ce public, et ses fureurs! Comme il aime le succès et comme il déteste l'injustice! Ah! ces salles déchaînées contre un jury dont la sonnette éperdue de M. Gabriel Faure s'efforce en vain de faire entendre les décisions!...
Sans doute, le Grand Prix de Longchamp est une chose à voir, et vous ne manquerez pas, amis étrangers, ce spectacle-là; sans doute, le Salon du peintre-sculpteur futuriste Boccioni qui s'ouvre demain rue La Boétie est à voir aussi; mais qu'est-ce que tout cela, à côté d'un beau «chahut» au concours d'Opéra-comique ou de Comédie!Un Parisien.
Examens et concours.--Les épreuves pour le concours d'admission au Prytanée militaire de la Flèche auront lieu les 23 et 24 juin, au chef-lieu de chaque département. Les candidats inscrits à Paris concourront à la mairie du 6e arrondissement--Un concours est ouvert entre les artistes français, pour l'exécution d'une médaille commémorative de l'élection du président de la République par les Chambres réunies à Versailles le 17 janvier 1913.
Les concours du Conservatoire.--Les concours publics de fin d'année du Conservatoire sont ainsi fixés: 23 juin, contrebasse, alto, violoncelle; le 24, instruments à vent (bois); le 25, instruments à vent (cuivre); le 26, chant (hommes); le 27, chant (femmes); le 28, piano (femmes); le 30, harpe; le 1er juillet: opéra-comique; le 2, tragédie; le 3, comédie; le 7, violon; le 8, piano (hommes); le 9, opéra; le 12, distribution des prix.
Expositions artistiques.--Grand-Palais (Champs-Elysées); Salon de la Société des Artistes français; Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts.--Pavillon de Marsan (musée des arts décoratifs); exposition rétrospective de l'art des Jardins en France.--Bibliothèque Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné): promenades et jardins de Paris. Conférences le vendredi à 4 heures.--Galerie Georges Petit (rue de Sèze): exposition des petits maîtres de 1830.
Exposition philatélique.--Au Palais de glace (Champs-Elysées): du 21 au 30 juin, exposition philatélique internationale organisée par la Société française de timbrologie.
Inaugurations de monuments.--Le 22 juin aura lieu l'inauguration du monument d'Hougoumont, dans la plaine de Waterloo, élevé à la mémoire des soldats morts le 18 juin 1815 à Waterloo.--Les fêtes d'inauguration du musée Ingres et du monument Pouvillon, qui devaient avoir lieu à la fin de juin à Montauban, sont remises au mois d'octobre.
Fête de bienfaisance.--Le 22 juin, au théâtre du Parc de la maison de retraite de Pont-aux-Dames, matinée de gala au bénéfice de la Maison de retraite fondée par Coquelin.
Concert.--Le 22 juin, au Châtelet en soirée, concert donné par la Société des grandes auditions musicales de France: les Grands musiciens modernes anglais.
Sports.--Courses de chevaux: le 21 juin, Saint-Ouen; le 22, Auteuil (grand steeple); le 23, Saint-Cloud; le 24, Longchamp; le 25, Auteuil; le 26, Longchamp; le 27, Auteuil; le 28, Longchamp; le 29, Longchamp (Grand Prix de Paris).--Automobile: le 22 juin, Grand Prix de France des motocyclettes, circuit de Fontainebleau.--Le 1er juillet commencera le rallye-automobile du Plateau central (concours de tourisme en montagne).--Cyclisme: les 29 juin, 3 et 6 juillet, à la Piste municipale (Vincennes): Grand Prix cycliste de Paris. --A Buffalo, le 22 juin, réunion de courses. Course de 100 kilomètres.--Le 11e tour de France se disputera du 29 juin au 27 juillet.--Athlétisme: le 22 juin, à Colombes, championnats nationaux d'athlétisme.
M. Georges Oudart a glané avec tact quelques-unes des pensées vives ou profondes, qui rendent à la fois si grave, par ses vérités d'âme, et si joliment chatoyante, par son alerte et spirituelle fantaisie, l'oeuvre de Maurice Donnay. La rubrique la plus riche de ce recueil (1) est naturellement celle qui traite de l'amour. N'oublions point qu'Amants est l'un des premiers triomphes de Maurice Donnay et que l'amour a tenu le grand premier rôle dans toute une partie de son théâtre.
