Novasque lites excitaverunt quas pacorus &c
L'epistole qui entre les mains vintDe ce mary nouveau bruit commençaEn la cité pacorus ne se tintMais par fuite le danger evitaDe ce fait cy la rumeur transvolaA eurial qui son prouffit en fistCar de aller voir lucresse proposaPour les moyens trouver son engin mist
L'epistole qui entre les mains vint
De ce mary nouveau bruit commença
En la cité pacorus ne se tint
Mais par fuite le danger evita
De ce fait cy la rumeur transvola
A eurial qui son prouffit en fist
Car de aller voir lucresse proposa
Pour les moyens trouver son engin mist
Nam vir dum gressus & actus pacori speculatur &c
Tandis que menelaus charchoitDeça et la pacorus pour le prendreA eurial espace et temps donnoitDe parvenir a ce ou vouloit tendreEt si est vray chascun le peut entendreQue on ne garde pas bien facilementUne chose qui tant de gens sourprendreVeulent par leur engin subtillement
Tandis que menelaus charchoit
Deça et la pacorus pour le prendre
A eurial espace et temps donnoit
De parvenir a ce ou vouloit tendre
Et si est vray chascun le peut entendre
Que on ne garde pas bien facilement
Une chose qui tant de gens sourprendre
Veulent par leur engin subtillement
Expectabant amantes post primum concubitum secundas nuptias
Les deux amans attendoient chascun jourComment pourroient pour la seconde foisFaire le jeu d'amours et du retourTresgrant desir avoient comme je croyUne ruelle lieu petit et estroisEntre lucresse et son voisin estoitPar la quelle sans faire grans effroisChés lucresse lancer on ce povoit
Les deux amans attendoient chascun jour
Comment pourroient pour la seconde fois
Faire le jeu d'amours et du retour
Tresgrant desir avoient comme je croy
Une ruelle lieu petit et estrois
Entre lucresse et son voisin estoit
Par la quelle sans faire grans effrois
Chés lucresse lancer on ce povoit
Per quem podibus in utramque pacietam porrectis in fenestram &c
Car on povoit tout acoup afourcherD'une paroy sur l'autre aisementEt puis de la par la fenestre entrerEn la chambre de lucresse coyementMais ce povoit on par nuyt seulementMenelaus aux champs devoit allerMoult ennuya aux deux son partementCar il devoit la nuyt aux champs coucher
Car on povoit tout acoup afourcher
D'une paroy sur l'autre aisement
Et puis de la par la fenestre entrer
En la chambre de lucresse coyement
Mais ce povoit on par nuyt seulement
Menelaus aux champs devoit aller
Moult ennuya aux deux son partement
Car il devoit la nuyt aux champs coucher
Fit recessus mutatis eurialus vestibus in viculum se recepit
Menelaus partit et s'en alaEn sa maison qu'il avoit au villageEurialus gueres ne sejournaTout son habit mua et de courageEn la rue cherchant son avantageSecretement embuscher s'en alaUne estable avoit pour son usageMenelaus ou sozie le bouta
Menelaus partit et s'en ala
En sa maison qu'il avoit au village
Eurialus gueres ne sejourna
Tout son habit mua et de courage
En la rue cherchant son avantage
Secretement embuscher s'en ala
Une estable avoit pour son usage
Menelaus ou sozie le bouta
Ibi nocte manens sub feno latebat
Dedens le fein se mist eurialusOu partie de la nuyt sejournaDromo lors page de menelausPalefrenier second y arrivaQui des chevaulx la cure & charge aEt pour emplir les rateliers s'employePres du costé d'eurialus tiraDu fein a poy que tout il ne desploie
Dedens le fein se mist eurialus
Ou partie de la nuyt sejourna
Dromo lors page de menelaus
Palefrenier second y arriva
Qui des chevaulx la cure & charge a
Et pour emplir les rateliers s'employe
Pres du costé d'eurialus tira
Du fein a poy que tout il ne desploie
Eratque amplius suscepturus ac eurialum furca percussurus &c
Dromo estoit tout fin prest de tirerEt abatre du fein plus largementEt avecques sa fourche rencontrerEurialus: mais sozie promptementLe grand peril avisa sagementPuis a dromo dist: mon frere et amyQue je acheve cest euvre hardementJe passeré a ce temps et ennuy
Dromo estoit tout fin prest de tirer
Et abatre du fein plus largement
Et avecques sa fourche rencontrer
Eurialus: mais sozie promptement
Le grand peril avisa sagement
Puis a dromo dist: mon frere et amy
Que je acheve cest euvre hardement
Je passeré a ce temps et ennuy
Tu interea loci vide an cena nobis sit instructa
Tandis que je aux chevaulx bailleréCe qu'il leur fault vat'en en la cuisineEt regarde se on a bien labouréPour le souper car je te determineQue nous devons tant que la chiche mineNostre maistre est hors de la maisonBoire et gaudir a ce mon cueur s'enclineNous lui devons bien faire sa raison
Tandis que je aux chevaulx bailleré
Ce qu'il leur fault vat'en en la cuisine
Et regarde se on a bien labouré
Pour le souper car je te determine
Que nous devons tant que la chiche mine
Nostre maistre est hors de la maison
Boire et gaudir a ce mon cueur s'encline
Nous lui devons bien faire sa raison
Melius est nobis cum domina quam cum illo
Trop mieulx nous est avec nostre maistresseQue avecques lui grande est la differenceCar il n'est rien plus joyeux que lucressePlus liberal ne de plus grand clemenceQuant est de lui tousjours rechine ou tanceIl crie/ il brait/ il brule de avariceOn n'a jamés avec lui pacienceDifficile est rien n'est plus mal propice
Trop mieulx nous est avec nostre maistresse
Que avecques lui grande est la difference
Car il n'est rien plus joyeux que lucresse
Plus liberal ne de plus grand clemence
Quant est de lui tousjours rechine ou tance
Il crie/ il brait/ il brule de avarice
On n'a jamés avec lui pacience
Difficile est rien n'est plus mal propice
Nunquam nobis bene est dum ille adest
Jamés n'avons bonne chere ou il estIl chastie nos ventres par junerTout mort de fain & affamé il estPour nous autres maigrir & crucierCroutes moisies & miettes serrerPour les mettre l'endemain sur la tableFait: il n'est homs qui en sceust endurerSe lucresse n'estoit plus amiable
