CE QU'IL FAUT VOIR

CE QU'IL FAUT VOIRPETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARISJ'ai reçu, cette semaine, les doléances, d'ailleurs fort courtoises, d'un étranger qui est venu montrer Paris à ses enfants, à l'occasion des vacances de la Toussaint, et qui me déclare avoir rapporté une assez fâcheuse impression d'une promenade qu'il a faite avec eux au Jardin des Plantes. Cet étranger, qui aime et qui admire Paris, n'y était pas revenu depuis un assez grand nombre d'années. Entré au Muséum par la porte principale de la place Valhubert, du côté de la Seine, il s'est dirigé vers la partie des jardins où le portaient ses souvenirs de jeunesse: vers les cages des animaux féroces et des oiseaux de proie, la grande volière et le pavillon des reptiles, la fosse aux ours et la rotonde des «grands animaux». Il reconnaît que le spectacle donné aux hommes par tant de bêtes assemblées n'est pas moins intéressant aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois; mais il a trouvé minable, en général, l'aspect des bâtiments où ces bêtes sont logées; il lui a semblé, me dit-il, que cette riche exposition était un peu compromise aux yeux du passant par la pauvreté de son décor. Ce fut sa première déception. Il en éprouva une autre quand, au seuil des galeries qu'il eût désiré visiter, des gardiens l'arrêtèrent, lui demandant le billet d'entrée qu'il n'avait pas. Et il conclut mécontent: «Le Jardin des Plantes a donc cessé d'être un jardin public?»Eh non, le Jardin des Plantes est bien un jardin public, et c'est même, monsieur, sa faiblesse... Car, si les visiteurs étaient obligés de donner, pour y entrer, un peu d'argent, la vénérable Maison de Guy de Labrosse, de Buffon et de Bernardin de Saint-Pierre serait plus riche. On aurait le moyen d'y loger les animaux aussi somptueusement, au moins, qu'en ces jardins zoologiques payants de l'étranger, dont on nous oppose trop facilement l'exemple. On aurait le moyen d'édifier; on n'a même pas, actuellement, celui de démolir! Et c'est, pour les amis du Muséum, un vrai sujet de tristesse--et presque un sujet d'humiliation--que le spectacle de ces vieilles galeries de la rue Cuvier qu'on utilise encore, tant bien que mal (car telle est la richesse croissante de nos collections qu'il les faut bien entasser où on peut!) et dont les carcasses vermoulues devront rester debout, tant qu'on n'aura pas l'argent qu'il faut pour les jeter par terre...Heureusement, il n'y a pas au Muséum que ces galeries-là: il y a les trois maisons admirables dont mon correspondant se plaint qu'on lui ait interdit l'entrée,--qui est libre deux jours par semaine, et, les autres jours, réservée aux travailleurs, aux personnes qu'effraye le bruit de la foule. Mais à ceux-là est délivrégratuitement, sur leur demande, le billet de famille qui leur permettra de s'instruire le plus commodément du monde, de s'instruire et de s'enthousiasmer au spectacle des richesses les plus étonnantes, des plus rares trésors que le génie humain ait accumulés en aucun musée de l'Univers. Les deux palais de la Zoologie et de l'Anthropologie, de construction relativement récente, le palais de la Géologie, des Minéraux et de la Botanique, dont l'unique galerie, vieille de près d'un siècle, constitue, en sa simplicité, l'un des plus augustes décors qui soient à Paris,--voilà, pour le touriste étranger qui consent à ne pas aimer de Paris que ses boulevards et ses music-halls, l'une des premières choses et des plus nécessaires qui soient à voir! D'autant que pour revenir du Jardin des Plantes aux Champs-Elysées, il y a le bateau,--pour deux sous! Et je vous ai déjà dit le charme unique de cette promenade.** *En attendant le Salon d'automne où nous serons conviés bientôt, diverses petites expositions sollicitent, çà et là, nos curiosités. Je ne vous recommande pas celle des Synchromistes; mais je la signale simplement, et par acquit de conscience, comme j'ai précédemment signalé celles où le cubisme, le futurisme, l'orphisme s'épanouissaient. Les fondateurs de cette école nouvelle en ont exposé la raison d'être et l'objet dans une petite brochure que deux ou trois échantillons de «synchromie» accompagnent. N'essayez pas de comprendre; ce serait une peine inutile. Mais ne vous moquez pas, non plus; car rien ne nous autorise à douter que ces inventeurs d'on ne sait quoi ne soient sincères.** *Retournez plutôt au Louvre. Dans la salle Mollien, affectée à la peinture du dix-septième siècle, vient d'être provisoirement exposé--en attendant que soient constituées les salles d'Orient--le fameux tapis persan provenant de l'ancienne collégiale de Mantes, et récemment acquis par l'État. C'est un morceau unique. Il date de la seconde moitié du dix-septième. Tissé en soies et en laines du coloris le plus somptueux, le tapis de la salle Mollien offre aux yeux l'un des plus splendides échantillons qui soient d'un art où se combinent si curieusement «l'esprit de géométrie» et le sens du pittoresque éperdu. Un pan de toile peinte à l'aquarelle remplace une partie du tapis, coupée... on ne sait quand! Ce n'est pas une des moindres originalités de l'oeuvre, acquise au prix de 30.000 francs.** *Encore une lettre! Celle-ci contient une requête, et tout à fait intéressante. La voici:«... La Comédie-Française aura à sa tête, dans quelques semaines, un nouvel administrateur général; et l'on attend, je crois, de M. Albert Carré, diverses réformes. Oserai-je proposer à son attention bienveillante l'idée d'une innovation très simple, qui ne coûterait rien, qui ne jetterait le désarroi ni dans les traditions ni dans les intérêts, et dont la réalisation serait accueillie avec plaisir non seulement par ceux qui viennent du dehors visiter Paris, mais par ceux qui l'habitent?»Cette innovation consisterait à ouvrir, une fois par semaine, dans la matinée, (c'est-à-dire avant l'heure où le travail des répétitions commence),les coulissesde la Comédie-Française au public, comme on lui ouvre les musées, les châteaux, les monuments «classés». J'entends par les coulisses: la scène et ses abords, les foyers d'artistes et les couloirs, au besoin (avec l'autorisation de ceux-ci) quelques loges de sociétaires. La Comédie-Française n'est pas seulement une très grande maison; elle est, même dans les parties où la foule ne pénètre pas, le plus élégant, le mieux orné, le mieux ordonné de nos théâtres. On sent, dès qu'on y est entré, qu'une tradition auguste habite ces murs-là... Alors, pourquoi ne pas classer les coulisses du Théâtre-Français au nombre des choses «qu'il faut voir» à Paris, ou que, du moins, il est officiellement permis d'y voir?»Je ne sais s'il plaira à M. Albert Carré d'inscrire au programme de la Comédie ce nouveau genre de spectacle... Mais je conviens, en effet, qu'il aurait un succès fou.Un Parisien.AGENDA (8-15 novembre 1913)Conférences.--A la Sorbonne (grand amphithéâtre), le8 novembre, à 8 h. du soir, au cours de la fête de l'Union des Sociétés françaises de sports athlétiques, conférence de Me Henri-Robert, sur l'éducation physique et sportive.--Les lundis à 5 heures, au théâtre Femina, conférences de M. Henry Bidou, critique des «Débats», sur le dix-septième siècle.--Salle Gaveau, (45, rue La Boétie): visions d'art de M. Gervais-Courtellemont, conférences illustrées avec projections en couleurs: le13 novembre, à 3 heures, le Maroc d'hier et d'aujourd'hui; le14, à 9 heures du soir, l'Empire ottoman après la guerre des Balkans.Expositions.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): exposition de la gravure originale en couleurs.--Galerie Haas et Gross (4, rue Édouard-VII), dessins de Romney, inspirés par les oeuvres de Shakespeare.--Galerie Arthur Tooth (41, boulevard des Capucines): tableaux de M. Sidney Adamson.--Galerie La Boétie (6 1/2 bis, rue La Boétie): exposition Henri Valensi.--Galerie Boutet de Monvel (18, rue Tronchet): céramiques de Lachenal.L'exposition d'aviculture.--Au Grand Palais: du12 au. 16 novembre, exposition internationale d'aviculture.Fête de la chanson.--Le12 novembre, au Conservatoire, en soirée, fête de la Chanson française, organisée par MM. Maurice de Féraudy et Xavier Privas.Concerts et auditions.--Le8 novembre, à l'Institut, audition de la cantate de Mlle Lili Boulanger, premier grand prix de Rome de musique.--Le11 novembre, à 8 h. 45 du soir, salle des concerts du Conservatoire, première audition du Salon des musiciens français.Fête.--Le8 novembre, à la Sorbonne, à 8 heures du soir, fête de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques.Sports.--Courses de chevaux: le8 novembre, Saint-Cloud; le 9, Auteuil; le 10, Saint-Cloud; le 11, Saint-Ouen; le 12, Maisons-Laffitte; le 13, Auteuil (prix de Vincennes); le 14, Saint-Cloud; le 15, Vincennes.