L'INTRONISATION DE YUAN-CHI-KAIMoins d'un mois après son élection à la présidence définitive de la République chinoise, on apprenait que Yuan-Chi-Kaï venait de se débarrasser, par un coup d'État, de toute l'opposition parlementaire. Les 300 députés appartenant au kouo-ming-tang, c'est-à-dire à l'opposition radicale, étaient exclus du Parlement. Ce coup de force a peu surpris.Les Européens qui, comme notre confrère Jean Rodes, le distingué correspondant duTemps, ont été témoins de l'élection présidentielle et de l'installation--véritable intronisation--au Palais impérial du président Yuan-Chi-Kaï, n'ont point, en effet, conservé de doutes sur le caractère peu constitutionnel et quasi monarchique du régime que l'on instaurait. A propos des opérations électorales qui durèrent, le 6 octobre, de 10 heures du matin à 7 heures du soir, M. Jean Rodes a noté cet incident caractéristique:«Plusieurs centaines d'habitants de Tien-Tsin, délégués par la Chambre de commerce de cette ville et venus, le matin, en chemin de fer, s'arrogèrent, avec évidemment l'acceptation de Yuan-Chi-Kaï, dont ils étaient partisans, la police de la salle. Vers le milieu de la journée, des parlementaires ayant voulu sortir pour manger, ces gardiens improvisés les en empêchèrent absolument. Ils consentirent seulement à leur faire parvenir quelques vivres. C'est donc pour ainsi dire à l'état de prisonniers et surveillés par des gens sans mandat que les députés et sénateurs procédèrent à l'élection...»Quatre jours après, le 10 octobre, le président Yuan-Chi-Kaï recevait solennellement l'investiture légale, en présence de tous les hauts dignitaires des Chambres et des ministres étrangers.«Affublé d'un costume de général moderne couleur bleu de ciel et coiffé d'un haut képi surmonté d'un panache blanc, Yuan-Chi-Kaï, dit M. Jean Rodes, était, d'une manière assez peu en harmonie avec cette tenue militaire, porté en chaise. Une foule de dignitaires, vêtus du même uniforme, se pressaient et trottinaient autour de lui, selon la plus vieille coutume des cours orientales.»Le président Yuan-Chi-Kaï, entouré des membres du corpsdiplomatique à Pékin.--Phot. Fu Sheng.1. Le président Yuan-Chi-Kaï.--2. S. E. Don Luis Pastor, doyen du corps diplomatique, ministre d'Espagne.--3. S. E. M. Wallenberg, ministre de Suède.--4. S. E. M. A. Conty, ministre de France.--5. S. E. M. de Cartier de Marchienne, ministre de Belgique.--6. S. E. le comte Aklefelt-Laurvig, ministre de Danemark.--7. S. E. M. Williams, chargé d'affaires des États-Unis.--8. S. E. Lou-Tseng-Tsiang, ministre des Affaires étrangères, Wai-Kiao-Pou.--9. S. E. H. Kroupensky, ministre de Russie.--10. S. E. M. Yamaza, ministre du Japon.--11. S. E. Tsao-Jou-Linn, vice-ministre des Affaires étrangères.--12. S. E. M. Bathala de Freitas, ministre de Portugal.--13. S. E. le comte von Limburg-Stirum, ministre des Pays-Bas.--14. S. E le baron von Seckendorff, ministre d'Allemagne.--15. S. E. Leang-Cheu-Yi, secrétaire général de la présidence.--16. M. le chevalier Daniel Varé, chargé d'affaires d'Italie.--17. M. J. B. Alston, chargé d'affaires de Grande-Bretagne.--18. Amiral Tsai-Ting-Kan, conseiller du président.--19. le général Yin-Tchang, conseiller du président.--20. M. Herrera de Huerta, ministre du Mexique.--21. M. Tang-Tsai-Fou, conseiller au ministère des Affaires étrangères.--22. M. Tang-Hoa-Long, président de la Chambre des députés, Tchong-Yi-Yuan.--23. M. Wang-Chia-Siang, président du Sénat, Tsan-Yi-Yuan.--24. M. le comte des Fours, chargé d'affaires d'Autriche-Hongrie.--25. Amiral Liou-Kuan-Hsun, ministre de la Marine.La solennité eut lieu dans la vaste salle où l'empereur se tenait autrefois pour les grandes réceptions annuelles. Lorsque Yuan-Chi-Kaï eut fait son entrée, il gravit la haute estrade impériale et s'installa délibérément à la place du trône où des chambellans, les uns en habit, les autres en redingote, l'entourèrent. Le président, dans ce décor et avec ces formes monarchiques, lut un long discours. Puis, à un commandement du maître des cérémonies, tous les Chinois présents s'inclinèrent profondément trois fois. La réception diplomatique eut lieu ensuite. Après quoi le prince Pou Loun, vêtu lui aussi en général bleu, vint au nom de la famille impériale présenter ses voeux et offrir un cadeau. Une grande parade militaire, le défilé de 18.000 hommes devant les portes du palais, termina ces cérémonies qui devaient marquer, pour l'histoire, les débuts pittoresques et un peu gauches de la République chinoise dans le monde moderne.Le lendemain, le président Yuan-Chi-Kaï réunissait dans un déjeuner suivi d'une garden-party les chefs de mission et le personnel des légations, et c'est au cours de cette fête, plus intime, que fut prise la photographie ici reproduite de Yuan-Chi-Kaï, en son bel uniforme bleu et archigalonné de président ou de généralissime, au milieu des ministres accrédités en sa capitale.APRÈS LA TEMPÊTE.--Les épaves du «Mesolonghion» jeté à lacôte près de Casablanca; à l'arrière-plan, le «Nana Martini» échoué.Photographie Ch. Ratet.Le coup de vent qui, à la fin du mois dernier, a soufflé sur l'Atlantique a sévi avec une violence particulière sur les côtes du Maroc, où la mer est toujours si dure. Le 29 octobre, la tempête jetait à la côte un voilier français, laMarguerite,à Rabat, et trois autres navires mouillés en rade de Casablanca, leLiria,espagnol, leMesolonghion;battant pavillon hellénique, et leNana Martini,allemand. Aux premières nouvelles de ces trois derniers sinistres, le général Franchet d'Esperey et le général Ditte se portaient sur la plage. Les secours furent organisés rapidement. Mais leMesolonghion,le plus en danger et le premier secouru, fut vite mis en pièces par les vagues furieuses. Quatorze de ses matelots disparurent. LeNana Martini,échoué non loin de là, put débarquer sans pertes son équipage. Quant auLiria,le sauvetage des marins qui le montait fut long, dangereux, fertile en péripéties. Il fut l'occasion de maints actes de courage et de dévouement. Là encore tout le monde fut sauf, mais le navire était perdu. Ce véritable raz de marée a été, pour le port de Casablanca, en construction, une rude et excellente épreuve. On n'était pas sans inquiétude quant aux fondations des môles, que les prophètes de malheur disaient devoir être balayées comme des fétus. Elles ont, au contraire, résisté admirablement.CE QU'IL FAUT VOIRPETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARISJ'ai sur ma table une douzaine de cartes qui me convient aux expositions d'art les plus diverses. On le sent: l'écluse est maintenant ouverte et nous allons vivre jusqu'à l'étésousla peinture! En quel océan ce torrent ira-t-il se noyer lui-même? Quelles terres, je veux dire quelles collections ira-t-il submerger ou féconder? On ne sait pas; et à l'éternelle question que se posent tant de braves gens, chaque année: «Où peut bien aller toute cette peinture?» nulle bouche humaine n'a encore répondu.J'utiliserai deux de ces cartes, en tout cas: j'irai à la galerie Montaigne--c'est-à-dire au théâtre des Champs-Elysées--voir l'Exposition d'Art chinois ancien; un art merveilleux, qui étonne sans doute plus qu'il ne charme, mais dont les surprises sont si passionnantes! Rappelez-vous les expositions récentes dont nous avons eu le régal au musée Cernuschi.Et puis j'irai flâner au quai de l'Horloge pour y voir une série d'oeuvres de Roty qu'un graveur-éditeur y expose depuis quelques jours. Roty fut un homme exquis, et qui a laissé une oeuvre aussi délicate et aussi noble que lui. Il a eu ce génie de n'être point l'esclave de ses outils; de ne jamais rapetisser ni sa vision ni son sentiment des choses à la mesure du cadre où il enfermait son oeuvre. Il a mis en des médailles toutes petites de vastes paysages, de grands gestes et des rêves infinis. Il faut aimer Roty. Ce petit homme timide fut l'honneur d'un art où nous excellons. Et puis on le fait revivre à nos yeux, dans un magasin du quai de l'Horloge, en plein décor de «vieux Paris», tout près de cet Institut où, discrètement, il siégea. C'est très bien.Le dixième Salon de la «Gravure originale en couleurs» est ouvert pour une dizaine de jours encore. Il faut l'avoir vu. Cette exposition n'a point la prétention de nous révéler des chefs-d'oeuvre, et elle n'est pas d'ailleurs destinée à cela. Mais elle a un autre objet, qui est très intéressant aussi: elle nous montre comment l'art, en somme, peut arriver à se vulgariserartistementdans une forme où il semblait que ce fût bien difficile... Nous avions lachromo, qui était à la portée de toutes les bourses; la gravure en couleurs est moins universellement accessible, et l'on ne peut pas dire d'elle qu'elle soit «peuple». Elle est «classes moyennes». N'importe. Elle marque un admirable progrès dans l'art de mettre à la disposition d'amateurs de plus en plus nombreux de délicates jouissances, d'une qualité continuellement améliorée, et qui n'étaient, il y a peu d'années encore, que le privilège d'une élite.La Comédie-Française a repris, comme chaque année, au seuil de l'hiver, ses soirées d'abonnement. Ses matinées du jeudi étaient, depuis quelque temps déjà, recommencées. Si j'étais chargé de montrer Paris à un étranger, je ne me presserais pas de le conduire aux soirées d'abonnement de la Comédie-Française, pas plus qu'à celles de l'Opéra. J'aurais peur qu'il en emportât l'impression que les Français d'aujourd'hui pratiquent mal, quand ils sont au théâtre, l'art d'écouter. L'Abonné est souvent inattentif; il semble même qu'à ses yeux il y ait quelque élégance à l'être. Il