Jamés n'avons bonne chere ou il est
Il chastie nos ventres par juner
Tout mort de fain & affamé il est
Pour nous autres maigrir & crucier
Croutes moisies & miettes serrer
Pour les mettre l'endemain sur la table
Fait: il n'est homs qui en sceust endurer
Se lucresse n'estoit plus amiable
Uniuscuiusque cene anguillas salsas &c
Et le poisson salé qui lui demeureDe son soupper soit anguille ou brochetPour lendemain fait garder a tout heureTout est conté soit chief d'ail ou poretIl merche tout & clot soubz son signetMiserable est de vouloir estre chichePar telz moyens car rien si soteletN'est que vivre povre pour mourir riche
Et le poisson salé qui lui demeure
De son soupper soit anguille ou brochet
Pour lendemain fait garder a tout heure
Tout est conté soit chief d'ail ou poret
Il merche tout & clot soubz son signet
Miserable est de vouloir estre chiche
Par telz moyens car rien si sotelet
N'est que vivre povre pour mourir riche
Quanto melius nobis cum hera
Trop fait meilleur avec nostre maistresseQui ne seroit contente de donnerA ses servans viandes a largesseCar el ne veult seulement festoierDe beaulx chevreaulx mais fait appareillerGraces poulles/ faisans & gras oyseaulxEt du meilleur vin qui soit ou celierLeur arrouse leurs gosiers et museaulx
Trop fait meilleur avec nostre maistresse
Qui ne seroit contente de donner
A ses servans viandes a largesse
Car el ne veult seulement festoier
De beaulx chevreaulx mais fait appareiller
Graces poulles/ faisans & gras oyseaulx
Et du meilleur vin qui soit ou celier
Leur arrouse leurs gosiers et museaulx
I dromo cura ut quam nucta coquina sit & cetera
Vat'en dromo cours bien legierementAyes cure & soing de la cuisineDromo respond: j'en auray soing vrayementA la table mettre mon cueur s'enclinePlus que aux chevaulx froter la chiche mineNostre maistre j'ay jusques aux champs menéMal lui vienne car parolle ne signeOnc ne m'a dit tant que suis retourné
Vat'en dromo cours bien legierement
Ayes cure & soing de la cuisine
Dromo respond: j'en auray soing vrayement
A la table mettre mon cueur s'encline
Plus que aux chevaulx froter la chiche mine
Nostre maistre j'ay jusques aux champs mené
Mal lui vienne car parolle ne signe
Onc ne m'a dit tant que suis retourné
Nisi vesperi cum me remisit &c
Sur le vespre m'a dit que je retourneEt les chevaulx remmaine avecques moyA ma dame que die qu'el sejournePour au jourd'uy ainsi je lui diroyPuis il m'a dit je ne retourneroyPoint au gitte tout vient bien a proposBonne chere au jourd'uy je feroyDu vin beré encor plus de trois pos
Sur le vespre m'a dit que je retourne
Et les chevaulx remmaine avecques moy
A ma dame que die qu'el sejourne
Pour au jourd'uy ainsi je lui diroy
Puis il m'a dit je ne retourneroy
Point au gitte tout vient bien a propos
Bonne chere au jourd'uy je feroy
Du vin beré encor plus de trois pos
Ha laudo te sosia
Ha sozie mon amy je te loueDe ainsi hair les meurs de ce viellartCar par ma foy aux sains & dieu je voueQue ja pieça feusse allé autre partChanger maistre se la prudence et artDe ma dame par souppes que au matinEl me donnoit ne m'eust matin & tartEntretenu prins eusse autre chemin
Ha sozie mon amy je te loue
De ainsi hair les meurs de ce viellart
Car par ma foy aux sains & dieu je voue
Que ja pieça feusse allé autre part
Changer maistre se la prudence et art
De ma dame par souppes que au matin
El me donnoit ne m'eust matin & tart
Entretenu prins eusse autre chemin
Nichil dormiendum est hac nocte
Il ne convient point dormir ceste nuytBoire nous fault d'icy que le jour vienneDevourons tout: assés y a pain cuytQui se faindra male fievre le tienneNostre maistre quant il vouldra revienneMais en ung moys autant ne gaigneraQue despendrons de quelque lieu qu'el vienneEn ung soupper: bien employé sera
Il ne convient point dormir ceste nuyt
Boire nous fault d'icy que le jour vienne
Devourons tout: assés y a pain cuyt
Qui se faindra male fievre le tienne
Nostre maistre quant il vouldra revienne
Mais en ung moys autant ne gaignera
Que despendrons de quelque lieu qu'el vienne
En ung soupper: bien employé sera
Audebat hec eurialus libens
Eurialus voulentiers escoutoitDes serviteurs le babil et langageCombien que leurs conditions notoitQue on le povoit servir de tel ouvrageQuant dromo fut party pour le suffrageDes cuisines eurialus sortitA sozie qui fut vray personnageEt fidele telz paroles a dit
Eurialus voulentiers escoutoit
Des serviteurs le babil et langage
Combien que leurs conditions notoit
Que on le povoit servir de tel ouvrage
Quant dromo fut party pour le suffrage
Des cuisines eurialus sortit
A sozie qui fut vray personnage
Et fidele telz paroles a dit
O quam inquit beatam noctem sozia tuo beneficio sum habiturus
O sozie mon amy tant je auréEureuse nuyt par ton grant beneficeQui cy m'a mis par engin euréDe tout danger gardé et maleficeTu m'as esté clement doulx et propiceEt a bon droit te ame et doy amerJe ne seré ingrat de ton officeAins du bien fait recors sans l'oublier
O sozie mon amy tant je auré
Eureuse nuyt par ton grant benefice
Qui cy m'a mis par engin euré
De tout danger gardé et malefice
Tu m'as esté clement doulx et propice
Et a bon droit te ame et doy amer
Je ne seré ingrat de ton office
Ains du bien fait recors sans l'oublier
Aderat hora prescripta letus eurialus &c
L'eure estoit ja venue et arriveeQue eurialus devoit en hault alerCombien qu'il eust par double destineeDouble peril evadé et dangerDessus le mur se mist affin que entrerEn la chambre par la fenestre peustOuverte estoit il entra sans targerSans que aucune personne rien en sceust
L'eure estoit ja venue et arrivee
Que eurialus devoit en hault aler
