1er RÉGIMENT ÉTRANGER25e COMPAGNIE(Bel-Abbès) MENU du 11 au 17 JuilletMatin 11 Juillet SoirSoupe grasse Potage pâtes d'ItalieBoeuf sauce moutarde Boeuf rôtiNouilles au gratin Salade panachée12 JuilletSoupe paysanne Potage vermicelleBoeuf sauce piquante Ragoût de boeuf aux carottesHaricots blancs à la maître d'hôtelSalade Choux braisés13 Juillet (Dimanche)Potage pâtes d'Italie Soupe grasseBiftecksHaricots verts en salade Boeuf sauce moutardeTomates farciesSalade garnie Riz au grasVin Salade14 Juillet (Menu spécial)RéveilChocolat--BriocheAprès la revueVin blanc--Gâteaux secsDéjeunerOeufs aux anchoisTomates farciesOies rôtiesPommes duchessesSalade russeCrème à la vanilleFromage de LorraineVinCafé--LiqueursCigaresMatin 15 Juillet SoirSoupe à l'oignon Potage tapiocaBoeuf sauce piquante Boeuf rôtiMacaroni sauce tomatesSalade Ragoût de pommes et choux16 JuilletSoupe aux haricots Potage semouleBoeuf en vinaigrette Ragoût de mouton aux pommesPurée de pommesSalade Carottes sauce blanche17 JuilletSoupe légumes Soupe au rizBoeuf sauce Robert Boeuf sauce moutardeHaricots blancs à la BretonneSalade Pommes au fourIl ne semble point vraiment qu'à la légion on puisse se plaindre de la nourriture. Quant aux officiers qui ont à appliquer la discipline, ils forment généralement, par les soins de leur recrutement, un corps d'élite. Il faut donc en finir avec la légende de mauvais traitements qui seraient systématiquement appliqués aux légionnaires et qui rendraient vraiment inexplicable l'afflux ininterrompu des engagements à la légion, par exemple, ceux des Allemands qui désertent pour fuir les brutalités en usage dans l'organisation militaire de l'empire. A chacune des violentes et périodiques campagnes menées contre la légion par la presse allemande, d'anciens légionnaires se sont dressés pour faire eux-mêmes justice de ces attaques,--ces anciens légionnaires que chaque année, à Paris, réunissent des belles fêtes de camaraderie où l'on voit fraterniser officiers, sous-officiers et soldats des régiments étrangers et qui suffisent à prouver, avec le culte que conservent à la légion tous ceux qui y ont honnêtement servi, l'attachement des uns et la reconnaissance des autres.Albéric Cahuet.Les légionnaires au jardinage, à Saïda.UNE VISION DU PARIS NOCTURNE, PENDANT LES FÊTES DU 14JUILLET: LES DIVERTISSEMENTS DE QUARTIER.--Phot. L. Gimpel.Le temps, cette année, n'a guère favorisé les réjouissances du 14 juillet: le lundi, jour de la fête nationale, une pluie inopportune vint par instants troubler les bals des rues et des carrefours. Heureusement, la veille, il avait fait beau, et, des trois soirées consacrées, suivant l'usage, aux divertissements populaires, ce fut celle du dimanche la plus joyeuse, la plus animée. Devant les estrades pavoisées où s'essoufflaient les musiciens, on dansa avec entrain, fort avant dans la nuit, et les obligatoires «chevaux de bois» eurent leur habituel succès: notre photographie, prise sur l'un des emplacements qu'ils ont coutume d'occuper, rue de Médicis, près des jardins du Luxembourg, en donne une pittoresque image, montrant, en contraste, la foule attirée, autour de l'éblouissant manège, par les lumières et le bruit, et le calme bassin où dorment les eaux, éclairées de mouvants reflets.Le général Hessaptchief et les autres officiers dudétachement bulgare de Salonique.--Phot. de Jessen.LA GUERRE CONTRE LES BULGARESL'ÉTAT D'ESPRIT A ATHÈNES, A L'OUVERTURE DES HOSTILITÉS LETTRES DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIERAthènes, 30 juin.Ce matin, à 11 h. 1/2, M. Venizelos sort en coup de vent du ministère de la Guerre et monte dans sa voiture qui part au galop vers le palais royal. Le président n'a point aujourd'hui l'expression de calme et le sourire qui le caractérisent. Il semble au contraire extrêmement fatigué. Je monte à son bureau pour avoir des nouvelles. Les Bulgares ont attaqué brusquement ce matin, vers 6 heures, toute la ligne grecque de Guevgheli à Elevtheraï. Ils ont occupé plusieurs points. Les troupes grecques ont reculé partout de quelques kilomètres devant cette attaque inattendue. On ne sait pas encore si les Bulgares ont agi de même contre la ligne serbe.Tout le monde est plus ou moins affolé. Les troupes ont reculé!... Deux compagnies sont cernées à Elevtheraï!... Peu à peu seulement on se rend compte qu'il est bon, au contraire, que la ligne grecque ait été repoussée. Car cela prouve irréfutablement que l'attaque vient du côté bulgare et non du côté grec. Ceux qui se retirent ainsi, non sur un point isolé, mais sur une ligne de plus de 100 kilomètres, ne peuvent être, en effet, des assaillants. D'autant plus qu'ils n'ont reculé qu'un instant et ont ensuite arrêté les Bulgares. S'ils avaient été des assaillants battus, la rupture de leur élan eût provoqué un recul beaucoup plus considérable, une retraite caractérisée, avec poursuite de la part de leurs adversaires. Il est bon pour les Grecs d'avoir des arguments à opposer aux nouvelles tendancieuses que les Bulgares ne vont pas manquer de lancer vers toutes les capitales du monde...A midi, le président revient du palais. On apprend que le roi partira ce soir à 5 heures pour Salonique où il prendra le commandement de son armée...M. Venizelos m'a vu, causant avec ses aides de camp. Il me fait dire qu'il veut me parler:--A l'heure actuelle, me dit-il, je ne veux pas encore prononcer le grand mot de «guerre»... Peut-être nous trouvons-nous de nouveau en face d'événements semblables à ceux de Nigrita ou du Panghaïon... qui sait? En tout cas, si cette guerre, que je n'ai pas voulue, que j'ai tout fait pour éviter, éclate quand même, alors j'espère bien que vous allez reprendre vos fonctions de «correspondant de guerre» et recommencer à envoyer àL'Illustrationdes correspondances dignes de celles que vous lui avez adressées de Macédoine et d'Epire... D'ailleurs, en raison des services queL'Illustrationnous a alors rendus, grâce à vous, nous vous donnerons, cette fois, toutes facilités pour que vous puissiez suivre et voir de près les événements... Et en disantvous, il est bien entendu que je veux dire vous et Mme Leune, car je sais qu'à vous deux vous êtes une unité indivisible! ajoute en souriant le président. Je vous prie de revenir me voir demain. Je pourrai vous dire alors si vous devez partir ou non pour Salonique rejoindre notre armée...»Au ministère des Affaires étrangères, le ministre, M. Coromilas, tint à me dire aussi l'importance qu'il attachait à me voir suivre de nouveau pourL'Illustrationla campagne qui se préparait. Et il donna immédiatement des ordres pour qu'en cas de départ nous fussions, ma femme et moi, traités de façon toute particulière.C'est avec une profonde stupeur qu'à 9 heures du soir nous apprenons la dernière grande nouvelle de la journée: la démarche de M. Hadji Mischef, ministre de Bulgarie à Athènes, auprès du gouvernement hellénique. Il est venu, en effet, au nom de son gouvernement, protester énergiquement contre l'attaque injustifiable des troupes bulgares par les troupes grecques. Il a protesté d'autant plus énergiquement, que le cabinet de Sofia avait, d'après lui, des intentions plus pacifiques que jamais. M. Danef n'était-il pas déjà dans le train qui devait le conduire à Saint-Pétersbourg lorsqu'on vint lui annoncer l'incroyable nouvelle!Quel travestissement des faits!...A minuit, à Kephistia, la résidence d'été de tous les Athéniens qui préfèrent la campagne à la mer. Avec M. Vassilopoulos, directeur de la Banque d'Orient, qui nous donne chez lui la plus charmante des hospitalités, nous allons voir à l'hôtel M. Kyros, le directeur du journalHestia, organe du gouvernement. Le téléphone lui aura sans doute apporté quelque nouvelle intéressante.M, Kyros est naturellement très entouré, car tout le monde est anxieux.On se demande surtout ce qu'il a dû advenir dans la journée des 1.200 ou 1.300 soldats bulgares qui se trouvaient dans Salonique. Certains prétendent qu'on leur a donné vingt-quatre heures pour quitter la ville.Une sonnerie de téléphone. On se précipite. M. Kyros a pris les récepteurs. Autour de lui on se groupe en silence.«... Oui... oui... bien... fait M. Kyros... Alors on ne les a pas laissés partir?... Très bien...»Maintenant il annonce les nouvelles:Le roi est parti à 5 heures poux Salonique.Le général Hessaptchief, attaché militaire représentant le gouvernement bulgare au quartier général grec, est parti dans l'après-midi. Il avait expédié ses bagages dès hier. Dans une lettre au commandant de la place, le général Kalaris, il a expliqué qu'il quittait Salonique parce que son gouvernement lui avait accordé un congé pour Sofia!Quant aux soldats bulgares, on les a sommés de se rendre. Une partie s'est laissé désarmer, les autres ont voulu résister et ont été pris de force: 1.208 prisonniers bulgares vont demain prendre le chemin d'Ithaque!...Mardi, 1er juillet.Hier soir, le ministre de Bulgarie, M. Hadji Mischef, et le consul, M. Stéphanof, ont manqué provoquer de graves incidents au restaurant Avérof où ils dînent d'ordinaire. Le patron les voyant entrer se précipita vers eux:--Je vous ai préparé un cabinet particulier.--Pourquoi cela?--Parce que... parce que... Enfin, vous savez, les gens sont plutôt surexcités ce soir!--Eh bien, nous dînerons dans la salle commune, et qu'ils y viennent, ceux qui ne seront pas contents, répondirent les deux diplomates à voix très haute, pour être entendus de tous.Dans la salle, les dîneurs haussèrent les épaules.... Au ministère des Affaires étrangères, M. Caradja, chef de cabinet du ministre, m'a remis nos «passes d'état-major» qui nous permettront de partir demain matin pour Chalcis et Salonique. Des ordres spéciaux ont été partout donnés nous concernant.J'ai déjeuné avec le général Eydoux. Il voit cette guerre avec beaucoup de calme et de confiance, car il connaît l'armée qu'il a instruite. Il sait ce dont elle est capable, sous le commandement de son roi. Il sait combien son moral est élevé. C'est-à-dire qu'en faisant, bien entendu, la part des accidents de guerre, toujours possibles, toutes les chances de succès sont pour l'armée grecque.Et le général Eydoux me fait ressortir encore que l'armée bulgare va se trouver en fort mauvaise posture pour son ravitaillement en vivres et en munitions.La flotte grecque va, en effet, bloquer Cavalla et Dédé-Agatch, les deux seuls ports par lesquels l'armée bulgare recevait vivres et munitions des pays méditerranéens, et où elle pouvait se constituer des centres d'approvisionnement à proximité de la ligne de combat.Ces deux ports bloqués, il lui faudra faire venir tout de Bulgarie même, par la ligne ferrée d'Andrinople, car le pays occupé ne peut plus nourrir l'armée qui l'a trop bien pillé et dévasté. Donc une seule ligne ferrée de plusieurs centaines de kilomètres,--300.000 hommes à nourrir, 800 tonnes à transporter chaque jour. Jamais on n'y suffira.Tandis que les Grecs ont à Salonique même pour deux mois de vivres, constitués par M. l'intendant Bonnier de la mission militaire française, de bonnes routes, des camions automobiles, etc. Leur ravitaillement sera facile.A 6 heures du soir, on annonce qu'une grande bataille est engagée autour d'Istip entre Serbes et Bulgares, ceux-ci ayant en ligne de 120.000 à 150.000 hommes. C'est tout ce que l'on sait pour le moment...Je cours aux renseignements, au ministère de la Guerre, où M. Venizelos me fait l'honneur de me recevoir aussitôt.Comme j'entre chez le président, le ministre de Russie en sort, les sourcils froncés, l'air très mécontent...--Monsieur Leune, me dit le président, il faut que vous partiez demain matin sans faute. Il est grand temps... Toutes facilités vous seront données. Voici, en attendant, les dernières nouvelles:«Ce matin, à midi, le ministre de Russie est venu me dire que, M. Danef acceptant d'aller à Saint-Pétersbourg, le gouvernement du tsar m'invitait à m'y rendre également. J'avoue que j'ai souri de la proposition, survenant en un tel moment.--J'accepte, ai-je répondu, mais aux conditions suivantes:»l° Que la Bulgarie désapprouve officiellement les derniers mouvements de ses troupes;» 2° Qu'elle retire toutes ses troupes'au delà de la ligne de démarcation fixée dernièrement et conjointement par le colonel Dousmani et le général Ivanof;» 3° Qu'elle accepte officiellement l'arbitrage obligatoire pour les quatre États et pour toutes les questions relatives au partage;» 4° Qu'enfin les trois premières conditions soient réalisées avant que les troupes grecques et bulgares soient au contact...» J'ai dit au ministre de Russie que ces quatre conditions étaient celles que je proposais personnellement, mais que je ne pourrais lui donner de réponseofficielleque ce soir à 7 heures, après avoir pris l'avis du roi et du conseil des ministres. J'ai aussitôt télégraphié au roi, qui a approuvé ma façon de voir. Tout à l'heure le conseil des ministres m'a également approuvé. Je viens donc à l'instant de notifier officiellement au ministre de Russie les conditions précédentes d'acceptation.» Est-il besoin d'ajouter que je ne crois pas au succès de ma proposition?...»Et le président m'a longuement, longuement serré la main en me souhaitant d'assister de nouveau à une campagne victorieuse de l'armée hellénique...Mercredi, 2 juillet.Ce matin à 6 heures nous avons quitté Kephistia pour nous rendre en voiture à la station de Boïati, où nous devions prendre le train pour Chalcis.Le train arrive. Un soldat descend, nous aborde. «Vous êtes bien M. Leune, deL'Illustration? Je suis envoyé par M. le colonel Condaratos de l'état-major, qui m'a chargé de veiller à ce que vous ne manquiez de rien.»Dans le train sont des officiers que nous avons connus en Macédoine ou en Epire, le lieutenant-colonel Antonaropoulos, le capitaine Guytarakos. Ils nous accueillent à bras ouverts.A Chalcis, un caporal et deux hommes nous attendent avec une voiture pour nous mener au bateau, à bord duquel on nous a retenu une cabine. On s'empresse autour de nous. Le capitaine du port vise nos papiers, un officier du génie surveille l'embarquement de nos bagages. Le capitaine Guytarakos s'occupe de toutes les formalités qui nous concernent. Enfin, à bord, le capitaine nous donne la meilleure cabine, puis nous installe sur la passerelle à côté de lui...J'ai tenu à mentionner ici tous ces menus détails, afin de montrer combien chacun tient, en nous secondant, à témoigner sa sympathie àL'Illustration... C'est un devoir bien agréable pour moi que de remercier en ces lignes les autorités