a payé pour tout entendre; mais il ne saurait admettre que le droit de tout entendre lui impose le devoir d'écouter tout. Le spectacle qu'on lui donne n'est pas toujours d'une irréprochable beauté; mais il faut convenir qu'il est lui-même, quelquefois,--vu de la scène, ou de loges voisines, occupées par des gens attentifs, un spectacle bien ennuyeux.Bien plus volontiers conduirais-je mon Etranger à ces matinées du jeudi qui sont comme les fêtes hebdomadaires du Théâtre-Français, et qui sont rendues délicieuses, vraiment, par la qualité de la clientèle qu'on y voit. Clientèle de fraîche jeunesse: d'adolescents attentifs, de fillettes bien sages et pour qui ces matinées sont l'aventure, la petite folie de la semaine! De jolis visages; des toilettes dont l'élégance demeurera discrète, quelques années encore (ensuite, on verra!); un silence de cathédrale autour des mots qui viennent de la scène; une joie de kermesse à chaque baisser de rideau; ah! le gentil spectacle qui nous est donné là! Et je voudrais, pour que mon ami l'Etranger rapportât de nous, dans son pays, une opinion flatteuse tout à fait,--je voudrais le conduire, après cela, chez Lamoureux ou chez Colonne; je veux dire chez Chevillard ou chez Pierné.Les deux grands Concerts du dimanche ont fait, le mois dernier, leur réouverture (le sixième concert des deux séries sera donné demain); après avoir vu comment notre jeunesse sait écouter une comédie, l'Etranger y verra comment nos adultes savent écouter de la musique; avec quelle docilité émue et recueillie ils se livrent à elle. Tous sont venus chercher là l'émotion qui amuse, ou qui exalte, ou qui apaise; car, parmi tant de sensibilités assemblées, il n'y en a pas une à qui l'orchestre ne dise, à un moment donné, la phrase qu'elle avait besoin d'entendre, et qu'elle se rappellera... On vante le recueillement de certaines foules allemandes, au concert; il ne saurait être plus profond, plus émouvant que ne l'est, depuis cinquante ans--depuis Pasdeloup, le bon prophète!--celui des foules de Paris!** *Une bonne nouvelle. Le musée Galliéra qui organise en ce moment, comme tous les ans, à l'automne, son «Exposition générale d'art appliqué», annonce pour 1914 une Expositionspécialedont l'intérêt sera grand.On sait que, depuis 1902, le musée Galliéra a organisé, chaque année--à côté des collections qui constituent le fonds permanent de ses richesses--des expositions spéciales, qui étaient chaque fois, dans l'ordre des Arts appliqués à l'industrie, consacré à un objet différent. Le musée Galliéra nous a donné successivement les expositions de laReliure, del'Ivoire, de laDentelle, duFer forgé, de laSoie, de laPorcelaine, de laParure précieuse de la Femme, duPapier et de la toile imprimés et pochés, de laVerrerie, desGrès,de laBroderie; et, cette année, la délicieuse et si amusante Exposition de l'Art pour l'enfance, qui vient de finir, et à laquelle succède celle dont j'ai parlé plus haut: l'Exposition généraled'Art appliquéà laquelle M. Eugène Delard, le si dévoué conservateur du Musée, pourvoit au moyen de ses collections permanentes. C'est cette Exposition que suivra, au printemps prochain, la quatorzième Exposition spéciale de Galliéra. Elle aura pour sujet: «laStatuette», et «leMeubledestiné à la faire valoir».On voudrait, par cette Exposition, montrer le rôle décoratif de la Statuette, et à quels ingénieux emplois peut être affectée, dans nos intérieurs d'art modernes, la «petite Sculpture». Voilà un thème excellent!J'ai déjà dit quels services nos musées municipaux rendent à l'Art, et quels intéressants spectacles ils nous donnent. Comme on souhaiterait que la Ville de Paris apportât au nettoyage de ses rues et à l'administration de ses ordures ménagères une intelligence égale à celle qu'elle déploie dans le gouvernement de ses musées!Un Parisien.AGENDA (15-22 novembre 1913)Expositions artistiques.--Grand Palais: Salon d'automne.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): exposition de la gravure originale en couleurs. (Clôture le27 novembre.)--Galerie Boutet de Monvel (rue Tronchet, 18): céramiques de Lachenal.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes): oeuvres de M. Hans Ekegardh; le21 novembre, ouverture de l'exposition des Amis de l'eau-forte.--Galerie Montaigne (avenue Montaigne): exposition d'art chinois ancien.Ventes d'art.--Hôtel Drouot, salle 6, les20 et 21 novembre, estampes anciennes.--Salle 8, les20 et 21 novembre, laques anciennes du Japon, bronzes chinois et japonais, peintures et dessins.Conférences.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie):Visions d'artde M. Gervais-Courtellemont: le21 novembreà 9 heures du soir, laFrance dans l'Afrique du Nord(projections en couleurs), causerie de M. Gervais-Courtellemont; le20 novembre, à 3 heures,Jeanne d'Arc, causerie de M. Funck-Brentano.--Université desAnnales(51, rue Saint-Georges), à 5 heures: le17 novembre, Snobisme, snobs et snobinettes, par M. Jules Lemaître; le18, le Bon roi Henry, par M. Henry Roujon; le19, la Jeunesse de Victor Hugo, par M. Jean Richepin; le20, Une visite à madame mère, Laetitia Ramolino à Rome, par M. Frédéric Masson; le21, la Vie flamande, par M. Émile Verhaeren; le22, Pourquoi chante-t-on?par M. Reynaldo Hahn.--Au théâtre de la Renaissance: le15 novembre, à 5 heures, conférence sur leTango, par M. André de Fouquières; le22 novembre, à 5 heures, gala de musique consacré à Gustave Charpentier, conférence de M. Albert Acrémant.Concerts et auditions.--Théâtre des Champs-Elysées, le19 novembre, en soirée, concert symphonique avec le concours de Mme Félia Litvinne.--Hôtel du Foyer (34, rue Vaneau), le20 novembre, de 3 à 4 heures, séance de musique donnée par l'Association des Concerts Chaigneau.Exposition de chiens de luxe.--Du21 au 23 novembre, 87, rue La Boétie, exposition organisée par le Club du chien de luxe.Sports.--Courses de chevaux; le15 novembre, Vincennes; le16, Auteuil (prix Montgomery); le17, Saint-Ouen; le18, Enghien; le19, Vincennes (obstacles); le 20, Auteuil (prix de Marly); le21, Saint-Ouen; le 22, Vincennes (trot).--Gymnastique: le 15 novembre, à 3 heures, à la Sorbonne, congrès de l'Union des Sociétés de gymnastique de France; le16 novembre, au gymnase Japy, à 3 heures: sixième tournoi international.--Aéronautique: le 15 novembre, à Saint-Cloud, concours de distance organisé par l'Aéro-Club de France.LES LIVRES & LES ÉCRIVAINSLES LIVRES DE LA TERREQuelques livres de la terre nous sont venus liés ensemble comme une gerbe d'automne. Ils renferment un peu de la même âme; ils répandent une harmonie de parfums qui évoquent nos vacances trop vite interrompues parmi les bois, les sillons et les vignes. Ces livres sont:Au Pays d'Oïl, par M. Jean Revel; leVieux Gamin, par M. Gaston Roupnel et leRoman de la Forêt, de M. Jean Nesmy, auxquels il faut joindre lePlanet Saint-Eloy, de M. Roux-Servine, qui nous dit la vie et la mort de la tradition provinciale sur la «placette» d'une petite ville de Provence.Nous devons à M. Jean Revel de fortes études sur la vie terrienne: «Rustres», «Contes normands», les «Hôtes de l'Estuaire», «Terriens». On lira avec le même goût les savoureuses et émouvantes nouvelles qu'il a réunies sous ce titre: AuPays d'Oïl[1]. M. Jean Revel a foi dans les destinées de la littérature provinciale, qu'il a dotée généreusement d'un prix annuel de 800 francs. Il continue d'écrire lui-même, pour l'exemple, et avec raison, puisque son talent reste chaud et jeune.LeRoman de la Forêt[2] est l'oeuvre d'un forestier, et il faut nous en réjouir. M. Jean Nesmy a vécu longuement dans la forêt champenoise. Il connaît, comprend et aime la forêt. Il vient de lui consacrer un très beau livre, où il traite un sujet inédit: la vie des charbonniers, et où il traduit, avec un art subtil et charmant, les plus menues perceptions de bruits, de parfums, de couleurs. Voici, par exemple, les bois mouillés:«La pluie tombe toujours monotone et têtue, à menus fils, à petites aiguilles et n'a pas même un chant dans sa tristesse. Elle dégoutte des branches, vernit les bourgeons, les feuilles mauves et les écorces, gonfle les mousses, glisse en rosée sous les herbes qu'elle ploie, hache l'air, effume l'horizon et, portée comme un embrun par le vent de la hauteur qui la chasse, déplie ses voiles et les replie...»Plus loin «la forêt de givre fait sa musique de dégel». Puis c'est la forêt à l'aube de mai, la forêt aux couchants et la forêt la nuit, tout le poème profond de la Forêt dans les quatre chants de ses quatre saisons.M. Gaston Roupnel est un conteur bourguignon dont la plume trempe en pleine sève et qui dresse ses personnages dans l'air de leur pays avec ce relief puissant, cette expression ardente que, jadis, les imagiers de villages savaient donner à leurs figures d'églises. Ce n'est point certes que leVieux Garain[3] prenne dans ce récit un visage de saint. Ce «Jean-Jean de la Terre», intrépide «perce-coeur du pays» en sa jeunesse, savoureux ivrogne en son âge mûr, et riche diseur d'anecdotes sur sa fin, avant d'être taquiné par le croque-mort, est tour à tour le bon gars et le mauvais larron. Mais quand, avec ses expressions un peu débraillées, il évoque la vie, la vie locale d'un demi-siècle en «sa sincère gueuserie», il nous livre les plus extraordinaires portraits bourguignons fixés, sans retouche, dans la réalité du cadre.