Combien qu'il eust par double destinee
Double peril evadé et danger
Dessus le mur se mist affin que entrer
En la chambre par la fenestre peust
Ouverte estoit il entra sans targer
Sans que aucune personne rien en sceust
Lucretiam juxta foculum sedentem &c
Il trouva leans lucresse au pres du feuQui le soupper appareillé avoitTout estoit bien acoutré en ce lieuCar la dame son amy attendoitQuant el le vit a lui s'en vint tout droitPar le millieu du corps elle embrassaMignotises et blandisses savoitDe doulx baisers donner elle ne cessa
Il trouva leans lucresse au pres du feu
Qui le soupper appareillé avoit
Tout estoit bien acoutré en ce lieu
Car la dame son amy attendoit
Quant el le vit a lui s'en vint tout droit
Par le millieu du corps elle embrassa
Mignotises et blandisses savoit
De doulx baisers donner elle ne cessa
Itur in venerem tensis velis fessam
Devers venus tirent a voile plaineDes avirons d'amours la nefz conduirentCytheree lasse et a grosse alaineEstoit: ceres et bachus la refirentPresupposez comment que ilz firentMains gentilz tours en nagant sur le fleuveEntendement/ engin & force mirentA qui mieulx mieulx se l'un pert l'autre treuve
Devers venus tirent a voile plaine
Des avirons d'amours la nefz conduirent
Cytheree lasse et a grosse alaine
Estoit: ceres et bachus la refirent
Presupposez comment que ilz firent
Mains gentilz tours en nagant sur le fleuve
Entendement/ engin & force mirent
A qui mieulx mieulx se l'un pert l'autre treuve
Heu quam breves voluptates sunt quam longe solicitudines
Helas tant sont courtes les voluptésQu'en ce monde prennent les amoureuxEt longues sont les peines et durtésTravail & soing qu'endurer fault pour eulxA peine avoit une heure esté joyeulxEurialus quant sozie frappaA la porte qui message piteuxAux deux amans fist savoir et nunça
Helas tant sont courtes les voluptés
Qu'en ce monde prennent les amoureux
Et longues sont les peines et durtés
Travail & soing qu'endurer fault pour eulx
A peine avoit une heure esté joyeulx
Eurialus quant sozie frappa
A la porte qui message piteux
Aux deux amans fist savoir et nunça
Reditum menelai nunciat & cetera
Menelaus estre venu annunceEt la joye des amans perturbaEurialus avoit de paeur mainte onteDe s'en fuir tout prest estre cuidaLucresse tout sagement regardaLa table osta & au devant couritDe son mary le quel el saluaEn lui disant ce qui aprés s'ensuit
Menelaus estre venu annunce
Et la joye des amans perturba
Eurialus avoit de paeur mainte onte
De s'en fuir tout prest estre cuida
Lucresse tout sagement regarda
La table osta & au devant courit
De son mary le quel el salua
En lui disant ce qui aprés s'ensuit
O mi vir inquit quam bene redisti
O mon mary dist la gente lucresseLe bien soiés retourné et venuJe te cuidois en foy de gentillesseEstre desja villenot devenuPour quoy t'es tu si longuement tenuAu village garde que je ne senteQuelque chose qui t'ait la retenuSoit pastoure ou bergerete gente
O mon mary dist la gente lucresse
Le bien soiés retourné et venu
Je te cuidois en foy de gentillesse
Estre desja villenot devenu
Pour quoy t'es tu si longuement tenu
Au village garde que je ne sente
Quelque chose qui t'ait la retenu
Soit pastoure ou bergerete gente
Cur non domi manes &c
Pour quoy ne te tiens tu a la maisonMoy contristant ainsi de ton absenceCar quelque temps qui coure ne saisonEn crainte suis se je n'é ta presenceAussi je suis chascun jour en doubtanceQue tu ne aymes autre femme que moyLes hommes sont aux femmes com je penseFort desloyaulx en doubte suis de toy
Pour quoy ne te tiens tu a la maison
Moy contristant ainsi de ton absence
Car quelque temps qui coure ne saison
En crainte suis se je n'é ta presence
Aussi je suis chascun jour en doubtance
Que tu ne aymes autre femme que moy
Les hommes sont aux femmes com je pense
Fort desloyaulx en doubte suis de toy
Quo metu se me vis soluere &c
Se tu me veulx de ceste peur hors mettreJamés dehors la nuyt coucher n'irasJe te supply vueilles le moy permettreJa joye n'auray quant seule me lerrasSur tout la nuyt souppons icy embasEt puis yrons coucher joyeusementLes paroles disoit n'en doubtés pasEn la sale ou l'en souppoit souvent
Se tu me veulx de ceste peur hors mettre
Jamés dehors la nuyt coucher n'iras
Je te supply vueilles le moy permettre
Ja joye n'auray quant seule me lerras
Sur tout la nuyt souppons icy embas
Et puis yrons coucher joyeusement
Les paroles disoit n'en doubtés pas
En la sale ou l'en souppoit souvent
Jamque virum detinere lucretia nitebatur &c.
La lucresse se efforçoit retenirMenelaus son mary longuementJusques a ce que eurialus saillirDe la chambre peust plus facilementMais pour que avoit souppé hors promptementEn sa chambre retirer se vouloitQuant lucresse lui dist esplourementQue peu l'amoit/ cherissoit et prisoit
La lucresse se efforçoit retenir
Menelaus son mary longuement
Jusques a ce que eurialus saillir
De la chambre peust plus facilement
Mais pour que avoit souppé hors promptement
En sa chambre retirer se vouloit
Quant lucresse lui dist esplourement
Que peu l'amoit/ cherissoit et prisoit
Cur non potius domi apud me cenasti &c.
Que n'as tu prins peine de revenirAvecques moy soupper car je te jureQue pour cause que t'es voulu tenirHors la maison je eu tant soing et cureQue ne y menge ne beu c'est ma natureQuelques peisans ont du vin apportéQu'ilz dient estre de bonne nourritureTant triste estois que point n'en ay gouté
Que n'as tu prins peine de revenir
Avecques moy soupper car je te jure
Que pour cause que t'es voulu tenir
Hors la maison je eu tant soing et cure
Que ne y menge ne beu c'est ma nature
Quelques peisans ont du vin apporté
Qu'ilz dient estre de bonne nourriture
Tant triste estois que point n'en ay gouté
Nunc quando ades eamus si placet in cellarium &c.
