Chapter 6

PROMOTION SUR LE FRONT.—Un héros de Roye est fait sous-lieutenant.Dessin deG. Scott.On voudrait pouvoir désigner ce brave par son nom. Mais le confrère anglais qui nous raconta son odyssée a négligé sans doute de s’en informer. Et puis, dans cette guerre où l’héroïsme se manifeste à chaque pas et à chaque heure, que de faits mémorables demeurent anonymes!C’est à Roye que celui-ci s’est distingué. Il était adjudant et commandait à trente-deux hommes: la moitié de ce qui demeurait de sa compagnie. Il fut chargé, comme on voulait reprendre Roye, de défendre un poste qu’on lui assigna, en lui donnant pour consigne de tenir bon. Et, se retranchant, il tint jusqu’au bout, en effet. Comme, à la nuit tombante, le gros de la force avec laquelle il coopérait s’était replié, ne voulant pas s’exposer à une surprise de nuit dans la ville, lui, n’ayant reçu aucun ordre, demeura là, avec ses trente-deux hommes. L’ennemi s’avança en nombre de la ville qu’il avait réoccupée. A 50 mètres seulement, l’adjudant reconnut les Allemands: il les accueillit de tout son feu. Ils ne marchandèrent pas sur la riposte: ce fut unevéritable pluie de fer. Cette poignée d’hommes résista, continua de tirer. La fusillade probablement rappela nos troupes et enfin l’adjudant put dégager son monde, le ramener vers une carrière, puis, sous bois, jusqu’au quartier général.«Nous n’étions plus que vingt, racontait le chef de cette poignée de héros. Je ne sais ce que sont devenus les autres, mais nous avions tenu notre position contre plusieurs milliers d’ennemis assez longtemps pour permettre à nos troupes de revenir et de les repousser au delà de Roye. Le colonel passa mes dix-neuf soldats et moi en revue le lendemain matin; il nous dit que nous avions fait une belle chose; il m’embrassa et me fit sous-lieutenant sur-le-champ.»Après quoi on donna au nouvel officier, pour fêter son galon, quelques jours de repos. C’était la seule récompense qu’il n’eût pas ambitionnée. Les heures d’inactivité lui parurent longues et, comme un prisonnier aspire à la liberté, il n’avait qu’un rêve: retourner au feu, et recommencer.Prêtres catholiques.   Un pasteur.    Un rabbin.AUMONIERS MILITAIRES.—Un premier et heureux résultat de la guerre actuellement déchaînée a été de mettre immédiatement un terme aux divisions, aux querelles confessionnelles; avec un zèle égal, les ministres des diverses religions se sont empressés vers le devoir, et ceux que la mobilisation n’appelait pas sous les drapeaux ont multiplié les démarches pour être admis aux armées soit comme aumôniers, soit comme ambulanciers; la photographie ci-dessus est le témoignage parlant de cette union à l’ombre du drapeau.L’Impératrice EugénieUNE ÉVOCATION DE LA PRÉCÉDENTE GUERRE FRANCO-ALLEMANDEQuarante-quatre ans après les revers qui amenèrent sa déchéance, celle qui fut l’impératrice des Français soigne, en Angleterre, ceux qui viennent de verser leur sang pour la France.Farnborough-Hill, la résidence de l’impératrice Eugénie, transformée en hôpital pour les blessés de l’armée britannique.UNE ÉMOUVANTE CÉRÉMONIE A MONTPELLIER.—La présentation aux troupes d’un drapeau revenant du feu.Des diverses cérémonies consacrées par les rites militaires pour honorer le drapeau, il n’en est sans doute point de plus émouvante, en dehors du champ de bataille, que celle qui réunissait ces jours derniers la garnison de Montpellier devant l’étendard du 81ᵉ de ligne. Déchiré par les balles, la hampe brisée, le glorieux emblème a dû être renvoyé au dépôt du régiment. Deux officiers successivement préposés à sa garde, les sous-lieutenants Servent et Dejeanne, sont tombés sur le champ de bataille;d’autres officiers, blessés à ses côtés, ont soutenu ses débris devant les troupes auxquelles le commandant Delattre a rappelé le serment fait par le colonel, le 5 août dernier, au nom du régiment, de défendre le drapeau jusqu’au dernier sacrifice. Tous, vétérans ou jeunes recrues, renouvelèrent dans le fond de leur cœur le serment si bien tenu. La parade achevée, on vit un vieillard sortir des rangs, s’avancer près de l’étendard et poser ses lèvres sur la soie ternie; c’était le père du porte-drapeau Servent.UN DRAPEAU QUI FUT BIEN DÉFENDU.—C’est celui du 81ᵉ d’infanterie: la hampe est brisée, l’étoffe est déchirée, le porte-drapeau a été tué à l’ennemi.—Phot. H. Manuel.[Au lecteur: Cliquez pour agrandir l'image.]NOTRE 75 EN ACTIONVoici, au fort de l’action, une de ces batteries de notre 75, dont on ne cesse de vanter la puissance et la précision. C’est l’instant où le coup de la pièce la plus proche de nous vient de partir: la réaction a fait reculer la bouche à feu sur les glissières de l’affût, sans l’ébranler, grâce à ce frein incomparable, au mécanisme ingénieux, qui est l’un des avantages primordiaux de notre artillerie et qui fait que le canon demeure pointé une fois pour toutes quand le tir a été réglé. Pas de grosses volutes de fumée: seulement une blanche vapeur, vite dissipée, qui se résout en légers flocons emportés par le vent,—si bien qu’il est fort difficile, pour l’ennemi, sinon presque impossible, de repérer de loin les positions des batteries.Dessin deGeorges SCOTT.Les officiers d’un bataillon de Sénégalais devant leur résidence d’automne en Champagne.LA VIE DANS LES TRANCHÉESOù l’on vit et où l’on meurt pour la France: tout près de leurs tranchées, nos soldats ont enterré ceux qui ont trouvé la mort.Tirailleurs sénégalais attendant mélancoliquement dans leurs abris, que sonne la charge.LES LONGUES HEURES DE LA GUERRE DE TRANCHÉESLa façade principale et le beffroi de l’Hôtel de Ville, après le bombardement et l’incendie.—Phot. Ed. Ruff.DANS LES RUINES D’ARRASMgr Lobbedey, évêque d’Arras, avec M. le vicaire général Rambure, visite les ruines.L’Hôtel de Ville, vu d’une des maisons écroulées de la rue Vinocq.APRÈS LE CRIME DE REIMS, LE CRIME D’ARRAS.—L’Hôtel de Ville de la vieille capitale de l’Artois, incendié par les Allemands.Dessin de P. Leven et Lemonier.

