AGENDA (22-29 novembre 1913)

C'est autant de gagné.** *M. Chantavoine donnait, il y a dix jours, une conférence sur lesCaractères de la musique française, à l'hôtel du «Foyer».Cette conférence inaugurait la première série de douze concerts qui vont y être donnés par l'Association des concerts Chaigneau, sous le patronage de quelques maîtres, tels que Vincent d'Indy, Gabriel Fauré, Camille Chevillard, Claude Debussy. Les six concerts de cette première série auront lieu, de semaine en semaine, jusqu'en décembre. La seconde ne sera commencée qu'en avril.Un grand nombre de notabilités mondaines ont ajouté leur patronage à celui des éminents «professionnels» dont je viens de citer les noms. Ces séances de musique de chambre occupent l'après-midi. C'est une concurrence auxthés-tangos. Je ne souhaite pas que lesthés-tangosl'emportent.Les «grandes ventes» figurent ordinairement au programme des spectacles de la Saison parisienne. La Grande vente est pour le public des grandes épreuves sportives et des grandes premières un divertissement éminemment printanier! En voici une qui clôturera l'automne: celle des collections réunies par le regretté Édouard Aynard, député du Rhône, qui mourut subitement, il y a quelques mois.L'Exposition en sera faite chez Petit, à la fin de la semaine. Édouard Aynard fut un homme de trop d'esprit, de trop de goût et d'une trop haute culture pour que ses collections n'offrent pas, même aux profanes, un spectacle intéressant. Il conviendra donc d'aller affronter, chez Petit, la bousculade, samedi et dimanche prochains... Il sera même de très bon ton d'y être allé.Un Parisien.AGENDA (22-29 novembre 1913)Examen et concours.--Un emploi d'examinateur pour la physique est vacant à l'École polytechnique. Les demandes devront être adressées à l'École polytechnique avant le5 décembre.--Une session extraordinaire d'examens pour les étudiants de la classe 1910 libérés aura lieu endécembreà la Faculté de droit de Paris. Les inscriptions seront reçues à l'École de droit le20 novembre.Expositions.--Paris:Grand Palais, Salon d'automne.--Musée des Arts décoratifs (107, rue de Rivoli): oeuvres de Mathurin Méheut.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze), la gravure originale en couleurs (clôture le 27novembre).--Galerie Haas et Gross (4, rue Édouard-VII), oeuvres de Romney.--Galerie Boutet de Monvel (8, rue Tronchet), céramiques de Lachenal; les peintres de Bretagne.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes), exposition des Amis de l'eau-forte.Cours et conférences.--Le cours public de photographie en vingt leçons, professé par M. Ernest Cousin à la Société française de photographie (51, rue de Clichy), s'ouvrira le26 novembre, à 9 heures du soir et se continuera tous les mercredis à la même heure.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie),Visions d'art, de M. Gervais-Courtellemont: le24 novembre, à 9 heures du soir:Visions des Indes, causerie de M. Gervais-Courtellemont.--Ecole des Hautes études sociales (rue de la Sorbonne) le lundi à 4 h. 15:Feuilleton parlé, de M. Camille Le Senne.--Au Théâtre Femina (avenue des Champs-Elysées), les lundis à 5 heures, conférences de M. Henry Bidou, du journal desDébats, sur leDix-septième siècle.--Université desAnnales(51, rue Saint-Georges), à 5 heures, le24 novembre: L'Amour de soi, par M. Émile Faguet; le25, Marie de Médicis, par M. Henry Roujon; le26, le Théâtre romantique, par M. Jean Richepin; le27, Au Pays de Lorraine, par M. Maurice Barrés; le 28,Une promenade à Boulogne, par M. Gabriel Fauré; le 29,Comment chante-t-on, par M. Reynaldo Hahn.Concerts.--Au théâtre des Champs-Elysées, le26 novembre, en soirée, concert avec le concours de M. Vincent d'Indy et Georges Enesco; le 27, à 3 heures, Hôtel du Foyer (34, rue Vaneau), concert Chaigneau.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie), le28 novembre, réouverture des concerts de la Société G. S. Bach.--Eglise de la Sorbonne, le30 novembre, le Messie, de Haendel.--Salle Malakoff (56 bis, avenue Malakoff), les lundis, à 9 heures du soir, concerts de la Société des Concerts Rouge; les vendredis, à 4 heures, musique de chambre.L'exposition de chiens de luxe.--Le23 novembre, clôture de l'exposition de chiens de luxe et d'agrément ouverte depuis le21 octobre, rue La Boétie, 87.Sports.--Courses de chevaux: le 22 novembre, Vincennes; le 23, Auteuil; le 24, Saint-Ouen; le 25, Enghien; le 26, Vincennes; le 27, Auteuil; le 28, Saint-Ouen; le 29, Vincennes; le 30, Auteuil (prix la Haye-Jousselin, prix de Normandie).--Automobile: à Londres, Hall de l'Olympia, Salon de l'automobile.--Courses à pied: le 30 novembre, à Colombes, épreuve du critérium du comité de Paris.--Cyclisme: le 30 novembre, au Palais des sports, course de 24 heures à l'américaine.LES LIVRES et LES ÉCRIVAINSCONVERSIONS LITTÉRAIRESLes conversions sont à la mode; je veux dire les conversions littéraires. Il n'y a pas trois semaines, M. Louis Bertrand nous donnait unSaint Augustinqui est un véritable acte de foi chrétienne. Et voici que Mme Juliette Adam, en un livre retentissant:Chrétienne[1], abdique les «erreurs» contenues dans un ouvrage précédent et également sensationnel. En d'autres termes, l'auteur dePaïennese sépare des dieux du paganisme. Car le paganisme de Mme Adam n'était point le paganisme qui nie. C'était le paganisme qui croit, le paganisme grec peuplé de dieux et d'artistes, animé de rites et fleuri de fêtes. Cette évolution spirituelle de l'éminente femme est indiquée, phase par phase, dans les différentes préfaces des éditions successives dePaïenne. L'histoire de la conversion de son héroïne, Mélissandre de Noves, nous est contée dans le nouveau livre, sous la forme épistolaire. C'est un échange, par lettres, d'idées et de sensations d'art, entre Mélissandre, délivrée d'un odieux mariage, et son fiancé Tiburco Gardanne, peintre et philosophe, qui, après avoir adopté le paganisme pour demeurer l'ami de la païenne, ne va pas tarder à redevenir chrétien pour mériter la main de la chrétienne. Cela ne se fait pas instantanément. Il n'y a d'instantané que la conversion du père de Mélissandre, auquel vin extraordinaire directeur de conscience, le colonel de Noves, «superbe figure de Detaille», un soldat dont les seuls maîtres de tactique furent «Xénophon et Jeanne d'Arc», ordonne de se confesser. La conversion de Mélissandre et de Tiburce n'est point ainsi menée tambour battant et au commandement militaire. Le colonel leur donne un an pour réfléchir, méditer, comparer. Et Tiburce s'en va vivre ce délai à Athènes, ce qui nous vaut de jolies pages sur la Grèce, sur ses dieux et sur ses sages. Vous aimerez cette évocation de la philosophie antique. Vous admirerez, avec votre expérience des réalités d'aujourd'hui, ce disciple de Pythagore, Zaleucus, proposant que celui qui entreprendrait d'annihiler une loi ancienne et d'en présenter une nouvelle «serait introduit dans l'assemblée du peuple la corde au cou, que là il décrirait les inconvénients qu'il trouvait à la loi qu'il voulait proscrire, et les avantages qui reviendraient à celle qu'il voulait établir. Que, s'il avait raison, il serait honoré comme le père de la patrie, dont aucun danger n'avait pu refroidir le zèle, mais que, s'il avait tort, il serait étranglé sur l'heure comme un perturbateur du repos public».[Note 1: Edition Plon, 3 fr. 50.]Bref, par Pythagore, et par Platon qui, dès avant le Christ, fut un demi-chrétien, Tiburce est ramené au christianisme en même temps que Mélissandre obéit aux voix non plus de ses déesses, mais de ses «saintes», sainte Julie, Jeanne d'Arc «la Salvatrice», et les saintes Maries de la Mer. La païenne est devenue chrétienne. Nous ne sommes pas très surpris. Nous ne sommes pas très émus, car cette conversion, toute cérébrale, intéresse trop exclusivement notre esprit pour ne pas être un peu étrangère à notre âme.Albéric Cahuet.LE HAMAC POUR NOS SOLDATSL'idée de donner à nos troupiers des hamacs au lieu de lits a valu àL'Illustrationdes communications et des observations intéressantes.Je voudrais à ce sujet citer l'opinion d'un officier qui apporte à l'appui de notre thèse un argument des plus sérieux.On sait, dit cet officier, comment sont logés nos soldats dans les forts en temps de paix et en temps de guerre.En temps de paix beaucoup couchent dans des casemates assez obscures, humides, munies de couchettes à deux étages.L'aération est presque nulle et la literie est plongée dans une humidité perpétuelle contre laquelle on ne peut presque rien, étant donné la difficulté de la sortir tous les jours. Bien, au contraire, ne serait plus simple avec le hamac.En temps de guerre ce serait pire encore.Beaucoup de nos forts comportent un casernement de guerre souterrain, composé d'un