[Note 1: Édition Fasquelle.][Note 2: Édition B. Grasset.][Note 3: Édition Fasquelle.]M. Roux-Servine, l'auteur duPlanet Saint-Eloy[4], nous offre, pour ses débuts dans le roman, une oeuvre charmante, originale, sympathique, pleine d'esprit et de talent, qui vaut d'être lue et mise en bibliothèque. M. Roux-Servine est certainement un homme du Midi et peut-être bien un félibre. Il est en tout cas un traditionniste de la meilleure qualité et qui, pour cette raison, n'aime point le cabotinage du traditionnisme. Et M. Roux-Servine en plus est un poète. Vous vous en apercevrez dès ses premières lignes, à la description évocatrice qu'il nous donne du Planet Saint-Eloy, une placette d'Iscle en Provence, irrégulière, maussade, avec la fontaine qui s'y égoutte continûment entre les branches de trois platanes, avec ses anciens hôtels renfrognés. En ces maisons du passé survivent de vieux us et gîtent de vieilles gens: un ancien notaire, un chanoine, une dame très noble, deux demoiselles âgées, un officier en retraite, gaillard et ronchon, dont la seule présence en ce lieu est un demi-scandale. Le scandale complet se déchaîne lorsque emménagent sur le Planet un peintre fantasque et riche et une antiquaire pratique et jolie. Il ne faut pas accabler les vivants sous le poids des morts, mais il paraît cependant juste de noter que l'on trouve dans ce livre quelque chose de l'observation balzacienne, traduite avec la fantaisie d'un Murger, un Murger plus fin, plus discret quoique méridional. Et il y a aussi, en ces pages nuancées, une satire bien jolie des métèques qui, pour vivre dans le Midi, prétendent le connaître et affirment l'aimer.[Note 4: Édition du «Provençal de Paris». 15, rue du Faubourg-Montmartre.]RÊVE D'EMPEREURIl y a des gens, disait la baronne du Montet, qui ont le talent de se draper d'un nuage. «Napoléon III, ajoute M. Frédéric Loliée, était de ces nébuleux, à qui le clair-obscur prête des proportions agrandies». Car M. Frédéric Loliée vient de nous donner un fort ouvrage sur Napoléon III[5], très curieusement étudié dans la formation et le développement de son rêve impérial. On connaît les livres précédents de ce séduisant et brillant historien. Jusqu'ici, des témoignages d'époque lui avaient permis d'esquisser, sous la forme intime, les grands portraits et les silhouettes notables de la société du second Empire. Mais la figure essentielle, centrale, manquait encore à cette galerie. Il nous fallait un Napoléon III, vu par M. Loliée dans la solitude de Ham et dans le faste des Tuileries, une analyse intime--à travers les circonstances de la vie privée ou publique--de cette figure du destin. M. Loliée a ressuscité son personnage avec beaucoup de finesse d'observation et un grand effort d'impartialité. Après avoir, dans la première moitié de son ouvrage, dressé un triptyque impressionnant de Louis Bonaparte, enfant, conspirateur, prisonnier, il nous montre, après la réalisation du «rêve», les Tuileries rouvertes aux rites somptuaires d'un autre âge, le palais des rois rendu à la vie avec un faste tout à fait digne de son histoire, un éclat matériel répondant à l'idée la plus brillante qu'on pût concevoir d'un vrai décor monarchique, et, debout, au milieu de cette pompe renouvelée du premier Empire, un homme, donnant plutôt l'impression avec son attitude impassible, indifférente, «d'un maître revenu chez soi que d'un Élu fraîchement sorti du scrutin populaire».M. Frédéric Loliée insiste peu sur les faits, déjà connus, et que l'on pourra d'ailleurs retrouver, fort agréablement liés, commentés et illustrés, dans l'ouvrage du comte Fleury et de M. Louis Sonolet, sur laSociété du second Empire[6]. M. Loliée concentre son observation sur la vie intérieure, sur l'évolution d'âme; et les traits qu'il dégage en force et en relief composent le portrait moral le plus impressionnant et le plus vrai peut-être que l'on nous ait jusqu'ici donné du rêveur impérial.Albéric Cahuet.[Note 5:Rêve d'Empereur. Ed. Émile-Paul, 7 fr. 50.][Note 6: Dont le troisième volume (1863-1807) vient de paraître. Ed. Albin Michel, prix 5 francs.]DOCUMENTS et INFORMATIONSLe biplan avec ses rampes électriques.Le sillage lumineux tracé par l'aéroplane.La chute des bombes sur une carcasse en bois figurant uncuirassé et l'incendie de ce dernier.EXPÉRIENCES DE LANCEMENT DE BOMBES EN AÉROPLANE, LA NUITAvions lanceurs de bombes.L'Amirauté anglaise a fait procéder récemment, sur l'aérodrome de Hendon, à d'intéressantes expériences de lancement de bombes du bord d'un aéroplane. Ces expériences ayant lieu la nuit, la silhouette générale des avions était indiquée par une série de lampes qui permettaient de suivre les évolutions; sur le sol de l'aérodrome, on avait dressé une carcasse on bois simulant un navire de guerre, éclairée par des feux reproduisant aussi exactement que possible les feux réglementaires.Le vol des avions, dans ces conditions, fut un spectacle nouveau. L'appareil disparaissait dans la nuit, traçant des lignes de feu qui se déroulaient en un lumineux sillage. Et l'éclatement des bombes, qui, grâce à l'adresse des pointeurs, incendièrent assez rapidement le but proposé, ajoutait à l'étrangeté de ce feu d'artifice d'un nouveau genre.Conservation des oeufs par le silicate de Soude.Il y a longtemps qu'on a préconisé la conservation des oeufs dans un bain de silicate de soude ou verre soluble; mais depuis peu on a prétendu que les oeufs ainsi traités renferment une certaine quantité de silice soluble qui les rend dangereux pour la consommation.Un chimiste anglais, M. Bartlett, s'est livré à une série d'expériences en vue d'éclaircir définitivement la question. Il a constaté que si le bain contient de la soude libre, l'oeuf en absorbe et le blanc prend la consistance de gelée.On évite cet inconvénient en employant une solution convenable de silicate de soude à 10%. Après onze mois d'immersion les oeufs ne contiennent pas plus de silice que les oeufs frais et leur poids est sensiblement le même qu'avant leur introduction dans le bain. D'autre part, leur qualité est en général supérieure à celle des oeufs conservés par le froid, car les pores de la coquille sont clos et ne se laissent traverser par aucune mauvaise odeur.Carpes d'égout.Nous avons signalé jadis les essais entrepris en certains pays, notamment en Allemagne, pour assainir les cours d'eau, en les peuplant de jeunes carpes: ces poissons se nourrissent de certains microbes et les ferments qu'ils sécrètent en détruisent d'autres.Le procédé a donné d'excellents résultats et on songe à l'utiliser pour la purification des eaux d'égout. D'après les expériences et les calculs du docteur Hofer, de Munich, la carpe prospère dans les eaux polluées; des sujets d'une livre placés au mois d'août dans des étangs recevant des eaux d'égout avaient triplé de poids au mois de novembre. On pourrait ainsi obtenir un revenu dépassant parfois 1.000 francs par hectare.Le savant allemand ajoute que ces carpes peuvent être mangées sans danger. Elles consomment, non pas les toxines, mais seulement les animalcules qui les produisent; d'autre part, leur cuisson offrirait des garanties suffisantes contre l'infection microbienne.Attendons-nous donc à voir bientôt introduire à Paris comme «carpes de la Loire» les carpes d'égout dues à l'initiative de la science germanique.Inconvénients du chocolat pour les nourrices.On sait que l'alimentation des nourrices exerce une grande influence sur la composition du lait, influence telle qu'on fait parfois ingérer par la nourrice certains médicaments destinés à l'enfant. Mais on n'avait jamais remarqué jusqu'ici l'action nocive que peut présenter la consommation abusive du chocolat. MM. Brandeis et Quintrie ont fait à cet égard une observation curieuse qu'ils viennent de communiquer à la Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux.Un bébé étant affecté de troubles digestifs assez graves, le lait maternel fut analysé: on y trouva des cristaux d'oxalate de chaux. C'était un élément tout à fait anormal, et, en cherchant d'où il pouvait provenir, on apprit que la mère mangeait une quantité excessive de chocolat. Or, le chocolat contient presque toujours une légère proportion d'acide oxalique; il fut donc interdit à la nourrice. En quelques jours les malaises de l'enfant cessèrent complètement.La teinture d'iode dans les approvisionnements de l'arméeDepuis que les travaux du professeur Reclus ont fait connaître la haute valeur antiseptique de la teinture d'iode, la chirurgie moderne en a fait la base de presque tous ses pansements. Malheureusement, ce précieux produit doit, pour être efficace, être de préparation récente. Au bout de huit jours, il s'altère et devient irritant; après un mois, il est caustique. Pour remédier à cet inconvénient grave, on a proposé de lui ajouter diverses substances conservatrices, de l'iodate de potasse par exemple, du borax ou de l'iodure de potassium. Mais ce ne sont là que des moyens de fortune dont la constance n'a jamais été démontrée.Aussi convient-il de signaler qu'un praticien de notre armée, le pharmacien-major Pellerin, attaché à la direction du service de santé du ministère de la Guerre, vient de trouver le moyen pratique de fabriquer des comprimés d'iode pur, susceptibles de résister pendant de longs mois à toute altération. Pour s'en servir, il suffit d'en placer un dans une quantité convenable d'un liquide alcoolique quelconque où il se dissout instantanément.Grâce à cette découverte, nos ambulances et nos formations sanitaires de campagne vont être, dans un délai très bref, pourvues du médicament précieux, indispensable pour les soins d'urgence à donner aux blessés.L'éponge de fer et la purification de l'eau.Quand on fait passer un courant de vapeur d'eau dans de la fonte en fusion, celle-ci, en se solidifiant par refroidissement, prend