DICTIONNAIRES DE LANGUES EN LIGNE

4. . Dans un rapport de l'UNESCO du début des années 1950, l'enseignement dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme un droit fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent à l'âge de l'information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès sans problème de langue. Le considérer comme la chasse gardée de ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne connaissent pas cette langue.

5. . Bien qu'un web multilingue soit souhaitable sur le plan moral et éthique, un tel idéal ne suffit pas pour en faire une réalité à vaste échelle. De même que l'utilisateur non anglophone peut maintenant avoir accès aux technologies dans sa propre langue, l'impact du commerce électronique peut constituer une force majeure qui fasse du multilinguisme la voie la plus naturelle vers le cyberespace. Les vendeurs de produits et services dans le marché virtuel mondial que devient l'internet doivent être préparés à traiter avec un monde virtuel qui soit aussi multilingue que le monde physique. S'ils veulent réussir, ils doivent s'assurer qu'ils parlent bien la langue de leurs clients!"

En ce qui concerne le WorldWide Language Institute, quelles sont les perspectives? "Comme l'existence de notre organisme est liée à l'importance attachée aux langues, je pense que son avenir sera excitant et stimulant. Mais il est impossible de pratiquer l'autosuffisance à l'égard de nos réussites et de nos réalisations. La technologie change à une allure frénétique. L'apprentissage durant toute la vie est une stratégie que nous devons tous adopter si nous voulons rester en tête et être compétitifs. C'est une tâche qui est déjà assez difficile dans un environnement anglophone. Si nous ajoutons à cela la complexité apportée par la communication dans un cyberespace multilingue et multiculturel, la tâche devient encore plus astreignante. Probablement davantage encore que par le passé, la coopération est aussi indispensable que la concurrence. Les germes d'une coopération par le biais de l'internet existent déjà. Notre projet NetGlos dépend du bon vouloir de traducteurs volontaires de nombreux pays: Canada, États-Unis, Autriche, Norvège, Belgique, Israël, Portugal, Russie, Grèce, Brésil, Nouvelle-Zélande, etc. Je pense que les centaines de visiteurs qui consultent quotidiennement les pages de NetGlos constituent un excellent témoignage du succès de ce type de relations de travail. Les relations de coopération s'accroîtront encore à l'avenir, mais pas nécessairement sur la base du volontariat."

= Logos

Fondé en 1979 à Modène (Italie) par Rodrigo Vergara, Logos est une société de traduction offrant des services dans 35 langues en 1997, avec 300 traducteurs travaillant sur place et un réseau mondial de 2.500 traducteurs travaillant en free-lance. La moyenne de production est de 200 textes par jour. Fin 1997, Logos décide de mettre tous ses outils professionnels en accès libre sur le web. Le Logos Dictionary est un dictionnaire multilingue de 7,5 millions d'entrées. La Wordtheque est une base de données multilingue de 328 millions de mots, constituée à partir de milliers de traductions, notamment des romans et des documents techniques. La recherche dans la Wordtheque est possible par langue, mot, auteur ou titre. Linguistic Resources (Ressources linguistiques) offre un point d'accès unique à 553 glossaires. L'Universal Conjugator (Conjugaison universelle) propose des tableaux de conjugaison dans 17 langues.

Dans un entretien avec Annie Kahn, journaliste au quotidien Le Monde, publié le 7 décembre 1997 au sein d'un article, "Les mots pour le dire", Robert Vergara relate: "Nous voulions que nos traducteurs aient tous accès aux mêmes outils de traduction. Nous les avons donc mis à leur disposition sur internet, et tant qu’à faire nous avons ouvert le site au public. Cela nous a rendus très populaires, nous a fait beaucoup de publicité. L’opération a drainé vers nous de nombreux clients, mais aussi nous a permis d’étoffer notre réseau de traducteurs grâce aux contacts établis à la suite de cette initiative."

Annie Kahn explique dans le même article: "Le site de Logos est beaucoup plus qu'un dictionnaire ou qu'un répertoire de liens vers d'autres dictionnaires en ligne. L'un des piliers du système est un logiciel de recherche documentaire fonctionnant sur un corpus de textes littéraires disponibles gratuitement sur internet. Lorsque l'on recherche la définition ou la traduction d'un mot, 'didactique' par exemple, on trouve non seulement le résultat recherché, mais aussi une phrase d'une oeuvre littéraire utilisant ce mot (en l'occurence, un essai de Voltaire). Un simple clic permet d'accéder au texte intégral de l'oeuvre ou de commander le livre grâce à un partenariat avec Amazon.com, le libraire en ligne bien connu. Il en est de même avec les traductions étrangères. Si aucun texte utilisant ce mot n'a été trouvé, le système fonctionne alors comme un moteur de recherche et renvoie aux sites web concernant ce mot. Pour certains termes, il est proposé d'en entendre la prononciation. Si une traduction manque, le système fait un appel au peuple. A chacun d'enrichir la base, les traducteurs de l'entreprise valident ensuite les traductions proposées."

En 2007, la Wordtheque, devenue la Logos Library, comprend 710 millions de termes. Conjugation of Verbs, devenu l’Universal Conjugator, propose des tableaux de conjugaison dans 36 langues. Et Linguistic Resources offre un point d’accès unique à 1.215 glossaires.

= [Citation]

Robert Beard, professeur de langues et créateur du site "A Web of Online Dictionaries" (Un web de dictionnaires en ligne, intégré plus tard au portail yourDictionary.com), écrit en septembre 1998: "On a d'abord craint que le web représente un danger pour le multilinguisme, étant donné que le HTML et d'autres langages de programmation sont basés sur l'anglais et qu'on trouve tout simplement plus de sites web en anglais que dans toute autre langue. Cependant, les sites web que je gère montrent que le multilinguisme est très présent et que le web peut en fait permettre de préserver des langues menacées de disparition. Je propose maintenant des liens vers des dictionnaires dans 150 langues différentes et des grammaires dans 65 langues différentes."

= Dictionnaires imprimés en ligne

Le premier dictionnaire de langue française en accès libre est le "Dictionnaire universel francophone" en ligne, qui répertorie 45.000 mots et 116.000 définitions tout en présentant "sur un pied d’égalité, le français dit 'standard' et les mots et expressions en français tel qu’on le parle sur les cinq continents". Issu de la collaboration entre Hachette et l’AUPELF-UREF (devenu depuis l’AUF: Agence universitaire de la francophonie), il correspond à la partie "noms communs" du dictionnaire imprimé disponible chez Hachette. L’équivalent pour la langue anglaise est le site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement accès au Collegiate Dictionary et au Collegiate Thesaurus.

En mars 2000, les 20 volumes de l’Oxford English Dictionary (OED) sont mis en ligne par l’Oxford University Press (OUP). La consultation du site est payante. Le dictionnaire bénéficie d’une mise à jour trimestrielle d’environ 1.000 entrées nouvelles ou révisées. Deux ans après cette première expérience, en mars 2002, l’Oxford University Press met en ligne l’Oxford Reference Online (ORO), une vaste encyclopédie conçue directement pour le web et consultable elle aussi sur abonnement payant. Avec 60.000 pages et un million d’entrées, elle représente l’équivalent d’une centaine d’ouvrages de référence.

= Répertoires de dictionnaires

"Dictionnaires électroniques" est un excellent répertoire établi par la section française des Services linguistiques centraux (SLC-f) de l'Administration fédérale suisse. Cette liste très complète de dictionnaires monolingues (allemand, anglais, espagnol, français, italien), bilingues et multilingues est complétée par des répertoires d'abréviations et acronymes et des répertoires géographiques, essentiellement des atlas.

