LE CANAL DE PANAMA EST OUVERT

Le paquebotCristobal, baptisé du prénom de Christophe Colomb, s'engage dans la fameuse percée de la Culebra, qui défia pendant vingt ans l'activité d'une armée d'ouvriers.

Le gouvernement américain avait préparé une fête internationale pour célébrer l'inauguration du canal interocéanique. Les événements d'Europe ont réduit le brillant programme aux proportions d'une cérémonie purement locale, selon l'expression du communiqué. Le 16 août, un navire du ministère de la Guerre des Etats-Unis, l'Ancon, a franchi les écluses de Gatun en l'espace de soixante-dix minutes; plusieurs navires de commerce les franchirent derrière lui. Le canal était désormais ouvert officiellement au commerce.

Quelques jours auparavant, le 3 août, le paquebotCristobalavait inauguré officieusement la nouvelle voie maritime en passant des eaux de l'Atlantique dans celles du Pacifique. Nos deux photographies représentent cette inauguration «avant la lettre».

Il est réconfortant, à l'heure où la France a été amenée à faire oeuvre de guerre, de constater que toute la presse américaine vient de rendre ardemment hommage, en cette occasion, au génie français, initiateur de cette gigantesque oeuvre de paix.

LeCristobalvient de franchir l'écluse supérieure pour pénétrer, halé par une locomotrice, dans le lac artificiel de Gatun.

Carte figurant le relief du sol dans la région Est et Nord-Est du bassin de Paris.

Les mouvements des armées se trouvent en quelque sorte déterminés par les formes du terrain où elles opèrent, et les lignes de défense, comme les points d'attaque, sont pour ainsi dire marquées d'avance par les reliefs et les dépressions du sol. Il nous paraît donc utile de présenter à nos lecteurs un tableau sommaire des lignes topographiques directrices du théâtre de la guerre. Cette esquisse leur permettra de saisir la raison des directions prises par les armées, et d'apprécier la valeur des diverses positions qui auront été occupées.

Si l'on examine une carte de l'Europe centrale et occidentale, au Nord des Alpes, on remarque deux zones parallèles, absolument distinctes. C'est d'abord, une longue traînée de larges îlots montagneux: les monts de Bohême; le vaste complexe de reliefs et de plateaux que coupe le Rhin, de Bâle à Coblenz, et qui comprend, sur la rive gauche du fleuve, les Vosges, l'Hunsrück et l'Eifel que prolonge l'Ardenne; enfin, en France, notre massif central. Au Nord et à l'Ouest de ces reliefs, le sol s'abaisse et c'est une suite de vastes plaines: l'Allemagne du Nord, la Hollande, le bassin de Bruxelles et, en France, le bassin de Paris.

Sous ce dernier nom, les géographes et les géologues désignent non pas les environs immédiats de Paris, ni même l'ensemble des régions drainées par la Seine et ses affluents, mais toute la région relativement déprimée comprise entre l'Ardenne, les Vosges, le versant Nord du Plateau central et le massif armoricain. Ce vaste territoire, qui renferme en quelque sorte le coeur de la France, n'est ouvert ni vers le Nord-Est, ni vers l'Est, du côté de la frontière allemande, comme on l'affirme trop souvent. Au contraire, les épisodes géologiques qui ont affecté cette partie de la France y ont créé, du côté de l'Allemagne, trois lignes de défense naturelle. Dans la région orientale du bassin de Paris les affleurements des assises de différents âges plongent vers l'intérieur de la dépression en formant comme une série de cuvettes emboîtées les unes dans les autres. Les bords extérieurs de ces cuvettes s'étant trouvés soumis à de puissantes érosions dans le cours des âges géologiques, il en est résulté une série de falaises tournées vers l'Est, et le Nord-Est, des «auréoles», pour employer le vocabulaire géologique.

C'est ainsi que les affleurements jurassiques engendrent une première ligne de hauteurs: plateaux et collines de Langres, de Bassigny, du Barrois, «côtes de Meuse» et Woëvre. En arrière de ce redan, l'auréole crétacée dessine au-dessus de la Champagne humide, de Vitry-le-François jusqu'à Chaumont-Porcien, une seconde falaise, flanquée en avant par le massif de l'Argonne dont le nom évoque les glorieux souvenirs de 1792. Enfin, à l'Ouest de cette enceinte naturelle, les dépôts tertiaires de la Champagne pouilleuse forment une troisième ligne de défense, avec la falaise de l'Ile de France et la montagne de Reims.