bloc de béton armé, dans lequel sont disposées des chambres de 56 hommes. Ces chambres reçoivent l'air et la lumière d'un couloir aboutissant au fossé du fort.Elles renferment des lits de camp sur lesquels on placerait paillasses et matelas. Un espace libre très restreint, laissé au milieu de la chambre, est le seul endroit où 56 hommes pourraient dérouiller leurs muscles pendant un siège qui peut durer des mois et des mois!Si on substituait à ces lits de camp des hamacs, qui chaque matin seraient roulés et entassés dans un coin de la chambre, on aurait une vaste salle, tout à fait dégagée, où les hommes pourraient courir en rond, jouer et lutter contre le froid et l'ennui.DOCUMENTS et INFORMATIONSLa vanille française et les journaux allemands.Les journaux spéciaux destinés aux restaurateurs et aux hôteliers de nationalité allemande établis dans notre pays mènent, depuis quelque temps, une campagne dont le caractère tendancieux ne saurait être méconnu, et qui a pour but de substituer partout la vanille de Togo à celle des colonies françaises. A les en croire, les plantations de Bourbon, des Comores, de la Guyane et de la Guadeloupe auraient à peu près complètement disparu. Toutes les gousses vendues en France sous ces diverses dénominations d'origine seraient récoltées à Tahiti et auraient seulement l'odeur de la vanille, avec un goût voisin de celui de l'héliotrope. Pour leur donner la saveur que réclame la clientèle, les commerçants français seraient contraints de les «givrer» de vanilline, c'est-à-dire de les enrober d'une couche pulvérulente d'un produit chimique. Au contraire, la vanille allemande récoltée à Togo possède toutes les qualités et toutes les perfections. Il est donc à la fois logique et sage de la préférer aux vanilles des colonies françaises.Ces assertions--il est à peine nécessaire de le dire--sont d'une fausseté complète. Les importations de gousses de vanille récoltées dans nos possessions d'outre-mer sont en augmentation croissante et jouissent, à juste titre, de toute la sympathie des connaisseurs. Par contre, les vanilles allemandes de Togo ont un goût rude et grossier qui les fait impitoyablement refuser par les véritables gourmets.Quant au prétendu «givrage» artificiel, rien de plus facile que le mettre en évidence. En détachant avec l'ongle un cristal du givre blanc qui couvre naturellement les gousses et en le posant sur la langue, on doit sentir immédiatement un goût prononcé de vanille; dans le cas contraire, on a très probablement affaire à de l'acide benzoïque. D'autre part, quand on regarde à la loupe une gousse de vanille, on voit facilement si les cristaux existant à sa surface ont la forme d'aiguilles implantées perpendiculairement: ce sont alors des cristaux naturels. S'ils paraissent accolés à la surface, au lieu d'être pour ainsi dire piqués en elle, on peut être certain qu'ils ont été frauduleusement ajoutés.C'est ce qu'on constate bien souvent en examinant avec soin les vanilles allemandes de Togo, dont, malheureusement, le givrage est bien souvent artificiel.Notre première escadre dans le Levant.La première escadre française, commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère, poursuit en ce moment dans la Méditerranée orientale une croisière dont l'importance s'affirme plus haute et plus complète à mesure que se multiplient les témoignages de sympathie partout prodigués à nos marins. Entreprise, ainsi que l'a déclaré le ministre de la Marine, «au lendemain de la paix de Bucarest, qui a été facilitée par l'attitude du gouvernement de la République envers les peuples balkaniques soutenant chacun leur intérêt national», elle montre, fort à propos, notre pavillon dans le Levant, «où, disait encore M. Pierre Baudin, la France compte des amitiés fidèles et d'autant plus précieuses qu'elles ont reçu l'épreuve du temps». Après avoir fait escale en Égypte, la première escadre s'est dirigée vers Vourla, dans le golfe de Smyrne, d'où elle doit, à la fin de ce mois, gagner les côtes grecques, pour s'y rencontrer avec une force navale anglaise imposante.Ce long voyage aura débuté sous les plus heureux auspices: le séjour de nos cuirassés dans les eaux égyptiennes a laissé au Caire et à Alexandrie une impression profonde, que nous traduisent les récits de nos correspondants. L'autorité personnelle de l'amiral Boué de Lapeyrère, le renom séculaire dont jouit en Orient notre pavillon, ont contribué à l'éclat de cette visite, si favorable à nos intérêts et à notre prestige.A Alexandrie, la série des fêtes auxquelles donna lieu la présence de nos marins s'est brillamment terminée, le 2 novembre, par une belle cérémonie: la pose de la première pierre du nouveau lycée français, qui doit remplacer l'ancien, devenu trop petit pour le nombre croissant de ses élèves. L'amiral Boué de Lapeyrère la présidait, ayant à ses côtés Mme de Reffye, femme de notre consul, qui avait accepté d'être la marraine du futur établissement; et l'assistance comprenait, outre les contre-amiraux Nicole et Lacaze, et les commandants des cuirassés, de nombreuses personnalités de la colonie française. Un détachement de 250 matelots, accompagné de la musique des équipages, assurait le service d'honneur.Après les discours prononcés par M. Toutey, membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique et directeur du lycée, par M. Fouchet, gérant de l'agence de France au Caire, et par l'amiral Boué de Lapeyrère, le procès-verbal de la cérémonie fut enfermé dans un étui que l'on plaça dans la pierre, scellée par le commandant en chef de notre première escadre.Le raffinage des huiles d'olive.L'importance que tend à prendre l'industrie du raffinage des huiles d'olive inquiète sérieusement tous les propriétaires de la région de l'olivier. Cette industrie consiste à traiter les résidus de fabrication de façon à les rendre propres à la consommation; grâce au bas prix de ces résidus, on peut vendre l'huile raffinée à un prix fort inférieur au cours des huiles naturelles.Les syndicats de producteurs demandent des mesures propres à empêcher la confusion, dans le commerce, entre les huiles des deux catégories; mais la chimie se déclare impuissante dans la circonstance. Depuis plusieurs mois, le service de la répression des fraudes a cherché en vain des méthodes d'analyse permettant de résoudre la question; des procédés, au premier abord satisfaisants, ont été reconnus inefficaces.Or, la nouvelle industrie peut créer une concurrence désastreuse à l'oléiculture nationale. Car, si les résidus représentent à peine 5% de la fabrication provençale, dans les autres pays la proportion des résidus et des mauvaises huiles est énorme. Jusqu'ici ces huiles n'ont trouvé de débouchés en France que pour les usages industriels; désormais, elles nous arriveront de l'étranger toutes raffinées.Dans ces conditions, il semble que, seule, une réforme du tarif douanier pourrait conjurer la crise.Un express remorqué par un moteur à pétrole.Chaque jour voit réaliser un progrès dans la construction des moteurs à pétrole de grande puissance, et il semble que ces moteurs ne tarderont pas à faire une concurrence sérieuse aux machines à vapeur. Appliqué depuis quelque temps à des navires de plusieurs milliers de tonnes, le nouveau mode de propulsion vient d'être essayé en Allemagne pour le remorquage d'un train express.Un moteur du type Diesel, développant une force de 1.000 chevaux, actionne une machine chargée de remorquer un train express sur la grande ligne de Berlin à Magdebourg. Lors des premiers voyages d'essai, on a effectué le parcours Winterthur-Romanshorn à la vitesse moyenne de 70 kilomètres à l'heure; sur certaines sections du trajet, la vitesse a atteint 100 kilomètres.Extérieurement, la locomotive Diesel ne rappelle en rien l'aspect des locomotives à vapeur; elle n'a pas de cheminée et elle ressemble assez, comme lignes générales, aux derniers modèles d'automotrices électriques.Une cérémonie française à Alexandrie: pose de la première pierre du lycée français par Mme de Reffye, femme du consul de France, et par l'amiral Boué de Lapeyrère.