militaires grecques et tous les officiers que nous avons rencontrés des attentions délicates qu'ils ont eues pour nous...Jean Leune.Les Grecs, continuant les progrès indiqués dans notre dernier numéro, ont occupé Sérès et Drama, tandis que leur flotte s'emparait de Cavalla, hâtivement évacuée par la garnison bulgare. Des faits extrêmement graves et qui ont, aussitôt connus, provoqué une profonde émotion et une indignation unanime en Europe ont été signalés, à chaque étape, par les commandants hellènes, dans leurs télégrammes au roi Constantin: les Bulgares, obligés de fuir, ont, en abandonnant les villages et les villes occupés par eux, commis sur les populations grecques neutres de véritables crimes contre la civilisation. Ces atrocités ont déjà été signalées en détail au journal leTempspar notre confrère danois M. de Jessen, qui a pu voir lui-même, à Nigrita, une ville pétrolée, détruite, et une partie de la population égorgée et mutilée. Nous pensions qu'il nous aurait été possible de donner, à nos lecteurs, dans ce numéro, la vision de ces tristes spectacles, car M. de Jessen nous avait aussitôt annoncé l'envoi des clichés qu'il avait pris en hâte à Nigrita. Ces clichés nous sont bien parvenus. Mais le développement a montré que l'appareil avait mal fonctionné: les pellicules n'avaient pas été impressionnées, et ce sont ainsi de précieux et irréfutables témoignages qui disparaissent.LES SUCCÈS DES ARMÉES SERBES ET GRECQUESNous avons reçu cette semaine les premières notes de guerre de notre correspondant du côté serbe, M. Alain de Penennrun. Le jeune et brillant officier qui, lors de la campagne de Thrace, suivit, avec l'armée du général Radko Dimitrief, la route de la victoire et qui, de chaque étape, nous envoya de si remarquables relations et croquis, ne pouvait espérer rejoindre à temps en Macédoine l'armée bulgare, en franchissant le cercle des États coalisés. M. Alain de Penennrun a donc pris la route de la Macédoine serbe et, dès son passage à Uskub, il a pu recueillir des informations précises qui confirment ce que, dans notre dernier numéro, nous avons dit des opérations du début de la seconde guerre des Balkans; notre envoyé spécial, dont le dernier télégramme est daté de Gradic, sur la rive gauche de la Bregalnitza, au nord-est d'Istip, et qui doit, à l'heure actuelle, avoir rejoint l'état-major du prince héritier Alexandre, termine, par ces appréciations, sa première lettre:Cette fois ce n'est plus une campagne un peu pour rire, comme celle de Thrace, où seul l'un des adversaires existait vraiment. Ici, les soldats qui combattent sont véritablement des «gens de guerre», et on le voit bien à l'acharnement extraordinaire que de toutes parts ils déploient dans la lutte. Les pertes sont lourdes et cruelles. Dans l'attaque de nuit seulement où les Bulgares ont véritablement massacré les grand'gardes des Serbes, ceux-ci accusent 3.200 tués ou blessés. L'on sent bien d'ailleurs à l'allure de chacun toute la gravité, tout le poids de la lutte engagée. Ce sont deux grandes armées européennes qui se battent, également instruites, également braves, également mordantes.Dans les combats que livrent les armées hellènes, le même acharnement se fait jour. Dans l'assaut des positions de Doïran, 5.000 soldats grecs sont tombés. Les Bulgares cependant paraissent donner des signes de lassitude et de fatigue. Ils n'ont plus le même élan qui jadis les jetaient poitrine découverte contre les tranchées turques et malgré leur naturelle bravoure ils luttent à regret, menés par la faction macédonienne de Sofia, contre leurs frères, leurs alliés d'hier. Les Bulgares connaissent maintenant le drapeau blanc et la honte de la reddition. Les 4e et 7e divisions de l'armée du général Kovatchef ont souffert extrêmement; elles ont l'une et l'autre laissé aux Serbes beaucoup de prisonniers. Cependant l'une est la division qui troua le centre turc à Karaagatch, l'autre est celle qui rejeta victorieusement Fakri pacha sur Boulaïr au mois de février dernier. L'un des régiments de la 7e division, le 13e, a été pris et détruit presque en entier à Kotchana; son colonel, et 1.400 soldats sont aujourd'hui prisonniers à Belgrade où ils voisinent avec les Turcs non encore rendus, curieux rapprochement dans la captivité des anciens adversaires.Non seulement la lutte est chaude entre des ennemis aussi ardents, mais certaines circonstances la rendent plus terrible encore. Les effets du feu de l'infanterie, particulièrement, sont terrifiants, car les hommes des deux partis en campagne, exercés depuis un an, tirent parfaitement, avec un sang-froid merveilleux. L'artillerie ne le cède en rien comme justesse. Mais elle a les plus grandes peines à manoeuvrer dans ces terrains difficiles. Aussi les pertes de pièces ne sont-elles pas rares, témoins 3 batteries bulgares enlevées par la cavalerie du prince Arsène dans les fonds de la Bregalnitza, témoins aussi les 4 pièces serbes qu'il fallut abandonner près de Krivolak, mais dont héroïquement les servants se sacrifièrent pour avoir le temps de les rendre inutilisables en enlevant les culasses et que l'on reprit d'ailleurs ensuite.Oui, dès le début, cette guerre apparaît acharnée et sauvage. Les uns et les autres sont de rudes hommes et, de les connaître comme je les connais, me permet de dire que ce sont des adversaires qui se valent...Alain de Penennrun.Les Serbes, ces derniers jours, ont fortifié toutes leurs positions en repoussant au nord les troupes bulgares de la région de Kustendil qui tentaient de tourner l'aile gauche serbe victorieuse. Cependant que les Roumains, qui avaient achevé leur mobilisation, pénétraient, sans rencontrer de résistance, sur le territoire bulgare et que les Turcs franchissaient les lignes de Tchataldja. Les Roumains ne se sont pas contentés de s'installer dans tout le district, revendiqué par eux, de Fustukaï-Baltchitch, poussant jusqu'à Varna, au sud de ce territoire. Ils ont franchi le Danube sur deux points, au centre et à l'ouest, ont dépassé Rouchtchouk et Rahovo, et jeté leur cavalerie sur la route de Sofia. Les Turcs, après avoir réoccupé les territoires de Thrace qui leur sont attribués par le protocole du traité de Londres, ont passé la frontière Enos-Midia, repris Lule-Bourgas, Bunar-Hissar, Visa et marchent sur Kirk-Kilissé et Andrinople.PENDANT LA MOBILISATION ROUMAINE.--Arrivée de réservistes à Bucarest.--Phot. Basiliade.CE QU'IL FAUT VOIRPETIT GUIDE DU PARISIEN HORS PARISX...-les-Bains.C'est une petite ville d'Auvergne,--une petite ville presque neuve, édifiée autour de quelques sources très anciennes, bien plus âgées encore que le très vieux petit village aux toits roux qui la surplombe, et qui lui a donné son nom. Les gens des villes viennent là réparer leurs fatigues et, disent-ils, chercher du repos. Sont-ils sincères, et les gens des villes sauraient-ils vivre en un lieu où vraiment on se repose?Je ne le crois pas; et la preuve que j'ai raison de ne pas le croire, c'est que la Direction du Casino, qui s'y connaît, s'évertue depuis un mois à organiser autour de cette foule avide de silence et de tranquillité le plus de bruit possible. Or, loin qu'on l'en blâme, on lui reprocherait plutôt de manquer d'audace; de ne point offrir, à cette clientèle de citadins fatigués, de suffisantes occasions de se fatiguer davantage. Dès le matin, les «malades» de X...-les-Bains sont, dans le jardin de l'Établissement, guettés par un orchestre. Avant le déjeuner, musique; et musique, après. Le soir, nouveau déchaînement de l'orchestre, autour d'un panneau lumineux où défilent les actualités «mondiales» de la semaine; c'est ce qu'on appelle uncinéma-concert. Tout à côté, le petit théâtre a ouvert ses portes: opéra-comique, opérette, vaudeville et mélodrame s'y succèdent ingénieusement... Et comme nous sommes ici pour nous reposer, on a corsé, si je puis dire, d'émotions supplémentaires celles du spectacle. A chaque entr'acte, une sonnette retentit, et tout le monde sait ce que cela veut dire: c'est l'appel des «petits chevaux» vers lesquels, en attendant les trois coups, se précipitent nos malades. Est-ce tout? Mais non. Il y a la concurrence. A côté et hors du Casino, il y a le Kursaal qui a, lui aussi, son orchestre à jet continu, son cinéma, ses spectacles... Et je rencontre ici des Parisiens qui, le plus sérieusement du monde, se plaignent que cette ville manque de «distractions». Qu'est-ce qu'il leur faut, juste ciel! et est-il possible que la maladie et le besoin de repos rendent injuste à ce point?Pour moi, j'ai fui les musiques, les spectacles et les petits chevaux, et c'est à la montagne que j'ai demandé de me donner des «distractions».Elle en procure d'exquises, et de tellement inattendues.. On grimpe... doucement, et bientôt, on a quitté la grand'route où les autos soulèvent la poussière et répandent leurs fumées. Il fait bon. Le chemin, bordé de champs de fraises, est presque doux. Il mène, en s'élevant toujours, au hameau de B... dont j'aperçois là-bas le petit cimetière, le clocher, les maisonnettes trapues, toutes grises, faites de roches cassées. Et l'on a l'impression d'entrer ici dans du silence. Avez-vous remarqué que le calme trop grand des lieuxhabitésa quelque chose d'inquiétant et d'hostile? La plaine, la mer, les bois appellent le silence et il semble que ce silence ajoute à leur grandeur; au contraire, l'esprit souffre de ne percevoir aucun signe de vie, nul bruit humain dans des lieux qui ont été justement créés pour la vie et pour le bruit: une ville, un village, un hameau... Tout se tait. Les chemins sont déserts. A peine ce décor de tristesse s'anime-t-il, çà et là, d'un cri d'oiseau, d'un murmure de source. Et, tout de même, voici qu'au tournant d'un sentier, deux figures apparaissent: c'est un petit gamin dont la face pâlotte se montre à la fenêtre close d'une chaumière; et, plus loin, c'est, au bord d'une fontaine, une très vieille femme qui savonne un peu de linge, avec des gestes las. Elle porte de grosses lunettes bleues, derrière lesquelles sourit avec une espèce de bonhomie tendre sa vieille figure. Nous nous sommes dit bonjour, et nous causons. Elle m'explique qu'à cette heure-ci, tout le monde est aux champs, et qu'on ne rencontre au village que les malades et les infirmes. Et elle rit, en disant cela. Elle dit qu'il faut bien qu'il en soit ainsi, et que «chacun a son tour».... Une autre vieille. C'est là-haut, dans la forêt que je la trouve, essuyant avec un chiffon le sang qui coule du doigt qu'elle vient d'écorcher en cassant une branche de bois mort. Elle a tendu sur le chemin deux cordes à l'aide desquelles une enfant qui l'accompagne l'aide à lier le chargement de branches qu'elles vont traîner jusqu'au hameau. Dure besogne; car la petite fille a dix ans à peine, et la grand-mère (toute menue et toute cassée) en a soixante-quinze; mais quoi? même au prix d'un peu plus de fatigue et de misère, ne vaut-il pas mieux venir chercher son bois pour rien dans la montagne que de le payer au marchand quarante-quatre sous le quintal? La vieille femme dit ces choses d'une voix chevrotante et douce. Elle non plus ne se plaint pas; et peut-être jamais l'idée ne lui est-elle venue qu'elle eût pu être autre chose au monde que la pauvre petite créature qu'elle est...L'heure s'avance. J'ai repris, à travers les sapins, le chemin de la ville, je retourne vers les tziganes, lespalaceset les petits chevaux. Un homme grimpe à pas lourds la côte que je descends. Il est jeune encore, proprement vêtu de vêtements pauvres. Des jambières de cuir sont attachées au-dessus de ses gros souliers; et il porte en bandoulière un objet étrange: une cage à mailles noires si fines, si serrées qu'on n'aperçoit pas, tout d'abord, ce qu'elle contient. Un petit cadenas ferme la cage. Je lui dis bonjour, et lui demande ce qu'il porte là. Il me montre... et je recule. Ce sont des vipèresvivantes. En petites phrases brèves et correctes, l'homme m'explique qu'il y a, à la ville voisine, une Faculté des Sciences où l'on a besoin de vipères... mais de vipères vivantes. Et, comme c'est un gibier rare et que, pour chasser ce gibier-là, «il ne faut pas avoir peur», on le paye assez bien...... Le soir, au Casino, j'ai mal écouté la musique. Je pensais aux leçons de résignation, de sagesse, de courage que ces humbles m'avaient données. Je me disais qu'ils sont, en France, des millions d'êtres humains qui, chaque jour, à leur insu, nous les donnent, ces leçons-là; et qu'il est bien fâcheux que le Paysan français ne soit pas encore classé par Baedeker au nombre des spectacles... qu'il faut voir!Un Parisien.AGENDA (19-26 juillet 1913)Examens et concours.--Les examens oraux du concours d'admission à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr se continueront aux dates suivantes: Paris (candidats de la province), les24 et 30 juilletau lycée Saint-Louis.Congres.--Un congrès international pour la protection de l'enfance se tiendra à Bruxelles du23 au 26 juillet.Expositions artistiques.--Paris: hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné), promenades et jardins de Paris.--Galerie Lévesque (109, faubourg Saint-Honoré): oeuvres de Thomas Couture (clôture le26 juillet).--Province: Brest (exposition de l'ouest de la France), expositions à Vichy, Langres, Douai.--Étranger: expositions à Spa, Ostende, Florence, Gand.Concours hippiques.--Le concours hippique de Boulogne-sur-Mer, dont les épreuves ont commencé le18 juillet, se terminera le27 juillet; le21 juillet, arrivée des concurrents du raid militaire (parcours de 400 kilomètres), le 22, sauts d'obstacles.Sports.--Courses de chevaux: le19 juillet, le Tremblay; le20, Saint-Cloud, Aix-les-Bains, Ostende; le21, Saint-Ouen, Ostende; le22, Compiègne; le23, le Tremblay; le24, Maisons-Laffitte; le25, Compiègne; le 26, le Tremblay.--Automobile: le27 juillet, coupe internationale des motocyclettes au Mans.--Cyclisme: au Vélodrome Buffalo, le20 juilletaprès-midi, challenge de la vie au grand air, course d'une heure; le24, soir, Grand Prix national; course de primes, course de 50 kilomètres.--Yachting-automobile: du10au27 juillet, semaine de yachting du Havre.--Aviation: le20 juillet, à l'aérodrome de Port-Aviation (Juvisy), match Brindejonc des Moulinais-Audemars.--Armes: le tournoi d'escrime de Vittel, commencé le18 juillet, se continuera les10 et 20 juillet.--Tennis: du21 au 27 juillet, tournoi annuel à Compiègne.