Note 1: Le Coeur et la Tête, Sansot, éditeur.
Or voici, entre autres choses, ce que M. Maurice Donnay nous dit, ou nous fait dire par ses personnages, de l'amour:
... «On aime plusieurs fois, c'est vrai, et chaque fois d'une manière différente, mais on n'aime qu'une seule fois d'une façon immortelle, divine presque... une seule fois, on peut être un dieu!»
... «On naît amant comme on naît musicien ou poète.»
... «Le dédain d'aimer n'est le plus souvent que l'impuissance d'être aimé.»
... «En amour, il y a toujours un qui aime davantage et c'est celui-là qui souffre. --Mais c'est l'autre qui s'ennuie.»
... «Moins un coeur est sec, mieux il flambe.»
... «En amour, neuf fois sur dix, le malheur arrive par les lettres comme la fièvre typhoïde vient par l'eau.»
... «Ça ne signifie rien de dire à un homme qu'on ne l'aime plus; mais ce qui signifie quelque chose, c'est de lui dire qu'on en aime un autre.»
... «La passion excuse tout, mais chez les brutes seulement.»
... «Les mariages d'amour sont les seuls qui ne puissent pas durer, car ils supposent des âmes d'amants, et être amants, n'est-ce pas avoir le désir continuel de sensations, de troubles, de mystère et d'inconnu, d'inconnu?»
... «Il y a des souvenirs d'amour qu'on n'évoque pas avec des mots; c'est comme des paysages de bonheur que l'on revoit dans le silence de soi-même, des paysages attendrissants avec de grandes lignes calmes; un air que l'on entend, un parfum que l'on respire, et voilà que vous revivez avec leur intensité les heures de jadis et que vous retrouvez l'âme que vous aviez à cette heure-là; c'est donc qu'elles valaient la peine d'être vécues.»
En amour, l'homme et la femme sont dissemblables, et par le coeur et par la tête. L'amour chez la femme, plus violemment passionnée, plus exclusive, plus personnelle, a particulièrement retenu l'attention, si souvent émue, de l'auteurd'Amants, qui nous parla le mieux de l'amour moderne. Il nous dit:
... «Dans le coeur de l'homme, chacune de ses maîtresses a sa pierre, son inscription et sa petite croix. Tandis que les femmes, lorsqu'elles aiment un homme, tout disparaît; leur vie commence à partir du jour où elles l'ont connu... et, quant au reste, il n'y a pas d'inscription ni de croix dans leur coeur. C'est l'oubli absolu, et, pour certaines, la fosse commune.»
... «Le flirt est la leçon d'escrime que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d'aller sur le terrain avec des épées véritables.»
... «Il y a une règle commune qui veut que, lorsqu'une femme se croit moins aimée, elle se rende encore moins aimable.»
Rien n'est plus vrai... Mais, nous le savons aussi, pour avoir fait la plus large part à l'observation moderne de l'amour, le théâtre de Maurice Donnay ne lui est pas exclusivement consacré. L'auteur dela Patronne, duRetour de Jérusalem, deParaître, s'est surtout passionné, dans les oeuvres de ces dix dernières années, à l'étude des problèmes sociaux. D'où, dans le précieux petit recueil de M. Oudart, de riches glanes sur notre époque, sur la souffrance, sur la mort. Nous ne pouvons citer tout le livre, nous donnerons seulement, pour terminer, ces quelques lignes, jolies et graves, sur la patrie:
... «La patrie, c'est des victoires glorieuses, des défaites héroïques, de beaux exemples de sacrifices et de vertus... c'est des cathédrales, des palais, des tombeaux... c'est des paysages que l'on a vus tout enfant et d'autres qui, plus tard, ont encadré des heures de joie ou de tristesse... c'est des choses intimes, des souvenirs, des traditions, des coutumes... c'est un langage qui nous paraît le plus doux, c'est une vieille chanson, un vieux proverbe plein de bon sens... c'est une rose qui s'appelle la France, c'est une assiette peinte, que sais-je?
«Mais oui, la patrie, c'est tout ça... et bien d'autres choses encore.»
Voilà. Et cette définition chaude et vibrante, cette définition d'élan et d'instinct, peut suffire à la fois à notre tête et à notre coeur.A. C.
Voir dansLa Petite Illustrationle compte rendu des oeuvres des poètes.