--Boxe: le 15 novembre, à Luna-Park, match Jeff-Smith-Bernard.LES THÉÂTRESLa presse quotidienne, rendant compte de la représentation de l'Occident, de M. Henry Kistemaeckers à la Renaissance, en a vanté surtout la haute et salutaire inspiration animant des scènes mouvementées, chatoyantes, toujours intéressantes et parfois émouvantes. On y a vu un conflit entre l'Orient et l'Occident; on y peut voir encore, et surtout, un conflit entre la passion et le devoir; et la scène que représente notre première page montrant l'enseigne Merronay bouleversé entre les supplications de son amour et les exhortations à la discipline, exprime bien la portée, dégage la morale de cette oeuvre, si chaleureusement applaudie avec ses interprètes, au premier rang desquels M. Tarride et Mme Suzanne Després.LES LIVRES & LES ÉCRIVAINSSAINT AUGUSTINIl y a toujours un livre qu'un écrivain rêve d'écrire en sa vie, un livre qui sera vraiment pour lui le Livre, et qui est conçu par le coeur avant de germer dans le cerveau. L'«oeuvre» d'ailleurs ne se crée que peu à peu. Elle s'épanouit lentement, avec mille hésitations, page par page. L'écrivain lui a consacré les instants les plus intimes, les plus secrets, les plus précieux de sa pensée. Il a vécu avec elle, en elle, ces heures de passion, d'extase, de délire, que l'on ne donne qu'à l'amour. Entre les besognes quotidiennes, entre les autres travaux de son art, il est revenu en amant, en croyant, avec une fidélité de mystique, au manuscrit informe, sabré de ratures, rapiécé de notes, où il s'absorbe comme dans une prière ou une vision et qui, après des années et des années seulement, sera livré aux profanes. Une oeuvre de cette nature exceptionnelle est née d'hier. C'est leSaint Augustin[1] de M. Louis Bertrand.Note 1:Saint Augustin, Fayard éditeur, 3 fr. 30.M. Louis Bertrand nous a donné de beaux livres. Nous lui devons leSang des races, la Cina, L'Invasion. Il a charmé notre imagination par les poèmes de lumière blanche que sont ses récits de voyage, et intrigué notre esprit par ses réquisitoires, d'une éloquence imprévue, contre le classicisme. Mais le Livre de M. Louis Bertrand est sonSaint Augustin.Cette oeuvre est-elle un chef-d'oeuvre? D'aucuns--et nous en sommes--la salueront comme telle. Mais il n'est peut-être pas sûr que ce chef-d'oeuvre soit celui-là même qu'a voulu réaliser son auteur. Il apparaît, en effet, que M. Louis Bertrand s'est surtout proposé de nous révéler un saint Augustin encore ignoré de nous, un latin sensible, racinien et romantique, tout à fait autre que le Maître intransigeant revendiqué par les disciples de Jansénius. Il a tenté, d'autre part, de reconstituer sous nos yeux, en sa grandeur, sa lumière et son tumulte, l'époque où vécut l'évêque d'Hippone. Cette résurrection de l'Afrique latine du quatrième siècle et du début du cinquième, M. Louis Bertrand nous semble l'avoir réussie magnifiquement avec une sûreté documentaire, avec une puissance d'évocation, une diversité d'images et un faste lumineux qui imposent à notre esprit un long enchantement. Nous sommes, à chaque page, éblouis par le soleil ressuscité de l'Afrique latine. Voici Thagaste, le municipe où vécurent Patricius et Monique, la ville natale d'Augustin, la même jadis qu'aujourd'hui, avec ses petites rues blanches qui montent vers des buttes argileuses, sa double file de maisons rutilantes au soleil matinal, et dont les seuils se frangent d'une ombre épaisse. Mais, surtout, voici Carthage, «la splendide, l'auguste, la sublime Carthage» des auteurs africains, presque aussi peuplée que Rome et à peine moins étendue, avec, elle aussi, son Capitole et son Palatin sur la colline de Byrsa, avec sa place Maritime, où affluaient les étrangers récemment débarqués et les oisifs en quête de nouvelles, où les libraires exposaient les livres et les pamphlets du jour; avec ses dix-sept basiliques chrétiennes et ses sanctuaires païens; avec ses théâtres, son cirque, son stade, son amphithéâtre aussi vaste que le Colisée romain; avec ses citernes colossales, son grand aqueduc, ses thermes, ses droites avenues, pavées de larges dalles, ses jardins publics et ses marchés; Carthage grenier de Rome et qui pouvait affamer la métropole s'il lui plaisait; Carthage, avec ses foules grouillantes et ses élites raisonnantes, capitale d'Afrique où se coudoyaient tous les échantillons des races du soleil, depuis le nègre amené du Soudan par le marchand d'esclaves, jusqu'au Numide romanisé, Babel de races, de coutumes, de croyances et d'idées, où le futur apôtre, l'étudiant curieux et ardent à la dispute, trouvait un abrégé vivant des religions et des philosophies de son époque.Vous vous émerveillerez de cette vision de Carthage en son prodigieux tumulte de foules, en ses retentissantes luttes d'idées. Et précisément parce que le tableau est immense, multiple en son mouvement et tellement divers en ses jeux de couleur, il arrive que notre attention s'y égare et qu'Augustin--à Carthage comme d'ailleurs à Rome, à Milan, dans la villa de Verecundus et dans le monastère d'Hippone--y perd parfois son relief de figure centrale. Le décor trop puissant absorbe le personnage. La splendeur des images partout jaillissantes nuit à l'expression du portrait proposé, et nous ne sommes pas bien sûrs, en atteignant, à regret, la fin de cette oeuvre vraiment rare, que l'apologète ait gagné son procès. Le saint Augustin--l'auteur de la doctrine impitoyable de la prédestination--présenté avec une douceur d'âme, une sensibilité toutes modernes, par M. Louis Bertrand, est-il plus vrai que le rude Africain au génie intraitable et un peu barbare, le violent apôtre dont j'émerveillèrent Arnauld d'Andilly et les solitaires de Port-Royal? La discussion, au moins, reste ouverte sur le caractère de l'homme et sur le rayonnement du saint. Nous échappons au mirage en même temps que s'évanouissent les images. Et la beauté de ce livre chrétien, écrit par un poète ardent de la vie et un adorateur passionné de la lumière, reste tout de même un peu païenne.Albéric Cahuet.LE HAMAC POUR NOS SOLDATSL'article publié parL'Illustrationdans son numéro du 4 octobre, pour exposer les avantages qu'il y aurait à substituer dans les casernes le hamac des marins au lit des fantassins nous a valu quelques objections et quelques critiques auxquelles notre collaborateur, M. Sauvaire Jourdan, qui fut l'auteur de cette proposition va répondre:Le lit en bois a disparu des casernes ou presque, me dit-on, et les punaises avec.A quoi je répondrai que la suppression du lit en bois et son remplacement par le lit en fer est seulement un but vers lequel tend l'administration de la Guerre.En attendant, on trouve encore des lits en bois dans nombre de casernes et de quartiers, et les punaises continuent à y prospérer. Et on en trouvera encore longtemps puisque l'administration vient de passer tout récemment un marché pour 80.000tréteaux en bois de modèle réduit, au coût de 3 francs chaque.On m'objecte encore: «Vos calculs sont fantaisistes, et vous avez dû oublier, dans le prix de 49 francs que vous donnez pour le hamac, le matelas, les couvertures, etc.»Or, voici le décompte exact des diverses fournitures qui rentrent dans la composition du hamac et du lit militaire:2 toiles de hamac à 7 fr. 78    Fr. 15 561 matelas                           13 392 couvertures à 7 fr. 80            15 602 araignées à 0 fr. 25               0 502 anneaux à 0 fr. 25                 0 502 rubans à 0 fr. 20                  0 40Total            Fr. 45 95Ceci est le prix du hamac tel qu'il est fabriqué par la Marine elle-même dans ses arsenaux. Si on veut y ajouter un drap du prix de 3 fr. 90, on atteint le total de 49 fr. 85. qui est bien celui que j'ai indiqué. Voici maintenant pour le lit militaire (en fer):Chalets à tréteaux de fer.         Fr.  9  »Un sommier métallique                  17  »Un matelas avec enveloppe              37  »Un traversin                            6  »4 draps à 7 fr. 15 pièce               28 60Une couverture                         22  »Un couvre-pieds ou demi-couverture     11  »Total.             Fr. 130 60Ce total de 130 fr. 60 dépasse de 17 fr. 60 celui de 113 francs que j'indiquais dans mon article. J'avais calculé sur le lit en bois. Il en résulte que l'économie par unité n'est plus seulement de 64 francs mais bien de 81 francs, et celle que l'administration de la Guerre aurait pu réaliser pour les 250.000 hommes de la nouvelle classe est de 20.250.000 francs au lieu de 16 millions!Pour ce qui est de la différence notable entre les prix payés par la Guerre et ceux payés par la Marine pour les draps, couvertures, matelas, il n'y a vraiment qu'une chose à en dire, c'est que la Guerre pourrait s'informer auprès de la Marine des procédés qu'elle emploie pour avoir ces fournitures à si bon compte.«Il n'y a pas d'économies à faire sur l'entretien, dit-on encore: le soldat de terre ne lavant pas ses draps, ne pourra laver les toiles de hamac!»C'est vraiment avoir trop mauvaise opinion du soldat français. Une foule de jeunes inscrits maritimes arrivant au service de la Marine ignorent l'art de laver une toile de hamac. Une leçon suffit pour le leur apprendre, et puis c'est fini pour la vie!Enfin, et c'est ici la plus étonnante des objections faites à l'emploi du hamac dans l'armée, on m'écrit qu'un soldat ne pourrait se faire à une couchette telle que le hamac! Et pourquoi donc, s'il vous plaît? Nos marins sont-ils d'autres hommes que nos soldats? Pensez-vous que, tous petits, ils ont été habitués au hamac? Si cela peut être exact pour un faible nombre de pêcheurs de Terre-Neuve et d'Islande (et encore la plupart d'entre eux ont-ils à bord des couchettes en planches) l'énorme majorité des jeunes gens qui viennent à la Marine n'a connu auparavant que des lits plus ou moins confortables, mais lits tout de même. Et croyez bien qu'ils goûtent à leur première nuit de hamac le même repos que dans ces lits, si ce n'est un meilleur.Donc, je me permets de conclure à nouveau que les plus fortes raisons de propreté, de commodité, d'économie, plaident en faveur du hamac de marin et veulent qu'on l'emploie pour nos soldats. Je sais bien qu'il y a la terrible routine? Mais, qu'on fasse un essai! Beaucoup de jeunes gens qui vont entrer au service s'y prêteraient volontiers.Sauvaire Jourdan,capitaine de frégate de réserve.DOCUMENTS et INFORMATIONSLa «Broussette».Il y a quelques mois, notre confrère leMatinentretenait ses lecteurs d'un nouveau système de portage aux colonies. Il s'agissait de pousse-pousse monoroue conduits par deux hommes qui en maintenaient en même temps l'équilibre. Et il était question également d'un truc indéversable à une seule roue, à traction humaine, pouvant porter les bagages des coloniaux en tournée.Mais voici que, dans le même ordre d'idées, un nouvel appareil réalise un progrès encore sur les systèmes précédents. La photographie que nous reproduisons représente un véhicule à une seule roue et son mode d'attelage, avec un harnais spécial, qui peut servir à tous les animaux tracteurs, cheval, mulet, bouf porteur ou âne. La «broussette» ou voiture de brousse--imaginée par