un aspect poreux qui lui a valu le nom commercial d'éponge de fer. Ce produit bien connu n'a dans l'industrie que des usages assez restreints; mais il est possible que désormais sa fabrication se trouve assurée d'assez larges débouchés. Le service municipal des eaux de New-York vient, en effet, de l'employer pour constituer des lits filtrants et se déclare enchanté de son emploi, après de nombreuses expériences concordantes. Un filtre garni d'éponge de fer se laisse traverser par l'eau avec une grande rapidité, mais l'assainit au passage d'une façon si parfaite que, fût-elle saumâtre ou fétide à son entrée dans l'appareil, cette eau se trouve, à la sortie, dépourvue de toute mauvaise odeur, privée de goût désagréable et susceptible de demeurer pendant de longs mois claire, limpide, sans aucune altération, absolument potable en un mot.Ces expériences devraient être reprises chez nous: en raison du prix de revient très bas de l'éponge de fer, rien ne s'opposerait à son adoption pour le filtrage des eaux, si les conclusions optimistes des ingénieurs américains sont confirmées de tous points.A propos de la statue de Jupille.Plusieurs lecteurs nous demandent quel est l'auteur du monument, reproduit dans notre numéro du 1er novembre, qui rappelle, à l'Institut Pasteur, l'acte de courage du petit Jupille terrassant un chien enragé: ce groupe est l'oeuvre du statuaire Émile Truffot, qui fut l'un des meilleurs élèves de Carpeaux, et a laissé le souvenir d'un excellent artiste.Le transport de la marine de guerre américaineOrionravitaillanten charbon le cuirasséOhiodans le port de Marseille.--Phot. du lieut.-col. Prat.NAVIRES AMÉRICAINS EN FRANCEUne division navale américaine, composée des cuirassésVermontetOhio, au cours d'une croisière en Méditerranée, va passer quelques semaines dans les eaux françaises. Ces cuirassés sont actuellement à Marseille, où a été prise notre photographie. Ils y ont grand succès de curiosité, avec leurs étranges mâts-tourelles. Mais ce qui retient le plus vivement l'attention des marins comme des simples... terriens, c'est le transportOrionqui les accompagne et qui est spécialement chargé de les ravitailler en charbon. C'est un navire d'un type tout nouveau et qui vient d'être mis en service récemment. Il peut porter 10.500 tonnes de houille. Il présente un aspect très particulier, avec son pont chargé de grues puissantes qui lui permettent de charger rapidement les navires qui peuvent avoir recours à ses services. De tels bâtiments pareraient heureusement, en temps de guerre, aux difficultés toujours grandes du ravitaillement.Le monument français de Bernefleuri par les ancienslégionnaires.--Phot.Fourmann.LE SOUVENIR FRANÇAIS A BERNELa colonie française de Berne n'oublie pas les soldats morts pour la patrie pendant le séjour en Suisse, en 1871, de nos troupes de l'Est mutilées et épuisées; et, suivant une tradition déjà lointaine, elle s'est réunie dimanche dernier avec son drapeau, au cimetière de Bremgarten où s'élève un très beau monument commémoratif.Deux couronnes de fleurs naturelles ornées de rubans tricolores furent déposées au pied de ce monument, l'une par la colonie française, l'autre par la société suisse des anciens légionnaires qui avait tenu à se joindre au cortège formé à l'entrée du cimetière. Cette touchante manifestation des anciens légionnaires suisses, groupés sous le drapeau français, est une réponse éloquente aux attaques haineuses et périodiques de la presse pangermaniste contre notre légion.LE PROCÈS DE KIEFA Kief, un retentissant procès, terminé d'hier, a, durant plusieurs semaines, provoqué d'ardentes discussions en Russie. L'assassinat, dans des conditions restées mystérieuses, d'un enfant nommé Youtchinsky; certaines conclusions des médecins qui avaient procédé à l'autopsie, la mise en accusation de l'israélite Beylis, soupçonné d'être l'assassin, ont permis d'évoquer devant les juges l'obsession sanglante du «crime rituel».Beylis.--Phot. Kowalsky.D'où, en Russie, une émotion violente, le déchaînement des antisémites, d'un côté, et, d'autre part, la riposte non moins ardente de leurs adversaires les accusant d'inventer des prétextes à massacres.Le procès s'est terminé par l'acquittement de Beylis. Le jury de Kief, tout en affirmant sa conviction que le meurtre du jeune Youtchinsky avait été commis dans la fabrique où les juifs confectionnaient leurs pains azymes, a, sur une seconde question, répondu que Beylis n'était pas coupable.Ce verdict rendu par douze hommes du peuple, dont une certaine partie de l'opinion suspectait bien à tort les préjugés, paraît devoir apaiser les passion...Une baleine échouée à la pointe de Penmarch.UN CÉTACÉ EN BRETAGNEIl n'est pas rare de voir un cachalot ou quelque baleinoptère échouer sur nos côtes; en général, ces monstres marins sont de taille réduite et nous donnent une idée assez imparfaite de la légendaire baleine.Le cétacé trouvé ces jours derniers sur la côte de Penmarch, près du phare d'Eckmühl, se distingue de ses congénères égarés en nos régions par sa taille exceptionnelle; il mesure environ 15 mètres de longueur. Ce sujet rare a attiré l'attention du Muséum qui a envoyé un délégué chargé de surveiller le dépeçage. Et le squelette sera probablement attribué à un musée de province, qui pourra s'honorer, comme le Jardin des Plantes de Paris, d'une cour de la Baleine.LES THÉÂTRESLe théâtre Léon-Poirier vient de nous révéler une comédie satirique, de M. Lucien Gleize, qui a obtenu le plus franc succès. LeVeau d'orest l'histoire amusante, alerte, et très spirituellement satirique sans méchanceté, d'un parvenu richissime, vaniteux jusqu'au ridicule, et de sa cour d'adulateurs; une intrigue sentimentale lie entre elles les scènes dont se composent ces trois actes, scènes de caractère où éclatent à tout instant les traits cocasses, les formules bien venues, les mots de situation. On a applaudi la pièce et ses interprètes, Mlles Catherine Fonteney et Suzanne Révonne, MM. Berthier, Louis Gauthier, Henri Beaulieu, Dechamps, Paul Plan, Arvel.«L'Insaisissable Stanley Collins, pièce à grand spectacle en vingt tableaux», de MM. de Marsan et Timmory, est une oeuvre conçue selon l'esthétique du théâtre du Châtelet. L'insaisissable Stanley Collins rappelle le mystérieux Crawford de l'affaire Humbert, si ingénieusement imaginé par la grande Thérèse. Les deux auteurs, tout autant qu'elle, ont fait preuve d'un sens avisé des coups de théâtre et, comme elle, ils se sont avant tout préoccupés de la mise en scène. Décors changeants, brillants costumes, musiques, cortèges et ballets sont d'un faste varié et pittoresque.Le théâtre de la Porte-Saint-Martin vient de reprendre leRuisseau, de M. Pierre Wolff, qui, lors de sa création au Vaudeville en 1907, atteignit et dépassa la centième représentation. Cette comédie si fine, émouvante et généreuse, n'a pas vieilli. Son charme, qui est fait de tendresse, n'a rien perdu de son pouvoir sur le public. Et le succès d'hier égale et dépassera peut-être celui d'il y a six ans. Son interprétation est du reste tout à fait supérieure avec MM. Huguenet, Rosenberg, Mlle Jeanne Provost et Mlle Jane Pierly qui, après tant d'autres artistes de café-concert, a fait là, sur une grande scène, un début, d'autant plus remarqué qu'elle prenait dans le principal rôle féminin la lourde succession de Mlle Yvonne de Bray.Mlle Jane Pierly.--Phot. A. BertC'est décidément la saison des «reprises», au moins pour la Porte-Saint-Martin et pour l'Ambigu. Voici, sur cette dernière scène, la reprise deRaffles, triomphe de la pièce policière. Sa carrière fut longue au théâtre Réjane qui la révéla en 1907. Il est à prévoir qu'elle va, durant de nombreuses soirées, connaître un regain de succès avec sa nouvelle interprétation parmi laquelle figure, d'ailleurs, le brillant créateur de Raffles, M. André Brûlé.M. Jacques Rouché, devenu directeur de l'Opéra, est remplacé au théâtre des Arts par M. Irénée Mauget qui, au cours de l'été, représenta un certain nombre d'actes inédits d'auteurs nouveaux sur le théâtre de Verdure du Pré-Cateian, et qui se promet de nous révéler des oeuvres intéressantes. Son premier spectacle à la salle du boulevard des Batignolles comportait un drame de MM. Johannès Gravier et Lebert, leDroit de mort, sur un sujet profondément pathétique: le véritable droit de mort que des parents peuvent exercer encore de nos jours sur leurs enfants en s'opposant à une intervention chirurgicale,--et une comédie de MM. Pierre Bossuet et Georges Léglise, leCoeur en panne, marivaudage un peu long avec quelques jolies scènes.Le théâtre du Vieux-Colombier nous a offert, pour son second spectacle, une pièce en quatre actes, de M. Jean Schlumberger, lesFils Louverné; c'est un drame de famille composé avec le souci évident d'éviter tout effet mélodramatique, écrit avec un tact littéraire parfait; il est joué avec un soin discret par la troupe ordinaire du Vieux-Colombier.Le théâtre Impérial a renouvelé aimablement son spectacle en affichant trois petites pièces gaies:Un malheur n'arrive jamais seul, de M. Félix Galipaux;Express-Agency, de MM. Henri Falk et Maurice Dumas, qui ont mis à la scène les exploits comiques d'un fantaisiste Sherlock Holmes;Un virtuose, de MM. Wilned et Henry Roy, amusante «comédie-bouffe» dont un piano mécanique fait les frais. Une pantomime de M. Paul Franck, laGriserie du Tango, agrémente la soirée, qui se termine par une revue de MM. Jean Bastia, Jules Moy et Moriss,A la bonne Franckette, jouée par les auteurs.(Agrandissement)Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.