Nous avons déjà, dans le numéro du 3 mai, consacré quelques gravures à l'Exposition de Gand. Nous publions aujourd'hui un ensemble de photographies en couleurs qui donneront une vision des «Floralies» qui sont le clou de cette exposition, et au sujet desquelles notre correspondant de Bruxelles, M. Gérard Harry, nous a adressé l'article suivant:
Voici près d'un siècle que la très ancienne Société d'horticulture de Gand organise, de cinq en cinq années, ces concours baptisés «Floralies» où se marque chaque étape du progrès que le savoir et le goût du botaniste ont fait franchir à des créations d'essence immuable tels que l'oillet, l'azalée, l'orchidée, le bégonia, le lilas, la rose même. Ces Floralies, plus populaires encore en Belgique que les Concours hippiques et les Expositions de beaux-arts (il faut, tous les cinq ans, des trains spéciaux pour y amener les foules d'amateurs des neuf provinces) ont été presque ignorées du grand public de France, d'Angleterre, d'Allemagne, jusqu'à leur coïncidence actuelle avec une Exposition universelle. Mais, sur les spécialistes de tous pays, elles exercent depuis longtemps autant d'attirance que le Derby d'Epsom ou le Grand Prix de Paris sur les éleveurs de chevaux pur sang. Et chacun s'y prépare de longue date et y apporte, avec le souci de sa propre gloire, ce qu'il a pu produire de plus beau ou de plus neuf, en s'aidant des procédés de culture les plus ingénieux ou des combinaisons chimiques les plus savantes.
Les photographies en couleurs, que nous reproduisons, du récent «concours de beautés» de Gand donneront une idée synthétique de cette périodique et poétique solennité. On y verra que la furie multicolore et odorante des fleurs est elle-même «habillée» d'un joli décor constitué par des dioramas qui situent illusoirement leur splendeur dans un cadre adéquat: ici, à l'orée d'un taillis, le feuillage d'un hêtre rouge tranchant sur les teintes azurées d'un massif d'hortensias; là, les ondulations d'une simili-chaîne de montagnes élargissant l'horizon de pyramides d'azalées; là encore, les ruines, en staff patiné, d'un antique temple grec, dédié à Flore, éternelle divinité de l'éphémère royaume du printemps. A défaut des délicieuses variétés d'oeillets anglais, arrivés en retard, par la suite de la grève générale belge, on a pu fixer les ombelles couleur bleu de ciel d'un groupe d'hortensias dont les experts ont chanté spécialement les louanges, à raison de leur nuance idéale et aussi parce que leurs «éleveurs» avaient su les préserver d'une maladie qui, après quelque temps, les décolore ou les amaigrit. Une variété d'hortensias d'un blanc immaculé apparaît sur une autre de nos gravures et aussi un massif de ces azalées à fleur simple ou double, unicolores ou panachées, qui constituent la spécialité gantoise par excellence et qui étonnent, aux Floralies, par leur opulente profusion et la recherche de leur coloris.
Ici vient s'intercaler une double page hors texte en couleurs: LES FLORALIES DE GAND, comptée dans la pagination de 591 à 594.
Corbeille de Cinéraires.
Le Temple de Flore.
Azalées et Hortensias.
Bégonias Gloire de Lorraine.
Renan thera. Odontoglossum et Oncidium. Dendrobium. Autre variété de Dendrobium.Un coin de la serre des Orchidées.
Hortensias.
Des potées de bégonias «Gloire de Lorraine» appelaient d'emblée les regards des profanes par le prestige de leur ton de rose brique, et les connaisseurs les proclamaient presque uniques parmi les bégonias hybrides, supérieurs au prototype naturel et homogène. Hybride encore, ce groupe de cinéraires où le bleu indigo lutte avec le rouge sang et le violet intense pour composer un tableau qui met l'oeil en tumulte, et l'on sent bien que l'audace imaginative et la persévérance du botaniste ont passé par là et surenchéri victorieusement sur la conception de la nature... Quant à la tribu des orchidées qui emplissaient huit salonnets de leurs gestes pleins de fier décorum ou de grâce aristocratiquement alanguie et retombante, il faudrait des pages pour les énumérer et les dépeindre. Jamais on n'avait vu réunie une telle profusion de ces Reines exquises et «maniérées» du monde végétal,--à croire que cette élite patricienne était devenue une démocratie innombrable. Que dire de l'infinité et de la subtilité de leurs bigarrures, et comment définir des nuances qui vont de la teinte de la neige ou du nuage à celles des velours violets, des satins verts ou des bronzes dorés. Le groupe que montrent nos photographies et où elles se présentent, au milieu des hautes et souples lianes dont elles sont les luxueuses parasites, appartient à un assortiment magnifique des genres odontoglossum, cattleyas, amarylles et vandas qui se déroulent en grappes jaunes, blanches ou mauves, en silhouettes d'insectes ou d'oiseaux, ou en admirables cols d'urnes.