M. G. Brousseau, administrateur de lre classe à Madagascar--peut porter jusqu'à 1.000 kilos. Elle se compose, comme on peut le voir, de caissons en tôle situés au-dessous de l'axe de la roue et de brancards plats et rigides, d'une forme spéciale, s'appuyant sur un bât de 0 m. 90 de largeur. Ce dispositif permet d'équilibrer la charge comme dans un bateau.Pour les transports aux colonies: labroussette,voiture de brousse, à une roue, imaginée par M. Brousseau.Conduit par deux hommes et un boeuf, ce nouvel appareil de portage peut faire le travail de 40 porteurs. Les caissons en tôle étant étanches, il peut traverser les rivières par ses propres moyens, avec une certaine charge. On voit les avantages, et surtout l'économie énorme qu'est susceptible de réaliser son emploi dans les régions de nos colonies où n'existent encore que des sentiers muletiers. Ajoutons que l'inventeur n'entend tirer aucun profit personnel des garanties que lui assurent ses brevets et qu'il est surtout soucieux de mettre à la disposition de l'administration coloniale, des colons et des indigènes, un appareil de transport appelé à rendre les plus appréciables services.A propos du centenaire de Leipzig.En opposant, dans notre numéro du 18 octobre dernier, l'Arc de triomphe, tout imprégné de génie latin, et le monument de Leipzig, chef-d'oeuvre de la «manière germanique», nous avons rappelé quelle fut cette bataille des Nations, «où 350.000 alliés--Autrichiens, Russes, Suédois, Anglais, Prussiens--vinrent à bout, après une lutte de quatre jours, de 157.000 Français». Il eût été juste de préciser--et c'est un de nos lecteurs de Pologne qui nous en fait la remarque--que dans nos rangs combattaient environ 1.400 Polonais, sous le commandement du prince Joseph Poniatowski. Nommé, pour son héroïsme, maréchal de France au début de l'action, il devait succomber dans la malheureuse retraite: après avoir vaillamment contenu les colonnes ennemies sur les bords de l'Elster, blessé à deux reprises et ne voulant pas se rendre, il se précipita, à cheval, dans le fleuve où il se noya. «Toute la Pologne, nous écrivait à la fin du mois dernier notre correspondant, commémore en ce moment la mort de son héros.»Un vapeur de 6.000 tonneaux, ensablé depuis sept ans, à30 mètres du rivage, sur une côte déserte du Guatemala.--Phot. Hauff.Les fantaisies de la tempête.Il y avait jadis, pour quiconque allait la première fois à Belle-Ile, une facétie classique. Les loups de mer qui amenaient de Quiberon, sur leur barque, le «terrien», le Parisien, ne manquaient jamais de lui signaler, du large, tout au sommet de la falaise, sur le plateau, trois mâts bien gréés, dominant les vieux ormes et profilant sur le doux ciel breton le fin réseau de leurs manoeuvres: la «mâture», fichée en pleine terre, où s'exerçaient à la manoeuvre les apprentis marins de la colonie pénitentiaire. L'explication était plus stupéfiante encore que cette apparition insolite elle-même: une grande tempête avait hissé là, à 30 mètres de haut, ce navire tout équipé, et l'avait mollement déposé sur le gazon.Pourquoi pas? Les pêcheurs dont les huttes de roseaux avoisinent la plage d'Ocos, au Guatemala, ont été, en 1906, témoins d'une fantaisie à peine moins extraordinaire de l'Océan.Le vapeurSesostris, de 6.000 tonnes, qui attendait en rade son chargement de café, fut surpris par un coup de vent avec ses feux éteints. Avant qu'il eût pu appareiller, il chassait sur ses ancres et se trouvait jeté à la côte à 30 mètres environ dans les terres. La mer, en se retirant, le laissa à sec. Il s'y trouve encore. «On n'a pas désespéré de le renflouer. On s'efforce de creuser un canal qui le remettra en communication avec son élément. En attendant, il demeure intact ou à peu près, avec presque tout son gréement, ses machines,--jusqu'au piano de son carré. Tout cela, en bon état, est confié à la garde d'un nègre qui, installé à bord, est bien le Guatémalien le mieux logé du pays. C'est la vie de bord sans le roulis, sans le tangage, sans le mal de mer,--l'idéal, enfin, si l'idéal était de ce monde.Les étonnantes observations d'un navigateur nantais.Les marins d'aujourd'hui n'ont guère plus, comme avaient les navigateurs d'autrefois pendant les longues traversées à la voile, le loisir de se livrer à l'observation des phénomènes physiques. Il y a plus d'un siècle un marin nantais, le capitaine René Fruneau, avait fait, durant ses navigations dans les mers de l'Inde et dans le Pacifique qu'il parcourut en tous sens pendant près de trente ans pour le compte de compagnies de commerce, une curieuse découverte qu'il nous conte en ses mémoires et que nous signale un de nos abonnés, M. César Morel, administrateur en chef de l'Inscription maritime.Un jour, voguant à l'ouest de l'île Luçon, Fruneau vit monter du sein de la mer une grande quantité de globules, qui s'épanouissaient à la surface en petits cercles «huileux ou bitumeux», et s'éparpillaient aussitôt en tourbillonnant; il parvint à recueillir dans un verre la valeur de deux cuillerées de cette huile «ou bitume» qui, le soir venu, apparut phosphorescente; quelques heures après, au calme plat succéda une effroyable tempête. Et huit fois, au cours de ses traversées ultérieures, il eut l'occasion de voir ainsi monter et émerger, par temps absolument calme, ces étranges globules; huit fois une tempête épouvantable s'ensuivit.Nous ne croyons pas que ce phénomène ait été signalé par d'autres que par le capitaine René Fruneau, ni qu'il ait été jamais observé ailleurs qu'en ces régions où les eaux reposent sur des fonds de nature plus ou moins volcanique et éruptive,--ce qui pourrait peut-être expliquer l'ascension de ces globules de «bitume» précédant une perturbation des éléments.Cet homme de mer était, d'ailleurs, d'une fertile ingéniosité. Il signale, en ses mémoires, le danger «de faire travailler des poudres par temps sec et froid, avec des vêtements de laine, lesquels, dans ces conditions, dégagent des étincelles». Il avait découvert aussi--n'en ayant jamais entendu parler auparavant--et utilisait souvent, pour aborder certaines îles en dépit du ressac, les propriétés du filage de l'huile de coco dont il était toujours abondamment pourvu.Enfin, par calme plat, son navire n'avançant plus, il avait imaginé de faire, sur un coup de sifflet, courir autour du pont son équipage poussant de soudaines et formidables clameurs; cela--nous assure-t-il--produisait un tourbillon qui se propageait dans l'atmosphère; il n'en fallait pas plus; la brise était provoquée, les voiles à nouveau se gonflaient...Les bactéries de l'oeuf.On a longtemps considéré que l'oeuf, protégé par sa coquille, doit nécessairement échapper à l'invasion des micro organismes. Cette opinion a été combattue par des observateurs qui s'appellent Zimmermann, Poppe, et, chez nous, Chrétien. Il semble cependant qu'elle corresponde à la réalité. M. Otto Maurer, directeur de la station expérimentale du Kansas, vient, en effet, d'établir, par toute une série d'observations patientes ayant porté sur plus de 6.000 oeufs, que la coquille et surtout la mince pellicule continue qui la tapisse à l'intérieur opposent un obstacle infranchissable à la propagation des germes venus du dehors. Par contre, M. Maurer a mis en évidence les dangers d'infection qui menacent ces conserves de jaune et de blanc séparés, dont la préparation porte, en Amérique seulement, sur plus de 400.000 oeufs par jour, et auxquelles l'industrie assure des débouchés considérables: s'il est vrai que certains microbes, leB. subtilis, leB. anthracis, leProteus Zeukerinotamment, sont rapidement détruits quand ils sont mis en contact avec la substance propre d'un oeuf frais, la plupart des autres y vivent et y prolifèrent très bien. On peut même admettre que toute conserve d'oeuf qui ne présente aucun signe manifeste de décomposition commençante est dépourvue de nocivité, et inversement.C'est dire que l'industrie spéciale qui s'occupe de la conservation des oeufs «séparés» doit effectuer toutes ses manipulations avec la plus rigoureuse propreté, et qu'il importe de nettoyer très soigneusement les coquilles des oeufs mis en oeuvre par elle pour éviter la propagation au blanc et au jaune des germes qui les souillent à l'extérieur. M. Otto Maurer vient de montrer, en outre, qu'en soumettant les oeufs pendant deux heures à une température de 70°, de manière à les dessécher légèrement, on réduit considérablement les chances de leur infection, sans modifier en rien ni leur composition chimique ni leur goût, et par conséquent sans diminuer leurs qualités commerciales.LE VOYAGE D'UNE LOCOMOTIVE, DANS L'ESPACE.--Une machine de 20 tonnes passée par des câbles transbordeurs, d'une rive à l'autre,au-dessus de la Grande-Rivière (Nouveau-Mexique).Communiqué par leScientific American.Depuis longtemps déjà on utilise les transbordeurs aériens pour mettre en communication les deux versants d'une vallée. Entre deux pylônes d'une portée souvent considérable sont tendus des câbles sur lesquels roulent des chariots électriques où pendent des wagonnets chargés d'objets divers: minerais, matériaux de construction, vivres, etc. Certains transbordeurs sont même affectés au transport des voyageurs. En voyant notre photographie, il est permis de se demander où s'arrêtera l'audace des ingénieurs dans les emplois de ce genre de locomotion. La machine qu'on aperçoit suspendue dans le cagnon de la Grande-Rivière (Nouveau-Mexique) pèse 20 tonnes; les chariots qui la supportent à 100 mètres au-dessus de l'eau circulent sur des câbles amarrés à des pylônes distants de près de 400 mètres. Il a suffi de presser sur un bouton électrique pour envoyer cette énorme masse d'une rive à l'autre du torrent que n'enjambe aucun pont assez solide, et la grandeur du paysage accentue ici l'impression de force et de puissance que donne cette manifestation du génie humain.(Agrandissement)Note du transcripteur: ce supplément ne nous a pas été fourni.