--Athlétisme: le20 juillet, à Maisons-Laffitte, réunion annuelle inter-clubs.GASTON LA TOUCHELe peintre Gaston La Touche, dont maintes compositions égayèrent de leur mouvement irrésistible, de leur délicate ironie, de leurs couleurs chantantes, les pages de ce journal, vient d'être emporté prématurément, dans la nuit de samedi à dimanche dernier, par une foudroyante attaque, en pleine vigueur, en plein talent, en plein succès, à l'âge de cinquante-neuf ans.Le peintre Gaston La Touche dans son jardinde Saint-Cloud.--Phot. H. Manuel.Né à Saint-Cloud où--dans une maison souriante, hospitalière à quiconque tenait l'ébauchoir, le pinceau ou la plume, sans parler de nombre d'admirateurs vite devenus des amis--s'est écoulée à peu près toute sa vie, Gaston La Touche était le Parisien, dans le sens le meilleur du mot, brillant, spirituel, et d'une bienveillance de coeur qui remettait à chaque instant dans les mémoires la boutade d'un boulevardier célèbre, s'émerveillant que l'un de ses amis, avec tant d'esprit, fût si bon: c'est lui--l'intéressé le rappelait gentiment au lendemain de sa mort--qui, n'ayant à se louer qu'à demi d'un article panaché de louanges et de réserves, adressait, bon enfant, mais prompt à la riposte, à son critique la moitié de sa carte de visite avec ces mots: «Pour une moitié de compliments, une moitié de remerciements.»Gaston La Touche, en effet, n'avait pas rencontré sans lutte la vogue.D'abord, il s'était cherché longtemps. Élève d'Edouard Manet, dont son oeuvre, en sa dernière période, apparaît si lointaine, il avait un moment essayé de la sculpture, puis, au renouveau du succès de l'eau-forte et de la pointe sèche, grava des planches curieuses.Mais ses dons natifs, son tempérament, sa nature de vrai peintre, de lettré, d'artiste, allaient se manifester surtout plus tard, après des années d'ardent et consciencieux labeur, dans ces toiles si décoratives d'allure, si ingénieuses d'invention, si allègres de couleur, que le public, après la critique, avait pris bien vite l'habitude de désigner de ce titre pimpant: «fêtes galantes». C'était les placer directement sous l'égide du suave et frémissant Watteau. L'instinct des foules, ici, ne se trompait pas: Gaston La Touche était de la' pure lignée des classiques français du dix-huitième siècle, des Fragonard, des Lancret et du grand poète de l'Embarquement pour Cythère. Il l'était dans son âme, plus que dans sa manière d'interpréter, car nulle trace de pastiche, au fond, ne se peut relever dans ces oeuvres vibrantes, chaudes, pleines de belle humeur, de vie, mais bien de leur temps. Il n'oubliait point qu'il avait fréquenté l'atelier Manet, et les audaces de coloriste de M. Albert Besnard l'avaient séduit au passage.Ses sujets favoris étaient, sous de nobles futaies dorées par l'automne, des baigneuses lascives, livrant des corps ambrés aux caresses d'un sombre bassin où des jets d'eau égrènent leurs pierreries multicolores; des nymphes souples, dont un faune indiscret venait troubler les ébats, ou bien le passage de quelque cortège de théâtre, de quelque mascarade en chaises à porteurs, en palanquins hindous; ou encore, dans de précieux salons aux ors éteints, quelque Cydalise désoeuvrée, rêveuse, lutinant un sapajou favori, ou mirant dans «l'eau morte par l'ennui dans son cadre gelée» d'un vieux miroir terni, des atours de bal paré. Mais le peintre apportait à varier ces thèmes, souvent proches parents, tant d'ingéniosité, de fantaisie inventive, et, dans l'exécution, une si parfaite habileté qu'on éprouvait en les rencontrant le plaisir sans cesse renouvelé de la découverte.G. B.LES LIVRES & LES ÉCRIVAINSLes Vivants et les MortsLes philosophes et les poètes nous donnent, cette année, des livres sur la mort. On ne s'en étonnera pas. La mort, depuis dix mois, est, si j'ose dire, la plus vivante des actualités. On ne parle que d'elle. Il y a tout près de nous des peuples qui s'entr'égorgent, sans lassitude, et l'on perçoit, à l'aube et dans les crépuscules, le cri des hécatombes humaines. La mort est, plus que jamais, à l'ordre du jour de nos méditations, la mort dans l'apothéose de la victoire ou dans la misère de la défaite, la mort fin d'énergie ou fin d'amour, espoir ou négation, résurrection ou néant, ombre ou lumière.Un philosophe, il y a peu de semaines, s'essayait à soulever le manteau noir de l'Inconnue et nous conviait à fixer son visage. Il n'est pas effrayant, ce visage, nous disait Maurice Maeterlinck. Accoutumez-vous à le regarder en face, vous le contemplerez vite sans tristesse, vous lui sourirez bientôt comme à un ami. Et l'on sentait que Maeterlinck avait bien à cette minute la conscience qu'il s'adressait à un public d'Occident, car la mort vit dans l'intimité des âmes orientales. On lui fait une place d'honneur aux foyers asiatiques et les Célestes ont moins souci de parer le lit où ils passent que le cercueil où ils resteront. La mort n'effraie pas tout le monde. Et si les philosophes en discutent avec sérénité, il n'est pas rare que les poètes en parlent avec amour.Ce n'est point tout à fait, sans doute, le cas de Mme la comtesse de Noailles. Le poète admirable du «Cour innombrable», des «Éblouissements», du «Visage émerveillé», de «la Domination», ne peut, en son panthéisme passionné, souhaiter la fin de cette joie multiple et divine de vivre. Mais elle prévoit, sans tristesse, la fin inévitable d'une ardeur qui, par ses épuisantes intensités, lui fait parfois désirer le repos, l'immobilité qui seraient infinis. L'idée de mort hante chacune de ses pensées et chante en leitmotiv dans chacun des poèmes de son dernier recueil: lesVivants et les Morts(1). Vous ne vous étonnerez point si l'expression, chez ce grand poète et ce merveilleux artiste, est toujours grande, large, noble, et constamment élevée aux cimes sur l'élan du rythme. Naturellement, car ce poète est femme, la passion et la mort sont liées toujours, comme dans une étreinte obligée. La passion prévoit et attend la mort, qui est plus souvent encore la fin de l'extase que la fin de l'être. Car, si l'extase survit, l'être est encore vivant.Note 1: Arthème Fayard, éditeur, 3 fr. 50.Tu vis, je bois l'azur qu'épanche ton visage,Ton rire me nourrit comme d'un blé plus fin.Je ne sais pas le jour où moins sûr et moins sageTu me feras mourir de faim.Solitaire, nomade et toujours étonnée,Je n'ai pas d'avenir et je n'ai pas de toit.J'ai peur de la maison, de l'heure et de l'annéeOù je devrai souffrir de toi.Même quand je te vois dans l'air qui m'environne,Quand tu sembles meilleur que mon coeur ne rêva,Quelque chose de toi sans cesse m'abandonne,Car rien qu'en vivant tu t'en vas.Tu t'en vas, et je suis comme ces chiens farouchesQui, le front sur le sable où luit un soleil blanc,Cherchent à retenir dans leur errante boucheL'ombre d'un papillon volant.Ne bouge plus, ton souffle impatient, tes gestesRessemblent à la source écartant les roseauxTout est aride et nu hors de mon âme, resteDans l'ouragan de mon repos!Hélas! Quand ton élan, quand ton départ m'oppresse,Quand je ne peux t'avoir dans l'espace où tu cours,Je songe à la terrible et funèbre paresseQui viendra t'engourdir un jour.Mais puisque tout survit, que rien de nous ne passe,Je songe, sous les cieux où la nuit va venir,A cette éternité du temps et de l'espaceDont tu ne pourras pas sortir.Cette idée de survie du mort dans la pensée et par la volonté des vivants précise son expression dans ces vers:Mon ami, vous mourrez, votre pensive têteDispersera son feu,Mais vous serez encore vivant comme vous êtesSi je survis un peu.Un autre coeur au vôtre a pris tant de lumièreEt de si beaux contours,Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la première,Je prolonge vos jours.Le souffle de la vie entre deux coeurs peut êtreSi dûment mélangéQue l'un peut demeurer et l'autre disparaîtreSans que rien soit changé.Et voici encore un vers où la passion, avec quelle superbe violence, dédaigne les fins humaines et fixe l'éternité:A présent je ne vois, ne sens que ta venue,Je suis le matelot par l'orage assailliQui ne regarde plus que le point de la nueOù la foudre a jailli.Je compte l'âge immense et pesant de la terrePar l'escalier des nuits qui monte à tes aïeuxEt par le temps sans fin où ton corps solitaireDormira sous les cieux.Cette contemplation orgueilleuse de la mort qui ne tue pas conduira, d'instinct, le poète sous le dôme des Invalides, devant le sarcophage contenant « cette cendre d'un dieu resté chez les humains».On contemple effrayé: ce lit pourpre et puissantEnferme ce qui fut votre âme et votre sang,Et vous êtes là, vous, à qui l'on ne peut croireTant vous êtes encor au-dessus de la gloire!Ainsi chante sans résignation, mais avec une acceptation hautaine, et qui parfois semble un défi, le poète de la mort. Le poète de la vie, ivre de la passion de vivre, n'admet point qu'une prudence doive modérer l'élan qui l'emporte:J'accepte le bonheur comme une austère joie,Comme un danger robuste, actif et surhumain;J'obéis en soldat que la Victoire emploieA mourir en chemin.Le bonheur, si criblé de balles et d'entaillesQue ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs osViennent rêver, le soir, sur les champs de batailleOù gisent les héros.Dans les Passions, dans les Élévations, dans les Tombeaux, nous trouvons la substance philosophique du livre de Mme de Noailles. Les «Climats» s'y intercalent comme une halte claire, harmonieuse et parfumée. Syracuse, les Soirs du Monde, le Port de Palerme, l'Auberge d'Agrigente, les Journées romaines, la Messe de l'aurore à Venise, Un soir en Flandre, le Printemps du Rhin, ont inspiré au poète des ingéniosités descriptives qui parfois nous surprennent un peu par l'audace de leur fantaisie.Sous un ciel haletant, qui grésille et qui dort,Où chaque fragment d'air fascine comme un disque,Rome, lourde d'été, avec ses obélisquesDressés dans les agrès luisants du soleil d'orTremblait comme un vaisseau qui va quitter le port.Le ciel qui dort en grésillant, ce fragment d'air qui fascine comme un disque, ces agrès du soleil qui luisent ne dressent pas des images bien nettes devant nos yeux. Mais il n'en demeure pas moins une sensation de lumière impérieuse, en nous et autour de nous, un éblouissement torride qui reste dans notre cerveau. Et il en est ainsi de tous les poèmes de ce livre dont la flamme ardente monte très haut au-dessus des ombres, de même que, par sa puissante beauté, son art domine les imperfections voulues et l'orgueilleuse indiscipline.Albéric Cahuet.DOCUMENTS et INFORMATIONSLe nouveau pont de l'Estacade.Le président de la République a inauguré ces jours derniers la nouvelle passerelle qui a remplacé l'antique estacade construite à l'entrée du petit bras de la Seine, à quelques mètres en amont du pont Sully.Cette estacade, destinée à arrêter les glaces en cas de débâcle, ne laissait qu'un passage étroit pour les bateaux dont la manoeuvre était rendue fort difficile par l'intensité du courant. A ce dispositif d'un autre âge on a substitué une passerelle en béton armé reposant sur quatre arches dont deux restent ouvertes en temps normal; les deux autres, celles de la rive gauche, étant condamnées par un réseau d'aiguilles fixes.Quant aux arches de la rive droite, elles peuvent être rapidement fermées, grâce au! système imaginé par M. Drogue, ingénieur en chef du service de la navigation. Deux caissons flottants en tôle, très résistants, sont tenus en réserve à peu de distance le long d'une berge. A l'approche d'une débâcle, on les remorque jusqu'à la passerelle et on échoue chaque caisson contre les deux piles d'une arche sur des entailles ménagées: à cet effet.La stabilité est assurée par deux séries d'aiguillesen fer.Les unes, enfilées directement dans le caisson, vont s'ancrer dans le lit du fleuve. Leur poids est calculé de façon qu'elles continuent à s'enfoncer si le niveau de l'eau vient à baisser, entraînant le caisson qui ne risque pas de rester suspendu au-dessus de l'eau.Les autres sont enfilées le long du tablier du pont et viennent s'attacher au caisson. Une plaque d'arrêt butant sous le tablier limite leur course et la remontée du caisson sous la poussée d'une crue.Outre que ce système paraît devoir offrir une résistance considérable à la poussée des glaces qui dépasse parfois 3.000 kilos par mètre linéaire, il permettra de laisser la navigation libre jusqu'au dernier moment. En cas de danger, il suffira de quelques heures pour amener le caisson à la place qu'il devra occuper. Au lieu de le laisser flotter, on le remontera au moyen de treuils contre le tablier pour le descendre et fermer le passage dès que la débâcle se sera suffisamment dessinée en amont.Le prix de la houille blanche.Une grande partie du public s'imagine que les chutes d'eau fournissent de la force motrice gratuite; or, les travaux nécessaires pour capter et utiliser la puissance hydraulique entraînent des frais considérables, susceptibles de varier dans de très fortes proportions.Le prix d'installation dépend d'abord de la hauteur et du débit de la chute; en général, les chutes hautes et à débit réduit sont plus avantageuses que les chutes basses à débit énorme.Ainsi, à Jonage (France), une chute de 12 mètres, fournissant 100 mètres cubes par seconde, donne une puissance de 12.000 chevaux, et le prix de l'installation ressort à 1.800 francs par cheval.Au contraire, à Méran (Autriche), une chute de 60 mètres, débitant seulement 9 à 15 mètres par seconde, donne une puissance de 8.000 chevaux, et le prix du cheval ne dépasse pas 400 francs. De même, à l'usine de la Praz, une chute de 78 mètres débitant 12 mètres fournit une puissance de 12.500 chevaux, et le prix d'installation du cheval est seulement de 212 francs.Ces quelques chiffres montrent que l'aménagement d'une chute d'eau constitue toujours, au point de vue du rendement, un problème délicat.Influence de la foret sur la neige.La neige couvrant le sol fond d'autant plus vite que l'évaporation et la température sont plus élevées, et l'on sait depuis longtemps que la forêt contrarie ces deux phénomènes. Mais on n'avait pas encore songé à chiffrer cette influence.M. Church, directeur de l'observatoire du Mont-Rose de la Nevada, à la suite d'observations portant sur 36 stations, a formulé des conclusions intéressantes.Un versant boisé renfermait une couche de neige double de celle de la partie non boisée du même versant; l'abondance était particulièrement marquée dans les clairières.Comme on a intérêt à conserver la neige sur les montagnes le plus longtemps possible, afin de préserver la végétation des fortes gelées, on doit donc maintenir dans les