PROMOTION SUR LE FRONT.—Un héros de Roye est fait sous-lieutenant.Dessin deG. Scott.

PROMOTION SUR LE FRONT.—Un héros de Roye est fait sous-lieutenant.Dessin deG. Scott.

On voudrait pouvoir désigner ce brave par son nom. Mais le confrère anglais qui nous raconta son odyssée a négligé sans doute de s’en informer. Et puis, dans cette guerre où l’héroïsme se manifeste à chaque pas et à chaque heure, que de faits mémorables demeurent anonymes!

C’est à Roye que celui-ci s’est distingué. Il était adjudant et commandait à trente-deux hommes: la moitié de ce qui demeurait de sa compagnie. Il fut chargé, comme on voulait reprendre Roye, de défendre un poste qu’on lui assigna, en lui donnant pour consigne de tenir bon. Et, se retranchant, il tint jusqu’au bout, en effet. Comme, à la nuit tombante, le gros de la force avec laquelle il coopérait s’était replié, ne voulant pas s’exposer à une surprise de nuit dans la ville, lui, n’ayant reçu aucun ordre, demeura là, avec ses trente-deux hommes. L’ennemi s’avança en nombre de la ville qu’il avait réoccupée. A 50 mètres seulement, l’adjudant reconnut les Allemands: il les accueillit de tout son feu. Ils ne marchandèrent pas sur la riposte: ce fut unevéritable pluie de fer. Cette poignée d’hommes résista, continua de tirer. La fusillade probablement rappela nos troupes et enfin l’adjudant put dégager son monde, le ramener vers une carrière, puis, sous bois, jusqu’au quartier général.