Marcel Grangier, responsable de la section française des Services linguistiques centraux, écrit en janvier 1999: "Le multilinguisme sur internet peut être considéré comme une fatalité heureuse et surtout irréversible. C'est dans cette optique qu'il convient de creuser la tombe des rabat-joie dont le seul discours est de se plaindre d'une suprématie de l'anglais. Cette suprématie n'est pas un mal en soi, dans la mesure où elle résulte de réalités essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n'est pas de 'lutter contre l'anglais' et encore moins de s'en tenir à des jérémiades, mais de multiplier les sites en d'autres langues. Notons qu'en qualité de service de traduction, nous préconisons également le multilinguisme des sites eux-mêmes. (…)

Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible: au-delà de tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique, consultation de la presse électronique, activités de services au profit de la profession des traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inépuisable d'informations dans ce que j'appellerais le 'secteur non structuré' de la toile. Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site comportant de l'information organisée ne fournit de réponse à un problème de traduction, les moteurs de recherche permettent dans la plus grande partie des cas de retrouver le chaînon manquant quelque part sur le réseau."

Comment voit-il l'avenir? "La multiplication des langues présentes sur internet est inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges multiculturels. Pour que ces échanges prennent place dans un environnement optimal, il convient encore de développer les outils qui amélioreront la compatibilité. La gestion complète des diacritiques ne constitue qu'un exemple de ce qui peut encore être entrepris."

Quelques années plus tard, le répertoire "Dictionnaires électroniques" rejoint le site de la Conférence des Services de traduction des États européens (CST).

= yourDictionary.com

Robert Beard, professeur de langues à la Bucknell University (États- Unis), crée d'abord en 1995 A Web of Online Dictionaries (Un web de dictionnaires en ligne), qui est un répertoire de dictionnaires en ligne (800 liens en automne 1998) dans de nombreuses langues, auquel s'ajoutent d'autres sections: dictionnaires multilingues, dictionnaires anglophones spécialisés, thésauri et vocabulaires, grammaires en ligne, et enfin outils linguistiques pour non spécialistes.

Robert Beard écrit en septembre 1998: "On a d'abord craint que le web représente un danger pour le multilinguisme, étant donné que l'HTML et d'autres langages de programmation sont basés sur l'anglais et qu'on trouve tout simplement plus de sites web en anglais que dans toute autre langue. Cependant, les sites web que je gère montrent que le multilinguisme est très présent et que le web peut en fait permettre de préserver des langues menacées de disparition. Je propose maintenant des liens vers des dictionnaires dans 150 langues différentes et des grammaires dans 65 langues différentes. De plus, ceux qui développent les logiciels de navigation manifestent une attention nouvelle pour la diversité des langues dans le monde, ce qui favorisera la présence d'un nombre encore plus grand de sites web dans différentes langues. (…)

En tant que professeur de langues, je pense que le web présente une pléthore de nouvelles ressources disponibles dans la langue étudiée, de nouveaux instruments d'apprentissage (exercices interactifs Java et Shockwave) et de test, qui sont à la disposition des étudiants quand ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures par jour et 7 jours par semaine. Aussi bien pour mes collègues que pour moi, et bien sûr pour notre établissement, l'internet nous permet aussi de publier pratiquement sans limitation."

Comment voit-il l'avenir? "L'internet nous offrira tout le matériel pédagogique dont nous pouvons rêver, y compris des notes de lecture, exercices, tests, évaluations et exercices interactifs plus efficaces que par le passé, parce que reposant davantage sur la notion de communication. Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances utiles qui ne soient pas diponibles, si bien que l'obstacle principal à la compréhension internationale et interpersonnelle et au développement personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus débordante que la mienne pour prédire l'effet de ce développement sur l'humanité."

Robert Beard co-fonde ensuite le portail yourDictionary.com, qui intègre son site précédent, avec mise en ligne de la nouvelle mouture en février 2000. Il écrit en janvier 2000: "Nos nouvelles idées sont nombreuses. Nous projetons de travailler avec le 'Endangered Language Fund' [Fonds pour les langues menacées] aux États-Unis et en Grande- Bretagne pour rassembler des fonds pour cette fondation et nous publierons les résultats sur notre site. Nous aurons des groupes de discussion et des bulletins d'information sur les langues. Il y aura des jeux de langue destinés à se distraire et à apprendre les bases de la linguistique. La page 'Linguistic Fun' [qui propose des éléments de linguistique pour les non initiés] deviendra un journal en ligne avec des extraits courts, intéressants et même amusants dans différentes langues, choisis par des experts du monde entier. (…) Si l'anglais domine encore le web, on voit s'accentuer le développement de sites monolingues et non anglophones du fait des solutions variées apportées aux problèmes de caractères."

En septembre 2003, yourDictionary.com, devenu un portail de référence, répertorie plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de nombreux outils linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, méthodes de langues, etc. En avril 2007, le répertoire comprend 2.500 dictionnaires et grammaires dans 300 langues.

Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le portail propose l'Endangered Language Repository, une section spécifique consacrée aux langues menacées. "Les langues menacées sont essentiellement des langues non écrites, écrit Robert Beard en janvier 2000. Un tiers seulement des quelque 6.000 langues existant dans le monde sont à la fois écrites et parlées. Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer à la perte de l’identité des langues et j’ai même le sentiment que, à long terme, il va renforcer cette identité. Par exemple, de plus en plus d’Indiens d’Amérique contactent des linguistes pour leur demander d’écrire la grammaire de leur langue et de les aider à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument à la fois accessible et très précieux d’expression culturelle."

= Grand dictionnaire terminologique

Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est une initiative majeure de l'Office québécois de la langue française (OQLF). C'est en effet la première fois qu'un organisme propose une base terminologique aussi importante en accès libre sur le web, en septembre 2000. Le GDT est précédé par Le Signet, une base terminologique relative aux technologies de l'information, dont les 10.000 fiches bilingues français-anglais sont ensuite intégrées au GDT.

Le GDT est un dictionnaire bilingue français-anglais de 3 millions de termes appartenant au vocabulaire industriel, scientifique et commercial. Sa mise en ligne est le résultat d'un partenariat entre l'OQLF, auteur du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans les solutions logicielles linguistiques. Evénement célébré par de très nombreux linguistes, cette mise en ligne est un succès. Dès le premier mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes, avec des pointes de 60.000 requêtes quotidiennes. La gestion de la base est ensuite assurée par Convera Canada. En février 2003, les requêtes sont au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est désormais assurée par l'OQLF lui-même, et non plus par une société prestataire.

= Bases terminologiques

Des bases terminologiques spécialisées sont mises en ligne par des organisations internationales, entre autres.

ILOTERM est une base terminologique quadrilingue (allemand, anglais, espagnol, français) gérée par l'Unité de terminologie et de référence du Service des documents officiels (OFFDOC) de l'Organisation internationale du Travail (OIT). Comme indiqué sur le site web en 1998, "sa principale finalité est d'apporter des solutions, conformes à l'usage courant, à des problèmes terminologiques dans le domaine du travail et des questions sociales. Les termes figurent en anglais avec leurs équivalents en français, espagnol et/ou allemand. La base de données contient également (dans une à quatre langues) des articles concernant la structure et les programmes de l'OIT, les noms officiels d'institutions internationales, d'organismes nationaux et d'organisations nationales d'employeurs et de travailleurs, ainsi que les titres de réunions et d'instruments internationaux."

La base TERMITE (ITU Telecommunication Terminology Database) est gérée par la Section de traduction de l'Union internationale des télécommunications (UIT). Il s'agit d'une base terminologique quadrilingue (environ 60.000 entrées en anglais, espagnol, français et russe). Comme indiqué sur le site web en 1998, "TERMITE contient tous les termes qui apparaissent dans tous les glossaires de l'UIT imprimés depuis 1980, ainsi que des termes plus récents en rapport avec les différentes activités de l'Union (en tout quelque 59.000 entrées). Normalement les collaborateurs qui s'occupent de l'amélioration et de la mise à jour de cette base de données sont des traducteurs ou des éditeurs techniques. TERMITE est surtout visité par les traducteurs internes mais aussi par des utilisateurs externes, travaillant dans le domaine des télécommunications."

La base WHOTERM (WHO Terminology Information System) est gérée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette base terminologique trilingue (anglais, espagnol, français) a été constituée à partir des documents de l'OMS (vocabulaire, expressions, concepts) afin d'"améliorer la rigueur et la cohérence des textes rédigés, préparés ou traduits. Elle permet également à tous ceux qui collaborent à des programmes techniques de l'OMS d'enrichir les terminologies nouvelles, de promouvoir leur normalisation et de garantir leur diffusion".