Puis que tu es present je te supplieQu'il te plaise que voisins ou celierEt la dedens pourrons si ne t'en nuyeSe le vin est tel qu'ilz dient essayerCe dit el print tantost sans delayerLa lanterne avec sa dextre mainEt de l'autre print pour le festoierMenelaus qui n'avoit soif ne fain
Puis que tu es present je te supplie
Qu'il te plaise que voisins ou celier
Et la dedens pourrons si ne t'en nuye
Se le vin est tel qu'ilz dient essayer
Ce dit el print tantost sans delayer
La lanterne avec sa dextre main
Et de l'autre print pour le festoier
Menelaus qui n'avoit soif ne fain
In infimum penarium descendit tanque diu nunc &c.
Puis au plus bas du celier descenditEt son mary lui faisant compaignieLa longuement furent comme l'en ditEn gacongnant le vin dessus la lieCe faisoit el je le vous certiffieEn attendant que eurialus partistQui s'en ala bien tost je vous affieA lucresse qu'il soit dehors suffist
Puis au plus bas du celier descendit
Et son mary lui faisant compaignie
La longuement furent comme l'en dit
En gacongnant le vin dessus la lie
Ce faisoit el je le vous certiffie
En attendant que eurialus partist
Qui s'en ala bien tost je vous affie
A lucresse qu'il soit dehors suffist
Ac ita demum ad ingratos hymeneos cum viro transivit &c
Quant ilz eurent tout en la cave faitIlz se alerent coucher enssemblementLucresse bien se feust passee du faitEt des esbas du lit certainementEurialus s'en partit celeementEntour minuyt en son logis alaCar il entroit et sailloit priveementToutes les fois que ce bon lui sembla
Quant ilz eurent tout en la cave fait
Ilz se alerent coucher enssemblement
Lucresse bien se feust passee du fait
Et des esbas du lit certainement
Eurialus s'en partit celeement
Entour minuyt en son logis ala
Car il entroit et sailloit priveement
Toutes les fois que ce bon lui sembla
Sequenti luce &c
Menelaus l'endemain massonnerLa fenestre sur la ruele fistPour que de elle bon se faisoit guetterOu que quelque ung mal n'en parlast ou distEt croy assés que cela il parfistPour la doubte ou suspicion qu'il eutQue l'en passast par la plus ne permistDe mal faire le moyen oster veut
Menelaus l'endemain massonner
La fenestre sur la ruele fist
Pour que de elle bon se faisoit guetter
Ou que quelque ung mal n'en parlast ou dist
Et croy assés que cela il parfist
Pour la doubte ou suspicion qu'il eut
Que l'en passast par la plus ne permist
De mal faire le moyen oster veut
Nam et si nichil conscius erat illi vexatam tamen &c
Et ja soit ce qu'il n'eust aucune causeD'avoir d'elle mauvaise opinionSi savoit il par lettre en mainte clauseQue on lui faisoit sollicitacionPar chascun jour et deprecacionDu fait d'amours ce pas il ne ignoroitEt des femmes la grant mutacionD'autre costé souvent consideroit
Et ja soit ce qu'il n'eust aucune cause
D'avoir d'elle mauvaise opinion
Si savoit il par lettre en mainte clause
Que on lui faisoit sollicitacion
Par chascun jour et deprecacion
Du fait d'amours ce pas il ne ignoroit
Et des femmes la grant mutacion
D'autre costé souvent consideroit
Cuius tot sunt voluntates quot in arboribus folia &c
Il congnoissoit des femmes le vouloirEstre inconstant & que autant sont en ellesDe voulentés pour en dire le voirQu'il a dedans plusieurs arbres de fueillesLes congnoissoit estre toutes pareillesEn couvoitant chascun jour sans cesserBagues joyaux quelques choses nouvellesOn ne sauroit de ce les contenter
Il congnoissoit des femmes le vouloir
Estre inconstant & que autant sont en elles
De voulentés pour en dire le voir
Qu'il a dedans plusieurs arbres de fueilles
Les congnoissoit estre toutes pareilles
En couvoitant chascun jour sans cesser
Bagues joyaux quelques choses nouvelles
On ne sauroit de ce les contenter
Raroque virum amat cuius copiam habet &c
Il congnoissoit aussi que bien a tartAyme femme homs du quel tousjours elle aLa faculté/ parler/ coucher/ regartCar de changer tousjours apetit aPar ces moyens la faculté ostaA lucresse de parler ou escrireDe autres maris les voyes immitaChassans maleur pour le bon introduire
Il congnoissoit aussi que bien a tart
Ayme femme homs du quel tousjours elle a
La faculté/ parler/ coucher/ regart
Car de changer tousjours apetit a
Par ces moyens la faculté osta
A lucresse de parler ou escrire
De autres maris les voyes immita
Chassans maleur pour le bon introduire
Nam & cauponem qui post edes lucretia vinariam tabernam &c
Ung tavernier qui grant houlier estoitPres de l'ostel lucresse avoit maisonDe la quelle eurialus souloitA lucresse parler mainte raisonEn ung baston creus en toute saisonLettres povoit facilement baillerMenelaus si trouva achaisonQu'il desloga de la pautonnier
Ung tavernier qui grant houlier estoit
Pres de l'ostel lucresse avoit maison
De la quelle eurialus souloit
A lucresse parler mainte raison
En ung baston creus en toute saison
Lettres povoit facilement bailler
Menelaus si trouva achaison
Qu'il desloga de la pautonnier
Restabat solus oculorum intuitus
Plus n'avoient les deux amans loyauxQue le regart des yeulx pour tout soulasEt par signes plus secretz & nouveauxQu'il povoient se saluoient tout basIlz ne savoient par engin ne compasTrouver façon de hurter au guischetGrande douleur avoient n'en doubter pasEt cruciement qui a la mort semblet
Plus n'avoient les deux amans loyaux
Que le regart des yeulx pour tout soulas
Et par signes plus secretz & nouveaux
Qu'il povoient se saluoient tout bas
Ilz ne savoient par engin ne compas
Trouver façon de hurter au guischet
Grande douleur avoient n'en doubter pas
Et cruciement qui a la mort semblet
Quia nec amoris poterant oblivisci & cetera
Et la raison de ce grant desconfortEstoit telle car ilz ne avoient puissancePar leur engin subtillité ne effortDe mettre a leur maladie alleganceIlz ne povoient bouter en oublianceLeur grant amour/ n'en luy persevererPour quoy estoient en moult dure souffranceQui bien ayme a tart peut oublier