régions élevées c'es forêts assez épaisses pour arrêter le vent et atténuer l'effet des rayons solaires, mais en même temps assez claires pour laisser la neige tomber jusqu'au sol.C'est ainsi que la futaie de résineux, mélangée de hêtres et de bouleaux à feuilles caduques, conserve plus longtemps la neige que la futaie de pins, sapins et épicéas.Les victimes des fauves dans l'Inde.Malgré une chasse de plus en plus énergique, le nombre des personnes victimes des fauves dans l'Inde anglaise est toujours aussi considérable; il s'élève à 2.382 pour l'année 1911.Le tigre a tué 882 personnes, le léopard 366, l'ours 428, l'éléphant et l'hyène 77; l'alligator et le crocodile 244, le sanglier 51, le buffle 16, le chien sauvage 24, etc.Les serpents ont causé encore plus de ravages, faisant 22.478 victimes, soit 1.000 de plus que l'année précédente.D'autre part, on estime que, pendant la période 1905-1910, les bêtes sauvages ont détruit 100.000 têtes de bétail.La population étrangère aux États-Unis.D'après le dernier recensement cifectué par le gouvernement américain, le nombre des étrangers résidant aux États-Unis dépasse 13 millions, alors qu'il n'atteignait pas 7 millions en 1880.Les Allemands représentent 17% de ce groupe; les Russes 13%, les Irlandais et les Austro-Hongrois 12, les Italiens 11, les Scandinaves 10, les Anglais 9. Le nombre des Français est minime.La proportion des Allemands a beaucoup diminué; elle était de 29% en 1880; de même la population irlandaise qui, à la même époque, représentait 28%.Enfin, il est à remarquer que dans treize États, dont le New-York, les étrangers forment plus de la moitié de la population; dans seize autres, ils comptent pour une proportion variant du quart à la moitié.Le plus gros des rentiers du mondeOn se souvient de l'attentat de Delhi, dans lequel, l'année dernière, lord Hardinge, le vice-roi des Indes, fut grièvement blessé par l'explosion d'une bombe, alors qu'il faisait son entrée solennelle dans la ville rendue à son ancien rang de capitale. L'homme d'État dut son salut, en bonne partie tout au moins, au sang-froid de l'éléphant, choisi pour sa haute taille et sa docilité, qui le transportait en tête du cortège. Loin de s'épouvanter du fracas de l'explosion qui mettait en fuite plusieurs de ses congénères, le massif pachyderme continua d'avancer de son pas majestueux, et son attitude calma à ce point la panique qui s'emparait déjà de la foule qu'on ne remarqua pas dans l'instant qu'un fonctionnaire installé derrière lord Hardinge et la vice-reine avait été tué sur le coup et qu'une des parois duhowdah(palanquin) était en pièces.Dès son complet rétablissement, le vice-roi tint à rendre visite à la bonne bête. Sa reconnaissance vient de prendre une forme plus substantielle: un décret accorde à l'éléphant le titre et la situation deState pensionner.En sa qualité de pensionnaire de l'État,Timouhrecevra sa vie durant tous les douze mois une somme équivalant à 2.500 francs, suffisante pour lui assurer les services de deuxcoolies(domestiques). Comme il n'a guère que trente ans, et qu'un éléphant vit normalement plus d'un siècle, on peut aisément calculer ce que son dévouement coûtera aux contribuables hindous.Le désarmement... des abeilles.Une curieuse nouvelle nous parvient d'Amérique. On pourrait l'accueillir avec méfiance si le nom dont elle se recommande n'était pas celui d'un des premiers apiculteurs des États-Unis.Après six années de recherches et d'innombrables tentatives infructueuses, M. Louis J. Terrill, de Lawrenceburg (État d'Indiana), a réussi à produire une race d'abeilles sans aiguillon en croisant des reines de l'espèce italienne avec des bourdons de Chypre.M. Terrill a pu prouver que l'élimination du dard se traduit par de précieux avantages: les abeilles sont plus réfractaires aux maladies qui déciment les essaims des espèces communes; elles récoltent une plus grande quantité de nectar et produisent un miel plus savoureux.LA COMMÉMORATION DE DENAINLa victoire de Denain, qui, le 24 juillet 1712, fut, selon l'expression de Michelet, une éclaircie merveilleuse dans le ciel chargé qui obscurcissait la France, était commémorée par un simple monolithe placé dans la campagne sur le territoire d'Haulchin.La statue de Villars, inauguréele 13 juillet, à Denain.--Phot. Lambert.La grande cité industrielle a voulu plus somptueusement honorer la mémoire du maréchal de Villars. Déjà, en 1892, un comité, encouragé par une importante souscription de la ville, s'était formé dans le but d'élever un monument au héros de la grande journée du 24 juillet 1712 qui rendit à la France la fortune des armes, hâta la conclusion de la paix et prépara le traité d'Utrecht. Après le grand cortège historique organisé l'an dernier pour fêter le bicentenaire de la bataille de Denain (voirL'Illustrationdu 3 août 1912), l'oeuvre a été poursuivie et menée à bien, et une belle statue équestre de Villars a pu être inaugurée dimanche sous la présidence de M. le marquis de Vogüé, de l'Académie française, qui est rattaché par les liens du sang au maréchal de Villars.La statue, oeuvre d'un enfant de Denain, M. Henri Gauquié, avait déjà été admirée au Salon des Artistes français, où elle avait obtenu la grande médaille d'honneur. Le piédestal a été dessiné par l'architecte Guillaume.M. Bricout, président du Comité, fit à la ville la remise du monument. Après quoi, en un très beau discours, M. de Vogüé évoqua la glorieuse journée. Des vers furent dits par un mineur poète, M. Jules Mousseron. Puis les troupes de la garnison, commandées par le général Exelmans, défilèrent devant le maréchal de Villars.LE PRIX D'UN MARIAGE ROMPUL'année dernière, le comte Compton, ancien lieutenant aux Royal Horse Guards, élégant cavalier, au masque bronzé, aux cheveux sombres, et, de plus, héritier présomptif d'un des grands noms dupeerage, était présenté à miss Moss qui, sous le nom de Daisy Markham, menue petite personne, douée d'une gentille figure pâlotte, qui brillait, modeste étoile, au firmament des petits théâtres de Londres et même de la province. Elle le captiva. Ils s'aimèrent,--en tout bien tout honneur. Et le jeune gentleman brûlait si bien «pour le bon motif» qu'il promit le mariage à la petite actrice. C'était pour elle un beau rêve.Miss Daisy Markham.--Phot. Foulsham et Banfield.Mais le marquis de Northampton, père du fiancé, fut vite informé d'un engagement qui n'était guère pour lui sourire. Il sermonna. Il fit appel à la raison de son fils contre son coeur. Il eut l'heureuse chance de le persuader. Le comte Compton écrivit la lettre de rupture qu'on lui demanda.Il l'écrivit sans enthousiasme. Elle est tout imprégnée de tendresse contenue, cette suprême épître à «la très chère Daisy». Il y proteste qu'elle demeure la femme qu'il aime et respecte le plus au monde. S'il l'abandonne, c'est pour son bien, en somme, et après avoir bien réfléchi à la vie qu'il lui préparait, aux affronts auxquels elle serait exposée' dans son monde: «Vous ne savez pas, Daisy, comment ces nomméesladiesvous traiteraient, et, réellement, je ne puis me faire à la pensée de vous voir souffrir de telles choses qui, avec votre douce et sensible nature, vous tortureraient.» C'est la lutte cornélienne, enfin, où le devoir l'emporte sur le sentiment. Et il signe, après toutes sortes de bénédictions: «Votre coeur brisé».La petite miss Moss n'en prit pas aussi aisément son parti, et, bien conseillée, sans doute, connaissant d'autre part les lois et coutumes de la vieille Angleterre, elle entama contre l'infidèle une action en rupture de promesse.Sur ces entrefaites, le comte Compton devenait, par la mort de son père, le 16 juin dernier, marquis de Northampton, possesseur de deux des plus beaux châteaux du Royaume-Uni, maître d'un revenu annuel de 3.750.000 francs. Comme l'observait, l'autre semaine, devant le juge du banc du Roi, en présence d'une assistance de choix où des camarades de Daisy Markham coudoyaient d'authentiques pairesses, l'avocat de la «promise» abandonnée, c'était une situation magnifique et le titre de marquise que perdit sa cliente du fait de ce congé.Lord Northampton, sixième du titre, ne contestait pas le dommage. Il l'évaluait même très haut, puisqu'il offrait à son ex-fiancée 50.000 livres de dommages-intérêts,--1.250.000 francs.Le juge a estimé l'indemnité suffisante, et, à la fin d'une audience d'une demi-heure, plaidoiries comprises, il allouait à miss Moss, alias Daisy Markham, ce million et un quart, «la plus forte somme, dit leDaily Mail, qu'une cour anglaise ait jamais allouée dans une action en rupture de promesse».Comme, d'ailleurs, un bonheur n'arrive jamais seul, depuis ce jour, la porte de miss Markham est assiégée par les directeurs de théâtres, grands et petits, qui mettent aux pieds de la délaissée des ponts d'or. MissMarkham fait assez bon marché de ces richesses. Ce qu'elle ambitionne, c'est de se consacrer au grand art, de ne monter désormais que sur des «scènes consacrées».Legitimate stages.UN HOMMAGE A LA GRACEUn monument au corps de ballet de Copenhague:le Puits des Danseuses.Phot. J. Lourberg.Rome n'est plus dans Rome...Depuis des années les Danois nous enlèvent, à prix d'or, avec un très sûr discernement et un goût rare, les plus belles productions de notre art national. Tout récemment, encore, ils achetaient et emportaient plusieurs des oeuvres les plus illustres de l'admirable Carpeaux. Or, les voilà qui, reprenant pour leur compte les aimables traditions de notre dix-huitième siècle, viennent d'ériger à Copenhague, ville accueillante entre toutes, dans le parc du château de Rosenborg, un monument à la Grâce.C'est le «Puits des Danseuses», futile et charmant objet d'art, vain comme tous les bibelots,--car on n'imagine pas les ménagères des environs y venant puiser: mais le sculpteur n'a plus guère, dans notre société moderne, d'occasions de vouer son talent à embellir des oeuvres d'utilité.L'auteur du «Puits des Danseuses», M. Rudolph Tegner, s'est souvenu qu'il était du pays de Thorwaldsen. Et il a fait, à son tour, «de l'antique modernisé». Ses trois figures, drapées légèrement, ont du mouvement et, sans faire oublier leGénie de la Danse, ni quelques autres figures ballantes, doivent être plaisantes à voir, dans l'air subtil du nord.LE CIRCUIT DE PICARDIELe cinquième Grand Prix de l'Automobile-Club de France s'est disputé le 12 juillet sur le circuit de Picardie, établi aux environs d'Amiens avec Longueau comme point de départ. L'épreuve comportait 29 tours d'environ 31 kilomètres et demi, soit un parcours total de 916 kilom. 800 mètres; elle a une fois encore affirmé de façon magnifique la supériorité de l'industrie française.Sur les 9 voitures françaises engagées, 7 ont achevé le parcours; 4 d'entre elles prenant respectivement les places 1, 2, 4, 5. Par contre, sur 11 voitures étrangères parties, 4 seulement se trouvèrent au poteau d'arrivée. Jamais nos constructeurs n'avaient obtenu un résultat aussi catégorique.Le prix a été gagné par Boillot, montant une voiture Peugeot, qui avait déjà triomphé au circuit de Dieppe en 1912. Le vainqueur, battant son record de l'année précédente, effectua le parcours en 7 heures 53 minutes 56 secondes, soit à une vitesse moyenne de 116 kilom. 190 mètres; son camarade Goux, pilotant une voiture de la même marque, se plaçait second à 3 minutes d'intervalle.Ce résultat est d'autant plus appréciable que le circuit de Picardie semblait peu favorable aux grandes vitesses et que le règlement limitait à 20 litres par 100 kilomètres la quantité de carburant dont pouvait disposer chaque concurrent.Le lendemain du Grand Prix des voitures s'est couru sur le même circuit, mais sur la distance réduite de 350 kilomètres, le grand prix des motocyclettes, sidecars et cyclecars.Les concurrents français furent moins heureux; mais les insuccès furent largement compensés par la victoire de Fentou qui atteignit une moyenne de 78 kilomètres à l'heure, sur motocyclette Clément.Au circuit de Picardie: les tribunes pendant la course.Phot. Chusseau-Flaviens.(Agrandissement)Note du transcripteur: Les suppléments mentionnésen titre ne nous ont pas été fournis.
1er RÉGIMENT ÉTRANGER25e COMPAGNIE(Bel-Abbès) MENU du 11 au 17 JuilletMatin 11 Juillet SoirSoupe grasse Potage pâtes d'ItalieBoeuf sauce moutarde Boeuf rôtiNouilles au gratin Salade panachée12 JuilletSoupe paysanne Potage vermicelleBoeuf sauce piquante Ragoût de boeuf aux carottesHaricots blancs à la maître d'hôtelSalade Choux braisés13 Juillet (Dimanche)Potage pâtes d'Italie Soupe grasseBiftecksHaricots verts en salade Boeuf sauce moutardeTomates farciesSalade garnie Riz au grasVin Salade14 Juillet (Menu spécial)RéveilChocolat--BriocheAprès la revueVin blanc--Gâteaux secsDéjeunerOeufs aux anchoisTomates farciesOies rôtiesPommes duchessesSalade russeCrème à la vanilleFromage de LorraineVinCafé--LiqueursCigaresMatin 15 Juillet SoirSoupe à l'oignon Potage tapiocaBoeuf sauce piquante Boeuf rôtiMacaroni sauce tomatesSalade Ragoût de pommes et choux16 JuilletSoupe aux haricots Potage semouleBoeuf en vinaigrette Ragoût de mouton aux pommesPurée de pommesSalade Carottes sauce blanche17 JuilletSoupe légumes Soupe au rizBoeuf sauce Robert Boeuf sauce moutardeHaricots blancs à la BretonneSalade Pommes au four
Il ne semble point vraiment qu'à la légion on puisse se plaindre de la nourriture. Quant aux officiers qui ont à appliquer la discipline, ils forment généralement, par les soins de leur recrutement, un corps d'élite. Il faut donc en finir avec la légende de mauvais traitements qui seraient systématiquement appliqués aux légionnaires et qui rendraient vraiment inexplicable l'afflux ininterrompu des engagements à la légion, par exemple, ceux des Allemands qui désertent pour fuir les brutalités en usage dans l'organisation militaire de l'empire. A chacune des violentes et périodiques campagnes menées contre la légion par la presse allemande, d'anciens légionnaires se sont dressés pour faire eux-mêmes justice de ces attaques,--ces anciens légionnaires que chaque année, à Paris, réunissent des belles fêtes de camaraderie où l'on voit fraterniser officiers, sous-officiers et soldats des régiments étrangers et qui suffisent à prouver, avec le culte que conservent à la légion tous ceux qui y ont honnêtement servi, l'attachement des uns et la reconnaissance des autres.Albéric Cahuet.
Les légionnaires au jardinage, à Saïda.
UNE VISION DU PARIS NOCTURNE, PENDANT LES FÊTES DU 14JUILLET: LES DIVERTISSEMENTS DE QUARTIER.--Phot. L. Gimpel.