L'importance militaire de ces «auréoles» géologiques est attestée par l'emplacement de nos places fortes. Verdun, Toul et Langres sont assis sur l'auréole jurassique; les forts de Reims sur l'auréole tertiaire. Flanquées à l'Est par les Vosges, et au Nord par l'Ardenne, renforcées par de nombreuses fortifications et garnies de nombreuses troupes pleines d'ardeur, ces trois lignes de défense naturelle présentent à l'adversaire un front solide; aussi les Allemands ont tenté de le tourner par le Nord. De ce dernier côté, en effet, les lignes de circonvolution du bassin de Paris présentent deux brèches dangereuses.

La première, relativement étroite, est produite par une extension de l'auréole jurassique à travers le Luxembourg, au milieu de l'Ardenne. La vallée de la Chiers, affluent de droite de la Meuse, Longwy et Stenay en déterminent la situation. Par cette brèche, il est possible de tourner les «côtes de la Meuse» et l'Argonne, puis de déboucher dans la vallée de l'Aisne. C'est la route suivie par les Prussiens en 1792. De nouveau, en 1914, ils ont voulu utiliser cette trouée, et dans ce dessein ils ont envahi le Luxembourg. Une fois maîtres de la capitale du Grand-Duché, ils ont tenté de s'infiltrer par la vallée de la Chiers.

Beaucoup plus large est la seconde brèche. Au pied des versants Nord-Ouest et Ouest de l'Ardenne s'ouvre un long et profond sillon, occupé d'abord par la Meuse, puis par la Sambre, et qui aboutit dans la haute vallée de l'Oise. Etranglée, de Liége jusqu'en amont de Charleroi, cette dépression s'élargit à mesure que l'on avance vers le Sud-Ouest et conduit finalement dans la Thiérache et dans les plaines du Nord de la France. De ce côté, pas le moindre obstacle naturel. Tout au contraire, un terrain facile, se prêtant au déploiement des armées, et leur offrant d'abondantes ressources. Aussi bien, désespérant de pouvoir forcer nos lignes de défense de l'Est, l'état-major allemand a choisi cette trouée comme ligne d'invasion. Elle était, il est vrai, protégée par la neutralité de la Belgique, mais les barbares tudesques ne sont pas gens à se laisser arrêter par de vains scrupules et ils acheminèrent leurs colonnes à travers l'Ardenne belge pour gagner le plus rapidement possible la large porte ouverte vers l'Oise et vers Paris. Alors que le grand état major de Berlin avait simplement prévu une promenade militaire, il a rencontré devant lui d'admirables troupes qui ont infligé à l'aigle prussienne un premier échec et lui ont imposé un arrêt devant les forts de Liége. Mais alors, l'ennemi, fidèle à ses principes stratégiques, s'est efforcé de déborder l'armée belge en lançant des masses de cavalerie sur la rive gauche de la Meuse, à travers le Luxembourg et le Brabant.

Aujourd'hui le théâtre des opérations s'étend sur quatre régions naturelles différentes. A l'extrême gauche, sur la rive gauche de la Meuse, c'est le Brabant, le Limbourg et l'Hesbaye, pays de plaines accidentées de vallonnements; puis vient l'Ardenne, un bloc de plateaux doucement incliné vers le Nord-Ouest, relevé au contraire du côté de la France, pays de forêts et de marais; plus loin, en avant de Nancy, le plateau de Lorraine, région de plaines boisées, sillonnée de rivières et d'étangs; s'appuyant au Donon, enfin, la crête des Vosges sur laquelle nous nous maintenons et d'où nous pourrons redescendre en Alsace.CHARLES RABOT.

Un embarquement de volontaires étrangersaux environs de Paris.

Un embarquement de volontaires étrangersaux environs de Paris.

Parmi tant de spectacles réconfortants auxquels nous assistons depuis un mois, il en est un qui semble les résumer tous: c'est l'empressement des volontaires de toutes nationalités à s'enrôler sous notre drapeau. Cet empressement atteste à la fois la justice de notre cause, la sympathie qu'elle impose, l'espoir qu'elle inspire. A Paris, seulement, près de 30.000 étrangers ont demandé à servir la France. On a choisi d'abord les plus valides et on en a formé plusieurs groupes, sans distinction de nationalité, qui, une fois habillés et équipés, seront exercés au métier militaire, puis dirigés sur le front. Notre photographie représente le départ d'un train où sont réunis des Belges, des Suisses, des Italiens, des Hongrois, des Polonais, des Russes, des Serbes, prêts à combattre pour un même idéal.

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Le Directeur:René Baschet.

Imprimerie deL'Illustration, 13, rue Saint-Georges, Paris (9e).--L'Imprimeur-Gérant: A. CHATENE.


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