Eurodicautom est géré par le service de traduction de la Commission européenne. Cette base terminologique multilingue de termes économiques, scientifiques, techniques et juridiques permet de combiner entre elles les onze langues officielles de l’Union européenne (allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, français, grec, hollandais, italien, portugais, suédois), ainsi que le latin, avec une moyenne de 120.000 consultations par jour.

Fin 2003, Eurodicautom annonce son intégration dans une base terminologique plus vaste regroupant les bases de plusieurs institutions de l’Union européenne. Cette nouvelle base traite non plus douze langues, mais une vingtaine, puisque l’Union européenne s’élargit à l’Est et passe de 15 à 25 membres en mai 2004, pour atteindre 27 membres en janvier 2007. La nouvelle base terminologique voit le jour en mars 2007, sous le nom de IATE (Inter-Active Terminology for Europe), avec 1,4 million d’entrées dans 24 langues.

= Dictionnaires anciens

Les dictionnaires anciens trouvent une nouvelle vie sur le web, par exemple sur le site de l'Institut national de la langue française (INaLF), qui offre des ressources terminologiques sur le discours littéraire des 14e au 20e siècles (contenu, sémantique, thématique), la langue courante (langue écrite, langue parlée, argot), et le discours scientifique et technique.

Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy, explique en juin 1998: "Les premières pages sur l'INaLF ont été mises sur l'internet au milieu de l'année 1996, à la demande de Robert Martin, directeur de l'INaLF. J'ai participé à la mise sous internet de ces pages (…). La direction a senti la nécessité urgente de nous faire connaître par l'internet, que beaucoup d'autres entreprises utilisaient déjà pour promouvoir leurs produits. Nous sommes en effet 'Unité de recherche et de service' et nous avons donc à trouver des clients pour nos produits informatisés, le plus connu d'entre eux étant la base textuelle FRANTEXT [sur l'internet depuis début 1995], ainsi qu'une maquette du tome 14 du TLF [Trésor de la langue française]. Il était donc nécessaire de faire connaître l'ensemble de l'INaLF par ce moyen. Cela correspondait à une demande générale."

La base FRANTEXT comprend, en mode interactif, 180 millions de mots- occurrences provenant d'une collection représentative de 3.500 unités textuelles en arts, sciences et techniques des 16e-20e siècles. Début 1998, 82 centres de recherche et bibliothèques universitaires sont abonnés, en Europe, en Australie, au Japon et au Canada, ce qui représente 1.250 postes de travail ayant accès à la base, avec une cinquantaine de sessions d'interrogations par jour.

L'ARTFL Project (ARTFL: American and French Research on the Treasury of the French Language - Recherche franco-américaine sur les trésors de la langue française) est un projet commun du Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France) et de l'Université de Chicago (Illinois, États-Unis). Ce projet a pour but de constituer une base de données de 2.000 textes des 13e-20e siècles ayant trait à la littérature, la philosophie, les arts ou les sciences.

En 1998, l'ARTFL travaille à la version en ligne exhaustive de la première édition (1751-1772) de l'"Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des métiers et des arts" de Diderot et d'Alembert. 72.000 articles rédigés par plus de 140 collaborateurs - dont Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc. - ont fait de cette encyclopédie un monumental ouvrage de référence pour les arts et les sciences. Destinée à rassembler puis divulguer les connaissances de l'époque, elle porte la marque des courants intellectuels et sociaux du 18e siècle, et c'est grâce à elle qu'ont été propagées les idées du Siècle des Lumières. L'Encyclopédie comprend 17 volumes de texte - qui représentent 18.000 pages et 20.736.912 mots - et 11 volumes de planches.

La base de données correspondant au premier volume est accessible en ligne à titre expérimental. La recherche peut être effectuée par mot, portion de texte, auteur ou catégorie, ou par la combinaison de ces critères entre eux. On dispose de renvois d'un article à l'autre, au moyen de liens permettant d'aller d'une planche au texte ou du texte au fac-similé des pages originales. L'automatisation complète des procédures de saisie entraîne des erreurs typographiques et des erreurs d'identification qui sont corrigées au fil des mois. La recherche d'images par mot, portion de texte ou catégorie est également possible dans un deuxième temps.

L'ARTFL travaille aussi à un projet de base de données pour le "Dictionnaire de l'Académie française", dont les différentes éditions se sont échelonnées entre 1694 et 1935. Ce projet inclut la saisie et l'édition du texte, ainsi que la création d'un moteur de recherche spécifique. La première édition (1694) et la cinquième édition (1798) du dictionnaire sont les premières à être disponibles pour une recherche par mot, puis pour une recherche en texte intégral. Les différentes éditions sont ensuite combinées dans une base de données unique qui permet de juger de l'évolution d'un terme en consultant aussi bien une édition particulière que l'ensemble des éditions.

Les autres projets de l'ARTFL sont la version image de l'édition de 1740 du "Dictionnaire historique et critique" de Philippe Bayle, le "Roget's Thesaurus" de 1911, le "Webster's Revised Unabridged Dictionary" de 1913, le "Thresor de la langue française" de Jean Nicot (1606), un projet multilingue sur La Bible comprenant entre autres "La Bible française" de Louis Segond (1910), etc.

= [Citation]

Robert Beard, professeur de langues et créateur du portail yourDictionary.com, écrit en septembre 1998: "En tant que professeur de langues, je pense que le web présente une pléthore de nouvelles ressources disponibles dans la langue étudiée, de nouveaux instruments d'apprentissage (exercices interactifs Java et Shockwave) et de test, qui sont à la disposition des étudiants quand ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures par jour et 7 jours par semaine. [Plus tard] l'internet nous offrira tout le matériel pédagogique dont nous pouvons rêver, y compris des notes de lecture, exercices, tests, évaluations et exercices interactifs plus efficaces que par le passé parce que reposant davantage sur la notion de communication."

= Une expérience

Maria Victoria Marinetti, de nationalité mexicaine, est titulaire d'un doctorat en ingéniérie. Depuis son installation en France, elle est professeur d'espagnol dans plusieurs entreprises du bassin annécien, en Haute-Savoie, et également traductrice. Elle raconte en août 1999: "J'ai accès à un nombre important d'informations au niveau mondial, ce qui est très intéressant pour moi. J'ai également la possibilité de transmettre ou de recevoir des fichiers, dans un va-et-vient d'information constant. L'internet me permet de recevoir ou d'envoyer des traductions générales ou techniques du français vers l'espagnol et vice versa, ainsi que des textes espagnols corrigés. Dans le domaine technique ou chimique, je propose une aide technique, ainsi que des informations sur l'exportation d'équipes de haute technologie vers le Mexique ou d'autres pays d'Amérique latine."

Elle ajoute en août 2001: "Depuis notre premier entretien, j'utilise beaucoup l'internet pour des échanges avec ma famille au Mexique et avec mes amis un peu partout dans le monde. C'est un outil de communication rapide, agréable et fantastique pour moi. Par contre, pour l'utilisation d'internet comme outil de télétravail, très peu d'entreprises ont le matériel et l'expérience nécessaires pour échanger des données dans le travail quotidien, notamment par la voix et l'image (par exemple pour la formation ou les conférences par l'internet). Pour ma part, je rencontre ce problème car je souhaite proposer une téléformation en langue espagnole, en utilisant la voix et l'image. Mais mes entreprises clientes ne sont pas habituées à utiliser ces moyens de communication malgré leur caractère pratique (pas de déplacements à faire) et malgré la fiabilité accrue de ces nouveaux moyens de communication par l'internet. En conclusion, les sociétés de conseil informatique ont encore beaucoup à faire pour familiariser les entreprises à l'utilisation des nouvelles technologies liées aux transferts de données par l'internet."