--Phot. Reiser et Binder.La cantatrice et le lion.La légende d'Orphée; modernisée: Mlle Emmy Destinnchantant devant un lion couché sur le piano del'accompagnatrice.C'est à une transposition moderne du mythe d'Orphée que volontiers ferait songer la singulière photographie reproduite ci-dessous... Orphée, par les sons de sa lyre, charmait les animaux féroces, qui lui faisaient une docile escorte: ainsi Mlle Emmy Destinn, la célèbre cantatrice allemande que les Parisiens ont applaudie il y a quelques années, semble-t-elle, par ses chants, apprivoiser le plus redoutable des fauves, asservi au pouvoir d'une voix magnifique. Et ce tableau imprévu, renouvelé des Grecs, suscitera, pendant longtemps sans doute, l'émotion des foules,--car il s'intercale dans unfilmsensationnel, récemment exécuté pour un cinéma de Berlin.La fantaisie d'un auteur de scénarios, d'imagination fertile, a voulu que Mlle Emmy Destinn vînt chanter devant un lion, dans sa cage même.Nonchalamment étendue sur le piano, la bête formidable se prêta de fort bonne grâce à l'étrange concert. Et, pour se faire entendre à pareil auditoire, la voix de la cantatrice n'en fut ni moins ferme, ni moins assurée que de coutume.Valeur fertilisante des pluies d'orage.Les pluies d'orage ont une valeur fertilisante. L'ammoniaque qui existe couramment dans l'atmosphère est ramené sur la terre végétale par les pluies et surtout les pluies d'orage qui constituent ainsi un puissant moyen d'amendement. On admet qu'un litre d'eau de pluie contient en moyenne 0,0008 gramme (huit dix-milligrammes) d'ammoniaque. Cette donnée permet de faire soi-même les calculs qui s'imposent pour apprécier l'importance de «l'engrais» que constitue une bonne averse.Les coquilles d'huîtres dans la construction.Que faire des coquilles de l'huître, après en avoir absorbé le contenu? Sans doute, dans les régions pauvres en calcaires, dans les pays granitiques comme les Vosges, par exemple, et d'autres encore, on peut avec avantage donner les coquilles écrasées, mises en poussière, aux poules ou bien aux champs, et leur fournir le calcaire nécessaire. Mais ailleurs?Ailleurs, on peut imiter l'exemple donné par un architecte de Galveston et employer les écailles à faire un béton avec lequel on construit une maison.La maison construite à Galveston a été faite avec un ciment composé de 4 septièmes d'écaillés, 2 septièmes de sable et un septième de ciment.Coûtant meilleur marché que le béton ordinaire et que la brique, il a le grand avantage de ne laisser pénétrer aucune humidité.L'immeuble, qui a cinq étages, a nécessité 26.423 mètres cubes de béton, où sont entrés 11 millions d'écaillés d'huîtres. Galveston offre des facilités particulières au point de vue de la matière première: il s'y trouve des bancs d'huîtres gigantesques.On aurait de la peine à se procurer la quantité d'écaillés voulue, ailleurs, semble-t-il, même en organisant un service de ramassage spécial dans les boîtes à ordures, service qui, du reste, coûterait plus qu'il ne rapporterait, probablement.Ceux qui vivent de l'alcool.On parle toujours, et beaucoup, en France, de la lutte contre l'alcoolisme, qui est un des facteurs les plus redoutables de la dégénérescence de la race et de la dépopulation.Mais combien devrait être formidable l'effort nécessaire pour entreprendre cette lutte, dans laquelle on se heurterait à des intérêts énormes et à des intéressés innombrables.D'après M. L. Jacquet, il n'y a nulle exagération à accepter que le rendement annuel de la production de l'alcool, joint aux transactions commerciales des spiritueux tant en exportation qu'en vente au détail, atteint et même dépasse trois milliards et demi de francs.Ce budget de l'alcool est monstrueux, et voici quelle est la population qui y est intéressée:Viticulteurs                                      1.600.000Cidriers                                          1.075.000Marchands en gros ou entrepositaires                 34.000Distillateurs de profession                          16.000Distillateurs ambulants                              18.000Débitants au détail                                 480.000Assujettis divers                                   115.000Bouilleurs de cru                                 1.300.000Personnel employé par les marchands de groset distillateurs.                                300.000Personnes salariées par les récoltants              500.000Tonneliers, verriers, bouchon etc...                400.000Soit 5.838.000 personnes, non compris les entrepreneurs de transport, camionneurs, etc.Ainsi donc il est permis de dire qu'en France la moitié des électeurs tirent profit de l'alcool.Encore n'est-il pas, ici, tenu compte des agriculteurs, producteurs de betteraves, dont l'intérêt pour l'alcool n'est pas douteux.LE GÉNÉRAL VITTORIANO HUERTA(Voir notre gravure de première page.)La figure--désormais historique--du général et président actuel du Mexique, Vittoriano Huerta, est assez énigmatique. Elle apparaît, du moins, comme telle parce qu'elle est peu connue, surtout en France. La situation de Huerta semble également peu compréhensible. Au point de vue purement objectif, en effet, et en dehors de toute préoccupation politique, voici un homme qu'on représente comme le dictateur du Mexique et qui, en réalité, est tenu en échec, sur plusieurs points du territoire mexicain, par les insurgés.Or, l'homme et sa vie s'expliquent, en somme, d'un seul mot: Huerta est un Indien. Il se vante, lui-même, d'être un Aztèque pur sang. Sa physionomie physique, et morale, est profondément marquée du sceau de sa race. Quelqu'un qui l'a approché de très près ces derniers temps, M. Edwin Emerson, a noté, chez lui, les traits caractéristiques de l'Indien: l'intrépidité devant le danger; l'astuce et la fourberie; l'orgueil patriotique de la race,--et aussi, hélas! la cruauté. D'indéniables atrocités commises envers les prisonniers de guerre, après le combat, pèsent autant que la mort du président Madero, trahi par lui, et celle de son frère Gustave, sur la conscience de Vittoriano Huerta. Quant à son impuissance actuelle contre les insurgés, il ne faut pas s'en étonner si l'on songe que Huerta a eu à peine l'occasion d'apprendre son métier de général, et n'a commandé que rarement des forces militaires importantes.Vittoriano Huerta a aujourd'hui soixante ans. Il est entré, à dix-sept ans, à l'Académie militaire de Chapultepec, d'où il sortit second lieutenant dans le corps des ingénieurs. Capitaine en 1879, il crée et organise l'état-major général. Il travaille, en excellent astronome et mathématicien, à l'établissement de la carte de l'état-major. Colonel en 1890, il réprime la révolte des Indiens Yaquis et reçoit les étoiles de général. Désormais, il va jouer un rôle. Et alors s'étale, ici, dans toute son effronterie, un trait caractéristique de l'Indien, et si accentué chez Huerta: l'impudence de la vantardise.Veut-on savoir ce qu'il pense des Américains, et de ces États-Unis qui entendent mettre fin, aujourd'hui, à sa carrière? Voici un témoignage, resté jusqu'ici inédit en France. Ce sont les propos, à peu près textuels, échappés au général Huerta, à la fin du banquet que lui offrait, l'année dernière, la ville de Mexico, au moment de son départ pour le front de bataille dans l'État de Chihuahua.«Si les États-Unis allaient un jour intervenir?» lui disait-on. Et Huerta s'indigna:«Je n'ai pas peur des Gringoes!... Aucun Mexicain n'en a peur. Sans la trahison du président Santa-Anna, qui se vendit aux Américains en 1847, nous aurions battu les Yankees, comme sûrement nous les battrons la prochaine fois! Qu'ils passent seulement le rio Bravo! Nous les renverrons chez eux la tête en sang.--Nous autres, Mexicains, nous ne craignons personne. N'avons-nous pas battu les Espagnols? et les Français, les Autrichiens, les Belges, et tous les aventuriers étrangers venus chez nous à la suite de Maximilien?... Il n'existe, d'ailleurs, que deux nations, à côté de notre vieux peuple aztèque. Ce sont l'Angleterre et le Japon. Les États-Unis sont une olla-podrida de peuples... Un de ces jours, l'Angleterre, le Japon et le Mexique marcheront ensemble, et ce sera la fin des États-Unis.»L'année dernière, le président Madero envoyait Huerta contre l'insurgé Orozco et ses rebelles. Après le premier combat victorieux--où il y eut en tout, des deux côtés, 200 morts et blessés--le général Huerta, dans un bulletin de victoire plus qu'enthousiaste, déclarait que c'était «la plus terrible bataille qui ait été livrée, dans l'hémisphère américain, depuis cinquante ans!» Et Vittoriano Huerta reste, pour ses partisans, le «Héros de Bachimba», où le 13 juillet 1912, il défit Paschal Orozco --avec 10.000 hommes contre 3.500--après un duel d'artillerie de dix heures--qui tuaquatorzerebelles.Une dernière anecdote achève de peindre le général Huerta. Il n'a jamais pardonné, en véritable Indien, à Madero, alors simple citoyen, de s'être interposé pour négocier avec les rebelles, à Cuernavaca. «S'il veut traiter, qu'il vienne d'abord m'en demander permission!» s'écriait Huerta devant son état-major, à l'hôtel Bellavista, où il était attablé devant une bouteille de cognac. Une heure après, avec le flegme de l'Indien cauteleux, il allait, suivi de son état-major, en grand uniforme, rendre, à la maison du gouverneur, ses respects à senor Madero.Quelque temps avant la catastrophe qui allait lui coûter la vie, l'infortuné président