Le temps, cette année, n'a guère favorisé les réjouissances du 14 juillet: le lundi, jour de la fête nationale, une pluie inopportune vint par instants troubler les bals des rues et des carrefours. Heureusement, la veille, il avait fait beau, et, des trois soirées consacrées, suivant l'usage, aux divertissements populaires, ce fut celle du dimanche la plus joyeuse, la plus animée. Devant les estrades pavoisées où s'essoufflaient les musiciens, on dansa avec entrain, fort avant dans la nuit, et les obligatoires «chevaux de bois» eurent leur habituel succès: notre photographie, prise sur l'un des emplacements qu'ils ont coutume d'occuper, rue de Médicis, près des jardins du Luxembourg, en donne une pittoresque image, montrant, en contraste, la foule attirée, autour de l'éblouissant manège, par les lumières et le bruit, et le calme bassin où dorment les eaux, éclairées de mouvants reflets.
Le général Hessaptchief et les autres officiers dudétachement bulgare de Salonique.--Phot. de Jessen.
Athènes, 30 juin.
Ce matin, à 11 h. 1/2, M. Venizelos sort en coup de vent du ministère de la Guerre et monte dans sa voiture qui part au galop vers le palais royal. Le président n'a point aujourd'hui l'expression de calme et le sourire qui le caractérisent. Il semble au contraire extrêmement fatigué. Je monte à son bureau pour avoir des nouvelles. Les Bulgares ont attaqué brusquement ce matin, vers 6 heures, toute la ligne grecque de Guevgheli à Elevtheraï. Ils ont occupé plusieurs points. Les troupes grecques ont reculé partout de quelques kilomètres devant cette attaque inattendue. On ne sait pas encore si les Bulgares ont agi de même contre la ligne serbe.
Tout le monde est plus ou moins affolé. Les troupes ont reculé!... Deux compagnies sont cernées à Elevtheraï!... Peu à peu seulement on se rend compte qu'il est bon, au contraire, que la ligne grecque ait été repoussée. Car cela prouve irréfutablement que l'attaque vient du côté bulgare et non du côté grec. Ceux qui se retirent ainsi, non sur un point isolé, mais sur une ligne de plus de 100 kilomètres, ne peuvent être, en effet, des assaillants. D'autant plus qu'ils n'ont reculé qu'un instant et ont ensuite arrêté les Bulgares. S'ils avaient été des assaillants battus, la rupture de leur élan eût provoqué un recul beaucoup plus considérable, une retraite caractérisée, avec poursuite de la part de leurs adversaires. Il est bon pour les Grecs d'avoir des arguments à opposer aux nouvelles tendancieuses que les Bulgares ne vont pas manquer de lancer vers toutes les capitales du monde...
A midi, le président revient du palais. On apprend que le roi partira ce soir à 5 heures pour Salonique où il prendra le commandement de son armée...
M. Venizelos m'a vu, causant avec ses aides de camp. Il me fait dire qu'il veut me parler:
--A l'heure actuelle, me dit-il, je ne veux pas encore prononcer le grand mot de «guerre»... Peut-être nous trouvons-nous de nouveau en face d'événements semblables à ceux de Nigrita ou du Panghaïon... qui sait? En tout cas, si cette guerre, que je n'ai pas voulue, que j'ai tout fait pour éviter, éclate quand même, alors j'espère bien que vous allez reprendre vos fonctions de «correspondant de guerre» et recommencer à envoyer àL'Illustrationdes correspondances dignes de celles que vous lui avez adressées de Macédoine et d'Epire... D'ailleurs, en raison des services queL'Illustrationnous a alors rendus, grâce à vous, nous vous donnerons, cette fois, toutes facilités pour que vous puissiez suivre et voir de près les événements... Et en disantvous, il est bien entendu que je veux dire vous et Mme Leune, car je sais qu'à vous deux vous êtes une unité indivisible! ajoute en souriant le président. Je vous prie de revenir me voir demain. Je pourrai vous dire alors si vous devez partir ou non pour Salonique rejoindre notre armée...»
Au ministère des Affaires étrangères, le ministre, M. Coromilas, tint à me dire aussi l'importance qu'il attachait à me voir suivre de nouveau pourL'Illustrationla campagne qui se préparait. Et il donna immédiatement des ordres pour qu'en cas de départ nous fussions, ma femme et moi, traités de façon toute particulière.
C'est avec une profonde stupeur qu'à 9 heures du soir nous apprenons la dernière grande nouvelle de la journée: la démarche de M. Hadji Mischef, ministre de Bulgarie à Athènes, auprès du gouvernement hellénique. Il est venu, en effet, au nom de son gouvernement, protester énergiquement contre l'attaque injustifiable des troupes bulgares par les troupes grecques. Il a protesté d'autant plus énergiquement, que le cabinet de Sofia avait, d'après lui, des intentions plus pacifiques que jamais. M. Danef n'était-il pas déjà dans le train qui devait le conduire à Saint-Pétersbourg lorsqu'on vint lui annoncer l'incroyable nouvelle!
Quel travestissement des faits!
...A minuit, à Kephistia, la résidence d'été de tous les Athéniens qui préfèrent la campagne à la mer. Avec M. Vassilopoulos, directeur de la Banque d'Orient, qui nous donne chez lui la plus charmante des hospitalités, nous allons voir à l'hôtel M. Kyros, le directeur du journalHestia, organe du gouvernement. Le téléphone lui aura sans doute apporté quelque nouvelle intéressante.
M, Kyros est naturellement très entouré, car tout le monde est anxieux.
On se demande surtout ce qu'il a dû advenir dans la journée des 1.200 ou 1.300 soldats bulgares qui se trouvaient dans Salonique. Certains prétendent qu'on leur a donné vingt-quatre heures pour quitter la ville.
Une sonnerie de téléphone. On se précipite. M. Kyros a pris les récepteurs. Autour de lui on se groupe en silence.
«... Oui... oui... bien... fait M. Kyros... Alors on ne les a pas laissés partir?... Très bien...»
Maintenant il annonce les nouvelles:
Le roi est parti à 5 heures poux Salonique.
Le général Hessaptchief, attaché militaire représentant le gouvernement bulgare au quartier général grec, est parti dans l'après-midi. Il avait expédié ses bagages dès hier. Dans une lettre au commandant de la place, le général Kalaris, il a expliqué qu'il quittait Salonique parce que son gouvernement lui avait accordé un congé pour Sofia!
Quant aux soldats bulgares, on les a sommés de se rendre. Une partie s'est laissé désarmer, les autres ont voulu résister et ont été pris de force: 1.208 prisonniers bulgares vont demain prendre le chemin d'Ithaque!...
Mardi, 1er juillet.
Hier soir, le ministre de Bulgarie, M. Hadji Mischef, et le consul, M. Stéphanof, ont manqué provoquer de graves incidents au restaurant Avérof où ils dînent d'ordinaire. Le patron les voyant entrer se précipita vers eux:
--Je vous ai préparé un cabinet particulier.
--Pourquoi cela?
--Parce que... parce que... Enfin, vous savez, les gens sont plutôt surexcités ce soir!
--Eh bien, nous dînerons dans la salle commune, et qu'ils y viennent, ceux qui ne seront pas contents, répondirent les deux diplomates à voix très haute, pour être entendus de tous.
Dans la salle, les dîneurs haussèrent les épaules.
... Au ministère des Affaires étrangères, M. Caradja, chef de cabinet du ministre, m'a remis nos «passes d'état-major» qui nous permettront de partir demain matin pour Chalcis et Salonique. Des ordres spéciaux ont été partout donnés nous concernant.
J'ai déjeuné avec le général Eydoux. Il voit cette guerre avec beaucoup de calme et de confiance, car il connaît l'armée qu'il a instruite. Il sait ce dont elle est capable, sous le commandement de son roi. Il sait combien son moral est élevé. C'est-à-dire qu'en faisant, bien entendu, la part des accidents de guerre, toujours possibles, toutes les chances de succès sont pour l'armée grecque.
Et le général Eydoux me fait ressortir encore que l'armée bulgare va se trouver en fort mauvaise posture pour son ravitaillement en vivres et en munitions.
La flotte grecque va, en effet, bloquer Cavalla et Dédé-Agatch, les deux seuls ports par lesquels l'armée bulgare recevait vivres et munitions des pays méditerranéens, et où elle pouvait se constituer des centres d'approvisionnement à proximité de la ligne de combat.
Ces deux ports bloqués, il lui faudra faire venir tout de Bulgarie même, par la ligne ferrée d'Andrinople, car le pays occupé ne peut plus nourrir l'armée qui l'a trop bien pillé et dévasté. Donc une seule ligne ferrée de plusieurs centaines de kilomètres,--300.000 hommes à nourrir, 800 tonnes à transporter chaque jour. Jamais on n'y suffira.
Tandis que les Grecs ont à Salonique même pour deux mois de vivres, constitués par M. l'intendant Bonnier de la mission militaire française, de bonnes routes, des camions automobiles, etc. Leur ravitaillement sera facile.
A 6 heures du soir, on annonce qu'une grande bataille est engagée autour d'Istip entre Serbes et Bulgares, ceux-ci ayant en ligne de 120.000 à 150.000 hommes. C'est tout ce que l'on sait pour le moment...
Je cours aux renseignements, au ministère de la Guerre, où M. Venizelos me fait l'honneur de me recevoir aussitôt.
Comme j'entre chez le président, le ministre de Russie en sort, les sourcils froncés, l'air très mécontent...
--Monsieur Leune, me dit le président, il faut que vous partiez demain matin sans faute. Il est grand temps... Toutes facilités vous seront données. Voici, en attendant, les dernières nouvelles:
«Ce matin, à midi, le ministre de Russie est venu me dire que, M. Danef acceptant d'aller à Saint-Pétersbourg, le gouvernement du tsar m'invitait à m'y rendre également. J'avoue que j'ai souri de la proposition, survenant en un tel moment.--J'accepte, ai-je répondu, mais aux conditions suivantes:
»l° Que la Bulgarie désapprouve officiellement les derniers mouvements de ses troupes;
» 2° Qu'elle retire toutes ses troupes'au delà de la ligne de démarcation fixée dernièrement et conjointement par le colonel Dousmani et le général Ivanof;
» 3° Qu'elle accepte officiellement l'arbitrage obligatoire pour les quatre États et pour toutes les questions relatives au partage;
» 4° Qu'enfin les trois premières conditions soient réalisées avant que les troupes grecques et bulgares soient au contact...
» J'ai dit au ministre de Russie que ces quatre conditions étaient celles que je proposais personnellement, mais que je ne pourrais lui donner de réponseofficielleque ce soir à 7 heures, après avoir pris l'avis du roi et du conseil des ministres. J'ai aussitôt télégraphié au roi, qui a approuvé ma façon de voir. Tout à l'heure le conseil des ministres m'a également approuvé. Je viens donc à l'instant de notifier officiellement au ministre de Russie les conditions précédentes d'acceptation.
» Est-il besoin d'ajouter que je ne crois pas au succès de ma proposition?...»
Et le président m'a longuement, longuement serré la main en me souhaitant d'assister de nouveau à une campagne victorieuse de l'armée hellénique...
Mercredi, 2 juillet.
Ce matin à 6 heures nous avons quitté Kephistia pour nous rendre en voiture à la station de Boïati, où nous devions prendre le train pour Chalcis.
Le train arrive. Un soldat descend, nous aborde. «Vous êtes bien M. Leune, deL'Illustration? Je suis envoyé par M. le colonel Condaratos de l'état-major, qui m'a chargé de veiller à ce que vous ne manquiez de rien.»
Dans le train sont des officiers que nous avons connus en Macédoine ou en Epire, le lieutenant-colonel Antonaropoulos, le capitaine Guytarakos. Ils nous accueillent à bras ouverts.
A Chalcis, un caporal et deux hommes nous attendent avec une voiture pour nous mener au bateau, à bord duquel on nous a retenu une cabine. On s'empresse autour de nous. Le capitaine du port vise nos papiers, un officier du génie surveille l'embarquement de nos bagages. Le capitaine Guytarakos s'occupe de toutes les formalités qui nous concernent. Enfin, à bord, le capitaine nous donne la meilleure cabine, puis nous installe sur la passerelle à côté de lui...
J'ai tenu à mentionner ici tous ces menus détails, afin de montrer combien chacun tient, en nous secondant, à témoigner sa sympathie àL'Illustration... C'est un devoir bien agréable pour moi que de remercier en ces lignes les autorités militaires grecques et tous les officiers que nous avons rencontrés des attentions délicates qu'ils ont eues pour nous...Jean Leune.
Les Grecs, continuant les progrès indiqués dans notre dernier numéro, ont occupé Sérès et Drama, tandis que leur flotte s'emparait de Cavalla, hâtivement évacuée par la garnison bulgare. Des faits extrêmement graves et qui ont, aussitôt connus, provoqué une profonde émotion et une indignation unanime en Europe ont été signalés, à chaque étape, par les commandants hellènes, dans leurs télégrammes au roi Constantin: les Bulgares, obligés de fuir, ont, en abandonnant les villages et les villes occupés par eux, commis sur les populations grecques neutres de véritables crimes contre la civilisation. Ces atrocités ont déjà été signalées en détail au journal leTempspar notre confrère danois M. de Jessen, qui a pu voir lui-même, à Nigrita, une ville pétrolée, détruite, et une partie de la population égorgée et mutilée. Nous pensions qu'il nous aurait été possible de donner, à nos lecteurs, dans ce numéro, la vision de ces tristes spectacles, car M. de Jessen nous avait aussitôt annoncé l'envoi des clichés qu'il avait pris en hâte à Nigrita. Ces clichés nous sont bien parvenus. Mais le développement a montré que l'appareil avait mal fonctionné: les pellicules n'avaient pas été impressionnées, et ce sont ainsi de précieux et irréfutables témoignages qui disparaissent.
Nous avons reçu cette semaine les premières notes de guerre de notre correspondant du côté serbe, M. Alain de Penennrun. Le jeune et brillant officier qui, lors de la campagne de Thrace, suivit, avec l'armée du général Radko Dimitrief, la route de la victoire et qui, de chaque étape, nous envoya de si remarquables relations et croquis, ne pouvait espérer rejoindre à temps en Macédoine l'armée bulgare, en franchissant le cercle des États coalisés. M. Alain de Penennrun a donc pris la route de la Macédoine serbe et, dès son passage à Uskub, il a pu recueillir des informations précises qui confirment ce que, dans notre dernier numéro, nous avons dit des opérations du début de la seconde guerre des Balkans; notre envoyé spécial, dont le dernier télégramme est daté de Gradic, sur la rive gauche de la Bregalnitza, au nord-est d'Istip, et qui doit, à l'heure actuelle, avoir rejoint l'état-major du prince héritier Alexandre, termine, par ces appréciations, sa première lettre:
Cette fois ce n'est plus une campagne un peu pour rire, comme celle de Thrace, où seul l'un des adversaires existait vraiment. Ici, les soldats qui combattent sont véritablement des «gens de guerre», et on le voit bien à l'acharnement extraordinaire que de toutes parts ils déploient dans la lutte. Les pertes sont lourdes et cruelles. Dans l'attaque de nuit seulement où les Bulgares ont véritablement massacré les grand'gardes des Serbes, ceux-ci accusent 3.200 tués ou blessés. L'on sent bien d'ailleurs à l'allure de chacun toute la gravité, tout le poids de la lutte engagée. Ce sont deux grandes armées européennes qui se battent, également instruites, également braves, également mordantes.