= CTI Centre

Depuis ses débuts en 1989, le Computer in Teaching Initiative (CTI) Centre for Modern Languages (Centre pour l'utilisation des ordinateurs dans l'enseignement des langues modernes) est un centre inclus dans l'Institut des langues de l'Université d'Hull (Royaume-Uni) et vise à promouvoir l'utilisation des ordinateurs dans l'apprentissage et l'enseignement des langues. Connu sour le nom de CTI Centre, il procure des informations sur la manière dont l'apprentissage des langues assisté par ordinateur peut être effectivement intégré à des cours existants, et il offre un soutien aux professeurs qui utilisent - ou souhaitent utiliser - l'informatique dans l'enseignement qu'ils dispensent.

June Thompson, responsable du CTI Centre, écrit en décembre 1998: "Avec l'internet, on a la possibilité de favoriser l'utilisation des langues étrangères, et notre organisation ne soutient absolument pas la suprématie de l'anglais en tant que langue de l'internet. L'utilisation de l'internet a apporté une nouvelle dimension à notre tâche qui consiste à soutenir les professeurs de langue dans l'utilisation de la technologie correspondante. Je pense que, dans un avenir proche, l'utilisation de supports linguistiques sur l'internet va continuer à se développer en même temps que d'autres activités liées aux technologies, par exemple l'utilisation de CD-ROM - certains établissements n'ont pas suffisamment de matériel informatique en réseau. A l'avenir, il me semble que l'utilisation de l'internet jouera un rôle plus grand, mais seulement si ces activités sont à caractère pédagogique. Notre organisme travaille étroitement avec le WELL, qui se consacre à ces problèmes."

Le WELL (Web Enhanced Language Learning - Apprentissage des langues favorisé par le web) est un projet britannique mené à bien entre 1997 et 2000 pour donner accès à des ressources web de qualité dans douze langues différentes. Sélectionnées et décrites par des experts, ces ressources sont complétées par des informations et des exemples sur la manière de les utiliser pour l'enseignement ou l'apprentissage d'une langue.

Ce projet est l'oeuvre de l'association EUROCALL (European Association for Computer-Assisted Language Learning - Association européenne pour l'apprentissage des langues assisté par ordinateur), qui regroupe des professionnels de l'enseignement des langues exerçant en Europe et dans le monde entier. Ses objectifs sont de favoriser l'utilisation des langues étrangères en Europe, encourager une vision européenne de l'utilisation des technologies pour l'apprentissage des langues, et enfin promouvoir la création et la diffusion d'un matériel de qualité. Un autre projet d'EUROCALL est CAPITAL (Computer-Assisted Pronunciation Investigation Teaching and Learning - Recherche, enseignement et apprentissage de la prononciation, assistés par ordinateur), qui regroupe des chercheurs et praticiens souhaitant utiliser l'informatique dans ce domaine.

= LINGUIST List

Gérée par l'Eastern Michigan University et la Wayne State University, deux universités des États-Unis, la LINGUIST List classe les messages reçus par la liste de diffusion dans diverses rubriques: profession (conférences, associations linguistiques, programmes, etc.), recherche et soutien à la recherche (articles, résumés de mémoires, projets, bibliographies, dossiers, textes), publications, pédagogie, ressources linguistiques (langues, familles linguistiques, dictionnaires, informations régionales) et soutien informatique (polices de caractères et logiciels). La LINGUIST List propose aussi un centre de documentation virtuel (Virtual Library).

Helen Dry, modératrice de la LINGUIST List, explique en août 1998: "La LINGUIST List, que je modère, a pour politique d'accepter les informations dans toutes les langues, puisque c'est une liste pour linguistes. Nous ne souhaitons cependant pas que le message soit publié dans plusieurs langues, tout simplement à cause de la charge de travail que cela représenterait pour notre personnel de rédaction (nous ne sommes pas une liste fourre-tout, mais une liste modérée: avant d'être publié, chaque message est classé par nos étudiants-rédacteurs dans une section comprenant des messages du même type). Notre expérience nous montre que pratiquement tout le monde choisit de publier en anglais. Mais nous relions ces informations à un système de traduction qui présente nos pages dans cinq langues différentes. Ainsi un abonné ne lit LINGUIST en anglais que s'il le souhaite. Nous essayons aussi d'avoir au moins un étudiant-éditeur qui soit réellement multilingue, afin que les lecteurs puissent correspondre avec nous dans d'autres langues que l'anglais."

= Language Today

Lancé en 1998, Language Today (La langue aujourd'hui) est un magazine destiné aux traducteurs, interprètes, terminologues, lexicographes et rédacteurs techniques. Ce magazine est une réalisation commune de Logos, qui procure le site web, et Praetorius, société de conseil britannique dans le domaine des langues appliquées. Le site du magazine procure aussi des liens vers des associations de traducteurs, des écoles de langues et des dictionnaires.

Geoffrey Kingscott, directeur général de Praetorius, écrit en septembre 1998: "Nous publions la version imprimée de Language Today uniquement en anglais, dénominateur commun de nos lecteurs. Quand nous utilisons un article qui était originellement dans une autre langue que l'anglais, ou que nous relatons un entretien mené dans une autre langue que l'anglais, nous le traduisons en anglais et nous ne publions que la version anglaise, pour la raison suivante: le nombre de pages que nous pouvons imprimer est limité, et déterminé en fonction de notre clientèle (annonceurs et abonnés). Par contre, dans notre version web, nous proposons aussi la version originale."

En ce qui concerne l'avenir, "nous continuerons d'avoir un site web pour notre société, et de publier une version de notre revue sur le web, mais ceci ne sera qu'un secteur de notre travail. Nous utilisons l'internet comme une source d'information que nous distillons ensuite à nos lecteurs, qui autrement seraient confrontés au problème majeur du web: faire face à un flux incontrôlé d'informations."

= [Citation]

Caoimhín Ó Donnaíle est professeur d’informatique à l’Institut Sabhal Mór Ostaig, sur l’île de Skye, en Écosse. Il dispense ses cours en gaélique écossais et maintient un site qui est la principale source d'information mondiale dans cette langue. Il écrit en mai 2001: "En ce qui concerne l’avenir des langues menacées, l’internet accélère les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver les langues, l’internet et la mondialisation qui l’accompagne accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les gens se soucient vraiment de les préserver, l’internet constituera une aide irremplaçable."

= L'Ethnologue

Contrairement aux clichés véhiculés dans les médias, l’internet ne favorise pas forcément l'hégémonie de l'anglais et n'entraîne pas la disparition des langues minoritaires. L'internet peut au contraire contribuer à protéger ces langues, s'il existe une volonté politique et culturelle dans ce sens. Un outil fondamental - avec une version web gratuite - est "The Ethnologue: Languages of the World" (L'Ethnologue: les langues du monde), qui est d'abord un catalogue de langues minoritaires avant de prendre de l'ampleur et de recenser toutes les langues de notre planète.

Publié par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics), un organisme basé à Dallas (Texas), cet ouvrage de référence est disponible aussi sur CD-ROM (payant) et en version imprimée (payante). Il répertorie 6.800 langues selon plusieurs critères (nom de la langue, famille linguistique, pays dans lesquels la langue est parlée, code officiel de trois lettres, etc.), avec moteur de recherche unique.

Barbara Grimes, sa directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e éditions), relate en janvier 2000: "Il s’agit d’un catalogue des langues dans le monde, avec des informations sur les endroits où elles sont parlées, une estimation du nombre de personnes qui les parlent, la famille linguistique à laquelle elles appartiennent, les autres termes utilisés pour ces langues, les noms de dialectes, d’autres informations socio-linguistiques et démographiques, les dates des Bibles publiées, un index des noms de langues, un index des familles linguistiques et des cartes géographiques relatives aux langues."

Les deux principaux outils de recherche sont l'Ethnologue Name Index (Index des noms de l'Ethnologue), qui donne la liste des noms de langues et dialectes et de leurs synonymes, et l'Ethnologue Language Family Index (Index des familles linguistiques de l'Ethnologue), qui organise les langues selon leurs familles linguistiques.