Madero déclarait ouvertement à l'ambassadeur des États-Unis, M. Wilson, qu'il avait de graves raisons pour suspecter la loyauté du général Huerta.On sait, aujourd'hui, et l'on comprend l'attitude des États-Unis en face du gouvernement de Vittoriano Huerta.E. de Morsier.LE BAPTÊME DE LA LIGNE(Voir notre gravure, page 399.)Quels souvenirs ces mots «baptême de la ligne» éveilleront dans les mémoires des hommes qui prirent le goût de lire avant l'invention du roman policier! Mais les enfants d'à présent ont-ils seulement feuilletéRobert-Robert, et connurent-ils les frissons de Toussaint Lavenette au passage de la ligne? Sinon, ils ne savent pas de quelles émotions ils sont privés. Les pittoresques, les amusants récits que c'étaient, dans les romans d'aventure de notre jeunesse, ceux qui décrivaient cette burlesque cérémonie: la descente des hunes du courrier, la veille du grand jour; l'arrivée, par le même chemin du ciel, du «père Trois Piques» et de sa jeune épouse,--et puis, le bain, dans la baille aménagée à cet usage, des passagers et des matelots qui passaient pour la première fois l'Equateur... Or, tout cela, on est heureusement surpris de le constater, a été conservé scrupuleusement dans notre marine de guerre, gardienne fidèle des bonnes traditions, et l'on peut voir par cette photographie prise il y a quelque temps sur laJeanne-d'Arc, croiseur-école des aspirants, au cours d'un voyage, entre Madère et Rio de Janeiro, que les novices de la mer sont baptisés selon tous les rites que subirent, de bonne humeur, leurs devanciers. C'est une journée de repos, de détente au milieu des occupations sévères du bord. Le lendemain, la discipline reprend ses droits et chacun se remet à son devoir.LE PRIX NOBEL DE LITTÉRATUREAux termes du testament de M. Nobel, le prix de littérature doit être attribué par l'Académie suédoise à la personne qui, dans l'année immédiatement précédente, a donné l'oeuvre idéaliste la plus distinguée. Cette fois l'attribution du prix répond exactement au désir du testateur:Gitanjali--ouOffrandes poétiques--est bien l'oeuvre la plus idéaliste qui ait été publiée depuis longtemps.Le poète hindou Rabindranath Tagore.--Phot. Elliott et Fry.L'auteur, Rabindranath Tagore, a été appelé le prophète du nationalisme hindou; dans son pays natal, de Bombay, aux confins de la Birmanie et des sources du Gange à Colombo de Ceylan, il est connu de tous ses compatriotes, qu'ils appartiennent aux castes les plus nobles ou aux plus inférieures. Lui-même appartient à une des plus anciennes familles du Bengale. Son grand-père, le prince Dwarkanath Tagore, visita l'Europe et fut reçu par la reine Victoria; son père est le Maharshi Debendranath Tagore (maharshi signifie «grand sage»). Il a trois frères et trois soeurs qui se sont acquis une renommée locale; l'un d'eux est un fameux philosophe: Les écureuils descendent des branches et grimpent sur ses genoux, et les oiseaux se posent sur ses mains.»Rabindranath Tagore est né en 1861, à Calcutta. A dix-huit ans, il composa les paroles et la musique d'un drame lyrique, que suivirent des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des poèmes. Entre temps, il vint à Londres pour y étudier le droit, mais il s'en dégoûta bien vite et retourna aux Indes où il s'adonna tout entier à son art. En outre, il a fondé à Bolepur, près de Calcutta, une école fréquentée par plus de 200 élèves. Il a créé lui-même les méthodes d'enseignement; sous sa direction, des maîtres formés par lui font étudier les élèves en plein air.L'oeuvre de Rabindranath Tagore n'est connue en Europe que par les traductions anglaises qu'il a faites lui-même, et par les fragments traduits en français et publiés en juillet dernier dans le «Mercure de France». La version anglaise est en prose rythmée, si simple et d'expression si choisie et si précise que le sens n'est jamais obscurci et qu'elle exprime admirablement l'accord de l'idée et de l'émotion provoquée par la contemplation méditative de l'univers. A les lire lentement et à haute voix, ces poèmes révèlent toute leur beauté et on les sent composés par un musicien, par un artiste familier avec une musique plus subtile que la nôtre. Dans l'original, ces poèmes se chantent. Les airs et les paroles sont intimement alliés; certains «modes» de cette musique ont une signification particulière: les uns s'emploient pour les chants du soir, les autres pour les chants de l'aube, d'autres encore pendant la saison des pluies, de sorte qu'un Hindou reconnaît, dès la première mesure, l'atmosphère et le lieu du poème.Aucun poète n'a exprimé aussi puissamment l'intimité de l'âme humaine et de la nature, tout en professant une philosophie aussi claire et aussi vaste. Ce mysticisme lyrique est d'une élévation incomparable; on y trouve des accents passionnés qui rappellent leCantique des Cantiques, des accents d'allégresse et d'espoir qui dépassent tout ce qu'offrent les prophètes ou les psaumes de David. Le chant de ce poète est épuré de toute intonation de douleur ou de regret, de tristesse ou de crainte. C'est la pure lumière de la vie spirituelle qui se marie au chant harmonieux de la beauté parfaite.Henry-D. Davray.Nous citerons ici, à titre d'exemples, trois fragments de poèmes inédits de M. Tagore traduits par M. Henry-D. Davray:SIMPLICITÉLes mains s'attachent aux mains, et les yeux s'attardent aux yeux: ainsi commence l'histoire de nos cours.C'est la nuit de Mars qu'éclaire la lune; la suave senteur du henné embaume l'air; ma flûte est à terre, négligée; et ta guirlande de fleurs n'est pas achevée.Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.Ton voile couleur safran enivre mes yeux.La guirlande de jasmin que tu m'as tressée fait tressaillir mon coeur comme une louange.C'est le jeu où l'on offre et où l'on retire, montrant ce qu'on tient pour le dissimuler aussitôt: des sourires, de petites timidités et de douces luttes inutiles.Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.LES FLEURSJ'ai cueilli tes fleurs, ô Monde!Je les ai pressées sur mon coeur et les épines m'ont déchiré.Quand le jour a baissé et que montèrent les ténèbres, j'ai trouvé que la fleur était fanée, mais que la douleur restait.Il te viendra encore des fleurs, ô Monde, des fleurs parfumées et orgueilleuses.Mais pour moi le temps de les cueillir est passé, et au cours de la nuit noire, je n'aurai pas de roses, mais la douleur est restée.LE SILENCE DE LA BEAUTÉDans le tumulte impétueux et assourdissant de la vie, ô Beauté, sculptée dans la pierre, tu demeures muette et immobile, seule et distante.Le Temps est assis, amoureux, à tes pieds et murmure: «Parle, parle-moi, mon amour; parle, ma fiancée!» Mais ton langage est enfermé dans la pierre, ô Immuable Beauté.Ce dernier poème n'évoque-t-il pas à l'esprit le souvenir d'un sonnet de Baudelaire?LES THÉÂTRESL'un des plus constants défenseurs du théâtre d'observation minutieuse et de fine psychologie, de vérité méticuleuse en même temps que de littérature dramatique épurée, M. Edmond Sée, a fait représenter au théâtre Réjane une comédie en quatre actes, l'Irrégulière, qu'on a écoutée avec l'attention qu'elle méritait et qu'on a applaudie avec sympathie. Elle nous expose les déboires et les chagrins d'une femme «irrégulière» qui aspire à la régularité, y parvient et y trouve des déceptions et des douleurs nouvelles. Mme Réjane incarne ce personnage avec son art merveilleux et la troupe qui l'entoure est de tout premier ordre.De l'un des contes de Voltaire qui prennent rang de chef-d'oeuvre, de l'Ingénu, MM. Charles Méré et Régis Gignoux ont tiré, pour le théâtre Michel, une comédie en trois actes toute pleine de la plus ironique belle humeur, de la plus heureuse audace et de la plus piquante fantaisie. On a salué de rires et d'applaudissements cette très adroite adaptation scénique des mémorables aventures du Huron fraîchement débarqué, du fond de sa Huronie, en pleine France du dix-huitième siècle Et l'interprétation est excellente avec MM. Harry-Baur, Lévesque, Guyon fils, et Mmes Juliette Darcourt, Germaine Reuver, Isane.Le Gymnase a repris l'un des plus incontestables succès de M. Henry Bernstein, l'une de ses pièces où s'affirment avec le plus d'éclat ses dons de psychologie aiguisée et de force puissante,Samson, qui fournit d'ailleurs à son principal interprète, M. Lucien Guitry, l'occasion de déployer des qualités d'interprétation exactement correspondantes.Signalons enfin la réouverture du «Bon Théâtre», quai de Passy qui a pour but, comme son titre l'indique, d'offrir aux familles des spectacles sains en même temps que présentant les meilleures garanties artistiques: il commence sa saison par lesOberlé, de M. René Bazin.(Agrandissement)Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.