«Nous n’étions plus que vingt, racontait le chef de cette poignée de héros. Je ne sais ce que sont devenus les autres, mais nous avions tenu notre position contre plusieurs milliers d’ennemis assez longtemps pour permettre à nos troupes de revenir et de les repousser au delà de Roye. Le colonel passa mes dix-neuf soldats et moi en revue le lendemain matin; il nous dit que nous avions fait une belle chose; il m’embrassa et me fit sous-lieutenant sur-le-champ.»

Après quoi on donna au nouvel officier, pour fêter son galon, quelques jours de repos. C’était la seule récompense qu’il n’eût pas ambitionnée. Les heures d’inactivité lui parurent longues et, comme un prisonnier aspire à la liberté, il n’avait qu’un rêve: retourner au feu, et recommencer.

Prêtres catholiques.   Un pasteur.    Un rabbin.AUMONIERS MILITAIRES.—Un premier et heureux résultat de la guerre actuellement déchaînée a été de mettre immédiatement un terme aux divisions, aux querelles confessionnelles; avec un zèle égal, les ministres des diverses religions se sont empressés vers le devoir, et ceux que la mobilisation n’appelait pas sous les drapeaux ont multiplié les démarches pour être admis aux armées soit comme aumôniers, soit comme ambulanciers; la photographie ci-dessus est le témoignage parlant de cette union à l’ombre du drapeau.

Prêtres catholiques.   Un pasteur.    Un rabbin.AUMONIERS MILITAIRES.—Un premier et heureux résultat de la guerre actuellement déchaînée a été de mettre immédiatement un terme aux divisions, aux querelles confessionnelles; avec un zèle égal, les ministres des diverses religions se sont empressés vers le devoir, et ceux que la mobilisation n’appelait pas sous les drapeaux ont multiplié les démarches pour être admis aux armées soit comme aumôniers, soit comme ambulanciers; la photographie ci-dessus est le témoignage parlant de cette union à l’ombre du drapeau.

L’Impératrice EugénieUNE ÉVOCATION DE LA PRÉCÉDENTE GUERRE FRANCO-ALLEMANDEQuarante-quatre ans après les revers qui amenèrent sa déchéance, celle qui fut l’impératrice des Français soigne, en Angleterre, ceux qui viennent de verser leur sang pour la France.

L’Impératrice EugénieUNE ÉVOCATION DE LA PRÉCÉDENTE GUERRE FRANCO-ALLEMANDEQuarante-quatre ans après les revers qui amenèrent sa déchéance, celle qui fut l’impératrice des Français soigne, en Angleterre, ceux qui viennent de verser leur sang pour la France.

Farnborough-Hill, la résidence de l’impératrice Eugénie, transformée en hôpital pour les blessés de l’armée britannique.

Farnborough-Hill, la résidence de l’impératrice Eugénie, transformée en hôpital pour les blessés de l’armée britannique.

UNE ÉMOUVANTE CÉRÉMONIE A MONTPELLIER.—La présentation aux troupes d’un drapeau revenant du feu.

UNE ÉMOUVANTE CÉRÉMONIE A MONTPELLIER.—La présentation aux troupes d’un drapeau revenant du feu.