J'ai reçu, cette semaine, les doléances, d'ailleurs fort courtoises, d'un étranger qui est venu montrer Paris à ses enfants, à l'occasion des vacances de la Toussaint, et qui me déclare avoir rapporté une assez fâcheuse impression d'une promenade qu'il a faite avec eux au Jardin des Plantes. Cet étranger, qui aime et qui admire Paris, n'y était pas revenu depuis un assez grand nombre d'années. Entré au Muséum par la porte principale de la place Valhubert, du côté de la Seine, il s'est dirigé vers la partie des jardins où le portaient ses souvenirs de jeunesse: vers les cages des animaux féroces et des oiseaux de proie, la grande volière et le pavillon des reptiles, la fosse aux ours et la rotonde des «grands animaux». Il reconnaît que le spectacle donné aux hommes par tant de bêtes assemblées n'est pas moins intéressant aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois; mais il a trouvé minable, en général, l'aspect des bâtiments où ces bêtes sont logées; il lui a semblé, me dit-il, que cette riche exposition était un peu compromise aux yeux du passant par la pauvreté de son décor. Ce fut sa première déception. Il en éprouva une autre quand, au seuil des galeries qu'il eût désiré visiter, des gardiens l'arrêtèrent, lui demandant le billet d'entrée qu'il n'avait pas. Et il conclut mécontent: «Le Jardin des Plantes a donc cessé d'être un jardin public?»