On m'a dit que l'ensemble des Floralies de Gand avait été assuré contre les accidents pour quatre ou cinq millions, dont la grosse part s'appliquait aux orchidées. Quel salon de peinture moderne prétendrait atteindre ou surpasser pareille évaluation, pour des risques de huit jours? Mais les fleurs n'ont qu'une saison. Et c'est précisément ce qui fait le prix de ces expositions fugitives, de ces floralies où l'on court comme à un spectacle de radieuse jeunesse sans lendemain, à un étalage de beauté dont il faut se hâter de jouir et dont le souvenir vaudra plus que la possession des choses plus durables et pour cela moins rares.Gérard Harry.
Le plus précieux tapis du monde
Le Victoria-and-Albert Muséum, à Londres, vient de recevoir, à titre de prêt, l'un des quatre panneaux qui forment le fameux «tapis de perles de Baroda», ce trésor de l'art indien que les experts considèrent comme la plus merveilleuse pièce de broderie en existence.
Il est composé de quatre panneaux symétriques, présentant chacun une superficie de 0 m. 55, et qui se juxtaposent exactement.
D'après leTimes, à qui nous empruntons ces détails, ce tapis fut commandé par un des prédécesseurs du maharadja actuel, qui le destinait à recouvrir le tombeau de Mahomet, à Médine. Le travail demanda trois années aux meilleurs brodeurs et joailliers du Baroda; les matières employées coûtèrent une vingtaine de millions de francs, et les artistes se distribuèrent une gratification de 50.000 francs.
La section exposée comporte une fleur centrale formée de 405 diamants et 24 rosettes en bordure, formées chacune de 52 diamants. Des ruissellements de rubis, d'émeraudes et de saphirs sont encadrés d'arabesques brodées de perles fines.
On comprend que le prudent prince hindou, qui, dans un élan d'enthousiasme inspiré par sa femme préférée, de religion musulmane, avait décidé d'offrir un pareil chef-d'oeuvre à la mémoire du Prophète, se soit ravisé au dernier moment!
Les causes du dessèchement du Pain
On pourrait croire que, si le pain se dessèche, devient rassis, c'est simplement parce qu'il perd de l'eau par évaporation.
Il n'en est rien, et la preuve, c'est qu'en chauffant du pain rassis vers 50 à 60 degrés, ce pain reprend la consistance du pain frais.
De récentes expériences dé M. Katz, d'Amsterdam, démontrent qu'il s'agit de deux formes différentes d'équilibre physico-chimique.
Aux températures élevées, de 50 à 100 degrés, le pain frais est la phase d'équilibre; au contraire, aux températures ordinaires, la forme stable est le pain rassis.
On peut conserver du pain frais en vase clos à la température ordinaire; après vingt-quatre heures, il est devenu rassis; au contraire, celui qu'on conserve, même à l'air libre, à une température de 50 à 70 degrés, présente encore une mie parfaitement fraîche et une saveur inaltérée.
Les températures très basses ont d'ailleurs une action analogue aux températures élevées. Tandis qu'à 0° le pain est devenu très rassis, à -6° il se ramollit, et à -8° il redevient frais. A la température de l'air liquide, le pain se conserve absolument frais.
Il est vraisemblable qu'il s'agit là de modifications se produisant dans le grain d'amidon.
Ces expériences sont intéressantes au point de vue pratique, car elles démontrent qu'il serait possible d'avoir du pain frais le matin sans imposer le travail nocturne aux boulangers.
Nègres esclavagistes.