Dans les combats que livrent les armées hellènes, le même acharnement se fait jour. Dans l'assaut des positions de Doïran, 5.000 soldats grecs sont tombés. Les Bulgares cependant paraissent donner des signes de lassitude et de fatigue. Ils n'ont plus le même élan qui jadis les jetaient poitrine découverte contre les tranchées turques et malgré leur naturelle bravoure ils luttent à regret, menés par la faction macédonienne de Sofia, contre leurs frères, leurs alliés d'hier. Les Bulgares connaissent maintenant le drapeau blanc et la honte de la reddition. Les 4e et 7e divisions de l'armée du général Kovatchef ont souffert extrêmement; elles ont l'une et l'autre laissé aux Serbes beaucoup de prisonniers. Cependant l'une est la division qui troua le centre turc à Karaagatch, l'autre est celle qui rejeta victorieusement Fakri pacha sur Boulaïr au mois de février dernier. L'un des régiments de la 7e division, le 13e, a été pris et détruit presque en entier à Kotchana; son colonel, et 1.400 soldats sont aujourd'hui prisonniers à Belgrade où ils voisinent avec les Turcs non encore rendus, curieux rapprochement dans la captivité des anciens adversaires.
Non seulement la lutte est chaude entre des ennemis aussi ardents, mais certaines circonstances la rendent plus terrible encore. Les effets du feu de l'infanterie, particulièrement, sont terrifiants, car les hommes des deux partis en campagne, exercés depuis un an, tirent parfaitement, avec un sang-froid merveilleux. L'artillerie ne le cède en rien comme justesse. Mais elle a les plus grandes peines à manoeuvrer dans ces terrains difficiles. Aussi les pertes de pièces ne sont-elles pas rares, témoins 3 batteries bulgares enlevées par la cavalerie du prince Arsène dans les fonds de la Bregalnitza, témoins aussi les 4 pièces serbes qu'il fallut abandonner près de Krivolak, mais dont héroïquement les servants se sacrifièrent pour avoir le temps de les rendre inutilisables en enlevant les culasses et que l'on reprit d'ailleurs ensuite.
Oui, dès le début, cette guerre apparaît acharnée et sauvage. Les uns et les autres sont de rudes hommes et, de les connaître comme je les connais, me permet de dire que ce sont des adversaires qui se valent...Alain de Penennrun.
Les Serbes, ces derniers jours, ont fortifié toutes leurs positions en repoussant au nord les troupes bulgares de la région de Kustendil qui tentaient de tourner l'aile gauche serbe victorieuse. Cependant que les Roumains, qui avaient achevé leur mobilisation, pénétraient, sans rencontrer de résistance, sur le territoire bulgare et que les Turcs franchissaient les lignes de Tchataldja. Les Roumains ne se sont pas contentés de s'installer dans tout le district, revendiqué par eux, de Fustukaï-Baltchitch, poussant jusqu'à Varna, au sud de ce territoire. Ils ont franchi le Danube sur deux points, au centre et à l'ouest, ont dépassé Rouchtchouk et Rahovo, et jeté leur cavalerie sur la route de Sofia. Les Turcs, après avoir réoccupé les territoires de Thrace qui leur sont attribués par le protocole du traité de Londres, ont passé la frontière Enos-Midia, repris Lule-Bourgas, Bunar-Hissar, Visa et marchent sur Kirk-Kilissé et Andrinople.
PENDANT LA MOBILISATION ROUMAINE.--Arrivée de réservistes à Bucarest.--Phot. Basiliade.
X...-les-Bains.
C'est une petite ville d'Auvergne,--une petite ville presque neuve, édifiée autour de quelques sources très anciennes, bien plus âgées encore que le très vieux petit village aux toits roux qui la surplombe, et qui lui a donné son nom. Les gens des villes viennent là réparer leurs fatigues et, disent-ils, chercher du repos. Sont-ils sincères, et les gens des villes sauraient-ils vivre en un lieu où vraiment on se repose?
Je ne le crois pas; et la preuve que j'ai raison de ne pas le croire, c'est que la Direction du Casino, qui s'y connaît, s'évertue depuis un mois à organiser autour de cette foule avide de silence et de tranquillité le plus de bruit possible. Or, loin qu'on l'en blâme, on lui reprocherait plutôt de manquer d'audace; de ne point offrir, à cette clientèle de citadins fatigués, de suffisantes occasions de se fatiguer davantage. Dès le matin, les «malades» de X...-les-Bains sont, dans le jardin de l'Établissement, guettés par un orchestre. Avant le déjeuner, musique; et musique, après. Le soir, nouveau déchaînement de l'orchestre, autour d'un panneau lumineux où défilent les actualités «mondiales» de la semaine; c'est ce qu'on appelle uncinéma-concert. Tout à côté, le petit théâtre a ouvert ses portes: opéra-comique, opérette, vaudeville et mélodrame s'y succèdent ingénieusement... Et comme nous sommes ici pour nous reposer, on a corsé, si je puis dire, d'émotions supplémentaires celles du spectacle. A chaque entr'acte, une sonnette retentit, et tout le monde sait ce que cela veut dire: c'est l'appel des «petits chevaux» vers lesquels, en attendant les trois coups, se précipitent nos malades. Est-ce tout? Mais non. Il y a la concurrence. A côté et hors du Casino, il y a le Kursaal qui a, lui aussi, son orchestre à jet continu, son cinéma, ses spectacles... Et je rencontre ici des Parisiens qui, le plus sérieusement du monde, se plaignent que cette ville manque de «distractions». Qu'est-ce qu'il leur faut, juste ciel! et est-il possible que la maladie et le besoin de repos rendent injuste à ce point?
Pour moi, j'ai fui les musiques, les spectacles et les petits chevaux, et c'est à la montagne que j'ai demandé de me donner des «distractions».
Elle en procure d'exquises, et de tellement inattendues.. On grimpe... doucement, et bientôt, on a quitté la grand'route où les autos soulèvent la poussière et répandent leurs fumées. Il fait bon. Le chemin, bordé de champs de fraises, est presque doux. Il mène, en s'élevant toujours, au hameau de B... dont j'aperçois là-bas le petit cimetière, le clocher, les maisonnettes trapues, toutes grises, faites de roches cassées. Et l'on a l'impression d'entrer ici dans du silence. Avez-vous remarqué que le calme trop grand des lieuxhabitésa quelque chose d'inquiétant et d'hostile? La plaine, la mer, les bois appellent le silence et il semble que ce silence ajoute à leur grandeur; au contraire, l'esprit souffre de ne percevoir aucun signe de vie, nul bruit humain dans des lieux qui ont été justement créés pour la vie et pour le bruit: une ville, un village, un hameau... Tout se tait. Les chemins sont déserts. A peine ce décor de tristesse s'anime-t-il, çà et là, d'un cri d'oiseau, d'un murmure de source. Et, tout de même, voici qu'au tournant d'un sentier, deux figures apparaissent: c'est un petit gamin dont la face pâlotte se montre à la fenêtre close d'une chaumière; et, plus loin, c'est, au bord d'une fontaine, une très vieille femme qui savonne un peu de linge, avec des gestes las. Elle porte de grosses lunettes bleues, derrière lesquelles sourit avec une espèce de bonhomie tendre sa vieille figure. Nous nous sommes dit bonjour, et nous causons. Elle m'explique qu'à cette heure-ci, tout le monde est aux champs, et qu'on ne rencontre au village que les malades et les infirmes. Et elle rit, en disant cela. Elle dit qu'il faut bien qu'il en soit ainsi, et que «chacun a son tour».
... Une autre vieille. C'est là-haut, dans la forêt que je la trouve, essuyant avec un chiffon le sang qui coule du doigt qu'elle vient d'écorcher en cassant une branche de bois mort. Elle a tendu sur le chemin deux cordes à l'aide desquelles une enfant qui l'accompagne l'aide à lier le chargement de branches qu'elles vont traîner jusqu'au hameau. Dure besogne; car la petite fille a dix ans à peine, et la grand-mère (toute menue et toute cassée) en a soixante-quinze; mais quoi? même au prix d'un peu plus de fatigue et de misère, ne vaut-il pas mieux venir chercher son bois pour rien dans la montagne que de le payer au marchand quarante-quatre sous le quintal? La vieille femme dit ces choses d'une voix chevrotante et douce. Elle non plus ne se plaint pas; et peut-être jamais l'idée ne lui est-elle venue qu'elle eût pu être autre chose au monde que la pauvre petite créature qu'elle est...
L'heure s'avance. J'ai repris, à travers les sapins, le chemin de la ville, je retourne vers les tziganes, lespalaceset les petits chevaux. Un homme grimpe à pas lourds la côte que je descends. Il est jeune encore, proprement vêtu de vêtements pauvres. Des jambières de cuir sont attachées au-dessus de ses gros souliers; et il porte en bandoulière un objet étrange: une cage à mailles noires si fines, si serrées qu'on n'aperçoit pas, tout d'abord, ce qu'elle contient. Un petit cadenas ferme la cage. Je lui dis bonjour, et lui demande ce qu'il porte là. Il me montre... et je recule. Ce sont des vipèresvivantes. En petites phrases brèves et correctes, l'homme m'explique qu'il y a, à la ville voisine, une Faculté des Sciences où l'on a besoin de vipères... mais de vipères vivantes. Et, comme c'est un gibier rare et que, pour chasser ce gibier-là, «il ne faut pas avoir peur», on le paye assez bien...
... Le soir, au Casino, j'ai mal écouté la musique. Je pensais aux leçons de résignation, de sagesse, de courage que ces humbles m'avaient données. Je me disais qu'ils sont, en France, des millions d'êtres humains qui, chaque jour, à leur insu, nous les donnent, ces leçons-là; et qu'il est bien fâcheux que le Paysan français ne soit pas encore classé par Baedeker au nombre des spectacles... qu'il faut voir!Un Parisien.
Examens et concours.--Les examens oraux du concours d'admission à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr se continueront aux dates suivantes: Paris (candidats de la province), les24 et 30 juilletau lycée Saint-Louis.
Congres.--Un congrès international pour la protection de l'enfance se tiendra à Bruxelles du23 au 26 juillet.
Expositions artistiques.--Paris: hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné), promenades et jardins de Paris.--Galerie Lévesque (109, faubourg Saint-Honoré): oeuvres de Thomas Couture (clôture le26 juillet).--Province: Brest (exposition de l'ouest de la France), expositions à Vichy, Langres, Douai.--Étranger: expositions à Spa, Ostende, Florence, Gand.
Concours hippiques.--Le concours hippique de Boulogne-sur-Mer, dont les épreuves ont commencé le18 juillet, se terminera le27 juillet; le21 juillet, arrivée des concurrents du raid militaire (parcours de 400 kilomètres), le 22, sauts d'obstacles.
Sports.--Courses de chevaux: le19 juillet, le Tremblay; le20, Saint-Cloud, Aix-les-Bains, Ostende; le21, Saint-Ouen, Ostende; le22, Compiègne; le23, le Tremblay; le24, Maisons-Laffitte; le25, Compiègne; le 26, le Tremblay.--Automobile: le27 juillet, coupe internationale des motocyclettes au Mans.--Cyclisme: au Vélodrome Buffalo, le20 juilletaprès-midi, challenge de la vie au grand air, course d'une heure; le24, soir, Grand Prix national; course de primes, course de 50 kilomètres.--Yachting-automobile: du10au27 juillet, semaine de yachting du Havre.--Aviation: le20 juillet, à l'aérodrome de Port-Aviation (Juvisy), match Brindejonc des Moulinais-Audemars.--Armes: le tournoi d'escrime de Vittel, commencé le18 juillet, se continuera les10 et 20 juillet.--Tennis: du21 au 27 juillet, tournoi annuel à Compiègne.--Athlétisme: le20 juillet, à Maisons-Laffitte, réunion annuelle inter-clubs.
Le peintre Gaston La Touche, dont maintes compositions égayèrent de leur mouvement irrésistible, de leur délicate ironie, de leurs couleurs chantantes, les pages de ce journal, vient d'être emporté prématurément, dans la nuit de samedi à dimanche dernier, par une foudroyante attaque, en pleine vigueur, en plein talent, en plein succès, à l'âge de cinquante-neuf ans.
Le peintre Gaston La Touche dans son jardinde Saint-Cloud.--Phot. H. Manuel.
Né à Saint-Cloud où--dans une maison souriante, hospitalière à quiconque tenait l'ébauchoir, le pinceau ou la plume, sans parler de nombre d'admirateurs vite devenus des amis--s'est écoulée à peu près toute sa vie, Gaston La Touche était le Parisien, dans le sens le meilleur du mot, brillant, spirituel, et d'une bienveillance de coeur qui remettait à chaque instant dans les mémoires la boutade d'un boulevardier célèbre, s'émerveillant que l'un de ses amis, avec tant d'esprit, fût si bon: c'est lui--l'intéressé le rappelait gentiment au lendemain de sa mort--qui, n'ayant à se louer qu'à demi d'un article panaché de louanges et de réserves, adressait, bon enfant, mais prompt à la riposte, à son critique la moitié de sa carte de visite avec ces mots: «Pour une moitié de compliments, une moitié de remerciements.»
Gaston La Touche, en effet, n'avait pas rencontré sans lutte la vogue.
D'abord, il s'était cherché longtemps. Élève d'Edouard Manet, dont son oeuvre, en sa dernière période, apparaît si lointaine, il avait un moment essayé de la sculpture, puis, au renouveau du succès de l'eau-forte et de la pointe sèche, grava des planches curieuses.
Mais ses dons natifs, son tempérament, sa nature de vrai peintre, de lettré, d'artiste, allaient se manifester surtout plus tard, après des années d'ardent et consciencieux labeur, dans ces toiles si décoratives d'allure, si ingénieuses d'invention, si allègres de couleur, que le public, après la critique, avait pris bien vite l'habitude de désigner de ce titre pimpant: «fêtes galantes». C'était les placer directement sous l'égide du suave et frémissant Watteau. L'instinct des foules, ici, ne se trompait pas: Gaston La Touche était de la' pure lignée des classiques français du dix-huitième siècle, des Fragonard, des Lancret et du grand poète de l'Embarquement pour Cythère. Il l'était dans son âme, plus que dans sa manière d'interpréter, car nulle trace de pastiche, au fond, ne se peut relever dans ces oeuvres vibrantes, chaudes, pleines de belle humeur, de vie, mais bien de leur temps. Il n'oubliait point qu'il avait fréquenté l'atelier Manet, et les audaces de coloriste de M. Albert Besnard l'avaient séduit au passage.