Des diverses cérémonies consacrées par les rites militaires pour honorer le drapeau, il n’en est sans doute point de plus émouvante, en dehors du champ de bataille, que celle qui réunissait ces jours derniers la garnison de Montpellier devant l’étendard du 81ᵉ de ligne. Déchiré par les balles, la hampe brisée, le glorieux emblème a dû être renvoyé au dépôt du régiment. Deux officiers successivement préposés à sa garde, les sous-lieutenants Servent et Dejeanne, sont tombés sur le champ de bataille;d’autres officiers, blessés à ses côtés, ont soutenu ses débris devant les troupes auxquelles le commandant Delattre a rappelé le serment fait par le colonel, le 5 août dernier, au nom du régiment, de défendre le drapeau jusqu’au dernier sacrifice. Tous, vétérans ou jeunes recrues, renouvelèrent dans le fond de leur cœur le serment si bien tenu. La parade achevée, on vit un vieillard sortir des rangs, s’avancer près de l’étendard et poser ses lèvres sur la soie ternie; c’était le père du porte-drapeau Servent.

UN DRAPEAU QUI FUT BIEN DÉFENDU.—C’est celui du 81ᵉ d’infanterie: la hampe est brisée, l’étoffe est déchirée, le porte-drapeau a été tué à l’ennemi.—Phot. H. Manuel.

UN DRAPEAU QUI FUT BIEN DÉFENDU.—C’est celui du 81ᵉ d’infanterie: la hampe est brisée, l’étoffe est déchirée, le porte-drapeau a été tué à l’ennemi.—Phot. H. Manuel.

[Au lecteur: Cliquez pour agrandir l'image.]

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NOTRE 75 EN ACTION

Voici, au fort de l’action, une de ces batteries de notre 75, dont on ne cesse de vanter la puissance et la précision. C’est l’instant où le coup de la pièce la plus proche de nous vient de partir: la réaction a fait reculer la bouche à feu sur les glissières de l’affût, sans l’ébranler, grâce à ce frein incomparable, au mécanisme ingénieux, qui est l’un des avantages primordiaux de notre artillerie et qui fait que le canon demeure pointé une fois pour toutes quand le tir a été réglé. Pas de grosses volutes de fumée: seulement une blanche vapeur, vite dissipée, qui se résout en légers flocons emportés par le vent,—si bien qu’il est fort difficile, pour l’ennemi, sinon presque impossible, de repérer de loin les positions des batteries.

Dessin deGeorges SCOTT.

Les officiers d’un bataillon de Sénégalais devant leur résidence d’automne en Champagne.LA VIE DANS LES TRANCHÉES

Les officiers d’un bataillon de Sénégalais devant leur résidence d’automne en Champagne.LA VIE DANS LES TRANCHÉES

Où l’on vit et où l’on meurt pour la France: tout près de leurs tranchées, nos soldats ont enterré ceux qui ont trouvé la mort.

Où l’on vit et où l’on meurt pour la France: tout près de leurs tranchées, nos soldats ont enterré ceux qui ont trouvé la mort.

Tirailleurs sénégalais attendant mélancoliquement dans leurs abris, que sonne la charge.LES LONGUES HEURES DE LA GUERRE DE TRANCHÉES

Tirailleurs sénégalais attendant mélancoliquement dans leurs abris, que sonne la charge.LES LONGUES HEURES DE LA GUERRE DE TRANCHÉES

La façade principale et le beffroi de l’Hôtel de Ville, après le bombardement et l’incendie.—Phot. Ed. Ruff.

La façade principale et le beffroi de l’Hôtel de Ville, après le bombardement et l’incendie.—Phot. Ed. Ruff.

DANS LES RUINES D’ARRAS

Mgr Lobbedey, évêque d’Arras, avec M. le vicaire général Rambure, visite les ruines.

Mgr Lobbedey, évêque d’Arras, avec M. le vicaire général Rambure, visite les ruines.

L’Hôtel de Ville, vu d’une des maisons écroulées de la rue Vinocq.

L’Hôtel de Ville, vu d’une des maisons écroulées de la rue Vinocq.

APRÈS LE CRIME DE REIMS, LE CRIME D’ARRAS.—L’Hôtel de Ville de la vieille capitale de l’Artois, incendié par les Allemands.Dessin de P. Leven et Lemonier.

APRÈS LE CRIME DE REIMS, LE CRIME D’ARRAS.—L’Hôtel de Ville de la vieille capitale de l’Artois, incendié par les Allemands.Dessin de P. Leven et Lemonier.


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