Un écrivain américain vient de faire connaître un chapitre curieux de l'histoire de l'esclavage aux États-Unis: c'est celui qui concerne les nègres possesseurs d'esclaves. Il n'y avait pas seulement des blancs qui eussent des esclaves noirs: il y avait des nègres aussi. Des nègres émancipés qui s'étaient mis, eux aussi, à acheter de leurs congénères. Rien de surprenant à cela, puisque en Afrique l'esclavage était pratique courante et que la population était divisée en deux classes: les hommes libres et les esclaves. On ne peut donc s'étonner que l'usage africain ait persisté en Amérique.
Bon nombre de cas sont relatés, d'après des pièces: par exemple, des contrats de vente. Les contemporains, en outre, ont fait mention de faits de ce genre. Il en est de scandaleux dans le nombre. Ainsi on rappelle l'exemple d'un jeune nègre qui, étant fils de blanche, et par là citoyen libre, se laissa persuader par sa mère d'acheter son père qui était esclave. Tout alla bien jusqu'au jour où le père, froissé de quelque mauvais procédé de son fils, lui fit des représentations; sur quoi le jeune homme vendit son père à quelque autre propriétaire, dans le Sud, dans la région la plus redoutée des malheureux nègres, «pour lui apprendre les bonnes manières».
On cite un autre exemple: celui d'une négresse libre qui avait pour esclave son mari. Elle le louait au tiers et au quart, pour divers travaux, et s'en faisait des rentes. Mais un jour il l'offensa de quelque manière, et elle le vendit à un autre. Elle eut du regret du reste, et voulut le ravoir, mais le nouveau propriétaire refusa.
Un nègre, libre, qui avait une femme esclave la racheta en vendant leurs enfants. On a connu des nègres qui approuvaient fort l'esclavage: l'un d'eux était l'esclave de sa femme, et, lorsque éclata la guerre, ce fut un sudiste enragé. Il fallut même le mettre quelque temps à l'ombre, pour insultes aux troupes du Nord.
Il est même arrivé à des nègres de posséder des blancs, des émigrés: entre autres deux familles allemandes trop pauvres pour payer le voyage et qui obtinrent l'avance des fonds contre promesse d'une certaine durée de travail. Une loi fut même promulguée en Virginie pour empêcher les nègres de posséder des blancs ou des Indiens.
En 1860, à Charleston, il y avait 132 nègres possédant 390 esclaves. On estime qu'il y a bien eu plus de 6.000 nègres possesseurs d'esclaves aux États-Unis. Mais les renseignements les concernant sont très rares.
La chapelle de l'Elysée.
Nous avons promené l'autre jour nos lecteurs parmi les salons du palais de l'Elysée. Nous avions passé, sans nous y arrêter, devant une étroite antichambre, presque obscure, tout près de laquelle aboutit l'escalier privé des appartements du président de la République. On n'a pas parlé depuis bien longtemps de ce coin de l'Elysée. C'est là que se trouve la chapelle, salle basse à laquelle on accède par quelques degrés. Depuis la séparation des Eglises et de l'État, cette chapelle est inutilisée, mais elle a été laissée intacte. Naguère, jusque sous la présidence de M. Émile Loubet, un prêtre y venait dire la messe plusieurs fois dans l'année, et la petite chapelle était alors remplie d'assistants. De vieux serviteurs ont gardé le souvenir des fastueuses cérémonies qui se déroulaient sous ses voûtes, telles que la remise, par le nonce, de la barrette pourpre aux nouveaux cardinaux. Dans sa robe éclatante, le prélat qui, devant l'autel, venait ainsi d'être investi de nouvelles grandeurs, quittait la chapelle et parcourait plusieurs salons aux côtés du président de la République. Des officiers français et des Gardes nobles, venus de Rome tout exprès, leur faisaient cortège. Les personnes qui ont été témoins de ces pompes ne les évoquent qu'avec admiration.
La portée des ondes hertziennes comparée à celles du son et de la lumière.
On peut communiquer à travers l'atmosphère par les ondes sonores, les ondes lumineuses ou les ondes hertziennes. Or, la télégraphie sans fil atteint aujourd'hui des portées de plusieurs milliers de kilomètres, qui dépassent de beaucoup la portée de la télégraphie optique ou des signaux sonores. On peut donc se demander si la supériorité de la télégraphie sans fil ne tient pas, en majeure partie, à ce que les postes hertziens disposent d'une puissance mécanique beaucoup plus considérable que celle utilisée pour la télégraphie optique ou acoustique.
Un ingénieur anglais, M. Duddell, a essayé de résoudre la question, en prenant pour base de ses calculs une portée de 100 milles anglais, soit 160 kilomètres.