Ses sujets favoris étaient, sous de nobles futaies dorées par l'automne, des baigneuses lascives, livrant des corps ambrés aux caresses d'un sombre bassin où des jets d'eau égrènent leurs pierreries multicolores; des nymphes souples, dont un faune indiscret venait troubler les ébats, ou bien le passage de quelque cortège de théâtre, de quelque mascarade en chaises à porteurs, en palanquins hindous; ou encore, dans de précieux salons aux ors éteints, quelque Cydalise désoeuvrée, rêveuse, lutinant un sapajou favori, ou mirant dans «l'eau morte par l'ennui dans son cadre gelée» d'un vieux miroir terni, des atours de bal paré. Mais le peintre apportait à varier ces thèmes, souvent proches parents, tant d'ingéniosité, de fantaisie inventive, et, dans l'exécution, une si parfaite habileté qu'on éprouvait en les rencontrant le plaisir sans cesse renouvelé de la découverte.G. B.
Les philosophes et les poètes nous donnent, cette année, des livres sur la mort. On ne s'en étonnera pas. La mort, depuis dix mois, est, si j'ose dire, la plus vivante des actualités. On ne parle que d'elle. Il y a tout près de nous des peuples qui s'entr'égorgent, sans lassitude, et l'on perçoit, à l'aube et dans les crépuscules, le cri des hécatombes humaines. La mort est, plus que jamais, à l'ordre du jour de nos méditations, la mort dans l'apothéose de la victoire ou dans la misère de la défaite, la mort fin d'énergie ou fin d'amour, espoir ou négation, résurrection ou néant, ombre ou lumière.
Un philosophe, il y a peu de semaines, s'essayait à soulever le manteau noir de l'Inconnue et nous conviait à fixer son visage. Il n'est pas effrayant, ce visage, nous disait Maurice Maeterlinck. Accoutumez-vous à le regarder en face, vous le contemplerez vite sans tristesse, vous lui sourirez bientôt comme à un ami. Et l'on sentait que Maeterlinck avait bien à cette minute la conscience qu'il s'adressait à un public d'Occident, car la mort vit dans l'intimité des âmes orientales. On lui fait une place d'honneur aux foyers asiatiques et les Célestes ont moins souci de parer le lit où ils passent que le cercueil où ils resteront. La mort n'effraie pas tout le monde. Et si les philosophes en discutent avec sérénité, il n'est pas rare que les poètes en parlent avec amour.
Ce n'est point tout à fait, sans doute, le cas de Mme la comtesse de Noailles. Le poète admirable du «Cour innombrable», des «Éblouissements», du «Visage émerveillé», de «la Domination», ne peut, en son panthéisme passionné, souhaiter la fin de cette joie multiple et divine de vivre. Mais elle prévoit, sans tristesse, la fin inévitable d'une ardeur qui, par ses épuisantes intensités, lui fait parfois désirer le repos, l'immobilité qui seraient infinis. L'idée de mort hante chacune de ses pensées et chante en leitmotiv dans chacun des poèmes de son dernier recueil: lesVivants et les Morts(1). Vous ne vous étonnerez point si l'expression, chez ce grand poète et ce merveilleux artiste, est toujours grande, large, noble, et constamment élevée aux cimes sur l'élan du rythme. Naturellement, car ce poète est femme, la passion et la mort sont liées toujours, comme dans une étreinte obligée. La passion prévoit et attend la mort, qui est plus souvent encore la fin de l'extase que la fin de l'être. Car, si l'extase survit, l'être est encore vivant.
Note 1: Arthème Fayard, éditeur, 3 fr. 50.
Tu vis, je bois l'azur qu'épanche ton visage,Ton rire me nourrit comme d'un blé plus fin.Je ne sais pas le jour où moins sûr et moins sageTu me feras mourir de faim.Solitaire, nomade et toujours étonnée,Je n'ai pas d'avenir et je n'ai pas de toit.J'ai peur de la maison, de l'heure et de l'annéeOù je devrai souffrir de toi.Même quand je te vois dans l'air qui m'environne,Quand tu sembles meilleur que mon coeur ne rêva,Quelque chose de toi sans cesse m'abandonne,Car rien qu'en vivant tu t'en vas.Tu t'en vas, et je suis comme ces chiens farouchesQui, le front sur le sable où luit un soleil blanc,Cherchent à retenir dans leur errante boucheL'ombre d'un papillon volant.Ne bouge plus, ton souffle impatient, tes gestesRessemblent à la source écartant les roseauxTout est aride et nu hors de mon âme, resteDans l'ouragan de mon repos!Hélas! Quand ton élan, quand ton départ m'oppresse,Quand je ne peux t'avoir dans l'espace où tu cours,Je songe à la terrible et funèbre paresseQui viendra t'engourdir un jour.Mais puisque tout survit, que rien de nous ne passe,Je songe, sous les cieux où la nuit va venir,A cette éternité du temps et de l'espaceDont tu ne pourras pas sortir.
Tu vis, je bois l'azur qu'épanche ton visage,Ton rire me nourrit comme d'un blé plus fin.Je ne sais pas le jour où moins sûr et moins sageTu me feras mourir de faim.Solitaire, nomade et toujours étonnée,Je n'ai pas d'avenir et je n'ai pas de toit.J'ai peur de la maison, de l'heure et de l'annéeOù je devrai souffrir de toi.Même quand je te vois dans l'air qui m'environne,Quand tu sembles meilleur que mon coeur ne rêva,Quelque chose de toi sans cesse m'abandonne,Car rien qu'en vivant tu t'en vas.Tu t'en vas, et je suis comme ces chiens farouchesQui, le front sur le sable où luit un soleil blanc,Cherchent à retenir dans leur errante boucheL'ombre d'un papillon volant.Ne bouge plus, ton souffle impatient, tes gestesRessemblent à la source écartant les roseauxTout est aride et nu hors de mon âme, resteDans l'ouragan de mon repos!Hélas! Quand ton élan, quand ton départ m'oppresse,Quand je ne peux t'avoir dans l'espace où tu cours,Je songe à la terrible et funèbre paresseQui viendra t'engourdir un jour.Mais puisque tout survit, que rien de nous ne passe,Je songe, sous les cieux où la nuit va venir,A cette éternité du temps et de l'espaceDont tu ne pourras pas sortir.
Tu vis, je bois l'azur qu'épanche ton visage,
Ton rire me nourrit comme d'un blé plus fin.
Je ne sais pas le jour où moins sûr et moins sage
Tu me feras mourir de faim.
Solitaire, nomade et toujours étonnée,
Je n'ai pas d'avenir et je n'ai pas de toit.
J'ai peur de la maison, de l'heure et de l'année
Où je devrai souffrir de toi.
Même quand je te vois dans l'air qui m'environne,
Quand tu sembles meilleur que mon coeur ne rêva,
Quelque chose de toi sans cesse m'abandonne,
Car rien qu'en vivant tu t'en vas.
Tu t'en vas, et je suis comme ces chiens farouches
Qui, le front sur le sable où luit un soleil blanc,
Cherchent à retenir dans leur errante bouche
L'ombre d'un papillon volant.
Ne bouge plus, ton souffle impatient, tes gestes
Ressemblent à la source écartant les roseaux
Tout est aride et nu hors de mon âme, reste
Dans l'ouragan de mon repos!
Hélas! Quand ton élan, quand ton départ m'oppresse,
Quand je ne peux t'avoir dans l'espace où tu cours,
Je songe à la terrible et funèbre paresse
Qui viendra t'engourdir un jour.
Mais puisque tout survit, que rien de nous ne passe,
Je songe, sous les cieux où la nuit va venir,
A cette éternité du temps et de l'espace
Dont tu ne pourras pas sortir.
Cette idée de survie du mort dans la pensée et par la volonté des vivants précise son expression dans ces vers:
Mon ami, vous mourrez, votre pensive têteDispersera son feu,Mais vous serez encore vivant comme vous êtesSi je survis un peu.Un autre coeur au vôtre a pris tant de lumièreEt de si beaux contours,Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la première,Je prolonge vos jours.Le souffle de la vie entre deux coeurs peut êtreSi dûment mélangéQue l'un peut demeurer et l'autre disparaîtreSans que rien soit changé.
Mon ami, vous mourrez, votre pensive têteDispersera son feu,Mais vous serez encore vivant comme vous êtesSi je survis un peu.Un autre coeur au vôtre a pris tant de lumièreEt de si beaux contours,Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la première,Je prolonge vos jours.Le souffle de la vie entre deux coeurs peut êtreSi dûment mélangéQue l'un peut demeurer et l'autre disparaîtreSans que rien soit changé.
Mon ami, vous mourrez, votre pensive tête
Dispersera son feu,
Mais vous serez encore vivant comme vous êtes
Si je survis un peu.
Un autre coeur au vôtre a pris tant de lumière
Et de si beaux contours,
Que si ce n'est pas moi qui m'en vais la première,
Je prolonge vos jours.
Le souffle de la vie entre deux coeurs peut être
Si dûment mélangé
Que l'un peut demeurer et l'autre disparaître
Sans que rien soit changé.
Et voici encore un vers où la passion, avec quelle superbe violence, dédaigne les fins humaines et fixe l'éternité:
A présent je ne vois, ne sens que ta venue,Je suis le matelot par l'orage assailliQui ne regarde plus que le point de la nueOù la foudre a jailli.Je compte l'âge immense et pesant de la terrePar l'escalier des nuits qui monte à tes aïeuxEt par le temps sans fin où ton corps solitaireDormira sous les cieux.
A présent je ne vois, ne sens que ta venue,Je suis le matelot par l'orage assailliQui ne regarde plus que le point de la nueOù la foudre a jailli.Je compte l'âge immense et pesant de la terrePar l'escalier des nuits qui monte à tes aïeuxEt par le temps sans fin où ton corps solitaireDormira sous les cieux.
A présent je ne vois, ne sens que ta venue,
Je suis le matelot par l'orage assailli
Qui ne regarde plus que le point de la nue
Où la foudre a jailli.
Je compte l'âge immense et pesant de la terre
Par l'escalier des nuits qui monte à tes aïeux
Et par le temps sans fin où ton corps solitaire
Dormira sous les cieux.
Cette contemplation orgueilleuse de la mort qui ne tue pas conduira, d'instinct, le poète sous le dôme des Invalides, devant le sarcophage contenant « cette cendre d'un dieu resté chez les humains».
On contemple effrayé: ce lit pourpre et puissantEnferme ce qui fut votre âme et votre sang,Et vous êtes là, vous, à qui l'on ne peut croireTant vous êtes encor au-dessus de la gloire!
On contemple effrayé: ce lit pourpre et puissantEnferme ce qui fut votre âme et votre sang,Et vous êtes là, vous, à qui l'on ne peut croireTant vous êtes encor au-dessus de la gloire!
On contemple effrayé: ce lit pourpre et puissant
Enferme ce qui fut votre âme et votre sang,
Et vous êtes là, vous, à qui l'on ne peut croire
Tant vous êtes encor au-dessus de la gloire!
Ainsi chante sans résignation, mais avec une acceptation hautaine, et qui parfois semble un défi, le poète de la mort. Le poète de la vie, ivre de la passion de vivre, n'admet point qu'une prudence doive modérer l'élan qui l'emporte:
J'accepte le bonheur comme une austère joie,Comme un danger robuste, actif et surhumain;J'obéis en soldat que la Victoire emploieA mourir en chemin.Le bonheur, si criblé de balles et d'entaillesQue ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs osViennent rêver, le soir, sur les champs de batailleOù gisent les héros.
J'accepte le bonheur comme une austère joie,Comme un danger robuste, actif et surhumain;J'obéis en soldat que la Victoire emploieA mourir en chemin.Le bonheur, si criblé de balles et d'entaillesQue ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs osViennent rêver, le soir, sur les champs de batailleOù gisent les héros.
J'accepte le bonheur comme une austère joie,
Comme un danger robuste, actif et surhumain;
J'obéis en soldat que la Victoire emploie
A mourir en chemin.
Le bonheur, si criblé de balles et d'entailles
Que ceux qui l'ont connu dans leur chair et leurs os
Viennent rêver, le soir, sur les champs de bataille
Où gisent les héros.
Dans les Passions, dans les Élévations, dans les Tombeaux, nous trouvons la substance philosophique du livre de Mme de Noailles. Les «Climats» s'y intercalent comme une halte claire, harmonieuse et parfumée. Syracuse, les Soirs du Monde, le Port de Palerme, l'Auberge d'Agrigente, les Journées romaines, la Messe de l'aurore à Venise, Un soir en Flandre, le Printemps du Rhin, ont inspiré au poète des ingéniosités descriptives qui parfois nous surprennent un peu par l'audace de leur fantaisie.
Sous un ciel haletant, qui grésille et qui dort,Où chaque fragment d'air fascine comme un disque,Rome, lourde d'été, avec ses obélisquesDressés dans les agrès luisants du soleil d'orTremblait comme un vaisseau qui va quitter le port.
Sous un ciel haletant, qui grésille et qui dort,Où chaque fragment d'air fascine comme un disque,Rome, lourde d'été, avec ses obélisquesDressés dans les agrès luisants du soleil d'orTremblait comme un vaisseau qui va quitter le port.
Sous un ciel haletant, qui grésille et qui dort,
Où chaque fragment d'air fascine comme un disque,
Rome, lourde d'été, avec ses obélisques
Dressés dans les agrès luisants du soleil d'or
Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port.
Le ciel qui dort en grésillant, ce fragment d'air qui fascine comme un disque, ces agrès du soleil qui luisent ne dressent pas des images bien nettes devant nos yeux. Mais il n'en demeure pas moins une sensation de lumière impérieuse, en nous et autour de nous, un éblouissement torride qui reste dans notre cerveau. Et il en est ainsi de tous les poèmes de ce livre dont la flamme ardente monte très haut au-dessus des ombres, de même que, par sa puissante beauté, son art domine les imperfections voulues et l'orgueilleuse indiscipline.Albéric Cahuet.
Le nouveau pont de l'Estacade.
Le président de la République a inauguré ces jours derniers la nouvelle passerelle qui a remplacé l'antique estacade construite à l'entrée du petit bras de la Seine, à quelques mètres en amont du pont Sully.
Cette estacade, destinée à arrêter les glaces en cas de débâcle, ne laissait qu'un passage étroit pour les bateaux dont la manoeuvre était rendue fort difficile par l'intensité du courant. A ce dispositif d'un autre âge on a substitué une passerelle en béton armé reposant sur quatre arches dont deux restent ouvertes en temps normal; les deux autres, celles de la rive gauche, étant condamnées par un réseau d'aiguilles fixes.
Quant aux arches de la rive droite, elles peuvent être rapidement fermées, grâce au! système imaginé par M. Drogue, ingénieur en chef du service de la navigation. Deux caissons flottants en tôle, très résistants, sont tenus en réserve à peu de distance le long d'une berge. A l'approche d'une débâcle, on les remorque jusqu'à la passerelle et on échoue chaque caisson contre les deux piles d'une arche sur des entailles ménagées: à cet effet.
La stabilité est assurée par deux séries d'aiguillesen fer.
Les unes, enfilées directement dans le caisson, vont s'ancrer dans le lit du fleuve. Leur poids est calculé de façon qu'elles continuent à s'enfoncer si le niveau de l'eau vient à baisser, entraînant le caisson qui ne risque pas de rester suspendu au-dessus de l'eau.