Moins d'un mois après son élection à la présidence définitive de la République chinoise, on apprenait que Yuan-Chi-Kaï venait de se débarrasser, par un coup d'État, de toute l'opposition parlementaire. Les 300 députés appartenant au kouo-ming-tang, c'est-à-dire à l'opposition radicale, étaient exclus du Parlement. Ce coup de force a peu surpris.
Les Européens qui, comme notre confrère Jean Rodes, le distingué correspondant duTemps, ont été témoins de l'élection présidentielle et de l'installation--véritable intronisation--au Palais impérial du président Yuan-Chi-Kaï, n'ont point, en effet, conservé de doutes sur le caractère peu constitutionnel et quasi monarchique du régime que l'on instaurait. A propos des opérations électorales qui durèrent, le 6 octobre, de 10 heures du matin à 7 heures du soir, M. Jean Rodes a noté cet incident caractéristique:
«Plusieurs centaines d'habitants de Tien-Tsin, délégués par la Chambre de commerce de cette ville et venus, le matin, en chemin de fer, s'arrogèrent, avec évidemment l'acceptation de Yuan-Chi-Kaï, dont ils étaient partisans, la police de la salle. Vers le milieu de la journée, des parlementaires ayant voulu sortir pour manger, ces gardiens improvisés les en empêchèrent absolument. Ils consentirent seulement à leur faire parvenir quelques vivres. C'est donc pour ainsi dire à l'état de prisonniers et surveillés par des gens sans mandat que les députés et sénateurs procédèrent à l'élection...»
Quatre jours après, le 10 octobre, le président Yuan-Chi-Kaï recevait solennellement l'investiture légale, en présence de tous les hauts dignitaires des Chambres et des ministres étrangers.
«Affublé d'un costume de général moderne couleur bleu de ciel et coiffé d'un haut képi surmonté d'un panache blanc, Yuan-Chi-Kaï, dit M. Jean Rodes, était, d'une manière assez peu en harmonie avec cette tenue militaire, porté en chaise. Une foule de dignitaires, vêtus du même uniforme, se pressaient et trottinaient autour de lui, selon la plus vieille coutume des cours orientales.»
Le président Yuan-Chi-Kaï, entouré des membres du corpsdiplomatique à Pékin.--Phot. Fu Sheng.
1. Le président Yuan-Chi-Kaï.--2. S. E. Don Luis Pastor, doyen du corps diplomatique, ministre d'Espagne.--3. S. E. M. Wallenberg, ministre de Suède.--4. S. E. M. A. Conty, ministre de France.--5. S. E. M. de Cartier de Marchienne, ministre de Belgique.--6. S. E. le comte Aklefelt-Laurvig, ministre de Danemark.--7. S. E. M. Williams, chargé d'affaires des États-Unis.--8. S. E. Lou-Tseng-Tsiang, ministre des Affaires étrangères, Wai-Kiao-Pou.--9. S. E. H. Kroupensky, ministre de Russie.--10. S. E. M. Yamaza, ministre du Japon.--11. S. E. Tsao-Jou-Linn, vice-ministre des Affaires étrangères.--12. S. E. M. Bathala de Freitas, ministre de Portugal.--13. S. E. le comte von Limburg-Stirum, ministre des Pays-Bas.--14. S. E le baron von Seckendorff, ministre d'Allemagne.--15. S. E. Leang-Cheu-Yi, secrétaire général de la présidence.--16. M. le chevalier Daniel Varé, chargé d'affaires d'Italie.--17. M. J. B. Alston, chargé d'affaires de Grande-Bretagne.--18. Amiral Tsai-Ting-Kan, conseiller du président.--19. le général Yin-Tchang, conseiller du président.--20. M. Herrera de Huerta, ministre du Mexique.--21. M. Tang-Tsai-Fou, conseiller au ministère des Affaires étrangères.--22. M. Tang-Hoa-Long, président de la Chambre des députés, Tchong-Yi-Yuan.--23. M. Wang-Chia-Siang, président du Sénat, Tsan-Yi-Yuan.--24. M. le comte des Fours, chargé d'affaires d'Autriche-Hongrie.--25. Amiral Liou-Kuan-Hsun, ministre de la Marine.
La solennité eut lieu dans la vaste salle où l'empereur se tenait autrefois pour les grandes réceptions annuelles. Lorsque Yuan-Chi-Kaï eut fait son entrée, il gravit la haute estrade impériale et s'installa délibérément à la place du trône où des chambellans, les uns en habit, les autres en redingote, l'entourèrent. Le président, dans ce décor et avec ces formes monarchiques, lut un long discours. Puis, à un commandement du maître des cérémonies, tous les Chinois présents s'inclinèrent profondément trois fois. La réception diplomatique eut lieu ensuite. Après quoi le prince Pou Loun, vêtu lui aussi en général bleu, vint au nom de la famille impériale présenter ses voeux et offrir un cadeau. Une grande parade militaire, le défilé de 18.000 hommes devant les portes du palais, termina ces cérémonies qui devaient marquer, pour l'histoire, les débuts pittoresques et un peu gauches de la République chinoise dans le monde moderne.
Le lendemain, le président Yuan-Chi-Kaï réunissait dans un déjeuner suivi d'une garden-party les chefs de mission et le personnel des légations, et c'est au cours de cette fête, plus intime, que fut prise la photographie ici reproduite de Yuan-Chi-Kaï, en son bel uniforme bleu et archigalonné de président ou de généralissime, au milieu des ministres accrédités en sa capitale.
APRÈS LA TEMPÊTE.--Les épaves du «Mesolonghion» jeté à lacôte près de Casablanca; à l'arrière-plan, le «Nana Martini» échoué.Photographie Ch. Ratet.
Le coup de vent qui, à la fin du mois dernier, a soufflé sur l'Atlantique a sévi avec une violence particulière sur les côtes du Maroc, où la mer est toujours si dure. Le 29 octobre, la tempête jetait à la côte un voilier français, laMarguerite,à Rabat, et trois autres navires mouillés en rade de Casablanca, leLiria,espagnol, leMesolonghion;battant pavillon hellénique, et leNana Martini,allemand. Aux premières nouvelles de ces trois derniers sinistres, le général Franchet d'Esperey et le général Ditte se portaient sur la plage. Les secours furent organisés rapidement. Mais leMesolonghion,le plus en danger et le premier secouru, fut vite mis en pièces par les vagues furieuses. Quatorze de ses matelots disparurent. LeNana Martini,échoué non loin de là, put débarquer sans pertes son équipage. Quant auLiria,le sauvetage des marins qui le montait fut long, dangereux, fertile en péripéties. Il fut l'occasion de maints actes de courage et de dévouement. Là encore tout le monde fut sauf, mais le navire était perdu. Ce véritable raz de marée a été, pour le port de Casablanca, en construction, une rude et excellente épreuve. On n'était pas sans inquiétude quant aux fondations des môles, que les prophètes de malheur disaient devoir être balayées comme des fétus. Elles ont, au contraire, résisté admirablement.
J'ai sur ma table une douzaine de cartes qui me convient aux expositions d'art les plus diverses. On le sent: l'écluse est maintenant ouverte et nous allons vivre jusqu'à l'étésousla peinture! En quel océan ce torrent ira-t-il se noyer lui-même? Quelles terres, je veux dire quelles collections ira-t-il submerger ou féconder? On ne sait pas; et à l'éternelle question que se posent tant de braves gens, chaque année: «Où peut bien aller toute cette peinture?» nulle bouche humaine n'a encore répondu.
J'utiliserai deux de ces cartes, en tout cas: j'irai à la galerie Montaigne--c'est-à-dire au théâtre des Champs-Elysées--voir l'Exposition d'Art chinois ancien; un art merveilleux, qui étonne sans doute plus qu'il ne charme, mais dont les surprises sont si passionnantes! Rappelez-vous les expositions récentes dont nous avons eu le régal au musée Cernuschi.
Et puis j'irai flâner au quai de l'Horloge pour y voir une série d'oeuvres de Roty qu'un graveur-éditeur y expose depuis quelques jours. Roty fut un homme exquis, et qui a laissé une oeuvre aussi délicate et aussi noble que lui. Il a eu ce génie de n'être point l'esclave de ses outils; de ne jamais rapetisser ni sa vision ni son sentiment des choses à la mesure du cadre où il enfermait son oeuvre. Il a mis en des médailles toutes petites de vastes paysages, de grands gestes et des rêves infinis. Il faut aimer Roty. Ce petit homme timide fut l'honneur d'un art où nous excellons. Et puis on le fait revivre à nos yeux, dans un magasin du quai de l'Horloge, en plein décor de «vieux Paris», tout près de cet Institut où, discrètement, il siégea. C'est très bien.
Le dixième Salon de la «Gravure originale en couleurs» est ouvert pour une dizaine de jours encore. Il faut l'avoir vu. Cette exposition n'a point la prétention de nous révéler des chefs-d'oeuvre, et elle n'est pas d'ailleurs destinée à cela. Mais elle a un autre objet, qui est très intéressant aussi: elle nous montre comment l'art, en somme, peut arriver à se vulgariserartistementdans une forme où il semblait que ce fût bien difficile... Nous avions lachromo, qui était à la portée de toutes les bourses; la gravure en couleurs est moins universellement accessible, et l'on ne peut pas dire d'elle qu'elle soit «peuple». Elle est «classes moyennes». N'importe. Elle marque un admirable progrès dans l'art de mettre à la disposition d'amateurs de plus en plus nombreux de délicates jouissances, d'une qualité continuellement améliorée, et qui n'étaient, il y a peu d'années encore, que le privilège d'une élite.