Pour franchir cette distance par ondes électriques, l'antenne doit rayonner environ 300 watts.
D'autre part, les expériences récentes de M. Paterson permettent d'admettre qu'une source lumineuse ayant une intensité de l/10e de bougie, est visible jusqu'à 1 kilomètre. Il en résulterait que, pour rester visible à 160 kilomètres, la source lumineuse devrait avoir une intensité de 2.560 bougies. En tenant compte de la perte de rendement, il faudrait, pour obtenir une telle lumière, une force d'environ 250 watts.
Enfin, en appliquant les lois physiques connues, on trouve qu'une puissance mécanique de 143 watts peut produire un signal sonore perceptible à 160 kilomètres.
Ces trois chiffres, 300, 250, 143 watts présentent des écarts sensibles; on peut dire cependant qu'ils sont du même ordre de grandeur.
Il semblerait donc que notre oreille, notre oeil et le récepteur radiotélégraphique possèdent approximativement la même sensibilité et sont, à une distance donnée, impressionnés par des puissances variant au maximum du simple au double.
Mais cet équilibre ne se manifeste plus dans la pratique, parce que l'atmosphère ne véhicule point avec la même perfection les ondes de divers genres.
Les ondes hertziennes, constituées par d'immenses vagues, contournent les obstacles et sont peu absorbées par l'air et par ses poussières. Au contraire, les ondes sonores et les ondes lumineuses sont très courtes; un obstacle faible les arrête et les brumes les absorbent. En outre, elles sont incapables de contourner la courbure de la terre, qui cesse d'être négligeable quand il s'agit de franchir des centaines de kilomètres.
L'accroissement de la population et de la production du blé.
Le prix du blé tend à augmenter sur tous les grands marchés du monde. Voici, en effet, pour différents pays, les cours d'avril 1913 comparés au prix moyen par quintal de deux périodes décennales:
1881-90 1901-10 Avril 1913Paris....... 24 55 22 60 28 80Liverpool... 20 08 16 94 20 57Berlin...... 22 66 23 49 26 03Budapest.... 27 22 22 41 22 64New-York.... 18 50 16 71 18 36
La hausse est donc générale. Et, cependant, de 1901 à 1910, la production mondiale a passé de 674 millions de quintaux à 888 millions, soit un accroissement d'environ 30%.
M. Edmond Théry se demande dès lors si l'augmentation de la production n'est pas dépassée par l'augmentation de la population consommatrice de blé.
En prenant pour base les statistiques officielles, on constate que, pour l'ensemble de l'Europe, la production moyenne de blé par tête d'habitant est tombée de 126 kilos pendant la période 1881-1890 à 117 kilos pendant la période 1901-1910. A vingt ans d'intervalle, la population européenne a donc augmenté dans une proportion plus grande que la production mondiale du blé. Il en est de même en Afrique.
La situation change en Asie, en Océanie et surtout en Amérique. Dans ce dernier pays, la production du blé par habitant s'est élevée de 174 à 218 kilos. Ainsi s'est trouvé compensé le déficit relatif de la production européenne.
Maintenant, si nous envisageons le problème de façon plus générale, nous voyons que la population de tous les pays producteurs de blé est passée de 689 millions d'habitants en 1885 à 858 millions en 1905, soit une augmentation, de plus de 24%, alors que la production du blé augmentait de 30%, comme nous l'indiquons plus haut.
M. Théry croit pouvoir conclure que la hausse persistante du blé tient à des causes diverses très accidentelles. Et l'élévation des cours ayant provoqué un accroissement des surfaces ensemencées, il en résultera une nouvelle augmentation de la production mondiale par rapport à la population. Dans ces conditions, le prix du blé pourra baisser sensiblement sur les marchés français.
Un précurseur.
Projet d'un gratte-ciel (11 étages et110 mètres de hauteur) datant de 1601.
C'est bien un «gratte-ciel», avec ses multiples étages, son architecture massive et régulière, où se reconnaissent pourtant, aux détails d'ornementation, la grâce et la mesure du goût français, que figure l'ancienne estampe reproduite ici, dont nous devons la communication à un de nos lecteurs, M. Félix Rochet, de Pigeac.