Les autres sont enfilées le long du tablier du pont et viennent s'attacher au caisson. Une plaque d'arrêt butant sous le tablier limite leur course et la remontée du caisson sous la poussée d'une crue.
Outre que ce système paraît devoir offrir une résistance considérable à la poussée des glaces qui dépasse parfois 3.000 kilos par mètre linéaire, il permettra de laisser la navigation libre jusqu'au dernier moment. En cas de danger, il suffira de quelques heures pour amener le caisson à la place qu'il devra occuper. Au lieu de le laisser flotter, on le remontera au moyen de treuils contre le tablier pour le descendre et fermer le passage dès que la débâcle se sera suffisamment dessinée en amont.
Le prix de la houille blanche.
Une grande partie du public s'imagine que les chutes d'eau fournissent de la force motrice gratuite; or, les travaux nécessaires pour capter et utiliser la puissance hydraulique entraînent des frais considérables, susceptibles de varier dans de très fortes proportions.
Le prix d'installation dépend d'abord de la hauteur et du débit de la chute; en général, les chutes hautes et à débit réduit sont plus avantageuses que les chutes basses à débit énorme.
Ainsi, à Jonage (France), une chute de 12 mètres, fournissant 100 mètres cubes par seconde, donne une puissance de 12.000 chevaux, et le prix de l'installation ressort à 1.800 francs par cheval.
Au contraire, à Méran (Autriche), une chute de 60 mètres, débitant seulement 9 à 15 mètres par seconde, donne une puissance de 8.000 chevaux, et le prix du cheval ne dépasse pas 400 francs. De même, à l'usine de la Praz, une chute de 78 mètres débitant 12 mètres fournit une puissance de 12.500 chevaux, et le prix d'installation du cheval est seulement de 212 francs.
Ces quelques chiffres montrent que l'aménagement d'une chute d'eau constitue toujours, au point de vue du rendement, un problème délicat.
Influence de la foret sur la neige.
La neige couvrant le sol fond d'autant plus vite que l'évaporation et la température sont plus élevées, et l'on sait depuis longtemps que la forêt contrarie ces deux phénomènes. Mais on n'avait pas encore songé à chiffrer cette influence.
M. Church, directeur de l'observatoire du Mont-Rose de la Nevada, à la suite d'observations portant sur 36 stations, a formulé des conclusions intéressantes.
Un versant boisé renfermait une couche de neige double de celle de la partie non boisée du même versant; l'abondance était particulièrement marquée dans les clairières.
Comme on a intérêt à conserver la neige sur les montagnes le plus longtemps possible, afin de préserver la végétation des fortes gelées, on doit donc maintenir dans les régions élevées c'es forêts assez épaisses pour arrêter le vent et atténuer l'effet des rayons solaires, mais en même temps assez claires pour laisser la neige tomber jusqu'au sol.
C'est ainsi que la futaie de résineux, mélangée de hêtres et de bouleaux à feuilles caduques, conserve plus longtemps la neige que la futaie de pins, sapins et épicéas.
Les victimes des fauves dans l'Inde.
Malgré une chasse de plus en plus énergique, le nombre des personnes victimes des fauves dans l'Inde anglaise est toujours aussi considérable; il s'élève à 2.382 pour l'année 1911.
Le tigre a tué 882 personnes, le léopard 366, l'ours 428, l'éléphant et l'hyène 77; l'alligator et le crocodile 244, le sanglier 51, le buffle 16, le chien sauvage 24, etc.
Les serpents ont causé encore plus de ravages, faisant 22.478 victimes, soit 1.000 de plus que l'année précédente.
D'autre part, on estime que, pendant la période 1905-1910, les bêtes sauvages ont détruit 100.000 têtes de bétail.
La population étrangère aux États-Unis.
D'après le dernier recensement cifectué par le gouvernement américain, le nombre des étrangers résidant aux États-Unis dépasse 13 millions, alors qu'il n'atteignait pas 7 millions en 1880.
Les Allemands représentent 17% de ce groupe; les Russes 13%, les Irlandais et les Austro-Hongrois 12, les Italiens 11, les Scandinaves 10, les Anglais 9. Le nombre des Français est minime.
La proportion des Allemands a beaucoup diminué; elle était de 29% en 1880; de même la population irlandaise qui, à la même époque, représentait 28%.
Enfin, il est à remarquer que dans treize États, dont le New-York, les étrangers forment plus de la moitié de la population; dans seize autres, ils comptent pour une proportion variant du quart à la moitié.
Le plus gros des rentiers du monde
On se souvient de l'attentat de Delhi, dans lequel, l'année dernière, lord Hardinge, le vice-roi des Indes, fut grièvement blessé par l'explosion d'une bombe, alors qu'il faisait son entrée solennelle dans la ville rendue à son ancien rang de capitale. L'homme d'État dut son salut, en bonne partie tout au moins, au sang-froid de l'éléphant, choisi pour sa haute taille et sa docilité, qui le transportait en tête du cortège. Loin de s'épouvanter du fracas de l'explosion qui mettait en fuite plusieurs de ses congénères, le massif pachyderme continua d'avancer de son pas majestueux, et son attitude calma à ce point la panique qui s'emparait déjà de la foule qu'on ne remarqua pas dans l'instant qu'un fonctionnaire installé derrière lord Hardinge et la vice-reine avait été tué sur le coup et qu'une des parois duhowdah(palanquin) était en pièces.
Dès son complet rétablissement, le vice-roi tint à rendre visite à la bonne bête. Sa reconnaissance vient de prendre une forme plus substantielle: un décret accorde à l'éléphant le titre et la situation deState pensionner.
En sa qualité de pensionnaire de l'État,Timouhrecevra sa vie durant tous les douze mois une somme équivalant à 2.500 francs, suffisante pour lui assurer les services de deuxcoolies(domestiques). Comme il n'a guère que trente ans, et qu'un éléphant vit normalement plus d'un siècle, on peut aisément calculer ce que son dévouement coûtera aux contribuables hindous.
Le désarmement... des abeilles.
Une curieuse nouvelle nous parvient d'Amérique. On pourrait l'accueillir avec méfiance si le nom dont elle se recommande n'était pas celui d'un des premiers apiculteurs des États-Unis.
Après six années de recherches et d'innombrables tentatives infructueuses, M. Louis J. Terrill, de Lawrenceburg (État d'Indiana), a réussi à produire une race d'abeilles sans aiguillon en croisant des reines de l'espèce italienne avec des bourdons de Chypre.
M. Terrill a pu prouver que l'élimination du dard se traduit par de précieux avantages: les abeilles sont plus réfractaires aux maladies qui déciment les essaims des espèces communes; elles récoltent une plus grande quantité de nectar et produisent un miel plus savoureux.
La victoire de Denain, qui, le 24 juillet 1712, fut, selon l'expression de Michelet, une éclaircie merveilleuse dans le ciel chargé qui obscurcissait la France, était commémorée par un simple monolithe placé dans la campagne sur le territoire d'Haulchin.
La statue de Villars, inauguréele 13 juillet, à Denain.--Phot. Lambert.
La grande cité industrielle a voulu plus somptueusement honorer la mémoire du maréchal de Villars. Déjà, en 1892, un comité, encouragé par une importante souscription de la ville, s'était formé dans le but d'élever un monument au héros de la grande journée du 24 juillet 1712 qui rendit à la France la fortune des armes, hâta la conclusion de la paix et prépara le traité d'Utrecht. Après le grand cortège historique organisé l'an dernier pour fêter le bicentenaire de la bataille de Denain (voirL'Illustrationdu 3 août 1912), l'oeuvre a été poursuivie et menée à bien, et une belle statue équestre de Villars a pu être inaugurée dimanche sous la présidence de M. le marquis de Vogüé, de l'Académie française, qui est rattaché par les liens du sang au maréchal de Villars.
La statue, oeuvre d'un enfant de Denain, M. Henri Gauquié, avait déjà été admirée au Salon des Artistes français, où elle avait obtenu la grande médaille d'honneur. Le piédestal a été dessiné par l'architecte Guillaume.
M. Bricout, président du Comité, fit à la ville la remise du monument. Après quoi, en un très beau discours, M. de Vogüé évoqua la glorieuse journée. Des vers furent dits par un mineur poète, M. Jules Mousseron. Puis les troupes de la garnison, commandées par le général Exelmans, défilèrent devant le maréchal de Villars.
L'année dernière, le comte Compton, ancien lieutenant aux Royal Horse Guards, élégant cavalier, au masque bronzé, aux cheveux sombres, et, de plus, héritier présomptif d'un des grands noms dupeerage, était présenté à miss Moss qui, sous le nom de Daisy Markham, menue petite personne, douée d'une gentille figure pâlotte, qui brillait, modeste étoile, au firmament des petits théâtres de Londres et même de la province. Elle le captiva. Ils s'aimèrent,--en tout bien tout honneur. Et le jeune gentleman brûlait si bien «pour le bon motif» qu'il promit le mariage à la petite actrice. C'était pour elle un beau rêve.
Miss Daisy Markham.--Phot. Foulsham et Banfield.
Mais le marquis de Northampton, père du fiancé, fut vite informé d'un engagement qui n'était guère pour lui sourire. Il sermonna. Il fit appel à la raison de son fils contre son coeur. Il eut l'heureuse chance de le persuader. Le comte Compton écrivit la lettre de rupture qu'on lui demanda.
Il l'écrivit sans enthousiasme. Elle est tout imprégnée de tendresse contenue, cette suprême épître à «la très chère Daisy». Il y proteste qu'elle demeure la femme qu'il aime et respecte le plus au monde. S'il l'abandonne, c'est pour son bien, en somme, et après avoir bien réfléchi à la vie qu'il lui préparait, aux affronts auxquels elle serait exposée' dans son monde: «Vous ne savez pas, Daisy, comment ces nomméesladiesvous traiteraient, et, réellement, je ne puis me faire à la pensée de vous voir souffrir de telles choses qui, avec votre douce et sensible nature, vous tortureraient.» C'est la lutte cornélienne, enfin, où le devoir l'emporte sur le sentiment. Et il signe, après toutes sortes de bénédictions: «Votre coeur brisé».
La petite miss Moss n'en prit pas aussi aisément son parti, et, bien conseillée, sans doute, connaissant d'autre part les lois et coutumes de la vieille Angleterre, elle entama contre l'infidèle une action en rupture de promesse.
Sur ces entrefaites, le comte Compton devenait, par la mort de son père, le 16 juin dernier, marquis de Northampton, possesseur de deux des plus beaux châteaux du Royaume-Uni, maître d'un revenu annuel de 3.750.000 francs. Comme l'observait, l'autre semaine, devant le juge du banc du Roi, en présence d'une assistance de choix où des camarades de Daisy Markham coudoyaient d'authentiques pairesses, l'avocat de la «promise» abandonnée, c'était une situation magnifique et le titre de marquise que perdit sa cliente du fait de ce congé.
Lord Northampton, sixième du titre, ne contestait pas le dommage. Il l'évaluait même très haut, puisqu'il offrait à son ex-fiancée 50.000 livres de dommages-intérêts,--1.250.000 francs.
Le juge a estimé l'indemnité suffisante, et, à la fin d'une audience d'une demi-heure, plaidoiries comprises, il allouait à miss Moss, alias Daisy Markham, ce million et un quart, «la plus forte somme, dit leDaily Mail, qu'une cour anglaise ait jamais allouée dans une action en rupture de promesse».
Comme, d'ailleurs, un bonheur n'arrive jamais seul, depuis ce jour, la porte de miss Markham est assiégée par les directeurs de théâtres, grands et petits, qui mettent aux pieds de la délaissée des ponts d'or. Miss
Markham fait assez bon marché de ces richesses. Ce qu'elle ambitionne, c'est de se consacrer au grand art, de ne monter désormais que sur des «scènes consacrées».Legitimate stages.
Un monument au corps de ballet de Copenhague:le Puits des Danseuses.Phot. J. Lourberg.
Rome n'est plus dans Rome...
Depuis des années les Danois nous enlèvent, à prix d'or, avec un très sûr discernement et un goût rare, les plus belles productions de notre art national. Tout récemment, encore, ils achetaient et emportaient plusieurs des oeuvres les plus illustres de l'admirable Carpeaux. Or, les voilà qui, reprenant pour leur compte les aimables traditions de notre dix-huitième siècle, viennent d'ériger à Copenhague, ville accueillante entre toutes, dans le parc du château de Rosenborg, un monument à la Grâce.
C'est le «Puits des Danseuses», futile et charmant objet d'art, vain comme tous les bibelots,--car on n'imagine pas les ménagères des environs y venant puiser: mais le sculpteur n'a plus guère, dans notre société moderne, d'occasions de vouer son talent à embellir des oeuvres d'utilité.
L'auteur du «Puits des Danseuses», M. Rudolph Tegner, s'est souvenu qu'il était du pays de Thorwaldsen. Et il a fait, à son tour, «de l'antique modernisé». Ses trois figures, drapées légèrement, ont du mouvement et, sans faire oublier leGénie de la Danse, ni quelques autres figures ballantes, doivent être plaisantes à voir, dans l'air subtil du nord.
Le cinquième Grand Prix de l'Automobile-Club de France s'est disputé le 12 juillet sur le circuit de Picardie, établi aux environs d'Amiens avec Longueau comme point de départ. L'épreuve comportait 29 tours d'environ 31 kilomètres et demi, soit un parcours total de 916 kilom. 800 mètres; elle a une fois encore affirmé de façon magnifique la supériorité de l'industrie française.
Sur les 9 voitures françaises engagées, 7 ont achevé le parcours; 4 d'entre elles prenant respectivement les places 1, 2, 4, 5. Par contre, sur 11 voitures étrangères parties, 4 seulement se trouvèrent au poteau d'arrivée. Jamais nos constructeurs n'avaient obtenu un résultat aussi catégorique.
Le prix a été gagné par Boillot, montant une voiture Peugeot, qui avait déjà triomphé au circuit de Dieppe en 1912. Le vainqueur, battant son record de l'année précédente, effectua le parcours en 7 heures 53 minutes 56 secondes, soit à une vitesse moyenne de 116 kilom. 190 mètres; son camarade Goux, pilotant une voiture de la même marque, se plaçait second à 3 minutes d'intervalle.
Ce résultat est d'autant plus appréciable que le circuit de Picardie semblait peu favorable aux grandes vitesses et que le règlement limitait à 20 litres par 100 kilomètres la quantité de carburant dont pouvait disposer chaque concurrent.
Le lendemain du Grand Prix des voitures s'est couru sur le même circuit, mais sur la distance réduite de 350 kilomètres, le grand prix des motocyclettes, sidecars et cyclecars.
Les concurrents français furent moins heureux; mais les insuccès furent largement compensés par la victoire de Fentou qui atteignit une moyenne de 78 kilomètres à l'heure, sur motocyclette Clément.
Au circuit de Picardie: les tribunes pendant la course.Phot. Chusseau-Flaviens.
(Agrandissement)
Note du transcripteur: Les suppléments mentionnésen titre ne nous ont pas été fournis.