Eh non, le Jardin des Plantes est bien un jardin public, et c'est même, monsieur, sa faiblesse... Car, si les visiteurs étaient obligés de donner, pour y entrer, un peu d'argent, la vénérable Maison de Guy de Labrosse, de Buffon et de Bernardin de Saint-Pierre serait plus riche. On aurait le moyen d'y loger les animaux aussi somptueusement, au moins, qu'en ces jardins zoologiques payants de l'étranger, dont on nous oppose trop facilement l'exemple. On aurait le moyen d'édifier; on n'a même pas, actuellement, celui de démolir! Et c'est, pour les amis du Muséum, un vrai sujet de tristesse--et presque un sujet d'humiliation--que le spectacle de ces vieilles galeries de la rue Cuvier qu'on utilise encore, tant bien que mal (car telle est la richesse croissante de nos collections qu'il les faut bien entasser où on peut!) et dont les carcasses vermoulues devront rester debout, tant qu'on n'aura pas l'argent qu'il faut pour les jeter par terre...

Heureusement, il n'y a pas au Muséum que ces galeries-là: il y a les trois maisons admirables dont mon correspondant se plaint qu'on lui ait interdit l'entrée,--qui est libre deux jours par semaine, et, les autres jours, réservée aux travailleurs, aux personnes qu'effraye le bruit de la foule. Mais à ceux-là est délivrégratuitement, sur leur demande, le billet de famille qui leur permettra de s'instruire le plus commodément du monde, de s'instruire et de s'enthousiasmer au spectacle des richesses les plus étonnantes, des plus rares trésors que le génie humain ait accumulés en aucun musée de l'Univers. Les deux palais de la Zoologie et de l'Anthropologie, de construction relativement récente, le palais de la Géologie, des Minéraux et de la Botanique, dont l'unique galerie, vieille de près d'un siècle, constitue, en sa simplicité, l'un des plus augustes décors qui soient à Paris,--voilà, pour le touriste étranger qui consent à ne pas aimer de Paris que ses boulevards et ses music-halls, l'une des premières choses et des plus nécessaires qui soient à voir! D'autant que pour revenir du Jardin des Plantes aux Champs-Elysées, il y a le bateau,--pour deux sous! Et je vous ai déjà dit le charme unique de cette promenade.

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En attendant le Salon d'automne où nous serons conviés bientôt, diverses petites expositions sollicitent, çà et là, nos curiosités. Je ne vous recommande pas celle des Synchromistes; mais je la signale simplement, et par acquit de conscience, comme j'ai précédemment signalé celles où le cubisme, le futurisme, l'orphisme s'épanouissaient. Les fondateurs de cette école nouvelle en ont exposé la raison d'être et l'objet dans une petite brochure que deux ou trois échantillons de «synchromie» accompagnent. N'essayez pas de comprendre; ce serait une peine inutile. Mais ne vous moquez pas, non plus; car rien ne nous autorise à douter que ces inventeurs d'on ne sait quoi ne soient sincères.

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Retournez plutôt au Louvre. Dans la salle Mollien, affectée à la peinture du dix-septième siècle, vient d'être provisoirement exposé--en attendant que soient constituées les salles d'Orient--le fameux tapis persan provenant de l'ancienne collégiale de Mantes, et récemment acquis par l'État. C'est un morceau unique. Il date de la seconde moitié du dix-septième. Tissé en soies et en laines du coloris le plus somptueux, le tapis de la salle Mollien offre aux yeux l'un des plus splendides échantillons qui soient d'un art où se combinent si curieusement «l'esprit de géométrie» et le sens du pittoresque éperdu. Un pan de toile peinte à l'aquarelle remplace une partie du tapis, coupée... on ne sait quand! Ce n'est pas une des moindres originalités de l'oeuvre, acquise au prix de 30.000 francs.

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Encore une lettre! Celle-ci contient une requête, et tout à fait intéressante. La voici:

«... La Comédie-Française aura à sa tête, dans quelques semaines, un nouvel administrateur général; et l'on attend, je crois, de M. Albert Carré, diverses réformes. Oserai-je proposer à son attention bienveillante l'idée d'une innovation très simple, qui ne coûterait rien, qui ne jetterait le désarroi ni dans les traditions ni dans les intérêts, et dont la réalisation serait accueillie avec plaisir non seulement par ceux qui viennent du dehors visiter Paris, mais par ceux qui l'habitent?

»Cette innovation consisterait à ouvrir, une fois par semaine, dans la matinée, (c'est-à-dire avant l'heure où le travail des répétitions commence),les coulissesde la Comédie-Française au public, comme on lui ouvre les musées, les châteaux, les monuments «classés». J'entends par les coulisses: la scène et ses abords, les foyers d'artistes et les couloirs, au besoin (avec l'autorisation de ceux-ci) quelques loges de sociétaires. La Comédie-Française n'est pas seulement une très grande maison; elle est, même dans les parties où la foule ne pénètre pas, le plus élégant, le mieux orné, le mieux ordonné de nos théâtres. On sent, dès qu'on y est entré, qu'une tradition auguste habite ces murs-là... Alors, pourquoi ne pas classer les coulisses du Théâtre-Français au nombre des choses «qu'il faut voir» à Paris, ou que, du moins, il est officiellement permis d'y voir?»

Je ne sais s'il plaira à M. Albert Carré d'inscrire au programme de la Comédie ce nouveau genre de spectacle... Mais je conviens, en effet, qu'il aurait un succès fou.Un Parisien.

Conférences.--A la Sorbonne (grand amphithéâtre), le8 novembre, à 8 h. du soir, au cours de la fête de l'Union des Sociétés françaises de sports athlétiques, conférence de Me Henri-Robert, sur l'éducation physique et sportive.--Les lundis à 5 heures, au théâtre Femina, conférences de M. Henry Bidou, critique des «Débats», sur le dix-septième siècle.--Salle Gaveau, (45, rue La Boétie): visions d'art de M. Gervais-Courtellemont, conférences illustrées avec projections en couleurs: le13 novembre, à 3 heures, le Maroc d'hier et d'aujourd'hui; le14, à 9 heures du soir, l'Empire ottoman après la guerre des Balkans.