La Comédie-Française a repris, comme chaque année, au seuil de l'hiver, ses soirées d'abonnement. Ses matinées du jeudi étaient, depuis quelque temps déjà, recommencées. Si j'étais chargé de montrer Paris à un étranger, je ne me presserais pas de le conduire aux soirées d'abonnement de la Comédie-Française, pas plus qu'à celles de l'Opéra. J'aurais peur qu'il en emportât l'impression que les Français d'aujourd'hui pratiquent mal, quand ils sont au théâtre, l'art d'écouter. L'Abonné est souvent inattentif; il semble même qu'à ses yeux il y ait quelque élégance à l'être. Il a payé pour tout entendre; mais il ne saurait admettre que le droit de tout entendre lui impose le devoir d'écouter tout. Le spectacle qu'on lui donne n'est pas toujours d'une irréprochable beauté; mais il faut convenir qu'il est lui-même, quelquefois,--vu de la scène, ou de loges voisines, occupées par des gens attentifs, un spectacle bien ennuyeux.
Bien plus volontiers conduirais-je mon Etranger à ces matinées du jeudi qui sont comme les fêtes hebdomadaires du Théâtre-Français, et qui sont rendues délicieuses, vraiment, par la qualité de la clientèle qu'on y voit. Clientèle de fraîche jeunesse: d'adolescents attentifs, de fillettes bien sages et pour qui ces matinées sont l'aventure, la petite folie de la semaine! De jolis visages; des toilettes dont l'élégance demeurera discrète, quelques années encore (ensuite, on verra!); un silence de cathédrale autour des mots qui viennent de la scène; une joie de kermesse à chaque baisser de rideau; ah! le gentil spectacle qui nous est donné là! Et je voudrais, pour que mon ami l'Etranger rapportât de nous, dans son pays, une opinion flatteuse tout à fait,--je voudrais le conduire, après cela, chez Lamoureux ou chez Colonne; je veux dire chez Chevillard ou chez Pierné.
Les deux grands Concerts du dimanche ont fait, le mois dernier, leur réouverture (le sixième concert des deux séries sera donné demain); après avoir vu comment notre jeunesse sait écouter une comédie, l'Etranger y verra comment nos adultes savent écouter de la musique; avec quelle docilité émue et recueillie ils se livrent à elle. Tous sont venus chercher là l'émotion qui amuse, ou qui exalte, ou qui apaise; car, parmi tant de sensibilités assemblées, il n'y en a pas une à qui l'orchestre ne dise, à un moment donné, la phrase qu'elle avait besoin d'entendre, et qu'elle se rappellera... On vante le recueillement de certaines foules allemandes, au concert; il ne saurait être plus profond, plus émouvant que ne l'est, depuis cinquante ans--depuis Pasdeloup, le bon prophète!--celui des foules de Paris!
** *
Une bonne nouvelle. Le musée Galliéra qui organise en ce moment, comme tous les ans, à l'automne, son «Exposition générale d'art appliqué», annonce pour 1914 une Expositionspécialedont l'intérêt sera grand.
On sait que, depuis 1902, le musée Galliéra a organisé, chaque année--à côté des collections qui constituent le fonds permanent de ses richesses--des expositions spéciales, qui étaient chaque fois, dans l'ordre des Arts appliqués à l'industrie, consacré à un objet différent. Le musée Galliéra nous a donné successivement les expositions de laReliure, del'Ivoire, de laDentelle, duFer forgé, de laSoie, de laPorcelaine, de laParure précieuse de la Femme, duPapier et de la toile imprimés et pochés, de laVerrerie, desGrès,de laBroderie; et, cette année, la délicieuse et si amusante Exposition de l'Art pour l'enfance, qui vient de finir, et à laquelle succède celle dont j'ai parlé plus haut: l'Exposition généraled'Art appliquéà laquelle M. Eugène Delard, le si dévoué conservateur du Musée, pourvoit au moyen de ses collections permanentes. C'est cette Exposition que suivra, au printemps prochain, la quatorzième Exposition spéciale de Galliéra. Elle aura pour sujet: «laStatuette», et «leMeubledestiné à la faire valoir».
On voudrait, par cette Exposition, montrer le rôle décoratif de la Statuette, et à quels ingénieux emplois peut être affectée, dans nos intérieurs d'art modernes, la «petite Sculpture». Voilà un thème excellent!
J'ai déjà dit quels services nos musées municipaux rendent à l'Art, et quels intéressants spectacles ils nous donnent. Comme on souhaiterait que la Ville de Paris apportât au nettoyage de ses rues et à l'administration de ses ordures ménagères une intelligence égale à celle qu'elle déploie dans le gouvernement de ses musées!Un Parisien.
Expositions artistiques.--Grand Palais: Salon d'automne.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): exposition de la gravure originale en couleurs. (Clôture le27 novembre.)--Galerie Boutet de Monvel (rue Tronchet, 18): céramiques de Lachenal.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes): oeuvres de M. Hans Ekegardh; le21 novembre, ouverture de l'exposition des Amis de l'eau-forte.--Galerie Montaigne (avenue Montaigne): exposition d'art chinois ancien.
Ventes d'art.--Hôtel Drouot, salle 6, les20 et 21 novembre, estampes anciennes.--Salle 8, les20 et 21 novembre, laques anciennes du Japon, bronzes chinois et japonais, peintures et dessins.
Conférences.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie):Visions d'artde M. Gervais-Courtellemont: le21 novembreà 9 heures du soir, laFrance dans l'Afrique du Nord(projections en couleurs), causerie de M. Gervais-Courtellemont; le20 novembre, à 3 heures,Jeanne d'Arc, causerie de M. Funck-Brentano.--Université desAnnales(51, rue Saint-Georges), à 5 heures: le17 novembre, Snobisme, snobs et snobinettes, par M. Jules Lemaître; le18, le Bon roi Henry, par M. Henry Roujon; le19, la Jeunesse de Victor Hugo, par M. Jean Richepin; le20, Une visite à madame mère, Laetitia Ramolino à Rome, par M. Frédéric Masson; le21, la Vie flamande, par M. Émile Verhaeren; le22, Pourquoi chante-t-on?par M. Reynaldo Hahn.--Au théâtre de la Renaissance: le15 novembre, à 5 heures, conférence sur leTango, par M. André de Fouquières; le22 novembre, à 5 heures, gala de musique consacré à Gustave Charpentier, conférence de M. Albert Acrémant.
Concerts et auditions.--Théâtre des Champs-Elysées, le19 novembre, en soirée, concert symphonique avec le concours de Mme Félia Litvinne.--Hôtel du Foyer (34, rue Vaneau), le20 novembre, de 3 à 4 heures, séance de musique donnée par l'Association des Concerts Chaigneau.
Exposition de chiens de luxe.--Du21 au 23 novembre, 87, rue La Boétie, exposition organisée par le Club du chien de luxe.
Sports.--Courses de chevaux; le15 novembre, Vincennes; le16, Auteuil (prix Montgomery); le17, Saint-Ouen; le18, Enghien; le19, Vincennes (obstacles); le 20, Auteuil (prix de Marly); le21, Saint-Ouen; le 22, Vincennes (trot).--Gymnastique: le 15 novembre, à 3 heures, à la Sorbonne, congrès de l'Union des Sociétés de gymnastique de France; le16 novembre, au gymnase Japy, à 3 heures: sixième tournoi international.--Aéronautique: le 15 novembre, à Saint-Cloud, concours de distance organisé par l'Aéro-Club de France.
Quelques livres de la terre nous sont venus liés ensemble comme une gerbe d'automne. Ils renferment un peu de la même âme; ils répandent une harmonie de parfums qui évoquent nos vacances trop vite interrompues parmi les bois, les sillons et les vignes. Ces livres sont:Au Pays d'Oïl, par M. Jean Revel; leVieux Gamin, par M. Gaston Roupnel et leRoman de la Forêt, de M. Jean Nesmy, auxquels il faut joindre lePlanet Saint-Eloy, de M. Roux-Servine, qui nous dit la vie et la mort de la tradition provinciale sur la «placette» d'une petite ville de Provence.
Nous devons à M. Jean Revel de fortes études sur la vie terrienne: «Rustres», «Contes normands», les «Hôtes de l'Estuaire», «Terriens». On lira avec le même goût les savoureuses et émouvantes nouvelles qu'il a réunies sous ce titre: AuPays d'Oïl[1]. M. Jean Revel a foi dans les destinées de la littérature provinciale, qu'il a dotée généreusement d'un prix annuel de 800 francs. Il continue d'écrire lui-même, pour l'exemple, et avec raison, puisque son talent reste chaud et jeune.
LeRoman de la Forêt[2] est l'oeuvre d'un forestier, et il faut nous en réjouir. M. Jean Nesmy a vécu longuement dans la forêt champenoise. Il connaît, comprend et aime la forêt. Il vient de lui consacrer un très beau livre, où il traite un sujet inédit: la vie des charbonniers, et où il traduit, avec un art subtil et charmant, les plus menues perceptions de bruits, de parfums, de couleurs. Voici, par exemple, les bois mouillés:
«La pluie tombe toujours monotone et têtue, à menus fils, à petites aiguilles et n'a pas même un chant dans sa tristesse. Elle dégoutte des branches, vernit les bourgeons, les feuilles mauves et les écorces, gonfle les mousses, glisse en rosée sous les herbes qu'elle ploie, hache l'air, effume l'horizon et, portée comme un embrun par le vent de la hauteur qui la chasse, déplie ses voiles et les replie...»
Plus loin «la forêt de givre fait sa musique de dégel». Puis c'est la forêt à l'aube de mai, la forêt aux couchants et la forêt la nuit, tout le poème profond de la Forêt dans les quatre chants de ses quatre saisons.