C'est autant de gagné.

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M. Chantavoine donnait, il y a dix jours, une conférence sur lesCaractères de la musique française, à l'hôtel du «Foyer».

Cette conférence inaugurait la première série de douze concerts qui vont y être donnés par l'Association des concerts Chaigneau, sous le patronage de quelques maîtres, tels que Vincent d'Indy, Gabriel Fauré, Camille Chevillard, Claude Debussy. Les six concerts de cette première série auront lieu, de semaine en semaine, jusqu'en décembre. La seconde ne sera commencée qu'en avril.

Un grand nombre de notabilités mondaines ont ajouté leur patronage à celui des éminents «professionnels» dont je viens de citer les noms. Ces séances de musique de chambre occupent l'après-midi. C'est une concurrence auxthés-tangos. Je ne souhaite pas que lesthés-tangosl'emportent.

Les «grandes ventes» figurent ordinairement au programme des spectacles de la Saison parisienne. La Grande vente est pour le public des grandes épreuves sportives et des grandes premières un divertissement éminemment printanier! En voici une qui clôturera l'automne: celle des collections réunies par le regretté Édouard Aynard, député du Rhône, qui mourut subitement, il y a quelques mois.

L'Exposition en sera faite chez Petit, à la fin de la semaine. Édouard Aynard fut un homme de trop d'esprit, de trop de goût et d'une trop haute culture pour que ses collections n'offrent pas, même aux profanes, un spectacle intéressant. Il conviendra donc d'aller affronter, chez Petit, la bousculade, samedi et dimanche prochains... Il sera même de très bon ton d'y être allé.Un Parisien.

Examen et concours.--Un emploi d'examinateur pour la physique est vacant à l'École polytechnique. Les demandes devront être adressées à l'École polytechnique avant le5 décembre.--Une session extraordinaire d'examens pour les étudiants de la classe 1910 libérés aura lieu endécembreà la Faculté de droit de Paris. Les inscriptions seront reçues à l'École de droit le20 novembre.

Expositions.--Paris:Grand Palais, Salon d'automne.--Musée des Arts décoratifs (107, rue de Rivoli): oeuvres de Mathurin Méheut.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze), la gravure originale en couleurs (clôture le 27novembre).--Galerie Haas et Gross (4, rue Édouard-VII), oeuvres de Romney.--Galerie Boutet de Monvel (8, rue Tronchet), céramiques de Lachenal; les peintres de Bretagne.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes), exposition des Amis de l'eau-forte.

Cours et conférences.--Le cours public de photographie en vingt leçons, professé par M. Ernest Cousin à la Société française de photographie (51, rue de Clichy), s'ouvrira le26 novembre, à 9 heures du soir et se continuera tous les mercredis à la même heure.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie),Visions d'art, de M. Gervais-Courtellemont: le24 novembre, à 9 heures du soir:Visions des Indes, causerie de M. Gervais-Courtellemont.

--Ecole des Hautes études sociales (rue de la Sorbonne) le lundi à 4 h. 15:Feuilleton parlé, de M. Camille Le Senne.

--Au Théâtre Femina (avenue des Champs-Elysées), les lundis à 5 heures, conférences de M. Henry Bidou, du journal desDébats, sur leDix-septième siècle.--Université desAnnales(51, rue Saint-Georges), à 5 heures, le24 novembre: L'Amour de soi, par M. Émile Faguet; le25, Marie de Médicis, par M. Henry Roujon; le26, le Théâtre romantique, par M. Jean Richepin; le27, Au Pays de Lorraine, par M. Maurice Barrés; le 28,Une promenade à Boulogne, par M. Gabriel Fauré; le 29,Comment chante-t-on, par M. Reynaldo Hahn.

Concerts.--Au théâtre des Champs-Elysées, le26 novembre, en soirée, concert avec le concours de M. Vincent d'Indy et Georges Enesco; le 27, à 3 heures, Hôtel du Foyer (34, rue Vaneau), concert Chaigneau.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie), le28 novembre, réouverture des concerts de la Société G. S. Bach.--Eglise de la Sorbonne, le30 novembre, le Messie, de Haendel.--Salle Malakoff (56 bis, avenue Malakoff), les lundis, à 9 heures du soir, concerts de la Société des Concerts Rouge; les vendredis, à 4 heures, musique de chambre.

L'exposition de chiens de luxe.--Le23 novembre, clôture de l'exposition de chiens de luxe et d'agrément ouverte depuis le21 octobre, rue La Boétie, 87.

Sports.--Courses de chevaux: le 22 novembre, Vincennes; le 23, Auteuil; le 24, Saint-Ouen; le 25, Enghien; le 26, Vincennes; le 27, Auteuil; le 28, Saint-Ouen; le 29, Vincennes; le 30, Auteuil (prix la Haye-Jousselin, prix de Normandie).--Automobile: à Londres, Hall de l'Olympia, Salon de l'automobile.--Courses à pied: le 30 novembre, à Colombes, épreuve du critérium du comité de Paris.--Cyclisme: le 30 novembre, au Palais des sports, course de 24 heures à l'américaine.

Les conversions sont à la mode; je veux dire les conversions littéraires. Il n'y a pas trois semaines, M. Louis Bertrand nous donnait unSaint Augustinqui est un véritable acte de foi chrétienne. Et voici que Mme Juliette Adam, en un livre retentissant:Chrétienne[1], abdique les «erreurs» contenues dans un ouvrage précédent et également sensationnel. En d'autres termes, l'auteur dePaïennese sépare des dieux du paganisme. Car le paganisme de Mme Adam n'était point le paganisme qui nie. C'était le paganisme qui croit, le paganisme grec peuplé de dieux et d'artistes, animé de rites et fleuri de fêtes. Cette évolution spirituelle de l'éminente femme est indiquée, phase par phase, dans les différentes préfaces des éditions successives dePaïenne. L'histoire de la conversion de son héroïne, Mélissandre de Noves, nous est contée dans le nouveau livre, sous la forme épistolaire. C'est un échange, par lettres, d'idées et de sensations d'art, entre Mélissandre, délivrée d'un odieux mariage, et son fiancé Tiburco Gardanne, peintre et philosophe, qui, après avoir adopté le paganisme pour demeurer l'ami de la païenne, ne va pas tarder à redevenir chrétien pour mériter la main de la chrétienne. Cela ne se fait pas instantanément. Il n'y a d'instantané que la conversion du père de Mélissandre, auquel vin extraordinaire directeur de conscience, le colonel de Noves, «superbe figure de Detaille», un soldat dont les seuls maîtres de tactique furent «Xénophon et Jeanne d'Arc», ordonne de se confesser. La conversion de Mélissandre et de Tiburce n'est point ainsi menée tambour battant et au commandement militaire. Le colonel leur donne un an pour réfléchir, méditer, comparer. Et Tiburce s'en va vivre ce délai à Athènes, ce qui nous vaut de jolies pages sur la Grèce, sur ses dieux et sur ses sages. Vous aimerez cette évocation de la philosophie antique. Vous admirerez, avec votre expérience des réalités d'aujourd'hui, ce disciple de Pythagore, Zaleucus, proposant que celui qui entreprendrait d'annihiler une loi ancienne et d'en présenter une nouvelle «serait introduit dans l'assemblée du peuple la corde au cou, que là il décrirait les inconvénients qu'il trouvait à la loi qu'il voulait proscrire, et les avantages qui reviendraient à celle qu'il voulait établir. Que, s'il avait raison, il serait honoré comme le père de la patrie, dont aucun danger n'avait pu refroidir le zèle, mais que, s'il avait tort, il serait étranglé sur l'heure comme un perturbateur du repos public».

[Note 1: Edition Plon, 3 fr. 50.]

Bref, par Pythagore, et par Platon qui, dès avant le Christ, fut un demi-chrétien, Tiburce est ramené au christianisme en même temps que Mélissandre obéit aux voix non plus de ses déesses, mais de ses «saintes», sainte Julie, Jeanne d'Arc «la Salvatrice», et les saintes Maries de la Mer. La païenne est devenue chrétienne. Nous ne sommes pas très surpris. Nous ne sommes pas très émus, car cette conversion, toute cérébrale, intéresse trop exclusivement notre esprit pour ne pas être un peu étrangère à notre âme.Albéric Cahuet.

L'idée de donner à nos troupiers des hamacs au lieu de lits a valu àL'Illustrationdes communications et des observations intéressantes.

Je voudrais à ce sujet citer l'opinion d'un officier qui apporte à l'appui de notre thèse un argument des plus sérieux.

On sait, dit cet officier, comment sont logés nos soldats dans les forts en temps de paix et en temps de guerre.