Expositions.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): exposition de la gravure originale en couleurs.--Galerie Haas et Gross (4, rue Édouard-VII), dessins de Romney, inspirés par les oeuvres de Shakespeare.--Galerie Arthur Tooth (41, boulevard des Capucines): tableaux de M. Sidney Adamson.--Galerie La Boétie (6 1/2 bis, rue La Boétie): exposition Henri Valensi.--Galerie Boutet de Monvel (18, rue Tronchet): céramiques de Lachenal.

L'exposition d'aviculture.--Au Grand Palais: du12 au. 16 novembre, exposition internationale d'aviculture.

Fête de la chanson.--Le12 novembre, au Conservatoire, en soirée, fête de la Chanson française, organisée par MM. Maurice de Féraudy et Xavier Privas.

Concerts et auditions.--Le8 novembre, à l'Institut, audition de la cantate de Mlle Lili Boulanger, premier grand prix de Rome de musique.--Le11 novembre, à 8 h. 45 du soir, salle des concerts du Conservatoire, première audition du Salon des musiciens français.

Fête.--Le8 novembre, à la Sorbonne, à 8 heures du soir, fête de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques.

Sports.--Courses de chevaux: le8 novembre, Saint-Cloud; le 9, Auteuil; le 10, Saint-Cloud; le 11, Saint-Ouen; le 12, Maisons-Laffitte; le 13, Auteuil (prix de Vincennes); le 14, Saint-Cloud; le 15, Vincennes.--Boxe: le 15 novembre, à Luna-Park, match Jeff-Smith-Bernard.

La presse quotidienne, rendant compte de la représentation de l'Occident, de M. Henry Kistemaeckers à la Renaissance, en a vanté surtout la haute et salutaire inspiration animant des scènes mouvementées, chatoyantes, toujours intéressantes et parfois émouvantes. On y a vu un conflit entre l'Orient et l'Occident; on y peut voir encore, et surtout, un conflit entre la passion et le devoir; et la scène que représente notre première page montrant l'enseigne Merronay bouleversé entre les supplications de son amour et les exhortations à la discipline, exprime bien la portée, dégage la morale de cette oeuvre, si chaleureusement applaudie avec ses interprètes, au premier rang desquels M. Tarride et Mme Suzanne Després.

Il y a toujours un livre qu'un écrivain rêve d'écrire en sa vie, un livre qui sera vraiment pour lui le Livre, et qui est conçu par le coeur avant de germer dans le cerveau. L'«oeuvre» d'ailleurs ne se crée que peu à peu. Elle s'épanouit lentement, avec mille hésitations, page par page. L'écrivain lui a consacré les instants les plus intimes, les plus secrets, les plus précieux de sa pensée. Il a vécu avec elle, en elle, ces heures de passion, d'extase, de délire, que l'on ne donne qu'à l'amour. Entre les besognes quotidiennes, entre les autres travaux de son art, il est revenu en amant, en croyant, avec une fidélité de mystique, au manuscrit informe, sabré de ratures, rapiécé de notes, où il s'absorbe comme dans une prière ou une vision et qui, après des années et des années seulement, sera livré aux profanes. Une oeuvre de cette nature exceptionnelle est née d'hier. C'est leSaint Augustin[1] de M. Louis Bertrand.

Note 1:Saint Augustin, Fayard éditeur, 3 fr. 30.

M. Louis Bertrand nous a donné de beaux livres. Nous lui devons leSang des races, la Cina, L'Invasion. Il a charmé notre imagination par les poèmes de lumière blanche que sont ses récits de voyage, et intrigué notre esprit par ses réquisitoires, d'une éloquence imprévue, contre le classicisme. Mais le Livre de M. Louis Bertrand est sonSaint Augustin.

Cette oeuvre est-elle un chef-d'oeuvre? D'aucuns--et nous en sommes--la salueront comme telle. Mais il n'est peut-être pas sûr que ce chef-d'oeuvre soit celui-là même qu'a voulu réaliser son auteur. Il apparaît, en effet, que M. Louis Bertrand s'est surtout proposé de nous révéler un saint Augustin encore ignoré de nous, un latin sensible, racinien et romantique, tout à fait autre que le Maître intransigeant revendiqué par les disciples de Jansénius. Il a tenté, d'autre part, de reconstituer sous nos yeux, en sa grandeur, sa lumière et son tumulte, l'époque où vécut l'évêque d'Hippone. Cette résurrection de l'Afrique latine du quatrième siècle et du début du cinquième, M. Louis Bertrand nous semble l'avoir réussie magnifiquement avec une sûreté documentaire, avec une puissance d'évocation, une diversité d'images et un faste lumineux qui imposent à notre esprit un long enchantement. Nous sommes, à chaque page, éblouis par le soleil ressuscité de l'Afrique latine. Voici Thagaste, le municipe où vécurent Patricius et Monique, la ville natale d'Augustin, la même jadis qu'aujourd'hui, avec ses petites rues blanches qui montent vers des buttes argileuses, sa double file de maisons rutilantes au soleil matinal, et dont les seuils se frangent d'une ombre épaisse. Mais, surtout, voici Carthage, «la splendide, l'auguste, la sublime Carthage» des auteurs africains, presque aussi peuplée que Rome et à peine moins étendue, avec, elle aussi, son Capitole et son Palatin sur la colline de Byrsa, avec sa place Maritime, où affluaient les étrangers récemment débarqués et les oisifs en quête de nouvelles, où les libraires exposaient les livres et les pamphlets du jour; avec ses dix-sept basiliques chrétiennes et ses sanctuaires païens; avec ses théâtres, son cirque, son stade, son amphithéâtre aussi vaste que le Colisée romain; avec ses citernes colossales, son grand aqueduc, ses thermes, ses droites avenues, pavées de larges dalles, ses jardins publics et ses marchés; Carthage grenier de Rome et qui pouvait affamer la métropole s'il lui plaisait; Carthage, avec ses foules grouillantes et ses élites raisonnantes, capitale d'Afrique où se coudoyaient tous les échantillons des races du soleil, depuis le nègre amené du Soudan par le marchand d'esclaves, jusqu'au Numide romanisé, Babel de races, de coutumes, de croyances et d'idées, où le futur apôtre, l'étudiant curieux et ardent à la dispute, trouvait un abrégé vivant des religions et des philosophies de son époque.

Vous vous émerveillerez de cette vision de Carthage en son prodigieux tumulte de foules, en ses retentissantes luttes d'idées. Et précisément parce que le tableau est immense, multiple en son mouvement et tellement divers en ses jeux de couleur, il arrive que notre attention s'y égare et qu'Augustin--à Carthage comme d'ailleurs à Rome, à Milan, dans la villa de Verecundus et dans le monastère d'Hippone--y perd parfois son relief de figure centrale. Le décor trop puissant absorbe le personnage. La splendeur des images partout jaillissantes nuit à l'expression du portrait proposé, et nous ne sommes pas bien sûrs, en atteignant, à regret, la fin de cette oeuvre vraiment rare, que l'apologète ait gagné son procès. Le saint Augustin--l'auteur de la doctrine impitoyable de la prédestination--présenté avec une douceur d'âme, une sensibilité toutes modernes, par M. Louis Bertrand, est-il plus vrai que le rude Africain au génie intraitable et un peu barbare, le violent apôtre dont j'émerveillèrent Arnauld d'Andilly et les solitaires de Port-Royal? La discussion, au moins, reste ouverte sur le caractère de l'homme et sur le rayonnement du saint. Nous échappons au mirage en même temps que s'évanouissent les images. Et la beauté de ce livre chrétien, écrit par un poète ardent de la vie et un adorateur passionné de la lumière, reste tout de même un peu païenne.Albéric Cahuet.