M. Gaston Roupnel est un conteur bourguignon dont la plume trempe en pleine sève et qui dresse ses personnages dans l'air de leur pays avec ce relief puissant, cette expression ardente que, jadis, les imagiers de villages savaient donner à leurs figures d'églises. Ce n'est point certes que leVieux Garain[3] prenne dans ce récit un visage de saint. Ce «Jean-Jean de la Terre», intrépide «perce-coeur du pays» en sa jeunesse, savoureux ivrogne en son âge mûr, et riche diseur d'anecdotes sur sa fin, avant d'être taquiné par le croque-mort, est tour à tour le bon gars et le mauvais larron. Mais quand, avec ses expressions un peu débraillées, il évoque la vie, la vie locale d'un demi-siècle en «sa sincère gueuserie», il nous livre les plus extraordinaires portraits bourguignons fixés, sans retouche, dans la réalité du cadre.
[Note 1: Édition Fasquelle.]
[Note 2: Édition B. Grasset.]
[Note 3: Édition Fasquelle.]
M. Roux-Servine, l'auteur duPlanet Saint-Eloy[4], nous offre, pour ses débuts dans le roman, une oeuvre charmante, originale, sympathique, pleine d'esprit et de talent, qui vaut d'être lue et mise en bibliothèque. M. Roux-Servine est certainement un homme du Midi et peut-être bien un félibre. Il est en tout cas un traditionniste de la meilleure qualité et qui, pour cette raison, n'aime point le cabotinage du traditionnisme. Et M. Roux-Servine en plus est un poète. Vous vous en apercevrez dès ses premières lignes, à la description évocatrice qu'il nous donne du Planet Saint-Eloy, une placette d'Iscle en Provence, irrégulière, maussade, avec la fontaine qui s'y égoutte continûment entre les branches de trois platanes, avec ses anciens hôtels renfrognés. En ces maisons du passé survivent de vieux us et gîtent de vieilles gens: un ancien notaire, un chanoine, une dame très noble, deux demoiselles âgées, un officier en retraite, gaillard et ronchon, dont la seule présence en ce lieu est un demi-scandale. Le scandale complet se déchaîne lorsque emménagent sur le Planet un peintre fantasque et riche et une antiquaire pratique et jolie. Il ne faut pas accabler les vivants sous le poids des morts, mais il paraît cependant juste de noter que l'on trouve dans ce livre quelque chose de l'observation balzacienne, traduite avec la fantaisie d'un Murger, un Murger plus fin, plus discret quoique méridional. Et il y a aussi, en ces pages nuancées, une satire bien jolie des métèques qui, pour vivre dans le Midi, prétendent le connaître et affirment l'aimer.
Il y a des gens, disait la baronne du Montet, qui ont le talent de se draper d'un nuage. «Napoléon III, ajoute M. Frédéric Loliée, était de ces nébuleux, à qui le clair-obscur prête des proportions agrandies». Car M. Frédéric Loliée vient de nous donner un fort ouvrage sur Napoléon III[5], très curieusement étudié dans la formation et le développement de son rêve impérial. On connaît les livres précédents de ce séduisant et brillant historien. Jusqu'ici, des témoignages d'époque lui avaient permis d'esquisser, sous la forme intime, les grands portraits et les silhouettes notables de la société du second Empire. Mais la figure essentielle, centrale, manquait encore à cette galerie. Il nous fallait un Napoléon III, vu par M. Loliée dans la solitude de Ham et dans le faste des Tuileries, une analyse intime--à travers les circonstances de la vie privée ou publique--de cette figure du destin. M. Loliée a ressuscité son personnage avec beaucoup de finesse d'observation et un grand effort d'impartialité. Après avoir, dans la première moitié de son ouvrage, dressé un triptyque impressionnant de Louis Bonaparte, enfant, conspirateur, prisonnier, il nous montre, après la réalisation du «rêve», les Tuileries rouvertes aux rites somptuaires d'un autre âge, le palais des rois rendu à la vie avec un faste tout à fait digne de son histoire, un éclat matériel répondant à l'idée la plus brillante qu'on pût concevoir d'un vrai décor monarchique, et, debout, au milieu de cette pompe renouvelée du premier Empire, un homme, donnant plutôt l'impression avec son attitude impassible, indifférente, «d'un maître revenu chez soi que d'un Élu fraîchement sorti du scrutin populaire».
M. Frédéric Loliée insiste peu sur les faits, déjà connus, et que l'on pourra d'ailleurs retrouver, fort agréablement liés, commentés et illustrés, dans l'ouvrage du comte Fleury et de M. Louis Sonolet, sur laSociété du second Empire[6]. M. Loliée concentre son observation sur la vie intérieure, sur l'évolution d'âme; et les traits qu'il dégage en force et en relief composent le portrait moral le plus impressionnant et le plus vrai peut-être que l'on nous ait jusqu'ici donné du rêveur impérial.Albéric Cahuet.
[Note 5:Rêve d'Empereur. Ed. Émile-Paul, 7 fr. 50.]
[Note 6: Dont le troisième volume (1863-1807) vient de paraître. Ed. Albin Michel, prix 5 francs.]
La chute des bombes sur une carcasse en bois figurant uncuirassé et l'incendie de ce dernier.
EXPÉRIENCES DE LANCEMENT DE BOMBES EN AÉROPLANE, LA NUIT
L'Amirauté anglaise a fait procéder récemment, sur l'aérodrome de Hendon, à d'intéressantes expériences de lancement de bombes du bord d'un aéroplane. Ces expériences ayant lieu la nuit, la silhouette générale des avions était indiquée par une série de lampes qui permettaient de suivre les évolutions; sur le sol de l'aérodrome, on avait dressé une carcasse on bois simulant un navire de guerre, éclairée par des feux reproduisant aussi exactement que possible les feux réglementaires.
Le vol des avions, dans ces conditions, fut un spectacle nouveau. L'appareil disparaissait dans la nuit, traçant des lignes de feu qui se déroulaient en un lumineux sillage. Et l'éclatement des bombes, qui, grâce à l'adresse des pointeurs, incendièrent assez rapidement le but proposé, ajoutait à l'étrangeté de ce feu d'artifice d'un nouveau genre.
Conservation des oeufs par le silicate de Soude.
Il y a longtemps qu'on a préconisé la conservation des oeufs dans un bain de silicate de soude ou verre soluble; mais depuis peu on a prétendu que les oeufs ainsi traités renferment une certaine quantité de silice soluble qui les rend dangereux pour la consommation.
Un chimiste anglais, M. Bartlett, s'est livré à une série d'expériences en vue d'éclaircir définitivement la question. Il a constaté que si le bain contient de la soude libre, l'oeuf en absorbe et le blanc prend la consistance de gelée.
On évite cet inconvénient en employant une solution convenable de silicate de soude à 10%. Après onze mois d'immersion les oeufs ne contiennent pas plus de silice que les oeufs frais et leur poids est sensiblement le même qu'avant leur introduction dans le bain. D'autre part, leur qualité est en général supérieure à celle des oeufs conservés par le froid, car les pores de la coquille sont clos et ne se laissent traverser par aucune mauvaise odeur.
Carpes d'égout.
Nous avons signalé jadis les essais entrepris en certains pays, notamment en Allemagne, pour assainir les cours d'eau, en les peuplant de jeunes carpes: ces poissons se nourrissent de certains microbes et les ferments qu'ils sécrètent en détruisent d'autres.
Le procédé a donné d'excellents résultats et on songe à l'utiliser pour la purification des eaux d'égout. D'après les expériences et les calculs du docteur Hofer, de Munich, la carpe prospère dans les eaux polluées; des sujets d'une livre placés au mois d'août dans des étangs recevant des eaux d'égout avaient triplé de poids au mois de novembre. On pourrait ainsi obtenir un revenu dépassant parfois 1.000 francs par hectare.
Le savant allemand ajoute que ces carpes peuvent être mangées sans danger. Elles consomment, non pas les toxines, mais seulement les animalcules qui les produisent; d'autre part, leur cuisson offrirait des garanties suffisantes contre l'infection microbienne.
Attendons-nous donc à voir bientôt introduire à Paris comme «carpes de la Loire» les carpes d'égout dues à l'initiative de la science germanique.
Inconvénients du chocolat pour les nourrices.
On sait que l'alimentation des nourrices exerce une grande influence sur la composition du lait, influence telle qu'on fait parfois ingérer par la nourrice certains médicaments destinés à l'enfant. Mais on n'avait jamais remarqué jusqu'ici l'action nocive que peut présenter la consommation abusive du chocolat. MM. Brandeis et Quintrie ont fait à cet égard une observation curieuse qu'ils viennent de communiquer à la Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux.
Un bébé étant affecté de troubles digestifs assez graves, le lait maternel fut analysé: on y trouva des cristaux d'oxalate de chaux. C'était un élément tout à fait anormal, et, en cherchant d'où il pouvait provenir, on apprit que la mère mangeait une quantité excessive de chocolat. Or, le chocolat contient presque toujours une légère proportion d'acide oxalique; il fut donc interdit à la nourrice. En quelques jours les malaises de l'enfant cessèrent complètement.
La teinture d'iode dans les approvisionnements de l'armée
Depuis que les travaux du professeur Reclus ont fait connaître la haute valeur antiseptique de la teinture d'iode, la chirurgie moderne en a fait la base de presque tous ses pansements. Malheureusement, ce précieux produit doit, pour être efficace, être de préparation récente. Au bout de huit jours, il s'altère et devient irritant; après un mois, il est caustique. Pour remédier à cet inconvénient grave, on a proposé de lui ajouter diverses substances conservatrices, de l'iodate de potasse par exemple, du borax ou de l'iodure de potassium. Mais ce ne sont là que des moyens de fortune dont la constance n'a jamais été démontrée.
Aussi convient-il de signaler qu'un praticien de notre armée, le pharmacien-major Pellerin, attaché à la direction du service de santé du ministère de la Guerre, vient de trouver le moyen pratique de fabriquer des comprimés d'iode pur, susceptibles de résister pendant de longs mois à toute altération. Pour s'en servir, il suffit d'en placer un dans une quantité convenable d'un liquide alcoolique quelconque où il se dissout instantanément.
Grâce à cette découverte, nos ambulances et nos formations sanitaires de campagne vont être, dans un délai très bref, pourvues du médicament précieux, indispensable pour les soins d'urgence à donner aux blessés.
L'éponge de fer et la purification de l'eau.