Dans un entretien par courriel plus ancien, en août 1998, Barbara Grimes explique que, si la version web est utile, la version imprimée l'est encore plus, en langue anglaise pour toucher un large public. "Nous avons eu des demandes nous demandant l'accès à l'Ethnologue dans plusieurs autres langues, mais nous n'avons pas le personnel ni les fonds pour la traduction ou la réactualisation, indispensable puisque notre site est constamment mis à jour. L'internet nous est utile, c'est un outil pratique qui apporte un complément à notre travail. Nous l'utilisons principalement pour le courrier électronique. C'est aussi un moyen commode pour mettre notre documentation à la disposition d'une audience plus large que celle de l'Ethnologue imprimé. D'un autre côté, l'Ethnologue sur l'internet n'atteint en fait qu'une audience limitée disposant d'ordinateurs. Or, dans les personnes que nous souhaitons atteindre, nombreuses sont celles qui ne disposent pas d'ordinateurs. Je pense particulièrement aux habitants du dit 'Tiers-monde'."

= European Minority Languages

Autre expérience, celle de Caoimhín Ó Donnaíle, professeur d’informatique à l’Institut Sabhal Mór Ostaig, situé sur l’île de Skye, en Écosse. Caoimhín dispense ses cours en gaélique écossais. Il est aussi le webmestre du site de l’institut, qui est bilingue anglais- gaélique et se trouve être la principale source d’information mondiale sur le gaélique écossais. Sur ce site, il tient à jour la page European Minority Languages (Langues minoritaires en Europe), une liste elle aussi bilingue, avec classement par ordre alphabétique de langues et par famille linguistique.

Interviewé en août 1998, Caoimhín raconte: "L'internet a contribué et contribuera au développement fulgurant de l'anglais comme langue mondiale. L'internet peut aussi grandement aider les langues minoritaires. Ceci ne se fera pas tout seul, mais seulement si les gens choisissent de défendre une langue. Le web est très utile pour dispenser des cours de langues, et la demande est grande."

Près de trois ans plus tard, en mai 2001, il ajoute: "Nos étudiants utilisent un correcteur d’orthographe en gaélique et une base terminologique en ligne en gaélique. (…) Il est maintenant possible d’écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en continu sur l’internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement importante a été la traduction en gaélique du navigateur Opera. C’est la première fois qu’un logiciel de cette taille est disponible en gaélique."

= Windows on Haiti

Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la langue haïtienne, relate en novembre 1999: "J’ai fait de la promotion du kreyòl (créole haïtien) une cause personnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous les Haïtiens, malgré l’attitude dédaigneuse d’une petite élite haïtienne - à l’influence disproportionnée - vis-à-vis de l’adoption de normes pour l’écriture du kreyòl et le soutien de la publication de livres et d’informations officielles dans cette langue. A titre d’exemple, il y avait récemment dans la capitale d’Haïti un Salon du livre de deux semaines, à qui on avait donné le nom de 'Livres en folie'. Sur les 500 ouvrages d’auteurs haïtiens présentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyòl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que mène la France pour célébrer la francophonie dans ses anciennes colonies. A Haïti cela se passe relativement bien, mais au détriment direct de la créolophonie.

En réponse à l’attitude de cette minorité haïtienne, j’ai créé sur mon site Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyòl. Le premier forum regroupe des discussions générales sur toutes sortes de sujets, mais en fait ces discussions concernent principalement les problèmes socio-politiques qui agitent Haïti. Le deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur les normes d’écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés, et un certain nombre d’experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel de ces forums est qu’ils ne sont pas académiques. Je n’ai trouvé nulle part ailleurs sur l’internet un échange aussi spontané et aussi libre entre des experts et le grand public pour débattre dans une langue donnée des attributs et des normes de la même langue."

En juin 2001, Guy Antoine rejoint l’équipe dirigeante de Mason Integrated Technologies, une société dont l’objectif est de créer des outils permettant l’accessibilité des documents publiés dans des langues dites minoritaires. "Etant donné l’expérience de l’équipe en la matière, nous travaillons d’abord sur le créole haïtien (kreyòl), qui est la seule langue nationale d’Haïti, et l’une des deux langues officielles (l’autre étant le français). Cette langue ne peut guère être considérée comme une langue minoritaire dans les Caraïbes puisqu’elle est parlée par huit à dix millions de personnes."

= [Citation]

Robert Beard, professeur de langues et co-fondateur du portail yourDictionary.com, écrit en septembre 1998: "Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances utiles qui ne soient pas disponibles, si bien que l'obstacle principal à la compréhension internationale et interpersonnelle et au développement personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus débordante que la mienne pour prédire l'effet de ce développement sur l'humanité."

= Précurseurs

Les premières grandes encyclopédies en ligne apparaissent en décembre 1999 avec WebEncyclo et l’Encyclopaedia Universalis en langue française et Britannica.com en langue anglaise.

WebEncyclo, publié par les éditions Atlas, est la première grande encyclopédie francophone en accès libre. La recherche est possible par mots-clés, thèmes, médias (à savoir les cartes, liens internet, photos ou illustrations) et idées. Un appel à contribution incite les spécialistes d’un sujet donné à envoyer des articles, qui sont regroupés dans la section WebEncyclo contributif. Après avoir été libre, l’accès est ensuite soumis à une inscription préalable gratuite.

La version web de l’Encyclopaedia Universalis est mise en ligne à la même date, soit un ensemble de 28.000 articles signés par 4.000 auteurs. Si la consultation est payante sur la base d’un abonnement annuel, de nombreux articles sont en accès libre.

Le site Britannica.com est la première grande encyclopédie anglophone en accès libre. Le site propose l’équivalent numérique des 32 volumes de la 15e édition de l’Encyclopaedia Britannica, parallèlement à la version imprimée et à la version CD-ROM, toutes deux payantes. Le site web offre une sélection d’articles issus de 70 magazines, un guide des meilleurs sites, un choix de livres, etc., le tout étant accessible à partir d’un moteur de recherche unique. En septembre 2000, le site fait partie des cent sites les plus visités au monde. En juillet 2001, la consultation devient payante sur la base d’un abonnement annuel ou mensuel. Fin 2008, Britannica.com annnonce l'ouverture prochaine de son site à des contributeurs extérieurs, avec inscription obligatoire pour écrire et modifier des articles.

= Wikipédia

Issu du terme hawaïen "wiki" (qui signifie: vite, rapide), un wiki est un site web permettant à plusieurs utilisateurs de collaborer en ligne sur un même projet. A tout moment, ces utilisateurs peuvent contribuer à la rédaction du contenu, modifier ce contenu et l'enrichir en permanence. Le wiki est utilisé par exemple pour créer et gérer des dictionnaires, des encyclopédies ou encore des sites d'information sur un sujet donné. Le programme présent derrière l'interface d'un wiki est plus ou moins élaboré. Un programme simple gère du texte et des hyperliens. Un programme élaboré permet d'inclure des images, des graphiques, des tableaux, etc. L’encyclopédie wiki la plus connue est Wikipédia.

Créée en janvier 2001 à l’initiative de Jimmy Wales et de Larry Sanger, Wikipédia est une encyclopédie gratuite écrite collectivement et dont le contenu est librement réutilisable. Elle est immédiatement très populaire. Sans publicité et financée par des dons, cette encyclopédie coopérative est rédigée par des milliers de volontaires - appelés Wikipédiens, et qui s'inscrivent sous un pseudonyme - avec possibilité de corriger et compléter les articles, aussi bien les leurs que ceux d'autres contributeurs. Les articles restent la propriété de leurs auteurs, et leur libre utilisation est régie par la licence GFDL (GNU free documentation license).

En décembre 2004, Wikipédia compte 1,3 million d'articles rédigés dans 100 langues par 13.000 contributeurs. En décembre 2006, elle compte 6 millions d'articles dans 250 langues, et elle est un de dix sites les plus visités du web. En mai 2007, la version francophone fête ses 500.000 articles. A la même date, Wikipédia compte 7 millions d'articles dans 192 langues, dont 1,8 million en anglais, 589.000 en allemand, 260.000 en portugais et 236.000 en espagnol. En 2009, Wikipédia fait partie des cinq sites les plus visités du web.