L'article publié parL'Illustrationdans son numéro du 4 octobre, pour exposer les avantages qu'il y aurait à substituer dans les casernes le hamac des marins au lit des fantassins nous a valu quelques objections et quelques critiques auxquelles notre collaborateur, M. Sauvaire Jourdan, qui fut l'auteur de cette proposition va répondre:

Le lit en bois a disparu des casernes ou presque, me dit-on, et les punaises avec.

A quoi je répondrai que la suppression du lit en bois et son remplacement par le lit en fer est seulement un but vers lequel tend l'administration de la Guerre.

En attendant, on trouve encore des lits en bois dans nombre de casernes et de quartiers, et les punaises continuent à y prospérer. Et on en trouvera encore longtemps puisque l'administration vient de passer tout récemment un marché pour 80.000tréteaux en bois de modèle réduit, au coût de 3 francs chaque.

On m'objecte encore: «Vos calculs sont fantaisistes, et vous avez dû oublier, dans le prix de 49 francs que vous donnez pour le hamac, le matelas, les couvertures, etc.»

Or, voici le décompte exact des diverses fournitures qui rentrent dans la composition du hamac et du lit militaire:

2 toiles de hamac à 7 fr. 78    Fr. 15 561 matelas                           13 392 couvertures à 7 fr. 80            15 602 araignées à 0 fr. 25               0 502 anneaux à 0 fr. 25                 0 502 rubans à 0 fr. 20                  0 40Total            Fr. 45 95

Ceci est le prix du hamac tel qu'il est fabriqué par la Marine elle-même dans ses arsenaux. Si on veut y ajouter un drap du prix de 3 fr. 90, on atteint le total de 49 fr. 85. qui est bien celui que j'ai indiqué. Voici maintenant pour le lit militaire (en fer):

Chalets à tréteaux de fer.         Fr.  9  »Un sommier métallique                  17  »Un matelas avec enveloppe              37  »Un traversin                            6  »4 draps à 7 fr. 15 pièce               28 60Une couverture                         22  »Un couvre-pieds ou demi-couverture     11  »Total.             Fr. 130 60

Ce total de 130 fr. 60 dépasse de 17 fr. 60 celui de 113 francs que j'indiquais dans mon article. J'avais calculé sur le lit en bois. Il en résulte que l'économie par unité n'est plus seulement de 64 francs mais bien de 81 francs, et celle que l'administration de la Guerre aurait pu réaliser pour les 250.000 hommes de la nouvelle classe est de 20.250.000 francs au lieu de 16 millions!

Pour ce qui est de la différence notable entre les prix payés par la Guerre et ceux payés par la Marine pour les draps, couvertures, matelas, il n'y a vraiment qu'une chose à en dire, c'est que la Guerre pourrait s'informer auprès de la Marine des procédés qu'elle emploie pour avoir ces fournitures à si bon compte.

«Il n'y a pas d'économies à faire sur l'entretien, dit-on encore: le soldat de terre ne lavant pas ses draps, ne pourra laver les toiles de hamac!»

C'est vraiment avoir trop mauvaise opinion du soldat français. Une foule de jeunes inscrits maritimes arrivant au service de la Marine ignorent l'art de laver une toile de hamac. Une leçon suffit pour le leur apprendre, et puis c'est fini pour la vie!

Enfin, et c'est ici la plus étonnante des objections faites à l'emploi du hamac dans l'armée, on m'écrit qu'un soldat ne pourrait se faire à une couchette telle que le hamac! Et pourquoi donc, s'il vous plaît? Nos marins sont-ils d'autres hommes que nos soldats? Pensez-vous que, tous petits, ils ont été habitués au hamac? Si cela peut être exact pour un faible nombre de pêcheurs de Terre-Neuve et d'Islande (et encore la plupart d'entre eux ont-ils à bord des couchettes en planches) l'énorme majorité des jeunes gens qui viennent à la Marine n'a connu auparavant que des lits plus ou moins confortables, mais lits tout de même. Et croyez bien qu'ils goûtent à leur première nuit de hamac le même repos que dans ces lits, si ce n'est un meilleur.

Donc, je me permets de conclure à nouveau que les plus fortes raisons de propreté, de commodité, d'économie, plaident en faveur du hamac de marin et veulent qu'on l'emploie pour nos soldats. Je sais bien qu'il y a la terrible routine? Mais, qu'on fasse un essai! Beaucoup de jeunes gens qui vont entrer au service s'y prêteraient volontiers.Sauvaire Jourdan,capitaine de frégate de réserve.

Il y a quelques mois, notre confrère leMatinentretenait ses lecteurs d'un nouveau système de portage aux colonies. Il s'agissait de pousse-pousse monoroue conduits par deux hommes qui en maintenaient en même temps l'équilibre. Et il était question également d'un truc indéversable à une seule roue, à traction humaine, pouvant porter les bagages des coloniaux en tournée.

Mais voici que, dans le même ordre d'idées, un nouvel appareil réalise un progrès encore sur les systèmes précédents. La photographie que nous reproduisons représente un véhicule à une seule roue et son mode d'attelage, avec un harnais spécial, qui peut servir à tous les animaux tracteurs, cheval, mulet, bouf porteur ou âne. La «broussette» ou voiture de brousse--imaginée par M. G. Brousseau, administrateur de lre classe à Madagascar--peut porter jusqu'à 1.000 kilos. Elle se compose, comme on peut le voir, de caissons en tôle situés au-dessous de l'axe de la roue et de brancards plats et rigides, d'une forme spéciale, s'appuyant sur un bât de 0 m. 90 de largeur. Ce dispositif permet d'équilibrer la charge comme dans un bateau.

Pour les transports aux colonies: labroussette,voiture de brousse, à une roue, imaginée par M. Brousseau.

Conduit par deux hommes et un boeuf, ce nouvel appareil de portage peut faire le travail de 40 porteurs. Les caissons en tôle étant étanches, il peut traverser les rivières par ses propres moyens, avec une certaine charge. On voit les avantages, et surtout l'économie énorme qu'est susceptible de réaliser son emploi dans les régions de nos colonies où n'existent encore que des sentiers muletiers. Ajoutons que l'inventeur n'entend tirer aucun profit personnel des garanties que lui assurent ses brevets et qu'il est surtout soucieux de mettre à la disposition de l'administration coloniale, des colons et des indigènes, un appareil de transport appelé à rendre les plus appréciables services.

En opposant, dans notre numéro du 18 octobre dernier, l'Arc de triomphe, tout imprégné de génie latin, et le monument de Leipzig, chef-d'oeuvre de la «manière germanique», nous avons rappelé quelle fut cette bataille des Nations, «où 350.000 alliés--Autrichiens, Russes, Suédois, Anglais, Prussiens--vinrent à bout, après une lutte de quatre jours, de 157.000 Français». Il eût été juste de préciser--et c'est un de nos lecteurs de Pologne qui nous en fait la remarque--que dans nos rangs combattaient environ 1.400 Polonais, sous le commandement du prince Joseph Poniatowski. Nommé, pour son héroïsme, maréchal de France au début de l'action, il devait succomber dans la malheureuse retraite: après avoir vaillamment contenu les colonnes ennemies sur les bords de l'Elster, blessé à deux reprises et ne voulant pas se rendre, il se précipita, à cheval, dans le fleuve où il se noya. «Toute la Pologne, nous écrivait à la fin du mois dernier notre correspondant, commémore en ce moment la mort de son héros.»

Un vapeur de 6.000 tonneaux, ensablé depuis sept ans, à30 mètres du rivage, sur une côte déserte du Guatemala.--Phot. Hauff.