Et la raison de ce grant desconfort
Estoit telle car ilz ne avoient puissance
Par leur engin subtillité ne effort
De mettre a leur maladie allegance
Ilz ne povoient bouter en oubliance
Leur grant amour/ n'en luy perseverer
Pour quoy estoient en moult dure souffrance
Qui bien ayme a tart peut oublier
Dum sic anxius eurialus quid consilii capiat &c
Eurialus estant en ce tormentAngustié autant c'om pourroit direPrenoit conseil a soy avisementEn meditant qu'il pourroit faire ou suyrePuis fut recors que avoit voulu dedireLong temps avoit lucresse d'une choseDe pandalus qui cousin fut du sireMenelaus/ s'en aider il propose
Eurialus estant en ce torment
Angustié autant c'om pourroit dire
Prenoit conseil a soy avisement
En meditant qu'il pourroit faire ou suyre
Puis fut recors que avoit voulu dedire
Long temps avoit lucresse d'une chose
De pandalus qui cousin fut du sire
Menelaus/ s'en aider il propose
Peritos medicos imitatus &c
Des medecins tressages ensuivitLa pratique qui ont telle maniereQue es grans perilz de mort ainsi qu'on ditVoians l'omme quasi pres de la biereMenger luy font medicine et matiereQui est de mort et de vie incertaineEt mieulx ainsi leur plaist c'est chose clereQue de tousjours du mal laisser la peine
Des medecins tressages ensuivit
La pratique qui ont telle maniere
Que es grans perilz de mort ainsi qu'on dit
Voians l'omme quasi pres de la biere
Menger luy font medicine et matiere
Qui est de mort et de vie incertaine
Et mieulx ainsi leur plaist c'est chose clere
Que de tousjours du mal laisser la peine
Aggredi pandalum statuit remediumque suscipere &c
Pareillement eurialus aymaPluscher parler du faict a pandalusEt remede trouver se aucun y aQue demourer tousjours triste et confusEt proposa que sans deloyer plusCe qu'il avoit autreffois refuséPresentement il remetroit dessusBien en prenist ou en fust cabusé
Pareillement eurialus ayma
Pluscher parler du faict a pandalus
Et remede trouver se aucun y a
Que demourer tousjours triste et confus
Et proposa que sans deloyer plus
Ce qu'il avoit autreffois refusé
Presentement il remetroit dessus
Bien en prenist ou en fust cabusé
Huic ergo accersito & in penitiorem domus partem
Il appella pandalus doulcementOu plus secret de sa chambre le mistQuant il fut la entré secretementMon bon amy sié toy cy lors luy distQuelque chose dessus le cueur me gistQui est grande la quelle te vueil direJ'ay grant besoing de toy ce me suffistQue mon conseil tu ne vueilles redire
Il appella pandalus doulcement
Ou plus secret de sa chambre le mist
Quant il fut la entré secretement
Mon bon amy sié toy cy lors luy dist
Quelque chose dessus le cueur me gist
Qui est grande la quelle te vueil dire
J'ay grant besoing de toy ce me suffist
Que mon conseil tu ne vueilles redire
His quas in te scio sitas diligentia/ fide & taciturnitate volui &c
J'ay maintenant affaire des vertusDiligence et foy qui en toy sontDe la bonne bouche et celer sans plusQu'ay entendus estre en toy c'est le rontEt des pieça tout mon secret parfontTe reveler deliberé avoieMais je ne n'avoie par valee ne montDe toy si grant raport que desiroye
J'ay maintenant affaire des vertus
Diligence et foy qui en toy sont
De la bonne bouche et celer sans plus
Qu'ay entendus estre en toy c'est le ront
Et des pieça tout mon secret parfont
Te reveler deliberé avoie
Mais je ne n'avoie par valee ne mont
De toy si grant raport que desiroye
Nunc et te nosco et quia probate fidei es &c
A ceste fois je te congnois & croyQue de foy es loyale et esprouveeEt pour ce t'ay aymé et aymeroyDes citoyens as bonne renommeeIlz te louent chascun jour a journeePareillement si font mes compaignonsQui ont a toy congnoissance trouveeDe toy m'ont fait bonnes relacions
A ceste fois je te congnois & croy
Que de foy es loyale et esprouvee
Et pour ce t'ay aymé et aymeroy
Des citoyens as bonne renommee
Ilz te louent chascun jour a journee
Pareillement si font mes compaignons
Qui ont a toy congnoissance trouvee
De toy m'ont fait bonnes relacions
Ex quibus te capere meam benivolentiam didisci &c
Entendu ay pareillement par eulxQue desires fort ma benivolenceDe la quelle par vouloir gracieuxParticipant te fois a ma puissanceMoins n'es digne d'avoir mon acointanceQue suis de toy tien suis & tien vueil estreCroire me doys sans quelque deffidenceVers toy verras mon vouloir acroistre
Entendu ay pareillement par eulx
Que desires fort ma benivolence
De la quelle par vouloir gracieux
Participant te fois a ma puissance
Moins n'es digne d'avoir mon acointance
Que suis de toy tien suis & tien vueil estre
Croire me doys sans quelque deffidence
Vers toy verras mon vouloir acroistre
Nunc quam velim quoniam inter amicos res agitur
Puis que ainsi va que sommes bons amisBien briefvement te diray mon affaireTu congnois bien que a aymer est soubmisLe genre humain et inclin a ce faireSoit ce vertu ou vice du contrairePar tout se extend ceste calamitéTout cuer humain languist en ceste haireNul n'est exempt de ce ne respité
Puis que ainsi va que sommes bons amis
Bien briefvement te diray mon affaire
Tu congnois bien que a aymer est soubmis
Le genre humain et inclin a ce faire
Soit ce vertu ou vice du contraire
Par tout se extend ceste calamité
Tout cuer humain languist en ceste haire
Nul n'est exempt de ce ne respité
Scis quia nec sapientissimum
Le tressage salomon point n'en estExempt aussi non fut sanson fortinDe fol amour la nature telle estQue si une fois le cueur d'omme est enclinEt par chaleur eschauffé quelque finMettre on n'i peut ains tousjours brule & artPlus est contraint et plus tire a sa finDe fole amour ne veult laisser la part
Le tressage salomon point n'en est
Exempt aussi non fut sanson fortin
De fol amour la nature telle est
Que si une fois le cueur d'omme est enclin
Et par chaleur eschauffé quelque fin
Mettre on n'i peut ains tousjours brule & art
Plus est contraint et plus tire a sa fin