En temps de paix beaucoup couchent dans des casemates assez obscures, humides, munies de couchettes à deux étages.

L'aération est presque nulle et la literie est plongée dans une humidité perpétuelle contre laquelle on ne peut presque rien, étant donné la difficulté de la sortir tous les jours. Bien, au contraire, ne serait plus simple avec le hamac.

En temps de guerre ce serait pire encore.

Beaucoup de nos forts comportent un casernement de guerre souterrain, composé d'un bloc de béton armé, dans lequel sont disposées des chambres de 56 hommes. Ces chambres reçoivent l'air et la lumière d'un couloir aboutissant au fossé du fort.

Elles renferment des lits de camp sur lesquels on placerait paillasses et matelas. Un espace libre très restreint, laissé au milieu de la chambre, est le seul endroit où 56 hommes pourraient dérouiller leurs muscles pendant un siège qui peut durer des mois et des mois!

Si on substituait à ces lits de camp des hamacs, qui chaque matin seraient roulés et entassés dans un coin de la chambre, on aurait une vaste salle, tout à fait dégagée, où les hommes pourraient courir en rond, jouer et lutter contre le froid et l'ennui.

Les journaux spéciaux destinés aux restaurateurs et aux hôteliers de nationalité allemande établis dans notre pays mènent, depuis quelque temps, une campagne dont le caractère tendancieux ne saurait être méconnu, et qui a pour but de substituer partout la vanille de Togo à celle des colonies françaises. A les en croire, les plantations de Bourbon, des Comores, de la Guyane et de la Guadeloupe auraient à peu près complètement disparu. Toutes les gousses vendues en France sous ces diverses dénominations d'origine seraient récoltées à Tahiti et auraient seulement l'odeur de la vanille, avec un goût voisin de celui de l'héliotrope. Pour leur donner la saveur que réclame la clientèle, les commerçants français seraient contraints de les «givrer» de vanilline, c'est-à-dire de les enrober d'une couche pulvérulente d'un produit chimique. Au contraire, la vanille allemande récoltée à Togo possède toutes les qualités et toutes les perfections. Il est donc à la fois logique et sage de la préférer aux vanilles des colonies françaises.

Ces assertions--il est à peine nécessaire de le dire--sont d'une fausseté complète. Les importations de gousses de vanille récoltées dans nos possessions d'outre-mer sont en augmentation croissante et jouissent, à juste titre, de toute la sympathie des connaisseurs. Par contre, les vanilles allemandes de Togo ont un goût rude et grossier qui les fait impitoyablement refuser par les véritables gourmets.

Quant au prétendu «givrage» artificiel, rien de plus facile que le mettre en évidence. En détachant avec l'ongle un cristal du givre blanc qui couvre naturellement les gousses et en le posant sur la langue, on doit sentir immédiatement un goût prononcé de vanille; dans le cas contraire, on a très probablement affaire à de l'acide benzoïque. D'autre part, quand on regarde à la loupe une gousse de vanille, on voit facilement si les cristaux existant à sa surface ont la forme d'aiguilles implantées perpendiculairement: ce sont alors des cristaux naturels. S'ils paraissent accolés à la surface, au lieu d'être pour ainsi dire piqués en elle, on peut être certain qu'ils ont été frauduleusement ajoutés.

C'est ce qu'on constate bien souvent en examinant avec soin les vanilles allemandes de Togo, dont, malheureusement, le givrage est bien souvent artificiel.

La première escadre française, commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère, poursuit en ce moment dans la Méditerranée orientale une croisière dont l'importance s'affirme plus haute et plus complète à mesure que se multiplient les témoignages de sympathie partout prodigués à nos marins. Entreprise, ainsi que l'a déclaré le ministre de la Marine, «au lendemain de la paix de Bucarest, qui a été facilitée par l'attitude du gouvernement de la République envers les peuples balkaniques soutenant chacun leur intérêt national», elle montre, fort à propos, notre pavillon dans le Levant, «où, disait encore M. Pierre Baudin, la France compte des amitiés fidèles et d'autant plus précieuses qu'elles ont reçu l'épreuve du temps». Après avoir fait escale en Égypte, la première escadre s'est dirigée vers Vourla, dans le golfe de Smyrne, d'où elle doit, à la fin de ce mois, gagner les côtes grecques, pour s'y rencontrer avec une force navale anglaise imposante.

Ce long voyage aura débuté sous les plus heureux auspices: le séjour de nos cuirassés dans les eaux égyptiennes a laissé au Caire et à Alexandrie une impression profonde, que nous traduisent les récits de nos correspondants. L'autorité personnelle de l'amiral Boué de Lapeyrère, le renom séculaire dont jouit en Orient notre pavillon, ont contribué à l'éclat de cette visite, si favorable à nos intérêts et à notre prestige.

A Alexandrie, la série des fêtes auxquelles donna lieu la présence de nos marins s'est brillamment terminée, le 2 novembre, par une belle cérémonie: la pose de la première pierre du nouveau lycée français, qui doit remplacer l'ancien, devenu trop petit pour le nombre croissant de ses élèves. L'amiral Boué de Lapeyrère la présidait, ayant à ses côtés Mme de Reffye, femme de notre consul, qui avait accepté d'être la marraine du futur établissement; et l'assistance comprenait, outre les contre-amiraux Nicole et Lacaze, et les commandants des cuirassés, de nombreuses personnalités de la colonie française. Un détachement de 250 matelots, accompagné de la musique des équipages, assurait le service d'honneur.

Après les discours prononcés par M. Toutey, membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique et directeur du lycée, par M. Fouchet, gérant de l'agence de France au Caire, et par l'amiral Boué de Lapeyrère, le procès-verbal de la cérémonie fut enfermé dans un étui que l'on plaça dans la pierre, scellée par le commandant en chef de notre première escadre.

L'importance que tend à prendre l'industrie du raffinage des huiles d'olive inquiète sérieusement tous les propriétaires de la région de l'olivier. Cette industrie consiste à traiter les résidus de fabrication de façon à les rendre propres à la consommation; grâce au bas prix de ces résidus, on peut vendre l'huile raffinée à un prix fort inférieur au cours des huiles naturelles.

Les syndicats de producteurs demandent des mesures propres à empêcher la confusion, dans le commerce, entre les huiles des deux catégories; mais la chimie se déclare impuissante dans la circonstance. Depuis plusieurs mois, le service de la répression des fraudes a cherché en vain des méthodes d'analyse permettant de résoudre la question; des procédés, au premier abord satisfaisants, ont été reconnus inefficaces.

Or, la nouvelle industrie peut créer une concurrence désastreuse à l'oléiculture nationale. Car, si les résidus représentent à peine 5% de la fabrication provençale, dans les autres pays la proportion des résidus et des mauvaises huiles est énorme. Jusqu'ici ces huiles n'ont trouvé de débouchés en France que pour les usages industriels; désormais, elles nous arriveront de l'étranger toutes raffinées.

Dans ces conditions, il semble que, seule, une réforme du tarif douanier pourrait conjurer la crise.

Chaque jour voit réaliser un progrès dans la construction des moteurs à pétrole de grande puissance, et il semble que ces moteurs ne tarderont pas à faire une concurrence sérieuse aux machines à vapeur. Appliqué depuis quelque temps à des navires de plusieurs milliers de tonnes, le nouveau mode de propulsion vient d'être essayé en Allemagne pour le remorquage d'un train express.

Un moteur du type Diesel, développant une force de 1.000 chevaux, actionne une machine chargée de remorquer un train express sur la grande ligne de Berlin à Magdebourg. Lors des premiers voyages d'essai, on a effectué le parcours Winterthur-Romanshorn à la vitesse moyenne de 70 kilomètres à l'heure; sur certaines sections du trajet, la vitesse a atteint 100 kilomètres.

Extérieurement, la locomotive Diesel ne rappelle en rien l'aspect des locomotives à vapeur; elle n'a pas de cheminée et elle ressemble assez, comme lignes générales, aux derniers modèles d'automotrices électriques.

Une cérémonie française à Alexandrie: pose de la première pierre du lycée français par Mme de Reffye, femme du consul de France, et par l'amiral Boué de Lapeyrère.--Phot. Reiser et Binder.

La légende d'Orphée; modernisée: Mlle Emmy Destinnchantant devant un lion couché sur le piano del'accompagnatrice.

C'est à une transposition moderne du mythe d'Orphée que volontiers ferait songer la singulière photographie reproduite ci-dessous... Orphée, par les sons de sa lyre, charmait les animaux féroces, qui lui faisaient une docile escorte: ainsi Mlle Emmy Destinn, la célèbre cantatrice allemande que les Parisiens ont applaudie il y a quelques années, semble-t-elle, par ses chants, apprivoiser le plus redoutable des fauves, asservi au pouvoir d'une voix magnifique. Et ce tableau imprévu, renouvelé des Grecs, suscitera, pendant longtemps sans doute, l'émotion des foules,--car il s'intercale dans unfilmsensationnel, récemment exécuté pour un cinéma de Berlin.