Il y avait jadis, pour quiconque allait la première fois à Belle-Ile, une facétie classique. Les loups de mer qui amenaient de Quiberon, sur leur barque, le «terrien», le Parisien, ne manquaient jamais de lui signaler, du large, tout au sommet de la falaise, sur le plateau, trois mâts bien gréés, dominant les vieux ormes et profilant sur le doux ciel breton le fin réseau de leurs manoeuvres: la «mâture», fichée en pleine terre, où s'exerçaient à la manoeuvre les apprentis marins de la colonie pénitentiaire. L'explication était plus stupéfiante encore que cette apparition insolite elle-même: une grande tempête avait hissé là, à 30 mètres de haut, ce navire tout équipé, et l'avait mollement déposé sur le gazon.

Pourquoi pas? Les pêcheurs dont les huttes de roseaux avoisinent la plage d'Ocos, au Guatemala, ont été, en 1906, témoins d'une fantaisie à peine moins extraordinaire de l'Océan.

Le vapeurSesostris, de 6.000 tonnes, qui attendait en rade son chargement de café, fut surpris par un coup de vent avec ses feux éteints. Avant qu'il eût pu appareiller, il chassait sur ses ancres et se trouvait jeté à la côte à 30 mètres environ dans les terres. La mer, en se retirant, le laissa à sec. Il s'y trouve encore. «On n'a pas désespéré de le renflouer. On s'efforce de creuser un canal qui le remettra en communication avec son élément. En attendant, il demeure intact ou à peu près, avec presque tout son gréement, ses machines,--jusqu'au piano de son carré. Tout cela, en bon état, est confié à la garde d'un nègre qui, installé à bord, est bien le Guatémalien le mieux logé du pays. C'est la vie de bord sans le roulis, sans le tangage, sans le mal de mer,--l'idéal, enfin, si l'idéal était de ce monde.

Les marins d'aujourd'hui n'ont guère plus, comme avaient les navigateurs d'autrefois pendant les longues traversées à la voile, le loisir de se livrer à l'observation des phénomènes physiques. Il y a plus d'un siècle un marin nantais, le capitaine René Fruneau, avait fait, durant ses navigations dans les mers de l'Inde et dans le Pacifique qu'il parcourut en tous sens pendant près de trente ans pour le compte de compagnies de commerce, une curieuse découverte qu'il nous conte en ses mémoires et que nous signale un de nos abonnés, M. César Morel, administrateur en chef de l'Inscription maritime.

Un jour, voguant à l'ouest de l'île Luçon, Fruneau vit monter du sein de la mer une grande quantité de globules, qui s'épanouissaient à la surface en petits cercles «huileux ou bitumeux», et s'éparpillaient aussitôt en tourbillonnant; il parvint à recueillir dans un verre la valeur de deux cuillerées de cette huile «ou bitume» qui, le soir venu, apparut phosphorescente; quelques heures après, au calme plat succéda une effroyable tempête. Et huit fois, au cours de ses traversées ultérieures, il eut l'occasion de voir ainsi monter et émerger, par temps absolument calme, ces étranges globules; huit fois une tempête épouvantable s'ensuivit.

Nous ne croyons pas que ce phénomène ait été signalé par d'autres que par le capitaine René Fruneau, ni qu'il ait été jamais observé ailleurs qu'en ces régions où les eaux reposent sur des fonds de nature plus ou moins volcanique et éruptive,--ce qui pourrait peut-être expliquer l'ascension de ces globules de «bitume» précédant une perturbation des éléments.

Cet homme de mer était, d'ailleurs, d'une fertile ingéniosité. Il signale, en ses mémoires, le danger «de faire travailler des poudres par temps sec et froid, avec des vêtements de laine, lesquels, dans ces conditions, dégagent des étincelles». Il avait découvert aussi--n'en ayant jamais entendu parler auparavant--et utilisait souvent, pour aborder certaines îles en dépit du ressac, les propriétés du filage de l'huile de coco dont il était toujours abondamment pourvu.

Enfin, par calme plat, son navire n'avançant plus, il avait imaginé de faire, sur un coup de sifflet, courir autour du pont son équipage poussant de soudaines et formidables clameurs; cela--nous assure-t-il--produisait un tourbillon qui se propageait dans l'atmosphère; il n'en fallait pas plus; la brise était provoquée, les voiles à nouveau se gonflaient...

On a longtemps considéré que l'oeuf, protégé par sa coquille, doit nécessairement échapper à l'invasion des micro organismes. Cette opinion a été combattue par des observateurs qui s'appellent Zimmermann, Poppe, et, chez nous, Chrétien. Il semble cependant qu'elle corresponde à la réalité. M. Otto Maurer, directeur de la station expérimentale du Kansas, vient, en effet, d'établir, par toute une série d'observations patientes ayant porté sur plus de 6.000 oeufs, que la coquille et surtout la mince pellicule continue qui la tapisse à l'intérieur opposent un obstacle infranchissable à la propagation des germes venus du dehors. Par contre, M. Maurer a mis en évidence les dangers d'infection qui menacent ces conserves de jaune et de blanc séparés, dont la préparation porte, en Amérique seulement, sur plus de 400.000 oeufs par jour, et auxquelles l'industrie assure des débouchés considérables: s'il est vrai que certains microbes, leB. subtilis, leB. anthracis, leProteus Zeukerinotamment, sont rapidement détruits quand ils sont mis en contact avec la substance propre d'un oeuf frais, la plupart des autres y vivent et y prolifèrent très bien. On peut même admettre que toute conserve d'oeuf qui ne présente aucun signe manifeste de décomposition commençante est dépourvue de nocivité, et inversement.

C'est dire que l'industrie spéciale qui s'occupe de la conservation des oeufs «séparés» doit effectuer toutes ses manipulations avec la plus rigoureuse propreté, et qu'il importe de nettoyer très soigneusement les coquilles des oeufs mis en oeuvre par elle pour éviter la propagation au blanc et au jaune des germes qui les souillent à l'extérieur. M. Otto Maurer vient de montrer, en outre, qu'en soumettant les oeufs pendant deux heures à une température de 70°, de manière à les dessécher légèrement, on réduit considérablement les chances de leur infection, sans modifier en rien ni leur composition chimique ni leur goût, et par conséquent sans diminuer leurs qualités commerciales.

LE VOYAGE D'UNE LOCOMOTIVE, DANS L'ESPACE.--Une machine de 20 tonnes passée par des câbles transbordeurs, d'une rive à l'autre,au-dessus de la Grande-Rivière (Nouveau-Mexique).Communiqué par leScientific American.

Depuis longtemps déjà on utilise les transbordeurs aériens pour mettre en communication les deux versants d'une vallée. Entre deux pylônes d'une portée souvent considérable sont tendus des câbles sur lesquels roulent des chariots électriques où pendent des wagonnets chargés d'objets divers: minerais, matériaux de construction, vivres, etc. Certains transbordeurs sont même affectés au transport des voyageurs. En voyant notre photographie, il est permis de se demander où s'arrêtera l'audace des ingénieurs dans les emplois de ce genre de locomotion. La machine qu'on aperçoit suspendue dans le cagnon de la Grande-Rivière (Nouveau-Mexique) pèse 20 tonnes; les chariots qui la supportent à 100 mètres au-dessus de l'eau circulent sur des câbles amarrés à des pylônes distants de près de 400 mètres. Il a suffi de presser sur un bouton électrique pour envoyer cette énorme masse d'une rive à l'autre du torrent que n'enjambe aucun pont assez solide, et la grandeur du paysage accentue ici l'impression de force et de puissance que donne cette manifestation du génie humain.

(Agrandissement)

Note du transcripteur: ce supplément ne nous a pas été fourni.


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