Quand on fait passer un courant de vapeur d'eau dans de la fonte en fusion, celle-ci, en se solidifiant par refroidissement, prend un aspect poreux qui lui a valu le nom commercial d'éponge de fer. Ce produit bien connu n'a dans l'industrie que des usages assez restreints; mais il est possible que désormais sa fabrication se trouve assurée d'assez larges débouchés. Le service municipal des eaux de New-York vient, en effet, de l'employer pour constituer des lits filtrants et se déclare enchanté de son emploi, après de nombreuses expériences concordantes. Un filtre garni d'éponge de fer se laisse traverser par l'eau avec une grande rapidité, mais l'assainit au passage d'une façon si parfaite que, fût-elle saumâtre ou fétide à son entrée dans l'appareil, cette eau se trouve, à la sortie, dépourvue de toute mauvaise odeur, privée de goût désagréable et susceptible de demeurer pendant de longs mois claire, limpide, sans aucune altération, absolument potable en un mot.
Ces expériences devraient être reprises chez nous: en raison du prix de revient très bas de l'éponge de fer, rien ne s'opposerait à son adoption pour le filtrage des eaux, si les conclusions optimistes des ingénieurs américains sont confirmées de tous points.
A propos de la statue de Jupille.
Plusieurs lecteurs nous demandent quel est l'auteur du monument, reproduit dans notre numéro du 1er novembre, qui rappelle, à l'Institut Pasteur, l'acte de courage du petit Jupille terrassant un chien enragé: ce groupe est l'oeuvre du statuaire Émile Truffot, qui fut l'un des meilleurs élèves de Carpeaux, et a laissé le souvenir d'un excellent artiste.
Le transport de la marine de guerre américaineOrionravitaillanten charbon le cuirasséOhiodans le port de Marseille.--Phot. du lieut.-col. Prat.
Une division navale américaine, composée des cuirassésVermontetOhio, au cours d'une croisière en Méditerranée, va passer quelques semaines dans les eaux françaises. Ces cuirassés sont actuellement à Marseille, où a été prise notre photographie. Ils y ont grand succès de curiosité, avec leurs étranges mâts-tourelles. Mais ce qui retient le plus vivement l'attention des marins comme des simples... terriens, c'est le transportOrionqui les accompagne et qui est spécialement chargé de les ravitailler en charbon. C'est un navire d'un type tout nouveau et qui vient d'être mis en service récemment. Il peut porter 10.500 tonnes de houille. Il présente un aspect très particulier, avec son pont chargé de grues puissantes qui lui permettent de charger rapidement les navires qui peuvent avoir recours à ses services. De tels bâtiments pareraient heureusement, en temps de guerre, aux difficultés toujours grandes du ravitaillement.
Le monument français de Bernefleuri par les ancienslégionnaires.--Phot.Fourmann.
La colonie française de Berne n'oublie pas les soldats morts pour la patrie pendant le séjour en Suisse, en 1871, de nos troupes de l'Est mutilées et épuisées; et, suivant une tradition déjà lointaine, elle s'est réunie dimanche dernier avec son drapeau, au cimetière de Bremgarten où s'élève un très beau monument commémoratif.
Deux couronnes de fleurs naturelles ornées de rubans tricolores furent déposées au pied de ce monument, l'une par la colonie française, l'autre par la société suisse des anciens légionnaires qui avait tenu à se joindre au cortège formé à l'entrée du cimetière. Cette touchante manifestation des anciens légionnaires suisses, groupés sous le drapeau français, est une réponse éloquente aux attaques haineuses et périodiques de la presse pangermaniste contre notre légion.
A Kief, un retentissant procès, terminé d'hier, a, durant plusieurs semaines, provoqué d'ardentes discussions en Russie. L'assassinat, dans des conditions restées mystérieuses, d'un enfant nommé Youtchinsky; certaines conclusions des médecins qui avaient procédé à l'autopsie, la mise en accusation de l'israélite Beylis, soupçonné d'être l'assassin, ont permis d'évoquer devant les juges l'obsession sanglante du «crime rituel».Beylis.--Phot. Kowalsky.D'où, en Russie, une émotion violente, le déchaînement des antisémites, d'un côté, et, d'autre part, la riposte non moins ardente de leurs adversaires les accusant d'inventer des prétextes à massacres.
Le procès s'est terminé par l'acquittement de Beylis. Le jury de Kief, tout en affirmant sa conviction que le meurtre du jeune Youtchinsky avait été commis dans la fabrique où les juifs confectionnaient leurs pains azymes, a, sur une seconde question, répondu que Beylis n'était pas coupable.
Ce verdict rendu par douze hommes du peuple, dont une certaine partie de l'opinion suspectait bien à tort les préjugés, paraît devoir apaiser les passion...
Une baleine échouée à la pointe de Penmarch.
Il n'est pas rare de voir un cachalot ou quelque baleinoptère échouer sur nos côtes; en général, ces monstres marins sont de taille réduite et nous donnent une idée assez imparfaite de la légendaire baleine.
Le cétacé trouvé ces jours derniers sur la côte de Penmarch, près du phare d'Eckmühl, se distingue de ses congénères égarés en nos régions par sa taille exceptionnelle; il mesure environ 15 mètres de longueur. Ce sujet rare a attiré l'attention du Muséum qui a envoyé un délégué chargé de surveiller le dépeçage. Et le squelette sera probablement attribué à un musée de province, qui pourra s'honorer, comme le Jardin des Plantes de Paris, d'une cour de la Baleine.
Le théâtre Léon-Poirier vient de nous révéler une comédie satirique, de M. Lucien Gleize, qui a obtenu le plus franc succès. LeVeau d'orest l'histoire amusante, alerte, et très spirituellement satirique sans méchanceté, d'un parvenu richissime, vaniteux jusqu'au ridicule, et de sa cour d'adulateurs; une intrigue sentimentale lie entre elles les scènes dont se composent ces trois actes, scènes de caractère où éclatent à tout instant les traits cocasses, les formules bien venues, les mots de situation. On a applaudi la pièce et ses interprètes, Mlles Catherine Fonteney et Suzanne Révonne, MM. Berthier, Louis Gauthier, Henri Beaulieu, Dechamps, Paul Plan, Arvel.
«L'Insaisissable Stanley Collins, pièce à grand spectacle en vingt tableaux», de MM. de Marsan et Timmory, est une oeuvre conçue selon l'esthétique du théâtre du Châtelet. L'insaisissable Stanley Collins rappelle le mystérieux Crawford de l'affaire Humbert, si ingénieusement imaginé par la grande Thérèse. Les deux auteurs, tout autant qu'elle, ont fait preuve d'un sens avisé des coups de théâtre et, comme elle, ils se sont avant tout préoccupés de la mise en scène. Décors changeants, brillants costumes, musiques, cortèges et ballets sont d'un faste varié et pittoresque.
Le théâtre de la Porte-Saint-Martin vient de reprendre leRuisseau, de M. Pierre Wolff, qui, lors de sa création au Vaudeville en 1907, atteignit et dépassa la centième représentation. Cette comédie si fine, émouvante et généreuse, n'a pas vieilli. Son charme, qui est fait de tendresse, n'a rien perdu de son pouvoir sur le public. Et le succès d'hier égale et dépassera peut-être celui d'il y a six ans. Son interprétation est du reste tout à fait supérieure avec MM. Huguenet, Rosenberg, Mlle Jeanne Provost et Mlle Jane Pierly qui, après tant d'autres artistes de café-concert, a fait là, sur une grande scène, un début, d'autant plus remarqué qu'elle prenait dans le principal rôle féminin la lourde succession de Mlle Yvonne de Bray.
Mlle Jane Pierly.--Phot. A. Bert
C'est décidément la saison des «reprises», au moins pour la Porte-Saint-Martin et pour l'Ambigu. Voici, sur cette dernière scène, la reprise deRaffles, triomphe de la pièce policière. Sa carrière fut longue au théâtre Réjane qui la révéla en 1907. Il est à prévoir qu'elle va, durant de nombreuses soirées, connaître un regain de succès avec sa nouvelle interprétation parmi laquelle figure, d'ailleurs, le brillant créateur de Raffles, M. André Brûlé.
M. Jacques Rouché, devenu directeur de l'Opéra, est remplacé au théâtre des Arts par M. Irénée Mauget qui, au cours de l'été, représenta un certain nombre d'actes inédits d'auteurs nouveaux sur le théâtre de Verdure du Pré-Cateian, et qui se promet de nous révéler des oeuvres intéressantes. Son premier spectacle à la salle du boulevard des Batignolles comportait un drame de MM. Johannès Gravier et Lebert, leDroit de mort, sur un sujet profondément pathétique: le véritable droit de mort que des parents peuvent exercer encore de nos jours sur leurs enfants en s'opposant à une intervention chirurgicale,--et une comédie de MM. Pierre Bossuet et Georges Léglise, leCoeur en panne, marivaudage un peu long avec quelques jolies scènes.
Le théâtre du Vieux-Colombier nous a offert, pour son second spectacle, une pièce en quatre actes, de M. Jean Schlumberger, lesFils Louverné; c'est un drame de famille composé avec le souci évident d'éviter tout effet mélodramatique, écrit avec un tact littéraire parfait; il est joué avec un soin discret par la troupe ordinaire du Vieux-Colombier.
Le théâtre Impérial a renouvelé aimablement son spectacle en affichant trois petites pièces gaies:Un malheur n'arrive jamais seul, de M. Félix Galipaux;Express-Agency, de MM. Henri Falk et Maurice Dumas, qui ont mis à la scène les exploits comiques d'un fantaisiste Sherlock Holmes;Un virtuose, de MM. Wilned et Henry Roy, amusante «comédie-bouffe» dont un piano mécanique fait les frais. Une pantomime de M. Paul Franck, laGriserie du Tango, agrémente la soirée, qui se termine par une revue de MM. Jean Bastia, Jules Moy et Moriss,A la bonne Franckette, jouée par les auteurs.
(Agrandissement)
Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.