De fole amour ne veult laisser la part
Nulla re magis ista curatur pestis
Ceste peste ne peut estre guerieMieulx que en faisant jouyr de ce qu'on amePlusieurs hommes & femmes ont la viePerdue par ce que de la bruslant flameDu feu d'amours pour les garder de blasmeOn les vouloit retirer sagementDe bon conseil n'eussent prins une drameLeur voulenté suivans entierement
Ceste peste ne peut estre guerie
Mieulx que en faisant jouyr de ce qu'on ame
Plusieurs hommes & femmes ont la vie
Perdue par ce que de la bruslant flame
Du feu d'amours pour les garder de blasme
On les vouloit retirer sagement
De bon conseil n'eussent prins une drame
Leur voulenté suivans entierement
Contraque plerosque novimus
Du contraire plusieurs avons congneuQue aprés que avoient jouy de leurs amoursLeur fole amour laisser on les a veuQuant avoient fait embrassemens & toursA leur plaisir par quelque peu de joursLeur volupté et plaisance parfaicteMais au devant que eussent d'amours secoursProvision n'y povoit estre faicte
Du contraire plusieurs avons congneu
Que aprés que avoient jouy de leurs amours
Leur fole amour laisser on les a veu
Quant avoient fait embrassemens & tours
A leur plaisir par quelque peu de jours
Leur volupté et plaisance parfaicte
Mais au devant que eussent d'amours secours
Provision n'y povoit estre faicte
Nil consulcius est postquam amor ossibus hesit quam furori cedere &c
Il n'est rien plus consult que aprés que amourVient herdre es os de aucun fol amoureuxLuy donner lieu c'est le souverain tourCar se efforcer contre air tempestueuxSouvent la nef faict es lieux perilleuxPerir noyer/ mais qui a la tempesteObtempere souvent en est joyeuxEt surmonte a grande joye et feste
Il n'est rien plus consult que aprés que amour
Vient herdre es os de aucun fol amoureux
Luy donner lieu c'est le souverain tour
Car se efforcer contre air tempestueux
Souvent la nef faict es lieux perilleux
Perir noyer/ mais qui a la tempeste
Obtempere souvent en est joyeux
Et surmonte a grande joye et feste
Hec ideo dixi quia te scire meum amorem volo &c.
Je t'ay ce dit briefment et recitéPour que mon cas d'amours congneu te soitEt aussi pour que puisse en veritéCongnoistre ce que pour moy cy endroitFaire vouldras ja celé ne te soitLe grant prouffit que de ce t'est venuCar de mon cueur quoy que en avienne ou soitEs partie reputé et tenu
Je t'ay ce dit briefment et recité
Pour que mon cas d'amours congneu te soit
Et aussi pour que puisse en verité
Congnoistre ce que pour moy cy endroit
Faire vouldras ja celé ne te soit
Le grant prouffit que de ce t'est venu
Car de mon cueur quoy que en avienne ou soit
Es partie reputé et tenu
Ego lucretiam diligo neque hoc mi pandale &c
Ha pendale mon bon et cher amyJ'ayme du cueur lucresse sans faintisePar ma culpe m'est advenu cecyFortune ad ce a ma pensee submiseDessoubz sa main est la machine miseDe ce monde elle gouverne toutDe vous autres les meurs aussi la guiseDe la cité ne congnoissés en tout
Ha pendale mon bon et cher amy
J'ayme du cueur lucresse sans faintise
Par ma culpe m'est advenu cecy
Fortune ad ce a ma pensee submise
Dessoubz sa main est la machine mise
De ce monde elle gouverne tout
De vous autres les meurs aussi la guise
De la cité ne congnoissés en tout
Putabam ego feminas urentes quod oculis monstrant in corde sentire & cetera
Il me sembloit que les dames d'icySentoient ou cueur ce que l'oeil demonstroitJ'en ay esté desceu je le te affyCar si tost que lucresse regardoitDe ses doulx yeulx vers moy il me sembloitQue estoie aimé d'elle et cher tenuCe m'a contraint de l'aymer bien estroitEn ses prisons suis livré et tenu
Il me sembloit que les dames d'icy
Sentoient ou cueur ce que l'oeil demonstroit
J'en ay esté desceu je le te affy
Car si tost que lucresse regardoit
De ses doulx yeulx vers moy il me sembloit
Que estoie aimé d'elle et cher tenu
Ce m'a contraint de l'aymer bien estroit
En ses prisons suis livré et tenu
Nec tam elegantem dominam dignam putavi
Jamais n'aurois si allegante dameVoulu laisser sans avoir quelque amantElle me sembloit sans reproche ne blasmeEstre digne d'avoir loyal servantQui fust a son amour correspondantJe ne congnois que bien peu ton lignageMais j'ay aymé estre aymé esperantDire mon faict te vueil en brief langage
Jamais n'aurois si allegante dame
Voulu laisser sans avoir quelque amant
Elle me sembloit sans reproche ne blasme
Estre digne d'avoir loyal servant
Qui fust a son amour correspondant
Je ne congnois que bien peu ton lignage
Mais j'ay aymé estre aymé esperant
Dire mon faict te vueil en brief langage
Quis tam saxeus aut ferreus &c
Qui est celluy tant soit de roche dureOu de dur fer qui ame ne ameraEn ensuivant l'ordre dame natureJ'ay faict tout ce que cueur d'amant feraMais quant j'ay veu que lucresse point n'aLe cueur a l'oeil correspondant j'ay ditLors a parmoy cy tromperie aJe espere en vain d'amours avoir credit
Qui est celluy tant soit de roche dure
Ou de dur fer qui ame ne amera
En ensuivant l'ordre dame nature
J'ay faict tout ce que cueur d'amant fera
Mais quant j'ay veu que lucresse point n'a
Le cueur a l'oeil correspondant j'ay dit
Lors a parmoy cy tromperie a
Je espere en vain d'amours avoir credit
Ne meus sterilis esset amor &c
Ce neantmoins pour que steril du toutNe fust amour j'ay mis peine et moiensDe lucresse eschauffer tout jusques au boutDu feu d'amours l'embraser ce retiensPour qu'elle fust de semblables liensEstroitement liee car honte estoitQue brulasse et qu'elle ne sentist riensDe l'angoisse que mon cueur enduroit
Ce neantmoins pour que steril du tout
Ne fust amour j'ay mis peine et moiens
De lucresse eschauffer tout jusques au bout
Du feu d'amours l'embraser ce retiens
Pour qu'elle fust de semblables liens
Estroitement liee car honte estoit
Que brulasse et qu'elle ne sentist riens
De l'angoisse que mon cueur enduroit
Anxietas animi me die noctuque mirum in modum cruciabat &c.