Fondée en juin 2003, la Wikimedia Foundation gère non seulement Wikipédia mais aussi Wiktionary, un dictionnaire et thésaurus multilingue lancé en décembre 2002, puis Wikibooks (livres et manuels en cours de rédaction) lancé en juin 2003, auxquels s'ajoutent ensuite Wikiquote (répertoire de citations), Wikisource (textes appartenant au domaine public), Wikimedia Commons (sources multimédia), Wikispecies (répertoire d'espèces animales et végétales), Wikinews (site d'actualités) et enfin Wikiversity (matériel d'enseignement), lancé en août 2006.

= [Citation]

Peter Raggett, sous-directeur (puis directeur) du Centre de documentation et d'information (CDI) de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), écrit en août 1999: "Je pense qu'il appartient aux organisations et sociétés européennes d'offrir des sites web si possible en trois ou quatre langues. À l'heure de la mondialisation et du commerce électronique, les sociétés ont un marché potentiel sur plusieurs pays à la fois. Permettre aux usagers francophones, germanophones ou japonais de consulter un site web aussi facilement que les usagers anglophones donnera une plus grande compétitivité à une firme donnée."

= [Texte]

"Vers la communication sur internet dans toutes les langues…" Tel est le sous-titre de la page d'accueil de Babel, un projet conjoint d'Alis Technologies et de l'Internet Society, lancé dans l'optique d'une internationalisation de l'internet. En 1997, le site multilingue de Babel (allemand, anglais, espagnol, français, italien, portugais et suédois) propose deux grands secteurs: (a) un secteur langues, avec trois sections: langues du monde, glossaire typographique et linguistique, francophonie, (b) un secteur internet et multilinguisme, avec deux sections: développer votre site web multilingue, et codage des écritures du monde. Babel propose aussi la page "Palmarès des langues de la toile", qui est la première à donner la répartition réelle des langues sur le réseau.

Bill Dunlap est le fondateur de Euro-Marketing Associates, une société de conseil en marketing qu'il lance en 1985 à Paris et San Francisco. En 1995, il restructure cette société en service de conseil en ligne dénommé Global Reach, qui regroupe des consultants internationaux de premier plan, le but étant de promouvoir les sites web des entreprises dans d'autres pays, afin d'attirer plus de visiteurs, et donc d'augmenter les ventes. Cette méthode comprend la traduction du site web dans plusieurs langues, la promotion active du site, et enfin l'accroissement de la fréquentation locale au moyen de bandeaux publicitaires ciblés.

Bill Dunlap explique en décembre 1998: "Il y a très peu de gens aux États-Unis qui sont intéressés de communiquer dans plusieurs langues. Pour la plupart, ils pensent encore que le monde entier parle anglais. Par contre, ici en Europe (j'écris de France), les pays sont petits, si bien que, depuis des siècles, une perspective internationale est nécessaire. Depuis 1981, début de mon activité professionnelle, j'ai été impliqué dans la venue de sociétés américaines en Europe. Ceci est pour beaucoup un problème de langue, puisque leurs informations commerciales doivent être disponibles dans les langues européennes pour être prises en compte ici, en Europe. Comme le web est devenu populaire en 1995, j'ai donné à ces activités une dimension 'en ligne', et j'en suis venu à promouvoir le cybercommerce européen auprès de mes compatriotes américains. Récemment, lors de la conférence Internet World à New York, j'ai parlé du cybercommerce européen et de la manière d'utiliser un site web pour toucher les différents marchés d'Europe. (…)

Promouvoir un site est aussi important que de le créer, sinon plus. On doit être préparé à utiliser au moins autant de temps et d'argent à promouvoir son site qu'on en a passé à l'origine à le créer. Le programme Global Reach permet de promouvoir un site dans des pays non anglophones, afin d'atteindre une clientèle plus large… et davantage de ventes. Une société a de nombreuses bonnes raisons de considérer sérieusement le marché international. Global Reach est pour elle le moyen d'étendre son site web à de nombreux pays, de le présenter à des visiteurs en ligne dans leur propre langue, et de pénétrer le réseau de commerce en ligne présent dans ces pays."

Il ajoute en juillet 1999: "Une fois que la page d'accueil d'un site est disponible en plusieurs langues, l'étape suivante est le développement du contenu dans chaque langue. Un webmestre notera quelles langues attirent plus de visiteurs (et donc plus de ventes) que d'autres. Ce seront donc dans ces langues que débutera une campagne de promotion multilingue sur le web. Parallèlement, il est toujours bon de continuer à augmenter le nombre de langues dans lesquelles un site web est disponible. Au début, seule la page d'accueil traduite en plusieurs langues suffit, mais ensuite il est souhaitable de développer un véritable secteur pour chaque langue."

Le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel international fondé en 1994 pour développer les protocoles communs du web. Le site du W3C propose notamment une section Internationalization/Localization, qui donne une définition des protocoles utilisés: HTML (hypertext markup language), jeux (de base) de caractères, nouveaux attributs, HTTP (hypertext transfer protocol), négociation de la langue, URL (uniform resource locator) et autres identificateurs incluant des caractères non ASCII (American standard code for information interchange). Le site propose aussi des conseils pour créer un site multilingue.

L'association LISA (Localisation Industry Standards Association - Association de normalisation de l'industrie de la localisation) regroupe 130 membres (fin 1998) qui comprennent des éditeurs de logiciels, des fabricants de matériel, des vendeurs de services de localisation, et un nombre croissant de sociétés appartenant aux secteurs voisins des technologies de l'information. La mission de LISA est de promouvoir l'industrie de la localisation et de l'internationalisation, et de procurer des services permettant aux sociétés d'échanger et de partager les informations dans ce domaine: développement du processus, outils, technologies et modèles. Le site de LISA est hébergé par l'Université de Genève (Suisse).

= [Citation]

L'internet étant une source d'information à vocation mondiale, il semble indispensable d'augmenter fortement les activités de traduction. Auteur des Chroniques de Cybérie, une chronique hebdomadaire en ligne des actualités du réseau, Jean-Pierre Cloutier déplore en août 1999 "qu’il se fasse très peu de traductions des textes et essais importants qui sont publiés sur le web, tant de l’anglais vers d’autres langues que l’inverse. (…) La nouveauté d’internet dans les régions où il se déploie présentement y suscite des réflexions qu’il nous serait utile de lire. À quand la traduction des penseurs hispanophones et autres de la communication?"

= [Texte]

Créé à Amsterdam (Pays-Bas) par la firme Vorontsoff, Wesseling & Partners, Aquarius est le premier répertoire non commercial de traducteurs et interprètes. Il comprend 6.100 traducteurs, 800 sociétés de traduction, 91 domaines d'expertise et 369 combinaisons de langues en novembre 1998. Le site permet de localiser particuliers et sociétés et de les contacter directement, sans intermédiaire. La recherche est possible par lieu, par combinaison de langues et par spécialité.

De plus, depuis décembre 1997, des logiciels de traduction automatique sont en accès libre sur le web - par exemple ceux de SYSTRAN, Softissimo ou Google - et permettent de traduire en quelques secondes une page web ou un texte court, avec plusieurs combinaisons de langues possibles. Il va sans dire que la traduction automatique n’offre pas la qualité de travail des professionnels de la traduction, et qu’il est préférable de faire appel à ces derniers lorsqu'on a le temps et l’argent nécessaires. Ces logiciels sont toutefois très pratiques pour obtenir une traduction approximative en quelques secondes.

De plus en plus utilisée, la traduction assistée par ordinateur permet de coupler traduction automatique et travail du traducteur professionnel. Elle est une branche de l'ingénierie du langage, tout comme le traitement de la langue naturelle et la traduction automatique (traités dans le chapitre suivant).