Cet édifice, qui rappelle si curieusement les «sky-scrapers» américains--nous en avons, tout récemment encore, montré quelques-uns pour illustrer les pages de M. Pierre Loti, sur New-York--fut conçu et dessiné, voilà plus de trois siècles, par un architecte savoyard, Jacques Perret, de Chambéry, le précurseur assurément des hardis constructeurs d'outre-Atlantique. Dans un ouvrage paru en 1601, il a donné le plan d'ensemble de ce «grand et excellent pavillon dans lequel pourraient loger cinq cents personnes à leur aise». Le bâtiment mesure 26 toises de long (50 mètres 45 cent.) sur 22 toises de large (46 mètres 65 cent.). Dans l'épaisseur des murailles, qui n'ont pas moins de 2 toises (3 mètres 98 cent,), «sont petits escaliers, cabinets et privés depuis le bas jusques en haut; par ce moyen, ajoute l'ingénieux architecte, il n'y a rien de vide ou de perdu».
Avec ses onze étages et le petit pavillon bâti sur le toit en terrasse du corps central, l'édifice devait atteindre environ 110 mètres. Certes, nous sommes loin encore des immeubles géants de New-York, hauts de 150 ou 200 mètres, dont nous avons reproduit naguère, dans notre numéro du 3 août 1912, l'impressionnant aspect. Mais il faut reconnaître, dans le «grand et excellent pavillon» de Jacques Perret, l'ancêtre des «sky-scrapers» d'aujourd'hui: les Américains devaient réaliser, trois cents ans plus tard, l'audacieuse idée conçue par un Français.
Dr Carrel. M. Georges Clemenceau. Dr Pozzi.La conférence du docteur Alexis Carrel à l'hôpital Broca.--Phot. L. Mayer.
Lundi dernier, à l'hôpital Broca, dans l'amphithéâtre du docteur Pozzi, le docteur Alexis Carrel, devant une affluence énorme, a exposé les résultats de ses merveilleuses recherches sur la vie des tissus conservée et transférée. Le public connaît déjà, par les comptes rendus des séances de l'Académie de médecine, les impressionnantes découvertes que l'on doit, dans le domaine de la physiologie expérimentale, au docteur Alexis Carrel qui, après avoir été attaché comme prosecteur à la Faculté de médecine de Lyon, est maintenant fixé, depuis plusieurs années, à New-York où il poursuit ses admirables travaux à l'Institut de recherches scientifiques créé par M. Rockefeller. Le docteur Carrel est l'homme qui enlève une cuisse tout entière, un rein, ou tout autre organe à un animal et qui lui en rajuste un autre emprunté à un de ses congénères. Il a, dans sa conférence, expose comment il réussissait à conserver des cellules, des tissus, des organes entiers même maintenus vivants pendant des semaines, une fois séparés du corps, et il a expliqué les applications pratiques qui pouvaient être faites au point de vue de la greffe humaine. Ajoutons qu'une ovation enthousiaste fut faite au jeune savant par ses auditeurs, au premier rang desquels on remarquait, vêtu du même sarrau d'hôpital que les étudiants, M. Clemenceau toujours curieux des progrès de la science médicale.
Le prince de Galles, qui fait partie du bataillon d'officiers formé par les élèves de l'Université d'Oxford, a, pour la première fois, porté cette semaine l'uniforme kaki de l'armée territoriale anglaise: samedi dernier, il quittait Oxford, avec de nombreux étudiants, «dans un compartiment de troisième classe», disent les journaux de Londres, et gagnait Mitchet Camp, près d'Aldershot, où il devait accomplir une courte période d'instruction.
Avec la même simplicité et la même bonne grâce qui ont laissé en France un souvenir si charmant, le prince de Galles partagea familièrement la vie de ses camarades, s'associant aux travaux du camp, prenant sa part des corvées, et marchant, dans le rang, comme un simple «private». Le premier jour de manoeuvres lui réserva des émotions inattendues: envoyé en reconnaissance avec un autre éclaireur, il fut surpris par une dizaine de cyclistes du parti adverse, qui le firent prisonnier en criant: «Haut les mains». Quelques instants après, il était heureusement délivré par les siens, accourus en nombre...
L'ÉDUCATION MILITAIRE D'UN FUTUR SOUVERAIN.--Le prince de Galles aux manoeuvres.
(Agrandissement)
Note du transcripteur: A l'exception de laFaune africaineet desFloralies de Gandqu'on retrouve dans le texte,les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.