La fantaisie d'un auteur de scénarios, d'imagination fertile, a voulu que Mlle Emmy Destinn vînt chanter devant un lion, dans sa cage même.

Nonchalamment étendue sur le piano, la bête formidable se prêta de fort bonne grâce à l'étrange concert. Et, pour se faire entendre à pareil auditoire, la voix de la cantatrice n'en fut ni moins ferme, ni moins assurée que de coutume.

Les pluies d'orage ont une valeur fertilisante. L'ammoniaque qui existe couramment dans l'atmosphère est ramené sur la terre végétale par les pluies et surtout les pluies d'orage qui constituent ainsi un puissant moyen d'amendement. On admet qu'un litre d'eau de pluie contient en moyenne 0,0008 gramme (huit dix-milligrammes) d'ammoniaque. Cette donnée permet de faire soi-même les calculs qui s'imposent pour apprécier l'importance de «l'engrais» que constitue une bonne averse.

Que faire des coquilles de l'huître, après en avoir absorbé le contenu? Sans doute, dans les régions pauvres en calcaires, dans les pays granitiques comme les Vosges, par exemple, et d'autres encore, on peut avec avantage donner les coquilles écrasées, mises en poussière, aux poules ou bien aux champs, et leur fournir le calcaire nécessaire. Mais ailleurs?

Ailleurs, on peut imiter l'exemple donné par un architecte de Galveston et employer les écailles à faire un béton avec lequel on construit une maison.

La maison construite à Galveston a été faite avec un ciment composé de 4 septièmes d'écaillés, 2 septièmes de sable et un septième de ciment.

Coûtant meilleur marché que le béton ordinaire et que la brique, il a le grand avantage de ne laisser pénétrer aucune humidité.

L'immeuble, qui a cinq étages, a nécessité 26.423 mètres cubes de béton, où sont entrés 11 millions d'écaillés d'huîtres. Galveston offre des facilités particulières au point de vue de la matière première: il s'y trouve des bancs d'huîtres gigantesques.

On aurait de la peine à se procurer la quantité d'écaillés voulue, ailleurs, semble-t-il, même en organisant un service de ramassage spécial dans les boîtes à ordures, service qui, du reste, coûterait plus qu'il ne rapporterait, probablement.

On parle toujours, et beaucoup, en France, de la lutte contre l'alcoolisme, qui est un des facteurs les plus redoutables de la dégénérescence de la race et de la dépopulation.

Mais combien devrait être formidable l'effort nécessaire pour entreprendre cette lutte, dans laquelle on se heurterait à des intérêts énormes et à des intéressés innombrables.

D'après M. L. Jacquet, il n'y a nulle exagération à accepter que le rendement annuel de la production de l'alcool, joint aux transactions commerciales des spiritueux tant en exportation qu'en vente au détail, atteint et même dépasse trois milliards et demi de francs.

Ce budget de l'alcool est monstrueux, et voici quelle est la population qui y est intéressée:

Viticulteurs                                      1.600.000Cidriers                                          1.075.000Marchands en gros ou entrepositaires                 34.000Distillateurs de profession                          16.000Distillateurs ambulants                              18.000Débitants au détail                                 480.000Assujettis divers                                   115.000Bouilleurs de cru                                 1.300.000Personnel employé par les marchands de groset distillateurs.                                300.000Personnes salariées par les récoltants              500.000Tonneliers, verriers, bouchon etc...                400.000

Soit 5.838.000 personnes, non compris les entrepreneurs de transport, camionneurs, etc.

Ainsi donc il est permis de dire qu'en France la moitié des électeurs tirent profit de l'alcool.

Encore n'est-il pas, ici, tenu compte des agriculteurs, producteurs de betteraves, dont l'intérêt pour l'alcool n'est pas douteux.

(Voir notre gravure de première page.)

La figure--désormais historique--du général et président actuel du Mexique, Vittoriano Huerta, est assez énigmatique. Elle apparaît, du moins, comme telle parce qu'elle est peu connue, surtout en France. La situation de Huerta semble également peu compréhensible. Au point de vue purement objectif, en effet, et en dehors de toute préoccupation politique, voici un homme qu'on représente comme le dictateur du Mexique et qui, en réalité, est tenu en échec, sur plusieurs points du territoire mexicain, par les insurgés.

Or, l'homme et sa vie s'expliquent, en somme, d'un seul mot: Huerta est un Indien. Il se vante, lui-même, d'être un Aztèque pur sang. Sa physionomie physique, et morale, est profondément marquée du sceau de sa race. Quelqu'un qui l'a approché de très près ces derniers temps, M. Edwin Emerson, a noté, chez lui, les traits caractéristiques de l'Indien: l'intrépidité devant le danger; l'astuce et la fourberie; l'orgueil patriotique de la race,--et aussi, hélas! la cruauté. D'indéniables atrocités commises envers les prisonniers de guerre, après le combat, pèsent autant que la mort du président Madero, trahi par lui, et celle de son frère Gustave, sur la conscience de Vittoriano Huerta. Quant à son impuissance actuelle contre les insurgés, il ne faut pas s'en étonner si l'on songe que Huerta a eu à peine l'occasion d'apprendre son métier de général, et n'a commandé que rarement des forces militaires importantes.

Vittoriano Huerta a aujourd'hui soixante ans. Il est entré, à dix-sept ans, à l'Académie militaire de Chapultepec, d'où il sortit second lieutenant dans le corps des ingénieurs. Capitaine en 1879, il crée et organise l'état-major général. Il travaille, en excellent astronome et mathématicien, à l'établissement de la carte de l'état-major. Colonel en 1890, il réprime la révolte des Indiens Yaquis et reçoit les étoiles de général. Désormais, il va jouer un rôle. Et alors s'étale, ici, dans toute son effronterie, un trait caractéristique de l'Indien, et si accentué chez Huerta: l'impudence de la vantardise.

Veut-on savoir ce qu'il pense des Américains, et de ces États-Unis qui entendent mettre fin, aujourd'hui, à sa carrière? Voici un témoignage, resté jusqu'ici inédit en France. Ce sont les propos, à peu près textuels, échappés au général Huerta, à la fin du banquet que lui offrait, l'année dernière, la ville de Mexico, au moment de son départ pour le front de bataille dans l'État de Chihuahua.

«Si les États-Unis allaient un jour intervenir?» lui disait-on. Et Huerta s'indigna:

«Je n'ai pas peur des Gringoes!... Aucun Mexicain n'en a peur. Sans la trahison du président Santa-Anna, qui se vendit aux Américains en 1847, nous aurions battu les Yankees, comme sûrement nous les battrons la prochaine fois! Qu'ils passent seulement le rio Bravo! Nous les renverrons chez eux la tête en sang.--Nous autres, Mexicains, nous ne craignons personne. N'avons-nous pas battu les Espagnols? et les Français, les Autrichiens, les Belges, et tous les aventuriers étrangers venus chez nous à la suite de Maximilien?... Il n'existe, d'ailleurs, que deux nations, à côté de notre vieux peuple aztèque. Ce sont l'Angleterre et le Japon. Les États-Unis sont une olla-podrida de peuples... Un de ces jours, l'Angleterre, le Japon et le Mexique marcheront ensemble, et ce sera la fin des États-Unis.»

L'année dernière, le président Madero envoyait Huerta contre l'insurgé Orozco et ses rebelles. Après le premier combat victorieux--où il y eut en tout, des deux côtés, 200 morts et blessés--le général Huerta, dans un bulletin de victoire plus qu'enthousiaste, déclarait que c'était «la plus terrible bataille qui ait été livrée, dans l'hémisphère américain, depuis cinquante ans!» Et Vittoriano Huerta reste, pour ses partisans, le «Héros de Bachimba», où le 13 juillet 1912, il défit Paschal Orozco --avec 10.000 hommes contre 3.500--après un duel d'artillerie de dix heures--qui tuaquatorzerebelles.

Une dernière anecdote achève de peindre le général Huerta. Il n'a jamais pardonné, en véritable Indien, à Madero, alors simple citoyen, de s'être interposé pour négocier avec les rebelles, à Cuernavaca. «S'il veut traiter, qu'il vienne d'abord m'en demander permission!» s'écriait Huerta devant son état-major, à l'hôtel Bellavista, où il était attablé devant une bouteille de cognac. Une heure après, avec le flegme de l'Indien cauteleux, il allait, suivi de son état-major, en grand uniforme, rendre, à la maison du gouverneur, ses respects à senor Madero.

Quelque temps avant la catastrophe qui allait lui coûter la vie, l'infortuné président Madero déclarait ouvertement à l'ambassadeur des États-Unis, M. Wilson, qu'il avait de graves raisons pour suspecter la loyauté du général Huerta.