De jour et nuyt triste et langoureuxAy longuement esté sans hors allerFinablement a mon mal douloureuxAy quelque fin trouvé par travaillerCar j'ay tant fait par venir et allerContinuant mon labeur et emprinseQu'elle a esté et est au paralerDu feu d'amours comme je suis esprinse
De jour et nuyt triste et langoureux
Ay longuement esté sans hors aller
Finablement a mon mal douloureux
Ay quelque fin trouvé par travailler
Car j'ay tant fait par venir et aller
Continuant mon labeur et emprinse
Qu'elle a esté et est au paraler
Du feu d'amours comme je suis esprinse
Illa incensa est ego ardeo &c
Elle brusle et je ars n'en doubte pointNous perissons remede ne trouvonDe nos vies alonger sur ce pointMourir convient se reconfort n'avonsSi de partoy nous n'avons guerisonAide et secours il est faict de nos viesA ce besoing te supplie que soyonBrief secourus sans ce que en rien denyes
Elle brusle et je ars n'en doubte point
Nous perissons remede ne trouvon
De nos vies alonger sur ce point
Mourir convient se reconfort n'avons
Si de partoy nous n'avons guerison
Aide et secours il est faict de nos vies
A ce besoing te supplie que soyon
Brief secourus sans ce que en rien denyes
Vir custodit & frater &c.
Menelaus son mary et son frereDe si trespres la gardent sans doubtanceQue le dragon la toison d'or tant chereNe gardoit pas par si grant vigilanceNe cerbere par si grant diligenceNe garde point des palus infernaulxL'entree comme faict par sa folle cuidanceDe lucresse le mary pas & saulx
Menelaus son mary et son frere
De si trespres la gardent sans doubtance
Que le dragon la toison d'or tant chere
Ne gardoit pas par si grant vigilance
Ne cerbere par si grant diligence
Ne garde point des palus infernaulx
L'entree comme faict par sa folle cuidance
De lucresse le mary pas & saulx
Novi ego familiam vestram
Je congnois bien et voy vostre familleQu'estes nobles premiers de la citéRiches aymés des plus grans de la villeEt puis qu'il fault que die veritéAdvenu fust a la mienne voulentéQue lucresse jamais n'eusse congneuePoint ne fusse par amours supplantéPrins ne vaincu c'est chose clere & sceue
Je congnois bien et voy vostre famille
Qu'estes nobles premiers de la cité
Riches aymés des plus grans de la ville
Et puis qu'il fault que die verité
Advenu fust a la mienne voulenté
Que lucresse jamais n'eusse congneue
Point ne fusse par amours supplanté
Prins ne vaincu c'est chose clere & sceue
Si quis est qui possit resistere fatis
Mais qui est cil qui peut sa destineeEt fortune par moyens eviterJe ne l'ay point eleue ains destineePar fortune m'a esté sans doubterQui de l'aymer m'est venu exorterLa chose ainsi est allee par fortuneNostre fait est couvert mais mal porterTout se pourroit/ se joye n'avons aucune
Mais qui est cil qui peut sa destinee
Et fortune par moyens eviter
Je ne l'ay point eleue ains destinee
Par fortune m'a esté sans doubter
Qui de l'aymer m'est venu exorter
La chose ainsi est allee par fortune
Nostre fait est couvert mais mal porter
Tout se pourroit/ se joye n'avons aucune
Nisi bene regatur magnum quod &c
Se nostre amour n'est bien a droit conduitIl en pourroit grant scandale venirCe dieu vueille avertir qui produitToutes choses selon son bon plaisirQuant est de moy se je vouloye choisirEt mieulx avoir d'icy partir que attendreJe pourrois bien tout en paix a loisirMon grief mechief apaiser sans mesprendre
Se nostre amour n'est bien a droit conduit
Il en pourroit grant scandale venir
Ce dieu vueille avertir qui produit
Toutes choses selon son bon plaisir
Quant est de moy se je vouloye choisir
Et mieulx avoir d'icy partir que attendre
Je pourrois bien tout en paix a loisir
Mon grief mechief apaiser sans mesprendre
Quod quamquam esset mihi gravissimum
Et ja soit ce que ce tresgrief me fustFort a porter & de grant desplaisanceCe neant moins pour que toute honneur eustVostre maison je feroie diligenceDe moy vuider pour vostre bien veillanceEntretenir se aucun prouffit voioyeMais je congnois qu'elle brulle a oultranceEt que mon temps aussi labour perdroie
Et ja soit ce que ce tresgrief me fust
Fort a porter & de grant desplaisance
Ce neant moins pour que toute honneur eust
Vostre maison je feroie diligence
De moy vuider pour vostre bien veillance
Entretenir se aucun prouffit voioye
Mais je congnois qu'elle brulle a oultrance
Et que mon temps aussi labour perdroie
An me sequeretur aut manere &c
Car aprés moy toute seule viendroitOu se seulle close estoit et tenueDe sa propre main el se occiroitDont scandale sortiroit par la rueA deshonneur perpetuel venueElle seroit et tout vostre lignageTa personne ay pour ce convenueAu grant prouffit de vous et avantage
Car aprés moy toute seule viendroit
Ou se seulle close estoit et tenue
De sa propre main el se occiroit
Dont scandale sortiroit par la rue
A deshonneur perpetuel venue
Elle seroit et tout vostre lignage
Ta personne ay pour ce convenue
Au grant prouffit de vous et avantage
Nec alia via nisi ut amoris nostri et cetera
Trouvons moyen de obvier a ces maulxCy par devant recités c'est le mieulxRemede aucun n'y voy fors que loyaulxDe nostre amour conducteur & songneuxNous te mettons que sur tous en tous lieuxSecret tiennes nostre amour par long tempsDissimulé: de ce soies curieuxNous ferons tant que tu seras contens
Trouvons moyen de obvier a ces maulx
Cy par devant recités c'est le mieulx
Remede aucun n'y voy fors que loyaulx
De nostre amour conducteur & songneux
Nous te mettons que sur tous en tous lieux
Secret tiennes nostre amour par long temps
Dissimulé: de ce soies curieux
Nous ferons tant que tu seras contens