Le site HLTCentral (HLT: Human Languages Technologies - Technologies des langues humaines), lancé en janvier 1999 par la Commission européenne, propose une courte définition de l'ingénierie du langage: "L'ingénierie du langage permet de vivre en toute convivialité avec la technologie. Nous pouvons utiliser notre connaissance du langage pour développer des systèmes capables de reconnaître à la fois la parole et l'écrit, de comprendre un texte suffisamment en profondeur pour être capable de sélectionner des informations, de le traduire dans différentes langues et de générer aussi bien un discours oral qu'un texte imprimé. L'application de ces technologies nous permet de repousser les limites actuelles de notre utilisation du langage. Les systèmes à commande vocale sont appelés à jouer un rôle prépondérant et à faire partie intégrante de notre vie quotidienne."

Contrairement à la traduction automatique (TA) qui analyse le texte dans la langue-source et génère automatiquement le texte correspondant dans la langue-cible, sans intervention humaine pendant ce processus, la traduction assistée par ordinateur (TAO) est basée sur l'interaction entre l'homme et la machine pendant le processus de traduction.

La TAO est par exemple adoptée dès le milieu des années 1990 par le Bureau des services linguistiques de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève (Suisse). Ce bureau travaille dans les six langues officielles de l'organisation: anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe. Des expériences de traduction automatique sont également tentées, à plusieurs reprises, mais les traductions obtenues demandent un travail de révision trop important, si bien que, au stade actuel de son développement et compte-tenu du type de documents à traduire, cette technologie n'est pas jugée suffisamment rentable.

Au sein de l'OMS, l'Unité de traduction assistée par ordinateur et de terminologie (CTT) explore les possibilités techniques offertes par les systèmes les plus récents de TAO, qui reposent sur la notion de "mémoire de traduction". Comme expliqué sur le site web, "ces systèmes permettent au traducteur d'avoir immédiatement accès au patrimoine du 'déjà traduit' dans lequel il peut puiser, quitte à rejeter ou modifier les solutions retenues par ses prédécesseurs, son choix définitif venant ensuite enrichir la mémoire. Ainsi, en archivant la production quotidienne, le traducteur aurait vite à sa disposition une 'mémoire' colossale de solutions toutes faites à un nombre important de problèmes de traduction."

En complément, le CTT utilise aussi plusieurs applications pour l'archivage électronique et la recherche en texte intégral, l'alignement de textes bilingues et multilingues, la gestion de mémoires de traduction et de bases de données terminologiques, et la reconnaissance vocale.

Basé à Washington, D.C. au sein de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le Bureau régional de l'OMS pour les Amériques utilise un système de traduction automatique développé par les linguistes computationnels, traducteurs et programmeurs de l'OPS. Le service de traduction utilise SPANAM (de l'espagnol vers l'anglais) depuis 1980 et ENGSPAN (de l'anglais vers l'espagnol) depuis 1985, ce qui lui a permis de traiter plus de 25 millions de mots entre 1980 et 1998 dans les deux langues officielles de l'OPS. Le personnel et les traducteurs extérieurs post-éditent ensuite l'information brute avec un gain de productivité de 30 à 50%. Le système est installé sur le réseau local du siège de l'organisation et dans plusieurs bureaux régionaux pour pouvoir être utilisé par le personnel des services techniques et administratifs. Il est également diffusé auprès d'organismes publics et d'organismes à but non lucratif aux États-Unis, en Amérique latine et en Espagne. Le système est plus tard renommé PAHOMTS, avec l'introduction de nouvelles paires de langues pour le portugais.

Autre expérience, celle de Wordfast. En juin 2001, les sociétés Logos et Y.A. Champollion s’associent pour créer Champollion Wordfast, une société de services d’ingénierie en traduction et localisation et en gestion de contenu multilingue. Wordfast est un logiciel de traduction avec terminologie disponible en temps réel et contrôle typographique. Il est compatible avec d'autres logiciels très utilisés comme le WebSphere Translation Server d’IBM et les logiciels de TMX ou de Trados. Une version simplifiée de Wordfast est téléchargeable gratuitement, avec un manuel d’utilisation disponible en seize langues. Wordfast devient au fil des ans le pemier logiciel mondial utilisable sous toute plateforme, et le deuxième logiciel mondial en nombre de ventes (après SDL Trados), avec 20.000 clients dans le monde, dont les Nations Unies, Nomura Securities, la NASA (National Aeronautics and Space Administration) et McGraw-Hill.

= [Citation]

Tim McKenna, écrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vérité" dans un monde en mutation constante. Il écrit en octobre 2000: "Quand la qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent converser sur le web par écrit ou par oral en temps réel dans différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs."

= Définition

Un logiciel de traduction automatique (TA) analyse le texte dans la langue à traduire (langue source) et génère automatiquement le texte dans la langue désirée (langue cible), en utilisant des règles précises pour le transfert de la structure grammaticale. L'être humain n'intervient pas au cours du processus, contrairement à la traduction assistée par ordinateur, qui implique une interaction entre l'homme et la machine.

Si la traduction automatique reste très approximative, les logiciels de traduction sont très pratiques pour fournir un résultat immédiat et à moindres frais, sinon gratuit. Ils n'ont cessé de s'améliorer au fil des ans, sans toutefois avoir la prétention d'égaler le travail du cerveau humain. De plus, depuis décembre 1997, des logiciels en accès libre sur le web permettent de traduire en quelques secondes une page web ou un texte court, avec plusieurs combinaisons de langues possibles.

SYSTRAN, société franco-américaine pionnière dans le traitement automatique des langues, explique sur son site web: "Un logiciel de traduction automatique traduit une langue naturelle dans une autre langue naturelle. La traduction automatique prend en compte la structure grammaticale de chaque langue et elle utilise des règles pour transférer la structure grammaticale de la langue-source (texte à traduire) vers la langue-cible (texte traduit). La traduction automatique ne remplace pas et n'est pas destinée à remplacer le traducteur humain."

L'EAMT (European Association for Machine Translation - Association européenne pour la traduction automatique) donne la définition suivante: "La traduction automatique (TA) est l'utilisation de l'ordinateur pour la traduction de textes d'une langue naturelle à une autre. Elle fut un des premiers domaines de recherche en informatique. Il s'est avéré que cet objectif était difficile à atteindre. Cependant il existe aujourd'hui un certain nombre de systèmes produisant un résultat qui, s'il n'est pas parfait, est de qualité suffisante pour être utile dans certaines applications spécifiques, en général dans le domaine de la documentation technique. De plus, les logiciels de traduction, qui sont essentiellement destinés à aider le traducteur humain à produire des traductions, jouissent d'une popularité croissante auprès d'organisations de traduction professionnelles."

L'intéressant historique donné sur le site de Globalink, une société spécialisée dans les logiciels et services de traduction (disparue depuis), est résumé dans les deux paragraphes suivants.

Dès leurs débuts, la traduction automatique et le traitement de la langue naturelle progressent de pair avec l'évolution de l'informatique quantitative. Le développement des premiers ordinateurs programmables pendant la Seconde guerre mondiale est accéléré par les premiers efforts cryptographiques pour tenter de fissurer les codes secrets allemands et autres codes de guerre. Suite à la guerre, la traduction et l'analyse du texte en langue naturelle procurent une base de travail au secteur émergent de la théorie de l'information. Pendant les années 1950, la recherche sur la traduction automatique prend forme au sens de traduction littérale (mot à mot) sans utiliser de règles linguistiques. Le projet russe débuté à l'Université de Georgetown au début des années 1950 représente la première tentative systématique pour créer un système de traduction automatique utilisable. Jusqu'au milieu des années 1960, un certain nombre de recherches universitaires et recherches financées par les gouvernements sont menées aux États-Unis et en Europe. Au même moment, les progrès rapides dans le domaine de la linguistique théorique culminent en 1965 avec la publication du livre "Aspects de la théorie syntaxique" de Noam Chomsky, et transforment radicalement la structure permettant de comprendre la phonologie, la morphologie, la syntaxe et la sémantique du langage humain.