On sait, aujourd'hui, et l'on comprend l'attitude des États-Unis en face du gouvernement de Vittoriano Huerta.E. de Morsier.

(Voir notre gravure, page 399.)

Quels souvenirs ces mots «baptême de la ligne» éveilleront dans les mémoires des hommes qui prirent le goût de lire avant l'invention du roman policier! Mais les enfants d'à présent ont-ils seulement feuilletéRobert-Robert, et connurent-ils les frissons de Toussaint Lavenette au passage de la ligne? Sinon, ils ne savent pas de quelles émotions ils sont privés. Les pittoresques, les amusants récits que c'étaient, dans les romans d'aventure de notre jeunesse, ceux qui décrivaient cette burlesque cérémonie: la descente des hunes du courrier, la veille du grand jour; l'arrivée, par le même chemin du ciel, du «père Trois Piques» et de sa jeune épouse,--et puis, le bain, dans la baille aménagée à cet usage, des passagers et des matelots qui passaient pour la première fois l'Equateur... Or, tout cela, on est heureusement surpris de le constater, a été conservé scrupuleusement dans notre marine de guerre, gardienne fidèle des bonnes traditions, et l'on peut voir par cette photographie prise il y a quelque temps sur laJeanne-d'Arc, croiseur-école des aspirants, au cours d'un voyage, entre Madère et Rio de Janeiro, que les novices de la mer sont baptisés selon tous les rites que subirent, de bonne humeur, leurs devanciers. C'est une journée de repos, de détente au milieu des occupations sévères du bord. Le lendemain, la discipline reprend ses droits et chacun se remet à son devoir.

Aux termes du testament de M. Nobel, le prix de littérature doit être attribué par l'Académie suédoise à la personne qui, dans l'année immédiatement précédente, a donné l'oeuvre idéaliste la plus distinguée. Cette fois l'attribution du prix répond exactement au désir du testateur:Gitanjali--ouOffrandes poétiques--est bien l'oeuvre la plus idéaliste qui ait été publiée depuis longtemps.

Le poète hindou Rabindranath Tagore.--Phot. Elliott et Fry.

L'auteur, Rabindranath Tagore, a été appelé le prophète du nationalisme hindou; dans son pays natal, de Bombay, aux confins de la Birmanie et des sources du Gange à Colombo de Ceylan, il est connu de tous ses compatriotes, qu'ils appartiennent aux castes les plus nobles ou aux plus inférieures. Lui-même appartient à une des plus anciennes familles du Bengale. Son grand-père, le prince Dwarkanath Tagore, visita l'Europe et fut reçu par la reine Victoria; son père est le Maharshi Debendranath Tagore (maharshi signifie «grand sage»). Il a trois frères et trois soeurs qui se sont acquis une renommée locale; l'un d'eux est un fameux philosophe: Les écureuils descendent des branches et grimpent sur ses genoux, et les oiseaux se posent sur ses mains.»

Rabindranath Tagore est né en 1861, à Calcutta. A dix-huit ans, il composa les paroles et la musique d'un drame lyrique, que suivirent des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des poèmes. Entre temps, il vint à Londres pour y étudier le droit, mais il s'en dégoûta bien vite et retourna aux Indes où il s'adonna tout entier à son art. En outre, il a fondé à Bolepur, près de Calcutta, une école fréquentée par plus de 200 élèves. Il a créé lui-même les méthodes d'enseignement; sous sa direction, des maîtres formés par lui font étudier les élèves en plein air.

L'oeuvre de Rabindranath Tagore n'est connue en Europe que par les traductions anglaises qu'il a faites lui-même, et par les fragments traduits en français et publiés en juillet dernier dans le «Mercure de France». La version anglaise est en prose rythmée, si simple et d'expression si choisie et si précise que le sens n'est jamais obscurci et qu'elle exprime admirablement l'accord de l'idée et de l'émotion provoquée par la contemplation méditative de l'univers. A les lire lentement et à haute voix, ces poèmes révèlent toute leur beauté et on les sent composés par un musicien, par un artiste familier avec une musique plus subtile que la nôtre. Dans l'original, ces poèmes se chantent. Les airs et les paroles sont intimement alliés; certains «modes» de cette musique ont une signification particulière: les uns s'emploient pour les chants du soir, les autres pour les chants de l'aube, d'autres encore pendant la saison des pluies, de sorte qu'un Hindou reconnaît, dès la première mesure, l'atmosphère et le lieu du poème.

Aucun poète n'a exprimé aussi puissamment l'intimité de l'âme humaine et de la nature, tout en professant une philosophie aussi claire et aussi vaste. Ce mysticisme lyrique est d'une élévation incomparable; on y trouve des accents passionnés qui rappellent leCantique des Cantiques, des accents d'allégresse et d'espoir qui dépassent tout ce qu'offrent les prophètes ou les psaumes de David. Le chant de ce poète est épuré de toute intonation de douleur ou de regret, de tristesse ou de crainte. C'est la pure lumière de la vie spirituelle qui se marie au chant harmonieux de la beauté parfaite.Henry-D. Davray.

Nous citerons ici, à titre d'exemples, trois fragments de poèmes inédits de M. Tagore traduits par M. Henry-D. Davray:

Les mains s'attachent aux mains, et les yeux s'attardent aux yeux: ainsi commence l'histoire de nos cours.

C'est la nuit de Mars qu'éclaire la lune; la suave senteur du henné embaume l'air; ma flûte est à terre, négligée; et ta guirlande de fleurs n'est pas achevée.

Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.

Ton voile couleur safran enivre mes yeux.

La guirlande de jasmin que tu m'as tressée fait tressaillir mon coeur comme une louange.

C'est le jeu où l'on offre et où l'on retire, montrant ce qu'on tient pour le dissimuler aussitôt: des sourires, de petites timidités et de douces luttes inutiles.

Cet amour entre toi et moi est simple comme un chant.

J'ai cueilli tes fleurs, ô Monde!

Je les ai pressées sur mon coeur et les épines m'ont déchiré.

Quand le jour a baissé et que montèrent les ténèbres, j'ai trouvé que la fleur était fanée, mais que la douleur restait.

Il te viendra encore des fleurs, ô Monde, des fleurs parfumées et orgueilleuses.

Mais pour moi le temps de les cueillir est passé, et au cours de la nuit noire, je n'aurai pas de roses, mais la douleur est restée.

Dans le tumulte impétueux et assourdissant de la vie, ô Beauté, sculptée dans la pierre, tu demeures muette et immobile, seule et distante.

Le Temps est assis, amoureux, à tes pieds et murmure: «Parle, parle-moi, mon amour; parle, ma fiancée!» Mais ton langage est enfermé dans la pierre, ô Immuable Beauté.

Ce dernier poème n'évoque-t-il pas à l'esprit le souvenir d'un sonnet de Baudelaire?

L'un des plus constants défenseurs du théâtre d'observation minutieuse et de fine psychologie, de vérité méticuleuse en même temps que de littérature dramatique épurée, M. Edmond Sée, a fait représenter au théâtre Réjane une comédie en quatre actes, l'Irrégulière, qu'on a écoutée avec l'attention qu'elle méritait et qu'on a applaudie avec sympathie. Elle nous expose les déboires et les chagrins d'une femme «irrégulière» qui aspire à la régularité, y parvient et y trouve des déceptions et des douleurs nouvelles. Mme Réjane incarne ce personnage avec son art merveilleux et la troupe qui l'entoure est de tout premier ordre.

De l'un des contes de Voltaire qui prennent rang de chef-d'oeuvre, de l'Ingénu, MM. Charles Méré et Régis Gignoux ont tiré, pour le théâtre Michel, une comédie en trois actes toute pleine de la plus ironique belle humeur, de la plus heureuse audace et de la plus piquante fantaisie. On a salué de rires et d'applaudissements cette très adroite adaptation scénique des mémorables aventures du Huron fraîchement débarqué, du fond de sa Huronie, en pleine France du dix-huitième siècle Et l'interprétation est excellente avec MM. Harry-Baur, Lévesque, Guyon fils, et Mmes Juliette Darcourt, Germaine Reuver, Isane.

Le Gymnase a repris l'un des plus incontestables succès de M. Henry Bernstein, l'une de ses pièces où s'affirment avec le plus d'éclat ses dons de psychologie aiguisée et de force puissante,Samson, qui fournit d'ailleurs à son principal interprète, M. Lucien Guitry, l'occasion de déployer des qualités d'interprétation exactement correspondantes.

Signalons enfin la réouverture du «Bon Théâtre», quai de Passy qui a pour but, comme son titre l'indique, d'offrir aux familles des spectacles sains en même temps que présentant les meilleures garanties artistiques: il commence sa saison par lesOberlé, de M. René Bazin.

(Agrandissement)

Note du transcripteur: Ce supplément ne nous a pas été fourni.


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