Ego me tibi commendo &c
A toy du tout me rens aussi commandeDonne & voue sans jamés departirA nostre amour et fureur si tresgrandeVueilles ung peu de ta grace impartirPar ton labeur fay que puissons sentirLa grand ardeur estre en nous modereeQui plus croistroit se on vouloit dissentirOu empescher qu'elle ne fust temperee
A toy du tout me rens aussi commande
Donne & voue sans jamés departir
A nostre amour et fureur si tresgrande
Vueilles ung peu de ta grace impartir
Par ton labeur fay que puissons sentir
La grand ardeur estre en nous moderee
Qui plus croistroit se on vouloit dissentir
Ou empescher qu'elle ne fust temperee
Cura ut simul convenire possimus
Fay nous tous deux ensemble convenirTantost l'ardeur de nous se humilieraEt nous verras en santé revenirTollerable lors nostre ardeur seraTous les secretz de l'ostel ça et laTe sont congneuz entrees et pertuisTu scés aussi quant ce mary hors vaQuant a l'ostel il est ou devant l'uis
Fay nous tous deux ensemble convenir
Tantost l'ardeur de nous se humiliera
Et nous verras en santé revenir
Tollerable lors nostre ardeur sera
Tous les secretz de l'ostel ça et la
Te sont congneuz entrees et pertuis
Tu scés aussi quant ce mary hors va
Quant a l'ostel il est ou devant l'uis
Scis quando me vales introducere
Tu scés assés l'eure que tu pourrasEn la maison moy mettre & introduirePour ce frere sagement gueterasCar il sera tousjours prest de te nuyreSi pertinax est com j'ay ouy direAu guet faire sur le fait de lucresseQue a toute heure sur elle veiller tireCom s'el estoit sa seur point n'a de cesse
Tu scés assés l'eure que tu pourras
En la maison moy mettre & introduire
Pour ce frere sagement gueteras
Car il sera tousjours prest de te nuyre
Si pertinax est com j'ay ouy dire
Au guet faire sur le fait de lucresse
Que a toute heure sur elle veiller tire
Com s'el estoit sa seur point n'a de cesse
Universa lucretie verba &c
Les parolles de lucresse & les faictzConsidere aussi sa contenanceSe elle gemist/ crache ou toust les effaictzDe ce poise ce frere a la balanceC'est mon avis que a grande diligenceDevons mettre peine a le decevoirCe ne pourroit sans ta bonne prudenceEstre parfaict com je puis concevoir
Les parolles de lucresse & les faictz
Considere aussi sa contenance
Se elle gemist/ crache ou toust les effaictz
De ce poise ce frere a la balance
C'est mon avis que a grande diligence
Devons mettre peine a le decevoir
Ce ne pourroit sans ta bonne prudence
Estre parfaict com je puis concevoir
Assis ergo et quando abfuturus sit
Soies doncques diligent et songneuxDe regarder quant ce mary iraDehors que me faces joyeuxEn me boutant leans la ou te plairaEt le frere qui demouré seraDestourneras a part te donnant gardeQue autres gardes ne boute ça ou laIl te croira sans que a rien prenne garde
Soies doncques diligent et songneux
De regarder quant ce mary ira
Dehors que me faces joyeux
En me boutant leans la ou te plaira
Et le frere qui demouré sera
Destourneras a part te donnant garde
Que autres gardes ne boute ça ou la
Il te croira sans que a rien prenne garde
Et quod dii sapiunt hanc tibi provinciam fortasse committet &c
Et peut estre ce que veullent les dieuxQue la charge de ce te bailleraSe tu la prens & puis que sur les lieuxTu me treuves tout a seurté seraCar tant comme chascun leans dormiraTu me pourras secretement logerEn quelque lieu ainsi que aviseraTa prudence pour mon mal mitiger
Et peut estre ce que veullent les dieux
Que la charge de ce te baillera
Se tu la prens & puis que sur les lieux
Tu me treuves tout a seurté sera
Car tant comme chascun leans dormira
Tu me pourras secretement loger
En quelque lieu ainsi que avisera
Ta prudence pour mon mal mitiger
Ex his quot emergant utilitates arbitror &c.
Et quans prouffis pourront de ce venirJe espoire assés que ton sens et prudencePevent en appert ce voir & bien choisirCar c'est chose qui est en evidenceDe ta maison l'onneur par sapienceTu garderas & l'infamie hors miseQui couverte est n'aura quelque apparenceTa cousine sera en vie soustinse
Et quans prouffis pourront de ce venir
Je espoire assés que ton sens et prudence
Pevent en appert ce voir & bien choisir
Car c'est chose qui est en evidence
De ta maison l'onneur par sapience
Tu garderas & l'infamie hors mise
Qui couverte est n'aura quelque apparence
Ta cousine sera en vie soustinse
Menelao uxorem custodies
Menelaus sa femme retiendraPar ces moyens ne si fort dommageuxNe lui sera quant bien on l'entendraQue je qui suis de lucresse amoureuxPuisse au desceu de tous les faulx jaleuxAvec elle coucher par une nuytQue qu'el coure par amour furieuxAu veu de tous aprés moy faisant bruyt
Menelaus sa femme retiendra
Par ces moyens ne si fort dommageux
Ne lui sera quant bien on l'entendra
Que je qui suis de lucresse amoureux
Puisse au desceu de tous les faulx jaleux
Avec elle coucher par une nuyt
Que qu'el coure par amour furieux
Au veu de tous aprés moy faisant bruyt
Quidsi me domi nobilem atque potentem &c
En me suivant perdroit tout son honneurCar se aprés moy qui suis noble & puissantVenir vouloit pour sa grande chaleurRefrigerer jusques chiés moy suyvantQuel deshonneur auroit le triumphantRenom de tout vostre noble lignageLe peuple yroit de ce tresfort riantDe autre chose on ne feroit langage
En me suivant perdroit tout son honneur
Car se aprés moy qui suis noble & puissant
Venir vouloit pour sa grande chaleur
Refrigerer jusques chiés moy suyvant
Quel deshonneur auroit le triumphant
Renom de tout vostre noble lignage
Le peuple yroit de ce tresfort riant
De autre chose on ne feroit langage