En 1966, le rapport ALPAC (Automatic Language Processing Advisory Committee - Comité consultatif sur le traitement automatique du langage) du gouvernement des États-Unis fait une estimation prématurément négative de la valeur des systèmes de traduction automatique et des perspectives sur leurs applications pratiques, mettant ainsi fin au financement et à l'expérimentation dans ce domaine pour la décennie suivante. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que des expériences sérieuses soient à nouveau entreprises, parallèlement aux progrès de l’informatique et des technologies des langues. Cette période voit le développement de systèmes de transfert d’une langue à l’autre et le lancement des premières tentatives commerciales. Des sociétés comme SYSTRAN et METAL sont persuadées de la viabilité et de l’utilité d’un tel marché. Elles mettent sur pied des produits et services de traduction automatique reliés à un serveur central. Mais les problèmes restent nombreux, par exemple des coûts élevés de développement, un énorme travail lexicographique, la difficulté de proposer de nouvelles combinaisons de langues, l’inaccessibilité de tels systèmes pour l’utilisateur moyen, et enfin la difficulté de passer à de nouveaux stades de développement.

= Commentaires

# Article de ZDNN

Dans "Web embraces language translation" (Le web adopte la traduction des langues), un article de ZDNN (ZDNetwork News) paru le 21 juillet 1998, Martha Stone explique: "Parmi les nouveaux produits d'un secteur de traduction représentant 10 milliards de dollars US, on trouve les traducteurs instantanés de sites web, groupes de discussion, courriels et intranets d'entreprise. Les principales sociétés de traduction se mobilisent pour saisir les opportunités du marché. Voici quelques exemples. SYSTRAN s'est associé avec AltaVista pour produire babelfish.altavista.digital.com, avec 500 à 600 mille visiteurs quotidiens et environ un million de traductions par jour, traductions qui vont des recettes de cuisine à des pages web complètes. 15.000 sites environ ont un lien vers babelfish, qui peut traduire [de l'anglais] vers le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol et le portugais, et vice versa. Le japonais est prévu pour bientôt.

'Cette popularité est simple. Avec l'internet, on peut maintenant utiliser l'information provenant des États-Unis. Tout ceci contribue à une demande en hausse', déclare de chez lui à Paris Dimitros Sabatakakis, directeur général de SYSTRAN. Alis a mis au point le système de traduction du Los Angeles Times qui doit bientôt être lancé sur le site et qui proposera des traductions [de l'anglais] vers l'espagnol et le français, et plus tard le japonais. D'un clic de souris, une page web complète peut être traduite dans la langue désirée. Globalink propose des logiciels, des systèmes de traduction de pages web, un service de messagerie électronique gratuit et des logiciels permettant de traduire le texte de groupes de discussion.

Cependant, alors que ces systèmes de traduction automatique deviennent populaires dans le monde entier, les directeurs des sociétés qui les développent admettent qu'ils ne peuvent répondre à toutes les situations. Les porte-parole de Globalink, Alis et SYSTRAN utilisent des expressions comme 'pas parfait' et 'approximatif' quand ils décrivent la qualité des traductions, et précisent bien que les phrases soumises à la traduction doivent être simples, grammaticalement correctes et sans tournures idiomatiques. 'Les progrès réalisés en traduction automatique répondent à la loi de Moore: la qualité double tous les dix-huit mois', déclare Vin Crosbie, un analyste de l'industrie du web basé à Greenwich, dans le Connecticut (États-Unis). 'Ce n'est pas parfait, mais certains de mes correspondants ne se rendent même pas compte que j'utilise un logiciel de traduction.' Ces traductions font souffrir la syntaxe et n'utilisent pas toujours les mots à bon escient, parce que les bases de données-dictionnaires ne peuvent déchiffrer la différence entre les homonymes. (…) Sabatakis, directeur de SYSTRAN, explique que la traduction humaine coûterait entre 50 et 60 dollars par page web, ou environ 20 cents par mot. Alors que cette dernière solution peut convenir pour les pages 'statiques' d'information sur l'entreprise, la traduction automatique, elle, est gratuite sur le web, et le logiciel coûte souvent moins de 100 dollars, selon le nombre de langues disponibles pour la traduction et les caractéristiques propres au logiciel."

# Équipe du laboratoire RALI

Contrairement aux prévisions optimistes des années 1950 annonçant l'apparition imminente de la machine à traduire universelle, les systèmes de traduction automatique ne produisent pas encore de traductions de bonne qualité. Pourquoi? Pierre Isabelle et Patrick Andries, du laboratoire RALI (Laboratoire de recherche appliquée en linguistique informatique) à Montréal (Québec), expliquent ce échec dans "La traduction automatique, 50 ans après", un article publié dans les dossiers du magazine en ligne Multimédium: "L'objectif ultime de construire une machine capable de rivaliser avec le traducteur humain n'a cessé de fuir par devant les lentes avancées de la recherche. Les approches traditionnelles à base de règles ont conduit à des systèmes qui tendent à s'effondrer sous leur propre poids bien avant de s'élever au-dessus des nuages de l'ambiguïté sémantique. Les approches récentes à base de gros ensembles de textes, appelés corpus - qu'elles soient fondées sur les méthodes statistiques ou les méthodes analogiques - promettent bien de réduire la quantité de travail manuel requise pour construire un système de TA [traduction automatique], mais il est moins sûr qu'elles promettent des améliorations substantielles de la qualité des traductions machine."

Reprenant les idées de Yehochua Bar-Hillel exprimées dans "The State of Machine Translation" (L'état de la traduction automatique), article publié en 1951, Pierre Isabelle et Patrick Andries définissent trois stratégies d'application de la traduction automatique: (a) une aide pour "balayer" la production écrite et fournir des traductions approximatives; (b) des situations de "sous-langues naturelles simples", comme l'implantation réussie en 1977 du système METEO qui traduit les prévisions météorologiques du ministère de l'Environnement canadien; (c) pour de bonnes traductions de textes complexes, le couplage de l'humain et de la machine avant, pendant et après le processus de traduction automatique, couplage qui n'est pas forcément économique comparé à la traduction traditionnelle.

Les auteurs penchent plus pour "un poste de travail pour le traducteur humain" que pour un "traducteur robot". Ils expliquent: "Les recherches récentes sur les méthodes probabilistes ont permis de démontrer qu'il était possible de modéliser d'une manière extrêmement efficace certains aspects simples du rapport traductionnel entre deux textes. Par exemple, on a mis au point des méthodes qui permettent de calculer le bon 'appariement' entre les phrases d'un texte et de sa traduction, c'est-à-dire d'identifier à quelle(s) phrase(s) du texte d'origine correspond chaque phrase de la traduction. Appliquées à grande échelle, ces techniques permettent de constituer, à partir des archives d'un service de traduction, un mémoire de traduction qui permettra souvent de recycler des fragments de traductions antérieures. Des systèmes de ce genre ont déjà commencé à apparaître sur le marché (Translation Manager II de IBM, Translator's Workbench de Trados, TransSearch du RALI, etc.). Les recherches les plus récentes se concentrent sur des modèles capables d'établir automatiquement les correspondances à un niveau plus fin que celui de la phrase: syntagmes et mots. Les résultats obtenus laissent entrevoir toute une famille de nouveaux outils pour le traducteur humain, dont les aides au dépouillement terminologique, les aides à la dictée et à la frappe des traductions ainsi que les détecteurs de fautes de traduction."

# Le futur vu par Randy Hobler

En septembre 1998, Randy Hobler est consultant en marketing internet auprès de Globalink, une société de produits et services de traduction. Il explique lors d'un entretien par courriel: "Nous arriverons rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et de la parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plateformes ou même des puces. A ce stade, lorsque le développement de l'internet aura atteint sa vitesse de croisière, lorsque la fidélité de la traduction atteindra plus de 98% et lorsque les différentes combinaisons de langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la transparence de la langue - à savoir toute communication d'une langue à une autre - sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent cette technologie. Le développement suivant sera la 'transparence transculturelle et transnationale' dans laquelle les autres aspects de la communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens, les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des normes sociales d'un pays à l'autre. La lettre O réalisée avec le pouce et l'index signifie "OK" aux États-Unis alors qu'en Argentine c'est un geste obscène.


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